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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 12:43
Athènes, Paris, Varsovie, Grodno. Séjour à Grodno chez le père de Natacha. Puis Grodno, Varsovie, Paris. Et séjour à Paris. C’est ce séjour à Paris, plus long, que je vais évoquer aujourd’hui. Il a commencé avec des circonstances bien tristes qui nous ont fait faire un aller et retour au cimetière de Nantes dans la journée. Je préfère ne pas en parler. Mais ensuite, nous avons vu à Paris plusieurs expositions et musées qui seront, par ailleurs, l’objet d’articles séparés.
 
Comment parler de Paris ? C’est ma ville de naissance, dans laquelle ou près de laquelle j’ai passé la plus grande partie de ma vie. Nulle envie de parler de la Tour Eiffel, de l’Arc de Triomphe, des Champs-Élysées, de Montmartre. C’est soit pour les touristes, qu’ils soient français ou étrangers, soit pour être l’objet d’une étude approfondie que je n’ai pas faite. Nous n’étions pas là pour cela. Alors je vais aborder notre séjour sous un autre angle.
 
785a1 hôtelde ville de Melun
 
785a2 Pasteur à Melun
 
Et d’abord, ce n’est pas Paris. Mes deux dernières années professionnelles, je les ai passées à Melun, et après vingt-six mois d’absence il me fallait faire un tour à la banque où j’ai mon compte. Je suis aussi allé à mon ancien lycée voir Mesdames Couppé et Magarelli, les secrétaires avec qui j’ai pu travailler avec plaisir grâce à leur gentillesse et de façon positive grâce à leur efficacité, ainsi que la famille Pierlot, les agents d’accueil, si sympa, qui m’ont rendu et me rendent encore mille services. Traversant Melun à pied de la banque au lycée, j’en ai profité pour prendre cette photo de l’hôtel de ville de Melun, et de cette plaque qui y est apposée. Parmi les nombreuses découvertes effectuées par Pasteur et son équipe en matière de vaccination, il y a celle qui concerne le vaccin contre la maladie du charbon sur les ovins. On parle souvent, à ce sujet, des premières expériences effectuées à Pouilly-le-Fort. Cette localité étant située sur la commune de Vert-Saint-Denis, tout près de Melun, où est établie la délégation départementale de la MGEN, ces expériences médicales étaient bien situées, mais j’ignorais que les moutons fussent adhérents de la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale. Les enseignants, un peuple de moutons suivant fidèlement et aveuglément leur guide, le rêve des ministres de l’Éducation Nationale. Bref, l’expérience réussie à Pouilly-le-Fort a été confirmée par une autre ici, dans la cour de l’hôtel de ville, avec un tel succès que le vaccin a immédiatement été réclamé partout, en France et à l’étranger. Incapable de fabriquer tant de doses si rapidement, Pasteur a dû en confier la réalisation à une entreprise.
 
785b1 Paris, église Saint Séverin
 
785b2 Paris, église Saint Séverin
 
785b3 Paris, église Saint Séverin
 
785b4 Paris, église Saint Séverin
 
En fait de visites "touristiques" à Paris, je vais me limiter à bien peu de choses. Mais il est une église dont j’admire, entre autres, les colonnes torsadées, c’est Saint Séverin, avec aussi ses orgues monumentales ainsi que quelques sculptures et quelques peintures.
 
785b5 Paris, le canal Saint Martin
 
785b6 Paris, le canal Saint Martin
 
Autre lieu touristique, c’est ce canal Saint Martin. Généreusement, Jean-Roger, mon beau-frère, nous a prêté gratuitement pendant un mois et demi un petit appartement qu’il possède, idéalement situé à deux pas de cet endroit joli, calme, très provincial. Très plaisante promenade.
 
785c1 Montaigne, rue des Écoles à Paris
 
785c2 Paris, La Fontaine, Le Corbeau et le renard
 
Et puis je voudrais célébrer des personnages que je vénère. Comme Montaigne, dont la statue se trouve rue des Écoles, juste en face de la grande entrée de la Sorbonne (celle qui est généralement fermée, sauf pour les cérémonies officielles ou les conférences publiques). Et, bien sûr, c’est notre bon La Fontaine, avec ce corbeau devant ses pieds, un petit brie dans son bec, et ce renard qui s’adresse à lui du bas des marches. C’est en allant demander mon visa au consulat de Biélorussie que, traversant les jardins du Ranelagh dans le 16e arrondissement entre le métro La Muette et le boulevard Suchet, j’ai vu le fabuliste.
 
785c3 Monument à Mickiewicz par Bourdelle
 
785c4 Monument à Mickiewicz par Bourdelle
 
785c5 Monument à Mickiewicz par Bourdelle
 
Près de la place de l’Alma, et plus précisément entre le cours Albert Premier et la Seine, se dresse un grand monument en forme de colonne avec une statue à son sommet. Je dois avouer qu’ici je triche un peu, car les photos ci-dessus je ne les ai pas prises lors de ce séjour (d’ailleurs, les feuilles des arbres me démentiraient si je prétendais le contraire). Mais même sans le photographier cette fois-ci, nous sommes allés saluer Adam Mickiewicz, le grand poète polonais, au sommet d’un monument œuvre de Bourdelle. Comment ne pas en parler ici quand je viens de rédiger un article sur Varsovie et un autre sur Grodno et l’ouest de la Biélorussie. En effet, il est polonais par la filiation, le nom, la langue, mais il est né en 1798 à Novogrudok dont j’ai eu plusieurs occasions de parler, ancienne capitale du grand-duché de Lituanie, à 160 kilomètres à l’est de Grodno, en plein territoire de la Biélorussie actuelle. Il a vécu à Paris, a enseigné au Collège de France. De sa naissance à sa mort, la Pologne ayant été partagée, le tsar de Russie régnait sur le territoire de sa naissance. Voilà pourquoi, aussi, le texte "À la Pologne ressuscitée" peur se lire sur ce monument de 1928, soit après la renaissance de la Pologne, ainsi que "Réassemblées les trois âmes de la Pologne songent vers Mickiewicz prophète de la délivrance". En effet, le poète a été un ardent et infatigable défenseur de l’idée d’une Pologne ressuscitée, participant même, dans la mesure de ses possibilités, à des actions concrètes. Il était même en train de créer une légion polonaise à Istanbul pour tenter de reconquérir son pays quand il est mort, pris dans une épidémie de choléra. Parmi les six scènes figurant autour de la base de la colonne, celle que l’on aperçoit vaguement sur la première photo représente Les Trois Polognes (c'est-à-dire le résultat de la partition entre Russie, Prusse et Autriche) et celle de ma troisième photo Les Captifs.
 
785d1 Paris, reconstruction des Halles
 
785d2 Paris, reconstruction des Halles
 
Nous savions, bien sûr, que le forum des Halles, peu esthétique, allait être détruit et remplacé, nous avions, à l’époque, suivi le concours d’architectes, les projets, le choix, mais nous sommes partis… C’est donc une surprise de découvrir l’état des travaux de démolition de cet endroit que nous avons si souvent fréquenté.
 
785d3 Paris, reconstruction des Halles
 
785d4 Paris, reconstruction des Halles
 
Dans un bâtiment provisoire, des documents sont à la disposition du public, une grande maquette a été installée au centre de la salle, et derrière un bureau des messieurs sont là pour répondre aux questions éventuelles. Extrêmement basse, la nouvelle construction ne devrait pas susciter les mêmes controverses que lors de l’édification du Centre Pompidou, qualifié par les "classiques" d’usine au cœur de Paris.
785e1 Sous la pyramide du Louvre
     
785e2 Sous la pyramide du Louvre
 
Nous nous sommes rendus au Louvre pour voir l’exposition sur Alexandre le Grand. Je ne parlerai pas dans un autre article de cette fabuleuse exposition car la photo y est interdite. Impossible, dans ces conditions, d’expliquer le pourquoi de mon admiration. Mais j’ai pris la première de ces photos sous la pyramide du Louvre. La deuxième aussi, mais… le 26 février 2006. Deuxième photo que je tire de mes archives. Mais c’est fini, toutes celles qui vont suivre datent de ce séjour-ci à Paris. Je n’aurais pas dû tricher ainsi, mais cette structure architecturale me fascine, aussi je n’ai pas résisté à la tentation de la montrer ici.
 
785f1 Gare de l'Est, souvenir de la Shoah
 
785f2 Gare de l'Est, le train Moscou - Minsk - Paris
 
Un avantage non négligeable de l’appartement prêté par Jean-Roger est qu’il est situé juste en face d’un arrêt de plusieurs bus et à moins de 100 mètres de la gare de l’Est, avec métro, nombreux autres bus, trains. Nous nous y sommes donc très souvent rendus pour y prendre le métro. Des plaques (l’une d’entre elles sur ma première photo) y rappellent que d’ici sont partis de nombreux convois de prisonniers de guerre, de Résistants, et aussi les terribles trains de la Shoah emmenant aux tortures et à la mort des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants dont le seul tort est d’être nés juifs.
 
Rien de dramatique dans ma seconde photo. Passant devant les quais, soudain je saisis le bras de Natacha : "Tu as vu ? Dans cinq minutes arrivera un train de ton pays". Départ de Moscou. À Moscou, la gare d’où partent les trains vers l’est, vers la Biélorussie et la France, s’appelle Voksal Belorusskii, "Gare de Biélorussie", comme en français on dit Gare de l’Est ou Gare de Lyon. Mais ici, on lit (à deux reprises), Moskva Belorusskaya, ce qui veut dire Moscou la biélorusse. Comme si la ville avait changé de pays. Stupidité. À part cela on voit l’itinéraire Viazma non loin de Moscou, Smolensk en Russie à quelque distance de la frontière, Orsha dans l’est de la Biélorussie, Minsk la capitale au centre du pays, et Brest qui au moment du retrait de la jeune Russie Bolchevique de la Première Guerre Mondiale, le 3 mars 1918, s’appelait encore Brest Litovsk (Brest la lituanienne), où a été signé le traité qui porte son nom. Cette Brest est tout près de la frontière polonaise, dans la pointe sud-ouest du pays.
 
785f3 Publicité place des Victoires à Paris
 
Une curiosité de badaud parisien. Un jour que nous passions place des Victoires, nous avons été intrigués par une camionnette plateau portant une Fiat 500 du vieux modèle original, peinte comme un zèbre en raies noires et blanches (mais, à la différence de l’animal, ses raies sont horizontales), et éclairée de violents projecteurs. La camionnette tournait, tournait, faisant de nombreuses fois le tour de la place, et une jeune femme tenant un parapluie ouvert se dressait par le toit ouvrant. Puis la camionnette s’est arrêtée précisément là où nous nous trouvions, et les séances de photo ont continué. Je suppose que les personnes qui vivent en France devraient voir cette publicité pour je ne sais quelle marque de je ne sais quel produit. Devant nous, les professionnels prenaient des photos (donc publicité dans des magazines), mais je suppose que si on tournait autour de la place c’était pour faire croire que la voiture roulait (donc publicité à la télévision).
 
785g1 Vitrine de Noël au Printemps, bd Haussmann
 
Chaque année au moment de Noël, les Grands Magasins du boulevard Haussmann, Printemps et Galeries Lafayette, présentent des vitrines très spéciales, avec tout un tas de petits personnages animés. Je ne sais pas de quand date cette tradition mais je sais qu’elle est très ancienne, parce que je ne suis pas de première fraîcheur et déjà dans mon enfance on nous emmenait voir ces vitrines. Nous sommes arrivés à Paris peu avant Noël, les événements familiaux, à l’arrivée, ne nous ont pas mis le cœur en joie, et puis dès le début de janvier, pour le "blanc", les vitrines sont refaites. Lorsque nous nous sommes rendus sur place, les Galeries Lafayette avaient déjà tout défait. Le Printemps avait, sous les auspices de la collection Chanel, de somptueuses vitrines classiques, comme ci-dessus.
 
785g2 Vitrine animée de Noël au Printemps, bd Haussmann
 
785g3 Vitrine animée de Noël au Printemps, bd Haussmann
 
785g4 Vitrine animée de Noël au Printemps, bd Haussmann
 
Alternant avec les vitrines classiques, il y avait ces traditionnelles vitrines animées. Amusantes et remarquables de raffinement, elles étaient très variées, mais semblaient orientées vers la Russie. Concernant les trois que j’ai choisies ici, la première représente des danseuses en tutu dans un décor rouge qui –pour moi du moins– évoque le fameux Bolchoï de Moscou. Au milieu du décor, les deux C entrecroisés de Chanel se détachent sur fond d’étoile rouge. La seconde, avec une tour Eiffel mais aussi des bâtiments à dômes et beaucoup de neige qui évoquent la Russie, une multitude de petits Karl Lagerfeld bien reconnaissables s’agitent, prennent des photos. Là aussi, au sommet d’une tour, le logo Chanel. Troisième photo, un décor d’aéroport, une piste d’atterrissage, des personnages en uniformes de compagnies aériennes. Là, ce n’est pas la Russie, le nom de Chanel est écrit en toutes lettres sous celui de Beverley Hills et celui du Printemps. Mais évidemment, un film rendrait mieux compte de tout cela en mouvement que mes toutes bêtes photos immobiles.
 
785h1 Marcel de Villemoisson et sa femme
 
Je voudrais encore ajouter quelque chose sans relation avec Paris, mais il s’agir de deux rencontres importantes pour nous, qui ont eu lieu lors de notre séjour à Paris. La première rencontre a eu lieu parce que Natacha avait reçu une invitation d’une amie biélorusse artiste peintre en France. Il s’agissait du vernissage d’une exposition collective, avec un invité d’honneur, le peintre réputé Marcel de Villemoisson (ici avec sa femme, devant quelques unes de ses toiles). C’est un grand artiste, mais sa femme comme lui sont simples, directs, chaleureux. Nous avons longuement parlé lors de cette soirée, et ils nous ont même proposé d’aller les rencontrer chez eux dans l’atelier de l’artiste pour prendre le café. Ce que nous avons fait avec joie. Non seulement l’ambiance a été extrêmement sympathique, j’oserai même dire amicale, mais nous nous sommes sentis si bien, nous avons vu tant d’œuvres splendides, nous avons eu tant d’intérêt au récit du parcours professionnel et des anecdotes diverses de Marcel de Villemoisson que nous sommes restés indûment tard…
 
785h2 Cécile Vincent-Cassy, enseignante à l'université,
 
Quant à l’autre rencontre, elle a été aussi une grande joie. Cécile Vincent-Cassy enseigne à l’université et fait aussi des recherches savantes. Comme ses recherches l’ont, un jour d’octobre 2010, fait tomber sur mon blog et que j’avais pris quelques photos en rapport avec son sujet, elle est entrée en contact avec moi, et puis nous avons de temps à autre échangé par courrier électronique. Évidemment, je ne pouvais, moi à mon niveau, rien lui apporter pour sa recherche très spécialisée. Mais elle enseigne à l’université Paris XIII, et nous avons profité de notre séjour dans la capitale pour nous rencontrer. Avant cette rencontre, j’avais une correspondante érudite, cultivée, brillante, passionnante. Nous avons dîné ensemble tous les trois. Depuis, il s’y ajoute une amie, charmante, spirituelle, chaleureuse. Voilà pourquoi je ne pouvais manquer de parler d’elle. Avant de mettre le point final de cet article, je voudrais donner le titre, très pointu, du gros ouvrage de plus de 500 pages, avec un CD de photos, qui a été à l’origine de nos échanges, Les Saintes vierges et martyres dans l’Espagne du XVIIe siècle. Culte et image. Elle m’en a offert un exemplaire. On pourrait penser qu’un tel sujet est aride, mais quoique ce soit très spécialisé et d’un haut niveau c’est passionnant et je l’ai lu d’un trait.
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Published by Thierry Jamard
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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 11:53
784a1 En vol entre Varsovie et Amsterdam
 
784a2 Lors de l'atterrissage à Amsterdam Schiphol
 
Nous rentrons sur Athènes. Comme d’habitude à partir de Grodno, Biélorussie, il convient d’aller chercher l’avion à Varsovie. Et parce que ce second séjour à Grodno n’était pas prévu, notre billet d’avion vers la Grèce nous fait partir de Paris Orly. Comble de complication, pour des raisons de prix et de commodité d’horaires, nous faisons Varsovie – Paris par KLM, avec escale à Amsterdam.
 
784b1 dans l'aérogare d'Amsterdam Schiphol
 
784b2 dans l'aérogare d'Amsterdam Schiphol
 
784b3 dans l'aérogare d'Amsterdam Schiphol
 
Là, deux possibilités s’offraient à nous, ou bien deux heures de battement, ou bien cinq heures. Pensant que deux heures dans l’aéroport étaient du temps perdu, nous avons choisi la deuxième solution qui nous laisse le temps de faire un saut jusqu’en ville. Des trains directs fréquents partent de l’aérogare et arrivent à la gare centrale en vingt minutes. Nous ne pouvons guère nous attarder dans cette aérogare décorée de façon amusante, un cockpit d’avion dans lequel on peut monter pour voir de près tous les cadrans, un train d’atterrissage, un réacteur. Le cockpit attire des visiteurs, les deux autres éléments d’avion ne suscitent pas même un regard.
 
784c1 Amsterdam
 
784c2 Amsterdam
 
784c3 Amsterdam
 
À la gare centrale, on a le choix entre deux tramways (ligne 2 ou ligne 5) pour se rendre au Rijksmuseum ou au musée Van Gogh. Comme j’ai eu l’occasion plusieurs fois de visiter le Rijksmuseum, dont une fois avec Natacha depuis notre mariage, et malgré notre envie de le revoir parce qu’il est merveilleux, nous optons pour une visite du musée Van Gogh que ni l’un ni l’autre ne connaissons. À 14 Euros l’entrée, sans réduction pour les étudiants, les chômeurs, le troisième âge (seulement les jeunes mineurs de 18 ans), on ne fait pas beaucoup pour diffuser la culture. D’autant plus que la photo y est interdite, pas moyen d’en emporter un souvenir. Mais quelle merveille ! Il est très émouvant de voir l’original quand on a vu tant de copies. La chambre à coucher à Arles, par exemple, ou les tournesols.
 
Le musée ferme aujourd’hui à 18h. Nous avons un peu de temps avant notre avion. Puisqu’il ne fait pas froid nous suivons à pied la ligne du tramway sur plusieurs stations, histoire de nous promener et de prendre l’air de la ville. Une ville à la forte personnalité, qui ne ressemble à aucune autre, avec beaucoup de beaux bâtiments.
 
784d1 Cyclistes à Amsterdam
 
Impossible de ne pas faire au moins une photo de cyclistes. À Amsterdam, plus de 50 pour cent des déplacements quotidiens se font à vélo. On voit en selle toutes les catégories de personnes, des jeunes comme partout, mais il est amusant de voir des hommes en costume et cravate, avec une serviette en cuir sanglée sur le porte-bagages, pédalant très sérieusement avec leurs souliers bien cirés, ou des dames respectables, élégantes, le dos bien droit sur leur bicyclette noire.
 
784d2 Amsterdam, lutte contre l'excision rituelle
 
Nous avons repris notre tramway et sommes allés à la gare. En attendant le train, j’ai pris cette photo d’une affiche sur le quai. "Fière de moi, qui suis une fille et non excisée". En France aussi, beaucoup de jeunes filles immigrées de certains pays subissent cette terrible mutilation, quelques élèves des lycées que j’ai dirigés se sont confiées à moi mais chez nous je n’ai jamais vu de campagne d’affichage tentant de soutenir les filles qui voudraient s’y opposer. Si un certain puritanisme empêche de parler de cette partie du corps alors que pour des motifs commerciaux on n’hésite pas à faire se déshabiller des mannequins sur des affiches, c’est une hypocrisie scandaleuse. Mais je crains, ce qui est pire, que ce ne soit dû à une certaine indifférence, puisque c’est fait dans le privé et que l’on préfère n’en rien savoir.
 
Notre train est arrivé, nous sommes montés. Je n’ai pas oublié cette affiche courageuse pour autant. Mais là s’achève ce bref passage à Amsterdam. Dans notre projet initial, toute l’Europe en un an (!), nous devions passer plus de temps dans cette ville en redescendant du Cap Nord vers la France. Si notre voyage, quoique démesurément allongé, suit malgré tout le parcours prévu, rendez-vous dans x années pour le complément de cet article…
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Published by Thierry Jamard
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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 10:20
Tant que Grodno était encore au sein de l’Union Soviétique, le musée que nous visitons aujourd’hui était un musée de l’athéisme. J’aurais aimé savoir ce qu’il contenait, car à part des écrits hostiles aux religions il n’y a pas grand-chose à montrer, je pense, sur l’absence de religion. Ou alors peut-être des images caricaturales. Mais je n’ai rencontré à Grodno personne qui l’ait visité à l’époque. Par ailleurs, depuis que les Nazis ont anéanti la population juive de Grodno et que les Soviétiques ont effectué de vastes transferts entre les populations polonaises catholiques de la Grodno ancienne et des populations russes et ukrainiennes orthodoxes, la ville se partage entre athées restés athées, minorité catholique ayant repris la pratique religieuse avec ferveur et près de la moitié des habitants se déclarant orthodoxes avec des niveaux de pratique divers. Dans ces conditions, le musée a été contraint de changer de nom et d’objet. C’est désormais un musée des religions et de l’athéisme et, pour compenser les vides, je suppose, il sort largement de son sujet avec bien des pièces qui tiennent aux arts et traditions populaires plus qu’aux religions.
 
783a1 Vénus paléolithiques (Russie près frontière Biél
 
Néanmoins, c’est avec des objets de culte que je commence, car ce sont les plus anciens des collections du musée. Il est indiqué que la statuette de femme, à gauche, a été sculptée il y a vingt-deux mille ou vingt mille ans dans une défense de mammouth. Celle de droite est du paléolithique tardif. Et les objets présentés ne sont que des moulages dont il n’est pas dit où sont conservés les originaux. Et rien ne dit non plus que ce sont à l’évidence des objets de culte.
 
783a2 maquette de village 15e-11e s. avant JC
 
Cette maquette en plâtre, polystyrène et carton d’un village de huttes enneigé représente un habitat des quinzième à onzième siècles avant Jésus-Christ en Polésie, région du sud de la Biélorussie et du nord de l’Ukraine, à l’emplacement de la ville de Pripiat. Cette ville, créée de toutes pièces en 1970, est une ville d’Ukraine à une quinzaine de kilomètres de la frontière Biélorusse, ville fantôme aujourd’hui depuis l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl située à 3 kilomètres seulement.
 
783a3 Moulage d'un cheval 7e-4e siècle avant JC (district
 
cette statuette est le moulage d’un cheval daté entre le septième et le quatrième siècles avant Jésus-Christ. Il provient des environs de Gomel, dans le sud-est du pays.
 
783b1 Moulage d'une amulette (Vitebsk, 10e-11e s.)
 
Cette fois-ci, nous sommes dans le nord-est de Biélorussie, région de Vitebsk (la patrie de Marc Chagall), pour cette amulette datée dixième ou onzième siècle.
 
783b2 décoration coiffure femme, d'un cimetière 10e-12e s
 
C’est dans une tombe datant des dixième / douzième siècles d’un cimetière des environs de Grodno qu’ont été trouvés ces petits objets pentagonaux. Ils avaient servi de parure dans la coiffure de la femme enterrée là.
 
783b3 Reconstruction d'après restes trouvés dans cimetiè
 
Cette très jolie jeune femme, d’après une inscription sur sa tombe, se nommerait Iatsviajanka et serait morte au douzième ou au treizième siècle. Son visage a été reconstitué à partir de l’examen de ses restes.
 
783b4 église 12e s. à Grodno, détruite au Moyen-Age
 
Dans mon article sur la ville de Grodno, je disais que trois églises avaient été construites sur le site dans le courant du douzième siècle, mais que dés la fin du même siècle, en 1183, la foudre avait détruit deux d’entre elles, seule subsistant celle que j’ai montrée, Saint Boris et Saint Gleb. Sur cette photo, on voit une maquette de l’une des deux petites églises détruites par la foudre.
 
783b5 aiguière allemande, 1e moitié 13e ., trouvée à Gr
 
Ma photo rend assez fidèlement la couleur du métal dans lequel est fait ce cavalier. On dirait bien de l’étain, mais la notice dit qu’il est en bronze. Problème de patine sans doute. Quoi qu’il en soit, c’était une aiguière, peut-être destinée à un usage liturgique. C’est un produit de l’artisanat d’Allemagne du nord datant de la première moitié du treizième siècle, mais trouvé à Grodno, preuve des échanges entre ces deux régions. Je trouve très beau ce petit objet (même si hélas la tête du cavalier est tronquée), mais ce cheval qui, en lieu et place de sabots comme ses congénères, est doté de petits pieds, je le trouve fort amusant.
 
783c1 Panorama de Grodno au 16e siècle
 
Nous voyons ici la reproduction (1957) d’une gravure de 1568 représentant un panorama de Grodno. Hé oui, depuis le seizième siècle la ville s’est développée…
 
783c2 Tyzenhaus, staroste de Grodno (1733-1785)
 
J’ai eu l’occasion de parler de Tyzenhaus (1733-1785), staroste de Grodno, lorsque j’ai montré une statue de lui en ville. Mais si le portrait ci-dessus a des airs d’ancienneté, il n’en est rien car il date de 2008. Indépendant pour la première fois de son histoire, à part une très brève période après la Première Guerre Mondiale et la naissance de l’URSS, le pays cherche son identité. Partagé entre Russie et Pologne, ou partie du grand-duché de Lituanie, ou intégré à l’Union Soviétique, sans aucune frontière naturelle au milieu d’une immense plaine, il n’a d’unité que par l’aire géographique déterminée par sa langue. Or, pendant les décennies de son appartenance à l’URSS, la Biélorussie a dû pratiquer le russe en langue officielle et les villes ont été peuplées de non biélorusses, de sorte que seuls les paysans et, en ville, les intellectuels militant pour leur identité s’expriment en langue biélorusse. Même l’unité définie par l’aire linguistique a disparu. Pour l’immense majorité des populations, il convient de créer de toutes pièces une identité à partir des hautes personnalités qui, au sein du grand-duché de Lituanie, ou au sein du royaume de Pologne, ou au sein de l’Empire Russe, ont œuvré pour la Biélorussie. C’est pourquoi depuis une vingtaine d’années on recrée des portraits, des statues, etc., d’hommes et de femmes du passé. Tyzenhaus est l’un d’eux, comme Kosciusko, comme Vytaut et quelques autres. Exit l’Homo Sovieticus. L’homme biélorusse est né.
 
783c3 Journal de Grodno du 9 avril 1778
 
Contemporain de Tyzenhaus est ce Journal de Grodno (Gazieta = journal) daté du 9 avril 1778 et rédigé en langue polonaise. Comme quoi, sous la férule polonaise, cette ville biélorusse pratiquait la langue polonaise dans les milieux instruits (les classes populaires ne savaient pas plus lire ici qu’à Paris ou à Londres).
 
783c4 Assiette fin 19e s., Philippe d'Orléans, régent
 
La légende de cette assiette est surprenante. Elle signale une œuvre de biscuit de la fin du dix-neuvième siècle qu’elle attribue à un certain Alfred Kaché, Vierzon – Paris. Et c’est tout. Or, d’une part, les porcelaineries établies à Vierzon au dix-neuvième siècle sont suffisamment célèbres, il y a notamment celle d’Alfred Hache qui, en cette fin de dix-neuvième siècle, exporte une grande part de sa production, vers les États-Unis comme vers l’Europe de l’est. Je suis convaincu que le porcelainier auteur de cette assiette est en fait Alfred Hache. Par ailleurs, sous le buste et collée au dessin il y a une inscription totalement invisible ici, mais parfaitement lisible sur ma photo originale. Pour la situer, je dirai qu’elle se trouve environ entre le centième et le cent vingtième degrés dans le sens contraire au sens trigonométrique (donc en partant de "midi" et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre). Cette inscription dit "Philippe d’Orléans (régent)". Ce petit-fils de Louis XIII, neveu de Louis XIV, assurera la régence du royaume de France entre la mort de Louis XIV en 1715 et le sacre de Louis XV en 1722 (à l’âge de 12 ans et demi… jeune majorité). Il est difficile de croire que les personnes chargées de rédiger les légendes des pièces exposées, voire le conservateur du musée lui-même, aient ignoré, en lisant cette inscription, qui pouvait bien être ce Philippe d’Orléans. Et sinon, difficile de comprendre pourquoi l’évocation de ce nom est consciemment passée sous silence. S’il s’agissait de vilipender le système monarchique, il y avait là matière à s’en donner à cœur joie avec ce régent à la vie dissolue.
 
783d1 Robe, parapluie, cartes postales fin 19e, début 20e
 
La robe blanche de cette vitrine, tout comme le parapluie, les deux cartes postales et la photographie encadrée sont de la toute fin du dix-neuvième siècle ou du tout début du vingtième. Nous voici donc arrivés tout près de l’époque actuelle.
 
783d2 La rue du Château (ulitsa Zamkavaya), Grodno, début
 
Un château fort, en russe, c’est zamok, et en biélorusse zamak. Cette carte postale du début du vingtième siècle représentant "ulitsa Zamkova", à Grodno, c’est donc la "rue du Château". Et elle n’a pas tellement changé. Je reconnais parfaitement la rue que nous avons prise l’autre jour pour aller visiter le musée du Nouveau Château. On peut reconnaître aussi, au fond, la tour de la caserne de pompiers que j’ai montrée dans mon article sur la ville. Mais l’asphalte a remplacé les pavés et les voitures automobiles ont investi les lieux.
 
783d3 Voeux de Pâques, carte postale début 20e siècle
 
      Dans son cadre de velours bleu, cette carte postale du début du vingtième siècle nous souhaite de joyeuses Pâques. Nos pays de tradition catholique connaissent les œufs de Pâques, souvent en chocolat, mais cela n’a rien de commun avec les traditions des pays orthodoxes. On met des pelures d’oignon dans l’eau où l’on fait cuire des œufs pour les colorer en rouge, on confectionne des pains de viande où l’on incorpore des œufs, on peint délicatement toutes sortes de sujets, religieux ou non, sur des coquilles d’œufs ou sur des œufs artificiels en bois, et l’on peut s’offrir des œufs aussi gigantesques que sur cette carte postale.
 
783e1 Maquette du temple de Salomon du 10e s. avant JC
 
Des vénus préhistoriques, une amulette, la maquette d’une église détruite, des vœux pour la fête religieuse de Pâques, effleuraient l’objet annoncé par le titre de ce musée des religions et de l’athéisme. Mais voici venu le moment où l’on aborde directement le sujet. Cette maquette au 150e représente le premier temple de Salomon, construit au dixième siècle avant Jésus-Christ. Il sera détruit en 586 par le roi de Babylone Nabuchodonosor. Mais quiconque, comme moi, aime Verdi, connaît le thème de l’opéra Nabucco. Ce temple sera relevé en 516 et rénové par le roi Hérode en 19 avant Jésus-Christ. Les Romains l’abattront en 70 après Jésus-Christ. Le Mur des Lamentations datant d’Hérode ou, selon des découvertes très récentes, plus tardif (seconde moitié du premier siècle après Jésus-Christ), est sacré dans la religion israélite parce que le plus proche du "Saint des saints".
 
783e2 Le Sacrifice d'Isaac par Abraham (St-Pétersbourg 186
 
Cette gravure (Saint-Pétersbourg 1869) représente le sacrifice d’Isaac par son père Abraham, au moment où arrive l’ange pour arrêter le bras du sacrificateur et apporter le bélier qui sera égorgé à la place d’Isaac. Curieux, Abraham a l’air très mécontent de cette intervention.
 
783f1 Torah 19ème siècle
 
Dans la religion juive, la Torah ("la Loi") est constituée des cinq livres de Moïse, ou Pentateuque, première partie de la Bible admise par les Chrétiens. Ces cinq livres sont la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. La Torah doit être copiée sans faute, et si une faute est commise elle ne peut être corrigée, il faut recommencer la copie depuis le début. La rédaction est réalisée sur des rouleaux de parchemin que l’on déroule au fur et à mesure de la lecture. Sur la photo ci-dessus, nous voyons à gauche le quatrième livre, les Nombres et à droite le troisième, le Lévitique. Ces documents datent du dix-neuvième siècle. Pour suivre sa ligne lors de la lecture à voix haute dans la synagogue, on utilisait la baguette d’argent représentée ici, qui se termine par une main au doigt pointé.
 
783f2 Crécelle juive
 
Je n’ai pas vu, dans le musée, d’explication pour la présence de cette crécelle dans la salle réservée à la religion juive. Ce que j’en sais, c’est qu’elle est utilisée lors de la célébration du Pourim (février ou mars selon les années), en commémoration d’un complot d’Haman, vizir perse du temps d’Assuérus, déjoué par les Juifs. L’épisode est raconté dans le Livre d’Esther. On fait retentir la crécelle à chaque fois qu’est prononcé le nom de Haman, ennemi des Juifs, modèle de l’antisémite. À cette tradition juive, je vais ajouter un souvenir d’enfance et d’adolescence dans la religion catholique. Du Vendredi Saint au dimanche de Pâques, on ne pouvait faire sonner de cloches. Mais lors des offices, au moment où l’enfant de chœur ou le servant devait, le reste de l’année, agiter la sonnette, par exemple pour l’Élévation, cette toute petite sonnette était tout aussi proscrite que les grosses cloches du campanile, et on la remplaçait par un tour ou trois tours de crécelle. Le concile Vatican II a mis fin à cette pratique.
 
783g1 Médine, gravure début 20e siècle
 
L’an 622, lorsque le prophète Mahomet a dû fuir de la Mecque à Médine, cette fuite, l’Hégire, marque l’an I de l’Islam. C’est aussi à Médine qu’il est mort dix ans plus tard, et qu’il a été enterré. Ici, cette salle est réservée à la religion musulmane, et cette gravure du début du vingtième siècle représente la ville de Médine.
 
783g2 Prière à la mosquée, Novogrudok 1920
 
Cette reproduction d’une photo de 1920 montre des fidèles musulmans en prière dans la mosquée de Novogrudok, cette ville située à 160 kilomètres à l’est de Grodno et qui, comme je le disais dans mon article sur la ville de Grodno, est devenue capitale du grand-duché de Lituanie au treizième siècle.
 
783h1 Martin Luther, biscuit et bois, fin 18e-début 19e s.
 
783h2 Le pape de Rome, bois 18e s. (copie 1985)
 
Nous en venons au christianisme, la première photo montrant Martin Luther (biscuit et bois, Allemagne, fin dix-huitième siècle ou début dix-neuvième), et la seconde le pape de Rome avec sa tiare démesurée (copie réalisée en 1985 d’une statue de bois du dix-huitième siècle). J’ignore l’intention des artistes qui sont à l’origine de ces œuvres, mais je suppose que ceux qui les ont sélectionnées pour les faire figurer ici dans ce musée précédemment de l’athéisme ont dû se régaler. Car enfin ce Luther grassouillet assis sur un livre qui doit être la Bible est assez ridicule. Mais surtout, surtout, ce pape dont la légende donne pour son origine l’Europe, ce qui dans son imprécision abyssale est très évident pour ce musée dont pas un seul objet ne provient d’Asie, d’Amérique ou d’Afrique, je le trouve comique et caricatural. Or si, à l’époque de réalisation de ces statuettes, nous sommes encore à plus d’un siècle de l’athéisme soviétique, nous n’en sommes pas moins au siècle des Lumières, aux environs de la Révolution Française qui a transformé l’église Sainte Geneviève en temple de la Raison, etc. Il est donc tout à fait possible que ces statuettes aient été volontairement ridicules. Et si, par ailleurs, je ne trouve aucune qualité esthétique à ce pape, en revanche le Luther est un joli objet.
 
783i1 Christ en bois (Biélorussie, 16e siècle)
 
Ce Christ, dont la croix n’a pas été conservée, date du seizième siècle. Il est dit, sans autre précision, qu’il est de Biélorussie. Les églises orthodoxes étant peuplées d’icônes mais dépourvues de statues, je pense qu’il provient plutôt de la partie catholique du pays, le côté polonais.
 
783i2 Saint Casimir, bois, 1630
 
Détail d’une grande statue en bois de 1630 représentant saint Casimir. Lorsque j’ai des questions à poser et que je trouve en face de moi des personnes ne parlant que russe ou biélorusse, je suis bien embarrassé, surtout lorsque la question se prête mal à l’expression par gestes. Mais Natacha ne connaît pas ce problème, et elle a demandé à une personne qui garde la salle d’où provient cette statue. "Je ne peux pas vous le dire", lui a-t-il été répondu. En russe, konietchno (= bien sûr). Elle a alors insisté, voulant savoir pourquoi cette dame ne pouvait pas répondre. "Nous le savons, mais il nous est interdit de le dire". Cela donne à Natacha une idée. J’ai parlé d’une très grande esplanade de Grodno appelée Sovietskaya, à chacun des angles de laquelle il y avait autrefois une église. Dans l’angle en face de la cathédrale catholique Saint François-Xavier, une autre église catholique consacrée à saint Casimir a été abattue en 1961, acte hautement symbolique parce que saint Casimir, mort à Grodno en 1484, y était l’objet d’une grande dévotion, et depuis rien n’a été construit sur ce terrain vague. Aussi Natacha suppose-t-elle que cette statue de saint Casimir provient de cette église, et qu’avec le retour de bien des gens à la pratique religieuse on n’ose pas trop faire étalage de cet acte de vandalisme sur le plan artistique et sacrilège aux yeux des croyants. Mais j’insiste sur le fait que ce n’est qu’une supposition très vraisemblable, à ne pas prendre cependant pour une certitude.
 
783i3 Carreau de céramique, Séraphin à 6 ailes (Russie 1
 
Ce carreau de céramique émaillée représente un séraphin avec six ailes. Les anges sont hiérarchisés en neuf catégories qui sont les séraphins (six ailes), les chérubins (quatre ailes), les trônes, les dominations, les autorités, les puissances, les principautés, les archanges et les anges. Dans la Bible, livre d’Isaïe, on peut lire "Dans l’année où mourut le roi Ouzia, moi, cependant, je vis le Seigneur, siégeant sur un trône haut et élevé, et les pans de son vêtement remplissaient le temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Chacun avait six ailes. Avec deux il tenait sa face couverte, et avec deux il tenait ses pieds couverts, et avec deux il volait". Généralement, au seizième siècle, ces carreaux étaient monochromes, et c’est de cette région-ci qu’est parti l’usage de les réaliser en polychromie. Celui-ci, du dernier quart du dix-septième siècle ou du début du dix-huitième, provient de Russie. Probablement faisait-il partie de la couverture d’un poêle comme on les faisait autrefois dans ces pays de l’est, vastes et couverts de carrelages, sur lesquels on pouvait s’asseoir ou s’étendre.
 
783i4a Anges à la trompette (Biélorussie 18e s.)
 
783i4b Ange à la trompette (Biélorussie 18e s.)
 
783i4c Ange à la trompette (Biélorussie 18e s.)
 
Ces deux anges de bois peint, avec leur trompette, me plaisent beaucoup. Ils sont biélorusses et datent du dix-huitième siècle. L’un n’a que deux ailes, l’autre les a même perdues, ce n’est que de la piétaille d’anges, loin des séraphins et des chérubins. Pouah !
 
783j1 Anne apprenant à lire à Marie (1re partie 19e s.)
 
Sainte Anne apprenant à lire à sa fille, Marie, est un thème fréquent de la peinture ou de la statuaire religieuses, mais la légende placée par le musée précise que c’est seulement à partir du seizième ou du dix-septième siècle que, puisant ce sujet dans le Protoévangile de saint Jacques le Mineur, les artistes ont commencé à le représenter. En fait, ce texte rédigé au deuxième siècle de notre ère, qui se dit écrit par saint Jacques ce qui est à l’évidence faux, a été trouvé et diffusé en Occident par l’humaniste français Guillaume Postel. Il est dit Protoévangile, ou Protévangile, parce qu’il raconte des faits antérieurs à ceux que rapportent les quatre évangiles canoniques. Dans ce tableau de la première partie du dix-neuvième siècle Marie a ce visage des petites filles qui ont déjà des traits de femme. Je ne trouve pas beaucoup d’expressivité dans cette peinture froide.
 
783j2 Nativité , huile sur bois, argent (Russie, 1861)
 
En revanche, cette Nativité peinte à l’huile sur bois et habillée d’argent est très jolie. La façon dont Marie regarde avec tendresse et attention son bébé qu’elle presse contre elle est pleine de sensibilité. Cette œuvre provient de Russie et date de 1861.
 
783j3 Saint Jean (bois sculpté, Kiev, fin 19e siècle)
 
Ce bois sculpté qui vient de Kiev, en Ukraine, date de la fin du dix-neuvième siècle. La notice dit qu’il s’agit d’un saint Jean qui a beaucoup souffert. Tel qu’il est représenté, je le trouve trop vieux pour être saint Jean Baptiste, qui a été décapité et avait à peu près le même âge que Jésus (l’Annonciation vient d’avoir lieu quand Marie se rend auprès d’Élisabeth qui va accoucher dans trois mois). Ce serait donc saint Jean l’évangéliste, mort très âgé, représenté ici sans l’aigle qui l’accompagne habituellement mais devant le livre ouvert de son évangile. À moins que la notice ne soit fausse et que ce ne soit pas un saint Jean.
 
783j4 Relief Nativité, 19e-début 20e siècle
 
Les indications données pour cet objet sont très vagues. C’est une Nativité (ça, je le vois) en relief du dix-neuvième siècle ou du début du vingtième. Aucune précision n’est donnée sur son lieu d’origine, sur sa matière, sur son usage. Son aspect donne l’impression que c’est de la nacre, mais je ne vois pas quel mollusque géant aurait pu donner une telle dimension de nacre d’un seul morceau, et une imitation en substance synthétique est exclue à cette époque. Je n’ai donc aucune réponse à mes questions d’origine et de matériau. Quant à cet objet en forme de demi-sphère, je doute que ce ne soit un simple bibelot décoratif, et je me demande s’il serait absurde de supposer que ce soit un couvre patène ou quelque chose d’approchant.
 
Pour conclure cet article, j’ai envie de dire que j’ai vu avec plaisir et intérêt beaucoup de choses, sans grande unité mais après tout qu’importe. Mais j’ai aussi envie d’ajouter une critique. Non seulement les étiquettes sont souvent collées sur un coin sombre des vitrines, ce qui les rend extrêmement difficiles à lire, mais de plus, selon l’humeur de leur auteur, tantôt elles regorgent d’informations (expliquant qui est Marie, mère de Jésus, femme de Joseph, etc.) et tantôt elles sont indigentes comme pour ce dernier objet, voire parfois absentes comme pour la crécelle.
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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 08:46
782a1 Exposition sur les Juifs de Grodno
 
Nous sommes au quatorzième siècle. Les grands-ducs de Lituanie veulent donner un élan à leurs possessions et pour cela il convient de développer le commerce et les échanges. Polotsk tout au nord de la Biélorussie, Riga en Lettonie, appartiennent à la Ligue Hanséatique, mais aucune ville du grand-duché de Lituanie sur le territoire actuel de la Lituanie, sur l’ouest de la Biélorussie, sur le nord de l’Ukraine, n’adhère à la Hanse. Pour dynamiser le commerce et résister à la concurrence teutonique, les grands-ducs décident de faire appel à une forte arrivée de populations juives sur Grodno. La communauté juive de Grodno est officiellement créée en 1389, l'une des premières communautés juives du Grand-Duché. À la veille de la Seconde Guerre Mondiale, alors que Grodno est encore polonaise, la ville compte 21 159 Juifs, soit 42 pour cent de la population totale. Natacha a découvert je ne sais où qu’un séminaire a lieu sur les Juifs de Biélorussie en général et de Grodno en particulier, et nous sommes autorisés à nous y joindre. Il y a d’abord une exposition de photos au Nouveau Château, où l’on voit essentiellement des images de synagogues, abandonnées et pour la plupart en très mauvais état.
 
En 1939 la Wehrmacht occupe Grodno, mais intervient le pacte Ribbentrop-Molotov, toute cette moitié ouest de la Biélorussie entre dans le giron de l’Union Soviétique où elle retrouve la partie est qui y est intégrée depuis 1922, les Allemands s’en vont. Pour peu de temps parce que, le pacte une fois dénoncé, les Allemands réinvestissent Grodno dans la nuit du 22 au 23 juin 1941. Ils y établissent un bureau annexe de la Gestapo avec un bureau des affaires juives, déterminent deux ghettos situés à 2 kilomètres l’un de l’autre, et retirent aux Juifs tous leurs droits civiques. Le port de deux grands triangles jaunes cousus l’un sur le bras gauche, l’autre dans le dos, est imposé aux adultes. S’y ajoute le travail obligatoire pour tous les hommes de 14 à 60 ans, toutes les femmes de 14 à 55 ans. Dans les ghettos, pas d’hygiène, ni eau, ni électricité. Le ghetto I en centre ville est réservé aux ouvriers dits productifs, le ghetto II, en banlieue, pour ceux qui sont déclarés inaptes au travail. Malgré tout, parce que le bureau des affaires juives juge prioritaire d’acheminer de la nourriture, les Juifs du ghetto de Grodno se réjouissent presque d’une situation moins épouvantable que celle de leurs congénères d’autres régions de Biélorussie ou d’autres pays.
 
782a2 chants juifs lors du séminaire sur les Juifs à Grod
 
J’interromps quelques instants mon récit. En effet, je vais l’entrecouper de photos qui, pour la plupart, ne réclament presque pas de commentaires. Ici, après visite de l’exposition, nous sommes invités à nous rendre dans une salle de conférences où ce monsieur interprète, en s’accompagnant à la guitare, des chants juifs alternativement en hébreu puis en biélorusse.
 
Je reprends le récit des événements qui vont être de plus en plus dramatiques. Après un an de fonctionnement d’usines opérées par des Juifs en travail obligatoire au bénéfice de l’économie de guerre allemande, durant l’hiver 1942-1943 commence la déportation de 35000 Juifs de Grodno et de son secteur, parmi les 110 000 du district administratif de Bialystok (aujourd’hui en Pologne) auquel est rattachée la ville. Le 2 novembre 1942 on rassemble les Juifs et on commence à les sélectionner. Affolés, beaucoup réussissent à s’enfuir, mais les Nazis fusillent ceux qu’ils attrapent et en pendent publiquement d’autres à titre d’exemple. Les deux ghettos sont fermés et gardés. Les Juifs déportés sont dirigés soit vers Auschwitz, soit vers Treblinka. L’absence totale d’hygiène, l’entassement, le froid, l’absence de nourriture, l’accumulation des ordures provoquent des vagues d’épidémies, sans compter les tortures et les viols. Avant de passer à la chambre à gaz, les malheureux sont contraints de signer des cartes postales destinées à leurs familles sur lesquelles est écrit "Nous sommes bien traités, nous travaillons et tout va très bien". Il semblerait que même le bureau des affaires juives de Grodno ait ignoré le sort réellement réservé à ceux qu’ils envoyaient ainsi, même s’ils se doutaient que ce n’était pas tout à fait comme dit sur les cartes postales.
 
782b1 Synagogue de Grodno (Biélorussie)
 
782b2 Synagogue de Grodno (Biélorussie)
 
782b3 Synagogue de Grodno (Biélorussie)
 
Au ghetto I, à l’aube on sort hommes, femmes, enfants de leurs logements pour les regrouper dans la grande synagogue (photos ci-dessus). Puis commence une marche vers un camp de transit (Kielbasin, à 5 kilomètres de Grodno) d’où ils seront conduits vers les deux camps de la mort dont j’ai parlé. Le responsable de Kielbasin, un ivrogne, quant il arrive au camp le matin s’amuse à frapper les Juifs qu’il rencontre avec un club de caoutchouc garni d’une boule de métal jusqu’à ce que la boule soit rouge de sang puis, de temps à autre, dans la journée, sort quelques Juifs de leur baraque et s’amuse à les exécuter en public. Fin décembre 1942, il reste à Kielbasin environ 3000 Juifs de Druskininkai (Lituanie actuelle, ville frontière à 32 kilomètres de Grodno), de Sokolka (en Pologne actuelle, également proche de la frontière biélorusse) et du ghetto I de Grodno. On les convoie à pied, en colonne, vers la gare. Puis, courant janvier, on reprend les déportations du ghetto. 11650 Juifs arrivent ainsi à Birkenau. Parmi eux, 1096 hommes et 703 femmes sont sélectionnés pour le travail forcé, les 9851 restants sont immédiatement envoyés aux chambres à gaz.
 
782c1 Synagogue de Grodno (Biélorussie)
 
782c2 Synagogue de Grodno (Biélorussie)
 
 
Il reste alors environ 5000 Juifs dans le ghetto. Le 13 février, on rassemble tout le monde dans la grande synagogue. Certains Juifs ont compris ce qui va se passer, tentent de fuir, sont abattus sur place. Brawer, le chef du bureau des affaires juives, qui n’était certes pas un tendre, ne croyait cependant pas à la Solution Finale, tout comme d’autres membres du bureau. Ils comprennent enfin. Leurs collègues les abattent… Puis, à partir de 22h, c’est la marche en colonne vers la gare. Par chance, quelques dizaines de Juifs parviennent à s’enfuir grâce à la nuit, d’autres fuyards sont abattus, et le reste de la colonne passe à la chambre à gaz dès le lendemain.
 
Le 16 février, les Nazis annoncent que les déportations sont terminées. Environ 5000 Juifs sortent alors de leurs cachettes. Évidemment c’était une ruse, 4000 sont envoyés à Treblinka. 1148 sont en train de mourir de faim dans le ghetto, quand on les transfère au ghetto de Bialystok le 12 mars 1943. Le 13 mars des affiches sont placardées dans Grodno, annonçant que la ville est "nette de Juifs".
 
782d1 Synagogue de Grodno (Belarus)
 
782d2 Synagogue de Grodno (Belarus)
 
Un peu plus d’un an plus tard, le 14 juin 1944, l’Armée Rouge entre dans Grodno. Elle ne trouvera que 40 à 50 Juifs qui avaient réussi à rester cachés jusque là. Sur la population juive initiale, cela représente 0,2 pour cent. Les Nazis n’avaient pas chômé. Parmi les responsables, on a vu que Brawer, le chef du bureau des affaires juives, avait été exécuté par ses collègues. Streblow, commandant du ghetto II, a probablement été tué au combat. Schott, adjoint au chef du bureau annexe de Gestapo de Grodno, s’est suicidé après la guerre. En 1966-1967, à Bielefeld, ont finalement été jugés Errelis, chef du bureau annexe de Gestapo de Grodno et Wiese, commandant du ghetto I. Errelis a été relaxé de l’accusation de participation aux tueries, au bénéfice du doute, et a seulement été condamné à six ans et demi de prison pour complicité de meurtre lors de la liquidation du ghetto I de Grodno. Wiese, lui, écopera de sept ans pour meurtre et complicité de meurtre. À mon avis, par comparaison avec les peines plus ou moins équivalentes infligées à des Chinois importateurs de contrefaçons, ce n’est pas cher payé, même si rien ne peut justifier à mes yeux la peine de mort. Reste Rinzle, l’ivrogne responsable du camp de transit de Kielbasin. Eh bien, celui-là court toujours, s’il n’est pas mort de mort naturelle.
 

782e Rénovation de la synagogue de Grodno (Belarus)

 
La synagogue est fermée. Grâce à notre intégration dans le groupe de ce séminaire, nous avons eu la chance d’avoir le privilège de pouvoir y pénétrer. En fait, des travaux y sont effectués en vue de sa réouverture. Des responsables israéliens venus à Grodno, qui croyaient qu’elle avait été rasée ou qu’elle était dans un état de ruine avancée, ont été agréablement surpris en constatant que son délabrement n’était pas tellement catastrophique et qu’elle pouvait être restaurée. Ils se sont appliqués à trouver des financements, et les travaux ont démarré. Le panneau informatif (situé à l’intérieur de la synagogue dont les portes sont habituellement verrouillées…), difficile à lire sur ma photo, dit, en russe et en anglais :
"Projet de restauration de la grande synagogue de Grodno, bâtiment historique du 16ème siècle, avec l’aide du Bureau de la Culture de la République du Bélarus, la ville de Grodno, la Fédération des communautés juives du CIS, et la famille Rohr, Miami – New-York. Pour plus d’informations : www.jewishgrodno.com".
 
782f1 Synagogue de Grodno (Belarus)
 
782f2 Synagogue de Grodno (Belarus)
 
782f3 Synagogue de Grodno (Belarus)
 
Je disais il y a un instant que les travaux avaient démarré. Je ne sais ce qui a déjà été fait ou ce qui était encore en état avant qu’ils commencent, mais ce que l’on voit a fière allure. C’est en effet un magnifique bâtiment. Sur des tréteaux, des huisseries neuves sont en train d’être faites sur le modèle des anciennes, irrécupérables. Nous avons aussi pu voir une pièce attenante où va être aménagé bientôt un petit musée. Un petit escalier mène à une autre pièce en étage, mais hélas nous n’avons pu nous y rendre, cela a été considéré comme trop dangereux. En effet, le premier qui a tenté d’y aller, sans lumière, est tombé. Je ne sais d’où ni comment, je n’ai pas vu l’accident, je ne l’ai vu qu’après, avec une sale fracture ouverte à la jambe. Nous sommes tous sortis quand l’ambulance est arrivée.
 
782g Synagogue de Grodno (Belarus)
 
Et voilà, la visite est terminée, mon récit de l’histoire dramatique de la Shoah à Grodno aussi. Juste, pour finir, cette photo d’un élément de fer forgé. Sur la première des trois photos ci-dessus montrant l’intérieur de la synagogue, on voit une balustrade en fer. À mi-hauteur de chacun des barreaux à section carrée, il y a une décoration comme celle-ci. Exemple du raffinement de l’ensemble.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 21:59
781a1 Le Nouveau Château de Grodno, gravure du 18e siècle
 
781a2 Salle du Nouveau Château, Grodno
 
781a3 Grodno, Nouveau Château, salle des portraits
 
En montrant des vues de Grodno dans mon dernier article, je suis passé un peu rapidement sur le palais royal du dix-huitième siècle, appelé "le nouveau château" parce qu’il se trouve juste en face du "vieux château" du seizième siècle. Aujourd’hui, j’y reviens, avec l'intention d’y pénétrer, autant pour parcourir l’intérieur que pour voir les œuvres présentées dans le musée qu’il abrite. J’y étais déjà venu il y a quelques années, mais je souhaite en faire profiter mes lecteurs, et de toute façon c’est avec plaisir que je reverrai ses collections. Ci-dessus, une gravure réalisée au dix-huitième siècle, à l’époque où il était habité par le roi Stanislas Auguste Poniatowski, et deux salles du palais. On voit, sur la troisième photo, que la salle est réservée à de grands portraits en pied. J’y reviendrai tout à l’heure.
 
781b Grodno en 1600
 
Puisque j’ai logiquement (je crois) commencé par montrer l’extérieur du palais dans lequel nous avons pénétré, je continue ici avec une gravure représentant la ville en 1600.
 
781c1 Maxime Bogdanovitch par Ianouchkevitch, 1990
 
781c2 Maxime Bogdanovitch par Astafev, 1981
 
781c3 Maison de Bogdanovitch à Grodno, Niamtsov, 1981
 
781c4 Bogdanovitch et sa mère, par Markavets (1981-1985)
 
Le pays, la ville et le musée célèbrent en ce mois de décembre les 120 ans de la naissance d’un grand poète biélorusse, Maxime Bogdanovitch. Je note au passage que j’ai trouvé un rapport du Conseil Exécutif de l’UNESCO daté de mai 1991 préparant la célébration du centenaire en décembre suivant, dans "la RSS de Biélorussie". La RSS, la République Socialiste Soviétique… fin mai… ne se doutant pas qu’en décembre, l’URSS aurait implosé et que cette RSS n’existerait plus en tant que telle. Le mieux, au sujet de cet écrivain, est que je transcrive ici le texte de l’UNESCO (seulement publié en français, arabe et chinois. Pourquoi pas anglais ou russe, je l’ignore) :
 
"L’éminent poète biélorusse Maxime Bogdanovitch, qui fut aussi traducteur littéraire, critique et publiciste, est né à Minsk (Biélorussie) le 9 décembre (27 novembre de l’ancien calendrier) 1891 et mort avant l’âge de 26 ans, le 25 mai 1917.
Intimement liée à la poésie populaire, son œuvre littéraire est tout imprégnée de l’amour des êtres et de son terroir. Son recueil de poèmes La couronne, publié en 1913, a exercé et exerce encore une grande influence spirituelle sur les sentiments et le caractère du peuple. Sa poésie lyrique est très fortement marquée par les thèmes comme la solidarité humaine, les sentiments d’humanité et la dignité de la ‘personne humaine.
M. A. Bogdanovitch a traduit dans sa langue nationale de nombreuses œuvres littéraires d’auteurs slaves, russes, ukrainiens, polonais et serbes en particulier, contribuant ainsi au renforcement des liens et de la compréhension mutuelle entre les peuples. Enfin, Maxime Bogdanovitch est aussi l’auteur de toute une série d’articles de critique littéraire et de chroniques journalistiques".
 
Sur mes photos ci-dessus qui le concernent, d’abord une tête de gypse par le sculpteur Ianouchkévitch, en 1990. Puis un bronze sur granit d’un autre artiste, Astafiev, en 1981. Ensuite, sa maison à Grodno par Niamtsov, 1981 et enfin avec sa mère, tableau de Markavets intitulé Mère et fils et daté 1981-1985.
 
781d1 le grand chancelier du GDL, Lev Sapiega
 
Nous voici dans la grande salle des portraits en pied. J’ai choisi ici trois photos. Celle-ci représente le grand chancelier Lev Sapiega (1557-1633). Un jour que son père, staroste (gouverneur) d’une région actuellement en Pologne, lui a demandé de rencontrer en son nom le roi Stéphane Bathory, un Hongrois prince de Transylvanie élu sur le trône de Pologne mais qui ne maîtrise ni le polonais, ni le biélorusse, Lev a trouvé la solution de s’exprimer en latin. Impressionné, le roi le nomme secrétaire du grand-duché de Lituanie alors qu’il n’est âgé que de 23 ans. Plus tard, le roi de Pologne étant élu par l’assemblée des nobles, Sapiega devenu vice-chancelier du grand-duché use de son influence pour faire élire un Suédois, le prince Sigismond Auguste. Le nouveau roi lui demande alors de compiler toutes les lois diverses en usage ici ou là dans ses états et de rédiger à partir de tout cela un statut unique, applicable sur toutes ses terres (Pologne et grand-duché de Lituanie). Deux ans plus tard, en 1588, ce statut que Sapiega a fait imprimer à ses frais, est approuvé à Varsovie par l’assemblée des nobles sous le nom de "Statut du grand-duché de Lituanie". Les libertés publiques, les libertés individuelles, les dispositions humanitaires, font de ce statut un document tellement progressiste, tellement moderne, qu’on le croirait plutôt rédigé au siècle des Lumières qu’en cette fin de seizième siècle. Et quand on voit le peu de respect des droits de l’Homme en Biélorussie aujourd’hui, on se dit que le remettre en vigueur serait un gros progrès, si j’en crois les quelques extraits que j’ai eu l’occasion d’en lire. Comme prix de ce remarquable travail, le roi nomme Sapiega grand chancelier du grand-duché, la plus haute fonction. On comprendra la place qu’il occupe dans l’âme des Biélorusses et dans leur histoire.
 
 781d2 Tadeus Kosciusko, héros polonais et des USA
 
Tadeus Kosciusko qui est représenté ici (détail), et dont le frère est l’ancêtre direct de Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM pour les journalistes), notre ministre de l’environnement, est né dans le grand-duché, dans un village au plein ouest de l’actuelle Biélorussie, en 1746. J’ai montré, dans mon récent article sur Varsovie, le rectorat d’université installé dans un bâtiment où le roi Stanislas Auguste Poniatowski a créé l’école du corps des cadets, et c’est là qu’entre en 1765 notre Tadeus. En 1769, titulaire d’une bourse octroyée par le roi, il part cinq ans étudier à Paris, dans cette France d’avant la Révolution, qui va beaucoup le marquer politiquement. En 1772, Prusse, Autriche et Russie se sont partagé la plus grande partie de la Pologne, et quand Tadeus rentre en 1774 il n’y a plus de place pour lui dans une armée polonaise réduite à presque plus rien, aussi émigre-t-il en France, où il est recruté par Benjamin Franklin pour participer à la Guerre d’Indépendance américaine qui vient d’éclater. Dès 1776, il est fait colonel d’un régiment du génie. En 1783, il est promu général de brigade et obtient la nationalité américaine, ainsi que des terres et de l’argent, dont il emploie la plus grande partie à acheter l’affranchissement d’esclaves noirs. Rentré en Pologne en 1784, il s’installe sur le domaine familial où il s’empresse de libéraliser la situation des serfs attachés à ses terres, affranchissant toutes les femmes et limitant la corvée des hommes à deux jours par semaine. En 1789 il est engagé comme général de division dans l’armée polonaise rénovée. La constitution américaine de 1787 a été la première du monde. La Pologne promulgue la sienne, deuxième du monde, le 3 mai 1791, juste quatre mois avant la constitution française du 3 septembre 1791. Catherine II de Russie marche alors sur la Pologne qui devient dangereuse. Le courage et le génie militaire de Kosciusko lui font remporter plusieurs victoires et essuyer aucune défaite, mais le roi Stanislas Auguste choisit de capituler. Kosciusko, alors, émigre à Leipzig pour préparer un soulèvement contre l’occupation russe en Pologne. En 1792, la France révolutionnaire lui accorde la nationalité française en raison de sa lutte pour la liberté. Après le deuxième partage de la Pologne entre la Prusse et la Russie en 1793, Kosciusko passe à l’attaque, chef suprême des forces polonaises et lituaniennes (donc aussi biélorusses sans en avoir le nom). Mais après quelques succès il est fait prisonnier et envoyé à Saint-Petersbourg. Quand, en 1796, le tsar Paul I le libère, il s’exile en France dans le village de La Genevraye, au sud de la Seine-et-Marne, non loin de Nemours et s’investit dans le développement et l’amélioration du village et des environs. La municipalité lui rend hommage chaque année depuis qu’en 1814, il s’est avancé en criant "Je suis Kosciusko" vers des cosaques russes qui commettaient des exactions sur les paysans, stoppant ainsi ces cosaques intimidés. Il a poursuivi son action en faveur d’une reconstitution de la Pologne, s’est rendu en 1817 à Vienne puis chez un ami en Suisse où il est mort des suites d’une chute de cheval.
781d3 Constantin Ostrogski
 
Les Ostrogski sont une vieille famille ruthène (peuple dont l’essentiel est d’Ukraine) de la très haute aristocratie, possédant des terres extrêmement étendues (24 villes, 10 bourgs, plus de 100 villages) entre le sud de la Biélorussie et assez profondément vers le sud de l’Ukraine. Leur nom, Ostrogski, signifie "d’Ostrog", parce que la principale de leurs villes était Ostrog, dans le nord-ouest de l’Ukraine, où aujourd’hui encore on peut voir le donjon de leur château. Le prince Constantin Ostrogski (vers 1460-1530), que l’on voit ici, est sans doute le plus illustre représentant de cette famille. Duc de Lituanie, il a été grand hetman (commandant militaire suprême) du grand-duché à partir de 1497 et jusqu’à sa mort. C’est à ce titre que, lorsque le grand-duché s’est trouvé en guerre contre une coalition russo-polonaise, en 1514, il a remporté sur les Russes une éclatante victoire lors de la bataille d’Orcha (plein est de la Biélorussie). Au titre de grand hetman, il en a ajouté d’autres, châtelain (administrateur territorial représentant les prérogatives du roi sur la noblesse et le clergé) de Vilnius en 1511, voïvode (commandant militaire) de Trakai, en Lituanie actuelle, en 1522. Lorsque le O russe n’est pas accentué, il se prononce A, aussi le biélorusse a-t-il simplifié l’orthographe en écrivant A. C’est ainsi que le nom de ce Constantin Ostrogski est écrit, sur ce tableau, KANSTANTSIN ASTROJSKI en langue et caractères biélorusses, cette langue utilisant un alphabet cyrillique très légèrement différent de celui du russe.
 
781e1 Les Tisseuses de Sloutsk, par Pantsiouk, 1981
 
Quelques tableaux, maintenant. J’aime beaucoup le caractère traditionnel de la scène peinte ici par Pantsiouk en 1981, Femmes de Sloutsk qui tissent. Sloutsk est une ville du centre de la Biélorussie, plutôt petite mais pas minuscule, avec plus de 61000 habitants aujourd’hui et environ 45000 à l’époque où le tableau a été peint. Les femmes de Sloutsk ne portaient plus le costume traditionnel depuis longtemps, même à la campagne, mais l’art était soumis à la décision politique et il s’agissait de montrer le pays traditionnel au travail. Et même si l’artiste n’a pas été libre de son sujet, je trouve le résultat assez réussi.
 
 781e2 Bataille de Leipzig
 
Napoléon a essuyé la terrible retraite de Russie en 1812, il s’est replié jusqu’à l’Elbe, perdant ses conquêtes de Pologne et de Prusse. Là, il se trouve confronté à une coalition de toute l’Europe, Russie, Angleterre, Prusse, et même son ancien maréchal Bernadotte qu’il a lui-même mis sur le trône de Suède et qui, en échange de la Norvège, trahit son ancien empereur. Il s’y adjoint l’Autriche, précédemment neutre et dont il a refusé l’arbitrage. Le front ennemi est étalé sur tout le cours de l’Elbe. Du 16 au 18 octobre 1813 a lieu près de Leipzig une gigantesque confrontation. Malgré plusieurs épisodes de succès et la résistance de ses troupes, Napoléon se rend compte que c’est une défaite qui se prépare pour lui, aussi décide-t-il, dans la nuit du 18, de faire retraite. Le tableau ci-dessus, de B. Mazurowski, est intitulé La Vie des cosaques de Leipzig.
 
Pour nous qui nous intéressons à la Pologne, il est important de dire ici un mot du prince Jozef Poniatowski. Il a d’abord servi en Autriche comme aide de camp de l’empereur, mais rentre en Pologne en 1789. Général, il commande l’armée polonaise d’Ukraine contre les Russes en 1792. En 1794, après deux partages de la Pologne, il s’engage comme simple soldat dans l’armée insurrectionnelle de Kosciusko, qui, lorsque son pays n’existe plus à la suite du troisième partage, lui confie le commandement d’une division. Mais la Pologne n’est pas reconstituée. En 1806, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III le nomme gouverneur de Varsovie. Mais voilà que Napoléon reconstitue de grand-duché de Varsovie. Poniatowski, alors, passe du côté français. Il est fait généralissime et ministre de la guerre du grand-duché. Son armée polonaise combattra désormais dans les campagnes napoléoniennes. Il s’illustre à la bataille de la Moskova, est blessé à la Bérézina. À Leipzig, le 16 octobre 1813, Napoléon le fait maréchal en raison de ses qualités de tacticien et de son courage dans plusieurs des batailles qui viennent de précéder. Pendant les trois jours de la bataille de Leipzig, ses troupes polonaises vont jouer un grand rôle, avec héroïsme. Lors de la retraite, le 19, il risque d’être fait prisonnier, alors il tente de franchir à cheval une rivière mais il est abattu par ses poursuivants.
 
781e3 Maslenitsa (carnaval), 1915-1916 par Koustodiev
 
Typique aussi, ce traîneau dans la neige sur un fond d’églises à bulbe. Œuvre de Koustodiev, il est daté de 1915-1916. Le religion orthodoxe a, contrairement aux allégements de la religion catholique, maintenu la rigueur des restrictions du carême. Ni viande, ni huile d’olive (ou autres corps gras, mais ici on est en pays de culture huile d’olive) pendant les quarante jours du carême. Avant de "faire maigre" à partir du Mercredi des Cendres, le catholicisme admettait de "faire gras" au cours d’un carnaval. C’est ce que l’on appelle le Mardi Gras. L’orthodoxie étant beaucoup plus exigeante ensuuite, c’est toute une semaine qui est grasse. Cette fête, ce carnaval, cette semaine au cours de laquelle on a coutume de manger des crêpes, s’appelle Maslenitsa. Or en russe, le beurre, l’huile, la graisse, sont désignés d’un même mot, masla. Si je raconte tout cela, c’est parce que ce tableau est intitulé Maslenitsa. On peut donc imaginer que ces gens en traîneau se dirigent vers la ville pour y faire la fête, et il y a beaucoup de neige parce que l’on est en février.
 
781f1 tapisserie de Svistounovitch, 1981
 
Ceci n’est plus tout à ait une peinture, puisque c’est une tapisserie. L’artiste Svistounovitch, qui l’a réalisée en 1981, l’a intitulée Apocryphe. Comme un texte attribué à quelqu’un qui n’en est pas l’auteur. Or je vois un champ de blé parsemé de coquelicots et de bleuets, des hirondelles qui volent dans un ciel serein, au sol une colombe (de la paix). Et dans ce cadre, un vieillard à barbe blanche entre deux autres personnages. Les vêtements pourraient être bibliques. Ce pourrait être Booz. Partant de ces constatations, et considérant le contexte politique de l’URSS de 1981, fin de l’ère Brejnev qui sera remplacé en 1982 par Andropov, président du KGB depuis 15 ans, je pense que l’intention est de dire qu’attribuer à un Dieu l’œuvre de la nature est aussi illusoire que d’attribuer un texte à quelqu’un qui ne l’a jamais écrit.
 
781f2 Vase représentant saint Hubert, 17e-18e siècle
 
Passons à quelques objets. Ce vase, daté de façon très vague 17e-18e s. et sans aucune mention de son origine représente sur son flanc saint Hubert. Or depuis le seizième siècle le blason de Grodno représente un cerf bondissant, avec un crucifix entre ses bois, évoquant évidemment saint Hubert, patron des chasseurs. Ce seigneur franc (656-727) était si passionné de chasse qu’il ne put résister à la tentation d’aller chasser un Vendredi Saint au lieu d’aller assister à l’office religieux. Lui apparut alors un cerf blanc avec une croix lumineuse entre ses bois, qu’il poursuivit jusqu’à ce qu’une voix lui prescrive d’aller auprès de l’évêque de Maastricht, Lambert, et de se convertir. Ce qu’il fit. Peu après, il perdit sa femme, il distribua alors aux pauvres toutes ses richesses, renonça au profit de son jeune frère à l’héritage de la couronne de duc d’Aquitaine qui aurait dû lui revenir à la mort de son père et il se fit ordonner prêtre. Quand saint Lambert fut assassiné, c’est Hubert que l’on désigna pour lui succéder. Lambert, puis Hubert, ont œuvré à diffuser le christianisme dans les Ardennes, dont seules les villes avaient été évangélisées, les campagnes restant largement attachées au paganisme gaulois et honorant entre autres Cernunnos, un dieu celte parfois représenté avec sur la tête des bois de cerf. La légende de saint Hubert serait alors une façon de passer d’une religion à l’autre, une transition. Mais cela n’explique pas pourquoi saint Hubert est le patron de Grodno, et je n’ai trouvé nulle part l’explication.
 
781f3 assiette décorative, fin 18e siècle
 
Il est évident qu’avec une telle décoration en relief, cette assiette de la fin du dix-huitième siècle ne pouvait servir pour les repas, elle n’a qu’un rôle décoratif, et il faut reconnaître qu’elle le remplit brillamment.
 
781f4 encrier du 18e siècle
 
Cette jolie pièce réalisée dans un métal non précisé représentant des amours, et qu’accompagnent deux candélabres qui lui sont assortis, est un encrier du dix-huitième siècle. Tous ces objets permettent d’apprécier le raffinement des intérieurs aristocratiques à l’époque dans cette région d’Europe de l’est.
 
781g1 Le roi Stanislas Auguste par André-Jean Lebrun
 
Cette sculpture est un buste réalisé en 1784 du roi Stanislas Auguste II Poniatowski dont j’ai tant parlé, dans mon article sur Varsovie et dans mes articles sur Grodno, que je n’en dirai pas davantage sur lui. C’est une œuvre du Français André-Jean Lebrun (Paris 1737-Vilnius 1811) qui a essentiellement travaillé en Russie et dans le grand-duché de Lituanie, où il est mort.
 
781g2 arbalète et pointes de flèches, 18e siècle
 
Il y a également dans ce musée quelques salles réservées à l’armement, du passé comme du présent. On peut voir des armures, des collections de casques, etc. Ici, cette arbalète est composée de parties d’une arbalète allemande du seizième siècle, complétée par des éléments copiés sur des modèles dont on ne dit pas s’ils se trouvent dans d’autres musées ou en gravure. À droite, ces petits objets sont des pointes de flèches du treizième siècle.
 
On le voit, ce musée est extrêmement divers. Célébration de Bogdanovitch, pinacothèque, glyptothèque, musée historique, musée d’arts et traditions populaires… et ce n’est pas tout, Le plus surprenant se trouve dans les salles voisines.
 
781h1 Musée du Nouveau Château de Grodno
 
781h2 Diodon Histrix
 
En effet, il y a aussi un petit muséum d’histoire naturelle présentant des animaux naturalisés appartenant à toutes sortes d’espèces. Ci-dessus, un beau tableau de coléoptères et un curieux animal marin, un diodon histrix.
 
781h3 Python Molurus
 
781h4 Piranga Rubra
 
781h5 Nycticebus Pigmaeus
 
Allez, encore trois photos pour finir. Ce serpent est un python molurus, ce joli oiseau orange est une pirangra rubra et cet amusant petit animal acrobate est un nycticebus pigmaeus. Inutile de préciser que, sans les légendes savantes, j’aurais été bien incapable de citer de tels noms. Pour moi, je vois un serpent ou un oiseau. C’est peu précis et peu scientifique !!!
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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 20:09
Grodno est la ville de Natacha, où vit son père, où est enterrée sa mère. En Occident, on n’entend guère parler de cette grande ville pourtant intéressante, et d’ailleurs bien souvent on confond son pays, la Biélorussie, avec la Russie de Poutine. Nos deux séjours rapprochés dans ce pays seront donc pour moi l’occasion d’en parler un peu.
 
780a0a Europe
 
780a0b Bielorussie
 
La Biélorussie. Le mot signifie "Russie Blanche". Tous les organismes officiels français, commission nationale de toponymie, Académie française, ministère des Affaires étrangères, ministère de l'Éducation nationale, IGN, n’admettent que le nom de Biélorussie. Mais, comme c’était le nom donné à cette République Socialiste Soviétique au temps de l’URSS, les autorités du pays réclament que l’on dise en français Bélarus. L’ambassadeur a fait en ce sens une demande officielle très insistante auprès du gouvernement français, demande repoussée parce que ce nom était celui utilisé par les Nazis. J’ajoute à titre personnel que ce n’est pas à un pays étranger d’intervenir dans la façon dont nous l’appelons dans notre langue. La Grèce pourrait nous demander de l’appeler Hellada, l’Angleterre England, l’Allemagne Deutschland, la Lettonie Latvia, la Pologne Polska, etc. Nous, de notre côté, pourrions exiger que la Grèce cesse d’appeler la France Gallia. Et, pendant qu’on y est, les villes pourraient faire de même, Londres pour London, et Florence pour Firenze. Cela dit, Natacha haïssant à l’égal le racisme nationaliste nazi et l’impérialisme de l’occupant soviétique de son pays, milite énergiquement pour le nom Bélarus. En bon Français, je résiste. Le président Loukachenko, réélu avec des masses de faux bulletins, qui a autorisé d’autres candidats à se présenter mais les a flanqués en prison après (parce qu’il interdit, par une loi, de critiquer le président, ce qui rend difficile une campagne électorale sans contradiction), est qualifié par l’Union Européenne de "dernier dictateur d’Europe". Les cartes ci-dessus permettent de situer le pays entre Pologne et Russie, entre États Baltes et Ukraine. On voit la ville de Grodno, à deux pas de la Pologne (Kouznitsa) et de la Lituanie (Druskininkai, adorable petite ville d’eau). On comprend aussi pourquoi, le vent soufflant du sud le jour de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la Biélorussie a été contaminée beaucoup plus que l’Ukraine.
 
Grodno. Parce que, d’une part, en russe et en biélorusse, le H se prononce G (Hitler est Guitler et Le Havre est Gavr), à l’inverse le son G est souvent transcrit par un H, et parce que, d’autre part, le O non accentué se prononce A en russe, et devient carrément un A en biélorusse, on trouve parfois le nom de cette ville orthographié HRODNA. Ça a l’air d’être une autre ville, mais c’est la même. Et, tant que j’en suis aux problèmes de langue, un mot à ce sujet. Pendant l’époque soviétique (à Grodno, c’était de 1939 à 1991), le russe était la langue obligatoire, et maintenant il y a deux langues officielles, le russe et le biélorusse. Le biélorusse s’écrit en alphabet cyrillique, mais c’est une langue à part entière, non un dialecte, et parmi les langues slaves elle est plus proche du polonais que du russe. Avec ses 323 000 habitants, Grodno est la cinquième ville du pays, juste après Vitebsk (342 000 h., connue pour être la ville natale du célèbre peintre Marc Chagall). À titre de comparaison, cela la place entre les 341 000 de Nice et les 282 000 de Nantes, respectivement cinquième et sixième villes de France. Grodno a été fondée au 10e siècle et l’une de ses églises (du 12e siècle) que je vais montrer plus loin est candidate à l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.
 
780a1 Grodno, Vytautas le Grand, gd-duc de LItuanie
 
Au douzième siècle, se constitue le Grand-duché de Lituanie, dont le territoire couvre l’actuelle Lituanie, la Biélorussie et le nord de l’Ukraine. Au treizième siècle, la ville de Novogrudok –parfois orthographiée Navahrudak pour les raisons déjà évoquées–, dont le nom, comme celui de Novgorod en Russie ou Naples –NéaPolis– en Italie, signifie "Ville Nouvelle", devient capitale du Grand-Duché. Cette statue de bois représente Vytaut, en lituanien Vytautas Didysis. Ce Vytaut devient prince de Grodno en 1370. Après son échec dans la guerre menée contre son cousin Ladislas II Jagellon, roi de Pologne, il est fait prisonnier mais s’évade et se réfugie auprès des chevaliers Teutoniques (ou chevaliers de l’ordre de la Maison de Sainte-Marie-des-Teutoniques, ordre militaire chargé de la christianisation des païens). Là, de païen, il se fait baptiser catholique. En 1385, il signe avec la Pologne l’Union de Krewo, devient gouverneur de Lituanie en 1390, où sa principauté de Grodno se trouve intégrée, et grand-duc de Lituanie en 1392. En 1410, revenu au paganisme, il s’établit à Grodno pour se préparer à la grande bataille de Grunwald / Tannenberg où, allié à Jagellon II, il défait les chevaliers teutoniques, presque tous tués –13000 morts– ou faits prisonniers. Cela scelle l’alliance entre les deux royaumes qui, coalisés, deviennent pour plusieurs siècles la première puissance en Europe centrale et de l’est. En manipulant l’histoire, tant les nazis (victoire de la Prusse) que les soviétiques (victoire de l’athéisme) ont fait de cette victoire leur symbole et de Vytaut leur héros… Vytaut meurt en 1430.
 
780a2 Grodno, le Vieux Château
 
780a3 Grodno, le Vieux Château
 
Cette statue se trouve au milieu du court chemin, quelques dizaines de mètres, qui mène du Vieux Château (ci-dessus) au nouveau château. Ce Vieux Château date du seizième siècle.
 
780a4 Grodno, le Nouveau Château
 
780a5 Grodno, le Nouveau Château
 
780a6 Grodno, le Nouveau Château
 
Le Nouveau Château, lui, a été édifié au dix-huitième siècle. C’est là qu’en 1795, après l’annexion du pays par le tsar de Russie, le dernier roi de Pologne, Stanislas Auguste Poniatowski, a signé son abdication. La Biélorussie est restée russe jusqu’à la sortie de guerre de la Russie bolchevique au traité de Brest-Litovsk (qui signifie Brest Lituanienne, devenue depuis Brest tout court, comme la ville de Bretagne). Après une très brève période d’indépendance et une guerre contre la Russie, la moitié est de la Biélorussie est restée intégrée en Union Soviétique, et la moitié ouest, avec Grodno, a été intégrée à la Pologne. Le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939 va, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, rendre à l’Union Soviétique cette moitié ouest de la Biélorussie. La réunification en une république indépendante n’aura lieu qu’en 1991. Comme le montrent mes photos, à l’époque où l’Union Soviétique a récupéré la ville, le fronton royal a été remplacé par les emblèmes du communisme. Cette présence de la faucille et du marteau trônant sur un palais royal ne manque pas d’un certain humour (noir).
 
780b1a Grodno, en ville
 
780b1b Grodno, en ville
 
Quand je parle de Grodno, autour de moi tantôt on imagine des cases en bois, une ville sous-développée, tantôt d’immenses barres de béton de style stalinien. Or, s’il existe, comme dans les banlieues de toutes les grandes villes d’aujourd’hui qui ont dû faire face à un accroissement rapide de la population, de grands bâtiments d’immeubles modernes, et si pour des raisons de conservation du patrimoine, on a protégé quelques maisons ancien style, la réalité du centre ville est autre. Grodno est une belle ville, dont beaucoup de rues sont bordées d’immeubles peu élevés et plutôt cossus. Comme en Pologne, comme en Lituanie, on aime peindre les façades de couleurs claires, vert amande ou bleu ciel, mais avec un goût très prononcé pour le jaune et surtout pour le rose.
 
780b2a Grodno, façade ancienne sauvegardée
 
780b2b Grodno, façade ancienne sauvegardée
 
Intelligemment, comme on le fait parfois dans d’autres pays et notamment à Paris, lorsque la vétusté d’un bâtiment le rend inhabitable dans des conditions d’hygiène et de sécurité satisfaisantes, mais que sa façade est belle ou typique, en tous cas préférable à une façade contemporaine dans un environnement ancien, on la maintient (première photo ci-dessus), et derrière, on détruit tout (seconde photo) pour reconstruire des logements confortables et modernes, mais qui jouiront d’une hauteur de plafond commandée par la situation des fenêtres en façade.
 
780b3a Grodno, en ville
 
780b3b Grodno, en ville
 
Grodno comporte, on l’a vu, des immeubles, mais aussi de grandes villas indépendantes. À leur style ainsi qu’à leur usage, je trouve que le nom d’hôtel particulier ne convient pas. Peu importe l’appellation, ce sont de luxueux bâtiments. Sur celui de ma première photo, une plaque indique qu’il a été construit en 1783-1785 et que c’était le siège d’une loge de francs-maçons.
 
780b4a Grodno, maisons anciennes
 
Dans certaines rues –nous sommes toujours près du centre– ont été construites et conservées des maisons basses qui ne le cédaient en rien aux immeubles pour les commodités.
 
780b4b Vieilles maisons typiques à Grodno
 
Et puis il y a des maisons de bois. Déjà, en arrière plan de ma photo de maisons basses "en dur", on apercevait une maison de bois noire. Mais il ne faut pas les prendre, quoiqu’elles soient anciennes, pour des logements primitifs. Au contraire, dans ce pays dont les hivers sont rigoureux et plus longs que chez nous, les habitants ont, depuis longtemps, su apprécier les qualités écologiques du bois dans la construction, matériau dispensant une excellente isolation. Par ailleurs, le pays est une vaste plaine dont l’altitude moyenne est de 159 mètres et dont la montagne la plus élevée culmine à 345 mètres, soit un dénivelé vertigineux de 186 mètres. Ce n’est pas l’Himalaya. On se doute dans ces conditions que la pierre n’est pas le matériau de construction le plus courant et que l’on a logiquement recouru soit à la brique, soit au bois.
 
780b4c Dans la proche banlieue de Grodno (Belarus)
 
Devant cette maison qui, elle, est hors de la ville, dans une proche banlieue, au pied d’un panneau qui indique un passage piétons, vous croyez voir un gendarme couché, mais dans ce pays il n’y a pas de gendarmes, ni debout, ni couchés. En revanche, il y a des miliciens. Mais dans cette dictature, ils ne se couchent pas en travers des rues, bien sûr. Je propose d’appeler ces ralentisseurs des condamnés politiques. Pour parler plus sérieusement, je dois dire que mieux vaut ne traverser les rues que là où il y a ce genre de panneau et, lorsqu’il y a un feu, d’attendre que le petit bonhomme devienne vert, parce que si vous contrevenez à ces règles et qu’un milicien embusqué vous voit, ce sont des ennuis administratifs assurés, avec bonne amende à la clé. Et à ce sujet, j’ai lu le texte d’un voyageur qui voulait montrer que la police française était hospitalière aux étrangers et plus sympa que celle de son pays et, ce menteur, racontait que, traversant une rue de Paris sans attendre que le signal l’y autorise, il s’était fait prendre par un policier qu’il n’avait pas remarqué, avait bien évidemment été conduit au poste, mais en sa qualité d’étranger il en avait été quitte pour une admonestation et la promesse de ne plus recommencer. Je ne connais pas un seul Parisien qui puisse le croire pendant une seule seconde.
 
780b4d Grodno, maison d'Elisa Orzeszko
 
780b4e Eliza Orzeszko (Grodno, Belarus)
 
Parmi les maisons en bois, celle-ci porte une plaque indiquant que c’est la maison musée d’Eliza Orzeszko (1841-1910), une Polonaise écrivain célèbre. Elle est née à Milkowszczyzna, un minuscule hameau à une grosse trentaine de kilomètres au sud-est de Grodno, et elle est morte ici, dans sa maison de Grodno. C’était l’Empire Russe du temps des tsars. Tout comme le poète Mickiewicz, lui aussi de langue polonaise, de culture polonaise, de sang polonais, né en Biélorussie mais citoyen russe. Évidemment, vu leur notoriété, ils sont considérés comme polonais par la Pologne, mais la Biélorussie les réclame comme biélorusses. Et Marc Chagall, né à Vitebsk en 1887, naturalisé français en 1937 et mort à Saint-Paul-de-Vence en 1985, les Français veulent en faire un peintre français, les Russes font valoir sa naissance dans l’Empire Russe et les Biélorusses le revendiquent comme l’un des leurs. Et finalement, sans aucun droit ni justification, nous revendiquons bien à la France l’invention, dans la ville de Strasbourg, de l’imprimerie par Gutenberg, alors que, né et mort à Mayence, dans le Saint Empire Germanique, il n’a passé qu’une dizaine d’années à Strasbourg, alors allemande, et qui le restera encore trois siècles.
 
780b5a Grodno, université
 
780b5b Grodno, faculté de biotechnologie
 
Sur la première de ces photos, on voit l’université de Grodno, le bâtiment ancien qui abrite le cœur des facultés, tandis que la seconde photo montre une annexe construite en 1907 qui héberge la faculté de biotechnologie où a enseigné mon beau-père, vétérinaire à l’origine, puis chef d’un district d’agronomie. Ses cours à l’université étaient en marge de ses activités principales, et s’exerçaient parallèlement.
 
780b6a Grodno, le théâtre
 
780b6b le théâtre de Grodno
 
Dans les régimes autoritaires, la culture a toujours été considérée comme un danger. Mieux vaut ne pas trop penser. Ou bien penser dans la direction indiquée par le gouvernement. Peintres, musiciens, écrivains sont instamment priés, s’ils souhaitent être diffusés, voire s’ils veulent rester libres et en vie, d’exercer leur art dans les strictes limites qui leur sont imposées. Dans ces conditions, on peut construire un grand théâtre opéra, pour des représentations dramatiques et pour des concerts. Mais ce char d’assaut soviétique, fièrement placé (et maintenu par Loukachenko) à l’extrémité d’une vaste esplanade, semble tenir en respect le monde culturel du théâtre sous la garde vigilante de son canon si, avec un peu de mauvaise foi (mais si peu…) on cherche l’angle adéquat pour donner l’impression que sa tourelle est pointée sur le bâtiment.
 
780b7a Grodno, Biélorussie
 
780b7b Grodno, Biélorussie
 
Cette très vaste esplanade, dont je parlais pour le char, a nom Sovietskaia. On n’en a pas changé le nom. À chacun de ses angles s’élevait une église. La plus emblématique a été détruite par les autorités dans les années 1960 malgré sa construction belle et ancienne. Près du terrain vague qu’a laissé jusqu’à aujourd’hui sa destruction, se trouve cet autre bâtiment, qui hébergeait un centre culturel, et qui aujourd’hui a été concédé à des bureaux.
 
780b8a Grodno, la caserne de pompiers
 
780b8b Grodno, la caserne de pompiers
 
Autre époque, autre style, autre usage aussi, cette tour signale la caserne des pompiers. Au-dessus de la porte de leur garage, cette fresque inscrite dans un arc de cercle montre les différents personnels qui luttent contre le feu et participent à la sécurité des habitants.
 
780c1a Grodno, Sts Boris et Gleb côté nord
 
780c1b Grodno, Sts Boris et Gleb côté est
 
780c1c Grodno, Sts Boris et Gleb côté nord
 
La voilà, la petite église du douzième siècle que la ville voudrait bien voir inscrite dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle est dédiée à saint Boris et saint Gleb, et on l’appelle aussi parfois Kolojskaya. Il y avait là trois églises à l’époque mais, nous apprennent les annales, dès 1183 deux d’entre elles ont été détruites par la foudre, seule est restée l’église Saint-Boris-et-Saint-Gleb.
 
780c1d Grodno, Sts Boris et Gleb côté sud (Niemen)
 
780c1e Grodno, gravure de Napoleon Orda (Sts Boris et Gleb
 
Là n’en sont pas restées les catastrophes car en 1720 le Niemen (le fleuve qui traverse Grodno et se jette dans la mer Baltique, en Lituanie, celui qui a donné son nom à la fameuse escadrille Normandie-Niemen) subit une très forte crue qui sape le sol et déstabilise l’église. La conséquence en est qu’en 1853 une partie du mur sud, celui qui est du côté du fleuve, s’effondre. Nouvel effondrement du reste de ce mur en 1889. Un graveur resté très célèbre ici, Napoleon Orda, a produit une œuvre abondante grâce à laquelle la ville ancienne de Grodno nous est connue. Il est l’auteur de la gravure qui représente l’état de l’église en 1869, soit avant le second effondrement qui sera fatal au pan de mur qui est encore en place à gauche sur la gravure. Enfin, en 1897, on procédera à la consolidation du sol et à la mise en place d’un mur provisoire en bois. C’est ce que montre ma photo ci-dessus, car depuis plus d’un siècle le provisoire dure toujours. Mes recherches d’informations sur le web m’ont fait tomber sur le site du magazine Geo, sujet d’une anecdote. N’ayant sans doute vu la ville que très rapidement, depuis l’autre rive du Niemen, ou ne jugeant que sur une photo prise de ce côté-là, les reporters parlent d’une vieille église de bois… Mais vous, mes lecteurs, êtes témoins, par mes autres photos, que la majeure partie de l’église reste en brique. Je me suis empressé de leur envoyer un mail avec photos à l’appui, parce que c’est une revue que j’apprécie, et je ne voudrais pas que des esprits malveillants prennent prétexte de cette erreur pour la dénigrer.
 
780c2 Grodno, cathédrale orthodoxe Saint Jean
 
780c3 Grodno, devant la cathédrale orthodoxe
 
Je l’ai dit, nous sommes ici en terre polonaise de tradition. La population était catholique. Mais le pouvoir soviétique, désireux de supprimer tout risque de velléité d’indépendance, a réparti la population biélorusse aux quatre coins du pays, et a au contraire envoyé là des personnes venues d’ailleurs. Ainsi, en chaque point de l’Union, la population serait mêlée et n’aurait d’autre choix que de se sentir soviétique pour ne pas se sentir déracinée. À titre d’exemple, dans les années 50, mes beaux-parents ukrainiens ont été envoyés travailler en Biélorussie. À la génération suivante, Natacha a pu rester en Biélorussie, mais son frère médecin a dû partir près d’Arkhangelsk dans le nord de la Russie, et son cousin germain a reçu un travail en Lettonie. Des gens de Biélorussie ou de Lettonie ne peuvent demander la sécession de l’Ukraine, un homme établi en Russie ne peut demander celle de la Biélorussie. De sorte qu’aujourd’hui la population de Grodno est à 80% orthodoxe, avec ou sans pratique religieuse. On voit ici la cathédrale orthodoxe Sviata Pakrouski dédiée à saint Jean. À défaut d’inscription, je n’ai pas été capable d’identifier la sainte de la statue placée devant la grille. Mais parce que je l’aime bien, je la présente quand même.
 
780c4 Grodno, église orthodoxe de la Nativité
 
Ce bulbe bleu nuit couvert d’étoiles dorées est bien sûr orthodoxe lui aussi. C’est celui de l’église de la Nativité et de la Mère de Dieu.
 
780c5a Grodno, cathédrale catholique St François-Xavier
 
780c5b Grodno, cathédrale catholique St François-Xavier
 
Mais malgré les destructions de l’ère soviétique, il reste de l’époque polonaise une grande cathédrale (kostiol, en russe), église construite par les Jésuites entre 1678 et 1705. C’est Farny Kostiol. Elle est dédiée à saint François-Xavier qui, étant venu étudier la théologie à la Sorbonne, y avait rencontré Ignace de Loyola et avait collaboré à la création de la Compagnie de Jésus. Il a été, en outre, le premier missionnaire Jésuite (Goa, les Philippines, le Japon, Malacca…). Elle se dresse à l’une des extrémités de l’esplanade Sovietskaia, dans l’angle opposé à l’église détruite. Sa belle et noble silhouette se voit de loin car nous sommes ici sur une petite colline et la plupart des bâtiments de la ville, comme on l’a vu, ne comptent que peu d’étages. C’est une ville très étalée, avec de grands espaces verts.
 
780c6a Grodno, église de l'Ascension (monastère de Sainte
 
780c6b Grodno, église de l'Ascension (monastère de Sainte
 
Le monastère des religieuses de l’ordre de Sainte Brigitte est catholique lui aussi. Son église, c’est celle-ci, église de l’Ascension, construite en style baroque de 1636 à 1646. Sous le régime communiste, de 1950 à 1990 le monastère a été converti en dispensaire neuropsychiatrique.
 
780c7 Biélorussie, Grodno, église des Franciscains
 
Nous sommes ici sur une colline au bord du Niemen, entre Saint-Boris-et-Saint-Gleb et les deux châteaux. Sur l’autre rive du fleuve, nous apercevons l’église des Franciscains. Et donc catholique également. Car malgré l’apport de populations orthodoxes, ce n’est pas sous l’ère athée que l’on aurait construit des églises.
 
780c8a Grodno, église évangélique luthérienne
 
780c8b Grodno, église évangélique luthérienne
 
À côté des deux religions dominantes, catholique avant la guerre, orthodoxe maintenant, il y a aussi une modeste communauté protestante, qui a construit cette église évangélique luthérienne de 1783. Ce n’est pas tout. Grodno a également compté, avant la guerre et la Shoah, une nombreuse population juive. Je préfère ne pas en parler ici pour lui réserver un article complet très bientôt.
 
780d1 Biélorussie, Grodno, en descendant vers le Niemen
 
780d2a Le Niemen à Grodno (Biélorussie)
 
780d2b Promenade le long du Niemen à Grodno (Biélorussie)
 
780d2c Le Niemen gelé
 
J’ai beaucoup parlé du fleuve qui baigne Grodno, le Niemen, je ne l’ai pas encore montré. C’est que l’escalier enneigé qui descend vers sa rive, dans la banlieue de Grodno, est glissant et doit être abordé avec prudence. Mais en fait, je suis remonté, plus loin, pour prendre du haut d’un pont ma photo de la courbe du fleuve qui s’avance dans la campagne. La troisième photo est l’agréable promenade aménagée le long du fleuve. Elle est, c’est sûr, plus fréquentée aux beaux jours. La dernière photo est là pour montrer l’épaisseur de la couche de glace sur le bord du fleuve. Mais il fait doux à présent, et le fleuve libéré coule au centre de son lit. La glace des côtés se contente de réduire sa largeur car, sans être un grand fleuve, il est néanmoins assez imposant.
 
780d2d Belarus, le Niemen à Grodno. Au fond, l'église des
 
Je suis ici en banlieue, sur le même pont que ci-dessus, mais je regarde vers l’amont. On voit, dans le fond, le théâtre et une église. C’est l’une des extrémités de l’esplanade Sovietskaia.
 
780d3 Biélorussie, St Boris et St Gleb, et Farnii Kostiol
 
Toujours devant le Niemen, mais en regardant beaucoup plus à gauche, vers l’autre extrémité de l’esplanade, on voit se dresser Farny Kostiol, la cathédrale catholique. On reconnaît aussi la tour des pompiers que j’ai montrée tout à l’heure. Et puis plus près de nous, sur la colline tout au bord du fleuve, ce petit bâtiment partiellement noir (bois sur sa moitié droite) et rouge (brique sur la moitié gauche), c’est notre église victime de la crue, Saint-Boris-et-Saint-Gleb, vue du côté opposé à l’abside.
 
780d4a Grodno, entre l'ancien et le nouveau château
 
780d4b Grodno, entre l'ancien et le nouveau château
 
Ces photos-ci ont été prises du secteur des châteaux, la première tourné vers le fleuve, qui coule transversalement de gauche à droite, entre la butte où je suis et la rive que l’on voit dans le fond avec sa ligne d’arbres. Pour l’autre photo je suis tourné de l’autre côté, la route que l’on voit en bas vient de la berge. On se rend compte que, dans ce plat pays, Grodno a choisi un site plutôt accidenté
 
780d5a Grodno, dans l'ex-quartier juif
 
780d5b Grodno, dans l'ex-quartier juif
 
J’ai dit que je parlerais de la population juive et des événements dans un autre article. Mais dès celui-ci, dans ma présentation générale de Grodno, je montre deux images des maisons de l’ex-quartier juif. Celles qui sont en bon état sont aujourd’hui assez recherchées parce que le quartier est calme et situé à deux pas du centre de la ville, malgré son apparence de village en pleine nature.
 
780e1 Lénine à Grodno (Belarus)
 
Outre la grande place Sovietskaia dont j’ai à maintes reprises parlé, il y a à Grodno une rue commerçante piétonne elle aussi appelée Sovietskaia, il y a un quartier Lénine et une rue Lénine, une large rue Gorki (où habite mon beau-père). Les noms choisis par le régime communiste ont été conservés, même si, à ma connaissance, le président Loukachenko n’a pas parlé de Vladimir Ilitch, que l’on voit ici en plein centre de Grodno. En revanche, il a clamé en discours public son admiration pour Hitler et pour Staline, exemples à suivre. Dont acte.
 
780e2 Tyzenhauz (Grodno, Belarus)
 
De taille plus modeste, et situé au niveau du sol en un endroit discret, Antoni Tyzenhaus (1733-1785) s’avance vers nous, indifférent aux travaux qui se déroulent dans son dos. Ami personnel du roi de Pologne et Lituanie Stanislas II Auguste Poniatowski, il a été nommé trésorier du grand-duché de Lituanie, staroste (administrateur) de Grodno et gestionnaire des possessions royales. À Grodno, il a créé des écoles professionnelles, réorganisé toute la ville et il est aussi à l’origine de l’ouverture de 23 usines. Pour les faire tourner, il a utilisé le travail forcé des paysans des alentours, ce qui a provoqué une révolte vite maîtrisée. Mais ce mécontentement populaire, lié à des accusations de fraude, lui ont valu d’être écarté des affaires en 1780. Évidemment, on ne peut que s’indigner de ces méthodes au siècle des Lumières, mais c’est à lui que Grodno doit d’être industriellement développée avec diverses spécialités telles que l’industrie alimentaire, la production d’engrais azotés, le traitement du bois, la mécanique de précision, etc.
 
780e3 Gilibert, qui a dessiné le parc de Grodno
 
Celui-ci, c’est Gilibert, un Français, en train de se reposer dans le grand parc qu’il a dessiné et créé au cœur de la ville. Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) est un médecin lyonnais, mais sa passion est la botanique. Parce qu’en cette fin de 18e siècle la médecine, l’agriculture, la teinturerie, l’industrie ont besoin de toutes sortes de plantes, il tente de créer à Lyon un jardin botanique aux Brotteaux, et il se ruine complètement dans ce projet qu’il ne peut faire aboutir. Mais, ayant appris que le roi de Pologne et Lituanie Stanislas II Auguste Poniatowski (en fait, le staroste de Grodno, Antoni Tyzenhaus) cherchait quelqu’un pour développer et moderniser à Grodno l’enseignement de la médecine et des sciences naturelles, pour ouvrir une école de sages-femmes et pour créer un jardin botanique, il envoie sa candidature et obtient le poste. Il travaillera ainsi à Grodno de 1774 à 1783, inventoriant toute la flore, écrivant livre sur livre, créant un enseignement structuré et moderne. Mais malgré sa réussite et son profond attachement à Grodno, il rentre à Lyon où il exercera comme médecin à l’Hôtel-Dieu.
 
780e4a Grodno, Biélorussie
 
780e4b Grodno, Biélorussie
 
Dans le secteur de la jolie petite église du douzième siècle, se dresse ce grand monument, à qui, à quoi, aucune plaque, aucune indication ne le dit. Appliquées dans des niches de part et d’autre, deux gigantesques sculptures dont on peut se figurer la taille en les devinant sur la première de ces photos représentent des personnages que je n’ai pas su identifier. Natacha pense que sur ce monument érigé par le pouvoir soviétique cette femme qui ne manque pas de noblesse ne représente personne, mais que c’est plutôt une allégorie de la grandeur du peuple slave, ou l’attachement à la patrie soviétique, ou quelque chose comme cela. Car, dit-elle, en dehors de Staline avant la déstalinisation, de Lénine, de Gorki et de quelques autres, on ne représentait que très peu des individus particuliers, à moins que ce ne soit devant leur maison, ou devant un bâtiment qui portait leur nom. Le monument lui-même n’est autre que la manifestation de la grandeur et de la puissance de la nation.
 
780f1 Une responsable de l'école n°8 à Grodno
 
Autrefois –dans un proche passé– il y avait en Biélorussie des écoles possédant des particularités. L’école n°8 était spécialisée dans l’enseignement du français. En plus, donc, des matières obligatoires étudiées dans tous les établissements, tous les élèves avaient pour langue étrangère le français. Aujourd’hui, les spécialisations n’existent plus officiellement, néanmoins ici, soit en langue obligatoire, soit en option, 90 pour cent des élèves ont choisi cette école pour y étudier notre langue. Je dis "école" parce que les établissements regroupent primaire et secondaire. Fort intéressé, j’ai souhaité y pénétrer. Accompagné de Natacha, qui expliquait en russe au portier et à diverses autres personnes, j’ai été mené à une responsable de l’établissement, elle-même professeur de français. Ce qui simplifiait grandement la conversation ! Cette personne, très aimable, nous a emmenés dans son bureau et a répondu à toutes les questions que me dictait ma curiosité.
 
780f2 Grodno, école n°8, Loukachenko notre président
 
Évidemment, dans ce bureau, je ne pouvais pas manquer de trouver le portrait du chef de l’État. Sous la photo, où on le voit portant son fils dans ses bras, il est écrit "Loukachenko [est] notre président".
 
780f3 Grodno, école n°8, salle musée des échanges avec
 
Sans compter son temps, cette aimable sous-directrice nous a aussi montré la salle des professeurs, la bibliothèque et (photo ci-dessus) une salle réservée au "musée" du voyage pédagogique effectué tous les deux ans en France. Un échange, en fait, une année les Biélorusses vont en France, l’année suivante les correspondants français viennent à Grodno. Mais ce n’est pas un jumelage permanent. La ville est jumelée avec Limoges, il y a eu des échanges avec un collège de l'académie de Limoges, mais ce n’est plus le cas.
 
780g1 Biélorussie, Grodno, affiche de propagande nationali
 
Je terminerai cette longue visite de Grodno par deux photos. D’abord cette affiche de propagande nationaliste. En haut et en bas de l’image d’un grand-père en tenue militaire et embrassant sa petite-fille, il y est dit "Nous nous souvenons de l’histoire… / …au nom de notre patrie biélorusse". Et, à droite, en gros "Et qu’est-ce que tu fais, TOI ?"
 
780g2 Lions à l'entrée d'un pavillon, banlieue de Grodno
 
Après avoir vu, en Italie, tant de lions de pierre au seuil des églises, et en Grèce des lions décorant des entrées de monuments antiques, je voulais finir mon article sur la photo de ces deux lions féroces gardant superbement le portail d’une maison de banlieue. Brrrrr!!!
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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 18:37
Nous avons quitté Melun il y a 26 mois. Natacha, en juillet 2010, est allée quelques jours à Varsovie pour un congrès, puis à Grodno (Biélorussie) voir son père, mais moi je n’ai encore fait aucune pause dans notre long voyage culturel. Cette fois, c’est décidé, nous laisserons le camping-car en sécurité au camping d’Athènes et nous passerons les fêtes de fin d’année avec ma famille, après avoir passé trois semaines à Grodno.
 
Programme et itinéraire :
– Athènes-Paris le 18 novembre, Paris-Varsovie le 23, en car vers Grodno le 28
– Grodno-Varsovie en train le 18 décembre, Varsovie-Paris le 19.
 
Nous avions prévu le retour à Athènes le 30 janvier, mais un imprévu nous a fait modifier notre calendrier, et nous avons dû retourner à Grodno :
– Paris-Varsovie via Amsterdam le 6 février par KLM, et Varsovie-Grodno en autocar le 8
– Grodno-Varsovie en train le 28 février, Varsovie-Paris via Amsterdam le 29, Paris-Athènes le 2 mars.
 
Nous sommes donc passés brièvement quatre fois par Varsovie, ce sera le sujet de mon article d’aujourd’hui, et par la suite je parlerai dans d’autres articles de Grodno, d’Amsterdam et de Paris.
 
779a Entre le Péloponnèse et la Grèce centrale, le pont
 
En guise d’introduction, une image prise en vol après le décollage d’Athènes. On survole ici le profond golfe fermé par l’isthme de Corinthe, entre le Péloponnèse et le Grèce centrale, et c’est ici l’entrée du golfe, à l’ouest, où un grand et beau pont a été jeté à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004, reliant Rio et Antirrio. Il y a des reflets sur la vitre du hublot, la luminosité est forte, mais on arrive à le distinguer sur ma photo. Sur la rive nord, c’est-à-dire vers le bas de ma photo, se trouve la ville de Naupacte, devant laquelle a eu lieu la célèbre bataille navale de Lépante qui a vu le succès des armées chrétiennes coalisées contre la flotte ottomane le 7 octobre 1571 (mon article du 5 août 2010 pour l’histoire, et celui que j’ai daté janvier-février 2011 pour les photos). C’est donc dans le golfe à gauche du pont qu’il convient d’imaginer l’événement.
 
779b1 Dans les rues de Varsovie
 
779b2 Dans les rues de Varsovie
 
Deux vues de Varsovie, la première près du château royal qui est juste là sur la gauche (non visible sur ma photo), la seconde dans une grande rue chic du centre ville, Nowy Swiat (rue du Nouveau Monde).
 
779b3 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
779b4 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
779b5 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
Autre lieu célèbre et touristique de la ville, cette immense place du Marché de la Vieille Ville (Rynek Starego Miasta). On sait que Varsovie a été ravagée lors de la Seconde Guerre Mondiale. Il ne restait plus rien des maisons des 17e et 18e siècles qui bordaient cette place, et celles que l’on voit aujourd’hui sont une reconstruction à l’identique des bâtiments anciens. Dans la cave de l’un de ces immeubles vivait un monstre, le Basilic, qui par son regard changeait en pierre qui l’approchait. C’est un tailleur ambulant qui eut raison de lui en lui présentant un miroir. L’imbécile se changea lui-même en pierre. Une histoire qui rappelle celle de Méduse dans la mythologie grecque. À Poznan, à Cracovie, l’hôtel de ville ou le marché occupe le centre de la place. Il en allait de même à Varsovie, ce qui explique l’ampleur des lieux, mais on l’a abattu en 1817. C’est sur cette place qu’avaient lieu les exécutions capitales, mais aussi les foires. En novembre, nous y avons vu le marché de Noël.
 
779b6 Varsovie, Stare Miasto, Monument de la Sirène (pomni
 
Sur cette place, un peu excentré, se dresse le Monument de la Sirène (Pomnik Syreny).. Trouvant agréables les abords de la Vistule, cette sirène décida de s’y implanter. Mais elle libérait les poissons des filets des pêcheurs, qui recherchèrent le fauteur de troubles. Quand ils trouvèrent la sirène en train de chanter, ils furent follement séduits par sa voix et décidèrent de l’adopter. Désormais, chaque jour, elle chantait pour eux. Hélas, un jour, un riche qui voulait être encore plus riche voulut l’exhiber dans les foires et se saisit d’elle par surprise. La pauvre se lamentait dans sa prison. Ayant entendu ses plaintes, un jeune fils de pêcheur se fit aider de ses amis pour la libérer. En signe de reconnaissance, elle s’est armée de l’épée et du bouclier qu’on lui voit, et elle est ici pour défendre la ville. Des crétins ayant plusieurs fois vandalisé la sculpture, on l’a déplacée au musée historique, et celle que nous voyons est une copie. On sait qu’Athéna, avec son casque, son bouclier et son épée, défendait la ville d’Athènes. Sur la poitrine de sa cuirasse, elle avait placé la tête de Méduse, qui changeait l’ennemi en pierre par son regard. Basilic, la Sirène armée pour protéger la ville, ce sont, je trouve, des relents de mythologie grecque, trop précis et trop nombreux pour être le fruit du hasard.
 
779c Varsovie, plaque Weygand
 
Maxime Weygand est né en 1867 de parents qui l’ont abandonné à la naissance. Plusieurs hypothèses ont été avancées, dont la plus probable en fait le fils de l’impératrice Charlotte du Mexique, fille du roi des Belges Léopold I et épouse du nouvel empereur du Mexique, l’autrichien Maximilien. Et le père serait le colonel van der Smissen, commandant du corps d’armée belge au Mexique. En 1888 le jeune Maxime acquiert la nationalité française. Il est avec Foch dans le wagon de Rethondes en novembre 1918 et c’est lui qui lit aux Allemands les conditions imposées pour l’armistice. Cet antidreyfusard actif sera ministre de la Défense du Maréchal Pétain. De Gaulle lui vouera une haine farouche. Weygand est mort en 1965. Membre de l’Académie Française, Grand Croix de la Légion d’honneur, Croix de Guerre 1914-1918, médaillé militaire, titulaire de diverses autres décorations françaises et étrangères, Weygand a cependant été honoré comme un grand homme. Général de brigade en 1916, il obtient ses cinq étoiles de général d’armée en 1923, et refusera d’être fait maréchal de France en 1951. Ce qui justifie qu’il apparaisse sur cette plaque qui énumère ses titres, c’est qu’en juillet et août 1920 il avait exercé à Varsovie les fonctions de conseiller technique de la mission franco-anglaise venue en aide à la Pologne en guerre contre la Russie bolchevique. Quelle qu’ait été l’aide apportée à l’organisation des forces polonaises, je trouve curieux que cet antisémite notoire soit honoré dans une ville dont le ghetto juif a subi un tel martyre, que cet ennemi de la Résistance contre les armées des Nazis, partisan d’un armistice dès juin 1940, ait une plaque dans un pays qui a résisté et a subi pendant des décennies une soumission à une puissance étrangère, conséquence de l’acceptation de la défaite.
 
779d1 Varsovie, le palais royal
 
779d2 Varsovie, le palais royal
 
Je parlais de la Vieille Ville qui a été détruite. Mais c’est la ville entière qui a été touchée, et la totalité du centre ancien qui a été détruite. Entre autres le palais royal (ci-dessus) qui a été intégralement reconstruit dans les années soixante-dix. Ce n’est certes pas l’occupant soviétique qui a financé les gigantesques travaux de reconstruction de la ville, mais la générosité et la motivation des citoyens eux-mêmes qui ont lancé une souscription nationale, et innombrables sont ceux qui ont donné, même pauvres, en se serrant la ceinture. En 1596, le château du Wawel, à Cracovie alors capitale, a brûlé. Le roi Sigismond III Vasa a alors transféré sa capitale à Varsovie et a établi sa résidence royale dans un château gothique du début du quinzième siècle. S’agrandissant, se développant, ce château est devenu ce que nous voyons, ou plutôt le modèle de la copie que nous voyons. Une copie fidèle, remarquable, dont même les seuils ont été polis pour simuler l’usure de la pierre par les chaussures qui les avaient foulés pendant des siècles. Le palais, comme la Vieille Ville, a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO.
 
779d3 Varsovie, colonne de Sigismond III Vasa
 
779d4 Varsovie, statue de Sigismond III Vasa
 
Sur la place devant le château, se dresse cette colonne surmontée de la statue du roi Sigismond III. C’est son fils, le roi Wladislaw IV, qui en a décidé l’érection en 1644. La statue, de 2,75 mètres, couronne la colonne de 22 mètres.
 
779d5 Varsovie, colonne de Sigismond abattue
 
Il serait évidemment irréaliste de penser que ce monument a résisté aux destructions de la Seconde Guerre Mondiale. La colonne s’est abattue, et après la guerre elle a été remplacée par une autre. Il n’était pas possible de ne pas restituer ce témoignage de la qualité de capitale dont jouit Varsovie. Les tronçons de l’ancienne colonne brisée ont été conservés, ils sont placés sur des supports le long du flanc du château.
 
779d6 Varsovie, le palais royal après la guerre
 
779d7 Varsovie, le palais royal après la guerre
 
Pour le cas où l’on douterait encore du niveau de destruction du palais royal, voici deux photos que j’ai prises dans le musée et qui montrent son état en 1945. On voit qu’il ne s’agissait pas d’envisager une restauration, des réparations, car il ne restait strictement rien. En outre, les collections, les meubles et autres richesses qu’il contenait ont été brûlés ou détruits s’ils n’avaient pas auparavant été pillés. Seule une infime partie de ce que contenaient les bâtiments a pu être sauvée.
 
779e1 Varsovie, récipiendaires du prix Sakharov
 
779e2 Varsovie, récipiendaires du prix Sakharov
 
En l’honneur de personnages dont les actions, toutes ces dernières années, ont été récompensées du prix Sakharov ("Prix pour la liberté de pensée" créé en 1988 par le Parlement européen et attribué à des hommes ou des femmes, ou encore à des organisations, qui se sont consacrés à la défense des droits de l’Homme et des libertés), la ville de Varsovie a placé, au milieu d’une voie piétonne très fréquentée, ces figures lumineuses qui chacune porte sur sa poitrine une plaque avec le nom d’un lauréat. Intéressant symbole, ces silhouettes de liberté dont la lumière rayonne dans la nuit. On voit aussi que ces silhouettes s’organisent autour d’un tambour central, sur lequel sont évoquées, en quelques mots exprimés en polonais, en anglais, en français et en allemand, les actions principales qui ont justifié l’attribution du prix à chacun des récipiendaires depuis 1988. J’en montre ici trois exemples. Le tout premier a été Nelson Mandela "Président d’Afrique du sud (1994-1999). Symbole de la lutte contre l’apartheid. Lauréat du Prix Nobel en 1993". Je choisis de montrer aussi Alexandre Dubcek (1989) parce que nous sommes dans un pays de feu le Pacte de Varsovie, et qu’il s’est illustré dans l’un des pays de ce bloc, "Homme politique. Figure de proue du Printemps de Prague en 1968 et promoteur d’un socialisme tchécoslovaque à visage humain". Parce que je ne peux pas tous les montrer, parce que Natacha est biélorusse, parce que nous nous rendons dans son pays qui est "la dernière dictature d’Europe", selon des chefs d’État européens, je choisis pour troisième et dernier exemple le prix 2004 attribué non pas à un individu mais à un groupe, l’Association Biélorusse des journalistes "Pour la lutte en faveur de la liberté de la presse en République de Bélarus".
 
779f1 Varsovie, l'université
 
779f2 Varsovie, l'université
 
779f3 Varsovie, l'université
 
Nous avons aussi visité l’université de Varsovie. C’est un ensemble de très beaux bâtiments historiques en plein cœur de la ville. Créée en 1816 pour que l’on y enseigne le droit et la médecine, elle a été fermée par les Russes en 1831 en représailles de l’insurrection polonaise de novembre 1830 contre la soumission de leur royaume à l’empire du tsar. Après sa réouverture, elle est devenue université impériale, les cours y étant dispensés en russe exclusivement. Pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre Mondiale, elle a servi de caserne de gendarmerie, et il était interdit de donner des cours sous peine de mort. Néanmoins, beaucoup de professeurs ont continué à enseigner, dans des appartements privés, clandestinement.
 
779f4a Varsovie, l'université, palais Kazimierzowski
 
779f4b Varsovie, l'université
 
Nombre de bâtiments, comme je le disais il y a un instant, sont historiques. Celui-ci a été construit de 1632 à 1643, dans un proche faubourg du palais royal, pour servir de villa au roi Jean Casimir (Jan Kazimierz), d’où son nom de Palac Kazimierzowski. Le roi Stanislas Auguste Poniatowski, dernier roi de la Pologne libre, qui a régné de 1764 à 1795, y a établi le Corps des Cadets en 1765-1768 qui accueillait les jeunes nobles. Intégré à l’université dès l’ouverture en 1816, on y a installé de 1817 à 1831 un lycée, qu’a fréquenté le jeune Frédéric Chopin. Aujourd’hui, c’est le siège du rectorat. Je précise que Natacha, qui connaît bien les lieux, m’a emmené dans ce bâtiment, à la cantine des personnels mais qui est ouverte à d’autres publics, puisque l’on ne m’a rien demandé alors que je ne parle pas un mot de polonais. Et nous y avons mangé bien et pour pas cher…
 
779f5 Université de Varsovie, souvenir de la lutte anti-co
 
779f6 Université de Varsovie, souvenir de la lutte anti-co
 
Sur une pelouse, ont été déroulées de longues bandes de photographies vaguement protégées par un film plastique. Ce sont des souvenirs des années de lutte pour la libération du pays du joug soviétique, de l’autre côté du Rideau de Fer, les années Solidarnosc et Lech Walesa.
 
779g1 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
779g2 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
779g3 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
Non loin, mais hors du campus, a été construite une nouvelle bibliothèque universitaire, un grand bâtiment moderne à l’architecture originale. Sur le toit, malheureusement fermés à la visite en cette saison mais d’avril à octobre inclus ouverts au public, ont été créés des jardins suspendus sur plus d’un hectare. Entre une partie haute et une partie plus basse, il y a, paraît-il, une cascade. Le bâtiment est donc non seulement beau, mais créatif et écologique. Curieux, tous les documents consultés, de sources différentes, disent de même un hectare, et ajoutent que la partie supérieure est de 2000 mètres carrés, et la partie inférieure de 15000. Si je calcule bien, le total est de 17000 mètres carrés, et jusqu’à ce voyage à Varsovie j’avais toujours cru qu’un hectare faisait dix mille mètres carrés... Devant la façade, huit panneaux de cuivre patiné figurant des livres ouverts. Ceux que j’ai choisis ici sont, de gauche à droite, une partition de musique du compositeur Karol Szymanowski, une page de calculs mathématiques, et une page en grec. Les autres sont des textes dans diverses langues, ancien polonais, ancien russe, hébreu, arabe et sanscrit. Cela pour représenter l’universalité du savoir.
 
779g4 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
779g5 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
779g6 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
L’intérieur est accessible librement au rez-de-chaussée, dans cet immense hall où des bouquinistes proposent leurs livres sur des étals provisoires, et au sous-sol concédé à des commerces. Au-dessus de l’entrée du bâtiment universitaire proprement dit, un gigantesque livre ouvert porte sur sa page de gauche le mot HINC et sur celle de droite OMNIA, ce qui, en latin, signifie "à partir de là, tout". Universalité du savoir recelé par les livres, comme sur la façade.
 
779g7 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
J’ai été particulièrement impressionné par l’architecture du toit de verre, dont l’armature métallique est, à mon goût, superbe. C’est à la fois léger et dynamique.
 
779g8 Varsovie, bibliothèque universitaire, offres de voya
 
Avant de quitter la bibliothèque universitaire, je me suis arrêté à jeter un coup d’œil sur les publicités placardées sur un pilier. On propose aux étudiants d’aller skier à l’étranger. On peut s’offrir la Slovaquie ou l’Ukraine pour 745 zloty (il faut diviser par un tout petit plus de 4 pour avoir des Euros, soit environ 180 Euros), mais pour la France, aux Deux-Alpes, il faut prévoir 1590 zloty, soit 380 Euros. Plus du double. Néanmoins, quand on connaît les prix dans les stations françaises, c’est intéressant. Cela inclut une semaine en pension, le transport en autocar, et un pass de remontées de 6 jours.
 
779h1 Varsovie, dans le Palais Royal
 
Revenons au palais royal, qui propose une exposition temporaire sur le roi Kazimierz August II, c’est-à-dire Poniatowski, un cousin du maréchal de Napoléon, grand-oncle de Michel Poniatowski l’ancien ministre de Giscard d’Estaing et de son fils Axel, actuel député-maire de L’Isle-Adam. Mais la photo y est interdite. Je ne parlerai donc pas de ce dernier roi de la Pologne indépendante. En revanche, la photo est tolérée dans les salles des collections permanentes, ce qui va me donner l’occasion de montrer quelques tableaux intéressants.
 
779h2 Kazimierz Rzewuski (école polonaise, 1790)
 
779h3 Antoine de Bourbon, roi de Navarre (par Corneille de
 
Le premier, attribué à l’école polonaise, a été peint vers 1790 et représente Kazimierz Rzewuski, un notaire dont je vais parler au sujet de tableaux bien plus célèbres. Quant au second, peint par Corneille de Lyon en 1548, il représente Antoine de Bourbon (1518-1562), marié à Jeanne d’Albret, et par là roi consort de Navarre. Il est le père du plus célèbre roi de Navarre, Henri IV, qui sera roi de France.
 
779h4 Savant à son pupitre (Rembrandt, 1641)
 
779h5 Jeune fille dans le cadre du tableau (Rembrandt, 1641
 
779h6 La Fille dans un cadre, de Rembrandt, aux rayons X
 
À présent, voici deux tableaux attribuée à Rembrandt et qui ont connu une histoire mouvementée. Ce sont Le Savant à son pupitre et La Jeune fille dans le cadre du tableau, tous deux de 1641. Le roi Stanislas Auguste Poniatowski, celui dont je ne parlerai pas parce que l’exposition n’autorise pas la photo, était grand amateur d’art et s’était constitué une belle collection, comprenant entre autres ces deux Rembrandt qu’il avait acquis auprès d’un collectionneur berlinois. Ils ornaient son palais de Lazienki, qui est en pleine ville, mais à environ 3 kilomètres au sud du palais royal. Le roi est mort en 1795, la Pologne est rayée de la carte en tant qu’état, la famille du roi hérite de la collection. Puis, en 1815, ce Kazimierz Rzewuski, notaire champêtre de la Couronne dont j’ai montré le portrait tout à l’heure, âgé de 65 ans, achète les tableaux et va s’établir à Vienne. Quand il meurt, c’est sa fille Louise Rzewuska, épouse d’Antoni Jozef Lanckoronski, qui hérite. En 1939, la Gestapo les vole aux descendants Lanckoronski mais heureusement on les retrouvera en 1944 dans un entrepôt près de Salzbourg et, en 1947, les légitimes propriétaires pourront les récupérer et les garderont en sûreté dans un coffre-fort, en Suisse. Mais personne n’était au courant, on croyait les tableaux perdus. Or voilà qu’en 1994 la professeure Karolina Lanckoronska fait don de la collection à la Pologne. Des historiens de l’art, le Rembrandt Research Project, créé en 1968, vont alors effectuer toutes les analyses nécessaires pour s’assurer, sans qu’il reste le moindre doute, de l’authenticité des tableaux, qui sont bien les Rembrandt originaux. Lorsque, le 27 novembre, nous avons admiré ces tableaux, ce n’était que depuis le 4 novembre qu’ils avaient enfin été accrochés dans le musée du palais royal pour que le public puisse y avoir accès.
 
Par ailleurs, le conservateur a eu la bonne idée, puisque les spécialistes avaient effectué des recherches, d’en faire profiter les visiteurs en exposant une vue aux rayons X de la Jeune fille dans le cadre du tableau. En effet, les diverses matières, bois du support, sous-couche d’apprêt et peinture absorbant plus ou moins les rayons X, on peut en faisant varier leur longueur d’onde voir les états précédents du tableau, et ainsi comprendre la démarche de l’artiste. C’est ainsi que l’on découvre, sous le tableau définitif, que Rembrandt avait commencé avec un autre modèle, et qu’il en a changé alors que le visage du premier n’était pas achevé, mais il en avait fait suffisamment pour que l’on voie que les traits ne sont pas les mêmes et que les épaules sont moins tombantes. En revanche, il a gardé les mains inchangées.
 
779i1 Un DSK suffit à la France
 
Des photos diverses, maintenant, prises ici ou là, et qui ont attiré mon regard. Ce titre de livre, je ne comprenais absolument pas ce qu’il signifiait quand j’ai pris la photo (sur Internet, j’ai trouvé que le sigle représentait Dywizja Strzelcow Karpackich, soit la 3ème Division de Fusiliers des Carpates), mais sur le coup je me suis dit que, vraiment, pour la France, un seul DSK suffit bien. Alors 3…
 
779i2 Un gâteau Vive la Pologne
 
Dans une grande pâtisserie et salon de thé chic de la rue Nowy Swiat, j’ai vu ce gâteau Vive la Pologne. Oui, on sait que les Polonais sont fiers de leur pays (j’ai lu, il y a quelques années, Trans-Atlantique, de Gombrowicz, où l’auteur se plaint de la vanité nationaliste exacerbée de ses compatriotes), mais aller nicher leur fierté dans un gros gâteau décoré de roses rouges… cela vaut bien 140 zloty (environ 35 Euros).
 
779i3 Vieille Wartburg de DDR vue à Varsovie
 
Cette vieille Wartburg dans sa robe verte était la petite voiture populaire de la République Démocratique d’Allemagne, comme la minuscule Fiat 500 a symbolisé l’Italie des années 60. Celle-ci a été immatriculée en Pologne, mais son propriétaire y a conservé jalousement la plaque DDR.
 
779i4 Humour dans un hôtel sans ascenseur
 
Lorsque j’avais réservé notre hôtel à Varsovie par Internet, je n’avais pas remarqué qu’il était dit que l’on devait demander la clé de la chambre à une adresse différente de celle de l’hôtel. En fait, il n’y a qu’une centaine de mètres de l’un à l’autre, mais pour la réception, on doit aborder un escalier (il n’y a pas d’ascenseur). On monte, on monte, et à un moment on découvre sur le mur cette affiche humoristique : "Bravo ! Vous avez gravi 60 marches ! C’est bon pour la santé ! Plus que 28 marches". J’avais laissé Natacha en bas avec nos deux lourdes valises (en excédent de poids) et nos deux gros bagages de cabine, mais j’ai imaginé le client seul, obligé de hisser ses bagages pour redescendre, faire les 100 mètres jusqu’à l’hôtel en faisant tressauter les petites roues de sa valise sur les pavés, puis s’offrant la joie d’un autre escalier… Mais cette pancarte est amusante.
 
779j1 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
Lorsque nous avons fait le trajet vers la Biélorussie, le 28 novembre, tout était recouvert d’une couche de neige mais le ciel était bleu, il faisait bien froid. En voyant cette étendue plate enneigée, j’ai pensé au vers de Victor Hugo "Après la plaine blanche, une autre plaine blanche".
 
779j2 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
779j3 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
Lorsque, au contraire, nous sommes revenus de Grodno à Varsovie par le train le 28 février, il avait fait plus doux les jours précédents, les rivières avaient dégelé et la neige avait fondu. Puis, pendant le voyage en train, la neige s’est mise à tomber assez dru. D’où ce ciel gris et bas. Les deux photos ci-dessus ont été prises du train, franchissant une rivière qui charrie des glaçons, et, de la dernière voiture, les voies en train de se recouvrir de neige.
 
779k1 Dans l'aéroport Frédérix Chopin, de Varsovie
 
779k2 Aéroport de Varsovie, le personnel de bord arrive à
 
Dans l’aéroport de Varsovie, qui porte le nom de Frédéric Chopin, nous attendons notre avion. Nous avons choisi de voyager par KLM. En effet, Wizzair, une low cost, effectue des vols directs pour un peu moins cher, mais arrive à Beauvais, l’enregistrement est de 20 Euros par valise, il y a un coût pour le paiement des billets par carte de crédit et un coût de dossier. De plus, à bord, tout est payant, même un simple café. Au total, c’est plus cher que certaines compagnies régulières sur des sites de voyagistes. Nous avons de plus transformé l’inconvénient de l’escale à Amsterdam en avantage : entre une correspondance de deux heures et une de cinq heures, nous avons choisi la plus longue qui nous laissait le temps d’un petit tour sympathique en centre ville. Mais cela sera le sujet d’un autre article. Sur la seconde photo, dans le satellite, le commandant de bord et son staff attendent pour entrer que leurs collègues du vol aller quittent l’appareil.
 
779k3 Nous nous envolons de Varsovie vers Amsterdam
 
779k4 En vol, de Varsovie à Amsterdam
 
Et voilà, nous avons décollé de Varsovie. Maintenant, l’ombre de l’avion restée au sol court à perdre haleine, et tente de ne pas se laisser distancer. À bord, sur les petits écrans rétractables au plafond, on peut suivre en temps réel l’itinéraire, capté par GPS et plaqué sur une carte. Nous avons dépassé Berlin, nous avons donc amplement quitté la Pologne. Si je continuais cet article, je serais complètement hors sujet.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 17:10
778a1 Calendriers des ciments Héraklès
 
778a2 Ciments grecs Héraklès, groupe Lafarge
 
Sans doute il n’est pas très malin, quand on sort d’un concert dont on se sent tout rempli, d’avoir à la suite une autre activité plutôt que de rester imprégné de ce que l’on a entendu. Or, comme je le racontais dans mon avant-dernier article, en ce 10 novembre nous avons assisté au concert d’Angelika Ionatos et Katerina Fotinakis mais, tout excités par ce que nous avons entendu, nous ne désirions pas rentrer immédiatement au camping et parce que ce soir le musée Benaki ferme très tard nous nous y sommes rendus. Notre intention, en vérité, n’était pas de voir une fois de plus les collections déjà visitées le 31 mars et le 2 avril derniers, mais nous avions entendu dire qu’il s’y trouvait une exposition temporaire. La Société Anonyme Nationale de Ciments Héraklès, l’une des filiales du groupe français Lafarge, édite chaque année depuis 1956 un calendrier illustré par des artistes contemporains, et se targue non sans raison d’avoir ainsi fait pénétrer l’art contemporain dans de nombreux foyers qui ne l’auraient jamais connu, leur mettant quotidiennement ces œuvres d’art sous les yeux. Au total, une soixantaine d’artistes y ont collaboré, et c’est une sélection de ces œuvres originales qui est présentée ici (pour être imprimées, elles étaient réduites aux dimensions du calendrier).
 
778b1 Yannis Moralis, Héraklès tuant Hippolyte (1956)
 778b2 Yannis Moralis, Héraklès tombe amoureux d'Augè (19
 
C’est avec un grand peintre que nous connaissons déjà, Yannis Moralis rencontré à la Pinacothèque nationale, que nous commençons la visite. Ces peintures à la détrempe sur papier ont été insérées dans le calendrier de 1956, le premier calendrier de la cimenterie. Arès, le dieu guerrier, a engendré la reine des Amazones, peuple de guerrières elles-mêmes, n’admettant la présence d’hommes que pour se reproduire et n’élevant que leurs filles. Et Arès a offert une ceinture à sa fille, la reine Hippolyte. Là-bas, en Argolide (le pays d’Argos, de Mycènes, de Tirynthe, dans le Péloponnèse), Héraklès est au service d’Eurysthée en expiation du meurtre qu’il a perpétré sur sa femme et ses enfants. Pour satisfaire sa fille qui la convoite, Eurysthée envoie Héraklès chercher la ceinture d’Hippolyte. C’est l’un de ses douze travaux. Armé de son habituelle massue, il s’y rend en compagnie de son ami Thésée, le roi d’Athènes. Hippolyte lui aurait bien remis sa ceinture sans discuter, mais ses sujettes les Amazones ne le voient pas de cet œil. Remettre un présent d’Arès, leur dieu tutélaire, sans même combattre, pas question. Dans la lutte, Héraklès tue Hippolyte et récupère la ceinture. C’est clairement ce que représente le premier dessin. Mais les Grecs eux-mêmes semblent ignorer cette légende pourtant célèbre. Je ne sais qui, du peintre, des auteurs du calendrier ou des commissaires de l’exposition, a rédigé la notice placardée sur le mur auprès de ce dessin, mais elle dit (en anglais comme en grec) "Pour récupérer la ceinture qu’il a offerte à Hippolyte, reine des Amazones, Arès la tue près du port de Thémiskyra". Outre que rien n’indique, dans le dessin, le lieu de la scène, c’est une absurdité de dire qu’il s’agit d’Arès, d’abord parce que ce n’est pas conforme à la légende, mais aussi parce qu’Arès ne se départit jamais de son casque, de son bouclier et d’une arme, épée ou lance, tandis qu’Héraklès est toujours représenté avec la massue qu’il a taillée dans le tronc d’un olivier. Il est vrai qu’il lui manque, ici, la peau du lion de Némée, monstre vaincu au titre du premier de ses douze travaux dont ilporte la dépouille lors des onze suivants. Enfin, le calendrier est pour la marque Héraklès, ce qui laisse penser que l’erreur n’a pas été commise par l’artiste, qui a choisi son sujet en fonction du commanditaire.
 
Sur la seconde peinture, Héraklès (Arès pour la notice) s’est énamouré d’Augè. Cela pose problème, parce qu’Augè est prêtresse d’Athéna, ce qui l’oblige à préserver sa virginité. Quand elle met au monde Télèphe, le fils conçu avec Héraklès, son père Aléos, roi de Tégée, expose le fils (c’est-à-dire laisse le bébé nu et sans défense, qui mourra de faim ou dévoré par les bêtes sauvages, sans que l’on ait à commettre l’impiété d’un meurtre) et met la mère dans une barque abandonnée aux flots. Mais que les âmes sensibles se rassurent, Télèphe sera recueilli et élevé par un berger, tandis que les courants marins vont porter la barque d’Augè jusqu’en Mysie (au nord-ouest de l’Asie Mineure) où elle sera sauvée et épousée par le roi. Ce que représente cette peinture est le premier épisode de la légende, Héraklès veut s’emparer de la femme dont il est tombé amoureux. Dans nombre de versions de la légende, Augè a elle aussi succombé à l’amour et il n’est nul besoin de la poursuivre bien longtemps. Heureusement, car le viol est passible de la Cour d'Assises.
 
778c1 Spyros Vassileiou, Neige à Karpenisi (1968)
 
Passée la première année, le thème du héros Héraklès est oublié. Ou considéré comme épuisé. Nous faisons ici un grand bond jusqu’à l’année 1968 avec cette Neige à Karpenisi de Spyros Vassileiou. Karpenisi est une ville de Grèce centrale, à un peu moins de 1000 mètres d’altitude. Le dessin mêle une représentation réaliste, presque photographique, du paysage, avec des éléments naïfs, comme le camion ou le pope.
 
778c2 Dimitris Mytaras, Garage (1972)
 
En 1972, Dimitris Mytaras se rapproche du thème de l’entreprise commanditaire avec ce gros engin de travaux publics, intitulé Garage. Très sobre en se limitant à un camion jaune, une porte de garage et une silhouette en premier plan, ce dessin n’en a pas moins un impact très fort.
 
778c3 Kostas Grammatopoulos, Fille de l'île cousant (1980)
 
778c4 Kostas Grammatopoulos, Pêcheur ravaudant ses filets
 
On retrouve pendant deux années successives, 1980 et 1981, le peintre Kostas Grammatopoulos. C’est d’abord Fille de l’île cousant (ou plutôt Insulaire cousant, quoique rien dans ces deux mots n’exprime le féminin, qui est clair en grec), et ensuite Pêcheur ravaudant ses filets.
 
778c5 Maria Pop, Sur la place en face de la taverne Le Plat
 
Très sympathique est cette petite scène peinte par Maria Pop, intitulée Sur la place en face de la taverne Le Platane un après-midi d’été. Cette aquarelle était destinée au calendrier 1982.
 
778d Panagiotis Tetsis, Marché de rue (1982)
 
C’est aussi pour le calendrier de 1982 qu’a été peint Marché de rue, une huile sur bois de Panagiotis Tetsis. L’exposition présente aussi une autre scène de marché, du même artiste et de la même année.
 
778e1 A. Tassos, Le Combat de la moisson dans la plaine de
 
778e2 A. Tassos, otages (1985)
 
Ces deux tableaux, des peintures à la détrempe, sont de la même année, 1985, et du même peintre, Alevizos Tassos. Je ne sais pourquoi, partout son prénom n’est indiqué qu’avec l’initiale A., dans l’exposition comme dans les notices à son sujet que j’ai trouvées sur Internet. Le premier tableau est Combat pour la moisson dans la plaine de Thessalie. À vrai dire, le titre ne m’éclaire pas beaucoup sur le sens ni l’intention de ces militaires armés (il y a un fusil mitrailleur posé au sol) fauchant le blé à côté des paysannes. L’autre tableau est beaucoup plus clair, le titre étant très explicatif : Blocus de Drapetsona et otages des bataillons de sécurité emmenés dans les camps de concentration allemands. Drapetsona est une municipalité proche du Pirée, le port d’Athènes.
 
778f1 Musée Benaki, pièce de réception, Macédoine, 18e
 
778f2 Musée Benaki, pièce de réception, Macédoine, 18e
 
778f3 Musée Benaki, tenue de ville féminine, Ioannina, 19
 
Nous avons fait le tour de cette très intéressante exposition des calendriers Héraklès Lafarge en prenant notre temps, et quand nous avons fini le musée Bénaki est encore loin de sa fermeture. Alors pourquoi ne pas refaire une petite visite des collections permanentes que nous avons tant appréciées ? Que les économes ne nous accusent pas d’être des paniers percés car, même si nous aurions été prêts à payer quelques Euros, dépensiers que nous sommes, notre ticket pour l’exposition temporaire donne l’accès à toutes les salles. Mais j’ai déjà très amplement parlé de ce merveilleux musée dans mon article daté 31 mars et 2 avril 2011, je vais ici seulement montrer des images qui m’ont fortement impressionné. Les deux premières photos ci-dessus représentent des pièces de réception de riches demeures de Kozani, en Macédoine, datant du dix-huitième siècle. La première a été sauvée dans les années 1930, la seconde a été donnée par les propriétaires. Puisque ces intérieurs ont été préservés en place jusqu’au vingtième siècle, ils existaient donc et étaient en usage au dix-neuvième siècle, époque du costume de ville féminin porté par le mannequin de ma troisième photo. À ceci près que les salons sont macédoniens et que le costume est épirote puisqu’il provient de la ville de Ioannina.
 
778g1 Musée Benaki, mitre de l'archevêque d'Amida, 1739
 
778g2 Musée Benaki, couvercle de patène, 1751
 
Amida, aujourd’hui Diyarbakir, est une ville d’Asie, au sud-est de la Turquie. Ce splendide objet d’orfèvrerie (première photo) est la mitre de l’archevêque de cette ville, Agathangelos, et porte la date de 1739. Un siècle plus tôt, au début du dix-septième siècle, de nombreux Grecs de la région du Pont (le Pont Euxin est le nom de la Mer Noire) sont venus dans cette ville pour travailler dans les mines de cuivre d’Argana. Les communautés des mineurs établis dans la région ont très longtemps conservé, jusqu’au vingtième siècle, leur langue et leurs coutumes, et ils avaient leur métropolite pontique (un métropolite, dans les usages de la religion orthodoxe, est l’évêque –ou l’archevêque– d’une région, ici dans une région étrangère habitée par des populations du Pont). La seconde photo montre un couvercle de patène de 1751 provenant de Kermira, une petite ville d’Asie Mineure, en Cappadoce loin dans les terres, près de Kayseri. Un coup d’œil à la carte me ferait dire que ce doit être aux alentours du centre géographique de la Turquie d’Asie. Ici on voit une mise au tombeau.
 
778g3 Musée Benaki, saint Dimitri (Kallipolis, 1852)
 
Saint Dimitri (Démétrios en grec, nom issu du culte de la déesse Déméter) est le saint protecteur de Thessalonique. Né au troisième siècle dans une famille sénatoriale de cette ville (Salonique), il devient proconsul de Grèce sous les empereurs Dioclétien et Maximien, lequel siège à Salonique. Chrétien, il enseigne la nouvelle religion sans se cacher, notamment dans les bains publics. Or Maximien a ordonné d’arrêter les chrétiens, aussi Dimitri est-il pris et amené à l’empereur, qui a ordonné sa mise à mort. Souvent invoqué pour des guérisons ou pour la défense de sa ville, ce saint est considéré comme l’auteur d’innombrables miracles. Notamment, il aurait été vu à cheval, combattant victorieusement des barbares tentant de prendre sa ville. C’est pourquoi il est généralement représenté en chevalier terrassant un ennemi tombé au sol. C’est le sujet du plat que montre ma photo (Kallipoli, nord-ouest de Thessalonique, 1852).
 
778h Musée Benaki, masque funéraire en stuc (Egypte, 2e s
 
Une dernière photo avant le point final. Ce remarquable masque funéraire en plâtre peint, avec des yeux en pâte de verre, provient d’Égypte et date du deuxième siècle de notre ère. Je le trouve remarquable d’expressivité.
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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 16:32
777a Montée vers le Lycabette
 
Haut de 227 mètres, le Lycabette, la plus haute des collines d’Athènes, se mérite. Avant d’atteindre un transport public, il faut gravir bon nombre de marches. Le Lycabette, c’est ce haut rocher, très pointu, que l’on a vu de loin sur nombre de mes photos. Il se profile derrière le Parthénon, derrière le temple de Zeus Olympien, etc. Depuis le temps que nous sommes à Athènes, nous ne l’avons vu que de loin. Il serait temps que nous y montions un jour, en fin d’après-midi, pour voir le soleil se coucher sur la ville. C’est le but de notre promenade en ce dimanche. C’est Athéna, la déesse tutélaire de la cité, qui un jour transportait cette énorme pierre pour bâtir son temple, et qui l’a lâchée. Elle est tombée ici. Heureusement, je n’étais pas dessous (je ne suis pas jeune, mais quand même, je n’étais pas encore né).
 
777b1 Le funiculaire du Lycabette
 
777b2 Le funiculaire du Lycabette
 
Enfin, nous arrivons suffisamment haut pour atteindre la gare du funiculaire qui va nous mener au sommet. En utilisant des caractères latins, la gare annonce "TELEFERIK. À ma connaissance, un téléférique est suspendu à des fils. Je préfère l’appeler ici un funiculaire, comme à Montmartre, le mot désignant un petit train, sur rails, mais adapté à une pente pour être à l’horizontale, et tracté par in fil. Ce qui est très bon pour le paysage, mais très dommageable pour le touriste avide de vue, c’est que ce funiculaire est intégralement souterrain, comme un métro. Circulez, y a rien à voir.
 
777c1 L'église au sommet du Lycabette
 
777c2 L'église au sommet du Lycabette
 
Au sommet a été bâtie au dix-huitième siècle une église orthodoxe dédiée à Saint Georges, qui n’a rien de particulièrement intéressant à visiter intérieurement (et pas de photo), mais à la nuit tombée elle est éclairée, produisant un effet séduisant.
 
777d1 Vue depuis le sommet du Lycabette
 
777d2 Vue depuis le sommet du Lycabette
 
Si le public vient ici, c’est surtout pour admirer le paysage, même si les Grecs, très pieux, entrent dans l’église pour y baiser les icônes, peut-être pour remercier Dieu d’avoir créé ce paysage à couper le souffle. Sur la première de ces photos, on distingue un côté des gradins du gigantesque stade olympique.
 
777e1 L'Acropole vue du Lycabette
 
777e2 L'Acropole vue du Lycabette
 
777e3 Le Parthénon vu du Lycabette
 
Et la vedette revient bien sûr à cette superbe Acropole, avec son Parthénon. Toujours aussi merveilleuse de jour, au crépuscule ou de nuit. Nous avons passé longtemps, là-haut, mais nullement impatients que le soleil se couche ou que la nuit tombe, parce que chaque minute, à chaque instant de l’évolution de la lumière, le paysage change, les couleurs évoluent. Un spectacle grandiose. C’est impossible à reproduire en photos, ou alors il faut un talent qui me dépasse très largement. Ce qui aboutit à un article beaucoup plus bref que notre admiration.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 14:39
Mon sujet du jour concerne deux soirées. Il y aurait beaucoup plus à écouter qu’à dire, hélas mon blog n’est pas sonore. Je me contenterai donc de quelques images.
 
776a1 Athènes, le Megaro Mousikis
 
776a2 Athènes, la grande salle du Megaro Mousikis
 
Le 3 novembre, nous nous sommes rendus au Megaro Mousikis. On sait que dans les demeures antiques, la grande pièce centrale était le megaron. En grec moderne le terme est resté mais ni les palais ni les demeures privées n’ayant conservé l’architecture antique le mot désigne aujourd’hui une grande salle, que ce soit un opéra, une salle de spectacles, un amphithéâtre d’université, un tribunal, etc. Quant à la musique, son nom s’écrit en grec comme en français (puisque dans notre langue il est importé du grec) avec un seul S, mais pour que ce S ne se prononce pas comme un Z entre deux voyelles, la transcription anglaise redouble ce S (Moussikis). Pour ma part, je préfère conserver l’orthographe grecque. On voit qu’Athènes a voulu se doter d’une salle magnifique. Il paraît même que la seconde ville de Grèce, Thessalonique, est toujours jalouse de la capitale et a voulu, elle aussi, son grand auditorium de musique. Je ne sais ce qu’il en est, mais ce que je sais c’est qu’ici, grâce à une architecture très étudiée et à l’utilisation du bois qui absorbe les vibrations, l’acoustique est excellente. Presque aussi remarquable que celle du théâtre antique d’Épidaure en plein air!!!
 
776b1 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776b2 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776b3 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
Après notre visite, il y a deux jours, de l’exposition sur le poète Odysseas Elytis, nous sommes venus ici ce soir pour un spectacle qui le célèbre. Pas étonnant, toutes ces célébrations pour cet ancien Prix Nobel, il est né le 2 novembre 1911, il y a juste cent ans. Le titre, O Kosmos o Megas reprend le titre d’un recueil de poèmes. Sur la droite de la scène, un homme et une femme lisent des textes de lui. Certes, pour bien juger il serait préférable de comprendre le grec, mais le ton un peu monocorde, surtout de la part de l’homme, ne me donne pas une impression extrêmement favorable. En revanche, ceux de gauche (deuxième photo), Theodora Baka et Christoyannis Tension, sont excellents. Ils interprètent des poèmes mis en musique. Même sans comprendre ce qu’ils disent, on sent combien ils font passer d’émotion, et surtout on ne peut manquer d’admirer des voix superbes. En général, j’adore les voix des femmes grecques, graves, un peu rauques, et je ne suis pas déçu, mais alors que d’habitude je les préfère aux voix d’hommes, ce soir la voix de cet homme me plaît tout autant, profonde, timbrée. Au centre, trois musiciens les accompagnent. Et sur le côté il y a également un piano, mais il est dans l’ombre, et –je le confesse– les photos que j’en ai prises sont très floues et je ne peux donc pas les montrer. Nous l’avons vu lors de l’exposition d’avant-hier, Elytis était également un peintre de talent. Pendant le spectacle, des œuvres de lui sont projetées sur un grand écran tendu au fond de la scène.
 
776b4 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776c Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
Pour le dernier morceau avant l’entracte ainsi que pour le dernier à la fin, une chorale d’adolescents avec un tout petit nombre d’adultes (visiblement une chorale de lycée, mais de niveau très élevé) dirigée par Christina Varsamis Koukni, vient effectuer une interprétation pleine d’émotion. Puis, à la fin, celui qui a sélectionné les textes et les a mis en musique, le musicien George Kouroupos, est appelé sur scène et chaudement applaudi.
 
776d1 Athènes, le Megaro Mousikis
 
Ne quittons pas ce lieu emblématique de la culture athénienne sans jeter un coup d’œil au grand hall. C’est vaste, moderne, peint en blanc, les lignes sont nettes, mais ce n’est pas froid et de petites tables avec des sièges donnent une apparence conviviale.
 
776d2 Athènes, le Megaro Mousikis
 
776d3 Athènes, le Megaro Mousikis
 
Et puis, en voyant une grande fresque sur l’un des murs, Natacha sursaute. Elle identifie tout de suite le style de son "compatriote" Chagall. Et, en nous approchant, nous voyons en effet sa signature, Marc Chagall, Moscou 1920. Moscou… Je ne sais si cette fresque n’est qu’une copie, ou si elle a été importée, mais c’est bien du Chagall. Ce natif d’une banlieue de Vitebsk, cette vieille ville du nord-est de la Biélorussie créée en 947, y a vu le jour en 1887. Pour compléter ses études à l’école des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg (car cette moitié est de la Biélorussie appartient à cette époque à la Russie des tsars, l’autre moitié étant occupée par la Pologne), il part étudier la peinture à Paris en 1910 et y reste jusqu’en 1914. Plus tard, il reviendra en France et y passera l’essentiel de sa vie. Il acquiert la nationalité française en 1937 mais ce n’est pas suffisant pour sauver ce Juif lorsque le pays vit l’Occupation nazie avec un régime de Vichy à sa botte. Il est arrêté en 1941 mais exfiltré aux États-Unis. Qu’à cela ne tienne, il rentre en France en 1948 et s’installe à Vence. Il meurt à Saint-Paul-de-Vence en 1985, à presque 98 ans. Le 5 octobre 2009 nous sommes allés voir le musée qui lui est consacré à Nice.
 
776e1 La salle de spectacle de l'Institut Français d'Athè
 
Mais je voudrais maintenant parler d’une autre soirée. Elle aussi était prévue le 3 novembre, mais elle a été repoussée au 10 pour une raison que je ne connais pas. Peut-être pour indisponibilité de l’artiste, peut-être pour ne pas coïncider avec la célébration au Megaro Mousikis. Car Elytis a également été à l’honneur ici. Il s’agit de l’Institut Français d’Athènes qui accueille la chanteuse Angelika Ionatos accompagnée de Katerina Fotinakis. Dans l’après-midi, nous nous sommes rendus à l’Institut pour réserver nos places. Sur le côté de la cour, sont disposées quelques tables. Je m’apprête à monter vers les bureaux, quand Natacha me dit "Regarde, c’est Angelika Ionatos qui vient de s’asseoir là", et en effet je la reconnais. Je monte, laissant dehors Natacha qui préfère rester à observer les lieux. Quand je redescends, muni de nos billets, je vois la chanteuse qui se lève. Avec elle, à présent, il y a Katerina Fotinakis. Je m’approche, m’excuse de les importuner, demande un autographe. Et ce sont quelques minutes de conversation sympathique avec ces deux grandes dames simples et naturelles.
 
776e2 Athènes, introduction au concert Ionatos - Fotinakis
 
Après un placement laborieux (l’ouvreuse improvisée n’a pas bien saisi le système de numérotation des places et nous fait courir partout avant de nous installer), on attend un peu le début su spectacle. Le retard, paraît-il, n’est pas dans les habitudes de la maison, mais une manifestation dans le centre bloque la circulation, et alors que toutes les places ont été réservées, il reste des sièges inoccupés. Puis a lieu un speech au sujet d’Elytis, et au sujet des artistes de ce soir qui vont interpréter en musique des textes du grand poète, mais aussi des chansons de la composition de Katerina.
 
776f1 Concert Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
776f2 Concert Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
Disons tout de suite que le spectacle a été enthousiasmant. Merveilleux. Magnifique. Je ne mets pas de lien hypertexte, parce que les liens ne marchent qu’un temps, je ne sais pas si les sites vont laisser ou supprimer leurs vidéos, mais il suffit de taper les noms de ces chanteuses sur Internet (par exemple sur Youtube) pour pouvoir les entendre.
 
776g1 Angelika Ionatos en concert à Athènes
 
776g2 Angelika Ionatos en concert à Athènes
 
Angelika Ionatos est bien connue en France, où elle a choisi de vivre quand elle a quitté son pays à l’époque de la dictature des colonels. De 1989 à 2000, elle a été artiste associée au Théâtre de Sartrouville. Elle a une voix chaude et grave pleine de sensibilité et une grande présence en scène.
 
776h1 Katerina Fotinakis en concert à Athènes
 
776h2 Katerina Fotinakis en concert à Athènes
 
Quant à la belle Katerina Fotinakis, c’est une magicienne de la musique et sa voix plus haute n’a rien à envier en sensibilité à celle d’Angelika, qui l’a découverte en Grèce, l’a emmenée avec elle sur la scène de l’Alhambra où leurs interprétations accordées ou alternées ont remporté un triomphe. Et c’est bien mérité. Deux artistes gigantesques.
 
776i Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
Hélas la soirée se termine. Les oreilles et la tête pleines de leur musique, de leurs voix, de leurs deux grands talents, si différents et si bien accordés, nous quittons l’Institut Français. Mais vous qui résidez en France, suivez bien l’actualité pour ne pas manquer d’aller les écouter la prochaine fois qu’elles vont se produire près de chez vous. Vous ne serez pas déçus.
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Published by Thierry Jamard
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