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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 13:02
764a1 Contribution de Marianne Pécasse
 
 
764a2 Marianne chez elle à Lavrio
 
764a3 Marianne chez elle à Lavrio
 
À travers mon blog, j’ai fait la connaissance de bien des personnes qui, m’ayant trouvé par hasard sur la toile, sont entrés en contact avec moi, pour me faire des commentaires sympathiques, pour me demander à utiliser une ou plusieurs photos, pour solliciter un renseignement, etc. Et il s’est ainsi créé des amitiés, plusieurs restent (pour le moment) virtuelles, d’autres ont été l’occasion de rencontres. C’est le cas de Pierre et Donatine, que nous avons d’abord rencontrés à Rome, puis à Olympie. Or il se trouve qu’au sujet d’une représentation sculptée sur une frise dont je parlais dans mon blog, une brillante archéologue belge, Marianne, m’a écrit parce que je ne disais pas la même chose que la notice placée dans le musée (je maintiens que j’avais raison, et elle est bien d’accord avec moi). Et, comme elle vit à Lavrio, à cinquante ou soixante kilomètres au sud d’Athènes, sur la route du cap Sounion, elle nous a proposé de passer la voir lors de l’un de nos retours sur Athènes. Ce que nous avons fait. Et comme c’est une personne très sympathique, intéressante, intelligente, cultivée, nous voilà amis et nous nous sommes déjà vus trois fois.
 
Il arrive que dans des musées où (ouf !) la photo est autorisée, il soit précisé que certains objets exposés ne doivent cependant pas être photographiés. S’ils bénéficient de ce traitement spécial, c’est parce que la recherche archéologique connaît deux étapes, la première est la découverte de l’objet par un fouilleur, la seconde consiste en sa description scientifique, et il va de soi que le premier touriste venu ne doit pas montrer des photos et faire ses petits commentaires avant qu’un spécialiste s’en soit chargé. C’est pourquoi, au lieu de maudire le musée qui en interdit la photo, il convient de le bénir de nous permettre de voir, mais seulement avec les yeux, un objet sans lui faire attendre dans une réserve sa description par un archéologue. Un ami de Marianne, qui avait mis au jour des statues de kouroi en Turquie d’Asie lui avait demandé d’en décrire un, c’est ce qu’elle a fait dans le livre que je montre ici en photo.
 
764b1 Vue de Lavrio (Attique)
 
764b2 Vue de Lavrio (Attique)
 
Lavrio, c’est aujourd’hui un port, où arrivent les ferries en provenance de l’île de Kéa. C’est ainsi que, partis du port du Pirée le 14 août dernier voir quelques Cyclades, en finissant par Kéa, nous avons abordé le 20 août à Lavrio. Et comme nous étions sans camping-car nous avons dû prendre un autocar vers le centre d’Athènes, puis un métro et enfin un bus urbain jusqu’au camping. C’est moins commode que Le Pirée, desservi par un bus direct qui passe devant le camping…
 
Ce terminal de ferries est une reconversion. En effet, les environs de Lavrio étant riches en plomb et en argent, le port moderne de Lavrio a été équipé pour recevoir les gros cargos emportant le minerai au dix-neuvième siècle. Mais ces mines étaient actives dans l’Antiquité, aussi aurai-je à parler de la mine du temps des Guerres Médiques et de la réouverture de la mine lors de la Révolution Industrielle. Reste que le site est magnifique.
 
764b3 maisons de la mine à Lavrio (Attique)
 
764b4 maisons de la mine à Lavrio (Attique)
 
Outre la ville moderne, avec de grands immeubles, les Français qui ont rouvert les mines au dix-neuvième siècle ont construit tout un immense quartier pour héberger cadres et ouvriers. En ces temps où Zola décrivait dans Germinal des conditions de vie rudes pour les mineurs, ici les maisons qui leur étaient attribuées étaient correctes et disposaient d’un confort minimum, même si elles étaient moins vastes et ne jouissaient pas, comme celles des ingénieurs et techniciens, de jardinets. Celles qui n’ont pas subi de travaux d’entretien sont, évidemment, en assez piteux état, mais l’immense majorité d’entre elles ont été retapées et constituent aujourd’hui un quartier recherché et agréable.
 
764b5 Colocotroni honoré à Lavrio
 
La ville de Lavrio honore le général Théodore Kolokotroni, parfois transcrit Colocotroni (1770-1843) qui s’est illustré dans la guerre d’Indépendance. Je parle de lui dans mon article sur Navarino (21 et 28 mai 2011). Séjournant à Nauplie, Lamartine l’évoque dans son Voyage en Orient, dans des actions à la fois courageuses et destructrices : "L'anarchie la plus complète règne en ce moment dans la Morée. Chaque jour une faction triomphe de l'autre, et nous entendons les coups de fusil des klephtes, des Colocotroni, qui se battent de l'autre côté du golfe contre les troupes du gouvernement. On apprend, à chaque courrier qui descend des montagnes, l'incendie d'une ville, le pillage d'une plaine, le massacre d'une population, par un des partis qui ravagent leur propre patrie. On ne peut sortir des portes de Nauplie sans être exposé aux coups de fusil".
 
764b6 Sur un mur de Lavrio, au sud de l'Attique
 
764b7 Sur un mur de Lavrio, au sud de l'Attique
 
Avant de quitter la ville moderne, je montre encore cette grande peinture murale qui couvre tout un pan de la façade d’un bâtiment, ainsi que deux détails, les drapeaux du monde qui ornent la jupe de la fille au porte-voix (sur le bord droit, un peu en-dessous du milieu, il y a le drapeau français), et les inscriptions en arrière-plan, liberté, développement durable, égalité, les droits des femmes sont des droits de l’homme, paix, éducation, rarement en grec (aucune sur mon gros plan ci-dessus), presque toutes en anglais, ce qui veut dire qu’elles s’adressent aux étrangers. En haut à gauche, le texte d’un poème célèbre d’Odysseas Elytis, prix Nobel de littérature 1979 :
 
Έτσι συχνά όταν μιλώ για τον ήλιο
μπερδεύεται στη γλώσσα μου ένα
μεγάλο τριαντάφυλλο κατακόκκινο
αλλά δεν μου είναι βολετό να σωπάσω
 
"Très souvent, quand je parle au soleil, vient se confondre sur ma langue une grande rose rouge mais il ne m’est pas facile de me taire"
 
764c1 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
764c2 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
Si les Grecs de l’Antiquité se sont établis ici pour exploiter la mine, ils n’ont pas manqué de construire une ville avec tout ce que cela comporte, notamment un théâtre. Comme toujours lorsque c’est possible, le théâtre est appuyé à une colline afin de limiter les travaux de soutènement, sauf ici sur les flancs. Comme on le voit sur la seconde photo, les gradins sont en mauvais état sur une partie, les pierres ont dû en être utilisées pour construire les maisons, mais il y a sur place des engins et des matériaux, je pense qu’il va être rénové. D’ailleurs sans doute si l’autre moitié est en meilleur état est-ce parce que des pierres ont été remises en place.
 
764c3 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
764c4 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
Les théâtres sont toujours construits en arc cercle, sur 180 degrés, parfois un peu plus, rarement un peu moins. Mais la particularité de celui-ci, unique à ma connaissance, est qu’il intègre une ligne droite entre deux quarts de cercle. C’est, part ailleurs, l’un des plus anciens théâtres du monde. Sa situation procure une vue splendide sur le paysage.
 
764c5 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
J’ignore si ces pieds, dessinés par un amateur parce que ce sont deux pieds gauches, sont antiques ou ont été gravés par un vandale moderne. En parcourant le théâtre je les ai remarqués, alors pour le cas où ils auraient deux mille cinq cents ans…
 
764d1a Musée de Lavrio, vases classiques
 
764d1b Musée de Lavrio, vases d'époque classique
 
764d1c Musée de Lavrio, vase attique à fond blanc
 
Des hommes ont vécu ici depuis très longtemps. Il semble que les mines aient été exploitées depuis au moins 1000 ans avant Jésus-Christ (j’ai même lu quelque part que c’était depuis 3500 avant Jésus-Christ, mais ce texte est peu fiable parce qu’il parle d’une acropole mycénienne de 4800 avant Jésus-Christ, soit plus de trois millénaires avant l’apparition des Mycéniens…). Par conséquent, il est normal que le sol de Lavrio recèle bien des traces de la vie dans l’Antiquité, ne serait-ce que dans les sépultures où le mort était enterré avec les accessoires de sa vie. Il y a donc en ville un musée archéologique. La personne qui nous a vendu les billets d’entrée, seule dans le musée, est à la fois caissière et gardienne. Mais en fait elle connaît les collections et je ne serais pas étonné qu’elle soit en même temps conservatrice, ou qu’elle ait reçu une formation d’archéologue. Si peu de personnes visitent cet intéressant musée… Nous étions totalement seuls ce matin pendant toute notre longue visite.
 
Les trois vases de la première photo proviennent d’un cimetière et sont d’époque classique. Sur la deuxième photo, le lécythe à droite est un petit vase destiné à contenir des huiles aromatiques. L’usage était d’enduire le corps des morts de ces huiles parfumées, et ce vase qui date du cinquième siècle avant Jésus-Christ a pu être utilisé pour le mort auprès duquel il a été placé, car ces lécythes ne connaissaient pas d’autre usage que funéraire et n’étaient donc pas des accessoires de toilette. La cruche, à gauche, avec un petit garçon qui court après un canard, date de la fin du même siècle. Chaque année au printemps, on célébrait les Anthesteria, des fêtes en l’honneur de Dionysos au cours desquelles on testait le vin de l’année, et des concours avaient lieu entre les goûteurs. Les archéologues supposent que cette cruche avec laquelle ce garçon a été enterré lui a servi à la compétition des Anthesteria. La troisième photo montre un vase à fond blanc. Ces vases sont beaucoup plus rares que les vases à figures noires, ou que les vases à figures rouges qui leur ont succédé, car ils sont une particularité des potiers d’Athènes, alors que les autres ont été fabriqués partout dans le monde grec, y compris à Athènes. Celui-ci est également un lécythe, il fait donc voir dans son sujet une allusion à la mort ou à ce qui a marqué la vie du défunt. Cette femme ailée, ici, semble être une Nikè, une Victoire.
 
764d2 Musée de Lavrio, coupe néolithique (5300-4300 avant
 
Après ces céramiques d’époque classique, nous remontons très loin dans le temps, jusqu’au Néolithique, entre 5300 et 4300 avant Jésus-Christ. Cette coupe a pu servir à la préparation d’aliments, à leur cuisson, comme à leur consommation.
 
764d3 Musée de Lavrio, bijou trouvé dans une tombe
 
764d4 Musée de Lavrio, pendentifs trouvés dans des tombes
 
Malheureusement, rien n’indique de quand date la petite croix de ma première photo, ni sa provenance. Pausanias, au deuxième siècle de notre ère, parle au passé de l’exploitation des mines, Lavrio a profondément décliné à l’époque hellénistique et la vie n’y a repris que bien plus tard. Mais comme rien dans cette partie du musée ne date de l’époque paléochrétienne, nul doute que c’est un bijou qui doit remonter quelques siècles avant Jésus-Christ. Les trois petits pendentifs de la seconde photo n’ont sans doute pas eu le même usage. Celui de gauche, en forme de sexe masculin taillé dans une pierre, était une amulette destinée à assurer la virilité ou la fécondité de celui qui le portait. Au milieu, cet ours fait dans une coquille de crustacé (un spondylus gaederopus, dit la notice, ce qui ne m’éclaire guère, ignorant que je suis) était probablement un talisman pour se protéger de l’animal. La petite hache de jaspe vert, pour le pendentif de droite, n’avait sans doute pas d’autre destination que l’ornement.
 
764d5 Musée de Lavrio, relief votif, Héraklès, vers 400
 
Ce relief votif date des environs de 400 avant Jésus-Christ. Il représente Héraklès. On voit que le héros a déjà saisi le lion de Némée par la crinière, et qu’il brandit de sa main droite un gourdin. Mais on sait que le lion ne pouvait être blessé et qu’Héraklès a dû l’étouffer en l’écrasant contre sa poitrine. Sur la droite, on voit un palmier crétois, ainsi que, à moitié cassé, un taureau symbole de la Crète.
 
764d6 Musée de Lavrio, montant d'un temple funéraire (fin
 
Cette pierre sculptée formait l’angle d’un monument funéraire de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ. On y voit une jeune esclave portant dans ses mains la pyxide où sa défunte maîtresse gardait ses bijoux. L’usage courant n’était pas de porter les cheveux courts, comme représenté ici, mais l’esclave se les est coupés en signe de deuil.
 
764d7 Musée de Lavrio, mosaïque du 5e siècle de notre è
 
Dans cette partie du musée, on trouve cette rare trace de l’époque paléochrétienne, un fragment de mosaïque de sol provenant du presbytère qui dépendait de la basilique du cinquième siècle de notre ère.
 
764e Musée de Lavrio, recherche de veine argentifère, 350
 
Avec cette pierre de 350-300 avant Jésus-Christ, nous allons faire la transition entre le musée et la mine antique. L’inscription très mutilée dit que Thymokharès a pris possession d’Artémisiakon (nom d’une mine ainsi nommée, comme d’autres, en l’honneur d’Artémis), et des bribes (le mot désignant un filon ou une veine) laissent penser que dans cette mine abandonnée on ne sait pas si une veine rentable peut être trouvée. Ce citoyen l’a prise pour y rechercher une nouvelle veine avec l’intention de la rouvrir à son profit. Le moment est donc venu pour moi de parler de cette exploitation antique. Les mines appartenaient à l’État, qui les louait à bail. Et lorsque l’on évoque les cités-États, Athènes, Thèbes, Corinthe, Sparte, etc., il convient de préciser que ces cités régnaient sur un territoire qui dépassait largement les limites de la ville, et qu’Athènes possédait toute l’Attique. Ainsi, ce Thymokharès a repris un bail abandonné par quelqu’un qui ne tirait plus de profit de cette mine. Je disais précédemment que l’exploitation de l’argent et du plomb était ici extrêmement ancienne, et au moment de la Seconde Guerre Médique, quand Thémistocle a interprété l’oracle qui disait de se protéger avec des remparts de bois comme un conseil de construire une flotte de guerre plutôt que de monter de trop fragiles (et inflammables) murs de bois, il a suggéré de financer cette flotte avec le produit de la mine d’argent de Lavrio. Outre, donc, la frappe des célèbres pièces d’argent à la chouette, le métal a été vendu, des navires ont été construits, et les Grecs ont vaincu Xerxès à Salamine en 480. Dans les années qui ont suivi, à l’époque de Périclès, les mines de Lavrio ont connu leur apogée, mais ce sont les Spartiates qui, en 413, lors de la Guerre du Péloponnèse, vont faire une incursion qui entraîne leur fermeture. Néanmoins, on va les rouvrir quelques décennies plus tard, en 355. Il n’est donc pas étonnant de trouver, dans les années qui ont suivi cette décision réclamée par Xénophon, cette pierre annonçant que l’État signe un nouveau bail. On ne sait pas si Thymokharès a eu du succès dans son entreprise, mais les mines de Lavrio ont continué à être exploitées doucement jusqu’au début de l’ère chrétienne, sans jamais retrouver leur niveau d’activité passé.
 
Lorsque j’ai parlé de l’île de Délos, le 17 août dernier, j’ai cité un passage où Plutarque parle de Nicias, richissime général et homme politique athénien contemporain de Périclès, qui a offert un gigantesque palmier d’airain à l’île sainte. Je reviens à un autre passage de ce même texte parce qu’il se rapporte à notre sujet : "On lit, dans un des dialogues de Pasiphon, que Nicias faisait tous les jours des sacrifices, qu'il avait dans sa maison un devin qu'il paraissait n'interroger que sur les affaires publiques, mais qu'il consultait le plus souvent sur ses propres affaires, et principalement sur les vastes et riches mines d'argent qu'il possédait dans le bourg de Lavrio, et dont il tirait un gros revenu, mais qu'il ne pouvait faire exploiter sans un grand danger pour les travailleurs. Il y entretenait pour cette exploitation un grand nombre d'esclaves, et sa plus grande richesse consistait dans l'argent qu'il en retirait. Aussi était-il sans cesse entouré d'une foule de gens qui lui demandaient à emprunter, et à qui il prêtait volontiers. Il donnait également, et à ceux qui pouvaient lui nuire, et à ceux que leur vertu rendait dignes de ses largesses".
 
764f1 L'Europe et les mines de Lavrio, au sud d'Athènes
 
Les mines en question ne sont pas ouvertes librement à la visite, même pour les citoyens européens qui ont payé quatre-vingts pour cent du million trois cent mille Euros qu’a coûté leur réaménagement. Mais je disais tout à l’heure que la dame qui tient le musée archéologique était une personne de valeur. Quand nous lui avons expliqué, vendredi, ce que nous faisions et le but de notre voyage, elle nous a donné son numéro de téléphone et nous a dit de l’appeler samedi, et là elle nous a annoncé que nous pouvions nous présenter à la mine dimanche matin à 10 heures… Un immense merci, Madame. Avec joie nous nous sommes rendus à une dizaine de kilomètres de Lavrio, à l’entrée où un fonctionnaire municipal nous a ouvert la grille.
 
764f2 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
On exploitait la mine à ciel ouvert, ou encore on creusait des puits verticaux ou inclinés, parfois jusqu’à plus de cent mètres de profondeur. Souvent, les galeries étaient étayées par boisage, mais parfois on sacrifiait une partie du minerai pour laisser des piliers argentifères comme soutien naturel. L’appât du gain provoquait la tentation d’attaquer un peu ces piliers naturels, ce qui risquait de provoquer un éboulement de la galerie avec des hommes emmurés vivants, aussi était-ce un délit puni de mort. Pour d’évidentes raisons de sécurité, on ne visite pas les galeries.
 
764f3 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
764f4 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
764f5 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
Mais ce que l’on peut voir en de nombreux exemplaires, ce sont de grandes citernes disséminées sur un très vaste espace. Leurs parois sont revêtues de plâtre hydrofuge pour les rendre étanches.
 
764f6 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
764f7 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
C’est en lavant le minerai dans des bassins comme ceux que l’on voit ci-dessus et avec l’eau provenant des grandes citernes que nous avons vues que l’on sépare le métal de la terre qui le contient. Les techniques permettant d’isoler dans le même minerai le plomb de l’argent font que l’on a dû abandonner tôt les filons où la proportion d’argent était trop faible.
 
764f8 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
Après avoir repris notre véhicule, nous avons vu un peu plus loin dans un sous-bois une petite église et un panneau qui semblait s’adresser au touriste de passage. Nous nous arrêtons et constatons que l’église est fermée, mais le panneau indique que là se trouvait un bassin de lavage de minerai. En effet, en cherchant un peu parce que le lieu n’a pas été entretenu, nous trouvons d’autres espaces destinés au lavage du minerai. Les mines de Lavrio ont donc occupé un espace considérable sur plusieurs sites différents et éloignés les uns des autres, et l’on peut comprendre qu’à l’époque de leur rendement maximum elles aient pu faire la richesse d’Athènes. Au total, ont été extraits dans l’Antiquité 13 millions de tonnes de minerai argentifère à 400 grammes d’argent par tonne et 20 pour cent de plomb, dont le traitement hydromécanique et métallurgique a en réalité procuré un million quatre cent mille tonnes de plomb et trois mille cinq cents tonnes d’argent. Les crassiers de la mine, non exploitables de façon rentable à cette époque, contenaient sept pour cent de plomb et seulement 140 grammes d’argent par tonne. L’École Archéologique Belge qui a procédé aux fouilles a mis au jour une ville industrielle, murailles et tours, maisons d’habitation, cimetière, infrastructures portuaires, industrie minière, le tout d’une superficie totale de 15 hectares.
 
764g1 esclaves travaillant dans les mines, 6e s. avant JC (
 
764g2 lampe de mineur antique
 
Aux alentours des débuts de l’ère chrétienne, les mines de Lavrio ferment. Définitivement en apparence. Mais en 1863, une compagnie germano-italienne décide de les rouvrir et, au moyen de procédés plus modernes, retraite les crassiers pour en extraire ce que les méthodes de l’Antiquité n’ont pu séparer. Naît un conflit avec le jeune État grec, qui conteste l’appropriation arbitraire par cette compagnie des déchets miniers antiques, et qui, en 1871, déclare la mine propriété nationale puis, en 1875, en confie l’exploitation à une compagnie française qui fait de Lavrio l’un des centres miniers métallurgiques les plus importants d’Europe. En 1930, la Grèce a vendu la mine à la société française qui l’exploitait, et qui en a poursuivi l’exploitation, désormais pour son propre compte, jusqu’en 1982. Une compagnie grecque reprend alors les mines mais les ferme complètement en 1989. Sur le site du bourg d’Agios Konstantinos, la compagnie française a été active de 1880 à 1973 et la Municipalité a repris le bâtiment qui abrite la machinerie d’ascenseur pour en faire un petit mais très intéressant musée des minéraux et de la mine.
 
On trouve d’abord dans ce musée un petit espace réservé à la mine ancienne, avec par exemple cette reproduction du décor d’un vase du sixième siècle avant Jésus-Christ appartenant au musée de Berlin, où l’on voit des esclaves au travail dans la mine. Ou encore cette petite lampe de mineur bien évidemment impossible à tenir à la main pour un éclairage individuel comme le fait la lampe sur le casque d’un mineur d’aujourd’hui, mais qui éclairait le site de travail. On peut imaginer que, même pour une clarté assez faible, on devait utiliser côte à côte plusieurs de ces lampes.
 
764g3 reprise de la mine d'argent de Lavrio au 19e siècle
 
Et l’on passe au dix-neuvième siècle. Outre des photos de dirigeants et d’ingénieurs, j’ai trouvé intéressante cette image du passé, dont la légende (en grec) dit que c’est le départ des ouvriers du grand puits de mine Serpieri I (c’est celui où nous sommes), mais sans préciser l’époque. L’habillement des mineurs semble plus moderne que ce que montrent (en France) des gravures du dix-neuvième siècle, mais en tous cas largement antérieur à la Seconde Guerre Mondiale.
 
764g4 équipement des mineurs aux 19e et 20e siècles, à L
 
Un petit espace du musée est consacré au matériel utilisé dans les derniers temps sur le site où nous sommes, soit jusqu’en 1973. Par eux-mêmes, ces objets n’ont rien d’exceptionnel, on les connaît, mais il n’est jamais indifférent de voir des outils qui ont été entre les mains d’hommes qui ont lourdement peiné en les utilisant, car le métier de mineur me semble être l’un des plus pénibles qui soient. Ayant eu la chance de ne jamais avoir eu, dans ma vie, à exercer un dur métier manuel, je ne me fonde que sur les apparences, mais elles rassemblent tant de points négatifs que je n’ai que peu de risques de me tromper.
 
764g5 Machine de la mine d'argent de Lavrio au 20e siècle
 
764g6 Machine de la mine d'argent de Lavrio au 20e siècle
 
Le musée a eu l’excellente idée de conserver à sa place la machinerie dont le rôle était de mouvoir les câbles qui, à l’extérieur du bâtiment, faisaient monter et descendre le monte-charge. Sur la plate-forme de ce monte-charge, les ouvriers descendaient pour prendre le travail ou remontaient une fois leur tâche achevée, et alternativement on y poussait les wagonnets chargés de minerai pour les monter à la surface.
 
764g7 Machine de la mine d'argent de Lavrio au 20e siècle
 
De la mine, une voie ferrée menait directement au port où les cargos embarquaient le minerai pour le transporter vers de nombreux pays d’Europe. Cette ligne, la toute première de Grèce, a été construite en 1871 par la compagnie germano-italienne qui venait de rouvrir la mine. Elle ne faisait que dix kilomètres de long. Puis elle a été étendue peu à peu par la compagnie française aux autres sites miniers de Lavrio, jusqu’à atteindre un réseau de quarante kilomètres. Aujourd’hui devenue inutile, elle a été en grande partie arrachée pour ne pas couper les routes modernes, mais il reste un tunnel, un viaduc…
764h Minéraux extraits de la mine de Lavrio, sud d'Athène
 
Et pour finir, voici quelques échantillons de minéraux. C’est la partie la plus riche de ce petit musée. On en voit de toutes sortes et de toutes couleurs, et la totalité d’entre eux proviennent du site minier où nous nous trouvons. J’imagine que le professeur de chimie qui vient ici avec ses élèves doit jubiler, parce que ces roches ne se contentent pas d’être belles et surprenantes. Elles sont aussi assorties d’une petite étiquette très artisanale mais qui donne leur nom en grec et en anglais, ainsi que leur composition et leur formule chimique. Ainsi, j’ai découvert avec étonnement que les pierres de la rangée du haut, pourtant si différentes d’aspect, sont toutes les trois des aragonites CaCO3. Sur la deuxième rangée, entre une azurite Cu3(CO3)2(OH)2 à gauche et une baryte CuSO4 à droite, se trouve la seule pierre que j’avais reconnue, c’est l’améthyste SiO2 (mais sans en connaître la formule). Et en bas, de gauche à droite, ce sont une ankérite Ca(Fe+2,Mg,Mn)(CO3)2 à la formule bien compliquée, une hématite Fe2O3 et une smithsonite ZnCO3.
 
 764i
 
Je vais arrêter là notre visite de Lavrio, de sa ville, de ses mines et de son histoire, mais je voudrais ajouter quelques mots au sujet de ces deux messieurs, Kostas Tzanis à gauche et Spyros Athanasiadis à droite. Le premier a exercé les fonctions de mineur ici avant d’aller travailler aux antipodes. Il va de temps à autre errer avec nostalgie dans les galeries, et en rapporte des minéraux qui figurent dans l’exposition. Tous deux ont la passion de cette mine et de son musée, qu’ils tiennent bénévolement. Ils n’interviennent pas trop d’eux-mêmes pour ne pas risquer d’ennuyer le visiteur (et pourtant je garantis, pour les avoir entendus, qu’il n’y a aucun risque), mais si on les questionne, ou s’ils sentent que l’on s’interroge, c’est avec enthousiasme qu’ils donnent toutes les explications nécessaires, avec clarté, de façon vivante et intéressante. Je salue donc leur dévouement et leur gentillesse en leur disant un grand MERCI, MESSIEURS.
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Published by Thierry Jamard
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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 09:42
763a1 Brauron, en grec Vravrona, parc naturel
 
 
Nous sommes ici en Attique, à une trentaine de kilomètres au sud d’Athènes, non loin de l’aéroport international. La rivière Érasinos, désormais domestiquée, coulait à travers ce site dans l’Antiquité avant de se jeter dans la mer à moins de deux kilomètres, et les paysans l’utilisaient pour irriguer leurs cultures car dans cette dernière partie de son cours elle a de l’eau toute l’année, chose rare en été dans cette chaude Attique. La vigne prédomine, mais on trouve également de nombreuses exploitations de pistachiers, d’oliviers, de figuiers. L’endroit était très marécageux, et même si aujourd’hui il est drainé il reste très intéressant pour la flore et surtout la faune qui s’y développent. Dans les eaux de l’Érasinos on trouve le vairon, un petit poisson d’eau douce en voie de disparition, le mulet, l’anguille, ainsi que la gambusie qui a été introduite pour lutter contre les moustiques qui aiment fréquenter les zones marécageuses. En effet, ce petit poisson originaire d’Amérique du Nord se nourrit de larves de moustiques, c’est pourquoi il a été importé par les pays infestés de ces insectes, surtout pour lutter contre la transmission de la malaria. Hors de l’eau, ce sont la tortue d’eau douce, la grenouille des Balkans, le crapaud vert, ou la couleuvre à collier (serpent d’eau) qui s’y multiplie en grand nombre mais sans danger pour le touriste parce qu’elle n’est pas venimeuse. De plus, parmi les 170 espèces d’oiseaux recensées, des oiseaux migrateurs font ici une pause sur leur route, le bihoreau gris et le héron crabier.
 
Le site est fort bien aménagé pour les amateurs de nature. De place en place, on rencontre des tables sur lesquelles, comme sur la photo ci-dessus, est représenté un animal, en dessin et en relief, accompagné d’un texte, hélas en langue grecque seulement, mais avec une transcription en braille pour les non voyants. En outre, on peut presser un bouton, et cela déclenche l’enregistrement du son émis par l’animal concerné, ici les coassements de la grenouille. Les haut-parleurs sont si bien dissimulés, et le son est si fidèle, que l’on croirait réellement que la grenouille est cachée là dans les herbes près du ruisseau et lorsque, sans que je la voie, Natacha a pressé le bouton correspondant à un oiseau, j’ai un moment cherché du regard la branche où pouvait bien être perché le volatile. En revanche, pas de bouton pour la couleuvre, ni pour les poissons. Pourquoi ? Ce marécage de Vravrona et ses alentours sont classés Natura 2000, réseau européen de régions protégées. C’est un "site d’importance communautaire" selon la directive 92/43 de l’Union Européenne pour la protection des biotopes. Hélas, il arrive que des inconscients viennent rejeter ici, parce que l’espace est vaste et non peuplé, donc discret, des gravats, des encombrants, des ordures. Pêche et chasse y sont interdites, mais le braconnage, la pêche clandestine, le piégeage d’oiseaux s’y pratiquent trop souvent. Enfin, quoique la rivière soit permanente, des motos et des 4x4 profitent, en été, de l’assèchement de certains espaces pour aller s’y amuser mais provoquent des dégâts considérables. Les autorités rappellent que ne pas dénoncer un délit dont on est témoin équivaut, légalement, à en être complice, mais bien peu de témoins de ces actes dramatiques pour le biotope se risquent à les dénoncer.
 
763a2 Brauron, le temple d'Artémis
 
763a3 Vravrona, le temple d'Artémis
 
Pour obtenir les vents favorables qui permettront à sa flotte de quitter Aulis où elle est rassemblée et de faire voile vers Troie afin d’y porter la guerre pour récupérer Hélène séduite par Pâris, fils de Priam le roi de Troie, Agamemnon a dû sacrifier sa fille Iphigénie. Mais il existe une tradition selon laquelle la déesse Artémis, prise de pitié, aurait substitué au dernier moment une biche sur l'autel à la place d'Iphigénie, et aurait transporté la jeune fille en Tauride, l’actuelle Crimée. La Guerre de Troie dure dix ans au terme desquels Agamemnon rentre dans son royaume, à Mycènes, où sa femme Clytemnestre l’assassine avec l’aide de son amant Égisthe. Plus tard, Oreste, le dernier fils d’Agamemnon et Clytemnestre, devenu adulte, revient venger son père en tuant sa mère et l’amant devenu roi. Dans sa tragédie d’Iphigénie en Tauride, Euripide nous dit qu’Iphigénie, avec son frère Oreste qui doit accomplir cet acte pour se libérer des conséquences morales de son double meurtre, a volé en Tauride une statue sacrée de la déesse qui l’avait sauvée du sacrifice et est allée lui fonder un sanctuaire et y déposer sa statue de culte ici, à Vravrona comme on dit en grec moderne, à Brauron comme on traduit en français. Des travaux de consolidation sont en cours sur ce temple, on ne peut y accéder, mais il est bien visible du chemin qui le contourne sur deux côtés. Par la suite, la légende veut qu’Iphigénie ait été enterrée dans ce sanctuaire, et les Grecs de l’époque classique venaient l’y honorer. Des fouilles récentes ont mis au jour plusieurs sépultures qui, outre celle d’Iphigénie, très hypothétique, pourraient être celles de prêtresses d’Artémis. Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, le toit du tombeau d’Iphigénie s’est effondré et, à la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, le site marécageux du sanctuaire, traversé par l’Erasinos, a été inondé et abandonné.
 
763b1 Musée de Vravrona (Brauron), coupes
 
Les fouilles du site ont commencé en 1946, très difficiles parce que l’eau était partout et qu’il fallait la pomper en permanence. Même ainsi assaini, le sol restait spongieux. En 1961, on a construit une grande citerne pour collecter l’eau et la diriger vers la mer sans traverser le site. Lors de la construction de la citerne, on a découvert de nombreuses coupes à boire, ce qui a fait penser à certains que là se déroulaient des repas rituels. Non loin, a été édifié un musée, surprenant dans ce site peu fréquenté par le tourisme de masse, par son ampleur et sa richesse exceptionnelle, où sont exposés les innombrables objets trouvés lors des fouilles. Il faut dire que, noyé dès l’époque classique, le sanctuaire a ainsi été protégé des pillages. C’est dans le musée que j’ai pris la photo de ces coupes.
 
763b2 Musée de Vravrona, pierres gravées, offrandes à Ar
 
Puisque nous ne pouvons nous approcher du temple et que ces coupes nous ont amenés au musée, poursuivons-en la visite. Ces intailles, c’est-à-dire ces pierres semi-précieuses gravées en creux, pour la plupart chatons de bagues, permettent d’imprimer leur sceau. Le musée présente, avec chaque pierre, non pas son empreinte encrée, qui serait à l'envers, mais une représentation graphique, ce qui permet de mieux voir et apprécier le dessin. Un lion, une tête africaine, une truie ou sans doute plutôt une laie allaitant ses petits. Les sujets sont variés, mais ceux qui ont trait à des animaux sont les plus nombreux, ce qui s’explique par le fait qu’Artémis est une déesse de la nature et de la fécondité protégeant les animaux sauvages. Mais ce serait une très grave erreur de voir dans ce faciès africain une assimilation raciste aux animaux, car dans cette civilisation grecque on est bien loin de la question qui s’est posée après la conquête de l’Amérique, dans le courant du seizième siècle, de savoir si les Indiens avaient une âme, c’est-à-dire s’ils étaient des hommes ou des animaux, bien loin aussi de l’interprétation de la Bible qui fait retomber sur les Africains, considérés comme les descendants de Canaan, fils de Cham, la malédiction de Noé, justifiant par là la traite et l’esclavage. Les Grecs réduisent en esclavage les vaincus des guerres, qu’ils soient blancs ou noirs, qu’ils soient grecs ou barbares, mais respectent à l’égal tous les hommes libres. Il convient donc de voir dans ce sujet le choix de l’exotisme, de l’originalité, sans rapport au culte d’Artémis. Ou bien peut-être comme la représentation d’un personnage qui vient d’un pays où la vie animale sauvage est plus variée, plus répandue, qu’en Attique.
 
763c1 Musée de Vravrona (Brauron), Artémis
 
763c2 Musée de Vravrona (Brauron), Artémis
 
Il n’est pas étonnant que ce sanctuaire ait fourni de nombreuses effigies d’Artémis. En voici deux. La première, une statuette de bronze forgé datant du septième siècle avant Jésus-Christ, recouvrait peut-être une forme en bois. La statue de marbre, de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, précède de peu l’enfouissement du sanctuaire sous les eaux. On y voit une Artémis à la coiffure très élaborée, dans des vêtements qui ne conviennent pas du tout à son tempérament de chasseresse, et néanmoins la courroie de son carquois lui passe en travers de la poitrine.
 
763c3 Musée de Vravrona (Brauron), Artémis et sa biche
 
Il me faut dire quelques mots du culte d’Artémis. Déesse chasseresse, déesse de la nature, elle est presque toujours accompagnée d’une biche, son animal favori (comme sur le relief votif ci-dessus, marbre de 420-410 avant Jésus-Christ), mais son culte est souvent lié à l’ours. Les deux animaux n’ont pas le même rôle dans son culte, la biche l’accompagne, l’ours la représente. Comme autrefois j’avais cherché à le démontrer dans un mémoire, je suis convaincu qu’un culte était voué chez les populations préhelléniques du lieu à un dieu zoomorphe et qu’il a été plus satisfaisant de lui donner Artémis comme successeur naturel plutôt que de le renverser et de le remplacer.
 
763c4 Musée de Brauron (Vravrona), Zeus, Léto, Apollon et
 
Par ailleurs, du fait de la colère jalouse d’Héra trompée par Zeus, sa mère Léto a longuement erré avant d’être accueillie sur l’île de Délos pour mettre au monde ses jumeaux divins, et elle est restée plusieurs jours dans les douleurs de l’accouchement parce que la déesse de la délivrance était retenue par Héra (de la même époque, 420-410 avant Jésus-Christ, ce relief votif montre Zeus assis auprès de Léto, qui est suivie de leurs deux enfants Apollon et Artémis). Aussi Artémis, née dans ces conditions difficiles, est-elle invoquée pour les enfantements, quoiqu’elle soit une vierge farouche, pourchassant impitoyablement tout homme ou tout dieu qui en voudrait à son corps.
 
763c5 Musée de Brauron (Vravrona), cinq hommes honorant Ar
 
Cela ne l’empêche pas d’agréer les hommages (chastes) des hommes, comme en témoigne cette stèle de 420 avant Jésus-Christ où cinq hommes avancent vers elle, pleins de respect. Peut-être s’agit-il des "Trésoriers des autres dieux", chargés de recenser les propriétés sacrées de la déesse, avant leur transfert sur l’Acropole. Accolé au temple d’Artémis à Brauron, un portique construit en 416 avant Jésus-Christ porte l’inscription "Parthénon des Ours", l’adjectif parthenos signifiant vierge, et un parthénon étant par conséquent un bâtiment destiné à héberger des jeunes filles, ou des prêtresses vierges. Et en effet, tous les quatre ans avaient lieu les Brauronia, cérémonie où des fillettes attiques de cinq à dix ans, vêtues de tuniques safran, célébraient Artémis et pratiquaient des rites, habillées en ourses, avec des danses sacrées. Dans sa comédie de Lysistrata, Aristophane fait dire au chœur des femmes "Dès l’âge de sept ans, j’étais arrhéphore [les arrhéphores sont les petites filles qui préparent les robes pour les Panathénées]. À dix ans, je moulais l’orge pour la déesse [le couteau qui doit sacrifier l’animal sur l’autel est placé dans un panier rempli d’orge] puis, vêtue de la crocote [tunique couleur safran des fillettes rendant un culte à Artémis], je fus ourse dans les Brauronia. Devenue une belle jeune fille, je fus canéphore [les plus belles filles étaient choisies pour être canéphores, c’est-à-dire porteuses de paniers remplis d’offrandes pour les Panathénées] et portai un collier de figues".
 
Et pour en finir avec ce culte et ses particularités, j’ajouterai la légende de Callisto parce que tout s’y trouve, Artémis, chasteté, enfantement, ours… Callisto, dont le nom, en grec, signifie "la plus belle", était une nymphe de la suite d’Artémis, vouée bien sûr à rester vierge. Mais Zeus, toujours sensible à la beauté, la vit et fut séduit. J’ai le texte des Métamorphoses d’Ovide sous les yeux, j’en traduis quelques passages (même si le latin Ovide parle de Jupiter au lieu de Zeus, de Diane au lieu d’Artémis et de Junon au lieu d’Héra) : [Callisto entra dans un bois], "elle y ôta son carquois de son épaule et détendit son arc souple, et elle était couchée sur le sol […]. Lorsque Jupiter la vit fatiguée et sans méfiance, il dit "Sûr, ma femme ignorera tout de cette infidélité […]". Aussitôt, il prend l’aspect et la tenue de Diane et dit "Ô vierge, membre de ma suite, sur quels sommets as-tu chassé ?" La vierge se lève du gazon : "Salut, divinité, dit-elle, toi qui es selon moi –il peut bien m’entendre– plus grande que Jupiter". Lui, rit en l’entendant, il s’amuse d’être préféré à lui-même et il ajoute des baisers avec trop peu de modération et comme une vierge ne doit pas en donner. […] Contre qui une jeune fille peut-elle gagner ? Qui peut gagner contre Jupiter ? Vainqueur, Jupiter remonte là-haut dans les cieux. [Callisto rejoint Diane, rougit de ce qui s’est passé mais ne dit rien. Diane s’arrête près d’un petit cours d’eau au fond des bois]. Elle dit : "Tous les témoins sont au loin, plongeons nos corps nus dans ce courant généreux". [Comme Callisto ne se déshabille pas, les autres lui enlèvent ses vêtements]. La faute apparaît avec son corps. À la jeune fille ébahie qui veut cacher son ventre de ses mains, elle dit "Va-t’en au loin, et ne souille pas ces sources sacrées". [Callisto quitte Artémis et met au monde un fils, Arcas. Mais Junon (Héra) sait fort bien qui est le père, et s’en prend à Callisto]. "Lui saisissant les cheveux de face, elle la jeta tête première sur le sol. Elle, elle tendait les bras en signe de supplication, mais ses bras commencèrent à se hérisser de poils noirs, ses mains à se recourber, à grandir en forme de griffes et à lui servir de pieds, et sa bouche que naguère Jupiter avait louée à devenir difforme en une énorme gueule. [L’ancienne chasseresse, transformée en ourse, en est réduite à fuir les chasseurs et leurs chiens et, gardant malgré tout ses réflexes humains, elle se cache, effrayée, quand elle voit des ours dans la montagne. Un jour, alors qu’il a quinze ans, Arcas va chasser et tombe nez à nez avec sa mère, qu’évidemment il ne reconnaît pas (il ne sait même pas qu’elle a été transformée en ourse), mais elle le reconnaît tout de suite et le regarde fixement]. Ne sachant rien, il eut peur et il était sur le point de lui envoyer dans le cœur un trait mortel, à elle qui voulait s’approcher davantage, mais le Tout-Puissant l’écarta [et fit d’eux deux des constellations voisines, la Grande et la Petite Ourses]. Junon enragea, une fois que sa rivale rayonna parmi les astres et elle descendit dans les flots auprès de la blanche Thétys et du vieil Océan […]. "Vous demandez pourquoi moi, la reine des dieux sur son trône céleste, je suis venue ici ? Une autre occupe le ciel à ma place. […] J’ai interdit qu’elle fût humaine, elle est devenue déesse"".
 
763d1 Musée de Brauron (Vravrona), cheval, 6e siècle avan
 
Après cette longue légende, poursuivons notre visite. Cette tête de cheval en terre date du sixième siècle avant Jésus-Christ.
 
763d2 Musée de Brauron, moule en pierre pour couteaux en b
 
Cet objet est creusé sur trois faces pour être un moule multiple où l’on coulait des couteaux de bronze. En effet, ici nous sommes revenus au début de l’âge du bronze, bien loin avant l’âge du fer, bien loin de ce sanctuaire classique d’Artémis. Car la colline de Brauron a été habitée dès le néolithique.
 
763d3 Musée de Brauron (Vravrona), paire de strigiles
 
Revenons à l’époque classique. Cette paire de strigiles en bronze est de 425-400 avant Jésus-Christ. Les strigiles servaient à racler la peau, soit après l’effort pour l’essorer de la transpiration, soit après une onction d’huile pour en ôter l’excès qui n’a pas pénétré.
 
763d4 Musée de Brauron (Vravrona), flûtes
 
Rares sont les flûtes qui ont traversé les siècles pour venir jusqu’à nous. Celle du haut était une double flûte selon le modèle dessiné, comme le prouve le nombre de trous limité à cinq, insuffisant pour en sortir toutes les notes. Celle-là, de même que les deux fragments du bas de la photo, sont de la fin du sixième siècle ou du début du cinquième et sont réalisées en os. Il est extrêmement difficile d’étudier les musiques anciennes, non seulement parce que très peu d’instruments nous sont parvenus, car si les peintures de vases en représentant sont nombreuses, elles en simplifient la représentation pour des raisons de conventions graphiques, mais en outre parce que les systèmes de notation de la musique nous sont largement obscurs et que les documents qui comportent des partitions sont peu nombreux et en mauvais état. Néanmoins, une chercheuse française, Annie Bélis, directrice de recherche au CNRS, a passé sa vie à travailler dans ce domaine et elle est parvenue à déchiffrer quelques partitions. Par ailleurs, elle a fait confectionner par un luthier des instruments strictement conformes à ce qu’ils ont dû être au quatrième siècle avant notre ère, et elle a créé en 1990 un groupe de musiciens, l’ensemble Kérylos, qui depuis cette date donne des concerts de musique grecque classique telle qu’Aristote, Démosthène ou Alexandre le Grand pouvaient l’entendre.
 
763e Musée de Brauron (Vravrona), boucle d'oreille plaqué
 
Cette boucle d’oreille plaquée or ne bénéficie que d’une datation approximative, puisqu’elle est donnée pour avoir été fabriquée entre le huitième et le cinquième siècle avant Jésus-Christ. Trouvée sur le sanctuaire du côté de la mer, elle a pu y être perdue n’importe quand, tandis que lorsque les objets proviennent d’une tombe, la datation de la tombe, beaucoup plus aisée, permet d’en dater tous les objets. Cela n’empêche pas cette boucle d’oreille, avec ses trois pendants et son sphinx, d’être joliment travaillée.
 
763f1 Musée de Brauron (Vravrona), kora
 
763f2 Musée de Brauron (Vravrona), buste en bois
 
Encore deux statuettes. La première est une korè qui date du sixième siècle, mais la notice ne dit pas de quoi elle est faite, se contentant de dire qu’elle imite les modèles de marbre… ce qui suppose que ce n’est pas du marbre. Ni date, ni matériau pour la seconde statuette, un buste de femme dont la notice se contente de décrire soigneusement les vêtements. Elle semble en bois, impression que confirment d’autres objets près d’elle, très clairement taillés dans du bois. Mais je la trouve remarquablement expressive, malgré son visage fruste (au sens premier du terme, je veux dire que les détails du visage ont été patinés par l’usure du temps).
 
763f3 Musée de Brauron (Vravrona), lion (détail de la tê
 
Et cette tête de lion que j’ai prise en gros plan est un détail d’un grand lion sur une plaque de marbre de la seconde moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ, probablement la décoration du socle sur lequel avait été érigé un monument funéraire.
 
763g1 Musée de Brauron (Vravrona), statue de garçon
 
763g2 Musée de Brauron (Vravrona), têtes de garçons
 
L’une des collections les plus remarquables de ce musée est composée de statues d’enfants ou d’adolescents, non pas dans des positions hiératiques ou officielles, mais pleines de vie. D’ailleurs, y sont associées des vitrines où sont présentés des jouets et des jeux de société datant de l’époque grecque classique. Le petit garçon de ma première photo, avec son bandeau dans les cheveux, une balle dans la main droite et un oiseau dans la main gauche, est de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, comme le sont aussi les deux têtes d’enfants de la seconde image..
 
763g3 Musée de Brauron (Vravrona), statue de petite fille
 
763g4 Musée de Brauron (Vravrona), petite fille (détail d
 
Mais dans ce sanctuaire consacré à la déesse vierge, avec son cortège de vierges et ses cérémonies où interviennent des fillettes, il est normal de trouver des représentations de petites filles. Et en effet, il y en a un grand nombre. Sur une estrade au centre d’une grande pièce, ces statues de petites filles ont été regroupées en un impressionnant régiment. Beaucoup d’entre elles sont des sculptures tout à fait remarquables. Sur la photo du haut, des alentours de 320 avant Jésus-Christ (c’est-à-dire approximativement contemporaine de la mort d’Alexandre, qui marque le début de l’époque hellénistique), cette enfant porte une longue chemise, appelée chiton, serrée haut sous la poitrine, et de sa main gauche elle tient le pan de son manteau, ou himation, pour former sur son ventre une poche où elle a mis un lapin. Son plaisir à avoir sur elle ce petit animal se lit dans son sourire. L’ensemble est d’un naturel saisissant. Quant à celle de ma seconde photo, elle semble légèrement plus âgée, pré-adolescente. Je préfère publier ici le gros plan que j’ai fait de son visage pour montrer combien elle est jolie, combien ses traits sont fins, combien la sculpture est artistique, mais ce n’est qu’un détail d’une statue en pied, comme la précédente (un peu plus récente toutefois, 300-275 avant Jésus-Christ), et celle-ci, faisant également un nid avec le pan de son vêtement, y tient un oiseau. C’est lui qu’elle regarde avec ce demi-sourire et cette attention.
 
763h1 Musée de Brauron, sacrifice d'un bœuf à Artémis
 
J’avais envie de finir mon article sur ces enfants, tant ils me plaisent. Mais parce que nous sommes dans le musée du sanctuaire d’Artémis, il est plus convenable de terminer sur sa célébration. Voici donc trois images montrant des sacrifices qui lui sont offerts. Le premier, ci-dessus, montre la déesse à droite, beaucoup plus grande que les humains qui viennent à elle. Près de sa cuisse droite apparaît la tête d’une biche, son animal favori. Elle tient dans une main la phiale, c’est-à-dire la coupe qui sert aux libations, et dans l’autre main son arc de chasseresse. La dédicace gravée dit "Aristonikè, la femme d’Antiphatès du dème de Thorai, a adressé des prières et a dédié [cette plaque] à Artémis". C’est donc toute la famille d’Antiphatès, enfants et petits-enfants, qui est là. Le couple est visiblement juste derrière le jeune homme qui amène le bœuf près de l’autel du sacrifice. On voit de très jeunes enfants, debout près des adultes ou dans les bras, et derrière la famille vient une servante qui porte sur sa tête un grand panier contenant les offrandes.
 
763h2 Musée de Vravrona, sacrifice d'un bœuf à Artémis
 
Cette fois-ci, l’inscription dit "Peisis, femme de Lycoleon, a dédié [cette plaque]". Comme précédemment, la famille de Lycoleon amène un bœuf pour le sacrifice, et l’on voit de petits enfants et une servante portant les offrandes sur sa tête dans un panier recouvert d’un tissu. Mais ici la famille est plus réduite, limitée au couple, au jeune homme qui amène le bœuf, peut-être un fils aîné, et quatre enfants sur qui veille, de face, une nurse, une nounou. Et, en face, il y a trois personnages de grande taille, trois dieux. Artémis, d’abord, tenant une torche. Derrière elle, assise, une autre déesse, qui ne peut être que sa mère Léto, et à droite c’est son frère jumeau Apollon portant une branche de palmier, l’arbre qui a abrité leur naissance.
 
763h3 Musée de Brauron, sacrifice d'une chèvre à Artémi
 
Pour cette troisième et dernière plaque, nous n’avons pas de texte gravé. La famille de dévots restera donc anonyme. De la droite, puis du milieu, Artémis est maintenant passée à gauche. Comme les électeurs qui hésitent entre Sarkozy et Hollande. Mais les dieux n’ont pas besoin de voter, ils se gouvernent eux-mêmes. Ici Artémis est assise, et sa biche fidèle la regarde avec affection. Sur les deux premières plaques, Artémis se tenait debout, et sa tête effleurait le plafond du temple, et cette fois-ci encore le plafond est juste au-dessus d’elle de sorte qu’elle ne pourrait se relever. L’empereur romain Hadrien au deuxième siècle de notre ère, se piquait d’architecture et Apollodore de Damas, l’architecte de Trajan, l’empereur précédent, s’étant moqué de lui en disant que si les statues qu’il veut placer dans les niches qu’il a dessinées veulent se redresser elles vont se cogner la tête, Hadrien n’a pas apprécié la plaisanterie et l’a fait mettre à mort. Je m’abstiendrai donc prudemment de tout commentaire sur la taille d’Artémis en relation avec la hauteur sous plafond. Face à elle, plus petit pour figurer la perspective, un jeune homme amène une chèvre dont on distingue difficilement la tête sur ma photo, derrière un enfant. Des adultes, d’autres enfants, et la traditionnelle servante portant l’énorme panier sur sa tête. On le voit, c’était un usage de consacrer ces plaques votives pour rappeler à la déesse les présents qu’on lui avait apportés et le sacrifice qu’on lui avait offert.
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Published by Thierry Jamard
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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 07:55
Les banquiers Benaki ont constitué une extraordinaire collection d’antiquités et d’art byzantin que nous avons vue les 31 mars et 2 avril derniers dans le musée installé dans leur ancien hôtel particulier, derrière le sénat, ancien palais royal. Mais ils ont également créé une collection d’art et d’histoire de l’Islam, et ce musée Bénaki islamique se trouve dans le quartier du Céramique d’Athènes. C’est là que nous nous sommes rendus aujourd’hui.
 
761a1 l'Islam vers l'an 1000
 
761a2 l'Islam vers 1300
 
761a3 l'Islam vers 1700
 
761a4 l'Islam vers 1900
 
De façon très intelligente, pour que l’on puisse apprécier l’évolution de l’art, les collections sont classées par grandes périodes et, pour relier l’histoire de l’art à l’histoire événementielle, c’est-à-dire à l’évolution de l’aire couverte par la religion et la culture islamiques, chaque section est précédée d’une carte géographique montrant l’extension des terres conquises par les Musulmans. Vers l’an mil, vers 1300, vers 1700, vers 1900. Pour apprécier l’évolution de l’art, il faut voir des objets comparables provenant des mêmes régions, mais d’époques différentes. Alors ou bien je me limite à un type d’objet, la céramique par exemple, dans deux ou trois pays seulement, ou bien je publie cent cinquante photos et cinquante pages de laïus. Et si je ne me résous pas à me limiter à ce dilemme, j’opte pour une troisième solution, tant pis pour la démonstration d’histoire de l’art, et je montre en désordre des objets qui me plaisent particulièrement. Du coup, les cartes géographiques n’ont plus le même sens, et je les regroupe pour montrer les conquêtes et les revers.
 
761a5 pays comptant au moins 30 à 50% de Musulmans
 
Et une dernière carte, qui montre de nos jours, à travers le monde, les pays où la population musulmane représente un pourcentage non négligeable, en rose plus clair entre 30 et 50 pour cent, en rose plus soutenu plus de 50 pour cent. Je découvre ainsi que le Kazakhstan et le Nigeria sont moins islamisés que je le pensais. Reste à savoir, tous pays confondus, quel est le critère retenu pour classer une personne comme musulmane. Sur sa déclaration, sur sa pratique épisodique et, peut-être, plus sociale que convaincue (je connais des "Musulmans" qui n’envisagent pas le pèlerinage de La Mecque, qui boivent de l’alcool, qui ne participent pas aux prières du vendredi, mais qui font le ramadan, incluant le jeûne du jour et les ripailles de la nuit), sur son observance stricte ? Même si le problème se pose en termes un peu différents pour les chrétiens, il y a un monde entre celui qui ne manque pas la messe dominicale ni à Noël, à l’Ascension, le 15 août, à la Toussaint, qui "fait ses Pâques", se confesse régulièrement, et d’autre part celui qui fait baptiser ses enfants parce que ça fait une réunion de famille, qui se marie à l’église pour le chic de la robe de mariée, de l’orgue, de l’apparat que l’on n’a pas à la mairie, et à qui on met une croix sur la dalle du cimetière.
 
761b1 Musée Bénaki islamique, bijoux libyens
 
Ces bijoux proviennent de la montagne libyenne. Chez les plus riches, ils sont en or, mais pour les populations pauvres des montagnes ils sont réalisés en métal doré. Quant au style, il a été influencé de divers côtés, par les voisins égyptiens et phéniciens, par les occupants romains et arabes. Mais les Berbères Touaregs, même après les conquêtes et l’islamisation, sont restés libres et indépendants. Les femmes portent leurs bijoux en toutes occasions, toute la journée, et pas seulement pour les fêtes. Les bijoux font partie de la parure quotidienne, on ne s’en défait jamais, même pour effectuer les travaux les plus durs, les plus salissants, les plus humbles. C’est aussi une manière de défense contre les risques de vol lorsque l’on abandonne ses bijoux dans un coffret sous la tente.
 
761b2 Céramique d'Egypte (10e-12e s.)
 
Avec ces assiettes de céramique, nous passons en Égypte. Les Fatimides, arrivés au dixième siècle et opposés aux califes de Bagdad, entretenaient au contraire d’excellentes relations avec les Musulmans d’Espagne, de Sicile, et avec l’Empire Byzantin. Les échanges avec ces cultures ont introduit en Égypte des éléments décoratifs qu’ils leur ont empruntés, comme dans l’assiette de gauche, qui représente un lièvre au sourire malin, mais accordé au goût islamique qui veut que la surface soit intégralement couverte par la décoration. Pour cette assiette, il est difficile d’être plus précis dans la datation qu’en la situant entre le dixième et le douzième siècles. L’assiette de droite, au contraire, est datée du onzième siècle. Les scènes de cour étaient fréquentes, représentant des personnages dressant des animaux sauvages, jouant d’un instrument ou buvant, comme ici. Les artistes fatimides ont subi l’influence de la culture gréco-romaine.
 
761b3 Manuscrits enluminés (Egypte, 10e-14e s.)
 
Ces deux photos montrent des enluminures de manuscrits égyptiens réalisées entre le dixième et le douzième siècles et provenant de la bibliothèque du Caire. Cette célèbre bibliothèque qui comptait plus d’un million de manuscrits littéraires, historiques, scientifiques, a été détruite avec ce qu’elle contenait au douzième siècle. Seuls quelques fragments ont été sauvés de ce désastre, et en voici deux exemples.
 
761b4 Filtres de cruches (Egypte, 9e-12e s.)
 
Nous sommes toujours en Égypte. Ces objets de terre cuite non vernie datés entre le neuvième et le douzième siècles sont des filtres de cruches. Étant légèrement poreux, cruche et filtre permettent une évaporation qui maintient la fraîcheur du contenu.
 
761c1 Cruche céramique (Iran,13e s.)
 
À présent, nous sommes dans l’Iran du treizième siècle, et cet objet est une cruche en forme de chat. L’émail turquoise est traditionnel du lieu et de l’époque.
 
761c2a Céramique murale (Iran, fin 12e-début 14e s.)
 
761c2b Céramique murale (Iran, fin 12e-début 14e s.)
 
761c2c Céramique murale (Iran, fin 12e-début 14e s.)
 
Le fond bleu turquoise nous indique que l’on est en Iran, comme on vient de le voir. Il s’agit d’un panneau mural de céramique, décoré d’un dessin d’une finesse remarquable, et que l’on date entre la fin du douzième siècle et le début du quatorzième. Il est curieux de constater l’influence de l’art chinois. En effet, on trouve le phénix, cet oiseau chinois mythique. D’autre part, comme on le remarque sur la première de ces trois photos, la juxtaposition de ces étoiles à huit branches détermine entre elles des espaces en forme de croix, généralement à fond turquoise uni, mais l’une de ces croix (troisième photo) représente un phénix en plein vol au milieu de feuillages, peint sur une feuille d’or, et ce dessin rappelle des décors de laques, de tapis, de porcelaines de la Chine ancienne.
 
761c3 Astrolabe en cuivre (Syrie 1328-1329)
 
Cet astrolabe de cuivre provient de Syrie et porte la date de l’an 729. Il faut comprendre cette date dans le calendrier islamique qui part de l’Hégire de Mahomet, soit l’an 1328-1329 de notre calendrier. La gravure indique aussi qu’il a été réalisé par Ahmad ibn al-Sarraj pour Muhammad al-Tannuhi. Les Grecs utilisaient déjà des astrolabes simples dans l’Antiquité (invention d’Hipparque de Nicée, 180-135 avant Jésus-Christ) permettant de repérer les étoiles d’une constellation donnée ainsi que la hauteur du soleil dans le ciel, donc l’heure du jour, mais ce sont les astronomes musulmans qui en ont inventé le développement qui le rend universel. Celui qui est présenté dans ce musée est, paraît-il, l’unique exemplaire conservé d’astrolabe universel. Je note avec curiosité, en rédigeant sous Word le brouillon de cet article, que le mot astrolabe est systématiquement souligné de rouge, ce qui signifie que Word, inculte, ignore le mot, donc l’appareil…
 
761c4 Jeu d'échecs (Egypte 14e-17e s.)
 
C’est par l’intermédiaire de la Perse que le jeu d’échecs, dont l’origine est en Inde, a pénétré le monde arabe. Parce que les échecs exigent une grande concentration et une réflexion stratégique d’anticipation du possible jeu de l’adversaire, ils faisaient partie intégrante de l’éducation dans les classes sociales supérieures. Témoignent de la grande popularité de ce jeu de nombreux traités et manuscrits enluminés. Celui-ci, avec ses incrustations d’ivoire et ses pièces en os, provient d’Égypte et est daté dans une fourchette entre le quatorzième et le dix-septième siècles.
 
761c5 Céramique de Rakka, en Syrie (13e s.)
 
Ce fragment de céramique amusant, représentant une tête d’homme, provient de Rakka et date du treizième siècle. Le musée présente un grand nombre de fragments, malheureusement trop petits pour que l’on puisse en apprécier le mouvement ou la composition.
 
761c6 Blason sur chameau (Egypte, fin 15e-début 16e s.)
 
Ce chameau provenant d’Égypte et réalisé à la fin du quinzième siècle ou au début du seizième porte sur son flanc un blason gravé. Il devait servir d’ornement à un objet métallique ou à un meuble. La fente pratiquée dans son dos servait probablement à passer un ruban de métal pour assurer ou consolider sa fixation.
 
761d1 Céramique d'Iznik (Nicée), 1565-1600
 
Ici, nous passons à une époque plus proche de nous. Dans la seconde moitié du seizième siècle, et surtout au dix-septième siècle, les commandes de la Cour ottomane ont diminué, poussant les artisans potiers à se tourner vers des marchés extérieurs, au Caire, mais aussi en Hongrie, en Moldavie, en Crimée, "colonies" de l'Empire, et même, à l’intérieur de l’Empire, vers les riches chrétiens, notamment en Grèce. L’assiette de gauche, ci-dessus, est des années 1565-1585 tandis que celle de droite date des environs de 1600.
 
761d2 ornement (Turquie), et cruche (Afghanistan), fin 16e
 
À partir du quinzième siècle, les artisans perses (la Perse correspond à l’Iran actuel) ont progressivement délaissé la technique du placage d’or ou d’argent et, en particulier du fait de l’offre d’étain de la part de l’Europe occidentale, ils ont pris l’habitude d’étamer la vaisselle, ou de travailler directement l’étain, pour éviter l’oxydation des aliments. Souvent, ils décoraient ces objets en y gravant des arabesques ainsi que des vers de célèbres poètes perses. C’est le cas de cette cruche de la fin du quinzième siècle, sur la droite. Elle provient d’Afghanistan. Cette boule, à gauche, est un simple objet décoratif du seizième siècle en provenance d’Iran. Les médaillons sont gravés d’invocations au prophète Mahomet et aux douze imams chiites. Conformément à la religion officielle de l’Iran à l’époque de la dynastie Safavide (1501-1732), ces invocations aux douze imams chiites apparaissent de façon récurrente.
 
761d3 Musée islamique, les pieds du prophète, Iznik 1706
 
L’Islam nous dit que le prophète Mahomet a effectué un miraculeux voyage nocturne de Jérusalem aux sept ciels, transporté par un animal ailé fantastique et partant d’un rocher sur lequel, en 691, a été édifié le Dôme du Rocher, qui constitue le plus ancien monument islamique. En partant, Mahomet a laissé l’empreinte de ses pieds, et c’est cette empreinte qui est représentée sur cette plaque de céramique de 1706 provenant d’Iznik, le nom moderne de Nicée.
 
761e1a casque de parade de cavalier (Turquie et Iran, 16e-1
 
761e1b Musée Bénaki islamique
 
Il était important, pour l’Empire Ottoman, de montrer sa puissance et sa richesse à travers de somptueux défilés de cavalerie, surtout depuis le seizième siècle au temps de sa splendeur, mais aussi lorsque sa puissance et son influence ont commencé à décroître avec les conquêtes coloniales des Occidentaux qui lui ont ravi des pays arabes, avec l’extension de la Russie sur des territoires musulmans, avec l’indépendance d’autres pays comme la Grèce, tandis que l’Iran parvenait, avec la dynastie Qajar qui succédait aux Safavides, à se réunifier et à préserver son indépendance. Je pense aux immenses défilés du nazisme hitlérien, à ceux de l’Union Soviétique en particulier du temps de Staline, à ceux de Mao, qui n’avaient pas d’autre but. Les riches équipements de la cavalerie ottomane étaient conservés près de l’entrée du palais de Topkapi, dans l’église byzantine de Sainte Irène. Ci-dessus, le premier de ces casques date du seizième siècle. Le second, garni de ce protège nuque en maille métallique, ne bénéficie d’aucune étiquette explicative.
 
761e2 Manche de poignard (Iran, début 19e s.)
 
761e3 Etuis de dague (Arabie, 19e s.)
 
La première de ces deux photos montre le manche en ivoire d’un poignard iranien du début du dix-neuvième siècle, finement sculpté d’un couple princier. Sur la deuxième photo, ces étuis de dague permettent d’apprécier l’art des artisans arabes des dix-neuvième ou vingtième siècles.
 
761e4 Protège chanfrein de cheval (Turquie, 17e s.)
 
      L’église de Sainte Irène, comme je le disais tout à l’heure, conservait les équipements des cavaliers pour les grands défilés. Cela incluait aussi les équipements des chevaux, étriers ciselés, selles, et comme ici des protections de chanfrein en cuivre.
 
761f1 Joaillerie style Boukhara (Iran, 19e s.)
 
Quelques exemples de la joaillerie de Boukhara au dix-neuvième siècle. Sur un fond de feuille d’or, sont fixées des turquoises, auxquelles on attribuait des propriétés magiques.
 
761f2 Miniature du Livre des Rois (Iran, 17e s.)
 
761f3 Alexandre discute avec Aristote (Shiraz, milieu 16e s
 
La première de ces miniatures orne le Livre des Rois (Shah nama, en persan), un poème épique de Firdawsi (mort vers 1025). Le poème raconte l’histoire de l’Iran à travers des événements réels ou mythiques concernant les rois de Perse depuis la création du monde, jusqu’à la conquête arabe et l’ère islamique, au septième siècle. C’est l’œuvre la plus importante de la littérature perse. Cette miniature iranienne du dix-septième siècle montre l’arrivée d’un messager porteur d’une lettre de Rustam à Saam.
 
La seconde miniature, du milieu du seizième siècle et provenant de Shiraz, représente Alexandre le Grand discutant avec le philosophe Aristote qui, comme on le sait, fut son précepteur, et avec six autres sages. Ce sujet est donc particulièrement intéressant. Cette miniature est tirée d’un autre ouvrage œuvre du poète persan Nizami (douzième siècle), le Khamsa (le Quintet), composé de cinq poèmes épiques dont l’un, le Livre d’Alexandre (Iskandar-nama), raconte les exploits mythiques de ce roi de Macédoine, conquérant du monde jusqu’à l’Indus. Pétri de culture grecque, ne s’exprimant qu’en grec (sauf lors de ses grosses colères), Alexandre s’appliquait à démontrer qu’il n’était pas un barbare soumettant la Grèce, mais un Grec unifiant la Grèce et soumettant le monde à la culture grecque. Et les portraits que nous avons de lui en sculpture nous montrent sans conteste un Européen, ce qui est normal puisque son père Philippe II était macédonien et que sa mère Olympias était épirote (nous avons vu qu’elle était de Ioannina, cf. mon blog à la date du 19 décembre 2010). Mais ici il n’est pas douteux qu’Alexandre est face aux sept sages, c’est donc lui qui a ce visage asiatique et qui porte ces vêtements orientaux. Il est significatif que dans ce livre à la gloire de la Perse et de ses héros, Alexandre n’apparaisse pas comme l’étranger venu conquérir le pays, mais comme le natif ayant annexé le reste du monde, y compris la Grèce. Juste en face de lui, c’est Aristote, mais il est intéressant aussi de noter que les sages viennent de divers pays, certains ayant un type européen, d’autres un type asiatique, et l’un d’entre eux ayant la peau noire.
 
761f4 Assiettes de Kütahya (2de moitié 18e s.)
 
Les Arméniens de Kütahya se sont spécialisés dès le seizième siècle dans le travail de la céramique, semblable à celle d’Iznik (Nicée) et lorsque les fabriques d’Iznik ont fermé, au dix-huitième siècle, cela a permis à Kütahya d’atteindre à cette époque son apogée. Dès 1718, pour la restauration de l’église du Saint Sépulcre, les céramistes arméniens se voient commander les carrelages, puis sont venues nombre d’autres commandes pour le revêtement des murs de mosquées et d’églises. Ne se limitant pas aux carreaux, les potiers ont fabriqué beaucoup d’objets domestiques d’usage quotidien, tasses à café, flacons à eau de rose, porte-plume, salières ou encore, comme sur cette photo, assiettes. Les assiettes ci-dessus datent de la seconde moitié du dix-huitième siècle et représentent des habitants de Constantinople dans leurs vêtements traditionnels. Sur les marchés de la ville, ce type de personnages typiques peints dans des assiettes ou dessinés sur papier étaient très recherchés par des acheteurs européens qui les reproduisaient dans des livres ou des revues, les lecteurs occidentaux étant très friands de cet exotisme. Cet exotisme est encore plus marqué sur l’assiette de droite, représentant un vendeur ambulant d’abats.
 
761g1 Bénaki islamique, porte Qajar (Iran, fin 19e-début
 
Cette photo montre un panneau de porte en laque avec application de sujets en plâtre de style Qajar (dynastie qui a régné sur l’Iran de 1779 à 1924), et datée de la fin du dix-neuvième siècle ou du début du vingtième, représentant des scènes de cour.
 
761g2 Panneau carrelage, scène de cour (Iran, 19e s.)
 
Détail d’un grand panneau de carrelage iranien du dix-neuvième siècle montrant des scènes de fête à la cour. Il est dit "à la cour", et non pas "au sérail". En Iran, aujourd’hui, les femmes portent la burqa. Dans ce même pays fidèle à la même religion, les femmes de ces panneaux ne cachent même pas leurs cheveux alors que rien n’indique que dans cette fête il n’y a pas d’hommes. Ce n’est pas seulement pour cela que j’ai choisi de terminer sur cette image, c’est aussi parce que je trouve le dessin plein de grâce.
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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 06:26
Malgré tout le temps où nous avons été à Athènes lors de nos divers passages entre deux voyages en province ou dans les îles, le quartier du Céramique est l’un des sites importants que nous n’avons pas encore visités. Il y a beaucoup à voir, site et musée, aussi cela a-t-il justifié deux visites, le mardi 4 et le vendredi 28 octobre. Comme son nom peut le laisser penser, le Céramique est le quartier des potiers, ceux qui ont façonné et peint les fameux vases attiques.
 
Ce lieu a d’abord été choisi, dès l’Âge du Bronze, pour y placer quelques tombes, les premières. À partir du moment où s’est éteinte la civilisation mycénienne, dans les années 1100 à 1000 avant Jésus-Christ, c’est devenu clairement, officiellement, un cimetière en évolution constante, il y a eu de plus en plus de tombes à l’époque Géométrique (de 1000 à 700), à l’époque Archaïque (de 700 à 480), et pour les plus riches on a élevé des monuments.
 
762a1a Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
762a1b Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
762a1c Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
À la suite des Guerres Médiques, Thémistocle a fait construire en 478 le mur qui porte son nom et qui enclôt la cité. Il mesure environ 6,5 kilomètres de long, il était épais de 2,5 mètres et, sur une base de pierre, il était construit en brique crue et atteignait une hauteur totale de sept ou huit mètres. Un fossé était destiné à en rendre l’accès plus difficile. Ce mur a une histoire de plus de mille ans au cours de laquelle il a subi des réparations, sans que son tracé ni ses bases soient modifiés. En 420 après les destructions dues à la Guerre du Péloponnèse, en 394 sous Conon, stratège athénien, pour réparer les dégâts causés par les Spartiates, vers 307 au moment des guerres de Macédoine.
 
762a1d Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
À cette époque, on a construit un second mur intérieur, et l’espace entre les deux a servi de chemin de ronde. En 86, Sylla entre dans Athènes par le Céramique et détruit le mur mais, comme s’instaure alors la Pax Romana, la Paix Romaine, on ne le répare pas. En revanche, en 267 de notre ère, les incursions barbares des Héruliens justifient une rénovation du vieux mur. Une dernière rénovation a lieu vers 550 sous Justinien (empereur de Byzance, 527-565). Par ce mur, le quartier du Céramique s’était trouvé coupé en deux, la partie interne étant vouée au développement urbain, la partie hors les murs n’étant plus qu’un cimetière de part et d’autre de chacune des deux routes qui la traversaient.
 
Les fouilles, commencées en 1863 et qui se poursuivent aujourd’hui, mettent au jour le niveau que nous visitons, après déblai de 8 à 9 mètres d’alluvions
 
762a2 Athènes, le Céramique (en reconstitution) IMG 8375
 
762a3 Céramique, Athènes, Dipylon
 
762a4 Céramique, Athènes, Dipylon
 
C’est au Céramique que se trouvent les deux principales portes d’Athènes. La première est la Porte Sacrée ouvrant sur la Voie Sacrée qui mène vers les Mystères d’Eleusis à une vingtaine de kilomètres (cf. mon article en date du 23 août). L’autre, le Dipylon, est la porte la plus grande et la plus majestueuse d’Athènes. C’est par là que passe la route qui mène à l’Académie où Platon avait ses disciples, c’est aussi le lieu de rassemblement de la procession des Panathénées avant de monter à l’Acropole. Ci-dessus, d’abord, une reconstitution de ce que fut le Céramique à l’époque classique. En plein centre du dessin, ce grand quadrilatère est le Pompeion, dont je vais parler dans un instant. Accolé sur sa droite, c’est le Dipylon derrière lequel part le Dromos, nom donné à la route de l’Académie. La troisième photo ci-dessus donne une idée de ce à quoi ressemblait le Dipylon, en haut vu depuis la route, en bas vu depuis la ville. La deuxième photo montre ce qui reste du Dipylon aujourd’hui. Pas grand-chose.
 
762b1 Athènes, quartier du Céramique, le Pompeion
 
762b2 Athènes, quartier du Céramique, côté du Pompeion
 
J’ai évoqué tout à l’heure le Pompeion. Le voilà. Avec ses 70 mètres sur 30, il a été construit aux alentours de 400 avant Jésus-Christ, détruit en 86 avant Jésus-Christ par les Romains lors d’une incursion dans Athènes, puis sur ses ruines ont été reconstruits des bâtiments au deuxième siècle de notre ère, puis une autre fois vers 400. Le peuple s’y réunissait pour les fêtes publiques, mais c’est aussi là que l‘on stockait le matériel nécessaire pour la célébration des Panathénées ainsi que les offrandes, et sa cour centrale bordée de portiques voyait les participants se rassembler, se préparer et se mettre en ordre pour la procession. Mais ces Panathénées n’ayant lieu que tous les quatre ans, le bâtiment avait aussi, entre temps, un autre usage. Il semble qu’il ait servi de gymnase, c’est-à-dire de lieu destiné à la fois au sport et à l’étude, puisque l’on sait que le sport fait partie intégrante de la formation. Ainsi les salles ouvrant sur le portique de la cour centrale servaient les unes de vestiaires, d’autres de salles de sport, de salles de bains, de salles de réunion, de salles de conférences, de bibliothèques, etc. C’est pour ces raisons culturelles que, nous disent les auteurs anciens qui l’ont décrit, s’y trouvait une statue en bronze de Socrate, œuvre de l’illustre Lysippe, ainsi que des peintures représentant Isocrate et des poètes comiques. Diogène, paraît-il, quittait son tonneau pour fréquenter le Pompeion.
 
762b3 Céramique, Athènes, la rivière Eridanos
 
La rivière qui traversait Athènes est l’Éridanos. Aujourd’hui, ce n’est guère qu’un étroit fossé à sec. Sur le dessin de reconstitution de l’ancien Céramique, que j’ai montré plus haut, c’est cette rivière qui est représentée en sombre sur le flanc gauche du Pompeion. Elle passait sous cette arche de la photo ci-dessus et sortait de la ville à côté de la Porte Sacrée, puis longeait la Voie Sacrée. Le dessin montre assez bien, malgré sa petite taille, le mur de Thémistocle, la rivière et la porte, ainsi que la Voie Sacrée beaucoup plus étroite que le Dromos.
 
762c1 Athènes, cimetière du Céramique, le Dromos
 
Ressortons de la ville. On voit ici le Dromos qui, en 1600 mètres, menait à l’Académie de Platon. C’était une voie qui revêtait un caractère très officiel parce que sur ses rives étaient enterrés les Athéniens qui s'étaient illustrés, sur le plan politique, militaire ou autre. Parmi eux, Périclès, Thrasybule, Clisthène, Lycurgue… Au début du Dromos, une place carrée de quarante mètres de côté permettait aux Athéniens de se rassembler pour célébrer leurs morts avec jeux funèbres et beaux discours. C’est là que Périclès, en 430 avant Jésus-Christ, prononça sa célèbre oraison funèbre sur le premier soldat mort de la Guerre du Péloponnèse. Jusqu’à présent, les fouilles n’ont mis au jour que la rive ouest de la route.
 
762c2 soldats lacédémoniens trouvés au Céramique
 
Le long de ce Dromos se trouvait, entre autres monuments, celui que les Athéniens avaient élevé aux Lacédémoniens tombés en 403 avant Jésus-Christ, époque à laquelle Thrasybule avait œuvré pour rétablir la démocratie contre les oligarques. Or en 1914-1915, des soldats creusant une tranchée dans ce secteur ont mis au jour, par hasard, les squelettes qui ont pu être identifiés avec certitude comme appartenant à des officiers Lacédémoniens tombés en combattant aux côtés de Thrasybule pour mettre un terme au pouvoir des Trente Tyrans. Une plaque de marbre indique le nom de deux d’entre eux, Chairon et Thibrachos, qui sont par ailleurs connus parce que cités par Xénophon. Un troisième a été identifié avec une quasi certitude comme étant celui du champion olympique Lakratès. Ma photo, bien sûr, n’est que la copie de la photo qui apparaît sur une plaque posée à cet endroit du Céramique.
 
762c3 Athènes, cimetière du Céramique, rue des Tombes
 
762c4 Athènes, cimetière du Céramique, rue des Tombes
 
762c5 Athènes, cimetière du Céramique
 
Mais c’est le long de la Voie Sacrée que se pressent les tombes les plus nombreuses, de personnages certes moins célèbres, mais elles sont pour un grand nombre d’entre elles en bon état et ornées de façon intéressante. Je me contente d’en montrer deux ici. Les belles sculptures qui ornaient ces tombes ont été transportées au musée situé sur le site même et remplacées in situ par des copies. C’est le cas pour le taureau de ma seconde photo ci-dessus, dont l’original, objet de ma troisième photo, est au musée.
 
762d1 Athènes, Céramique, tombe d'Ampharètè et son peti
 
Passons donc au musée. Partout, nous avons vu des stèles funéraires, je me limiterai donc à en montrer une seule ici datée de 430-420 avant Jésus-Christ, trouvée près de la Voie Sacrée, qui porte une inscription touchante. C’est une grand-mère et sa petite-fille ou son petit-fils, seule la représentation pourrait aider à déterminer le sexe de l’enfant (mais j’avoue, même en observant l’image avec attention, rester dans le doute) parce que pour les bébés il n’y a ni masculin ni féminin, la langue grecque utilise le genre neutre, ce qui fait que le texte gravé n’est d’aucun secours dans ce domaine. D’une part, sur la corniche on a le nom de la défunte, Ampharètè, et d’autre part sur l’épistyle est gravée une épigramme qui dit "Je porte ici l’enfant chéri de ma fille, que j’ai porté sur mes genoux quand nous étions vivantes et voyions la lumière du soleil, et maintenant, morte, je le porte mort".
 
762d2 Athènes, Céramique, près de la Porte Sacrée
 
Près de la Porte Sacrée se trouvait une tombe ornée de ce beau lion archaïque daté 590-580 avant Jésus-Christ.
 
762e1 Athènes, Céramique, guerriers et lion
 
762e2 Athènes, Céramique, guerrier retenant des chevaux
 
762e3 Jeune fille sur un char traîné par des cerfs
 
Ce musée nous montre encore une multitude de céramiques, mais la créativité des Grecs est telle que l’on est toujours surpris par des sujets nouveaux, traités de façon originale et esthétique. En voici trois. Sur la première photo, on voit ce que la légende du musée appelle un trépied de céramique (moi je compte quatre pieds, mais ils ont dû être comptés par des économistes grecs, dont on sait qu’ils ne sont pas très bons en calcul). Des guerriers y affrontent des lions (740-730 avant Jésus-Christ). La coupe de la seconde photo est un tout petit peu plus ancienne, 750-740, et représente un guerrier retenant deux chevaux. Ce qui est remarquable, c’est qu’il ne s’agit pas de dessins involontairement naïfs, mais de véritables stylisations du sujet. En revanche, en s’avançant jusqu’en 430-420 avant Jésus-Christ, soit en pleine époque grecque classique, plus de trois siècles plus tard, la cruche à figures rouges de la dernière photo adopte un trait réaliste sur un sujet de fantaisie, une jeune fille montée sur un char traîné par des cerfs.
 
762e4 Athènes, Céramique, scène... intime
 
Dans l’Antiquité, qu’elle soit grecque ou, plus tard, romaine, l’on n’avait pas au corps la relation qui a été introduite par le christianisme. La nudité était naturelle. Les athlètes grecs étaient nus lors de l’entraînement et des compétitions. Il en découle une autre approche de l’usage qui est fait du corps dans l’hygiène et dans la sexualité. Les vestiaires étaient situés à l’entrée des thermes et l’on allait nu du bain chaud au bain froid, du bain de vapeur à la salle de sport ou de massage. Les latrines publiques, à Rome, consistaient en une série de trous dans un banc de pierre et elles se transformaient en salon où l’on cause avec son voisin dans cette situation totalement naturelle. Et c’est ainsi que les scènes sexuelles sur les poteries, les fresques ou en sculpture pouvaient relever de l’érotisme mais jamais de la pornographie, car le concept même de pornographie n’existait pas. Je publie cette photo d’un vase des alentours de 440 avant Jésus-Christ parce que je trouve cela amusant, et surtout parce que cela me donne l’occasion de parler de ce sujet important pour comprendre la mentalité et la vie des hommes et des femmes de l’Antiquité, mais cela m’horripile de voir dans les boutiques de souvenirs des cartes postales ne représentant que ce genre de scènes, des statuettes ithyphalliques, des livres traduits dans toutes les langues sur la sexualité à Rome ou à Athènes, parce que cela donne au touriste de passage, qui en a une interprétation moderne, une image totalement fausse au sujet de ces cochons de Grecs qui ne pensaient qu’à "ça".
 
762e5 Athènes, Céramique, poterie attique blanche
 
Les vases à fond blanc sont beaucoup plus rares que les vases à figures noires ou à figures rouges (les seconds ayant succédé aux premiers). Ils sont le propre d’une petite production de l’Attique, en parallèle avec les vases à figures rouges, ou avec la transition des figures noires aux figures rouges. Parmi les deux que je présente ci-dessus, celui de droite est plus ancien (500-490 avant Jésus-Christ) que celui de gauche (450-400 avant Jésus-Christ).
 
762f1 Athènes, musée du Céramique, table de jeu avec qua
 
La photo ci-dessus montre une table de jeu miniature, extrêmement restaurée puisque les parties plus claires, largement majoritaires, sont l’ajout moderne pour faire tenir ensemble les rares fragments anciens. Aux quatre angles se trouvent des figurines de pleureuses. Devant la table, est présenté un dé, qui a été trouvé auprès d’elle, et l’on voit qu’il est en tous points comparable à un dé d’aujourd’hui. L’ensemble provient d’une tombe de 500 avant Jésus-Christ.
 
762f2 Athènes, musée du Céramique, bijoux en or
 
Ces bijoux sont beaucoup plus récents puisqu’ils sont d’époque hellénistique, du second siècle avant Jésus-Christ. La paire de boucles d’oreilles du premier plan est finement travaillée. Au second plan il s’agit aussi d’une boucle d’oreille dont la jumelle est perdue. Elle est ornée d’une perle de cornaline.
 
762f3 Athènes, musée du Céramique, semelles de sandales
 
Ces semelles de sandales en cuir datent de 375-350 avant Jésus-Christ. Sur le pourtour étaient fixés des crochets de bronze auxquels on attachait les lacets.
 
762g1 Athènes, musée du Céramique, boîte et figurine de
 
Cette petite figurine de plomb, au fond d’une boîte en plomb également, remonte à 420-410 avant Jésus-Christ. Une inscription donne des noms d’adversaires au tribunal, puis "ainsi que toute autre personne qui serait un co-accusé ou un témoin en leur faveur". Je me demande s’il ne s’agissait pas de jeter un sort à ces adversaires.
 
762g2 Plaque d'argent représentant Astarté
 
762g3 Athènes, musée du Céramique, pendentif amulette re
 
Ces deux plaques sont en argent. La première représente Astarté, cette déesse du proche Orient invoquée pour la fécondité dont le nom serait, selon certains, à l’origine de celui d’Aphrodite par déformation, et date du cinquième siècle avant Jésus-Christ. La seconde plaque porte un anneau, elle était destinée à être portée en pendentif comme amulette. Elle date de 380-370 avant Jésus-Christ et représente Aphrodite en Étoile du Soir (autrement dit notre planète Vénus) au milieu des étoiles, avec l’Amour qui volette au-dessus d’elle.
 
Un peu partout en Grèce et ailleurs, ce sont les tombes qui ont le mieux protégé les objets de l’Antiquité, celles du moins qui n’ont pas été violées pour y dérober les objets précieux ou pour profaner la mémoire des morts en châtiment des vivants. On comprend alors pourquoi une grande nécropole comme le cimetière du Céramique, utilisé depuis les temps mycéniens jusqu’à l’époque impériale romaine et même encore à l’époque paléochrétienne, peut receler des trésors couvrant une longue période de plus de deux mille ans. Voilà pourquoi ce musée est si passionnant.
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 20:32
760a1 départ de Milos
 
760a2 départ de Milos
 
760a3 en mer
 
Nous avons quitté Milos en début d’après-midi. L’île a la forme d’un anneau avec une ouverture relativement étroite, et le port d’Adamas est à l’intérieur de l’anneau, sur la côte à l’est. Nous longeons donc assez longtemps la côte avant de sortir vers la haute mer. On voit ces originaux garages à bateaux, en ligne au pied de la colline, puis la rangée de bâtiments qui escaladent le Kastro jusqu’à l’église au sommet. Ensuite, parce que la mer était noire et se soulevait en prismes brillants comme de l’acier, je me suis amusé à faire la troisième photo.
 
760b île de Sifnos, Kamares
 
Le ferry aborde au port de Kamares, une petite localité au bord d’une grande plage de sable, et une pléthore de bars et restaurants. Il y a bien un camping, mais son entrée officielle passe sous une arche étroite et basse. Les campeurs viennent ici avec une tente, sans voiture et encore moins de camping-car, nous dit-on. Il y a bien, un peu plus loin, un portail, mais puisque personne ne l’emprunte les ouvriers venus faire des travaux ont choisi cet endroit pour faire déverser le camion de sable destiné à faire leur ciment. Mais, juste en face de l’arche de l’entrée, le parking est vaste, et nous pourrons utiliser tous les sanitaires du camping autant que nous voudrons pour la somme que nous voulons, mais un Euro par jour sera très bien, nous dit-on… Nous sommes plus près des douches que si nous étions au fond du camping, et sauf lorsque nous sommes en camping sauvage jamais nous n’avons payé si peu cher !
 
760c1 Apollonia (île de Sifnos), église de la Vierge Port
 
760c2 Apollonia (île de Sifnos), église de la Vierge Port
 
L’île a été habitée depuis des temps très anciens, mais avec de curieuses éclipses. Sur une colline (où aujourd’hui s’élève une église dédiée à Saint André), dans le sud de l’île, à mi-distance de la côte est et de la côte ouest, les Mycéniens ont construit au treizième siècle avant Jésus-Christ une acropole fortifiée. Et puis dans la première moitié du douzième siècle les traces d’un habitat disparaissent, l’endroit est abandonné. Après un long sommeil, des maisons apparaissent au début de la seconde moitié du huitième siècle avant Jésus-Christ et la muraille qui, semble-t-il, était encore en assez bon état, subit les nécessaires réparations, mais à la fin de ce même huitième siècle les maisons sont abandonnées. Le lieu est de nouveau habité à l’époque classique jusqu’à la jonction entre le cinquième et le quatrième siècles. Il apparaît donc que chaque fois que la colline de Saint André a été habitée, cela n’a duré que quelques dizaines d’années. Curieux. Nous ne nous y sommes pas rendus. En revanche, nous sommes allés plusieurs fois à Apollonia, la capitale de l’île, dans les terres mais plutôt à l’est, alors que le port est sur la côte ouest de l’île. L’église ci-dessus, située dans Apollonia, est dédiée à la Panagia Ouranophora (la Vierge qui porte le Ciel). Je ne connaissais pas ce qualificatif. Ce que je connais, c’est "Porte du Ciel" (Ave, Maris Stella, Dei mater alma, atque semper virgo, felix cœli porta, cantique latin qui signifie Salut, Étoile de la Mer, mère nourricière de Dieu, et toujours vierge, heureuse porte du ciel). Au-dessus du portail on voit saint Georges à gauche et une Vierge à l’Enfant à droite.
 
760c3 Apollonia (île de Sifnos)
 
760c4 Apollonia (île de Sifnos), églie des Taxiarques, 16
 
En Grèce, je l’ai déjà souvent dit et montré, les églises fleurissent dans le paysage comme les pâquerettes dans le gazon au printemps. Il y en a partout. Mais à Apollonia, je crois que la densité de la ville en églises, grandes, belles, imposantes, bat des records. Ci-dessus, la cathédrale et l’église des Taxiarques (datée 1650).
 
760c5 Apollonia (île de Sifnos)
 
760c6 Apollonia (île de Sifnos)
 
760c7 Apollonia (île de Sifnos)
 
La place centrale d’Apollonia est traditionnelle des Cyclades, ce qui constitue une originalité, mais parmi les Cyclades Sifnos a sa propre personnalité dès que l’on s’éloigne un peu du centre. Notamment, le bleu des huisseries est généralement plus clair que dans les autres îles. Ci-dessus, la première photo montre un curieux et bien dangereux escalier d’accès à la terrasse, constitué de pierres saillantes du mur, fort peu saillantes, et très espacées. Sur la deuxième photo, cette porte bleu clair et, à côté, cet escalier métallique en colimaçon peint en vert, s’harmonisent très bien. Dès que je les ai vus j’ai eu envie de les photographier. Le décor est tout simple mais intéressant. Quant à la troisième photo, elle montre que nous sommes bien en Grèce. Puisque le pays, îles et continent, n’est que montagnes, si l’on trouve une ville sans escaliers c’est que l’on n’est pas en Grèce. J’exagère, bien sûr, mais les villes sans escaliers sont quand même peu nombreuses. Et ici, cette rue a un cachet qui lui est propre.
 
760d1 Vue du Kastro de l'île de Sifnos
 
760d2 Vue du Kastro de l'île de Sifnos
 
Nous nous sommes aussi rendus au Kastro, situé tout à l’est, et qui surplombe d’un côté les collines environnantes et cette petite église, et de l’autre, de très haut, la mer avec ce promontoire et sa chapelle. C’est à l’époque géométrique, au huitième siècle, simultanément avec le premier renouveau de Saint André, que ce Kastro voit construire ses premières maisons. Mais ici la vie ne connaîtra pas d’interruptions.
 
760d3 Vieux rempart du kastro de Sifnos (Cyclade de l'ouest
 
On peut voir, lorsqu’on suit le chemin de ronde, une assez longue portion de la muraille qui enserrait la ville dans l’Antiquité et qui a été assez solide pour parvenir assez haute jusqu’à nous, au prix de réparations mineures.
 
760d4 Kastro de l'île de Sifnos
 
760d5 Kastro de l'île de Sifnos
 
Ici encore, on voit des maisons bien originales, comme sur la première photo où, pour accéder à la porte arrière, côté jardin, on doit passer par un chemin si étroit par endroits que l’on ne pourrait s'y arrêter en posant les deux pieds l’un à côté de l’autre, et bien sûr à gauche il y a un mur et à droite c’est le vide… Sur la façade de la maison de ma deuxième photo a été installé un lavoir. Il est plus distrayant de laver son linge en discutant avec les voisines, et de se tenir au courant de qui passe dans la rue.
 
760d6 Kastro de l'île de Sifnos
 
760d7 Kastro de l'île de Sifnos
 
760d8 Kastro de l'île de Sifnos
 
Encore quelques vues de ce Kastro si beau et si original tout à la fois. Parmi nos diverses visites dans les Cyclades, nous avons vu des îles plus riches d’antiquités (Délos, Kéa, Naxos entre autres), des îles où la nature était plus surprenante (le volcan de Santorin, les roches blanches de Milos), mais j’ai particulièrement aimé la forte personnalité de Sifnos et le charme de ses rues.
 
760e1 dans une rue du Kastro de l'île de Sifnos
 
760e2 Kastro de l'île de Sifnos,sur le mur d'une maison
 
En plusieurs endroits, dans les rues du Kastro, des sarcophages anciens ont été déposés, à titre d’ornement je suppose. Celui de ma photo ci-dessus comporte à la base un trou qui laisse penser qu’il a été transformé en vasque de fontaine à une certaine époque. Et je voudrais finir notre petite visite avec cette plaque amusante scellée dans le mur d’une maison. En haut, entre un K et un B (dans l’alphabet grec moderne c’est un "Vita", lettre V) il y a un 5 plus petit, et des signes qui n’appartiennent pas à l’alphabet grec et que je suis incapable de déchiffrer. Sur le côté gauche, une date, 1819, alors que cette plaque de marbre semble beaucoup plus ancienne. En-dessous, je lis "Ioannou". Pour attraper un oiseau perché sur une colonne, un chat ou un petit chien, je ne sais, renverse la colonne.
 
760f1 Kamares (Sifnos), Ristorante italiano da Claudio
 
760f2 Kamares (île de Sifnos), devant chez Da Claudio
 
Je n’ajouterai rien à notre plaisante visite de cette île, mais je voudrais faire mention du moment agréable que nous avons passé en dînant, au port de Kamares, au restaurant pizzeria Da Claudio (ce n’est certes pas typiquement grec, mais nous qui vivons en Grèce depuis près d’un an ne sommes pas tenus de nous limiter aux spécialités locales). Nous avons assez longuement discuté avec les patrons, avec l’équipe, des gens sympathiques, ouverts et pleins d’humour, comme en témoigne le panonceau qu’ils ont posé devant leur terrasse pour éviter que les voitures ne bouchent la vue de leurs clients. Et comme nous y avons bien mangé pour un prix très raisonnable, ils méritent qu’on les mentionne. D’ailleurs, les choses sont claires : sur une grande ardoise, dans la rue, ils annoncent en langue italienne "On ne peut bien penser, bien aimer, bien dormir si l’on n’a pas bien mangé".
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 19:44
759a1 Phyropotamos
 
759a2 Phyropotamos
 
759a3 Phyropotamos
 
Dans mon dernier article, je parlais des musées et sites antiques de l’île de Milos. Aujourd’hui, ce seront les sites naturels et les mines. Commençons par la bourgade de Phyropotamos qui se love entre les grosses roches blanches et la mer.
 
759b1 Mandrakia
 
759b2 Mandrakia
 
Un peu partout sur la côte, la montagne tombe directement dans la mer. Les garages à bateaux sont alors directement creusés dans la roche, ils sont troglodytes. Ici, ce village est Mandrakia.
 
759c1a île de Milos, Voudia, embarquement du minerai
 
759c1b île de Milos, Voudia, exploitation de bentonite
 
Mais venons-en aux mines, qui sont la première activité de Milos. Cette île d’origine volcanique (le volcanisme y a commencé il y a 3,5 millions d’années et la dernière éruption a eu lieu il y a environ 90 000 ans) recèle dans son sous-sol toutes sortes de minéraux utiles à l’industrie dans de nombreux domaines. Aussi l’île est-elle éventrée pour en extraire les richesses que l’on exporte ensuite vers le continent, en Grèce et dans bien d’autres pays. Nous sommes allés voir quelques unes de ces mines à ciel ouvert, comme (ci-dessus) celle de Voudia.
 
759c2a île de Milos, mine d'Agrilies
 
759c2b île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Passons à la mine d’Agrilies, une exploitation gigantesque à ciel ouvert de plusieurs minéraux différents. Lorsque j’étais au Chili, on disait que Chuquicamata était la plus grande mine à ciel ouvert, et ici on dit que c’est Agrilies. Ou bien, en vingt-cinq ans, la mine chilienne a été surpassée, ou bien c’est la plus grande pour le cuivre, et ici c’est pour plusieurs minéraux différents. Je ne dispose d’indications ni pour la surface, ni pour la profondeur.
 
759c2c île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2d île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2e île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Le plus surprenant, ici, outre l’immensité de l’excavation, c’est précisément cette variété des minéraux qui donne au sol des couleurs différentes, et très prononcées. J’ai même cru que l’on célébrait la France, bleu, blanc, rouge, mais les bandes sont horizontales, il faudrait me coucher sur le flanc droit pour les voir verticales dans le bon ordre. Pour un Néerlandais, il suffit de faire le poirier. Mais sur les deux pieds, je ne connais pas.
 
759c2f île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2g île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Sur la photo du haut, on se rend compte de l’ampleur de cette mine multicolore, avec ses lacs artificiels. C’est impressionnant et cela possède une certaine beauté, mais on ne peut oublier que cela a détruit le paysage naturel. On n’exploite plus l’un des versants, ce qui nous a permis de cheminer sur l’une des terrasses pour prendre les photos d’en face.
 
759c3a île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3b île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
Plus loin, c’est Palioremma, une mine de soufre abandonnée. Elle a été exploitée de 1862 à 1958, mais depuis on a trouvé des méthodes moins coûteuses pour se procurer du soufre. Ces ouvertures maçonnées dans le mur de roche, je me demande si ce ne seraient pas, par hasard, des pièces troglodytiques où les ouvriers de la mine pouvaient loger. Il n’y a personne, sur place, à qui poser la question.
 
759c3c île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
Aux abords de la mine, la roche est par endroits teintée de taches jaunes, et au sol les cailloux sont souvent jaunes. Il reste donc bien des traces de soufre. Nous n’avons pas pénétré dans la mine elle-même, où les parois sont dangereuses, mais là où nous étions, quand on ramasse ces petits cailloux on se rend compte qu’ils sont seulement recouverts d’une fine couche de soufre. Sans doute est-ce ce qui a coulé des camions qui le transportaient. Je n’ai pas passé ma journée à quatre pattes, mais je n’ai guère trouvé, en quelques minutes, que deux ou trois cristaux de soufre.
 
759c3d île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3e île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3f île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
La mine elle-même, avec ses installations abandonnées, se trouve au bord de la mer. Ces ruines sont affreuses au milieu d’un paysage grandiose. Mais je sais bien que les finances publiques de la Grèce ne lui permettent pas actuellement d’investir dans une réhabilitation du paysage, là où l’accès à la mer est trop difficile pour que les touristes puissent affluer avec leur argent.
 
759d1 marais salants sur l'île de Milos
 
759d2 marais salants sur l'île de Milos
 
Autre ressource de l’île de Milos, le sel. En effet, la côte près du port d’Adamas est plate et inondable par la mer, elle se prête donc bien à l’installation de ces marais salants. Et cela a l’avantage de ne pas massacrer le paysage.
 
759e1 île de Milos (Cyclade), musée de la mine
 
À la sortie d’Adamas en direction du camping, nous passons à chaque fois devant ce musée de la mine. Après avoir visité ces sites miniers, nous pensons qu’un petit tour dans ce musée peut être instructif. Sur le trottoir, devant l’entrée, il y a déjà quelques vieilles machines et wagonnets, mais on peut supposer qu’à l’intérieur il y a plus et mieux. Et en effet, nous n’avons pas été déçus, loin de là.
 
759e2 île de Milos (Cyclade), musée de la mine
 
Au rez-de-chaussée est retracée la vie dans la mine, dans le passé et aujourd’hui, vêtements, accessoires, matériels. D’autres machines, comme celles de l’extérieur, complètent la présentation.
 
759e3 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, poisson f
 
759e4 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, obsidienn
 
759e5 île de Milos, musée de la mine, tuf volcanique (lav
 
759e6 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, divers mi
 
Ce qui est montré à l’étage est plus technique, mais présenté de façon très pédagogique, de sorte que c’est, en fait, plus intéressant. Il y a d’abord des échantillons de roches et de minerais. Ci-dessus, la première photo montre un poisson fossile, car les laves ont coulé sur la mer là où, près de la côte, elle était peu profonde, et en se pétrifiant ces laves ont renfermé des animaux marins. Sur la seconde on voit des lames d’obsidienne formées par un magma acide et épais, au pléistocène inférieur (entre 2,5 millions d’années et sept cent quatre-vingt mille ans). C’est une roche vitrifiée contenant presque 70% de dioxyde de silicium, le composant de l’améthyste et du quartz, à quoi s’ajoutent des oxydes de fer, de manganèse et quelques autres oxydes. Du fait de l’excellent tranchant des arêtes d’éclats d’obsidienne, ce minéral a été très utilisé au néolithique comme pointes de flèches ou comme lames, exporté parfois très loin des lieux d’extraction. La troisième photo montre un bloc de tuf volcanique, cendre de l’éruption pétrifiée. Sur la table de la quatrième photo sont présentés divers minéraux parmi lesquels il n’est pas nécessaire d’être un grand spécialiste pour reconnaître le soufre, d’un jaune si vif.
 
759e7 île de Milos, musée de la mine, perlite utilisée c
 
759e8 île de Milos, musée de la mine, un usage de la perl
 
L’île fournit un grand nombre de minéraux et, pour chacun d’entre eux, une ou deux vitrines expliquent comment on les traite et à quoi on les utilise. Je ne montre ici qu’un exemple concernant la perlite, un matériau produit par le refroidissement brutal, au contact de la mer, de la lave qui emprisonne de l’eau dans sa masse, ce qui lui donne l’aptitude physique à l’expansion lorsqu’elle est portée à une température comprise entre 800 et 950 degrés. L’eau emprisonnée s’évapore alors, et la perlite augmente de 10 à 20 fois son volume, sa densité diminuant d’autant. On obtient alors des granulés blancs très légers. Dans l’exemple ci-dessus, elle est utilisée pour fabriquer des filtres alimentaires (bière, huile, vin) ou pour des plantations (seule ou, pour les cultures de bouturage, mélangée à du terreau et de la vermiculite, autre minéral).
 
759e9 Milos, Musée de la mine, restauration du paysage apr
 
Je disais tout à l’heure les dégâts causés à la nature par l’exploitation des mines et les images que j’ai présentées ici montrent des spectacles grandioses, certes, mais massacrés. Or, dans ce musée, une compagnie minière, S&B Industrial Minerals S.A., occupe les panneaux d’une salle pour dire que, depuis 25 ans, elle se soucie de l’environnement. L’image ci-dessus qu’elle présente sur l’un des panneaux montre l’état de la mine de Chivadolimni à la fin de son exploitation puis après réhabilitation des sols. Il est expliqué que l’on ne trace que les voies d’accès strictement nécessaires, et leur tracé est conçu pour pouvoir s’intégrer par la suite au réseau existant, l’exploitation est menée dans la direction où l’accès est le moins dommageable pour l’écologie et l’esthétique, la terre arable est stockée à part pour être utilisée en fin d’exploitation, les autres déblais servent à remblayer d’autres puits de mines, et la mine actuelle au fur et à mesure de la progression. En fin d’exploitation on remodèle le paysage dans la mesure du possible, on procède aux travaux anti-érosion, on trace des fossés de drainage, on replace en surface la terre arable, on y plante des arbres, des arbustes, une couverture de sol adaptée à la région, on construit les clôtures nécessaires pour protéger le site pendant la période de reprise de la vie, et l’entreprise assure l’irrigation et l’entretien pendant une période minimum de trois à cinq ans. Si c’est vrai (mais est-ce vrai ?) les écologistes doivent supplier cette entreprise d’ouvrir des mines partout pour que le monde soit plus beau. Mais soyons sérieux. Ceux qui s’opposent au nucléaire s’indignent de la caricature qui veut qu’on remplace les centrales nucléaires par le pédalage domestique, ils ne veulent pas de l’énergie éolienne qui produit des ondes nocives et trouble les ondes de télévision, et comme dans bien des pays le soleil ne tape pas suffisamment fort ni assez souvent pour tout alimenter, il va bien falloir rouvrir des mines de charbon quand on sera au bout des ressources mondiales de pétrole.
 
759f1 Sur Milo (une Cyclade de l'ouest)
 
759f2 Sur Milo (une Cyclade de l'ouest)
 
Revenons à la nature naturelle, après la nature créée par l’homme. Si ces chèvres ne sont pas transgéniques, je suis content de les voir en liberté essayer de trouver leur nourriture dans ce paysage plutôt sec. Quand je dis en liberté, cela signifie non seulement que le champ est vaste et qu’elles ne sont pas entravées, mais aussi qu’il n’y a pas de clôture et que, d’ailleurs, quelques unes divaguent sur la route. À la différence des hérissons de Jean Giraudoux qui, dans Électre si je me souviens bien, trouvent toujours plus séduisante la hérissonne qui est de l’autre côté de la route ("Il y a des époques où tous les cent pas vous trouvez un hérisson mort. Ils traversent les routes la nuit, par dizaines, hérissons et hérissonnes qu’ils sont, et ils se font écraser... Vous me direz qu’ils sont idiots, qu’ils pouvaient trouver leur mâle ou leur femelle de ce côté-ci de l’accotement. Je n’y peux rien : l’amour pour les hérissons consiste d’abord à franchir une route..."), quand les chèvres choisissent le bitume elles n’y recherchent apparemment personne, elles s’y couchent ou y restent immobiles. C’est ainsi, mais je le disais aussi, simple prétexte, parce que j’avais envie de citer ce petit passage de Giraudoux que j’adore.
 
759g1 Paysage de l'île de Milo (Cyclade)
 
759g2 Paysage de l'île de Milo (Cyclade)
 
La campagne est belle sur Milos, mais la mer est partout et elle est très belle aussi. Le vent et les vagues ont érodé ces roches pour leur donner des formes extravagantes et avec un peu de vent la mer saute en gerbes d’écume. Ce n’est pas aussi spectaculaire que sur la Côte Sauvage de Quiberon (entre autres. Soyons un peu chauvin), mais c’est superbe.
 
759h1 île de Milos, Sarakiniko
 
Mais le plus extraordinaire, à mon avis (à notre avis à tous les deux), c’est Sarakiniko. Rien que sur cette image, ce mur blanc immaculé rayé de deux bandes marron clair qui se détache sur un ciel bleu limpide, c’est déjà peu commun.
 
759h2 île de Milos, Sarakiniko
 
759h3 île de Milos, Sarakiniko
 
Mais en fait on se trouve dans un paysage tout blanc. Rien de commun avec Étretat ou les falaises de Douvres, ni avec la Portada à Antofagasta (Chili), qui sont des sédiments calcaires, coquillages et arêtes de poissons morts, qui se sont déposés et accumulés pendant des millions d’années jusqu’à ce que la mer baisse de niveau ou que la terre monte, ici au contraire ce sont des roches volcaniques qui ont été crachées, c’est du kaolin très pur, qui broyé finement sert à opacifier et blanchir le papier, et que l’on utilise aussi pour faire du ciment blanc. Heureusement, l’industrie minière ne s’est pas (pas encore…) attaquée à ce site si touristique. Sur ma deuxième photo ci-dessus, on croirait presque qu’il s’agit d’un chemin allant à la plage entre deux dunes de sable. Mais non, le sol ici est bien dur, et les "murs" aussi.
 
759h4a île de Milos, Sarakiniko
 
759h4b île de Milos, Sarakiniko
 
En un endroit de ce très vaste site, la muraille blanche est percée de plusieurs trous. Si l’on s’approche, on se rend compte que l’on peut y pénétrer et que plusieurs galeries, assez courtes, ont été creusées perpendiculairement à la falaise, s’enfonçant sous la colline (la première photo a été prise de l’entrée de l’une de ces galeries en direction du fond), tandis qu’elles sont reliées entre elles par une longue galerie parallèle à la façade (seconde photo). Je n’y ai pas vu de niches ayant pu abriter des corps, ce ne semble donc pas être un cimetière antique, il ne s’y trouve pas de chambres, on n’a donc pas dû y habiter, la forme des couloirs est bien régulière et assez espacée, cela ne donne pas l’impression d’être une ancienne mine de kaolin, je ne comprends pas pourquoi cela a été creusé.
 
759h5 île de Milos, Sarakiniko
 
759h6 île de Milos, Sarakiniko
 
759h7 île de Milos, Sarakiniko
 
Ce site de Sarakiniko est si beau, il est si surprenant, que je ne peux m’empêcher d’en montrer encore trois photos. Je ne peux parler de paysages lunaires, parce que jusqu’à nouvelle information il n’y a pas la mer sur notre satellite, et parce que, n’étant ni Tintin ni Aldrin, je n’y suis pas allé voir pour faire des comparaisons. Mais outre les formes que la mer a sculptées, on peut voir, sur ma troisième photo, l’ampleur du site tout blanc, des baigneurs permettant d’imaginer l’échelle. À mon avis, s’il y a un lieu que le visiteur des Cyclades ne doit manquer sous aucun prétexte, c’est bien celui-là.
 
759i Milos, coucher de soleil près d'Adamantas
 
Partout, mais peut-être plus encore en Grèce qu’ailleurs, les couchers de soleil sont un spectacle somptueux. Mais après Sarakiniko, c’est presque banal… Tant pis, cette photo me servira quand même d’au revoir à l’île de Milos.
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 17:00

758a1 le ferry Aqua Jewel (Nel Lines) entre Folegandros et

 

Cette fois-ci, nous nous sommes embarqués sur le ferry Aqua Jewel, de la compagnie NEL Lines. Une vieille connaissance, qui nous avait emmenés, en août, de Syros à Kea. Nous avons quitté Folegandros pour nous rendre à Milos.

 

758a2 Lieu de découverte de la Vénus de Milo

 

Il s’agit de cette île, Milos en grec moderne mais que l’on a coutume d’appeler du nom ancien Milo en français, d’où provient la grande statue qui est actuellement au Louvre (non pas volée, mais légalement achetée. Une fois n’est pas coutume). Ici est signalé l’endroit de cette exceptionnelle découverte. La sculpture est antérieure à la romanisation du pays, et ce sont les Romains qui ont, les premiers, cherché des similitudes entre leurs dieux et les dieux des Grecs, et qui ont assimilé Jupiter à Zeus, Minerve à Athéna, etc. Et aussi Vénus à Aphrodite, cette Vénus dont la linguistique démontre de façon évidente que son nom était neutre à l’origine, une déesse de la fertilité de la terre, rien de commun avec Aphrodite qui a toujours été très féminine. Encore au dix-neuvième siècle, quand Leconte de Lisle traduit Homère, il "traduit" aussi les noms grecs des dieux en leur "équivalent" latin. Et l’on continue à lire aujourd’hui dans les guides et dans divers ouvrages "Héphaïstos ou Vulcain", "Arès ou Mars", "Héra ou Junon", les deux dieux du couple étant considérés comme ne faisant qu’un. Mais que, sur leur panneau, en Grèce, les Grecs disent "Lieu de découverte de la statue de l’Aphrodite de Milo" en langue grecque (caractères jaunes), et traduisent en anglais (caractères blancs) "site de la découverte de Vénus de Milo", cela c’est lamentable. Même si la coutume veut que nous, Français, appelions la statue par le nom que lui a donné l’ambassadeur de France à Istanbul quand il l’a achetée et donnée au Louvre, nom qu’a affiché le Louvre devant elle, je pense que les Grecs, dans leur pays, ne doivent pas se soumettre une seconde fois au joug romain.

 

Derrière le théâtre (que nous allons voir dans un instant), un paysan retourne son champ pour y trouver des pierres destinées à construire sa maison, en ce 8 avril 1820, où l’île est encore ottomane. Des pierres, une grotte (en fait, l’une des tribunes du stade), et dans la grotte une demi-statue de marbre et deux hermès. Or un navire français en mission cartographique attendait en rade de Milos les vents favorables et au moment de la découverte l’élève officier de marine Voutier se promenait par là. Il demande au paysan de lui réserver cette statue, informe à bord l’enseigne de vaisseau Dumont-d’Urville chargé d’histoire naturelle et de cartographie, lequel écrit au vice-consul de France à Milo, qui fait son rapport au consul général à Smyrne, qui fait son rapport au marquis de Rivière, ambassadeur de France à Constantinople. L’ambassadeur dépêche alors sur les lieux un secrétaire d’ambassade, le comte de Marcellus. Celui-ci arrive alors que le paysan a remis la statue à un prêtre mandaté par Nicolas Mourouzi, prince de Moldavie et interprète de l’armée turque. Il semble, d’après les rapports de Voutier, que la statue avait ses bras quand elle a été découverte, et d’après Marcellus elle ne les avait plus quand il l’a trouvée déjà embarquée sur un bateau. Les tractations ont été longues et difficiles, mais enfin le comte de Marcellus a pu prendre possession de la magnifique statue au nom de l’ambassadeur Rivière, qui en a fait cadeau au roi Louis XVIII afin qu’elle soit exposée au Louvre.

 

758a3 Milo, murs antiques

 

Presque en face de l’endroit de découverte de l’Aphrodite de Milos (hé oui, pas la Vénus de Milo, j’insiste lourdement) se dressent encore quelques vestiges des puissants remparts qui protégeaient la cité dans l’Antiquité.

 

758b1 Milo, chemin d'accès au théâtre antique

 

Et puis on suit encore sur quelques centaines de mètres un sentier bordé d’un mur de soutènement du terrain qui a été antique mais visiblement bien souvent réparé par la suite.

 

758b2 Milos, le théâtre antique

 

758b3 Milos, mur du théâtre antique

 

On arrive alors au théâtre. Comme presque tous les théâtres grecs, il est adossé à la colline, les gradins suivant la pente naturelle, ce qui évite d’avoir à construire des murs qui, pour être suffisamment solides, doivent être très épais. Toutefois, sur le côté, la colline a été creusée pour créer un chemin d’accès, et la coupe verticale dans la colline est garnie d’un beau mur de moellons réguliers (seconde photo). Le théâtre est en travaux. Je ne sais s’il va seulement être restauré ou si, pour lui donner un usage de nos jours, il va être reconstruit, ce que je ne souhaite pas parce que les belles pierres neuves bien blanches et brillantes que l’on ajoute sont dix fois plus nombreuses que les pierres antiques, ce qui constitue certes un beau théâtre, mais fait disparaître l’œuvre antique. On restaure des fresques de Giotto, on ne se permettrait pas de les repeindre, mais on respecte moins les vieilles pierres. Je m’emporte, alors que l’on va peut-être simplement remettre en place ce qui est tombé, sans dénaturer le théâtre antique… Du fait des travaux en cours, des panneaux interdisent l’accès, peut-être pour des raisons de sécurité, peut-être parce que l’on pense que le sol recèle encore des statues, des monnaies, diverses antiquités et que l’on se méfie des amateurs. Mais il est plus de dix-huit heures et le dernier ouvrier est parti depuis longtemps (dans ce pays chaud, on commence le travail tôt le matin pour ne pas trop souffrir de la chaleur, et l’on est donc libre plus tôt), mes intentions sont tout à fait honnêtes et si je trouvais quelque chose je n’y toucherais pas, et je ne m’approche pas des endroits d’où une pierre pourrait s’effondrer. Personne ne me voit, j’entre dans ce lieu interdit. Chut, ne le répétez à personne, cela doit rester entre nous.

 

758b4 Milos, élément du théâtre antique

 

Au sol, reposent de nombreux blocs de pierre superbement sculptés. Les archéologues doivent avoir une idée de la partie architecturale d’où ils proviennent. Ci-dessus, le détail de l’un d’entre eux. Un travail d’une finesse incroyable et, par chance, conservé en parfait état.

 

758c1 île de Milos (Cyclades), Plaka

 

Assez grande avec un peu plus de 150 kilomètres carrés, l’île de Milos comporte plusieurs agglomérations assez importantes dont Adamas, celle du port. Celle-ci, c’est Plaka, plus au nord. Nous nous y rendons plusieurs fois, parce qu’on doit la traverser pour aller au théâtre, aux catacombes (dont je vais parler tout à l’heure), parce qu’il s’y trouve le musée archéologique (dont je vais également parler).

 

758c2 Milos, en montant vers l'église du kastro

 

758c3 Milos, en montant vers l'église du kastro

 

758c4 Milos, le kastro

 

758c5 île de Milos, Plaka vue d'en haut

 

Le bourg de Plaka est dominé par son kastro. Évidemment, nous y sommes montés pour contempler le panorama (quatrième photo). En chemin nous avons traversé un hameau qui a l’originalité d’avoir peint en bleu cycladique le sol de sa rue. Les Cyclades, c’est blanc et bleu, mais il y a habituellement plus de blanc que de bleu. L’effet est intéressant.

 

758d1 Musée archéologique de Milos

 

Mais redescendons pour jeter un coup d’œil au musée archéologique, installé dans un beau bâtiment. Il contient nombre de très belles pièces, mais là encore, comme au musée archéologique (historique) de Santorin, il ne faut pas prendre trop de photos, il ne faut pas approcher l’appareil photo d’objets pourtant protégés par une vitre épaisse, on est surveillé sans utilité puisque même si l’on a de mauvaises intentions les vitres protègent les collections et rien n’échappe à l’œil des caméras. Il est vrai que ce ne sont pas de vulgaires sardines à l’huile (cf. Jacques Prévert : "Poissons morts protégés par les boîtes / boîtes protégées par les vitres / vitres protégées par les flics / flics protégés par la crainte / que de barricades pour six malheureuses sardines...").

 

758d2 Musée de Milos

 

Disposés selon une muséographie archaïque, bien des objets sont cependant très intéressants, comme ce petit taureau de terre cuite datant de la fin de l’helladique IIIC ( qui s’étend de 1190 à 1060 avant Jésus-Christ) que je montre de face et de trois-quarts dos.

 

758d3 Musée de Milos

 

J’aime beaucoup aussi cette amusante figurine d’homme datant de la même période. Pour ceux qui, par ailleurs, imaginent l’art de cette période très reculée comme nécessairement imparfait, cette statuette est un bon démenti. En effet, si nul soit-on en sculpture, on ne peut pas ne pas se rendre compte que la proportion entre buste et jambes n’est pas réaliste. Il y a donc un travail artistique très abouti, au contraire, une recherche esthétique telle qu’elle a été reprise au vingtième siècle de notre ère, avec peut-être (je devrais plutôt dire "sans doute") une signification philosophique ou métaphysique.

 

758d4 Musée de Milos, Aphrodite et Eros

 

Puisque nous sommes dans l’île de "la Vénus de Milo", je ne peux manquer de montrer une statuette représentant Aphrodite qui retient de la main son vêtement qui tombe. Elle a près d’elle un petit Éros, son fils. Il s’agit de toute évidence d’une statuette votive.

 

758d5 Musée de Milos, prêtre de Dionysos (2nd s. après J

 

Le niveau de définition de ma photo réduite ne donnera pas aux hellénistes le plaisir de déchiffrer eux-mêmes l’inscription gravée sur la base de cet hermès. Qui, d’ailleurs, n’est pas réellement ce que l’on appelle un hermès, fondu dans sa base depuis le torse, et généralement nu, avec des organes génitaux bien apparents sur ce qui n’est déjà plus le corps. L’inscription nous informe que cet homme est Marios Trophimos, prêtre de Dionysos. Si le nom est bien grec, le prénom est clairement une hellénisation du latin Marius. En effet, cette statue date du deuxième siècle après Jésus-Christ, soit quelque trois cents ans après la conquête romaine.

 

758d6 Musée de Milos, suite de Dionysos avec satyre et Sil

 

Puisque j’ai évoqué Dionysos au sujet de son prêtre, voici une plaque d’époque hellénistique (de la mort d’Alexandre le Grand en 323 à celle de Cléopâtre en 30 avant Jésus-Christ) qui représente le cortège de ce dieu, avec en tête un satyre, puis un Silène entre deux hommes, et une femme qui ferme la marche.

 

758d7 Musée de Milos, figurine hellénistique en terre cui

 

Également d’époque hellénistique cette statuette de femme, malheureusement acéphale, mais à l’élégant drapé qu’elle retient de la main, et qui a conservé une bonne part de ses couleurs vives. C’est sur cette image que nous allons quitter le musée archéologique.

 

758e Klima, sur l'île de Milos (Cyclades)

 

À quelques kilomètres de là, une ruelle très étroite descend vers la mer. Là, coincées entre la colline et la mer, s’alignent de typiques maisons de pêcheurs aux huisseries de couleurs vives qui brillent sur les murs blancs. Ces maisons ont vraiment les pieds dans l’eau, et leur garage, dont la porte ouvre sur la façade, héberge un bateau, non une voiture. Cette bourgade, c’est Klima. Dans le musée, parce que je ne fais pas ici œuvre d’archéologue, je ne signale pas à chaque fois d’où vient tel ou tel objet, car pour qui ne connaît pas à fond l’île, le nom d’un lieudit ne signifie rien. Mais ici, je peux dire que c’est de Klima que provenait la jolie petite Aphrodite que j’ai montrée tout à l’heure.

 

758f1 île de Milos, catacombe

 

758f2 île de Milos, catacombe

 

Tout à l’heure, j’ai évoqué des catacombes. Nous y voici. La visite est limitée à quelques personnes à la fois. Pendant que nous attendons notre tour, je vois ici, en extérieur, quelques traces de tombes. Ces catacombes, dans leur ensemble, ont été utilisées du milieu du premier siècle de notre ère jusqu’au sixième siècle.

 

758f3 île de Milos, catacombes

 

758f4 île de Milos, catacombes

 

758f5 île de Milos, catacombes

 

Plusieurs galeries ont été percées, bordées de tombes. On peut y voir divers types de tombes, voûtées en arches, ou horizontales dans le mur, ou encore creusées dans le sol. Certaines sont des chambres hébergeant plusieurs sépultures de membres d’une même famille.

 

758f6 île de Milos, catacombe

 

758f7 île de Milos, catacombe

 

758f8 île de Milos, catacombe

 

Pour terminer cette visite, voici quelques exemples de tombes en voûte. Sur la première de ces photos, on voit un seul caveau creusé sous la voûte dans le mur. Les voûtes juxtaposées de la deuxième photo, plus profondes, hébergent chacune plusieurs tombes. Enfin, comme le montre la troisième photo, parfois le mur comporte plusieurs tombes superposées.

 

Si j’arrête là cet article, ce n’est pas parce que nous quittons Milos. En effet, nous avons vu sur ces trois jours tant de choses que je préfère les partager en deux articles, non pas chronologiques, mais thématiques. Ici, c’étaient plutôt les constructions et les œuvres de l’homme, tandis que mon prochain article portera sur des sites naturels à couper le souffle, et aussi sur les mines qui sont une exploitation humaine de sites naturels. Certes, cette classification a quelque chose d’un peu arbitraire, mais, pour moi, elle me permet de mieux ranger dans les petites cases de ma mémoire tout ce que j’ai vu sur cette île.

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 16:33
757f1 Folegandros, la ville et l'église de la Panagia757a1 vue sur Santorin
 
757a2 vue sur Santorin (Oia)
 
Nous avons quitté la belle Santorin pour visiter Folegandros, une Cyclade que je n’avais pas programmée a priori mais qui nous a été recommandée par plusieurs personnes, et au moment où j’écris ces lignes, après l’avoir visitée, je ne suis pas déçu, loin de là. Mais d’abord, ces deux vues de Thera, l’île principale du volcan de Santorin, d’abord la côte après avoir quitté le port, et ensuite l’agglomération d’Oia.
 
757a3 arrivée à Ios
 
757a4 le port d'Ios
 
Notre ferry fait d’abord une escale sur l’île d’Ios. Le paysage semble valoir une promenade, mais on ne peut pas tout voir, tant pis, nous ferons l’impasse sur cette île. Le ferry embarque quelques voitures, ce gros semi-remorque, et repart.
 
757a5 en quittant Sikinos
 
Il en ira de même pour l’île de Sikinos. Nous zappons. Son paysage, vu du port, ressemble à celui d’Ios. Et nous voilà partis pour Folegandros.
 
757b1 Folegandros au bord de la falaise
 
757b2 Folegandros au bord de la falaise
 
Ça commence mal. Je n’ai pas été capable de prendre en photo ce que je voulais montrer. Pour se garantir des invasions, qu’il s’agisse des pirates qui pillent les îles, font des prisonniers pour vendre les hommes comme esclaves, les femmes dans les harems, et massacrent le reste des populations, ou qu’il s’agisse des colonisateurs désirant accroître leurs possessions, les habitants de Folegandros ont, comme ailleurs, privilégié les sommets de falaises pour bâtir leurs villes et villages, mais en outre, ici, la ligne de maisons la plus proche du bord de la falaise constitue une défense supplémentaire, avec un mur épais dépourvu de toute ouverture. Les maisons, soudées les unes aux autres, servent de rempart pour le cas où l’ennemi serait parvenu à se hisser au sommet de la falaise, pourtant haute et verticale.
 
757b3 sur l'île de Folegandros
 
757b4 sur l'île de Folegandros
 
La plupart des paysages de Folegandros sont arides. Par endroits, là où l’on peut trouver de la terre arable, des terrasses ont été aménagées pour retenir l’eau autant que possible.
 
757b5 sur l'île de Folegandros
 
757b6 sur l'île de Folegandros
 
757b7 sur l'île de Folegandros
 
Ailleurs, c’est la roche, une végétation pauvre et sèche. On ne rencontre pas de fermes, car il ne peut y avoir ni culture, ni élevage, même près de la mer. Certes c’est dur pour les habitants, mais pour le visiteur c’est grandiose et dépaysant. Seules, ici ou là, surgissent des églises toutes blanches au milieu de nulle part. La troisième photo est prise sur la route qui va, en quelques kilomètres, du port à la capitale.
 
757c1 végétation sur l'île de Folegandros
 
757c2 végétation sur l'île de Folegandros
 
Voilà le genre de plantes que l’on trouve lorsque la roche n’est pas nue. Comme on le voit, ce n’est pas la Beauce…
 
757d1 Folegandros, une Cyclade
 
757d2 Folegandros, une Cyclade
 
757d3 Folegandros, une Cyclade
 
Le village est extrêmement sympathique. Face à l’église, la place ombragée étale ses tables de café ou de restaurant selon l’heure. Je me suis amusé à prendre un panoramique de la ligne de maisons alternant, sur les murs blancs, les portes et fenêtres vertes ou bleues.
 
757d4 Folegandros, une Cyclade
 
757d5 Folegandros, une Cyclade
 
Comme partout dans les Cyclades, les maisons sont blanchies à la chaux, le bleu prédomine pour les huisseries, il y a des escaliers dans les rues que des constructions enjambent. Mais ici le style est particulier, je ne peux pas dire que je me crois dans le Kastro de Naxos ou dans le cœur de Syros. Peut-être parce que la ville est construite sur un terrain plus plat, mais surtout parce que l’architecture des maisons est propre à Folegandros, ce sont comme des lignes d’immeubles sur deux niveaux, avec accès à l’étage supérieur par un escalier extérieur.
 
757d6 Folegandros, une Cyclade
 
757d7 Folegandros, une Cyclade
 
La ville a encore plus de cachet lorsque l’on se trouve dans une rue étroite, où les escaliers, à droite et à gauche, resserrent le passage ou, alternés, font zigzaguer le tracé. Parce qu’il fait chaud, comme n’importe quel touriste je suis en T-shirt, mais heureusement pour mon propre coup d’œil sur Folegandros il n’y a pas d’autres touristes (ou très peu), ce qui permet de préserver aux lieux leur cachet authentique.
 
757e Folegandros, une Cyclade
 
Même cette grande porte de hangar, là où les rues débouchent sur une place avec son église, ne parvient pas à rompre le charme de la promenade. Oui, décidément, ceux qui nous ont conseillé cette escale à Folegandros ont eu bien raison. Au premier rang d’entre eux, Eleni (Hélène), la patronne du camping, avec qui nous entretenons des relations amicales et à qui j’avais montré mon projet de visites sans cette île. Non seulement elle nous a conseillé de l’ajouter, mais aussi elle nous a signalé qu’en cette saison les vents, à l’est de la mer Égée, pouvaient devenir violents et qu’il valait mieux commencer par les îles orientales et tourner dans le sens des aiguilles d’une montre que l’inverse, qui était mon projet initial. Deux judicieux conseils que nous avons suivis.
 
757f1 Folegandros, la ville et l'église de la Panagia
 
Et puis il y a, là-haut au-dessus du bourg, accessible par un petit chemin tout zigzaguant, bien aménagé, la grande église de la Panagia.
 
757f2 Folegandros, vers l'église de la Panagia
 
Nous avons donc entrepris cette ascension. En chemin nous avons rencontré cet âne qui, lorsque nous sommes arrivés, tentait de trouver quelque chose à manger, mais en nous voyant il a fait ce grand geste de la tête. Ne parlant pas le grec, et encore moins celui des ânes, je n’ai pu lui demander s’il nous faisait signe "c’est par là, braves gens", ou s’il voulait manifester "je ne veux pas voir de touristes sur mon chemin". Sympa ou non, je ne saurais le dire.
 
757f3 Folegandros, l'église de la Panagia
 
757f4 Folegandros, l'église de la Panagia
 
Comme on peut le voir, l’architecture de cette église est complexe, mais elle est belle et imposante. Sur le flanc, un escalier aussi blanc que les murs permet de monter sur le toit. Ce que, bêtement, je n’ai pas manqué de faire. De là-haut, finalement, la vue n’est pas bien différente de ce qu’elle est du parvis. De l’un comme de l’autre endroits, elle est vaste et superbe.
 
757f5 Folegandros, l'église de la Panagia
 
Sur la base du clocher est fixée cette plaque de marbre. La Panagia à laquelle est dédiée l’église, cela veut dire "la Toute Sainte", c’est-à-dire la Vierge. Comme l’Église catholique, l’Église orthodoxe croit à la virginité de Marie dans la conception de Jésus, mais dans l’usage on ne l’appelle pas "Parthenos" (Vierge, en grec), mais Panagia. Quoi qu’il en soit, cette plaque célèbre donc la patronne de l’église.
 
757f6 Folegandros, l'église de la Panagia
 
757f7 Folegandros, l'église de la Panagia
 
Puisque j’en suis à la sculpture, revenons du clocher au portail sous le portique. Ci-dessus, on voit son entablement. Et en haut, du côté gauche le soleil fait face à la lune, du côté droit. Sous son crépi blanc, je ne sais comment est construite l’église, avec quel type de pierre, mais le tour du portail est en beau marbre blanc.
 
757g1 Folegandros, clocher de l'église de la Panagia
 
La photo ci-dessus montre la base du clocher, qui est détaché du corps de l’église. On peut voir l’appareillage irrégulier des pierres sur la face non crépie. Sans doute l’église est-elle construite de la même façon. On remarque qu’une sculpture antique, représentant un citoyen romain en toge, a été insérée dans la maçonnerie.
 
757g2 Folegandros, clocher de l'église de la Panagia
 
Le clocher ne manque pas d’élégance. Mais il est gravement fissuré. J’y ai repéré un témoin qui a été placé pour savoir si la fissure évoluait. Cela veut dire que des spécialistes s’en soucient. Ils s’y connaissent, pas moi, mais je crains bien que, même si la fissure est stabilisée parce que le sol ne s’affaisse pas de façon irrégulière sous le poids de l’édifice, le clocher ne s’écroule le jour où il y aura un tremblement de terre de quelque importance. Parce que nous sommes dans une zone sismique, les plaques bougent, et il est certain qu’il y aura une secousse un de ces jours.
 
757h Folegandros, en quittant l'église de la Panagia
 
Je vais en finir avec notre visite de Folegandros en montrant ce beau ciel du soir, photographié au moment où nous allons redescendre vers le village blanc. Nous sommes arrivés à Folegandros le 22 vers midi, le ferry accoste le 23 à 18h45 pour nous emmener vers Milos. Notre séjour ici aura été très bref parce qu’inséré après coup, comme je l’explique plus haut, dans un programme déjà établi, mais il nous aura permis de voir une île très différente des autres, à la forte personnalité, attachante et belle.
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 16:05

756a1 Arrivée de notre ferry à Naxos pour aller à Santor

 

L’une des Cyclades les plus célèbres est sans doute Santorin. Chez les géologues pour l’exceptionnelle violence du phénomène qui l’a modelée, chez les archéologues et les historiens pour les conséquences matérielles et humaines que ce phénomène a entraînées, chez les touristes pour l’incroyable beauté que tout cela a engendrée. Aussi, malgré tout le plaisir que nous prenons à visiter Naxos, ses richesses culturelles et ses paysages splendides, à nous plonger dans son atmosphère sympathique, nous sommes très impatients de découvrir Santorin. Voilà le ferry qui arrive pour nous embarquer.

 

756a2 Santorin, Thera

 

756a3a Santorin, Thera

 

Je parlerai plus loin du phénomène géologique, de la catastrophe naturelle très ancienne qui a fait de Santorin ce qu’elle est, et je préfère commencer par en montrer quelques vues. En fait, ces fragments du volcan ancien constituent plusieurs îles, et la plus grande d’entre elles, sur laquelle est située la capitale, s’appelle Thera. Lorsque le ferry approche du port, nous longeons la côte pendant un moment, et pouvons apprécier les lacets de la route qui monte vers la ville. Il va nous falloir, dans quelques minutes, les escalader avec le camping-car. Impressionnante, cette ville blanche si haut perchée.

 

756a3b Santorini, par Lykourgos Kogevinas (1887-1940)

 

Nous allons voir si vraiment Santorin ressemble à ce qui est représenté sur ce tableau du peintre Lykourgos Kogevinas (1887-1940), à une époque où les vagues de touristes étaient loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui.

 

756a4 le port de Santorin

 

Le port profite d’une anfractuosité peu profonde et étroite, d’un tirant d'eau médiocre, pour accueillir les ferries mais ne peut héberger de marina. Ce n’est pas l’endroit le plus intéressant de Thera. On peut cependant y remarquer quelques façades plaquées sur des aménagements rupestres.

 

756a5a coucher de soleil sur Santorin

 

756a5b coucher de soleil sur Santorin

 

Mais vu d’en haut, c’est tout différent, surtout au moment féerique du coucher de soleil. À cette heure-là, la foule se presse contre le parapet des rues tracées au flanc de la falaise, et les appareils photo crépitent.

 

756a6a Santorini de nuit

 

756a6b Santorini de nuit

 

Même après le coucher de soleil, la ville est belle à voir dans la nuit avec aussi, dans la rade, les bateaux de croisière illuminés. Chaque jour il y en a de nouveaux. La plupart d’entre eux, paraît-il, viennent de Barcelone qui organise tout au long de l’année des croisières en Méditerranée à des prix largement variables selon l’époque et qui permettent aux classes moyennes, en basse saison, de s’offrir ce luxe. À terre, dans les rues, on croise des foules de Japonais qui, nous a-t-on dit, ne viennent pas du Japon, mais de Londres qui organise pour les résidents japonais au Royaume-Uni des vols charters à destination de Santorin. Mais face au spectacle qui s’offre à nous, nous oublions ces considérations de voyagistes et de tour operators pour nous remplir les yeux des splendeurs naturelles.

 

756a7a Santorini de nuit

 

756a7b Santorini de nuit

 

Quittant la rue qui longe la falaise, nous nous enfonçons dans les ruelles. Autant la vue de loin vers la ville est belle, autant les rues qui surplombent la mer et les rues avoisinantes sont devenues des ghettos pour touristes. Rien de cycladique, rien de grec, rien de typique, mais pressés les uns contre les autres des glaciers, des bars, des tavernes, des bijouteries, des boutiques de vêtements, de souvenirs, de T-shirts "J’aime Santorin", "Zeus veille sur toi" et "Je suis seule et disponible". Mais dès que l’on s’éloigne un peu, la ville est déserte et redevient authentique. Ruelles enjambées par les bâtiments, murs d’un blanc immaculé, multiples églises éclairées.

 

756b1 téléférique à Santorin

 

756b2 téléférique à Santorin

 

Le port n’est pas relié à la ville exclusivement par la route en lacets. Il y a aussi un téléférique, cher mais plus rapide, et qui offre une vue intéressante en direction de la mer. Du fait des fortes réflexions sur sa vitre, je n’ai pas été capable de prendre une photo correcte pour montrer le paysage. Alors je me contente d’une photo de la grande roue autour de laquelle glisse le câble qui tracte les cabines.

 

756b3 Santorin, les ânes taxis

 

Et puis il y a aussi un troisième moyen de transport, qui emprunte un chemin très direct, avec des escaliers, ce sont les ânes taxis. Nous n’en avons pas fait usage, mais c’est à l’évidence sympathique et amusant, en même temps qu’efficace. La relation avec l’animal est plus chaleureuse que la relation avec le siège du téléférique.

 

756c0 Santorini, musée préhistorique

 

Vu son passé extrêmement riche, Santorin compte plusieurs musées. Un musée dit préhistorique, parce qu’il présente des collections minoennes, du temps où, parce que l’on n’écrivait pas, ou que l’on utilisait hiéroglyphes puis linéaire A qui ne sont pas déchiffrés, l’histoire ne peut être écrite ; un musée archéologique qui présente des collections de l’Antiquité historique ; un musée montrant des reproductions de merveilleuses fresques dont on ne peut voir les originaux pour des raisons de sécurité. Ici, sur cette vue panoramique, on voit deux salles du musée préhistorique, d’une ampleur et d’une beauté exceptionnelles. À noter la gentillesse du personnel, qui surveille sans donner l’impression que l’on est un voleur en puissance et qui n’hésite pas à se déplacer à travers les salles pour répondre aux questions.

 

756c1 Santorin, olivier fossile de la Caldera, 60000 ans

 

Commençons par le plus ancien. Ces feuilles d’olivier fossiles ont été trouvées sur les parois de la "caldera" du volcan. Elles sont vieilles de soixante mille ans. Ce sont les plus anciennes de la Méditerranée, et constituent des trouvailles extrêmement rares, considérées comme absolument uniques jusqu’à il y a peu, quelques autres ayant été trouvées récemment à Nysiros (une île du Dodécanèse née d’un volcan théoriquement toujours actif mais silencieux depuis longtemps).

 

756c2a Eruption du volcan de Santorin

 

Plusieurs fois, au début de cet article, j’ai parlé d’une catastrophe naturelle d’une violence exceptionnelle. Elle est notamment expliquée dans ce musée. Il y a un million et demi d’années, a commencé l’activité volcanique dont les rejets ont réuni en une île unique à peu près circulaire les différents îlots constitués de roches préexistantes, essentiellement des calcaires. 18000 ans avant notre ère, il s’est formé lors d’éruptions successives une "caldera" (une "chaudière") remplie d’eau, comme le prouvent les micro-organismes fossilisés que l’on a retrouvés. Ce bassin intérieur était ouvert sur le large par un bras de mer.

 

À la fin de l’Âge du Bronze, vers le milieu du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, l’île avait la forme du dessin du bas, avec à l’intérieur, au sud-est, un îlot qu’avaient formé les laves d’éruptions successives. Nous sommes en pleine époque minoenne, au temps des anciens palais. C’est alors que le volcan a explosé dans une terrible éruption d’une violence inégalée. La terre a tremblé jusqu’en Crète, un raz-de-marée, un tsunami comme on dit maintenant, a soulevé une vague gigantesque de deux cents mètres de haut, qui a déferlé vers la Crète, qu’elle a atteinte alors qu’elle mesurait encore vingt mètres. Nos immeubles modernes, avec 2,50m sous plafond et 0,50m entre les niveaux, font donc trois mètres par étage. La vague est partie haute comme un gratte-ciel de 66 étages et a déferlé sur la Crète comme un immeuble de 7 étages. Abattus par le séisme, emportés par le raz-de-marée, les anciens palais ont été détruits. Cela ouvre l’ère des nouveaux palais. Du côté de Santorin, l’îlot central a été englouti et avec lui ont sombré les deux bords du chenal reliant la caldera à la mer. Santorin prend la forme du dessin du milieu. Puisque nous sommes à l’époque préhistorique, on ne possède aucun bilan humain de la catastrophe, mais on peut imaginer son ampleur quand on pense qu’il n’existait aucun moyen de prévoir les éruptions ou les séismes, ni d’informer de l’arrivée d’une vague. Le nuage de cendre a été si important, si épais, si durable, que les spécialistes lui attribuent la responsabilité d’une année où, dans la fort lointaine Irlande, les arbres n’ont pas développé de feuilles, d’après les observations des paléobotanistes.

 

L’activité volcanique n’a pas cessé avec ce dramatique épisode. De 1650 ou 1630 à 197 avant Jésus-Christ, date à laquelle pour la première fois apparaît dans une description du géographe grec Strabon une éruption du volcan de Santorin, le volcan a craché sa lave, formant un grand cône sous-marin. Huit autres éruptions se sont produites depuis Strabon, en 46-47 de notre ère, en 726, en 1570-1573 où le volcan, à force de monter, a finalement émergé sous la forme d’un minuscule îlot, puis en 1707-1711 (ce sont les deux îles qui apparaissent au centre sur le schéma du haut, la plus grosse soudée à l’îlot de 1570-1573), constituant la terre la plus jeune de la Méditerranée orientale, et encore en 1866-1870, en 1925-1928, en 1939-1941, et pour la dernière en 1950. Les trois dernières étaient très rapprochées, mais à présent le volcan s’est un peu calmé. Il n’est pas éteint, loin de là, et il connaîtra de nouvelles périodes d’activité, mais le niveau technique des savants, aidé par des sondes, permettra de prévoir le prochain réveil avec une anticipation allant de quelques mois à un an.

 

Sur le dessin du haut, on voit Thera, l’île principale, qui occupe trois quarts de cercle, et en face l’île de Thirassia au milieu du chenal. Au centre de ce cercle ouvert, un tout petit îlot et une île plus importante sont le cœur du volcan lui-même, elles s’appellent Kameni, "l’Ancienne" pour la plus petite (Palea Kameni) et "la Nouvelle" pour la plus grande (Néa Kameni). Nous irons nous y promener, j’en parlerai plus loin.

 

756c2b Santorin, maquette d'Akrotiri

 

756c2c Santorin, maquette d'Akrotiri

 

756c2d Santorin, maquette d'Akrotiri

 

Le volcan, en ravageant l’île dans son éruption du dix-septième siècle avant notre ère, a fait sombrer une civilisation qui était très semblable à celle de la Crète minoenne, avec laquelle elle entretenait des rapports très étroits. Non loin de la pointe sud-ouest de la grande île de Thera, la ville d’Akrotiri a été enterrée sous les pierres ponces. Les ingénieurs du canal de Suez ayant jeté leur dévolu sur ces pierres ponces pour construire les murs de leur canal, la ville a été découverte par hasard en 1860, mais elle n’a été fouillée et mise au jour qu’à partir de 1967. C’est une sorte de Pompéi merveilleusement préservée, avec des fresques sublimes. Mais en 2005 un pan de toit mal consolidé s’est effondré, tuant un touriste britannique. Désormais, le site est fermé pour consolidation et sécurisation, les crédits manquent, le temps passe, les travaux tardent, et on ne peut toujours pas visiter. Le musée a l’excellente idée de présenter des maquettes. En tant que musée il ne peut faire mieux ni plus, mais… ce n’est pas la même chose ! Néanmoins, ces maquettes permettent de se représenter l’incroyable état de ces constructions d’époque minoenne, vieilles de 3600 ans. L’homme préhistorique vêtu d’une peau de bête, un gourdin dans la main droite et de la main gauche traînant sa femme par les cheveux, voilà une représentation à nuancer. Il y a préhistoire et préhistoire.

 

756c3 Santorin, Akrotiri, fragment de fresque

 

D’Akrotiri, sur l’île de Thera, très peu de fresques sont actuellement visibles. Le 8 mars dernier au musée archéologique d’Athènes, j’ai montré deux enfants boxeurs et des antilopes, et aujourd’hui à Thera-ville nous pouvons voir un tout petit nombre d’autres fresques, plutôt des fragments. Ici, je montre en gros plan un détail que je trouve magnifique. Néanmoins, il convient de faire la différence entre la fresque originale et le complément reconstitué. On perçoit la ligne de démarcation puisque le plâtre de la fresque est plaqué sur un support, il y a donc une différence d’épaisseur. Le front, l’œil, le nez, la pommette maquillée, le menton sont originaux, ainsi qu’une partie de la boucle d’oreille en or (ce qui permet de la reconstituer), le collier, le vêtement sur l’épaule. Les traits du visage, l’expression, les couleurs, je ne me lasse pas d’admirer cette fresque.

 

756c4 Santorin, Akrotiri, figurine de marbre 2800-2700 avan

 

Cette figurine féminine en marbre est très ancienne, elle remonte à loin avant la civilisation minoenne, puisqu’elle a été datée entre 2800 et 2700 avant Jésus-Christ. Elle provient d’Akrotiri et est dite de type précanonique (elle précède les canons de l’art cycladique).

 

756c5 pot de plâtre, Akrotiri 17e s. avt JC

 

Ce pot (pithos) est contemporain de l’époque de l’explosion du volcan, c’est pourquoi il contient encore le plâtre de calcaire préparé par l’artisan, et le travail a soudainement été interrompu. Il est émouvant et instructif de voir le cadre dans lequel ont vécu les gens il y a 3600 ou 4500 ans, mais il est encore plus émouvant de voir les objets qui témoignent très directement d’un drame.

 

756c6 pot provenant d'Akrotiri, début 17e s. avant JC

 

756c7 hirondelle sur un pot provenant d'Akrotiri, 17e s. av

 

756c8 vases rituels, Akrotiri, 17ème siècle avant JC

 

Quelques poteries. Sur les deux premières, toutes deux du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, mais la première un peu plus ancienne, du début du siècle, la représentation des hirondelles est remarquable de finesse. La représentation de cet oiseau est un sujet traditionnel de cette période. Les deux points noirs entourés d’un cercle de points sur le pot de la première photo sont censés, selon un ouvrage de l’archéologue Fouqué publié en 1879, représenter des aréoles de seins, et il est très fréquent que les pots, aiguières, carafes de cette époque en soient garnis, souvent même la protubérance est plus marquée et il est plus évident qu’il s’agit d’une poitrine féminine. De même, autour du col de ces vases des cercles de points figurent un collier et parfois même il y a des boucles d’oreilles. Enfin, parallèlement à l’apparition de ces seins et de ces colliers dans la céramique de Thera, les vases se sont renflés pour évoquer un ventre de femme. Sur ma troisième photo, ce sont deux vases rituels du milieu du dix-septième siècle. Et tout cela vient d’Akrotiri.

 

756c9a Vases à fleurs, Akrotiri, 17ème siècle avant JC

 

756c9b dessus d'un vase à fleurs, Akrotiri, 17ème siècle

 

Même époque, même origine pour ces deux pots à fleurs décorés de fleurs de lys. La seconde photo montre comment ils se présentent vus du dessus : pour que ne s’effondrent pas sur les côtés les fleurs à longues tiges lorsqu’elles ne sont pas suffisamment nombreuses pour se tenir mutuellement, ces vases sont constitués comme de modernes pique-fleurs. L’invention ne date donc pas d’hier.

 

756d1 poterie dite kymbè, Akrotiri, 17ème siècle avant J

 

756d2 poterie dite kymbè, Akrotiri, 17ème siècle avant J

 

Ces poteries de forme allongée portent le nom de kymbè. Celles de ces deux photos sont, comme toutes les poteries précédentes, du dix-septième siècle et proviennent d’Akrotiri. On y retrouve aussi, sur la première, les hirondelles traditionnelles. La seconde porte sur une face des bouquetins (ce n’est pas parce que le nom latin de cet animal est capra ibex qu’il faut le confondre avec l’ibex 35, index de la bourse de Madrid…) qui sont un symbole de la Crète (mais on sait les rapports étroits entretenus entre Santorin et la Crète), et sur l’autre des dauphins qui sont également un sujet très fréquent.

 

 756d3 table d'offrandes, Akrotiri (Santorin), 17e s. avant

 

Cet objet est une table d’offrandes trépied en stuc peint. C’est au début du dix-septième siècle que se développe cet objet de culte portatif, donc de dimensions et de poids réduits, et orné de peintures selon la technique de la fresque. C’est en effet en ce dix-septième siècle que la fresque murale est au sommet de sa perfection, et d’autres artistes se spécialisent dans la décoration de ces tables d’offrandes en adaptant le dessin à leur forme et à leurs dimensions. Sur la photo ci-dessus, si on développait horizontalement le dessin de cette merveilleuse scène marine avec ses dauphins, ses petits poissons, sa flore sous-marine, on obtiendrait une fresque miniature de 1,30 mètre de long.

 

756d4 moulage d'un guéridon, Akrotiri (Santorin), 17e s. a

 

Le mobilier des maisons d’Akrotiri était, au moment de l’éruption, extrêmement raffiné. Le moulage en plâtre de l’empreinte dans les scories volcaniques d’un guéridon trépied en bois, sur la photo ci-dessus, en témoigne. Je trouve que cela a quelque chose du style rocaille Louis XV. C’est en tous cas très élégant et recherché.

 

756e Chèvre en or, Akrotiri (Santorin), 17e s. avant JC

 

Nous ne quittons ni Akrotiri, ni le dix-septième siècle avec ce bouquetin en or. C’est le 12 décembre 1999 que, creusant le sol pour y établir les fondations d’une colonne destinée à supporter le nouvel abri du site, on est tombé sur un grand tas de cornes, de chèvres pour la plupart, et auprès des cornes il y avait un petit sarcophage de terre cuite dans lequel on a trouvé l’empreinte d’un coffret de bois (l’empreinte seulement, le bois ayant disparu avec le temps), et dans le coffret cet objet absolument unique. Les années ont passé, et l’on n’a toujours pas fini d’explorer l’endroit de cette découverte, de sorte que les archéologues n’ont pas encore pu donner leur interprétation de la fonction du lieu ni de l’usage de cette figurine. Techniquement, elle a été réalisée en plusieurs parties selon la méthode de la cire perdue, puis sur le corps on a soudé le cou, les pattes, la queue, et des marques dans le métal montrent que la finition a été réalisée par martelage. J’aurais bien aimé l’emporter, cette jolie petite chèvre, mais sa vitrine semble solide et, pour sympathiques et charmantes qu’elles soient, les surveillantes n’auraient sans doute pas apprécié. Vous pouvez aller la voir, elle y est encore. Ou, si elle n’y est plus, je n’y suis pour rien.

 

756f1 Cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, cimetière de T

 

756f2 Cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, cimetière de T

 

756f3 Rebord d'un cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, The

 

C’est sur cette remarquable chèvre en or que nous quittons le musée préhistorique. Enchaînons directement avec le musée archéologique qui, sur le plan chronologique, prend la relève. On passe d’un musée moderne, avec des collections bien présentées, avec du personnel souriant, a un musée à l’ancienne, à la muséographie terne et peu attrayante, alors que certaines pièces des collections sont admirables, et le personnel s’apparente aux garde-chiourme. La photo est autorisée, tout le monde photographie sous l’œil des gardiens, mais l’un d’entre eux s’approche pour demander pourquoi on prend tant de photos. "Ne vous inquiétez pas, je sais que si je veux utiliser mes photos pour un livre je dois solliciter une autorisation, mais ce n’est pas le cas". On se fait alors enjoindre de ne pas prendre trop de photos. "Trop" ne signifie rien. Autre absurdité, j’étais à trente centimètres de la vitrine pour prendre en photo un détail. "Vous ne devez pas prendre de photos de si près avec votre appareil perfectionné"… Je m’éloigne un peu, mets le zoom en téléobjectif et prends la même photo de plus loin. À partir de quel modèle, ou quel prix, ou quelle forme, un appareil est-il dit perfectionné pour que l’on ne puisse s’approcher de la vitre à moins de 70 centimètres, je n’en sais rien parce que le gardien a refusé de me répondre. Cette ambiance gâche un peu le plaisir. Admirons quand même quelques pièces.

 

Ces cratères à figures noires sont du troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ, en provenance du cimetière de l’antique Thera. Le premier représente un char de guerre, tandis que sur le second le char est en plein combat, alors que des hoplites combattent à pied. La troisième photo montre un navire de guerre peint sur le bord intérieur du second cratère.

 

756f4 Amphore du 7e s. avt JC (cimetière de Thera, Santori

 

Cette photo montre un détail d’une amphore de terre cuite de même provenance, le cimetière de Thera, mais plus ancienne puisqu’elle remonte au septième siècle avant Jésus-Christ. Sur le col, est représenté un grand cygne, et sur le ventre ce bige (char tiré par deux chevaux) avec ces chevaux ailés.

 

756f5 singe, terre cuite 6e s. avt JC, cimetière de Thera

 

756f6 tête de guerrier, terre cuite 6e s. avt JC, cimetiè

 

756f7 pleureuse, terre cuite 7e s. avt JC, cimetière de Th

 

Pour terminer avec ce musée, voici trois petites sculptures en terre cuite. Les deux premières, cet adorable petit singe et cette tête de guerrier casqué tellement expressif sont du sixième siècle avant Jésus-Christ et proviennent du cimetière de l’antique Thera. Parce que j’aime particulièrement la pleureuse de ma troisième photo, qui provient du même cimetière, je termine par elle cette visite du musée archéologique, même si elle me fait négliger l’ordre chronologique, puisqu’elle est du septième siècle avant Jésus-Christ.

 

756g1 IMG 5716

 

756g2 IMG 5685

 

756g3 IMG 5684

 

Le Sanozeum est un musée très spécial. Il ne présente rien d’authentique. J’ai dit précédemment comment Akrotiri a été à la fois détruite et protégée par l’éruption volcanique qui s’est produite vers 1650-1630 avant Jésus-Christ. Et puisque l’on ne peut y voir les merveilleuses fresques qui en proviennent, à part quelques unes à Athènes ou à Thera, le Sanozeum en présente des reproductions parfaites. Je n’en montre ici que trois fragments mais la visite permet d’imaginer la richesse incroyable de ces fresques. Quasiment toutes les fresques ont été trouvées au sol, brisées en milliers de morceaux, le plâtre s’étant décollé du mur. Il a fallu que les restaurateurs effectuent un gigantesque travail de puzzle, après avoir fixé les pigments en y appliquant in situ une colle diluée à l’acétone, et après avoir débarrassé en laboratoire chaque fragment des poussières durcies et des dépôts minéraux qui le recouvraient. Au fur et à mesure que le puzzle est reconstitué, ce qui prend de longs mois et même souvent plusieurs années, les pièces sont collées sur un support, puis en se basant sur leurs connaissances, sur d’autres fresques, sur les parties reconstituées, les archéologues tentent de dessiner sur le support les parties manquantes. Selon l’épaisseur de chaque pièce, cela crée un relief plus ou moins prononcé par rapport à la surface du support.

 

Ce que nous voyons au Sanozeum a été réalisé en France, parfaitement conforme à l’original, par l’entreprise française Transfer Relief S.A. en utilisant un procédé 3D mis au point par Kodak Pathé. Ce même procédé a été mis en œuvre par le Getty Museum pour la tombe de Sennefer en Égypte, et par le Gouvernement français pour la grotte de Lascaux (le dioxyde de carbone dégagé par la respiration des visiteurs détruirait rapidement les peintures murales originales réalisées par l’homme de Cro-Magnon, aussi la grotte a-t-elle été reproduite non loin de l’originale à l’attention des touristes). Et c’est aussi ce même procédé qui est utilisé pour faire des images en relief des planètes prises en photo par les satellites.

 

La première photo est une fresque miniature provenant d’une maison privée et représentant une rivière et la vie sur ses bords. La seconde, qui montre un canard sauvage, provient d’un grand bâtiment comportant quatorze pièces sur chacun de ses deux étages. Sur la troisième, trouvée dans la même maison privée que la fresque miniature, on voit une jeune prêtresse.

 

756h1 Santorini, la Caldera

 

Je m’en tiendrai là concernant les musées. Plus haut, sur la photo de nuit montrant deux bateaux de croisière illuminés dans la rade de Thera, on voit en arrière plan une île toute noire. Et il est évident, je crois, qu’elle n’est pas seulement noire parce que c’est la nuit, et en effet vue de jour elle est également très sombre. C’est Néa Kameni, la caldera du volcan actif. Nous nous sommes offert une excursion au volcan et, tant que nous y étions, nous avons pris le pack complet comportant d’autres visites. Sur la photo ci-dessus, nous sommes à l’approche, et notre bateau longe une partie de l’île avant d’y aborder. Je rappelle que cette île existe exclusivement par les rejets du volcan, lave, cendres, scories.

 

756h2 Santorini, sur la Caldera

 

Sous la conduite de notre guide, le petit groupe de touristes entreprend de gravir la pente du volcan, par un sentier bien tracé qui ne présente aucune difficulté, sauf celle de croiser nombre d’autres groupes, même en cette saison quelque peu avancée.

 

756h3 Santorini, sur la Caldera

 

Ici nous voyons la caldera, le centre du volcan. Les touristes qui se penchent sur le bord donnent l’échelle de ce cratère dont, ici ou là, des fumerolles rappellent qu’il est loin d’être éteint.

 

756h4 Santorini, sur la Caldera

 

756h5 Santorini, sur la Caldera

 

Encore deux photos prises sur la caldera. On peut se rendre compte, sur la seconde, de la taille des roches que le volcan a crachées. La nature est puissante et peut être redoutable.

 

756i1 Santorin, sources chaudes

 

756i2 Santorin, sources chaudes

 

Nous sommes revenus à bord de notre bateau. Nous contournons Néa Kameni et allons mouiller l’ancre devant Palea Kameni. Là, jaillissent des sources volcaniques chaudes sous-marines. Il est proposé aux touristes qui ne craignent pas de tacher définitivement leur maillot de bain avec la rouille de l’eau très fortement ferrugineuse d’aller tâter de cette eau très chaude. Nous n’y sommes pas allés, mais du bord nous avions sur les passagers d’un autre bateau à l’ancre près de nous une vue bien meilleure que sur nos compagnons de bord. Je me suis donc amusé à immobiliser le plongeon d’une nageuse (mais beaucoup ont sagement descendu l’échelle), et à observer le petit groupe, encore dans les eaux à température normale, nageant vers les eaux chaudes.

 

 756i3 Santorin, vue sur Thirassia

 

756i4 Santorin, arrivée à Thirassia

 

À l’opposé de Thera, se trouve l’île de Thirassia. Nous sommes allés y aborder, et on nous a laissé du temps libre pour déjeuner. Comme on le voit, le village est juché sur la crête et un chemin en pente raide et en lacets y grimpe. Délaissant les bistros et les tavernes du port où se sont immédiatement entassés nos compagnons de voyage, nous avons courageusement entrepris la montée.

 

756i5 Santorin, le port de Thirassia

 

756i6 Santorin, à Thirassia

 

Et nous n’avons pas été déçus parce que, de là-haut, nous avons joui d’une vue intéressante sur le port de Thirassia au pied de sa falaise abrupte et s’étirant sur une bande de terre extrêmement étroite, et nous avons vu aussi ce petit village aux maisons blanches et aux huisseries bleues, conformément aux traditions cycladiques.

 

756j1 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j2 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j3 Oia, sur l'île de Santorin

 

Dernière étape, notre bateau nous a emmenés au pied de la ville de Oia située au nord de l’île de Thera (la diphtongue OI du grec ancien est devenue voyelle simple en grec moderne et se prononce I. Il convient donc de prononcer IA le nom de cette ville). Encore une fois, on voit qu’elle s’est installée sur le sommet, et que pour y accéder la falaise est abrupte. Le spectacle est impressionnant.

 

756j4 Notre bateau nous laisse à Oia (Santorin)

 

Ici nous avons le choix : ou bien nous contemplons le spectacle d’en bas et le bateau nous ramène au port de la capitale, ou bien nous descendons à terre, empruntons un bus urbain pour monter en ville, visitons et ensuite prenons un car d’une ligne régulière qui rejoint Oia à Thera (ville), toutes deux situées sur la même île de Thera. Nous avons choisi la seconde solution, qui me donne l’occasion de cette photo de l’étrave de notre navire au moment où il va lever l’ancre.

 

756j5 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j6 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j7 Oia, sur l'île de Santorin

 

Je ne prétends pas qu’Oia est sans intérêt, loin de là, mais je la trouve nettement plus intéressante d’en bas que de près. Trop de touristes, trop de boutiques pour touristes, pas assez d’authenticité. Il faut se promener à mi-pente ou chercher quelques rares endroits un peu délaissés.

 

756j8 Oia, sur l'île de Santorin

 756j9 Oia, sur l'île de Santorin

 

Et puis, parce que nous sommes dans les Cyclades, il me faut terminer cet article par un enchevêtrement de maisons blanches, sans oublier que le moyen le plus sûr de joindre le port à la ville, et réciproquement, est l’âne ou le mulet…Sur ce, nous rentrons à Thera-ville où nous avons le camping-car. Et après ce court séjour à la célèbre Santorin, nous allons aller voir Folegandros.

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Published by Thierry Jamard
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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 18:28
755a1 île de Naxos
 
Mon dernier article portait sur nos deux premiers jours à Naxos, passés dans la capitale de l’île. Hier dimanche nous sommes allés faire un grand tour dans l’intérieur des terres, mais cela nous a pris trop de temps pour que nous puissions voir ce qui se situe au nord de l’île, de sorte que ce matin lundi avant de prendre le ferry à 12h55 nous nous sommes pressés de parcourir quelque cent kilomètres par la montagne, de courir sur les chemins et escaliers seulement accessibles à pied et de prendre nos photos. La photo ci-dessus permet d’imaginer le relief de l’île, l’aridité des sommets, la luxuriance des vallées.
 
755a2a île de Naxos, captage de source
 
755a2b île de Naxos, captage de source
 
Sur notre route nous avons suivi une partie de l’itinéraire de l’aqueduc qui amenait l’eau de la montagne vers Naxos ville, et aboutissait très probablement dans la grande citerne dont je parlais dans mon dernier article. Ici nous sommes au début de son parcours. L’eau de la source captée arrivait par l’orifice que l’on devine sur la droite de ma première photo, se décantait dans ce grand puits à base carrée et s’engageait ensuite sur la gauche dans ce tunnel dont on voit mieux l’entrée sur ma seconde photo. Le seuil de ce tunnel est situé 80 centimètres au-dessus du fond du puits pour que les impuretés se déposent au fond. Cette entrée de trois mètres de long, en pierre enduite de plâtre hydrofuge, a été aménagée à l’époque romaine, mais au-delà le tunnel, creusé directement dans la roche, est de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. C’est aujourd’hui encore la même source qui alimente Naxos, captée de la même façon, mais elle est ensuite déviée peu avant le puits de ces photos, forme une cascade, et son aqueduc, après, court plus bas que l’antique.
 
755a3 île de Naxos, aqueduc souterrain
 
Nous sommes ici, devant ce puits, à plusieurs dizaines de mètres du précédent, peut-être plus de cent mètres, je ne sais pas, parce que de l’un à l’autre on suit des sentiers qui zigzaguent et les plis du terrain cachent le premier quand on est devant le second. Or entre l’entrée du tunnel et sa sortie ici, la dénivellation est quasiment nulle, seulement six centimètres. Ce second puits, à l’issue du tunnel, est d’époque romaine, conçu pour décanter une seconde fois, mais aussi pour donner un autre accès au tunnel. Des glissements de terrain, en époque tardive, ont causé de graves dégâts à la sortie du tunnel. Des travaux de réparation ont été entrepris, les matériaux éboulés ont été enlevés en vue de reconstruire le passage, mais ces travaux n’ont pas été menés à leur fin. C’est à l’époque contemporaine que la voûte a été restaurée avec du ciment. Vingt mètres en aval, la tranchée s’achève et l’eau s’engouffre dans un pipeline qui la conduira jusqu’à la ville, à onze kilomètres.
 
755a4a île de Naxos, pipeline de l'aqueduc
 
755a4b île de Naxos, pipeline de l'aqueduc
 
Le pipeline apparaît en plusieurs endroits, mis au jour dans la paroi lorsque l’on a tracé la route, et parfois il a été brisé au cours des travaux, volontairement pour ne pas modifier le tracé prévu, ou accidentellement ;.ailleurs, c’est en plantant une vigne qu’on en a découvert d’autres tronçons. Pour la présentation, j’ai inversé la chronologie de notre découverte, puisque partis de Naxos nous avons remonté le viaduc alors qu’il m’a paru plus logique, dans cet article, de partir de la source et de descendre vers le pipeline. On voit bien comment il est constitué de tronçons de tubes d’argile jointoyés. À la même époque, la même technique a été mise en œuvre à Athènes et à Samos et les mêmes lourds travaux y ont été entrepris. On peut remarquer la couche de tartre qui s’est déposée sur la paroi interne de la canalisation. Il paraît que par endroits, elle était presque complètement obstruée. Dans la partie brisée, sur la seconde photo, on distingue en effet au premier plan un très épais bourrelet.
 
755b1 chèvre sur l'île de Naxos
 
Pendant notre examen des restes de pipeline d’adduction d’eau à Naxos, nous étions étroitement surveillés par cette chèvre qui ne nous a pas quittés des yeux. Je ne pouvais, dès lors, manquer de lui tirer le portrait.
 
755b2 île de Naxos, monument préhistorique
 
Près de cette chèvre, et que ne signale aucun panneau, se trouve ce cercle de pierres qui semble être une construction religieuse préhistorique, comme on en voit en d’autres endroits. D’ailleurs, je ne vois pas quel pourrait être l’usage moderne d’une telle construction.
 
755c1 Kouros de Flerio, île de Naxos
 
755c2 Kouros de Flerio, île de Naxos
 
Lorsque nous sommes partis, nous ne savions pas que cet aqueduc antique était visible, et encore moins qu’un cercle de pierre existait dans ce secteur. Nous avons fait cette découverte de l’aqueduc en voyant des panneaux bruns (ceux qui signalent un intérêt culturel). Notre but était autre, nous voulions voir ce que l’on appelle le kouros de Flerio. Sur la route, les indications sont rares et imprécises. On repère un nom de village, puis on arrive à une fourche entre deux routes qui semblent de même importance, mais là il n’y a plus d’indication. Quant au GPS, si on ne lui donne pas une indication précise, nom de la commune et nom de la rue, ou coordonnées en degrés, il ne connaît pas. Le lieudit Flerio, le mot kouros, il ignore. Nous avons donc tourné et retourné longtemps avant de le trouver, notre kouros. Un kouros ("jeune homme", en grec) désigne une statue d’homme jeune, athlétique, dans une posture traditionnelle, bras le long du corps, en position de marche, c’est-à-dire une jambe en avant. Or dans l’Antiquité, dans la carrière de marbre, on dégrossit le bloc de pierre, il prend la forme de la statue projetée, kouros ou autre, mais on n’achève pas l’œuvre car le transport pourrait briser des détails, le nez, un doigt, une mèche de cheveux, etc. De plus, une fois le bloc détaché, on l’allège de beaucoup de pierre inutile afin de faciliter son transport, et l’artiste est plus à son aise dans son atelier pour achever son œuvre. De la carrière au véhicule qui attend sur le chemin, on fait glisser l’ébauche de statue sur des rondins, eux-mêmes placés sur un matelas constitué des petits éclats de marbre produits lors de l’extraction des blocs et de leur dégrossissage. Mais il peut arriver qu’une commande passée soit annulée avant que l’ébauche soit transportée, il peut arriver que lors du dégrossissage on découvre une fissure interne du marbre, une bulle, un défaut quelconque, il peut arriver que lors du transport sur les rondins une manœuvre malheureuse brise l’ébauche. Dans de telles circonstances, on n’a plus qu’à abandonner le bloc de marbre sur le chantier de la carrière. Notre kouros de Flerio est dans ce cas, cette grande statue de style archaïque datant des environs de 570 avant Jésus-Christ et mesurant 5,50 mètres s’est brisé la jambe droite en descendant la pente.
 
755c3 île de Naxos, Flerio, ébauche de sculpture
 
Un peu plus haut, des sillons dans la roche dessinant vaguement un visage ne peuvent être le produit de la nature, c’est très probablement l’ébauche d’une monumentale statue, abandonnée pour une autre raison que l’on ne peut déterminer à ce stade si peu avancé du travail.
 
755c4 Kouros inachevé, dans l'île de Naxos
 
755c5 Kouros inachevé, dans l'île de Naxos
 
En suivant un sentier dans la montagne, on parvient à un autre kouros inachevé, et beaucoup moins dégrossi que le premier. Récemment, des fragments en ont été découverts, et on a reconstitué ce pied avec, à vrai dire, beaucoup plus de ciment moderne que de marbre antique. En revanche, un grand éclat de marbre a été remis en place sur la cuisse droite, qui s’était fendue verticalement. Ici encore, pour ce kouros du tout début du second quart du sixième siècle (c’est-à-dire contemporain du premier), c’est évidemment la rupture des jambes qui a motivé son abandon. Le visage, lui, n’a pas été brisé dans le transport, il a été volontairement détaché, mais il est difficile de dire s’il a été récupéré pour en faire une petite sculpture plaquée sur un mur ou s’il a été volé.
 
755d1 traces d'exploitation de carrière, île de Naxos
 
Ces kouroi (pluriel de kouros) ont été abandonnés près du lieu d’extraction du marbre. Nous sommes donc au cœur des carrières antiques. Pour détacher un bloc, on procédait au creusement de galeries parallèles sous le bloc, puis on brisait la pierre entre les sillons. Ici, on voit nettement ce travail qui avait été effectué sous un bloc qui a été enlevé. C’est à Naxos qu’est né l’usage courant du marbre pour la construction et pour la statuaire. Le marbre, ici, était exploitable sur une aire très étendue, aussi les artisans fournirent-ils non seulement Naxos, mais aussi Délos centre du monde ionien et d’autres îles d’Ionie, Athènes, la Béotie dès le septième siècle, puis au sixième siècle ils ont exporté leur marbre et leur savoir-faire encore plus loin.
 
755d2 Carrières de marbre de Naxos
   
755d3 Carrières de marbre de Naxos
 
755d4 Carrières de marbre de Naxos
 
L’exploitation des carrières de marbre de Naxos n’a jamais cessé. Elles sont si étendues que l’on continue, encore aujourd’hui, à en extraire des blocs. Un panneau dit que ce marbre est exporté en Europe et en Amérique, et pour appuyer cette affirmation il y a une photo dont la légende dit qu’elle a été prise à Paris. Sur la vitrine d’une boutique d’un vieil immeuble parisien il est écrit en grandes lettres blanches NAXOS et, en dessous, Mobilier de marbre. Sur Internet, Google, Pages Jaunes, Pages Blanches, j’ai essayé de situer cette boutique, sans succès. Juste à côté, se trouve une boutique de mode, Suzette Idier. Pas plus de résultat. Mais la tenue vestimentaire des quatre personnes que l’on voit sur le trottoir, ainsi que le modèle de la voiture stationnée devant la boutique, semblent montrer que la photo est relativement ancienne, sans doute ces deux boutiques ont-elles déménagé.
 
En vieillissant, la surface du marbre se colore légèrement, des mousses s’y développent, mais lorsque l’on a récemment éventré la montagne, que l’intérieur de la pierre a été mis au jour et n’a pas eu le temps de perdre sa blancheur, l’effet est vraiment surprenant, surtout dans ce pays où la terre est si rouge, où le ciel est si bleu, où le soleil fait tellement ressortir le blanc éclatant du marbre sur les fortes couleurs du reste de la nature.
 
755e paysage de l'île de Naxos
 
Là où j’ai pris la troisième de mes photos des carrières de marbre, en me retournant j’ai pris la photo du paysage ci-dessus. Toutes deux, selon les "Propriétés" enregistrées, ont été prises à 17h08. Cela pour dire à quel point ce paysage est extraordinaire, d’un côté un ciel d’un bleu profond sur un mur de marbre immaculé, de l’autre un ciel brumeux et des montagnes noires qui moutonnent jusqu’à l’horizon.
 
755f1 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f2 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
Nous continuons notre route, parce que nous avons encore d’autres choses à voir, en particulier une église paléochrétienne, l’église de la Panagia Drosiani.
 
755f3 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f4 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
Nous n’avons pu pénétrer dans cette église, qui était fermée. Heure trop tardive ou crainte des dégradations, je ne sais, mais sur Internet il est dit que de mai à octobre elle est ouverte de 10 à 19 heures, or nous sommes au milieu de la fourchette de dates et suffisamment à l’aise dans la fourchette horaire. À l’intérieur, paraît-il, des inscriptions de bénédiction ainsi que quelques traces de fresques du dôme remontent au sixième et au septième siècles. Bonne indication de l’âge du bâtiment, mais en réalité on sait peu de chose. D’autres fresques, en meilleur état, datent du treizième siècle. Elles ont été détachées. Jean IV Crispos, duc de la Mer Égée, parle de l’église en 1555. Tout cela fait bien peu d’information pour un édifice ancien et intéressant. Ce n’est que de 1964 à 1970 que l’on s’est préoccupé de restaurer la Panagia Drosiani, que l’on a transféré les fresques (où elles ont été transférées je l’ignore), que l’on a commencé des recherches.
 
Souvent, dans les Cyclades, les sols des rues sont peints de dessins divers, parfois peut-être considérés comme propitiatoires ou chargés d’une valeur magique symbolique, et cela arrive aussi pour des seuils d’églises ou comme ici pour le chemin d’accès et ses marches, sans que les gens sentent la moindre contradiction avec une religion où la magie n’a pas sa place et qui, au Moyen-Âge, a brûlé des sorcières ou des femmes présumées telles. Certes le christianisme reconnaît des miracles mais ils sont considérés comme une action volontaire de Dieu, après intercession ou non d’un de ses saints, et non comme un phénomène paranormal que la nature engendre à partir de gestes, de mots ou de signes qui contreviennent à son fonctionnement régi par des lois qui ne connaissent pas d’exception.
 
755f5 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f6 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
L’église, dont le nom signifie "La Vierge du Rafraîchissement" et qui est l’une des plus anciennes et des plus révérées de toute la Grèce, comporte un dôme et trois absides correspondant à des chapelles accolées. On suppose qu’il s’agissait du catholicon d’un monastère, bien que l’on n’en ait retrouvé aucune trace, écrite ou archéologique.
 
755g1 le temple de Déméter à Naxos
 
Pour notre journée de dimanche, nous avons encore à nous rendre au temple de Déméter, plus profond dans l’île. On doit d’abord suivre une petite route, puis cheminer à pied sur une allée bien dallée et bordée de buissons fleuris. Au bout, pas de barrière, pas de vente de billet, l’accès est libre. Je ne sais qui est responsable, l’État, la Municipalité, une association, mais c’est remarquablement entretenu et c’est gratuit. Et malgré cela, alors que la saison n’est pas encore achevée et que la foule se presse en ville, nous sommes seuls sur le site. Absolument seuls.
 
755g2 le temple de Déméter à Naxos
 
755g3 le temple de Déméter à Naxos
 
Pourtant ce temple est intéressant, il n’est pas aussi complet, tant s’en faut, que le Parthénon ou le temple de Vassès, mais ses ruines ne sont pas négligeables, et surtout il en émane un charme extrême. Il est vrai que le charme, c’est ressenti personnellement, ce n’est pas une donnée objective.
 
755g4 le temple de Déméter à Naxos
 
Cette vallée, fertile et convenant à de nombreuses cultures, a très tôt été habitée par des paysans se regroupant en petites unités d’habitation. Dès le huitième siècle avant Jésus-Christ, ils ont célébré des divinités chthoniennes, Déméter et Perséphone, pour obtenir d’elles des récoltes abondantes, et ils leur ont associé Apollon, le dieu de l’île voisine de Délos, considéré comme le dieu des Ioniens, population qui occupait toutes les îles de ce secteur. Mais ces cultes étaient rendus au sommet de la colline et en plein air. Ce n’est que sous le tyran Lygdamis que, vers 530 avant Jésus-Christ, on construisit le premier temple en marbre, celui dont nous voyons les ruines aujourd’hui.
 
755g5 le temple de Déméter à Naxos
 
755g6 le temple de Déméter à Naxos
 
Ce temple, intégralement construit en marbre et l’un des premiers de ce type, de plus relativement bien conservé, est unique pour permettre de comprendre comment s’est développée cette architecture à Athènes et dans les autres îles du monde ionien. Comme on peut le voir sur la première photo de présentation, la façade présente un portique délimité par cinq colonnes entre les deux murs latéraux, et derrière on aperçoit une porte monumentale, que l’on voit beaucoup mieux sur les deux photos ci-dessus, prises de l’autre côté. Le temple était couvert d’un toit à deux pentes. Parallèles aux murs latéraux, de grandes poutres de marbre étaient soutenues en leur milieu par une rangée de colonnes perpendiculaire à l’axe du temple, et bien sûr de hauteur variable en fonction de la pente du toit. Le tout était recouvert de tuiles de marbre. Poutres et tuiles étaient visibles de l’intérieur parce qu’il n’y avait pas de plafond.
 
755g7 le temple de Déméter à Naxos
 
755g8 le temple de Déméter à Naxos
 
Quand le christianisme a supplanté le paganisme et a chassé Déméter de son temple, on a procédé aux modifications minimum pour en faire une église, montant des murs entre les colonnes pour clore l’espace, et ouvrant une porte dans le flanc gauche. L’église a ainsi été utilisée dans les premiers temps, mais au sixième siècle, pendant le règne de l’empereur Justinien (527-565), on a détruit tout cela pour refaire une basilique divisée en trois nefs par des colonnades. Pour s’orienter, je dois préciser que la colonnade de façade est au sud, et donc que la porte paléochrétienne est à l’ouest. Cela dit, l’abside (base de mur en demi-cercle que l’on voit sur deux de ces photos) a été construite au sixième siècle à l’est, pour que l’église soit "orientée" au sens propre, comme le veut la tradition. L’angle de mur qui repose sur une grosse roche (photo ci-dessus) a été conservé intact du temple de Déméter. Au sud, le portique antique est devenu un narthex. D’autres bâtiments ont été adjoints à l’église entre le sixième et le huitième siècles pour la production de poterie, de vin, d’huile. Il semble d’ailleurs que l’église, à cette époque, ait été insérée dans un vaste ensemble de constructions.
 
Sur la première des deux photos ci-dessus, on distingue près de l’angle du temple deux petites fosses reliées par un canal. On en a vu d’autres sur la photo des fouilles au pied de la façade. Ce sont des fosses à offrandes où l’on versait pour les déesses de la fécondité le jus de fruits ou les plantes qu’on leur dédiait. La construction de l’angle sud-ouest sur l’une de ces fosses qui existaient du temps du culte en plein air devait assurer la dédicace du temple aux déesses.
 
755g9 le temple de Déméter à Naxos
 
Comme je l’ai dit, ce temple me plaît beaucoup, même si sa transformation, ou plutôt sa reconstruction en basilique chrétienne l’a dénaturé. Les services archéologiques grecs ont restauré l’ensemble en tentant de respecter chacune des étapes historiques, restituant l’essentiel du temple primitif, mais laissant quand même la porte ouverte dans les premiers temps du christianisme ainsi que l’abside, un mur et divers détails de l’église du temps de Justinien, selon des choix longuement discutés et mûris. Avant de partir, une dernière photo de ce temple dans la lumière dorée du soleil déclinant.
 
755h1 île de Naxos, la montagne vers le nord-est
 
Lundi matin. Si nous avions voulu rallier notre but, à 36 kilomètres par la route la plus directe, nous n’aurions pas eu besoin de trop de temps, mais nous avons souhaité prendre, à l’aller, le chemin des écoliers par la montagne, ce qui double la distance, et par une route qui tourne et vire. Mais nous traversons des paysages somptueux.
 
755h2 sculpture monumentale abandonnée, Naxos, Apollonas
 
755h3 sculpture monumentale abandonnée, Naxos, Apollonas
 
Notre but, c’est un village de pêcheurs appelé Apollonas, sur la côte nord de l’île. Parce que là encore il y avait dans l’Antiquité une carrière de marbre, où a également été abandonnée une sculpture, gigantesque celle-là, dix mètres de long, près du double de celles de Flerio. On parle généralement du kouros d’Apollonas, or en réalité ce n’était pas un kouros mais sans doute une statue d’Apollon d’où la ville tire son nom, d’autres disent que c’est Dionysos, j’ai lu aussi Poséidon. Trop d’hypothèses sans arguments. Pourquoi pas le général de Gaulle. Très peu dégrossie mais pas brisée, on ignore pourquoi cette statue n’a pas été achevée ou emportée. Quelqu’un suggère la mort du commanditaire. Pourquoi pas ? Parce que l’on manque de recul, la photo n’est pas très impressionnante, mais dans la nature cette colossale statue couchée fait de l’effet. Elle date du septième siècle avant Jésus-Christ.
 
755h4 île de Naxos, côte nord, tour vénitienne
 
Au retour, nous prenons la route normale, et parce que l’ascension vers le nommé kouros nous a pris un peu de temps il me faut cravacher ma monture, alors que cette route en corniche comporte bien des virages serrés. Une petite halte quand même pour photographier cette maison vénitienne construite comme une tour sur une hauteur. Je viens de finir, en guise de préparation à ce voyage que nous faisons dans les îles, un petit roman publié en 1872, une nouvelle plutôt, du comte de Gobineau dont l’action se passe dans les Cyclades, l’épisode essentiel étant à Naxos. Et il y décrit ce genre de maison vénitienne : c’est la raison pour laquelle il me fallait absolument me garer sur le bas-côté pour faire vite cette photo. Voici sa description :
 
"Naturellement, dans cette île montagneuse de Naxos, on monte constamment ou l’on descend. Ici les promeneurs gravirent encore un sentier caillouteux et tournant, fort roide, et furent ainsi conduits à travers quelques cours et par devant des maisons de paysans jusqu’au sommet de l’éminence où était juché le manoir, et mettant pied à terre au bas d’un étroit escalier de pierre, ils atteignirent une terrasse aussi étroite, pour entrer dans […] un long cellier blanchi à la chaux, voûté comme une église, clair […]. Un sofa bas et recouvert d’indienne régnait au bout de l’appartement et de l’autre côté un escalier en bois, très léger, s’élevait jusqu’à une galerie conduisant à une porte petite et basse servant d’entrée aux chambres d’habitation de la famille. On devinait de suite qu’aux époques anciennes où le château avait été bâti sur le haut d’une cime par crainte des surprises des pirates, on avait trouvé bon d’y ajouter la précaution supplémentaire, au cas où ces redoutés envahisseurs auraient trouvé moyen de descendre à terre sans être aperçus, de pouvoir leur abandonner le bas de l’habitation en se réfugiant dans le haut, qu’un coup de pied donné à l’escalier suffisait pour isoler. Somme toute, le manoir n’avait que quatre ou cinq pièces, et se terminait par une plate-forme flanquée des quatre guérites, et sur laquelle séchait à ce moment la récolte du maïs".
 
Vite, en voiture, et nous allons nous embarquer pour Santorin.
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Published by Thierry Jamard
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