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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 11:41
774a Athènes, vue de la Galerie Nationale
 
Aujourd’hui nous sommes allés voir le stade olympique sans y entrer, puis nous avons marché assez loin jusqu’à une entrée du cimetière central, avons dû le traverser de part en part pour trouver la tombe de Schliemann, l’avons retraversé pour ressortir par la même grille, nous sommes arrêtés un moment à manger une crêpe dans un bar, et sommes enfin allés à la Pinacothèque Nationale. Stade et cimetière ont fait l’objet de mon précédent article, ici je vais parler de quelques unes des innombrables œuvres d’art que nous avons vues. Parmi les sculptures et les tableaux, il y en a quelques uns que je n’aime pas, mais il y en a beaucoup que j’adore. La sélection a été dure. Tout à la fin, j’ai même rajouté deux œuvres que j’avais éliminées mais je les regrettais trop…
 
774b1 Auguste Rodin, Le Fils prodigue (vers 1884)
 
Commençons par quelques sculptures, et d’abord des œuvres d’étrangers. Celui-ci est français, c’est Auguste Rodin (1840-1917). Ce bronze s’intitule Le Fils Prodigue et a été réalisé vers 1884.
 
774b2 Emile-Antoine Bourdelle, Pallas Athéna (après 1889)
 
Un autre Français, c’est Émile-Antoine Bourdelle (Montauban 1861- Le Vésinet 1929) qui a sculpté à une date non précisée mais postérieure à 1889 ce bronze représentant Pallas Athéna.
 
774c1 Leonidas Drosis, Pénélope (1873)
 
Ce n’est pas de ma faute si les sculpteurs étrangers représentés ici sont français… Mais passons aux sculpteurs grecs. Ce marbre de 1873 représentant Pénélope est de Léonidas Drosis (1834-1882). Il y a ailleurs une autre Pénélope, de 1949, par Bella Raftopoulou (1902-1992). C’est un buste jusqu’à la ceinture, nu, assez inexpressif. Je préfère de loin l’œuvre de Drosis qui montre une Pénélope triste et désemparée.
 
774c2 Nikolaos Gysis, Fille qui a froid (1898)
 
774c3 Nikolaos Gysis, Fille qui coud (1898)
 
Deux vitrines présentent des statuettes de plâtre doré et peint, que je trouve très expressives. J’ai choisi cette Fille qui a froid et cette Fille qui coud (toutes deux de 1898). Elles ont été réalisées par Nikolaos Gysis (1842-1901). Né dans l’île de Tinos, ce fils de domestique a obtenu d’un monastère de l’île une bourse pour aller étudier l’art à Munich. Il s’y est rendu avec un compatriote de Tinos, en compagnie de qui il avait déjà étudié à l’école des Beaux-Arts d’Athènes, tous deux étant disciples, dans le même atelier, du peintre Karl von Piloty. Cet ami a nom Nikephoros Lytras, et je vais en parler tout à l’heure. Tous deux ont été fortement impressionnés en découvrant la peinture de Courbet lorsque celui-ci vint exposer à Munich en 1869. À l’été 1873, Gysis, en compagnie de son ami Lytras, a effectué un voyage en Asie Mineure d’où tous deux ont tiré une veine orientalisante. En 1876, ils sont tous les deux à Paris, mais ensuite Gysis retourne travailler à Munich, où il mourra en 1901, tandis que Lytras restera à Athènes.
 
774c4 Yannoulis Chalepas, Médée III (1933)
 
Dans une grande vitrine on peut voir plusieurs sculptures de plâtre de Yannoulis Chalepas (1851-1939). Je les trouve d’intérêt inégal. Par exemple, je n’aime pas son Aphrodite. Je préfère montrer ici sa Médée III de 1933.
 
774c5 Christos Kapralos, Mère assise (1962)
 
Et pour finir avec la sculpture j’en viens à l’époque contemporaine, avec cette Mère assise de Christos Kapralos (1909-1993), bronze réalisé en 1962. Le musée l’a placé dans le grand hall d’entrée.
 
774d1 attribué à Lambert Van Noort, L'Auto-sacrifice de M
 
Concernant la peinture, je procéderai comme pour la sculpture, à savoir que je commence par les peintres étrangers pour après voir un peu ce que font les Grecs, que les profanes comme moi ne connaissent pas suffisamment. Que ce soit au Louvre, au Rijksmuseum, au Prado etc., ils sont un peu snobés. Par conséquent, après cinq œuvres d’étrangers classées par date, je vais (modestement) essayer de réparer cette injustice. Nous commençons par une grande toile attribuée à Lambert Van Noort (vers 1520-1570). On voit L’Auto-sacrifice de Marcus Curtius. Puisqu’il ne s’agit, à défaut de signature, que d’une "attribution" à ce peintre, la date manque aussi. Ce que cette toile représente, je vais demander à Tite-Live de le raconter (comme je n’ai pas trouvé le texte latin, je prends la traduction de Corpet-Verger et Pessonneaux des éditions Garnier). On est à Rome, sur le forum, en l’an 362 avant Jésus-Christ. "On dit qu'un tremblement de terre ou toute autre cause ouvrit un vaste gouffre vers le milieu du Forum dont le sol s'écoula à une immense profondeur, et les monceaux de terre que chacun, selon ses forces, y apporta, ne purent combler cet abîme. Sur un avis des dieux, on s'occupa de chercher ce qui faisait la principale force du peuple romain, car c'était là ce qu'il fallait sacrifier en ce lieu, au dire des devins, si on avait à cœur l'éternelle durée de la république romaine. Alors Marcus Curtius, jeune guerrier renommé, s'indigna, dit-on, qu'on pût hésiter un instant que le plus grand bien pour Rome fût la vaillance et les armes. Il impose silence et, tourné vers les temples des dieux immortels qui dominent le Forum, les yeux sur le Capitole, les mains tendues au ciel ou sur les profondeurs de la terre béante, il se dévoue aux dieux Mânes. Puis, monté sur un coursier qu'il a, autant qu'il a pu, richement paré, il s'élance tout armé dans le gouffre, où une foule d'hommes et de femmes répandent sur lui les fruits et les offrandes qu'ils avaient recueillis".
 
774d2 El Greco, Le Concert des anges (1608-1614)
 
Après dix mois en Grèce, après avoir visité en Crète le village de Fodele, comment ne pas vibrer en reconnaissant le style inimitable de Domenicos Theotokopoulos, alias El Greco (1541-1614), dans ce Concert des anges, datant de la dernière période (1608-1614), quand il travaillait à Tolède. Quoiqu’il soit grec, je l’insère ici parmi les étrangers, d’abord parce qu’il est bien connu chez nous, et d’autre part parce que la grande majorité de ses œuvres, dont celle-ci, ont été peintes hors de Grèce (Italie d’abord, puis Espagne le plus longtemps). Mais son style n’est ni italien, ni espagnol, il est bien à lui, et donc grec…
 
774d3 Ecole flamande, Scène de bain (détail), 17e siècle
 
Ceci est un détail d’une grande toile de l’École flamande datant du dix-septième siècle et intitulée Scène de bain. Par la composition, le travail sur la lumière, l’atmosphère, ainsi qu’une multitude de détails dans l’attitude des personnages, elle est très intéressante et j’aurais aimé la montrer en entier, mais chaque détail aurait été si petit alors, que l’on n’aurait pas pu apprécier.
 
774d4 Eugène Delacroix, Guerrier grec à cheval (1856)
 
Ici encore, honneur aux Français avec Eugène Delacroix (1798-1863). Son Guerrier grec à cheval date de 1856. Mouvement, couleur, exotisme, comme toujours chez Delacroix.
 
774d5 Rosa Bonheur, Deux chevaux (vers 1889)
 
Une première raison d’avoir choisi ce tableau de Rosa Bonheur (1822-1899) c’est que cette femme née à Bordeaux est morte à Melun, qui est la ville de ma dernière résidence en France avant que nous partions pour notre long voyage de découverte de l’Europe. La deuxième raison est qu’il s’agit d’une femme très intéressante, fille de saint-simoniens appliqués à diffuser des idées sociales et élevant leurs enfants au moyen d’une éducation qui refuse de différencier les sexes, ce qui a permis à Rosa Bonheur d’être l’une des toutes premières féministes. Et puis la troisième raison tient à sa peinture, bien sûr. Fille d’artistes (un père peintre, une mère professeur de piano, elle a très tôt été initiée à la peinture par son père. Et elle s’est choisi pour sujets les animaux qu’elle voyait autour d’elle. Et puis elle est allée étudier leur anatomie dans des écoles vétérinaires. Ce tableau peint aux alentours de 1889 témoigne de sa connaissance de l’anatomie de l’animal, et met les chevaux en valeur, malgré la mauvaise qualité de ma photo où l’éclairage brille sur la peinture, notamment sur la robe plus sombre du cheval bai.
 
774e1 Fotis Kontoglou, fresque au domicile de l'artiste (19
 
774e2 Fotis Kontoglou, fresque le représentant (1932)
 
774e3 Fotis Kontoglou, fresque du Déluge (1932)
 
À présent, venons-en aux peintres grecs. Fotis Kontoglou (1896-1965) a eu l’idée originale (ou folle…) de peindre sur un mur de son domicile, en 1932, une grande fresque jouant à être ancienne, avec des parties faussement dégradées, comme en travers du personnage sur la gauche (un fakir indien), ou dans le cadre complètement à droite où le personnage central n’a que la tête, tout le corps manquant. Au-dessus de la porte de gauche, le peintre s’est représenté avec sa famille (deuxième photo). Près de sa tête il a indiqué son nom, à droite cette Maria doit être sa femme, et entre eux deux, plus petite, Despoula doit être leur fille. La troisième photo représente une scène biblique. Elle porte le mot O KATAKLYSMOS qui a donné le français cataclysme mais qui, en grec, signifie le déluge. Il s’agit donc ici des humains qui n’ont pas été pris par Noé sur son arche et qui vont être engloutis dans les eaux du déluge.
 
774f Theodoros Vryzakis, L'Arrivée de Lord Byron à Missol
 
L’histoire grecque a été marquée par les tragédies. Razzias et occupation, guerres étrangères et guerres civiles. Au milieu du dix-neuvième siècle, ce n’est pas terminé, elle n’a pas récupéré tous ses territoires, elle connaîtra encore les Guerres des Balkans, la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre Civile, la dictature des colonels. Et la crise due à son déficit budgétaire, avec les pressions européennes qui s’ensuivent. Néanmoins, avec la libération de la plus grande partie de son territoire de l’occupation ottomane dans le premier tiers du siècle, la Grèce a cru pouvoir souffler. Nombreux sont les peintres qui ont représenté des épisodes de la guerre d’indépendance. L’évêque de Patras bénissant le drapeau grec, l’Exode de Missolonghi, des portraits des chefs de l’insurrection, etc., etc., etc. Au cours d’une visite de musée, ou passant devant un monument, ou encore parcourant un site, j’ai montré des tableaux évoquant ces événements dans nombre de mes articles. Je me limiterai donc ici à ce seul tableau que Theodoros Vryzakis (1819-1878) a peint en 1861 et qui s’intitule L’Arrivée de Lord Byron à Missolonghi. Notons que le peintre, qui a étudié à Munich, est fils d’une victime de la Guerre d’Indépendance et que ses toiles monumentales avaient clairement un but d’édification et de propagande pour la complète libération du territoire.
 
774g1 Francesco Pige, Portrait d'une femme d'Hydra (vers 18
 
Quelques portraits. Je trouve que les peintres grecs y ont excellé, si j’en crois les œuvres exposées ici. Ce Portrait d’une femme d’Hydra (Hydra est une île tout en longueur face à l’extrémité de la péninsule la plus orientale du Péloponnèse.) a été peint vers 1855 par Francesco Pige (1822-1862). La pinacothèque le considère "un artiste grec emblématique". En fait c’est très compliqué. Il est né à Grins, au Tyrol, et les Autrichiens le disent autrichien, tandis que du fait de son origine italienne (comme l’indique son nom) il est décrit comme italien en Italie. Le choix de sa vie, les sujets qu’il a choisis, étant sur cette terre grecque, laissons-le parmi les artistes grecs…
 
774g2 Ioannis Oikonomou, Le Critique d'art (1885)
 
Ce tableau de 1885 est intitulé Le Critique d’art. C’est l’œuvre de Ioannis Oikonomou (1860-1931).
 
774g3 Georgios Iakovidis, La Préférée de la grand-mère
 
774g4 Georgios Iakovidis, Concert d'enfants (1900)
 
J’ai été séduit par plusieurs tableaux de Georgios Iakovidis (1853-1932), je ne résiste pas à l’envie d’en montrer au moins deux. La Préférée de la grand-mère est de 1893 et Concert d’enfants est de 1900. Il y a dans ces peintures tellement de tendresse, tellement d’humanité et d’observation affectueuse !
 
774g5 Symeon Savidis, Caprice, vers 1915
 
J’aime également beaucoup l’idée (et la réalisation) de ce tableau seulement intitulé Caprice. Il a été peint vers 1915 par Symeon Savidis (1859-1927).
 
774g6 Umvertos Argyros, Près de la fenêtre (1926)
 
Et celui-ci, n’est-il pas plein de charme ? Il a nom Près de la fenêtre et date de 1926. Il est l’œuvre d’Umvertos Argyros (1882/1884-1963). Cette double date pour sa naissance est ce qui apparaît sur la petite étiquette placée près du tableau par le musée. Je me suis demandé si son état civil aurait par hasard été perdu, ce qui serait très étonnant pour quelqu’un qui était encore en vie il y a cinquante ans. Intrigué, je viens de le trouver sur Internet, dans Wikipédia. Il est donné pour être né en 1877. Une troisième date. Les autres articles trouvés dans Google donnent, sans les discuter ni les justifier, l’une ou l’autre date. Je resterai donc dans le doute, mais cela ne retire rien à ce tableau admirable.
 
774g7 Agenor Astenadis, Portrait d'une femme (1932)
 
Un dernier portrait, avec ce Portrait d’une femme, le plus récent de ma sélection puisqu’il est de 1932. Le tableau est signé par Agenor Asteriadis (1898-1977).
 
774h1 Charalambos Pachis, Premier mai à Corfou (vers 1875-
 
Et maintenant, divers sujets que je ne sais pas trop comment classer. Je ne respecte même pas l’ordre chronologique de leur création.. C’est entre 1875 et 1880 que Charalambos Pachis (1844-1891) a peint ce Premier mai à Corfou.
 
774h2 Pavlos Mathiopoulos, Av. de la Reine Sophie après la
 
Quand, venant de la place Syntagma, on se rend ici dans cette pinacothèque, on prend l’avenue de la Reine Sophie (leoforos Vasilissis Sofias). De même, nous l’avons empruntée à chaque fois que nous sommes allés au musée cycladique ou au musée Benaki. Le musée byzantin et le musée de l’armée se trouvent dans cette avenue, ainsi que l’ambassade de France. Nous la connaissons donc fort bien. Or ce tableau de Pavlos Mathiopoulos (1876-1956) peint vers 1900 est intitulé L’Avenue de la Reine Sophie après la pluie. Cette voiture, qui au premier coup d'œil pourrait être prise pour une conduite intérieure et semblerait plutôt dater des années 1920, est en fait tirée par des chevaux, mais cela n’a aucun rapport avec l’art. Il semble que cette dame marche sur le trottoir qui longe les jardins du Parlement, palais royal à l'époque, mais à part cela l’avenue a bien changé en un peu plus d’un siècle. Les trottoirs ont rétréci et sont encombrés de kiosques, la circulation est intense. Mais j’aime le reflet sur l’asphalte mouillé, la lumière du soleil couchant qui point entre les nuages, l’atmosphère brouillée dans laquelle les formes sont légèrement floues.
 
774h3 Périclès Vyzantios, La Chambre de l'artiste à Pari
 
Périclès Vyzantios (1893-1972) a vécu et travaillé à Paris. C’est en 1913 qu’il a peint ce tableau, La Chambre de l’artiste à Paris.
 
774h4 Yannis Tsarouchis, Le Café Néon la nuit (1965-1966)
 
Le Café Néon à la nuit est une toile de Yannis Tsarouchis (1910-1989), peinte en 1965-1966. Je trouve que l’ambiance de nuit est bien rendue à travers les nuances de gris pour ce qui n’est pas éclairé et la chaude couleur des lampes à incandescence pour le café et, au-dessus, la fenêtre d’appartement. Je parle de lampes à incandescence, et cela me fait soudain penser que, pour qui n’est pas helléniste, le nom du café n’est pas évident. Aucun rapport avec le néon, gaz rare de l’air, qui s’illumine sous l’effet d’un courant électrique et qui est utilisé pour des enseignes lumineuses. En grec c’est, au neutre, l’adjectif neos (newos autrefois, en relation avec le latin novus) qui veut dire neuf, nouveau, comme dans le français néologisme, néophyte, etc.
 
774i1 Theodoros Rallis, Le Butin (1906)
 
Autre tableau que j’aime énormément, cette jeune femme attachée, enfermée dans une église ravagée. Son corsage arraché, déchiré, pend en lambeaux à sa ceinture, et son buste est nu. Le tableau s’intitule Le Butin. Visiblement, il fait allusion aux agissements des Ottomans, musulmans, qui ont tout saccagé dans l’église de leurs ennemis orthodoxes et qui ont pris les personnes valides de la population, les hommes pour les vendre comme esclaves, les femmes pour leur faire intégrer des harems. Celle-ci est le butin de l’un des Turcs. Dans son regard, terrible, on lit toute la gamme de ses sentiments. Bouleversant. C’est à Théodoros Rallis (Constantinople 1852-Lausanne 1909) que l’on doit ce tableau de 1906. Rallis avait été envoyé par le roi Othon pour étudier à Paris et, à l’École des Beaux-Arts, avait été l’élève du peintre orientaliste français Jean-Léon Gérôme (1824-1904). C’est au Salon de Paris qu’en 1875 il a exposé pour la première fois. Membre de la Société des Artistes Français, en 1900 il a été membre du jury de l’Exposition universelle, en 1901 il a reçu la médaille de chevalier de la Légion d’Honneur. Assez célèbre, donc, il a été oublié après sa mort. Ce n’est que récemment qu’il a été redécouvert et que le prix de ses œuvres, un temps très bon marché, est remonté jusqu’à ce que l’une de ses toiles atteigne à Sotheby en 2008 la somme de 670 000 Euros.
 
774i2 Theophilos (Chatzimichael), Adam et Eve
 
Rien de commun entre le Butin de Rallis, et Adam et Ève peints par Theophilos Chatzimichael (1873-1934). Ce peintre de l’île de Lesbos était un original qui portait le costume national. Il vivait dans une grande pauvreté et peignait des fresques là où il pouvait, dans des églises, dans des bars, chez des particuliers, et en échange on lui offrait un repas, ou souvent rien qu’un verre d’ouzo, et parfois rien. Son style naïf était moqué par les paysans qui l’entouraient. Et puis en 1928 Tériade (celui-là même qui, en 1951, va soutenir Odysseas Elytis, comme je le dis dans l’article d’hier), de Lesbos lui aussi, le remarque, l’apprécie, l’incite à peindre sur toile, et fera même prendre une de ses toiles par le Musée du Louvre. Aujourd’hui, dans l’île de Lesbos, dans le faubourg de Varia à six kilomètres de Mytilène, là où a vécu le peintre, un musée qui lui est consacré héberge 86 de ses œuvres. Il ne signait que de son prénom, aussi dans le monde de l’art est-il connu comme Theophilos. Il est vrai que sa vision est admirable
 
774i3 Yannis Moralis, Composition funéraire III et IV
 
Composition funéraire III et IV. Avec ce même titre, mais avec des numéros de III à VII, la pinacothèque expose quatre toiles de Yannis Moralis (1916-2009), les numéros I, II et VI manquant. On part d’une représentation épurée et stylisée mais néanmoins réaliste pour aller vers un dessin de plus en plus abstrait. J’ai rapproché ici deux toiles qui se font suite, même si la notice donne 1958-1963 pour date de la première, et seulement 1963 pour l’autre. En fait, je ne saurais dire laquelle je préfère et, de toute façon, la composition est intéressante.
 
774i4 Thodoros Manolidis, Nature morte (1972)
 
Thodoros Manolidis, né en 1940, a peint cette toile en 1972. Il l’a intitulée –on aurait pu s’en douter– Nature morte. Les peintres considèrent que rien n’est plus difficile à rendre qu’une nature morte, et avec le rendu de cette nappe blanche l’artiste n’a pas cédé à la facilité, même si par ailleurs il n’a pas choisi d’éléments particulièrement difficiles à rendre, comme une miche de pain ou la transparence d’un voile de rideaux.
 
774i5 (Sarantis Karavouzis, Adieu (avant 1980)
 
Très originale, cette peinture monochrome nommée L’Adieu (1980) est signée Sarantis Karavouzis (1938-2011). Je dis bien "peinture", car il s’agit d’une huile sur toile. Ni fusain, ni crayon, ni lavis, mais huile. Outre la forte expressivité des deux personnages, je trouve intéressant de présenter le tableau comme la reproduction de statues de marbre, intégrées cependant dans un décor peuplé de portes symbolisant le départ. La composition et les vêtements rappellent les bas-reliefs de stèles funéraires antiques, cet adieu est donc celui d’un départ dans la mort.
 
774i6 Achilleas Droungas, Athéna - Athènes (2003)
 
L’auteur de ce tableau, Achilleas Droungas, né en 1940, l’a appelé Athéna – Athènes. C’est-à-dire la déesse et la ville. Et, en lisant le titre en grec, je me suis rendu compte de quelque chose que (ô honte) je n’avais jamais remarqué, à savoir que si, en grec, la déesse et la ville portent exactement le même nom, on les distingue par la place de l’accent tonique, sur la dernière syllabe pour la déesse et la deuxième pour la ville. Le titre est donc Αθινά – Αθίνα (Athiná – Athína). L’œuvre est datée de 2003.
 
774j1 Nikephoros Lytras, L'Attente
 
774j2 Nikephoros Lytras, Le Baiser (vers 1878)
 
J’avais ici terminé ma sélection. Et puis, comme je le disais au début, j’ai été pris d’un remords. Je ne pouvais pas sacrifier deux tableaux (présentés dans le musée à quelque distance l’un de l’autre) qui ont retenu si longtemps mon attention, qui ont provoqué en moi tant d’émotion. L’artiste, Nikephoros Lytras (1832-1904) a intitulé le premier L’Attente (aucune date n’est indiquée), et le second Le Baiser (vers 1878). Ce peintre, j’ai parlé de lui au sujet de son amitié avec Gysis, avec qui il a étudié à Munich. Je disais qu’après avoir vu les œuvres de Gustave Courbet en 1869, tous deux avaient été influencés par l’orientalisme. Le voyage en Asie Mineure, en 1873, n’a pu que renforcer cette influence. Elle est très sensible dans les deux tableaux ci-dessus. Ce que j’admire ? La position et la cambrure de la fille, surtout dans L’Attente, ainsi que la finesse de sa main sur le rebord de la fenêtre, et son pied dans Le Baiser. Et je préfère le premier. En effet, le cadrage est plus centré sur elle, même si dans le second tableau le désordre sur la droite, les aulx et les fleurs au plafond, ajoutent de la vie. La robe toute blanche la met mieux en relief que le vêtement du Baiser. Et puis un baiser est un acte que l’on voit tandis que l’attente est un sentiment qu’il convient de parvenir à exprimer, et Lytras y est parvenu magistralement. "Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? […] Un point rose qu’on met sur l’I du verbe aimer", dit Rostand. Ça vient un peu comme un cheveu sur la soupe, mais cela me servira de conclusion, en attendant de nous rendre dès demain dans une autre galerie de tableaux.
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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 09:35
Aujourd’hui, nous avons effectué trois visites à Athènes. Le stade olympique, le cimetière central et la galerie nationale. Trois sujets très différents. Aussi, quoique sur les deux premiers je sois bref (une fois n’est pas coutume…), je vais les traiter à part, réservant le troisième pour mon prochain article.
 
773a1 Stade olympique d'Athènes
 
773a2 Stade olympique d'Athènes
 
Il faut prendre un billet pour la visite. D’ailleurs, nous voyons ici ou là quelques rares visiteurs perdus dans l’immensité de la structure. Non pas retenus par l’avarice qui voudrait nous faire économiser quelques malheureux Euros, mais ne voyant pas bien l’intérêt de poser nos pieds sur le stade que nous voyons fort bien de la rue et souhaitant économiser bien davantage notre temps que notre argent, nous nous contentons de cette vue de l’extérieur.
 
773a3 Stade olympique d'Athènes, historique
 
      L’affiche sur ce grand panneau nous rappelle qu’Athènes a accueilli les premiers jeux modernes en 1896, et a amplement aggravé son déficit budgétaire en les organisant en 2004. Enfants de CP qui apprenez à faire des additions, ne lisez surtout pas cette affiche, parce que 2011+330 ne font pas 2500 comme le croient ces publicitaires.
 
773a4 Stade olympique d'Athènes, les chiffres
 
Des panneaux rédigés dans de nombreuses langues donnent les chiffres impressionnants concernant ce stade. Sur ma photo, après sa cure d’amaigrissement ce n’est presque plus lisible. Je répète donc ici les principaux.
 
Dimensions 268,31 mètres sur 141 représentant 33 100 mètres carrés
La piste fait en moyenne 400 mètres "En moyenne" parce que c’est moins à la corde et plus à l’extérieur
Les tribunes comportent 47 rangées de sièges, soit 23,819 kilomètres
La capacité maximum est de 60 000 spectateurs sur des gradins de 38 centimètres de haut
En divisant la longueur de gradins par 60 000 j’obtiens 39,7 centimètres par spectateur. Il convient donc d’avoir de petites fesses si l’on ne veut pas réduire la capacité du stade
Pour accéder au dernier rang il faut gravir 107 marches
La construction a nécessité un volume de marbre considérable, soit 29 400 mètres cubes qui représentent 85,1 millions de tonnes
 
773b1 tombe de Théodore Kolokotronis
 
Quittons le stade. Mon plan d’Athènes représente l’entrée du cimetière dans une rue, mais l’entrée principale, là où sont les tombes que nous souhaitons voir, est à l’autre bout de cet immense espace. Cela nous donne l’occasion de voir des tombes de Français ou des monuments intéressants, mais par respect pour les morts qui sont enterrés là, par respect aussi pour leurs familles, je n’en montre pas d’images. Je me limite aux tombes de personnages célèbres dont les tombes ont été publiées dans la presse, et que je ne montre pas comme des curiosités, mais pour les personnages qu’elles abritent. Ci-dessus, c’est celle de Théodore Kolokotroni, dont je ne dirai rien de plus, tant j’ai parlé de lui et de son action pour l’indépendance de la Grèce dans de nombreux articles.
 
773b2 tombe d'Andreas Papandreou
 
Ici est enterré Andreas Papandréou (5 février 1919 – 23 juin 1996). Exilé pendant le régime des colonels, créateur du PASOK (Mouvement Socialiste Panhellénique) à son retour, il a été premier ministre de deux gouvernements successifs de 1981 à 1989, puis de nouveau de 1993 à sa démission pour cause de maladie en janvier 1996. Il décédera cinq mois plus tard, jour pour jour. Il s’agit d’une dynastie de chefs de gouvernement puisque son père a été premier ministre du gouvernement en exil pendant l’occupation nazie, puis très brièvement à deux reprises dans les années 60, et que son fils qui, après avoir été ministre de l’Éducation et ministre des Affaires étrangères, est premier ministre depuis octobre 2009 (en fait, parce que je suis en retard dans la rédaction de mon blog, je peux dire, sans le secours de l’oracle de Delphes, qu’il démissionnera de ses fonctions dans une semaine, le 11 novembre).
 
773b3a Tombe de Melina Mercouri et Jules Dassin
 
773b3b Tombe de Melina Mercouri et Jules Dassin
 
Ici sont enterrés Mélina Mercouri et Jules Dassin. Mélina Mercouri (1920-1994) est fille d’un député, petite-fille d’un maire d’Athènes. Après avoir suivi des cours de comédie à l’Institut Dramatique National d’Athènes, elle tourne dans quelques films et rencontre le réalisateur américain Jules Dassin grâce aux films de qui elle devient célèbre. Notamment, elle obtient le pris d’interprétation féminine à Cannes pour son interprétation dans Jamais le dimanche. Elle épouse Jules Dassin en 1966. Arrivent les colonels. Le couple, engagé à gauche, doit partir en exil et s’installe en France. Mélina Mercouri est déchue de ses droits civiques grecs. Dans son exil, elle milite avec détermination et énergie contre la dictature des colonels. Quand, après leur chute en 1974, elle rentre en Grèce et retrouve ses droits, elle est élue députée du PASOK au Pirée en 1978, et est nommée ministre de la culture de 1981 à 1989, et le redeviendra en 1993. Son action dans ces fonctions a été aussi énergique que dans sa lutte politique (dans mon article du 13 juillet, à propos de son action à Fodele en Crète, j’ai évoqué son "bébé" –les capitales européennes de la culture–, et sa lutte pour le retour des frises du Parthénon détenues par le British Museum). Elle mourra en fonction, le 6 mars 1994.
 
Parlant de son mari, je vais être amené à me répéter puisque leurs vies sont mêlées. Jules Dassin (1911-2008), fils d’un coiffeur ukrainien d’Odessa émigré lors de la révolution bolchevique, est un acteur américain, également réalisateur à Hollywood, en France, en Grèce (Du rififi chez les hommes, Jamais le dimanche). Il est tombé amoureux de son actrice fétiche, Mélina Mercouri qu’il a fait jouer dans huit de ses films (j’ai évoqué le film Celui qui doit mourir lors de notre visite de Kritsa en Crète, dans mon blog daté du 4 août 2011) et qu’il a épousée en 1966. Engagement politique, exil en France, retour en Grèce, autres films… De son premier mariage, il est le père du chanteur Joe Dassin.
 
773c1 Tombe de Heinrich Schliemann
 
773c2 Tombe de Heinrich Schliemann
 
773c3 sur la tombe de Heinrich Schliemann
 
La tombe que nous étions venus voir est celle de Heinrich Schliemann (1822-1890), où il est enterré avec sa femme Sophia. De famille pauvre, ce jeune Allemand est employé vendeur dans un commerce de harengs. Il décide de s’expatrier mais le bateau fait naufrage au large des Pays-Bas. Rescapé, il trouve un emploi à Amsterdam, réussit, est envoyé en Russie par son entreprise, s’y met à son compte, s’enrichit avec un commerce d’or, avec des ventes d’armes pendant la Guerre de Crimée. Devenu extrêmement riche, il vient étudier à la Sorbonne l’archéologie et apprend plusieurs langues, dont le grec ancien et des langues orientales. Lisant Homère dans le texte, dans l’Iliade il note soigneusement les détails géographiques de la Guerre de Troie et, les comparant avec la carte de Turquie, est convaincu d’avoir localisé Troie, que la plupart des spécialistes supposaient légendaire. En Turquie, il épouse en 1860 une jeune Grecque, Sophia Egkastromenou. À ses frais, sur un terrain appartenant au consul de France, il entreprend des fouilles en 1870. Et il découvre effectivement Troie. Je passe sur ses graves démêlés avec le gouvernement ottoman. Plus tard, dans le Péloponnèse, il réédite ses exploits en découvrant le site de Mycènes (1874) et celui de Tirynthe (1884). En novembre 1890, il subit une opération de l’oreille interne. Au bout de quatre semaines, alors que le médecin juge prudent de le garder à la clinique, Schliemann décide de partir quand même en direction d’Athènes, en route il visite Pompéi le 24 décembre, le 26 il meurt à Naples des suites de l’opération. Sa richesse et ses découvertes sont l’explication d’une si monumentale sépulture en forme de petit temple grec. Tout autour court une frise dont je montre trois fragments (tous sont dans la même pierre, mais la différence de couleur tient à l’exposition, le soleil de l’après-midi dorant la pierre du côté ouest. Sur la photo du haut, on voit Heinrich et Sophia sur un chantier de fouilles, et les ouvriers au travail. Les deux autres photos représentent des scènes antiques (transport, guerre, autel).
 
Finalement, je constate que je n’ai pas été aussi bref que je le pensais en commençant cet article.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 08:12
Depuis des mois, nous faisons des séjours à Athènes entre deux voyages en province. J’ai montré bon nombre de musées et de sites athéniens. Mais Athènes, c’est aussi et avant tout une ville avec sa vie quotidienne. Je vais donc pour le présent article piquer ici ou là dans mes photos de ces deux derniers mois pour en sortir quelques images de la vie athénienne.
 
772a1 Garde national à Athènes
 
772a2 Devant le Parlement d'Athènes
 
La relève de la garde devant le Parlement, au-dessus de la place Syntagma, est un classique des visites touristiques de la ville. Mais un jour que nous déambulions dans les petites rues derrière les jardins du palais, nous arrivons inopinément à un angle et avons la surprise de voir ce garde, strictement seul dans la rue, mais se déplaçant le long du mur dont il avait la garde de la façon la plus réglementaire, effectuant consciencieusement chacun des mouvements d’allure très folklorique comme s’il s’agissait de la façon la plus naturelle de se déplacer. Un autre jour, devant le palais entre deux relèves, ce militaire en tenue léopard remarquant un petit pli disgracieux sur la chaussette de son collègue en bel uniforme vient, comme une mère pleine de sollicitude pour son petit garçon, lui rectifier sa tenue, l’autre étant contraint par le règlement à la plus parfaite immobilité.
 
772b1 École Française d'Athènes
 
772b2 École Française d'Athènes
 
La France est présente de bien des manières en Grèce, et notamment pour la recherche archéologique. Parmi les organismes étrangers impliqués dans des fouilles officielles en liaison avec les autorités grecques, l’École Française d’Athènes est le plus ancien. Des chercheurs triés sur le volet, pour la plupart de brillants doctorants, viennent ici travailler à leur thèse. Fièrement, le calicot devant l’entrée proclame : "Le plus ancien établissement scientifique à l’étranger, la plus ancienne école archéologique étrangère en Grèce, un laboratoire de recherche international à vocation archéologique et ouvert sur le monde moderne et contemporain, un centre de documentation en réseau: bibliothèque, archives scientifiques, base de données…, une maison d’édition". Chacun de ces points est aussi écrit en langue grecque. L’entrée du domaine n’est pas libre, mais à travers la grille on a déjà une vue sur les jardins.
 
772b3 Expo Le Corbusier à l'Institut Français d'Athènes
 
772b4 Expo Le Corbusier à l'Institut Français d'Athènes
 
Autre haut lieu de la vie culturelle française à Athènes, l’Institut français. Outre les cours de langue et de civilisation, outre l’organisation des examens (DELF, DLF…, ou Sorbonne I, II…), outre une bibliothèque assortie d’un bar, l’Institut propose des spectacles (nous allons en voir un, sujet d’un prochain article), ainsi que des expositions. L’exposition actuelle concerne l'architecte Le Corbusier. Ci-dessus une affiche concernant son Voyage en Orient, et une aquarelle réalisée en Allemagne, à Potsdam, en 1930. L’éclairage fait que le bas de cette photo est couvert par une mauvaise ombre avec laquelle l’écriture de l’architecte se confond, et si l’on y ajoute la taille réduite de la photo et la baisse de sa définition, on ne peut plus lire ce qui est écrit, et c’est dommage. Le Corbusier dit, à gauche, "Je m’étonnais d’une solitude étrange et totale…… Tout à coup la police arrive et me fout dehors en gueulant comme des loups !… J’avais précisément terminé mon travail!!!", et il ajoute à droite que "Cette aquarelle fut faite le 5 novembre 1930 à 15 heures à Potsdam à la croisée du Schloss et du Sans-Souci au moment où Guillaume II et Nicolas czar de Russie allaient passer à cet endroit".
 
772c1 Athènes, Monastiraki
 
772c2 église Ton Asomaton, à Athènes
 
Une scène de rue typiquement athénienne en cette saison où la ville est un petit peu désertée par les touristes, c’est la place Monastiraki avec cette mosquée qui abrite le musée de la céramique, que nous avons visité l’autre jour (mon blog en date du 27 octobre). L’autre photo montre l’église byzantine orthodoxe Ton Agion Asomaton (église des Saints Anges) de la seconde moitié du onzième siècle, près de la station de métro Thiseio. Agrandie, elle a perdu en partie son aspect d’origine.
 
772d1 Affiche d'un film de Tintin à Athènes
 
Cette affiche annonce un film de Spielberg. On reconnaît évidemment Tintin, Milou, le capitaine Haddock. Il suffit de connaître l’alphabet grec pour comprendre le titre. TO MYSTIKO TOU MONOKEROU, le Mystère de l’Unicorne, autrement dit Le Secret de la Licorne.
 
772d2 Athènes, magasin Attica
 
Dans le grand magasin Attica, le rayon parfumerie n’a vraiment rien de typique. Il ressemble à celui de n’importe quel grand magasin français, d’autant plus que l’on y trouve, comme on s’en doute, les marques internationales (Helena Rubinstein, Guerlain…).
 
772e Gare centrale d'Athènes (Stathmos Larisis)
 
Ici, c’est la gare centrale d’Athènes, la "Gare de Larissa" (Stathmos Larisis). Elle semble bien modeste, mais c’est parce que le réseau ferré grec est très restreint. Il y a dans le pays tant de montagnes que la construction d’un chemin de fer est extrêmement coûteuse en ponts, viaducs, tunnels, remblais. Tracer une route est un peu moins cher parce que les virages peuvent être plus serrés, les pentes plus accentuées, sans compter que la route peut être utilisée par les particuliers comme par les transports publics. Et quand l’essentiel des infrastructures a été tracé, on ne se souciait pas de pollution.
 
772f1 archéologie dans le métro d'Athènes
 
772f2 archéologie dans le métro d'Athènes
 
Quant au métro, son tracé souterrain a rencontré, tout au long du parcours, des vestiges de l’Antiquité. Déjà j’en ai parlé le 25 mars 2011 à la station Panepistimio. Voici une section d’un four de potier, dont la datation oscille entre le premier siècle avant, et le premier siècle après Jésus-Christ. Quant à ce gros conduit, il est beaucoup plus ancien puisque c’est un morceau de l’aqueduc dit de Pisistrate datant de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ.
 
772f3 Métro d'Athènes, station Syntagma
 
772f4 Métro d'Athènes, station Stathmos Larisis
 
Il m’arrive d’entendre dire qu’Athènes est sale, que son métro est crasseux. Ceux qui disent cela avaient des lunettes de soleil trop sombres. Et ils ne voient ni les rues, ni le métro de Paris. Il est vrai que des façades noires et décrépites, à Athènes, peuvent donner une impression de saleté, mais ce n’est qu’une impression. Peu de gens (à part parmi les touristes…) jettent leur vieux paquet de cigarettes sur le trottoir. Les Grecs n’ont pas l'habitude de cracher par terre comme le font trop de gens en France depuis quelques dizaines d’années. Quant au métro athénien, il est d’une propreté impeccable. Mes photos ci-dessus ne sont pas truquées. Je ne les ai pas prises non plus à l’heure d’ouverture du métro, tôt le matin, avant l’arrivée du premier voyageur. Pour la première, c’était un jour ouvrable (un jeudi), il était 19h13, la grosse foule de fin de journée était passée par là et la station est Syntagma, en plein centre ville, avec une correspondance entre deux lignes. Quant à la seconde, je l’ai prise à 19h25, à la station de métro qui dessert la gare centrale. Avec humour inclus dans le design, des groupes d’hommes debout sur le mur face au quai, et des sièges en forme d’hommes assis.
 
772g1 Xénophobes athéniens
 
La philoxénie des Grecs est bien connue. L’étranger est le bienvenu. Hélas, comme partout on peut trouver des xénophobes, des chômeurs qui s’imaginent que sans les étrangers (qui exercent pourtant des métiers dont ils ne voudraient pour rien au monde) ils trouveraient du travail, des gens qui rejettent sur les autres des responsabilités qu’ils répugnent à attribuer à leurs compatriotes. D’où ce déplaisant tag "Dehors les Albanais". Pour être franc, je dois reconnaître aussi que la frontière de l’Albanie est très perméable et que si nombre d’Albanais viennent chercher du travail en Grèce, il y en a aussi qui ont des intentions moins avouables. Cela n’a rien à voir avec une prétendue "race", avec une ethnie, avec une nationalité, cela tient à des populations dont le pays a été fermé sur lui-même pendant des décennies, qui a souffert, dont l’économie est à terre, et l’humanité de n’importe quel pays comporte un certain pourcentage de gens malhonnêtes. Les Albanais malhonnêtes peuvent être tentés par l’argent des touristes qui affluent dans le pays voisin.
 
772g2 Censure d'une radio grecque
 
J’ai cherché à comprendre, dans la presse, le pourquoi de ce calicot, mais mon niveau de compréhension du grec moderne ne m’a pas permis d’y parvenir. Je n’ai rien trouvé non plus sur Internet. Pourtant, il semble s’agir d’un cas de censure. Ou de mesures économiques ou législatives qui entravent cette radio FM. En effet, le calicot dit "Nous parlons 16 langues et on veut nous clouer le bec (textuellement, nous fermer la bouche)".
 
772h1 appel à la grève du mercredi 19-10-2011
 
Venons-en à un peu de politique. Le titre de cette affiche appelle à la "révolution sociale". Et il s’y ajoute un appel "Tous en grève le mercredi 19/10". Il s’agit de s’opposer aux plans d’austérité concoctés par le Gouvernement sous la pression de l’Union Européenne.
 
772h2 manifestation pour le 17 novembre à Athènes
 
772h3 manifestation pour le 17 novembre à Athènes
 
Chaque année le 17 novembre, de nombreux partis politiques célèbrent le soulèvement des étudiants du Polytechniko (Institut Polytechnique), en 1973, contre les colonels qui avaient pris le pouvoir en 1967. Un char a défoncé la porte, écrasant les jambes d’une étudiante. Le régime n’est pas tombé, mais il a été affaibli parce que la violence de la répression a ému le monde et aussi bien des Grecs qui avaient plus ou moins accepté la dictature. Depuis, chaque année ont lieu des manifestations. Certaines organisations commettent des violences et des déprédations, aussi un puissant dispositif policier et militaire est-il déployé. Il est très vivement conseillé, ce jour-là, de ne pas s’approcher des secteurs où ont lieu les manifestations. Mais nous sommes venus devant le Polytechniko deux jours avant, lorsque ce sont les partis politiques qui tiennent des stands. Quelle que soit la puissance de leurs convictions anticapitalistes et antigouvernementales, ils restent dans la légalité et se limitent à chercher à convertir leurs concitoyens à leurs idées.
 
Et voilà pour ce petit tour de la vie à Athènes. Dès mon prochain article, je reprendrai quelques visites…
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 15:42

La poésie, telle que je la ressens en français, exprime fortement des sentiments, plus sans doute que des idées. Lorsque, dans La Mort du loup, Alfred de Vigny exprime une philosophie,

          "Gémir, pleurer, prier est également lâche.

          Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

          Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,

          Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler"

je ne prétends pas que ce n’est qu’accessoire, mais s’il a composé ce poème plutôt que de rédiger un traité c’est bien parce qu’il a souhaité que ses idées touchent le cœur tout autant que le raisonnement. Je pourrais multiplier les exemples avec la poésie romantique, ou la poésie parnassienne, qui perdent tout leur sens si on les prive de la manière dont elles s’expriment, car alors un poème comme La Nuit de mai d’Alfred de Musset, qui comporte 202 vers, je le résume en "Ça va mal, j’ai le bourdon, je ne peux plus écrire, et pourtant ça me met dans un tel état que je devrais le faire". De même, les Stances à Marquise de Corneille ne seraient rien d’autre que la répétition de "Quand vous serez bien vieille…" de Ronsard. Tout cela pour dire qu’à mon avis la poésie française est intraduisible. Traduits dans une autre langue, "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes" ou "Les ifs que leur vol fracasse / Craquent comme un pin brûlant" perdent 80% de leur intérêt. Bon, d’accord, 75% peut-être, mais c’est mon dernier prix.

 

Mais je crois qu’il n’en va pas de même pour toutes les langues. Dmitri, mon beau-père, lit de temps à autre des poèmes en ukrainien que ceux qui comprennent trouvent très amusants ou très intéressants, mais où mon oreille ne décèle pas de rythme fort comme, en anglais, dans les vers de Robert Browning

          "I sprang to the stirrup. and Jorris, and he;

          I galloped, Dirk galloped, we galloped all three".

Il dit des vers de poètes ukrainiens où rimes et assonances ne reposent pas sur des rythmes forts, bref où il semble plus important de comprendre ce qui est dit que de l’entendre. La communication avec lui est cordiale sur le plan humain, mais sur le plan linguistique nous ne parlons aucune langue en commun, ce qui ne me permet pas d’obtenir de lui des précisions sur ce qui fait de ces textes de la poésie et non de la prose. Dans ces conditions, pas de problème, on peut traduire ces textes dans d’autres langues. J’ai raconté dans mon blog qu’en août dernier, à Héraklion, nous avions fait la connaissance amicale d’un libraire spécialisé dans la poésie, et poète lui-même. Il nous a fait entendre une traduction anglaise du grand poète grec Odysseas Elytis qui ne m’a guère impressionné, puis il nous a lu un extrait en grec, auquel je n’ai strictement rien compris, mais qui a touché ma sensibilité. Ou bien les traducteurs de poésie transposent en prose ou, ce qui revient au même, en une poésie laborieuse et technique, ou bien ils font œuvre de créateurs, s’éloignant du texte original pour l’exprimer selon leur propre talent. Dans l’un comme dans l’autre cas, il est difficile de se faire une idée juste d’une poésie composée dans une langue que l’on ne comprend pas et qui ne se prête pas à la traduction.

 

Tout cela pour dire que, depuis que nous sommes en Grèce, nous entendons parler d’Odysseas Elytis (certains francisent –ou latinisent– son nom en Odysseus, ou le traduisent en Ulysse), nous voyons son nom sur la couverture de livres dans les librairies ; j’ai lu quelques traductions de ses œuvres, mais je ne le connais pas vraiment. Or il y a actuellement à Athènes, à l’American School of Classical Studies of Athens, une exposition le concernant. Belle occasion de faire plus ample connaissance.

 

771a Photos d'Odysseas Elytis

 

Il est né le 2 novembre 1911 à Héraklion, qui n’était pas encore la capitale de la Crète, cette île encore ottomane pour moins de deux ans mais qui a depuis un peu plus d'une dizaine d’années acquis son autonomie. Il est donc tout petit quand, en 1914, la Crète enfin rattachée officiellement à la Grèce, toute la famille part s’installer à Athènes, où ses parents entretiennent des relations d’amitié avec le premier ministre Elefthérios Vénizélos, crétois aussi. D'abord quelques photos de lui. De gauche à droite et de haut en bas, à Athènes en 1926 (son père étant mort d’une pneumonie en 1925, je ne sais pas qui est l’homme avec lui), à Vouliagmeni (plage et centre thermal réputé sur un lac, à vingt kilomètres d’Athènes) en 1932, au café de Flore à Paris en 1951, puis sur la deuxième ligne en 1954 sans précision de lieu (pour des raisons d’espace, j’ai amplement rogné le côté droit de la photo, commettant un crime de lèse-cadrage à l’encontre du photographe, qui avait laissé un vaste espace de mer en face du regard d’Elytis), à Moscou en 1962 (à le voir, on se serait douté que ce n’était pas à Tamanrasset), enfin en 1979 à Stockholm (je parlerai plus loin de son prix Nobel).

 

771b1 Rencontre secrète, par Odysseas Elytis (1977)

 

Encore une petite dose de biographie. En 1923, avec sa famille il effectue un voyage en Suisse, en Allemagne, en Italie. Dans ses années lycée, il adore la littérature et lit énormément, mais avoue plus tard qu’à cette époque il ne s’intéressait guère à la poésie. Mais un jour de 1928 qu’il furetait dans une librairie française d’Athènes que je connais bien, Kauffmann, il tombe par hasard sur L'Amour la poésie et sur Capitale de la douleur, d'Éluard, et c’est la révélation. Désormais, non seulement il va lire les poètes, s’entichant des surréalistes, mais en outre il va se mettre à écrire lui-même. Mais Odysseas Elytis n’est pas seulement un poète, car selon lui il y a des correspondances très directes entre la poésie et les arts graphiques, peinture, dessin, etc. C’est pourquoi il a été critique d’art, c’est aussi pourquoi il a réalisé des tableaux, ici un collage de 1977 intitulé Rencontre secrète. C’est en 1935 qu’il avait rencontré Andreas Embirikos, un surréaliste imprégné de freudisme, et que sous son influence il avait réalisé ses premiers collages surréalistes. C’est aussi cette année-là qu’un ami éditeur de revue publie à son insu des poèmes de lui. Le succès est immédiat.

 

771b2 Pure Vérité, par Odysseas Elytis (1979)

 

Autre collage, réalisé en 1979, qu’il a intitulé Pure Vérité. Mais revenons à son cursus. En 1937, il intègre pour sept mois l’école des officiers de réserve, à Corfou. Quand éclate la guerre en Grèce, il est mobilisé en octobre 1940 et, en décembre, envoyé au front en Albanie. Blessé au dos d’un éclat d’obus, puis attrapant en 1941 la fièvre typhoïde, il est rapatrié pour être hospitalisé à Ioannina, puis on le transfère à Athènes.

 

771b3 Exposition Elytis à Athènes

 

771b4 Exposition Elytis à Athènes

 

Interruption dans la biographie d’Elytis pour montrer cette œuvre en transparence (première photo) pour laquelle aucune date n’est indiquée. Pas d’indication non plus pour le dessin de ma seconde photo. Jugé perdu lors de sa maladie, il récupère cependant et sa convalescence lui donne le loisir nécessaire pour commencer à écrire son Hêlios ho Prôtos (ou plutôt, le Ê se prononçant I en grec moderne et les aspirations ayant disparu, je devrais écrire Ilios o Protos, qui signifie Soleil Premier), qui sera achevé et publié en 1943. C’est également cette année-là qu’il découvre la poésie espagnole de Federico García Lorca (que, personnellement, je vénère).

 

771c Elytis au deuxième congrès de l'AICA en 1949 à Pari

 

En 1946 éclate la guerre civile grecque, qui durera jusqu’en 1949 et va saigner le pays, humainement et économiquement. Elytis se fait critique d’art. Sur la photo ci-dessus, on le voit en 1949 siégeant comme représentant de la Grèce au deuxième congrès annuel de l’A.I.C.A., l’Association Internationale des Critiques d’Art (qui existe encore). Le panneau indiquant le pays de son voisin de droite, c’est-à-dire à gauche sur la photo, est surexposé, vraisemblablement sous le coup de flash, mais on peut lire à l’envers son reflet dans le vernis de la table, c’est la France. Et je trouve à cet homme une grande ressemblance avec François Mauriac. J’ai longuement cherché sur Internet si Mauriac, qui a exercé le métier de critique d’art, n’aurait pas adhéré à l’A.I.C.A., j’ai cherché également s’il existait une liste des participants de 1949, en vain. Je ne saurais donc rien affirmer au sujet de ce voisin d’Elytis, même si je ne crois pas me tromper. Dans sa reconversion de critique d’art, Elytis n’est pas reconnu par ses confrères, et en 1948 il décide de quitter le pays.

 

771d1 Carte de résident d'Elytis en France

 

    771d2 Carte d'étudiant d'Elytis à la fac de Lettres de Pa

 

C’est la France qu’il choisit pour cet exil volontaire. Il s’installe à Paris. À la Sorbonne, il suit en auditeur libre des conférences de philosophie. On voit ci-dessus sa carte de résident et sa carte d’étudiant. Le nom du demi-dieu Héraklès est bien connu, le nom de la ville qui en est dérivé, Héraklion, l’est également. Mais sur la carte de résident, le policier du commissariat de Saint-Germain-des-Prés qui l’a dactylographiée a indiqué HERACHION, remplaçant le L par un H. Je veux croire que c’est une faute de frappe, non une faute de culture, quoique sur le clavier français des machines à écrire ces deux lettres ne soient pas voisines (pour qui tape avec un doigt) et ne soient pas frappées par le même doigt (pour qui dactylographie avec les deux mains)…

 

771e1 Autographe de Picasso à Elytis (1951)

 

Ces premières années à Paris sont des années noires pour Elytis. Il ne comprend pas l’engagement communiste de Paul Éluard, il ne comprend pas non plus qu’André Breton et d’autres restent attachés au surréalisme qui, pense-t-il, a fait son temps. Mais deux hommes, René Char et Albert Camus, qui tous deux sont convaincus de la nécessité d’un humanisme grec, lui redonnent espoir. Mais surtout c’est la rencontre en 1951 de Tériade, un Grec originaire de l’île de Lesbos (comme sa propre famille), installé à Paris, naturalisé Français, critique d’art et éditeur, qui va être déterminante. Il invite Elytis à passer l’été chez lui à Saint-Jean-Cap-Ferrat, dans la Villa Natacha qui fera le titre de l’une de ses œuvres. On n’est pas loin de Vallauris, et il va être invité à passer quelque temps chez Picasso. Ci-dessus, un dessin et un mot autographes de Picasso (29 juin 1951) destinés à Odysseas Elytis.

 

771e2 Axion esti, d'Odysseas Elytis

 

La critique, tant en Grèce qu’à Paris, qu’ailleurs dans le monde, reconnaît désormais Elytis. En 1960, année où il perd coup sur coup, à deux mois d’intervalle, son frère et sa mère, il publie l’une de ses œuvres les plus célèbres, Axion esti, sur laquelle il a travaillé sept ans. Ce long poème lui vaut en Grèce le Grand Prix National de Poésie. À cette époque, il est rentré dans son pays, mais en 1967 a lieu le coup d’État des colonels, la dictature s’installe. En 1969 il décide de s’exiler et revient s’installer à Paris. Lorsqu’en 1971 on lui décerne en Grèce le Grand Prix de Littérature, il le refuse. Il ne veut pas d’un prix reçu des mains des colonels.

 

771f1 Le Nobel décerné à Elytis

 

La consécration définitive lui vient en 1979 lorsqu’il reçoit, le 28 octobre, le Prix Nobel "Pour sa poésie qui, sur le fond de la tradition grecque, dépeint avec une force sensuelle et une clarté intellectuelle, le combat de l'homme moderne pour la liberté et la créativité". La photo ci-dessus montre son diplôme et la médaille qui l’accompagne. Ils lui sont remis à Stockholm par le roi de Suède. Odysseas Elytis prononce son discours en français. En voici trois petits extraits (la vidéo où je l’ai entendu dure dix minutes) :

 

"Il est bon, il est juste qu'apport soit fait à l'art, de ce qu'assignent à chacun son expérience personnelle et les vertus de sa langue. Bien plus encore lorsque les temps sont sombres et qu'il convient d'avoir des choses la plus large vision possible. […]La Beauté, la Lumière, il arrive qu'on les tienne pour désuètes, pour anodines. Et pourtant! La démarche intérieure qu'exige l'approche de la forme de l'Ange est, à mon avis, infiniment plus douloureuse que l'autre, qui accouche de Démons de toutes sortes. […]Tenir entre les mains le soleil sans se brûler, le transmettre aux suivants comme un flambeau, est un acte douloureux, mais, je le crois, béni. Nous en avons besoin. Un jour les dogmes qui enchaînent les hommes s'effaceront devant la conscience inondée de lumière, tant qu'elle ne fera plus qu'un avec le soleil, et qu'elle abordera aux rives idéales de la dignité humaine et de la liberté."

 

771f2 Hommage des poètes hispanophones à Elytis (1980)

 

Désormais, les honneurs ne vont plus cesser d’affluer. Dans cette exposition, il y en a une pleine vitrine. Je ne peux évidemment pas tout montrer. Voici, ci-dessus, un livre en hommage des poètes de langue espagnole, daté du 24 octobre 1980. La même année, il est fait Docteur Honoris Causa de l’Université de Paris.

 

771f3 Prix Méditerranée 1988 décerné à Elytis

 

J’en cite encore un. C’est le Prix Méditerranée 1988, que le jury justifie en disant que "La mer est l’élément dominant de la vie et de l’œuvre d’Odysseas Elytis, cette mer bleue de l’Égée qui fait partie de la zone privilégiée qu’on appelle Méditerranée, et qui sous la souveraineté du soleil préserve, depuis des siècles, nos valeurs culturelles". L’année suivante, en 1989, il sera décoré de la Légion d’Honneur.

 

771g1 Lettre de Paul Eluard à Elytis (1986)

 

Une vitrine expose diverses lettres reçues par Elytis. On voit que les plus grands le traitent en ami. Admirateur de la poésie d’Éluard, il l’a traduite en grec (je ne suis pas capable de juger de la façon dont Éluard est rendu en grec…). La lettre ci-dessus, de la main du poète français adressée à son confrère grec, se réfère à cette traduction.

 

771g2 Odysseas Elytis à Rio en 1990

 

Abordons les dernières années. La photo ci-dessus a été prise à Rio en 1990. Elytis approche de ses soixante dix-neuf ans. Ce n’est pas bien vieux de nos jours, mais il est malade. Ainsi, alors qu’une exposition lui est consacrée à Paris au centre Pompidou en 1988, il est alité et ne peut se rendre à l’inauguration. C’est à Athènes qu’il meurt le 18 mars 1996.

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 14:36
770a Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721)
 
Nous étions tout à l’heure à l’Acropole, que nous souhaitions revoir. Mais nous la connaissions déjà, et nous n’avons toujours par visité l’agora romaine. Dans une rue qui la longe, se trouve ce qui reste de la Medrese, une école théologique ottomane construite en 1721. "Ce qui reste", c’est juste ce petit bout de façade, parce qu’après avoir servi de prison après l’accession d’Othon au trône de la Grèce libérée en 1833, elle a finalement été démolie en 1914.
 
770b1 Athènes, agora romaine
 
Mais venons-en au cœur du sujet, l’agora dite romaine. En fait, cette agora est bel et bien grecque, mais créée de 19 à 11 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire après la conquête romaine, sous le règne de l’empereur Auguste. L’ancienne agora avait été envahie par toutes sortes de constructions, tant et si bien que l’activité commerciale y était devenue impossible. Il a donc fallu trouver un autre lieu, qui n’est nullement un forum. Sur la photo ci-dessus, on voit qu’autour d’un vaste espace central (111 mètres sur 98) court la double colonnade ionique d’un portique de chaque côté duquel il y avait des boutiques bien alignées. Quand les constructions de cette agora ont été détruites, on l’ignore, mais l’espace a été utilisé jusqu’au dix-neuvième siècle. Orientons-nous : cette photo est prise de la rue, près de l’angle sud-ouest. Par conséquent, le rectangle de l’agora s’étend d’ouest en est, et la Tour des Vents, dont je vais parler tout à l’heure, est située à l’est de l’agora.
 
770b2 Athènes, propylée ouest de l'agora romaine
 
L’agora romaine comporte deux accès principaux, situés sur ses petits côtés. À l’ouest, ce propylée dorique, fait de marbre pentélique (d’une montagne au nord-est d’Athènes, dont on a aussi tiré le marbre du Parthénon), offert par l’empereur, a été dédié par le peuple d’Athènes à la patronne de la cité, sous l’archontat de Nikias (11/10 avant Jésus-Christ). C’est la Porte d’Athéna Arkhégétis.
 
770c1 Athènes, en franchissant les propylées est de l'ago
 
770c2 Athènes, propylées est de l'agora romaine
 
À l’autre bout, à l’extrémité est, l’autre propylée, ionique, est en marbre gris de l’Hymette (montagne au sud-est d’Athènes). Ci-dessus, on le voit d’abord de l’est, c’est-à-dire vers l’intérieur de l’agora (on a du mal, sur ma photo, à discerner l’autre propylée, au fond à la gauche du palmier, mais il est bien là), puis j’étais sur l’agora quand j’ai pris la seconde de ces photos, regardant donc vers l’extérieur. Juste en face de l’escalier, il y a une maison moderne, mais un peu à droite, derrière les colonnes, ce reste de bâtiment est antique.
 
770c3 Athènes, Agoranomeion
 
Le voilà, ce bâtiment situé derrière le propylée est, plus visible. Une inscription dit qu’il était dédié à Athéna Arkhégétis et aux divins Augustes, et les archéologues l’ont daté du milieu du premier siècle après Jésus-Christ. C’était par conséquent un bâtiment public, mais quel a pu en être l’usage, on l’ignore.
 
770d1 Athènes, mosquée Fetiye, sur l'agora romaine
 
770d2 Athènes, mosquée Fetiye, sur l'agora romaine
 
Sur le site archéologique de l’agora romaine, mais dans une excroissance du côté nord, se situe la mosquée Fetiye, ou mosquée du Conquérant. Comme on le voit, elle est en travaux, on ne visite pas.
 
770e1 Athènes, fontaine sur l'agora romaine
 
770e2 Athènes, fontaine sur l'agora romaine
 
Revenons à quelques éléments antiques encore visibles sur le site. Ici, on a une fontaine, sur le devant de laquelle sont creusées des demi-sphères. Je ne pense pas qu’elles aient été destinées à des libations. Par ailleurs, elles sont beaucoup trop petites pour permettre à des chevaux de s’y désaltérer. On ne se préoccupait guère de la soif des chiens errants, et en tous cas on n'en aurait pas aligné quatre. Alors… je dois dire que j’ignore totalement l’usage de ce devant de fontaine. Peut-être s’y trouvait-il des gobelets de terre cuite pour que s’abreuve le chaland.
 
770f1 Athènes, sur l'agora romaine
 
770f2 Athènes, sur l'agora romaine
 
En outre, sur le site on peut voir disséminés ici ou là quelques chapiteaux de colonnes, quelques statues amputées, diverses pierres.
 
770g1 Athènes, latrines publiques (agora romaine)
 
770g2 Athènes, latrines publiques (agora romaine)
 
Mais il est un endroit très significatif de la vie quotidienne de l’époque. Ce sont ces latrines publiques. Car, quelque trivial que soit l’endroit, il correspond à des nécessités humaines et vouloir les ignorer au nom du bon goût serait du même coup ignorer une partie du pluriquotidien de chacun. Ces toilettes publiques destinées aux commerçants et aux clients de l’agora ont été construites au premier siècle de notre ère. Comme on le voit, sur les quatre côtés d’une vaste cour rectangulaire étaient alignés des trous sur lesquels s’asseyait l’usager. Devant ses pieds courait une petite rigole, sous le siège un fossé plus profond, l’un et l’autre étant parcourus d’un courant d’eau qui emportait tout vers l’égout principal. L’endroit était couvert, à part une ouverture au centre de la toiture, servant à la fois à l’aération et à l’éclairage. Étant donnée la relation au corps chez les Grecs, ainsi que les nécessités qui en découlent, cette promiscuité n’avait rien de gênant, au contraire elle créait pour les usagers une situation conviviale, permettant la conversation entre voisins. Pour le Français du vingt-et-unième siècle, c’est difficile à concevoir, mais là est précisément l’un des intérêts de l’étude d’autres peuples, d’autres époques, qui permet de découvrir que, même pour des civilisations très évoluées, les usages peuvent être radicalement différents. En voilà un exemple.
 
770h1 Athènes, Tour des Vents
 
770h2 Athènes, Tour des Vents
 
770h3 Athènes, Tour des Vents
 
770h4 Athènes, Tour des Vents
 
Venons-en à la Tour des Vents. Le fait que ce sujet vienne juste après celui des latrines ne tient pas à une plaisanterie de ma part (ce serait de fort mauvais goût), mais tout simplement que cette tour jouxte cet endroit. C’est Andronikos, un astronome et architecte macédonien de la ville de Kyrrhos et qui a vécu à la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ et au début du premier qui a imaginé ce bâtiment au plan octogonal, construit en marbre pentélique, pour indiquer l’heure aux Athéniens. Le toit conique était surmonté d’une girouette de bronze représentant un Triton. Chacun des huit côtés de l’octogone était décoré, à son sommet, d’une sculpture représentant l’un des huit vents qui soufflent sur Athènes. On peut distinguer, sur la troisième de mes photos ci-dessus, à la gauche de la petite fenêtre, le départ de deux traits gravés dans la pierre. Ces marques sur les façades permettaient de lire l’heure en fonction du déplacement de l’ombre sur le mur. Les Athéniens n’étaient pas sans repères la nuit ou les jours où les nuages occultaient le soleil, car Andronikos avait en outre prévu à l’intérieur du bâtiment un système d’horloge à eau, selon le principe du sablier : l’eau s’écoule d’un récipient supérieur vers un récipient inférieur à une vitesse déterminée par la dimension de l’orifice de passage de l’un à l’autre des récipients. C’est la clepsydre.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 14:11
769a Athènes, temple archaïque de Dionysos
 
Nous avons déjà visité l’Acropole, nous avons vu d’en haut le théâtre de Dionysos, mais nous ne sommes pas encore allés le voir de près. Lacune à réparer au plus vite. Après avoir franchi l’entrée du site, nous voyons de pauvres ruines d’un petit autel de bord de route qui avait peut-être été dédié à Hécate ou à Hermès, nous laissons le nouveau temple de Dionysos qui n’est guère plus qu’un rectangle d’herbe avec quelques rares pierres qui laissent en imaginer les dimensions, et nous arrivons ici au temple archaïque de Dionysos.
 
769b1 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769b2 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769b3 Athènes, théâtre de Dionysos
 
Et un peu plus loin nous voici au théâtre. Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, du temps des trois grands tragiques Eschyle, Sophocle, Euripide, et du grand auteur de comédies Aristophane, il n’y avait là qu’une modeste scène en bois et les spectateurs, dans la cavea, étaient assis sur de simples bancs de bois, seuls quelques officiels ainsi que les prêtres disposant de vrais sièges de pierre. Ce n’est qu’à l’époque de Lycurgue (390-324 avant Jésus-Christ), dans la seconde moitié du quatrième siècle, qu’un vrai théâtre en dur a été construit. Plus tard, vers le second, voire le premier siècle avant Jésus-Christ, avec la multiplication des spectacles, notamment avec la Nouvelle Comédie, on a amélioré la scène en y construisant un second niveau, en ajoutant une colonnade, etc. En effet, dans le théâtre classique, le chœur avait le rôle principal mais avec le recul du rôle du chœur et l’importance accrue du jeu des acteurs, il convenait d’exhausser la scène.
 
769c Athènes, théâtre de Dionysos
 
L’époque romaine a aussi apporté une décoration du devant de la scène avec des sculptures dont le thème se rapporte au cycle mythologique de Dionysos. Puis, comme on l’a vu dans mes articles précédents, en 267 après Jésus-Christ les Héruliens sont passés par là et ont détruit le théâtre. Au quatrième siècle de notre ère, le théâtre a connu une nouvelle période de prospérité, et de nouvelles décorations représentant des épisodes de la vie de Dionysos, récupérées sur de vieux bâtiments démolis, sont venues s’ajouter. Mais au sixième siècle une basilique paléochrétienne a pris place dans le théâtre. Dans un premier temps, de 2003 à 2005, on a entrepris une restauration de la cavea en remettant en place les éléments trouvés épars mais, par la suite, une reconstruction de la scène est prévue en réutilisant les fragments retrouvés là où ils peuvent être replacés. Espérons qu’il n’y aura pas trois fois plus de pierres flambant neuves, bien blanches et bien polies, noyant une toute petite minorité de pierres antiques, hellénistiques ou romaines.
 
769d1 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769d2 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769d3 Athènes, théâtre de Dionysos
 
Avant de quitter le théâtre, je tiens à en montrer quelques sièges. D’abord ce siège très décoré, large, situé en plein milieu du premier rang, était réservé au prêtre de Dionysos, dignité suprême puisque le théâtre était dédié à ce dieu. Puis on voit des sièges individuels à dossier et à bras qui devaient être occupés par divers magistrats, et si l’on est attentif on peut remarquer que le devant de certains sièges est gravé. Ceux que je montre ici en gros plan sont réservés, celui de gauche au prêtre de Déméter et de Pherréphatta (Perséphone, la fille de Déméter, dont le nom a été ainsi déformé sous l’Empire. Je me rappelle que Clément d’Alexandrie, un Père de l’Église qui a vécu de 150 à 220 environ et qui était au programme de ma licence, s’insurgeait contre l’indécence de "Phéréphassa"), et celui de droite au prêtre de Thésée.
 
769e Athènes, pente sud de l'Acropole
 
Derrière le théâtre, un sentier permet de monter le long de la pente sud de l’Acropole contre laquelle il est adossé. On voit ici l’entrée de la caverne des chorégies de Thrasyllos. Cette façade de marbre commandait l’entrée d’une caverne naturelle dont l’intérieur était décoré, si l’on en croit Pausanias, de sculptures représentant Apollon et Artémis tuant les enfants de Niobé (je raconte cette légende dans mon article daté 11 et 12 décembre 2009). Ce Thrasyllos est le mécène qui a financé les travaux, au temps de l’archontat de Néaichmos (320/319 avant Jésus-Christ). Certains supposent qu’il y a eu un sanctuaire paléochrétien dans cette caverne, mais rien n’est moins sûr. En revanche, divers visiteurs du dix-septième siècle témoignent d’une chapelle. Là où aujourd’hui il y a un pilier central, il y avait autrefois une statue de Dionysos mais en 1802 elle a été prise par Lord Elgin sans autorisation, lors d’un coup de force, et elle est désormais montrée au British Museum, qui n’a nulle intention de la rendre, malgré la façon dont elle a été honteusement volée. Puis en 1827, lors du siège de l’Acropole par les Turcs, le monument a été complètement détruit. Mais les voyageurs J. Stuart et N. Revett en avaient fait un dessin très méticuleux lors de leur séjour à Athènes en 1751-1753, qui sert à une reconstruction entreprise depuis 2002.
 
769f1 Athènes, Acropole, jugement de Pierre IV d'Aragon
 
769f2 Athènes, Acropole
 
Puisque nous sommes ici et que nous avons lorgné l’Acropole, cela nous donne envie de retourner y jeter un coup d’œil. Ce samedi 29 au matin nous sommes allés voir le temple de Zeus Olympien (mon article précédent), puis nous nous sommes promenés, et l’après-midi c’était le théâtre de Dionysos. Évidemment, le site est fermé à cette heure-ci mais nous nous y rendons dimanche 30. En montant, je remarque cette plaque citant un mot de Pierre IV d’Aragon, qui dit le 11 septembre 1380 que "L’Acropole d’Athènes est le plus riche joyau du monde". Je remarque aussi une pierre gravée en grec et datée de 1853. Sur la première ligne, en gros caractères, je lis "La France" (Hê Gallia). Hélas je dois avouer, avec honte, que si j’arrive à isoler différents mots, je ne suis pas capable de dire ce qui est écrit.
 
769f3 L'Acropole (1845-1850) par Raffaello Ceccoli
 
Le fait que je sois en retard dans mon blog présente quand même un (tout petit) avantage, cela me permet d’utiliser ici une photo faite trois jours plus tard, le 2 novembre, à la Galerie Nationale. Le tableau ci-dessus représente l’Acropole entre 1845 et 1850. Il s’agit d’une toile de Raffaello Ceccoli. Athènes n'est encore qu'une bourgade
 
769g1 Athènes, Acropole, temple d'Athéna Nikè
 
Pour nous, c’est un plaisir de voir de nouveau les splendides monuments de l’Acropole, mais à travers mon blog il est clair que les redites sont inutiles. Je montre toutefois quelques images où les monuments sont sous un angle différent. Ici, c’est le petit temple d’Athéna Nikè juché à l’extrême bord de la falaise, sur le côté des Propylées.
 
769g2 Athènes, Acropole, entrée avant les Propylées
 
Avant d’arriver aux Propylées, entrée majestueuse du plateau, on franchit cette petite porte. Auparavant, on était dans la nature, on suivait une allée dans un espace boisé. Ici commencent les constructions, avec les murs de soutènement.
 
769g3 Athènes, Acropole, Erechthéion
 
Le fameux Érechtéion a été montré sous toutes ses coutures, avec ses copies de cariatides , l’un des originaux étant au British Museum, les autres ici à Athènes, au musée de l’Acropole (où la photo est interdite). Mais ici, sous ce ciel plombé et dans ce rayon de soleil il prend un aspect particulier. La météo a été assez sympathique pour m’offrir cette lumière sans faire éclater l’orage que je craignais.
 
769h1 Athènes, Acropole, utilisation de fibre optique
 
Si j’ai pris cette photo d’une colonne du Parthénon, c’est parce que l’on y voit une gaine sur laquelle il est inscrit qu’il s’agit de palpeurs en fibre optique. Technique de pointe… On est en train de remplacer les fixations entre les pierres posées lors de restaurations précédentes par des attaches de tungstène, qui ne s’oxydera pas. La rouille des anciennes attaches, au contraire, faisait éclater la pierre.
 
769h2 Athènes, temple d'Héphaistos et agora vus de l'Acro
 
Et pour conclure, une vue de l’agora et du Théséion (le temple d’Héphaïstos), qui constituaient notre visite du 27, il y a trois jours. On se rend compte qu’en fait, l’agora et l’Acropole étaient toutes proches l’une de l’autre. La ville moderne répartit les vestiges antiques en sites touristiques, on visite l’un, on visite l’autre, cela empêche de percevoir que tout cela constituait une ville unique. On le sait intellectuellement, bien sûr, mais on ne le "sent" pas. Cette vue du haut de l’Acropole restitue cette sensation.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 13:47
768a1 Athènes, Zappeion
 
768a2 Athènes, Zappeion
 
Depuis que nous sommes à Athènes, presque chaque jour nous prenons un bus pour nous rendre à la station Metaxourgio où nous prenons le métro qui nous mène là où nous avons prévu une visite de site ou de musée, là où nous avons envie de nous promener, là où nous devons faire des courses. Mais il est un moyen de transport urbain que nous n’avons jamais utilisé à Athènes, c’est le tramway. Donc, arrivés place Syntagma, lieu habituel des manifestations mais calme aujourd’hui, nous prenons un tramway que nous laissons au Zappeion. Il s'agit d’une salle d’expositions nationale voulue par des cousins du nom de Zappas (d’où le mot Zappeion) et construite de 1874 à 1888 par l’architecte Théophile von Hansen. Parce que, le premier décembre 1916, les troupes françaises et britanniques avaient été attaquées par les forces grecques, les Alliés ont exigé une cérémonie qui a eu lieu en 1917 dans les jardins de ce Zappeion, l’armée royale grecque saluant solennellement les drapeaux des Alliés.
 
Nous nous rendons au temple de Zeus Olympien. D’abord, un mot sur une curiosité linguistique. La lettre grecque B (béta) se prononçait dans l’Antiquité comme en français, mais très tôt la prononciation s’en est relâchée et l’air est passé entre les lèvres, la prononciation devenant celle d’un V français. Et puis il a fallu, plus tard, trouver un moyen d’écrire le son B, par exemple après la découverte du Brésil, ou pour parler de l’Italien Berlusconi. Les Grecs ont imaginé alors que le son V continuerait à s’écrire avec la lettre B et que le son B serait noté par le groupe de lettres MP. Du coup, sur mon plan d’Athènes censé être traduit en français, le temple de Zeus Olympien est noté OLYBIEN, le traducteur ayant cru bon de transcrire le MP du grec par un B en français. Voyant cela, j’ai été très attentif à la façon dont les Grecs prononcent ce mot, et j’ai été surpris de constater que nombreux sont ceux qui prononcent avec notre son B.
 
768b1 Athènes, thermes romains
 
768b2 Athènes, thermes romains
 
768b3 Athènes, thermes romains
 
Nous rendant, donc, du Zappeion au temple de Zeus, nous voyons un grand enclos sur le trottoir, protégé par un toit, Ce sont des ruines de thermes d’époque romaine mis au jour fortuitement, en créant une ventilation pour le métro, laquelle ventilation a été réalisée plus au sud, et cet emplacement transformé en chantier de fouilles. La rivière Ilissos coule tout près et, dès l’époque géométrique, la ville s’est étendue dans ce secteur avec sanctuaires et sépultures. Lorsque, sous le règne de l’empereur Hadrien, au début du troisième siècle de notre ère, la ville s’est considérablement développée et que l’on a construit en son honneur la Porte d’Hadrien dont je vais parler tout à l’heure, ce secteur précédemment considéré comme périphérique a été englobé dans la ville et l’on y a construit de nouveaux temples et des bains. L’établissement que nous voyons ici, délimité par deux murs réutilisant des éléments architecturaux d’édifices antérieurs, a été construit à la fin du troisième siècle ou au tout début du quatrième, après les raids héruliens (voir mon article daté 27 octobre 2011) de 267 après Jésus-Christ, puis réparé et agrandi aux cinquième et sixième siècles. Dans les thermes romains, il y avait des bains froids, des bains tièdes et des bains chauds. Connectées aux salles tiède et chaude (tepidarium et caldarium) se trouvaient des salles de chauffe (hypocaustes) soutenues par des colonnes. Sur la première de mes photos, on voit à droite l’hypocauste du caldarium, avec ses colonnes de brique, et à gauche celui du tepidarium dont les colonnes de marbre ont toutes été récupérées de monuments funéraires. C’est au moyen de passages voûtés comme on en voit un sur ma seconde photo que les chaufferies des hypocaustes étaient connectées aux salles fréquentées par les clients. Lorsque l’on cessa d’y faire usage de bains, les Byzantins y ont stocké des céréales dans des récipients en terre cuite. Je suppose donc que ce sont ces récipients que l’on voit sur ma troisième photo.
 
768b4 Athènes, thermes romains
 
Lorsque l’on entre sur le site archéologique du temple de Zeus, on passe devant ces ruines, et on informe le visiteur qu’il s’agit de… bains romains. Encore. Mais en les observant, si l’on a l’œil un peu exercé, on se rend compte qu’il ne s’agit nullement d’un prolongement de ceux que l’on a vus à l’extérieur, parce que ceux-ci révèlent une architecture plus ancienne. Renseignement pris, ils dateraient de 124-131 après Jésus-Christ et n’auraient nullement été remplacés par ceux que nous avons vus précédemment, mais auraient continué à fonctionner en parallèle jusque très tard, dans le courant du septième siècle.
 
768c1 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
768c2 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Et voilà le temple de Zeus Olympien, l’un des plus grands du monde grec, seulement dépassé de peu par Agrigente et Sélinonte en Sicile, Éphèse et Milet en Asie Mineure. Petite parenthèse sur la Bible. On se rappelle que Dieu, jugeant les humains envahis par le mal, trouve en Noé un juste et lui enjoint de construire un bateau, l’arche, et de s’y embarquer avec sa femme et un couple de chaque espèce animale, puis il envoie sur terre un déluge qui recouvre le monde, noyant tous les hommes. Quand, le quarantième jour, les eaux se retirent, le monde prend un nouveau départ, issu des fils de Noé. Mais ce récit de la Genèse est bien postérieur au Poème du Supersage, mythe mésopotamien du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, où selon un scénario très semblable les Grands Dieux ordonnent à un sage de se réfugier sur un bateau, puis ils envoient un déluge qui anéantit les autres hommes.
 
Je referme la parenthèse, pour en venir à un Titanide. Les Titans sont fils d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia (la Terre). L’un d’entre eux, Japet, s’unissant à sa sœur Thémis (la Justice), engendre Prométhée, lequel façonne l’Homme avec de la glaise (tiens, tiens, cela aussi me rappelle la Genèse). Un autre Titan, Océan, avec sa sœur Téthys, donne naissance à Pronoia (la Prévoyance). Prométhée et Pronoia, ces deux petits-enfants d’Ouranos et de Gaia, engendrent Deucalion. Jugeant que les Hommes ont sombré dans le mal, Zeus décide de les détruire, et avec l’aide de Poséidon il noie la Grèce et les terres contiguës sous le déluge et le débordement des fleuves. Seuls Deucalion et sa femme Pyrrha, sur une petite barque, pourront gagner le sommet du Parnasse, qui dépasse au-dessus des eaux. Là, un oracle de leur aïeule Thémis leur ordonne de jeter derrière eux les os de leur grand-mère. Très malins, ils comprennent qu’il s’agit de leur arrière-grand-mère la Terre, et que ses os sont les pierres du sol. Des pierres jetées par Deucalion naîtront les hommes, et de celles de Pyrrha les femmes. Ainsi, tous deux sont les premiers ancêtres des Grecs.
 
Si je raconte ces légendes, c’est parce que Deucalion est celui qui, le premier, établit en ce lieu un sanctuaire de Zeus pour le remercier de les avoir choisis, lui et sa femme, pour être sauvés des eaux du déluge. Des bribes de ruines enfouies, avec un passage voûté souterrain menant à l’Ilissos, témoignent d’une époque où l’on considérait que c’était par ce canal que se seraient écoulées les eaux après le déluge. À l’emplacement de la création légendaire se trouvait en 515 avant Jésus-Christ un vieux temple lorsque le petit-fils du tyran Pisistrate (600-527), nommé Pisistrate lui-même, entreprit en calcaire la construction du temple que nous voyons, en style dorique, sur le modèle des temples d’Asie Mineure. Mais la construction fut stoppée dès 508 lorsqu’il fut mis fin à la tyrannie et que le tyran Hippias partit en exil, alors que le temple n’en était qu’au soubassement. Quelques années plus tard, quand Thémistocle construisit son mur pour enclore la ville, bien des pierres y ont été prélevées. Et le temple est resté dans cet état embryonnaire très longtemps, jusqu’à ce que l’on reprenne temporairement les travaux, en marbre cette fois, vers le quatrième siècle. Nouvel arrêt après quelques temps. Il faudra attendre que le roi de Syrie Antiochus IV finance la reprise en 175 avant Jésus-Christ pour que l’on arrive jusqu’aux chapiteaux des colonnes, passant au style corinthien. C’est à Hadrien, en 131-132 après Jésus-Christ, lors de sa seconde visite à Athènes, qu’il reviendra de l’achever enfin et de l’inaugurer près de 650 ans après le début des travaux.
 
768c3 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
768c4 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Avec ses 110,35 mètres sur 43,68 il comportait deux rangées de 20 colonnes sur les grands côtés et trois rangées de 8 colonnes sur les petits côtés. Il recelait une statue chryséléphantine (or et ivoire) de Zeus ainsi qu’une statue d’Hadrien, tous deux honorés ici à égalité. La décadence a commencé au cinquième siècle, le temps, les hommes ont contribué à sa lente destruction. Calcul : deux rangées de 20 colonnes de chaque côté, cela en fait 80. Trois rangées de 8 de chaque côté (mais on n’en compte que 6 parce que celles des extrémités sont déjà dénombrées sur le grands côtés), cela en fait 36 de plus. Total, 80+36=116. Or je lis qu’il comportait à l’origine 104 colonnes…
 
768c5 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Toujours est-il que, des 104 ou 116 colonnes, un témoignage de 1450 dit que 21 d’entre elles étaient encore debout, mais il n’en restait que 16 en 1852 lorsque, le 26 octobre, une violente tempête en a jeté à bas une de plus. Elle gît toujours à terre, là où elle est tombée, ses tambours juxtaposés. Pourquoi Zeus a déchaîné les éléments sur son propre sanctuaire, je crois le deviner. Je crois comprendre le pourquoi de sa colère. Car lui qui règne sur le pays qui a inventé la démocratie, lui qui a dû se réjouir de voir, à la fin du siècle précédent, dans un pays occidental ami, une révolution mettre à bas l’Ancien Régime, lui qui a dû, en 1848, se féliciter de voir s’instaurer, dans ce même pays, une république, a explosé de rage en imaginant le président, fût-il prince, se proclamer empereur. Car, lui qui voit tout, lui qu’informe avant tous les autres son fils Apollon le devin, il savait ce qui allait se produire quelques semaines plus tard, ce fameux 2 décembre 1852…
 
768c6 Athènes, temple de Zeus Olympien et Acropole
 
768c7 Athènes, temple de Zeus Olympien et Lycabette
 
Encore ces deux photos, qui permettent de se faire une idée de la situation de ce temple, puisque sur la première on voit l’Acropole et, sur la seconde, cette colline pointue c’est le Lycabette.
 
768d1 Athènes antique
 
Près du temple de Zeus, en contrebas, d’autres ruines ne sont pas accessibles au public. Il semble qu’elles soient encore l’objet de fouilles.
 
768d2 Athènes, mur de Thémistocle
 
Le mur de Thémistocle, construit partiellement en cet endroit avec des pierres du temple de Pisistrate, séparait la ville ancienne et les faubourgs. Il est encore bien visible ici.
 
768e Athènes, colombe au temple de Zeux
 
Sur l’architrave du temple de Zeus encore en place de nos jours, un stylite (ermite qui décide de vivre au sommet d’une colonne) avait élu domicile au Moyen-Âge. Aujourd’hui, quoique leurs mensurations rendent le séjour sur l’architrave moins inconfortable que pour un homme, les colombes préfèrent le vaste espace offert par le sol.
 
768f1 Athènes, porte d'Hadrien
 
768f2 Athènes, porte d'Hadrien
 
Et la voilà, la porte d’Hadrien construite en l’honneur de l’empereur lors de son second séjour à Athènes, lorsqu’il a consacré le temple de Zeus enfin achevé, avec les deux statues, celle du dieu et la sienne, de même taille. Parce qu’elle ouvrait la ville ancienne sur le quartier nouveau, on avait gravé côté ville " Ici est Athènes, l’ancienne ville de Thésée", et sur le côté extérieur, aménagé par l’empereur " Ici est la ville d’Hadrien et non plus celle de Thésée". C’est sûrement vrai parce que deux de mes livres le disent, mon guide aussi, ainsi qu’un dépliant touristique, mais j’ai eu beau bien regarder, j’ai beau maintenant scruter ma seconde photo, je ne vois pas trace de cette inscription. Un mot, avant de quitter les lieux, de ma première photo. Juste au moment où je déclenchais, un taxi a débouché devant mon objectif. J’ai donc immédiatement après appuyé de nouveau sur le déclencheur. Et maintenant, au moment de publier ma photo, je trouve que ce taxi jaune, légèrement flou à cause de son mouvement, met un peu de vie et de couleur dans l’image, et finalement je la préfère à la seconde, toute nue et statique.
 
768g Nous deux à Athènes
 
Et voilà, notre visite de ce quartier est terminée, mais nous allons un peu déambuler encore parce que nous aimons bien cette ville et qu’en cette fin d’octobre le climat est particulièrement doux et agréable. Nous n’apparaissons pas beaucoup dans mon blog ? Mais si, mais si, justement nous voilà, avant que je ne termine mon article du jour.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 13:15
767a1 Athènes, hôtel particulier de Schliemann
 
767a2 Athènes, hôtel particulier de Schliemann
 
767a3 Athènes, hôtel particulier de Schliemann
 
Nous nous sommes rendus ce soir à l’hôtel particulier que Schliemann, le découvreur du site de Troie puis de celui de Mycènes, s’est fait construire par Ziller en 1878. Le néogrec Kaftanzoglu en a traité le style Renaissance de "lèpre incurable". Jugement sévère pour un bâtiment raffiné. Quant au sol, sa mosaïque répète à l’infini la svastika. J’ai déjà dit ailleurs quelle signification avait ce signe dans de nombreuses civilisations qui ne se connaissaient même pas, je me suis déjà lamenté sur le fait que l’infâme idéologie nazie se la soit appropriée au point qu’aujourd’hui on n’oserait pas l’arborer de peur de se voir taxé de l’idéologie hitlérienne. Quant à Schliemann, son hôtel particulier est évidemment bien antérieur au nazisme et l’intention de cette décoration n’avait aucune signification politique. Mais si nous sommes ici, ce n’est pas pour admirer le bâtiment ni pour en commenter le sol, mais parce qu’il abrite le musée numismatique national, nourri à la base par la magnifique collection amassée par Schliemann lui-même, puis constamment enrichi ensuite. Il rassemble aujourd’hui une incroyable collection de 30 000 pièces. La majorité d’entre elles proviennent de quelque trois cents "réserves" (tirelires, cachettes dans des murs, dans des planchers, dans le sol), version antique du bas de laine, trésors dissimulés pour échapper à des envahisseurs lors de guerres, lors de razzias, ou simplement lors de cambriolages. La visite est fabuleuse, mais en photo dans l’espace restreint d’un blog je crains que montrer, non pas la totalité bien sûr, mais une vingtaine de photos ne soit fastidieux. Aussi ai-je regroupé par thèmes plusieurs pièces sur chaque image, de façon à me limiter à sept images au total.
 
767b Athènes, musée numismatique, effigies de rois
 
Voici, pour commencer, quelques pièces représentant les rois qui les ont émises. En haut, deux pièces en argent de Philippe II de Macédoine, en dessous trois pièces en or de son fils Alexandre le Grand (Alexandre III, comme le tsar qui a donné son nom à un pont de Paris). En bas à gauche, une pièce de Philétairos (343-263 avant Jésus-Christ) de Mysie, région du nord-ouest de l’Asie Mineure. Il s’agit de l’un des généraux d’Alexandre le Grand qui, après la mort de ce dernier, a pris part à la lutte de sa succession contre d'autres prétendants. Puis sont représentés deux rois du Pont, Mithridate V Euergétès (vers 150-vers 120 avant Jésus-Christ) qui a combattu aux côtés de Rome et a fini assassiné, sans doute par sa femme. En bas à droite, c’est son fils Mithridate VI Eupator (132-63 avant Jésus-Christ). Ce Mithridate VI craignait beaucoup, et à juste titre parce que cela était fort courant, d’être empoisonné par l’un de ses ennemis ou concurrents et, pour s’immuniser, il absorbait quotidiennement des doses de poison, infimes au début puis en quantités croissantes (au fond, c’est un peu l’idée de Pasteur avec les vaccins, mais vingt siècles plus tôt), à tel point que lorsqu’il voulut se suicider pour ne pas devoir se rendre à ses ennemis il dut se faire trucider par un mercenaire malgré les quantités considérables de poison qu’il avait ingérées sans résultat définitif. D’où en français l’expression "se mithridatiser" pour exprimer que l’on s’accoutume à quelque chose de négatif, de dangereux, de désagréable et que l’on s’immunise ainsi à la longue.
 
767c Athènes, musée numismatique, animaux
 
Fréquents aussi sont les animaux frappés sur les pièces antiques. Sur la première ligne, de gauche à droite, un bélier de la ville sainte de Delphes, un bouquetin d’Aegae (le musée ne donne rien d’autre que le nom de la cité, or j’en connais plusieurs de ce nom, dont la moderne Vergina ancienne capitale de Macédoine où a été trouvée la tombe de Philippe II, mais je crois que cette pièce a plutôt été frappée par une Aegae du nord du Péloponnèse. Sous toutes réserves), une colombe de Thespies (ville de Béotie, non loin de Thèbes), et enfin une chimère, ou lion ailé, de Sicyone, ville du nord du Péloponnèse). La deuxième ligne commence par deux tortues toutes deux frappées par l’île d’Égine dans le golfe Saronique entre l’Attique et le Péloponnèse, mais alors que la première est une tortue de mer (en anglais turtle), la seconde est une tortue de terre (anglais tortoise). La ligne s’achève par une abeille d’Éphèse et un lièvre sur une tétradrachme de Messine, en Sicile, pièce d’une valeur de quatre drachmes, équivalent à un statère. Il est hélas exceptionnel que le musée indique la valeur des pièces, comme pour le statère ci-dessus, de même que les époques où elles ont été frappées. Lorsque, plus haut, il s’agissait de pièces frappées sous le règne du roi représenté, la datation était aisée, mais pour ces animaux… Quant à indiquer le pouvoir d’achat d’une pièce donnée, il variait selon la cité qui l’avait émise (le poids de métal précieux n’étant pas le même partout. Dans mon article du premier octobre 2010 je signalais que la drachme pesait 6,16 grammes à Égine, 4,36 grammes à Athènes, et 2,90 grammes à Corinthe), mais aussi de façon considérable selon les époques, de sorte que je ne peux dire ce que l’on pouvait acheter avec cette monnaie sicilienne. Sur la troisième ligne, ce char victorieux (c’est en effet une Victoire, ou Nikè, cette femme ailée qui vole au-dessus du cheval) est également une tétradrachme de la même Messine sicilienne. À côté, nous restons en Sicile avec ce rapace qui provient de la cité d’Akragas (Agrigente) ainsi que son voisin le crabe. Nous terminons cette série d’animaux avec la chouette athénienne, symbole de la déesse Athéna patronne de la cité.
 
767d Athènes, musée numismatique, chouettes athéniennes
 
Je me plaignais, il y a un instant, que les dates des monnaies ne soient pas indiquées. Il suffit de voir ces quelques chouettes, toutes athéniennes, pour se rendre compte qu’elles ne sont pas toutes du même modèle. Pourtant le musée indique pour la première "tétradrachme" et, pour les deux autres, "tétradrachme new style". Il y a donc bel et bien une différence de date, non de valeur.
 
767e Athènes, musée numismatique, mythes
 
Venons-en aux mythes. Ce Pégase, le cheval ailé, est sur une pièce de Corinthe. Il n’est pas besoin de préciser que sur les deux autres monnaies de la première ligne, ce taureau à tête d’homme est le Minotaure. Ce sont deux pièces d’un statère provenant non de Crète mais de Grande Grèce, la première de Naples (Néapolis), l’autre de Géla en Sicile, la ville où est mort le poète tragique Eschyle, victime selon la légende de son crâne chauve qu’un aigle a pris pour une pierre et sur lequel il a laissé tomber de très haut une tortue dont il voulait ainsi briser la carapace. Sur la deuxième ligne, ce statère représentant un dauphin chevauché par un homme provient de Tarente. On se rappelle la légende de ce Crétois dénommé Taras, fils du dieu Poséidon et, par sa mère, petit-fils de Minos et donc arrière-petit-fils de Zeus, qui fit naufrage en mer Ionienne et que son père, maître des mers, sauva de la noyade en lui envoyant un dauphin qui le mena à l’emplacement où il fonda une ville à laquelle il donna son nom, Taras, devenue aujourd’hui Taranto, ou Tarente en français. En bas au milieu, le robot géant Talos, réalisé en bronze par Héphaïstos, qui protégeait la ville crétoise de Dikta (voir mon article du 3 août 2011), a été frappé par la ville crétoise de Phaistos sur ce didrachme. En bas à droite on voit Athéna et Marsyas, reproduction d’une sculpture monumentale du sculpteur athénien Myron (vers 485-vers 420 avant Jésus-Christ), le célèbre auteur du Discobole, statue perdue mais connue par des copies romaines. Athéna avait inventé la flûte double (aulos, en grec) mais un jour qu’elle en jouait elle se vit, les joues gonflées, et elle ne put souffrir d’être ainsi enlaidie. Elle jeta au loin son aulos. Marsyas, un satyre originaire de Phrygie, la ramassa et devin un remarquable musicien. Mais il devint si fier de lui-même, si vaniteux, qu’il osa défier le dieu Apollon. Mais il perdit la compétition et, pour le châtier d’avoir cru pouvoir se mesurer à un dieu, il fut condamné à être écorché vif.
 
767f Athènes, musée numismatique, monnaies diverses
 
Il reste quelques monnaies que j’ai envie de montrer mais que je ne sais pas comment classer. Alors en voilà un premier lot de neuf. La première, en haut à gauche, vient d’Éphèse. Je l’ai choisie parce que je trouve intéressant de voir une représentation d’un char de voyage antique. Mais de quand, cela n’est pas dit. Il ressemble à des chars romains de l’époque de Cicéron, c’est-à-dire ici de la fin de l’époque hellénistique, mais je ne suis pas sûr du tout que de tels chars n’aient pas existé en Asie Mineure auparavant, ni que leur modèle ait évolué dans les siècles suivants. À côté, on a comme tout à l’heure un char survolé par une Victoire, sur une tétradrachme sicilienne comme l’autre Victoire, mais cette fois-ci non pas de Messine mais de cette Géla que j’évoquais en parlant de la mort d’Eschyle. À droite, cet homme mollement étendu sur un drap froissé a été frappé par Tarente, ce qui me fait penser que, peut-être, ce que je prends pour les plis du drap pourrait en réalité être les vagues de la mer sur lesquelles Taras flotterait assis, bizarrement. Sur la seconde ligne, au milieu, on trouve une tétradrachme de Ténédos, en Éolie (Asie Mineure). De part et d’autre, ainsi que sur la dernière ligne, ce sont des constructions. Sur la rangée du milieu à gauche, un arc de Triomphe sur cette monnaie de Corinthe, tandis qu’à droite il s’agit d’une monnaie d’Alexandrie, où ce monument ne peut manquer d’être le fameux phare, l’une des sept merveilles du monde. Sur la rangée du bas à gauche, non ce n’est pas la Porte de Brandebourg, mais de nouveau un monument d’Alexandrie, apparemment un temple. La monnaie du milieu a été frappée par Aphrodisias, une ville d’Asie Mineure à 200 ou 250 kilomètres d’Izmir (Smyrne) qui fait partie de l’itinéraire que j’ai projeté pour la Turquie. Ce monument me rappelle à l’évidence les photos que j’ai vues du Tetrapylon de cette ville, une porte monumentale. Et enfin à droite ce temple figure sur une monnaie de l’île de Corfou.
 
767g Athènes, musée numismatique, visages
 
Les pièces représentant des visages ne sont pas toujours à l’effigie du souverain. Du temps où en France nous utilisions des Francs, la Marianne de l’avers ne représentait évidemment pas la présidente de la République, elle ne ressemblait ni à De Gaulle, ni à Mitterrand, elle symbolisait la République. Il en allait parfois de même dans l’Antiquité. Et les artistes qui les dessinaient choisissaient de préférence des modèles avenants, tout comme en France, pour les bustes de Marianne dans les mairies, les sculpteurs ont pris modèle sur Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou Lætitia Casta. Les deux pièces de la première ligne proviennent respectivement d’Athènes et de Corinthe, et sur la deuxième ligne on trouve à gauche une tétradrachme commune aux cités adhérant à la ligue d’Eubée, au milieu une pièce de Smyrne et à droite un statère de Naples. Je voudrais ajouter, au sujet de la monnaie du milieu, quelque chose que ne dit pas la légende du musée. Cette tête est couronnée d’une muraille de ville, et cela me fait penser qu’il s’agit certainement d’une Tykhè (ou Tychè). J’ai parlé assez en détail de cette divinité dans mon article daté 8 au 10 avril 2011. Il s’agit, en fait, d’une abstraction philosophique exprimant ce qu’apporte le hasard, en bien ou en mal, et en ce sens elle a souvent été prise, après l’époque classique qui a apporté une réflexion philosophique à son sujet, comme divinité propitiatoire pour des villes. Ainsi donc, la cité de Smyrne espère que sa Tykhè choisira de ne lui filtrer que les événements favorables.
 
767h Athènes, musée numismatique, Méduse
 
Ma sélection va s’achever avec ces deux visages grimaçants. Celui de gauche est une tétradrachme d’Athènes, celui de droite orne une monnaie de Smyrne. Pour ce dernier, le musée le classe dans une vitrine consacrée à Méduse et à ses sœurs Gorgones. Je suppose que le premier, classé avec les tétradrachmes d’Athènes, figure aussi Méduse, dont Athéna a placé la tête au centre de sa cuirasse. Mais je ne saurais exclure définitivement qu’il puisse s’agir d’un masque de théâtre, quoique je n’y croie guère.
 
J’achève là ma petite présentation des monnaies de ce si riche musée. Mais puisque je viens de parler de pièces (même en me limitant, même en les regroupant à plusieurs sur une même image, il y en a quand même 45), je voudrais ajouter un mot d’histoire et trois petites anecdotes. Pour parler histoire, je dirai que déjà dans l’Antiquité grecque le pile ou face existait (ostrakinda), mais sans pièces de monnaie. On utilisait un fragment de poterie, et l’alternative était qu’il tombe sur le côté peint ou sur l’autre face.
 
Ma première anecdote est qu’en 1936 un match de tennis de table s’éternisait depuis plus de sept heures et demie sans que l’un ou l’autre des joueurs creuse l’écart lorsque l’on décida de tirer le vainqueur au pile ou face et la victoire a ainsi été attribuée à Goldberger sans pourtant qu’il ait été meilleur que son rival.
 
Mon lecteur est peut-être, en ce moment, en train de lire cet article sur un ordinateur HP (ou Hewlett-Packard). Il aurait pu s’appeler PH. En effet, les deux fondateurs de la firme, Bill Hewlett et Dave Packard, ont joué l’ordre des deux noms à pile ou face et Hewlett a gagné.
 
Dernière anecdote, deux parents américains divorcés voulaient chacun avoir leur enfant avec eux pour fêter Noël. Le juge ne sachant à qui donner raison a tiré à pile ou face. Pour avoir choisi une telle procédure, il a été destitué. C’était en 2007. Du temps de Salomon, ce jeu n’existait pas, sinon qui sait si, au lieu de dégainer son épée pour départager les deux mères potentielles il n’aurait pas saisi une pièce de monnaie. L’avantage c’est qu’étant le roi il n’avait personne au-dessus de lui pour le destituer, que Dieu.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 12:21
766a1 Athènes, mosquée de Monastiraki, musée de la céra
 
766a2 Athènes, mosquée de Monastiraki, musée de la céra
 
766a3 Athènes, mosquée de Monastiraki, musée de la céra
 
Nous allons visiter la bibliothèque d’Hadrien. Nous descendons du métro à la station Monastiraki et sur la vaste place, accolée à l’entrée de la bibliothèque d’Hadrien, se trouve une mosquée. Pas très original, on l’appelle la mosquée de Monastiraki ou, à peine plus original, dans ce quartier qui, autrefois, s’appelait "le Bazar du Bas", près de la "Fontaine du Bas", c’était la Mosquée de la Fontaine du Bas… Elle a été construite en 1759 par le Turc Tsitsarakis, voïvode d’Athènes. Après l’indépendance elle a hébergé la fanfare militaire, puis elle a été utilisée comme prison. Restaurée en 1915, elle a été investie en 1918 par le musée des Arts Populaires grecs (mouseio Ellênikês Laïkês Technês, puisque notre mot français laïque vient d’un adjectif grec dérivé du substantif qui veut dire le peuple). Pour des raisons d’exiguïté le musée a déménagé en 1973, ne laissant ici que les collections de céramiques dans un espace restructuré et modernisé qui a rouvert ses portes en 1975. Le terrible tremblement de terre de février 1981 a sérieusement endommagé l’édifice et a détruit certains objets. De lourds travaux de restauration ayant été effectués, la mosquée a été rouverte pour montrer ses belles collections de poteries à partir de 1991. Il s’agit, en bas, de pièces réalisées par des potiers célèbres, véritables artistes et, sur la galerie, de pièces d’usage courant classées par aires géographiques sur toute la Grèce région par région, île par île, incluant Chypre. Ce qui n’empêche pas d’admirer aussi certains détails raffinés de l’intérieur, comme ce plafond octogonal.
 
766b1 Assiette de Minas Avramidis
 
766b2 Assiette de Minas Avramidis
 
Pour illustrer ce qu’ont produit des artistes, voilà d’abord deux assiettes de Minas Avramidis. La première, avec ses motifs plaqués en relief, ne peut matériellement servir pour les repas, c’est une œuvre uniquement destinée à la présentation. La seconde, avec son couple royal, pourrait théoriquement avoir un usage utilitaire, mais c’est un exemplaire unique, il n’existe pas de service assorti, et par conséquent c’est clairement une assiette décorative. Avramidis est né en 1877 en Turquie d’Asie Mineure, à Kutahya (dans l’intérieur du pays), et n’a reçu que le minimum d’instruction à l’école élémentaire. Il a commencé à travailler comme maçon, mais s’est ensuite tourné vers la poterie. Lorsque les Grecs ont été chassés de Turquie, en 1922, il s’est réfugié à Thessalonique, où il a construit de ses mains une modeste maison et un atelier de potier. Il y a travaillé trente ans. Ses œuvres ont été récompensées par des prix pour leur design, l’imagination, les couleurs, la perfection technique.
 
766b3 Statuettes de Dimitrios Mygdalinos
 
Ces statuettes sont l’œuvre de Dimitrios Mygdalinos, un Grec d’un village d’Asie Mineure proche du Scamandre, ce fleuve de la plaine de Troie qui joue un grand rôle dans l’Iliade en tant que dieu-fleuve, et dont la description précise par Homère a permis à Schliemann de localiser Troie. Là, il était marin plongeur. Puis, attiré par la poterie, il s’y est initié sur l’Hellespont (région près du détroit des Dardanelles), est cela l’a suffisamment passionné pour qu’il se reconvertisse, abandonnant son métier précédent. Quand 1922 est arrivée, avec la nécessité pour la foule des Grecs de Turquie de se rendre dans leur mère patrie, il est parti s’installer sur la côte face à l’Eubée, sans tour, sans four, rien, alors il a façonné avec ses mains et cuit dans le four d’un voisin, vendant ses œuvres dans des ventes de charité paroissiales. Il est mort dans le dénuement, en 1949 ou 1950.
 
766b4 Athènes, musée de la céramique
 
Sur ma deuxième photo, au début de cet article, celle qui est prise d’en haut, on aperçoit, dans une grande niche du mur, une statue en pied. Elle me plaît tellement que je préfère en montrer un détail en gros plan, où l’on voit l’expressivité du visage et la finesse de la réalisation et de la peinture. Malheureusement, elle n’est accompagnée d’aucun texte indiquant le nom de son auteur, ou quelque autre explication que ce soit.
 
766b5 Athènes, musée de la céramique, poterie de Zante
 
766b6 Athènes, musée de la céramique, poterie de Corfou
 
766b7 Athènes, musée de la céramique, poterie de Chio
 
Laissons maintenant le rez-de-chaussée et ses nombreux artistes répertoriés, pour monter sur la mezzanine et jeter un coup d’œil aux objets du quotidien, voire aux objets destinés aux touristes, mais chacun marquant une région, une ville, une île. Je me limiterai à trois seulement des dizaines de poteries exposées. La première est de l’île de Zante, la seconde de l’île de Corfou, la troisième de l’île de Chio. On voit combien les styles sont différents.
 
766c Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d1 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Mais venons-en au but de notre visite d’aujourd’hui, la bibliothèque d’Hadrien. Rappelons que cet empereur romain du deuxième siècle de notre ère (117-138) a passé plus de temps en voyage pour visiter toutes les terres de son empire, de l’Écosse à l’Égypte, qu’il n’en a passé à Rome, et qu’il était amoureux de la Grèce. Aussi a-t-il voulu une grande bibliothèque à Athènes, à une extrémité du forum. On en voit ici une reconstitution ainsi que l’un des murs de façade.
 
766d2 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d3 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Malheureusement, les ruines de cette bibliothèque n’ont pas été entretenues, et ce qu’il en est resté après les incursions barbares a continué à se dégrader. Mais des travaux de restauration sont en cours, comme en témoignent ces armatures de soutien provisoires, ainsi que les outils laissés au pied de ce mur dont barrières et cordes empêchent de s’approcher. Et puis, à la fin de notre visite, à l’approche de l’heure de fermeture du site, j’ai vu arriver les ouvriers.
 
766d4 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d5 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Espérons toutefois que la restauration ne va pas donner un aspect trop contemporain, comme on peut le craindre en voyant ces colonnes cannelées à neuf et surtout ce mur de briques, dont la patine mettra deux ou trois cents ans à s’installer. Il ne s’agit d’ailleurs pas de restaurer ce mur, mais de le construire à neuf.
 
766d6 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d7 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d8 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Entre ce qui est en travaux et ce qui est tout moderne, il n’y a hélas pas beaucoup de belles ruines à visiter. L’endroit signalé comme l’auditorium est un terre-plein dégarni. Restent cette porte, ces quelques colonnes, cette mosaïque… Et quelques autres éléments de murs quand même.
 
766d9 Athènes, mur post hérulien (276-282)
 
Un peuple germanique venu de Scandinavie, les Hérules, allié à des Goths, déferle sur la Grèce, Thessalonique, Athènes en 267 après Jésus-Christ et ravage l’Acropole, l’agora, la ville. Le traumatisme est énorme, c’est la première fois que la ville subit des dommages depuis l’instauration de la "Paix Romaine". Utilisant les pierres des bâtiments détruits, on construit alors un mur, dit post hérulien, de 276 à 282. C’est lui que l’on voit sur cette photo. Les pierres sont de dimensions très diverses puisqu’elles sont récupérées sur les ruines.
 
766e1 Athènes, musée de la bibliothèque d'Hadrien, Victo
 
Il y a sur le site un tout petit musée. Tout petit, oui, mais il y a quand même quelques pièces intéressantes, comme cette Nikè (Victoire) de la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. Les Ottomans avaient construit sur le site de la bibliothèque une citerne et c’est en 1988 que l’on a découvert, prise dans les fondations de la citerne, cette statue de plus de trois mètres juchée sur un globe, taillée dans un seul bloc de marbre blanc. Vu qu’elle était utilisée comme matériau de construction, il lui manque tout ce qui dépassait, tête, ailes, bras. Les statues de ce type étaient destinées, bien sûr, à célébrer de grandes victoires et, considérant sa datation, on peut supposer qu’il s’agissait de la victoire de l’empereur Auguste sur les Parthes en 17-16 avant Jésus-Christ, et qu’elle avait été placée sur l’agora romaine (que nous visiterons une prochaine fois). Certains pensent qu’elle a été renversée lors des invasions slaves vers la fin du sixième siècle de notre ère avant d’être utilisée par les Ottomans quelques siècles plus tard.
 
766e2 Hadrien, musée de sa bibliothèque, à Athènes
 
Cette représentation de l’empereur Hadrien date environ du milieu de son règne, 128-130 après Jésus-Christ. Nul doute qu’il soit assez ressemblant, car tous les portraits (nombreux) que l’on a de lui se ressemblent entre eux.
 
766e3 Athènes, musée de la bibliothèque d'Hadrien, prêt
 
Cette façon de se ceindre la tête nous indique que cette statue est celle d’un prêtre. Elle date du deuxième ou du troisième siècle après Jésus-Christ. J’en reste là pour la bibliothèque d’Hadrien, même si cela ne fait pas un grand nombre d’objets.
 
766f1 Athènes, agora, l'autel de Zeus
 
Et nous passons à l’agora ancienne, c’est-à-dire l’agora purement grecque, à la différence de la nouvelle agora construite à l’époque romaine. Si l’on a en tête le forum, à Rome, avec tous ses monuments, on est évidemment très déçu, car cette agora est très loin d’être aussi bien conservée. Que l’on en juge, par exemple, par ce champ de pierres, qui représente l’autel de Zeus.
 
766f2 Athènes, agora, l'égout principal
 
Plus intéressant est cet égout principal. On vante la cloaca maxima de Rome, et certes elle est plus perfectionnée mais ce que nous voyons ici prouve que le réseau des égouts n’est pas une invention romaine. Le génie des Romains n’a pas tant été d’inventer, mais plutôt de savoir repérer chez les peuples avec lesquels ils ont des relations commerciales ou chez ceux qu’ils conquièrent les inventions les plus novatrices et les plus profitables (comme le béton chez les Étrusques, la voûte en plein cintre, etc.), de savoir les adapter et les améliorer.
 
766f3 Athènes, agora, fosse pour les offrandes aux morts
 
Ailleurs, on peut voir cette fosse, destinée à recevoir les offrandes aux morts. Elle date de l’époque classique, cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
766f4 Athènes, agora, stoa centrale
 
Ce champ de ruines d’où émergent des rangées de colonnes, c’est une stoa, c’est-à-dire un portique, une allée bordée de colonnes d’un côté et d’un mur de l’autre côté. Il est d'ailleurs amusant de constater qu'en grec moderne les passages couverts en ville, les galeries commerçantes, se disent "stoa".
 
766f5a Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5b Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5c Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5d Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
Il est un bâtiment remarquablement conservé sur cette agora. Isolé sur un promontoire, visible de loin, c’est le temple d’Héphaïstos, un périptère (colonnes sur tous les côtés) de style dorique avec pronaos et opisthonaos (pièce devant et pièce derrière le temple principal) construit entre 460 et 415 avant Jésus-Christ. Il est surtout connu sous le nom de Théséion. C’est le mieux conservé de ce type dans tout le monde grec. Il était consacré, comme l’indique son nom, à Héphaïstos, le dieu forgeron protecteur des artisans du métal, mais aussi à Athéna qui, avec l’épithète d’Ergane, est la patronne des artisans en général et des potiers en particulier. Au septième siècle de notre ère, le temple, désaffecté depuis l’avènement du christianisme dans l’Empire Romain, a été transformé en église consacrée à saint Georges, avec le chœur dans le pronaos et une abside additionnelle. C’est là qu’en 1934 le roi Othon a été solennellement accueilli. Puis, à compter de cette date et jusqu’aux années 1930, il a été utilisé comme musée de l’agora.
 
Voici comment s'explique cette association d'Héphaïstos et d'Athéna. Un jour que la déesse guerrière était allée trouver le dieu forgeron pour lui commander des armes, Héphaïstos avait été ému par la beauté d'Athéna, mais se gardant vierge, Athéna s'était refusée à lui et avait fui. Ne résistant pas à son désir d'elle, il avait couru derrière elle et, quoique boiteux, avait réussi à la rattraper et avait tenté de la violer, mais elle s'était défendue avec assez de vigueur pour l'empêcher d'arriver à ses fins. Toutefois, dans la tentative, du sperme était tombé sur la jambe d'Athéna. Dégoûtée, elle l'avait essuyé avec un bout de laine, qu'elle avait jeté au sol (c'était peu écologique, mais à l'époque il n'y avait pas de corbeilles à ordures). Du sperme d'Héphaïstos et de la terre était né Erichthonios (en grec, erion désigne la laine et chthôn la terre), Athéna avait élevé l'enfant et en avait fait le premier roi d'Athènes (cf. sur l'Acropole l'Erechtheion).
 
766f5e Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5f Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
L’état de conservation des frises est très variable selon les faces et selon l’exposition. Ci-dessus, je vois des centaures en train de combattre, donc pas de doute il s’agit du sujet de prédilection du combat des centaures et des Lapithes, qui aux yeux des Grecs d’après 480, c’est-à-dire après la fin des Guerres Médiques, symbolise la lutte victorieuse de la civilisation contre les barbares incultes. L’autre sculpture est en mauvais état, mais le mouvement des jambes de l’animal n’est pas celui d’un cheval, de même que cette queue est plutôt celle d’un bovin. Je suppose donc que l’être qui le chevauche est la belle Europe, séduite par Zeus qui a pris l’apparence d’un taureau et qui l’a emmenée des rivages de Tyr, au Liban actuel, à Gortyne en Crète, où il s’est uni à elle, engendrant les triplés Minos, Rhadamante et Sarpédon.
 
766f5g Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
Les divers tronçons de ces colonnes, sur le flanc droit du temple, sont mal empilés. Les ouvriers grecs, sous la commande des architectes, étaient remarquablement soigneux dans leur travail, on ne peut les accuser de cette malfaçon. Je n’imagine pas non plus que, lors de travaux de restauration, des archéologues aient pu tolérer ce genre de négligence. D’autre part, quand il se produit un mouvement de terrain qui déstabilise un monument, les colonnes penchent d’un seul tenant. Je suppose donc qu’il s’est produit un autre type d’événement, un séisme qui a secoué l’édifice, le faisant tressauter, et les divers tambours sont retombés un peu décalés les uns par rapport aux autres. Telle est mon interprétation, car je n’en vois pas d’autre.
 
766f6 Athènes, agora, la stoa d'Attale
 
Et nous terminons notre visite de l’agora ancienne par la stoa d’Attale. Attale II, roi de Pergame (159-138 avant Jésus-Christ), avait en effet construit cette stoa monumentale. Comme pour les autres bâtiments de cette agora, il n’en restait presque rien quand, prenant modèle pour le plan sur les soubassements qui n’avaient pas bougé et pour le style sur les fragments de colonnes abattues et sur les restes de murs, l’École Américaine d’Études Classiques d’Athènes, sous l’autorité du Ministre de l’Éducation, a reconstruit entièrement la stoa. C’était sous le règne du roi Paul, de 1953 à 1956. Et aujourd’hui y est installé le musée de l’agora, un musée d’une richesse incroyable.
 
766g1 Athènes, musée de l'agora, Hérodote
 
Sous le portique frontal de cette stoa, visibles par tous les visiteurs de l’agora même s’ils n’ont pas le billet d’entrée au musée, on trouve déjà une belle collection de sculptures. Parmi elles, je ne peux manquer de sélectionner mon ami Hérodote (vers 482-vers 420 avant Jésus-Christ), le "père de l’histoire", que j’affectionne particulièrement. On peut douter de la ressemblance entre la statue et l’homme, la première ayant été réalisée au deuxième siècle de notre ère, sept siècles après la vie du second.
 
766g2 Athènes, musée de l'agora, prêtre d'Isis
 
Pénétrons dans le musée. Comme tout à l’heure au musée de la bibliothèque d’Hadrien, cet homme se ceint la tête. Oui, c’est un prêtre. Ici, daté de 40 avant Jésus-Christ, il a été identifié comme un prêtre d’Isis, cette déesse d’origine Égyptienne qui a joui d’une grande faveur chez les Romains, lesquels ont répandu son culte dans tout l’Empire.
 
766g3 Athènes, concession des mines de Lavrio
 
J’ai voulu regrouper les deux têtes ci-dessus, mais nous ressortons pour voir cette grande inscription qui est en rapport avec mon article daté 21 et 23 octobre 2011 sur les mines de Lavrio. En effet cette pierre gravée en 367-366 avant Jésus-Christ est le rapport des commissaires-priseurs de l’État enregistrant le bail de mines dans le secteur de Lavrio.
 
766h1 Athènes, musée de l'agora
 
Ces deux exemplaires de kylix à figures rouges (un kylix est une coupe à boire, très plate comme on le voit ici) sont tous les deux des environs de 510 avant Jésus-Christ. Sur le premier, cette femme nue est en train de s’agenouiller devant un autel et, étant donné son extrême économie de vêtements, on peut supposer qu’il s’agit du culte d’Aphrodite ou d’Artémis. L’illustration de l’autre kylix est parfaitement adaptée à son usage puisque ce garçon est un porteur d’amphores de vin, et il court parce que le buveur qui tient cette coupe en main est assoiffé.
 
766h2 Athènes, musée de l'agora, flacon à parfum
 
Cet objet ravissant est de 540 avant Jésus-Christ. Cet athlète agenouillé qui s’apprête à ceindre sa tête d’un ruban en signe de victoire est, en fait, creux, car c’est un flacon à parfum. Qui ne connaît pas les flacons de parfum Jean-Paul Gaultier en forme de torse d’homme ou de femme doit courir chez Sephora (publicité non rémunérée) pour se rendre compte que le couturier contemporain n’a rien inventé, et que ce flacon, qui a deux mille cinq cents ans de plus que les siens, est infiniment plus joli et raffiné.
 
766h3 Athènes, musée de l'agora, lampe (Léda et le cygne
 
Pour terminer, je voudrais montrer une série d’objets familiers, concernant la vie des Grecs. À commencer par une lampe à huile de 200-250 après Jésus-Christ. On sait que Zeus, séduit par Léda, a pris l’apparence d’un cygne pour l’approcher sans l’effaroucher. Généralement, on fait de Léda une femme innocente qui, nue à la toilette, voit ce bel oiseau et le serre ingénument contre elle sans se douter de ce qui lui arrive. Les esprits positifs diront que même le comble de la naïveté ne peut expliquer une telle innocence, d’autant plus qu’elle est mariée à Tyndare et que le couple n’est pas resté chaste. De cette double union avec Tyndare et avec Zeus, Léda conçoit des quadruplés qu’elle mettra au monde en pondant deux œufs, l’un contenant les enfants de Zeus Hélène et Pollux, l’autre les enfants de Tyndare Clytemnestre (future femme d’Agamemnon) et Castor. L’artisan qui a modelé cette lampe devait faire partie de ces esprits positifs qui refusaient de croire à la naïveté extrême de Léda puisqu’ici il la représente langoureusement étendue sur sa couche aux draps froissés et contemplant avec volupté ce que Zeus cygne est en train d’accomplir.
 
766h4 Athènes, musée de l'agora, bottillons votifs
 
Certes, ces bottillons ne sont pas réels, d’abord parce qu’ils sont faits de terre cuite, ensuite parce qu’ils sont de taille fort réduite, mais ces objets votifs trouvés dans la tombe d’une femme incinérée au début de l’ère géométrique, vers 900 avant Jésus-Christ, nous renseigne sur la forme des chaussures de cette époque. Se fondant sur les peintures de vases et sur les statues, on imagine toujours les Grecs pieds nus ou en sandales. On voit que ce n’était pas le cas, et il est évident qu’à l’époque classique, quatre à cinq cents ans plus tard, on n’avait pas perdu l’usage de ce confort en hiver.
 
766h5 Athènes, musée de l'agora, passeports
 
Ces deux petites plaques de terre cuite sont les lointains ancêtres d’un document très moderne, ce sont des passeports (non sécurisés...). Le choix du matériau dont ils sont faits tient au fait qu’à l’époque les compagnies aériennes ne limitaient pas le poids des bagages. L’inscription XENOKLEA PERITHOIDÊN PERIPOLARKHON nous informe qu’ils étaient confiés à des messagers chargés par Xénoklès, le péripolarque (commandant des gardes de la frontière de la cité) de porter des informations ou de venir rendre compte au Q.G. en franchissant la frontière dans les deux sens. Ces passeports sont du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ.
 
766h6a Athènes, musée de l'agora, gril
 
766h6b Athènes, musée de l'agora, casserole sur brasero
 
Toujours dans le domaine de la vie quotidienne, mais beaucoup plus domestique, ci-dessus on peut voir un gril (entre le sixième et le quatrième siècles avant Jésus-Christ) et une bouilloire sur un brasero datant de la même période. Le tout est en terre cuite.
 
766h7a Athènes, musée de l'agora, pot de chambre
 
766h7b Athènes, musée de l'agora, pot de chambre
 
Quant à ce dernier accessoire, je le montre pour la fin parce que je le trouve très amusant. Comme le musée l’explique par le dessin de ma deuxième photo ci-dessus, il s’agit d’un pot de chambre pour bébé datant du début du sixième siècle avant Jésus-Christ. L’ingéniosité des formes parfaitement adaptées à l’usage pour maintenir en place un tout petit, la décoration destinée à un enfant, tout en fait un objet remarquable. La matière plastique étant inconnue, on ne pouvait inventer mieux. Jusque après le milieu du vingtième siècle, on réalisait des pots en faïence dont la base était plus petite que l’assise, rendant possible un basculement au cas où l’enfant gesticulait trop vigoureusement (bonjour les dégâts sur la moquette), et nécessitant de tenir le bébé trop jeune pour rester assis seul en position stable. Amusant, intelligent, moderne, cet objet clôt mon article d’aujourd’hui.
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Published by Thierry Jamard
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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 14:38

765a Musée historique d'Athènes

 

Aujourd’hui, à Athènes nous avons visité le musée historique. Si son nom dit bien ce que l’on peut y trouver, il convient de préciser que ses collections sont surtout intéressantes pour illustrer l’histoire moderne et contemporaine, laissant à part l’Antiquité qui est largement traitée dans les musées archéologiques, et n’offrant qu’une place réduite au Moyen-Âge et à la Renaissance. Et comme l’histoire a pour cadres les champs de bataille pour les armées, les salons pour la politique, voilà ci-dessus un salon au dix-neuvième siècle.

 

765b1 Casques vénitiens 14e-15e siècles (musée historiqu

 

Puisque l’on parle peu, dans ce musée, du Moyen-Âge, il ne faut pas manquer de montrer ce qui s’y trouve. Ci-dessus, des casques vénitiens des quatorzième et quinzième siècles. C’est par hasard que, dans une crypte des murailles de la forteresse de Chalkis (île d’Eubée), on est tombé sur ces casques provenant d’ateliers de l’Italie du nord-est, c’est-à-dire de Vénétie.

 

765b2 Casque turc 17e siècle (musée historique d'Athènes

 

765b3 Cuirasse turque 17e siècle

 

Départ des Vénitiens, arrivée des Turcs. Le casque ci-dessus est turc, et il date du dix-septième siècle. De même que cette cotte de maille cuirassée. D’aussi lourdes protections n’évoquent pas le temps de Louis XIII ou de Louis XIV, où bien souvent l’épée et la lance ont fait place à des armes à feu, et pourtant les Turcs en conservaient l’usage.

 

765c1 Sceau d'Alexandre Soutsos (1803-1863) poète grec né

 

Ceci est le sceau d’Alexandre Soutsos (1803-1863), un grand poète grec né à Istanbul au temps de l’occupation ottomane de la Grèce.

 

765c2 Masque de Colocotroni (musée historique d'Athènes)

 

765c3 Pistolets de Colocotroni (musée historique d'Athène

 

765c4 Casque de Colocotroni (musée historique d'Athènes)

 

Je ne reviendrai pas ici sur le grand chef de guerre Théodore Colocotroni qui s’est illustré à la tête de l’insurrection des Grecs contre l’occupant turc, j’ai suffisamment parlé de lui les 21 et 28 mai derniers et je vais revenir à lui dans quelques instants. Le musée présente ici son masque moulé sur son visage, ses pistolets, son casque de l’époque (1810-1816) où il servait dans le régiment de volontaires grecs de l’armée britannique, dans l’île de Zante (en grec, Zakinthos).

 

765c5 Georges Karaiskaki à cheval (musée historique d'Ath

 

Cette statuette représente Georges Karaïskaki (1780 ou 1782-1827). Klephte dans la garde personnelle d’Ali Pacha à Ioannina, en 1821 il prend part courageusement et résolument à la guerre d’indépendance contre les Ottomans et en 1823 parvient à dégager pour un temps l’étau autour de Missolonghi. C’est à Athènes, où il est reconnu comme le chef suprême de l’armée des insurgés, qu’il meurt d’une blessure au ventre dans une tentative pour prendre l’Acropole aux Turcs.

 

765c6 Dionysos Solomos (musée historique d'Athènes)

 

 

Ce portrait est celui de Dionysos Solomos. Première remarque, son prénom évoque évidemment pour nous le dieu qui protège le vignoble, qui aime boire à satiété en s’entourant de satyres et de ménades, ces divinités en transe (en grec ancien, mainomai signifie "je suis fou") qui dansent dans son cortège. Mais pour un Grec d’aujourd’hui c’est un simple prénom, Denis, qui au quotidien ne fait pas plus penser au dieu de la mythologie qu’en français les Denis (comme Denis Diderot) ne s’identifient au martyr qui, décapité au Mont des Martyrs (Montmartre) a marché avec sa tête dans ses mains jusqu’au lieu qui est devenu la banlieue qui porte son nom. Ce "Denis" Solomos est un poète, auteur de l’hymne national grec. Originaire de l’île de Zante, il y est enterré (voir mon article du 12 au 16 juin 2011).

 

765d1 La chute de Constantinople (musée historique d'Athè

 

Dans ce pays où l’on peut reconnaître dans les paysages, sur les sites, dans les musées, tant et tant de signes de l’Antiquité, je ne manque pas de signaler les balises que les historiens ont posées symboliquement pour marquer le début de l’époque hellénistique, la mort d’Alexandre le Grand, et sa fin, la mort de Cléopâtre. Aujourd’hui, où nous naviguons dans un passé plus récent, il est une autre balise qui signale le franchissement d’une frontière entre deux grandes époques, c’est la prise de Constantinople par les Turcs le 29 mai 1453, qui a pour conséquence la chute de l’Empire byzantin. L’ère qui s’achève ce jour-là, c’est le Moyen-Âge, et l’ère qui le remplace ce sont les temps modernes, avec très bientôt la Renaissance. Voilà pourquoi j’ai choisi de montrer ce tableau, intitulé La Chute de Constantinople. Mais à part la petite plaque de cuivre rédigée en grec et donnant ce titre, rien n’indique le nom du peintre, la date de réalisation du tableau, sa provenance. Rien.

 

765d2 Kolokotroni prête serment (musée historique d'Athè

 

J’ai dit tout à l’heure que je reviendrais à Colocotroni. Le voilà. Cet homme à genoux prêtant serment sur l’évangile que lui présente un prêtre, c’est lui. Et ce serment, c’est celui de la fidélité à une société secrète, nommée Hétaïreia tôn Philikôn, le Club des Amis, qui en 1821 va se lancer dans la guerre d’Indépendance. Vu son but, on comprend qu’elle doive impérativement rester secrète et qu’il faille jurer solennellement qu’on lui restera fidèle. Il s’agit d’un tableau de Tsokos daté de 1849. Ce Tsokos (1814-1862) est, lui aussi, un Dionysos et, lui aussi, est né dans l’île de Zante.

 

765d3 Courage des femmes Souliotes (musée historique d'Ath

 

Cette gravure est intitulée en français Courage des femmes souliotes. Il s’agit d’une lithographie réalisée d’après un tableau d’Alphonse de Neuville (1836-1885). Les Souliotes sont les membres de 47 tribus orthodoxes d’Épire réunies en une coalition autour du massif montagneux du Souli, et qui ont pris une part très active à la Guerre d’Indépendance. Le plus célèbre d’entre eux est ce Botzaris qui a donné son nom à une station du métro parisien. Fuyant devant Ali Pacha, les Souliotes arrivent en janvier 1804 sur la rive du fleuve Achéloos mais ne peuvent le franchir, le pont étant tenu. Ils se réfugient dans le monastère de Seltsos. Ils résistent au siège jusqu’en avril mais, lors de l’assaut final, nombre de femmes préfèrent se jeter dans le fleuve avec leurs enfants après avoir pris part activement à la lutte. Elles ont fourni le sujet de nombreux tableaux, comme celui-ci.

 

765d4 La bataille de Navarino (musée historique d'Athènes

 

En un long développement, j’ai raconté dans le deuxième article de mon blog daté 21 et 28 mai 2011 la bataille de Navarino, non loin de Pylos, à l’extrême sud-ouest du Péloponnèse, qui a vu une magistrale victoire de l’alliance des flottes anglaise, française et russe se battant au nom des insurgés grecs contre les flottes égyptienne et turque. C’est le sujet du tableau ci-dessus intitulé La Bataille de Navarin, copie fidèle d’un original qui se trouve en France, au Palais de Versailles. Normal, c’est l’œuvre d’un Français, Louis Ambroise Garneray (1783-1857), ancien corsaire avec Surcouf, graveur et peintre de marine.

 

765e Trouvé au fond de la mer à Navarino (musée historiq

 

Et puisque j’évoque la bataille de Navarino, c’est le moment de montrer le contenu d’une vitrine. C’est émouvant. Ce sont toutes sortes d’objets repêchés au fond de la mer dans la baie de Navarino. Clous, fusils, boulets de canon, bois de navires coulés…

 

765f Figures de proue (musée historique d'Athènes)

 

La mer et les navires. C’est sans quitter ce sujet que je vais terminer cet article sur le musée historique, avec ces trois figures de proue parmi les nombreuses qui sont présentées, montées sur des socles tout au long d’un mur. On explique que la tradition antique des figures de proue, dieux de la mythologie, sirènes, animaux fabuleux, s’est perpétuée, mais qu’à partir du dix-huitième siècle leur choix était destiné à réveiller la conscience nationale grecque, préparant la guerre d’indépendance. Toutefois, pour éviter que les Turcs n’y voient une trop voyante provocation, l’usage avait été pris de les peindre uniformément en noir à chaque franchissement du Bosphore, de sorte qu’elles portaient une invraisemblable épaisseur de couches de peinture, alternant noir et couleurs.

 

Andreas Miaoulis (1768-1835) était un marchand de blé enrichi qui prit part à la guerre d’indépendance, arma à ses frais des navires qu’il commanda lui-même et devint amiral. L’un de ses navires, l’Arès (du nom du dieu de la guerre), portait une effigie de ce dieu en guise de figure de proue (à gauche), dont on dit qu’elle ressemble étonnamment à Alexandre le Grand, ce qui est très loin de me frapper.

 

C’est dans le même article de mon blog déjà cité et daté 21 et 28 mai 2011 que j’ai expliqué qui était la Bouboulina, et comment la fortune de son mari décédé lui avait permis d’armer quatre bateaux dont l’Agamemnon était le plus grand. Pour figure de proue, il avait cette représentation d’une femme (au centre) et, en regardant les représentations de la Bouboulina. dont je dispose, photos faites dans divers musées depuis que nous sommes en Grèce, je n’ai aucun doute sur la ressemblance des traits du visage. Mais il est curieux de voir le nom d’Agamemnon sous le portrait de cette femme.

 

Je dois avouer ignorer qui est le Chadzigiannis Mexis propriétaire du navire Léonidas dont la figure de proue représente ce roi de Sparte (à droite), chef militaire tué à la bataille des Thermopyles. Je ne lui trouve pas la moindre ressemblance avec aucune des statues de Léonidas que j’ai vues, dont celle du musée archéologique de Sparte. Peut-être faudrait-il chercher du côté de l’armateur mais, puisque je ne le connais pas, mieux vaut poser ici le point final de mon article d’aujourd’hui.

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