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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 21:59
781a1 Le Nouveau Château de Grodno, gravure du 18e siècle
 
781a2 Salle du Nouveau Château, Grodno
 
781a3 Grodno, Nouveau Château, salle des portraits
 
En montrant des vues de Grodno dans mon dernier article, je suis passé un peu rapidement sur le palais royal du dix-huitième siècle, appelé "le nouveau château" parce qu’il se trouve juste en face du "vieux château" du seizième siècle. Aujourd’hui, j’y reviens, avec l'intention d’y pénétrer, autant pour parcourir l’intérieur que pour voir les œuvres présentées dans le musée qu’il abrite. J’y étais déjà venu il y a quelques années, mais je souhaite en faire profiter mes lecteurs, et de toute façon c’est avec plaisir que je reverrai ses collections. Ci-dessus, une gravure réalisée au dix-huitième siècle, à l’époque où il était habité par le roi Stanislas Auguste Poniatowski, et deux salles du palais. On voit, sur la troisième photo, que la salle est réservée à de grands portraits en pied. J’y reviendrai tout à l’heure.
 
781b Grodno en 1600
 
Puisque j’ai logiquement (je crois) commencé par montrer l’extérieur du palais dans lequel nous avons pénétré, je continue ici avec une gravure représentant la ville en 1600.
 
781c1 Maxime Bogdanovitch par Ianouchkevitch, 1990
 
781c2 Maxime Bogdanovitch par Astafev, 1981
 
781c3 Maison de Bogdanovitch à Grodno, Niamtsov, 1981
 
781c4 Bogdanovitch et sa mère, par Markavets (1981-1985)
 
Le pays, la ville et le musée célèbrent en ce mois de décembre les 120 ans de la naissance d’un grand poète biélorusse, Maxime Bogdanovitch. Je note au passage que j’ai trouvé un rapport du Conseil Exécutif de l’UNESCO daté de mai 1991 préparant la célébration du centenaire en décembre suivant, dans "la RSS de Biélorussie". La RSS, la République Socialiste Soviétique… fin mai… ne se doutant pas qu’en décembre, l’URSS aurait implosé et que cette RSS n’existerait plus en tant que telle. Le mieux, au sujet de cet écrivain, est que je transcrive ici le texte de l’UNESCO (seulement publié en français, arabe et chinois. Pourquoi pas anglais ou russe, je l’ignore) :
 
"L’éminent poète biélorusse Maxime Bogdanovitch, qui fut aussi traducteur littéraire, critique et publiciste, est né à Minsk (Biélorussie) le 9 décembre (27 novembre de l’ancien calendrier) 1891 et mort avant l’âge de 26 ans, le 25 mai 1917.
Intimement liée à la poésie populaire, son œuvre littéraire est tout imprégnée de l’amour des êtres et de son terroir. Son recueil de poèmes La couronne, publié en 1913, a exercé et exerce encore une grande influence spirituelle sur les sentiments et le caractère du peuple. Sa poésie lyrique est très fortement marquée par les thèmes comme la solidarité humaine, les sentiments d’humanité et la dignité de la ‘personne humaine.
M. A. Bogdanovitch a traduit dans sa langue nationale de nombreuses œuvres littéraires d’auteurs slaves, russes, ukrainiens, polonais et serbes en particulier, contribuant ainsi au renforcement des liens et de la compréhension mutuelle entre les peuples. Enfin, Maxime Bogdanovitch est aussi l’auteur de toute une série d’articles de critique littéraire et de chroniques journalistiques".
 
Sur mes photos ci-dessus qui le concernent, d’abord une tête de gypse par le sculpteur Ianouchkévitch, en 1990. Puis un bronze sur granit d’un autre artiste, Astafiev, en 1981. Ensuite, sa maison à Grodno par Niamtsov, 1981 et enfin avec sa mère, tableau de Markavets intitulé Mère et fils et daté 1981-1985.
 
781d1 le grand chancelier du GDL, Lev Sapiega
 
Nous voici dans la grande salle des portraits en pied. J’ai choisi ici trois photos. Celle-ci représente le grand chancelier Lev Sapiega (1557-1633). Un jour que son père, staroste (gouverneur) d’une région actuellement en Pologne, lui a demandé de rencontrer en son nom le roi Stéphane Bathory, un Hongrois prince de Transylvanie élu sur le trône de Pologne mais qui ne maîtrise ni le polonais, ni le biélorusse, Lev a trouvé la solution de s’exprimer en latin. Impressionné, le roi le nomme secrétaire du grand-duché de Lituanie alors qu’il n’est âgé que de 23 ans. Plus tard, le roi de Pologne étant élu par l’assemblée des nobles, Sapiega devenu vice-chancelier du grand-duché use de son influence pour faire élire un Suédois, le prince Sigismond Auguste. Le nouveau roi lui demande alors de compiler toutes les lois diverses en usage ici ou là dans ses états et de rédiger à partir de tout cela un statut unique, applicable sur toutes ses terres (Pologne et grand-duché de Lituanie). Deux ans plus tard, en 1588, ce statut que Sapiega a fait imprimer à ses frais, est approuvé à Varsovie par l’assemblée des nobles sous le nom de "Statut du grand-duché de Lituanie". Les libertés publiques, les libertés individuelles, les dispositions humanitaires, font de ce statut un document tellement progressiste, tellement moderne, qu’on le croirait plutôt rédigé au siècle des Lumières qu’en cette fin de seizième siècle. Et quand on voit le peu de respect des droits de l’Homme en Biélorussie aujourd’hui, on se dit que le remettre en vigueur serait un gros progrès, si j’en crois les quelques extraits que j’ai eu l’occasion d’en lire. Comme prix de ce remarquable travail, le roi nomme Sapiega grand chancelier du grand-duché, la plus haute fonction. On comprendra la place qu’il occupe dans l’âme des Biélorusses et dans leur histoire.
 
 781d2 Tadeus Kosciusko, héros polonais et des USA
 
Tadeus Kosciusko qui est représenté ici (détail), et dont le frère est l’ancêtre direct de Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM pour les journalistes), notre ministre de l’environnement, est né dans le grand-duché, dans un village au plein ouest de l’actuelle Biélorussie, en 1746. J’ai montré, dans mon récent article sur Varsovie, le rectorat d’université installé dans un bâtiment où le roi Stanislas Auguste Poniatowski a créé l’école du corps des cadets, et c’est là qu’entre en 1765 notre Tadeus. En 1769, titulaire d’une bourse octroyée par le roi, il part cinq ans étudier à Paris, dans cette France d’avant la Révolution, qui va beaucoup le marquer politiquement. En 1772, Prusse, Autriche et Russie se sont partagé la plus grande partie de la Pologne, et quand Tadeus rentre en 1774 il n’y a plus de place pour lui dans une armée polonaise réduite à presque plus rien, aussi émigre-t-il en France, où il est recruté par Benjamin Franklin pour participer à la Guerre d’Indépendance américaine qui vient d’éclater. Dès 1776, il est fait colonel d’un régiment du génie. En 1783, il est promu général de brigade et obtient la nationalité américaine, ainsi que des terres et de l’argent, dont il emploie la plus grande partie à acheter l’affranchissement d’esclaves noirs. Rentré en Pologne en 1784, il s’installe sur le domaine familial où il s’empresse de libéraliser la situation des serfs attachés à ses terres, affranchissant toutes les femmes et limitant la corvée des hommes à deux jours par semaine. En 1789 il est engagé comme général de division dans l’armée polonaise rénovée. La constitution américaine de 1787 a été la première du monde. La Pologne promulgue la sienne, deuxième du monde, le 3 mai 1791, juste quatre mois avant la constitution française du 3 septembre 1791. Catherine II de Russie marche alors sur la Pologne qui devient dangereuse. Le courage et le génie militaire de Kosciusko lui font remporter plusieurs victoires et essuyer aucune défaite, mais le roi Stanislas Auguste choisit de capituler. Kosciusko, alors, émigre à Leipzig pour préparer un soulèvement contre l’occupation russe en Pologne. En 1792, la France révolutionnaire lui accorde la nationalité française en raison de sa lutte pour la liberté. Après le deuxième partage de la Pologne entre la Prusse et la Russie en 1793, Kosciusko passe à l’attaque, chef suprême des forces polonaises et lituaniennes (donc aussi biélorusses sans en avoir le nom). Mais après quelques succès il est fait prisonnier et envoyé à Saint-Petersbourg. Quand, en 1796, le tsar Paul I le libère, il s’exile en France dans le village de La Genevraye, au sud de la Seine-et-Marne, non loin de Nemours et s’investit dans le développement et l’amélioration du village et des environs. La municipalité lui rend hommage chaque année depuis qu’en 1814, il s’est avancé en criant "Je suis Kosciusko" vers des cosaques russes qui commettaient des exactions sur les paysans, stoppant ainsi ces cosaques intimidés. Il a poursuivi son action en faveur d’une reconstitution de la Pologne, s’est rendu en 1817 à Vienne puis chez un ami en Suisse où il est mort des suites d’une chute de cheval.
781d3 Constantin Ostrogski
 
Les Ostrogski sont une vieille famille ruthène (peuple dont l’essentiel est d’Ukraine) de la très haute aristocratie, possédant des terres extrêmement étendues (24 villes, 10 bourgs, plus de 100 villages) entre le sud de la Biélorussie et assez profondément vers le sud de l’Ukraine. Leur nom, Ostrogski, signifie "d’Ostrog", parce que la principale de leurs villes était Ostrog, dans le nord-ouest de l’Ukraine, où aujourd’hui encore on peut voir le donjon de leur château. Le prince Constantin Ostrogski (vers 1460-1530), que l’on voit ici, est sans doute le plus illustre représentant de cette famille. Duc de Lituanie, il a été grand hetman (commandant militaire suprême) du grand-duché à partir de 1497 et jusqu’à sa mort. C’est à ce titre que, lorsque le grand-duché s’est trouvé en guerre contre une coalition russo-polonaise, en 1514, il a remporté sur les Russes une éclatante victoire lors de la bataille d’Orcha (plein est de la Biélorussie). Au titre de grand hetman, il en a ajouté d’autres, châtelain (administrateur territorial représentant les prérogatives du roi sur la noblesse et le clergé) de Vilnius en 1511, voïvode (commandant militaire) de Trakai, en Lituanie actuelle, en 1522. Lorsque le O russe n’est pas accentué, il se prononce A, aussi le biélorusse a-t-il simplifié l’orthographe en écrivant A. C’est ainsi que le nom de ce Constantin Ostrogski est écrit, sur ce tableau, KANSTANTSIN ASTROJSKI en langue et caractères biélorusses, cette langue utilisant un alphabet cyrillique très légèrement différent de celui du russe.
 
781e1 Les Tisseuses de Sloutsk, par Pantsiouk, 1981
 
Quelques tableaux, maintenant. J’aime beaucoup le caractère traditionnel de la scène peinte ici par Pantsiouk en 1981, Femmes de Sloutsk qui tissent. Sloutsk est une ville du centre de la Biélorussie, plutôt petite mais pas minuscule, avec plus de 61000 habitants aujourd’hui et environ 45000 à l’époque où le tableau a été peint. Les femmes de Sloutsk ne portaient plus le costume traditionnel depuis longtemps, même à la campagne, mais l’art était soumis à la décision politique et il s’agissait de montrer le pays traditionnel au travail. Et même si l’artiste n’a pas été libre de son sujet, je trouve le résultat assez réussi.
 
 781e2 Bataille de Leipzig
 
Napoléon a essuyé la terrible retraite de Russie en 1812, il s’est replié jusqu’à l’Elbe, perdant ses conquêtes de Pologne et de Prusse. Là, il se trouve confronté à une coalition de toute l’Europe, Russie, Angleterre, Prusse, et même son ancien maréchal Bernadotte qu’il a lui-même mis sur le trône de Suède et qui, en échange de la Norvège, trahit son ancien empereur. Il s’y adjoint l’Autriche, précédemment neutre et dont il a refusé l’arbitrage. Le front ennemi est étalé sur tout le cours de l’Elbe. Du 16 au 18 octobre 1813 a lieu près de Leipzig une gigantesque confrontation. Malgré plusieurs épisodes de succès et la résistance de ses troupes, Napoléon se rend compte que c’est une défaite qui se prépare pour lui, aussi décide-t-il, dans la nuit du 18, de faire retraite. Le tableau ci-dessus, de B. Mazurowski, est intitulé La Vie des cosaques de Leipzig.
 
Pour nous qui nous intéressons à la Pologne, il est important de dire ici un mot du prince Jozef Poniatowski. Il a d’abord servi en Autriche comme aide de camp de l’empereur, mais rentre en Pologne en 1789. Général, il commande l’armée polonaise d’Ukraine contre les Russes en 1792. En 1794, après deux partages de la Pologne, il s’engage comme simple soldat dans l’armée insurrectionnelle de Kosciusko, qui, lorsque son pays n’existe plus à la suite du troisième partage, lui confie le commandement d’une division. Mais la Pologne n’est pas reconstituée. En 1806, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III le nomme gouverneur de Varsovie. Mais voilà que Napoléon reconstitue de grand-duché de Varsovie. Poniatowski, alors, passe du côté français. Il est fait généralissime et ministre de la guerre du grand-duché. Son armée polonaise combattra désormais dans les campagnes napoléoniennes. Il s’illustre à la bataille de la Moskova, est blessé à la Bérézina. À Leipzig, le 16 octobre 1813, Napoléon le fait maréchal en raison de ses qualités de tacticien et de son courage dans plusieurs des batailles qui viennent de précéder. Pendant les trois jours de la bataille de Leipzig, ses troupes polonaises vont jouer un grand rôle, avec héroïsme. Lors de la retraite, le 19, il risque d’être fait prisonnier, alors il tente de franchir à cheval une rivière mais il est abattu par ses poursuivants.
 
781e3 Maslenitsa (carnaval), 1915-1916 par Koustodiev
 
Typique aussi, ce traîneau dans la neige sur un fond d’églises à bulbe. Œuvre de Koustodiev, il est daté de 1915-1916. Le religion orthodoxe a, contrairement aux allégements de la religion catholique, maintenu la rigueur des restrictions du carême. Ni viande, ni huile d’olive (ou autres corps gras, mais ici on est en pays de culture huile d’olive) pendant les quarante jours du carême. Avant de "faire maigre" à partir du Mercredi des Cendres, le catholicisme admettait de "faire gras" au cours d’un carnaval. C’est ce que l’on appelle le Mardi Gras. L’orthodoxie étant beaucoup plus exigeante ensuuite, c’est toute une semaine qui est grasse. Cette fête, ce carnaval, cette semaine au cours de laquelle on a coutume de manger des crêpes, s’appelle Maslenitsa. Or en russe, le beurre, l’huile, la graisse, sont désignés d’un même mot, masla. Si je raconte tout cela, c’est parce que ce tableau est intitulé Maslenitsa. On peut donc imaginer que ces gens en traîneau se dirigent vers la ville pour y faire la fête, et il y a beaucoup de neige parce que l’on est en février.
 
781f1 tapisserie de Svistounovitch, 1981
 
Ceci n’est plus tout à ait une peinture, puisque c’est une tapisserie. L’artiste Svistounovitch, qui l’a réalisée en 1981, l’a intitulée Apocryphe. Comme un texte attribué à quelqu’un qui n’en est pas l’auteur. Or je vois un champ de blé parsemé de coquelicots et de bleuets, des hirondelles qui volent dans un ciel serein, au sol une colombe (de la paix). Et dans ce cadre, un vieillard à barbe blanche entre deux autres personnages. Les vêtements pourraient être bibliques. Ce pourrait être Booz. Partant de ces constatations, et considérant le contexte politique de l’URSS de 1981, fin de l’ère Brejnev qui sera remplacé en 1982 par Andropov, président du KGB depuis 15 ans, je pense que l’intention est de dire qu’attribuer à un Dieu l’œuvre de la nature est aussi illusoire que d’attribuer un texte à quelqu’un qui ne l’a jamais écrit.
 
781f2 Vase représentant saint Hubert, 17e-18e siècle
 
Passons à quelques objets. Ce vase, daté de façon très vague 17e-18e s. et sans aucune mention de son origine représente sur son flanc saint Hubert. Or depuis le seizième siècle le blason de Grodno représente un cerf bondissant, avec un crucifix entre ses bois, évoquant évidemment saint Hubert, patron des chasseurs. Ce seigneur franc (656-727) était si passionné de chasse qu’il ne put résister à la tentation d’aller chasser un Vendredi Saint au lieu d’aller assister à l’office religieux. Lui apparut alors un cerf blanc avec une croix lumineuse entre ses bois, qu’il poursuivit jusqu’à ce qu’une voix lui prescrive d’aller auprès de l’évêque de Maastricht, Lambert, et de se convertir. Ce qu’il fit. Peu après, il perdit sa femme, il distribua alors aux pauvres toutes ses richesses, renonça au profit de son jeune frère à l’héritage de la couronne de duc d’Aquitaine qui aurait dû lui revenir à la mort de son père et il se fit ordonner prêtre. Quand saint Lambert fut assassiné, c’est Hubert que l’on désigna pour lui succéder. Lambert, puis Hubert, ont œuvré à diffuser le christianisme dans les Ardennes, dont seules les villes avaient été évangélisées, les campagnes restant largement attachées au paganisme gaulois et honorant entre autres Cernunnos, un dieu celte parfois représenté avec sur la tête des bois de cerf. La légende de saint Hubert serait alors une façon de passer d’une religion à l’autre, une transition. Mais cela n’explique pas pourquoi saint Hubert est le patron de Grodno, et je n’ai trouvé nulle part l’explication.
 
781f3 assiette décorative, fin 18e siècle
 
Il est évident qu’avec une telle décoration en relief, cette assiette de la fin du dix-huitième siècle ne pouvait servir pour les repas, elle n’a qu’un rôle décoratif, et il faut reconnaître qu’elle le remplit brillamment.
 
781f4 encrier du 18e siècle
 
Cette jolie pièce réalisée dans un métal non précisé représentant des amours, et qu’accompagnent deux candélabres qui lui sont assortis, est un encrier du dix-huitième siècle. Tous ces objets permettent d’apprécier le raffinement des intérieurs aristocratiques à l’époque dans cette région d’Europe de l’est.
 
781g1 Le roi Stanislas Auguste par André-Jean Lebrun
 
Cette sculpture est un buste réalisé en 1784 du roi Stanislas Auguste II Poniatowski dont j’ai tant parlé, dans mon article sur Varsovie et dans mes articles sur Grodno, que je n’en dirai pas davantage sur lui. C’est une œuvre du Français André-Jean Lebrun (Paris 1737-Vilnius 1811) qui a essentiellement travaillé en Russie et dans le grand-duché de Lituanie, où il est mort.
 
781g2 arbalète et pointes de flèches, 18e siècle
 
Il y a également dans ce musée quelques salles réservées à l’armement, du passé comme du présent. On peut voir des armures, des collections de casques, etc. Ici, cette arbalète est composée de parties d’une arbalète allemande du seizième siècle, complétée par des éléments copiés sur des modèles dont on ne dit pas s’ils se trouvent dans d’autres musées ou en gravure. À droite, ces petits objets sont des pointes de flèches du treizième siècle.
 
On le voit, ce musée est extrêmement divers. Célébration de Bogdanovitch, pinacothèque, glyptothèque, musée historique, musée d’arts et traditions populaires… et ce n’est pas tout, Le plus surprenant se trouve dans les salles voisines.
 
781h1 Musée du Nouveau Château de Grodno
 
781h2 Diodon Histrix
 
En effet, il y a aussi un petit muséum d’histoire naturelle présentant des animaux naturalisés appartenant à toutes sortes d’espèces. Ci-dessus, un beau tableau de coléoptères et un curieux animal marin, un diodon histrix.
 
781h3 Python Molurus
 
781h4 Piranga Rubra
 
781h5 Nycticebus Pigmaeus
 
Allez, encore trois photos pour finir. Ce serpent est un python molurus, ce joli oiseau orange est une pirangra rubra et cet amusant petit animal acrobate est un nycticebus pigmaeus. Inutile de préciser que, sans les légendes savantes, j’aurais été bien incapable de citer de tels noms. Pour moi, je vois un serpent ou un oiseau. C’est peu précis et peu scientifique !!!
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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 20:09
Grodno est la ville de Natacha, où vit son père, où est enterrée sa mère. En Occident, on n’entend guère parler de cette grande ville pourtant intéressante, et d’ailleurs bien souvent on confond son pays, la Biélorussie, avec la Russie de Poutine. Nos deux séjours rapprochés dans ce pays seront donc pour moi l’occasion d’en parler un peu.
 
780a0a Europe
 
780a0b Bielorussie
 
La Biélorussie. Le mot signifie "Russie Blanche". Tous les organismes officiels français, commission nationale de toponymie, Académie française, ministère des Affaires étrangères, ministère de l'Éducation nationale, IGN, n’admettent que le nom de Biélorussie. Mais, comme c’était le nom donné à cette République Socialiste Soviétique au temps de l’URSS, les autorités du pays réclament que l’on dise en français Bélarus. L’ambassadeur a fait en ce sens une demande officielle très insistante auprès du gouvernement français, demande repoussée parce que ce nom était celui utilisé par les Nazis. J’ajoute à titre personnel que ce n’est pas à un pays étranger d’intervenir dans la façon dont nous l’appelons dans notre langue. La Grèce pourrait nous demander de l’appeler Hellada, l’Angleterre England, l’Allemagne Deutschland, la Lettonie Latvia, la Pologne Polska, etc. Nous, de notre côté, pourrions exiger que la Grèce cesse d’appeler la France Gallia. Et, pendant qu’on y est, les villes pourraient faire de même, Londres pour London, et Florence pour Firenze. Cela dit, Natacha haïssant à l’égal le racisme nationaliste nazi et l’impérialisme de l’occupant soviétique de son pays, milite énergiquement pour le nom Bélarus. En bon Français, je résiste. Le président Loukachenko, réélu avec des masses de faux bulletins, qui a autorisé d’autres candidats à se présenter mais les a flanqués en prison après (parce qu’il interdit, par une loi, de critiquer le président, ce qui rend difficile une campagne électorale sans contradiction), est qualifié par l’Union Européenne de "dernier dictateur d’Europe". Les cartes ci-dessus permettent de situer le pays entre Pologne et Russie, entre États Baltes et Ukraine. On voit la ville de Grodno, à deux pas de la Pologne (Kouznitsa) et de la Lituanie (Druskininkai, adorable petite ville d’eau). On comprend aussi pourquoi, le vent soufflant du sud le jour de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la Biélorussie a été contaminée beaucoup plus que l’Ukraine.
 
Grodno. Parce que, d’une part, en russe et en biélorusse, le H se prononce G (Hitler est Guitler et Le Havre est Gavr), à l’inverse le son G est souvent transcrit par un H, et parce que, d’autre part, le O non accentué se prononce A en russe, et devient carrément un A en biélorusse, on trouve parfois le nom de cette ville orthographié HRODNA. Ça a l’air d’être une autre ville, mais c’est la même. Et, tant que j’en suis aux problèmes de langue, un mot à ce sujet. Pendant l’époque soviétique (à Grodno, c’était de 1939 à 1991), le russe était la langue obligatoire, et maintenant il y a deux langues officielles, le russe et le biélorusse. Le biélorusse s’écrit en alphabet cyrillique, mais c’est une langue à part entière, non un dialecte, et parmi les langues slaves elle est plus proche du polonais que du russe. Avec ses 323 000 habitants, Grodno est la cinquième ville du pays, juste après Vitebsk (342 000 h., connue pour être la ville natale du célèbre peintre Marc Chagall). À titre de comparaison, cela la place entre les 341 000 de Nice et les 282 000 de Nantes, respectivement cinquième et sixième villes de France. Grodno a été fondée au 10e siècle et l’une de ses églises (du 12e siècle) que je vais montrer plus loin est candidate à l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.
 
780a1 Grodno, Vytautas le Grand, gd-duc de LItuanie
 
Au douzième siècle, se constitue le Grand-duché de Lituanie, dont le territoire couvre l’actuelle Lituanie, la Biélorussie et le nord de l’Ukraine. Au treizième siècle, la ville de Novogrudok –parfois orthographiée Navahrudak pour les raisons déjà évoquées–, dont le nom, comme celui de Novgorod en Russie ou Naples –NéaPolis– en Italie, signifie "Ville Nouvelle", devient capitale du Grand-Duché. Cette statue de bois représente Vytaut, en lituanien Vytautas Didysis. Ce Vytaut devient prince de Grodno en 1370. Après son échec dans la guerre menée contre son cousin Ladislas II Jagellon, roi de Pologne, il est fait prisonnier mais s’évade et se réfugie auprès des chevaliers Teutoniques (ou chevaliers de l’ordre de la Maison de Sainte-Marie-des-Teutoniques, ordre militaire chargé de la christianisation des païens). Là, de païen, il se fait baptiser catholique. En 1385, il signe avec la Pologne l’Union de Krewo, devient gouverneur de Lituanie en 1390, où sa principauté de Grodno se trouve intégrée, et grand-duc de Lituanie en 1392. En 1410, revenu au paganisme, il s’établit à Grodno pour se préparer à la grande bataille de Grunwald / Tannenberg où, allié à Jagellon II, il défait les chevaliers teutoniques, presque tous tués –13000 morts– ou faits prisonniers. Cela scelle l’alliance entre les deux royaumes qui, coalisés, deviennent pour plusieurs siècles la première puissance en Europe centrale et de l’est. En manipulant l’histoire, tant les nazis (victoire de la Prusse) que les soviétiques (victoire de l’athéisme) ont fait de cette victoire leur symbole et de Vytaut leur héros… Vytaut meurt en 1430.
 
780a2 Grodno, le Vieux Château
 
780a3 Grodno, le Vieux Château
 
Cette statue se trouve au milieu du court chemin, quelques dizaines de mètres, qui mène du Vieux Château (ci-dessus) au nouveau château. Ce Vieux Château date du seizième siècle.
 
780a4 Grodno, le Nouveau Château
 
780a5 Grodno, le Nouveau Château
 
780a6 Grodno, le Nouveau Château
 
Le Nouveau Château, lui, a été édifié au dix-huitième siècle. C’est là qu’en 1795, après l’annexion du pays par le tsar de Russie, le dernier roi de Pologne, Stanislas Auguste Poniatowski, a signé son abdication. La Biélorussie est restée russe jusqu’à la sortie de guerre de la Russie bolchevique au traité de Brest-Litovsk (qui signifie Brest Lituanienne, devenue depuis Brest tout court, comme la ville de Bretagne). Après une très brève période d’indépendance et une guerre contre la Russie, la moitié est de la Biélorussie est restée intégrée en Union Soviétique, et la moitié ouest, avec Grodno, a été intégrée à la Pologne. Le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939 va, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, rendre à l’Union Soviétique cette moitié ouest de la Biélorussie. La réunification en une république indépendante n’aura lieu qu’en 1991. Comme le montrent mes photos, à l’époque où l’Union Soviétique a récupéré la ville, le fronton royal a été remplacé par les emblèmes du communisme. Cette présence de la faucille et du marteau trônant sur un palais royal ne manque pas d’un certain humour (noir).
 
780b1a Grodno, en ville
 
780b1b Grodno, en ville
 
Quand je parle de Grodno, autour de moi tantôt on imagine des cases en bois, une ville sous-développée, tantôt d’immenses barres de béton de style stalinien. Or, s’il existe, comme dans les banlieues de toutes les grandes villes d’aujourd’hui qui ont dû faire face à un accroissement rapide de la population, de grands bâtiments d’immeubles modernes, et si pour des raisons de conservation du patrimoine, on a protégé quelques maisons ancien style, la réalité du centre ville est autre. Grodno est une belle ville, dont beaucoup de rues sont bordées d’immeubles peu élevés et plutôt cossus. Comme en Pologne, comme en Lituanie, on aime peindre les façades de couleurs claires, vert amande ou bleu ciel, mais avec un goût très prononcé pour le jaune et surtout pour le rose.
 
780b2a Grodno, façade ancienne sauvegardée
 
780b2b Grodno, façade ancienne sauvegardée
 
Intelligemment, comme on le fait parfois dans d’autres pays et notamment à Paris, lorsque la vétusté d’un bâtiment le rend inhabitable dans des conditions d’hygiène et de sécurité satisfaisantes, mais que sa façade est belle ou typique, en tous cas préférable à une façade contemporaine dans un environnement ancien, on la maintient (première photo ci-dessus), et derrière, on détruit tout (seconde photo) pour reconstruire des logements confortables et modernes, mais qui jouiront d’une hauteur de plafond commandée par la situation des fenêtres en façade.
 
780b3a Grodno, en ville
 
780b3b Grodno, en ville
 
Grodno comporte, on l’a vu, des immeubles, mais aussi de grandes villas indépendantes. À leur style ainsi qu’à leur usage, je trouve que le nom d’hôtel particulier ne convient pas. Peu importe l’appellation, ce sont de luxueux bâtiments. Sur celui de ma première photo, une plaque indique qu’il a été construit en 1783-1785 et que c’était le siège d’une loge de francs-maçons.
 
780b4a Grodno, maisons anciennes
 
Dans certaines rues –nous sommes toujours près du centre– ont été construites et conservées des maisons basses qui ne le cédaient en rien aux immeubles pour les commodités.
 
780b4b Vieilles maisons typiques à Grodno
 
Et puis il y a des maisons de bois. Déjà, en arrière plan de ma photo de maisons basses "en dur", on apercevait une maison de bois noire. Mais il ne faut pas les prendre, quoiqu’elles soient anciennes, pour des logements primitifs. Au contraire, dans ce pays dont les hivers sont rigoureux et plus longs que chez nous, les habitants ont, depuis longtemps, su apprécier les qualités écologiques du bois dans la construction, matériau dispensant une excellente isolation. Par ailleurs, le pays est une vaste plaine dont l’altitude moyenne est de 159 mètres et dont la montagne la plus élevée culmine à 345 mètres, soit un dénivelé vertigineux de 186 mètres. Ce n’est pas l’Himalaya. On se doute dans ces conditions que la pierre n’est pas le matériau de construction le plus courant et que l’on a logiquement recouru soit à la brique, soit au bois.
 
780b4c Dans la proche banlieue de Grodno (Belarus)
 
Devant cette maison qui, elle, est hors de la ville, dans une proche banlieue, au pied d’un panneau qui indique un passage piétons, vous croyez voir un gendarme couché, mais dans ce pays il n’y a pas de gendarmes, ni debout, ni couchés. En revanche, il y a des miliciens. Mais dans cette dictature, ils ne se couchent pas en travers des rues, bien sûr. Je propose d’appeler ces ralentisseurs des condamnés politiques. Pour parler plus sérieusement, je dois dire que mieux vaut ne traverser les rues que là où il y a ce genre de panneau et, lorsqu’il y a un feu, d’attendre que le petit bonhomme devienne vert, parce que si vous contrevenez à ces règles et qu’un milicien embusqué vous voit, ce sont des ennuis administratifs assurés, avec bonne amende à la clé. Et à ce sujet, j’ai lu le texte d’un voyageur qui voulait montrer que la police française était hospitalière aux étrangers et plus sympa que celle de son pays et, ce menteur, racontait que, traversant une rue de Paris sans attendre que le signal l’y autorise, il s’était fait prendre par un policier qu’il n’avait pas remarqué, avait bien évidemment été conduit au poste, mais en sa qualité d’étranger il en avait été quitte pour une admonestation et la promesse de ne plus recommencer. Je ne connais pas un seul Parisien qui puisse le croire pendant une seule seconde.
 
780b4d Grodno, maison d'Elisa Orzeszko
 
780b4e Eliza Orzeszko (Grodno, Belarus)
 
Parmi les maisons en bois, celle-ci porte une plaque indiquant que c’est la maison musée d’Eliza Orzeszko (1841-1910), une Polonaise écrivain célèbre. Elle est née à Milkowszczyzna, un minuscule hameau à une grosse trentaine de kilomètres au sud-est de Grodno, et elle est morte ici, dans sa maison de Grodno. C’était l’Empire Russe du temps des tsars. Tout comme le poète Mickiewicz, lui aussi de langue polonaise, de culture polonaise, de sang polonais, né en Biélorussie mais citoyen russe. Évidemment, vu leur notoriété, ils sont considérés comme polonais par la Pologne, mais la Biélorussie les réclame comme biélorusses. Et Marc Chagall, né à Vitebsk en 1887, naturalisé français en 1937 et mort à Saint-Paul-de-Vence en 1985, les Français veulent en faire un peintre français, les Russes font valoir sa naissance dans l’Empire Russe et les Biélorusses le revendiquent comme l’un des leurs. Et finalement, sans aucun droit ni justification, nous revendiquons bien à la France l’invention, dans la ville de Strasbourg, de l’imprimerie par Gutenberg, alors que, né et mort à Mayence, dans le Saint Empire Germanique, il n’a passé qu’une dizaine d’années à Strasbourg, alors allemande, et qui le restera encore trois siècles.
 
780b5a Grodno, université
 
780b5b Grodno, faculté de biotechnologie
 
Sur la première de ces photos, on voit l’université de Grodno, le bâtiment ancien qui abrite le cœur des facultés, tandis que la seconde photo montre une annexe construite en 1907 qui héberge la faculté de biotechnologie où a enseigné mon beau-père, vétérinaire à l’origine, puis chef d’un district d’agronomie. Ses cours à l’université étaient en marge de ses activités principales, et s’exerçaient parallèlement.
 
780b6a Grodno, le théâtre
 
780b6b le théâtre de Grodno
 
Dans les régimes autoritaires, la culture a toujours été considérée comme un danger. Mieux vaut ne pas trop penser. Ou bien penser dans la direction indiquée par le gouvernement. Peintres, musiciens, écrivains sont instamment priés, s’ils souhaitent être diffusés, voire s’ils veulent rester libres et en vie, d’exercer leur art dans les strictes limites qui leur sont imposées. Dans ces conditions, on peut construire un grand théâtre opéra, pour des représentations dramatiques et pour des concerts. Mais ce char d’assaut soviétique, fièrement placé (et maintenu par Loukachenko) à l’extrémité d’une vaste esplanade, semble tenir en respect le monde culturel du théâtre sous la garde vigilante de son canon si, avec un peu de mauvaise foi (mais si peu…) on cherche l’angle adéquat pour donner l’impression que sa tourelle est pointée sur le bâtiment.
 
780b7a Grodno, Biélorussie
 
780b7b Grodno, Biélorussie
 
Cette très vaste esplanade, dont je parlais pour le char, a nom Sovietskaia. On n’en a pas changé le nom. À chacun de ses angles s’élevait une église. La plus emblématique a été détruite par les autorités dans les années 1960 malgré sa construction belle et ancienne. Près du terrain vague qu’a laissé jusqu’à aujourd’hui sa destruction, se trouve cet autre bâtiment, qui hébergeait un centre culturel, et qui aujourd’hui a été concédé à des bureaux.
 
780b8a Grodno, la caserne de pompiers
 
780b8b Grodno, la caserne de pompiers
 
Autre époque, autre style, autre usage aussi, cette tour signale la caserne des pompiers. Au-dessus de la porte de leur garage, cette fresque inscrite dans un arc de cercle montre les différents personnels qui luttent contre le feu et participent à la sécurité des habitants.
 
780c1a Grodno, Sts Boris et Gleb côté nord
 
780c1b Grodno, Sts Boris et Gleb côté est
 
780c1c Grodno, Sts Boris et Gleb côté nord
 
La voilà, la petite église du douzième siècle que la ville voudrait bien voir inscrite dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle est dédiée à saint Boris et saint Gleb, et on l’appelle aussi parfois Kolojskaya. Il y avait là trois églises à l’époque mais, nous apprennent les annales, dès 1183 deux d’entre elles ont été détruites par la foudre, seule est restée l’église Saint-Boris-et-Saint-Gleb.
 
780c1d Grodno, Sts Boris et Gleb côté sud (Niemen)
 
780c1e Grodno, gravure de Napoleon Orda (Sts Boris et Gleb
 
Là n’en sont pas restées les catastrophes car en 1720 le Niemen (le fleuve qui traverse Grodno et se jette dans la mer Baltique, en Lituanie, celui qui a donné son nom à la fameuse escadrille Normandie-Niemen) subit une très forte crue qui sape le sol et déstabilise l’église. La conséquence en est qu’en 1853 une partie du mur sud, celui qui est du côté du fleuve, s’effondre. Nouvel effondrement du reste de ce mur en 1889. Un graveur resté très célèbre ici, Napoleon Orda, a produit une œuvre abondante grâce à laquelle la ville ancienne de Grodno nous est connue. Il est l’auteur de la gravure qui représente l’état de l’église en 1869, soit avant le second effondrement qui sera fatal au pan de mur qui est encore en place à gauche sur la gravure. Enfin, en 1897, on procédera à la consolidation du sol et à la mise en place d’un mur provisoire en bois. C’est ce que montre ma photo ci-dessus, car depuis plus d’un siècle le provisoire dure toujours. Mes recherches d’informations sur le web m’ont fait tomber sur le site du magazine Geo, sujet d’une anecdote. N’ayant sans doute vu la ville que très rapidement, depuis l’autre rive du Niemen, ou ne jugeant que sur une photo prise de ce côté-là, les reporters parlent d’une vieille église de bois… Mais vous, mes lecteurs, êtes témoins, par mes autres photos, que la majeure partie de l’église reste en brique. Je me suis empressé de leur envoyer un mail avec photos à l’appui, parce que c’est une revue que j’apprécie, et je ne voudrais pas que des esprits malveillants prennent prétexte de cette erreur pour la dénigrer.
 
780c2 Grodno, cathédrale orthodoxe Saint Jean
 
780c3 Grodno, devant la cathédrale orthodoxe
 
Je l’ai dit, nous sommes ici en terre polonaise de tradition. La population était catholique. Mais le pouvoir soviétique, désireux de supprimer tout risque de velléité d’indépendance, a réparti la population biélorusse aux quatre coins du pays, et a au contraire envoyé là des personnes venues d’ailleurs. Ainsi, en chaque point de l’Union, la population serait mêlée et n’aurait d’autre choix que de se sentir soviétique pour ne pas se sentir déracinée. À titre d’exemple, dans les années 50, mes beaux-parents ukrainiens ont été envoyés travailler en Biélorussie. À la génération suivante, Natacha a pu rester en Biélorussie, mais son frère médecin a dû partir près d’Arkhangelsk dans le nord de la Russie, et son cousin germain a reçu un travail en Lettonie. Des gens de Biélorussie ou de Lettonie ne peuvent demander la sécession de l’Ukraine, un homme établi en Russie ne peut demander celle de la Biélorussie. De sorte qu’aujourd’hui la population de Grodno est à 80% orthodoxe, avec ou sans pratique religieuse. On voit ici la cathédrale orthodoxe Sviata Pakrouski dédiée à saint Jean. À défaut d’inscription, je n’ai pas été capable d’identifier la sainte de la statue placée devant la grille. Mais parce que je l’aime bien, je la présente quand même.
 
780c4 Grodno, église orthodoxe de la Nativité
 
Ce bulbe bleu nuit couvert d’étoiles dorées est bien sûr orthodoxe lui aussi. C’est celui de l’église de la Nativité et de la Mère de Dieu.
 
780c5a Grodno, cathédrale catholique St François-Xavier
 
780c5b Grodno, cathédrale catholique St François-Xavier
 
Mais malgré les destructions de l’ère soviétique, il reste de l’époque polonaise une grande cathédrale (kostiol, en russe), église construite par les Jésuites entre 1678 et 1705. C’est Farny Kostiol. Elle est dédiée à saint François-Xavier qui, étant venu étudier la théologie à la Sorbonne, y avait rencontré Ignace de Loyola et avait collaboré à la création de la Compagnie de Jésus. Il a été, en outre, le premier missionnaire Jésuite (Goa, les Philippines, le Japon, Malacca…). Elle se dresse à l’une des extrémités de l’esplanade Sovietskaia, dans l’angle opposé à l’église détruite. Sa belle et noble silhouette se voit de loin car nous sommes ici sur une petite colline et la plupart des bâtiments de la ville, comme on l’a vu, ne comptent que peu d’étages. C’est une ville très étalée, avec de grands espaces verts.
 
780c6a Grodno, église de l'Ascension (monastère de Sainte
 
780c6b Grodno, église de l'Ascension (monastère de Sainte
 
Le monastère des religieuses de l’ordre de Sainte Brigitte est catholique lui aussi. Son église, c’est celle-ci, église de l’Ascension, construite en style baroque de 1636 à 1646. Sous le régime communiste, de 1950 à 1990 le monastère a été converti en dispensaire neuropsychiatrique.
 
780c7 Biélorussie, Grodno, église des Franciscains
 
Nous sommes ici sur une colline au bord du Niemen, entre Saint-Boris-et-Saint-Gleb et les deux châteaux. Sur l’autre rive du fleuve, nous apercevons l’église des Franciscains. Et donc catholique également. Car malgré l’apport de populations orthodoxes, ce n’est pas sous l’ère athée que l’on aurait construit des églises.
 
780c8a Grodno, église évangélique luthérienne
 
780c8b Grodno, église évangélique luthérienne
 
À côté des deux religions dominantes, catholique avant la guerre, orthodoxe maintenant, il y a aussi une modeste communauté protestante, qui a construit cette église évangélique luthérienne de 1783. Ce n’est pas tout. Grodno a également compté, avant la guerre et la Shoah, une nombreuse population juive. Je préfère ne pas en parler ici pour lui réserver un article complet très bientôt.
 
780d1 Biélorussie, Grodno, en descendant vers le Niemen
 
780d2a Le Niemen à Grodno (Biélorussie)
 
780d2b Promenade le long du Niemen à Grodno (Biélorussie)
 
780d2c Le Niemen gelé
 
J’ai beaucoup parlé du fleuve qui baigne Grodno, le Niemen, je ne l’ai pas encore montré. C’est que l’escalier enneigé qui descend vers sa rive, dans la banlieue de Grodno, est glissant et doit être abordé avec prudence. Mais en fait, je suis remonté, plus loin, pour prendre du haut d’un pont ma photo de la courbe du fleuve qui s’avance dans la campagne. La troisième photo est l’agréable promenade aménagée le long du fleuve. Elle est, c’est sûr, plus fréquentée aux beaux jours. La dernière photo est là pour montrer l’épaisseur de la couche de glace sur le bord du fleuve. Mais il fait doux à présent, et le fleuve libéré coule au centre de son lit. La glace des côtés se contente de réduire sa largeur car, sans être un grand fleuve, il est néanmoins assez imposant.
 
780d2d Belarus, le Niemen à Grodno. Au fond, l'église des
 
Je suis ici en banlieue, sur le même pont que ci-dessus, mais je regarde vers l’amont. On voit, dans le fond, le théâtre et une église. C’est l’une des extrémités de l’esplanade Sovietskaia.
 
780d3 Biélorussie, St Boris et St Gleb, et Farnii Kostiol
 
Toujours devant le Niemen, mais en regardant beaucoup plus à gauche, vers l’autre extrémité de l’esplanade, on voit se dresser Farny Kostiol, la cathédrale catholique. On reconnaît aussi la tour des pompiers que j’ai montrée tout à l’heure. Et puis plus près de nous, sur la colline tout au bord du fleuve, ce petit bâtiment partiellement noir (bois sur sa moitié droite) et rouge (brique sur la moitié gauche), c’est notre église victime de la crue, Saint-Boris-et-Saint-Gleb, vue du côté opposé à l’abside.
 
780d4a Grodno, entre l'ancien et le nouveau château
 
780d4b Grodno, entre l'ancien et le nouveau château
 
Ces photos-ci ont été prises du secteur des châteaux, la première tourné vers le fleuve, qui coule transversalement de gauche à droite, entre la butte où je suis et la rive que l’on voit dans le fond avec sa ligne d’arbres. Pour l’autre photo je suis tourné de l’autre côté, la route que l’on voit en bas vient de la berge. On se rend compte que, dans ce plat pays, Grodno a choisi un site plutôt accidenté
 
780d5a Grodno, dans l'ex-quartier juif
 
780d5b Grodno, dans l'ex-quartier juif
 
J’ai dit que je parlerais de la population juive et des événements dans un autre article. Mais dès celui-ci, dans ma présentation générale de Grodno, je montre deux images des maisons de l’ex-quartier juif. Celles qui sont en bon état sont aujourd’hui assez recherchées parce que le quartier est calme et situé à deux pas du centre de la ville, malgré son apparence de village en pleine nature.
 
780e1 Lénine à Grodno (Belarus)
 
Outre la grande place Sovietskaia dont j’ai à maintes reprises parlé, il y a à Grodno une rue commerçante piétonne elle aussi appelée Sovietskaia, il y a un quartier Lénine et une rue Lénine, une large rue Gorki (où habite mon beau-père). Les noms choisis par le régime communiste ont été conservés, même si, à ma connaissance, le président Loukachenko n’a pas parlé de Vladimir Ilitch, que l’on voit ici en plein centre de Grodno. En revanche, il a clamé en discours public son admiration pour Hitler et pour Staline, exemples à suivre. Dont acte.
 
780e2 Tyzenhauz (Grodno, Belarus)
 
De taille plus modeste, et situé au niveau du sol en un endroit discret, Antoni Tyzenhaus (1733-1785) s’avance vers nous, indifférent aux travaux qui se déroulent dans son dos. Ami personnel du roi de Pologne et Lituanie Stanislas II Auguste Poniatowski, il a été nommé trésorier du grand-duché de Lituanie, staroste (administrateur) de Grodno et gestionnaire des possessions royales. À Grodno, il a créé des écoles professionnelles, réorganisé toute la ville et il est aussi à l’origine de l’ouverture de 23 usines. Pour les faire tourner, il a utilisé le travail forcé des paysans des alentours, ce qui a provoqué une révolte vite maîtrisée. Mais ce mécontentement populaire, lié à des accusations de fraude, lui ont valu d’être écarté des affaires en 1780. Évidemment, on ne peut que s’indigner de ces méthodes au siècle des Lumières, mais c’est à lui que Grodno doit d’être industriellement développée avec diverses spécialités telles que l’industrie alimentaire, la production d’engrais azotés, le traitement du bois, la mécanique de précision, etc.
 
780e3 Gilibert, qui a dessiné le parc de Grodno
 
Celui-ci, c’est Gilibert, un Français, en train de se reposer dans le grand parc qu’il a dessiné et créé au cœur de la ville. Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) est un médecin lyonnais, mais sa passion est la botanique. Parce qu’en cette fin de 18e siècle la médecine, l’agriculture, la teinturerie, l’industrie ont besoin de toutes sortes de plantes, il tente de créer à Lyon un jardin botanique aux Brotteaux, et il se ruine complètement dans ce projet qu’il ne peut faire aboutir. Mais, ayant appris que le roi de Pologne et Lituanie Stanislas II Auguste Poniatowski (en fait, le staroste de Grodno, Antoni Tyzenhaus) cherchait quelqu’un pour développer et moderniser à Grodno l’enseignement de la médecine et des sciences naturelles, pour ouvrir une école de sages-femmes et pour créer un jardin botanique, il envoie sa candidature et obtient le poste. Il travaillera ainsi à Grodno de 1774 à 1783, inventoriant toute la flore, écrivant livre sur livre, créant un enseignement structuré et moderne. Mais malgré sa réussite et son profond attachement à Grodno, il rentre à Lyon où il exercera comme médecin à l’Hôtel-Dieu.
 
780e4a Grodno, Biélorussie
 
780e4b Grodno, Biélorussie
 
Dans le secteur de la jolie petite église du douzième siècle, se dresse ce grand monument, à qui, à quoi, aucune plaque, aucune indication ne le dit. Appliquées dans des niches de part et d’autre, deux gigantesques sculptures dont on peut se figurer la taille en les devinant sur la première de ces photos représentent des personnages que je n’ai pas su identifier. Natacha pense que sur ce monument érigé par le pouvoir soviétique cette femme qui ne manque pas de noblesse ne représente personne, mais que c’est plutôt une allégorie de la grandeur du peuple slave, ou l’attachement à la patrie soviétique, ou quelque chose comme cela. Car, dit-elle, en dehors de Staline avant la déstalinisation, de Lénine, de Gorki et de quelques autres, on ne représentait que très peu des individus particuliers, à moins que ce ne soit devant leur maison, ou devant un bâtiment qui portait leur nom. Le monument lui-même n’est autre que la manifestation de la grandeur et de la puissance de la nation.
 
780f1 Une responsable de l'école n°8 à Grodno
 
Autrefois –dans un proche passé– il y avait en Biélorussie des écoles possédant des particularités. L’école n°8 était spécialisée dans l’enseignement du français. En plus, donc, des matières obligatoires étudiées dans tous les établissements, tous les élèves avaient pour langue étrangère le français. Aujourd’hui, les spécialisations n’existent plus officiellement, néanmoins ici, soit en langue obligatoire, soit en option, 90 pour cent des élèves ont choisi cette école pour y étudier notre langue. Je dis "école" parce que les établissements regroupent primaire et secondaire. Fort intéressé, j’ai souhaité y pénétrer. Accompagné de Natacha, qui expliquait en russe au portier et à diverses autres personnes, j’ai été mené à une responsable de l’établissement, elle-même professeur de français. Ce qui simplifiait grandement la conversation ! Cette personne, très aimable, nous a emmenés dans son bureau et a répondu à toutes les questions que me dictait ma curiosité.
 
780f2 Grodno, école n°8, Loukachenko notre président
 
Évidemment, dans ce bureau, je ne pouvais pas manquer de trouver le portrait du chef de l’État. Sous la photo, où on le voit portant son fils dans ses bras, il est écrit "Loukachenko [est] notre président".
 
780f3 Grodno, école n°8, salle musée des échanges avec
 
Sans compter son temps, cette aimable sous-directrice nous a aussi montré la salle des professeurs, la bibliothèque et (photo ci-dessus) une salle réservée au "musée" du voyage pédagogique effectué tous les deux ans en France. Un échange, en fait, une année les Biélorusses vont en France, l’année suivante les correspondants français viennent à Grodno. Mais ce n’est pas un jumelage permanent. La ville est jumelée avec Limoges, il y a eu des échanges avec un collège de l'académie de Limoges, mais ce n’est plus le cas.
 
780g1 Biélorussie, Grodno, affiche de propagande nationali
 
Je terminerai cette longue visite de Grodno par deux photos. D’abord cette affiche de propagande nationaliste. En haut et en bas de l’image d’un grand-père en tenue militaire et embrassant sa petite-fille, il y est dit "Nous nous souvenons de l’histoire… / …au nom de notre patrie biélorusse". Et, à droite, en gros "Et qu’est-ce que tu fais, TOI ?"
 
780g2 Lions à l'entrée d'un pavillon, banlieue de Grodno
 
Après avoir vu, en Italie, tant de lions de pierre au seuil des églises, et en Grèce des lions décorant des entrées de monuments antiques, je voulais finir mon article sur la photo de ces deux lions féroces gardant superbement le portail d’une maison de banlieue. Brrrrr!!!
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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 18:37
Nous avons quitté Melun il y a 26 mois. Natacha, en juillet 2010, est allée quelques jours à Varsovie pour un congrès, puis à Grodno (Biélorussie) voir son père, mais moi je n’ai encore fait aucune pause dans notre long voyage culturel. Cette fois, c’est décidé, nous laisserons le camping-car en sécurité au camping d’Athènes et nous passerons les fêtes de fin d’année avec ma famille, après avoir passé trois semaines à Grodno.
 
Programme et itinéraire :
– Athènes-Paris le 18 novembre, Paris-Varsovie le 23, en car vers Grodno le 28
– Grodno-Varsovie en train le 18 décembre, Varsovie-Paris le 19.
 
Nous avions prévu le retour à Athènes le 30 janvier, mais un imprévu nous a fait modifier notre calendrier, et nous avons dû retourner à Grodno :
– Paris-Varsovie via Amsterdam le 6 février par KLM, et Varsovie-Grodno en autocar le 8
– Grodno-Varsovie en train le 28 février, Varsovie-Paris via Amsterdam le 29, Paris-Athènes le 2 mars.
 
Nous sommes donc passés brièvement quatre fois par Varsovie, ce sera le sujet de mon article d’aujourd’hui, et par la suite je parlerai dans d’autres articles de Grodno, d’Amsterdam et de Paris.
 
779a Entre le Péloponnèse et la Grèce centrale, le pont
 
En guise d’introduction, une image prise en vol après le décollage d’Athènes. On survole ici le profond golfe fermé par l’isthme de Corinthe, entre le Péloponnèse et le Grèce centrale, et c’est ici l’entrée du golfe, à l’ouest, où un grand et beau pont a été jeté à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004, reliant Rio et Antirrio. Il y a des reflets sur la vitre du hublot, la luminosité est forte, mais on arrive à le distinguer sur ma photo. Sur la rive nord, c’est-à-dire vers le bas de ma photo, se trouve la ville de Naupacte, devant laquelle a eu lieu la célèbre bataille navale de Lépante qui a vu le succès des armées chrétiennes coalisées contre la flotte ottomane le 7 octobre 1571 (mon article du 5 août 2010 pour l’histoire, et celui que j’ai daté janvier-février 2011 pour les photos). C’est donc dans le golfe à gauche du pont qu’il convient d’imaginer l’événement.
 
779b1 Dans les rues de Varsovie
 
779b2 Dans les rues de Varsovie
 
Deux vues de Varsovie, la première près du château royal qui est juste là sur la gauche (non visible sur ma photo), la seconde dans une grande rue chic du centre ville, Nowy Swiat (rue du Nouveau Monde).
 
779b3 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
779b4 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
779b5 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
Autre lieu célèbre et touristique de la ville, cette immense place du Marché de la Vieille Ville (Rynek Starego Miasta). On sait que Varsovie a été ravagée lors de la Seconde Guerre Mondiale. Il ne restait plus rien des maisons des 17e et 18e siècles qui bordaient cette place, et celles que l’on voit aujourd’hui sont une reconstruction à l’identique des bâtiments anciens. Dans la cave de l’un de ces immeubles vivait un monstre, le Basilic, qui par son regard changeait en pierre qui l’approchait. C’est un tailleur ambulant qui eut raison de lui en lui présentant un miroir. L’imbécile se changea lui-même en pierre. Une histoire qui rappelle celle de Méduse dans la mythologie grecque. À Poznan, à Cracovie, l’hôtel de ville ou le marché occupe le centre de la place. Il en allait de même à Varsovie, ce qui explique l’ampleur des lieux, mais on l’a abattu en 1817. C’est sur cette place qu’avaient lieu les exécutions capitales, mais aussi les foires. En novembre, nous y avons vu le marché de Noël.
 
779b6 Varsovie, Stare Miasto, Monument de la Sirène (pomni
 
Sur cette place, un peu excentré, se dresse le Monument de la Sirène (Pomnik Syreny).. Trouvant agréables les abords de la Vistule, cette sirène décida de s’y implanter. Mais elle libérait les poissons des filets des pêcheurs, qui recherchèrent le fauteur de troubles. Quand ils trouvèrent la sirène en train de chanter, ils furent follement séduits par sa voix et décidèrent de l’adopter. Désormais, chaque jour, elle chantait pour eux. Hélas, un jour, un riche qui voulait être encore plus riche voulut l’exhiber dans les foires et se saisit d’elle par surprise. La pauvre se lamentait dans sa prison. Ayant entendu ses plaintes, un jeune fils de pêcheur se fit aider de ses amis pour la libérer. En signe de reconnaissance, elle s’est armée de l’épée et du bouclier qu’on lui voit, et elle est ici pour défendre la ville. Des crétins ayant plusieurs fois vandalisé la sculpture, on l’a déplacée au musée historique, et celle que nous voyons est une copie. On sait qu’Athéna, avec son casque, son bouclier et son épée, défendait la ville d’Athènes. Sur la poitrine de sa cuirasse, elle avait placé la tête de Méduse, qui changeait l’ennemi en pierre par son regard. Basilic, la Sirène armée pour protéger la ville, ce sont, je trouve, des relents de mythologie grecque, trop précis et trop nombreux pour être le fruit du hasard.
 
779c Varsovie, plaque Weygand
 
Maxime Weygand est né en 1867 de parents qui l’ont abandonné à la naissance. Plusieurs hypothèses ont été avancées, dont la plus probable en fait le fils de l’impératrice Charlotte du Mexique, fille du roi des Belges Léopold I et épouse du nouvel empereur du Mexique, l’autrichien Maximilien. Et le père serait le colonel van der Smissen, commandant du corps d’armée belge au Mexique. En 1888 le jeune Maxime acquiert la nationalité française. Il est avec Foch dans le wagon de Rethondes en novembre 1918 et c’est lui qui lit aux Allemands les conditions imposées pour l’armistice. Cet antidreyfusard actif sera ministre de la Défense du Maréchal Pétain. De Gaulle lui vouera une haine farouche. Weygand est mort en 1965. Membre de l’Académie Française, Grand Croix de la Légion d’honneur, Croix de Guerre 1914-1918, médaillé militaire, titulaire de diverses autres décorations françaises et étrangères, Weygand a cependant été honoré comme un grand homme. Général de brigade en 1916, il obtient ses cinq étoiles de général d’armée en 1923, et refusera d’être fait maréchal de France en 1951. Ce qui justifie qu’il apparaisse sur cette plaque qui énumère ses titres, c’est qu’en juillet et août 1920 il avait exercé à Varsovie les fonctions de conseiller technique de la mission franco-anglaise venue en aide à la Pologne en guerre contre la Russie bolchevique. Quelle qu’ait été l’aide apportée à l’organisation des forces polonaises, je trouve curieux que cet antisémite notoire soit honoré dans une ville dont le ghetto juif a subi un tel martyre, que cet ennemi de la Résistance contre les armées des Nazis, partisan d’un armistice dès juin 1940, ait une plaque dans un pays qui a résisté et a subi pendant des décennies une soumission à une puissance étrangère, conséquence de l’acceptation de la défaite.
 
779d1 Varsovie, le palais royal
 
779d2 Varsovie, le palais royal
 
Je parlais de la Vieille Ville qui a été détruite. Mais c’est la ville entière qui a été touchée, et la totalité du centre ancien qui a été détruite. Entre autres le palais royal (ci-dessus) qui a été intégralement reconstruit dans les années soixante-dix. Ce n’est certes pas l’occupant soviétique qui a financé les gigantesques travaux de reconstruction de la ville, mais la générosité et la motivation des citoyens eux-mêmes qui ont lancé une souscription nationale, et innombrables sont ceux qui ont donné, même pauvres, en se serrant la ceinture. En 1596, le château du Wawel, à Cracovie alors capitale, a brûlé. Le roi Sigismond III Vasa a alors transféré sa capitale à Varsovie et a établi sa résidence royale dans un château gothique du début du quinzième siècle. S’agrandissant, se développant, ce château est devenu ce que nous voyons, ou plutôt le modèle de la copie que nous voyons. Une copie fidèle, remarquable, dont même les seuils ont été polis pour simuler l’usure de la pierre par les chaussures qui les avaient foulés pendant des siècles. Le palais, comme la Vieille Ville, a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO.
 
779d3 Varsovie, colonne de Sigismond III Vasa
 
779d4 Varsovie, statue de Sigismond III Vasa
 
Sur la place devant le château, se dresse cette colonne surmontée de la statue du roi Sigismond III. C’est son fils, le roi Wladislaw IV, qui en a décidé l’érection en 1644. La statue, de 2,75 mètres, couronne la colonne de 22 mètres.
 
779d5 Varsovie, colonne de Sigismond abattue
 
Il serait évidemment irréaliste de penser que ce monument a résisté aux destructions de la Seconde Guerre Mondiale. La colonne s’est abattue, et après la guerre elle a été remplacée par une autre. Il n’était pas possible de ne pas restituer ce témoignage de la qualité de capitale dont jouit Varsovie. Les tronçons de l’ancienne colonne brisée ont été conservés, ils sont placés sur des supports le long du flanc du château.
 
779d6 Varsovie, le palais royal après la guerre
 
779d7 Varsovie, le palais royal après la guerre
 
Pour le cas où l’on douterait encore du niveau de destruction du palais royal, voici deux photos que j’ai prises dans le musée et qui montrent son état en 1945. On voit qu’il ne s’agissait pas d’envisager une restauration, des réparations, car il ne restait strictement rien. En outre, les collections, les meubles et autres richesses qu’il contenait ont été brûlés ou détruits s’ils n’avaient pas auparavant été pillés. Seule une infime partie de ce que contenaient les bâtiments a pu être sauvée.
 
779e1 Varsovie, récipiendaires du prix Sakharov
 
779e2 Varsovie, récipiendaires du prix Sakharov
 
En l’honneur de personnages dont les actions, toutes ces dernières années, ont été récompensées du prix Sakharov ("Prix pour la liberté de pensée" créé en 1988 par le Parlement européen et attribué à des hommes ou des femmes, ou encore à des organisations, qui se sont consacrés à la défense des droits de l’Homme et des libertés), la ville de Varsovie a placé, au milieu d’une voie piétonne très fréquentée, ces figures lumineuses qui chacune porte sur sa poitrine une plaque avec le nom d’un lauréat. Intéressant symbole, ces silhouettes de liberté dont la lumière rayonne dans la nuit. On voit aussi que ces silhouettes s’organisent autour d’un tambour central, sur lequel sont évoquées, en quelques mots exprimés en polonais, en anglais, en français et en allemand, les actions principales qui ont justifié l’attribution du prix à chacun des récipiendaires depuis 1988. J’en montre ici trois exemples. Le tout premier a été Nelson Mandela "Président d’Afrique du sud (1994-1999). Symbole de la lutte contre l’apartheid. Lauréat du Prix Nobel en 1993". Je choisis de montrer aussi Alexandre Dubcek (1989) parce que nous sommes dans un pays de feu le Pacte de Varsovie, et qu’il s’est illustré dans l’un des pays de ce bloc, "Homme politique. Figure de proue du Printemps de Prague en 1968 et promoteur d’un socialisme tchécoslovaque à visage humain". Parce que je ne peux pas tous les montrer, parce que Natacha est biélorusse, parce que nous nous rendons dans son pays qui est "la dernière dictature d’Europe", selon des chefs d’État européens, je choisis pour troisième et dernier exemple le prix 2004 attribué non pas à un individu mais à un groupe, l’Association Biélorusse des journalistes "Pour la lutte en faveur de la liberté de la presse en République de Bélarus".
 
779f1 Varsovie, l'université
 
779f2 Varsovie, l'université
 
779f3 Varsovie, l'université
 
Nous avons aussi visité l’université de Varsovie. C’est un ensemble de très beaux bâtiments historiques en plein cœur de la ville. Créée en 1816 pour que l’on y enseigne le droit et la médecine, elle a été fermée par les Russes en 1831 en représailles de l’insurrection polonaise de novembre 1830 contre la soumission de leur royaume à l’empire du tsar. Après sa réouverture, elle est devenue université impériale, les cours y étant dispensés en russe exclusivement. Pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre Mondiale, elle a servi de caserne de gendarmerie, et il était interdit de donner des cours sous peine de mort. Néanmoins, beaucoup de professeurs ont continué à enseigner, dans des appartements privés, clandestinement.
 
779f4a Varsovie, l'université, palais Kazimierzowski
 
779f4b Varsovie, l'université
 
Nombre de bâtiments, comme je le disais il y a un instant, sont historiques. Celui-ci a été construit de 1632 à 1643, dans un proche faubourg du palais royal, pour servir de villa au roi Jean Casimir (Jan Kazimierz), d’où son nom de Palac Kazimierzowski. Le roi Stanislas Auguste Poniatowski, dernier roi de la Pologne libre, qui a régné de 1764 à 1795, y a établi le Corps des Cadets en 1765-1768 qui accueillait les jeunes nobles. Intégré à l’université dès l’ouverture en 1816, on y a installé de 1817 à 1831 un lycée, qu’a fréquenté le jeune Frédéric Chopin. Aujourd’hui, c’est le siège du rectorat. Je précise que Natacha, qui connaît bien les lieux, m’a emmené dans ce bâtiment, à la cantine des personnels mais qui est ouverte à d’autres publics, puisque l’on ne m’a rien demandé alors que je ne parle pas un mot de polonais. Et nous y avons mangé bien et pour pas cher…
 
779f5 Université de Varsovie, souvenir de la lutte anti-co
 
779f6 Université de Varsovie, souvenir de la lutte anti-co
 
Sur une pelouse, ont été déroulées de longues bandes de photographies vaguement protégées par un film plastique. Ce sont des souvenirs des années de lutte pour la libération du pays du joug soviétique, de l’autre côté du Rideau de Fer, les années Solidarnosc et Lech Walesa.
 
779g1 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
779g2 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
779g3 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
Non loin, mais hors du campus, a été construite une nouvelle bibliothèque universitaire, un grand bâtiment moderne à l’architecture originale. Sur le toit, malheureusement fermés à la visite en cette saison mais d’avril à octobre inclus ouverts au public, ont été créés des jardins suspendus sur plus d’un hectare. Entre une partie haute et une partie plus basse, il y a, paraît-il, une cascade. Le bâtiment est donc non seulement beau, mais créatif et écologique. Curieux, tous les documents consultés, de sources différentes, disent de même un hectare, et ajoutent que la partie supérieure est de 2000 mètres carrés, et la partie inférieure de 15000. Si je calcule bien, le total est de 17000 mètres carrés, et jusqu’à ce voyage à Varsovie j’avais toujours cru qu’un hectare faisait dix mille mètres carrés... Devant la façade, huit panneaux de cuivre patiné figurant des livres ouverts. Ceux que j’ai choisis ici sont, de gauche à droite, une partition de musique du compositeur Karol Szymanowski, une page de calculs mathématiques, et une page en grec. Les autres sont des textes dans diverses langues, ancien polonais, ancien russe, hébreu, arabe et sanscrit. Cela pour représenter l’universalité du savoir.
 
779g4 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
779g5 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
779g6 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
L’intérieur est accessible librement au rez-de-chaussée, dans cet immense hall où des bouquinistes proposent leurs livres sur des étals provisoires, et au sous-sol concédé à des commerces. Au-dessus de l’entrée du bâtiment universitaire proprement dit, un gigantesque livre ouvert porte sur sa page de gauche le mot HINC et sur celle de droite OMNIA, ce qui, en latin, signifie "à partir de là, tout". Universalité du savoir recelé par les livres, comme sur la façade.
 
779g7 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
J’ai été particulièrement impressionné par l’architecture du toit de verre, dont l’armature métallique est, à mon goût, superbe. C’est à la fois léger et dynamique.
 
779g8 Varsovie, bibliothèque universitaire, offres de voya
 
Avant de quitter la bibliothèque universitaire, je me suis arrêté à jeter un coup d’œil sur les publicités placardées sur un pilier. On propose aux étudiants d’aller skier à l’étranger. On peut s’offrir la Slovaquie ou l’Ukraine pour 745 zloty (il faut diviser par un tout petit plus de 4 pour avoir des Euros, soit environ 180 Euros), mais pour la France, aux Deux-Alpes, il faut prévoir 1590 zloty, soit 380 Euros. Plus du double. Néanmoins, quand on connaît les prix dans les stations françaises, c’est intéressant. Cela inclut une semaine en pension, le transport en autocar, et un pass de remontées de 6 jours.
 
779h1 Varsovie, dans le Palais Royal
 
Revenons au palais royal, qui propose une exposition temporaire sur le roi Kazimierz August II, c’est-à-dire Poniatowski, un cousin du maréchal de Napoléon, grand-oncle de Michel Poniatowski l’ancien ministre de Giscard d’Estaing et de son fils Axel, actuel député-maire de L’Isle-Adam. Mais la photo y est interdite. Je ne parlerai donc pas de ce dernier roi de la Pologne indépendante. En revanche, la photo est tolérée dans les salles des collections permanentes, ce qui va me donner l’occasion de montrer quelques tableaux intéressants.
 
779h2 Kazimierz Rzewuski (école polonaise, 1790)
 
779h3 Antoine de Bourbon, roi de Navarre (par Corneille de
 
Le premier, attribué à l’école polonaise, a été peint vers 1790 et représente Kazimierz Rzewuski, un notaire dont je vais parler au sujet de tableaux bien plus célèbres. Quant au second, peint par Corneille de Lyon en 1548, il représente Antoine de Bourbon (1518-1562), marié à Jeanne d’Albret, et par là roi consort de Navarre. Il est le père du plus célèbre roi de Navarre, Henri IV, qui sera roi de France.
 
779h4 Savant à son pupitre (Rembrandt, 1641)
 
779h5 Jeune fille dans le cadre du tableau (Rembrandt, 1641
 
779h6 La Fille dans un cadre, de Rembrandt, aux rayons X
 
À présent, voici deux tableaux attribuée à Rembrandt et qui ont connu une histoire mouvementée. Ce sont Le Savant à son pupitre et La Jeune fille dans le cadre du tableau, tous deux de 1641. Le roi Stanislas Auguste Poniatowski, celui dont je ne parlerai pas parce que l’exposition n’autorise pas la photo, était grand amateur d’art et s’était constitué une belle collection, comprenant entre autres ces deux Rembrandt qu’il avait acquis auprès d’un collectionneur berlinois. Ils ornaient son palais de Lazienki, qui est en pleine ville, mais à environ 3 kilomètres au sud du palais royal. Le roi est mort en 1795, la Pologne est rayée de la carte en tant qu’état, la famille du roi hérite de la collection. Puis, en 1815, ce Kazimierz Rzewuski, notaire champêtre de la Couronne dont j’ai montré le portrait tout à l’heure, âgé de 65 ans, achète les tableaux et va s’établir à Vienne. Quand il meurt, c’est sa fille Louise Rzewuska, épouse d’Antoni Jozef Lanckoronski, qui hérite. En 1939, la Gestapo les vole aux descendants Lanckoronski mais heureusement on les retrouvera en 1944 dans un entrepôt près de Salzbourg et, en 1947, les légitimes propriétaires pourront les récupérer et les garderont en sûreté dans un coffre-fort, en Suisse. Mais personne n’était au courant, on croyait les tableaux perdus. Or voilà qu’en 1994 la professeure Karolina Lanckoronska fait don de la collection à la Pologne. Des historiens de l’art, le Rembrandt Research Project, créé en 1968, vont alors effectuer toutes les analyses nécessaires pour s’assurer, sans qu’il reste le moindre doute, de l’authenticité des tableaux, qui sont bien les Rembrandt originaux. Lorsque, le 27 novembre, nous avons admiré ces tableaux, ce n’était que depuis le 4 novembre qu’ils avaient enfin été accrochés dans le musée du palais royal pour que le public puisse y avoir accès.
 
Par ailleurs, le conservateur a eu la bonne idée, puisque les spécialistes avaient effectué des recherches, d’en faire profiter les visiteurs en exposant une vue aux rayons X de la Jeune fille dans le cadre du tableau. En effet, les diverses matières, bois du support, sous-couche d’apprêt et peinture absorbant plus ou moins les rayons X, on peut en faisant varier leur longueur d’onde voir les états précédents du tableau, et ainsi comprendre la démarche de l’artiste. C’est ainsi que l’on découvre, sous le tableau définitif, que Rembrandt avait commencé avec un autre modèle, et qu’il en a changé alors que le visage du premier n’était pas achevé, mais il en avait fait suffisamment pour que l’on voie que les traits ne sont pas les mêmes et que les épaules sont moins tombantes. En revanche, il a gardé les mains inchangées.
 
779i1 Un DSK suffit à la France
 
Des photos diverses, maintenant, prises ici ou là, et qui ont attiré mon regard. Ce titre de livre, je ne comprenais absolument pas ce qu’il signifiait quand j’ai pris la photo (sur Internet, j’ai trouvé que le sigle représentait Dywizja Strzelcow Karpackich, soit la 3ème Division de Fusiliers des Carpates), mais sur le coup je me suis dit que, vraiment, pour la France, un seul DSK suffit bien. Alors 3…
 
779i2 Un gâteau Vive la Pologne
 
Dans une grande pâtisserie et salon de thé chic de la rue Nowy Swiat, j’ai vu ce gâteau Vive la Pologne. Oui, on sait que les Polonais sont fiers de leur pays (j’ai lu, il y a quelques années, Trans-Atlantique, de Gombrowicz, où l’auteur se plaint de la vanité nationaliste exacerbée de ses compatriotes), mais aller nicher leur fierté dans un gros gâteau décoré de roses rouges… cela vaut bien 140 zloty (environ 35 Euros).
 
779i3 Vieille Wartburg de DDR vue à Varsovie
 
Cette vieille Wartburg dans sa robe verte était la petite voiture populaire de la République Démocratique d’Allemagne, comme la minuscule Fiat 500 a symbolisé l’Italie des années 60. Celle-ci a été immatriculée en Pologne, mais son propriétaire y a conservé jalousement la plaque DDR.
 
779i4 Humour dans un hôtel sans ascenseur
 
Lorsque j’avais réservé notre hôtel à Varsovie par Internet, je n’avais pas remarqué qu’il était dit que l’on devait demander la clé de la chambre à une adresse différente de celle de l’hôtel. En fait, il n’y a qu’une centaine de mètres de l’un à l’autre, mais pour la réception, on doit aborder un escalier (il n’y a pas d’ascenseur). On monte, on monte, et à un moment on découvre sur le mur cette affiche humoristique : "Bravo ! Vous avez gravi 60 marches ! C’est bon pour la santé ! Plus que 28 marches". J’avais laissé Natacha en bas avec nos deux lourdes valises (en excédent de poids) et nos deux gros bagages de cabine, mais j’ai imaginé le client seul, obligé de hisser ses bagages pour redescendre, faire les 100 mètres jusqu’à l’hôtel en faisant tressauter les petites roues de sa valise sur les pavés, puis s’offrant la joie d’un autre escalier… Mais cette pancarte est amusante.
 
779j1 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
Lorsque nous avons fait le trajet vers la Biélorussie, le 28 novembre, tout était recouvert d’une couche de neige mais le ciel était bleu, il faisait bien froid. En voyant cette étendue plate enneigée, j’ai pensé au vers de Victor Hugo "Après la plaine blanche, une autre plaine blanche".
 
779j2 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
779j3 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
Lorsque, au contraire, nous sommes revenus de Grodno à Varsovie par le train le 28 février, il avait fait plus doux les jours précédents, les rivières avaient dégelé et la neige avait fondu. Puis, pendant le voyage en train, la neige s’est mise à tomber assez dru. D’où ce ciel gris et bas. Les deux photos ci-dessus ont été prises du train, franchissant une rivière qui charrie des glaçons, et, de la dernière voiture, les voies en train de se recouvrir de neige.
 
779k1 Dans l'aéroport Frédérix Chopin, de Varsovie
 
779k2 Aéroport de Varsovie, le personnel de bord arrive à
 
Dans l’aéroport de Varsovie, qui porte le nom de Frédéric Chopin, nous attendons notre avion. Nous avons choisi de voyager par KLM. En effet, Wizzair, une low cost, effectue des vols directs pour un peu moins cher, mais arrive à Beauvais, l’enregistrement est de 20 Euros par valise, il y a un coût pour le paiement des billets par carte de crédit et un coût de dossier. De plus, à bord, tout est payant, même un simple café. Au total, c’est plus cher que certaines compagnies régulières sur des sites de voyagistes. Nous avons de plus transformé l’inconvénient de l’escale à Amsterdam en avantage : entre une correspondance de deux heures et une de cinq heures, nous avons choisi la plus longue qui nous laissait le temps d’un petit tour sympathique en centre ville. Mais cela sera le sujet d’un autre article. Sur la seconde photo, dans le satellite, le commandant de bord et son staff attendent pour entrer que leurs collègues du vol aller quittent l’appareil.
 
779k3 Nous nous envolons de Varsovie vers Amsterdam
 
779k4 En vol, de Varsovie à Amsterdam
 
Et voilà, nous avons décollé de Varsovie. Maintenant, l’ombre de l’avion restée au sol court à perdre haleine, et tente de ne pas se laisser distancer. À bord, sur les petits écrans rétractables au plafond, on peut suivre en temps réel l’itinéraire, capté par GPS et plaqué sur une carte. Nous avons dépassé Berlin, nous avons donc amplement quitté la Pologne. Si je continuais cet article, je serais complètement hors sujet.
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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 17:10
778a1 Calendriers des ciments Héraklès
 
778a2 Ciments grecs Héraklès, groupe Lafarge
 
Sans doute il n’est pas très malin, quand on sort d’un concert dont on se sent tout rempli, d’avoir à la suite une autre activité plutôt que de rester imprégné de ce que l’on a entendu. Or, comme je le racontais dans mon avant-dernier article, en ce 10 novembre nous avons assisté au concert d’Angelika Ionatos et Katerina Fotinakis mais, tout excités par ce que nous avons entendu, nous ne désirions pas rentrer immédiatement au camping et parce que ce soir le musée Benaki ferme très tard nous nous y sommes rendus. Notre intention, en vérité, n’était pas de voir une fois de plus les collections déjà visitées le 31 mars et le 2 avril derniers, mais nous avions entendu dire qu’il s’y trouvait une exposition temporaire. La Société Anonyme Nationale de Ciments Héraklès, l’une des filiales du groupe français Lafarge, édite chaque année depuis 1956 un calendrier illustré par des artistes contemporains, et se targue non sans raison d’avoir ainsi fait pénétrer l’art contemporain dans de nombreux foyers qui ne l’auraient jamais connu, leur mettant quotidiennement ces œuvres d’art sous les yeux. Au total, une soixantaine d’artistes y ont collaboré, et c’est une sélection de ces œuvres originales qui est présentée ici (pour être imprimées, elles étaient réduites aux dimensions du calendrier).
 
778b1 Yannis Moralis, Héraklès tuant Hippolyte (1956)
 778b2 Yannis Moralis, Héraklès tombe amoureux d'Augè (19
 
C’est avec un grand peintre que nous connaissons déjà, Yannis Moralis rencontré à la Pinacothèque nationale, que nous commençons la visite. Ces peintures à la détrempe sur papier ont été insérées dans le calendrier de 1956, le premier calendrier de la cimenterie. Arès, le dieu guerrier, a engendré la reine des Amazones, peuple de guerrières elles-mêmes, n’admettant la présence d’hommes que pour se reproduire et n’élevant que leurs filles. Et Arès a offert une ceinture à sa fille, la reine Hippolyte. Là-bas, en Argolide (le pays d’Argos, de Mycènes, de Tirynthe, dans le Péloponnèse), Héraklès est au service d’Eurysthée en expiation du meurtre qu’il a perpétré sur sa femme et ses enfants. Pour satisfaire sa fille qui la convoite, Eurysthée envoie Héraklès chercher la ceinture d’Hippolyte. C’est l’un de ses douze travaux. Armé de son habituelle massue, il s’y rend en compagnie de son ami Thésée, le roi d’Athènes. Hippolyte lui aurait bien remis sa ceinture sans discuter, mais ses sujettes les Amazones ne le voient pas de cet œil. Remettre un présent d’Arès, leur dieu tutélaire, sans même combattre, pas question. Dans la lutte, Héraklès tue Hippolyte et récupère la ceinture. C’est clairement ce que représente le premier dessin. Mais les Grecs eux-mêmes semblent ignorer cette légende pourtant célèbre. Je ne sais qui, du peintre, des auteurs du calendrier ou des commissaires de l’exposition, a rédigé la notice placardée sur le mur auprès de ce dessin, mais elle dit (en anglais comme en grec) "Pour récupérer la ceinture qu’il a offerte à Hippolyte, reine des Amazones, Arès la tue près du port de Thémiskyra". Outre que rien n’indique, dans le dessin, le lieu de la scène, c’est une absurdité de dire qu’il s’agit d’Arès, d’abord parce que ce n’est pas conforme à la légende, mais aussi parce qu’Arès ne se départit jamais de son casque, de son bouclier et d’une arme, épée ou lance, tandis qu’Héraklès est toujours représenté avec la massue qu’il a taillée dans le tronc d’un olivier. Il est vrai qu’il lui manque, ici, la peau du lion de Némée, monstre vaincu au titre du premier de ses douze travaux dont ilporte la dépouille lors des onze suivants. Enfin, le calendrier est pour la marque Héraklès, ce qui laisse penser que l’erreur n’a pas été commise par l’artiste, qui a choisi son sujet en fonction du commanditaire.
 
Sur la seconde peinture, Héraklès (Arès pour la notice) s’est énamouré d’Augè. Cela pose problème, parce qu’Augè est prêtresse d’Athéna, ce qui l’oblige à préserver sa virginité. Quand elle met au monde Télèphe, le fils conçu avec Héraklès, son père Aléos, roi de Tégée, expose le fils (c’est-à-dire laisse le bébé nu et sans défense, qui mourra de faim ou dévoré par les bêtes sauvages, sans que l’on ait à commettre l’impiété d’un meurtre) et met la mère dans une barque abandonnée aux flots. Mais que les âmes sensibles se rassurent, Télèphe sera recueilli et élevé par un berger, tandis que les courants marins vont porter la barque d’Augè jusqu’en Mysie (au nord-ouest de l’Asie Mineure) où elle sera sauvée et épousée par le roi. Ce que représente cette peinture est le premier épisode de la légende, Héraklès veut s’emparer de la femme dont il est tombé amoureux. Dans nombre de versions de la légende, Augè a elle aussi succombé à l’amour et il n’est nul besoin de la poursuivre bien longtemps. Heureusement, car le viol est passible de la Cour d'Assises.
 
778c1 Spyros Vassileiou, Neige à Karpenisi (1968)
 
Passée la première année, le thème du héros Héraklès est oublié. Ou considéré comme épuisé. Nous faisons ici un grand bond jusqu’à l’année 1968 avec cette Neige à Karpenisi de Spyros Vassileiou. Karpenisi est une ville de Grèce centrale, à un peu moins de 1000 mètres d’altitude. Le dessin mêle une représentation réaliste, presque photographique, du paysage, avec des éléments naïfs, comme le camion ou le pope.
 
778c2 Dimitris Mytaras, Garage (1972)
 
En 1972, Dimitris Mytaras se rapproche du thème de l’entreprise commanditaire avec ce gros engin de travaux publics, intitulé Garage. Très sobre en se limitant à un camion jaune, une porte de garage et une silhouette en premier plan, ce dessin n’en a pas moins un impact très fort.
 
778c3 Kostas Grammatopoulos, Fille de l'île cousant (1980)
 
778c4 Kostas Grammatopoulos, Pêcheur ravaudant ses filets
 
On retrouve pendant deux années successives, 1980 et 1981, le peintre Kostas Grammatopoulos. C’est d’abord Fille de l’île cousant (ou plutôt Insulaire cousant, quoique rien dans ces deux mots n’exprime le féminin, qui est clair en grec), et ensuite Pêcheur ravaudant ses filets.
 
778c5 Maria Pop, Sur la place en face de la taverne Le Plat
 
Très sympathique est cette petite scène peinte par Maria Pop, intitulée Sur la place en face de la taverne Le Platane un après-midi d’été. Cette aquarelle était destinée au calendrier 1982.
 
778d Panagiotis Tetsis, Marché de rue (1982)
 
C’est aussi pour le calendrier de 1982 qu’a été peint Marché de rue, une huile sur bois de Panagiotis Tetsis. L’exposition présente aussi une autre scène de marché, du même artiste et de la même année.
 
778e1 A. Tassos, Le Combat de la moisson dans la plaine de
 
778e2 A. Tassos, otages (1985)
 
Ces deux tableaux, des peintures à la détrempe, sont de la même année, 1985, et du même peintre, Alevizos Tassos. Je ne sais pourquoi, partout son prénom n’est indiqué qu’avec l’initiale A., dans l’exposition comme dans les notices à son sujet que j’ai trouvées sur Internet. Le premier tableau est Combat pour la moisson dans la plaine de Thessalie. À vrai dire, le titre ne m’éclaire pas beaucoup sur le sens ni l’intention de ces militaires armés (il y a un fusil mitrailleur posé au sol) fauchant le blé à côté des paysannes. L’autre tableau est beaucoup plus clair, le titre étant très explicatif : Blocus de Drapetsona et otages des bataillons de sécurité emmenés dans les camps de concentration allemands. Drapetsona est une municipalité proche du Pirée, le port d’Athènes.
 
778f1 Musée Benaki, pièce de réception, Macédoine, 18e
 
778f2 Musée Benaki, pièce de réception, Macédoine, 18e
 
778f3 Musée Benaki, tenue de ville féminine, Ioannina, 19
 
Nous avons fait le tour de cette très intéressante exposition des calendriers Héraklès Lafarge en prenant notre temps, et quand nous avons fini le musée Bénaki est encore loin de sa fermeture. Alors pourquoi ne pas refaire une petite visite des collections permanentes que nous avons tant appréciées ? Que les économes ne nous accusent pas d’être des paniers percés car, même si nous aurions été prêts à payer quelques Euros, dépensiers que nous sommes, notre ticket pour l’exposition temporaire donne l’accès à toutes les salles. Mais j’ai déjà très amplement parlé de ce merveilleux musée dans mon article daté 31 mars et 2 avril 2011, je vais ici seulement montrer des images qui m’ont fortement impressionné. Les deux premières photos ci-dessus représentent des pièces de réception de riches demeures de Kozani, en Macédoine, datant du dix-huitième siècle. La première a été sauvée dans les années 1930, la seconde a été donnée par les propriétaires. Puisque ces intérieurs ont été préservés en place jusqu’au vingtième siècle, ils existaient donc et étaient en usage au dix-neuvième siècle, époque du costume de ville féminin porté par le mannequin de ma troisième photo. À ceci près que les salons sont macédoniens et que le costume est épirote puisqu’il provient de la ville de Ioannina.
 
778g1 Musée Benaki, mitre de l'archevêque d'Amida, 1739
 
778g2 Musée Benaki, couvercle de patène, 1751
 
Amida, aujourd’hui Diyarbakir, est une ville d’Asie, au sud-est de la Turquie. Ce splendide objet d’orfèvrerie (première photo) est la mitre de l’archevêque de cette ville, Agathangelos, et porte la date de 1739. Un siècle plus tôt, au début du dix-septième siècle, de nombreux Grecs de la région du Pont (le Pont Euxin est le nom de la Mer Noire) sont venus dans cette ville pour travailler dans les mines de cuivre d’Argana. Les communautés des mineurs établis dans la région ont très longtemps conservé, jusqu’au vingtième siècle, leur langue et leurs coutumes, et ils avaient leur métropolite pontique (un métropolite, dans les usages de la religion orthodoxe, est l’évêque –ou l’archevêque– d’une région, ici dans une région étrangère habitée par des populations du Pont). La seconde photo montre un couvercle de patène de 1751 provenant de Kermira, une petite ville d’Asie Mineure, en Cappadoce loin dans les terres, près de Kayseri. Un coup d’œil à la carte me ferait dire que ce doit être aux alentours du centre géographique de la Turquie d’Asie. Ici on voit une mise au tombeau.
 
778g3 Musée Benaki, saint Dimitri (Kallipolis, 1852)
 
Saint Dimitri (Démétrios en grec, nom issu du culte de la déesse Déméter) est le saint protecteur de Thessalonique. Né au troisième siècle dans une famille sénatoriale de cette ville (Salonique), il devient proconsul de Grèce sous les empereurs Dioclétien et Maximien, lequel siège à Salonique. Chrétien, il enseigne la nouvelle religion sans se cacher, notamment dans les bains publics. Or Maximien a ordonné d’arrêter les chrétiens, aussi Dimitri est-il pris et amené à l’empereur, qui a ordonné sa mise à mort. Souvent invoqué pour des guérisons ou pour la défense de sa ville, ce saint est considéré comme l’auteur d’innombrables miracles. Notamment, il aurait été vu à cheval, combattant victorieusement des barbares tentant de prendre sa ville. C’est pourquoi il est généralement représenté en chevalier terrassant un ennemi tombé au sol. C’est le sujet du plat que montre ma photo (Kallipoli, nord-ouest de Thessalonique, 1852).
 
778h Musée Benaki, masque funéraire en stuc (Egypte, 2e s
 
Une dernière photo avant le point final. Ce remarquable masque funéraire en plâtre peint, avec des yeux en pâte de verre, provient d’Égypte et date du deuxième siècle de notre ère. Je le trouve remarquable d’expressivité.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 16:32
777a Montée vers le Lycabette
 
Haut de 227 mètres, le Lycabette, la plus haute des collines d’Athènes, se mérite. Avant d’atteindre un transport public, il faut gravir bon nombre de marches. Le Lycabette, c’est ce haut rocher, très pointu, que l’on a vu de loin sur nombre de mes photos. Il se profile derrière le Parthénon, derrière le temple de Zeus Olympien, etc. Depuis le temps que nous sommes à Athènes, nous ne l’avons vu que de loin. Il serait temps que nous y montions un jour, en fin d’après-midi, pour voir le soleil se coucher sur la ville. C’est le but de notre promenade en ce dimanche. C’est Athéna, la déesse tutélaire de la cité, qui un jour transportait cette énorme pierre pour bâtir son temple, et qui l’a lâchée. Elle est tombée ici. Heureusement, je n’étais pas dessous (je ne suis pas jeune, mais quand même, je n’étais pas encore né).
 
777b1 Le funiculaire du Lycabette
 
777b2 Le funiculaire du Lycabette
 
Enfin, nous arrivons suffisamment haut pour atteindre la gare du funiculaire qui va nous mener au sommet. En utilisant des caractères latins, la gare annonce "TELEFERIK. À ma connaissance, un téléférique est suspendu à des fils. Je préfère l’appeler ici un funiculaire, comme à Montmartre, le mot désignant un petit train, sur rails, mais adapté à une pente pour être à l’horizontale, et tracté par in fil. Ce qui est très bon pour le paysage, mais très dommageable pour le touriste avide de vue, c’est que ce funiculaire est intégralement souterrain, comme un métro. Circulez, y a rien à voir.
 
777c1 L'église au sommet du Lycabette
 
777c2 L'église au sommet du Lycabette
 
Au sommet a été bâtie au dix-huitième siècle une église orthodoxe dédiée à Saint Georges, qui n’a rien de particulièrement intéressant à visiter intérieurement (et pas de photo), mais à la nuit tombée elle est éclairée, produisant un effet séduisant.
 
777d1 Vue depuis le sommet du Lycabette
 
777d2 Vue depuis le sommet du Lycabette
 
Si le public vient ici, c’est surtout pour admirer le paysage, même si les Grecs, très pieux, entrent dans l’église pour y baiser les icônes, peut-être pour remercier Dieu d’avoir créé ce paysage à couper le souffle. Sur la première de ces photos, on distingue un côté des gradins du gigantesque stade olympique.
 
777e1 L'Acropole vue du Lycabette
 
777e2 L'Acropole vue du Lycabette
 
777e3 Le Parthénon vu du Lycabette
 
Et la vedette revient bien sûr à cette superbe Acropole, avec son Parthénon. Toujours aussi merveilleuse de jour, au crépuscule ou de nuit. Nous avons passé longtemps, là-haut, mais nullement impatients que le soleil se couche ou que la nuit tombe, parce que chaque minute, à chaque instant de l’évolution de la lumière, le paysage change, les couleurs évoluent. Un spectacle grandiose. C’est impossible à reproduire en photos, ou alors il faut un talent qui me dépasse très largement. Ce qui aboutit à un article beaucoup plus bref que notre admiration.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 14:39
Mon sujet du jour concerne deux soirées. Il y aurait beaucoup plus à écouter qu’à dire, hélas mon blog n’est pas sonore. Je me contenterai donc de quelques images.
 
776a1 Athènes, le Megaro Mousikis
 
776a2 Athènes, la grande salle du Megaro Mousikis
 
Le 3 novembre, nous nous sommes rendus au Megaro Mousikis. On sait que dans les demeures antiques, la grande pièce centrale était le megaron. En grec moderne le terme est resté mais ni les palais ni les demeures privées n’ayant conservé l’architecture antique le mot désigne aujourd’hui une grande salle, que ce soit un opéra, une salle de spectacles, un amphithéâtre d’université, un tribunal, etc. Quant à la musique, son nom s’écrit en grec comme en français (puisque dans notre langue il est importé du grec) avec un seul S, mais pour que ce S ne se prononce pas comme un Z entre deux voyelles, la transcription anglaise redouble ce S (Moussikis). Pour ma part, je préfère conserver l’orthographe grecque. On voit qu’Athènes a voulu se doter d’une salle magnifique. Il paraît même que la seconde ville de Grèce, Thessalonique, est toujours jalouse de la capitale et a voulu, elle aussi, son grand auditorium de musique. Je ne sais ce qu’il en est, mais ce que je sais c’est qu’ici, grâce à une architecture très étudiée et à l’utilisation du bois qui absorbe les vibrations, l’acoustique est excellente. Presque aussi remarquable que celle du théâtre antique d’Épidaure en plein air!!!
 
776b1 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776b2 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776b3 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
Après notre visite, il y a deux jours, de l’exposition sur le poète Odysseas Elytis, nous sommes venus ici ce soir pour un spectacle qui le célèbre. Pas étonnant, toutes ces célébrations pour cet ancien Prix Nobel, il est né le 2 novembre 1911, il y a juste cent ans. Le titre, O Kosmos o Megas reprend le titre d’un recueil de poèmes. Sur la droite de la scène, un homme et une femme lisent des textes de lui. Certes, pour bien juger il serait préférable de comprendre le grec, mais le ton un peu monocorde, surtout de la part de l’homme, ne me donne pas une impression extrêmement favorable. En revanche, ceux de gauche (deuxième photo), Theodora Baka et Christoyannis Tension, sont excellents. Ils interprètent des poèmes mis en musique. Même sans comprendre ce qu’ils disent, on sent combien ils font passer d’émotion, et surtout on ne peut manquer d’admirer des voix superbes. En général, j’adore les voix des femmes grecques, graves, un peu rauques, et je ne suis pas déçu, mais alors que d’habitude je les préfère aux voix d’hommes, ce soir la voix de cet homme me plaît tout autant, profonde, timbrée. Au centre, trois musiciens les accompagnent. Et sur le côté il y a également un piano, mais il est dans l’ombre, et –je le confesse– les photos que j’en ai prises sont très floues et je ne peux donc pas les montrer. Nous l’avons vu lors de l’exposition d’avant-hier, Elytis était également un peintre de talent. Pendant le spectacle, des œuvres de lui sont projetées sur un grand écran tendu au fond de la scène.
 
776b4 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776c Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
Pour le dernier morceau avant l’entracte ainsi que pour le dernier à la fin, une chorale d’adolescents avec un tout petit nombre d’adultes (visiblement une chorale de lycée, mais de niveau très élevé) dirigée par Christina Varsamis Koukni, vient effectuer une interprétation pleine d’émotion. Puis, à la fin, celui qui a sélectionné les textes et les a mis en musique, le musicien George Kouroupos, est appelé sur scène et chaudement applaudi.
 
776d1 Athènes, le Megaro Mousikis
 
Ne quittons pas ce lieu emblématique de la culture athénienne sans jeter un coup d’œil au grand hall. C’est vaste, moderne, peint en blanc, les lignes sont nettes, mais ce n’est pas froid et de petites tables avec des sièges donnent une apparence conviviale.
 
776d2 Athènes, le Megaro Mousikis
 
776d3 Athènes, le Megaro Mousikis
 
Et puis, en voyant une grande fresque sur l’un des murs, Natacha sursaute. Elle identifie tout de suite le style de son "compatriote" Chagall. Et, en nous approchant, nous voyons en effet sa signature, Marc Chagall, Moscou 1920. Moscou… Je ne sais si cette fresque n’est qu’une copie, ou si elle a été importée, mais c’est bien du Chagall. Ce natif d’une banlieue de Vitebsk, cette vieille ville du nord-est de la Biélorussie créée en 947, y a vu le jour en 1887. Pour compléter ses études à l’école des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg (car cette moitié est de la Biélorussie appartient à cette époque à la Russie des tsars, l’autre moitié étant occupée par la Pologne), il part étudier la peinture à Paris en 1910 et y reste jusqu’en 1914. Plus tard, il reviendra en France et y passera l’essentiel de sa vie. Il acquiert la nationalité française en 1937 mais ce n’est pas suffisant pour sauver ce Juif lorsque le pays vit l’Occupation nazie avec un régime de Vichy à sa botte. Il est arrêté en 1941 mais exfiltré aux États-Unis. Qu’à cela ne tienne, il rentre en France en 1948 et s’installe à Vence. Il meurt à Saint-Paul-de-Vence en 1985, à presque 98 ans. Le 5 octobre 2009 nous sommes allés voir le musée qui lui est consacré à Nice.
 
776e1 La salle de spectacle de l'Institut Français d'Athè
 
Mais je voudrais maintenant parler d’une autre soirée. Elle aussi était prévue le 3 novembre, mais elle a été repoussée au 10 pour une raison que je ne connais pas. Peut-être pour indisponibilité de l’artiste, peut-être pour ne pas coïncider avec la célébration au Megaro Mousikis. Car Elytis a également été à l’honneur ici. Il s’agit de l’Institut Français d’Athènes qui accueille la chanteuse Angelika Ionatos accompagnée de Katerina Fotinakis. Dans l’après-midi, nous nous sommes rendus à l’Institut pour réserver nos places. Sur le côté de la cour, sont disposées quelques tables. Je m’apprête à monter vers les bureaux, quand Natacha me dit "Regarde, c’est Angelika Ionatos qui vient de s’asseoir là", et en effet je la reconnais. Je monte, laissant dehors Natacha qui préfère rester à observer les lieux. Quand je redescends, muni de nos billets, je vois la chanteuse qui se lève. Avec elle, à présent, il y a Katerina Fotinakis. Je m’approche, m’excuse de les importuner, demande un autographe. Et ce sont quelques minutes de conversation sympathique avec ces deux grandes dames simples et naturelles.
 
776e2 Athènes, introduction au concert Ionatos - Fotinakis
 
Après un placement laborieux (l’ouvreuse improvisée n’a pas bien saisi le système de numérotation des places et nous fait courir partout avant de nous installer), on attend un peu le début su spectacle. Le retard, paraît-il, n’est pas dans les habitudes de la maison, mais une manifestation dans le centre bloque la circulation, et alors que toutes les places ont été réservées, il reste des sièges inoccupés. Puis a lieu un speech au sujet d’Elytis, et au sujet des artistes de ce soir qui vont interpréter en musique des textes du grand poète, mais aussi des chansons de la composition de Katerina.
 
776f1 Concert Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
776f2 Concert Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
Disons tout de suite que le spectacle a été enthousiasmant. Merveilleux. Magnifique. Je ne mets pas de lien hypertexte, parce que les liens ne marchent qu’un temps, je ne sais pas si les sites vont laisser ou supprimer leurs vidéos, mais il suffit de taper les noms de ces chanteuses sur Internet (par exemple sur Youtube) pour pouvoir les entendre.
 
776g1 Angelika Ionatos en concert à Athènes
 
776g2 Angelika Ionatos en concert à Athènes
 
Angelika Ionatos est bien connue en France, où elle a choisi de vivre quand elle a quitté son pays à l’époque de la dictature des colonels. De 1989 à 2000, elle a été artiste associée au Théâtre de Sartrouville. Elle a une voix chaude et grave pleine de sensibilité et une grande présence en scène.
 
776h1 Katerina Fotinakis en concert à Athènes
 
776h2 Katerina Fotinakis en concert à Athènes
 
Quant à la belle Katerina Fotinakis, c’est une magicienne de la musique et sa voix plus haute n’a rien à envier en sensibilité à celle d’Angelika, qui l’a découverte en Grèce, l’a emmenée avec elle sur la scène de l’Alhambra où leurs interprétations accordées ou alternées ont remporté un triomphe. Et c’est bien mérité. Deux artistes gigantesques.
 
776i Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
Hélas la soirée se termine. Les oreilles et la tête pleines de leur musique, de leurs voix, de leurs deux grands talents, si différents et si bien accordés, nous quittons l’Institut Français. Mais vous qui résidez en France, suivez bien l’actualité pour ne pas manquer d’aller les écouter la prochaine fois qu’elles vont se produire près de chez vous. Vous ne serez pas déçus.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 13:27
Hier, nous étions à la Pinacothèque Nationale. Aujourd’hui, nous avons décidé d’aller voir à la Galerie Municipale ce qui y est exposé. Nous arrivons devant ce beau bâtiment néoclassique construit en 1834 par l’architecte danois Christian Hansen. Selon la plaque, il n’y a aucune raison que ce soit fermé, mais ça l’est. Or, il y a de la lumière à l’intérieur, il doit bien y avoir quelqu’un. Près de la porte, une sonnette. Un type vient ouvrir. Ah, c’est à cause des travaux, tout a été transféré dans deux salles provisoires, dans la rue, là, pas bien loin, et à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre. Cette pinacothèque recèle environ 3 000 œuvres, quasiment toutes d’artistes grecs contemporains, même si la plupart sont morts maintenant. La décision d’ouverture a été prise sur le papier par le conseil municipal en 1914, mais les premières collections ont commencé à être acquises et exposées en 1923, l’essentiel étant acquis entre 1930 et 1940 dans des galeries privées ainsi que lors des expositions panhelléniques de 1938, 1939 et 1940.
 
Là encore, il y a de très belles œuvres. Pour être raisonnable, j’en ai sélectionné seulement 20. La galerie n’indique presque jamais la date de réalisation du tableau, or j’avais décidé de les classer par date. Je me réfère donc à la date de naissance de l'artiste, comme significative (pas toujours, d’ailleurs) de son époque de référence. Je sais, c’est un choix arbitraire, mais quel choix ne l’est pas ?
 
775a Gerasimos Vokos, Rue de Paris
 
Ce tableau, intitulé Rue de Paris, est de Gerasimos Vokos (1868-1972). Si les dates indiquées par le musée sont exactes, il a vécu 104 ans. Paris n’est pas pour lui une ville de passage, il y a vécu, y est mort et y est enterré.
 
775b1 Dimitrios Geraniotis, La Fille aux coquelicots (1948)
 
Il nous est arrivé avec Natacha, en sillonnant le Péloponnèse, en visitant la Crète, de nous faire la réflexion qu’en Grèce les coquelicots étaient d’un rouge plus éclatant qu’en France, et que cela n’était pas dû à l’éclat du soleil puisque c’était vrai même à l’ombre ou au crépuscule. Cette Fille aux coquelicots (1848) a été peinte par Dimitrios Geraniotis (1871-1966), un artiste athénien il est vrai, et non du sud du pays, mais il a bien rendu le brillant des fleurs en arrière-plan de la jeune fille dont la robe blanche et la peau transparente se détachent pour donner vie au tableau.
 
775b2 Spyridon Vikatos, L'Aveugle (1931)
 
Spyridon Vikatos (1878-1960) a peint ce tableau, L’aveugle, en 1931. La bouche de la femme est fermée, je ne sais si elle fait la lecture du journal à voix haute pour l’aveugle, mais lui est rendu de manière admirable par la façon dont il pose sa main sur la table, par son regard vide quoique le peintre se soit judicieusement dispensé de lui représenter un œil vitreux, par la tristesse de son visage dont les pensées sont tournées vers l’intérieur, par sa canne inutile puisqu’il est assis. Et cet homme aux traits émaciés contraste avec la femme, plus jeune et bien en chair.
 
775b3 Theophrastos Triantafyllidis, Procession pascale
 
Nous passons à un genre totalement différent avec cette Procession pascale de Theophrastos Triantafyllidis (1881-1955). L’homme sur le pas de sa porte à gauche, la femme avec son enfant sur les bras à droite, donnent relief et perspective au tableau tout en donnant vie à la scène.
 
775c1 Sophia Laskaridou, Pandore
 
Le peintre, Sophia Laskaridou (1882-1965), a appelé son tableau Pandore. On s’en souvient (j’en ai parlé dans mon article du 29 octobre dernier), Prométhée avait façonné l’homme avec de la glaise, tout comme la Genèse, le premier livre de la Bible, raconte que Dieu a façonné l’homme (l’homme, ce qui se dit Adam dans la langue de la Genèse), puis avait volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Zeus, fort mécontent, décide de se venger. Il charge Héphaïstos de créer la femme, de la même façon, avec de la glaise, puis Athéna donne la vie à ce modelage. C’est Pandore. La déesse lui enseigne ensuite les arts réservés aux femmes, notamment le tissage, et l’habille. Ce qui n’explique pas pourquoi, quand Sophia Laskaridou la peint, elle la montre nue. Des dieux, elle reçoit tous les dons, y compris de la part d’Héra la curiosité. Et Zeus lui remet une jarre (même si la tradition parle de la "boîte" de Pandore, toujours représentée par les peintres) en lui interdisant de l’ouvrir. Il y avait enfermé tous les maux, depuis la vieillesse jusqu’à la passion, mais aussi l’espérance. Pandore l’ignorait mais, à cause de sa curiosité reçue d’Héra, elle décide de l’ouvrir. Aussitôt, tous les maux s’en échappent et se répandent sur l’humanité. Tous les maux, mais aussi l’espérance. Voilà quel est le sujet représenté ici. Dévorée de curiosité, mais regardant si elle allait être vue commettant son indiscrétion, elle tient le coffret, une main sur le couvercle.
 
775c2 Georgios Bouzianis, La Manche à Dieppe (1930)
 
C’est en 1930 que Georgios Bouzianis (1885-1959) a peint cette aquarelle représentant La Manche à Dieppe. Elle fait partie de ma sélection parce qu’esthétiquement elle me plaît assez, mais en fait je n’y retrouve pas la sensation que me procure le ciel de Dieppe. L’atmosphère de la ville et du port non plus, mais cela n’est pas significatif parce qu’entre l’année 1930 et les années d’après-guerre (je connais Dieppe depuis les années 50), cela a pu beaucoup changer.
 
775c3 Fotis Kontoglou, Laocoon (1938)
 
Hier à la Pinacothèque nationale, nous avons vu une grande fresque faussement ancienne peinte en 1932 par Fotis Kontoglou dans sa maison privée. Ici, j’apprends que, professeur à l’école des Beaux-Arts, il l’avait peinte avec la collaboration de deux de ses élèves. Nous le retrouvons ici dans cette représentation de Laocoon (1938). Le sujet est célèbre. Une sculpture antique représente Laocoon et ses deux fils tentant de se débattre contre des serpents qui les prennent dans leurs anneaux. Il y en a des reproductions un peu partout, par exemple dans le parc du château de Versailles où, adolescent, j’avais été surpris par le sujet et, rentré à la maison, j’en avais recherché l’histoire. Depuis, j’ai eu l’occasion de la lire directement dans le texte, chez Virgile. À l’instigation de "l’industrieux Ulysse", "polymetis Odysseus" comme l’appelle Homère, les Grecs ont construit un énorme cheval de bois dont ils ont en cachette rempli le ventre de guerriers, puis ils l’ont abandonné sur la plage, non loin de Troie, comme s’ils s’étaient rembarqués en reconnaissant leur défaite. Les Troyens pensent qu’il s’agit d’un signe de paix, mais Laocoon, le prêtre de Poséidon, leur enjoint de se méfier. "Timeo Danaos, et dona ferentes", dit-il dans une phrase passée à la postérité "Je crains les Grecs, même quand ils apportent des cadeaux". Mais il n’est pas cru. Alors qu’en présence de ses deux fils, il sacrifie sur l’autel du dieu, deux énormes serpents sortent de la mer et, "horresco referens" ("je frémis d’horreur en le racontant", autres mots de Virgile entrés dans notre langue), étouffent d’abord les deux jeunes gens malgré les efforts de leur père pour les dégager, avant de s’en prendre à Laocoon lui-même. Interprétation très renouvelée du sujet par Fotis Kontoglou, après El Greco qui l’avait aussi interprété de manière très personnelle. Avant de passer à la suite, un mot des dates de Kontoglou. La Pinacothèque Nationale le fait naître en 1896 et mourir en 1965, tandis que la Galerie Municipale, qui donne la même date pour sa mort, le fait naître un an plus tôt, en 1895. Intrigué, j’ai un peu cherché sur Internet. Wikipédia se contente de noter 1895 assorti d’un point d’interrogation. En fait, il semblerait que l’état civil d’Ayvalik, dans la Turquie d’Asie, soit très vague parce que ne signalant que l’année exprimée dans le calendrier musulman, lequel est à cheval sur deux années grégoriennes. C’est néanmoins très étonnant, parce qu’en 1922, lorsque les Grecs de Turquie ont dû se replier dramatiquement sur leur mère patrie, Kontoglou est arrivé en pays chrétien, où il a dû déclarer une date de naissance précise dans le calendrier julien (la Grèce n’a adopté le calendrier grégorien qu’en 1923, mais la correspondance des dates s’est faite aisément). Il est mort à Athènes, il doit y avoir été enterré avec une plaque sur sa tombe. Hélas, j’ignore où est sa tombe.
 
775d Aginor Asteriadis, Jardin potager (1945)
 
Je suis conscient que ce tableau, réduit aux dimensions de mon blog, est assez peu lisible. Mais en montrer un simple détail n’aurait pas grand sens, vu le sujet. Aginor Asteriadis (1898-1977) a peint ce Jardin potager en 1945.
 
775e Aglaia Papa, Fille à la fenêtre
 
C’est une femme, Aglaia Papa (1904-1984) qui a peint cette Fille à la fenêtre. Un sujet qui a aussi été traité par Salvador Dali, tout simple, et justement si simple qu’il est difficile de lui faire "dire" quelque chose. Et, à mon avis, l’artiste y est fort bien parvenue ici.
 
775f1 Nikolaos Fotakis, Paysage de Chalcidique
 
Je ne connais pas encore la Chalcidique, cette excroissance en forme de trois doigts très fins au nord de la Grèce, là où se trouve le mont Athos, avec ses monastères orthodoxes dont l’accès est interdit aux femmes et aux animaux femelles. Mais je trouve que ce Paysage de Chalcidique peint par Nikolaos Fotakis (un Crétois né à Rethymno en 1904 et mort dans sa ville natale en 1959) pourrait fort bien être bien plus au sud, …en Crète par exemple.
 
775f2 Kostas Thettalos, A la campagne
 
Kostas Thettalos (1909-1992) a appelé ce tableau À la campagne. Ce sont en effet les réjouissances champêtres de citadins en cravate et en robe de ville. Repas campagnard, danses…
 
775g1 Nikos Engonopoulos, Oreste et Pylade (1952)
 
Oreste est le fils d’Agamemnon et de Clytemnestre qui, devenu adulte, ira tuer sa mère et l’amant qu’elle s’est pris, Égisthe, pour venger le meurtre de son père. Il est accompagné de Pylade avec qui il a été élevé, son meilleur ami, un peu les Montaigne et La Boétie de la mythologie grecque. C’est eux que représente ce tableau (qui s’intitule Oreste et Pylade, je n’ai rien découvert) peint en 1952 par Nikos Engonopoulos (1910-1985).
 
775g2 Valias Semertzidis, Au pays des Cyclopes (1936)
 
Lorsque, dans le nord de la Sicile, à Aci Trezza, nous avons vu les "Faraglioni dei Ciclopi" (les Récifs des Cyclopes), le 16 septembre 2010, les lieux ne ressemblaient guère à ce qui est représenté sur ce tableau de Valias Semertzidis (1911-1983) peint en 1936 et intitulé Au pays des Cyclopes. J’espère que cela ne signifie pas que ce pays est imaginaire, je serais très déçu, moi qui crois dur comme fer à l’existence de ces êtres et au sort de ce malheureux Polyphème. Cela dit, et pour être sérieux, je trouve que l’ambiance est bien rendue, avec ces vaisseaux antiques qui s’éloignent à pleines rames dans un paysage impressionnant et menaçant. Semertzidis serait né, selon la notice dans le musée, à Krasnodar dans le Caucase, mais il y a à Rhodes un musée d’art moderne qui s’est ouvert avec une exposition de ses œuvres parce que, y est-il dit, il est né et a vécu dans l’île. Et je suppose que, sur place, on doit savoir de quoi l’on parle. À moins qu’il n’y ait deux artistes homonymes.
 
775h1 Yannis Spyropoulos, Fille avec un chat
 
Rien à voir avec ce tableau de Yannis Spiropoulos (1912-1990), Fille avec un chat, où la cape rouge et les yeux brillants du chat noir contrastent avec le regard attentionné et affectueux de la jeune femme, et la claire lumière derrière les voilages. Un beau visage qui retient l’attention.
 
775h2 Iphigénie Lagana, L'Atelier du peintre
 
Avec L’Atelier du peintre, Iphigénie Lagana (1915-2002) nous entraîne dans son univers professionnel. Cette toile date de la fin de sa carrière, alors que précédemment elle avait toujours adopté le style impressionniste. J’aime autant la technique de ce tableau que sa composition.
 
775h3 Kosmas Xenakis, Les Filles
 
En peignant Les Filles, le tableau ci-dessus, Kosmas Xenakis (1925-1984) adopte un style résolument contemporain. Son jeu de couleurs sur les corps est intéressant. Ce peintre est né à Braila, un port sur le Danube, en Roumanie.
 
775h4 Maria Spentza, Composition avec deux personnages
 
Autre tableau d’une femme peintre, Composition avec deux personnages est une œuvre de Maria Spentza (1925-2011). La composition en V, le fond sombre, l’attitude pensive de ces deux jeunes femmes, tout cela en fait une toile très agréable à regarder. Figurative et réaliste, cette peinture n’en est pas moins d’un style très contemporain. Maria Spentza a été l’élève et la disciple de Yannis Moralis dont, hier, j’ai montré deux œuvres successives intitulées Composition funéraire, traitant de façon fort différente le même sujet.
 
775i1 Stelios Votsis, Cycliste dans un paysage
 
775i2 Alekos Fasianos, au métro Metaxourgio, Athènes
 
Le peintre Stelios Votsis né en 1929 a réalisé le premier des deux tableaux ci-dessus, Cycliste dans un paysage. Or chaque jour ou presque, partis en autobus du camping, nous descendons à la station Metaxourgio pour prendre le métro. Et là, dans le hall de la station, notre regard ne peut éviter deux grands panneaux signés Alekos Fasianos (né en 1935). Ma deuxième photo ne vient pas de la galerie municipale mais du métro. Cette cravate volante me donne l’impression que l’un s’est inspiré de l’autre… Ces deux artistes ayant sensiblement le même âge, il est difficile de dire qui a eu le premier cette idée. Ces compositions ne manquent pas non plus d’humour. Jusqu’à présent, à part une aquarelle, je n’ai montré que des peintures à l’huile, mais cette œuvre de Votsis est à l’acrylique.
 
775j Stavros Tsikoudakis, La Danseuse fatiguée
 
Je vais en finir avec ma galerie de tableaux en montrant cette Danseuse fatiguée, que Stavros Tsikoudakis (né à Chania, en Crète, –en français, La Canée– en 1945) a peinte dans un costume arlequin. Le jeu de couleurs qui lui barbouille les jambes, les mains et le visage vient en complément des couleurs du fond et contribue à créer l’impression de fatigue de la danseuse. Et c’est un deuxième tableau à l’acrylique.
 
775k1 Aglaia Christianou, Anima-Corpus
 
775k2 Aglaia Christianou, Anima-Corpus (détail)
 
Et, après les peintures, une sculpture. Si l’on peut appeler sculpture cette composition à base de chaussures. Aglaia Christianou, une artiste née en 1954, l’intitule Anima – Corpus (soit, en latin, L’Âme – Le Corps). Je suis trop classique pour avoir envie d’accrocher cette œuvre à un mur chez moi, mais en même temps j’y vois de l’humour (ces gardes du Parlement dans leur bel uniforme de parade, derrière cette chaussure de paille, par exemple). Cela dit, j’avoue ne pas comprendre cet art. Je suis incapable de trouver le rapport entre le titre et la réalisation. Il va me falloir arrêter ici mon article et me mettre la tête dans les mains pour tenter de trouver l’explication.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 11:41
774a Athènes, vue de la Galerie Nationale
 
Aujourd’hui nous sommes allés voir le stade olympique sans y entrer, puis nous avons marché assez loin jusqu’à une entrée du cimetière central, avons dû le traverser de part en part pour trouver la tombe de Schliemann, l’avons retraversé pour ressortir par la même grille, nous sommes arrêtés un moment à manger une crêpe dans un bar, et sommes enfin allés à la Pinacothèque Nationale. Stade et cimetière ont fait l’objet de mon précédent article, ici je vais parler de quelques unes des innombrables œuvres d’art que nous avons vues. Parmi les sculptures et les tableaux, il y en a quelques uns que je n’aime pas, mais il y en a beaucoup que j’adore. La sélection a été dure. Tout à la fin, j’ai même rajouté deux œuvres que j’avais éliminées mais je les regrettais trop…
 
774b1 Auguste Rodin, Le Fils prodigue (vers 1884)
 
Commençons par quelques sculptures, et d’abord des œuvres d’étrangers. Celui-ci est français, c’est Auguste Rodin (1840-1917). Ce bronze s’intitule Le Fils Prodigue et a été réalisé vers 1884.
 
774b2 Emile-Antoine Bourdelle, Pallas Athéna (après 1889)
 
Un autre Français, c’est Émile-Antoine Bourdelle (Montauban 1861- Le Vésinet 1929) qui a sculpté à une date non précisée mais postérieure à 1889 ce bronze représentant Pallas Athéna.
 
774c1 Leonidas Drosis, Pénélope (1873)
 
Ce n’est pas de ma faute si les sculpteurs étrangers représentés ici sont français… Mais passons aux sculpteurs grecs. Ce marbre de 1873 représentant Pénélope est de Léonidas Drosis (1834-1882). Il y a ailleurs une autre Pénélope, de 1949, par Bella Raftopoulou (1902-1992). C’est un buste jusqu’à la ceinture, nu, assez inexpressif. Je préfère de loin l’œuvre de Drosis qui montre une Pénélope triste et désemparée.
 
774c2 Nikolaos Gysis, Fille qui a froid (1898)
 
774c3 Nikolaos Gysis, Fille qui coud (1898)
 
Deux vitrines présentent des statuettes de plâtre doré et peint, que je trouve très expressives. J’ai choisi cette Fille qui a froid et cette Fille qui coud (toutes deux de 1898). Elles ont été réalisées par Nikolaos Gysis (1842-1901). Né dans l’île de Tinos, ce fils de domestique a obtenu d’un monastère de l’île une bourse pour aller étudier l’art à Munich. Il s’y est rendu avec un compatriote de Tinos, en compagnie de qui il avait déjà étudié à l’école des Beaux-Arts d’Athènes, tous deux étant disciples, dans le même atelier, du peintre Karl von Piloty. Cet ami a nom Nikephoros Lytras, et je vais en parler tout à l’heure. Tous deux ont été fortement impressionnés en découvrant la peinture de Courbet lorsque celui-ci vint exposer à Munich en 1869. À l’été 1873, Gysis, en compagnie de son ami Lytras, a effectué un voyage en Asie Mineure d’où tous deux ont tiré une veine orientalisante. En 1876, ils sont tous les deux à Paris, mais ensuite Gysis retourne travailler à Munich, où il mourra en 1901, tandis que Lytras restera à Athènes.
 
774c4 Yannoulis Chalepas, Médée III (1933)
 
Dans une grande vitrine on peut voir plusieurs sculptures de plâtre de Yannoulis Chalepas (1851-1939). Je les trouve d’intérêt inégal. Par exemple, je n’aime pas son Aphrodite. Je préfère montrer ici sa Médée III de 1933.
 
774c5 Christos Kapralos, Mère assise (1962)
 
Et pour finir avec la sculpture j’en viens à l’époque contemporaine, avec cette Mère assise de Christos Kapralos (1909-1993), bronze réalisé en 1962. Le musée l’a placé dans le grand hall d’entrée.
 
774d1 attribué à Lambert Van Noort, L'Auto-sacrifice de M
 
Concernant la peinture, je procéderai comme pour la sculpture, à savoir que je commence par les peintres étrangers pour après voir un peu ce que font les Grecs, que les profanes comme moi ne connaissent pas suffisamment. Que ce soit au Louvre, au Rijksmuseum, au Prado etc., ils sont un peu snobés. Par conséquent, après cinq œuvres d’étrangers classées par date, je vais (modestement) essayer de réparer cette injustice. Nous commençons par une grande toile attribuée à Lambert Van Noort (vers 1520-1570). On voit L’Auto-sacrifice de Marcus Curtius. Puisqu’il ne s’agit, à défaut de signature, que d’une "attribution" à ce peintre, la date manque aussi. Ce que cette toile représente, je vais demander à Tite-Live de le raconter (comme je n’ai pas trouvé le texte latin, je prends la traduction de Corpet-Verger et Pessonneaux des éditions Garnier). On est à Rome, sur le forum, en l’an 362 avant Jésus-Christ. "On dit qu'un tremblement de terre ou toute autre cause ouvrit un vaste gouffre vers le milieu du Forum dont le sol s'écoula à une immense profondeur, et les monceaux de terre que chacun, selon ses forces, y apporta, ne purent combler cet abîme. Sur un avis des dieux, on s'occupa de chercher ce qui faisait la principale force du peuple romain, car c'était là ce qu'il fallait sacrifier en ce lieu, au dire des devins, si on avait à cœur l'éternelle durée de la république romaine. Alors Marcus Curtius, jeune guerrier renommé, s'indigna, dit-on, qu'on pût hésiter un instant que le plus grand bien pour Rome fût la vaillance et les armes. Il impose silence et, tourné vers les temples des dieux immortels qui dominent le Forum, les yeux sur le Capitole, les mains tendues au ciel ou sur les profondeurs de la terre béante, il se dévoue aux dieux Mânes. Puis, monté sur un coursier qu'il a, autant qu'il a pu, richement paré, il s'élance tout armé dans le gouffre, où une foule d'hommes et de femmes répandent sur lui les fruits et les offrandes qu'ils avaient recueillis".
 
774d2 El Greco, Le Concert des anges (1608-1614)
 
Après dix mois en Grèce, après avoir visité en Crète le village de Fodele, comment ne pas vibrer en reconnaissant le style inimitable de Domenicos Theotokopoulos, alias El Greco (1541-1614), dans ce Concert des anges, datant de la dernière période (1608-1614), quand il travaillait à Tolède. Quoiqu’il soit grec, je l’insère ici parmi les étrangers, d’abord parce qu’il est bien connu chez nous, et d’autre part parce que la grande majorité de ses œuvres, dont celle-ci, ont été peintes hors de Grèce (Italie d’abord, puis Espagne le plus longtemps). Mais son style n’est ni italien, ni espagnol, il est bien à lui, et donc grec…
 
774d3 Ecole flamande, Scène de bain (détail), 17e siècle
 
Ceci est un détail d’une grande toile de l’École flamande datant du dix-septième siècle et intitulée Scène de bain. Par la composition, le travail sur la lumière, l’atmosphère, ainsi qu’une multitude de détails dans l’attitude des personnages, elle est très intéressante et j’aurais aimé la montrer en entier, mais chaque détail aurait été si petit alors, que l’on n’aurait pas pu apprécier.
 
774d4 Eugène Delacroix, Guerrier grec à cheval (1856)
 
Ici encore, honneur aux Français avec Eugène Delacroix (1798-1863). Son Guerrier grec à cheval date de 1856. Mouvement, couleur, exotisme, comme toujours chez Delacroix.
 
774d5 Rosa Bonheur, Deux chevaux (vers 1889)
 
Une première raison d’avoir choisi ce tableau de Rosa Bonheur (1822-1899) c’est que cette femme née à Bordeaux est morte à Melun, qui est la ville de ma dernière résidence en France avant que nous partions pour notre long voyage de découverte de l’Europe. La deuxième raison est qu’il s’agit d’une femme très intéressante, fille de saint-simoniens appliqués à diffuser des idées sociales et élevant leurs enfants au moyen d’une éducation qui refuse de différencier les sexes, ce qui a permis à Rosa Bonheur d’être l’une des toutes premières féministes. Et puis la troisième raison tient à sa peinture, bien sûr. Fille d’artistes (un père peintre, une mère professeur de piano, elle a très tôt été initiée à la peinture par son père. Et elle s’est choisi pour sujets les animaux qu’elle voyait autour d’elle. Et puis elle est allée étudier leur anatomie dans des écoles vétérinaires. Ce tableau peint aux alentours de 1889 témoigne de sa connaissance de l’anatomie de l’animal, et met les chevaux en valeur, malgré la mauvaise qualité de ma photo où l’éclairage brille sur la peinture, notamment sur la robe plus sombre du cheval bai.
 
774e1 Fotis Kontoglou, fresque au domicile de l'artiste (19
 
774e2 Fotis Kontoglou, fresque le représentant (1932)
 
774e3 Fotis Kontoglou, fresque du Déluge (1932)
 
À présent, venons-en aux peintres grecs. Fotis Kontoglou (1896-1965) a eu l’idée originale (ou folle…) de peindre sur un mur de son domicile, en 1932, une grande fresque jouant à être ancienne, avec des parties faussement dégradées, comme en travers du personnage sur la gauche (un fakir indien), ou dans le cadre complètement à droite où le personnage central n’a que la tête, tout le corps manquant. Au-dessus de la porte de gauche, le peintre s’est représenté avec sa famille (deuxième photo). Près de sa tête il a indiqué son nom, à droite cette Maria doit être sa femme, et entre eux deux, plus petite, Despoula doit être leur fille. La troisième photo représente une scène biblique. Elle porte le mot O KATAKLYSMOS qui a donné le français cataclysme mais qui, en grec, signifie le déluge. Il s’agit donc ici des humains qui n’ont pas été pris par Noé sur son arche et qui vont être engloutis dans les eaux du déluge.
 
774f Theodoros Vryzakis, L'Arrivée de Lord Byron à Missol
 
L’histoire grecque a été marquée par les tragédies. Razzias et occupation, guerres étrangères et guerres civiles. Au milieu du dix-neuvième siècle, ce n’est pas terminé, elle n’a pas récupéré tous ses territoires, elle connaîtra encore les Guerres des Balkans, la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre Civile, la dictature des colonels. Et la crise due à son déficit budgétaire, avec les pressions européennes qui s’ensuivent. Néanmoins, avec la libération de la plus grande partie de son territoire de l’occupation ottomane dans le premier tiers du siècle, la Grèce a cru pouvoir souffler. Nombreux sont les peintres qui ont représenté des épisodes de la guerre d’indépendance. L’évêque de Patras bénissant le drapeau grec, l’Exode de Missolonghi, des portraits des chefs de l’insurrection, etc., etc., etc. Au cours d’une visite de musée, ou passant devant un monument, ou encore parcourant un site, j’ai montré des tableaux évoquant ces événements dans nombre de mes articles. Je me limiterai donc ici à ce seul tableau que Theodoros Vryzakis (1819-1878) a peint en 1861 et qui s’intitule L’Arrivée de Lord Byron à Missolonghi. Notons que le peintre, qui a étudié à Munich, est fils d’une victime de la Guerre d’Indépendance et que ses toiles monumentales avaient clairement un but d’édification et de propagande pour la complète libération du territoire.
 
774g1 Francesco Pige, Portrait d'une femme d'Hydra (vers 18
 
Quelques portraits. Je trouve que les peintres grecs y ont excellé, si j’en crois les œuvres exposées ici. Ce Portrait d’une femme d’Hydra (Hydra est une île tout en longueur face à l’extrémité de la péninsule la plus orientale du Péloponnèse.) a été peint vers 1855 par Francesco Pige (1822-1862). La pinacothèque le considère "un artiste grec emblématique". En fait c’est très compliqué. Il est né à Grins, au Tyrol, et les Autrichiens le disent autrichien, tandis que du fait de son origine italienne (comme l’indique son nom) il est décrit comme italien en Italie. Le choix de sa vie, les sujets qu’il a choisis, étant sur cette terre grecque, laissons-le parmi les artistes grecs…
 
774g2 Ioannis Oikonomou, Le Critique d'art (1885)
 
Ce tableau de 1885 est intitulé Le Critique d’art. C’est l’œuvre de Ioannis Oikonomou (1860-1931).
 
774g3 Georgios Iakovidis, La Préférée de la grand-mère
 
774g4 Georgios Iakovidis, Concert d'enfants (1900)
 
J’ai été séduit par plusieurs tableaux de Georgios Iakovidis (1853-1932), je ne résiste pas à l’envie d’en montrer au moins deux. La Préférée de la grand-mère est de 1893 et Concert d’enfants est de 1900. Il y a dans ces peintures tellement de tendresse, tellement d’humanité et d’observation affectueuse !
 
774g5 Symeon Savidis, Caprice, vers 1915
 
J’aime également beaucoup l’idée (et la réalisation) de ce tableau seulement intitulé Caprice. Il a été peint vers 1915 par Symeon Savidis (1859-1927).
 
774g6 Umvertos Argyros, Près de la fenêtre (1926)
 
Et celui-ci, n’est-il pas plein de charme ? Il a nom Près de la fenêtre et date de 1926. Il est l’œuvre d’Umvertos Argyros (1882/1884-1963). Cette double date pour sa naissance est ce qui apparaît sur la petite étiquette placée près du tableau par le musée. Je me suis demandé si son état civil aurait par hasard été perdu, ce qui serait très étonnant pour quelqu’un qui était encore en vie il y a cinquante ans. Intrigué, je viens de le trouver sur Internet, dans Wikipédia. Il est donné pour être né en 1877. Une troisième date. Les autres articles trouvés dans Google donnent, sans les discuter ni les justifier, l’une ou l’autre date. Je resterai donc dans le doute, mais cela ne retire rien à ce tableau admirable.
 
774g7 Agenor Astenadis, Portrait d'une femme (1932)
 
Un dernier portrait, avec ce Portrait d’une femme, le plus récent de ma sélection puisqu’il est de 1932. Le tableau est signé par Agenor Asteriadis (1898-1977).
 
774h1 Charalambos Pachis, Premier mai à Corfou (vers 1875-
 
Et maintenant, divers sujets que je ne sais pas trop comment classer. Je ne respecte même pas l’ordre chronologique de leur création.. C’est entre 1875 et 1880 que Charalambos Pachis (1844-1891) a peint ce Premier mai à Corfou.
 
774h2 Pavlos Mathiopoulos, Av. de la Reine Sophie après la
 
Quand, venant de la place Syntagma, on se rend ici dans cette pinacothèque, on prend l’avenue de la Reine Sophie (leoforos Vasilissis Sofias). De même, nous l’avons empruntée à chaque fois que nous sommes allés au musée cycladique ou au musée Benaki. Le musée byzantin et le musée de l’armée se trouvent dans cette avenue, ainsi que l’ambassade de France. Nous la connaissons donc fort bien. Or ce tableau de Pavlos Mathiopoulos (1876-1956) peint vers 1900 est intitulé L’Avenue de la Reine Sophie après la pluie. Cette voiture, qui au premier coup d'œil pourrait être prise pour une conduite intérieure et semblerait plutôt dater des années 1920, est en fait tirée par des chevaux, mais cela n’a aucun rapport avec l’art. Il semble que cette dame marche sur le trottoir qui longe les jardins du Parlement, palais royal à l'époque, mais à part cela l’avenue a bien changé en un peu plus d’un siècle. Les trottoirs ont rétréci et sont encombrés de kiosques, la circulation est intense. Mais j’aime le reflet sur l’asphalte mouillé, la lumière du soleil couchant qui point entre les nuages, l’atmosphère brouillée dans laquelle les formes sont légèrement floues.
 
774h3 Périclès Vyzantios, La Chambre de l'artiste à Pari
 
Périclès Vyzantios (1893-1972) a vécu et travaillé à Paris. C’est en 1913 qu’il a peint ce tableau, La Chambre de l’artiste à Paris.
 
774h4 Yannis Tsarouchis, Le Café Néon la nuit (1965-1966)
 
Le Café Néon à la nuit est une toile de Yannis Tsarouchis (1910-1989), peinte en 1965-1966. Je trouve que l’ambiance de nuit est bien rendue à travers les nuances de gris pour ce qui n’est pas éclairé et la chaude couleur des lampes à incandescence pour le café et, au-dessus, la fenêtre d’appartement. Je parle de lampes à incandescence, et cela me fait soudain penser que, pour qui n’est pas helléniste, le nom du café n’est pas évident. Aucun rapport avec le néon, gaz rare de l’air, qui s’illumine sous l’effet d’un courant électrique et qui est utilisé pour des enseignes lumineuses. En grec c’est, au neutre, l’adjectif neos (newos autrefois, en relation avec le latin novus) qui veut dire neuf, nouveau, comme dans le français néologisme, néophyte, etc.
 
774i1 Theodoros Rallis, Le Butin (1906)
 
Autre tableau que j’aime énormément, cette jeune femme attachée, enfermée dans une église ravagée. Son corsage arraché, déchiré, pend en lambeaux à sa ceinture, et son buste est nu. Le tableau s’intitule Le Butin. Visiblement, il fait allusion aux agissements des Ottomans, musulmans, qui ont tout saccagé dans l’église de leurs ennemis orthodoxes et qui ont pris les personnes valides de la population, les hommes pour les vendre comme esclaves, les femmes pour leur faire intégrer des harems. Celle-ci est le butin de l’un des Turcs. Dans son regard, terrible, on lit toute la gamme de ses sentiments. Bouleversant. C’est à Théodoros Rallis (Constantinople 1852-Lausanne 1909) que l’on doit ce tableau de 1906. Rallis avait été envoyé par le roi Othon pour étudier à Paris et, à l’École des Beaux-Arts, avait été l’élève du peintre orientaliste français Jean-Léon Gérôme (1824-1904). C’est au Salon de Paris qu’en 1875 il a exposé pour la première fois. Membre de la Société des Artistes Français, en 1900 il a été membre du jury de l’Exposition universelle, en 1901 il a reçu la médaille de chevalier de la Légion d’Honneur. Assez célèbre, donc, il a été oublié après sa mort. Ce n’est que récemment qu’il a été redécouvert et que le prix de ses œuvres, un temps très bon marché, est remonté jusqu’à ce que l’une de ses toiles atteigne à Sotheby en 2008 la somme de 670 000 Euros.
 
774i2 Theophilos (Chatzimichael), Adam et Eve
 
Rien de commun entre le Butin de Rallis, et Adam et Ève peints par Theophilos Chatzimichael (1873-1934). Ce peintre de l’île de Lesbos était un original qui portait le costume national. Il vivait dans une grande pauvreté et peignait des fresques là où il pouvait, dans des églises, dans des bars, chez des particuliers, et en échange on lui offrait un repas, ou souvent rien qu’un verre d’ouzo, et parfois rien. Son style naïf était moqué par les paysans qui l’entouraient. Et puis en 1928 Tériade (celui-là même qui, en 1951, va soutenir Odysseas Elytis, comme je le dis dans l’article d’hier), de Lesbos lui aussi, le remarque, l’apprécie, l’incite à peindre sur toile, et fera même prendre une de ses toiles par le Musée du Louvre. Aujourd’hui, dans l’île de Lesbos, dans le faubourg de Varia à six kilomètres de Mytilène, là où a vécu le peintre, un musée qui lui est consacré héberge 86 de ses œuvres. Il ne signait que de son prénom, aussi dans le monde de l’art est-il connu comme Theophilos. Il est vrai que sa vision est admirable
 
774i3 Yannis Moralis, Composition funéraire III et IV
 
Composition funéraire III et IV. Avec ce même titre, mais avec des numéros de III à VII, la pinacothèque expose quatre toiles de Yannis Moralis (1916-2009), les numéros I, II et VI manquant. On part d’une représentation épurée et stylisée mais néanmoins réaliste pour aller vers un dessin de plus en plus abstrait. J’ai rapproché ici deux toiles qui se font suite, même si la notice donne 1958-1963 pour date de la première, et seulement 1963 pour l’autre. En fait, je ne saurais dire laquelle je préfère et, de toute façon, la composition est intéressante.
 
774i4 Thodoros Manolidis, Nature morte (1972)
 
Thodoros Manolidis, né en 1940, a peint cette toile en 1972. Il l’a intitulée –on aurait pu s’en douter– Nature morte. Les peintres considèrent que rien n’est plus difficile à rendre qu’une nature morte, et avec le rendu de cette nappe blanche l’artiste n’a pas cédé à la facilité, même si par ailleurs il n’a pas choisi d’éléments particulièrement difficiles à rendre, comme une miche de pain ou la transparence d’un voile de rideaux.
 
774i5 (Sarantis Karavouzis, Adieu (avant 1980)
 
Très originale, cette peinture monochrome nommée L’Adieu (1980) est signée Sarantis Karavouzis (1938-2011). Je dis bien "peinture", car il s’agit d’une huile sur toile. Ni fusain, ni crayon, ni lavis, mais huile. Outre la forte expressivité des deux personnages, je trouve intéressant de présenter le tableau comme la reproduction de statues de marbre, intégrées cependant dans un décor peuplé de portes symbolisant le départ. La composition et les vêtements rappellent les bas-reliefs de stèles funéraires antiques, cet adieu est donc celui d’un départ dans la mort.
 
774i6 Achilleas Droungas, Athéna - Athènes (2003)
 
L’auteur de ce tableau, Achilleas Droungas, né en 1940, l’a appelé Athéna – Athènes. C’est-à-dire la déesse et la ville. Et, en lisant le titre en grec, je me suis rendu compte de quelque chose que (ô honte) je n’avais jamais remarqué, à savoir que si, en grec, la déesse et la ville portent exactement le même nom, on les distingue par la place de l’accent tonique, sur la dernière syllabe pour la déesse et la deuxième pour la ville. Le titre est donc Αθινά – Αθίνα (Athiná – Athína). L’œuvre est datée de 2003.
 
774j1 Nikephoros Lytras, L'Attente
 
774j2 Nikephoros Lytras, Le Baiser (vers 1878)
 
J’avais ici terminé ma sélection. Et puis, comme je le disais au début, j’ai été pris d’un remords. Je ne pouvais pas sacrifier deux tableaux (présentés dans le musée à quelque distance l’un de l’autre) qui ont retenu si longtemps mon attention, qui ont provoqué en moi tant d’émotion. L’artiste, Nikephoros Lytras (1832-1904) a intitulé le premier L’Attente (aucune date n’est indiquée), et le second Le Baiser (vers 1878). Ce peintre, j’ai parlé de lui au sujet de son amitié avec Gysis, avec qui il a étudié à Munich. Je disais qu’après avoir vu les œuvres de Gustave Courbet en 1869, tous deux avaient été influencés par l’orientalisme. Le voyage en Asie Mineure, en 1873, n’a pu que renforcer cette influence. Elle est très sensible dans les deux tableaux ci-dessus. Ce que j’admire ? La position et la cambrure de la fille, surtout dans L’Attente, ainsi que la finesse de sa main sur le rebord de la fenêtre, et son pied dans Le Baiser. Et je préfère le premier. En effet, le cadrage est plus centré sur elle, même si dans le second tableau le désordre sur la droite, les aulx et les fleurs au plafond, ajoutent de la vie. La robe toute blanche la met mieux en relief que le vêtement du Baiser. Et puis un baiser est un acte que l’on voit tandis que l’attente est un sentiment qu’il convient de parvenir à exprimer, et Lytras y est parvenu magistralement. "Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? […] Un point rose qu’on met sur l’I du verbe aimer", dit Rostand. Ça vient un peu comme un cheveu sur la soupe, mais cela me servira de conclusion, en attendant de nous rendre dès demain dans une autre galerie de tableaux.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 09:35
Aujourd’hui, nous avons effectué trois visites à Athènes. Le stade olympique, le cimetière central et la galerie nationale. Trois sujets très différents. Aussi, quoique sur les deux premiers je sois bref (une fois n’est pas coutume…), je vais les traiter à part, réservant le troisième pour mon prochain article.
 
773a1 Stade olympique d'Athènes
 
773a2 Stade olympique d'Athènes
 
Il faut prendre un billet pour la visite. D’ailleurs, nous voyons ici ou là quelques rares visiteurs perdus dans l’immensité de la structure. Non pas retenus par l’avarice qui voudrait nous faire économiser quelques malheureux Euros, mais ne voyant pas bien l’intérêt de poser nos pieds sur le stade que nous voyons fort bien de la rue et souhaitant économiser bien davantage notre temps que notre argent, nous nous contentons de cette vue de l’extérieur.
 
773a3 Stade olympique d'Athènes, historique
 
      L’affiche sur ce grand panneau nous rappelle qu’Athènes a accueilli les premiers jeux modernes en 1896, et a amplement aggravé son déficit budgétaire en les organisant en 2004. Enfants de CP qui apprenez à faire des additions, ne lisez surtout pas cette affiche, parce que 2011+330 ne font pas 2500 comme le croient ces publicitaires.
 
773a4 Stade olympique d'Athènes, les chiffres
 
Des panneaux rédigés dans de nombreuses langues donnent les chiffres impressionnants concernant ce stade. Sur ma photo, après sa cure d’amaigrissement ce n’est presque plus lisible. Je répète donc ici les principaux.
 
Dimensions 268,31 mètres sur 141 représentant 33 100 mètres carrés
La piste fait en moyenne 400 mètres "En moyenne" parce que c’est moins à la corde et plus à l’extérieur
Les tribunes comportent 47 rangées de sièges, soit 23,819 kilomètres
La capacité maximum est de 60 000 spectateurs sur des gradins de 38 centimètres de haut
En divisant la longueur de gradins par 60 000 j’obtiens 39,7 centimètres par spectateur. Il convient donc d’avoir de petites fesses si l’on ne veut pas réduire la capacité du stade
Pour accéder au dernier rang il faut gravir 107 marches
La construction a nécessité un volume de marbre considérable, soit 29 400 mètres cubes qui représentent 85,1 millions de tonnes
 
773b1 tombe de Théodore Kolokotronis
 
Quittons le stade. Mon plan d’Athènes représente l’entrée du cimetière dans une rue, mais l’entrée principale, là où sont les tombes que nous souhaitons voir, est à l’autre bout de cet immense espace. Cela nous donne l’occasion de voir des tombes de Français ou des monuments intéressants, mais par respect pour les morts qui sont enterrés là, par respect aussi pour leurs familles, je n’en montre pas d’images. Je me limite aux tombes de personnages célèbres dont les tombes ont été publiées dans la presse, et que je ne montre pas comme des curiosités, mais pour les personnages qu’elles abritent. Ci-dessus, c’est celle de Théodore Kolokotroni, dont je ne dirai rien de plus, tant j’ai parlé de lui et de son action pour l’indépendance de la Grèce dans de nombreux articles.
 
773b2 tombe d'Andreas Papandreou
 
Ici est enterré Andreas Papandréou (5 février 1919 – 23 juin 1996). Exilé pendant le régime des colonels, créateur du PASOK (Mouvement Socialiste Panhellénique) à son retour, il a été premier ministre de deux gouvernements successifs de 1981 à 1989, puis de nouveau de 1993 à sa démission pour cause de maladie en janvier 1996. Il décédera cinq mois plus tard, jour pour jour. Il s’agit d’une dynastie de chefs de gouvernement puisque son père a été premier ministre du gouvernement en exil pendant l’occupation nazie, puis très brièvement à deux reprises dans les années 60, et que son fils qui, après avoir été ministre de l’Éducation et ministre des Affaires étrangères, est premier ministre depuis octobre 2009 (en fait, parce que je suis en retard dans la rédaction de mon blog, je peux dire, sans le secours de l’oracle de Delphes, qu’il démissionnera de ses fonctions dans une semaine, le 11 novembre).
 
773b3a Tombe de Melina Mercouri et Jules Dassin
 
773b3b Tombe de Melina Mercouri et Jules Dassin
 
Ici sont enterrés Mélina Mercouri et Jules Dassin. Mélina Mercouri (1920-1994) est fille d’un député, petite-fille d’un maire d’Athènes. Après avoir suivi des cours de comédie à l’Institut Dramatique National d’Athènes, elle tourne dans quelques films et rencontre le réalisateur américain Jules Dassin grâce aux films de qui elle devient célèbre. Notamment, elle obtient le pris d’interprétation féminine à Cannes pour son interprétation dans Jamais le dimanche. Elle épouse Jules Dassin en 1966. Arrivent les colonels. Le couple, engagé à gauche, doit partir en exil et s’installe en France. Mélina Mercouri est déchue de ses droits civiques grecs. Dans son exil, elle milite avec détermination et énergie contre la dictature des colonels. Quand, après leur chute en 1974, elle rentre en Grèce et retrouve ses droits, elle est élue députée du PASOK au Pirée en 1978, et est nommée ministre de la culture de 1981 à 1989, et le redeviendra en 1993. Son action dans ces fonctions a été aussi énergique que dans sa lutte politique (dans mon article du 13 juillet, à propos de son action à Fodele en Crète, j’ai évoqué son "bébé" –les capitales européennes de la culture–, et sa lutte pour le retour des frises du Parthénon détenues par le British Museum). Elle mourra en fonction, le 6 mars 1994.
 
Parlant de son mari, je vais être amené à me répéter puisque leurs vies sont mêlées. Jules Dassin (1911-2008), fils d’un coiffeur ukrainien d’Odessa émigré lors de la révolution bolchevique, est un acteur américain, également réalisateur à Hollywood, en France, en Grèce (Du rififi chez les hommes, Jamais le dimanche). Il est tombé amoureux de son actrice fétiche, Mélina Mercouri qu’il a fait jouer dans huit de ses films (j’ai évoqué le film Celui qui doit mourir lors de notre visite de Kritsa en Crète, dans mon blog daté du 4 août 2011) et qu’il a épousée en 1966. Engagement politique, exil en France, retour en Grèce, autres films… De son premier mariage, il est le père du chanteur Joe Dassin.
 
773c1 Tombe de Heinrich Schliemann
 
773c2 Tombe de Heinrich Schliemann
 
773c3 sur la tombe de Heinrich Schliemann
 
La tombe que nous étions venus voir est celle de Heinrich Schliemann (1822-1890), où il est enterré avec sa femme Sophia. De famille pauvre, ce jeune Allemand est employé vendeur dans un commerce de harengs. Il décide de s’expatrier mais le bateau fait naufrage au large des Pays-Bas. Rescapé, il trouve un emploi à Amsterdam, réussit, est envoyé en Russie par son entreprise, s’y met à son compte, s’enrichit avec un commerce d’or, avec des ventes d’armes pendant la Guerre de Crimée. Devenu extrêmement riche, il vient étudier à la Sorbonne l’archéologie et apprend plusieurs langues, dont le grec ancien et des langues orientales. Lisant Homère dans le texte, dans l’Iliade il note soigneusement les détails géographiques de la Guerre de Troie et, les comparant avec la carte de Turquie, est convaincu d’avoir localisé Troie, que la plupart des spécialistes supposaient légendaire. En Turquie, il épouse en 1860 une jeune Grecque, Sophia Egkastromenou. À ses frais, sur un terrain appartenant au consul de France, il entreprend des fouilles en 1870. Et il découvre effectivement Troie. Je passe sur ses graves démêlés avec le gouvernement ottoman. Plus tard, dans le Péloponnèse, il réédite ses exploits en découvrant le site de Mycènes (1874) et celui de Tirynthe (1884). En novembre 1890, il subit une opération de l’oreille interne. Au bout de quatre semaines, alors que le médecin juge prudent de le garder à la clinique, Schliemann décide de partir quand même en direction d’Athènes, en route il visite Pompéi le 24 décembre, le 26 il meurt à Naples des suites de l’opération. Sa richesse et ses découvertes sont l’explication d’une si monumentale sépulture en forme de petit temple grec. Tout autour court une frise dont je montre trois fragments (tous sont dans la même pierre, mais la différence de couleur tient à l’exposition, le soleil de l’après-midi dorant la pierre du côté ouest. Sur la photo du haut, on voit Heinrich et Sophia sur un chantier de fouilles, et les ouvriers au travail. Les deux autres photos représentent des scènes antiques (transport, guerre, autel).
 
Finalement, je constate que je n’ai pas été aussi bref que je le pensais en commençant cet article.
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 08:12
Depuis des mois, nous faisons des séjours à Athènes entre deux voyages en province. J’ai montré bon nombre de musées et de sites athéniens. Mais Athènes, c’est aussi et avant tout une ville avec sa vie quotidienne. Je vais donc pour le présent article piquer ici ou là dans mes photos de ces deux derniers mois pour en sortir quelques images de la vie athénienne.
 
772a1 Garde national à Athènes
 
772a2 Devant le Parlement d'Athènes
 
La relève de la garde devant le Parlement, au-dessus de la place Syntagma, est un classique des visites touristiques de la ville. Mais un jour que nous déambulions dans les petites rues derrière les jardins du palais, nous arrivons inopinément à un angle et avons la surprise de voir ce garde, strictement seul dans la rue, mais se déplaçant le long du mur dont il avait la garde de la façon la plus réglementaire, effectuant consciencieusement chacun des mouvements d’allure très folklorique comme s’il s’agissait de la façon la plus naturelle de se déplacer. Un autre jour, devant le palais entre deux relèves, ce militaire en tenue léopard remarquant un petit pli disgracieux sur la chaussette de son collègue en bel uniforme vient, comme une mère pleine de sollicitude pour son petit garçon, lui rectifier sa tenue, l’autre étant contraint par le règlement à la plus parfaite immobilité.
 
772b1 École Française d'Athènes
 
772b2 École Française d'Athènes
 
La France est présente de bien des manières en Grèce, et notamment pour la recherche archéologique. Parmi les organismes étrangers impliqués dans des fouilles officielles en liaison avec les autorités grecques, l’École Française d’Athènes est le plus ancien. Des chercheurs triés sur le volet, pour la plupart de brillants doctorants, viennent ici travailler à leur thèse. Fièrement, le calicot devant l’entrée proclame : "Le plus ancien établissement scientifique à l’étranger, la plus ancienne école archéologique étrangère en Grèce, un laboratoire de recherche international à vocation archéologique et ouvert sur le monde moderne et contemporain, un centre de documentation en réseau: bibliothèque, archives scientifiques, base de données…, une maison d’édition". Chacun de ces points est aussi écrit en langue grecque. L’entrée du domaine n’est pas libre, mais à travers la grille on a déjà une vue sur les jardins.
 
772b3 Expo Le Corbusier à l'Institut Français d'Athènes
 
772b4 Expo Le Corbusier à l'Institut Français d'Athènes
 
Autre haut lieu de la vie culturelle française à Athènes, l’Institut français. Outre les cours de langue et de civilisation, outre l’organisation des examens (DELF, DLF…, ou Sorbonne I, II…), outre une bibliothèque assortie d’un bar, l’Institut propose des spectacles (nous allons en voir un, sujet d’un prochain article), ainsi que des expositions. L’exposition actuelle concerne l'architecte Le Corbusier. Ci-dessus une affiche concernant son Voyage en Orient, et une aquarelle réalisée en Allemagne, à Potsdam, en 1930. L’éclairage fait que le bas de cette photo est couvert par une mauvaise ombre avec laquelle l’écriture de l’architecte se confond, et si l’on y ajoute la taille réduite de la photo et la baisse de sa définition, on ne peut plus lire ce qui est écrit, et c’est dommage. Le Corbusier dit, à gauche, "Je m’étonnais d’une solitude étrange et totale…… Tout à coup la police arrive et me fout dehors en gueulant comme des loups !… J’avais précisément terminé mon travail!!!", et il ajoute à droite que "Cette aquarelle fut faite le 5 novembre 1930 à 15 heures à Potsdam à la croisée du Schloss et du Sans-Souci au moment où Guillaume II et Nicolas czar de Russie allaient passer à cet endroit".
 
772c1 Athènes, Monastiraki
 
772c2 église Ton Asomaton, à Athènes
 
Une scène de rue typiquement athénienne en cette saison où la ville est un petit peu désertée par les touristes, c’est la place Monastiraki avec cette mosquée qui abrite le musée de la céramique, que nous avons visité l’autre jour (mon blog en date du 27 octobre). L’autre photo montre l’église byzantine orthodoxe Ton Agion Asomaton (église des Saints Anges) de la seconde moitié du onzième siècle, près de la station de métro Thiseio. Agrandie, elle a perdu en partie son aspect d’origine.
 
772d1 Affiche d'un film de Tintin à Athènes
 
Cette affiche annonce un film de Spielberg. On reconnaît évidemment Tintin, Milou, le capitaine Haddock. Il suffit de connaître l’alphabet grec pour comprendre le titre. TO MYSTIKO TOU MONOKEROU, le Mystère de l’Unicorne, autrement dit Le Secret de la Licorne.
 
772d2 Athènes, magasin Attica
 
Dans le grand magasin Attica, le rayon parfumerie n’a vraiment rien de typique. Il ressemble à celui de n’importe quel grand magasin français, d’autant plus que l’on y trouve, comme on s’en doute, les marques internationales (Helena Rubinstein, Guerlain…).
 
772e Gare centrale d'Athènes (Stathmos Larisis)
 
Ici, c’est la gare centrale d’Athènes, la "Gare de Larissa" (Stathmos Larisis). Elle semble bien modeste, mais c’est parce que le réseau ferré grec est très restreint. Il y a dans le pays tant de montagnes que la construction d’un chemin de fer est extrêmement coûteuse en ponts, viaducs, tunnels, remblais. Tracer une route est un peu moins cher parce que les virages peuvent être plus serrés, les pentes plus accentuées, sans compter que la route peut être utilisée par les particuliers comme par les transports publics. Et quand l’essentiel des infrastructures a été tracé, on ne se souciait pas de pollution.
 
772f1 archéologie dans le métro d'Athènes
 
772f2 archéologie dans le métro d'Athènes
 
Quant au métro, son tracé souterrain a rencontré, tout au long du parcours, des vestiges de l’Antiquité. Déjà j’en ai parlé le 25 mars 2011 à la station Panepistimio. Voici une section d’un four de potier, dont la datation oscille entre le premier siècle avant, et le premier siècle après Jésus-Christ. Quant à ce gros conduit, il est beaucoup plus ancien puisque c’est un morceau de l’aqueduc dit de Pisistrate datant de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ.
 
772f3 Métro d'Athènes, station Syntagma
 
772f4 Métro d'Athènes, station Stathmos Larisis
 
Il m’arrive d’entendre dire qu’Athènes est sale, que son métro est crasseux. Ceux qui disent cela avaient des lunettes de soleil trop sombres. Et ils ne voient ni les rues, ni le métro de Paris. Il est vrai que des façades noires et décrépites, à Athènes, peuvent donner une impression de saleté, mais ce n’est qu’une impression. Peu de gens (à part parmi les touristes…) jettent leur vieux paquet de cigarettes sur le trottoir. Les Grecs n’ont pas l'habitude de cracher par terre comme le font trop de gens en France depuis quelques dizaines d’années. Quant au métro athénien, il est d’une propreté impeccable. Mes photos ci-dessus ne sont pas truquées. Je ne les ai pas prises non plus à l’heure d’ouverture du métro, tôt le matin, avant l’arrivée du premier voyageur. Pour la première, c’était un jour ouvrable (un jeudi), il était 19h13, la grosse foule de fin de journée était passée par là et la station est Syntagma, en plein centre ville, avec une correspondance entre deux lignes. Quant à la seconde, je l’ai prise à 19h25, à la station de métro qui dessert la gare centrale. Avec humour inclus dans le design, des groupes d’hommes debout sur le mur face au quai, et des sièges en forme d’hommes assis.
 
772g1 Xénophobes athéniens
 
La philoxénie des Grecs est bien connue. L’étranger est le bienvenu. Hélas, comme partout on peut trouver des xénophobes, des chômeurs qui s’imaginent que sans les étrangers (qui exercent pourtant des métiers dont ils ne voudraient pour rien au monde) ils trouveraient du travail, des gens qui rejettent sur les autres des responsabilités qu’ils répugnent à attribuer à leurs compatriotes. D’où ce déplaisant tag "Dehors les Albanais". Pour être franc, je dois reconnaître aussi que la frontière de l’Albanie est très perméable et que si nombre d’Albanais viennent chercher du travail en Grèce, il y en a aussi qui ont des intentions moins avouables. Cela n’a rien à voir avec une prétendue "race", avec une ethnie, avec une nationalité, cela tient à des populations dont le pays a été fermé sur lui-même pendant des décennies, qui a souffert, dont l’économie est à terre, et l’humanité de n’importe quel pays comporte un certain pourcentage de gens malhonnêtes. Les Albanais malhonnêtes peuvent être tentés par l’argent des touristes qui affluent dans le pays voisin.
 
772g2 Censure d'une radio grecque
 
J’ai cherché à comprendre, dans la presse, le pourquoi de ce calicot, mais mon niveau de compréhension du grec moderne ne m’a pas permis d’y parvenir. Je n’ai rien trouvé non plus sur Internet. Pourtant, il semble s’agir d’un cas de censure. Ou de mesures économiques ou législatives qui entravent cette radio FM. En effet, le calicot dit "Nous parlons 16 langues et on veut nous clouer le bec (textuellement, nous fermer la bouche)".
 
772h1 appel à la grève du mercredi 19-10-2011
 
Venons-en à un peu de politique. Le titre de cette affiche appelle à la "révolution sociale". Et il s’y ajoute un appel "Tous en grève le mercredi 19/10". Il s’agit de s’opposer aux plans d’austérité concoctés par le Gouvernement sous la pression de l’Union Européenne.
 
772h2 manifestation pour le 17 novembre à Athènes
 
772h3 manifestation pour le 17 novembre à Athènes
 
Chaque année le 17 novembre, de nombreux partis politiques célèbrent le soulèvement des étudiants du Polytechniko (Institut Polytechnique), en 1973, contre les colonels qui avaient pris le pouvoir en 1967. Un char a défoncé la porte, écrasant les jambes d’une étudiante. Le régime n’est pas tombé, mais il a été affaibli parce que la violence de la répression a ému le monde et aussi bien des Grecs qui avaient plus ou moins accepté la dictature. Depuis, chaque année ont lieu des manifestations. Certaines organisations commettent des violences et des déprédations, aussi un puissant dispositif policier et militaire est-il déployé. Il est très vivement conseillé, ce jour-là, de ne pas s’approcher des secteurs où ont lieu les manifestations. Mais nous sommes venus devant le Polytechniko deux jours avant, lorsque ce sont les partis politiques qui tiennent des stands. Quelle que soit la puissance de leurs convictions anticapitalistes et antigouvernementales, ils restent dans la légalité et se limitent à chercher à convertir leurs concitoyens à leurs idées.
 
Et voilà pour ce petit tour de la vie à Athènes. Dès mon prochain article, je reprendrai quelques visites…
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