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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 06:26
Malgré tout le temps où nous avons été à Athènes lors de nos divers passages entre deux voyages en province ou dans les îles, le quartier du Céramique est l’un des sites importants que nous n’avons pas encore visités. Il y a beaucoup à voir, site et musée, aussi cela a-t-il justifié deux visites, le mardi 4 et le vendredi 28 octobre. Comme son nom peut le laisser penser, le Céramique est le quartier des potiers, ceux qui ont façonné et peint les fameux vases attiques.
 
Ce lieu a d’abord été choisi, dès l’Âge du Bronze, pour y placer quelques tombes, les premières. À partir du moment où s’est éteinte la civilisation mycénienne, dans les années 1100 à 1000 avant Jésus-Christ, c’est devenu clairement, officiellement, un cimetière en évolution constante, il y a eu de plus en plus de tombes à l’époque Géométrique (de 1000 à 700), à l’époque Archaïque (de 700 à 480), et pour les plus riches on a élevé des monuments.
 
762a1a Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
762a1b Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
762a1c Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
À la suite des Guerres Médiques, Thémistocle a fait construire en 478 le mur qui porte son nom et qui enclôt la cité. Il mesure environ 6,5 kilomètres de long, il était épais de 2,5 mètres et, sur une base de pierre, il était construit en brique crue et atteignait une hauteur totale de sept ou huit mètres. Un fossé était destiné à en rendre l’accès plus difficile. Ce mur a une histoire de plus de mille ans au cours de laquelle il a subi des réparations, sans que son tracé ni ses bases soient modifiés. En 420 après les destructions dues à la Guerre du Péloponnèse, en 394 sous Conon, stratège athénien, pour réparer les dégâts causés par les Spartiates, vers 307 au moment des guerres de Macédoine.
 
762a1d Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
À cette époque, on a construit un second mur intérieur, et l’espace entre les deux a servi de chemin de ronde. En 86, Sylla entre dans Athènes par le Céramique et détruit le mur mais, comme s’instaure alors la Pax Romana, la Paix Romaine, on ne le répare pas. En revanche, en 267 de notre ère, les incursions barbares des Héruliens justifient une rénovation du vieux mur. Une dernière rénovation a lieu vers 550 sous Justinien (empereur de Byzance, 527-565). Par ce mur, le quartier du Céramique s’était trouvé coupé en deux, la partie interne étant vouée au développement urbain, la partie hors les murs n’étant plus qu’un cimetière de part et d’autre de chacune des deux routes qui la traversaient.
 
Les fouilles, commencées en 1863 et qui se poursuivent aujourd’hui, mettent au jour le niveau que nous visitons, après déblai de 8 à 9 mètres d’alluvions
 
762a2 Athènes, le Céramique (en reconstitution) IMG 8375
 
762a3 Céramique, Athènes, Dipylon
 
762a4 Céramique, Athènes, Dipylon
 
C’est au Céramique que se trouvent les deux principales portes d’Athènes. La première est la Porte Sacrée ouvrant sur la Voie Sacrée qui mène vers les Mystères d’Eleusis à une vingtaine de kilomètres (cf. mon article en date du 23 août). L’autre, le Dipylon, est la porte la plus grande et la plus majestueuse d’Athènes. C’est par là que passe la route qui mène à l’Académie où Platon avait ses disciples, c’est aussi le lieu de rassemblement de la procession des Panathénées avant de monter à l’Acropole. Ci-dessus, d’abord, une reconstitution de ce que fut le Céramique à l’époque classique. En plein centre du dessin, ce grand quadrilatère est le Pompeion, dont je vais parler dans un instant. Accolé sur sa droite, c’est le Dipylon derrière lequel part le Dromos, nom donné à la route de l’Académie. La troisième photo ci-dessus donne une idée de ce à quoi ressemblait le Dipylon, en haut vu depuis la route, en bas vu depuis la ville. La deuxième photo montre ce qui reste du Dipylon aujourd’hui. Pas grand-chose.
 
762b1 Athènes, quartier du Céramique, le Pompeion
 
762b2 Athènes, quartier du Céramique, côté du Pompeion
 
J’ai évoqué tout à l’heure le Pompeion. Le voilà. Avec ses 70 mètres sur 30, il a été construit aux alentours de 400 avant Jésus-Christ, détruit en 86 avant Jésus-Christ par les Romains lors d’une incursion dans Athènes, puis sur ses ruines ont été reconstruits des bâtiments au deuxième siècle de notre ère, puis une autre fois vers 400. Le peuple s’y réunissait pour les fêtes publiques, mais c’est aussi là que l‘on stockait le matériel nécessaire pour la célébration des Panathénées ainsi que les offrandes, et sa cour centrale bordée de portiques voyait les participants se rassembler, se préparer et se mettre en ordre pour la procession. Mais ces Panathénées n’ayant lieu que tous les quatre ans, le bâtiment avait aussi, entre temps, un autre usage. Il semble qu’il ait servi de gymnase, c’est-à-dire de lieu destiné à la fois au sport et à l’étude, puisque l’on sait que le sport fait partie intégrante de la formation. Ainsi les salles ouvrant sur le portique de la cour centrale servaient les unes de vestiaires, d’autres de salles de sport, de salles de bains, de salles de réunion, de salles de conférences, de bibliothèques, etc. C’est pour ces raisons culturelles que, nous disent les auteurs anciens qui l’ont décrit, s’y trouvait une statue en bronze de Socrate, œuvre de l’illustre Lysippe, ainsi que des peintures représentant Isocrate et des poètes comiques. Diogène, paraît-il, quittait son tonneau pour fréquenter le Pompeion.
 
762b3 Céramique, Athènes, la rivière Eridanos
 
La rivière qui traversait Athènes est l’Éridanos. Aujourd’hui, ce n’est guère qu’un étroit fossé à sec. Sur le dessin de reconstitution de l’ancien Céramique, que j’ai montré plus haut, c’est cette rivière qui est représentée en sombre sur le flanc gauche du Pompeion. Elle passait sous cette arche de la photo ci-dessus et sortait de la ville à côté de la Porte Sacrée, puis longeait la Voie Sacrée. Le dessin montre assez bien, malgré sa petite taille, le mur de Thémistocle, la rivière et la porte, ainsi que la Voie Sacrée beaucoup plus étroite que le Dromos.
 
762c1 Athènes, cimetière du Céramique, le Dromos
 
Ressortons de la ville. On voit ici le Dromos qui, en 1600 mètres, menait à l’Académie de Platon. C’était une voie qui revêtait un caractère très officiel parce que sur ses rives étaient enterrés les Athéniens qui s'étaient illustrés, sur le plan politique, militaire ou autre. Parmi eux, Périclès, Thrasybule, Clisthène, Lycurgue… Au début du Dromos, une place carrée de quarante mètres de côté permettait aux Athéniens de se rassembler pour célébrer leurs morts avec jeux funèbres et beaux discours. C’est là que Périclès, en 430 avant Jésus-Christ, prononça sa célèbre oraison funèbre sur le premier soldat mort de la Guerre du Péloponnèse. Jusqu’à présent, les fouilles n’ont mis au jour que la rive ouest de la route.
 
762c2 soldats lacédémoniens trouvés au Céramique
 
Le long de ce Dromos se trouvait, entre autres monuments, celui que les Athéniens avaient élevé aux Lacédémoniens tombés en 403 avant Jésus-Christ, époque à laquelle Thrasybule avait œuvré pour rétablir la démocratie contre les oligarques. Or en 1914-1915, des soldats creusant une tranchée dans ce secteur ont mis au jour, par hasard, les squelettes qui ont pu être identifiés avec certitude comme appartenant à des officiers Lacédémoniens tombés en combattant aux côtés de Thrasybule pour mettre un terme au pouvoir des Trente Tyrans. Une plaque de marbre indique le nom de deux d’entre eux, Chairon et Thibrachos, qui sont par ailleurs connus parce que cités par Xénophon. Un troisième a été identifié avec une quasi certitude comme étant celui du champion olympique Lakratès. Ma photo, bien sûr, n’est que la copie de la photo qui apparaît sur une plaque posée à cet endroit du Céramique.
 
762c3 Athènes, cimetière du Céramique, rue des Tombes
 
762c4 Athènes, cimetière du Céramique, rue des Tombes
 
762c5 Athènes, cimetière du Céramique
 
Mais c’est le long de la Voie Sacrée que se pressent les tombes les plus nombreuses, de personnages certes moins célèbres, mais elles sont pour un grand nombre d’entre elles en bon état et ornées de façon intéressante. Je me contente d’en montrer deux ici. Les belles sculptures qui ornaient ces tombes ont été transportées au musée situé sur le site même et remplacées in situ par des copies. C’est le cas pour le taureau de ma seconde photo ci-dessus, dont l’original, objet de ma troisième photo, est au musée.
 
762d1 Athènes, Céramique, tombe d'Ampharètè et son peti
 
Passons donc au musée. Partout, nous avons vu des stèles funéraires, je me limiterai donc à en montrer une seule ici datée de 430-420 avant Jésus-Christ, trouvée près de la Voie Sacrée, qui porte une inscription touchante. C’est une grand-mère et sa petite-fille ou son petit-fils, seule la représentation pourrait aider à déterminer le sexe de l’enfant (mais j’avoue, même en observant l’image avec attention, rester dans le doute) parce que pour les bébés il n’y a ni masculin ni féminin, la langue grecque utilise le genre neutre, ce qui fait que le texte gravé n’est d’aucun secours dans ce domaine. D’une part, sur la corniche on a le nom de la défunte, Ampharètè, et d’autre part sur l’épistyle est gravée une épigramme qui dit "Je porte ici l’enfant chéri de ma fille, que j’ai porté sur mes genoux quand nous étions vivantes et voyions la lumière du soleil, et maintenant, morte, je le porte mort".
 
762d2 Athènes, Céramique, près de la Porte Sacrée
 
Près de la Porte Sacrée se trouvait une tombe ornée de ce beau lion archaïque daté 590-580 avant Jésus-Christ.
 
762e1 Athènes, Céramique, guerriers et lion
 
762e2 Athènes, Céramique, guerrier retenant des chevaux
 
762e3 Jeune fille sur un char traîné par des cerfs
 
Ce musée nous montre encore une multitude de céramiques, mais la créativité des Grecs est telle que l’on est toujours surpris par des sujets nouveaux, traités de façon originale et esthétique. En voici trois. Sur la première photo, on voit ce que la légende du musée appelle un trépied de céramique (moi je compte quatre pieds, mais ils ont dû être comptés par des économistes grecs, dont on sait qu’ils ne sont pas très bons en calcul). Des guerriers y affrontent des lions (740-730 avant Jésus-Christ). La coupe de la seconde photo est un tout petit peu plus ancienne, 750-740, et représente un guerrier retenant deux chevaux. Ce qui est remarquable, c’est qu’il ne s’agit pas de dessins involontairement naïfs, mais de véritables stylisations du sujet. En revanche, en s’avançant jusqu’en 430-420 avant Jésus-Christ, soit en pleine époque grecque classique, plus de trois siècles plus tard, la cruche à figures rouges de la dernière photo adopte un trait réaliste sur un sujet de fantaisie, une jeune fille montée sur un char traîné par des cerfs.
 
762e4 Athènes, Céramique, scène... intime
 
Dans l’Antiquité, qu’elle soit grecque ou, plus tard, romaine, l’on n’avait pas au corps la relation qui a été introduite par le christianisme. La nudité était naturelle. Les athlètes grecs étaient nus lors de l’entraînement et des compétitions. Il en découle une autre approche de l’usage qui est fait du corps dans l’hygiène et dans la sexualité. Les vestiaires étaient situés à l’entrée des thermes et l’on allait nu du bain chaud au bain froid, du bain de vapeur à la salle de sport ou de massage. Les latrines publiques, à Rome, consistaient en une série de trous dans un banc de pierre et elles se transformaient en salon où l’on cause avec son voisin dans cette situation totalement naturelle. Et c’est ainsi que les scènes sexuelles sur les poteries, les fresques ou en sculpture pouvaient relever de l’érotisme mais jamais de la pornographie, car le concept même de pornographie n’existait pas. Je publie cette photo d’un vase des alentours de 440 avant Jésus-Christ parce que je trouve cela amusant, et surtout parce que cela me donne l’occasion de parler de ce sujet important pour comprendre la mentalité et la vie des hommes et des femmes de l’Antiquité, mais cela m’horripile de voir dans les boutiques de souvenirs des cartes postales ne représentant que ce genre de scènes, des statuettes ithyphalliques, des livres traduits dans toutes les langues sur la sexualité à Rome ou à Athènes, parce que cela donne au touriste de passage, qui en a une interprétation moderne, une image totalement fausse au sujet de ces cochons de Grecs qui ne pensaient qu’à "ça".
 
762e5 Athènes, Céramique, poterie attique blanche
 
Les vases à fond blanc sont beaucoup plus rares que les vases à figures noires ou à figures rouges (les seconds ayant succédé aux premiers). Ils sont le propre d’une petite production de l’Attique, en parallèle avec les vases à figures rouges, ou avec la transition des figures noires aux figures rouges. Parmi les deux que je présente ci-dessus, celui de droite est plus ancien (500-490 avant Jésus-Christ) que celui de gauche (450-400 avant Jésus-Christ).
 
762f1 Athènes, musée du Céramique, table de jeu avec qua
 
La photo ci-dessus montre une table de jeu miniature, extrêmement restaurée puisque les parties plus claires, largement majoritaires, sont l’ajout moderne pour faire tenir ensemble les rares fragments anciens. Aux quatre angles se trouvent des figurines de pleureuses. Devant la table, est présenté un dé, qui a été trouvé auprès d’elle, et l’on voit qu’il est en tous points comparable à un dé d’aujourd’hui. L’ensemble provient d’une tombe de 500 avant Jésus-Christ.
 
762f2 Athènes, musée du Céramique, bijoux en or
 
Ces bijoux sont beaucoup plus récents puisqu’ils sont d’époque hellénistique, du second siècle avant Jésus-Christ. La paire de boucles d’oreilles du premier plan est finement travaillée. Au second plan il s’agit aussi d’une boucle d’oreille dont la jumelle est perdue. Elle est ornée d’une perle de cornaline.
 
762f3 Athènes, musée du Céramique, semelles de sandales
 
Ces semelles de sandales en cuir datent de 375-350 avant Jésus-Christ. Sur le pourtour étaient fixés des crochets de bronze auxquels on attachait les lacets.
 
762g1 Athènes, musée du Céramique, boîte et figurine de
 
Cette petite figurine de plomb, au fond d’une boîte en plomb également, remonte à 420-410 avant Jésus-Christ. Une inscription donne des noms d’adversaires au tribunal, puis "ainsi que toute autre personne qui serait un co-accusé ou un témoin en leur faveur". Je me demande s’il ne s’agissait pas de jeter un sort à ces adversaires.
 
762g2 Plaque d'argent représentant Astarté
 
762g3 Athènes, musée du Céramique, pendentif amulette re
 
Ces deux plaques sont en argent. La première représente Astarté, cette déesse du proche Orient invoquée pour la fécondité dont le nom serait, selon certains, à l’origine de celui d’Aphrodite par déformation, et date du cinquième siècle avant Jésus-Christ. La seconde plaque porte un anneau, elle était destinée à être portée en pendentif comme amulette. Elle date de 380-370 avant Jésus-Christ et représente Aphrodite en Étoile du Soir (autrement dit notre planète Vénus) au milieu des étoiles, avec l’Amour qui volette au-dessus d’elle.
 
Un peu partout en Grèce et ailleurs, ce sont les tombes qui ont le mieux protégé les objets de l’Antiquité, celles du moins qui n’ont pas été violées pour y dérober les objets précieux ou pour profaner la mémoire des morts en châtiment des vivants. On comprend alors pourquoi une grande nécropole comme le cimetière du Céramique, utilisé depuis les temps mycéniens jusqu’à l’époque impériale romaine et même encore à l’époque paléochrétienne, peut receler des trésors couvrant une longue période de plus de deux mille ans. Voilà pourquoi ce musée est si passionnant.
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Published by Thierry Jamard
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 20:32
760a1 départ de Milos
 
760a2 départ de Milos
 
760a3 en mer
 
Nous avons quitté Milos en début d’après-midi. L’île a la forme d’un anneau avec une ouverture relativement étroite, et le port d’Adamas est à l’intérieur de l’anneau, sur la côte à l’est. Nous longeons donc assez longtemps la côte avant de sortir vers la haute mer. On voit ces originaux garages à bateaux, en ligne au pied de la colline, puis la rangée de bâtiments qui escaladent le Kastro jusqu’à l’église au sommet. Ensuite, parce que la mer était noire et se soulevait en prismes brillants comme de l’acier, je me suis amusé à faire la troisième photo.
 
760b île de Sifnos, Kamares
 
Le ferry aborde au port de Kamares, une petite localité au bord d’une grande plage de sable, et une pléthore de bars et restaurants. Il y a bien un camping, mais son entrée officielle passe sous une arche étroite et basse. Les campeurs viennent ici avec une tente, sans voiture et encore moins de camping-car, nous dit-on. Il y a bien, un peu plus loin, un portail, mais puisque personne ne l’emprunte les ouvriers venus faire des travaux ont choisi cet endroit pour faire déverser le camion de sable destiné à faire leur ciment. Mais, juste en face de l’arche de l’entrée, le parking est vaste, et nous pourrons utiliser tous les sanitaires du camping autant que nous voudrons pour la somme que nous voulons, mais un Euro par jour sera très bien, nous dit-on… Nous sommes plus près des douches que si nous étions au fond du camping, et sauf lorsque nous sommes en camping sauvage jamais nous n’avons payé si peu cher !
 
760c1 Apollonia (île de Sifnos), église de la Vierge Port
 
760c2 Apollonia (île de Sifnos), église de la Vierge Port
 
L’île a été habitée depuis des temps très anciens, mais avec de curieuses éclipses. Sur une colline (où aujourd’hui s’élève une église dédiée à Saint André), dans le sud de l’île, à mi-distance de la côte est et de la côte ouest, les Mycéniens ont construit au treizième siècle avant Jésus-Christ une acropole fortifiée. Et puis dans la première moitié du douzième siècle les traces d’un habitat disparaissent, l’endroit est abandonné. Après un long sommeil, des maisons apparaissent au début de la seconde moitié du huitième siècle avant Jésus-Christ et la muraille qui, semble-t-il, était encore en assez bon état, subit les nécessaires réparations, mais à la fin de ce même huitième siècle les maisons sont abandonnées. Le lieu est de nouveau habité à l’époque classique jusqu’à la jonction entre le cinquième et le quatrième siècles. Il apparaît donc que chaque fois que la colline de Saint André a été habitée, cela n’a duré que quelques dizaines d’années. Curieux. Nous ne nous y sommes pas rendus. En revanche, nous sommes allés plusieurs fois à Apollonia, la capitale de l’île, dans les terres mais plutôt à l’est, alors que le port est sur la côte ouest de l’île. L’église ci-dessus, située dans Apollonia, est dédiée à la Panagia Ouranophora (la Vierge qui porte le Ciel). Je ne connaissais pas ce qualificatif. Ce que je connais, c’est "Porte du Ciel" (Ave, Maris Stella, Dei mater alma, atque semper virgo, felix cœli porta, cantique latin qui signifie Salut, Étoile de la Mer, mère nourricière de Dieu, et toujours vierge, heureuse porte du ciel). Au-dessus du portail on voit saint Georges à gauche et une Vierge à l’Enfant à droite.
 
760c3 Apollonia (île de Sifnos)
 
760c4 Apollonia (île de Sifnos), églie des Taxiarques, 16
 
En Grèce, je l’ai déjà souvent dit et montré, les églises fleurissent dans le paysage comme les pâquerettes dans le gazon au printemps. Il y en a partout. Mais à Apollonia, je crois que la densité de la ville en églises, grandes, belles, imposantes, bat des records. Ci-dessus, la cathédrale et l’église des Taxiarques (datée 1650).
 
760c5 Apollonia (île de Sifnos)
 
760c6 Apollonia (île de Sifnos)
 
760c7 Apollonia (île de Sifnos)
 
La place centrale d’Apollonia est traditionnelle des Cyclades, ce qui constitue une originalité, mais parmi les Cyclades Sifnos a sa propre personnalité dès que l’on s’éloigne un peu du centre. Notamment, le bleu des huisseries est généralement plus clair que dans les autres îles. Ci-dessus, la première photo montre un curieux et bien dangereux escalier d’accès à la terrasse, constitué de pierres saillantes du mur, fort peu saillantes, et très espacées. Sur la deuxième photo, cette porte bleu clair et, à côté, cet escalier métallique en colimaçon peint en vert, s’harmonisent très bien. Dès que je les ai vus j’ai eu envie de les photographier. Le décor est tout simple mais intéressant. Quant à la troisième photo, elle montre que nous sommes bien en Grèce. Puisque le pays, îles et continent, n’est que montagnes, si l’on trouve une ville sans escaliers c’est que l’on n’est pas en Grèce. J’exagère, bien sûr, mais les villes sans escaliers sont quand même peu nombreuses. Et ici, cette rue a un cachet qui lui est propre.
 
760d1 Vue du Kastro de l'île de Sifnos
 
760d2 Vue du Kastro de l'île de Sifnos
 
Nous nous sommes aussi rendus au Kastro, situé tout à l’est, et qui surplombe d’un côté les collines environnantes et cette petite église, et de l’autre, de très haut, la mer avec ce promontoire et sa chapelle. C’est à l’époque géométrique, au huitième siècle, simultanément avec le premier renouveau de Saint André, que ce Kastro voit construire ses premières maisons. Mais ici la vie ne connaîtra pas d’interruptions.
 
760d3 Vieux rempart du kastro de Sifnos (Cyclade de l'ouest
 
On peut voir, lorsqu’on suit le chemin de ronde, une assez longue portion de la muraille qui enserrait la ville dans l’Antiquité et qui a été assez solide pour parvenir assez haute jusqu’à nous, au prix de réparations mineures.
 
760d4 Kastro de l'île de Sifnos
 
760d5 Kastro de l'île de Sifnos
 
Ici encore, on voit des maisons bien originales, comme sur la première photo où, pour accéder à la porte arrière, côté jardin, on doit passer par un chemin si étroit par endroits que l’on ne pourrait s'y arrêter en posant les deux pieds l’un à côté de l’autre, et bien sûr à gauche il y a un mur et à droite c’est le vide… Sur la façade de la maison de ma deuxième photo a été installé un lavoir. Il est plus distrayant de laver son linge en discutant avec les voisines, et de se tenir au courant de qui passe dans la rue.
 
760d6 Kastro de l'île de Sifnos
 
760d7 Kastro de l'île de Sifnos
 
760d8 Kastro de l'île de Sifnos
 
Encore quelques vues de ce Kastro si beau et si original tout à la fois. Parmi nos diverses visites dans les Cyclades, nous avons vu des îles plus riches d’antiquités (Délos, Kéa, Naxos entre autres), des îles où la nature était plus surprenante (le volcan de Santorin, les roches blanches de Milos), mais j’ai particulièrement aimé la forte personnalité de Sifnos et le charme de ses rues.
 
760e1 dans une rue du Kastro de l'île de Sifnos
 
760e2 Kastro de l'île de Sifnos,sur le mur d'une maison
 
En plusieurs endroits, dans les rues du Kastro, des sarcophages anciens ont été déposés, à titre d’ornement je suppose. Celui de ma photo ci-dessus comporte à la base un trou qui laisse penser qu’il a été transformé en vasque de fontaine à une certaine époque. Et je voudrais finir notre petite visite avec cette plaque amusante scellée dans le mur d’une maison. En haut, entre un K et un B (dans l’alphabet grec moderne c’est un "Vita", lettre V) il y a un 5 plus petit, et des signes qui n’appartiennent pas à l’alphabet grec et que je suis incapable de déchiffrer. Sur le côté gauche, une date, 1819, alors que cette plaque de marbre semble beaucoup plus ancienne. En-dessous, je lis "Ioannou". Pour attraper un oiseau perché sur une colonne, un chat ou un petit chien, je ne sais, renverse la colonne.
 
760f1 Kamares (Sifnos), Ristorante italiano da Claudio
 
760f2 Kamares (île de Sifnos), devant chez Da Claudio
 
Je n’ajouterai rien à notre plaisante visite de cette île, mais je voudrais faire mention du moment agréable que nous avons passé en dînant, au port de Kamares, au restaurant pizzeria Da Claudio (ce n’est certes pas typiquement grec, mais nous qui vivons en Grèce depuis près d’un an ne sommes pas tenus de nous limiter aux spécialités locales). Nous avons assez longuement discuté avec les patrons, avec l’équipe, des gens sympathiques, ouverts et pleins d’humour, comme en témoigne le panonceau qu’ils ont posé devant leur terrasse pour éviter que les voitures ne bouchent la vue de leurs clients. Et comme nous y avons bien mangé pour un prix très raisonnable, ils méritent qu’on les mentionne. D’ailleurs, les choses sont claires : sur une grande ardoise, dans la rue, ils annoncent en langue italienne "On ne peut bien penser, bien aimer, bien dormir si l’on n’a pas bien mangé".
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 19:44
759a1 Phyropotamos
 
759a2 Phyropotamos
 
759a3 Phyropotamos
 
Dans mon dernier article, je parlais des musées et sites antiques de l’île de Milos. Aujourd’hui, ce seront les sites naturels et les mines. Commençons par la bourgade de Phyropotamos qui se love entre les grosses roches blanches et la mer.
 
759b1 Mandrakia
 
759b2 Mandrakia
 
Un peu partout sur la côte, la montagne tombe directement dans la mer. Les garages à bateaux sont alors directement creusés dans la roche, ils sont troglodytes. Ici, ce village est Mandrakia.
 
759c1a île de Milos, Voudia, embarquement du minerai
 
759c1b île de Milos, Voudia, exploitation de bentonite
 
Mais venons-en aux mines, qui sont la première activité de Milos. Cette île d’origine volcanique (le volcanisme y a commencé il y a 3,5 millions d’années et la dernière éruption a eu lieu il y a environ 90 000 ans) recèle dans son sous-sol toutes sortes de minéraux utiles à l’industrie dans de nombreux domaines. Aussi l’île est-elle éventrée pour en extraire les richesses que l’on exporte ensuite vers le continent, en Grèce et dans bien d’autres pays. Nous sommes allés voir quelques unes de ces mines à ciel ouvert, comme (ci-dessus) celle de Voudia.
 
759c2a île de Milos, mine d'Agrilies
 
759c2b île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Passons à la mine d’Agrilies, une exploitation gigantesque à ciel ouvert de plusieurs minéraux différents. Lorsque j’étais au Chili, on disait que Chuquicamata était la plus grande mine à ciel ouvert, et ici on dit que c’est Agrilies. Ou bien, en vingt-cinq ans, la mine chilienne a été surpassée, ou bien c’est la plus grande pour le cuivre, et ici c’est pour plusieurs minéraux différents. Je ne dispose d’indications ni pour la surface, ni pour la profondeur.
 
759c2c île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2d île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2e île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Le plus surprenant, ici, outre l’immensité de l’excavation, c’est précisément cette variété des minéraux qui donne au sol des couleurs différentes, et très prononcées. J’ai même cru que l’on célébrait la France, bleu, blanc, rouge, mais les bandes sont horizontales, il faudrait me coucher sur le flanc droit pour les voir verticales dans le bon ordre. Pour un Néerlandais, il suffit de faire le poirier. Mais sur les deux pieds, je ne connais pas.
 
759c2f île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2g île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Sur la photo du haut, on se rend compte de l’ampleur de cette mine multicolore, avec ses lacs artificiels. C’est impressionnant et cela possède une certaine beauté, mais on ne peut oublier que cela a détruit le paysage naturel. On n’exploite plus l’un des versants, ce qui nous a permis de cheminer sur l’une des terrasses pour prendre les photos d’en face.
 
759c3a île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3b île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
Plus loin, c’est Palioremma, une mine de soufre abandonnée. Elle a été exploitée de 1862 à 1958, mais depuis on a trouvé des méthodes moins coûteuses pour se procurer du soufre. Ces ouvertures maçonnées dans le mur de roche, je me demande si ce ne seraient pas, par hasard, des pièces troglodytiques où les ouvriers de la mine pouvaient loger. Il n’y a personne, sur place, à qui poser la question.
 
759c3c île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
Aux abords de la mine, la roche est par endroits teintée de taches jaunes, et au sol les cailloux sont souvent jaunes. Il reste donc bien des traces de soufre. Nous n’avons pas pénétré dans la mine elle-même, où les parois sont dangereuses, mais là où nous étions, quand on ramasse ces petits cailloux on se rend compte qu’ils sont seulement recouverts d’une fine couche de soufre. Sans doute est-ce ce qui a coulé des camions qui le transportaient. Je n’ai pas passé ma journée à quatre pattes, mais je n’ai guère trouvé, en quelques minutes, que deux ou trois cristaux de soufre.
 
759c3d île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3e île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3f île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
La mine elle-même, avec ses installations abandonnées, se trouve au bord de la mer. Ces ruines sont affreuses au milieu d’un paysage grandiose. Mais je sais bien que les finances publiques de la Grèce ne lui permettent pas actuellement d’investir dans une réhabilitation du paysage, là où l’accès à la mer est trop difficile pour que les touristes puissent affluer avec leur argent.
 
759d1 marais salants sur l'île de Milos
 
759d2 marais salants sur l'île de Milos
 
Autre ressource de l’île de Milos, le sel. En effet, la côte près du port d’Adamas est plate et inondable par la mer, elle se prête donc bien à l’installation de ces marais salants. Et cela a l’avantage de ne pas massacrer le paysage.
 
759e1 île de Milos (Cyclade), musée de la mine
 
À la sortie d’Adamas en direction du camping, nous passons à chaque fois devant ce musée de la mine. Après avoir visité ces sites miniers, nous pensons qu’un petit tour dans ce musée peut être instructif. Sur le trottoir, devant l’entrée, il y a déjà quelques vieilles machines et wagonnets, mais on peut supposer qu’à l’intérieur il y a plus et mieux. Et en effet, nous n’avons pas été déçus, loin de là.
 
759e2 île de Milos (Cyclade), musée de la mine
 
Au rez-de-chaussée est retracée la vie dans la mine, dans le passé et aujourd’hui, vêtements, accessoires, matériels. D’autres machines, comme celles de l’extérieur, complètent la présentation.
 
759e3 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, poisson f
 
759e4 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, obsidienn
 
759e5 île de Milos, musée de la mine, tuf volcanique (lav
 
759e6 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, divers mi
 
Ce qui est montré à l’étage est plus technique, mais présenté de façon très pédagogique, de sorte que c’est, en fait, plus intéressant. Il y a d’abord des échantillons de roches et de minerais. Ci-dessus, la première photo montre un poisson fossile, car les laves ont coulé sur la mer là où, près de la côte, elle était peu profonde, et en se pétrifiant ces laves ont renfermé des animaux marins. Sur la seconde on voit des lames d’obsidienne formées par un magma acide et épais, au pléistocène inférieur (entre 2,5 millions d’années et sept cent quatre-vingt mille ans). C’est une roche vitrifiée contenant presque 70% de dioxyde de silicium, le composant de l’améthyste et du quartz, à quoi s’ajoutent des oxydes de fer, de manganèse et quelques autres oxydes. Du fait de l’excellent tranchant des arêtes d’éclats d’obsidienne, ce minéral a été très utilisé au néolithique comme pointes de flèches ou comme lames, exporté parfois très loin des lieux d’extraction. La troisième photo montre un bloc de tuf volcanique, cendre de l’éruption pétrifiée. Sur la table de la quatrième photo sont présentés divers minéraux parmi lesquels il n’est pas nécessaire d’être un grand spécialiste pour reconnaître le soufre, d’un jaune si vif.
 
759e7 île de Milos, musée de la mine, perlite utilisée c
 
759e8 île de Milos, musée de la mine, un usage de la perl
 
L’île fournit un grand nombre de minéraux et, pour chacun d’entre eux, une ou deux vitrines expliquent comment on les traite et à quoi on les utilise. Je ne montre ici qu’un exemple concernant la perlite, un matériau produit par le refroidissement brutal, au contact de la mer, de la lave qui emprisonne de l’eau dans sa masse, ce qui lui donne l’aptitude physique à l’expansion lorsqu’elle est portée à une température comprise entre 800 et 950 degrés. L’eau emprisonnée s’évapore alors, et la perlite augmente de 10 à 20 fois son volume, sa densité diminuant d’autant. On obtient alors des granulés blancs très légers. Dans l’exemple ci-dessus, elle est utilisée pour fabriquer des filtres alimentaires (bière, huile, vin) ou pour des plantations (seule ou, pour les cultures de bouturage, mélangée à du terreau et de la vermiculite, autre minéral).
 
759e9 Milos, Musée de la mine, restauration du paysage apr
 
Je disais tout à l’heure les dégâts causés à la nature par l’exploitation des mines et les images que j’ai présentées ici montrent des spectacles grandioses, certes, mais massacrés. Or, dans ce musée, une compagnie minière, S&B Industrial Minerals S.A., occupe les panneaux d’une salle pour dire que, depuis 25 ans, elle se soucie de l’environnement. L’image ci-dessus qu’elle présente sur l’un des panneaux montre l’état de la mine de Chivadolimni à la fin de son exploitation puis après réhabilitation des sols. Il est expliqué que l’on ne trace que les voies d’accès strictement nécessaires, et leur tracé est conçu pour pouvoir s’intégrer par la suite au réseau existant, l’exploitation est menée dans la direction où l’accès est le moins dommageable pour l’écologie et l’esthétique, la terre arable est stockée à part pour être utilisée en fin d’exploitation, les autres déblais servent à remblayer d’autres puits de mines, et la mine actuelle au fur et à mesure de la progression. En fin d’exploitation on remodèle le paysage dans la mesure du possible, on procède aux travaux anti-érosion, on trace des fossés de drainage, on replace en surface la terre arable, on y plante des arbres, des arbustes, une couverture de sol adaptée à la région, on construit les clôtures nécessaires pour protéger le site pendant la période de reprise de la vie, et l’entreprise assure l’irrigation et l’entretien pendant une période minimum de trois à cinq ans. Si c’est vrai (mais est-ce vrai ?) les écologistes doivent supplier cette entreprise d’ouvrir des mines partout pour que le monde soit plus beau. Mais soyons sérieux. Ceux qui s’opposent au nucléaire s’indignent de la caricature qui veut qu’on remplace les centrales nucléaires par le pédalage domestique, ils ne veulent pas de l’énergie éolienne qui produit des ondes nocives et trouble les ondes de télévision, et comme dans bien des pays le soleil ne tape pas suffisamment fort ni assez souvent pour tout alimenter, il va bien falloir rouvrir des mines de charbon quand on sera au bout des ressources mondiales de pétrole.
 
759f1 Sur Milo (une Cyclade de l'ouest)
 
759f2 Sur Milo (une Cyclade de l'ouest)
 
Revenons à la nature naturelle, après la nature créée par l’homme. Si ces chèvres ne sont pas transgéniques, je suis content de les voir en liberté essayer de trouver leur nourriture dans ce paysage plutôt sec. Quand je dis en liberté, cela signifie non seulement que le champ est vaste et qu’elles ne sont pas entravées, mais aussi qu’il n’y a pas de clôture et que, d’ailleurs, quelques unes divaguent sur la route. À la différence des hérissons de Jean Giraudoux qui, dans Électre si je me souviens bien, trouvent toujours plus séduisante la hérissonne qui est de l’autre côté de la route ("Il y a des époques où tous les cent pas vous trouvez un hérisson mort. Ils traversent les routes la nuit, par dizaines, hérissons et hérissonnes qu’ils sont, et ils se font écraser... Vous me direz qu’ils sont idiots, qu’ils pouvaient trouver leur mâle ou leur femelle de ce côté-ci de l’accotement. Je n’y peux rien : l’amour pour les hérissons consiste d’abord à franchir une route..."), quand les chèvres choisissent le bitume elles n’y recherchent apparemment personne, elles s’y couchent ou y restent immobiles. C’est ainsi, mais je le disais aussi, simple prétexte, parce que j’avais envie de citer ce petit passage de Giraudoux que j’adore.
 
759g1 Paysage de l'île de Milo (Cyclade)
 
759g2 Paysage de l'île de Milo (Cyclade)
 
La campagne est belle sur Milos, mais la mer est partout et elle est très belle aussi. Le vent et les vagues ont érodé ces roches pour leur donner des formes extravagantes et avec un peu de vent la mer saute en gerbes d’écume. Ce n’est pas aussi spectaculaire que sur la Côte Sauvage de Quiberon (entre autres. Soyons un peu chauvin), mais c’est superbe.
 
759h1 île de Milos, Sarakiniko
 
Mais le plus extraordinaire, à mon avis (à notre avis à tous les deux), c’est Sarakiniko. Rien que sur cette image, ce mur blanc immaculé rayé de deux bandes marron clair qui se détache sur un ciel bleu limpide, c’est déjà peu commun.
 
759h2 île de Milos, Sarakiniko
 
759h3 île de Milos, Sarakiniko
 
Mais en fait on se trouve dans un paysage tout blanc. Rien de commun avec Étretat ou les falaises de Douvres, ni avec la Portada à Antofagasta (Chili), qui sont des sédiments calcaires, coquillages et arêtes de poissons morts, qui se sont déposés et accumulés pendant des millions d’années jusqu’à ce que la mer baisse de niveau ou que la terre monte, ici au contraire ce sont des roches volcaniques qui ont été crachées, c’est du kaolin très pur, qui broyé finement sert à opacifier et blanchir le papier, et que l’on utilise aussi pour faire du ciment blanc. Heureusement, l’industrie minière ne s’est pas (pas encore…) attaquée à ce site si touristique. Sur ma deuxième photo ci-dessus, on croirait presque qu’il s’agit d’un chemin allant à la plage entre deux dunes de sable. Mais non, le sol ici est bien dur, et les "murs" aussi.
 
759h4a île de Milos, Sarakiniko
 
759h4b île de Milos, Sarakiniko
 
En un endroit de ce très vaste site, la muraille blanche est percée de plusieurs trous. Si l’on s’approche, on se rend compte que l’on peut y pénétrer et que plusieurs galeries, assez courtes, ont été creusées perpendiculairement à la falaise, s’enfonçant sous la colline (la première photo a été prise de l’entrée de l’une de ces galeries en direction du fond), tandis qu’elles sont reliées entre elles par une longue galerie parallèle à la façade (seconde photo). Je n’y ai pas vu de niches ayant pu abriter des corps, ce ne semble donc pas être un cimetière antique, il ne s’y trouve pas de chambres, on n’a donc pas dû y habiter, la forme des couloirs est bien régulière et assez espacée, cela ne donne pas l’impression d’être une ancienne mine de kaolin, je ne comprends pas pourquoi cela a été creusé.
 
759h5 île de Milos, Sarakiniko
 
759h6 île de Milos, Sarakiniko
 
759h7 île de Milos, Sarakiniko
 
Ce site de Sarakiniko est si beau, il est si surprenant, que je ne peux m’empêcher d’en montrer encore trois photos. Je ne peux parler de paysages lunaires, parce que jusqu’à nouvelle information il n’y a pas la mer sur notre satellite, et parce que, n’étant ni Tintin ni Aldrin, je n’y suis pas allé voir pour faire des comparaisons. Mais outre les formes que la mer a sculptées, on peut voir, sur ma troisième photo, l’ampleur du site tout blanc, des baigneurs permettant d’imaginer l’échelle. À mon avis, s’il y a un lieu que le visiteur des Cyclades ne doit manquer sous aucun prétexte, c’est bien celui-là.
 
759i Milos, coucher de soleil près d'Adamantas
 
Partout, mais peut-être plus encore en Grèce qu’ailleurs, les couchers de soleil sont un spectacle somptueux. Mais après Sarakiniko, c’est presque banal… Tant pis, cette photo me servira quand même d’au revoir à l’île de Milos.
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Published by Thierry Jamard
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 17:00

758a1 le ferry Aqua Jewel (Nel Lines) entre Folegandros et

 

Cette fois-ci, nous nous sommes embarqués sur le ferry Aqua Jewel, de la compagnie NEL Lines. Une vieille connaissance, qui nous avait emmenés, en août, de Syros à Kea. Nous avons quitté Folegandros pour nous rendre à Milos.

 

758a2 Lieu de découverte de la Vénus de Milo

 

Il s’agit de cette île, Milos en grec moderne mais que l’on a coutume d’appeler du nom ancien Milo en français, d’où provient la grande statue qui est actuellement au Louvre (non pas volée, mais légalement achetée. Une fois n’est pas coutume). Ici est signalé l’endroit de cette exceptionnelle découverte. La sculpture est antérieure à la romanisation du pays, et ce sont les Romains qui ont, les premiers, cherché des similitudes entre leurs dieux et les dieux des Grecs, et qui ont assimilé Jupiter à Zeus, Minerve à Athéna, etc. Et aussi Vénus à Aphrodite, cette Vénus dont la linguistique démontre de façon évidente que son nom était neutre à l’origine, une déesse de la fertilité de la terre, rien de commun avec Aphrodite qui a toujours été très féminine. Encore au dix-neuvième siècle, quand Leconte de Lisle traduit Homère, il "traduit" aussi les noms grecs des dieux en leur "équivalent" latin. Et l’on continue à lire aujourd’hui dans les guides et dans divers ouvrages "Héphaïstos ou Vulcain", "Arès ou Mars", "Héra ou Junon", les deux dieux du couple étant considérés comme ne faisant qu’un. Mais que, sur leur panneau, en Grèce, les Grecs disent "Lieu de découverte de la statue de l’Aphrodite de Milo" en langue grecque (caractères jaunes), et traduisent en anglais (caractères blancs) "site de la découverte de Vénus de Milo", cela c’est lamentable. Même si la coutume veut que nous, Français, appelions la statue par le nom que lui a donné l’ambassadeur de France à Istanbul quand il l’a achetée et donnée au Louvre, nom qu’a affiché le Louvre devant elle, je pense que les Grecs, dans leur pays, ne doivent pas se soumettre une seconde fois au joug romain.

 

Derrière le théâtre (que nous allons voir dans un instant), un paysan retourne son champ pour y trouver des pierres destinées à construire sa maison, en ce 8 avril 1820, où l’île est encore ottomane. Des pierres, une grotte (en fait, l’une des tribunes du stade), et dans la grotte une demi-statue de marbre et deux hermès. Or un navire français en mission cartographique attendait en rade de Milos les vents favorables et au moment de la découverte l’élève officier de marine Voutier se promenait par là. Il demande au paysan de lui réserver cette statue, informe à bord l’enseigne de vaisseau Dumont-d’Urville chargé d’histoire naturelle et de cartographie, lequel écrit au vice-consul de France à Milo, qui fait son rapport au consul général à Smyrne, qui fait son rapport au marquis de Rivière, ambassadeur de France à Constantinople. L’ambassadeur dépêche alors sur les lieux un secrétaire d’ambassade, le comte de Marcellus. Celui-ci arrive alors que le paysan a remis la statue à un prêtre mandaté par Nicolas Mourouzi, prince de Moldavie et interprète de l’armée turque. Il semble, d’après les rapports de Voutier, que la statue avait ses bras quand elle a été découverte, et d’après Marcellus elle ne les avait plus quand il l’a trouvée déjà embarquée sur un bateau. Les tractations ont été longues et difficiles, mais enfin le comte de Marcellus a pu prendre possession de la magnifique statue au nom de l’ambassadeur Rivière, qui en a fait cadeau au roi Louis XVIII afin qu’elle soit exposée au Louvre.

 

758a3 Milo, murs antiques

 

Presque en face de l’endroit de découverte de l’Aphrodite de Milos (hé oui, pas la Vénus de Milo, j’insiste lourdement) se dressent encore quelques vestiges des puissants remparts qui protégeaient la cité dans l’Antiquité.

 

758b1 Milo, chemin d'accès au théâtre antique

 

Et puis on suit encore sur quelques centaines de mètres un sentier bordé d’un mur de soutènement du terrain qui a été antique mais visiblement bien souvent réparé par la suite.

 

758b2 Milos, le théâtre antique

 

758b3 Milos, mur du théâtre antique

 

On arrive alors au théâtre. Comme presque tous les théâtres grecs, il est adossé à la colline, les gradins suivant la pente naturelle, ce qui évite d’avoir à construire des murs qui, pour être suffisamment solides, doivent être très épais. Toutefois, sur le côté, la colline a été creusée pour créer un chemin d’accès, et la coupe verticale dans la colline est garnie d’un beau mur de moellons réguliers (seconde photo). Le théâtre est en travaux. Je ne sais s’il va seulement être restauré ou si, pour lui donner un usage de nos jours, il va être reconstruit, ce que je ne souhaite pas parce que les belles pierres neuves bien blanches et brillantes que l’on ajoute sont dix fois plus nombreuses que les pierres antiques, ce qui constitue certes un beau théâtre, mais fait disparaître l’œuvre antique. On restaure des fresques de Giotto, on ne se permettrait pas de les repeindre, mais on respecte moins les vieilles pierres. Je m’emporte, alors que l’on va peut-être simplement remettre en place ce qui est tombé, sans dénaturer le théâtre antique… Du fait des travaux en cours, des panneaux interdisent l’accès, peut-être pour des raisons de sécurité, peut-être parce que l’on pense que le sol recèle encore des statues, des monnaies, diverses antiquités et que l’on se méfie des amateurs. Mais il est plus de dix-huit heures et le dernier ouvrier est parti depuis longtemps (dans ce pays chaud, on commence le travail tôt le matin pour ne pas trop souffrir de la chaleur, et l’on est donc libre plus tôt), mes intentions sont tout à fait honnêtes et si je trouvais quelque chose je n’y toucherais pas, et je ne m’approche pas des endroits d’où une pierre pourrait s’effondrer. Personne ne me voit, j’entre dans ce lieu interdit. Chut, ne le répétez à personne, cela doit rester entre nous.

 

758b4 Milos, élément du théâtre antique

 

Au sol, reposent de nombreux blocs de pierre superbement sculptés. Les archéologues doivent avoir une idée de la partie architecturale d’où ils proviennent. Ci-dessus, le détail de l’un d’entre eux. Un travail d’une finesse incroyable et, par chance, conservé en parfait état.

 

758c1 île de Milos (Cyclades), Plaka

 

Assez grande avec un peu plus de 150 kilomètres carrés, l’île de Milos comporte plusieurs agglomérations assez importantes dont Adamas, celle du port. Celle-ci, c’est Plaka, plus au nord. Nous nous y rendons plusieurs fois, parce qu’on doit la traverser pour aller au théâtre, aux catacombes (dont je vais parler tout à l’heure), parce qu’il s’y trouve le musée archéologique (dont je vais également parler).

 

758c2 Milos, en montant vers l'église du kastro

 

758c3 Milos, en montant vers l'église du kastro

 

758c4 Milos, le kastro

 

758c5 île de Milos, Plaka vue d'en haut

 

Le bourg de Plaka est dominé par son kastro. Évidemment, nous y sommes montés pour contempler le panorama (quatrième photo). En chemin nous avons traversé un hameau qui a l’originalité d’avoir peint en bleu cycladique le sol de sa rue. Les Cyclades, c’est blanc et bleu, mais il y a habituellement plus de blanc que de bleu. L’effet est intéressant.

 

758d1 Musée archéologique de Milos

 

Mais redescendons pour jeter un coup d’œil au musée archéologique, installé dans un beau bâtiment. Il contient nombre de très belles pièces, mais là encore, comme au musée archéologique (historique) de Santorin, il ne faut pas prendre trop de photos, il ne faut pas approcher l’appareil photo d’objets pourtant protégés par une vitre épaisse, on est surveillé sans utilité puisque même si l’on a de mauvaises intentions les vitres protègent les collections et rien n’échappe à l’œil des caméras. Il est vrai que ce ne sont pas de vulgaires sardines à l’huile (cf. Jacques Prévert : "Poissons morts protégés par les boîtes / boîtes protégées par les vitres / vitres protégées par les flics / flics protégés par la crainte / que de barricades pour six malheureuses sardines...").

 

758d2 Musée de Milos

 

Disposés selon une muséographie archaïque, bien des objets sont cependant très intéressants, comme ce petit taureau de terre cuite datant de la fin de l’helladique IIIC ( qui s’étend de 1190 à 1060 avant Jésus-Christ) que je montre de face et de trois-quarts dos.

 

758d3 Musée de Milos

 

J’aime beaucoup aussi cette amusante figurine d’homme datant de la même période. Pour ceux qui, par ailleurs, imaginent l’art de cette période très reculée comme nécessairement imparfait, cette statuette est un bon démenti. En effet, si nul soit-on en sculpture, on ne peut pas ne pas se rendre compte que la proportion entre buste et jambes n’est pas réaliste. Il y a donc un travail artistique très abouti, au contraire, une recherche esthétique telle qu’elle a été reprise au vingtième siècle de notre ère, avec peut-être (je devrais plutôt dire "sans doute") une signification philosophique ou métaphysique.

 

758d4 Musée de Milos, Aphrodite et Eros

 

Puisque nous sommes dans l’île de "la Vénus de Milo", je ne peux manquer de montrer une statuette représentant Aphrodite qui retient de la main son vêtement qui tombe. Elle a près d’elle un petit Éros, son fils. Il s’agit de toute évidence d’une statuette votive.

 

758d5 Musée de Milos, prêtre de Dionysos (2nd s. après J

 

Le niveau de définition de ma photo réduite ne donnera pas aux hellénistes le plaisir de déchiffrer eux-mêmes l’inscription gravée sur la base de cet hermès. Qui, d’ailleurs, n’est pas réellement ce que l’on appelle un hermès, fondu dans sa base depuis le torse, et généralement nu, avec des organes génitaux bien apparents sur ce qui n’est déjà plus le corps. L’inscription nous informe que cet homme est Marios Trophimos, prêtre de Dionysos. Si le nom est bien grec, le prénom est clairement une hellénisation du latin Marius. En effet, cette statue date du deuxième siècle après Jésus-Christ, soit quelque trois cents ans après la conquête romaine.

 

758d6 Musée de Milos, suite de Dionysos avec satyre et Sil

 

Puisque j’ai évoqué Dionysos au sujet de son prêtre, voici une plaque d’époque hellénistique (de la mort d’Alexandre le Grand en 323 à celle de Cléopâtre en 30 avant Jésus-Christ) qui représente le cortège de ce dieu, avec en tête un satyre, puis un Silène entre deux hommes, et une femme qui ferme la marche.

 

758d7 Musée de Milos, figurine hellénistique en terre cui

 

Également d’époque hellénistique cette statuette de femme, malheureusement acéphale, mais à l’élégant drapé qu’elle retient de la main, et qui a conservé une bonne part de ses couleurs vives. C’est sur cette image que nous allons quitter le musée archéologique.

 

758e Klima, sur l'île de Milos (Cyclades)

 

À quelques kilomètres de là, une ruelle très étroite descend vers la mer. Là, coincées entre la colline et la mer, s’alignent de typiques maisons de pêcheurs aux huisseries de couleurs vives qui brillent sur les murs blancs. Ces maisons ont vraiment les pieds dans l’eau, et leur garage, dont la porte ouvre sur la façade, héberge un bateau, non une voiture. Cette bourgade, c’est Klima. Dans le musée, parce que je ne fais pas ici œuvre d’archéologue, je ne signale pas à chaque fois d’où vient tel ou tel objet, car pour qui ne connaît pas à fond l’île, le nom d’un lieudit ne signifie rien. Mais ici, je peux dire que c’est de Klima que provenait la jolie petite Aphrodite que j’ai montrée tout à l’heure.

 

758f1 île de Milos, catacombe

 

758f2 île de Milos, catacombe

 

Tout à l’heure, j’ai évoqué des catacombes. Nous y voici. La visite est limitée à quelques personnes à la fois. Pendant que nous attendons notre tour, je vois ici, en extérieur, quelques traces de tombes. Ces catacombes, dans leur ensemble, ont été utilisées du milieu du premier siècle de notre ère jusqu’au sixième siècle.

 

758f3 île de Milos, catacombes

 

758f4 île de Milos, catacombes

 

758f5 île de Milos, catacombes

 

Plusieurs galeries ont été percées, bordées de tombes. On peut y voir divers types de tombes, voûtées en arches, ou horizontales dans le mur, ou encore creusées dans le sol. Certaines sont des chambres hébergeant plusieurs sépultures de membres d’une même famille.

 

758f6 île de Milos, catacombe

 

758f7 île de Milos, catacombe

 

758f8 île de Milos, catacombe

 

Pour terminer cette visite, voici quelques exemples de tombes en voûte. Sur la première de ces photos, on voit un seul caveau creusé sous la voûte dans le mur. Les voûtes juxtaposées de la deuxième photo, plus profondes, hébergent chacune plusieurs tombes. Enfin, comme le montre la troisième photo, parfois le mur comporte plusieurs tombes superposées.

 

Si j’arrête là cet article, ce n’est pas parce que nous quittons Milos. En effet, nous avons vu sur ces trois jours tant de choses que je préfère les partager en deux articles, non pas chronologiques, mais thématiques. Ici, c’étaient plutôt les constructions et les œuvres de l’homme, tandis que mon prochain article portera sur des sites naturels à couper le souffle, et aussi sur les mines qui sont une exploitation humaine de sites naturels. Certes, cette classification a quelque chose d’un peu arbitraire, mais, pour moi, elle me permet de mieux ranger dans les petites cases de ma mémoire tout ce que j’ai vu sur cette île.

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 16:33
757f1 Folegandros, la ville et l'église de la Panagia757a1 vue sur Santorin
 
757a2 vue sur Santorin (Oia)
 
Nous avons quitté la belle Santorin pour visiter Folegandros, une Cyclade que je n’avais pas programmée a priori mais qui nous a été recommandée par plusieurs personnes, et au moment où j’écris ces lignes, après l’avoir visitée, je ne suis pas déçu, loin de là. Mais d’abord, ces deux vues de Thera, l’île principale du volcan de Santorin, d’abord la côte après avoir quitté le port, et ensuite l’agglomération d’Oia.
 
757a3 arrivée à Ios
 
757a4 le port d'Ios
 
Notre ferry fait d’abord une escale sur l’île d’Ios. Le paysage semble valoir une promenade, mais on ne peut pas tout voir, tant pis, nous ferons l’impasse sur cette île. Le ferry embarque quelques voitures, ce gros semi-remorque, et repart.
 
757a5 en quittant Sikinos
 
Il en ira de même pour l’île de Sikinos. Nous zappons. Son paysage, vu du port, ressemble à celui d’Ios. Et nous voilà partis pour Folegandros.
 
757b1 Folegandros au bord de la falaise
 
757b2 Folegandros au bord de la falaise
 
Ça commence mal. Je n’ai pas été capable de prendre en photo ce que je voulais montrer. Pour se garantir des invasions, qu’il s’agisse des pirates qui pillent les îles, font des prisonniers pour vendre les hommes comme esclaves, les femmes dans les harems, et massacrent le reste des populations, ou qu’il s’agisse des colonisateurs désirant accroître leurs possessions, les habitants de Folegandros ont, comme ailleurs, privilégié les sommets de falaises pour bâtir leurs villes et villages, mais en outre, ici, la ligne de maisons la plus proche du bord de la falaise constitue une défense supplémentaire, avec un mur épais dépourvu de toute ouverture. Les maisons, soudées les unes aux autres, servent de rempart pour le cas où l’ennemi serait parvenu à se hisser au sommet de la falaise, pourtant haute et verticale.
 
757b3 sur l'île de Folegandros
 
757b4 sur l'île de Folegandros
 
La plupart des paysages de Folegandros sont arides. Par endroits, là où l’on peut trouver de la terre arable, des terrasses ont été aménagées pour retenir l’eau autant que possible.
 
757b5 sur l'île de Folegandros
 
757b6 sur l'île de Folegandros
 
757b7 sur l'île de Folegandros
 
Ailleurs, c’est la roche, une végétation pauvre et sèche. On ne rencontre pas de fermes, car il ne peut y avoir ni culture, ni élevage, même près de la mer. Certes c’est dur pour les habitants, mais pour le visiteur c’est grandiose et dépaysant. Seules, ici ou là, surgissent des églises toutes blanches au milieu de nulle part. La troisième photo est prise sur la route qui va, en quelques kilomètres, du port à la capitale.
 
757c1 végétation sur l'île de Folegandros
 
757c2 végétation sur l'île de Folegandros
 
Voilà le genre de plantes que l’on trouve lorsque la roche n’est pas nue. Comme on le voit, ce n’est pas la Beauce…
 
757d1 Folegandros, une Cyclade
 
757d2 Folegandros, une Cyclade
 
757d3 Folegandros, une Cyclade
 
Le village est extrêmement sympathique. Face à l’église, la place ombragée étale ses tables de café ou de restaurant selon l’heure. Je me suis amusé à prendre un panoramique de la ligne de maisons alternant, sur les murs blancs, les portes et fenêtres vertes ou bleues.
 
757d4 Folegandros, une Cyclade
 
757d5 Folegandros, une Cyclade
 
Comme partout dans les Cyclades, les maisons sont blanchies à la chaux, le bleu prédomine pour les huisseries, il y a des escaliers dans les rues que des constructions enjambent. Mais ici le style est particulier, je ne peux pas dire que je me crois dans le Kastro de Naxos ou dans le cœur de Syros. Peut-être parce que la ville est construite sur un terrain plus plat, mais surtout parce que l’architecture des maisons est propre à Folegandros, ce sont comme des lignes d’immeubles sur deux niveaux, avec accès à l’étage supérieur par un escalier extérieur.
 
757d6 Folegandros, une Cyclade
 
757d7 Folegandros, une Cyclade
 
La ville a encore plus de cachet lorsque l’on se trouve dans une rue étroite, où les escaliers, à droite et à gauche, resserrent le passage ou, alternés, font zigzaguer le tracé. Parce qu’il fait chaud, comme n’importe quel touriste je suis en T-shirt, mais heureusement pour mon propre coup d’œil sur Folegandros il n’y a pas d’autres touristes (ou très peu), ce qui permet de préserver aux lieux leur cachet authentique.
 
757e Folegandros, une Cyclade
 
Même cette grande porte de hangar, là où les rues débouchent sur une place avec son église, ne parvient pas à rompre le charme de la promenade. Oui, décidément, ceux qui nous ont conseillé cette escale à Folegandros ont eu bien raison. Au premier rang d’entre eux, Eleni (Hélène), la patronne du camping, avec qui nous entretenons des relations amicales et à qui j’avais montré mon projet de visites sans cette île. Non seulement elle nous a conseillé de l’ajouter, mais aussi elle nous a signalé qu’en cette saison les vents, à l’est de la mer Égée, pouvaient devenir violents et qu’il valait mieux commencer par les îles orientales et tourner dans le sens des aiguilles d’une montre que l’inverse, qui était mon projet initial. Deux judicieux conseils que nous avons suivis.
 
757f1 Folegandros, la ville et l'église de la Panagia
 
Et puis il y a, là-haut au-dessus du bourg, accessible par un petit chemin tout zigzaguant, bien aménagé, la grande église de la Panagia.
 
757f2 Folegandros, vers l'église de la Panagia
 
Nous avons donc entrepris cette ascension. En chemin nous avons rencontré cet âne qui, lorsque nous sommes arrivés, tentait de trouver quelque chose à manger, mais en nous voyant il a fait ce grand geste de la tête. Ne parlant pas le grec, et encore moins celui des ânes, je n’ai pu lui demander s’il nous faisait signe "c’est par là, braves gens", ou s’il voulait manifester "je ne veux pas voir de touristes sur mon chemin". Sympa ou non, je ne saurais le dire.
 
757f3 Folegandros, l'église de la Panagia
 
757f4 Folegandros, l'église de la Panagia
 
Comme on peut le voir, l’architecture de cette église est complexe, mais elle est belle et imposante. Sur le flanc, un escalier aussi blanc que les murs permet de monter sur le toit. Ce que, bêtement, je n’ai pas manqué de faire. De là-haut, finalement, la vue n’est pas bien différente de ce qu’elle est du parvis. De l’un comme de l’autre endroits, elle est vaste et superbe.
 
757f5 Folegandros, l'église de la Panagia
 
Sur la base du clocher est fixée cette plaque de marbre. La Panagia à laquelle est dédiée l’église, cela veut dire "la Toute Sainte", c’est-à-dire la Vierge. Comme l’Église catholique, l’Église orthodoxe croit à la virginité de Marie dans la conception de Jésus, mais dans l’usage on ne l’appelle pas "Parthenos" (Vierge, en grec), mais Panagia. Quoi qu’il en soit, cette plaque célèbre donc la patronne de l’église.
 
757f6 Folegandros, l'église de la Panagia
 
757f7 Folegandros, l'église de la Panagia
 
Puisque j’en suis à la sculpture, revenons du clocher au portail sous le portique. Ci-dessus, on voit son entablement. Et en haut, du côté gauche le soleil fait face à la lune, du côté droit. Sous son crépi blanc, je ne sais comment est construite l’église, avec quel type de pierre, mais le tour du portail est en beau marbre blanc.
 
757g1 Folegandros, clocher de l'église de la Panagia
 
La photo ci-dessus montre la base du clocher, qui est détaché du corps de l’église. On peut voir l’appareillage irrégulier des pierres sur la face non crépie. Sans doute l’église est-elle construite de la même façon. On remarque qu’une sculpture antique, représentant un citoyen romain en toge, a été insérée dans la maçonnerie.
 
757g2 Folegandros, clocher de l'église de la Panagia
 
Le clocher ne manque pas d’élégance. Mais il est gravement fissuré. J’y ai repéré un témoin qui a été placé pour savoir si la fissure évoluait. Cela veut dire que des spécialistes s’en soucient. Ils s’y connaissent, pas moi, mais je crains bien que, même si la fissure est stabilisée parce que le sol ne s’affaisse pas de façon irrégulière sous le poids de l’édifice, le clocher ne s’écroule le jour où il y aura un tremblement de terre de quelque importance. Parce que nous sommes dans une zone sismique, les plaques bougent, et il est certain qu’il y aura une secousse un de ces jours.
 
757h Folegandros, en quittant l'église de la Panagia
 
Je vais en finir avec notre visite de Folegandros en montrant ce beau ciel du soir, photographié au moment où nous allons redescendre vers le village blanc. Nous sommes arrivés à Folegandros le 22 vers midi, le ferry accoste le 23 à 18h45 pour nous emmener vers Milos. Notre séjour ici aura été très bref parce qu’inséré après coup, comme je l’explique plus haut, dans un programme déjà établi, mais il nous aura permis de voir une île très différente des autres, à la forte personnalité, attachante et belle.
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Published by Thierry Jamard
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 16:05

756a1 Arrivée de notre ferry à Naxos pour aller à Santor

 

L’une des Cyclades les plus célèbres est sans doute Santorin. Chez les géologues pour l’exceptionnelle violence du phénomène qui l’a modelée, chez les archéologues et les historiens pour les conséquences matérielles et humaines que ce phénomène a entraînées, chez les touristes pour l’incroyable beauté que tout cela a engendrée. Aussi, malgré tout le plaisir que nous prenons à visiter Naxos, ses richesses culturelles et ses paysages splendides, à nous plonger dans son atmosphère sympathique, nous sommes très impatients de découvrir Santorin. Voilà le ferry qui arrive pour nous embarquer.

 

756a2 Santorin, Thera

 

756a3a Santorin, Thera

 

Je parlerai plus loin du phénomène géologique, de la catastrophe naturelle très ancienne qui a fait de Santorin ce qu’elle est, et je préfère commencer par en montrer quelques vues. En fait, ces fragments du volcan ancien constituent plusieurs îles, et la plus grande d’entre elles, sur laquelle est située la capitale, s’appelle Thera. Lorsque le ferry approche du port, nous longeons la côte pendant un moment, et pouvons apprécier les lacets de la route qui monte vers la ville. Il va nous falloir, dans quelques minutes, les escalader avec le camping-car. Impressionnante, cette ville blanche si haut perchée.

 

756a3b Santorini, par Lykourgos Kogevinas (1887-1940)

 

Nous allons voir si vraiment Santorin ressemble à ce qui est représenté sur ce tableau du peintre Lykourgos Kogevinas (1887-1940), à une époque où les vagues de touristes étaient loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui.

 

756a4 le port de Santorin

 

Le port profite d’une anfractuosité peu profonde et étroite, d’un tirant d'eau médiocre, pour accueillir les ferries mais ne peut héberger de marina. Ce n’est pas l’endroit le plus intéressant de Thera. On peut cependant y remarquer quelques façades plaquées sur des aménagements rupestres.

 

756a5a coucher de soleil sur Santorin

 

756a5b coucher de soleil sur Santorin

 

Mais vu d’en haut, c’est tout différent, surtout au moment féerique du coucher de soleil. À cette heure-là, la foule se presse contre le parapet des rues tracées au flanc de la falaise, et les appareils photo crépitent.

 

756a6a Santorini de nuit

 

756a6b Santorini de nuit

 

Même après le coucher de soleil, la ville est belle à voir dans la nuit avec aussi, dans la rade, les bateaux de croisière illuminés. Chaque jour il y en a de nouveaux. La plupart d’entre eux, paraît-il, viennent de Barcelone qui organise tout au long de l’année des croisières en Méditerranée à des prix largement variables selon l’époque et qui permettent aux classes moyennes, en basse saison, de s’offrir ce luxe. À terre, dans les rues, on croise des foules de Japonais qui, nous a-t-on dit, ne viennent pas du Japon, mais de Londres qui organise pour les résidents japonais au Royaume-Uni des vols charters à destination de Santorin. Mais face au spectacle qui s’offre à nous, nous oublions ces considérations de voyagistes et de tour operators pour nous remplir les yeux des splendeurs naturelles.

 

756a7a Santorini de nuit

 

756a7b Santorini de nuit

 

Quittant la rue qui longe la falaise, nous nous enfonçons dans les ruelles. Autant la vue de loin vers la ville est belle, autant les rues qui surplombent la mer et les rues avoisinantes sont devenues des ghettos pour touristes. Rien de cycladique, rien de grec, rien de typique, mais pressés les uns contre les autres des glaciers, des bars, des tavernes, des bijouteries, des boutiques de vêtements, de souvenirs, de T-shirts "J’aime Santorin", "Zeus veille sur toi" et "Je suis seule et disponible". Mais dès que l’on s’éloigne un peu, la ville est déserte et redevient authentique. Ruelles enjambées par les bâtiments, murs d’un blanc immaculé, multiples églises éclairées.

 

756b1 téléférique à Santorin

 

756b2 téléférique à Santorin

 

Le port n’est pas relié à la ville exclusivement par la route en lacets. Il y a aussi un téléférique, cher mais plus rapide, et qui offre une vue intéressante en direction de la mer. Du fait des fortes réflexions sur sa vitre, je n’ai pas été capable de prendre une photo correcte pour montrer le paysage. Alors je me contente d’une photo de la grande roue autour de laquelle glisse le câble qui tracte les cabines.

 

756b3 Santorin, les ânes taxis

 

Et puis il y a aussi un troisième moyen de transport, qui emprunte un chemin très direct, avec des escaliers, ce sont les ânes taxis. Nous n’en avons pas fait usage, mais c’est à l’évidence sympathique et amusant, en même temps qu’efficace. La relation avec l’animal est plus chaleureuse que la relation avec le siège du téléférique.

 

756c0 Santorini, musée préhistorique

 

Vu son passé extrêmement riche, Santorin compte plusieurs musées. Un musée dit préhistorique, parce qu’il présente des collections minoennes, du temps où, parce que l’on n’écrivait pas, ou que l’on utilisait hiéroglyphes puis linéaire A qui ne sont pas déchiffrés, l’histoire ne peut être écrite ; un musée archéologique qui présente des collections de l’Antiquité historique ; un musée montrant des reproductions de merveilleuses fresques dont on ne peut voir les originaux pour des raisons de sécurité. Ici, sur cette vue panoramique, on voit deux salles du musée préhistorique, d’une ampleur et d’une beauté exceptionnelles. À noter la gentillesse du personnel, qui surveille sans donner l’impression que l’on est un voleur en puissance et qui n’hésite pas à se déplacer à travers les salles pour répondre aux questions.

 

756c1 Santorin, olivier fossile de la Caldera, 60000 ans

 

Commençons par le plus ancien. Ces feuilles d’olivier fossiles ont été trouvées sur les parois de la "caldera" du volcan. Elles sont vieilles de soixante mille ans. Ce sont les plus anciennes de la Méditerranée, et constituent des trouvailles extrêmement rares, considérées comme absolument uniques jusqu’à il y a peu, quelques autres ayant été trouvées récemment à Nysiros (une île du Dodécanèse née d’un volcan théoriquement toujours actif mais silencieux depuis longtemps).

 

756c2a Eruption du volcan de Santorin

 

Plusieurs fois, au début de cet article, j’ai parlé d’une catastrophe naturelle d’une violence exceptionnelle. Elle est notamment expliquée dans ce musée. Il y a un million et demi d’années, a commencé l’activité volcanique dont les rejets ont réuni en une île unique à peu près circulaire les différents îlots constitués de roches préexistantes, essentiellement des calcaires. 18000 ans avant notre ère, il s’est formé lors d’éruptions successives une "caldera" (une "chaudière") remplie d’eau, comme le prouvent les micro-organismes fossilisés que l’on a retrouvés. Ce bassin intérieur était ouvert sur le large par un bras de mer.

 

À la fin de l’Âge du Bronze, vers le milieu du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, l’île avait la forme du dessin du bas, avec à l’intérieur, au sud-est, un îlot qu’avaient formé les laves d’éruptions successives. Nous sommes en pleine époque minoenne, au temps des anciens palais. C’est alors que le volcan a explosé dans une terrible éruption d’une violence inégalée. La terre a tremblé jusqu’en Crète, un raz-de-marée, un tsunami comme on dit maintenant, a soulevé une vague gigantesque de deux cents mètres de haut, qui a déferlé vers la Crète, qu’elle a atteinte alors qu’elle mesurait encore vingt mètres. Nos immeubles modernes, avec 2,50m sous plafond et 0,50m entre les niveaux, font donc trois mètres par étage. La vague est partie haute comme un gratte-ciel de 66 étages et a déferlé sur la Crète comme un immeuble de 7 étages. Abattus par le séisme, emportés par le raz-de-marée, les anciens palais ont été détruits. Cela ouvre l’ère des nouveaux palais. Du côté de Santorin, l’îlot central a été englouti et avec lui ont sombré les deux bords du chenal reliant la caldera à la mer. Santorin prend la forme du dessin du milieu. Puisque nous sommes à l’époque préhistorique, on ne possède aucun bilan humain de la catastrophe, mais on peut imaginer son ampleur quand on pense qu’il n’existait aucun moyen de prévoir les éruptions ou les séismes, ni d’informer de l’arrivée d’une vague. Le nuage de cendre a été si important, si épais, si durable, que les spécialistes lui attribuent la responsabilité d’une année où, dans la fort lointaine Irlande, les arbres n’ont pas développé de feuilles, d’après les observations des paléobotanistes.

 

L’activité volcanique n’a pas cessé avec ce dramatique épisode. De 1650 ou 1630 à 197 avant Jésus-Christ, date à laquelle pour la première fois apparaît dans une description du géographe grec Strabon une éruption du volcan de Santorin, le volcan a craché sa lave, formant un grand cône sous-marin. Huit autres éruptions se sont produites depuis Strabon, en 46-47 de notre ère, en 726, en 1570-1573 où le volcan, à force de monter, a finalement émergé sous la forme d’un minuscule îlot, puis en 1707-1711 (ce sont les deux îles qui apparaissent au centre sur le schéma du haut, la plus grosse soudée à l’îlot de 1570-1573), constituant la terre la plus jeune de la Méditerranée orientale, et encore en 1866-1870, en 1925-1928, en 1939-1941, et pour la dernière en 1950. Les trois dernières étaient très rapprochées, mais à présent le volcan s’est un peu calmé. Il n’est pas éteint, loin de là, et il connaîtra de nouvelles périodes d’activité, mais le niveau technique des savants, aidé par des sondes, permettra de prévoir le prochain réveil avec une anticipation allant de quelques mois à un an.

 

Sur le dessin du haut, on voit Thera, l’île principale, qui occupe trois quarts de cercle, et en face l’île de Thirassia au milieu du chenal. Au centre de ce cercle ouvert, un tout petit îlot et une île plus importante sont le cœur du volcan lui-même, elles s’appellent Kameni, "l’Ancienne" pour la plus petite (Palea Kameni) et "la Nouvelle" pour la plus grande (Néa Kameni). Nous irons nous y promener, j’en parlerai plus loin.

 

756c2b Santorin, maquette d'Akrotiri

 

756c2c Santorin, maquette d'Akrotiri

 

756c2d Santorin, maquette d'Akrotiri

 

Le volcan, en ravageant l’île dans son éruption du dix-septième siècle avant notre ère, a fait sombrer une civilisation qui était très semblable à celle de la Crète minoenne, avec laquelle elle entretenait des rapports très étroits. Non loin de la pointe sud-ouest de la grande île de Thera, la ville d’Akrotiri a été enterrée sous les pierres ponces. Les ingénieurs du canal de Suez ayant jeté leur dévolu sur ces pierres ponces pour construire les murs de leur canal, la ville a été découverte par hasard en 1860, mais elle n’a été fouillée et mise au jour qu’à partir de 1967. C’est une sorte de Pompéi merveilleusement préservée, avec des fresques sublimes. Mais en 2005 un pan de toit mal consolidé s’est effondré, tuant un touriste britannique. Désormais, le site est fermé pour consolidation et sécurisation, les crédits manquent, le temps passe, les travaux tardent, et on ne peut toujours pas visiter. Le musée a l’excellente idée de présenter des maquettes. En tant que musée il ne peut faire mieux ni plus, mais… ce n’est pas la même chose ! Néanmoins, ces maquettes permettent de se représenter l’incroyable état de ces constructions d’époque minoenne, vieilles de 3600 ans. L’homme préhistorique vêtu d’une peau de bête, un gourdin dans la main droite et de la main gauche traînant sa femme par les cheveux, voilà une représentation à nuancer. Il y a préhistoire et préhistoire.

 

756c3 Santorin, Akrotiri, fragment de fresque

 

D’Akrotiri, sur l’île de Thera, très peu de fresques sont actuellement visibles. Le 8 mars dernier au musée archéologique d’Athènes, j’ai montré deux enfants boxeurs et des antilopes, et aujourd’hui à Thera-ville nous pouvons voir un tout petit nombre d’autres fresques, plutôt des fragments. Ici, je montre en gros plan un détail que je trouve magnifique. Néanmoins, il convient de faire la différence entre la fresque originale et le complément reconstitué. On perçoit la ligne de démarcation puisque le plâtre de la fresque est plaqué sur un support, il y a donc une différence d’épaisseur. Le front, l’œil, le nez, la pommette maquillée, le menton sont originaux, ainsi qu’une partie de la boucle d’oreille en or (ce qui permet de la reconstituer), le collier, le vêtement sur l’épaule. Les traits du visage, l’expression, les couleurs, je ne me lasse pas d’admirer cette fresque.

 

756c4 Santorin, Akrotiri, figurine de marbre 2800-2700 avan

 

Cette figurine féminine en marbre est très ancienne, elle remonte à loin avant la civilisation minoenne, puisqu’elle a été datée entre 2800 et 2700 avant Jésus-Christ. Elle provient d’Akrotiri et est dite de type précanonique (elle précède les canons de l’art cycladique).

 

756c5 pot de plâtre, Akrotiri 17e s. avt JC

 

Ce pot (pithos) est contemporain de l’époque de l’explosion du volcan, c’est pourquoi il contient encore le plâtre de calcaire préparé par l’artisan, et le travail a soudainement été interrompu. Il est émouvant et instructif de voir le cadre dans lequel ont vécu les gens il y a 3600 ou 4500 ans, mais il est encore plus émouvant de voir les objets qui témoignent très directement d’un drame.

 

756c6 pot provenant d'Akrotiri, début 17e s. avant JC

 

756c7 hirondelle sur un pot provenant d'Akrotiri, 17e s. av

 

756c8 vases rituels, Akrotiri, 17ème siècle avant JC

 

Quelques poteries. Sur les deux premières, toutes deux du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, mais la première un peu plus ancienne, du début du siècle, la représentation des hirondelles est remarquable de finesse. La représentation de cet oiseau est un sujet traditionnel de cette période. Les deux points noirs entourés d’un cercle de points sur le pot de la première photo sont censés, selon un ouvrage de l’archéologue Fouqué publié en 1879, représenter des aréoles de seins, et il est très fréquent que les pots, aiguières, carafes de cette époque en soient garnis, souvent même la protubérance est plus marquée et il est plus évident qu’il s’agit d’une poitrine féminine. De même, autour du col de ces vases des cercles de points figurent un collier et parfois même il y a des boucles d’oreilles. Enfin, parallèlement à l’apparition de ces seins et de ces colliers dans la céramique de Thera, les vases se sont renflés pour évoquer un ventre de femme. Sur ma troisième photo, ce sont deux vases rituels du milieu du dix-septième siècle. Et tout cela vient d’Akrotiri.

 

756c9a Vases à fleurs, Akrotiri, 17ème siècle avant JC

 

756c9b dessus d'un vase à fleurs, Akrotiri, 17ème siècle

 

Même époque, même origine pour ces deux pots à fleurs décorés de fleurs de lys. La seconde photo montre comment ils se présentent vus du dessus : pour que ne s’effondrent pas sur les côtés les fleurs à longues tiges lorsqu’elles ne sont pas suffisamment nombreuses pour se tenir mutuellement, ces vases sont constitués comme de modernes pique-fleurs. L’invention ne date donc pas d’hier.

 

756d1 poterie dite kymbè, Akrotiri, 17ème siècle avant J

 

756d2 poterie dite kymbè, Akrotiri, 17ème siècle avant J

 

Ces poteries de forme allongée portent le nom de kymbè. Celles de ces deux photos sont, comme toutes les poteries précédentes, du dix-septième siècle et proviennent d’Akrotiri. On y retrouve aussi, sur la première, les hirondelles traditionnelles. La seconde porte sur une face des bouquetins (ce n’est pas parce que le nom latin de cet animal est capra ibex qu’il faut le confondre avec l’ibex 35, index de la bourse de Madrid…) qui sont un symbole de la Crète (mais on sait les rapports étroits entretenus entre Santorin et la Crète), et sur l’autre des dauphins qui sont également un sujet très fréquent.

 

 756d3 table d'offrandes, Akrotiri (Santorin), 17e s. avant

 

Cet objet est une table d’offrandes trépied en stuc peint. C’est au début du dix-septième siècle que se développe cet objet de culte portatif, donc de dimensions et de poids réduits, et orné de peintures selon la technique de la fresque. C’est en effet en ce dix-septième siècle que la fresque murale est au sommet de sa perfection, et d’autres artistes se spécialisent dans la décoration de ces tables d’offrandes en adaptant le dessin à leur forme et à leurs dimensions. Sur la photo ci-dessus, si on développait horizontalement le dessin de cette merveilleuse scène marine avec ses dauphins, ses petits poissons, sa flore sous-marine, on obtiendrait une fresque miniature de 1,30 mètre de long.

 

756d4 moulage d'un guéridon, Akrotiri (Santorin), 17e s. a

 

Le mobilier des maisons d’Akrotiri était, au moment de l’éruption, extrêmement raffiné. Le moulage en plâtre de l’empreinte dans les scories volcaniques d’un guéridon trépied en bois, sur la photo ci-dessus, en témoigne. Je trouve que cela a quelque chose du style rocaille Louis XV. C’est en tous cas très élégant et recherché.

 

756e Chèvre en or, Akrotiri (Santorin), 17e s. avant JC

 

Nous ne quittons ni Akrotiri, ni le dix-septième siècle avec ce bouquetin en or. C’est le 12 décembre 1999 que, creusant le sol pour y établir les fondations d’une colonne destinée à supporter le nouvel abri du site, on est tombé sur un grand tas de cornes, de chèvres pour la plupart, et auprès des cornes il y avait un petit sarcophage de terre cuite dans lequel on a trouvé l’empreinte d’un coffret de bois (l’empreinte seulement, le bois ayant disparu avec le temps), et dans le coffret cet objet absolument unique. Les années ont passé, et l’on n’a toujours pas fini d’explorer l’endroit de cette découverte, de sorte que les archéologues n’ont pas encore pu donner leur interprétation de la fonction du lieu ni de l’usage de cette figurine. Techniquement, elle a été réalisée en plusieurs parties selon la méthode de la cire perdue, puis sur le corps on a soudé le cou, les pattes, la queue, et des marques dans le métal montrent que la finition a été réalisée par martelage. J’aurais bien aimé l’emporter, cette jolie petite chèvre, mais sa vitrine semble solide et, pour sympathiques et charmantes qu’elles soient, les surveillantes n’auraient sans doute pas apprécié. Vous pouvez aller la voir, elle y est encore. Ou, si elle n’y est plus, je n’y suis pour rien.

 

756f1 Cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, cimetière de T

 

756f2 Cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, cimetière de T

 

756f3 Rebord d'un cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, The

 

C’est sur cette remarquable chèvre en or que nous quittons le musée préhistorique. Enchaînons directement avec le musée archéologique qui, sur le plan chronologique, prend la relève. On passe d’un musée moderne, avec des collections bien présentées, avec du personnel souriant, a un musée à l’ancienne, à la muséographie terne et peu attrayante, alors que certaines pièces des collections sont admirables, et le personnel s’apparente aux garde-chiourme. La photo est autorisée, tout le monde photographie sous l’œil des gardiens, mais l’un d’entre eux s’approche pour demander pourquoi on prend tant de photos. "Ne vous inquiétez pas, je sais que si je veux utiliser mes photos pour un livre je dois solliciter une autorisation, mais ce n’est pas le cas". On se fait alors enjoindre de ne pas prendre trop de photos. "Trop" ne signifie rien. Autre absurdité, j’étais à trente centimètres de la vitrine pour prendre en photo un détail. "Vous ne devez pas prendre de photos de si près avec votre appareil perfectionné"… Je m’éloigne un peu, mets le zoom en téléobjectif et prends la même photo de plus loin. À partir de quel modèle, ou quel prix, ou quelle forme, un appareil est-il dit perfectionné pour que l’on ne puisse s’approcher de la vitre à moins de 70 centimètres, je n’en sais rien parce que le gardien a refusé de me répondre. Cette ambiance gâche un peu le plaisir. Admirons quand même quelques pièces.

 

Ces cratères à figures noires sont du troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ, en provenance du cimetière de l’antique Thera. Le premier représente un char de guerre, tandis que sur le second le char est en plein combat, alors que des hoplites combattent à pied. La troisième photo montre un navire de guerre peint sur le bord intérieur du second cratère.

 

756f4 Amphore du 7e s. avt JC (cimetière de Thera, Santori

 

Cette photo montre un détail d’une amphore de terre cuite de même provenance, le cimetière de Thera, mais plus ancienne puisqu’elle remonte au septième siècle avant Jésus-Christ. Sur le col, est représenté un grand cygne, et sur le ventre ce bige (char tiré par deux chevaux) avec ces chevaux ailés.

 

756f5 singe, terre cuite 6e s. avt JC, cimetière de Thera

 

756f6 tête de guerrier, terre cuite 6e s. avt JC, cimetiè

 

756f7 pleureuse, terre cuite 7e s. avt JC, cimetière de Th

 

Pour terminer avec ce musée, voici trois petites sculptures en terre cuite. Les deux premières, cet adorable petit singe et cette tête de guerrier casqué tellement expressif sont du sixième siècle avant Jésus-Christ et proviennent du cimetière de l’antique Thera. Parce que j’aime particulièrement la pleureuse de ma troisième photo, qui provient du même cimetière, je termine par elle cette visite du musée archéologique, même si elle me fait négliger l’ordre chronologique, puisqu’elle est du septième siècle avant Jésus-Christ.

 

756g1 IMG 5716

 

756g2 IMG 5685

 

756g3 IMG 5684

 

Le Sanozeum est un musée très spécial. Il ne présente rien d’authentique. J’ai dit précédemment comment Akrotiri a été à la fois détruite et protégée par l’éruption volcanique qui s’est produite vers 1650-1630 avant Jésus-Christ. Et puisque l’on ne peut y voir les merveilleuses fresques qui en proviennent, à part quelques unes à Athènes ou à Thera, le Sanozeum en présente des reproductions parfaites. Je n’en montre ici que trois fragments mais la visite permet d’imaginer la richesse incroyable de ces fresques. Quasiment toutes les fresques ont été trouvées au sol, brisées en milliers de morceaux, le plâtre s’étant décollé du mur. Il a fallu que les restaurateurs effectuent un gigantesque travail de puzzle, après avoir fixé les pigments en y appliquant in situ une colle diluée à l’acétone, et après avoir débarrassé en laboratoire chaque fragment des poussières durcies et des dépôts minéraux qui le recouvraient. Au fur et à mesure que le puzzle est reconstitué, ce qui prend de longs mois et même souvent plusieurs années, les pièces sont collées sur un support, puis en se basant sur leurs connaissances, sur d’autres fresques, sur les parties reconstituées, les archéologues tentent de dessiner sur le support les parties manquantes. Selon l’épaisseur de chaque pièce, cela crée un relief plus ou moins prononcé par rapport à la surface du support.

 

Ce que nous voyons au Sanozeum a été réalisé en France, parfaitement conforme à l’original, par l’entreprise française Transfer Relief S.A. en utilisant un procédé 3D mis au point par Kodak Pathé. Ce même procédé a été mis en œuvre par le Getty Museum pour la tombe de Sennefer en Égypte, et par le Gouvernement français pour la grotte de Lascaux (le dioxyde de carbone dégagé par la respiration des visiteurs détruirait rapidement les peintures murales originales réalisées par l’homme de Cro-Magnon, aussi la grotte a-t-elle été reproduite non loin de l’originale à l’attention des touristes). Et c’est aussi ce même procédé qui est utilisé pour faire des images en relief des planètes prises en photo par les satellites.

 

La première photo est une fresque miniature provenant d’une maison privée et représentant une rivière et la vie sur ses bords. La seconde, qui montre un canard sauvage, provient d’un grand bâtiment comportant quatorze pièces sur chacun de ses deux étages. Sur la troisième, trouvée dans la même maison privée que la fresque miniature, on voit une jeune prêtresse.

 

756h1 Santorini, la Caldera

 

Je m’en tiendrai là concernant les musées. Plus haut, sur la photo de nuit montrant deux bateaux de croisière illuminés dans la rade de Thera, on voit en arrière plan une île toute noire. Et il est évident, je crois, qu’elle n’est pas seulement noire parce que c’est la nuit, et en effet vue de jour elle est également très sombre. C’est Néa Kameni, la caldera du volcan actif. Nous nous sommes offert une excursion au volcan et, tant que nous y étions, nous avons pris le pack complet comportant d’autres visites. Sur la photo ci-dessus, nous sommes à l’approche, et notre bateau longe une partie de l’île avant d’y aborder. Je rappelle que cette île existe exclusivement par les rejets du volcan, lave, cendres, scories.

 

756h2 Santorini, sur la Caldera

 

Sous la conduite de notre guide, le petit groupe de touristes entreprend de gravir la pente du volcan, par un sentier bien tracé qui ne présente aucune difficulté, sauf celle de croiser nombre d’autres groupes, même en cette saison quelque peu avancée.

 

756h3 Santorini, sur la Caldera

 

Ici nous voyons la caldera, le centre du volcan. Les touristes qui se penchent sur le bord donnent l’échelle de ce cratère dont, ici ou là, des fumerolles rappellent qu’il est loin d’être éteint.

 

756h4 Santorini, sur la Caldera

 

756h5 Santorini, sur la Caldera

 

Encore deux photos prises sur la caldera. On peut se rendre compte, sur la seconde, de la taille des roches que le volcan a crachées. La nature est puissante et peut être redoutable.

 

756i1 Santorin, sources chaudes

 

756i2 Santorin, sources chaudes

 

Nous sommes revenus à bord de notre bateau. Nous contournons Néa Kameni et allons mouiller l’ancre devant Palea Kameni. Là, jaillissent des sources volcaniques chaudes sous-marines. Il est proposé aux touristes qui ne craignent pas de tacher définitivement leur maillot de bain avec la rouille de l’eau très fortement ferrugineuse d’aller tâter de cette eau très chaude. Nous n’y sommes pas allés, mais du bord nous avions sur les passagers d’un autre bateau à l’ancre près de nous une vue bien meilleure que sur nos compagnons de bord. Je me suis donc amusé à immobiliser le plongeon d’une nageuse (mais beaucoup ont sagement descendu l’échelle), et à observer le petit groupe, encore dans les eaux à température normale, nageant vers les eaux chaudes.

 

 756i3 Santorin, vue sur Thirassia

 

756i4 Santorin, arrivée à Thirassia

 

À l’opposé de Thera, se trouve l’île de Thirassia. Nous sommes allés y aborder, et on nous a laissé du temps libre pour déjeuner. Comme on le voit, le village est juché sur la crête et un chemin en pente raide et en lacets y grimpe. Délaissant les bistros et les tavernes du port où se sont immédiatement entassés nos compagnons de voyage, nous avons courageusement entrepris la montée.

 

756i5 Santorin, le port de Thirassia

 

756i6 Santorin, à Thirassia

 

Et nous n’avons pas été déçus parce que, de là-haut, nous avons joui d’une vue intéressante sur le port de Thirassia au pied de sa falaise abrupte et s’étirant sur une bande de terre extrêmement étroite, et nous avons vu aussi ce petit village aux maisons blanches et aux huisseries bleues, conformément aux traditions cycladiques.

 

756j1 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j2 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j3 Oia, sur l'île de Santorin

 

Dernière étape, notre bateau nous a emmenés au pied de la ville de Oia située au nord de l’île de Thera (la diphtongue OI du grec ancien est devenue voyelle simple en grec moderne et se prononce I. Il convient donc de prononcer IA le nom de cette ville). Encore une fois, on voit qu’elle s’est installée sur le sommet, et que pour y accéder la falaise est abrupte. Le spectacle est impressionnant.

 

756j4 Notre bateau nous laisse à Oia (Santorin)

 

Ici nous avons le choix : ou bien nous contemplons le spectacle d’en bas et le bateau nous ramène au port de la capitale, ou bien nous descendons à terre, empruntons un bus urbain pour monter en ville, visitons et ensuite prenons un car d’une ligne régulière qui rejoint Oia à Thera (ville), toutes deux situées sur la même île de Thera. Nous avons choisi la seconde solution, qui me donne l’occasion de cette photo de l’étrave de notre navire au moment où il va lever l’ancre.

 

756j5 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j6 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j7 Oia, sur l'île de Santorin

 

Je ne prétends pas qu’Oia est sans intérêt, loin de là, mais je la trouve nettement plus intéressante d’en bas que de près. Trop de touristes, trop de boutiques pour touristes, pas assez d’authenticité. Il faut se promener à mi-pente ou chercher quelques rares endroits un peu délaissés.

 

756j8 Oia, sur l'île de Santorin

 756j9 Oia, sur l'île de Santorin

 

Et puis, parce que nous sommes dans les Cyclades, il me faut terminer cet article par un enchevêtrement de maisons blanches, sans oublier que le moyen le plus sûr de joindre le port à la ville, et réciproquement, est l’âne ou le mulet…Sur ce, nous rentrons à Thera-ville où nous avons le camping-car. Et après ce court séjour à la célèbre Santorin, nous allons aller voir Folegandros.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 18:28
755a1 île de Naxos
 
Mon dernier article portait sur nos deux premiers jours à Naxos, passés dans la capitale de l’île. Hier dimanche nous sommes allés faire un grand tour dans l’intérieur des terres, mais cela nous a pris trop de temps pour que nous puissions voir ce qui se situe au nord de l’île, de sorte que ce matin lundi avant de prendre le ferry à 12h55 nous nous sommes pressés de parcourir quelque cent kilomètres par la montagne, de courir sur les chemins et escaliers seulement accessibles à pied et de prendre nos photos. La photo ci-dessus permet d’imaginer le relief de l’île, l’aridité des sommets, la luxuriance des vallées.
 
755a2a île de Naxos, captage de source
 
755a2b île de Naxos, captage de source
 
Sur notre route nous avons suivi une partie de l’itinéraire de l’aqueduc qui amenait l’eau de la montagne vers Naxos ville, et aboutissait très probablement dans la grande citerne dont je parlais dans mon dernier article. Ici nous sommes au début de son parcours. L’eau de la source captée arrivait par l’orifice que l’on devine sur la droite de ma première photo, se décantait dans ce grand puits à base carrée et s’engageait ensuite sur la gauche dans ce tunnel dont on voit mieux l’entrée sur ma seconde photo. Le seuil de ce tunnel est situé 80 centimètres au-dessus du fond du puits pour que les impuretés se déposent au fond. Cette entrée de trois mètres de long, en pierre enduite de plâtre hydrofuge, a été aménagée à l’époque romaine, mais au-delà le tunnel, creusé directement dans la roche, est de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. C’est aujourd’hui encore la même source qui alimente Naxos, captée de la même façon, mais elle est ensuite déviée peu avant le puits de ces photos, forme une cascade, et son aqueduc, après, court plus bas que l’antique.
 
755a3 île de Naxos, aqueduc souterrain
 
Nous sommes ici, devant ce puits, à plusieurs dizaines de mètres du précédent, peut-être plus de cent mètres, je ne sais pas, parce que de l’un à l’autre on suit des sentiers qui zigzaguent et les plis du terrain cachent le premier quand on est devant le second. Or entre l’entrée du tunnel et sa sortie ici, la dénivellation est quasiment nulle, seulement six centimètres. Ce second puits, à l’issue du tunnel, est d’époque romaine, conçu pour décanter une seconde fois, mais aussi pour donner un autre accès au tunnel. Des glissements de terrain, en époque tardive, ont causé de graves dégâts à la sortie du tunnel. Des travaux de réparation ont été entrepris, les matériaux éboulés ont été enlevés en vue de reconstruire le passage, mais ces travaux n’ont pas été menés à leur fin. C’est à l’époque contemporaine que la voûte a été restaurée avec du ciment. Vingt mètres en aval, la tranchée s’achève et l’eau s’engouffre dans un pipeline qui la conduira jusqu’à la ville, à onze kilomètres.
 
755a4a île de Naxos, pipeline de l'aqueduc
 
755a4b île de Naxos, pipeline de l'aqueduc
 
Le pipeline apparaît en plusieurs endroits, mis au jour dans la paroi lorsque l’on a tracé la route, et parfois il a été brisé au cours des travaux, volontairement pour ne pas modifier le tracé prévu, ou accidentellement ;.ailleurs, c’est en plantant une vigne qu’on en a découvert d’autres tronçons. Pour la présentation, j’ai inversé la chronologie de notre découverte, puisque partis de Naxos nous avons remonté le viaduc alors qu’il m’a paru plus logique, dans cet article, de partir de la source et de descendre vers le pipeline. On voit bien comment il est constitué de tronçons de tubes d’argile jointoyés. À la même époque, la même technique a été mise en œuvre à Athènes et à Samos et les mêmes lourds travaux y ont été entrepris. On peut remarquer la couche de tartre qui s’est déposée sur la paroi interne de la canalisation. Il paraît que par endroits, elle était presque complètement obstruée. Dans la partie brisée, sur la seconde photo, on distingue en effet au premier plan un très épais bourrelet.
 
755b1 chèvre sur l'île de Naxos
 
Pendant notre examen des restes de pipeline d’adduction d’eau à Naxos, nous étions étroitement surveillés par cette chèvre qui ne nous a pas quittés des yeux. Je ne pouvais, dès lors, manquer de lui tirer le portrait.
 
755b2 île de Naxos, monument préhistorique
 
Près de cette chèvre, et que ne signale aucun panneau, se trouve ce cercle de pierres qui semble être une construction religieuse préhistorique, comme on en voit en d’autres endroits. D’ailleurs, je ne vois pas quel pourrait être l’usage moderne d’une telle construction.
 
755c1 Kouros de Flerio, île de Naxos
 
755c2 Kouros de Flerio, île de Naxos
 
Lorsque nous sommes partis, nous ne savions pas que cet aqueduc antique était visible, et encore moins qu’un cercle de pierre existait dans ce secteur. Nous avons fait cette découverte de l’aqueduc en voyant des panneaux bruns (ceux qui signalent un intérêt culturel). Notre but était autre, nous voulions voir ce que l’on appelle le kouros de Flerio. Sur la route, les indications sont rares et imprécises. On repère un nom de village, puis on arrive à une fourche entre deux routes qui semblent de même importance, mais là il n’y a plus d’indication. Quant au GPS, si on ne lui donne pas une indication précise, nom de la commune et nom de la rue, ou coordonnées en degrés, il ne connaît pas. Le lieudit Flerio, le mot kouros, il ignore. Nous avons donc tourné et retourné longtemps avant de le trouver, notre kouros. Un kouros ("jeune homme", en grec) désigne une statue d’homme jeune, athlétique, dans une posture traditionnelle, bras le long du corps, en position de marche, c’est-à-dire une jambe en avant. Or dans l’Antiquité, dans la carrière de marbre, on dégrossit le bloc de pierre, il prend la forme de la statue projetée, kouros ou autre, mais on n’achève pas l’œuvre car le transport pourrait briser des détails, le nez, un doigt, une mèche de cheveux, etc. De plus, une fois le bloc détaché, on l’allège de beaucoup de pierre inutile afin de faciliter son transport, et l’artiste est plus à son aise dans son atelier pour achever son œuvre. De la carrière au véhicule qui attend sur le chemin, on fait glisser l’ébauche de statue sur des rondins, eux-mêmes placés sur un matelas constitué des petits éclats de marbre produits lors de l’extraction des blocs et de leur dégrossissage. Mais il peut arriver qu’une commande passée soit annulée avant que l’ébauche soit transportée, il peut arriver que lors du dégrossissage on découvre une fissure interne du marbre, une bulle, un défaut quelconque, il peut arriver que lors du transport sur les rondins une manœuvre malheureuse brise l’ébauche. Dans de telles circonstances, on n’a plus qu’à abandonner le bloc de marbre sur le chantier de la carrière. Notre kouros de Flerio est dans ce cas, cette grande statue de style archaïque datant des environs de 570 avant Jésus-Christ et mesurant 5,50 mètres s’est brisé la jambe droite en descendant la pente.
 
755c3 île de Naxos, Flerio, ébauche de sculpture
 
Un peu plus haut, des sillons dans la roche dessinant vaguement un visage ne peuvent être le produit de la nature, c’est très probablement l’ébauche d’une monumentale statue, abandonnée pour une autre raison que l’on ne peut déterminer à ce stade si peu avancé du travail.
 
755c4 Kouros inachevé, dans l'île de Naxos
 
755c5 Kouros inachevé, dans l'île de Naxos
 
En suivant un sentier dans la montagne, on parvient à un autre kouros inachevé, et beaucoup moins dégrossi que le premier. Récemment, des fragments en ont été découverts, et on a reconstitué ce pied avec, à vrai dire, beaucoup plus de ciment moderne que de marbre antique. En revanche, un grand éclat de marbre a été remis en place sur la cuisse droite, qui s’était fendue verticalement. Ici encore, pour ce kouros du tout début du second quart du sixième siècle (c’est-à-dire contemporain du premier), c’est évidemment la rupture des jambes qui a motivé son abandon. Le visage, lui, n’a pas été brisé dans le transport, il a été volontairement détaché, mais il est difficile de dire s’il a été récupéré pour en faire une petite sculpture plaquée sur un mur ou s’il a été volé.
 
755d1 traces d'exploitation de carrière, île de Naxos
 
Ces kouroi (pluriel de kouros) ont été abandonnés près du lieu d’extraction du marbre. Nous sommes donc au cœur des carrières antiques. Pour détacher un bloc, on procédait au creusement de galeries parallèles sous le bloc, puis on brisait la pierre entre les sillons. Ici, on voit nettement ce travail qui avait été effectué sous un bloc qui a été enlevé. C’est à Naxos qu’est né l’usage courant du marbre pour la construction et pour la statuaire. Le marbre, ici, était exploitable sur une aire très étendue, aussi les artisans fournirent-ils non seulement Naxos, mais aussi Délos centre du monde ionien et d’autres îles d’Ionie, Athènes, la Béotie dès le septième siècle, puis au sixième siècle ils ont exporté leur marbre et leur savoir-faire encore plus loin.
 
755d2 Carrières de marbre de Naxos
   
755d3 Carrières de marbre de Naxos
 
755d4 Carrières de marbre de Naxos
 
L’exploitation des carrières de marbre de Naxos n’a jamais cessé. Elles sont si étendues que l’on continue, encore aujourd’hui, à en extraire des blocs. Un panneau dit que ce marbre est exporté en Europe et en Amérique, et pour appuyer cette affirmation il y a une photo dont la légende dit qu’elle a été prise à Paris. Sur la vitrine d’une boutique d’un vieil immeuble parisien il est écrit en grandes lettres blanches NAXOS et, en dessous, Mobilier de marbre. Sur Internet, Google, Pages Jaunes, Pages Blanches, j’ai essayé de situer cette boutique, sans succès. Juste à côté, se trouve une boutique de mode, Suzette Idier. Pas plus de résultat. Mais la tenue vestimentaire des quatre personnes que l’on voit sur le trottoir, ainsi que le modèle de la voiture stationnée devant la boutique, semblent montrer que la photo est relativement ancienne, sans doute ces deux boutiques ont-elles déménagé.
 
En vieillissant, la surface du marbre se colore légèrement, des mousses s’y développent, mais lorsque l’on a récemment éventré la montagne, que l’intérieur de la pierre a été mis au jour et n’a pas eu le temps de perdre sa blancheur, l’effet est vraiment surprenant, surtout dans ce pays où la terre est si rouge, où le ciel est si bleu, où le soleil fait tellement ressortir le blanc éclatant du marbre sur les fortes couleurs du reste de la nature.
 
755e paysage de l'île de Naxos
 
Là où j’ai pris la troisième de mes photos des carrières de marbre, en me retournant j’ai pris la photo du paysage ci-dessus. Toutes deux, selon les "Propriétés" enregistrées, ont été prises à 17h08. Cela pour dire à quel point ce paysage est extraordinaire, d’un côté un ciel d’un bleu profond sur un mur de marbre immaculé, de l’autre un ciel brumeux et des montagnes noires qui moutonnent jusqu’à l’horizon.
 
755f1 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f2 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
Nous continuons notre route, parce que nous avons encore d’autres choses à voir, en particulier une église paléochrétienne, l’église de la Panagia Drosiani.
 
755f3 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f4 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
Nous n’avons pu pénétrer dans cette église, qui était fermée. Heure trop tardive ou crainte des dégradations, je ne sais, mais sur Internet il est dit que de mai à octobre elle est ouverte de 10 à 19 heures, or nous sommes au milieu de la fourchette de dates et suffisamment à l’aise dans la fourchette horaire. À l’intérieur, paraît-il, des inscriptions de bénédiction ainsi que quelques traces de fresques du dôme remontent au sixième et au septième siècles. Bonne indication de l’âge du bâtiment, mais en réalité on sait peu de chose. D’autres fresques, en meilleur état, datent du treizième siècle. Elles ont été détachées. Jean IV Crispos, duc de la Mer Égée, parle de l’église en 1555. Tout cela fait bien peu d’information pour un édifice ancien et intéressant. Ce n’est que de 1964 à 1970 que l’on s’est préoccupé de restaurer la Panagia Drosiani, que l’on a transféré les fresques (où elles ont été transférées je l’ignore), que l’on a commencé des recherches.
 
Souvent, dans les Cyclades, les sols des rues sont peints de dessins divers, parfois peut-être considérés comme propitiatoires ou chargés d’une valeur magique symbolique, et cela arrive aussi pour des seuils d’églises ou comme ici pour le chemin d’accès et ses marches, sans que les gens sentent la moindre contradiction avec une religion où la magie n’a pas sa place et qui, au Moyen-Âge, a brûlé des sorcières ou des femmes présumées telles. Certes le christianisme reconnaît des miracles mais ils sont considérés comme une action volontaire de Dieu, après intercession ou non d’un de ses saints, et non comme un phénomène paranormal que la nature engendre à partir de gestes, de mots ou de signes qui contreviennent à son fonctionnement régi par des lois qui ne connaissent pas d’exception.
 
755f5 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f6 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
L’église, dont le nom signifie "La Vierge du Rafraîchissement" et qui est l’une des plus anciennes et des plus révérées de toute la Grèce, comporte un dôme et trois absides correspondant à des chapelles accolées. On suppose qu’il s’agissait du catholicon d’un monastère, bien que l’on n’en ait retrouvé aucune trace, écrite ou archéologique.
 
755g1 le temple de Déméter à Naxos
 
Pour notre journée de dimanche, nous avons encore à nous rendre au temple de Déméter, plus profond dans l’île. On doit d’abord suivre une petite route, puis cheminer à pied sur une allée bien dallée et bordée de buissons fleuris. Au bout, pas de barrière, pas de vente de billet, l’accès est libre. Je ne sais qui est responsable, l’État, la Municipalité, une association, mais c’est remarquablement entretenu et c’est gratuit. Et malgré cela, alors que la saison n’est pas encore achevée et que la foule se presse en ville, nous sommes seuls sur le site. Absolument seuls.
 
755g2 le temple de Déméter à Naxos
 
755g3 le temple de Déméter à Naxos
 
Pourtant ce temple est intéressant, il n’est pas aussi complet, tant s’en faut, que le Parthénon ou le temple de Vassès, mais ses ruines ne sont pas négligeables, et surtout il en émane un charme extrême. Il est vrai que le charme, c’est ressenti personnellement, ce n’est pas une donnée objective.
 
755g4 le temple de Déméter à Naxos
 
Cette vallée, fertile et convenant à de nombreuses cultures, a très tôt été habitée par des paysans se regroupant en petites unités d’habitation. Dès le huitième siècle avant Jésus-Christ, ils ont célébré des divinités chthoniennes, Déméter et Perséphone, pour obtenir d’elles des récoltes abondantes, et ils leur ont associé Apollon, le dieu de l’île voisine de Délos, considéré comme le dieu des Ioniens, population qui occupait toutes les îles de ce secteur. Mais ces cultes étaient rendus au sommet de la colline et en plein air. Ce n’est que sous le tyran Lygdamis que, vers 530 avant Jésus-Christ, on construisit le premier temple en marbre, celui dont nous voyons les ruines aujourd’hui.
 
755g5 le temple de Déméter à Naxos
 
755g6 le temple de Déméter à Naxos
 
Ce temple, intégralement construit en marbre et l’un des premiers de ce type, de plus relativement bien conservé, est unique pour permettre de comprendre comment s’est développée cette architecture à Athènes et dans les autres îles du monde ionien. Comme on peut le voir sur la première photo de présentation, la façade présente un portique délimité par cinq colonnes entre les deux murs latéraux, et derrière on aperçoit une porte monumentale, que l’on voit beaucoup mieux sur les deux photos ci-dessus, prises de l’autre côté. Le temple était couvert d’un toit à deux pentes. Parallèles aux murs latéraux, de grandes poutres de marbre étaient soutenues en leur milieu par une rangée de colonnes perpendiculaire à l’axe du temple, et bien sûr de hauteur variable en fonction de la pente du toit. Le tout était recouvert de tuiles de marbre. Poutres et tuiles étaient visibles de l’intérieur parce qu’il n’y avait pas de plafond.
 
755g7 le temple de Déméter à Naxos
 
755g8 le temple de Déméter à Naxos
 
Quand le christianisme a supplanté le paganisme et a chassé Déméter de son temple, on a procédé aux modifications minimum pour en faire une église, montant des murs entre les colonnes pour clore l’espace, et ouvrant une porte dans le flanc gauche. L’église a ainsi été utilisée dans les premiers temps, mais au sixième siècle, pendant le règne de l’empereur Justinien (527-565), on a détruit tout cela pour refaire une basilique divisée en trois nefs par des colonnades. Pour s’orienter, je dois préciser que la colonnade de façade est au sud, et donc que la porte paléochrétienne est à l’ouest. Cela dit, l’abside (base de mur en demi-cercle que l’on voit sur deux de ces photos) a été construite au sixième siècle à l’est, pour que l’église soit "orientée" au sens propre, comme le veut la tradition. L’angle de mur qui repose sur une grosse roche (photo ci-dessus) a été conservé intact du temple de Déméter. Au sud, le portique antique est devenu un narthex. D’autres bâtiments ont été adjoints à l’église entre le sixième et le huitième siècles pour la production de poterie, de vin, d’huile. Il semble d’ailleurs que l’église, à cette époque, ait été insérée dans un vaste ensemble de constructions.
 
Sur la première des deux photos ci-dessus, on distingue près de l’angle du temple deux petites fosses reliées par un canal. On en a vu d’autres sur la photo des fouilles au pied de la façade. Ce sont des fosses à offrandes où l’on versait pour les déesses de la fécondité le jus de fruits ou les plantes qu’on leur dédiait. La construction de l’angle sud-ouest sur l’une de ces fosses qui existaient du temps du culte en plein air devait assurer la dédicace du temple aux déesses.
 
755g9 le temple de Déméter à Naxos
 
Comme je l’ai dit, ce temple me plaît beaucoup, même si sa transformation, ou plutôt sa reconstruction en basilique chrétienne l’a dénaturé. Les services archéologiques grecs ont restauré l’ensemble en tentant de respecter chacune des étapes historiques, restituant l’essentiel du temple primitif, mais laissant quand même la porte ouverte dans les premiers temps du christianisme ainsi que l’abside, un mur et divers détails de l’église du temps de Justinien, selon des choix longuement discutés et mûris. Avant de partir, une dernière photo de ce temple dans la lumière dorée du soleil déclinant.
 
755h1 île de Naxos, la montagne vers le nord-est
 
Lundi matin. Si nous avions voulu rallier notre but, à 36 kilomètres par la route la plus directe, nous n’aurions pas eu besoin de trop de temps, mais nous avons souhaité prendre, à l’aller, le chemin des écoliers par la montagne, ce qui double la distance, et par une route qui tourne et vire. Mais nous traversons des paysages somptueux.
 
755h2 sculpture monumentale abandonnée, Naxos, Apollonas
 
755h3 sculpture monumentale abandonnée, Naxos, Apollonas
 
Notre but, c’est un village de pêcheurs appelé Apollonas, sur la côte nord de l’île. Parce que là encore il y avait dans l’Antiquité une carrière de marbre, où a également été abandonnée une sculpture, gigantesque celle-là, dix mètres de long, près du double de celles de Flerio. On parle généralement du kouros d’Apollonas, or en réalité ce n’était pas un kouros mais sans doute une statue d’Apollon d’où la ville tire son nom, d’autres disent que c’est Dionysos, j’ai lu aussi Poséidon. Trop d’hypothèses sans arguments. Pourquoi pas le général de Gaulle. Très peu dégrossie mais pas brisée, on ignore pourquoi cette statue n’a pas été achevée ou emportée. Quelqu’un suggère la mort du commanditaire. Pourquoi pas ? Parce que l’on manque de recul, la photo n’est pas très impressionnante, mais dans la nature cette colossale statue couchée fait de l’effet. Elle date du septième siècle avant Jésus-Christ.
 
755h4 île de Naxos, côte nord, tour vénitienne
 
Au retour, nous prenons la route normale, et parce que l’ascension vers le nommé kouros nous a pris un peu de temps il me faut cravacher ma monture, alors que cette route en corniche comporte bien des virages serrés. Une petite halte quand même pour photographier cette maison vénitienne construite comme une tour sur une hauteur. Je viens de finir, en guise de préparation à ce voyage que nous faisons dans les îles, un petit roman publié en 1872, une nouvelle plutôt, du comte de Gobineau dont l’action se passe dans les Cyclades, l’épisode essentiel étant à Naxos. Et il y décrit ce genre de maison vénitienne : c’est la raison pour laquelle il me fallait absolument me garer sur le bas-côté pour faire vite cette photo. Voici sa description :
 
"Naturellement, dans cette île montagneuse de Naxos, on monte constamment ou l’on descend. Ici les promeneurs gravirent encore un sentier caillouteux et tournant, fort roide, et furent ainsi conduits à travers quelques cours et par devant des maisons de paysans jusqu’au sommet de l’éminence où était juché le manoir, et mettant pied à terre au bas d’un étroit escalier de pierre, ils atteignirent une terrasse aussi étroite, pour entrer dans […] un long cellier blanchi à la chaux, voûté comme une église, clair […]. Un sofa bas et recouvert d’indienne régnait au bout de l’appartement et de l’autre côté un escalier en bois, très léger, s’élevait jusqu’à une galerie conduisant à une porte petite et basse servant d’entrée aux chambres d’habitation de la famille. On devinait de suite qu’aux époques anciennes où le château avait été bâti sur le haut d’une cime par crainte des surprises des pirates, on avait trouvé bon d’y ajouter la précaution supplémentaire, au cas où ces redoutés envahisseurs auraient trouvé moyen de descendre à terre sans être aperçus, de pouvoir leur abandonner le bas de l’habitation en se réfugiant dans le haut, qu’un coup de pied donné à l’escalier suffisait pour isoler. Somme toute, le manoir n’avait que quatre ou cinq pièces, et se terminait par une plate-forme flanquée des quatre guérites, et sur laquelle séchait à ce moment la récolte du maïs".
 
Vite, en voiture, et nous allons nous embarquer pour Santorin.
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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 17:11
754a1 Départ d'Amorgos, Aegiali
 
754a2 à bord du ferry
 
754a3 fête à bord du ferry
 
Nous avons pris le ferry vers Naxos et regardons, derrière le sillage du bateau, s’éloigner cette belle Amorgos. Il n’y a pas à chercher de justification à ma seconde photo, je n’ai pris ce cordage que pour me faire plaisir parce que j’aime bien la matière et les formes. La troisième photo montre un groupe de personnes qui font la fête à bord, un jeune violoniste joue pour faire danser ses amis. J’ai l’impression que ces gens se rendent à un mariage et s’amusent par anticipation.
 
Nous arrivons à Naxos vendredi 16 à 17h25 et en repartons lundi 19 à 12h55. C’est bref, aussi consacrons-nous la soirée de vendredi et la journée de samedi à la ville de Naxos, appelée Chora comme la plupart des capitales d’îles, et ce sera le sujet du présent article, tandis que mon prochain article portera sur le centre de l’île visité dimanche 18 et sur une équipée éclair dans le nord de l’île lundi 19 avant le ferry.
 
754b1 Site de la ville de Naxos
 
754b2 le port de Naxos
 
754b3 le Kastro de Naxos
 
754b4 Naxos, 1932 (par Polyklitos Rengos, 1903-1984)
 
Cette île est, avec ses 430 kilomètres carrés, la plus étendue des Cyclades. 1005 mètres, 1000 mètres, 930 mètres, Naxos compte trois sommets assez élevés. Ce n’est pas l’Everest, mais c’est suffisant pour que de nombreuses sources, laissant des sommets arides et rocailleux, dévalent pour irriguer de fertiles vallées où l’on cultive la vigne et l’olivier, le figuier, le grenadier, des agrumes. Et aussi pour battre le record d’altitude des Cyclades. Autre ressource de l’île, le marbre qui, sans atteindre la qualité de celui de Paros, en est néanmoins très proche. Le port de Naxos (deuxième photo) constitue un quartier plus récent de la ville, tandis que sur la colline se presse le Kastro, la citadelle vénitienne (troisième photo. Ainsi que, quatrième photo, un tableau de Naxos en 1932 peint par Polyklitos Rengos, 1903-1984). En effet, à la suite de la terrible quatrième croisade dévoyée, l’île a été prise par un Vénitien, Marco Sanudo, qui y a fondé ainsi que sur les îles avoisinantes son duché, le Duché de l’Archipel. Mais au lieu de rester sous la coupe de sa patrie d’origine, il s’est rangé aux côtés de l’empereur Henri Premier. Cet homme, Henri de Hainaut, avait participé au siège et à la prise de Constantinople, mais au moment du pillage il a protégé le Palais Blacherne situé près de la porte de la ville dont il était chargé, empêchant le massacre de la garnison et le sac des richesses. Son frère Baudouin est couronné premier empereur latin de Constantinople mais il est fait prisonnier par les Bulgares et tué par eux en 1206. Henri de Hainaut est sacré empereur de Constantinople pour succéder à son frère. Sans doute est-ce l’honnêteté et la rigueur démontrées lors de la prise de Constantinople en 1204 qui ont conduit Sanudo à faire sécession avec Venise. Mais son choix lui a assuré, à lui et à son île, la reconnaissance de l’empereur et, avec elle, une solide protection pour Naxos. En 1344 Amur, un corsaire turc, la ravage. En 1537 c’est le corsaire Barberousse qui, à la tête d’une armada turque de deux cents navires, en prend possession et la remet entre les mains de l’Empire Ottoman. En 1768, en raison d’un différend au sujet de la Pologne, la tsarine Catherine II de Russie entre en guerre contre l’Empire Ottoman. Les Grecs en profitent pour demander de faire cause commune avec les Russes pour les débarrasser des Turcs. Le comte Orloff, favori de Catherine II, mène campagne. Dans le Péloponnèse, c’est un échec complet, mais en mer Égée la flotte turque est intégralement coulée, sauf un seul et unique navire, pris par les Russes. De 1770 à 1774 Naxos est brièvement occupée par les Russes, mais elle est reprise ensuite par les Turcs.
 
Hors sujet : Orloff… Pour moi, cela évoque cette campagne (c’est plus noble), mais aussi la recette de veau Orloff (c’est plus terre à terre), un rôti parfumé d’une duxelles de champignons de Paris que j’aime bien cuisiner. Il ne s’agit pas, en l’occurrence, du même comte Orloff, mais d’un descendant, Prince Nikolaï Orloff du dix-neuvième siècle. On lit dans Le Gaulois du 12 septembre 1895 "Georges Bouzon, qui servit, sous l'Empire, le marquis de La Valette et le prince Orloff, est aujourd'hui chez la duchesse d'Albe". Et c’est ce Bouzon qui a inventé pour son patron cette recette savoureuse à laquelle le comte qui a occupé Naxos n’a jamais pu goûter. Fin de mon hors sujet.
 
754c1 Château vénitien du Kastro, à Naxos
 
754c2 Château vénitien du Kastro, à Naxos
 
Ce bâtiment constitue le reste d’une grosse tour, part du château disparu que Marco Sanudo a construit ici, au sommet de la citadelle, dès 1207. Il est probable que la citadelle antique avait occupé le même emplacement, comme tendent à le prouver les conduites d’eau enterrées datant du sixième siècle avant Jésus-Christ et qui se dirigent visiblement vers ce château.
 
754c3 Naxos, colonnes antiques (temple), maison vénitienne
 
L’Antiquité et l’époque vénitienne ont partout laissé leurs traces. Dans cette boutique qui vend des objets d’art, bijoux originaux et toutes sortes de jolies choses, la patronne invite fort aimablement les passants à admirer l’intérieur, sans pousser le moins du monde à l’achat. Mais elle est fière, à juste titre, des lieux sur lesquels elle règne. En effet, il s’agit d’un bâtiment vénitien très ancien, remontant au début de l’occupation, et pour soutenir le toit duquel ont été utilisées des colonnes antiques, prélevées sur les ruines d’un temple.
 
754c4 Naxos, blason sur maison vénitienne
 
Quand on se promène dans le Kastro, à travers le labyrinthe de ses ruelles, on est frappé par le nombre de façades qui portent des blasons vénitiens. Celui-ci est du dix-septième siècle.
 
754c5a Fontaine, à Naxos
 
754c5b Fontaine, à Naxos
 
Nous sommes ici dans la ville basse. Puisqu’il y a de l’eau dans l’île et qu’elle a été occupée par les Vénitiens, on ne peut être étonné d’y trouver une fontaine. Elle est constituée de quatre arches qui supportaient un toit, mais ce toit n’existe plus. Au centre se trouve le puits. Il comporte un système d’évacuation de l’eau au cas où le niveau serait trop haut, pour éviter un débordement.
 
754c6 Naxos, Grande citerne antique, dite Fontaine d'Ariane
 
Mais ce que l’on voit ici, et qui est à quelques pas de cette fontaine, c’est l’ouverture d’une immense citerne antique d’époque romaine. Son nom, Trani Fountana, signifie "la Grande Citerne". Évidemment, je n’ai pas eu accès à l’intérieur, mais j’ai lu que c’est un réservoir couvert d’une voûte. Nous verrons, en roulant dans la campagne, des sections de l’adduction d’eau vers Naxos, que je montrerai dans mon prochain article, et vu leur direction, il est très probable que les aqueducs amenaient l’eau à cette citerne, mais le développement de la ville au dix-neuvième siècle a détruit l’aboutissement des tuyaux sans laisser ni leur trace archéologique, ni un texte ou un graphique décrivant ce que les travaux de construction modernes ont détruit. On ne peut donc que supposer que l’aqueduc s’achevait ici. Plusieurs voyageurs, du seizième et du dix-huitième siècle, parlent d’un temple de Bacchus, dont on dit qu’il est né à Naxos, et ils disent que non loin de là se trouve la Fontaine d’Ariane. Une carte dessinée par Camocio au seizième siècle montre clairement qu’en fait de temple de Bacchus ils font allusion au temple d’Apollon dont je vais parler tout à l’heure, et que là où est représentée la fontaine d’Ariane se trouve en réalité la Grande Citerne.
 
On se rappelle qu’Ariane, l’une des filles de Minos et de Pasiphaé, en Crète, était tombée amoureuse à la vue de Thésée, que sur les conseils de l’ingénieur Dédale elle lui avait remis une pelote de fil à dérouler sur son chemin pour retrouver ensuite la sortie du Labyrinthe, en échange de la promesse de l’épouser, qu’après avoir tué le Minotaure et être ressorti grâce à l’artifice du fil d’Ariane Thésée avait fui la Crète de nuit en emmenant la jeune fille et que, ayant passé la nuit sur le rivage de Naxos (la navigation ne se faisait pas de nuit), il était reparti au matin, abandonnant Ariane endormie. Elle ne s’était réveillée que pour voir disparaître à l’horizon les voiles du navire de Thésée. "Ariane, ma sœur, de quel amour blessée / Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée", lui dit Phèdre dans la pièce de Racine. Et l’on dit qu’Ariane pleura tant la perte de son amour que ses larmes salèrent la fontaine à laquelle on a donné son nom. La tradition prétend donc que l’eau de cette citerne est salée, ou saumâtre, mais si ses parois sont étanches et si elle est alimentée par l’aqueduc qui s’alimente à une source dans la montagne, je ne vois pas trop comment l’eau pourrait ne pas être douce.
 
754c7a Naxos, dans le Kastro
 
754c7b Naxos, dans le Kastro
 
754c7c Naxos, dans le Kastro
 
Puisque j’ai parlé des ruelles tortueuses et étroites de la citadelle, le Kastro, il me faut en montrer quelques images. C’est un enchevêtrement de boyaux qui passent sous de longs tunnels, d’escaliers, de hauts murs, de petits jardins, d’arcs, d’ogives. J’ai lu quelque part que c’était trop resserré, trop enlacé, pour être sympathique. L’auteur, pour cette raison nettement exprimée, trouvait cette ville moins agréable que les villes des autres Cyclades. Je ne suis pas d’accord. Il y a là un cachet exceptionnel. Le tourisme n’a pas, ou pas encore, défiguré ce quartier, et en se promenant dans ces ruelles on est reporté quelques siècles en arrière.
 
754c8 Naxos
 
754c9 Naxos, la cathédrale catholique
 
La population est, ici, presque exclusivement orthodoxe. Toutefois, héritage de l’époque vénitienne, il subsiste une très petite minorité catholique, qui a droit à sa cathédrale (évêché de Tinos et Naxos), que je montre sur ma seconde photo ci-dessus, et que l’on apercevait sur ma seconde photo de la tour du château. Elle date du treizième siècle. Ma première photo ci-dessus, quant à elle, montre la cathédrale orthodoxe.
 
754d1 la ville de Naxos vue du temple d'Apollon
 
Rendons-nous à présent vers le temple qui était consacré à Apollon Délien (et non à Bacchus). La carte de Camocio le représente sur un îlot, ce qui veut dire que cette courte digue qui le relie à Naxos est postérieure. Et de là on a une vue intéressante sur la ville et sa citadelle.
 
754d2 sculpture moderne près du temple d'Apollon à Naxos
 
Mais auparavant, juste à l’entrée de la digue en venant de Naxos, on voit cette belle sculpture contemporaine. Un corps qui émerge de la pierre, jamais la statuaire antique n’a traité le sujet de cette façon moderne que l’on retrouve chez d’autres, Rodin par exemple, et pourtant je trouve que l’on sent un lien entre la sculpture grecque de l’époque classique et cette statue. Vraie œuvre d’art.
 
754d3 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
754d4 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
754d5 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
754d6 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
Le voici, ce temple. On le voit, au sol il ne reste quasiment rien de ses ruines, mais cette porte monumentale qui se dresse seule au-dessus d’un sol ras n’en est que plus remarquable. Finalement, j’en viens à me demander si elle n’y gagne pas, à subsister seule du temple antique. Ce temple qui a été commencé au sixième siècle avant Jésus-Christ, à l’époque du tyran Lygdamis, vers 530. Mais il n’a jamais été achevé et, au cinquième siècle de notre ère, il a été récupéré par le christianisme pour en faire une basilique. Et puis il a été abandonné, il est tombé en ruines, bien des éléments ont été pillés pour construire les maisons de la citadelle.
 
754e Naxos, école française où a étudié Kazantzakis
 
Sur le mur du fond de cette petite impasse toute blanche on aperçoit vaguement une plaque. Elle dit que "dans ce bâtiment a fonctionné l’école française privée où a étudié Nikos Kazantzakis, écrivain, poète et penseur, de 1897 à 1899". En effet, l’auteur de Zorba le Grec est né à Héraklion en Crète en 1883, alors que l’île était encore possession de l’Empire Ottoman. Quand a éclaté la révolution de libération, en 1897, la famille Kazantzakis a émigré à Naxos, et le jeune Nikos a été scolarisé pendant deux ans à l’école française de la Sainte-Croix, avant de rentrer à Héraklion et d’y être inscrit au lycée. Dans cette école des Franciscains de Naxos, ancien palais ducal de Sanudo où se retrouvent tous les enfants de Crétois en exil, il apprend le français et l’italien, découvre la littérature européenne, se frotte à la culture occidentale. Ces deux années ont été déterminantes dans son évolution, elles sont à l’origine des années qu’il va passer à Paris, 1907-1909, suivant au Collège de France les cours de philosophie de Bergson.
 
754f1 musée de Naxos, mosaïque Europe et Zeus (taureau)
 
Tout près se situe le musée archéologique de Naxos. Il s’y trouve de nombreuses pièces intéressantes. Je me limiterai à quelques unes, comme cette mosaïque de sol dont je ne montre que le sujet central représentant Europe sur le dos de Zeus qui a pris l’apparence d’un taureau et qui traverse la Méditerranée de Sidon à la Crète, comme en témoignent un poisson et un dauphin.
 
754f2 musée de Naxos, statuettes cycladiques
 
754f3 musée de Naxos, statuette cycladique
 
754f4 musée de Naxos, statuette cycladique
 
Le musée est célèbre, à juste titre, pour sa riche collection de statuettes cycladiques datant de 2800-2300 avant Jésus-Christ et trouvées dans des tombes, à Naxos même ou dans les îles environnantes. Il y en a des vitrines entières. Je mets l’accent sur ces deux figurines assises que je trouve amusantes et originales. Il y en a plusieurs autres, plus que dans le musée Cycladique d’Athènes.
 
754g1 musée de Naxos, vases géométriques, 9e-8e s. avant
 
754g2 musée de Naxos, terre cuite cycladique 2800-2300 ava
 
Ces vases aussi sont amusants. J’aime bien ces bottes d’époque géométrique (neuvième ou huitième siècle), mais j’avoue avoir un faible pour ce petit cochon beaucoup plus ancien (2800-2300 avant Jésus-Christ).
 
754g3 musée de Naxos, boîtes en marbre, 3e millénaire av
 
Encore un objet avant de ressortir du musée archéologique. C’est une double boîte taillée dans le marbre. Le choix de la pierre et son orientation qui fait apparaître une décoration à partir des veines de la pierre, la précision du travail en forme parfaitement circulaire, le poli de finition, tout cela démontre un art et une technique de haut niveau. Or nous sommes en pleine époque préhistorique, au troisième millénaire avant Jésus-Christ. De quoi corriger les idées de qui, au mot préhistorique, associe un homme sommairement vêtu d’une peau de bête, tenant son gourdin de la main droite et, de la main gauche, traînant sa femme qu’il a saisie par les cheveux. Certes, aujourd’hui, on se déplace en voiture, en avion, les bateaux sont mus par des moteurs thermiques, voire nucléaires, on dispose de l’électricité, du téléphone, de l’ordinateur, de la télévision, etc. Mais quand je vois le niveau d’évolution et de civilisation des Mycéniens ou des Minoens, je me dis qu’il n’était pas éloigné de celui du temps de Napoléon Premier, il y a deux cents ans. Et les hommes et les femmes du troisième millénaire ne disposaient pas de l’écriture, ce qui n’est pas un manque négligeable, mais à part cela eux aussi sont incroyablement proches de nous. Ils vivaient dans de vraies maisons alors que j’ai lu des informations selon lesquelles deux Françaises vont passer tout l’hiver dans une caverne pour se protéger des ondes… Le peuple mycénien était guerrier et conquérant, mais ceux qui, dans les îles ou sur le continent, les ont précédés étaient beaucoup moins belliqueux, ce qui marque leur supériorité sur nous. Pas de Hitler, pas de Staline, ni Tian’anmen, ni La Tortuga.
 
754h1 Naxos, musée vénitien
 
Nous sortons du musée archéologique pour nous jeter dans le musée vénitien. C’est une famille aristocratique de Naxos, les della Rocca-Barozzi, qui ont disposé dans leur maison de famille située en plein Kastro toutes sortes de meubles, de vêtements, d’objets leur appartenant et qui évoquent la vie des Vénitiens de Naxos, et ils ont ouvert depuis 1999 leur maison ainsi équipée pour la visite. À l’origine, les della Rocca ne sont pas des Vénitiens, en fait il s’agit d’une très ancienne famille française qui, au cours des siècles, a italianisé son nom. En effet, membre d’une branche cadette des comtes de Bourgogne, le chevalier Othon de la Roche a participé à la quatrième croisade, a pris le duché d’Athènes, a été mégaskyr (seigneur) d’Athènes et de Thèbes de 1205 à 1225, "et puis est retourné, plein d’usage et raison,/ Vivre entre ses parents le reste de son âge", dans son château de Rigney-sur-l’Ognon, dans le Doubs, à quelque vingt kilomètres au nord de Besançon. Il y est mort en 1234. En 1458 Athènes tombe sous le joug ottoman et les La Roche émigrent vers Naxos. Et puis une autre famille, les Barozzi, vénitienne celle-là, a été l’une des douze familles qui ont fondé la République de Venise et dont les membres ont gouverné la Sérénissime pendant des siècles. Les Barozzi ont participé à la quatrième croisade, ont conquis Santorin et d’autres îles des alentours, sont partis pour la Crète et y ont donné des gouverneurs d’Héraklion. Mais quand les Turcs ont pris possession de la Crète en 1669 les Barozzi émigrent vers Naxos. Les deux familles de la Roche et Barozzi, toutes deux résidentes de Naxos désormais, s’unissent et la famille della Rocca-Barozzi, membre de la noblesse de Naxos et riche d’une généalogie exceptionnelle, vit la vie des aristocrates vénitiens de l’île. Ci-dessus, une chambre.
 
754h2 Naxos, musée vénitien
 
J’ai vu, alors que j’étais jeune et chez des personnes déjà âgées, ce genre de table de toilette à dessus de marbre avec cuvette et pot en faïence. Et aujourd’hui il est fréquent d’en voir chez les antiquaires. Ce n’est donc pas typique de Venise, mais il est probable que les Grecs de Naxos avaient d’autres usages.
 
754h3 Naxos, musée vénitien
 
Au mur, il y a plusieurs de ces tapisseries brodées. Je pense qu’il s’agit de travaux d’aiguille de dames de la maison. Dans l’Antiquité, en Grèce, les femmes dans le gynécée tissaient, cousaient, brodaient, l’essentiel de leur temps était consacré à fournir la maison en linge et en vêtements, car il n’y avait ni tailleurs professionnels faisant du sur mesure, ni encore moins de prêt-à-porter. Les siècles ont passé, les femmes ont acheté ou fait confectionner linge et vêtements, mais sont restées fidèles à la tradition en continuant à broder pour leur plaisir. Il n’y a que peu de dizaines d’années que l’on ne voit presque plus de femmes brodant ou surtout tricotant dans la salle d’attente du dentiste, dans le train, en salle des professeurs, sur les bancs du Jardin du Luxembourg…
 
754h4 Naxos, musée vénitien
 
754h5 Naxos, musée vénitien
 
754h6 Naxos, musée vénitien
 
Dans plusieurs pièces de la maison sont présentés posés sur une table, étalés sur le lit, suspendus sur un portemanteau, accrochés au mur, des couvre-chefs, des gilets, des pantalons, des chemises, des robes, des jupes. Très peu de sous-vêtements, puisque l’on n’en portait pas. Notons cependant sur la troisième de ces photos cette grande culotte à laquelle le mot sexy a beaucoup de mal à s’appliquer !
 
754i1 Naxos, musée vénitien, bulletin chez les Ursulines
 
Je voudrais terminer cette visite du musée Vénitien –et par la même occasion le présent article– avec deux documents que je trouve intéressants. Le premier est un bulletin scolaire concernant une enfant de la maison, scolarisée à l’École Supérieure des Ursulines de Naxos. Il est écrit : "Je soussignée sœur Marie-Joseph Monnot, prieure des Ursulines de Naxos, déclare que Mademoiselle Andrée della Rocca a suivi l’examen pour les leçons suivantes de la cinquième de Gymnase et a mérité : Éducation chrétienne 10, Grec moderne 10, Histoire 10, Mathématiques 8, Sciences physiques et naturelles 10. Naxos, 19 juin 1931". Une excellente élève. Si les choses n’ont pas changé, il y a successivement école primaire, gymnase, lycée, et la cinquième de collège scolariserait donc des adolescents. Scolarisée chez les sœurs ursulines françaises, portant le prénom français Andrée, on voit que cette jeune fille devait être consciente que sa famille avait des origines françaises.
 
754i2 Naxos, musée vénitien, sauf-conduit
 
Le deuxième document me semble également intéressant, à la fois pour sa nature, pour sa présentation et pour son style. C’est un sauf-conduit rédigé et grec à gauche et en français à droite. Jusqu’à une époque récente, le français était la langue diplomatique, officielle entre diplomates dans tous les pays du monde. Aujourd’hui, alors que dans le métro d’Athènes ou à l’aéroport international les touristes néerlandais, italiens, allemands, français, japonais sont beaucoup plus nombreux que les Britanniques, Américains, Australiens et autres anglophones, les inscriptions sont en grec et en anglais, quand ce n’est pas en anglais seulement. Et ici, alors que les touristes grecs sont les plus nombreux, les enseignes disent "Rent a car" et "Rooms to let". Sic transit gloria mundi... Bref, ce document dit : "Au nom du gouvernement du Royaume de Grèce requérons tous les officiers, civils et militaires, du Royaume de Grèce, et prions ceux des pays amis de laisser passer librement Monsieur Nicolas Jean de la Roca ainsi que sa femme et sa belle-mère se rendant en Italie pour ses affaires, sans qu’il soit empêché ni molesté par personne et de lui prêter aide et protection, en cas de besoin. À cet effet nous avons délivré le présent, signé par nous. Ermopolis, le 30 août 1904. Par autorisation du ministre des affaires étrangères, le préfet des Cyclades". Pas de doute, cette Ermopolis est celle que nous appelons Ermoupoli, capitale de Syros où nous étions le 17 août dernier. Quant au nom, bien français, Nicolas Jean de la Roca, il est à noter que du côté grec il est transcrit (en caractères grecs et à l’accusatif) Nikolaon Ioannon Della-Rokkan… ce qui n’a rien de français.
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Published by Thierry Jamard
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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 18:02
753a1 Alsaciens de Fessenheim, camping d'Athènes
   
753a2 J.-François et Micheline, de Lignières, au camping
 
Nous sommes revenus à Athènes pour quelques jours. Et nous voilà repartis vers d’autres Cyclades. Pendant ces jours au camping d’Athènes, nous avons fait des rencontres sympathiques avec d’autres Français de passage. Ceux de ma photo du haut viennent d’Alsace, près de Fessenheim, une région que j’ai bien connue du temps de mes fonctions à Guebwiller. Nous avons même vu, sur Google Maps, leur maison et leur voiture.
 
Allons vers un autre de "mes" lycées. Les Français de ma seconde photo ont vécu à Lignières, ville à 25 kilomètres de Saint-Amand-Montrond, où se trouve l’un des sept collèges qui alimentaient officiellement mon recrutement. Nous avons bu ensemble une bouteille de délicieux Quincy en leur posant mille questions sur leur hobby, la Poule Noire du Berry. Et de plus, en partant, ils nous ont offert une autre bouteille de Quincy. Quand je disais que nous avions fait des rencontres sympathiques…
 
753a3 Maria à Potamos (île d'Amorgos)
 
753a4 Sofia à Potamos (île d'Amorgos)
 
753a5 maison de Maria à Potamos (île d'Amorgos)
 
Cela, c’était à Athènes. Puis lundi 12 nous avons pris le ferry au Pirée, avec le camping-car, à 17h30, pour arriver au port d’Aegiali, dans l’île d’Amorgos, à 1h10 du matin. Un assez long trajet qui nous a permis de lier conversation avec une personne qui vit moitié à Amorgos, moitié à Athènes. La communication n’était guère facile en anglais de son côté, et encore moins en grec du nôtre, mais au bureau de la réception il était possible d’acheter un droit de connexion Internet et ainsi –communication fort curieuse mais bien moderne– je pouvais taper sur mon ordinateur mes phrases en français et demander à translate.google.com de les traduire en grec. Cette dame s’appelle Maria, et elle nous a invités à prendre un café chez elle. Donc, mardi 14, nous nous sommes retrouvés sur la plage d’Aegiali et sommes montés ensemble jusqu’au ravissant village de Potamos où elle a sa maison surplombant la mer. Sa maman, Sofia, une adorable petite dame, a sa maison juste à côté. Elle avait confectionné de délicieuses pâtisseries.
 
753b1 île d'Amorgos, Aegiali
 
753b2 île d'Amorgos, Aegiali
 
753b3 Amorgos
 
De mardi à 1h10 du matin à vendredi . 14h45, nous disposions de trois jours et une matinée pour visiter l’île. Je préfère ne pas suivre la chronologie, puisque je rédige un seul article. Il serait fastidieux de revenir plusieurs fois au port d’Aegiali près duquel nous avons parqué le camping-car, de l’autre côté de la rue où est le camping (le camping est ouvert, mais… devant le portail un énorme tas de sable a été déversé pour procéder à des travaux, et sous l’arche de l’entrée seuls peuvent passer piétons et cyclistes. Pour un prix ridiculement bas, nous sommes autorisés à utiliser les sanitaires du camping, il n’y a que la rue à traverser), ou à la capitale de l’île, Chora. Voici donc ci-dessus à quoi ressemble le port avec ce moulin, la ville d’Aegiali et sa rade, et la montagne aride juste au-dessus. Les paysages d’Amorgos sont splendides.
 
Une tradition, peut-être légendaire, veut que le poète Sémonide, auteur d’ïambes et d’élégies ainsi que d’un célèbre poème violemment antiféministe soit venu de sa Samos natale à Amorgos vers 664 avant Jésus-Christ pour participer à sa colonisation. Il est connu sous le nom de Sémonide d’Amorgos. Pour qui ne connaît pas, voici quelques uns de ses vers :
 
"C’est à part que le dieu créa l’esprit de la femme tout d’abord. L’une, sur le modèle du cochon aux longues soies ; tout dans sa maison, souillé de boue par elle, gît en désordre et roule à terre […]. Une autre, sur le modèle de la mer. Celle-ci a deux pensées dans son esprit : un jour, elle rit et se réjouit. L’hôte qui la verra chez elle la louera […]. Un autre jour, la voir ou l’approcher est insupportable. Elle est alors furieuse, inabordable comme une chienne autour de ses petits. Elle devient sans miel, odieuse avec tous, pareille avec les ennemis comme les amis. […] Une autre, race misérable et lamentable, sur le modèle de la belette : en effet, n’émane d’elle rien de beau, ni d’aimable, ni d’agréable, ni de désirable. Pourtant, elle est folle de la couche d’Aphrodite, mais elle donne la nausée à l’homme présent. […] Zeus, en effet, a créé ce très grand mal, les femmes". Alors, sympa le Sémonide, Mesdames ?
 
Amorgos est également tristement célèbre pour un fait historique. Alexandre le Grand a créé un immense empire. Quand il meurt soudain en 323 avant Jésus-Christ, la régence est assumée par Antipater, général qui jouissait de toute sa confiance et que lui-même avait désigné quelques années auparavant pour administrer la Macédoine lorsque lui-même était occupé à guerroyer contre les Perses. Athènes alors se lance dans une guerre de révolte contre l’autorité de la Macédoine, vite rejointe par d’autres cités grecques dont Karystos, en Eubée, dont je parlais dans mon dernier article. Avant le retour des troupes d’Alexandre, Antipater subit des revers, s’enferme dans Lamia (d’où le nom de Guerre Lamiaque. C’est une ville de Grèce continentale, à quelque distance de la côte est, face au nord de l’île d’Eubée). Quand les renforts arrivent et qu’Antipater réussit à s’extraire de Lamia, la guerre reprend sur mer. Avec l’aide de 240 navires phéniciens et chypriotes, Antipater écrase la flotte athénienne devant Amorgos. Jamais les forces navales d’Athènes ne s’en remettront.
 
753c île d'Amorgos, Cyclade orientale
 
Cette grande église à cinq nefs et deux absides est perdue dans la nature. Plusieurs fois, en allant d’Aegiali à Chora, nous avons été frappés par sa grandeur malgré son isolement. Il a fallu à la fin que nous nous rangions sur le bas-côté, elle méritait un arrêt photo.
 
753d1 île d'Amorgos, Chora
 
En arrivant sur Chora, la capitale, on voit au loin cette surprenante ligne de moulins à vent. En fait, dans les Cyclades, le vent souffle souvent fort, et nous avons déjà vu des moulins à Mykonos, on se rappelle que le dieu Éole avait sa résidence à Tinos et que le Meltem a été donné par Zeus à Kea qui était desséchée lorsque Sirius entrait dans la constellation du Chien.
 
753d2 île d'Amorgos, Chora
 
Dès l’entrée dans Chora, le ton est donné. Une ville blanche, de petites ruelles, des églises partout. Voici donc maintenant quelques images de la ville.
 
753d3 île d'Amorgos, Chora
 
753d4 île d'Amorgos, Chora
 
D’abord les rues. La ville est sur des ondulations de terrain, on ne peut pas dire vraiment qu’elle est, comme bien d’autres, accrochée au flanc de la montagne. Cela n’empêche pas de devoir gravir ici ou là quelques marches. Et c’est tant mieux, parce que cela, joint à l’étroitesse de bien des rues, dissuade l’accès des voitures. Et Chora peut rester calme et douce, Chora peut continuer à verser ses fleurs et ses tonnelles sur les rues sans se soucier du gabarit des véhicules.
 
753d5 île d'Amorgos, Chora
 
753d6 île d'Amorgos, Chora
 
753d7 île d'Amorgos, Chora
 
Je disais qu’il y avait des églises partout. En voici quelques unes. Et ces photos montrent à quel point elles sont variées dans leur style architectural. Sur la première photo, ce n’est pas une église à plusieurs nefs, mais deux églises jumelles accolées. Beau dôme plus traditionnel sur ma seconde photo. Et sur la troisième photo, un clocher ajouré merveilleux de légèreté. Nous sommes passés par ici à plusieurs reprises, j’ai attendu après 18 heures que le soleil le dore un peu pour le prendre en photo.
 
753d8 île d'Amorgos, Chora
 
Sur plusieurs maisons, j’ai remarqué l’insertion de stèles funéraires antiques à titre de décoration. Indépendamment du fait que je ne comprends pas bien comment cet usage privé du patrimoine culturel historique du pays peut être utilisé (en Grèce, la loi réserve à l’État la propriété de tout ce qui est découvert sous le sol même de terrains privés). Peut-être est-il permis à ceux qui s’étaient servis avant cette loi de conserver ce que leurs ancêtres se sont attribué. Or cette maison, et les autres, sont très anciennes, et remontent à la domination turque. Cela dit, je trouve cela très décoratif et, à défaut d’être en situation, sur une authentique tombe antique, je trouve ces stèles plus intéressantes ainsi plutôt qu’alignées le long d’un mur dans un musée…
 
753e Amorgos, établissement préhistorique Markiani
 
Voyant une flèche sur le bord de la route, qui indique un établissement préhistorique ainsi que le nom du lieudit, Markiani, nous nous arrêtons. Après avoir marché quelques minutes sur un petit chemin, on découvre sur le côté ce cercle de pierres. Un peu plus loin, il y a un mur dont j’ignore s’il fait partie de cet établissement préhistorique ou s’il est plus récent, car sa facture pourrait fort bien n’être que du Moyen-Âge. Et sur place, il n’y a aucune explication. Ce serait un peu décevant, si la promenade n’était un vrai plaisir dans une nature somptueuse.
 
753f1 île d'Amorgos, dans les Cyclades de l'est
 
753f2 île d'Amorgos, dans les Cyclades de l'est
 
Et puis dans un pré nous nous faisons un ami de ce sympathique cheval. Un peu plus loin, au sol, cette selle lui est destinée. Bien rustique, en ce vingt-et-unième siècle. Je ne la crois douce ni au dos du cheval, ni au postérieur du cavalier.
 
753g1 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
753g2 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
753g3 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Nous avons entendu parler, à Amorgos, d’un monastère surprenant, créé par l’empereur byzantin Alexis Comnène. Nous prenons donc, sur le côté, une petite route qui après un ou deux kilomètres s’achève en impasse. Nous laissons notre véhicule et suivons à pied une voie d’accès qui grimpe à flanc de montagne vers ce monastère plaqué comme un nid d’aigle sur la paroi, haut, très haut. Nous avons franchi l’entrée marquée par cette mosaïque de la Vierge, nous avons croisé un moine, nous avons gravi le chemin en escalier le long d’une roche veinée multicolore.
 
753g4 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Nous parvenons enfin au monastère, consacré à la Présentation de la Vierge, la Panagia Chozoviotissa. Il est réellement collé sur un mur d’une falaise verticale. Chaque année au printemps, il est peint de nouveau pour qu’il soit toujours éclatant de blancheur. Je ne parviens pas à imaginer quels échafaudages, ou quelle nacelle suspendue on utilise pour accéder à cette façade.
 
753g5 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
753g6 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Déjà sur le chemin, nous avons rencontré des chats en grand nombre. Alors que j’étais accroupi à caresser un chaton, un autre chaton a sauté sur ma cuisse et s’y est couché. Plus loin, Natacha avait posé au sol son lourd sac photo, un chat s’y est installé et n’a pas voulu en descendre quand elle se l’est mis à l’épaule. À l’intérieur du monastère, nous franchissons l’entrée où les hommes en short sont invités à enfiler des jeans de grande taille (pour ne pas exiger l’enlèvement du short en public), et les femmes dont les épaules sont visibles ou la robe plus courte que le mi-mollet à se revêtit de châles et de jupes longues, où l’on remarque cette vasque surmontée de cette petite fresque. La petite taille de la vasque fait penser à un bénitier, mais la représentation du baptême de Jésus par saint Jean Baptiste dans le Jourdain évoque plutôt un tout petit baptistère. Dans l’escalier qui monte vers l’église, d’autres chats nous font une haie d’honneur.
 
753g7 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Au sommet, l’escalier débouche dans le fond de l’église. Il se trouve dans cette église une icône dont on nous dit qu’elle est venue de Chypre, transportée ici miraculeusement. Il n’est nullement interdit de la photographier, l’homme (un laïc) qui nous escorte dit qu’au contraire il est bien que nous en gardions un souvenir. Mais elle est dans un coin sombre, sa grande ancienneté l’a rendue complètement noire et, bien entendu, on nous demande de ne pas utiliser un flash, les éclairs répétés de toutes les photos des nombreux touristes risquant d’effacer à jamais les quelques couleurs qui subsistent. Résultat… ma photo est ratée, impossible à présenter ici. Noire et bougée. Tant pis, je me contente de l’évoquer.
 
753h Amorgos, vue depuis le monastère de la Panagia Chozov
 
Sur le côté droit de l’église, précisément juste à côté de l’icône dite miraculeuse, et éclairant le côté opposé, une porte donne sur une terrasse d’où l’on a une vue imprenable sur la mer, des dizaines de mètres plus bas. Notre accompagnateur est un homme fort aimable qui a patiemment répondu à nos questions et a attiré notre attention sur ceci ou cela. Au moment où nous le remercions, le saluons et allons redescendre, il nous demande de nous arrêter à l’étage en-dessous et de pénétrer dans la salle. Nous descendons donc et entrons où il nous a indiqué. Là, il nous est offert un petit verre de liqueur et un gâteau. Mais ni les bouteilles de liqueur, ni les boîtes de gâteaux ne sont en vente. Il n’y a aucun esprit commercial de dégustation avant une proposition de vente, c’est un pur geste d’accueil et d’amitié, alors même que la visite est gratuite. On est dans un monastère, pas dans un musée. C’est sur la chaleur de ce geste que nous quittons le monastère et que je conclus cet article.
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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 17:22
      752a1 Karystos, forteresse Bourtzi
      752a2 Karystos, forteresse Bourtzi
 
752a3 Karystos, forteresse Bourtzi
 
Après la Route des Aigles, comme je le disais dans mon précédent article, nous sommes arrivés tout au sud de l’Eubée, à Karystos, ville lovée autour d’une baie orientée vers le sud sur la côte ouest de l’île. Cette ville s’est développée dès l’Antiquité grâce à la richesse que lui procurait l’exploitation de ses carrières de marbre veiné de lignes vertes qui ondulent, le célèbre cipolin très apprécié des Romains qui en ont importé de Karystos pour bien des monuments de Rome. Actuellement, de la ville, nous pouvons voir, au bout du port, une forteresse vénitienne du quatorzième siècle, le Bourtzi. Ce nom de Bourtzi, nous l’avons déjà rencontré plusieurs fois, appliqué à une forteresse vénitienne, d’abord pour celle du célèbre îlot situé face à Nauplie, ensuite à Methoni, en Messénie, sud-ouest du Péloponnèse. Il s’agit d’une déformation du mot burc qui, dans le turc ottoman de l’époque, désignait une tour. On ne peut visiter la forteresse, aucune heure d’ouverture n’est prévue mais, comme on peut le constater sur ma seconde photo, la chaîne cadenassée qui ferme la porte laisse les vantaux s’écarter suffisamment pour y glisser l’objectif de mon appareil photo.
 
752b Karystos, devant le musée
 
Il y a à Karystos, non loin de la forteresse, un musée archéologique situé derrière ce vieil engin. Il n’est pas bien grand mais il contient quelques pièces intéressantes et de grands panneaux détaillent beaucoup d’informations, notamment sur le marbre cipolin, sur son exploitation, sur les monuments qui l’utilisent, et sur son histoire jusqu’à nos jours. Mais NO PHOTO, je ne peux ni montrer ce que j’ai admiré, ni même relire les textes vus sur place. D’ordinaire, dans les musées, je lis rapidement les textes, puis je les photographie, et le soir je les relis sur mon écran pour mieux m’en souvenir. Mais ici, comme dans d’autres musées, hélas, la culture consistant en ce qui reste quand on a tout oublié, on s’efforce de vous laisser tout oublier aussi vite que possible afin de faire de vous un homme cultivé. Au revoir musée archéologique de Karystos, donc.
 
752c Karystos, mausolée d'un dignitaire romain
 
Comme partout en Grèce, le sous-sol est plein de traces d’un passé plus ou moins lointain. Ici, au coin d’une rue en pleine ville, en voulant construire un immeuble on a mis au jour les ruines d’un mausolée romain du second siècle de notre ère. Cette espèce de petit temple ionique de six colonnes sur sept abritait la tombe d’un notable romain, probablement le procurateur (le patron fonctionnaire) des carrières de marbre de Karystos. Le centre du fronton était, paraît-il, décoré d’une pierre circulaire représentant un homme et un cheval, pierre réutilisée dans un mur du Bourtzi. Je l’ai cherchée, je ne l’ai pas trouvée. Ou bien j’ai mal regardé, ou bien elle est à l’intérieur, là où je n’ai pas eu accès.
 
752d1 marais de Marathon
 
752d2 marais de Marathon
 
Vendredi 26, après avoir visité Karystos, nous sommes revenus vers le pont. Nous aurions aimé jeter un coup d’œil à Chalkis, la capitale de l’île, mais nous l’avons traversée dans un sens, dans l’autre, gagnant des faubourgs, pas une seule place où garer notre engin de sept mètres de long. Il y a bien un parking municipal où nous avons vu quelques places libres, mais un portique limite la hauteur d’accès. Avec nos trous mètres de haut, ce n’est pas pour nous. Alors, entrés par le nouveau pont, nous ressortons par le vieux pont et roulons vers Marathon. Il est déjà tard, nous gagnons directement le camping. Là, personne à la réception. Fort aimables, une jeune femme italienne et sa fille adolescente nous mènent au bar pour essayer de trouver quelqu’un, je parle en italien avec la maman, Natacha en anglais avec la fille. Mais il n’y a personne non plus au bar. Tant pis, il y a un emplacement libre, nous nous y installons, nous nous connectons à l’électricité, et je scotche sur la porte de la réception que nous sommes quatre, etc. Mais samedi 27 mon papier est toujours à la même place.
 
Natacha, fatiguée, reste au camping pendant que Raphaël, Vanessa et moi allons à pied à la recherche du tumulus et du monument commémoratifs de la célèbre bataille de Marathon contre les Perses. On nous indique vaguement une direction. Nous marchons longuement, sans rien trouver que les petits canaux que montrent mes photos et qui assèchent les marécages où tant de Perses ont péri noyés. Nous ne verrons pas le site de Marathon.
 
Étant très en retard dans la publication de mon blog, je peux rajouter maintenant que la direction qu’on nous a donnée était à l’opposé du site. Évidemment, nous ne pouvions rien trouver. Cette fois-ci, j’ai repéré l’endroit exact sur Google Earth, j’ai vu le site du haut du satellite, j’en ai entré les coordonnées dans les favoris de notre GPS, et comme ce lieu est historiquement trop important pour que nous en fassions l’impasse, nous y retournerons bien guidés, sans avoir à errer.
 
752e aéroport d'Athènes, Raphaël et Vanessa à l'embarqu
 
Revenus bredouilles de notre expédition, nous rentrons chercher Natacha et, tous quatre, allons nous attabler, à 500 mètres du camping, au bar d’un très luxueux complexe hôtelier. Sur le parking du bâtiment principal il y a bon nombre de voitures. Les fenêtres des pavillons individuels sont presque toutes allumées, une voiture stationnant devant chaque porte. Nous restons là un bon moment, absolument seuls au bar. À la cuisine du restaurant, le chef est au chômage technique parce que la grande salle à manger est désespérément vide. La crise économique est-elle responsable d’économies de la part de clients qui louent fort cher leur chambre ou encore plus cher leur pavillon, qui sont venus avec leur gros 4x4 Volkswagen ou avec leur Porsche Carrera, et qui sont réduits à grignoter un sandwich au rabais avant d’aller au lit ? J’ai du mal à y croire.
 
Quoi qu’il en soit, nous rentrons au camping. Mon petit papier de la réception a enfin disparu. Dimanche 28 matin il y a quelqu’un au bar, nous nous rendons avec ce monsieur à la réception qui comme d’habitude est fermée, il ouvre, je paie et nous partons, bien tristes, vers l’aéroport, car le petit séjour de Raphaël et Vanessa avec nous se termine. Le travail les appelle. La route suit les panneaux qui signalent l’itinéraire du marathon d’Athènes. Puis le GPS nous envoie vers l’entrée des personnels de l’aéroport, de l’autre côté des pistes, derrière une barrière qui ne s’ouvre qu’avec un badge, comme si le GPS voulait, lui aussi, qu’ils ratent leur avion pour rester un peu plus avec nous. Grand, long détour par la campagne pour contourner tout l’aérodrome, et enfin nous arrivons. Ici, sur la photo, ils viennent d’enregistrer leur bagage.
 
752f aéroport d'Athènes
 
Le vent souffle de là… donc les avions doivent prendre la piste contre le vent… Jusque longtemps après l’heure prévue pour le décollage, je reste dehors le nez en l’air. Je vois passer bien des avions, mais pas le leur (Aegean Airlines, vol A3 806 vers Munich à 15h20). Et quand je reviens dans la salle de l’aéroport, à 15h45, le panneau lumineux se contente d’indiquer que l’embarquement est terminé. Nous attendons encore un quart d’heure, rien ne change. Alors nous partons. Que c’est triste de ne plus les avoir avec nous. Jusqu’à leur prochain séjour, ou à notre petite escapade à Paris, en septembre ou en décembre.
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