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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 02:19
697a1 Lerne
 
Lerne n’est pas bien loin de Nauplie. Puisque nous avons un lieu agréable à Nauplie pour nous établir, nous partons avec notre maison sur le dos pour jeter un coup d’œil à Lerne, et nous revenons pour la nuit à Nauplie. Nous avons vu tant de sites impressionnants jusqu’ici que celui de Lerne peut paraître bien pâle. Il est néanmoins intéressant, parce qu’il couvre une période très ancienne, d’environ 6000 à 1000 avant Jésus-Christ. Il est certain que le site a continué à être habité à l’époque classique et à l’époque romaine, mais les fouilles, qui représentent le septième de la surface occupée et le vingtième du volume, ont surtout révélé des traces néolithiques et helladiques.
 
697a2 Lerne, Maison des Tuiles
 
697a3 Lerne, Maison des Tuiles
 
La ville n’a jamais été grande, tout au plus à sa période de plus grande extension à l’époque mycénienne a-t-elle pu atteindre 150 maisons et 800 personnes. Dans le meilleur des cas on construisait un soubassement en pierre, mais les murs étaient montés en glaise ou en brique crue, ce qui les a rendus sensibles aux intempéries et les a laissés disparaître, sauf dans de rares cas où ils ont été enterrés lors d’un tremblement de terre ou par l’accumulation des détritus, ou lorsqu’un incendie a cuit la brique. Ce grand espace de 25 mètres de long sur 12 de large recelait nombre de tuiles de la toiture qui s’était effondrée. Pour cela on l’appelle la Maison des Tuiles. Pour la protéger elle a été enfermée dans un hangar à sa dimension et n’est pas ouverte à la visite. Or lorsque nous sommes arrivés, tout le site était fermé, mais des ouvriers travaillaient et un responsable était là. Fort aimablement, non seulement il nous a autorisés à visiter, mais en outre il est allé chercher la clé du cadenas et nous a laissés pénétrer aussi longtemps que nous l’avons voulu et sans surveillance, dans cette Maison des Tuiles. Ici, nous sommes dans un palais du début de l’helladique.
 
697b1 Lerne, tombe à fosse
 
697b2 Lerne, tombe à fosse
 
Dans ce lieu d’habitation ont été mises au jour deux tombes à fosses comme il y en a à Mycènes, où avaient été enterrés des adultes et des enfants. Elles n’étaient pas profondes, ce qui veut dire que le niveau du sol ne s’est pas élevé depuis cette époque, et leur situation signifie que le lieu a changé d’attribution car jamais à l’époque mycénienne on n’a enterré dans l’enceinte des palais.
 
697c Lerne, bâtiment du début de l'helladique
 
Ressortons de ce hangar. Ici, cette base de mur est celle d’un bâtiment du début de l’helladique, donc des premiers temps d’un habitat sédentaire sur le site. Mais il ne reste rien des murs friables qui surmontaient cette base.
 
697d Lerne, mur de terre sur pierre
 
Ici au contraire, à l’abri sous un toit de tuiles posé par les archéologues, on peut voir un fragment de mur en terre. On conçoit aisément que de telles maisons aient été aisément jetées à bas lors des tremblements de terre ou détruites par des incendies qui consumaient la charpente de bois. On réutilisait alors les parties de murs de pierre encore debout et on rebâtissait avec ce que l’on pouvait récupérer pour compléter les matériaux neufs. C’est ainsi que bien des fragments de tuiles comblent des vides dans les murs.
 
697e Lerne, maisons d'habitation, helladique moyen
 
La découverte d’objets ménagers dans les bâtiments de ma photo ci-dessus a permis de les identifier comme des maisons d’habitation. Mais en réalité, même si l’usage des bâtiments était différent, la technique de leur construction était la même. Nous sommes ici à l’helladique moyen, c’est-à-dire la période qui précède les Mycéniens.
 
697f1 Lerne, jarre
 
697f2 Lerne, jarre
 
En nous promenant sur le site pour tout examiner, nous nous trouvons face à ces grandes jarres qui ont été laissées là où elles ont été trouvées. Aucune explication n’est jointe, aucune précision de date non plus. Peut-être est-ce la réserve d’huile ou de vin de quelque grande habitation, ou celle du palais.
 
697g1 Marais de Lerne
 
697g2 Marais de Lerne
 
697g3 Marais de Lerne
 
La zone de Lerne est encore un peu marécageuse, comme je le montre sur les trois photos ci-dessus mais, pour être franc, je dois dire que j’ai dû un peu chercher pour trouver quelques marécages. Ce n’était pas ainsi dans l’Antiquité, et les parages de Lerne étaient malsains. C’est là qu’Héraklès dut effectuer un autre de ses travaux, débarrasser le pays de l’Hydre de Lerne. C’est Héra, toujours elle, qui avait placé là ce monstre pour éprouver Héraklès. Il n’empêche, c’était contre lui mais en attendant l’hydre ravageait le pays, dévastant les récoltes et tuant le bétail. C’était un monstre à corps de serpent gigantesque, et à plusieurs têtes. Certaines légendes lui en attribuent cinq ou six, mais d’autres lui voient jusqu’à cent têtes. Ces têtes sont décrites comme monstrueuses mais parfois aussi comme humaines. Elles exhalaient une haleine terriblement fétide (l’hydre n’ayant pas la télévision ne connaissait pas Colgate au gardol) qui tuait qui la respirait. La difficulté, pour Héraklès, est qu’à peine coupées les têtes repoussaient. Aussi dut-il se faire aider de son neveu Iolaos. Il mit le feu à la forêt, puis dès qu’il avait coupé une tête, Iolaos cautérisait la plaie du cou avec des brandons de la forêt, de sorte que les têtes ne repoussaient plus. Héra, voyant que le travail avançait et que les têtes tombaient, corsa un peu la situation en envoyant une écrevisse géante. Mais Héraklès régla le problème en un instant, il écrasa l’écrevisse d’un coup de talon et se remit à couper des têtes et Iolaos à les cautériser. La tête du milieu, qui était immortelle, continuant à vivre sa vie propre une fois séparée du corps, Héraklès dut l’enterrer et placer dessus un énorme rocher. Mais plus fort qu’Obélix lui-même, il le fit sans difficulté. Puis il trempa ses flèches dans le sang de l’hydre : on comprend bien que si son simple souffle était létal, son sang l’était encore bien plus. Lorsque le sage centaure Chiron, celui qui avait éduqué Achille et avait enseigné la médecine à Asclépios, fut blessé accidentellement par l’une de ces flèches, il se baigna dans le fleuve Anigros (en Élide), la flèche empoisonnée tomba à l’eau et de ce jour les poissons du fleuve n’ont plus été comestibles et l’eau de l’Anigros dégageait une odeur pestilentielle.
 
Un site et une légende, ce sera tout pour aujourd’hui, et nous reprenons le camping-car pour rentrer à Nauplie où nous passons la nuit face à la mer.
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Published by Thierry Jamard
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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 01:18
696a1 Nauplie, l'acropole
 
Lundi 11, après avoir vu le site archéologique de Némée, le musée, puis le stade des jeux panhelléniques, nous nous sommes rendus à Nauplie, que nous avions vue très rapidement le 10 mars avec Emmanuelle mais que nous n’avions pas eu le temps de visiter. La ville fut fondée par un héros dont voici l’origine : Danaos s’était vu attribuer la Libye et son frère Égyptos l’Égypte. Danaos avait cinquante filles et Égyptos cinquante fils. Les mères des filles de Danaos, les Danaïdes, étaient nombreuses, mais l’une d’elles était fille du Nil et s’appelait Europe (une autre Europe que celle que Zeus changé en taureau enleva), et avait donné naissance à Amymonè. Craignant ses cinquante neveux, Danaos s’enfuit de Libye avec Amymonè et ses quarante-neuf sœurs. Arrivé à Argos, il en devint roi (je raconterai comment lorsque nous nous y rendrons) et fit venir ses cinquante neveux pour les marier à ses cinquante filles, afin de mettre un terme à leur querelle. C’est ainsi qu’Amymonè épousa Encelade. Or Danaos avait confié à chacune de ses filles un poignard, qu’elles devaient dissimuler pour tuer leur mari dans son sommeil. C’est ainsi qu’elles décapitèrent leurs époux pendant leur nuit de noces, en enterrèrent les corps à Argos et les têtes à Lerne. Ce meurtre dut à Amymonè comme à ses sœurs de recevoir aux Enfers un châtiment consistant à devoir remplir sans fin un tonneau percé (d’où l’expression, appliquée par exemple à des travaux coûteux et interminables “c’est le tonneau des Danaïdes”). Mais revenons au temps de leur vie terrestre. Poséidon avait voulu être le maître de l’Argolide, mais c’est à Héra que cette terre d’Argos avait été attribuée, alors pour se venger il l’avait privée d’eau. Et la sécheresse régnait. Or un jour que les Danaïdes étaient parties, comme les autres jours, chacune de leur côté à la recherche d’eau, Amymonè se trouva face à face avec un satyre qui voulut la prendre. Amymonè refusa. Le satyre alors voulut la violenter, il faisait usage de la force et allait parvenir à ses fins lorsque survint Poséidon qui, se souvenant qu’il était un ancêtre du père de Danaos, et ému du charme d’Amymonè, lança son trident sur le satyre, lequel prit la fuite. Le trident du dieu avait frappé la roche et de chacune des brèches jaillit une source d’eau pure. Quant à Amymonè, plus sensible à Dionysos qu’au satyre et séduite par le dieu qui l’avait sauvée, elle s’unit à lui et engendra Nauplios qui, adulte, fonda la ville de Nauplie. Il ne faut pas le confondre avec son arrière-petit-fils du même nom qui participa à l’expédition des Argonautes. Voilà donc comment vint au monde le fondateur de la ville où nous sommes.
 
696a2 Nauplie vue de l'Acronauplie
 
C’est au port de Nauplie que, de retour en Grèce après la Guerre de Troie, débarque Ménélas qui veut passer par Argos avant de regagner Sparte. Passant de la légende à l’histoire, vers l’an 600 avant Jésus-Christ nous voyons Argos, ennemie de Sparte, raser Nauplie, alliée de Sparte. Les rescapés du massacre vont s’installer à Methoni, à l’extrême sud-ouest de la Messénie (le “doigt” occidental du Péloponnèse). Désormais, Nauplie est l’arsenal et le port d’Argos. La ville vit un très long sommeil. En 589, lors de l’invasion des Avars, seule Nauplie parvient à les repousser. Aussi, dans les siècles suivants, les populations du centre et de l’ouest du Péloponnèse victimes des intrusions slaves vont se réfugier sous la citadelle de Nauplie. Au onzième siècle, les Byzantins relèvent et renforcent les vieux murs dont il ne reste quasiment rien de mycénien et pas grand chose d’hellénistique, mais c’est au douzième siècle que les fortifications puissantes sont établies. Après 1453 et la chute de Constantinople, les Francs occupent l’ancien Empire Byzantin. Lorsqu’en 1377 Marie d’Enghien, héritière de Nauplie, épouse un Vénitien, elle juge sage de céder la ville au doge de Venise afin d’en assurer la défense face aux despotes de Mystras et de percevoir de l’opération une rente viagère pour elle et ses enfants.
 
696a3 Nauplie,les murs du kastro
 
696a4 Nauplie, le Lion vénitien
 
Venise régnera sur Nauplie de 1389 à 1540. Nous voyons, en plusieurs endroits des murailles, son emblème, le lion ailé de saint Marc. Les Vénitiens organisent une vraie cité sur l’acropole, Acronauplie, à l’abri des puissantes murailles et, se sentant rassurées par cette protection, des populations s’installent également au pied du rocher. C’est le début d’un vrai essor de la ville moderne. Nous avons voulu visiter la citadelle. Alors qu’à Corinthe on monte en voiture jusqu’à la première enceinte et qu’ensuite l’ascension jusqu’au château est une agréable promenade sur des sentiers puis sur des rochers, ici à l’Acronauplie, on part sensiblement du niveau de la mer ou peu s’en faut, et l’on gravit d’interminables escaliers sous le soleil, entre des murailles de pierre surchauffée. En arrivant enfin devant la baraque de vente des billets, nous nous sommes vu refuser l’entrée parce que c’était à moins d’une demi-heure de la fermeture, exceptionnellement avancée ce jour-là. Nous sommes redescendus, renonçant à revenir le lendemain.
 
696b Nauplie, une fontaine
 
Puis viennent les Turcs, au terme d’un siège long et meurtrier. Je montre ici une fontaine de la ville. On voit, sur la photo du bas, au fond de la fontaine, une plaque fixée au mur. C’est la photo de cette plaque que j’ai placée en haut. Elle est rédigée en arabe. L’arabe est une langue sémitique, le turc est une langue indo-européenne écrite en alphabet latin. Mais les Turcs de l’Empire Ottoman sont musulmans et à ce titre beaucoup d’inscriptions sont dans la langue du Coran. On le sait, de même que l’Église catholique célébrait tous ses offices en latin, dans quelque pays que ce soit, jusqu’au concile de Vatican II voulu le pape Jean XXIII (mais chacun pouvait prier individuellement dans sa langue), de même l’Islam n’admet que l’arabe, la langue du Prophète, pour prier Allah, que ce soit en public ou en privé. Occupant la ville de 1540 à 1686 en bonne intelligence avec les Grecs orthodoxes qui sont l’élément le plus nombreux et avec les quelques juifs, les Turcs en seront chassés par les Vénitiens qui reviennent de 1686 à 1715. Nauplie est alors capitale du royaume de Morée. Les murailles et les défenses sont encore renforcées, néanmoins la ville ne résistera pas plus de deux semaines à l’attaque qui la fera rentrer dans le giron de la Sublime Porte en 1715. Fin 1822, lors de la Guerre d’Indépendance, Nauplie chasse les Turcs et reste libre jusqu’à ce que la Grèce devienne indépendante. C’est à Nauplie que s’établit le premier Gouvernement grec indépendant. En janvier 1828 s’installe Jean Capo d’Istria (Ioannis Kapodistrias), premier gouverneur de la Grèce libre.
 
696c1 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
696c2 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
696c3 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
Kapodistrias est né à Corfou du temps de l’occupation vénitienne ; membre du gouvernement de la République des Sept Îles de 1802 à 1807, entré au service du tsar de Russie comme diplomate de 1808 à 1815, puis ministre des Affaires Étrangères de Russie de 1816 à 1822, il démissionne de ces fonctions et renonce à sa belle carrière lors de l’insurrection grecque contre l’occupation turque. Il prend le parti des indépendantistes. En 1827 il est désigné pour être le premier gouverneur de la Grèce indépendante et c’est de Nauplie qu’il administre son pays. Comme le dit la plaque ci-dessus, apposée sur le mur de l’église Saint Spyridon de ma première photo, "Ici a été assassiné le premier gouverneur de la Grèce, Ioannis Kapodistrias, le 27 septembre 1831". La troisième photo reproduit (très mal…) une gravure située dans l’église et représentant la scène de l’assassinat. Les pays protecteurs, Angleterre, France et Russie, désignent Othon, le fils cadet de Louis de Bavière, comme roi héréditaire de Grèce. Othon rejoindra Nauplie en février 1832 mais fin 1834 il fera d’Athènes la capitale du royaume et quittera Nauplie.
 
696d1 Nauplie et l'îlot Bourdzi
 
696d2 Nauplie et l'îlot Bourdzi
 
696e Nauplie, la mairie, premier lycée
 
Voici quelques vues de Nauplie. Le 11 au soir nous nous sommes installés sur un grand parking face à la mer et j’ai pris la première photo lorsque le jour déclinait. La seconde photo a été prise du même endroit dans l’après-midi du 13. On y voit un rocher portant un fort vénitien, c’est l’îlot Bourtzi. Le bâtiment de ma troisième photo est l’hôtel de ville, mais si je le montre c’est parce que, comme le rappelle une plaque, c'est là que " le premier lycée grec a été fondé en 1833 par décret d’Othon I, roi de Grèce". La notoriété de la ville se voit dans ses nombreux jumelages, en Grèce même mais aussi en Allemagne, en Serbie, en Bulgarie, en Géorgie, aux États-Unis, ainsi qu’en France, à Martignias.
 
696f1a Nauplie, Saint Spyridon
 
696f1b Nauplie, Saint Spyridon, saint Jean l'Evangéliste
 
696f1c Nauplie, Saint Spyridon, premier concile de Nicée
 
Puisque j’ai parlé de l’assassinat de Kapodistrias devant l’église Saint Spyridon, jetons un coup d’œil à l’intérieur. Comme toutes les églises orthodoxes grecques il s’y trouve de riches lustres, une iconostase très décorée, des icônes et pas de statues. Beaucoup de fresques aussi, comme ici saint Jean l’évangéliste, ou une représentation du premier concile œcuménique de Nicée.
 
696f2a Nauplie, Saint Georges
 
696f2b Nauplie, Agios Georgios
 
696f2c Nauplie, Saint Georges
 
696f2d Nauplie, Saint Georges
 
696f2e Nauplie, Saint Georges
 
La belle et grande église Saint Georges (Agios Georgios) est la cathédrale de Nauplie. C’est un édifice du seizième siècle qui était revêtu de fresques du dix-septième siècle italien, mais ces fresques, qui n’ont pas été effacées, ont été recouvertes en 1823, lorsque la ville a été reprise aux Turcs qui avaient fait de l’église une mosquée, de nouvelles fresques d’un peintre grec. À l’intérieur, j’ai particulièrement été frappé par la qualité du travail du bois, comme cet angelot ou la porte de l’iconostase.
 
696f3 Nauplie, église de la Vierge (naos Panagias)
 
Nous sommes maintenant dans l’église de la Panagia, c’est-à-dire l’église de la Vierge. Du moins est-ce le nom qui est indiqué sur le mur de l’église, précisant qu’elle est du quinzième siècle. Mais dans le livre que nous avons acheté, elle est appelée Panagitsa, Petite Vierge. Toutes ces églises sont différentes les unes des autres, elles sont d’époques différentes et de styles différents. Mais l’œil habitué aux églises catholiques occidentales ne perçoit pas instantanément et clairement ces différences. Je me rappelle la réaction de mes élèves de Concepción, au Chili, dont le pays a été colonisé et christianisé à partir du seizième siècle, lors du grand voyage en France que je leur avais concocté. Romanes ou gothiques, toutes les églises étaient semblables à leurs yeux. Ils voyaient bien, par ailleurs, que le château de Chinon était plus vieux, mais Chambord, Chenonceau, Amboise, ainsi que Fontainebleau ou Saint-Germain ne différaient guère que par leurs dimensions et leur environnement. Arrivé en Grèce, pendant plusieurs mois je n’ai pas été sensible aux différences à l’intérieur des églises. Nous sommes arrivés à Igoumenitsa le 8 décembre. Je rédige ces lignes le 14 avril et je dois avouer que mon œil ne s’est fait que depuis trois ou quatre semaines.
 
696g1 Nauplie, le musée dans l'arsenal vénitien (1713)
 
Pour conclure cet article sur Nauplie, rendons-nous dans ce bâtiment construit en 1713 pour servir d’arsenal aux Vénitiens. Ce n’est pas l’arsenal que nous visiterons. Il a aussi servi de caserne. Ce n’est pas non plus pour m’engager dans l’armée grecque. Mais depuis 1930 le premier et le second étages sont un musée archéologique, et cela nous intéresse l’un et l’autre.
 
696g2 Nauplie, figurine féminine, 5300-4500 avant J.-C
 
696g3 Nauplie, collier néolithique, 6800-3200 avant J.-C
 
Commençons par ces objets. Leur âge donne le tournis. Pour cette figurine féminine en terre cuite, aux hanches larges, elle est datée dans une fourchette de 5300 à 4500 avant Jésus-Christ. Au bas mot, six millénaires et demi. Pour ce collier de coquillages, la fourchette est plus large, entre 6800 et 3200 avant Jésus-Christ, soit une possibilité de presque neuf mille ans. Certes, on présente le néolithique comme un progrès de la civilisation, c’est l’âge de la pierre taillée et polie, néanmoins on a souvent tendance à se représenter, à cette époque, l’homme vêtu d’une peau de bête, un gourdin dans une main et de l’autre traînant sa femme par les cheveux. Certes c’est caricatural, et on le sait bien, mais on a du mal à se représenter un niveau de civilisation aussi évolué, capable de façonner de tels objets. Enfin… je dis “on” mais je devrais dire ‘.“je” car sans doute mes lecteurs sont-ils plus ouverts que moi aux civilisations éloignées.
 
696g4 Nauplie, linéaire B, 13e-12e siècle avant JC
 
J’ai déjà parlé du linéaire B, cette écriture mycénienne dont l’architecte britannique Michael Ventris a découvert en 1952 que c’était un alphabet syllabique, qu’il est parvenu à déchiffrer et dont il a constaté alors que c’était du grec. Écrites dans de la glaise humide, ces tablettes ont cuit dans l’incendie des palais, ce qui a permis leur conservation. Celle-ci, du treizième ou du douzième siècle avant Jésus-Christ, et qui est reproduite sur un dessin situé sous elle pour plus de lisibilité, concerne un bail immobilier.
 
696g5 Nauplie, figurines du 14e au 12e siècles avant J.-C
 
Parmi toutes les figurines de terre cuite, j’ai choisi ces trois-là parce que je les trouve amusantes et originales. La première, du douzième siècle, provient du petit sanctuaire de Tirynthe. Son type aux bras levés est bien connu, mais celle-ci, façonnée au tour, est finement modelée et peinte, diadème, colliers, bracelets, robe, seins. Quant au visage, au nez fort, aux yeux ronds, à la bouche entrouverte, il est fin et expressif. La statuette du milieu est un peu plus ancienne, elle est de la seconde moitié du treizième siècle. C’est une déesse aux formes élancées et longilignes, très élégamment vêtue d’une longue robe et d’un chapeau rond. Elle aussi façonnée au tour, elle a fait l’objet ensuite d’un travail minutieux sur les détails et sur la peinture. Elle provient de Midea, une autre citadelle d’Argolide. Quant à la troisième figurine, à droite, datée entre 1400 et 1300 elle est encore plus ancienne. Cet homme qui se vautre dans son trône est à mourir de rire, avec ses jambes courtes qui ballottent comme celles d’un enfant sur un siège trop haut pour lui. Il a été découvert dans une tombe de Nauplie.
 
696g6 Nauplie, outils de bronze 1350-1250 avant Jésus-Chri
 
Ici sont présentés de nombreux instruments mycéniens. Puisque ce sont les Doriens qui, apportant la connaissance du travail du fer, ont mis fin à la civilisation mycénienne, cette dernière est donc encore à l’âge du bronze, alliage dont sont faits ces objets. De haut en bas, nous voyons des pincettes (1350-1280), peut-être une cuillère (1350-1250), une scie (1350-1250), un poignard (1350-1280), et puis sur le côté droit une petite pince (1350-1280) et une lame de couteau (1350-1280). Des formes très modernes.
 
696g7a Nauplie, cuirasse, fin 12e siècle avant JC
 
696g7b Nauplie, casque de bronze, 1050-1025 avant J.-C
 
Cette armure et ce casque, en bronze, des pièces exceptionnelles et remarquables, ne sont pas exactement contemporains puisque l’armure a été trouvée dans une tombe du quinzième siècle avant Jésus-Christ tandis que le casque de la seconde photo vient d’une tombe de Tirynthe de 1050-1025 avant Jésus-Christ, soit de quatre siècles plus récent. Sa forme cependant n’est pas fondamentalement différente de celle du casque présenté avec l’armure qui, lui, a dû subir une reconstitution. L’ivoire qui le décore ou le renforce provient, dit la notice, de défenses d’ours (tusk en anglais), mais je ne sache pas que les ours aient des défenses, et je suppose qu’il faut comprendre que c’est de l’ivoire de dents d’ours.
 
696h1 Nauplie, bouclier votif, début 7e siècle avant J.-C
 
Nous voici à présent au septième siècle avant notre ère. Cette amusante scène de combat est peinte sur un petit bouclier votif en terre cuite. Ce n’est pas, en effet, une matière convenable pour réaliser un vrai bouclier.
 
696h2 Nauplie, fragment de cratère attique, 6e s. avant JC
 
Ce bout de céramique me réjouit. Il est apparemment sans grand intérêt, mais il est très instructif pour la phonétique du grec ancien. En effet, il existait dans l’alphabet un epsilon, E fermé bref (comme dans l’été passé) et un êta (aujourd’hui ita), E ouvert long (comme dans j’aime la crème). Et il était fréquent aussi de rencontrer la diphtongue EI (prononcée comme dans groseille, treille). Mais il est arrivé qu’au cours des siècles la langue fasse disparaître un S entre un epsilon et une consonne, comme en français entre O et une consonne dans hôpital (cf. hospitalisation). Lorsque le S s’est amuï (est devenu muet), il a entraîné un allongement de l’epsilon qui le précédait. Problème, car l’alphabet grec ne comporte pas de E fermé long. Certains dialectes ont opté pour la graphie avec êta, qui ne correspondait pas à la prononciation. Mais il fallait bien adopter une convention. En français, par exemple, GN (le bagne) ne se prononce pas comme G+N, et CH (chaud) ne se prononce pas comme un K aspiré. Certains dialectes ont choisi la convention EI pour le E long fermé. Ainsi, le radical indo-européen du verbe être est ES- (en latin esse, es, est, et en grec “il est” = esti). La première personne du présent de l’indicatif, en grec, était es-mi. Après amuïssement du S, les dialectes en question ont écrit eimi mais on prononçait émi. La graphie EI pouvait donc correspondre à deux prononciations différentes, diphtongue ou E long fermé. Or sur ce fragment de cratère du sixième siècle avant Jésus-Christ, je lis ATHANAIAS EMI, je suis à Athéna. Cela, c’est du dialecte dorien.
 
696i1 Nauplie, danseuse, 3e siècle avant Jésus-Christ
 
Toutes mes excuses pour cet intermède philologique qui n’intéresse que moi ! J’en viens à des choses plus gracieuses, comme cette danseuse du troisième siècle avant Jésus-Christ, et donc d’époque hellénistique. On voit qu’aux mouvements du corps la danseuse ajoute ceux d’un grand voile.
 
696i2a Nauplie, miroir aux baigneuses, fin 3e-2e s. avant J
 
696i2b Nauplie, miroir aux baigneuses, fin 3e-2e s. avant J
 
J’aime également beaucoup ce miroir ouvrant fin troisième siècle avant Jésus-Christ ou début second siècle, avec son couvercle décoré de cette scène en relief. Ces deux femmes sont à la toilette, accroupies devant une cuvette. Au milieu, on voit un filet d’eau qui tombe. La femme de gauche, peut-être une servante, avec ses cheveux plus courts, tend le bras gauche vers la longue chevelure de l’autre, qui se retourne comme pour surveiller si on les regarde, et serre dans ses deux mains la main droite de la femme de gauche. Cette scène est à la fois naturelle, vivante, et esthétiquement très réussie.
 
696j Nauplie, renforcement de sandales, en fer
 
La forme de ces objets ne laisse pas de doute pour la partie du corps à laquelle ils sont destinés. Ce sont des renforcements de sandales en fer. Hélas, l’étiquette explicative n’indique ni une date, ni une provenance. On reste donc sur sa faim, mais cela ne retire rien à la curiosité de ces objets.
 
696k1 Fouilles à Mycènes, août 1952, par Nikolaos Tobazi
 
696k2 Nikolaos Tobazis, Repas des fouilleurs, Mycènes sept
 
Ici comme dans bien d’autres musées de Grèce, les richesses exposées sont innombrables, toutes plus intéressantes les unes que les autres. J’ai fait un choix arbitraire, en fonction de mes goûts et de mes centres d’intérêt. Je ne peux hélas pas tout montrer. J’arrête donc là la présentation des antiquités, mais j’y ajoute ces deux photos prises dans le passage. En effet, sur les murs du couloir sont exposées des œuvres du photographe grec Nikolaos Tobazis (1898-1986). Il a réalisé ses prises de vues sur les lieux de fouilles archéologiques, et permet donc de voir le chaînon entre l’objet avant sa découverte, et l’objet tel qu’il est exposé au musée. La première photo a été faite à Mycènes en août 1952, et la seconde, le repas des fouilleurs, à Mycènes également, en septembre 1953.
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Published by Thierry Jamard
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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 02:20
695a Le site de Némée
 
Après notre visite de l’Acrocorinthe hier, nous sommes allés passer la nuit sur le parking du site de Némée pour aller le visiter suffisamment tôt parce que, en fait, il est réparti en deux endroits différents, la ville antique dans l’enceinte de laquelle est situé le musée et à quelque distance le stade. Nous voici donc sur le site principal où, comme on peut le constater, il reste peu de chose des bâtiments. Pourtant la ville avait été une cité importante, organisant des jeux panhelléniques, et c’était près d’elle que se situait une légende célèbre, l’un des douze travaux d’Héraklès, le lion de Némée. J’ai bien souvent évoqué cette légende, le 7 juillet dernier à Palerme je l’ai même racontée, mais sans ses origines. Ici, dans cette ville, le moment est propice pour y revenir. Héra, à qui décidément la mythologie prête un bien sale caractère (mais Zeus, son mari, lui est si souvent infidèle… on peut comprendre qu’elle soit aigrie), avait placé un lion monstrueux, frère du sphinx de Thèbes dont je parlais dans mon dernier article, aux portes de Némée. Ce lion, invincible par le fer d’une lame ou par la pointe d’une flèche, ravageait le pays et dévorait tout ce qu’il trouvait, troupeaux ou habitants. Eurysthée, le cousin d’Héraklès au service duquel ce dernier avait dû se mettre après consultation de l’oracle de Delphes, pour expier le meurtre (involontaire) des enfants qu’il avait eus de Mégara, lui ordonna de débarrasser la ville de ce lion. Héraklès se rendit à Némée, et fut hébergé par un pauvre paysan du nom de Molorchos, qui ne possédait rien d’autre qu’un bélier et dont le fils avait été dévoré par le lion. Ému du courage de son hôte, et pour honorer celui qui se proposait d’affronter le monstre et ainsi de venger la mort de son fils, Molorchos voulut sacrifier son bélier. Héraklès arrêta son bras, lui demandant d’attendre trente jours avant le sacrifice. Si, au bout de trente jours, il n’était pas de retour, c’est qu’il était mort et il faudrait sacrifier le bélier à sa mémoire. Si, en revanche, il revenait vainqueur, il faudrait sacrifier le bélier à Zeus Sôtêr (Sauveur). Et il partit. Or le fauve habitait une caverne à double issue. Ayant essayé ses flèches sans succès, Héraklès boucha l’une des issues de la caverne, puis y pénétra de l’autre côté et, lorsque le lion sauta sur lui, il le saisit à bras le corps et le serra contre sa poitrine dans ses bras puissants, si fort qu’il parvint à l’étouffer. De sa tête, il se fit un casque. Mais quand il voulut écorcher le corps pour se revêtir de sa peau, il ne trouva pas de lame qui pût l’entamer. C’est alors qu’il eut l’idée d’utiliser les propres griffes de l’animal. Désormais, dans les représentations, nous reconnaissons le héros à la dépouille du lion dont il se revêt. Mais le temps avait passé, les trente jours étaient écoulés et dans sa pauvre maison Molorchos prit son bélier et, pensant Héraklès mangé par le lion, décida de lui sacrifier l’animal. Il prit son couteau, et avant de frapper la victime, il leva les yeux. Héraklès était en train d’arriver, revêtu de la peau du lion. Alors il sacrifia le bélier à Zeus Sôtêr. Héraklès, lui, sur le lieu même où Molorchos avait sacrifié son bélier, fonda les Jeux Néméens. Puisque c’était la demeure d’un paysan, elle était hors les murs de la ville, et voilà pourquoi le stade est à quelque distance du site archéologique.
 
695b1 Némée, mur et puits
 
695b2 Némée
 
695b3 Némée
 
Il est plaisant, il est intéressant aussi, de parcourir le site, mais comme je le montrais sur ma photo générale, il ne reste pas grand-chose de la ville. Ci-dessus on discerne un puits devant un mur, mais rien ne me dit sur ma seconde photo ce qu’est cette colonne au milieu d’une salle, ni sur la troisième photo ce que pouvait être cette construction circulaire dont il ne reste que la base, arasée au niveau du sol. Aucun petit panonceau explicatif. Pourtant, les archéologues, en découvrant des objets, statues, etc., peuvent émettre des hypothèses, mais ces objets une fois transférés dans le musée local ou au musée archéologique national d’Athènes sont intéressants pour eux-mêmes mais ne parlent plus pour expliquer le site. Ce que je sais c’est que les cités avaient chacune un bâtiment pour loger leurs pèlerins, leurs marchands, leurs ambassadeurs, mais surtout, au moment des jeux, leurs délégations. C’est l’équivalent du village olympique de nos jours. Peut-être la deuxième photo représente-t-elle l’un de ces logements.
 
695c1 Le temple de Zeus à Némée
 
695c2 Le temple de Zeus à Némée
 
695c3 Le temple de Zeus à Némée
 
Mais il y a un très beau monument, c’est le temple de Zeus, construit au quatrième siècle avant Jésus-Christ en style dorique. Alors que nous étions là, un groupe de grands élèves anglophones a débarqué avec le professeur, ils sont allés droit à ce temple, le professeur a longuement parlé à son auditoire très attentif, puis tout le monde est reparti sans un coup d’œil à autre chose que le temple.
 
695c4 Némée, le temple de Zeus par Lear (1812-1888)
 
695c5 Le temple de Zeus à Némée
 
695c6 Le temple de Zeus à Némée
 
Mon guide Michelin date de janvier 2004. Il dit que seules trois colonnes de ce temple qui en a compté 6x12, sont encore debout. Et c’est ce que l’on voit sur ce dessin de l’humoriste anglais Lear (1812-1888) qui se définissait lui-même comme "peintre de topographie poétique". En effet, il préférait peindre des paysages, de sorte que ce temple de Némée est l’un des rares exemples de représentations de ruines antiques. À partir d’avril 1848, il a passé cinq ans en Grèce, seulement interrompus par quelques voyages. Il a produit une multitude de dessins et d’aquarelles, travaillant à une vitesse prodigieuse. Ainsi, ce temple de Zeus à Némée est daté du 31 mars 1849 à sept heures du matin et l’après-midi du même jour il travaillait à Mycènes. Trois colonnes, donc, en 1849, et toujours trois en, disons, 2003 lors de la rédaction du guide. Et moi j’en compte neuf. Sur le dessin de Lear, le sol est jonché de tambours de colonnes en désordre alors que je n’ai vu que quelques tambours rangés dans un coin (à droite sur la première de ces deux photos). Ces dernières années, donc, six colonnes ont été remontées, et parce que juste derrière il y a des grues et des baraques de chantier, parce que d’autre part, personne n’oserait construire là un immeuble, une ou deux autres colonnes se dresseront probablement bientôt ici.
 
695d Némée, bassins aux thermes
 
Il est un autre endroit de la ville qui a été assez bien conservé, ce sont les thermes. Les fouilles, qui ne sont pas achevées, sont protégées sous un grand hangar qui n’est guère esthétique mais qui, ne consistant qu’en un toit de tôle sur des piliers métalliques, ne gêne nullement pour la visite, et il faut bien admettre qu’il est nécessaire. Ces thermes comportent des salles de sport. Ici, nous sommes du côté des vestiaires, ces bassins étaient remplis d’eau fraîche et les athlètes s’en aspergeaient mutuellement la tête. Une autre salle identique se trouve un peu plus loin, et entre les deux un bassin servait de piscine pour se rafraîchir le corps.
 
695e Musée de Némée, figurines du 15e s. avant J.-C
 
Depuis le départ du groupe anglophone, nous sommes seuls sur le site. Le musée nous attend, portes grandes ouvertes. Je dis tout de suite qu’une vingtaine de minutes après y être entrés, nous nous sommes fait flanquer à la porte. Difficile de deviner ce qui n’est inscrit nulle part, ce qui ne nous a été dit par personne. Sur la grille à l’entrée, il est dit, sans distinguer le musée du site, que c’est ouvert tous les jours, même le lundi (jour de fermeture de bien des sites et musées en Grèce, comme le mardi en France). Nous avons pris et payé nos billets au tarif normal, sans remise spéciale parce que c’est lundi. Or, nous a dit d’un air peu amène et d’un ton rogue l’homme qui nous a éjectés, le lundi est le jour de nettoyage du musée, et lorsque j’ai allégué que les portes étaient grandes ouvertes, il a répliqué d’un air d’évidence qu’il fallait bien que les employés circulent. Heureusement, nous avions eu le temps de voir l’essentiel et de faire les photos correspondantes. Par exemple ces figurines de terre cuite du quinzième siècle avant Jésus-Christ. Certes, nous en avions vu des masses au musée Cycladique à Athènes, ainsi qu’ici ou là dans d’autres musées, mais nous avons ici, à gauche, une kourotrophos, une femme qui allaite un bébé, ce qui est loin d’être courant. Celle de droite aussi, les deux mains sur la poitrine, est originale.
 
695f1 Musée de Némée, bijoux 15e siècle avant JC
 
Ces petits bijoux en feuille d’or façonnée en relief datent du quinzième siècle avant Jésus-Christ. On voit ce bijou en forme de fleur de papyrus stylisée, au milieu une feuille à trois lobes et, à droite, une autre fleur de papyrus de plus grandes dimensions. Afin que l’on voie mieux le dessin, même en plaçant trois images dans la largeur réduite de ce blog, j’ai à chaque fois isolé un seul bijou, mais le musée en présente plusieurs de chacun de ces types. Quoiqu’aucune explication supplémentaire ne soit donnée, je suppose qu’il ne s’agit ni de pendentifs, ni de boucles d’oreilles, mais plutôt d’ornements cousus sur des vêtements.
 
695f2 Musée de Némée, bagues vers 1500 avant J.-C
 
En revanche, il s’agit ici clairement de bagues. Toutes trois datent des alentours de 1500 avant Jésus-Christ. Je trouve magnifique, en haut, ce cheval attelé à un char. Le trait est nerveux, le mouvement est vivant, la composition est bien posée, donnant la priorité au cheval sur l’attelage. Sur la deuxième bague, deux femmes portent à la main une fleur à longue tige et elles s’avancent en procession. Là non plus il n’y a aucune explication mais on peut penser qu’elles célèbrent une divinité de la végétation et de la fécondité, sans doute pas encore Déméter qui est arrivée avec les dieux de l’Olympe vers le huitième siècle avant Jésus-Christ, mais une divinité chthonienne, peut-être Gê (Gaia), la Terre. De chaque côté de la troisième bague, on distingue un immeuble sur deux niveaux, et sur leurs toits il semble que ce soient des cornes de consécration. Les trois femmes devant ces immeubles sont dans des postures qui évoquent des rites religieux, comme aussi les cornes sur les bâtiments. Quels que soient les dessins, je trouve ces trois bagues superbes et les gravures remarquablement décoratives. Ces objets proviennent d’un cimetière mycénien proche de Némée, et certains d’entre eux avaient été volés au cours des fouilles des années soixante-dix. Personne n’a jamais mis en doute l’honnêteté des archéologues, mais sans doute des voleurs s’étaient-ils introduits sur le site pendant la nuit et avaient-ils fouillé en cachette pour leur compte. Quand, en avril 1993, des bagues et autres bijoux mycéniens dont le dessin et la facture évoquaient sans doute possible d’autres bijoux trouvés dans ce cimetière et exposés depuis 1984 au musée de Némée, ont été annoncés pour une vente aux enchères à New-York, le Gouvernement grec en a été averti et en mai 1993 il a déposé devant les tribunaux américains une requête en annulation de la vente. La justice américaine a annulé la vente et a ordonné que ces objets soient remis à une fondation américaine de Washington pour la préservation de l’héritage grec, laquelle association a organisé des expositions de ces objets à Dallas et à Washington avant de les rendre à la Grèce en janvier 1996. Ils ont ensuite fait l’objet d’une exposition au musée national d’Athènes et ont enfin intégré le musée de Némée auprès de leurs frères. L’histoire ne dit pas si les vendeurs qui avaient soumis ces objets au commissaire-priseur croyaient avoir acquis des pièces de collection honnêtes, ni si les voleurs ont été identifiés et arrêtés.
 
695g1 Stade de Némée, salle de préparation
 
Chassés du musée, nous pensons avoir le temps de refaire un tour du site, d’aller admirer encore un peu le temple de Zeus, avant de reprendre notre véhicule pour nous rendre au stade. Lieu important, puisqu’avec les jeux olympiques, les jeux pythiques (à Delphes), les jeux isthmiques (à Corinthe), les jeux néméens font partie de ces quatre moments panhelléniques essentiels pendant lesquels, quelle que soit la situation politique, quelles que soient les tensions voire les guerres entre les cités perpétuellement en rivalité, une trêve est respectée par tous et la seule lutte est sportive. Lieu également important dans la mythologie puisque là vivait le paysan Molorchos qui a hébergé Héraklès, puisque là Héraklès a institué les jeux à l’emplacement du sacrifice du bélier à Zeus qui était honoré dans le temple de la ville. Tout de suite après l’entrée du site du stade, on peut voir cette salle à colonnes. Il ne s’agit pas d’un temple, mais de la salle où les athlètes se préparent et où se trouve leur vestiaire.
 
695g2a Stade de Némée, couloir d'accès
 
695g2b Stade de Némée, couloir d'accès
 
Au fond de la salle à colonnes, se trouve l’entrée d’un tunnel qui conduit directement sur le stade. Soit pour des raisons de sécurité, soit parce qu’il est en travaux, ce tunnel est fermé au public. Je publie donc une photo des archéologues qui l’ont découvert. Long de 36 mètres, il est voûté en plein cintre, ce qui constitue l’un des premiers exemples de voûtes dans l’architecture de la Grèce car il est, à coup sûr paraît-il, antérieur à 320 avant Jésus-Christ. Pour revenir en France, on sait que l’amphithéâtre de Nîmes est romain parce que ses couloirs sont voûtés tandis que celui d’Arles est grec parce que les plafonds de ses couloirs sont plats. Une jeune femme archéologue, une intellectuelle en jeans serrés dans les années soixante-dix du vingtième siècle, les deux scientifiques avec un bob sur la tête, personne ne peut douter un seul instant que ce sont des Américains. Et en effet, les fouilles de Némée ont été menées –sont menées depuis 1973– avec brio par l’université californienne de Berkeley et la rue qui mène au site archéologique porte le nom de l’université.
 
695g3 Stade de Némée
 
Ici, nous sommes sur le stade et l’on voit le débouché du tunnel par lequel arrivaient les athlètes et les juges. Puis les athlètes prenaient place sur le stade et les juges se répartissaient aux différents emplacements, ligne de départ, ligne d’arrivée, ou mesure des distances pour les lancers, tandis que d’autres s’installaient dans les tribunes, un peu à part des quarante mille spectateurs que pouvaient accueillir les gradins.
 
695g4 Stade de Némée
 
Et enfin voici le stade, long de 177 mètres et large de 22. On distingue très bien, près de nous juste derrière les arbres du premier plan (pour prendre cette photo du stade entier en le surplombant un peu, je suis monté dans le bois qui se trouve derrière), une ligne de pierre sur le sol, parfaitement conservée. C’est la ligne de départ pour la course. C’est peut-être aussi la ligne pour le lancer du disque, du javelot…
 
695g5 Stade de Némée
 
Avant de terminer notre visite de Némée, une dernière image et un dernier commentaire. À quelque distance coule une source. Son eau était amenée au stade par des canalisations de terre cuite et coulait dans ces rigoles de pierre tout le long du stade. De loin en loin le caniveau laissait l’eau franchir une petite cuvette où elle se décantait. Ainsi était assurée de façon permanente l’alimentation en eau fraîche et pure.
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Published by Thierry Jamard
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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 03:55
694a1 Golfe Saronique face à Salamine
Jeudi 7 avril. Nous quittons Athènes. Nous allons faire le tour du Péloponnèse, Corinthe, la côte est, peut-être allons-nous faire la traversée vers Cythère, puis nous remonterons par l’ouest vers Olympie où nous avons rendez-vous avec un couple d’amis (j’en reparlerai le moment venu), nous regagnerons la Grèce continentale en traversant le détroit par le pont de Patra et nous rentrerons à Athènes par Delphes (dont nous n’avons pas eu le temps de voir le musée le 13 mars) et Osios Loukas. Nous avons choisi de ne pas prendre l’autoroute pour pouvoir nous arrêter à prendre des photos et pour mieux jouir du paysage. Nous longeons donc la côte du vaste golfe délimité par l’Attique à l’est et par la côte orientale du Péloponnèse à l’ouest, le golfe Saronique. Dans sa partie supérieure, il est étranglé par l’île de Salamine (victoire grecque déterminante contre les Perses en 480 avant Jésus-Christ), créant au fond du golfe un golfe intérieur, secondaire, le golfe de Mégare. Nous sommes ici en train d’en suivre la côte, et ce que nous voyons sur notre gauche, c’est la côte de l’île de Salamine.
 
694a2a Canal de Corinthe
694a2b Canal de Corinthe
Puisque l’isthme de Corinthe est coupé, depuis la dernière décennie du dix-neuvième siècle, par un canal qui évite aux navires dont le tirant d’eau n’est pas trop important de faire tout le grand tour du Péloponnèse pour passer de la Méditerranée occidentale à la Méditerranée orientale, nous avons donc dû le franchir. Sur l’autoroute, on ne voit rien, mais la route le franchit sur un petit pont, et un parking est prévu pour les visiteurs intéressés. D’en haut nous le regardons vers l’ouest, puis vers l’est, espérant voir l’un des 12500 bateaux qui l’empruntent chaque année. En supposant un trafic constant, cela fait 34 passages par jour, un toutes les 42 minutes. Évidemment, il y en a plus en août qu’en novembre, plus le jour que la nuit. Mais c’est déjà le printemps, nous sommes en plein jour, nous sommes restés là plus d’une heure et nous n’avons rien vu passer. Dommage.
 
694a2c Canal de Corinthe
 
Nous avons donc eu largement le temps de lire les grands monuments gravés au souvenir de ceux qui ont œuvré pour ce canal, dont les ingénieurs hongrois, ainsi que les chiffres caractéristiques du canal. Outre le chiffre de 12500 passages, je remarque qu’en effet les gros bateaux ne peuvent l’emprunter puisqu’il ne fait que 24,60m de large et, surtout, seulement huit mètres de tirant d’eau. Et puis il n’est pas étonnant qu’il soit impressionnant à voir, avec une profondeur de près de 80 mètres alors qu’il est si étroit.
 
694a3 Saut à l'élastique, canal de Corinthe
 
Impressionnant ? Alors pour qui aime les émotions fortes, pour qui aime les impressions, on peut en rajouter un peu en sautant dans le vide. Comme on le voit sur ce panneau publicitaire, d’ores et déjà, en avril, on peut sauter chaque week-end et chaque jour en été. Puisque trente mille sauts ont déjà eu lieu, faut-il considérer que c’est rassurant, ou bien doit-on craindre que l’élastique ne soit usé ? Je plaisante, j’ai l’air de me moquer, mais en fait j’aurais bien aimé essayer. Hélas, deux raisons s’y sont opposées. La première, c’est qu’aujourd’hui c’est jeudi, et que l’on ne va pas rester là jusqu’au week-end. Et la seconde, c’est que Natacha m’a traité de fou et m’a dit que de toute façon elle ne m’aurait pas laissé faire ces stupidités. Il n’y a pas à discuter sur ses motivations, je veux croire que c’est parce qu’elle tient trop à moi…
Mais j’ai daté cet article du 8 au 10 à Corinthe, or ce trajet nous l’avons fait le 7 et le canal dit de Corinthe ne se trouve pas à Corinthe. Il est donc temps de dire que nous nous sommes installés dans une halte pour camping-cars ouverte par un agriculteur du coin, de coût très raisonnable, proche du site archéologique et où, deux fois pendant ce court séjour, notre hôte a invité (oui, invité, ce qui veut dire gratuitement) tous ses clients à un dîner convivial, ce qui nous a donné l’occasion, non seulement d’apprécier sa gentillesse, mais aussi de partager la conversation avec un couple anglais, un couple italien, un couple néerlandais. Très agréable, très sympathique, une adresse à retenir (ou plutôt à retenir qu’il suffit de suivre les panneaux bleus indiquant le "Camper Stop" où graphiquement le T de stop est figuré par une colonne ionique.
 
694b0a Corinthe, le site antique
694b0b Corinthe, le site antique reconstitué
Nous voici dans le sujet. Le site archéologique de Corinthe est très vaste. Ci-dessus, une vue d’ensemble, et une reconstitution de ce qu’a dû être la ville à l’époque romaine. Parce que la Corinthe ancienne, celle qui a donné naissance aux colonies de Sicile et de Corfou, la Corinthe de la Guerre du Péloponnèse, la constante rivale d’Athènes, l’oligarchique Corinthe opposée à la démocratique Athènes, cette Corinthe-là a disparu avec l’arrivée des Romains. Des monuments anciens ont été conservés, comme son temple d’Apollon, mais son plan a été quadrillé à la romaine, des quartiers neufs se sont édifiés en abattant ce qui précédait, et la ville qu’a évangélisée saint Paul en 51-52 ou celle qu’a visitée Pausanias n’a plus grand chose à voir avec la cité historique. J’ai pris ma photo de l’extérieur du site, je suis dans la rue moderne qui, sur la reconstitution, passerait entre le théâtre et l’odéon (les deux hémicycles sur la droite) et couperait le bâtiment carré qui entoure une cour en quadriportique, au milieu en bas, et mon objectif est tourné vers l’angle supérieur gauche de ce dessin, de sorte que la rue antique que l’on voit est celle qui, sur la reconstitution, longe le temple et les ruines au premier plan de ma photo sont celles de ce quadriportique.
Un mot quand même du passé de la ville. Dés 5000 avant Jésus-Christ le site a été habité, avec de petites maisons. Vers 2800 la ville est passée sans heurt du néolithique au bronze ancien. Au deuxième millénaire, de 1800 à 1200 environ (époque mycénienne et Guerre de Troie), Corinthe subsiste mais voit ternir son étoile, elle est en lente décadence. Et puis, comme bien d’autres villes en Grèce (mais pas sa voisine, la petite Lechaion), Corinthe est détruite et on perd sa trace. Plus rien. Et on la voit réapparaître au début du premier millénaire, fin du dixième siècle ou début du neuvième siècle. De même qu’à l’époque préhistorique, en ce début de millénaire elle est située un peu à côté du site que nous lui connaissons, elle est juste au pied de cette grosse montagne que l’on appelle l’Acrocorinthe (dont je vais reparler tout à l’heure). Sa prospérité va croissant, elle est grande au huitième siècle, et la création de colonies (Corfou en 734, Syracuse en 733) en atteste. Dans maints musées nous avons vu les célèbres vases corinthiens. Pour aller les vendre, un certain Aménoklès, un Corinthien, invente la trière, navire à trois rangs de rameurs que bien des cités grecques copieront et qui sera aussi l’ancêtre de la trirème romaine. Nous en venons à l’épisode que j’ai évoqué plus haut, l’arrivée des Romains en 146 avant Jésus-Christ, la victoire du général Mummius qui rase la ville, tue ceux des habitants qui ne peuvent être vendus comme esclaves, expédie sur Rome les statues et autres œuvres d’art. La ville est morte. Un siècle plus tard, à partir de César en 44 avant Jésus-Christ, Rome décide d’en faire une colonie, on reconstruit des monuments sur une ville au plan romain, on y installe des populations, notamment des affranchis car un ex-esclave ne continue pas nécessairement à travailler pour son ex-patron ni à vivre sous son toit, et beaucoup de Juifs. Le quatrième siècle sera très dur pour Corinthe, très endommagée par un tremblement de terre en 375 puis envahie et incendiée par Alaric et ses Goths. Très rapidement voyons la suite, elle réussit à repousser l’invasion de pirates normands en 1147 mais d’autres pirates l’investissent en 1210, les Florentins l’occupent de 1358 à 1395, puis viennent les Turcs, les Vénitiens, les Turcs encore, jusqu’en 1822. Le séisme de 1859 amène à reconstruite la ville sur un nouveau site, à une petite dizaine de kilomètres, sur la côte. La Corinthe du Moyen-Âge et de l’époque moderne survit toutefois près du site antique. Mais deux séismes violents, coup sur coup en 1928 et 1930, détruisent presque tout. On reconstruira, selon des normes antisismiques, un petit bourg à cet emplacement, la grande ville étant la ville nouvelle sur la mer.
 
694b1 Corinthe, temple d'Apollon
694b2 Corinthe, temple d'Apollon
694b3 Corinthe, temple d'Apollon
Commençons notre visite par le monument le plus célèbre et sans aucun doute le plus spectaculaire, le temple d’Apollon. Il y a cependant beaucoup à voir et à parcourir sur le site qui inclut aussi le musée archéologique, si bien que le 8 et le 9 nous y passerons nos deux matinées (fermeture à 15h), ce qui a aussi permis de voir les monuments avec des éclairages différents… mais jamais dans le soleil couchant. Parce que les Romains, qui voulaient construire en terrain plat, ont taillé la colline à l’est et au nord, le vieux temple s’en trouve isolé en haut, ce qui le rend encore plus impressionnant.
 
694b4 Corinthe, temple d'Apollon
694b5 Corinthe, temple d'Apollon
Construit vers 550 avant Jésus-Christ, il comportait 15 colonnes sur les grands côtés et 6 sur les petits en comptant deux fois les colonnes d’angle, soit 38 au total, mais aujourd’hui seules 7 d’entre elles sont encore debout. En ce milieu du sixième siècle, c’est l’apparition du style dorique où la colonne n’a pas de base, son fût repose directement sur le soubassement de l’édifice, et à son sommet le chapiteau ne présente aucune décoration. C’est nu, c’est pur, c’est également massif. Les colonnes sont monolithiques et épaisses, puisque leur hauteur de six mètres est seulement un peu supérieure à quatre fois le diamètre à la base. Malgré sa célébrité, Vitruve s’est trompé, lui l’inventeur des proportions humaines dont Léonard de Vinci a tiré son fameux "homme de Vitruve" inscrit dans un cercle, car constatant que le corps d’un homme mesure six fois la longueur de son pied (ce qui est à peu près exact), il en a tiré la conclusion que la beauté des temples doriques grecs venait de ce que cette proportion de un à six se retrouvait entre le diamètre et la hauteur de leurs colonnes. Or si ce temple d’Apollon est particulièrement massif, même les autres temples doriques ne dépassent jamais la proportion de un à cinq un quart.
 
694c1a Corinthe, boutiques du nord-ouest
694c1b Corinthe, boutiques du nord-ouest
Le verso d’abord puis le recto, mes deux photos montrent une boutique, la seule qui subsiste d’une ligne d’échoppes dites du nord-ouest qui, sur la reconstitution, sont parallèles au grand côté du temple d’Apollon, situées dans la diagonale vers le haut à gauche.
 
694c2a Corinthe, boutiques de l'ouest
694c2b Corinthe, boutiques de l'ouest
Ce qu’aujourd’hui nous appellerions des centres commerciaux, il y en avait plusieurs à Corinthe, je ne vais pas montrer toutes les ruines, mais celles-ci, dites boutiques de l’ouest, sont en bon état et méritent d’être vues. Sur la reconstitution, plus haut que le temple d’Apollon on voit un autre temple, plus petit, entouré d’un grand rectangle de bâtiments bordés de portiques. La façade de ce rectangle qui regarde vers le bas à gauche, c’est celle de ces boutiques de l’ouest.
 
694c3a Corinthe, les propylées
694c3b Corinthe, les propylées
Faisant suite à la ligne de boutiques du nord-ouest, nous trouvons, juste avant les propylées qui terminent une large rue, un mur situé à faible distance d’un grand bâtiment. Ce mur, qui ne fait pas partie d’un bâtiment est la Façade des Captifs, monument orné de statues dont je parlerai plus loin, devant l’une d’entre elles qui a été transportée au musée.
 
694c4 Corinthe, la tribune
Ce bloc de pierre rectangulaire ne semble pas particulièrement digne d’intérêt, or c’est au contraire un monument important de la cité. C’est, en grec, le bêma (prononciation grecque moderne, vima), autrement dit la tribune créée pour permettre aux autorités politiques romaines de s’adresser au peuple. Pour les Romains, ce sont les rostres. Lorsque le consul Gallio a porté son accusation contre saint Paul, l’apôtre a dû monter sur le bêma pour présenter publiquement sa défense, en même temps que pour expliquer la doctrine de Jésus. Sur la reconstitution, on voit en face des propylées, de la Façade des Captifs, de la ligne de boutiques du nord-ouest, une immense place. C’est l’agora grecque qui date du quatrième siècle avant Jésus-Christ, et que les Romains ont conservée comme leur forum en ce même emplacement, mais entourée d’autres bâtiments puisque Mummius avait tout démoli. On voit qu’une ligne de monuments la sépare d’une autre place publique, moins large mais tout aussi longue. Le bêma se trouve au milieu de cette ligne de monuments.
 
694c5a Corinthe, route de Lechaion
694c5b Corinthe, route de Lechaion
Partant des propylées, sur l’agora, et filant vers le bas à droite de la reconstitution, cette route mène à Lechaion, le bourg qui sert de port à Corinthe et dont j’ai tout à l’heure évoqué l’origine très ancienne en disant que lui n’avait pas disparu quand a sombré la civilisation mycénienne. L’essentiel de l’activité de Corinthe tenant dans son commerce ainsi que dans ses relations avec ses colonies, il est clair que le trafic entre la ville et son débouché maritime devait être très intense, aussi faut-il imaginer une grande animation sur cette route. Malgré ce fort trafic, on ne remarque aucune trace de roues de chars dans ses larges dalles calcaires, alors que généralement les passages répétés de lourdes voitures creusent des sillons dans la pierre des routes. Ici ce n’est pas étonnant parce que cette route comporte de loin en loin quelques marches. Et malgré cet inconvénient, elle restera en usage jusqu’au dixième siècle de notre ère.
 
694c6 Corinthe, architrave du temple H
Sur le petit côté de l’agora, en haut à droite sur la reconstitution, il y a plusieurs très petits temples dont l’attribution n’est pas toujours sûre et que, pour cette raison, on désigne par des lettres. La photo ci-dessus montre l’architrave du temple H, qui était probablement dédié à Héraklès.
 
694d1 Corinthe, basilique julienne
694d2 Corinthe, basilique julienne
À l’opposé, à l’autre bout de l’agora, c’est la basilique julienne. Basilique, c’est-à-dire pour les Romains un bâtiment où se rend la justice et où se concluent des accords commerciaux. Quoiqu’appelée julienne, du nom de Jules César, elle a été construite du temps de l’empereur Auguste.
 
694e1a Corinthe, fontaine de Glaukè
694e1b Corinthe, fontaine de Glaukè
Ce bâtiment, directement taillé dans le roc lorsque la colline a été tranchée, recouvre quatre grandes citernes alimentées par un aqueduc qui prenait l’eau au pied de l’Acrocorinthe, cette grosse montagne que j’ai déjà évoquée et que je décrirai quand j’en viendrai à la visite que nous en avons faite. De l’eau de ces citernes coulait une fontaine, la Fontaine de Glaukè. Explications sur ce nom : Médée, la magicienne, a aidé Jason à conquérir la Toison d’Or à condition qu’il l’épouse. Ce qu’il fait. Mais Médée commet un crime qu’il est hors de mon sujet de détailler ici, et elle doit fuir avec Jason. Régnait aux temps légendaires sur Corinthe un roi du nom de Créon (à ne pas confondre avec le Créon de Thèbes qui intervient dans la légende d’Antigone). C’est chez lui que Jason et Médée se réfugient et vivent plusieurs années à sa cour. Or un jour, Créon décide de marier à Jason sa fille Glaukè (qui, dans certaines légendes, s’appelle Créüse). Jason accepte et décide de répudier Médée mais Créon, plus expéditif, pour faire place nette bannit Médée de son royaume. Évidemment, cela ne plaît pas à Médée qui, méditant sa vengeance, sollicite un délai de grâce d’un jour. Sans se méfier, Créon accepte. Médée alors s’empresse de préparer un philtre mystérieux dans lequel elle trempe une belle robe et des bijoux qu’ensuite elle charge ses enfants de porter à Glaukè en présent de noces. Pas plus méfiante que son père, Glaukè ravie enfile la robe pour se marier, mais immédiatement le vêtement lui communique un feu intérieur terrible. Créon veut venir au secours de sa fille, et quand il saisit la robe, lui aussi commence à brûler intérieurement. Pour tenter d’éteindre le feu, Glaukè se jette dans la fontaine qui est au centre de sa ville, et qui de ce moment-là prend le nom de Fontaine de Glaukè. Glaukè meurt brûlée et noyée, Créon meurt lui aussi consumé par ce mystérieux feu intérieur, qui finalement se communique au palais qui disparaît dans les flammes. Puis Médée tue ses deux enfants qu’elle avait eus avec Jason et qu’elle avait chargés de porter le présent empoisonné, et elle s’enfuit à Athènes. L’aventure n’est pas finie pour elle ni pour Jason, mais la suite est hors de mon propos. Telle est l’origine du nom de cette fontaine.
 
694e2a Corinthe, fontaine Pirène
694e2b Corinthe, fontaine Pirène
694e2c Corinthe, fontaine Pirène
Puisque nous parlons de fontaines, en voici une autre également célèbre, la Fontaine Pirène. Cette Pirène était la fille du dieu fleuve Asopos. Poséidon, épris d’elle, s’unit à elle et elle donna naissance à deux fils, Léchès et Kenchrias, qui donnèrent leur nom aux deux ports de Corinthe, Lechaion (nous avons vu la route qui y mène) et Kenchréai. Or un jour, la déesse chasseresse Artémis, pourtant experte dans le maniement de son arc, tua accidentellement Kenchrias. La douleur de Pirène fut écrasante, et elle versa tant et tant de larmes qu’elle fut transformée en une source. Plus tard, alors que Glaucos était roi de Corinthe, son fils Bellérophon était allé, un jour, se désaltérer à la source Pirène, quant il vit Pégase, le cheval ailé né du sang de la Gorgone, qui lui permit de tuer la Chimère et de vaincre seul les Amazones. La fontaine telle que nous la voyons aujourd’hui est le résultat de plusieurs transformations au cours des siècles, jusqu’à l’époque byzantine.
 
694f Corinthe, l'odéon
Le site archéologique s’étend, en fait, au-delà de la zone ouverte au public contre le paiement du droit d’entrée. Entre autres il y a des ruines (bien pauvres) du théâtre et les ruines ci-dessus de l’odéon, auxquelles on n’a pas accès mais que l’on peut voir derrière leurs grilles. Mais je ne m’y attarde pas parce que leur état les rend peu parlantes.
 
694g1 Musée de Corinthe, Combat des Amazones et des Grecs
Je préfère en venir au musée. Je vais sélectionner ici quelques uns des nombreux objets intéressants qui y sont exposés. Ci-dessus, ces plaques de marbre en bas-relief représentent le combat des Amazones et des Grecs. Je trouve ces scènes très belles, surtout la seconde malgré sa violence, en raison de l’expressivité de l’Amazone dont malheureusement le visage est brisé, et du mouvement de sa robe. Ces plaques décoraient la scène du théâtre à l’époque d’Hadrien (117-138 après Jésus-Christ).
 
694g2 Musée de Corinthe, Déméter, Zeus, Perséphone
Nous sommes en présence ici d’une stèle d’époque romaine impériale, premier siècle de notre ère, mais sculptée dans un style archaïsant censé évoquer une sculpture du sixième siècle avant Jésus-Christ. On y voit, sur trois côtés, d’abord Déméter, puis sur le devant Zeus, et enfin Perséphone apportant le blé.
 
694g3 Musée de Corinthe, homme en armure (2e s. après J.-
Cette statue d’un homme en armure date du second quart du deuxième siècle après Jésus-Christ et il provient de la basilique julienne. Je ne raffole pas de ce genre de statue, mais je trouve intéressant, sur un plan documentaire, de voir comment était fait le vêtement militaire à cette époque.
 
694g4 Musée de Corinthe, prisonnier phrygien
Tout à l’heure, j’ai montré ce qui reste de ce que l’on appelle le Mur des Captifs. Ce nom vient de ce qu’il était constitué d’atlantes, c’est-à-dire de colonnes taillées en forme humaine, représentant des prisonniers barbares. Ici nous voyons un captif phrygien. Ce mur et les statues colossales qui le constituent datent de la seconde moitié du deuxième siècle de notre ère ou du début du troisième siècle. Je trouve remarquable l’expression de résignation et de tristesse de cet homme.
 
694g5 Musée de Corinthe, Zeus (époque romaine)
Voici encore quelques sculptures parmi celles que je préfère. Ici, une splendide tête de Zeus datant de l’époque romaine (la notice n’est pas plus précise…).
 
694g6 Musée de Corinthe, Tychè (fin 1er s. après J. C.)
Ceci est une tête de Tychè, de la fin du premier siècle après Jésus-Christ. Tychè en grec, ou Fortuna en latin, c’est la fortune non pas au sens de richesse mais c’est le sort (comme on dit "une bonne fortune"), c’est une divinisation du hasard. Cette déesse n’apparaît pas dans les poèmes homériques ni chez Hésiode, elle n’entre dans aucun cycle de légendes et les récits mythologiques l’ignorent. Elle est née, en fait, de la réflexion philosophique de l’homme grec sur sa destinée, sur ce qu’il ne peut ni prévoir ni modifier. Mais le hasard apporte aussi des choses positives, et ainsi Tychè peut être favorable, elle peut veiller sur l’individu ou sur une collectivité, c’est-à-dire avoir des aspects de providence, que le christianisme détachera de la figure féminine de Tychè pour en faire la Providence divine. Pure abstraction théologique, elle se prêtera au syncrétisme, se confondant avec la déesse égyptienne Isis, épouse d’Osiris. Chaque ville, à l’époque romaine, l’honorera, et la représentera couronnée de ses murailles ou de tours, comme on le voit sur cette statue.
 
694g7 Musée de Corinthe, le poète comique Ménandre
C’est surtout parce que j’aime beaucoup Ménandre (342-293 avant Jésus-Christ) que j’ai sélectionné ici son effigie. Ce poète a composé plus de cent comédies, parmi lesquelles je distingue le Dyskolos (de l’an 316) parce que c’est la seule pièce intégrale que nous possédions de lui, parce que j’ai traduit et étudié en tous sens cette pièce qui était au programme de ma licence, et parce que le héros (Dyskolos signifie Atrabilaire) a inspiré l’Alceste de Molière dans son Misanthrope, d’ailleurs sous-titré L’Atrabilaire amoureux. Malheureusement ce portrait n’a pas été réalisé d’après nature, parce qu’il date du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ.
 
694g8 Musée de Corinthe, Eros (1er-2ème s. après J.-C.)
De la même époque, et entrant dans la même fourchette, cette tête représente Éros, ce dieu armé d’un arc qui décoche ses flèches dans le cœur d’hommes ou de femmes pour l’enflammer d’amour. C’est lui aussi qui rejoignait Psyché dans l’obscurité de la nuit, mais lui avait interdit d’allumer la lumière pour garder l’anonymat. Or elle, curieuse de voir son amant, une nuit qu’après avoir fait l’amour il reposait endormi à ses côtés, elle prit la lampe à huile qu’elle avait dissimulée sous le lit mais, de surprise en le voyant, elle fit un mouvement qui laissa tomber une goutte d’huile chaude sur l’épaule nue d’Éros, ce qui le réveilla. Il s’enfuit pour ne plus revenir. Évidemment, selon que l’on en fait un gamin espiègle qui volette autour de sa mère Aphrodite et décoche ses flèches par jeu au hasard, ou qu’on le fait entrer dans la légende de Psyché et qu’on lui assigne le rôle d’amant voluptueux, sa représentation ne sera pas la même, son apparence n’aura pas le même âge. Ici, joues rondes et sourire malicieux, c’est plutôt le jeune garçon facétieux.
 
694g9 Musée de Corinthe, Dionysos (2e s. après J.-C.)
Cette tête en marbre date du deuxième siècle de notre ère. Ce visage jeune, presque féminin, est celui de Dionysos qui se reconnaît aux feuilles de vigne dont son front est ceint. C’est en effet le dieu protecteur du vin et de ses effets, de la vision du monde telle qu’on le pense plus que comme les yeux le perçoivent. C’est en partie pour cela que le théâtre dont la réalité est celle voulue par l’auteur et qui prend vie sur la scène, s’opposant à la vie réelle, a été inventé pour sa célébration et que lors des concours de théâtre on présente un drame satyrique après la trilogie tragique, les satyres faisant partie de la suite de Dionysos. Je ne peux résister à la tentation de citer longuement Brassens dans une de ses chansons –un de ses poèmes– qui a aussi une portée philosophique (mais je n’irai pas jusqu’à citer ses soixante-six vers pour arriver à la conclusion), étant entendu que Bacchus est une autre appellation pour Dionysos :
               Du temps que régnait le Grand Pan,
               Les dieux protégeaient les ivrognes,
               Des tas de génies titubants
               Au nez rouge, à la rouge trogne.
               Dès qu'un homme vidait les cruchons,
               Qu'un sac-à-vin faisait carrousse
               Ils venaient en bande à ses trousses
                         Compter les bouchons.
 
       La plus humble piquette était alors bénie,
       Distillée par Noé, silène et compagnie.
       Le vin donnait un lustre au pire des minus
       Et le moindre pochard avait tout de Bacchus
       Mais se touchant le crâne, en criant "J'ai trouvé"
       La bande au professeur Nimbus est arrivée
       Qui s'est mise à frapper les Cieux d'alignement,
               Chasser les dieux du Firmament.
 
       Aujourd'hui çà et là, les gens boivent encore,
       Et le feu du nectar fait toujours luire les trognes
       Mais les dieux ne répondent plus pour les ivrognes.
       Bacchus est alcooolique, et le grand Pan est mort.
 
694h1a Musée de Corinthe, Sphinx (560-550 avt JC)
 
694h1b Musée de Corinthe, Sphinx (560-550 avt JC)
 
Je trouve admirable ce sphinx de 560-550 avant Jésus-Christ avec son sourire aussi énigmatique que celui de la Joconde. Ce sphinx était sur une tombe du cimetière de Corinthe, mais sa légende est directement liée à la ville de Thèbes. Lorsque mourut le roi de Thèbes, son fils Laïos (en français on utilise souvent la forme latinisée du nom, Laïus, notamment pour évoquer un discours long et ennuyeux, je vais y revenir après avoir réglé son compte au sphinx) était trop jeune pour régner, mais le régent s’étant emparé du pouvoir en son nom propre, Laïos dut s’enfuir. Il se réfugia chez Pélops. Là, il tomba amoureux de l’un des fils de Pélops, Chrysippos, et il s’enfuit en l’enlevant. De façon très curieuse, la légende attribue ainsi à Laïos l’invention de la pédérastie et ces mœurs auraient scandalisé Héra. Mais déjà avant lui Pélops avait été enlevé sur l’Olympe par Poséidon qui était tombé amoureux de lui, et Zeus avait enlevé Ganymède. Par ailleurs l’homosexualité était une pratique courante chez les Grecs de l’époque classique qui se mariaient relativement tard et qui, durant leur célibat, pratiquaient plus volontiers l’amour des garçons que celui des filles. Néanmoins, les Grecs pensaient qu’Héra avait été choquée, qu’elle avait soufflé à Pélops de maudire Laïos et que lorsqu’il était retourné à Thèbes et avait repris son trône elle avait placé ce sphinx aux portes de la ville. Cet être monstrueux, à tête de femme, corps de lion et ailes d’aigle, sœur du lion de Némée, posait des énigmes aux passants et tuait ceux qui ne trouvaient pas la solution. C’est-à-dire tous car personne ne savait répondre. On sait qu’Œdipe, le fils de Laïos et de Jocaste, avait été exposé dans la montagne parce qu’un oracle avait prédit qu’il tuerait son père et épouserait sa mère. Mais il n’était pas mort parce que des bergers corinthiens qui paissaient leurs brebis dans la région de Thèbes l’avaient recueilli et donné au roi et à la reine de Corinthe qui se désolaient que leur couple soit stérile –d’où, sans doute, la raison du sphinx sur cette tombe corinthienne– qui l’avaient élevé sans lui dire qu’il n’était pas leur fils. Aussi lorsqu’Œdipe reçut à Delphes le même oracle qu’il tuerait son père et épouserait sa mère, épouvanté il ne revint pas à Corinthe et se dirigea vers Thèbes. Dans un défilé étroit, un homme lui ordonna de lui laisser le passage et, trouvant qu’Œdipe n’obtempérait pas assez vite, il tua l’un de ses chevaux. Alors, furieux, Œdipe tua l’homme. Cet homme était Laïos, son père. La légende ne dit pas combien de temps s’écoula entre cet épisode et l’arrivée d’Œdipe à Thèbes, mais lorsqu’il passa devant le sphinx la reine se savait veuve et avait déjà eu l’idée de promettre sa main, c’est-à-dire aussi le trône de Thèbes, à qui débarrasserait la ville du monstre. Ayant su répondre que l’être qui marchait sur quatre pattes le matin, deux à midi et trois le soir était l’homme, qui se traîne sur ses mains et ses genoux quand il est bébé, avance sur ses deux jambes quand il est adulte et s’appuie sur un bâton lorsqu’il est âgé, il a vaincu le sphinx qui, de désespoir, s’est jeté du haut de la montagne. Et Œdipe a épousé Jocaste, sa mère, accomplissant l’oracle et réjouissant Freud. Laissons là notre beau (belle ?) sphinx pour revenir au mot laïus. En 1804, au concours d’entrée à polytechnique, le sujet de composition française demandait aux candidats d’imaginer le discours tenu par Laïus à Œdipe lorsqu’ils s’étaient rencontrés sur la route de Delphes à Thèbes, et les candidats avaient dû imaginer un discours suffisamment long pour être digne d’un devoir de plusieurs heures. Un développement long et filandreux a, dès lors, été qualifié de "discours de Laïus" puis lorsque l’origine s’est estompée dans la mémoire et que l’expression a été utilisée aussi bien par des personnes qui ignoraient qui pouvait être Laïus, ou même que Laïus était un nom propre, on a simplifié en disant seulement "un laïus".
 
694h2 Musée de Corinthe, combat d'un Pygmée et d'une grue
 
Cette terre cuite n’est pas une poterie, c’est un fragment d’un petit autel domestique du sixième siècle avant Jésus-Christ. Cette scène représente le combat d’un pygmée avec un oiseau au long cou. Nous avons acheté le catalogue du musée, qui n’est pas d’accord avec l’étiquette informative. Selon cette étiquette en anglais, l’oiseau est ‘a crane’, une grue et selon le livre c’est ‘a stork’, une cigogne. Je les mets d’accord tous les deux en disant que c’est une très belle représentation.
 
694h3 Musée de Corinthe, chars (6e-4e s. avt JC)
 
Il y a une très intéressante collection de terres cuites datées globalement du sixième au quatrième siècle avant Jésus-Christ, tous objets trouvés dans le quartier des potiers. Ici, illustration de la vie quotidienne, des chars. Le second transporte un couple de jeunes mariés (d’autres y voient deux femmes, mais il est ainsi placé dans la vitrine que l’autre personnage m’est caché, ce qui m’évite de donner mon avis).
 
694h4 Musée de Corinthe, deux Aphrodites
 
Encore des terres cuites avec ces deux statuettes d’Aphrodite des débuts de l’époque romaine ce qui signifie, si je comprends bien, du milieu de l’époque hellénistique. Elles sont assez frustes, mais pleines de grâce. Main gauche sur la poitrine, main droite tendant le voile qu’elles ont sur les épaules, elles sont théoriquement dans la même position, mais en fait l’une est bien droite, l’autre arbore un déhanchement séducteur, une jambe légèrement fléchie, le corps tout en souplesse. Je trouve amusant de les comparer.
 
694h5 Musée de Corinthe, mosaïque de sol (150-200 après
 
694h6 Musée de Corinthe, mosaïque de sol, Dionysos
 
Voici à présent deux mosaïques de sol. Toutes deux ont été trouvées dans une villa romaine du deuxième siècle après Jésus-Christ. C’est l’époque où la ville, deux cents ans après son renouveau voulu par Jules César en 44 avant Jésus-Christ, a retrouvé sa prospérité et sa richesse. La première est une scène pastorale, on voit un bouvier nu appuyé contre un arbre et occupé à jouer de la flûte, tandis qu’en arrière-plan l’un des animaux est couché et que deux autres s’éloignent en paissant paisiblement. L’autre mosaïque, de grandes dimensions, est d’un dessin géométrique très complexe et très décoratif autour d’une tête de Dionysos située au centre.
 
694i1 Musée de Corinthe, protomajolique (1250-1300)
 
694i2 Musée de Corinthe, protomajolique (1250-1300)
 
694i3 Musée de Corinthe, protomajolique (1250-1300)
 
Le musée ne s’arrête pas à l’Antiquité, fût-elle tardive. On y trouve également des objets de l’époque byzantine, comme ces protomajoliques de 1250-1300 après Jésus-Christ, cette assiette avec un bateau, cette tête d’homme en chapeau, cet animal peint d’un bleu délicat, ou encore ce grand plat de céramique du douzième siècle représentant Digenes Acritas en galante compagnie d’une princesse. Il s’agit du héros d’un long poème épique byzantin, œuvre perdue mais connue par la tradition et par des réécritures. J’avoue ne pas avoir lu ces œuvres et ne pas connaître les aventures de ce héros du dixième siècle, je sais seulement que, fils d’un musulman et d’une chrétienne, il avait une "double naissance" (di-genes) et qu’il était garde des frontières de l’empire, en Cappadoce (Acritas, de acrê prononcé acri, bout, extrémité, frontière). Le graphisme pourrait être l’œuvre d’un peintre contemporain, c’est hallucinant. Comme quoi il est difficile de créer un style qui soit complètement nouveau.
 
694j1 Acrocorinthe
 
694j2 Acrocorinthe
 
694j3 Acrocorinthe
 
Après avoir visité le site de la Corinthe antique, après ce tour du musée, il nous reste à voir l’Acrocorinthe, c’est-à-dire les constructions de l’acropole. Les portes en ferment à quinze heures, comme le site et le musée. Il nous faudra donc y consacrer une matinée spécifique. Vendredi 8 et samedi 9 ayant été nécessaires pour bien voir site et musée, c’est ce dimanche 10 avril qui nous a vus monter sur l’Acrocorinthe. Mais en fait, dès samedi en fin d’après-midi nous y sommes montés pour voir les environs d’en haut au coucher du soleil. D’en bas, on voit que des murailles ceinturent à plusieurs niveaux et couronnent au sommet cet énorme rocher de 575 mètres de haut. Puis, lors de l’ascension par la petite route, on découvre que ces fortifications zigzaguent sur les flancs du massif. Sur ma deuxième photo, on voit près du bord droit la porte de ma troisième photo, ce qui signifie que la photo a été prise alors que nous étions presque parvenus à l’entrée, qui n’est pas le sommet. En fait, il y a trois portes successives correspondant à trois enceintes.
 
694j4 Acrocorinthe
 
694j5 Acrocorinthe
 
Lorsque le Romain Mummius a pris Corinthe en 146 avant Jésus-Christ, sa destruction ne s’est pas limitée à la ville que nous avons déjà visitée, il a également abattu les murs de l’Acrocorinthe datant du quatrième siècle avant Jésus-Christ. À la base des murs actuels on remarque parfois des blocs polygonaux qui sont les rares traces de ces murailles anciennes. Durant la période byzantine, le château est reconstruit entre le neuvième et le douzième siècles. À partir de là, je voudrais détailler les tumultes des changements de propriétaires. En 1203, le gouverneur byzantin de Nauplie, Leo Sgouros, s’empare de l’Acrocorinthe. Dès 1210, les Francs de Geoffroy de Villehardouin (quatrième croisade) prennent la place et l’annexent à la Principauté franque d’Achaïe. Le prince Guillaume de Villehardouin au treizième siècle et le prince Jean Gravina (1318-1333) réparent le château et le renforcent. En 1358, le château est vendu au banquier florentin Niccolo Acciajuoli. En 1395, le despote de Mystras Théodore Paléologue prend l’Acrocorinthe au nom des Byzantins, mais il la vend en 1400 aux moines de Saint-Jean de Rhodes, pour la leur racheter en 1404. Quand, en 1458, les Turcs de l’Empire Ottoman s’en emparent, ils réparent et mettent sur pied un nouveau programme de constructions.
 
694j6 Acrocorinthe
 
694j7 Acrocorinthe
 
Les Vénitiens, entre 1687 et 1715, modernisent les défenses, construisent des tours. Le 22 mars 1821 Corinthe se révolte contre les Turcs, le héros grec Théodore Kolokotronis assiège les Turcs dans l’Acrocorinthe et le 26 octobre 1823 Corinthe est libérée. Comme on le voit, même après l’Antiquité, la ville a connu une histoire mouvementée autour de son acropole. Ses 3000 mètres de remparts ne l’ont pas empêchée de souvent changer de mains. Un temple d’Aphrodite du cinquième ou du quatrième siècle avant Jésus-Christ a laissé la place à une église chrétienne vers le cinquième ou le sixième siècle après Jésus-Christ, avant de devenir une mosquée à l’époque turque…
 
694k1 Acrocorinthe
 
694k2 Acrocorinthe
 
694k3 Acrocorinthe
 
Encore quelques images de l’Acrocorinthe, avec cette petite tour de l’époque vénitienne et avec ces ruines du château. Il y a beaucoup à voir et beaucoup à parcourir pour grimper jusqu’au sommet et faire le tour de tous les types de constructions. Car outre le château, l’enceinte renfermait des maisons d’habitation, des églises, des mosquées, des bâtiments militaires, des fontaines, des citernes, des bains. Mais je ne peux tout montrer, tout détailler, cet article est interminable. Je pense néanmoins avoir dit l’essentiel pour comprendre Corinthe. Nous quittons la ville après cette visite de l’Acrocorinthe.
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Published by Thierry Jamard
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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 01:27
Ce matin quand nous commençons notre journée, il est déjà un peu tard, mais comme nous pensons que le musée byzantin ne doit pas nous prendre trop de temps nous décidons de nous y rendre. Hélas, nous nous sommes grandement trompés, parce que ce musée est beaucoup plus riche que nous ne le supposions, et il a fermé avant que nous ayons vu tout ce qui était ouvert au public. Et si je ne dis pas seulement "avant que nous ayons tout vu", c’est parce que plusieurs salles sont fermées au public. À la sortie, nous nous informons, car ces salles, seulement fermées par un cordon, ne semblent nullement en travaux. En fait, les crédits alloués sont jugés insuffisants, aussi le conservateur, ou le directeur, ou je ne sais quel responsable, a décidé qu’avec le nombre de gardiens dont il dispose il ne peut ouvrir toutes les salles. De même, le nombre d’heures d’ouverture du musée est réduit. Mais on nous a laissé entendre qu’il s’agit plus d’un moyen de protestation contre la restriction budgétaire et de pression pour obtenir une rallonge. Considérant que deux budgets sont prioritaires dans une nation, l’éducation et la culture à égalité avec la santé, ce n’est certes pas moi qui peux contester cette revendication, mais nous nous voyons contraints d’envisager de revenir pour finir la visite, en espérant qu’un roulement des salles ouvertes nous permettra d’en voir plus.
 
693a1 Athènes, musée byzantin, Bon Pasteur
 
Jésus se définissant comme le bon pasteur qui laisse son troupeau pour aller chercher la brebis égarée, la statuaire chrétienne reprend le modèle antique du criophore ou du moschophore, Hermès portant sur ses épaules un bélier ou un veau, et c’est Jésus qui est représenté ainsi, portant une brebis. Cette petite statuette de marbre provient de Corinthe qui, comme on le sait par les Épîtres de saint Paul et par les Actes des Apôtres, a été évangélisée très tôt, dès le premier siècle, par saint Paul. Ce gros garçon joufflu, monté sur de fortes jambes, et qui paraît extrêmement jeune, je pense qu’en fait l’artiste a voulu en faire une allégorie du Bon Pasteur, plutôt qu’une représentation de Jésus lui-même.
 
693a2 Athènes, musée byzantin, Nativité
 
Ce bloc de marbre représente une Nativité. Dans la partie supérieure brisée, on voit les pieds d’un homme qui marche devant les sabots d’un équidé, sans doute est-ce saint Joseph qui marche avec l’âne portant Marie et Jésus lors de la Fuite en Égypte. Cette sculpture de la fin du quatrième siècle ou du début du cinquième a été trouvée à Naxos. Jésus est emmailloté bien serré comme c’était l’usage jusqu’au dix-neuvième siècle, et l’âne et le bœuf de la tradition sont seuls auprès de lui, Joseph et Marie sont absents, ou suffisamment éloignés pour qu’il n’y en ait pas trace sur le fragment qui nous est parvenu. Mais alors que la partie supérieure est clairement cassée en diagonale, il semble que les côtés soient intacts, que la scène en conséquence n’ait pas été plus large, et qu’elle n’ait jamais comporté de personnages humains. D’ailleurs, si au-dessus c’est bien la Fuite en Égypte, il y a la place dans cet espace de faire apparaître Joseph et l’âne. Marie et Jésus étant sur l’âne, il n’y aurait rien d’essentiel à représenter plus à droite ou plus à gauche.
 
693a3 Athènes, musée byzantin, lion et biche
 
Ce bas-relief de marbre de la fin du dixième siècle ou du début du onzième en provenance d’Athènes servait, paraît-il, de fermeture. Fermeture de quoi, ce n’est pas dit et je l’ignore, mais cela ne m’empêche pas d’admirer le mouvement, le dynamisme, de cette scène d’un lion attaquant une biche. J’aime aussi la stylisation naïve du dessin, la belle crinière à larges boucles, ainsi que la patte antérieure droite du lion qui tient le cou de la biche comme une main humaine, la biche étant représentée tête en bas alors que le corps est à l’endroit.
 
693a4 Athènes, musée byzantin, pierre des martyrs
 
Cette pierre, du quatrième siècle, est très curieuse. Elle porte cinq évidements en demi-sphère et, gravé au-dessus de chacune de ces cavités, le nom d’un martyr malheureusement invisible sur ma photo. Si le cinquième nom a disparu avec la cassure de la pierre, les quatre autres sont Jean, Luc, André, Léonide. Ces trous étaient destinés à recevoir les offrandes faites en mémoire des martyrs. Cette plaque a été trouvée en Thessalie, à Sykourio, mais d’autres du même type ont également été découvertes en Afrique du Nord où l’on sait que les persécutions ont été particulièrement cruelles. Or ce quatrième siècle est, certes, celui de Constantin et de la fin des persécutions, mais il a commencé avec Dioclétien qui a été l’un des pires ennemis de la nouvelle religion.
 
693b Athènes, musée byzantin, poissons lampes en terre cu
 
Ces poissons de terre cuite sont des lampes à huile (on distingue vaguement le trou pour la flamme sur leur tête) du quatrième ou du cinquième siècle. Sur leur corps on voit le monogramme du Christ, et sur le poisson du haut ce monogramme est encadré des lettres A et Ω, alpha et oméga, la première et la dernière lettres de l’alphabet grec, pour exprimer que le Christ est à la fois le début et la fin. Et enfin, le poisson par lui-même a un sens. En grec ancien, un poisson se dit Ichthus, les H n’étant pas des lettres à part, mais des aspirations de la lettre qu’ils accompagnent. Ainsi il y a cinq lettres, I-CH-TH-HU-S qui sont les initiales de IESOS CHRISTOS THEOU HUIOS SÔTER, Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.
 
693c1 Athènes, musée byzantin, Vierge Hodegetria
 
693c2 Athènes, musée byzantin, Vierge de Tendresse
 
Cette icône de la Vierge Hodegetria ("qui montre le chemin", de la main elle montre Jésus considéré comme le chemin à suivre) date du treizième siècle. Je trouve intéressant de la rapprocher de cette autre Vierge, sur ma seconde photo, en mosaïque, de la même époque. C’est une Vierge de Tendresse qui provient d’Asie Mineure (église Saint Basile, de Triglia). En effet, autant l’Hodegetria est formelle, elle exerce sa fonction, autant la seconde est une mère qui donne toute son affection, tout son amour, à son fils. Évidemment, dans ces conditions, elle me touche bien davantage.
 
693c3 Athènes, musée byzantin, Crucifixion
 
Cette Crucifixion est la troisième couche sur le même panneau. Elle date du treizième siècle, mais en-dessous il y a une version du neuvième siècle et une autre du dixième siècle, tandis qu’au dos figure une Vierge Hodégétria du seizième siècle. Cette représentation est très nettement byzantine, non seulement pour le Christ, mais surtout dans l’attitude des Saintes Femmes. Normalement, au pied de la croix, on trouve Marie et saint Jean à qui en mourant Jésus a confié sa mère ("Voici ta mère" et puis "Femme, voici ton fils"), mais il semble bien qu’ici il y ait deux femmes, et alors ce seront la Vierge Marie et Marie-Madeleine.
 
693d1 Athènes, musée byzantin, monnaies
 
Voilà six pièces de monnaie. Dans la colonne de gauche, en haut c’est une pièce de 20 nummi du sixième ou du septième siècle, comme les deux petites pièces du bas. En haut à droite ainsi que pour les deux grandes monnaies de la rangée du milieu, il s’agit de pièces de 40 nummi. À l’époque classique, on employait le mot nummus (singulier), nummi (pluriel) pour désigner une pièce de monnaie, tout simplement, généralement une pièce de petite valeur. Dans le Bas-Empire, cela a correspondu à une valeur faciale, de sorte que l’on peut y associer des valeurs, 10, 20 ou 40 nummi.
 
693d2 Athènes, musée byzantin, monnaies
 
Voici quelques pièces d’or des empereurs byzantins. En haut à gauche, c’est Michel II (820-829). Le nom Mikhail est inscrit en caractères grecs, suivi du mot Basile, qui signifie roi en grec, mais inscrit en caractères latins. Sur la pièce en haut à droite, on trouve les mêmes inscriptions mais concernant Michel III (842-867). Sur la deuxième ligne, il s’agit du revers et de l’avers de la même pièce, et comme rien ne dit que ce sont des copies (ce que j’espère car sinon ce que nous voyons perd beaucoup d’intérêt) il s’agit des deux faces de pièces identiques. D’un côté, c’est un Christ Pantocrator et de l’autre l’empereur Constantin VIII (1025-1028). Enfin, sur la dernière ligne, ce sont de même l’avers et le revers d’une même monnaie, un Christ en majesté assis sur un trône et l’empereur Constantin IX Monomachos (1042-1055). Tous ces visages sont intéressants.
 
693f Athènes, musée byzantin, porte-lampes et croix
 
En plus de nous situer entre le sixième et le septième siècle, la légende dit qu’il s’agit d’objets en cuivre, croix, chaînes et porte-lampes. Les liens entre ces objets sont modernes et discrets. Rien ne dit s’ils doivent être associés. Il semblerait que les quatre croix latérales soient indépendantes, mais je me demande si la grande croix du centre n’appartient pas à ce porte-lampes circulaire.
 
693e Athènes, musée byzantin, verrerie
 
Témoins à la fois de la technique et du mode de vie, je m’arrête un instant à ces récipients de verre datés du cinquième ou du sixième siècle. La technique du verre est infiniment plus élaborée et plus délicate que celle de la terre cuite et de la céramique.
 
693g1 Athènes, musée byzantin, boucles d'oreilles
 
Nous voyons ici des boucles d’oreilles en or. Celles du bas, datées entre le second et le quatrième siècles, sont ornées de rubis. Les autres, en forme de rosettes, entrent dans une fourchette plus étroite, troisième et quatrième siècles, et la légende dit seulement qu’elles portent des pierres semi-précieuses. Je ne crois pas trop m’avancer en disant que ces pierres semblent être des turquoises. La notice en grec n’en dit pas plus, je lis ημιπολύτιμες, “τιμη” désigne le prix, “πολυ” signifie beaucoup et “ημι”, hémi, c’est la moitié. Autrement dit, des pierres à moitié de grand prix… des pierres semi-précieuses. Je ne suis pas plus avancé…
 
693g2 Athènes, musée byzantin, pendentif
 
J’ai choisi ce pendentif parce que je le trouve extrêmement joli. Dans sa monture en or, c’est la déesse Artémis, la chasseresse avec son arc, qui est représentée gravée dans ce jaspe rouge. Ce bijou date du troisième siècle. Constantin, l’empereur qui a autorisé la liberté de culte et a mis fin aux persécutions des chrétiens, a régné dans le premier tiers du quatrième siècle, cette représentation de la déesse païenne est donc tout à fait naturelle à une époque où le paganisme est encore largement dominant.
 
693h1 Athine, Panepistimio
 
693h2 Athènes, Université
 
Ayant donc quitté le musée byzantin à la fermeture à quinze heures, nous regardons brièvement à l’extérieur du musée de l’armée (musée de guerre, "polémiko"), fermé lui aussi mais que nous n’avons nulle envie de visiter, quelques avions de chasse en fort mauvais état de conservation, puis nous nous rendons à l’université (panepistimio) située non loin, après une halte pour nous restaurer. Ces bâtiments dans le style des temples antiques ont été construits au dix-neuvième siècle. Le premier ci-dessus, à gauche de l’université, est la bibliothèque nationale en forme de temple antique dorique, riche d’un demi-million de livres et de plus de trois mille manuscrits, et le second, à droite de l’université, rappelle un temple ionique et il est le siège de l’Académie.
 
693h3 Athènes, Université, Athéna
 
Comme patronne de la ville, mais aussi en tant que déesse de la sagesse et de la connaissance, Athéna a évidemment sa place en ce lieu. Deux grandes statues, l’une la représentant (ci-dessus) et l’autre représentant Apollon, dieu musicien, règnent sur l’université, au sommet de hautes colonnes.
 
693i1 Athènes, université, fresque
 
693i2 Athènes, université, fresque
 
Le bâtiment central, qui a été construit le premier (de 1837 à 1864, œuvre d’un architecte danois) ouvre sur l’extérieur par un grand portique. Et derrière ce portique, sur le mur de façade, une fresque représente bon nombre de personnages illustres de l’Antiquité grecque, mais aussi les allégories des disciplines enseignées à l’université. Des légendes auprès de chaque personnage dispensent de tout effort pour les identifier. Il n’est pas très aisé, d’en bas et entre les colonnes, de photographier quelques fragments de ces fresques, car d’en bas on déforme l’image en trapèze, le haut étant plus étroit que le bas, et à cela on ajoute la déformation latérale parce que l’on va chercher la suite de l’image derrière une colonne. Alors merci Photoshop pour essayer de rendre aux images une forme à peu près normale. Sur la première, de gauche à droite, on voit la médecine et la théologie, puis l’astronomie avec la physique. Sur la seconde image, même sans légende on reconnaîtrait Socrate avec son profil si particulier, devant lui en vert c’est le sculpteur et architecte Phidias en compagnie du poète tragique Sophocle couronné de laurier, le barbu assis devant eux est Périclès, avec sa compagne la célèbre Aspasie. Périclès aussi est facile à reconnaître, il ne quitte jamais son casque. On raconte que sa naissance avait été difficile, on lui avait appliqué les forceps et il en avait gardé le crâne déformé en forme d’œuf. On dirait aujourd’hui qu’il en était complexé, on disait alors qu’il voulait s’éviter les moqueries, et pour cette raison il avait eu l’idée de se couvrir le chef d’un casque qu’il ne quittait jamais en public. En privé, l’histoire ne le dit pas. Dormait-il en casque, lors de ses ébats amoureux avec Aspasie se laissait-il tendrement caresser le crâne, nous ne le savons pas et en l’absence d’un Saint-Simon de l’époque pour se coller l’œil et l’oreille à la serrure, nous ne le saurons jamais.
 
693j Athènes. Bonne sieste canine
 
Ce n’est certes pas une question de nature à perturber ce brave chien qui dort profondément sur les marches de l’université. Non, ne croyez pas qu’il soit en train de se rouler sur le dos, il est parfaitement immobile. Il n’est pas mort non plus, charogne jetée là en désordre, on voit sa poitrine suivre le mouvement de sa respiration. C’est seulement qu’il se sent bien au soleil, et qu’il repose sereinement dans les bras de Morphée.
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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 01:48
Non loin du Parlement d’Athènes se trouve le musée Benaki, le musée privé d’un collectionneur. Nous ne pouvions pas imaginer qu’il puisse être si riche, il nous a fallu y passer deux journées. Et puis, en regardant mes photos ensuite, ma sélection pour ce blog en comportait environ quatre-vingts. Alors j’ai décidé de diviser arbitrairement ce nombre par quatre et, finalement, de choisir un peu au hasard puisque tout ou presque mériterait d’être montré. Ce collectionneur privé ne s’est pas donné de thème, il a acquis tout ce qui l’intéressait, et comme il avait de vastes champs d’intérêt les collections sont de toutes les époques depuis le néolithique jusqu’au vingtième siècle, statues, peintures, gravures, objets d’art, outils, costumes régionaux, et de provenances très diverses, Grèce continentale, Crète, Cyclades, Macédoine, Thrace, Égypte… Alors voici un minuscule aperçu des collections.
 
692a1 Athènes, musée Benaki, homme 6500-5800 avt JC
 
692a2 Athènes, musée Benaki, torse féminin 6500-5300 avt
 
Commençons par le plus ancien. La première photo représente un torse masculin assis en terre cuite datant de 6500 à 5800 avant Jésus-Christ. La fourchette de 700 ans est large, mais de toute façon cela représente environ huit millénaires en arrière, ce qui est fabuleux. Les représentations masculines sont relativement rares au Néolithique. On voit que celui-ci a le ventre bien rond, c’est paraît-il pour signifier qu’il est d’âge mûr.
 
La seconde image représente à gauche un torse féminin de même époque environ, quoique la fourchette proposée par les archéologues soit encore plus large (6500 à 5300), et à droite, en plâtre, la reconstitution de ce que l’on suppose pouvoir avoir été la terre cuite originale, en bon état. N’étant absolument pas spécialiste, je fais une remarque de néophyte : la cassure au niveau des cuisses est dans un plan vertical, ce qui, pour moi, indiquerait que cette statuette, comme celle de l’homme, est en position assise. Par ailleurs, la reproduction est assez imprécise puisque sur l’original la main droite, qui est toujours en place, ne touche pas le sein alors que sur la copie elle le soulève. Cette figurine est en provenance de Larissa, en Thessalie (au nord de la région de Grèce Centrale ; Athènes, Thèbes, Delphes sont "en dessous" de la Thessalie, Thessalonique "au-dessus" ; c'est à l’est de l’Épire, à peu près en face de Ioannina).
 
692a3 Athènes, musée Benaki, Kourotrophos 750 avt JC
 
Cette statuette de bronze des alentours de 750 avant Jésus-Christ et réalisée dans un atelier du Péloponnèse est extrêmement rare. C’est une kourotrophos, c’est-à-dire une femme allaitant un enfant, cette femme étant en fait une divinité. Ce n’est pas cela qui est rare, mais le fait que la kourotrophos soit à cheval. Fécondité, allaitement, nourriture, ces cultes sont toujours liés à la terre, c’est toujours chthonien. Or le cheval est souvent considéré comme un animal chthonien, ce qui peut expliquer le lien.
 
692a4 Athènes, musée Benaki, cavaliers (poterie 675-600
 
C’est en Crète qu’a été modelée entre 675 et 600 avant Jésus-Christ la poterie dont nous voyons ici un fragment, qui représente un cavalier. Je trouve cette représentation très belle, la longue queue du cheval et sa crinière peignée, le mouvement du cavalier qui flatte la croupe de sa monture.
 
692b Athènes, musée Benaki, satyre ithyphallique 580 avt
 
Cette kylix des alentours de 580 avant Jésus-Christ est une coupe attique à figure noire représentant un satyre ithyphallique, qui tient en main une corne. Il est possible que cette corne soit destinée à recevoir du vin et à lui servir de verre à boire, car outre ses attributs sexuels bien évidents, il a une trogne de buveur en train de faire carrousse.
 
692c Athènes, musée Benaki, casque laconien ou arcadien
 
Ce curieux casque en cône de 450-425 avant Jésus-Christ provient du Péloponnèse, Laconie ou Arcadie, et a été trouvé à Dodone. Sa forme est faite pour évoquer celle des couvre-chefs de laine portés par les chasseurs et les marins.
 
692d1 Athènes, musée Benaki, pyxide 440-430 avt JC
 
Cette grande pyxide attique à figures rouges date de 440-430 avant Jésus-Christ. Sur tout le pourtour elle représente des scènes de femmes à la toilette au sein du gynécée. Ainsi, elle ne se contente pas d’avoir une forme élégante ni d’être peinte de façon esthétique, elle constitue en outre une représentation de ce qu’était la vie quotidienne des femmes de la haute société, voire de classe moyenne, dans les appartements qui leur étaient réservés.
 
692d2 Athènes, musée Benaki, adieu, stèle funéraire
 
Ce petit fragment d’un relief qui ornait une tombe attique de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ est extrêmement émouvant. C’est la poignée de main d’adieu du mort à ceux qui restent. Il s’agit d’une scène que les Grecs appelaient la dexiosis. La sculpture, en marbre, est en outre très belle, très fine, faisant apparaître les veines sous la peau.
 
692d3 Athènes, musée Benaki, Dionysos et Ménades
 
Concernant la scène représentée sur ce miroir pliant des alentours de 310 avant Jésus-Christ, les archéologues ont un doute. Ils proposent deux hypothèses. L’homme assis au centre, qui tient à la main une couronne tressée et qui s’appuie sur deux femmes, pourrait être Dionysos entre deux Ménades. Mais certains voient plutôt Adonis entre Aphrodite et Perséphone. On se rappelle peut-être la légende d’Adonis que j’ai racontée dans mon article du 24 juin dernier, à Pæstum. Myrrha, à qui Aphrodite a inspiré un amour incestueux pour son père, se glisse dans son lit à la faveur de la nuit et se retrouve enceinte de ses œuvres. Lui, se rendant compte après coup de l’inceste veut tuer sa fille, mais Aphrodite la sauve en la transformant en arbre à myrrhe. Adonis est né lorsque l’écorce a éclaté. Aphrodite l’a confié à élever à Perséphone, qui s’est attachée à lui et a refusé de le rendre quand il a été grand. C’est Zeus qui a tranché, un tiers de l’année avec Perséphone chez Hadès, un tiers avec Aphrodite et les quatre derniers mois où il veut. Et il choisit Aphrodite. Si les spécialistes qui ont examiné ce miroir envisagent qu’il s’agit d’Adonis, je veux bien, mais pour moi il est très difficile d’admettre qu’il soit ainsi languissamment étendu entre les deux déesses, car il n’est pas avec elles deux simultanément, et de plus sa relation avec Perséphone n’est pas érotique, comme le laisse penser cette position. Personnellement, je penche donc clairement pour Dionysos.
 
692d4 Athènes, musée Benaki, Pan menant une chèvre au sa
 
Ici, la légende ne laisse pas de doute, on nous dit que ce miroir pliant de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou du début du troisième représente une Panisque menant une chèvre à l’autel pour y être sacrifiée. Or une Panisque est une jeune fille satyre, avec les mêmes attributs, les pieds de bouc notamment. Reste que je ne suis pas sûr du tout que ce soit une Panisque. Ce que je lui vois de poitrine ressemble plus à des muscles pectoraux, et le relief est suffisamment prononcé pour que l’on puisse distinguer un petit sexe masculin sur le bas-ventre. Si ce n’est pas le dieu Pan, alors c’est un satyre. L’arbre pour donner du relief au décor, le geste décidé de Pan pour tirer la chèvre qui, sentant ce que l’on attend d’elle, refuse d’avancer, tout cela est joli, plein de mouvement et de vie.
 
692d5 Athènes, musée Benaki, Dionysos et Aphrodite, plaqu
 
C’est en Égypte, et à l’époque romaine, que s’est développée la mode des petites plaques en os représentant la plupart du temps Dionysos ou Aphrodite, et destinées à décorer des meubles ou des coffrets de toilette pour les femmes. Souvent, pour la représentation de ces dieux, les artistes s’inspirent de grandes statues de sculpteurs célèbres. C’est ainsi que le Dionysos, à gauche, s’inspire de l’Apollon Lykeios sculpté par Praxitèle au quatrième siècle. Il devait être cloué sur un meuble car on remarque les deux gros trous, en haut du cou et au creux du jarret. Quant à Aphrodite, à droite, qui devait être collée parce que l’on n’y voit pas de marques de fixation, je ne lui reconnais pas de modèle célèbre.
 
692e Athènes, musée Benaki, portrait funéraire sur toile
 
Ce portrait funéraire a été peint sur toile de lin avec des pigments mêlés à de la cire. Le trait est ferme, le dessin rend bien l’expression, la palette des couleurs est très nuancée, c’est à mon avis une œuvre d’excellent artiste, qui de plus maîtrise remarquablement la technique. Par ailleurs, une peinture sur toile de cette sorte restitue mieux la sensibilité du modèle qu’une statue de marbre, aussi est-il émouvant de voir ici, vivant, cet homme mort dans le second quart du troisième siècle avant Jésus-Christ.
 
692f1 Athènes, musée Benaki, saints guerriers 13e siècle
 
Laissons l’Antiquité pour venir à l’époque byzantine. Cette plaque calcaire du treizième siècle décorait l’extérieur d’une église d’Amaseia, en Asie Mineure. Une inscription nous donne le nom de ces deux guerriers qui sont des saints puisqu’ils ont des auréoles, ils se nomment Théodore et Georges. Et leurs lances convergent pour transpercer le cou de leur ennemi qui est à terre. Je leur trouve un air pas commode, à ces saints, et pourtant il paraît que cette sculpture aurait un rôle apotropaïque (du grec ancien APO + TREPO = je détourne, c’est donc une fonction de protection, pour détourner le mal, comme cet œil peint sur la carène des navires de l’Antiquité, dit "œil apotropaïque", destiné à conjurer les périls de la mer). Il n’empêche, ils n’ont rien de rassurant.
 
692f2 Athènes, musée Benaki, Hospitalité d'Abraham voir
 
Dans mon article du 16 janvier dernier, j’ai cité le passage de la Bible où Abraham offre l’hospitalité à trois anges de passage qui, après Jésus et le Nouveau Testament, sont interprétés comme symbolisant la Trinité. Nous en avons ici une représentation datant du dernier quart du quatorzième siècle, sans aucun doute provenant d’un bon atelier de Constantinople. Je trouve élégante cette peinture, gestes, couleurs, composition.
 
692f3 Athènes, musée Benaki, Annonciation 16e siècle
 
Il est intéressant de voir la différence de représentation de l’Annonciation dans le monde byzantin, orthodoxe, et dans le monde latin, catholique. L’attitude de Marie recevant la nouvelle tient sans doute à la place de la femme dans le société, car ici elle reçoit Gabriel debout, tête baissée, en attitude d’acceptation soumise, alors que l’ange est tout en mouvement. C’est une œuvre du seizième siècle réalisée par un atelier crétois.
 
692g1 Musée Benaki, grecque de Constantinople (18e s.)
 
Cette peinture à l’huile est attribuée à Jean Van Moor (1671-1737) qui l’aurait réalisée au début du dix-huitième siècle. Elle représente une bourgeoise grecque de Constantinople, district de Phanari. Il est amusant de se représenter ainsi la vie de cette ville à cette époque. On voit que le style vestimentaire est très oriental.
 
692g2 Musée Benaki, couronne de mariage (19e s.)
 
Cette couronne de mariage date du dix-neuvième siècle. Elle est en argent. Là encore, on peut se représenter une cérémonie qui n’a rien de commun avec celle de chez nous à la même époque. Parfois, les jeunes mariés offraient la couronne à leur paroisse comme vœu.
 
692g3 Musée Benaki, le Bazar d'Athènes (19e s.)
 
C’est également parce qu’elle donne une idée de la vie que j’ai choisi de montrer cette aquarelle d’Edward Dodwell (1767-1832) qui représente le Bazar d’Athènes au début du dix-neuvième siècle. Nous sommes donc avant la lutte pour l’indépendance, Athènes est une ville de province dépendant de l’Empire Ottoman, le Bazar est le quartier turc et musulman, on voit un haut minaret effilé, et les gens dans la rue en costume oriental, mais les femmes au premier plan à gauche ne sont pas voilées, alors que trente ou quarante ans plus tard, en 1843, à Constantinople, Gérard de Nerval dans son Voyage en Orient dit que seuls leurs yeux apparaissent entre les plis du voile. Mais il est possible que, même dans ce quartier turc, ces femmes soient des Grecques.
 
692h1 Musée Benaki, costumes Dodécanèse, Péloponnèse,
 
692h2 Musée Benaki, costumes Siphnos, Missolonghi, Andros
 
Et puis je terminerai mon article d’aujourd’hui avec ces costumes locaux. Le musée Benaki présente dans nombre de grandes vitrines des foules de mannequins habillés de tenues provenant d’un peu partout dans le monde grec, donnant une idée de la diversité et de la beauté des vêtements en usage, non seulement pour les fêtes ou les cérémonies et en ville, mais aussi à la campagne et pour tous les jours. Il est inutile que je décrive ce que l’on voit ou que je commente tissus, couleurs ou coupes. Il suffit que je dise à quelle région se rapporte chaque vêtement.
 
La première photo à gauche, dans la première série, est une tenue de mariée d’Astypalaia, dans le Dodécanèse. Au milieu, cet homme porte la jupe courte que l’on voit chez les gardes du Parlement d’Athènes, appelée Phoustanéla, et qui était la tenue habituelle des hommes du Péloponnèse. Sur la photo de droite, ces deux femmes sont de Chypre, celle de gauche est de Karpasi, à la campagne, tandis que celle de droite est de la ville.
 
Dans la seconde série, la femme de gauche porte un costume urbain de l’île de Siphnos dans les Cyclades de l’ouest, à peu près à mi-chemin entre Athènes et Santorin. Au milieu, nous sommes sur le continent, à Missolonghi, et ce costume a été porté par une femme de la famille d’un général, donc d’un milieu bourgeois. Et je terminerai, à droite, avec ce costume urbain de l’île d’Andros, une Cyclade très au nord de l’archipel. La notice dit que c’est là l’unique exemplaire de tenue urbaine de cette île.
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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 17:19
Le 25 mars, la Grèce fête son indépendance. Non pas le jour où elle a disposé de son propre gouvernement, parce que cela ne s’est pas fait pour toutes les provinces en même temps et il serait indécent de demander à une ville qui ne s’est rattachée à la Grèce indépendante qu’en 1913 de célébrer une autonomie obtenue ailleurs en 1830. Mais le 25 mars 1821 l’archevêque de Patras, un nommé Germanos, choisissant le jour de l’Annonciation, a brandi le drapeau grec. Et comme un peu partout en Grèce les patriotes bougeaient et souhaitaient se soulever contre l’occupant turc, ce geste a été, dans ce pays très fidèle à la religion chrétienne orthodoxe, le déclencheur du mouvement insurrectionnel. Voilà pourquoi cette date a été retenue comme fête nationale, dans laquelle peuvent se reconnaître ceux qui ont eu la malchance de devoir patienter plus longtemps avant d’être libres.
 
691a1 Immeuble dans Athènes
Je vais donc consacrer l’article d’aujourd’hui à ce que nous avons vu de cette célébration, une relève de la garde devant le Parlement, place Syntagma (place de la Constitution), particulièrement solennelle, mais cette fête qui célèbre le renouveau d’une Grèce vraiment grecque va également me servir de prétexte pour montrer des images de sa capitale glanées au cours de la promenade d’aujourd’hui mais aussi d’autres jours. Comme cette façade originale, ou plutôt même excentrique, avec cette excroissance en forme de chaussure de montagne.
 
691a2 Athènes, festival du film français
Cocorico. Cette affiche, photographiée ici sur le mur de l’ambassade de France, mais que l’on voit placardée un peu partout en ville, annonce la douzième édition du festival du cinéma francophone, organisé par les services culturels de notre ambassade. Et, parlant d’Athènes et de sa personnalité, je ne crois pas être ici hors sujet, parce que c’est une ville, c’est un peuple, ouverts à l’étranger, intéressés par ce qui se passe à l’extérieur, par les cultures des autres pays. Malgré leur dynamisme et leur désir de diffusion, si les services culturels de l’ambassade de France faisaient les projections devant des salles vides, ou seulement occupées par les membres de la communauté française, le festival tournerait court et n’aurait pas dépassé sa deuxième ou sa troisième édition. Mais les projections ont lieu dans plusieurs salles, chaque jour voit la projection de plusieurs films et le festival dure plusieurs jours, cela signifie à la fois que les responsables sont efficaces et que les Athéniens ont de l’intérêt pour ce festival.
 
691a3 Athènes, Metaxourgeio, Chute d'Icare
Nous sommes sur la place Metaxourgeio. Il s’agit d’un vaste rond-point au centre duquel a été placée cette sculpture. C’est, bien sûr, Icare. On se rappelle que son père, le génial ingénieur Dédale, avait soufflé à Ariane le moyen de sauver Thésée et ses compagnons destinés à se perdre dans le Labyrinthe du roi Minos, en Crète, s’ils échappaient au Minotaure dont c’était la demeure. Or non seulement grâce à ce conseil de Dédale (dévider un fil, qu’il suffirait de suivre au retour) Thésée a pu retrouver son chemin, mais il a embarqué avec lui Ariane, amoureuse du héros et qui veut l’épouser. Dédale, enfermé avec son fils Icare dans le Labyrinthe par Minos furieux de tous ces événements, invente un moyen de s’évader de cette prison, c’est la voie des airs grâce à des ailes de sa confection, fixées avec de la cire. Il a recommandé à Icare de ne voler ni trop haut, ni trop bas, mais le jeune présomptueux a voulu trop s’approcher du soleil, la cire a fondu et il s’est abîmé dans la mer. C’est sa chute qui est représentée ici.
 
691b1 Athènes, métro Metaxourgeio, Dédale et Icare
Metaxourgeio, c’est une place d’Athènes, c’est aussi une station de métro qui débouche là. Et sur le quai du métro, sur le mur, nous retrouvons nos deux héros. Je trouve amusant ce jeune Icare en culotte courte qui se détourne de son père, lequel du geste lui montre le chemin à suivre. Mais pour comprendre le pourquoi de leur présence ici, peut-être faudrait-il comprendre le sens du nom Metaxourgeio, ce dont je suis incapable, mon petit dictionnaire donnant METAXY = parmi, mais aucun mot commençant par OURG-. À moins qu’il ne s’agisse d’une contraction avec le mot ERGO, le travail, l’œuvre, ce qui signifierait alors "au milieu des œuvres" en référence aux inventions de Dédale. Mais je ne parle pas grec moderne, et je ne suis absolument pas sûr que cette conjecture soit possible. Ou bien c’est un simple rappel du thème de la sculpture du rond-point (dans un style radicalement différent), placée là à titre décoratif, sans référence particulière au lieu. Mais en aucun cas ce ne peut être un lieu lié à la légende. C’est en mer qu’Icare est tombé, pas à Athènes, et même il est précisé que c’est près de l’île de Samos, et pour cette raison cette mer est appelée Mer Icarienne.  
 
08 octobre 2012. Je viens corriger cet article ancien, où j’ai dit des âneries. D’abord, le nom de Metaxourgeio s’applique au quartier et à la station de métro, pas spécifiquement à la place. Certes, il n’y a aucun lien entre le nom de cette place et la légende d’Icare, mais venant de visiter le musée de la soie de Soufli, j’y ai appris son nom en grec, μετάξι (métaxi). L’autre partie du mot, c’est bien le travail, la manufacture. En effet, c’est dans ce quartier que la première manufacture de soie s’est installée à Athènes, à quelques pâtés de maisons vers le sud, entre les rues Millerou, Germanikou et Marathonos. Les bêtises dites précédemment me font un peu honte, mais il est plus honnête de les laisser et de les avouer...
 
691b2 Athènes, métro Panepistimio
Le sol grec, et particulièrement celui d’Athènes, est truffé de vestiges de l’Antiquité. Où que l’on aille, on peut être sûr qu’à un mètre, à cinq mètres ou à dix mètres sous le niveau du sol on pose le pied au-dessus d’un fragment de poterie, d’une décoration de chaudron, voire d’une statue de marbre… Nous l’avons vu dans mon article du 17 mars, en construisant le nouvel aéroport on a trouvé de quoi constituer un petit musée local. Et en construisant la station de métro Panepistimio on a également fait des découvertes. Là, pour comprendre ce que recouvre ce nom de station, pas de problème. Je reconnais le grec ancien EPISTÊMÊ, la connaissance (cf. l’épistémologie) et le mot PAN (PANTA), l’adjectif indéfini tout, c’est le lieu de toutes les connaissances, le lieu de la connaissance universelle, l’université. Endroit idéal pour avoir effectué ces découvertes et pour y placer ce musée.
 
691b3 Athènes, musée du métro Panepistimio
Parmi les nombreux objets exposés, ces poids sont intéressants, parce qu’ils jettent un regard sur la vie quotidienne. Plutôt que de donner une longue explication, je préfère montrer ce montage de ma photo des poids et d’une autre photo du petit dessin explicatif qui se trouve dans la vitrine. Ce qui n’est peut-être pas très évident sur ce dessin, c’est que ce travail de tissage, qu’effectuait elle-même la reine Pénélope, continuait, au quatrième siècle avant Jésus-Christ, d’être réalisé par les femmes libres, et n’était que rarement confié à des esclaves. Ou, parce qu’il y avait beaucoup à tisser, les esclaves étaient chargées de ce à quoi la maîtresse de maison et ses filles ne suffisaient pas. Beaucoup, car non seulement on n’achetait pas de vêtements en prêt-à-porter ou chez le tailleur en sur-mesure, mais on n’achetait pas non plus son tissu au mètre ou en coupon. Ce commerce n’existait pas. Le tissage puis la couture étaient réalisés à la maison.
 
691b4 Athènes, musée du métro Panepistimio
Les poteries sont aussi parmi les pièces d’antiquités les plus nombreuses. À titre d’exemple, voici une vitrine où sont exposés des récipients en terre qui datent du cinquième au quatrième siècle avant Jésus-Christ. On voit qu’il y a toutes sortes de formes pour toutes sortes d’usages. Tant les poids pour métier à tisser que les poteries d’usage signifient que se trouvaient là des constructions d’habitations privées.
 
691b5 Le métro d'Athènes station Syntagma
     
691b6 Le métro d'Athènes station Omonia
 
Laissons là ce petit musée dans la station Panepistimio et, puisque nous sommes dans le métro, faisons un petit tour à la station Syntagma pour voir comme elle est moderne et agréable (sauf le fait que l’accès avec les composteuses et la sortie se font au même endroit ce qui, aux heures d’affluence, fait un beau mélange entre ceux qui courent vers leur métro et ceux qui sortent. Mais ne critiquons pas, car c’est très propre et l’espace n’est pas compté. Sur l’autre photo, on peut voir une rame arrivant à la station Omonia.
 
691c Athènes, le sénat sur Syntagma
Mais venons-en au sujet principal, la célébration du début du soulèvement contre l’occupation turque. La cérémonie s’est déroulée devant le Parlement, ce bâtiment de la place Syntagma, place de la Constitution. Cette photo a été prise un autre jour, parce que ce matin du 25 mars la façade du bâtiment était cachée par les tribunes montées pour que les officiels assistent à un défilé militaire. Ce défilé, nous n’y étions pas.
 
691d Athènes, sur Syntagma le 25 mars
Des citoyens tiennent à exprimer leur patriotisme, comme cet homme, au haut des marches sur la place, qui arbore le drapeau grec sur lequel il a fixé les portraits de trois héros de l’indépendance. Héros dont je ne citerai pas les noms parce que j’avoue ne pas les identifier.
 
691e Athènes, tenue habituelle de la Garde
691f1 Athènes 25 mars, relève de la Garde
 
Sur ma seconde photo, nous allons assister à la relève de la garde devant le Parlement, et ce soldat est en grande tenue. Sur la première photo prise un autre jour, je ne saurais dire s’il est en tenue de tous les jours ou en tenue d’hiver, mais comme on peut le voir ce n’est pas aussi brillant ni aussi original.
 
691f2 Athènes 25 mars, relève de la Garde
La cérémonie va commencer. La relève est arrivée, trois hommes dont le chef au centre, et à sa droite et à sa gauche les deux hommes qui vont monter la garde pendant une heure. Un cordon de police empêche d’approcher trop près pendant la cérémonie de la relève, mais près de moi, il y avait une jeune femme qui se penchait en riant pour essayer de voir, entre les policiers, ce que ce soldat a sous sa jupe. Certes, je l’ignore, mais je suppose qu’il porte non des bas mais un collant, et que cette jeune personne n’a rien vu.
     
691f3 Athènes 25 mars, relève de la Garde
691f4 Athènes 25 mars, relève de la Garde         
691f5 Athènes 25 mars, relève de la Garde
 
Je ne décrirai pas les diverses phases de l’opération, qui comporte ce curieux pas où l’on lève haut la jambe jusqu’à l’horizontale. Évidemment, tous ne sont pas aussi souples, et la jambe est plus ou moins tendue, plus ou moins rectiligne.
 
691f6 Athènes 25 mars, relève de la Garde
         
691f7 Athènes 25 mars, relève de la Garde
 
691f8 Athènes 25 mars, relève de la Garde
 
Les gardes suivent un ballet bien ordonné, un rituel compliqué, où ils se rapprochent, repartent, et toujours avec cette projection de la jambe avec ses chaussures à gros pompon noir. Pour finir, les deux nouveaux gardes ont pris leur place, les deux qui ont été relevés reviennent vers le chef qui a amené leurs camarades et qui va les remmener. Ce pas, avec le mouvement du bras très haut déployant les immenses manches, a quelque chose qui paraît ridicule au premier moment, mais si l’on entre dans le jeu c’est élégant et spectaculaire. Sur ma dernière photo surtout, on peut voir que ces chaussures sophistiquées sur le dessus sont en réalité de grosses galoches cloutées. Et ces multiples clous qui résonnent fortement sur le macadam sont aussi terriblement glissants sur ce sol uni. Les deux gardes se sont placés derrière le chef et tous trois en file indienne ont pris le chemin de leur caserne. Mais alors qu’ils étaient encore sur la place Syntagma, le chef, levant haut la jambe, a fait une immense glissade et s’est retrouvé les quatre fers en l’air. Quelques touristes ont éclaté de rire, la plupart des Grecs étaient consternés. Je n’ai pas voulu prendre cette photo, parce que ces hommes sont fiers d’être admirés, ils font de leur mieux, et c’est terriblement humiliant de se retrouver dans cette position. Comme, avant la cérémonie, j’avais un peu discuté avec le policier derrière lequel j’étais, je lui ai demandé si, à l’armée, on était assez compréhensif (je n’ai pas voulu dire intelligent) pour ne pas le punir. Il m’a rassuré, les officiers savent à quel point c’est difficile, à quel pont c’est glissant, et il ne se passera rien de désagréable pour lui. Une fois les nouveaux gardes en service, bien immobiles, et les anciens repartis, les policiers ont de nouveau laissé la foule passer, et cela a été un défilé de touristes, grecs ou étrangers, se faisant photographier à côté d’eux, qui restent impassibles.
 
691g1 Athènes, prison de Socrate
         
691g2 Athènes, prison de Socrate
 
Après avoir assisté à cette cérémonie, je suis resté à discuter un petit quart d’heure avec mon policier sympathique, pendant que Natacha se régalait de photographier les différentes attitudes des gens qui se faisaient tirer le portrait en compagnie des gardes. Ensuite, nous nous sommes un peu restaurés et nous avons décidé de gravir la colline de Philopapos (avec un ou deux P, Philopappos dans la plupart des transcriptions, mais en grec il n’y en a qu’un) d’où l’on a une belle vue sur l’Acropole. Et puis c’est un endroit important, car Plutarque nous dit que c’est là qu’a eu lieu le combat de Thésée contre les Amazones. Comme le chemin passe au pied de l’Acropole, nous avons pu constater que bien des gens se plaignaient que l’Acropole soit fermée à la visite en ce jour de fête nationale. Notamment, un groupe de deux couples de Français qui se désolaient d’être venus de si loin et d’être obligés de reprendre l’avion le lendemain matin sans avoir vu ce lieu célèbre. Puisque nous, nous l’avons déjà visité, nous continuons notre chemin, et passons devant ces grottes naturelles dont on dit qu’elles ont été la prison de Socrate, avant qu’il soit condamné à boire la ciguë en 399 avant Jésus-Christ. Les deux grottes dont on voit les grilles sur ma première photo communiquent entre elles à l’intérieur, et ma seconde photo, prise à travers les grilles, montre l’une des cavités. Selon les historiens, il ne fait aucun doute que sur cette colline, et en particulier dans ces grottes, des hommes ont habité depuis les temps préhistoriques. Comme on le voit sur la première de ces photos, des trous dans la façade ne laissent aucun doute quant à leur usage. Ils ont reçu l’extrémité de poutres, des immeubles de plusieurs étages ayant été adossés à la paroi rocheuse, et ces cavités que nous voyons aujourd’hui étaient probablement à usage d’entrepôts au fond de l’immeuble.
 
691h1 Athènes, monument de Philopapos
         
691h2 Athènes, monument de Philopapos
 
Nous voici au sommet de la colline, où se dresse ce monument de Philopapos. La Commagène se situe au sud de l’Asie Mineure, juste en face du "doigt" que Chypre pointe vers le nord-est, entre Syrie et Cappadoce, en Turquie actuelle, et sa capitale est Samosate, sur l’Euphrate. Elle devient un royaume hellénistique quand son gouverneur Ptolémée s’en proclame roi héréditaire en 162 avant Jésus-Christ. Pour l’annexer à l’Empire romain, Tibère dépose le roi Antiochos III en 17 après Jésus-Christ, mais son successeur Caligula restitue le royaume au fils d’Antiochos III, Antiochos IV. Puis en 72, l’empereur Vespasien destitue Antiochos IV, et cette fois ce sera définitif, la Commagène perd son indépendance. Antiochos et sa famille s’exilent alors à Athènes. Le petit-fils de ce dernier roi, Gaius Julius Antiochus Epiphanes Philopappus, sera sénateur romain, organisateur de spectacles culturels, juge de jeux sportifs, et il fera beaucoup pour sa ville. À sa mort vers 114 ou 116, sa sœur Julia Balbilla se charge d’élever à sa mémoire ce monument haut de douze mètres, achevé avant 119. Ce n’est qu’en 212 que l’empereur romain Caracalla accordera systématiquement le droit de cité à tous les hommes libres de l’Empire (ce qui permettra dès 218 au prêtre syrien Élagabal de devenir empereur), mais il y avait déjà bien des façons d’obtenir la citoyenneté. Par exemple, auprès des cent cinquante mille légionnaires, tous citoyens, un nombre équivalent d’hommes était recruté dans les troupes auxiliaires et, après 25 ans de service, la citoyenneté leur était accordée. Auguste a créé un corps de pompiers, les cohortes de vigiles (en italien, aujourd’hui, les pompiers s’appellent vigili del fuoco) composées de volontaires recrutés parmi les esclaves et les affranchis et, afin de susciter des vocations pour ce métier dangereux, six ans de service suffisent pour devenir citoyen romain. Et puis, lorsqu’une cité a rendu à l’Empire un service insigne, par exemple en cas de guerre, tous les hommes libres de la cité obtiennent la citoyenneté. Notamment, depuis longtemps les citoyens d’Athènes étaient de droit citoyens romains, et c’était le cas de ce Philopapos. C’est lui que l’on voit sur cette frise, monté sur un char et accompagné de licteurs à pied. Ce monument, resté intact jusqu’au quinzième siècle, a ensuite été abandonné, et a été victime de l’injure du temps, mais aussi du vandalisme.
 
691h3 Athènes, l'Acropole vue de Philopapos
  
691h4 Athènes, Acropole et Lycabette vus de Philopappos
 
De mi-pente puis du sommet de la colline, on a une vue superbe sur l’Acropole, et derrière le Parthénon sur le mont Lycabette. Derrière le monument la colline se prolonge, on peut faire une courte promenade sur la crête et l’on a une vue superbe sur la ville moderne, sur les monts qui l’entourent, sur la mer.
 
691i1 Athènes, église de la Théotokos
     
691i2 Athènes, église de la Théotokos
 
691i3 Athènes, église de la Théotokos
 
691i4 Athènes, église de la Théotokos
 
Ce n’est pas aujourd’hui 25 mars que nous avons vu cette petite église de la Théotokos (mère de Dieu, exactement Celle qui a enfanté Dieu), mais j’ai pris le parti de parler aujourd’hui de ce que nous avons vu dans Athènes. Cette Théotokos est qualifiée de Gorgoépikoos, Celle qui exauce vite. C’est une petite église byzantine du douzième siècle dont tous les murs extérieurs réemploient des sculptures dont certaines sont antiques et remontent au quatrième siècle avant Jésus-Christ, d’autres proviennent d’églises paléochrétiennes ou plus récentes, un ou deux siècles avant la construction de celle-ci. Elle est située dans un coin tranquille et un peu isolé d’une grande place où s’élève la majestueuse cathédrale catholique de la ville. Mais de cette cathédrale je ne peux rien montrer parce que sa façade comme son intérieur sont couverts d’échafaudages pour de grands travaux de rénovation.
 
691j1 Amis finlandais au camping d'Athènes
     
691j2 Amis finlandais au camping d'Athènes
 
691j3 Amis finlandais au camping d'Athènes
 

J’ai pris la première de ces trois photos, Natacha a pris les deux autres. Au camping d’Athènes, nous avons fait connaissance avec nos voisins, une famille de Finlandais très, très sympathiques. Les parents, Jouni et Kaija, et leur fille Katja, font à travers l’Europe un long voyage de six mois. Ils ont déjà traversé la France, l’Allemagne, la Serbie, l’Albanie, la Macédoine et, après la Grèce, ils vont se diriger vers la Turquie, mais ensuite ils vont devoir rentrer assez rapidement. Le système finlandais d’éducation, au niveau du lycée, se fait par modules, ce qui permet aux élèves qui ont des difficultés d’aller à leur rythme, avec une aide personnalisée sans qu’il soit question de redoublements (et finalement c’est plus efficace sans coûter plus cher que ces classes supplémentaires ou plus chargées), et aux bons élèves comme Katja de prendre un congé d’un semestre pour se cultiver en découvrant d’autres cultures, d’autres usages, en voyant du pays, sans pour autant interrompre vraiment ses études. Nous avons dîné ensemble, puis nous avons pris le petit déjeuner ensemble, et ils sont partis. Mais nous avons échangé nos adresses et, sûr, nous nous reverrons, à Helsinki ou ailleurs. Car ils ne sont pas seulement sympathiques, nous avons pu constater aussi qu’ils avaient de vraies qualités humaines. À bientôt, Jouni, Kaija, Katja !

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Published by Thierry Jamard
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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 21:59
Il s’appelle musée cycladique, mais deux de ses quatre niveaux sont consacrés à l’art des Cyclades en deux étapes chronologiques, tandis qu’un troisième étage est consacré à Chypre et le quatrième étage à une mise en scène très pédagogique des objets de la vie courante dans l’Antiquité. Mais j’y reviendrai. Commençons par les Cyclades.
 
690a1 Athènes, musée cycladique, 4360-3500 avt JC
 
Parce que la population des Cyclades était insulaire, et sur des terres qui ne produisaient pas grand chose, elle a d’une part appris à naviguer bien et loin ce qui a permis des contacts divers aidant à s’ouvrir l’esprit (les voyages forment la jeunesse, n’est-ce pas) et elle a d’autre part dû se débrouiller pour développer des techniques. L’évolution technique et intellectuelle est allée ainsi de pair avec l’évolution artistique. Et dès 4360-3500 avant Jésus-Christ on trouve ce genre de productions.
 
690a2 Athènes, musée cycladique, 2800-2300 avt JC
 
Et puis le style a évolué et la statuette ci-dessus date de 2800-2300 avant Jésus-Christ. Les reliefs étant très peu marqués comme on peut le remarquer par la poitrine, on doit considérer le renflement du ventre comme non négligeable quoiqu’il soit discret. On peut donc supposer que cette femme a été représentée enceinte.
 
690a3 Athènes, musée cycladique, homme 2800-2300 avt JC
 
Cette statue est de grande taille. Or si la représentation des hommes est très rare en statuettes, cet exemplaire est le seul et unique qui soit connu de représentation d’un homme en statue dans la civilisation cycladique d’avant l’Âge du Fer. Comme la statue précédente, on le situe dans la fourchette de 2800 à 2300 avant Jésus-Christ.
 
690a4 Athènes, musée cycladique, représentation de la mo
 
Les statuettes telles que la jeune femme supposée enceinte ci-dessus ont les pieds inclinés vers le bas, comme si elles dansaient en faisant des pointes ou marchaient sur la pointe des pieds. Par ailleurs, elles ont parfois les genoux légèrement fléchis. Cela a amené les archéologues à supposer que ces statuettes, que l’on représente généralement debout en s’ingéniant à leur créer des supports pour les faire tenir à la verticale alors qu’elles n’ont jamais de socle d’origine, étaient très certainement destinées à être couchées sur une surface plane et représentaient une morte. Par ailleurs, la position des bras croisés sur la poitrine pourrait être en relation avec la mort.
 
690a5 Athènes, musée cycladique, 2800 avant Jésus-Christ
 
Cette figurine de 2800 avant Jésus-Christ, avec son haut chapeau conique sur la tête est la préfiguration d’un type qui s’est développé par la suite. Cet élégant couvre-chef (et d’autant plus chic qu’elle est nue) a nom un pilos.
 
690a6 Athènes, musée cycladique, 2800-2300 avant JC
 
Nous sommes toujours dans la fourchette 2800-2300 avant Jésus-Christ. Cette statuette assise et tenant une tasse à la main est désopilante. Mais en outre elle est exceptionnelle. En effet, il est extrêmement rare que le bras, tenant ou non un verre, soit tendu en avant. Par ailleurs, même si les attributs sexuels sont généralement discrets, ils sont représentés, mais pas ici, cette figurine n’est ni homme, ni femme. Enfin, si la tête, en forme d’amande et au visage plat, est traditionnel de cette période, en revanche il est a noter qu’ici elle est presque perpendiculaire par rapport au cou. Or si, comme on le voyait tout à l’heure, les statuettes sont prévues pour être couchées, le visage parallèle au cou les fait regarder vers le ciel, mais celle-ci, assise, a le buste vertical, il a donc fallu positionner ainsi son visage si l’on a souhaité la faire regarder vers le ciel. Le geste de tenir une tasse, la position assise, suggéreraient la vie, mais le visage tourné vers le ciel et l’autre bras replié sur l’abdomen évoquent la mort. Ce qui en fait une représentation énigmatique.
 
690b1 Athènes, musée cycladique, statuettes phi et psi (1
 
Nous faisons un saut dans le temps pour arriver entre le quatorzième et le douzième siècles avant Jésus-Christ, autrement dit à l’époque où se développe la civilisation mycénienne. Et ces statuettes sont caractéristiques de cette période. Par analogie avec la forme des lettres grecques, on les classifie selon un type appelé phi (Φ) et un type appelé psi (Ψ).
 
690b2 Athènes, musée cycladique, pleureuses 13e s. avt JC
 
On appelle larnax un genre de coffre en terre cuite à quatre pieds. Le grand côté de celui-ci, qui date du treizième siècle avant Jésus-Christ, représente une procession de pleureuses. Il vient peut-être de Tanagra, en Béotie. Mais il n’a évidemment rien à voir avec ce que l’on appelle un tanagra en référence à de jolies statuettes dont cette même Tanagra s’est fait une spécialité à l’époque hellénistique, soit plus d’un millénaire plus tard. On remarque, en-dessous, les deux petites statuettes de ma photo précédente.
 
690b3 Athènes, musée cycladique, ornements de vêtements
 
Ces petits disques taillés dans une fine feuille d’or et décorés de spirales ou autres formes géométriques ornaient des vêtements au dixième siècle avant Jésus-Christ. Les ayant trouvés dans une tombe, on a supposé qu’ils avaient été cousus sur le tissu du vêtement du mort.
 
690b4 Athènes, musée cycladique, pyxide 760-750 avt JC
 
Cette grande pyxide venant d’Attique est remarquablement conservée, avec ses quatre chevaux sur le couvercle. Il est fréquent que dans les tombes aristocratiques du huitième siècle avant Jésus-Christ (or cette pyxide vient d’une tombe de 760-750) on trouve de grandes pyxides. Et parce que cette tombe, donc, est aristocratique, il est possible que les chevaux évoquent l’appartenance du mort à la classe des chevaliers (hippeis). Au moment de parler des classes sociales, je me vois contraint de confesser une lacune –une de plus– dans ma culture alors qu’en principe la civilisation de la Grèce antique est l’une de mes spécialités. Car ici nous sommes en Attique, et je ne connais la répartition des citoyens qu’à partir de la réforme de Solon en 592-591, soit près de deux siècles plus tard que l’enterrement de cet homme avec cette pyxide à chevaux. Néanmoins, cela peut donner une idée du niveau socio-économique de ce défunt. Les classes étaient censitaires, c’est-à-dire basées sur le revenu, calculé en mesures de grain. Et ce que je sais, c’est que Solon a dévalué la mesure, elle valait (donc à l’époque de cette pyxide) 45,46 litres, et après la dévaluation pour obtenir la même valeur il fallait 51,84 litres soit (merci Excel) une dévaluation de 14%. Bref, la classe supérieure était celle des pentakosiomedimnoi, ce qui signifie 500 mesures, soit 227 hectolitres, suivie de celle des chevaliers avec 300 mesures, soit 136 hectolitres, puis celle des zeugites avec 200 mesures au minimum, soit 91 hectolitres. Ceux qui n’atteignaient pas ce minimum constituaient la quatrième classe, celle des thètes, la seule qui soit exclue de l’accès aux magistratures.
 
690b5 Athènes, musée cycladique, kylix 720-700 avt JC
 
Une coupe à vin de ce type s’appelle une kylix, mais elles peuvent revêtir des formes très diverses, comme celle que nous allons voir dans un instant. Celle-ci date de la période géométrique tardive, vers 720-700 avant Jésus-Christ. La mode à cette époque était à la kylix en bronze, beaucoup plus coûteuse, aussi les potiers fabriquaient-ils le même modèle en céramique. C’est ce qui explique les quatre trous sur le pied, sans aucune utilité pratique, et seulement destinés à copier un modèle métallique.
 
690c1 Athènes, musée cycladique, satyre 460-450 avt JC
 
Encore un peu de céramique avec ce satyre impudique (mais s’il ne l’était pas, ce ne serait pas un satyre, ou il serait dégénéré) daté de 460-450 avant Jésus-Christ. Celui-ci hantait les bois de Béotie.
 
690c2 Athènes, musée cycladique, Béotienne vers 400 avt
 
Cette figurine béotienne a été moulée dans un moule unique. Avec sa curieuse coiffure de grande hauteur, elle est vêtue d’une ample robe et se tient dans une pose hiératique. Elle date des alentours de 400 avant Jésus-Christ. Certes sa coiffure est un peu ridicule, certes son visage n’est pas joli, mais j’aime bien cette statuette cependant pour sa ligne pure.
 
690c3 Athènes, musée cycladique, fin 4e, début 3e s. avt
 
J’ai regroupé sur la même image ces deux statuettes de femmes. Toutes deux datent de la fin du quatrième siècle ou du début du troisième avant Jésus-Christ. Elles ont été faites dans des moules doubles. Celle de gauche est enveloppée dans un grand manteau. La grande sculpture du quatrième siècle a développé un style qui est repris par ces petits moulages, postures sophistiquées, riches vêtements drapés avec élégance, coiffures élaborées. L’autre statue ne peut accéder à nos établissements scolaires à moins d’ôter ce voile, signe ostensible de… de quoi ? Nous sommes avant l’Hégire, avant l’an 622 de notre ère. Comme quoi il faut se méfier des condamnations. C’est une danseuse en action, mais les archéologues n'ont pu déterminer s’il s’agit d’une danse rituelle ou d’une danse laïque. En fait je plaisantais, mais on en revient au doute entre intention religieuse ou non. Quoi qu’il en soit, j’aime bien la posture qui évoque la danse, et ce voile sur le visage me rappelle la petite tête de Tanagra que j’avais achetée pour trois cents francs dans les années 70 dans une vente aux enchères à La Baule.
 
690c4 Athènes, musée cycladique, Amazones 530 avt JC
 
Cette amphore à figures noires a été produite dans une colonie grecque d’Italie du sud, par exemple Rhegium (Reggio di Calabria). Lesamphores de ce type portant des inscriptions en caractères chalcidiques, c’est le signe qu’elles proviennent d’une colonie de la Chalcidique, cette péninsule du nord de la Grèce, à l’est de Thessalonique, et qui se termine vers le sud par trois “doigts” fins dont l’un est le mont Athos avec ses multiples monastères interdits aux femmes et aux animaux de sexe féminin. Cette amphore qui date des environs de 530 avant Jésus-Christ montre des Amazones au galop.
 
690c5 Athènes, musée cycladique, JH au cratère 490-480 a
 
Tout à l’heure, en montrant une kylix (coupe à vin), j’ai dit que j’en montrerais bientôt une autre. Ce jeune homme en tient une en main, de forme radicalement différente, large et plate, et il est représenté au fond d’une vraie de la même forme plate. Il va puiser du vin dans le gros vase à gauche. Ce vase est un cratère, dont le nom est à mettre en relation avec le verbe grec kerannumi, “je mélange”. En effet, le vin était bu mélangé à de l’eau chaude. On versait d’abord le vin pur dans le cratère, puis l’eau chaude, on mélangeait et après quelque temps les convives allaient se servir, ou un esclave les servait. Du fait de sa forme très plate, les décors apparaissent dans le fond comme sur la photo ci-dessus, ou dessous, c’est pourquoi la coupe est présentée sur le côté, de façon qu’on puisse la voir entière en tournant autour de la vitrine.. Et, dessous, on voit trois jeunes allongés, en train de jouer avec leur kylix, la lançant en l’air. Ils semblent assez éméchés et dans ces conditions pas la peine d’attendre le service d’un esclave. Sur ma photo, au-dessus de la tête du jeune homme, il est écrit Lysis, et derrière son dos kalos, ce qui veut dire Le beau Lysis. Puisque ce nom n’est pas celui d’un dieu ou d’un héros de la mythologie ni, à ma connaissance, celui d’un personnage célèbre, le potier a sans doute inscrit le nom du destinataire de la kylix et, à moins qu’il ne soit très vaniteux en commandant cet objet avec ce qualificatif associé à son nom, ce pouvait être un cadeau d’un admirateur ou d’une admiratrice. J’allais oublier d’ajouter la date, 490-480 avant Jésus-Christ.
 
690c6 Athènes, musée cycladique, libation vers 370 avt JC
 
Cratère provenant d’un atelier des Pouilles (en Italie de l’extrême sud-est de la péninsule), fabriqué vers 370 avant Jésus-Christ. D’un côté, un jeune homme nu et portant son vêtement sur son bras gauche s’appuie sur une colonne. Il a les cheveux retenus dans un serre-tête et tient une couronne à la main. Sans doute est-ce un athlète, vainqueur d’une compétition sportive. Mais en face de lui, une femme verse un liquide dans un récipient, de toute évidence elle fait une libation. De là je pense que le jeune est mort, et que cette femme offre une libation à son âme.
 
690d Athènes, musée cycladique, didrachme Homère 350 avt
 
Dans un genre totalement différent, voici une didrachme en argent frappée à Ios, une petite Cyclade du sud, entre Naxos et Santorin, aux alentours de 350 avant Jésus-Christ. Et comme l’île est censée abriter la tombe d’Homère, cela justifie que le profil de l’aède aveugle figure sur cette pièce. Petite précision, une didrachme est une pièce de deux drachmes, le di- du grec correspondant au bi- du latin (avec une même étymologie indo-européenne, et une évolution différente de la consonne). Avec le mot qui signifie un pli, un diptyque et un triptyque sont des documents ou des tableaux en deux ou en trois panneaux. L’inscription, pour le cas où on ne l’aurait pas reconnu, dit HOMÊROU, soit “d’Homère”.
 
690e1 Athènes, musée cycladique, Chypriote 3900-3000 avt
 
Nous voici maintenant à l’étage de Chypre. Telle est l’origine de cette très ancienne statuette (époque du chalcolithique, 3900-3000 avant Jésus-Christ). L’étiquette dit “limestone”, c’est-à-dire calcaire. Le marbre aussi est un calcaire, mais probablement faut-il comprendre ici que c’est un calcaire commun. La différence d’aspect ne tient donc pas seulement à l’absence de poli. Par ailleurs, Chypre à cette époque ne vivait pas plus repliée sur elle-même que les Cyclades qui ne sont pourtant pas très éloignées, mais le style de cette figurine est radicalement différent de ce qui se faisait dans les Cyclades, en Crète ou sur le continent grec à la même époque. Il m’est impossible de penser que ces hommes et ces femmes qui étaient capables de créer des objets extrêmement sophistiqués n’étaient pas capables de reproduire le corps humain, le visage humain de façon plus réaliste. Il s’agit donc d’une vision très moderne qui interprète consciemment le réel pour le recréer, comme le font nos créateurs contemporains. C’est admirable.
 
690e2 Athènes, musée cycladique, Chypre 2500-2300 avt JC
 
Ces deux jattes à double col sont datées l’une et l’autre entre 2500 et 2300 avant Jésus-Christ. Elles proviennent de la côte sud de l’île. Je trouve merveilleuse la qualité de ce travail difficile avec les moyens de l’époque.
 
690f1 Athènes, musée cycladique, Chypre 750-600 avt JC
 
690f2 Athènes, musée cycladique, Chypre 600-480 avt JC
 
Ces deux séries de statuettes chypriotes représentant des femmes sont de deux périodes successives, 750-600 puis 600-480 avant Jésus-Christ. La différence est frappante et, si mon interprétation pour la statuette de calcaire un peu plus haut n’est pas fausse, il y a aux alentours de l’an 600 un radical changement dans le rôle de l’art, qui ne cherche plus à schématiser les lignes, à exprimer l’essentiel par des formes qui ne sont pas ce que nous appellerions aujourd’hui photographiques, pour devenir subitement une copie du réel.
 
690f3 Athènes, musée cycladique, Apollon 600-550 avt JC
 
Cet Apollon date des années 600-550 avant Jésus-Christ. Du moins, on considère que la statuette doit vouloir représenter Apollon, parce que l’on distingue une lyre entre ses mains, mais rien ne le confirme, lieu de découverte ou attribut plus exclusif. Il est contemporain de la seconde série de femmes ci-dessus et son visage est très expressif.
 
690f4 Athènes, musée cycladique, Chypre 600-480 avt JC
 
J’ai placé dans ma sélection ces petits grelots chypriotes en forme de cochons parce que je les trouve très amusants. L’origine chypriote et la datation entre 600 et 480 les situent auprès de la deuxième série de trois femmes ci-dessus. Et l’on voit ici encore une forme très réaliste. En décoration, précédemment, nous aurions eu un grelot en forme de boule décorée de dessins géométriques. Désormais, nous avons des animaux très ressemblants.
 
690g1 Athènes, musée cycladique, Aphrodite 2e-1er s. avan
 
Je quitte Chypre pour revenir en Attique. Cela fait désordre, mais c’est parce que je saute à une époque postérieure, fin du second siècle ou début du premier avant Jésus-Christ, où certes chaque région conserve un peu de sa personnalité propre, mais où le brassage des peuples, conséquence de la conquête romaine, est tel que le classement par régions n’a plus grand sens. Déjà la conquête d’Alexandre le Grand au quatrième siècle avait centré le monde grec sur Alexandrie, en l’unifiant. Et avec les Romains, une relative uniformisation succède à une unification. Cette figurine d’Aphrodite sortant de la mer –on sait qu’elle est née de l’écume des flots– a beau être un peu abîmée, je la trouve très délicate et pleine de charme, toute en grâce. Elle est toute jeune et fine, son corps ondule doucement, elle tient ses mèches humides…
 
690g2 Athènes, musée cycladique, animaux 2e-3e s. après
 
Cette fois nous franchissons encore les siècles puisque nous sommes maintenant après Jésus-Christ, à l’époque romaine impériale, au deuxième ou au troisième siècle de notre ère. Ces petits animaux métalliques servaient de poids. En effet, pourquoi donner aux poids de toutes bêtes formes géométriques quand on peut leur donner un aspect artistique amusant. D’autant plus qu’une fois mémorisée la valeur de chaque animal, on évite le risque de confusion entre deux poids de même forme mais de taille légèrement différente.
 
690h1 Athènes, musée cycladique, cuisine
 
J’ai dit en introduction de cet article que le dernier étage du musée était très pédagogique, mettant en situation des objets de l’Antiquité usuels dans la vie quotidienne. Mieux que mes explications floues, quelques exemples. Ici, une grande photographie montre un jeune garçon nu, un esclave probablement, en train de tourner au-dessus du feu une pièce de viande embrochée tandis qu’un adulte en toge, donc un homme libre, tend un récipient pour y recevoir la viande cuite. L’intérêt est que sur la photo est fixé à l’endroit adéquat le vrai récipient, pièce de musée, qui au lieu d’être exposé dans une vitrine à côté d’autres ustensiles de cuisine avec une petite étiquette explicative est placé dans une situation d’utilisation. L’objet antique entre dans la vie. Et je trouve cette présentation intéressante pour les adultes aussi bien qu’attrayante pour les jeunes. La langue latine, la langue grecque, perçues comme des sujets d’étude, font que les éléments de civilisation qui sont enseignés à l’occasion de l’étude des textes passent également comme des sujets d’étude, et non comme un retour sur la vie d’hommes, de femmes, d’enfants qui nous ont précédés mais qui sont somme toute très proches de nous. Car ce qui fait la vie, ce n’est pas l’électricité, la voiture ou l’ordinateur, ce sont les sentiments, la maladie, les choix politiques, les repas pris en commun, l’amour, la naissance, la mort.
 
690h2a Athènes, musée cycladique, toilette
 
690h2b Athènes, musée cycladique, 460-450 avt JC
 
Ici, le principe est le même. Nous voyons une femme à la toilette, une citoyenne à droite, et une autre qui l’assiste, son esclave, à gauche. Intéressant aussi de voir que les esclaves n’étaient pas toujours des souillons habillés de lambeaux, sales, attendant les mauvais traitements de leurs maîtres. Certes, il n’était pas question pour eux des 35 heures ni d’ARTT, certains étaient brutalisés, maltraités, martyrisés, légalement tués, mais aussi beaucoup étaient aimés et intégrés d’une certaine façon à la vie de la famille. Par exemple quand un bébé était confié à une esclave qui le soignait et le gardait, s’occupait de lui jusqu’à l’âge adulte, le lien qui se créait entre eux était nécessairement affectif. Sur la photographie grandeur nature, la maîtresse tient dans la main gauche une pyxide, dans la main droite un anneau. Près d’elle, des vases. Or pyxide, anneau, vases sont réels et fixés sur la photo. Pour les vases, pas de problème, il apparaît une tablette, pour l’anneau, évidemment, sa fixation est moins réaliste puisqu’une tablette apparaît sous la main de la femme. La pyxide à figures rouges sur fond blanc de 460-450 avant Jésus-Christ est d’origine attique, et représente la remise des présents à la jeune mariée. La bague est un anneau chypriote en argent de 475-450 avant Jésus-Christ. Sur le vase à dessin au trait noir sur fond blanc, on voit une femme assise tenant une couronne dans une main et un miroir dans l’autre. C’est un lécythe attique de 460 avant Jésus-Christ environ.
 
690h3a Athènes, musée cycladique, vote
 
Sur cette photo, nous assistons à une séance de vote. l’homme mûr surveille le vote et l’autre, à gauche, vient déposer son choix. Sur la photographie est fixée l’urne destinée à recueillir les votes des citoyens. C’est une hydrie en bronze provenant d’un atelier du nord-ouest du Péloponnèse et datant de 500-490 avant notre ère. Il n’y avait pas comme de nos jours d’urnes spécifiquement destinées à ces opérations, mais on utilisait généralement des hydries comme celle-ci Lorsque l’on voulait qu’un personnage soit exilé, on inscrivait son nom sur un bout de poterie et on le jetait dans l’urne. À l’origine, on utilisait des coquilles marines, généralement des coquilles d’huîtres. Et quiconque sait ce qu’est l’ostréiculture comprend aisément d’où vint le mot ostraciser pour dire que l’on met quelqu’un à l’écart. La démocratie, bien sûr, c’est théoriquement la liberté du citoyen, et nous devons être reconnaissants à Athènes d’avoir inventé et mis en pratique ce système politique. Néanmoins, elle avait encore des progrès à faire au cours des âges, car c’est par elle, la démocratie athénienne, par le vote d’une majorité de citoyens, que bien des hommes illustres qui avaient été honnêtes pour leur patrie ont été ostracisés. Aristide, dit “le Juste”, était sur l’agora au moment du vote le concernant. Beaucoup de citoyens, agriculteurs ou petits artisans, étaient illettrés, aussi l’un d’entre eux s’approcha de lui pour lui demander d’inscrire à sa place un nom sur le tesson de céramique. N’ayant pas reconnu son interlocuteur, il demanda d’inscrire le nom d’Aristide, ce que fit honnêtement Aristide. Et il fut banni. Avant de partir, il se dirigea vers l’homme qui avait sollicité son aide, et lui demanda pourquoi il avait souhaité faire bannir Aristide, à quoi l’homme répondit qu’il entendait sans cesse parler d’Aristide le Juste par ci, Aristide le Juste par là, il en avait assez d’entendre toujours la même chose. À quoi peuvent tenir parfois les votes des citoyens dans une démocratie…
 
690h3b Athènes, musée cycladique, ostracisation Mégaklè
 
Voici un exemple de tessons utilisés. Ces tessons sont présentés devant la grande photographie du vote. Ils sont authentiques et ont entraîné l’exil de Mégaklès (ou Mégaclès), fils d’Hippokrate (ou Hippocrate) et oncle de Périclès, en 486 avant Jésus-Christ. Or il se trouve que ce Mégaklès avait été vainqueur aux jeux pythiques (Delphes) dans la compétition la plus prisée, la course de quadrige. Nous le savons notamment par la septième Pythique de Pindare qui lui est consacrée. Je n’ai pas sous la main le texte grec, mais j’ai trouvé sur Internet la traduction de R. Toulet, en 1818 (donc dans le domaine public), ce qui me dispense de traduire moi-même : "Comment, ô Mégaclès, redirais-je tes succès et ceux de tes nobles aïeux ? Certes, j'admire cette longue prospérité et je partage la joie que tu dois en ressentir. Mais une pensée m'afflige... Tant de belles actions ne vont-elles pas aiguiser contre toi les traits de l'envie ? L'état le plus florissant du bonheur n'est pour aucun mortel à l'abri des revers." Or cette ode a été publiée en 486, l’année même où Mégaklès a été ostracisé. J’ignore, puisque les jeux avaient lieu en août, si la victoire célébrée a été remportée en 487 ou en 486, mais de toute façon le revers de fortune, le résultat de l’envie, ne vont pas tarder à s’abattre sur lui. Pour qui lit le grec, je signale quand même quelque chose de bizarre. Le signe H est la lettre êta en grec ancien, ita en grec moderne, par exemple dans ΔΗΜΟΣ (que l’on retrouve dans démocratie). En aucun cas ce n’est le H français. Or ici, ce signe est utilisé comme le H français…
 
690h3c Athènes, musée cycladique, ostracisation Thémisto
 
Puisque je parle de l’orthographe en grec, je continue avec le nom indiqué ici. C’est Thémistocle, fils de Néoklès. En grec ancien comme en grec moderne, j’ai toujours vu son nom orthographié ΘΕΜΙΣΤΟΚΛΗΣ, avec un Θ au début et un Τ au milieu. Or ici, sur ces trois tessons, mais aussi sur d’autres qui sont conservés dans d’autres musées, on retrouve toujours un Θ au milieu du nom comme au début. Certes, beaucoup de citoyens étaient presque analphabètes et des fautes d’orthographe étaient toujours possibles, mais le Θ est un T aspiré, il ne se prononce pas de la même façon, rendant impossible la faute d’orthographe. N’ayant pas d’explication pour ce phénomène, je passe à la suite. Né en 528 avant Jésus-Christ, Thémistocle sera stratège d’Athènes en 490 et, lorsque l’oracle de Delphes consulté sur l’avenir de la guerre contre les Perses répondit que les Athéniens protégeront leur cité avec des remparts de bois, il eut du mal à convaincre ses compatriotes que les palissades qu’ils construisirent à la hâte ne serviraient de rien, et que ces remparts devaient être interprétés comme des navires de guerre. Il réussit, malgré l’opposition, à construire 200 trières (navires à trois rangs de rames) et l’on sait le succès obtenu à Salamine le 29 septembre 480 par la flotte qu’il commandait conjointement avec le spartiate Eurybiade, alors que la veille, le 28 septembre, les Perses avaient pris l’Acropole d’Athènes et avaient mis la ville à sac. Par la suite, il fera construire les Longs Murs, protégeant le trajet entre Athènes et son port du Pirée. D’origine modeste, ce grand stratège, cet homme politique visionnaire, ce brillant politicien, se laissera griser par le succès et son goût du luxe viendra compenser l’austérité de son enfance de fils de petit commerçant. Il militera pourtant toujours du côté des démocrates et du parti populaire. Selon Aristide le Juste dont je parlais tout à l’heure, il n’aurait pas hésité à plonger les deux mains dans le trésor public pour satisfaire son désir de mener la grande vie. Et puis son orgueil incommensurable lui attirera bien des haines, notamment celle d’un certain Cimon fils de Miltiade, un aristocrate, avec qui il est en désaccord sur la principale menace qui pèse sur Athènes, Thémistocle pensant que Sparte est plus dangereuse que les Perses, et Cimon dont le cœur penche vers la très aristocratique Sparte estimant que le péril perse persiste et est la priorité à prendre en compte. Et puis Thémistocle est ostracisé en 471. Finalement, il se réfugiera auprès d’Artaxerxès, roi des Perses, fils de Xerxès, qui sera trop heureux d’accueillir celui qu’Athènes, vainqueur de son père, avait banni, et il le comblera d’honneurs jusqu’à sa mort en 462.
 
690h3d Athènes, musée cycladique, ostracisation Cimon fil
 
Tiens, qui voilà ? Eh bien justement, c’est lui, ce Cimon fils de Miltiade qui s’opposait à Thémistocle. Miltiade avait été chargé de l’administration de la Chersonèse de Thrace, une longue et étroite péninsule aujourd’hui en Turquie d’Europe, qui vient lécher le nez nord-ouest de la Turquie d’Asie dont elle est séparée par le détroit des Dardanelles, fermant la Mer de Marmara. Là, sous la domination Perse, il a combattu les Scythes aux côtés de Darius. Et il a épousé une femme Thrace. Se retournant contre la Perse, il a remporté quelques succès, puis a dû se réfugier à Athènes. C’est là qu’est né son fils Cimon en 510 avant Jésus-Christ, qui a été élu stratège à partir de 478. Je cite Aristote dans la traduction publiée aux Belles Lettres : “Cimon, qui avait une fortune princière, d'abord s'acquittait magnifiquement des liturgies publiques et de plus entretenait beaucoup de gens de son dème : chacun des Lakiades pouvait venir chaque jour le trouver et obtenir de lui de quoi suffire à son existence ; en outre, aucune de ses propriétés n'avait de clôture, afin que qui voulait pût profiter des fruits”. Ainsi, il obtenait les faveurs des aristocrates pour ses origines nobles et sa richesse, et celles du peuple pour ses prodigalités. On a vu qu’il a grandement participé au bannissement de Thémistocle. Puis en 468 il remporte sur les Perses la grande victoire de l’Eurymédon. En 462 il veut aider les Spartiates à combattre la révolte des hilotes, aide refusée par Sparte, ce qui le discrédite grandement, et finalement il sera ostracisé en 461. Plus tard, en 451, Périclès le rappellera pour une nouvelle campagne contre les Perses. Il meurt en 450 ou 449 en faisant le siège de ce qui est aujourd’hui Larnaka.
 
690i Athènes, musée cycladique, élèves de 11 ans
 
Au rez-de-chaussée du même musée, dans une autre aile, se tient une exposition temporaire. Des enseignants d’écoles primaires avaient emmené leurs élèves visiter ce musée, puis ont exploité pédagogiquement cette visite en demandant à leurs élèves des productions de divers types. Et ces productions sont exposées ici. Je ne montre pas les travaux des enfants de première année, qui ont fait des dessins sans relation aucune avec les objets du musée. Une maison, un chemin qui y mène en zigzaguant, un soleil avec des rayons, un arbre, les dessins que ferait un petit Français sans avoir visité aucun musée. Peut-être à six ou sept ans est-on trop jeune, ou peut-être l’enseignant n’avait-il pas préparé la visite, ou n’a-t-il pas su l’exploiter, je ne sais, mais il ne vaut pas la peine que je montre ces travaux dans le cadre de cet article. En revanche, les travaux de ces élèves de sixième année (onze ou douze ans) montrent qu’ils ont été frappés par les formes des statues telles que les artistes de l’Âge du Bronze ont interprété leurs contemporaines. Et même, en haut à droite, les deux boules blanches sont situées trop bas pour représenter la poitrine, que d’ailleurs les artistes ne modèlent jamais très volumineuse, ce sont donc deux gigantesques fesses.
 
690j1 Athènes, musée cycladique, élèves de 10 ans
 
Ce ne sont pas des statuettes de femmes qui ont été demandées à ces enfants de cinquième année (10-11 ans), mais des poteries. Du fait peut-être qu’ils sont plus jeunes d’un an, mais plus sûrement en raison du sujet, il y a moins d’interprétation et plus d’observation pour une reproduction qui se veut fidèle de l’objet. Il n’est pas dit, ce qui pourtant serait intéressant, si les enfants dessinaient dans le musée, en présence des poteries, ou s’ils ont travaillé de mémoire, avec ce qu’ils ont retenu. Il y a, aussi, bien d’autres travaux d’enfants dans cette exposition, notamment des dessins au marqueur noir sur pierre polie (troisième année) ou des feuilles de cuivre découpées et embouties (sixième année). Mais j’ai eu un mal fou à me limiter pour les œuvres du musée, je dois savoir me limiter ici aussi.
 
690j2 Athènes, musée cycladique, élèves de 10 ans
 
Mais je vais quand même montrer ce dessin d’un(e) élève de cinquième année. Le petit homme assis dans le coin pense qu’elle a de grosses jambes, et elle dit “Il vaudrait mieux que je perde quelques kilos !” J’aime cet humour.
 
690k-Evgenia--au-musee-cycladique-d-Athenes.JPG
 
Voilà, j’en ai fini avec les collections et avec l’exposition de travaux d’élèves. Avant de poser le point final toutefois, je voudrais parler de notre passage à la librairie du musée. À la différence de ce que l’on trouve dans bien des musées, le choix ne se limite pas à quelques ouvrages généraux sur la mythologie, édités en un nombre incalculable de langues, ou à des livres sur le musée, catalogue ou vulgarisation sur le thème des expositions. On trouve ici tout un choix d’ouvrages spécialisés, d’ouvrages d’art, de livres intelligents pour enfants, etc. Je ne sais qui est responsable du choix, mais ce que je sais c’est que la jeune fille préposée à la vente est accueillante, ouverte, et connaît remarquablement sa librairie et les articles qui y sont, non seulement pour répondre instantanément aux questions sur le prix, sans consulter ses listings ou son ordinateur, mais aussi et surtout pour parler de chacun des livres que nous prenons en main. C’est rare et c’est agréable, cela mérite donc d’être signalé. Nous avons même taillé une petite bavette avec elle, Natacha et elle sont maintenant friends sur Facebook. Aussi, je tiens à lui dire ici “bravo et merci, Evgenia !”
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Published by Thierry Jamard
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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 22:56
689a Aéroport d'Athènes
 
Aujourd’hui, nous n’avons pas prévu de visites, parce que nous devons, bien tristes, reconduire Emmanuelle, ma grande fille, à l’aéroport après dix trop courts jours avec nous. Enregistrement, et elle disparaît dans la salle d’embarquement.
 
689b Athènes, pyxide à poudre (2e moitié 5e s. avt JC)
 
Nous souhaitons attendre l’envol de l’avion. Et s’il ne décollait pas ? Et si nous la récupérions ? Or il se trouve que pendant cette attente, nous voyons un panneau qui indique un musée, en haut des marches. Ce sont les objets trouvés lors de la construction de l’aéroport, et pour être petit, le musée n’est pas indigent, il possède des objets intéressants, comme cette pyxide (boîte) à poudre de la seconde moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
689c Athènes, lécythe (vers 400 avt JC)
 
Ou encore ce lécythe des environs de 400 avant Jésus-Christ. Certes cet oiseau ne constitue pas une scène d’une extrême originalité ni d’un extrême intérêt, néanmoins l’objet est élégant. Et puis on ne peut se plaindre quand on est dans un musée gratuit, sans panneaux interdisant la photo et sans gardien qui vous suit d’un air soupçonneux.
 
689d Athènes, boucle de ceinture en bronze (11e-12e s. apr
 
Avec cette boucle de ceinture en bronze, nous faisons un saut dans le temps. En effet, dans la partie sud de l’aéroport, les excavations de construction se sont transformées en fouilles archéologiques d’un établissement byzantin à la campagne, et cette boucle date du onzième ou du douzième siècle de notre ère.
 
689e Athènes, relief en marbre, tombe fin 5e s. avt JC
 
Il y a également un certain nombre de sculptures, soit des statues, soit comme ici des bas-reliefs. Celui-ci, sculpté dans le marbre, ornait une tombe de la fin du cinquième siècle avant Jésus-Christ. On voit à gauche un homme mûr que serre la main d’un jeune hoplite en tenue, dont malheureusement la tête à été brisée, tandis que derrière ce dernier un serviteur, nous dirions aujourd’hui son ordonnance si c’est un gradé, porte son bouclier. La scène représente peut-être l’adieu d’un père à son fils mort au combat. À propos d’hoplite, j’ai vu dans la devanture d’une agence de voyages une réduction de 20% pour diverses catégories de personnes, dont les hoplites… Un militaire se dirait donc ainsi en grec moderne ? Le soir, j’avais consulté mon dictionnaire, et tout comme en grec antique, un soldat se dit stratiôtês ; et le grec (h)oplitês –je mets le H entre parenthèses, parce qu’il y avait une aspiration en grec ancien, et que le grec moderne a fait disparaître toutes les aspirations– signifie un fantassin. Ce qui ne diminue pas mon étonnement : ainsi, le fantassin paie 20% moins cher son voyage en bateau que l’artilleur ou le hussard. Bizarre.
 
689f Athènes, l'envol d'Emmanuelle
 
Ensuite nous sommes redescendus et sortis de l’aéroport parce que l’heure du décollage approchait. Deux autres avions sont passés, et puis ça a été le tour de l’avion d’Air France. Là-haut, dans cet avion qui nous semble si petit dans le ciel, tu voles vers la France. Bon voyage, Emmanuelle. Tu nous manques déjà…
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Published by Thierry Jamard
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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 22:19
688a1 Départ du Pirée
 
688a2 Départ du Pirée
 
L’île de Délos a surgi de la mer pour permettre à Léto de mettre au monde les enfants qu’elle avait conçus avec Zeus, alors qu’Héra, l’épouse jalouse du roi des dieux avait interdit à toute terre connue d’accueillir sa rivale. Et cette île nouvelle ne pouvait être sous le coup de l’interdiction. Ces enfants étaient les jumeaux divins Apollon et Artémis. Et le mot grec kyklos désignant le cercle (cf. français cycle), les îles Cyclades sont organisées tout autour de ce centre du monde. Il s’agit d’une visite d’autant plus essentielle que l’île, toute petite, regorge de trésors archéologiques. En fait, l’île entière est un musée, elle ouvre le matin à 8h30 et ferme à 15h00, on paie son entrée en débarquant du bateau et personne ne peut y passer la nuit. Et comme elle est située à une demi-heure de bateau de Mykonos on part du Pirée à 7h35, on arrive à Mykonos à 12h50 et du fait que pour le retour le bateau part à 14h15 on n’a manifestement pas le temps de voir Délos, à moins de passer une nuit à Mykonos, de visiter Délos dès le matin et de revenir à temps pour sauter dans le ferry. Tel est notre choix. Mais les guides, annonçant que Délos est ouverte tous les jours de l’année, et même le bureau d’information du port du Pirée le confirmant, tous se trompent, car en cette saison l’île n’est ouverte qu’un seul jour par semaine, et nous ne le saurons que mercredi matin en cherchant à nous embarquer… Tant pis, nous nous contenterons de Mykonos, et nous reviendrons une autre fois parce que l’avion d’Emmanuelle est jeudi 17, elle doit rentrer pour travailler.
 
Nous avons pris des chambres d’hôtel au Pirée pour avoir le temps de dormir avant de nous embarquer car sinon il aurait fallu quitter le camping à 6h après avoir défilé tous les trois sous la douche du camping-car (l’eau du camping est chauffée par le soleil et, tôt le matin, elle est bien froide) et préparé nos petits bagages. Ci-dessus, le ferry quitte le port du Pirée mardi matin. Plus de cinq heures de voyage, c’est déjà une mini-croisière.
 
688b Syros
 
Il fait frais mais beau et nous profitons du trajet en mer. La mer Égée étant toute parsemée d’îles c’est un plaisir de les contempler au passage. Il y a aussi, vers la fin du voyage, deux escales, l’une à Syros que l’on voit sur ma photo ci-dessus, et l’autre à Tinos.
 
688c1 Mykonos
 
688c2 Mykonos
 
Les guides, les dépliants, les sites Internet, tout présente Mykonos comme le Saint-Tropez grec, l’île de tous les plaisirs, le rendez-vous obligé de la jet set grecque et internationale avec ses boutiques de luxe, ses boîtes de nuit, une plage gay, une plage nudiste, une animation qui ne cesse pas, tout le contraire du calme et du naturel que j’aime, loin des foules et du snobisme. Mais en cette saison il n’y a pas grand monde, et la jet set préfère se retrouver aux Seychelles où, près de l’Équateur, il fait chaud toute l’année.
 
688c3 Mykonos
 
688c4 Natacha et Emmanuelle à Mykonos
 
Mardi après-midi, mardi soir, mercredi matin, nous nous promenons donc, déambulant dans ces charmantes ruelles que les habitants repassent chaque année à la chaux pour qu’elles soient d’un blanc éclatant. J’ai même vu quelque part que la loi y obligeait. La loi, c’est peut-être un peu trop général, mais c’est peut-être un arrêt municipal, ou provincial. Je n’ai pas les moyens de vérifier, mais tous les murs sont blancs, les trottoirs, les escaliers, les joints entre les pierres du sol, et la plupart des menuiseries sont bleu foncé, ce qui donne un fort cachet à l’île. Et comme il fait bon au soleil, on peut s’arrêter pour discuter, comme ici Natacha et Emmanuelle.
 
688d1 Mykonos
 
688d2 Mykonos
 
À la nuit tombée également, la promenade est agréable. Le décor et l’ambiance changent complètement. L’île étant loin d’être plate, je suppose que lorsqu’il y a des orages la pluie doit s’écouler vers la mer en torrents dans les rues. Aussi, certaines rues sont équipées d’un vaste caniveau central qui collecte les eaux et leur permet de ruisseler sans inonder. Pour les piétons, de petits ponts sont prévus. Sur les voies romaines, c’étaient de grosses pierres qui permettaient de traverser, ce qui était tout aussi commode pour le commun des mortels (et des immortels aussi). Aujourd’hui on a le bon goût de penser aussi aux invalides, et le système romain n’aurait pas permis la traversée d’un fauteuil roulant, ni celle du dieu boiteux Héphaïstos. Ce mignon petit pont, si, quoique difficilement puisqu’il faut gravir deux marches.
 
688e Marché aux poissons à Mykonos
 
Mercredi matin, nous allons voir sur le port le marché au poisson. Les pêcheurs se chargent eux-mêmes de vendre leur poisson. Je ne comprends pas bien ce qui se passe, ils sont très occupés à vider et à étêter certains poissons qu’ils mettent dans des sacs en plastique. Je me demande si ce ne sont pas des commandes de restaurants qu’ils préparent en attendant le client. N’étant pas en camping-car, nous n’achetons rien.
 
688f1 Oiseau pêcheur à Mykonos
 
Certains n’ont pas besoin d’aller au marché et se servent directement ! En fait, je ne vois pas très bien ce que cette mouette a dans le bec, mais il semble que ce soit un morceau de poisson déjà coupé et jeté à la mer par un pêcheur. Ce que je sais, c’est que ce mets est très convoité. J’ai assisté à une poursuite, une bagarre, et le bout de poisson a plusieurs fois changé de bec.
 
688f2 Mykonos, le pélican rose
 
688f3 Mykonos, les pélicans roses
 
688f4 Mykonos, le pélican rose
 
Un autre amateur de poisson est ce pélican rose. On me dit, sans le voir, qu’il a nom Petros. Mais il y a deux pélicans roses à Mykonos et on ne me donne qu’un seul nom... Ils sont les mascottes de l’île, depuis longtemps. Et comme c’est Petros II je suppose qu’on les remplace quand ils meurent. Sur ma première photo, l’un d’eux est au marché et, sans complexe, évolue entre les jambes bottées des pêcheurs. De temps à autre, l’un d’eux lui gratte la tête, un autre lui donne un petit poisson. Puis il va se promener du côté des tables, en terrasse du café, voir si quelqu’un ne lui donnerait pas quelque chose. Il paraît que quand il a soif, il sait très bien aller à la fontaine et, du bec, ouvrir le robinet. Et quand, en passant, on remarque que le robinet est ouvert, on comprend que Petros est allé se désaltérer et n’a, comme d’habitude, pas refermé le robinet après usage. Lorsque, dans l’après-midi, nous avons vu ces deux pélicans strictement immobiles comme des gardes de palais royal, ne clignant même pas des paupières et installés de cette façon symétrique aux deux bouts d’une grille, nous les avons crus synthétiques. Puisque ce sont des mascottes, on place ici leur effigie. Mais pas du tout, c’est eux, les vrais, en chair, en os et en plumes roses. Chacun de nous trois les a caressés un petit moment, mais ils n’ont pas bronché. Ils sont restés aussi immobiles que si nous ne les avions pas touchés. Drôles d’oiseaux.
 
688g1 Mykonos, église Paraportiani
 
688g2 Mykonos, église Paraportiani
 
688g3 Mykonos, église Paraportiani
 
688g4 Mykonos, église Paraportiani
 
Un autre caractère très marquant de Mykonos, ce sont ses petites églises disséminées partout. On ne fait pas trois pas sans en voir une. Mais celle-ci est tout à fait particulière. D’abord, elle n’est pas petite. Et d’autre part cette église consacrée à la Vierge Paraportiani est l’une des plus anciennes de l’île, très bizarrement constituée de quatre petites églises emboîtées les unes dans les autres, plus une cinquième par-dessus. Et cette architecture complexe donne des formes géométriques intéressantes et originales. J’ai lu quelque part que le nom de Paraportiani venait de paraporti qui signifierait petite porte. Je ne peux pas y croire. D’abord parce que para n’a jamais signifié petit, ni en grec ancien, ni en grec moderne. Ensuite, si porta signifie bien une porte, ce mot ne prend jamais la forme porti. Ses variations sont portas au génitif singulier, et portes, portôn (avec oméga) au pluriel. Je suppose que le sens est plutôt du côté de la porte, auprès de la porte. Et en effet, Bibendum dit, sans pour autant se référer à l’étymologie, qu’elle est bâtie entre la mer et une porte du Kastro, la fortification ancienne.
 
688h1 Mykonos, église Prophète Élie et St Denys d'Égine
 
Cette petite église, avec son minuscule parvis clos d’un muret et d’où émergent deux arbres tout tordus est consacrée au prophète Élie et à saint Denys d’Égine. Celui-là, j’en ignorais l’existence. Et je n’ai pas trouvé grand chose à son sujet. Ce serait un moine originaire de Zante (Zakynthos de son nom grec, l’une des sept îles ioniennes, juste au sud de Corfou). L'archevêque d'Athènes l’aurait nommé évêque d'Égine contre son gré, parce qu’il voulait vivre en ermite, mais par obéissance il aurait assumé cette charge. Il est mort en 1622. Moi, quand j’enseignais, j’aurais voulu des classes de trente hellénistes passionnés, le recteur et mon proviseur ne me donnaient que de petits effectifs, par obéissance je les assumais. J’ai donc mes chances de canonisation. Vous, les jeunes qui me survivrez, vous verrez bien si l’on consacre des églises (ou des lycées) à mon nom.
 
688h2 Mykonos, égl. St Georges et égl. Ste Barbara et St
 
688h3 Mykonos, église Ste Barbara et St Phanourios
 
Quand je disais que tous les trois pas on rencontrait une église… Certes, entre l’église de gauche et celle de droite, les trois pas sont un peu grands, mais quand même, il n’est pas nécessaire de chausser les bottes de sept lieues. Celle de gauche, c’est Saint Georges, des quinzième et seizième siècles. Celle de droite, comme le dit la plaque, est dédiée à sainte Barbara et à saint Phanourios, et tous deux conjointement nous présentent leur église. Évidemment, ce saint Phanourios que je ne connaissais pas m’a intrigué. Et j’ai découvert que c’est un saint reconnu par l’Église orthodoxe. Il y a cinq siècles, dans un monastère de l’île de Rhodes, les moines ont vu des cambrioleurs fouiller et mettre au jour des icônes très vieilles, mais ils n’osèrent pas les affronter et restèrent cachés. Quand les pillards furent partis en emportant ce qui avait de la valeur à leurs yeux, les moines regardèrent les icônes, qui n’avaient pas d’intérêt pour les voleurs. Elles étaient très vieilles et abîmées, une seule était d’une fraîcheur parfaite, ce qui fut interprété comme un signe. Cette icône représentait un saint du nom de Phanourios, et autour de la figure centrale douze scènes évoquaient sa vie et sa mort. Il avait été martyrisé, mais avant de subir le martyre il avait recommandé à ses amis de prier pour le salut de sa mère, qui était païenne. Il promit d’intercéder pour eux s’ils le sollicitaient après avoir confectionné et mangé un gâteau en priant pour l’âme de sa mère. Le patriarche et le Saint Synode firent construire une cathédrale pour recevoir dignement l’icône de saint Phanourios, et depuis, jusqu’à ce jour, la tradition de confectionner ce gâteau appelé phanouropita s’est maintenue. Quand il est cuit on le porte à l’église, le prêtre le bénit, on se signe en priant pour Madame Phanourios mère, et on déguste en commun le gâteau. La recette peut varier, mais neuf ingrédients sont obligatoires, à savoir farine avec levure, sucre, eau, raisins secs, noix, huile d’olive, cannelle, sésame, muscade. D’autres ingrédients peuvent être ajoutés sans que saint Phanourios fâché refuse d’intercéder ou que l’âme de sa mère aille griller en enfer.
 
688h4a Mykonos, église Sainte Hypakois
 
688h4b Mykonos, église Sainte Hypakois
 
688h4c Mykonos, église Sainte Hypakois
 
Encore une autre église. Ouverte celle-ci. Rien, aucune plaque, aucune indication ne dit sa date de construction, son nom, rien. Je relève le nom de la rue, c’est quelquefois significatif. Οδός άγιας Υπακοής. J’ai cherché cette sainte sur Internet. À l’ancienne, avec l’aspiration (esprit rude) initiale et le êta dans la dernière syllabe, Hypakoès, avec la transcription I du êta selon la prononciation moderne, Hypakois, et puis sans aspiration puisque le grec moderne n’en connaît plus aucune, Ypakois, et même avec la transcription I du upsilon, puisqu’il se prononce ainsi, Ipakois. Rien. Introuvable. Inconnue au bataillon. Grande sainte, assurément, mais si l’un de mes lecteurs la connaît je suis preneur des informations. Outre que je souhaite montrer le riche intérieur (première photo), j’aime bien comparer les diverses interprétations de l’Annonciation (deuxième photo), et la fresque de la troisième photo, assez abîmée, est néanmoins assez belle.
 
688i1 Mykonos, moulins à vent
 
Pour finir mon petit tour de Mykonos, je montre trois photos. Sur celle-ci, ces moulins à vent qui ont près de quatre cents ans sont l’une des fiertés de cette île. L’un d’entre eux est, paraît-il, encore en état de marche, et il arrive quand les conditions météorologiques s’y prêtent, que l’on y mette les voiles blanches. Mais peut-être seulement en été lorsqu’il y a suffisamment de touristes pour les admirer, car aujourd’hui il faisait beau et il y avait un peu de vent. Pas beaucoup, il est vrai.
 
688i2 Mykonos
 
Cette photo-ci est plutôt pour le fun, ce petit vélo d’enfant fixé à la fenêtre aux volets clos constitue une image amusante (pour moi), qui m’a arrêté. Passons.
 
688i3 Mykonos, Fedex
 
La majeure partie des rues de l’île sont très étroites, la circulation automobile y est impossible. Beaucoup de gens se déplacent à vélo ou à mobylette, mais on voit aussi, pour transporter des marchandises, un grand nombre de tricycles garnis d’une caisse comme sur cette photo. Ce qui a attiré mon attention en voyant celui-ci, c’est qu’il travaille pour Fedex, poste privée moderne et performante pour qui est prêt à payer ses services à hauteur du service annoncé. Il est bien évident que je ne cherche nullement à remettre en question la qualité des services de Fedex au vu de ce tricycle, qui sans aucun doute dessert les immeubles des ruelles de Mykonos mieux qu’une camionnette moderne, mais j’ai trouvé amusant pour l’œil ce véhicule rudimentaire et vétuste associé à ce label. Et c’est sur cette image que je quitte Mykonos.
 
688j Tinos
 
Comme à l’aller, nous faisons escale à l’île de Tinos. Pour éviter que les personnes qui quittent ici le ferry ne soient bousculés par celles qui y montent, peut-être aussi pour laisser la voie libre aux véhicules qui sortent du bateau, les voyageurs qui souhaitent accéder au ferry sont maintenus derrière des grilles. J’ai été frappé par cette image qui les montre parqués dans une salle exiguë derrière une grille surveillée par un policier ou un employé en uniforme qui donne l’impression d’être un gardien de prison. Ou encore, les passagers sont des animaux de zoo dans leur cage, que le dompteur s’apprête à ouvrir. Quelle que soit la comparaison, elle est peu flatteuse pour eux…
 
688k1 Syros
 
688k2 Syros
 
Et la seconde escale est à Syros, dont j’ai montré une image à l’aller. Ici, c’est une troupe de vendeurs qui attend pour s’embarquer. À bord, pendant le trajet vers Le Pirée, ils vont passer par tout le bateau pour proposer leurs produits locaux. Sauf erreur, les eaux territoriales sont une zone marine qui s’étend jusqu’à douze milles marins de 1852 mètres, soit 22,224 kilomètres des terres, sauf bien sûr lorsque moins de 24 milles séparent des terres appartenant à deux pays différents, auquel cas la limite passe à mi-chemin. C’est l’une des raisons pour lesquelles la France, par exemple, tient tant à des îles comme les Kerguelen, dont la valeur intrinsèque est faible, mais chaque îlot donne la souveraineté sur un vaste espace maritime. Tout cela pour dire que, comme la mer Égée est truffée d’îles grecques à moins de 44 kilomètres les unes des autres, sur notre trajet nous ne sortons jamais des eaux territoriales grecques, et à défaut de naviguer dans des eaux internationales on ne peut s’exempter de la TVA. C’est pourquoi il n’y a pas à bord de boutique hors taxe, laissant la place à ces vendeurs ambulants. Mais, tous vêtus de la même blouse blanche et portant le même panier d’osier blanc, ils ne sont pas des marchands individuels, ils appartiennent visiblement à une société qui a un contrat avec la compagnie maritime. Mais à quoi bon leur acheter au prix fort des produits que nous trouverons meilleur marché à terre ?
 
Nous voilà de retour sur le continent. Il est tard, mais nous récupérons le camping-car dans le parking gardé de l’hôtel où nous avons passé la nuit avant notre départ, et regagnons le camping d’Athènes, sur la route de Corinthe.
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Published by Thierry Jamard
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