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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 21:34
707a1 Parking à Neapoli
707a2 Neapoli
     
Jeudi 5 nous nous sommes rendus à Neapoli, tout au bout de la pointe sud-est du Péloponnèse. Quoique je trouve cette petite ville plutôt sympathique, ce n’est pas pour elle que nous sommes ici, mais c’est pour nous embarquer vers l’île de Cythère dans son port d’où part le ferry. J’en montre quand même une photo curieuse, cette rivière qui est à sec la plupart des mois de l’année est astucieusement transformée à peu de frais en un vaste parking grâce à la pose de larges dalles de ciment au fond de son lit. L’autre photo, prise du pont du ferry avant qu’il largue les amarres, donne une idée du cadre naturel attrayant de cette petite ville coincée entre mer et montagne.
 
707b1 Mer agitée entre Neapoli et Cythère
Ouranos, le Ciel, était seul assez grand pour couvrir Gaia, la Terre et, descendant sur elle chaque nuit, il fit que Gaia enfanta un grand nombre d’enfants (les Titans, les Cyclopes, etc.). Lassée de ces maternités répétées, elle demanda à ses enfants de la libérer de cet époux trop prolifique. Tous se récusèrent, sauf le petit dernier, Cronos, le Temps. Mettant à profit le sommeil de son père, avec une faucille que lui avait procurée sa mère il lui trancha les testicules et les jeta à la mer, au loin. Opération sanglante, on s’en doute, et le sang d’Ouranos mêlé de son sperme retomba sur la terre. La faucille serait devenue l’île de Corfou et de la semence sanglante seraient nés les Phéaciens, d’où sortiront le roi Alkinoos et sa fille Nausicaa, qui recueillera Ulysse. Les testicules eux-mêmes, tombés à la mer, ont engendré Aphrodite, née dans l’écume des vagues, et portée par le courant à Cythère, devenue ainsi l’île de la déesse. Puis les Zéphyrs l’ont transportée vers Chypre, où les Saisons l’ont vêtue et emmenée sur l’Olympe chez les Immortels. Il existe une autre version selon laquelle les organes sexuels d’Ouranos seraient tombés près du cap Drepanon, sur la côte ouest de Chypre, là serait née Aphrodite de l’écume des vagues, et elle aurait ensuite choisi pour résidence l’île de Cythère. De toute façon, c’est à Cythère qu’avant de faire voile vers Troie, Pâris et Hélène ont fait escale pour sacrifier à Aphrodite et lui fonder un temple. La mer ici est toujours agitée, et dans ce couloir entre continent et île, ou plus largement entre Crète et Péloponnèse, le courant d’air crée perpétuellement un vent violent. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que la mer y soit couverte d’écume. J’aurais bien aimé voir Aphrodite en sortir, j’ai regardé, regardé, mais non, elle n’est pas née une seconde fois sous mes yeux.
 
707b2 Arrivée sur Cythère
L’écume, ce n’est pas encore grand chose, mais il y a aussi les naufrages. En arrivant sur Cythère on peut voir cette carcasse de bateau coulé. Dans l’Antiquité la passe avait la réputation d’être très dangereuse, et bien des navires en ont fait les frais.
 
707b3 Arrivée sur Cythère     707b4 Arrivée sur Cythère
Je me suis limité tout à l’heure aux temps légendaires. Des temps historiques, on a trouvé à Cythère des traces de la civilisation minoenne remontant à 3000 ans avant Jésus-Christ, puis sont venus les Mycéniens (1400-1100 avant Jésus-Christ). Après l’extinction du paganisme, Cythère a été byzantine. Suite au sac de Constantinople en 1204 par les Francs de la quatrième Croisade et à la conquête de la plus grande part de l’Empire Byzantin, je disais dans mon article sur Monemvasia que la République de Venise, pour sa participation, avait reçu les trois huitièmes des terres conquises, principalement les îles qui jalonnaient ses routes. Cythère était l’une de ces îles. Reprise par les Byzantins en 1269, elle est revenue très vite à Venise sans combat, aux termes d’un accord, puis prise par les Turcs en 1715 elle a été reprise par Venise dès 1718. Ainsi, l’île constitue l’une des terres grecques restées le plus longtemps sous la coupe de la Sérénissime, puisque presque sans interruption de 1230 à 1797, lors de la dissolution de la République de Venise par Bonaparte. Il y a eu ensuite création de la République des Sept Îles, associant politiquement Cythère aux îles Ioniennes Corfou, Paxos, Leucade, Céphalonie, Ithaque, Zante. Mais aujourd’hui Cythère est administrativement rattachée à Athènes et à l’Attique.
 
707c1 Cythère, Chora
707c2 Cythère, Chora
707c3 Cythère, Chora
Tout à l’heure, mes photos ont montré que le port d’arrivée du ferry est isolé dans un rude paysage. Nous faisons route vers le sud de l’île, où se trouve sa capitale, Chora. Et là nous trouvons une coquette petite ville aux maisons blanchies à la chaux, avec ses ruelles qu’enjambent des tunnels, ses escaliers fleuris, ses portes et ses fenêtres peintes en bleu.
 
707c4 Cythère, Chora, Naos Agias Triados
Évidemment, puisque nous sommes en Grèce, il y a des églises à chaque pas. Environ huit cents églises et chapelles sont recensées sur cette île qui n’est pas immense (284 kilomètres carrés) et qui n’a jamais été très peuplée (aujourd’hui trois mille habitants). Sur cette photo où paraît le naos Agias Triadas (l’église de la Sainte Trinité), on aperçoit, juste derrière, le clocher d’une autre église. J’ai envie de dire "de l’église suivante", épomenou naou.
Barberousse. Je ne parle pas de Frédéric Barberousse (1122-1190) de Hohenstaufen, empereur du Saint Empire Romain Germanique, dont j’ai eu beaucoup à parler en Italie, dans la généalogie des rois de Sicile et des Deux-Siciles. Ici, je vais me référer aux quatre frères dont l’aîné portait une grande barbe rousse et qui sont de redoutables corsaires du seizième siècle. À Constantinople, le sultan leur confie 2000 janissaires pour aller soumettre les Maures d’Afrique du Nord. De son côté l’Espagne, libérée des Musulmans depuis 1492, veut poursuivre son avantage et conquérir l’Afrique du Nord. Le roi d’Alger croit bon d’appeler Barberousse à son aide. Le corsaire arrive, assassine le roi dans son bain (comme l’avait fait Clytemnestre pour Agamemnon ou comme le fera Charlotte Corday pour Marat), et avec les janissaires on tue à qui mieux mieux, on décapite, on viole à tout va, on pend les nobles aux remparts. S’alliant pour la circonstance, le roi berbère de Tlemcen et le gouverneur espagnol d’Oran arrivent, défont les Barberousse et tuent l’aîné. Il ne reste plus qu’un des quatre frères qui, enragé, s’attaque aux armées de Charles Quint sous les murs d’Alger, leur inflige une terrible défaite et, tranquille de ce côté-là, va écumer la Méditerranée. Pour le sultan, il doit affaiblir la chrétienté. Il enlève des hommes et des femmes par dizaines de milliers. Les hommes riches sont libérés sur d’énormes rançons, les autres hommes sont vendus comme esclaves, soumis aux plus rudes travaux, dont ils meurent rapidement. Les femmes sont envoyées dans les harems. À Cythère, la quasi totalité de la population subit ce sort, puis ce corsaire devenu pirate n’épargnant ni Vénitiens ni Turcs rase la citadelle, située alors dans l’ancienne capitale Paliochora, au nord-est de l’île, construite pour s’opposer… aux raids de pirates. Les Vénitiens estiment alors préférable d’utiliser pour capitale un autre emplacement, celui de la Chora actuelle à l’autre bout de l’île, où exista un château construit en 1364 et récemment rénové et 1504, et ils entreprennent le repeuplement de Cythère, notamment en rachetant d’anciens habitants sur les marchés aux esclaves et aussi en favorisant l’installation de colons.
 
707c5 Cythère, Kapsali
Ci-dessus, un exemple des paysages somptueux de Cythère. Nous avons cette vue sur le village de Kapsali, voisin se Chora, en montant à l’acropole de la capitale, pour visiter le Kastro, c’est-à-dire la ville forte vénitienne. Pour notre première nuit à Cythère, nous avons cherché un coin sympathique où installer le camping-car, et nous sommes descendus vers le port de Kapsali. Nous sommes tous deux séduits par un emplacement quasiment pieds dans l’eau, mais quoiqu’il fasse nuit je remarque que sur la première maison, juste en face, une plaque porte l’inscription Limeniko Sôma, littéralement Corps Portuaire, c’est-à-dire Police Maritime. Certes, pour contourner la loi grecque qui interdit le camping sauvage sur tout le territoire national, on peut arguer que l’on est un véhicule comme les autres, que l’on stationne, et que si nous dormons dans notre véhicule cela ne regarde que nous dans la mesure où nous ne polluons rien, ne faisons pas de bruit, ne déployons pas l’auvent et ne sortons pas les fauteuils. Mais stationner sur la petite jetée face à la police portuaire, c’est presque de la provocation. Néanmoins, Natacha affirme avec tellement d’assurance que personne ne dira rien, que j’accepte de rester là et, malgré quelques doutes qui me tiennent un moment éveillé, je finis par m’endormir du sommeil du juste. Disons, du sommeil du presque juste. Évidemment, cela n’a pas manqué, à 7h30 toc-toc-toc à la porte, en toute justice (en toute lâcheté selon elle) je laisse la responsable de la décision se lever et s’expliquer, mais nous levons le camp et allons stationner à deux kilomètres, sur le grand terrain vague qui sert de parking à l’entrée de Chora, avant de pouvoir y prendre notre douche et notre petit déjeuner.
 
707d1 Cythère, vue du Kastro
Les Vénitiens, comme je le disais plus haut, ont transféré à Chora la capitale de l’île, mais il ne faut pas considérer que, digne de ce titre de capitale, la ville est une mégalopole prête à concurrencer Mexico, Tokyo et Buenos Aires réunies. Vue du Kastro, la ville est de dimensions modestes. Sur la droite, on voit la route qui descend vers Kapsali. Mais toute blanche dans ce cadre superbe, la ville vaut le coup d’œil.
 
707d2a Cythère, Kastro
707d2b Cythère, Kastro
707d3 Cythère, Kastro, Panagia Myrtidiotissa
Dans l’enceinte du Kastro, ce sont les églises qui sont les édifices les mieux conservés. Cette très curieuse église, sur les deux premières photos ci-dessus, n’est identifiée par aucune inscription, à la différence des autres, qui portent toutes une plaque sur leur porte, ou devant lesquelles est planté un panneau indiquant leur nom. Toutefois, je crois pouvoir l’identifier comme l’église du Christ Pantocrator, en la comparant avec une photo que j’ai trouvée, partielle et autrement orientée mais légendée. La troisième photo, elle, porte un panneau que l’on aperçoit devant le clocher, c’est l’église de la Panagia Myrtidiotissa. La Panagia, c’est la Vierge, mais son qualificatif est inconnu des traducteurs proposés sur www.lexilogos.com et de mon petit dictionnaire, et même en décomposant le mot et en imaginant que la deuxième partie désigne celle qui privatise, aucun mot connu ne commence comme la première syllabe. Elle a été construite par les Vénitiens en 1580 comme église catholique romaine, la Madonna dei Latini, et ce n’est qu’en 1806, après le départ des Vénitiens et en acquérant une semi-indépendance sous protectorat britannique au sein de la République des Sept Îles que les habitants l’ont convertie en église orthodoxe et lui ont donné son nom actuel.
 
707d4 Cythère, Kastro
707d5 Cythère, Kastro
707d6 Cythère, Kastro
Comme on peut l’apprécier, l’état des bâtiments civils est assez piteux. Il est difficile de reconnaître à quoi ils ont servi. Curieux, le rez-de-chaussée de la troisième photo est en parfait état et il semble même être encore en usage, tandis que l’étage est complètement en ruines, il n’en reste qu’un pan de mur avec sa fenêtre et une cheminée. Mais de tout cela il se dégage un certain charme, et la vue d’en haut est splendide. Nous ne regrettons pas notre visite.
 
707e1 Cythère, Mylopotamos
Nous avons à présent quitté Chora. À peu près à mi-distance du nord et du sud de l’île, mais non loin de la côte ouest, nous voici à Mylopotamos, la Rivière au[x] Moulin[s]. C’est le nom de la ville, mais la rivière qui y coule faisait tourner de nombreux moulins pour moudre le blé non seulement de la petite ville, mais aussi des environs.
 
707e2 Cythère, Mylopotamos
707e3 Mylopotamos à Cythère
707e4 Cythère, Mylopotamos
En effet, quoique bien modeste, ce petit cours d’eau suit une forte dénivellation. En suivant un petit chemin, on voit d’abord la belle et spectaculaire cascade Fonissa. Puis en marchant une quinzaine ou une vingtaine de minutes on parvient aux moulins qui sont très ruinés mais on jouit du spectacle de la rivière qui ruisselle sur les roches et parfois bouillonne quand, comme sur la troisième photo, un courant dévale et soudain se heurte à une pierre qui lui barre le passage.
 
707f Coucher de soleil sur Mylopotamos (Cythère)
Nous nous sommes attardés à contempler la nature, et sur le chemin du retour vers le camping-car nous profitons d’un joli coucher de soleil.
 
707g1 Mylopotamos, établissement byzantin
707g2 Mylopotamos, établissement byzantin
707g3 Mylopotamos, établissement byzantin
Lors d’une promenade dans les environs de Mylopotamos, nous voyons une placette avec des bâtiments anciens, et un petit panneau nous dit qu’il s’agit d’un établissement byzantin, le château de Mylopotamos et des églises. Très intéressant, nous décidons de visiter. Pas de clôture, pas de péage, c’est ouvert à tous vents et heureusement les gens ne viennent pas le dégrader avec des graffiti ou des dépôts d’ordures. Les documents les plus anciens que l’on possède au sujet de ce château datent du seizième siècle, les églises qui s’y trouvent datent, comme le château lui-même, de la fin du quinzième siècle, mais de toute évidence les lieux ont été habités beaucoup plus anciennement, en remontant au moins jusqu’au treizième siècle selon l’évaluation de certaines églises hors du périmètre du château. Au sein du château vivaient cinquante familles de réfugiés de Chypre et de Crète qui avaient fui l’occupation turque et dont les hommes étaient employés à la défense du château.
 
707g4 Mylopotamos, établissement byzantin, lion vénitien
Byzantin certes, cet établissement, mais possession vénitienne pendant bien des siècles. Le Lion ailé de saint Marc, emblème de Venise, nous accueille dès l’entrée du fort. Mais il nous rappelle aussi, hélas, que les Grecs, qu’ils fussent originaires de Cythère ou exilés de terres occupées par les Ottomans, n’avaient ici aucun pouvoir, qu’ils n’avaient accès à aucune charge publique, qu’ils avaient besoin d’obtenir une autorisation pour ouvrir un commerce ou pour le choix des cultures qu’ils voulaient entreprendre sur leurs terres, que le catholicisme romain était et devait rester prédominant, les métropolites orthodoxes étant interdits de séjour. On comprend pourquoi beaucoup de Grecs, comme je le disais au sujet de Monemvasia dans mon précédent article, préféraient l’occupation turque musulmane, qui autorisait la liberté de culte, laissait une autonomie (limitée et contrôlée) aux autochtones et prélevait moins d’impôts que les représentants d’une civilisation qui à première vue semble plus proche d’eux, chrétienne et héritière des grandes civilisations de l’Antiquité, mais imbue d’elle-même et jalouse de son autorité.
 
707g5 Mylopotamos, établissement byzantin
Cette photo, prise de l’extérieur du château, par derrière, donne une idée de l’ensemble. Ce n’est pas vraiment une vue générale, que seule pourrait donner ici une photo aérienne, à cause des mouvements de terrain qui cachent des édifices. En effet, ce que l’on voit à flanc de colline cache ce qui retombe de l’autre côté de la crête.
 
707h1 Mylopotamos, église byzantine Agios Ioannis Prodromo
707h2 Mylopotamos, église byzantine Sts Côme et Damien
707h3 Mylopotamos, église Panagia Mesosporitissa
707h4 Mylopotamos, église Saint Dimitri
Puisqu’il y a tant et tant d’églises, il me faut en montrer quelques unes, Agios Ioannis o Prodromos (1518) sur la première photo, soit Saint-Jean le Précurseur, c’est-à-dire Saint-Jean-Baptiste, puis l’église des Saints Côme et Damien, curieusement enterrée, ensuite l’église de la Panagia ê Mesosporitissa (me fondant sur le grec ancien, speirô = je sème, et sur l’actuel spora = les semailles, je crois pouvoir dire que c’est la Vierge au milieu des semailles, autrement dit Notre-Dame-des-Champs), et enfin Saint Dimitri (fin du quinzième siècle). Faute d’information dans mon livre qui ne date que deux de ces églises, je ne peux préciser l’époque des deux autres.
 
707i1a Cythère, Agia Pelagia
707i1b Cythère, Agia Pelagia
Nous nous sommes ensuite dirigés vers le nord de l’île et, traversant la ville de Potamos, nous sommes arrivés à Agia Pelagia, Sainte Pélagie, une station animée sur la côte est. Un parking le long de la mer nous a accueillis et, comme les vagues battaient la côte et que leur spectacle, leur bruit, nous plaisaient, arrivés ici le soir, nous avons passé la nuit et toute la journée du lendemain, ne repartant que le surlendemain. La mer faisait un tel vacarme que nous avons pu mettre en marche notre générateur, inaudible à cinq mètres, quand le bas-côté de la route emprunté par les piétons et la maison la plus proche étaient à une soixantaine de mètres. Jour et nuit le vent n’a pas cessé, jour et nuit les vagues ont bondi sur la jetée et sur les pierres du rivage.
 
707i2 Ile de Cythère
707i3 Ile de Cythère
       
Après avoir fait un petit tour encore plus au nord, nous sommes redescendus vers le port. Les deux photos ci-dessus témoignent de la variété des paysages, collines desséchées entourées de plaines à la végétation rare, ou vallons et ravins boisés couverts de buissons et d’arbustes qui poussent sur la rocaille du sol.
 
707j Retour de Cythère à Neapoli
Et voilà, c’est le retour vers Neapoli. Mais le vent n’a pas cessé, il est si violent qu’il faut se tenir pour ne pas être renversé. Certes je ne suis plus un jeune homme dans la force de l’âge, mais je ne crois pas être non plus un vieillard fragile que le moindre souffle emporte, et pourtant la violence du vent, plus encore que le roulis auquel il s’additionne, rendent la marche sur le pont difficile. Le bateau est secoué à tel point qu’un matelot vient me chercher parce que le camping-car a reculé et est allé heurter le fort pare-chocs d’un camion derrière lui. Pas de dégâts ni d’une part ni de l’autre, mais le frein à main pourtant serré à bloc n’est pas suffisant. Il me faut enclencher une vitesse, et on place des cales sous les roues. Sur ma photo, on distingue vaguement les franges d’écume qui volent à la surface de la mer en direction du rivage. Quoique la traversée soit brève, environ 1h30, il y a quelques personnes qui ont le mal de mer et doivent courir aux toilettes. Pas nous, heureusement. Et nous arrivons finalement à bon port. C’est aujourd’hui mardi 10 mai, nous passons la nuit sur le parking du port de Neapoli.
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Published by Thierry Jamard
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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 22:45
706a1 Monemvasia
 
En commençant la publication du présent article, je me trouve face à une difficulté. J'aime bien utiliser la police Times New Roman en taille 12, sur des paragraphes justifiés à droite. D'habitude, quand je colle mon texte saisi sous Word, il passe automatiquement en Arial 10 aligné à gauche. Je dois donc corriger tout cela, mais depuis quelque temps au moment de la publication on repassait automatiquement en Arial, ou certains paragraphes seulement. Et aujourd'hui, je découvre qu'il n'y a plus de menu "Police" ni de menu "taille" ni de menu "alignement", seulement un menu "Format" qui propose Paragraphe, Titre 1, Titre 2, etc. mais rien qui me convienne, le Paragraphe étant précisément l'Arial 10 dont je ne veux pas, les autres étant de grande taille et en caractères gras. Mon texte, justifié sous Word, se retrouve justifié, sauf le dernier paragraphe... C'est donc une présentation qui ne meconvient pas, et je m'en excuse.
Arrivés mardi soir, nous nous sommes contentés d’une petite balade dans la ville de Gefyra, sur le continent, et de la traversée (à pied) de la digue qui rattache l’île de Monemvasia au continent mais, sur l’île, nous n’avons parcouru que quelques centaines de mètres et sommes rentrés nous coucher dans notre résidence pieds dans l’eau. Quand on regarde cette île, on n’y voit quasiment aucune construction, sauf au débouché de la digue. On ne peut se douter de ce qui attend le visiteur.
 
706a2 Monemvasia
 
Il ne reste aucune trace des premières fortifications. Pourtant les voyageurs, dont l’omniprésent Pausanias, parlent des anciens murs, nommés Minoa, ce qui induit les historiens à supposer une implantation minoenne, et donc très ancienne puisque les Minoens ont précédé les Mycéniens. Mais la ville actuelle a été fondée par l’empereur byzantin Maurice en 583, et sa population s’est constituée essentiellement de Grecs fuyant les incursions des Slaves et des Avars. Parenthèse, les Avars sont des nomades cavaliers, descendants des Ruanruan de Mongolie selon certains, ou une branche des Huns selon d’autres, et qui sont signalés au nord du Caucase en 555, sur la Volga en 558, sur le Danube en 562. De là ils font des incursions dans toutes les directions, en Grèce jusqu’au Péloponnèse, dans l’empire germanique jusqu’en Bavière, vers l’ouest jusqu’en Italie. Avec ces populations réfugiées devant les hordes d’envahisseurs qui ravagent les régions traversées, la croissance de Monemvasia a été rapide, puisque des documents de 746 la présentent comme la ville la plus importante de la côte est du Péloponnèse. Mais en 747,
                    "Un mal qui répand la terreur,
                    Mal que le Ciel, en sa fureur,
          Inventa pour punir les crimes de la terre,
          La peste, puisqu’il faut l’appeler par son nom,
          Capable d’enrichir en un jour l’Achéron"
s'est abattu, en une terrible épidémie venue de Sicile, sur la Calabre et la Grèce, dépeuplant quasiment complètement certaines parties des Cyclades et du Péloponnèse, dont Monemvasia. Lorsque la peste a reculé, sont arrivés dans cette ville dépeuplée de nombreux colons slaves et albanais.
 
706b1 Monemvasia, le cimetière marin
 
En suivant la route qui monte doucement sur le flanc de ce roc abrupt, on tourne jusqu’à perdre de vue Gefyra. C’est alors que Monemvasia commence. Avec le cimetière, très marin.
 
706b2 Monemvasia, entrée de la ville
 
Nous voici arrivés devant la porte de la ville. Comme on va le voir lors de la visite, il est impossible d’entrer avec un camion les matériaux de construction (ou n’importe quoi d’autre). Les ruelles sont étroites, il y a des escaliers partout. Nous avions remarqué, mercredi, une grosse accumulation de briques, de sacs de ciment, de sable sur le petit terre-plein qui précède la porte de ville, et jeudi nous avons eu la chance d’assister au chargement des chevaux qui ont acheminé le matériel au lieu de restauration d’une vieille maison. Nous les avons vus monter en glissant des escaliers, baisser la tête pour passer sous des passages voûtés, se faufiler entre deux murs, leurs sacs touchant des deux côtés. On se serait cru au Moyen-Âge.
 
706b3 Monemvasia, la ville basse
 
706b4 Monemvasia, la ville basse
 
Je parlerai plus loin de la ville haute, construite au sommet de la roche, mais pour voir la ville basse, qui d’ailleurs n’est pas si basse que cela, elle est sensiblement au-dessus du niveau de la mer, j’en montre des images prises de haut, la première photo après quelques marches et quelques pentes, la seconde avant d’arriver à la porte de la ville haute, que l’on voit sur la gauche, au sommet de la ruelle pavée. Sur cette image, on voit que je ne mens pas quand je dis que la ville n’est pas prévue pour les voitures ni les camions.
 
706b5 Monemvasia, la ville basse
 
706b6 Monemvasia, la ville basse
 
Ces deux photos, prises en montant de plus en plus haut, permettent de se faire une idée de cette ville plus moderne qui se trouve au pied de l’acropole. En haut, vivaient les nobles, les dirigeants, les ecclésiastiques. En bas, c’étaient les artisans, les commerçants, les marins. La mer d’un bleu profond, les toits rouges, un peu de verdure ici ou là…
 
706c1 Monemvasia
 
706c2 Monemvasia
 
706c3 Monemvasia, Panagia Chrysafitissa
 
Mais après ces vues d’ensemble, il est temps de redescendre pour prendre un peu la température de la ville. Je ne montre pas la rue principale, qui monte à partir de la porte d’en bas, elle est sans grand intérêt. Les boutiques de souvenirs, de spécialités alimentaires locales, de vêtements type T-shirt avec l’inscription en anglais I [love (en forme de cœur)] Monemvasia, les bars et les restaurants se pressent des deux côtés. Le Mont-Saint-Michel en plus petit. Et nous sommes au début mai, mais j’imagine ce que cela peut être en plein été. Au contraire, dès que l’on tourne à droite ou à gauche, ou si l’on continue au-delà de la Place de la Mosquée (Plateia Dziamiou, en fait l’ancienne mosquée du temps des Turcs, désaffectée et transformée en musée. Nous y reviendrons), immédiatement on pénètre dans une ville d’autrefois, où les travaux de restauration de vieilles maisons sont menés de façon exemplaire. Et puis, partout, on passe devant des églises. Oui, partout, absolument partout. Soit en très bon état, comme sur la troisième de ces photos Panagia Chrysafitissa), soit désaffectées mais encore solides, ou encore éventrées comme sur la seconde photo, soit complètement en ruines et sans dédicace connue car il n’y reste pas trace d’une icône de saint patron, et aucun texte n’y fait référence, de sorte que les ruines restent anonymes. L’espace, sur ce rocher, étant restreint, lorsque la population a augmenté on a construit en hauteur en multipliant les maisons à étages, sur des rues étroites pour ne pas gaspiller d’espace au sol, et avec de fréquents ponts enjambant les rues et portant une pièce ou deux.
 
706d1 Monemvasia, Platia Dzamiou
 
706d2 Monemvasia, Christos Elkomenos
 
Et puis, platia Dziamiou, en face de l’ancienne mosquée, il y a la grande et belle cathédrale du Christ aux Liens (Christos Elkomenos), qui se dresse sur une place agréable avec un canon vénitien au milieu pour rappeler l'appartenance passée de la ville, et le clocher séparé dans un coin. Les lustres et l’iconostase ruissellent de dorures. C’est l’empereur Andronicus II qui en a décidé la construction, menée de 1282 à 1328 dans le style typiquement byzantin des basiliques à trois absides et trois dômes. À titre de comparaison, Notre-Dame de Chartres a été construite de 1194 à 1240 et Saint-Pierre de Beauvais de 1225 à 1272. La cathédrale de Monemvasia est donc légèrement postérieure à ces grandes cathédrales gothiques de France. En 1697, sous domination vénitienne, un vestibule est ajouté, constituant une nouvelle façade.
 
706d3 Monemvasia, Christos Elkomenos
 
706d4 Monemvasia, Christos Elkomenos
 
L’autel latéral n’a, d’ailleurs, pas grand chose à envier à l’autel principal. Et puis je montre ce minuscule oratoire qui s’ouvre dans le bas de l’église, avec cette icône de la Vierge dans un style que l’on retrouve partout, une peinture du visage et des mains, revêtue d’argent pour toutes les parties du corps qui sont habillées. Mais en réalité, deux artistes différents travaillent pour ces icônes, le peintre d’abord qui représente la Vierge à l’Enfant, ou tel ou tel saint, en entier, sans tenir compte du fait que la plus grande partie de son œuvre sera cachée, puis l’orfèvre qui adapte un vêtement d’argent massif sur le tableau.
 
706d5 Monemvasia, église du Christ aux Liens
 
Je voudrais, pour finir ma présentation de cette église, montrer ce très inhabituel travail effectué en tissu. Le satin blanc brille dans la lumière, et les personnages autour de Jésus au moment où il va être enveloppé dans son linceul sont très byzantins dans le visage et dans l’habillement, mais ils sont aussi très expressifs, et si tous expriment la douleur, ils le font chacun à sa façon. C’est une œuvre rare et de grande qualité que j’apprécie beaucoup.
 
706e1 Monemvasia, l'acropole
 
706e2 Monemvasia, l'acropole
 
Après ces quelques images de la ville basse, nous allons voir l’acropole. Si cette ville de Monemvasia a si bien résisté à toutes les attaques, c’est certes grâce à la détermination et au courage de ses habitants, mais c’est aussi parce que c’était une citadelle imprenable d’assaut. Face à une falaise verticale et très élevée, on n’a guère de prise. Sur une bande de terre en pente mais malgré tout utilisable, s’est établie la ville basse, avec un seul accès possible. Il aurait pu y en avoir un autre à l’autre extrémité, et un puissant rempart a été construit de la mer au pied de la falaise, comme le montre la première de ces photos. Sur la deuxième, on peut distinguer au fond comment des escaliers alternant avec des plans inclinés permettent, au bout de la ville basse et sur le flanc abrupt de la falaise, d’atteindre l’acropole. Sur le plateau au sommet, on est trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer, et la partie abrupte de la falaise, pratiquement verticale, est haute de 75 à 180 mètres selon les endroits. Ainsi donc, on cumulait deux avantages, une ville imprenable et deux vastes baies pouvant accueillir de nombreux bateaux.
 
706e3 Monemvasia, l'acropole
 
Sur cette photo, on peut évaluer, par rapport aux maisons, la hauteur vertigineuse de cette falaise rouge, ainsi que sa verticalité. On distingue, au fond à droite, le mur qui clôt la ville basse et l’on peut voir aussi que le bord de la falaise est lui-même protégé tout du long par un mur. En effet, ce mur assurait une protection pour les défenseurs si par hasard des assaillants avaient tenté d’escalader la muraille rocheuse. D’une part ce mur est pour les habitants un garde-fou, et d’autre part une protection contre les projectiles que l’on aurait pu tenter de leur lancer. Les pirates arabes, dans leurs raids de pillage où ils s’emparaient de tout ce qui pouvait avoir de la valeur, y compris des populations valides capturées et vendues en esclavage, ont souvent lancé des attaques contre Monemvasia, sans jamais parvenir à débarquer. En 1066, les Normands avaient conquis l’Angleterre (Hastings, voir la tapisserie de Bayeux). Aussi un siècle plus tard, jaloux de leur succès, leur lointain cousin Roger II de Hauteville, roi de Sicile, voulut-il conquérir l’Empire Byzantin. En 1146 il prend Corfou, suit la côte ouest de la Grèce en la pillant, contourne le sud du Péloponnèse, arrive devant Monemvasia en 1147 et… échoue dans sa tentative de la conquérir ou, à tout le moins, de la piller. On comprend alors que pour s’assurer l’appui de cette cité clé, les empereurs byzantins lui aient accordé des avantages énormes, exemptions d’impôts, franchises.
 
Sous l’impulsion du doge de Venise, le but de la quatrième Croisade est dévoyé, les Francs conquièrent Constantinople (1204), brûlent, pillent, détruisent, volent, ils mettent à sac l’Empire Byzantin, s’emparent de presque toute la Grèce (le pape Jean-Paul II a d’ailleurs présenté publiquement des excuses de l’Église catholique à l’Église orthodoxe au moment du huit centième anniversaire de l’événement). Pour sa participation, Venise reçoit les trois huitièmes des conquêtes, surtout les îles qui jalonnent ses routes. Le champenois Geoffroy de Villehardouin prend le Péloponnèse, alors appelé Morée (son fils et successeur Geoffroy II construit en 1220 l’énorme château de Chlemoutsi que je compte bien visiter), seuls restant grecs le despotat d’Épire (région de Ioannina), Corinthe, Nauplie, Argos et Monemvasia.
 
En 1246, Guillaume de Villehardouin, un descendant de Geoffroy, fait le blocus de Monemvasia, puisqu’elle est imprenable par la force. Quand, après trois ans de résistance, il ne reste ni chien, ni chat à manger, Monemvasia se rend (1249). Mais en 1260, Guillaume, guerroyant contre Michel VIII Paléologue, empereur de Byzance qui a reconquis Constantinople, est fait prisonnier. Après trois ans de captivité, il accepte de négocier sa libération contre Mystras (que nous visiterons un de ces jours) et Monemvasia, qui redeviennent donc grecques byzantines. Puis en 1453 c’est la chute de Constantinople. En 1460, le dernier despote de Mystra se réfugie à Monemvasia avec sa famille, mais bientôt il fuit en abandonnant femme et enfants, mais il est pris par les Turcs. Monemvasia livre aussi aux Turcs la famille du despote mais à la condition qu’ils ne touchent pas à la ville. Monemvasia est désormais indépendante et isolée. Elle fait appel à la suzeraineté de Venise (1464). Un siècle passe. En 1537, Soliman le Magnifique, sultan turc, entre en guerre contre Venise et ses alliés, le pape Paul III et Charles Quint. Après la bataille de Preveza, les envoyés plénipotentiaires de Venise croient raisonnable de capituler et acceptent de donner aux Turcs les dernières possessions vénitiennes de Morée, à savoir Nauplie et Monemvasia. Mais les sénateurs vénitiens, jugeant ces conditions humiliantes et honteuses font décapiter leurs envoyés, ce qui n’empêche pas ces deux places de rester turques (1540). Les Turcs se montrent tolérants, le christianisme est autorisé, de sorte que quand des chrétiens (catholiques, tels les chevaliers de Saint Jean en 1554) tentent une attaque pour libérer les chrétiens de Monemvasia (orthodoxes), ces habitants grecs ne font rien pour les aider. Mieux : quant les Vénitiens, peu regrettés, font des tentatives en 1653, 1654, 1655, 1657, les résidents se chargent de les repousser sans l’aide des Turcs. En 1685, le doge de Venise entreprend de reconquérir la Morée, c’est chose faite en 1690, sauf Monemvasia qui résiste au siège quatorze mois, mais finit par se rendre. Dès 1691, Monemvasia rapporte 17% du revenu de la Morée pour Venise, preuve de la richesse de ce très petit territoire.
 
Nous voici en 1715. Quand, après avoir reconquis toute la Morée, l’armée turque s’apprête à mettre le siège devant Monemvasia, la ville propose spontanément de se rendre contre une énorme somme d’argent. Cette fois-ci, Monemvasia va rester turque jusqu’à l’indépendance de la Grèce. Cette ville est la première à avoir obtenu le départ des Turcs en 1821 au terme de quatre mois de siège auquel a participé la célèbre Bouboulina (j’ai déjà été trop long, je trouverai bien un jour l’occasion de parler d’elle), et ici s’est tenue la première assemblée qui a travaillé sur l’organisation de la Grèce libre. Ce siège, on peut considérer qu’il ne concernait que des Turcs, parce qu’un recensement de 1806 nous révèle que sur 350 maisons, seules six étaient occupées par des Grecs.
 
706f1 Monemvasia, en montant vers l'acropole
 
706f2 Monemvasia, en montant vers l'acropole
 
706f3 Monemvasia, en montant vers l'acropole
 
En chemin vers les escaliers au flanc de la falaise, il faut gravir bien d’autres marches, parce que le bas n’est pas plat non plus. Et, presque à chaque pas, comme dans la ville basse, on trouve des églises et des chapelles plus ou moins en ruines. La première, ci-dessus, tient encore bien debout, mais la seconde, dont on ignore à qui elle a bien pu être dédiée a été, à une époque tout aussi inconnue que son nom, transformée en maison d’habitation. Puis on franchit ces tunnels avant d’accéder aux constructions de la ville haute.
 
706g1 Monemvasia, l'acropole
 
706g2 Monemvasia, l'acropole
 
Nous voici en haut. D’en bas nous avons pu distinguer les fortifications qui courent au bord du précipice. En voici quelques vues prises d’en haut.
 
706h1 Monemvasia, l'acropole
 
706h2 Monemvasia, l'acropole
 
706h3 Monemvasia, mausolée turc (1540-1690)
 
En haut se trouvaient les logements des personnes qui disposaient le plus de moyens financiers, il y avait donc de riches demeures mais il ne reste presque plus rien, infiniment moins qu’en bas. Murs écroulés, tronçons de souterrains voûtés… Monemvasia a connu des vagues d’émigration, et en 1911 le dernier habitant de la ville haute s’en allait. En 1971, il n’y avait plus que 32 résidents dans toute l’île, mais maintenant des Athéniens et des étrangers reviennent –exclusivement dans la ville basse–, en résidence principale ou secondaire. On peut noter que toutes les maisons étaient construites sur de tels souterrains qui servaient de citernes où l’on récupérait les eaux de pluie, et que la voûte en berceau était systématiquement utilisée. Ma troisième photo montre un mausolée turc que l’on date de la période de la première occupation, soit entre 1540 et 1690.
 
706i1 Monemvasia, Agia Sofia
 
706i2 Monemvasia, Sainte Sophie
 
706i3 Monemvasia, Agia Sofia
 
Un monument de l’acropole est très bien conservé, c’est la belle église Agia Sophia, que je traduis naturellement par Sainte-Sophie, comme on appelle aussi en français les célèbres églises qui lui sont dédiées à Istanbul, à Kiev, à Novgorod… Mais pour les orthodoxes, cette dédicace se réfère plutôt non à la sainte de ce nom, mais à l’étymologie du mot. En grec, sophia c’est la Sagesse, en conséquence de quoi il vaudrait mieux traduire son nom en Sainte-Sagesse ou Sainte-Raison. Lors de sa construction, en 1149-1150, elle a été dédiée à la Vierge Hodégétria, Qui Montre le Chemin, puis pendant la première occupation turque, 1540-1690, elle a été transformée en Mosquée du Sultan Soliman avec adjonction d’un minaret, quand les Vénitiens ont pris la place des Turcs (1690-1715) ils en ont fait l’église d’un monastère catholique, Madonna del Carmine, avec ajout d’un narthex extérieur sur deux niveaux, bien sûr de 1715 à 1821 les Turcs en ont refait une mosquée, et elle a été rendue au culte orthodoxe lors de la guerre d’indépendance quand la ville a été libérée mais, considérant sa ressemblance avec l’église de Constantinople, elle a été rebaptisée du même nom, Agia Sophia.
 
706i4 Monemvasia, Aghia Sophia
 
706i5 Monemvasia, Sainte Sophie
 
C’est une église imposante, sur laquelle figurent des sculptures datant du douzième siècle, c’est-à-dire de l’origine. Il paraît qu’à l’intérieur, quoique les Turcs les aient badigeonnées à la chaux, on peut encore voir des fragments de fresques du douzième ou du treizième siècle, mais l’église est fermée et ne se visite pas. La fenêtre que je montre se trouve au-dessus de l’une des voûtes de la loggia du narthex, elle a deux sœurs situées au-dessus des deux autres voûtes, et toutes trois sont de style Renaissance.
 
706j1a Monemvasia, église anonyme début 12e siècle
 
706j1b Musée de Monemvasia, d'une église début 12e sièc
 
Nous revenons dans la ville basse, et plus précisément au musée installé dans l’ancienne mosquée, où l’on peut voir cet élément (deuxième photo). Le texte grec dit que c’est un templo, la traduction anglaise dit templon, mon petit dictionnaire grec et mon petit dictionnaire anglais ignorent ces mots, tout comme les traducteurs sur Internet, sauf un qui traduit le retable. Mais cela n’a rien d’un retable… Curieux, car c'est de toute évidence une iconostase, mot qui n'a rien de rare dans le monde orthodoxe ni de mystérieux et que les dictionnaires ne peuvent ignorer. Quoi qu’il en soit, cette iconostase provient de cette église en ruines de ma première photo, dont on ignore le nom, mais qui a été construite au début du douzième siècle sur la base d’une église antérieure.
 
706j2 Musée de Monemvasia, tasse à thé 18e s., de Kütah
 
706j3 Musée de Monemvasia, bol 14e-15e s., fabtication loc
 
Ce petit musée présente aussi des objets de la vie quotidienne, comme cette tasse à thé du dix-huitième siècle (première photo) provenant de Kütahya, une ville de la Turquie d’Asie. À cette époque nous sommes en effet dans la seconde occupation turque, et des objets proviennent de tous les coins de l’Empire Ottoman. Ma seconde photo montre un fragment de bol, de fabrication locale au contraire, qui date du quatorzième ou du quinzième siècle.
 
706j4 Musée de Monemvasia, tête d'un puits de citerne (15
 
Cette tête de puits de citerne porte la date de 1511. On a vu que toutes les maisons de l’île étaient construites sur des citernes voûtées en plein cintre où étaient recueillies les eaux de pluie.
 
706j5 Musée de Monemvasia, pipes turques (17e-19e s.)
 
Dans une vitrine, on peut voir ces têtes de pipes turques du dix-septième siècle au dix-neuvième siècle. J’ai relu ces derniers temps le Voyage en Orient de Gérard de Nerval, qui s’attarde à Constantinople dans les années quarante du dix-neuvième siècle avant de rentrer en France, et Aziyadé de Pierre Loti qui, à part quelques détails minimes, se contente de changer les noms en recopiant son journal intime pour parler de son propre séjour à Constantinople dans les années soixante-dix. Tant Nerval que Loti, en ce dix-neuvième siècle, dans la capitale turque, passent leur temps à fumer le narguilé ou à fumer la pipe. Fumer est essentiel dans cette société. Voilà pourquoi je me suis arrêté devant ces pipes qui datent de l’époque de la seconde occupation turque.
 
706j6 Musée de Monemvasia (ancienne mosquée)
 
Enfin, avant de quitter le musée et pour terminer cet article, puisque l’occupation turque a profondément marqué Monemvasia de son empreinte et, tout en laissant les chrétiens libres de pratiquer leur religion, a transformé quelques églises en mosquées et en a construit d’autres, je n’oublie pas que, me déplaçant dans ce musée, je suis en réalité dans l’ancienne mosquée. Ma conclusion est donc cette photo de l’intérieur de la mosquée.
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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 22:19
Dimanche nous avons vu le temple d’Apollon à Vassès (Bassæ), le pont byzantin de Karytaina, Megalopoli. Puis nous avons regagné Tripoli, le nœud du fuseau des deux routes est-ouest, où nous avons passé la nuit. Voici ce dont je vais parler dans le présent article : lundi 2 mai, nous regagnons la côte est du Péloponnèse. Peu avant d’arriver sur la côte, nous faisons une halte devant des ruines romaines, à Eva, et nous pique-niquons sur place sous les oliviers. Nous passons la nuit face à la mer près de Leonidio. Mardi 3 mai nous faisons un petit tour dans Leonidio, faisons une halte à Kosmas, jetons un coup d’œil à Geronthrai et arrivons face à l’île de Monemvasia, à Gefyra, où nous passons la nuit, les roues à 70 centimètres de l’eau, avec une vue splendide sur Monemvasia, cette île étant le sujet de mon prochain article.
 
705a1 Eva, villa d'Hérode Atticus
 
705a2 Eva, villa d'Hérode Atticus
 
Nous sommes à Eva. Ici, Hérode Atticus et sa femme Regilla se sont fait construire une somptueuse villa. J’ai si souvent parlé de ce sophiste athénien et de sa femme prêtresse de Déméter à Olympie que je ne reviens pas dessus. Sur la première photo ci-dessus on voit l’olivier de notre pique-nique et on aperçoit Natacha repliant la couverture. On l’aperçoit seulement, parce qu’elle refuse presque toujours à la publication les photos d’elle. Le panneau bleu, d’un modèle que l’on retrouve partout en Grèce, informe que l’Union Européenne finance 80% des 4.298.000 Euros nécessaires à la présentation des fouilles des ruines dans un musée.
 
705b1 Eva, villa d'Hérode Atticus
 
705b2 Eva, villa d'Hérode Atticus
 
705b3 Eva, villa d'Hérode Atticus
 
En attendant, le musée n’est pas construit (pourtant le programme de financement était sur la période 2000-2006) et les ruines sont enfermées, avec le chantier du musée, derrière une clôture en grillage. Mais je pense qu’il y a un espoir que les travaux se poursuivent parce qu’il y a sur le chantier une grue et beaucoup de matériel. Il paraît que sur demande au musée d’Astros, quelques kilomètres plus loin, on peut être autorisé à visiter, mais n’ayant pas fait de demande préalable il est évident que nous ne pouvons pas nous pointer devant le musée, tambouriner à la porte parce qu’aujourd’hui lundi il est fermé, même à cette heure-ci (vers 13h), nous faire accompagner pour ouvrir la grille… Il paraît, aussi, que sculptures et mosaïques ont été transférées dans ce même musée. Dommage, nous ne les verrons pas. Nous continuons notre route.
 
705c Sambatiki
 
Après avoir parcouru un nombre de kilomètres qui nous paraît raisonnable, voyant un parking en bord de route, mais profond et bien garni d’arbres pour l’ombrager mais aussi pour l’isoler du trafic, au bord de la falaise qui surplombe la mer, nous décidons de nous arrêter pour passer la nuit et profiter du paysage. Mardi 3 mai. À peine sommes-nous repartis que nous sommes (moralement) contraints de nous arrêter pour faire une photo de Sambatiki, une plage et un petit port très protégés avec un môle qui se referme en colimaçon. On voit, à l’arrière-plan, la mer vers le large. Les eaux sont transparentes et d’un bleu profond. C’est superbe.
 
705d1 Leonidio
 
705d2 Leonidio
 
705d3 Leonidio
 
Encore quelques kilomètres, et nous voilà à Leonidio. Je triche un peu avec l’ordre de mes photos parce que cette tour, du pied de laquelle j’ai pris le panorama de la ville (première photo), se trouve en sortie d’agglomération. Mais il m’a semblé nécessaire de commencer par une vue globale. On peut apprécier le site, une haute falaise rouge sur la gauche, une rivière sèche au milieu, la mer dans le fond. Quant à cette vieille tour, je n’en connais pas l’âge, mais elle est typique et très ancienne.
 
705d4 Leonidio
 
705d5a Leonidio
 
705d5b Leonidio
 
La petite ville elle-même est sympathique et on y trouve des vestiges de son passé, comme ce soubassement datant du haut Moyen-Âge (première photo) ou cette maison forte sarrasine du douzième siècle (photos 2 et 3).
 
705e1 Entre Leonidio et Elona
 
705e2 Entre Leonidio et Elona
 
Après nous être promenés en ville nous avons repris notre camping-car et avons poursuivi notre route. Les paysages que l’on traverse en ce sud-est du Péloponnèse sont grandioses et désolés. Longtemps nous suivons cette rivière sèche sur les bords de laquelle est construite la ville de Leonidio, en nous élevant progressivement sur la rive de la profonde vallée.
 
705f Monastère d'Elona
 
Plus loin, nouvelle halte. Là-haut, tenant on ne sait comment au flanc abrupt d’une gigantesque falaise, quelque chose de blanc nous semble être une construction. Non loin de nous, un homme attend que l’on vienne dépanner son camion, je lui dis quelques mots mais n’ayant aucune langue en commun nous avons du mal à communiquer. Toutefois, sans construire de phrase, avec des mots isolés, on peut se comprendre (j’ai en main mon petit dictionnaire). C’est ainsi qu’il m’apprend que ce bâtiment est le monastère d’Elona. En divers endroits, en Italie et en Grèce, nous avons vu des copies d’une icône précieuse dont l’original est conservé ici, c’est un portrait de la Sainte Vierge que l’on dit avoir été peint d’après nature par l’évangéliste saint Luc. Si c’est vrai, c’est un document exceptionnel, et pourtant nous ne nous rendrons pas dans ce monastère.
 
705g1 du côté de Kosmas
 
705g2 Kosmas
 
En effet, lorsque nous arrivons devant l’embranchement, nous découvrons une petite route très étroite, très mauvaise, et Natacha craint qu’avec un engin encombrant nous ne parvenions pas à destination, ou qu’au sommet nous ne puissions pas faire demi-tour. Quant à monter à pied, cela lui paraît loin, haut, dur. Très bien, nous renonçons, et traversons des paysages toujours aussi grandioses et impressionnants avant d’arriver à Kosmas, petite ville sympathique. Nous y faisons quelques pas, mais notre halte ne dure guère plus d’une demi-heure cependant.
 
705h1 Dans la montagne, au sud-est du Péloponnèse
 
705h2 Dans la montagne, au sud-est du Péloponnèse
 
Montagnes aiguës ou croupes arrondies, végétation rase ou forêts denses, nous traversons toutes sortes de paysages. Je ne peux tout montrer. Néanmoins je publie ces deux photos, pour montrer la riche flore de ces montagnes et ce tapis de coquelicots dans une oliveraie. Je sais bien que le coquelicot est toujours d’un rouge éclatant, mais jamais je n’en ai vu d’un rouge aussi intense que dans cette région.
 
705i1 Acropole de Geronthrai antique
 
705i2 Acropole de Geronthrai antique
 
Encore une halte devant cette acropole de Geronthrai. Mon Guide Vert Michelin n’en parle pas. Ce n’est qu’en voyant les panneaux qui en indiquent la direction que nous en apprenons l’existence. Certes je savais que cette Geronthrai, vieille ville mycénienne remontant aux alentours de 1800 avant Jésus-Christ, s’était protégée derrière des murs cyclopéens et que lors de l’arrivée des Doriens qui au onzième siècle ont anéanti cette civilisation mycénienne et ont plongé la Grèce dans un long moyen-âge, ces Doriens qui étaient là en 1024 et se sont installés sur le site de Sparte, Geronthrai leur a résisté pendant trois cents ans, mais je n’avais vu nulle part qu’il en restait des vestiges et j’ignorais même que notre route passait à proximité de son acropole. Par ailleurs, en dehors des panneaux indicateurs "Acropolis of Ancient Geronthrae", rien ne dit ce qu’est cette ville, mycénienne, classique, romaine, byzantine, turque… Heureusement, j’ai quelques souvenirs d’histoire. Nous montons, mais la grille est fermée. À cette heure, c’est normal (il est plus de 17 heures), mais nous ignorons si, aux heures normales d’ouverture des sites en Grèce, soit entre 8h30 et 15h, la visite est prévue. Tant pis, nous redescendons et nous nous contenterons des vues d’en bas.
 
Nous franchissons Geraki et arrivons dans la petite ville de Gefyra à laquelle une digue relie l’île de Monemvasia, spectaculaire montagne abrupte jetée dans la mer, objet de notre prochaine visite et de mon prochain article. Nous nous garons sur un grand parking de Gefyra, quasiment les roues dans l’eau comme je le disais au début, avec une vue splendide et prometteuse d’une visite de choc.
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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 20:29
704a1 Vassès (ou Bassae)
 
C’est un peu dommage : préparatifs après treize jours au camping d’Olympie, adieux à un jeune chien qui nous a adoptés, café chez les propriétaires Thucydide et Lia, puis halte dans Pyrgos sans pour autant y visiter quoi que ce soit, recherche infructueuse sur la côte d’un lieu agréable où nous installer, et c’est de nuit, sans rien voir, que nous grimpons dans la montagne vers le site du temple d’Apollon Epikourios à… comment dire ? Cela s’écrit Bassai en grec ancien, en latin Bassæ, or la terminaison en grec moderne a changé et le B ancien se prononce V, d’où le nom de Vassès. Les éditeurs de guides ou de livres, les panneaux routiers bilingues, hésitent généralement entre deux formes, Bassæ ou Vassès. L’une et l’autre se partagent leur faveur à peu près à égalité.
 
Le temps, les intempéries, les tremblements de terre aussi, ont causé bien des dommages aux monuments de l’Antiquité, mais les pires dommages qu’ils ont subis ont été le fait des hommes. Dans bien des endroits, ces monuments devenus inutiles ont servi de carrières de pierres toutes taillées pour construire des maisons. Les guerres ne les ont pas épargnés, comme le Parthénon d’Athènes qui, servant aux Turcs de dépôt d’armes et de poudrière, a de ce fait été la cible des canons vénitiens et a explosé. Pire peut-être parce que partout, le passage du paganisme au christianisme s’est accompagné d’une récupération des temples antiques pour les transformer en églises chrétiennes. Cela, certes, assurait l’entretien du bâtiment et en empêchait le pillage des pierres, mais cela entraînait aussi des transformations telles que la systématique destruction de la cella et des autres constructions intérieures pour que de tout point on puisse voir la célébration. Ici à Vassès, nous sommes dans un lieu isolé et sauvage, à 1130 mètres d’altitude, au bord de profonds ravins, à plusieurs kilomètres de la moindre agglomération (Phigaleia est à 8 kilomètres) par une route de montagne difficile qui, il y a encore peu, n’était qu’un mauvais chemin. Il était plus pénible d’aller piller les pierres de ce temple et de les rapporter au village que d’en extraire de nouvelles de la montagne, et aucun ecclésiastique n’a éprouvé l’envie de créer au prix de lourds travaux de destruction et de modifications une église là où il n’y aurait eu aucun fidèle pour se rendre aux offices.
 
704a2 Vassès, temple d'Apollon Epikourios
 
704a3 Bassae, temple d'Apollon Epikourios
 
704a4 Bassae, temple d'Apollon Epikourios
 
Ce n’est qu’en 1765 que, pour la première fois depuis sa désaffection après la disparition du paganisme, le temple de Vassès est remarqué et fait l’objet d’un écrit : Bocher, un architecte français, passe par là tout à fait par hasard, remarque ce temple et très vite parvient à l’identifier. Revenu sur les lieux en 1787 en compagnie de Fauvel, consul de France, il note que, à l’exception de deux colonnes d’angle, toutes les colonnes sont encore in situ avec les architraves. Il y avait toutefois à l’intérieur un monceau de ruines de quatre mètres de haut, très probablement une démolition volontaire ordonnée par l’empereur romain Auguste (27 avant Jésus-Christ, 14 après) pour faire venir à Rome des bas-reliefs grecs destinés à embellir les nombreux bâtiments qu’il fait construire, et plus tard les poutres de bois qui soutenaient le toit ont cédé et le toit s’est effondré. On a donc retrouvé le temple dans un état somme toute correct à la fin du dix-huitième siècle, mais on ne l’entretient pas pour autant, si bien qu’au vingtième siècle, épargné par les hommes, il risque d’être victime de la nature et de disparaître. Quelques travaux sont entrepris de 1902 à 1908. En 1965, enfin, alors que trois colonnes, très inclinées, sont sur le point de s’écrouler, entraînant tout l’ensemble, parce que les eaux de pluie ont miné le sol et que le soubassement du temple s’est affaissé de façon significative, on se préoccupe enfin de lui. Des travaux d’urgence sont entrepris, mais ils sont inesthétiques et provisoires, ce n’est qu’une opération de sauvetage. À l’automne 1987, les travaux sont très peu avancés et la pluie, le gel surtout, peuvent dégrader le bâtiment, construit en un calcaire local relativement fragile, plus vite qu’on ne le restaure, aussi décide-t-on de le protéger sous une immense tente, le temps de procéder aux travaux. La tente, au toit en cinq pointes, fait 54 mètres de long sur 18,50 mètres de haut. Les années passent et les travaux n’avancent que bien lentement. Et je lis aujourd’hui que l’effet de la tente, qui n’a de négatif que l’esthétique, est très positif pour le monument et que “ce n’est probablement pas une solution définitive”. Ce “probablement” me fait peur. Pour la période 2000-2006, deux demandes de subvention européenne ont obtenu une réponse favorable. Le devis était de 2.463.041,17 Euros d’une part, de 371.693,09 Euros d’autre part, l’Union Européenne mettait 80% si la Grèce (État, Région, Association, Mécène, peu importe) mettait les 20% restants. Mais pour éviter tout détournement, et de façon fort logique, il faut tout financer puis, au vu des travaux effectués, l’Europe procède au remboursement des 80%. Et comme la Grèce est dans une situation de crise financière très aiguë, ce financement initial est difficile…
 
704b1 Bassae, temple d'Apollon Epikourios
 
704b2 Vassès, temple d'Apollon Epikourios
 
Au deuxième siècle de notre ère, Pausanias nous informe qu’Ictinos, l’architecte du Parthénon d’Athènes, a construit ce temple d’Apollon vers 420 avant Jésus-Christ, mais le culte d’Apollon ici est plus ancien, comme l’attestent les découvertes archéologiques. Quand les Doriens sont arrivés en Grèce en important le culte des dieux de l’Olympe, Apollon n’était pas encore le dieu de la lumière, le Phébus qui conduit le char du soleil, le musicien, c’était un dieu guerrier. Aussi lorsqu’en 629 avant Jésus-Christ les habitants de Phigaleia, la ville la plus proche, prise par les Spartiates en 659, parvinrent à s’arracher des griffes de Sparte après avoir invoqué le dieu, ils lui construisirent un premier sanctuaire en action de grâces. D’où la découverte de nombreuses armes votives sur le site. Puis, à l’époque classique, à l’époque de la Guerre du Péloponnèse, Apollon a évolué, il a déposé les armes, et comme l’épidémie de peste qui frappe la Grèce épargne cette Phigaleia isolée dans la montagne, pas de doute, c’est parce que le dieu l’a protégée. On va lui construire le temple actuel, consacré à Apollon Epikourios, Apollon Qui Prête Assistance. Les fondations du temple archaïque ont été retrouvées, le nouveau temple leur correspond à peu près, et les archéologues ont pu voir que la partie nord de l’ancien temple a été démolie quand le nouveau a été achevé. Une merveille telle que l’UNESCO l’a classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité. Pausanias, le seul auteur antique qui mentionne ce temple (sans lui, nous ne saurions même pas à quel dieu il était consacré), ajoute que "plus haut que le sanctuaire d’Apollon Qui Prête Assistance, il est un lieu appelé Cotilum, et là il y a une Aphrodite de Cotilum, elle a un temple et une statue, mais le toit du temple a disparu". Aujourd’hui, j’ai un peu cherché, je n’ai pas trouvé trace de ce temple.
 
704b3 Vassès, temple d'Apollon Epikourios
 
704c1 Vassès, temple d'Apollon Epikourios
 
704c2 Vassès, temple d'Apollon Epikourios
 
704c3 Bassae, temple d'Apollon Epikourios
 
On ne peut malheureusement pas entrer à l’intérieur du temple pour voir de près la cella, sa colonnade intérieure, sa frise sculptée, néanmoins on peut en voir l’architecture et il est exceptionnel, comme je le disais au début de cet article, qu’un temple ait conservé autre chose que sa colonnade extérieure.
 
J’ajoute quelque chose qui est sans rapport avec ce temple mais qui m’a touché. Aujourd’hui premier mai, je n’ai pas trouvé dans le calendrier orthodoxe une fête particulière, et cette année, comme cela arrive de temps à autre, Pâques orthodoxe était le même jour que Pâques catholique, dimanche dernier. Peut-être ce qui s’est passé est-il en rapport avec la Fête du Travail. Voici : Aujourd’hui, l’entrée est gratuite, il y a pas mal de monde, des familles grecques endimanchées, grands-parents, parents, petits-enfants. Une petite dame d’un certain âge, d’aspect bien grec dans ses vêtements noirs et son fichu noir, s’écarte un instant de ses enfants et de ses petits-enfants grands adolescents, s’approche de nous, sort de son sac deux pâtisseries maison et nous en offre une à chacun. Sans doute ses petits-enfants, qui sont d’allure très moderne, ont-ils étudié l’anglais ou le français, mais ils sont loin et nous ne comprenons pas ce que nous dit cette dame. En quel honneur elle nous offre ces gâteaux. À quel titre, ne nous connaissant pas elle nous choisit nous, parmi les nombreux visiteurs. Nous remercions, elle retourne vers sa famille et nous, nous continuons notre visite. Puis Natacha et moi, chacun de notre côté, nous nous promenons sur le site, hors tente, et un bon moment plus tard, je vois toute cette famille se diriger vers la sortie, je fais de loin un signe amical à la grand-mère, qui me répond d’un grand sourire, mais sa petite-fille doit être au courant, parce qu’elle aussi me fait un signe d’au revoir en souriant gentiment. Un bien long paragraphe pour quelque chose qui, pour le lecteur, paraîtra peut-être sans intérêt, mais comme dans notre société moderne chacun a tendance à ignorer superbement l’autre, ce fait m’a marqué, m’a touché et compte pour moi.
 
704d1 Pont byzantin de Karytaina
 
704d2 Pont byzantin de Karytaina
 
704d3 Pont byzantin de Karytaina
 
Nous étions à Nauplie, Tirynthe, Némée, Lerne, soit le nord-est du Péloponnèse, quand la perspective de revoir nos amis Pierre et Donatine nous a fait traverser d’est en ouest, Tripoli, Mantinée, Olympie. Nous retournons à présent vers l’est pour reprendre "dans l’ordre" notre tour du Péloponnèse mais, tels les Rois Mages, nous ne rentrons pas par le même chemin (pourtant, le seul Hérode du coin est Hérode Atticus et il n’est pas dangereux). Il y a la route du nord que nous avons prise à l’aller, et la route du sud, plus commode pour regagner Tripoli, puisque nous sommes allés à Vassès, qui est au sud d’Olympie. Arrivés à l’entrée du village de Karytaina, nous laissons le camping-car sur un terre-plein pour aller voir un pont byzantin. On descend par un petit chemin vers la rivière Alphée, pour traverser ce pont doublé par le pont routier moderne et insipide.
 
704e1 Pont byzantin de Karytaina
 
704e2 Pont byzantin de Karytaina
 
704e3 Pont byzantin de Karytaina
 
Ce pont portait la route qui menait vers le piton où se dressait le château franc construit au treizième siècle par… Ici, je dois dire que je ne dispose d’aucune information sur les lieux, autre qu’un panneau placé au bord de la route, et rédigé en grec uniquement. J’ai donc dû essayer de comprendre ce qui y est dit, ce qui malgré mon très, très faible niveau en grec moderne n’a pas été trop difficile, mais le nom propre… Γοδεφρείδο ντε Μπρυγιέρ… Tenant compte du fait que NT en grec est l’équivalent de D en français, les deux premiers mots sont clairs, Godefreido de = Godefroy de [quelque chose]. MP équivalant à notre B et le G étant plus ou moins le G final de l’allemand Honig, König, le nom de famille Brygier peut être Brière, ou, parce que le son du français U n’existe pas en grec, le Y (I) peut en tenir lieu, et on aurait alors Bruyère. Or je ne connais ni Godefroy de Brière, ni Godefroy de Bruyère. Mais les ruines de ce château fortifié, de ce Kastro, sont réduites à presque rien nous dit-on, aussi n’y allons-nous pas. Sur le pont lui-même, rien, si ce n’est à la fin d’une phrase qui dit (je me fais plaisir en l’écrivant en grec d’abord) "Σημαντικός είναι ο αριθμός των Βυζαντινών και μεταβυζαντινών εκκλησιών όπως ο Άγιος Νικόλαος…", soit "Significatif est le nombre d’églises byzantines et post byzantines comme Saint Nicolas…", et suit une liste d’églises, puis est signalé le pont "το βυζαντινό γεφύρι του Αλφειού με την εντοιχισμένη εκκλησία της Παναγίας (Γέννηση της Θεοτόκου)", c’est-à-dire "le pont byzantin de l’Alphée avec l’église de la Vierge (Naissance de la Mère de Dieu) prise dans les murs". C’est bien pauvre. Mais au moins ai-je le nom de cette petite chapelle.
 
Si j’ai écrit ces quelques mots en grec, c’est aussi pour montrer que, passée la barrière de l’alphabet qui n’est absolument pas un obstacle pour qui a étudié ne serait-ce qu’un an le grec ancien, ces phrases sont faciles à comprendre. On sait ce que sont la sémantique et l’arithmétique, alors semantikos veut dire significatif et arithmos veut dire nombre. Je n’ai donc rien fait de génial en donnant cette traduction, et je maintiens que mon niveau en grec moderne est nul, parce que si l’on me donne à traduire un article de journal concernant la situation économique de la Grèce, je n’y comprends strictement rien.
 
704f Megalopoli, Thersilion (assemblée des Dix Mille)
 
Ma nullité d’ailleurs, après quatre mois et demi en Grèce, me fait un peu honte, alors partons vite. Une quinzaine de kilomètres plus loin, nous voici à Megalopoli, la "Grande Ville", patrie de l’historien Polybe (204-122 avant Jésus-Christ). Le 16 avril, au sujet de Mantinée où est mort le grand général thébain Épaminondas, j’ai un peu évoqué les démêlés de Thèbes et de Sparte, et la grande victoire de Leuctres remportée par cet excellent stratège. Désormais, la suprématie de Thèbes en Grèce était assurée, mais il s’agissait de se prémunir contre une revanche du vaincu. Épaminondas reconstruit Messène que Sparte avait rasée, il la fortifie, mais vers le nord il juge prudent de fonder une ville destinée à servir de rempart en direction de Thèbes. Cette ville, édifiée de 371 à 368, c’est Megalopoli. Elle deviendra le siège de la Ligue Arcadienne ; l’Arcadie est cette grande région au centre du Péloponnèse, située au sud de l’Achaïe (Patra) et à l’est de l’Élide (Pyrgos, Olympie, Vassès). L’assemblée de cette Ligue, réunissant les représentants de toute la région, s’appelle les Dix Mille. Il lui faut une immense salle pour se réunir, c’est elle que nous voyons sur la photo ci-dessus. Soixante-six mètres de long, cinquante trois de large, elle était soutenue par soixante-sept colonnes que l’architecte avait savamment placées pour que tous les assistants puissent voir l’orateur qui se tenait au milieu du côté gauche de la photo. On appelle cette salle le Thersilion, du nom de celui qui l’a construite. Mantinée avait appartenu à cette Ligue Arcadienne, ses représentants avaient siégé ici même, et c’est lorsqu’elle a trahi en passant du côté de Sparte qu’a eu lieu cette bataille de Mantinée dont je parlais l’autre jour.
 
704g1 Megalopoli, le théâtre
 
704g2 Megalopoli, près du théâtre
 
Non loin, on arrive au théâtre. Il est enfermé derrière des grilles et rien, ni baraque de vente de tickets, ni plaque sur la grille, n’indique que l’on peut le visiter. Il me semblait –mais ma mémoire me trompe peut-être– qu’en 1978 nous avions pu y pénétrer. Il est vrai qu’en dehors de ses dimensions qui en font, avec Dodone, l’un des plus grands théâtres du monde grec, avec un diamètre de 145 mètres, avec une cavea qui comporte cinquante-neuf rangées de sièges, avec une capacité de vingt mille spectateurs, il n’a rien d’exceptionnel à voir, il est en très mauvais état, et il ne reste rien de sa scène, de son entrée, etc. Ce n’est pas Épidaure…
 
704h Megalopoli
 
Le sol de Megalopoli est riche de lignite, que l’on exploite à ciel ouvert. Puis ce combustible est brûlé depuis 1969 dans une centrale électrique thermique que l’on a pu apercevoir sur ma photo du Thersilion et que je montre ici plus clairement. On peut apprécier la terrible pollution atmosphérique, mais ce que l’on ne voit pas sur la photo, ce sont les rejets dans l’Alphée, la rivière que franchit le pont byzantin de Karytaina. Heureusement, la situation va s’améliorer. Ce n’est pas un projet plus ou moins flou qui pourra ou non se réaliser, mais c’est d’ores et déjà une réalité. Une turbine à gaz à cycle combiné a déjà quitté l’usine de General Electric de Belfort, en France. Une autre va suivre, ainsi qu’une turbine à vapeur et trois groupes électrogènes. Ce matériel remplacera à court terme –délai d’installation et de mise en route, soit quatrième trimestre 2012– les quatre unités thermiques au lignite. On sait que les rejets de combustion du gaz naturel ont un impact infiniment moindre sur l’environnement (ce n’est pas pour rien si dans plusieurs pays le GPL est détaxé afin d’inciter les automobilistes à rouler propre au gaz). En revanche, j’ai cherché des informations concernant les incidences sur l’emploi et je n’ai rien trouvé. Megalopoli est le seule ville du secteur à avoir vu sa population augmenter ces dernières années, nombreux sont les habitants qui travaillent pour la centrale et je crains (mais sans aucun élément pour confirmer ou infirmer mes craintes) qu’une centrale plus moderne, liée à l’arrêt d’exploitation du gisement de lignite, ne provoque une vague de chômage dans un pays où les autres villes, les autres régions ne recrutent pas et sont en récession. Et pourtant, avec ce progrès écologique, je voudrais tant pouvoir conclure cet article sur une note optimiste…
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Published by Thierry Jamard
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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 00:53
703a Autres musées d'Olympie
 
Sur le musée des Jeux Olympiques (modernes) à Olympie, les jours et heures d’ouverture sont indiqués. Il faut avoir de bons yeux, parce qu’ils sont gravés sur une belle plaque fixée sur le musée, tandis que la grille, au bas des marches, est fermée. Plusieurs fois, nous nous sommes cassé le nez devant la grille close pendant les heures théoriques d’ouverture. Renseignements pris, le musée est provisoirement fermé. Tant pis, nous repartirons en nous limitant aux Jeux Olympiques antiques. Car les deux musées indiqués sur ces panneaux, l’histoire des fouilles d’Olympie et l’histoire des Jeux Olympiques dans l’Antiquité, sont ouverts et valent une visite.
 
Dans mon précédent article, devant un fronton du temple de Zeus représentant la course de chars entre Pélops et Œnomaos, j’ai raconté l’origine mythique des jeux institués par Pélops à titre funéraire pour le père d’Hippodamie qu’il a pu épouser au prix de la vie de son futur beau-père. Déjà bien avant les Grecs, dès le troisième millénaire, la pratique sportive existait. On en trouve des témoignages, sur des bas-reliefs, à Sumer, à Babylone, en Assyrie, en Égypte. Mais c’est clairement un divertissement. Au musée national d’Athènes, le huit mars dernier, nous avons vu ainsi de jeunes boxeurs minoens. Mais avec les Mycéniens, quelque chose de nouveau apparaît, c’est le sport avec une utilité directe, ce peuple guerrier développe l’athlétisme et la compétition en tant qu’entraînement pour la guerre. Les disciplines pratiquées sont en relation directe avec ce but, course à pied, lutte, pugilat, lancer de javelot et de disque, course de chars. Il existe aussi dans la pratique sportive une valeur religieuse, les hommes qui participent aux jeux funèbres, comme ceux qui sont offerts par Achille à la mémoire de son ami et écuyer Patrocle et sont décrits dans l’Iliade, ou ceux qu’offre Pélops à la mémoire d’Œnomaos, acquièrent du fait de leur participation la force et la valeur du défunt. Cette utilisation pédagogique du sport et sa valeur religieuse et morale sont nées en Grèce et sont mortes lorsqu’elle a sombré. Elles se sont dissoutes avec l’occupation romaine. Seule l’époque contemporaine a compris et retrouvé le sens pédagogique du sport.
 
Mais revenons à Pélops et à Hippodamie, aux jeux Olympiques et aux Héraia. Tombés en désuétude, ils furent institués de nouveau par Héraklès en souvenir de Pélops sur la tombe duquel il plante un olivier. C’est du feuillage de cet olivier que l’on tressait les couronnes des vainqueurs. Indépendamment des légendes, il semble que des jeux se soient déroulés à Olympie très tôt, peut-être au dixième siècle, mais des tables de vainqueurs sont établies depuis 776 avant Jésus-Christ, permettant de constater que, sans interruption depuis cette date, des jeux ont été organisés tous les quatre ans jusqu’à l’arrêt des listes en 267 après Jésus-Christ, et encore au-delà jusqu’en 394, lorsque l’empereur Théodose publia un édit interdisant ces jeux. C’était à la suite de la 293ème olympiade, en 392 de notre ère, après 1168 années…
 
703b1 Le complexe d'Olympie au 4e s. avt JC
 
Pendant tout ce temps, les lieux ont évolué. Les fouilles ont révélé, on l’a vu sur le site, un habitat de la fin du troisième millénaire, mais bien peu de choses concernant les Jeux, les toutes premières installations seraient du dixième siècle. Dans le sanctuaire on honorait primitivement Gaia (la Terre), puis Cronos et Rhéa. Avec l’arrivée des Doriens et l’établissement des dieux de l’Olympe, ces dieux primitifs ont laissé la place à Zeus. Au musée, des maquettes montrent la configuration des lieux à diverses époques. Ci-dessus, l’état entre le quatrième et le premier siècles avant Jésus-Christ. Malgré les reflets sur la vitre qu’atténue le filtre polarisant mais qu’il ne parvient pas à éliminer, on voit, en haut, au-delà de la colline, le stade tel qu’il est aujourd’hui. Juste au pied du mont, ces tout petits bâtiments sont les trésors des cités. Un chemin passe devant eux, de l’autre côté duquel un petit bâtiment est le metrôon. Puis, en se rapprochant du premier plan, on voit un grand temple au toit rouge, c’est le temple d’Héra. Devant ce temple, une petite tholos (construction ronde) est le Philippeion. En repartant vers le centre, le grand temple au toit blanc est le temple de Zeus. À sa droite, un bâtiment à trois corps dont les deux des côtés se terminent en absides semi-circulaires, est le bouleutérion. Le premier plan, à présent : tout à gauche, cet espace limité au fond par un portique, c’est le gymnase. Puis, toujours au premier plan et de gauche à droite, un carré autour d’une cour est la palestre, quelques bâtiments parmi lesquels l’hérôon et (le plus à droite) l’atelier de Phidias, et un autre grand carré, le Léonidaion (hôtel pour les officiels).
 
703b2 Le complexe d'Olympie au 3e s. après JC
 
Cette autre maquette montre les lieux aux troisième et quatrième siècles après Jésus-Christ, c’est-à-dire dans les derniers temps de réalisation des jeux. L’orientation est différente, le gymnase est au premier plan et, restant sur la droite en montant, on retrouve la palestre, le hérôon, l’atelier de Phidias, le Léonidaion. Plus à gauche, rien non plus n’a changé, c’est, de bas en haut, le temple d’Héra (à sa droite, caché par un arbre, le Philippéion), le temple de Zeus, le bouleutérion. Mais entre le temple d’Héra et les trésors est apparu le nymphée d’Hérode Atticus et Regilla, ce demi-cercle blanc haut de deux étages. Autre nouveauté, barrant l’angle supérieur gauche de la photo, c’est le portique de l’Écho. Si la photo se prolongeait sur la gauche, on verrait le stade dans le prolongement de la ligne des trésors. Un détail qui existait sur la première maquette mais qui est plus visible sur ma photo de la seconde maquette, c’est un mur blanc qui passe, entre autres, entre les lieux d’entraînement et de résidence (palestre, hôtel) et les lieux sacrés (temples, stade). Ce mur délimite l’espace que recouvrait autrefois le petit bois d’oliviers appelé l’Altis.
 
Dans l’Altis, espace des temples et du stade, les femmes n’avaient absolument pas le droit d’entrer, sous peine de mort, précipitées du haut du mont Typée. Une exception toutefois, à l’origine la civilisation ici était matriarcale et la déesse Gaia y était célébrée. Quand la civilisation patriarcale, avec le dieu mâle Zeus, l’a remplacée, les prérogatives de la déesse chthonienne Gaia ont été transmises à la prêtresse de la déesse chthonienne qui lui a succédé, Déméter. Ainsi, la prêtresse de Déméter (dont un autel se dresse le long du stade) pouvait se déplacer librement dans l’Altis et assister à l’intégralité des jeux. Regilla, la femme d’Hérode Atticus, a joui de ce privilège.
 
Mais un jour, dans la première moitié du cinquième siècle, une femme nommée Callipatire, une veuve issue d’une grande famille de Rhodes dont plusieurs athlètes avaient remporté lors des olympiades précédentes bien des victoires à Olympie (dont son père Diagoras et ses deux frères), a voulu voir concourir son fils Pisidore au pugilat. Elle a imaginé de se travestir en entraîneur et elle a pu ainsi tromper la surveillance et entrer sur le stade. Conformément à la tradition familiale, Pisidore était un athlète brillant, et il remporta la victoire. Folle de joie et de fierté, Callipatire s’est élancée vers son fils pour le féliciter, pour l’embrasser, mais oubliant qu’elle était vêtue en homme elle s’est pris les pieds dans son vêtement, qui est tombé à terre. Face à sa nudité, plus question, évidemment, de tromper les milliers de spectateurs ni les juges sur la nature de son sexe. Les juges (les hellanodices) ont délibéré sur son cas et, prenant en considération le brillant palmarès familial, ils l’ont acquittée, de sorte que jamais dans l’histoire des Jeux Olympiques la sentence de mort pour une femme n’a été prononcée. Mais à compter de cette olympiade, les entraîneurs devaient être nus, au même titre que les athlètes. D’autre part, j’ai parlé des Héraia, ces compétitions de femmes. Parce qu’elles se déroulaient hors de l’enceinte sacrée d’Olympie, les femmes pouvaient y assister.
 
703c1 Olympie, évolution du programme des compétitions
 
Les épreuves n’ont pas toujours été les mêmes, et les compétitions ont parfois été ouvertes aux jeunes garçons. Plutôt que de tout énumérer, je publie ci-dessus la liste affichée dans le musée. Mais on peut se rendre compte que longtemps, pendant treize olympiades, il n’y a eu que la course de vitesse, et les chars n’ont été introduits qu’à la vingt-cinquième olympiade, au début du septième siècle. À ce propos, je précise que le vainqueur de la course de chars n’était pas le cocher, ni celui de la course de chevaux le jockey, mais le propriétaire. Ainsi, quoique les femmes soient exclues physiquement des jeux, certaines ont été couronnées à ce titre (la fille d’Agésilas II roi de Sparte en 396 puis en 392, ou la pupille de Ptolémée Philadelphe roi d’Égypte en 264 avant Jésus-Christ, pour ne citer que deux exemples).
 
Je parle d’olympiades. C’est le temps des jeux, tous les quatre ans. Le pourquoi de cette périodicité tient à des problèmes de calendrier. Nous utilisons le calendrier grégorien, où l’année est basée sur 365 jours, cinq heures, quarante huit minutes et des poussières. Il a remplacé en 1582 le calendrier julien (Jules César) qui, avec ses 365 jours un quart avait en un millénaire et demi, accumulé dix jours de retard : on s’est endormi le 5 octobre 1582 et on s’est réveillé le lendemain 15 octobre au matin. Mais ce calendrier julien lui-même était un gros progrès, car d’une part il était moins imprécis que les computs antérieurs, et d’autre part il était uniforme dans tout l’Empire. Les organisateurs des quatre jeux panhelléniques avaient adopté le calendrier de l’astronome grec Cléostrate (qui vécut à cheval sur le sixième et le cinquième siècles avant Jésus-Christ) qui, se basant sur une année lunaire de 354 jours, de onze jours plus courte que l’année solaire, rattrapait ce décalage tous les huit ans en ajoutant trois mois au calendrier. Il avait été décidé d’organiser des jeux quadriennaux, parce qu’ils coupaient la période du calendrier en deux. Organisés lors de la pleine lune qui suivait le solstice d’été, leur date variait donc selon les olympiades entre la mi-juillet et la mi-août.
 
703c2 Olympie, réglement pour juges et athlètes (6e s. av
 
Cette petite plaque de bronze (quatrième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ) porte le règlement des jeux pour les juges et pour les athlètes. Quoiqu’ici il s’agisse du règlement des jeux, je vais dire un mot de la toute première règle, la trêve sacrée. Sous peine de disqualification, les athlètes devaient être sur place un mois avant le début des compétitions. Puis se déplaçaient les officiels et les dizaines de milliers de spectateurs et de pèlerins. Afin que leurs déplacements puissent se faire en toute sécurité dans l’ensemble du monde grec, toutes les hostilités entre cités devaient impérativement cesser. Durant un mois au début, mais dès le cinquième siècle la durée de la trêve sacrée est passée à trois mois. Les Jeux Olympiques étant panhelléniques, concouraient des ressortissants de cités ennemies, mais sur le stade les antagonismes n’étaient que sportifs. Cette règle de la trêve sacrée, toujours scrupuleusement respectée, a beaucoup contribué à maintenir le sentiment d’unité du peuple grec. Les Grecs se querellaient sans cesse, certes, mais ils ressentaient ces oppositions comme des rivalités entre frères, au sein d’une même famille hellène.
 
703c3 Olympie, victoire au dolichos (5e s. avt JC)
 
Le bronze gravé ci-dessus est un fragment de plaque mentionnant la victoire d’Ergotélès au dolichos (première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ). Le dolichos est une course d’endurance (à pied), l’adjectif dolichos signifiant long, allongé (cf. les dolichocéphales et les brachycéphales, répartition des humains –et des autres animaux– selon qu’ils ont le crâne en œuf ou en citrouille). La course était d’une longueur de 24 stades, le stade se définissant comme une longueur de 600 pieds. Là commence la difficulté parce que le pied n’est pas le même selon les cités, par exemple 29,6 centimètres à Delphes et 30,8 centimètres à Athènes. À Olympie, avec 32,045 centimètres pour le pied, le stade faisait 192,27 mètres et le dolichos 4614,48 mètres. Et le stade, unité de longueur, correspondait à la longueur de la piste, entre la ligne de départ et la ligne d’arrivée, mais le stade, espace sportif, était un peu plus long pour que les coureurs en pleine vitesse puissent freiner après la ligne d’arrivée. Il suffisait d’être meilleur que les concurrents, et peu importait que les stades de Delphes, d’Olympie et d’ailleurs ne soient pas de même longueur, puisqu’il n’existait pas de chronomètres. On ne comparait donc pas des records, on ne pouvait pas se mesurer à soi-même, se surpasser, on ne pouvait que se mesurer aux autres, compétition par compétition.
 
703c4 Olympie, feuilles d'olivier pour lauréats
 
Ma deuxième photo montre des feuilles d’olivier en bronze, d’époque classique. La tradition voulait faire coiffer aux vainqueurs une couronne de feuilles de l’olivier sauvage planté par Héraklès, comme je le disais au début du présent article. Pour des jeux régionaux, il pouvait y avoir des récompenses matérielles, argent, trépied, jarres remplies d’huile d’olive, mais pour les grands jeux panhelléniques, dits stéphanites (couronnés), l’honneur de la couronne était exclusif de toute récompense matérielle. Olivier sauvage planté par Héraklès à Olympie, laurier à Delphes (Pythiques), céleri sauvage à Némée, et enfin aiguilles de pin à Corinthe (Isthmiques) au début, et céleri après le cinquième siècle.
 
703d1 Olympie, char votif
 
703d2 Olympie, char votif
 
Ces photos montrent un aurige sur son char et des roues de char (bronzes du huitième siècle avant Jésus-Christ). Il s’agit d’objets votifs. Du fait de leur stylisation, il ne faut pas les considérer comme représentatifs de la technique de construction des chars à l’époque du début des Jeux Olympiques.
 
703e Olympie, bronze fin 2e s. avt JC et restitution
 
La tête de droite est une reconstitution de ce qu’était l’originale, celle de gauche (deuxième siècle avant Jésus-Christ), avant qu’elle soit déformée et perde un œil, avant aussi que l’oxydation ne change son aspect. Aucune explication ne dit ce que fait cette tête, trouvée sur le site d’Olympie, dans ce musée des jeux antiques plutôt que dans le musée archéologique. Je me rappelle d’ailleurs l’avoir vue en compagnie de sa reconstitution lors de ma visite d’Olympie en 1978, dans l’ancien musée archéologique et avoir été frappé de sa beauté et de l’intelligence de cette double présentation. Alors même si je pense qu’elle n’est pas à sa place dans cet article (de plus, une fille dans ces jeux interdits au sexe féminin, une honte !) j’ai quand même envie de montrer cette œuvre de qualité.
 
703f1 Olympie, monnaies de compétitions
 
Voici quelques pièces de monnaie antiques en relation avec les activités sportives. En haut à gauche, un statère en argent frappé en Pamphilie (400-333 avant Jésus-Christ) et à droite un autre de Pisidie (cinquième au troisième siècles avant Jésus-Christ), représentant des lutteurs. Il est difficile de donner une valeur pour le statère, comme pour toutes les autres monnaies antiques, non seulement parce que, comme toute monnaie, les cours ont varié en fonction des circonstances économiques et au gré de dévaluations programmées (poids d’or ou d’argent en baisse pour une même pièce), mais aussi parce que la valeur d’une monnaie dépend de son pouvoir d’achat dans un lieu particulier. Néanmoins, on s’accorde généralement pour reconnaître à la drachme, aux alentours de l’époque classique, une équivalence approximative avec le franc-or. À partir de là, l’obole vaut un sixième de drachme et le statère, tel que nous en voyons ici, vaut deux drachmes, soit deux francs-or. Et puis la mine vaut cent drachmes et le talent six mille drachmes.
 
Sur la deuxième ligne, à gauche, ce cavalier qui tient une palme, vainqueur d’une course montée, est frappé sur une tétradrachme (quatre drachmes) en argent au nom du roi Philippe II de Macédoine (336-328 avant Jésus-Christ). Au milieu, c’est une course de biges (chars attelés de deux chevaux) avec sur le char un aurige qui excite ses chevaux, frappés sur un statère en or du même Philippe II (fourchette un peu plus large, 340-328 avant Jésus-Christ). Et comment ne pas clore ma série avec une Nikè, une victoire ailée ? C’est un statère en argent provenant d’Élis et datant du cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
703f2 Olympie, dispute de guerriers pour un trépied
 
Les stéphanites évitaient que l’on se batte pour l’intérêt matériel. Dans les autres jeux, et donc hors d’Olympie, c’était comme après une victoire à la guerre, on se disputait la place pour avoir le prix. On se rappelle le conflit entre Achille et Agamemnon au sujet de la belle captive Briséis, qui est le sujet de l’Iliade lorsque, furieux, Achille se retire sous sa tente. Ici, sur un pied de chaudron tripode remontant à la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ, nous voyons deux guerriers se disputant un trépied. La même chose pouvait avoir lieu dans des jeux dits thématiques (autres que stéphanites).
 
703f3 Olympie, deux lutteurs (Egypte, époque romaine)
 
Voici un beau bronze d’époque romaine et provenant d’Égypte représentant deux lutteurs. Comme on le voit, comme on le sait, les sportifs étaient nus. Ce n’était pas par pudeur, la nudité n’avait pas dans l’Antiquité la même signification qu’aujourd’hui dans nos civilisations occidentales. Certes à Olympie il n’y avait que des hommes, mais dans d’autres villes telles que Sparte les femmes assistaient aux compétitions. En prenant le problème à l’envers, les femmes distrayant les hommes et par là diminuant leur efficacité sportive ou guerrière, elles étaient interdites dans les temples du plus fort, Héraklès. Et comme, à Olympie, le culte d’Héraklès a précédé celui de Zeus, leur interdiction dans l’Altis est plutôt due, n’en doutons pas, à une survivance de l’ancien culte. Pour en revenir à la nudité, Homère décrit les athlètes, donc pour l’époque de la Guerre de Troie, l’époque mycénienne, avec un pagne. Des poteries du sixième siècle représentent, encore à cette époque, les athlètes avec un cache-sexe. On raconte qu’en 720, à la quinzième olympiade, Orsippos, athlète de Mégare, a perdu son pagne pendant la course, on l’a même soupçonné de l’avoir volontairement laissé tomber pour être plus libre de ses mouvements, et il est arrivé le premier. Sa tombe, à Mégare, a été retrouvée, et il y est gravé qu’il a été le premier vainqueur à avoir été couronné nu. La nudité s’est vite imposée pour la course à pied, puis s’est étendue à toutes les disciplines au cinquième siècle, y compris pour les entraîneurs après l’épisode de Callipatire.
 
En grec, gymnos signifie nu. Le gymnase est la salle de sport chez nous, la salle ou l’espace de la nudité par excellence dans le vocabulaire grec antique. Comme on l’a vu lors de la visite du site, mais comme, mieux que mes photos in situ, le montrent les maquettes ci-dessus, c’était une cour d’exercices à ciel ouvert, entourée de portiques abritant les vestiaires, les salles d’exercice couvertes, les lieux réservés à la toilette, les salles de soins, etc. Puisque la pratique sportive était la partie la plus importante de l’éducation des hommes, on y passait le plus clair de son temps à l’âge de la formation. Au cinquième siècle ont commencé à apparaître dans l’enceinte des gymnases des bibliothèques, des salles d’études, des salles de conférences. On y a regroupé tous les éléments de l’éducation. En Grèce moderne, les trois niveaux scolaires avant l’université, correspondant à nos écoles primaires, à nos collèges et à nos lycées, sont SCHOLÊ, GYMNASIO, LYKEIO, et dans des langues comme l’allemand le mot Gymnasium désigne le lycée. À Athènes, certains gymnases étaient célèbres, tel celui où enseigna Aristote, dans un lieu qui avait été hanté par les loups (lykoi) et dédié au héros Lykeios, c’est le Lycée… mot que nous avons repris en français (et en espagnol, en italien, etc.) comme nom commun. Platon, lui, enseignait dans un autre gymnase, dédié au héros Académos, l’Académie. Tiens, tiens, ce nom-là aussi, nous en avons fait un nom commun. Si Aristote vivait, il serait peut-être vexé de n’avoir qu’un niveau d’enseignement secondaire quand Platon est au niveau universitaire. Mais il est vrai qu’il avait été l’élève et le disciple de Platon, avant de faire sécession et d’aller implanter un enseignement dans le gymnase nommé ‘Lycée’.
 
703f4 Pierre de Coubertin rénovateur des Jeux Olympiques
 
Je ne peux décemment pas clore mon article sur les Jeux Olympiques sans parler de leur renouveau, même si le musée des J.O. modernes est fermé. Il me faut, au minimum, montrer cette photo du baron Pierre de Coubertin (1863-1937) qui les a renouvelés en 1896. Se consacrant à la recherche pédagogique, il croit à la vertu du sport et, à travers des écrits nombreux il tente d’imposer l’idée que l’exercice physique, tel que les Grecs anciens le comprenaient, est le nécessaire complément de la formation morale et de la formation intellectuelle. C’est pour procéder de manière éclatante à cette promotion qu’il instaure ces jeux modernes, symboliquement à Athènes pour les premiers. C’est un étudiant d’Harvard, James Connolly, qui sera le premier médaillé des Jeux modernes, avec un triple saut de 13,71 mètres. Il y a eu aussi une course de Marathon, sur l’itinéraire original d’environ quarante kilomètres parcouru par ce soldat qui annonça la victoire grecque sur les Perses de Darius, et sur les seize concurrents c’est un berger grec qui a gagné en 2h58’50". Puis les jeux se sont renouvelés tous les quatre ans, comme dans l’Antiquité. La deuxième olympiade moderne était à Paris, et les femmes y ont été admises pour la première fois. En 1908, pour les J.O. de Londres, le roi Edouard VII a souhaité que le marathon soit couru du château de Windsor à la loge royale du stade olympique, soit 42,195 kilomètres. Et cette distance est restée la longueur officielle du marathon.
 
703g1 Olympie, fouilles de Dörpfeld
 
Laissons là le sport et les Jeux Olympiques, modernes ou antiques. Le musée de l’histoire des fouilles présente beaucoup de photos, que je ne vais pas toutes re-photographier, beaucoup de lettres en langue grecque ou allemande, qu’il n’est pas très intéressant de montrer si on ne les comprend pas (de plus, avec le reflet sur la vitrine, et le peu d’éclairage, ce n’est pas seulement un problème de langue), et aussi des outils qui, modernes, n’ont d’intérêt que si on les voit "en vrai" parce que ce sont ceux qu’ont utilisés les archéologues. Je me limite donc à trois documents. Sur cette photo, on voit Dörpfeld et son équipe, l’archéologue qui a fouillé Olympie en 1906-1909, en 1920-1923 et en 1927-1929. Déjà, Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) prévoyait qu’il y aurait beaucoup à découvrir à Olympie, et, dans une lettre du 13 janvier 1768 il propose que l’on mette à sa disposition cent ouvriers pour dégager le stade mais, assassiné le 8 juin de la même année, il n’a pu mettre son projet à exécution. C’est donc Dörpfeld le vrai découvreur d’Olympie. Il a publié en 1935 Alt Olympie (Olympie ancienne).
 
703g2 Olympie, interdiction fouilles allemandes en 1940
 
703g3 Olympie, reprise des fouilles allemandes en 1952
 
Les deux autres documents sont des lettres liées à la Seconde Guerre Mondiale. La première, du 6 novembre 1940, interdit à la mission archéologique allemande de poursuivre les fouilles. La seconde, du 11 juillet 1952, au contraire autorise la reprise des fouilles.
 
703h1 Thucydide Kosmopoulos à Olympie
 
703h2 Lia Kosmopoulou à Olympie
 
Le monsieur que je montre sur la première de ces photos (l’une et l’autre œuvres de Natacha) a nom Thucydide Kosmopoulos. C’est par hasard que nous l’avons rencontré, car il y a trois campings à Olympie, nous sommes entrés dans l’un d’eux un peu au hasard, et ce camping –le camping Diana– est le sien, qu’il tient avec sa femme Lia. Lui, au départ économiste et retraité du ministère des finances, a honoré le patron de son prénom, le grand historien grec Thucydide (né en 460 avant Jésus-Christ, mort vers 400), fondateur de la méthode historique, auteur de huit livres couvrant la période allant de 431 à 411, en publiant un résumé de cette œuvre monumentale. Il a également publié un livre sur le serment à travers les âges, une recherche lourde, qui mériterait d’être traduite en français, en anglais… mais il faudrait trouver des traducteurs, et un éditeur intéressé. Et c’est un couple de lettrés. Lia est poétesse, elle a publié un recueil. Invités à prendre le café chez eux, nous lui avons demandé de nous lire quelques uns de ses poèmes. Certes, je ne suis pas capable de comprendre ce qu’elle a exprimé en grec moderne, mais quelle que soit la langue la poésie est d’abord, ou aussi, musique et harmonie, et je peux dire que sur ce plan ses vers sont magnifiques. Voilà donc des personnes de qualité, des gens intéressants, sympathiques, accueillants, et un camping agréable. Je regrette seulement qu’au lieu de porter le nom de la déesse Artémis ce terrain ait celui de la déesse à laquelle les conquérants et occupants romains ont cru devoir l’assimiler, Diane.
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Published by Thierry Jamard
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 23:51
Mon précédent article portait sur le site archéologique d’Olympie et, à plusieurs reprises, j’ai fait allusion à des sculptures ou à des objets qui ont été transférés au musée archéologique. Le nombre d’heures que nous avons passées dans ce musée… Les centaines et les centaines de photos que j’y ai prises… Voici donc une sélection qui, pour avoir été extrêmement sévère, n’en est pas pour autant descendue en-dessous de 42 photos. Je n’ai pas été capable de faire moins…
 
702a1a Musée archéologique d'Olympie
 
702a1b Musée archéologique d'Olympie
 
Ces deux photos montrent des objets datant de la fin de la période géométrique retrouvés aux alentours de l’autel de Zeus, près de son temple, de petits personnages et animaux en bronze sur la première, en terre cuite sur la seconde. Quant à l’autel lui-même, un dessin au mur, sur la première photo, permet de s’en faire une idée. Ce dessin a été réalisé en partant de la description qu’en fait Pausanias, voyageur du deuxième siècle de notre ère (né vers 115 et mort vers 180). Il était en forme de tronc de cône circulaire ou elliptique avec une circonférence de 37 mètres à la base alors que l’autel proprement dit était formé de l’accumulation des cendres des victimes et atteignait à cette époque environ sept mètres de hauteur. C’est là que, le quatrième jour des jeux, avait lieu l’hécatombe, le sacrifice de cent bœufs, dont on grillait les cuisses sur l’autel. Comme les objets représentés sur mes photos ont été retrouvés sur une vaste surface, dans des cendres, on suppose que vers la fin de la période géométrique on avait étalé au sol les cendres accumulées des sacrifices avec les offrandes votives des fidèles qui s’y trouvaient mêlées. Et les cendres auraient recommencé à s’accumuler jusqu’à Pausanias et au-delà.
 
702b1 Musée archéologique d'Olympie
 
702b2 Musée archéologique d'Olympie
 
702b3 Musée archéologique d'Olympie
 
Ci-dessus, quelques exemples des objets votifs de l’autel de Zeus. Le bœuf vert est vraiment amusant, tandis que le second est très réaliste. Quant à l’attelage de bœufs au joug, il est intéressant parce qu’il nous montre comment étaient les jougs à cette époque, vers le septième siècle avant Jésus-Christ.
 
702b4 Musée archéologique d'Olympie
 
702b5 Musée archéologique d'Olympie
 
702b6 Musée archéologique d'Olympie
 
702b7 Musée archéologique d'Olympie
 
Après les animaux, des personnages. Le premier, qui pour moi évoque un ouvrier d’usine, en casquette, des années trente du vingtième siècle, serait une représentation de Zeus datant de la première moitié du neuvième siècle avant Jésus-Christ. Le second est un guerrier, sorti d’un atelier d’Élide (donc local) au septième siècle avant Jésus-Christ. De la même région mais un peu plus récente, sixième siècle, la troisième figurine représente un Silène largement ithyphallique. Quant aux sept femmes nues de la dernière photo, dont le groupe a été réalisé au huitième siècle, elles dansent une ronde dont il est difficile de dire si elle est rituelle, mais qui de toute façon est originale.
 
702c1 Musée archéologique d'Olympie
 
702c2 Musée archéologique d'Olympie
 
Deux exemples de figurines en terre cuite, à présent. Ces terres cuites, très nombreuses, remontent au dixième siècle pour quelques unes, alors que la plupart sont des neuvième et huitième siècles. Quoique la poitrine de la première figurine ne soit pas plus généreuse que son nombril, ce qui n’est pas bien gros, et que je doive reconnaître que son visage n’est pas particulièrement séduisant, ma galanterie dût-elle souffrir de ce jugement, il s’agit bien d’une femme, son anatomie ne laisse aucun doute à ce sujet. Avec son diadème sur son front bas, c’est même une divinité de la fertilité. Certains pensent devoir reconnaître en elle Héra et, et s’ils ont raison, je comprends un peu Zeus de déserter la couche conjugale… Quant à la seconde figurine, un cheval monté par un cavalier nu, il a été retrouvé avec d’autres chevaux et des chars ou des fragments de chars, roues, timons. Sans doute est-ce l’offrande votive d’un cocher ayant pris part aux compétitions.
 
702d1 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
702d2 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
702d3 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
On a retrouvé aussi des multitudes de chaudrons ou, lorsque le chaudron avait été dévoré par l’oxydation, les éléments décoratifs qui y avaient été fixés et qui en constituaient des poignées, des anses, des supports ou tout simplement des ornements. Ces petites pièces de bronze sont souvent extrêmement fines et expressives. Ci-dessus, l’étiquette explicative voit deux lions. Dans le second, sans crinière et ocellé, je verrais plutôt une panthère. Tous deux datent de la seconde moitié du sixième siècle avant Jésus-Christ. Quant à la tête de griffon, un peu plus ancienne, elle est du début de la seconde moitié du septième siècle.
 
702d4 Musée d'Olympie, anse de cuvette
 
702d5 Musée d'Olympie, support d'ustensile
 
Ces deux lions attaquant un cerf étaient clairement une poignée de cuvette. Ces cuvettes étaient souvent destinées à l’usage de lave-pieds à moins que ce ne soient des cuvettes à usage religieux dans le cadre de cérémonies rituelles. Cette poignée doit provenir d’un atelier de l’Attique et date des alentours de 480 avant Jésus-Christ. Le sphinx de la seconde photo, originaire de Laconie et datant de la seconde moitié du sixième siècle, servait de support à un ustensile. Sa finesse, sa beauté, son fini sont remarquables.
 
702e1 Musée d'Olympie, poignée d'ustensile
 
702e2 Musée d'Olympie, cheval début 7e siècle avt JC
 
702e3 Musée d'Olympie, cheval début 5e siècle avt JC
 
702e4 Musée d'Olympie, mors antiques
 
Quelques chevaux. Le cheval est l’un des animaux favoris des artistes sur bronze. En figurines votives, parmi les animaux, il partage cette faveur avec le bœuf, mais on trouve en outre nombre de représentations de chevaux en relation directe avec les compétitions de chars. D’autres enfin, comme celui de la première de ces photos, décoraient des ustensiles de bronze. Le cheval de ma seconde photo est très grand. Les montants de sa vitrine, tout son environnement, cassent un peu l’effet, de sorte que j’ai décidé de le "découper" et de le mettre sur un fond uni, quoique cela empêche de voir l’échelle. Les spécialistes qui l’ont eu en main y voient l’œuvre d’un débutant ou d’un artisan maladroit, qui s’y serait repris en plusieurs fois. Par ailleurs, moulé en deux parties, il y a paraît-il des défauts dans la jonction des deux moitiés, évidemment invisibles pour qui, comme le visiteur du musée, ne le voit que de flanc. Mais on peut bien le critiquer, il me plaît beaucoup, il a fière allure avec son toupet sur la tête. Il provient d’un atelier argien et a été réalisé en bronze massif au début du septième siècle avant Jésus-Christ, à une époque où les figures en métal creux ont peu à peu remplacé le massif. Bronze massif également pour le cheval de ma troisième photo, une œuvre remarquable, argienne elle aussi, mais du début du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il était attelé et constituait une petite figurine votive. Et puisque je regroupais des chevaux d’usages et d’époques divers, j’ai pensé que c’était le moment de montrer cette collection de mors. On est frappé par leur similitude avec des mors utilisés aujourd’hui, l’articulation centrale, les pièces latérales qui l’empêchent de glisser sur le côté, les attaches des rênes.
 
702f1 Musée d'Olympie, bronze assyrien 8e siècle avt JC
 
702f2 Musée d'Olympie, Oreste tue Clytemnestre, vers 580 a
 
702f3 Musée d'Olympie, Thésée enlève Antiopè, vers 580
 
Avant de quitter le bronze, voici des exemples de feuilles de bronze travaillées au marteau. La première est un travail assyrien du huitième siècle avant Jésus-Christ. Elle représente en bas une procession de trois taureaux escortés chacun de deux hommes et, en haut, on y voit un taureau face à un arbuste et qui devait faire face à un lion. Des trous dans le bronze laissent penser que cette décoration était clouée pour décorer un objet en bois, coffre ou armoire.
 
Les deux autres photos sont deux détails d’une même feuille de bronze martelée provenant d’un atelier des Cyclades et datant des environs de 580 avant Jésus-Christ, où les trous ont sans doute la même fonction que pour la feuille de bronze assyrienne. Le premier détail montre Oreste tuant Clytemnestre. On se rappelle qu’Agamemnon avait sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à la traversée de sa flotte vers Troie, que pendant les dix ans qu’avait duré la guerre sa femme Clytemnestre avait ruminé sa vengeance contre le meurtre de son enfant et avait pris Égisthe pour amant, que ce dernier se prenait pour le roi et gouvernait Mycènes à la place d’Agamemnon. Électre, fille aînée d’Agamemnon et Clytemnestre, avait été donnée en mariage à un paysan pour se débarrasser d’elle. De retour de Troie, Agamemnon est accueilli chaleureusement et tendrement par Clytemnestre qui lui a préparé un bain chaud pour le délasser des fatigues du voyage, mais à peine Agamemnon est-il entré dans la baignoire que tombe sur lui un filet qui avait été accroché au plafond et, empêtré, il ne peut se défendre contre l’épée qu’Égisthe lui plonge dans le corps. Électre, ayant compris ce qui allait se passer et craignant que son petit frère Oreste en tant qu’héritier légitime du trône ne subisse le même sort que son père, l’avait enlevé et confié à un oncle, frère d’Agamemnon, du côté de Delphes. Et les années ont passé, Oreste a grandi près de son oncle et de son cousin Pylade. Devenu adulte il consulte l’oracle d’Apollon à Delphes, qui lui dit qu’il devra venger son père en tuant Clytemnestre. Il retourne donc incognito à Mycènes accompagné de son fidèle ami Pylade. Il y a dans la tragédie Électre d’Euripide une scène magnifique, que j’adore, où il est reconnu par sa sœur après un temps. Sur cette feuille de bronze, nous voyons Oreste, suivi de Pylade, qui retient sa mère Clytemnestre en la saisissant au cou de sa main gauche et qui, de la droite, lui enfonce son glaive à travers le corps. Pendant ce temps, sur la droite, on voit un homme qui fuit vers un escalier. C’est Égisthe qui comprend que lui-même va subir le châtiment. Mais il n’y échappera pas.
 
Le deuxième détail (troisième photo) fait allusion à une tout autre légende. Héraklès, au titre de l’un des douze travaux qui lui furent assignés par Eurysthée, devait rapporter la ceinture de la reine des Amazones, Hippolytè. Thésée, le roi d’Athènes dont j’ai raconté l’histoire avec le Minotaure dans mon article du 14 mars dernier, accompagnait Héraklès. Héraklès tue Hippolytè, lui prend sa ceinture, et tout en combattant contre le peuple des Amazones qui les poursuit, Thésée et lui s’en retournent. Mais au passage, il prend à Thésée la lubie d’enlever l’une des Amazones, Antiopè (à ne pas confondre avec cette très belle Antiope aimée de Zeus, retenue prisonnière et traitée en esclave par Dircè que ses fils, demi-dieux fils de Zeus, châtieront en l’attachant à un taureau furieux qui la traînera déchiquetée sur les rochers). C’est cette scène qui est représentée ici, par un bras et par une cuisse Thésée se saisit d’Antiopè. Sur la droite, on voit d’autres Amazones qui arrivent au secours de leur congénère. Elles poursuivront le héros jusqu’à Athènes et là aura lieu le célèbre combat des Amazones contre les Athéniens, les Athéniens tenant l’Acropole et les Amazones campant sur la colline qui prit dès lors le nom d’Aréopage, en l’honneur du dieu Arès, ancêtre des Amazones. Combat qui se soldera par la victoire des Athéniens.
 
702g1a Musée d'Olympie, temple de Zeus, un devin
 
Venons-en à la sculpture. Du temple de Zeus, au milieu des décombres, de très grands morceaux des frontons ont été retrouvés, permettant de reconstituer les scènes représentées, relativement peu amputées. D’un côté, à l’est, c’est la légende fondatrice du sanctuaire, la course de char entre Pélops et Œnomaos. Ce roi de Pisa, en Arcadie mais juste à la frontière de l’Élide et à quelques kilomètres à l’est d’Olympie, avait une fille très belle nommée Hippodamie et qui aurait fait le bonheur de son mari, mais qu’il ne voulait marier à aucun prix parce que, selon un oracle, il serait tué par son gendre. Il imagina de proclamer que tout prétendant devrait se mesurer à lui à la course de char. Si le prétendant gagnait, il épouserait Hippodamie. S’il perdait, Œnomaos le tuerait. Or d’une part Œnomaos avait des juments divines qui lui avaient été données par son père, le dieu Arès, et d’autre part le prétendant devait emmener Hippodamie sur son char, stratagème destiné à alourdir l’attelage et à distraire le prétendant. Treize fois vainqueur, Œnomaos coupait alors la tête du prétendant et la clouait sur sa porte dans le but de décourager d’autres amateurs, quand se présenta Pélops (ce Pélops que j’ai déjà évoqué dans mon article sur Corinthe, quand Laïos, le père d’Œdipe, s’était réfugié chez lui), et dont, en le voyant, Hippodamie tomba éperdument amoureuse. Comme Myrtilos, le cocher de son père, était lui-même amoureux d’elle, il ne fut pas difficile à Hippodamie de le convaincre de remplacer les chevilles fixant les roues du char d’Œnomaos par des chevilles de cire. Lors de la course, la cire s’échauffa, fondit, les roues se détachèrent, Œnomaos tomba, s’emmêla dans les rênes et fut traîné par ses chevaux. Il ne survécut pas à cet accident et Pélops épousa Hippodamie. On donna son nom au Péloponnèse (nêsos signifie île, cf. la Polynésie, multitude d’îles, ou le Dodécanèse, archipel de douze îles. Le Péloponnèse est l’île de Pélops, en fait presqu’île rattachée au continent par l’étroit isthme de Corinthe, à peine un peu plus de six kilomètres). Et Pélops, en l’honneur de feu son beau-père, institua les jeux sportifs à Olympie, tandis qu’Hippodamie créait les Héraia, course à pied des femmes. L’image que j’ai choisie ci-dessus représente un devin.
 
702g1b Musée d'Olympie, temple de Zeus, une Lapithe
 
Le fronton ouest représente la lutte des Centaures et des Lapithes. Les Lapithes sont un peuple historique de Thessalie, mais on en trouve qui se sont installés dans diverses régions de Grèce. Ceux de la légende ont pour roi Pirithoos. Or, lorsque celui-ci épousa une Hippodamie (qui, malgré l’homonymie, n’a rien à voir avec la femme de Pélops, dont je viens de parler), il invita au repas de noces son ami Thésée, et aussi les Centaures, parce qu’ils étaient apparentés à Hippodamie. Vivant retirés dans la montagne, les Centaures n’étaient pas accoutumés à boire du vin, aussi s’échauffèrent-ils vite dans les vapeurs de l’alcool, l’un d’entre eux se jeta sur Hippodamie et tenta de la violer, tandis que les autres Centaures essayèrent d’emporter les autres femmes présentes. D’où un très violent combat des Centaures et des Lapithes, sujet de la frise de ce fronton. Pirithoos, son peuple de Lapithes, son ami Thésée, vainquirent les Centaures, dont beaucoup périrent dans cette lutte. Les Centaures étaient considérés par les Grecs comme des brutes barbares, alors qu’eux-mêmes incarnaient la Civilisation, avec un C majuscule. Or lors de la construction de ce temple, le souvenir de l’invasion des Perses, de leur investissement d’Athènes et de son Acropole après leur traversée de la Thessalie des Lapithes, était encore dans toutes les mémoires, comme un grand traumatisme. Il est donc clair que ce sujet, montrant la lutte entre des Centaures, monstres mi-animaux, sans foi ni loi, brutaux et non dégrossis, et des Lapithes grecs, sachant mesurer leur consommation de vin et se comporter en personnes civilisées, la victoire finale revenant aux hommes pleinement hommes, rappelait l’agression sauvage des Perses et la victoire finale des Grecs. Sur ma photo, on voit une femme Lapithe aux prises avec un Centaure qui veut l’enlever.
 
702g2 Musée d'Olympie, femme, 590-580 avt JC
 
Cette œuvre pose bien des questions, tout en étant un très rare exemple de cette technique de feuille de bronze martelée, recouvrant un support en bois, et avec des yeux ajoutés en os. Parmi les questions, on ignore si cette femme ailée dont on ne possède qu’un haut de buste n’était en fait qu’un buste, ou si c’était une statue entière. Par ailleurs, on ne sait si c’est une Artémis, ou bien, en raison de ses ailes, une Nikè (Victoire), ou encore un Sphinx. Et enfin on a pu la dater entre 590 et 580 avant Jésus-Christ, on y voit l’œuvre d’un Ionien, mais l’atelier était-il dans une île Ionienne ou en Laconie, voilà un sujet de doute supplémentaire. Quoi qu’il en soit, je suis étonné de la beauté de cette sculpture et de la force de son regard.
 
702g3a Musée d'Olympie, Zeus enlève Ganymède
 
702g3b Musée d'Olympie, Zeus enlève Ganymède
 
Zeus enlevant Ganymède. Oui, c’est ici à Olympie que se trouve cette très célèbre statue corinthienne de terre cuite du début du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il semblerait qu’elle ait constitué l’acrotère central sur une toiture. Ganymède était un jeune garçon troyen tout juste entré dans l’adolescence. Et comme il était "le plus beau des mortels", l’œil aiguisé de Zeus n’a pas manqué de tomber sur lui. Le roi des dieux s’en éprit alors que Ganymède gardait les troupeaux de son père, quelque part dans la montagne aux alentours de Troie. Pour satisfaire son amour, Zeus enleva Ganymède. Parfois, comme dans cette représentation, Zeus reste anthropomorphe, mais d’autres fois il est représenté sous la forme d’un aigle enlevant dans ses serres le jeune garçon. Après tout, Zeus s’était bien fait cygne pour séduire Léda ou taureau pour enlever Europe, alors pourquoi pas aigle, d’autant plus que cet oiseau était son symbole. Sur l’Olympe, Ganymède est devenu l’échanson des dieux, tandis que Zeus compensait le rapt de l’enfant en faisant don de chevaux divins au père de Ganymède. Bah, après tout, des chevaux contre un fils, sans doute faut-il considérer le marché comme équitable. Mais toi, Raphaël, mon fils, sois bien convaincu que pour moi tu vaux beaucoup plus que des chevaux…
 
702g4 Musée d'Olympie, tête d'Athéna, début 5e siècle
 
Cette tête d’Athéna en céramique est de la même époque que Zeus enlevant Ganymède, moins célèbre peut-être mais tout aussi belle, avec son diadème décoré de fleurs de lotus, ses cheveux bouclés et son visage qui a quelque chose de ces visages orientaux venus d’Asie. Elle constituait probablement, elle aussi, l’acrotère central d’un bâtiment, Athéna combattant dans la gigantomachie, et elle aussi est née dans un atelier corinthien.
 
702g5a Musée d'Olympie, Hermès de Praxitèle
 
702g5b Musée d'Olympie, Hermès de Praxitèle
 
Ici, nous atteignons un sommet de la célébrité, avec cet Hermès de Praxitèle (340-330 avant Jésus-Christ). En contemplant ce chef-d’œuvre, on comprend que beaucoup considèrent Praxitèle comme le plus grand sculpteur de l’Antiquité et l’un des plus grands de tous les temps. Zeus avait chargé Hermès, messager des dieux, de transporter le petit Dionysos chez les Nymphes, qui devaient se charger de l’élever. En chemin, Hermès jette sa cape sur un tronc d’arbre et se repose un moment, s’appuyant sur ce tronc, Dionysos sur son bras. On a supposé que dans sa main droite, bras tendu, il tenait une grappe de raisin, futur attribut du dieu enfant qu’il porte. Cette sculpture découverte en 1877 dans le temple d’Héra est d’un poli admirable. Dans le visage d’Hermès, on voit toute la sérénité des dieux de l’Olympe, et la plastique de son corps est parfaite. C’est en ces termes qu’autrefois, dans une autre vie, du temps où j’étais professeur et enseignais la langue et la civilisation grecques, je parlais de l’Hermès de Praxitèle. Or, que vois-je ici ? C’est presque mot pour mot que l’affiche reprend ce que j’en disais en ce temps-là. Non, non, je ne recopie pas l’affiche, c’est elle qui me copie. À moins qu’elle n’ait été rédigée par un ancien élève à moi qui s’est souvenu… Qui sait…
 
702g6a Musée d'Olympie, taureau votif
 
702g6b Musée d'Olympie, don de la femme d'Hérode Atticus
 
Je transcris en caractères latins l’inscription gravée sur le flanc de ce taureau et que j’ai reproduite en caractères grecs sous la deuxième photo pour aider à déchiffrer ce qui, en petit et avec les ombres, n’est peut-être pas très lisible : "RÊGILLA IEREIA DÊMÊTROS TO HYDÔR KAI TA PERI TO HYDÔR TÔ DII", soit "Regilla, prêtresse de Déméter, [offre] à Zeus l’eau et ce qui va avec l’eau". Allez, je fais une interro pour les lecteurs de mon blog, pour savoir qui est attentif. Qui est cette Regilla ? Aide numéro 1, j’en parlais dans mon précédent article, sur le site d’Olympie. Aide numéro 2, c’était au sujet du Nymphée. Réponse, c’est la femme du sophiste Hérode Atticus qui a offert le Nymphée au sanctuaire d’Olympie. On constate donc qu’elle a été prêtresse de Déméter. Nous avons vu, sur le flanc gauche du stade, l’autel de Déméter Chamynè. Les femmes étaient interdites d’accès sous peine de mort, à l’exception de la prêtresse de Déméter Chamynè. En 153 de notre ère, Hérode Atticus fit à Olympie des discours qui furent accueillis avec tellement d’enthousiasme que sa femme fut faite prêtresse de la déesse. Lorsque Regilla obtint cet honneur son mari fut si heureux qu’il offrit alors au sanctuaire le nymphée ainsi que l’aqueduc pour l’alimenter avec l’eau de l’Alphée, l’une des deux rivières qui confluent non loin.
 
702h1 Musée d'Olympie, casques
 
702h2 Musée d'Olympie, casques corinthiens
 
702h3 Musée d'Olympie, casques illyriens
 
Laissant les œuvres d’art, j’en viens à la guerre, qui est centrale dans la vie du monde grec. Dans une grande vitrine que mon objectif ne peut prendre en entier il y a une multitude de casques. Ceux de ma seconde photo sont des casques corinthiens, tous deux datés seconde moitié du septième siècle avant Jésus-Christ ou début sixième siècle. Ce nom de corinthien vient de ce que c’est un atelier de Corinthe qui, le premier, a réalisé ce type de casque, mais ensuite le type s’est diffusé dans toute la Grèce, un peu partout des ateliers fabriquant des casques enveloppants comme ceux que je présente, et chacun apportant des améliorations destinées à mieux protéger mais aussi, et surtout, à assurer une meilleure stabilité sur la tête et un meilleur confort. C’est devenu le modèle de casque le plus répandu à l’époque archaïque et au début de l’époque classique. Sur la troisième photo, on voit des casques illyriens, qui permettent de saisir nettement la différence de type. Le nez n’est pas protégé et le casque est beaucoup moins enveloppant. Celui de gauche, du huitième siècle ou peut-être du tout début du septième, est plus ancien que celui de droite, fin septième ou début sixième siècle, soit contemporain des casques corinthiens que je présente. Il est plus refermé vers le bas que son voisin, et deux trous témoignent qu’une cordelette ou une chaînette le maintenait resserré sur le menton.
 
702h4 Musée d'Olympie, protection épaule et bras droit
 
Il existait des protections pour chaque partie du corps, avant-bras et bras, cuisse et jambe, ventre et bas-ventre, et cuirasse pour la poitrine, sans parler bien sûr du bouclier que l’on peut déplacer vers la partie du corps la plus exposée au projectile lancé ou à l’arme brandie. Ces éléments de protection étaient souvent décorés avec goût et inventivité, les surfaces pouvaient être gravées (plaque ventrale, par exemple) ou martelées pour s’adapter à la forme anatomique tout en étant décoratives, comme sur la photo ci-dessus, une pièce destinée au bras droit du guerrier, de l’épaule au coude. Suivant l’arrondi anatomique de l’épaule, l’artisan à martelé une tête de Gorgone. On voit aussi que, pour éviter que les bords ne soient coupants pour la peau, tout le tour des ouvertures haute (épaule) et basse (saignée) est légèrement roulé vers l’extérieur.
 
702h5a Musée d'Olympie, casque de Miltiade
 
702h5b Musée d'Olympie, casque de Miltiade
 
Si je reviens sur la photo du haut à la présentation d’un casque, écrasé de surplus, ce n’est pas que mon article soit en désordre, mais parce qu’après avoir présenté les protections en général, celle-ci porte une inscription (seconde photo) qui en fait un objet particulier. J’ai fait ce que j’ai pu pour montrer cette inscription, mais je dois reconnaître que le résultat n’est guère fameux. Ce que l’on devrait pouvoir lire c’est ΜΙΛΤΙΑΔΕΣ, Miltiade. Et, de l’autre côté de l’oreille, l’inscription continue ΑΝΕΘΕΚΕΝ ΤΟΙ ΔΙ, a offert à Zeus. Visitant le musée cycladique, le 24 mars dernier, devant un tesson sur lequel était inscrit, pour le bannir d’Athènes, le nom de Cimon fils de Miltiade, j’ai évoqué la carrière de Miltiade administrateur de Chersonèse, combattant les Scythes aux côtés du Perse Darius, puis se tournant contre les Perses, obligé de fuir avec sa femme d’origine thrace et de se réfugier à Athènes , où naît son fils Cimon. Je n’en avais pas dit davantage ce jour-là parce que tel n’était pas mon sujet. Militant au parti oligarchique, Miltiade est nommé stratège. Parce que des cités grecques avaient apporté aide et soutien à des révoltes de citoyens perses, Darius décide de donner une correction à ces vilains Grecs et, après plusieurs années de campagnes contre nombre de cités et d’îles de la Mer Égée, il s’embarque en direction d’Athènes. Nous sommes en 490 avant Jésus-Christ. Sur la côte, à une quarantaine de kilomètres nord-est de l’Acropole, arrivant avec 600 trières, Darius débarque son infanterie et sa cavalerie, une immense armée. Miltiade l’attend avec seulement neuf mille athéniens et un renfort de mille hommes de Platées. Les Perses sont écrasés, ils subissent de lourdes pertes (six mille quatre cents morts et un nombre inconnu de disparus dans les marais, contre cent quatre-vingt douze Athéniens et onze Platéens), ils se replient vers leurs bateaux et se rembarquent. Un soldat part en courant de toutes ses forces vers Athènes pour annoncer la grande victoire, et à l’arrivée, épuisé, il s’effondre mort. Pendant ce temps, les Perses filent plein sud pour doubler le cap Sounion avec l’intention de remonter vers le nord la côte ouest de l’Attique et de débarquer à Phalère, un peu au sud du Pirée, pour prendre Athènes qu’ils savent sans défense, toutes ses troupes étant concentrées à Marathon. C’est une navigation de dix heures environ. Quoiqu’épuisés par la bataille de Marathon, les soldats athéniens, à marche forcée, parcourent la distance de Marathon à Phalère, soit une cinquantaine de kilomètres, en un peu plus de huit heures et y attendent l’armée perse. Quand, arrivant, les Perses voient ce comité d’accueil, ils repartent sans livrer bataille. C’est une grande victoire pour les Grecs et la fin de la Première Guerre Médique. Miltiade, le stratège qui a commandé à Marathon, se rend alors à Olympie et consacre son casque à Zeus, dans son temple. Il est émouvant de savoir que ce casque que je vois là, dans cette vitrine, a été porté par ce grand général lors de la si célèbre bataille de Marathon, et qu’il est venu ici même, dans cette ville où nous sommes, dans ce temple où j’étais tout à l’heure, pour l’offrir en hommage au dieu d’Olympie.
 
702i Musée d'Olympie, outils
 
Et pour terminer cet article, trois photos que je ne peux classer, ni rattacher à aucun sujet. Ci-dessus, des outils qui ont été trouvés à Olympie. À gauche, cet outil pointu et recourbé était destiné à être emmanché. À côté, une roue et des tenailles. À droite, deux lames recourbées en faucille (il y a aussi un marteau, mais que je ne montrerai pas pour garder la neutralité politique…), et un coutelas.
 
702j Musée d'Olympie, moule de l'atelier de Phidias
 
Dans le précédent article sur le site archéologique, j’ai montré l’atelier de Phidias, et je disais que l’on y avait trouvé des accessoires dont il s’était servi. Ci-dessus, on voit un moule de terre dans lequel il a coulé du verre, et ici une partie du verre moulé est même en place. Ces formes de verre étaient ensuite plaquées sur des statues pour en figurer des ornements.
 
702k Musée d'Olympie, morceau d'oenochoé
 
C’est avec ce tesson de poterie que je vais conclure cet article. Ce fragment d’oinochoé (vase à verser le vin) date de la seconde moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ, ce qui n’a rien d’exceptionnel, mais si j’ai choisi de le montrer en guise de conclusion c’est parce que je trouve amusant le dessin qui a été gravé dessus comme un graffito…
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 23:03
Il y a tant à voir à Olympie et tant à dire, que je ne peux tout placer en un seul article. D’ailleurs, tout fermant à quinze heures, nous avons dû aller trois jours sur le site et au musée archéologique. Et, cadeau, le dernier jour la fermeture a eu lieu à dix-sept heures. Tant pis, pas de déjeuner, nous avons profité jusqu’à la fin. Sur ces trois jours du mercredi 20 au vendredi 22 avril, je vais scinder mes commentaires en trois articles. Le premier, celui-ci, traite du site, le second parlera du musée archéologique, le troisième se référera aux Jeux Olympiques tels qu’ils se déroulaient dans l’Antiquité ainsi qu’à leur rétablissement moderne, et concernera également quelques autres sujets. Commençons donc notre visite du site.
 
701a Olympie préhistorique
 
Ce lieu était habité aux temps préhistoriques. En 1908 ont été mises au jour plusieurs habitations à abside datées entre 2150 et 2000 avant Jésus-Christ. Dans cette maison que l’on voit sur ma photo, ont été retrouvés beaucoup d’objets, dont des vases provenant d’une civilisation dont la culture s’est développée sur la côte dalmate, montrant ainsi qu’il y avait des relations culturelles et commerciales entre ces deux lieux assez éloignés.
 
701b Olympie, thermes de Kronion
 
Nous sommes dans les thermes de Kronion (le Kronion est le mont qui sépare les deux rivières, Alphée et Kladéos, jusqu’à leur confluent, et c’est à ses pieds que s’étend le sanctuaire d’Olympie). Créés au deuxième siècle avant Jésus-Christ, ils n’ont pas gardé grand-chose de l’époque hellénistique, sans cesse agrandis, modifiés, décorés. À la fin du troisième siècle de notre ère, un fort tremblement de terre a presque tout détruit, et, réparés ou rebâtis, ils ont retrouvé leurs fonctions, jusqu’à ce qu’au cinquième siècle les derniers aménagements qu’ils aient subi en fassent un centre agricole.
 
701c1 Olympie, le Prytanée
 
701c2 Olympie, le Prytanée
 
Le prytanée, qui date du cinquième siècle avant Jésus-Christ, était la résidence, comme son nom l’indique, des prytaneis, c’est-à-dire des plus hauts dignitaires du sanctuaire, qui étaient chargés de veiller à l’exécution des sacrifices sur les autels, qui hébergeaient le foyer de la déesse Hestia où ils entretenaient le feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre, qui accueillaient les hôtes de marque venus pour assister aux Jeux Olympiques.
 
701d1 Olympie, la palestre
 
701d2 Olympie, la palestre
 
701d3 Olympie, la palestre
 
Ce grand espace de 66,35 mètres sur 66,75 que nous avons la chance de visiter pendant le court moment où les arbres y sont en fleurs, est la palestre, du troisième siècle avant Jésus-Christ. La disposition des colonnes sur la seconde photo permet de comprendre qu’autour d’une vaste cour, lieu d’entraînement pour la lutte, le pancrace, le saut, des bâtiments couverts formaient comme un cloître avec des salles séparées pour les diverses activités accessoires de préparation, vestiaires, salles où l’on s’enduisait d’huile ou, au contraire, où l’on s’enduisait de poudre ou de cendre pour assurer la prise, salles de bains pour après l’exercice, etc.
 
701e Olympie, le gymnase
 
Près de la palestre, le gymnase, 120 mètres sur 220, avec ses colonnades doriques tout autour. Là, on s’entraînait aux disciplines qui requéraient plus d’espace, la course à pied, le lancer du javelot et du disque. Sa construction est un peu plus tardive, deuxième siècle avant Jésus-Christ. Le site d’Olympie est si immense qu’il reste à fouiller la partie nord de ce gymnase.
 
701f1 Olympie, le Philippeion
 
701f2 Olympie, le Philippeion
 
Le Philippéion doit son nom à celui de Philippe II de Macédoine qui l’a fait construire après la bataille de Chéronée en 338 avant Jésus-Christ. Son fils, Alexandre le Grand, a fait achever la construction, et il y a fait placer les bustes de ses ancêtres. C’est, comme on le voit, une sorte de temple monoptère entouré de colonnes ioniques.
 
701g Olympie, le temple d'Héra
 
Nous voici dans un lieu sacré, le temple d’Héra. C’est le temple le plus ancien du sanctuaire, édifié au septième siècle avant Jésus-Christ et qui est aujourd’hui l’un des rares exemples d’architecture dorique archaïque. Il comportait six colonnes sur les petits côtés de 18,75 mètres et seize sur les cinquante mètres des grands côtés, avec une hauteur de 7,80 mètres. À l’origine, les colonnes étaient en bois, mais peu à peu elles ont été remplacées par les colonnes de pierre que nous voyons ici. Dans la cella, était précieusement conservé le disque légendaire de la trêve sacrée, et plus tard les Romains y ont transféré le célèbre Hermès œuvre du grand sculpteur Praxitèle, dont je parlerai dans l’article réservé au musée.
 
701h1 Olympie, reconstitution du nymphée
 
701h2 Olympie, nymphée
 
701h3 Olympie, nymphée
 
Le nymphée est une énorme fontaine aqueduc offerte au sanctuaire au deuxième siècle après Jésus-Christ par Hérode Atticus et sa femme Regilla. Nous avons déjà rencontré ce sophiste richissime qui a construit au pied de l’Acropole d’Athènes un odéon (mon article du 9 mars), et qui a rénové le stade de Delphes avec des gradins en pierre (mon article du 13 mars). Quant à sa femme, j’en dirai deux mots au musée, quand nous verrons une grande sculpture qu’elle avait fait placer dans le bâtiment de ce nymphée. Dans les niches du mur de fond que l’on voit sur le dessin de reconstitution, il y avait de nombreuses statues. Comme, selon le proverbe, "charité bien ordonnée commence par soi-même", il y avait une statue d’Hérode Atticus, et puis parce que cela peut être utile, il y avait aussi les empereurs successifs qu’il a connus, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc-Aurèle, et pour compléter il y avait des membres de leurs familles à tous.
 
701i1 Olympie, entrée du stade
 
701i2 Le stade d'Olympie
 
701i3 Le stade d'Olympie
 
Évidemment, le lieu le plus célèbre d’Olympie, c’est son stade. La ville est devenue sainte et lieu de pèlerinage grâce à ses Jeux qui imposaient la trêve sacrée et ont permis, sur une durée aussi longue, le maintien de l’unité de peuples disséminés aux quatre coins du monde connu, de Marseille à la Crimée, de l’Afrique à l’Asie, dont la langue était divisée en de multiples dialectes présentant entre eux des différences non négligeables, et cela même après la conquête d’Alexandre, même après la conquête romaine, alors que l’on aurait pu craindre que les Grecs ne se dissolvent dans ce vaste Empire Romain unificateur. C’est à l’époque classique que le stade a été établi à cet emplacement, tandis que l’entrée monumentale, avec son arche et ce couloir, date de la fin de l’époque hellénistique. Sur la deuxième photo et même sur la troisième, on voit clairement la ligne de départ matérialisée par une rangée de pierres dans le sol. À partir de cette ligne et jusqu’à la ligne d’arrivée, la distance est de 192,27 mètres sur une largeur de 28,50 mètres. Il n’y a jamais eu de sièges pour les quarante cinq mille spectateurs qui pouvaient être admis. On distingue à droite et à gauche de la piste quelque chose dont il vaut la peine de s’approcher.
 
701j1 Olympie, autel de Déméter Hamyne sur le stade
 
701j2 Olympie, tribune des juges du stade
 
L’entrée se faisant du côté de la ligne de départ, à l’ouest, ma première photo montre sur le flanc nord du stade l’autel de Déméter Hamyne. En face, sur le flanc sud, c’est la tribune des juges, les hellanodices (hellanodikai), qui fait l’objet de ma seconde photo.
 
701k Olympie, trésor des cités
 
Les cités-états de Grèce, mais surtout leurs colonies de Grande Grèce (c’est-à-dire d’Italie du sud et de Sicile) avaient édifié ici aux sixième et cinquième siècles avant Jésus-Christ des bâtiments en forme de petits temples, les trésors, destinés à recevoir leurs offrandes. Parmi ces ruines, on en a dénombré douze, mais il est souvent très difficile de savoir à quelle cité ils ont appartenu. Seuls cinq de ces trésors ont été à coup sûr attribués à une ville particulière (j’ignore quels ont été les critères d’identification, inscription, représentation du dieu protecteur, description par un voyageur tel que Pausanias, etc.), et ce sont ceux de Sicyone, Sélinonte, Métaponte, Mégare et Gela.
 
701L Olympie, tambours de colonnes, portique de l'Echo
 
Avant d’arriver à l’entrée du stade, on est passé devant ces innombrables tambours de colonnes sagement alignés sur le sol. C’est tout ce qui reste d’un portique long, long, nommé le Portique de l’Écho parce qu’il était célèbre pour répercuter sept fois les sons. C’est ainsi que, parfois, il est surnommé le Portique des Sept Voix.
 
701m Olympie, Metroon
 
Ce temple dorique de six colonnes (10,62 mètres) sur onze (20,27 mètres) est le Metrôon, le temple de la Mère des dieux, construit à la toute fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou au tout début du troisième. Cette Mère des dieux, c’est Rhéa, fille d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia (la Terre), et mère des trois grands dieux Hadès, Poséidon et Zeus, mais aussi des grandes déesses Hestia, Déméter et Héra. Les Romains l’assimileront à Cybèle, mais en fait ils convertiront ce temple en temple de leurs empereurs.
 
701n1 Olympie, temple de Zeus
 
701n2 Olympie, temple de Zeus
 
701n3 Olympie, temple de Zeus
 
Le plus grand monument de ce sanctuaire est le temple de Zeus, construit au cinquième siècle avant Jésus-Christ (470-457). Avec six colonnes doriques sur treize, il mesurait 64,12 mètres de long sur 27,68 de large, et s’élevait à la hauteur colossale de 20,25 mètres. Il était considéré comme le modèle des temples doriques. Et dans la cella de ce temple avait été placée une gigantesque statue chryséléphantine de Zeus (or et ivoire, chrysos signifiant l’or) haute de douze mètres, œuvre admirable du grand Phidias, et qui était comptée au nombre des sept merveilles du monde, en compagnie de la pyramide de Khéops, des jardins suspendus de Babylone, du temple d’Artémis à Éphèse, du Mausolée d’Halicarnasse, du Colosse de Rhodes et du phare d’Alexandrie. L’empereur romain Claude (qui a suivi Caligula et a précédé Néron, ce qui constitue un fameux encadrement) a voulu faire transporter cette statue à Rome, où son projet était de faire remplacer la tête de Zeus par sa propre tête, et pour ce faire il a envoyé un navire à Pyrgos, la côte près d’Olympie, mais faisant voile vers la Grèce le navire a affronté un orage, la foudre l’a frappé et il a sombré. Cela a été considéré comme un avertissement du grand dieu, et Claude a renoncé à son projet. Mais, au quatrième siècle, c’est Constantin qui a pris la statue.
 
701n4 Olympie, temple de Zeus
 
701n5 Olympie, temple de Zeus
 
Puis, au sixième siècle, le temple a subi deux tremblements de terre violents, en 522 et en 551, auxquels il n’a pas résisté. C’est aujourd’hui un amas de ruines entassées sur le sol en désordre, les pierres sont restées là où elles se sont effondrées. Seule, une colonne a été remontée à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 par l’Institut Archéologique Allemand grâce au mécénat de deux institutions privées. Des sculptures de sa décoration, à savoir les deux frontons et des métopes, sont au musée archéologique, j’en parlerai dans mon prochain article.
 
701o1 Olympie, atelier de Phidias
 
701o2 Olympie, atelier de Phidias
 
701o3 Olympie, atelier de Phidias
 
701o4 Olympie, basilique paléochrétienne dans l'atelier d
 
Ce bâtiment, c’est celui où, dans le troisième quart du cinquième siècle avant Jésus-Christ, la statue chryséléphantine de Zeus a vu le jour. En effet, je suis ici dans l’atelier de Phidias. Bien que, un millénaire plus tard, au cinquième siècle de notre ère, cet atelier ait été converti en église paléochrétienne, comme en témoignent les éléments sculptés que l’on voit sur la dernière de ces photos, on y a cependant retrouvé des traces de son usage antique, moules de terre cuite, outils de sculpteur, qui sont exposés au musée.
 
701p1 Olympie, bâtiment SW
 
701p2 Olympie, bâtiment SW
 
701p3 Olympie, bâtiment SW
 
701p4 Olympie, bâtiment SW
 
Ce grand complexe de l’époque impériale (premier au troisième siècle après Jésus-Christ) est un lieu de rencontre des athlètes. Il comportait des salles d’entraînement et des salles de réunion, en plus d’une piscine extérieure. Son nom antique n’ayant pas été retrouvé, on l’appelle tout bêtement le Bâtiment du sud-ouest
 
701q1 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
701q2 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
701q3 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
Nous voici dans ce que l’on appelle le Léonidaion. Dans ce nom, il ne faut pas chercher une explication avec des lions ou je ne sais quelle autre étymologie, c’est tout simplement que son architecte, un nommé Léonides originaire de l’île de Naxos, a participé à son financement. Dans ce grand bâtiment de 75 mètres sur 81 construit en 330 avant Jésus-Christ, les officiels étaient reçus et hébergés. Autrement dit, c’est l’hôtel des personnalités. Un péristyle intérieur dorique délimitait une vaste cour, et entre ce péristyle et une colonnade extérieure ionique étaient construites les chambres où logeaient les officiels. Et quand les Romains sont arrivés, ils ont converti la cour intérieure en piscine à ciel ouvert.
 
701r1 Olympie, Bouleuterion
 
701r2 Olympie, Bouleuterion
 
701r3 Olympie, Bouleuterion
 
Encore un bâtiment important. C’est le bouleutérion (du sixième au quatrième siècles avant Jésus-Christ). Autrement dit le bâtiment du Conseil. Dans les autres cités, ce mot désigne une sorte de parlement politique, tandis qu’ici c’est le Conseil des Jeux Olympiques. Toutes les décisions y sont prises et, avant le début des jeux, lors d’une séance solennelle, juges et athlètes y prononcent le serment sacré parce que là se trouvent la statue et l’autel de Zeus Horkios (Zeus protecteur de l’inviolabilité des serments).
 
701s Olympie, autel de sacrifices
 
Entre le temple de Zeus et celui d’Héra se situe ce grand autel. D’après la description donnée par Pausanias, le grand autel de Zeus où, à l’occasion des jeux, avait lieu l’hécatombe (hékaton signifie cent et bous désigne le bœuf. L’hécatombe est le sacrifice de cent bœufs), n’avait rien à voir avec celui-ci, et pourtant on n’a retrouvé aucune trace de celui qui est décrit par Pausanias. En revanche, on a retrouvé là d’innombrables objets qui avaient été offerts au dieu et qui sont à présent au musée archéologique.
 
701t Olympie, autel d'Héra
 
Ici se trouvait l’autel d’Héra. J’ai déjà eu l’occasion de dire que les autels antiques étaient hors du temple –et ici nous sommes à quelques mètres du temple d’Héra–, et que pour représenter l’offrande du sacrifice de Jésus, sa mort qu’il offre pour le rachat des péchés du monde, le christianisme a repris l’autel du paganisme mais l’a transporté à l’intérieur du temple. C’est sur l’emplacement de cet autel que, depuis les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, l’on allume la flamme olympique qui, ensuite, sera portée solennellement jusqu’au pays organisateur.
 
Le site archéologique d’Olympie est très étendu. Partout, des ruines, des soubassements d’édifices, et en plusieurs endroits les fouilles continuent. J’ai donc choisi de montrer ce qui, à mes yeux, est le plus significatif, mais le visiteur qui en a le temps pourra voir beaucoup plus que cet aperçu. J’ai lu un article où il est dit que ce champ de ruines est peu parlant pour le non spécialiste. Je ne suis pas d’accord. Certes, il ne reste pas grand chose des constructions, mais le lieu est magique, on comprend, ou plutôt on sent –on peut sentir– que là des hommes et des femmes aient éprouvé un sentiment religieux intense, aient perçu la présence de Zeus, ou de la Mère des dieux, ou d’Héra, ou de Déméter. On conçoit que là, ils aient prêté le serment olympique et que les soldats aient respecté la trêve sacrée. Avec un peu d’imagination, je les vois, ces Grecs venus de tous les horizons. Et la vie est encore plus donnée à ces lieux par tous les objets qui y ont été trouvés et qui sont au musée archéologique. Mais cela, ce sera pour mon prochain article.
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 22:51
Comme je l’ai dit dans mon article du 16 avril, nous étions ce jour-là à Mantinée et Tripoli, soit le nord-est du Péloponnèse. Nous avions projeté de faire tout le tour de ce Péloponnèse, descendant par l’est jusqu’au sud, explorant les trois "doigts" que tend le Péloponnèse vers le sud, vers la Crète et l’Afrique, puis de remonter vers le nord par la côte ouest pour être à Olympie au jour dit pour y rencontrer des amis. Ha ha ha, je ris fort. Vu notre rythme de visites, c’est aussi réaliste que lorsque nous envisagions de tourner autour de toute l’Europe, de l’Italie et de la Grèce jusqu’au Cap Nord, et retour en France en un an. Or si je compte bien, depuis la mi-septembre 2009 jusqu’à ce jour, dix-neuf mois ont passé et nous en sommes à notre deuxième pays. Nous décidons donc de filer plein ouest vers Olympie, l’amitié est prioritaire, et nous reprendrons ensuite vers l’est pour suivre notre programme (géographique, non calendaire…).
 
700g1 fleuve Erymanthe
 
700g2 fleuve Erymanthe
 
Dimanche 17, nous sommes partis de Tripoli. Simiades, Levidi, Vlacherna, Vytina, Langadia, Stavrodromi, Livadaki, Olympie. Environ 130 kilomètres par la montagne. Bien sûr, nous traversons de somptueux paysages. Tout est beau en Grèce. C’est quand on voit un décor quelconque que l’on est surpris et qu’il convient de le signaler. Mais en route je relève quand même deux noms. Le premier, c’est lorsque nous franchissons le fleuve Érymanthe (ci-dessus), ce qui me rappelle le sanglier monstrueux et gigantesque qui ravageait le pays et qu’Héraklès a dû rapporter vivant à Eurysthée. D’abord, en hurlant, il l’a fait sortir de sa bauge. Puis, infatigable lui-même, il l’a poursuivi dans la neige épaisse de la montagne jusqu’à ce que le sanglier, épuisé, se laisse atteindre. Alors Héraklès l’a chargé sur ses épaules et l’a rapporté vivant à Eurysthée lequel, effrayé, a sauté dans une grande jarre pour s’y protéger. J’ai vu au Louvre, sur une poterie antique, cette représentation comique de la tête d’Eurysthée apeuré émergeant d’une jarre mais je ne crois pas en avoir vu d’autre représentation lors du présent voyage, et donc pouvoir me référer ici à une image précédemment publiée. En fait, l’Érymanthe du sanglier d’Héraklès est une haute montagne d’Achaïe (2224 mètres) à mi-chemin environ entre Patra et Olympie, et où le fleuve Érymanthe que nous franchissons prend sa source. Mais le nom n’a pu manquer d’évoquer pour moi ce travail d’Héraklès. L’autre nom qui a retenu mon attention est celui que j’ai lu sur un panneau et qui indiquait qu’il fallait tourner à gauche pour gagner Pisa. Cette ville, toute proche d’Olympie mais en Arcadie à l’origine (alors qu’Olympie est en Élide) a longtemps combattu sa voisine pour être chargée de la gestion du sanctuaire de Zeus et des Jeux panhelléniques car originellement Olympie était sur un territoire administré par Pisa. Par ailleurs, des découvertes lors de fouilles à Pise, en Italie, laissent penser que des Grecs de cette ville d’Arcadie (annexée par l’Élide au sixième siècle avant Jésus-Christ) auraient migré vers l’Italie et auraient fondé la ville de Toscane. Mais j’avais lu quelque part qu’il ne reste rien à voir de la ville antique, et nous avons poursuivi notre chemin.
 
700h1 Avec Pierre et Donatine à Olympie
 
Levés dès potron-minet du côté de Nauplie, nos amis chalonnais Donatine et Pierre, que nous avons déjà eu la joie de rencontrer à Rome l’an passé, le douze février, sont arrivés dans la matinée à Olympie et ont visité le site et le musée archéologique. Ils sont un groupe d’une quinzaine d’amis qui, tous les ans, font ensemble un voyage, et cette année c’est une semaine en Grèce. Athènes, Nauplie, Mycènes, Olympie, Delphes, les Météores, et retour à Athènes. Évidemment, le programme est lourd, c’est chargé, d’autant plus que la plupart des musées et des sites de Grèce ferment à quinze heures en cette saison. Mais c’est un bon système pour faire des choix, pour savoir ce que l’on aura envie de revoir en prenant son temps une autre fois. Et surtout, surtout, c’est excellent pour nous parce que, ainsi, nous avons le plaisir de revoir ces amis.
 
700h2 Avec Pierre et Donatine à Olympie
 
Nous nous rencontrons donc autour d’un pot, avec deux couples sympathiques de leurs amis. Sur ces photos, prises par Natacha, nous sommes donc attablés à Olympie. On reconnaît sur la première de ces photos Donatine près du bord gauche et Pierre près du bord droit. De plus, en contact avec mon petit frère Jérôme qui, le pauvre, gère tout notre courrier, s’occupe de la liaison avec tous les services qui ne savent pas comment gérer un couple qui n’est pas tranquillement installé dans sa maison en résidence fixe, etc., etc., ils m’apportent une enveloppe importante qu’il valait mieux ne pas confier à la poste. Nous passons ainsi un moment agréable en compagnie très amicale mais demain, avant 15h, ils devront avoir eu le temps de gagner Delphes –et ce n’est pas la porte à côté–, de visiter le site qui est ô combien étendu, et le musée archéologique, de sorte que nous devons nous quitter. Les moments chaleureux sont toujours trop courts…
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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 20:53
700a1 Mantinée, Agia Foteini
 
700a2 Mantinée, Agia Foteini 
700a3 Mantinée, Agia Foteini
 
À quelques kilomètres de Tripoli où nous avons passé la nuit se trouve la ville antique de Mantinée. Ce nom ne peut manquer d’évoquer dans ma mémoire de grands événements historiques. Le grand béotarque (général, en Béotie) thébain Épaminondas est envoyé réduire Mantinée qui a choisi l’alliance avec Sparte en quittant la Ligue Arcadienne qu’il avait créée entre sa cité de Thèbes et son ennemie Sparte. Il commande l’armée thébaine et celle de la Ligue Béotienne (confédération de cités autour de Thèbes), ainsi que des éléments de Mégalopolis, ville fondée par Thèbes en Arcadie, face à l’armée de Mantinée à laquelle se sont adjoints des renforts spartiates. C’est en 362 avant Jésus-Christ, dans une vallée entre deux monts près de Mantinée, que les deux armées s’affrontent. Épaminondas bloque le passage, mais alors qu’il est face à l’ennemi il feint de vouloir s’installer et bivouaquer. L’ennemi, voyant cela, baisse la garde. Épaminondas, alors, en profite pour fondre sur l’adversaire, avec cet ordre oblique qu’il a inventé et mis en pratique déjà avec succès neuf ans plus tôt à Leuctres. Alors que, d’ordinaire, deux armées s’affrontaient de front, en ligne et sur une douzaine de rangs, les troupes d’élite placées sur la droite pour que les soldats, tenant leur bouclier de la main gauche, soient mieux protégés contre tous les adversaires (puisque les moins vaillants se trouvaient en face et tous les autres sur leur gauche), lui au contraire va placer ses troupes d’élite à gauche, en face des troupes d’élite adverses, et il préfère diminuer le nombre de rangs à droite (huit rangs) pour épaissir jusqu’à cinquante rangs l’aile gauche. Ainsi, ceux qui tombent sont remplacés par ceux des lignes suivantes. Par ailleurs, la ligne de front est oblique, de sorte que le choc des troupes d’élite ait lieu tandis que les moins vaillants ne sont pas encore face à leurs adversaires. Il s’agit donc de mettre l’ennemi en déroute avant que l’aile droite ait amorcé le combat, ou dans les premiers moments du combat. Et c’est selon ce scénario que se déroule la bataille de Mantinée. Mais alors qu’il poursuit l’ennemi qui fuit, Épaminondas est mortellement blessé. Avant d’expirer, il exprime le désir de confier la suite des événements à Iolaidas et Daiphantus, ses deux dauphins. On lui apprend alors qu’ils sont morts, en conséquence de quoi il conseille vivement de signer une paix immédiatement plutôt que de vouloir continuer une guerre devenue hasardeuse. Tels sont les souvenirs qu’évoque pour moi le nom de Mantinée. Lorsque nous nous garons, voyant un panneau qui indique le site archéologique sur la droite de la route, notre regard est d’abord attiré par un très curieux bâtiment du côté gauche de la route. Et c’est par ce côté que nous commençons la visite.
 
700a4 Mantinée, Agia Foteini
 
700b1 Mantinée, Agia Foteini
 
700b2 Mantinée, Agia Foteini
 
Empoignant mon Guide Vert Michelin, je constate que selon Bibendum il s’agit d’une église construite de 1969 à 1973 (mais consacrée seulement en 1978) par un architecte américain d’origine grecque qui a associé matériaux et formes pour réaliser une synthèse des arts égyptien, grec et byzantin. Et, toujours selon Bibendum, cette église serait consacrée à la Vierge, aux Muses et à Beethoven. Original. Mais le panneau sur le bord de la route se contente d’indiquer Agia Foteini (Sainte Fotine. Le grec phôteinos signifiant lumineux, ce nom est celui de sainte Claire, santa Chiara d’Assise, fondatrice des Clarisses), en caractères grecs et en caractères latins. Quatre mots, pas un de plus. Évidemment ces colonnes un peu partout, ces arcs, ces frontons et ces absides, ce mélange de pierre de plusieurs couleurs et de briques, cet assemblage de corps multiples, cela est surprenant, mais je ne déteste pas. Cela n’a rien de laid, bien au contraire. Peu m’importe ce qui est égyptien, grec, byzantin, ce qui m’importe c’est que je regarde l’ensemble sans déplaisir, et même avec une certaine satisfaction esthétique. Je comprends aussi que l’on puisse haïr cela, mais le fait même que l’on aime ou qu’on déteste, au lieu de ressentir une indifférence passive, signifie qu’il se dégage de l’ensemble une forte personnalité.
 
700c1 Mantinée, Agia Foteini
 
700c2 Mantinée, Agia Foteini
 
Lorsqu’on pénètre dans l’église, l’architecture composite que l’on a perçue de l’extérieur induit que l’intérieur soit un ensemble d’espaces groupés autour d’une aire centrale que je n’ose pas appeler nef. En divers points, de petits monuments comme cet autel appellent à la prière individuelle en fonction de la dévotion de chacun à tel ou tel saint.
 
700c3 Mantinée, Agia Foteini
 
Néanmoins pour les prières collectives, pour les offices, il y a un autel principal. Quoique dans cette église, à part les icônes, rien ne rappelle que l’on se trouve dans un pays à majorité chrétienne orthodoxe, c’est cependant le cas, et les célébrations ont lieu dans une iconostase. Elle est située au fond d’une abside.
 
700c4 Mantinée, Agia Foteini
 
700c5 Mantinée, Agia Foteini
 
700c6 Mantinée, Agia Foteini
 
Encore trois images avant de ressortir. D’abord deux autres petits autels sans iconostase, mais qui ne pourraient pas accueillir une messe catholique tant l’espace est réduit. D’autre part, lors de la construction de cette église, le concile Vatican II avait dix ans et les prêtres catholiques célébraient donc déjà la messe face aux fidèles. Ce sont, comme le petit monument que nous avons vu en entrant, des lieux de recueillement individuels. La troisième photo montre la mosaïque de sol que je serais bien embarrassé de devoir rattacher à un style particulier. À la différence de l’architecture du lieu, elle ne me plaît pas trop, je la trouve trop sombre pour cet endroit peu éclairé, lourde et sans grâce.
 
700d1 Mantinée, Agia Foteini
 
700d2 Mantinée, Agia Foteini
 
700d3 Mantinée, Agia Foteini
 
J’ai parlé de lieux de recueillement, de lieux de célébration, mais cette église semble être moins un lieu de culte qu’un simple exercice de style. D’autre part, il a bien fallu trouver un financeur, or Tripoli a ses églises, chaque village des environs a également une église, il y a des chapelles disséminées partout, je ne vois pas pourquoi on aurait eu besoin de cette grande église perdue au milieu de nulle part. Je crois savoir que c’est une association mécène, l'Association de Mantinée, qui a été prête à débourser gros pour permettre l’expression de la créativité. Et cette église, qui n’est la paroisse de personne, n’est guère utilisée que pour des circonstances particulières, mariages, baptêmes, etc. D’autant plus qu’à une petite distance de l’église, quelques dizaines de mètres de part et d’autre, sur ce grand terrain se trouvent deux autres édifices élégants Le premier est un temple monoptère, ou une tholos, je ne sais comment le définir, nommé To Fréar tou Iakobou, le puits de Jacob. Je cite l’évangile de saint Jean : Jésus "parvint dans une ville de Samarie appelée Sychar, non loin de la terre donnée par Jacob à son fils Joseph, là même où se trouve la source de Jacob. Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement à même la source". Puis il demande à une Samaritaine de lui donner à boire. […] Elle lui demande "Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits ?"C’est à cet épisode de la vie de Jésus que fait référence le nom de ce bâtiment. L’autre temple rappelle les temples grecs antiques, mais il est ouvert, le toit manque, il évoquerait un peu ces fausses ruines antiques dont raffolait le dix-huitième siècle, annonçant de loin le mouvement romantique du début du dix-neuvième siècle. Celui-là est un Hérôon, c’est-à-dire un monument en l’honneur d’un ou plusieurs héros. Ici, c’est un monument en l’honneur de tous les héros grecs, depuis le temps d’Épaminondas ou même bien avant, et jusqu’à ceux de la Guerre d’Indépendance.
 
700e Site archéologique de Mantinée
 
Aussi intéressante soit-elle, nous ne sommes pas venus pour cette église mais pour les ruines de la ville de Mantinée qui s’étendait aux pieds de cette amusante colline dont la rotondité est parfaite. Pas de baraque pour vendre les tickets, pas de librairie proposant des ouvrages sur la ville antique ou détaillant le site, c’est ouvert à tous, sans barrières.
 
700f1 Mantinée, le théâtre antique
 
700f2 Mantinée, le théâtre antique
 
Il faut dire que si l’entrée était payante, seuls les archéologues et quelques spécialistes passionnés prendraient un billet, parce qu’il n’y a pas grand chose à voir. Par exemple, sur la première photo ci-dessus, devant quelques pierres qui laissent imaginer qu’il y avait là un mur, un panneau dit “théâtre antique”. On se dit qu’il faut faire le tour, que de l’autre côté il y a la cavea, la scène, des vestiges significatifs. Mais non, le théâtre n’étant pas adossé à une colline qui lui aurait donné sa forme naturelle, il a fallu le construire en remblai, au cours des siècles le remblai s’est effondré avec les pierres des sièges, et je suppose que ces pierres ont été pillées comme matériaux de construction pour les maisons des alentours.
 
700f3 Mantinée, sanctuaire du héros local Podarès
     
Un peu plus loin, je ne discerne strictement rien derrière les hautes herbes et les irrégularités du terrain, néanmoins je me dirige vers un panneau qui doit bien signaler quelque chose Et en effet, de près, tout en déchiffrant qu’il s’agit du sanctuaire du héros local Podarès (un hérôon, comme je le définissais pour l’espèce de temple grec près d’Agia Foteini), je découvre que quelques pierres au sol ont dû délimiter un bâtiment rectangulaire. Podarès, c’est l’homme qui commandait l’armée de Mantinée en 362, et c’est à lui que ce "Podaréion" est consacré. Mais je trouve chez Gustave Fougères (Bulletin de correspondance hellénique, 1896, volume 20), dans un article sur les inscriptions de Mantinée, l’anecdote suivante : “Souvent, les descendants de certains personnages illustres faisaient transférer à leur profit les dédicaces consacrées à la mémoire de leurs ancêtres. Ainsi, à Mantinée, un Podarès qui vivait trois générations avant Pausanias confisqua pour lui l’inscription du Podaréion, monument consacré au polémarque Podarès qui commandait et fut tué à la bataille de 362”.
     
Malgré la pluie, le lieu est plutôt plaisant, mais je dois bien avouer que les quelques ruines disséminées ici ou là ne sont guère parlantes. Quant aux objets découverts sur le site, ils ont été transférés au musée de Tripoli. Or nous l’avons visité, ce musée. Il possède quelques objets intéressants, quoique rien n’y soit exceptionnel. Mais parce que nous étions les seuls visiteurs, la dame chargée de la vente des billets s’est jointe à celle qui est chargée de la surveillance, et toutes deux, en bavardant, nous ont suivis de salle en salle pour être sûres que nous respections l’interdiction formelle de prendre des photos. À un moment, sans d’ailleurs avoir en cela une intention particulière, mais simplement parce que notre rythme n’était pas le même ou que nos intérêts divergeaient, Natacha et moi nous sommes retrouvés dans deux salles différentes. Cela a été pour ces dames un supplice de mettre fin à leur causette, et chacune a suivi l’un d’entre nous. Heureusement, au Louvre, la photo est autorisée, sinon le budget de la Culture exploserait s’il fallait un gardien par visiteur. Mais ce serait la fin du chômage en France. Idéal si, comme certain parti politique veut nous le faire croire, les emplois ne sont pas volés par de vilains étrangers aux honnêtes descendants de Gaulois.
 
Une église originale, des ruines qui n’en sont pas et un musée à l’esprit obtus, et voilà le résultat : je me mets à délirer. Mieux vaut clore cet article et aller reposer mon esprit fatigué.
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Published by Thierry Jamard
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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 20:06
699a Nauplie, vers l'îlot Bourdzi
 
Aujourd’hui, pour notre dernier jour à Nauplie, nous avons envie de prendre un petit bateau vers cet îlot Bourdzi que nous avons sous les yeux tous les jours lorsque nous sommes en notre lieu de nuit, sur le parking face à la mer. Nous l’avons vu sous le soleil, sous les nuages, dans une mer calme ou agitée, le matin ou au soleil couchant. Il y a une navette toutes les demi-heures, le prix est très raisonnable, et nous voici en bateau.
 
699b Nauplie, îlot Bourdzi
 
699c Nauplie, îlot Bourdzi
 
Il ‘agit d’un fort vénitien de 1471 qui a mis à profit des écueils affleurants pour placer un bâtiment fortifié destiné à protéger le port, doublant la protection assurée d’en haut sur l’Acronauplie.
 
699d Nauplie, îlot Bourdzi
 
699e Nauplie, îlot Bourdzi
 
Pas de guide, rien. Sur un petit bateau l’homme, à l’heure dite, nous a embarqués avec un autre couple et, sans nous adresser la parole, répondant par un signe de tête à mon “geia sas” (salut à toi), nous a fait traverser jusqu’au petit débarcadère de l’îlot. Il nous dit l’heure du rendez-vous pour le retour et nous tourne le dos. Nous sommes donc livrés à nous-mêmes pour voir ce que nous voulons et pour comprendre ce que nous pouvons. Ci-dessus, l’entrée du fort et la cour centrale.
 
699f Nauplie, îlot Bourdzi
 
699g Nauplie, îlot Bourdzi, vue sur l'Acronauplie
 
Nous pouvons pénétrer où nous voulons, gravir les escaliers, tourner sur les terrasses ou dans les salles, mais sans savoir l’usage de chaque détail de l’architecture. Mais de bien des endroits on a une vue superbe, et puisqu’il s’agit d’un ouvrage défensif il peut surveiller l’accès à son petit port (première photo, avec le bateau qui nous attend) et rester en communication visuelle avec l’ouvrage principal, le Kastro, sur l’Acronauplie (seconde photo).
 
699h Nauplie, îlot Bourdzi
 
699i Nauplie, îlot Bourdzi
 
Quand je parle de détails d’architecture militaire que je ne comprends pas, ce sont par exemple ces créneaux non seulement extérieurs mais aussi intérieurs, ou encore la forme en V des sommets de murs. En revanche, je n’ai pas besoin d’explications quand je vois ce canon portant le lion ailé de saint Marc, emblème de la Sérénissime. Oui, c’est bien un fort vénitien.
 
Puis arrive l’heure fixée pour le retour. Le marin est en train de mastiquer la coque de son rafiot. Il nous jette un coup d’œil, voit que ses deux couples de clients sont bien là à attendre, alors il se remet à travailler sur la coque du bateau sans plus se soucier de nous. Enfin, dix minutes plus tard, il semble prêt, nous embarquons et rentrons sur la terre ferme. Puis nous partons en direction de Tripoli. Arrivés dans cette ville assez importante (vingt-cinq à trente mille habitants) nous constatons qu’il n’y a pas de camping. Nous tournons pendant plus d’une heure sans trouver d’emplacement tranquille où passer la nuit. En désespoir de cause, nous nous rabattons sur un parking de supermarché…
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