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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 21:57
Hier nous étions à Mycènes. Puisque le site ferme à quinze heures, nous en avons profité jusqu’au bout, puis nous avons pique-niqué tranquillement, fait une petite balade, et nous sommes partis pour Delphes. Cela représente pas mal de kilomètres, Corinthe et le franchissement du canal, Thèbes, puis la montagne. Nous avons passé la nuit sur un parking de la route, tout près du site, pour être à pied d’œuvre dès ce matin.
 
Dès la première moitié du deuxième millénaire, c’est-à-dire dès avant les Achéens et la civilisation mycénienne qui est arrivée vers 1600 avant Jésus-Christ, on rendait en ce lieu un culte à la Terre Mère et à Poséidon. En ce temps-là, Poséidon n’était pas encore lié aux océans, c’était un dieu des sources et des bouleversements géologiques qualifié de seisi-chthon, "qui secoue la terre", "qui ébranle le sol". Deux divinités chthoniennes, par conséquent. Et dès ce temps lointain, il y avait un oracle rendu par la déesse Terre. D’une crevasse émanait une vapeur extatique que décrit Plutarque, lequel est qualifié pour en parler puisqu’au premier siècle après Jésus-Christ il a été prêtre d’Apollon à Delphes. Or de crevasse avec des émanations, on peut chercher, il n’y en a pas. Fiction ? Légende pour abuser le pèlerin crédule ? Probablement pas, car Plutarque est quelqu’un de sérieux, un philosophe attaché à la vérité, et l’exercice des fonctions de prêtre du sanctuaire ne répond pas à un choix de vie au service d’un dieu et de la religion, mais d’une désignation par tirage au sort parmi les citoyens dignes, et pour un temps, afin de remplir une charge d’organisation et d’administration. Né en 46 ou 47 de notre ère, il a étudié les sciences et la philosophie platonicienne à Athènes et à Alexandrie. Outre ces fonctions de prêtre à Delphes, il a enseigné la philosophie, il a représenté son pays auprès de l’empereur à Rome, et à sa mort en 125 il laissait soixante dix-huit livres de philosophie, de morale, de réflexions, ainsi que quarante-quatre biographie présentées en comparaison deux par deux : les Vies Parallèles. Or, décrivant ces vapeurs dans son dialogue Sur la disparition des oracles, il ajoute qu’elles étaient sensibles aux variations météorologiques ou telluriques, et qu’un jour un séisme pourrait y mettre fin définitivement. Or le sol a beaucoup bougé à Delphes, nous sommes dans la région où les mouvements telluriques ont creusé le golfe de Corinthe, cassant le Péloponnèse du continent, et la crevasse s’est probablement refermée.
 
Quoi qu’il en soit, le culte antique était en vigueur à la chute de la civilisation mycénienne vers 1200 avant Jésus-Christ quand sont arrivés les Doriens qui ont plongé la Grèce dans un Moyen-Âge qui nous coupe de la connaissance de l’évolution qui a amené l’établissement de la religion telle que nous la connaissons, avec Zeus régnant sur l’Olympe, Poséidon en dieu de la mer, etc. Peu à peu cette religion nouvelle a pris forme et s’est imposée, et c’est vers le huitième siècle avant Jésus-Christ qu’Apollon est arrivé à Delphes.
 
686a1 Delphes, portique nord de l'agora romaine
 
Le sanctuaire et la ville antique étant au flanc d’une montagne abrupte, des terrasses ont été aménagées. Après la fin de l’activité religieuse de l’oracle, la ville a continué d’exister, on a retrouvé des traces d’une basilique paléochrétienne, et sur les ruines s’est construit un village qu’il a fallu réinstaller à quelque distance quand, au dix-neuvième siècle, ont été entreprises des fouilles systématiques. On voit d’abord, sur la photo ci-dessus, l’agora d’époque romaine, trahie par la brique utilisée et son appareil.
 
686a2 Delphes, trésor de Sicyone
 
686a3a Delphes, trésor des Athéniens
 
686a3b Delphes, trésor des Athéniens
 
Lors de la consultation, on faisait des offrandes au dieu. Parfois, lorsque le consultant était une cité ou un personnage fort riche, il s’agissait d’une construction (il a même fallu agrandir les terrasses avec creusement de la roche et murs de soutènement pour trouver l’espace nécessaire à tous ces bâtiments), lors de son passage Pausanias a vu des milliers de statues, etc. Et donc certains bâtiments n’étaient pas votifs, mais destinés à stocker tous ces dons. C’est ainsi que l’on voit les soubassements de bâtiments appelés "trésors" comme celui de Sicyone (première photo) ou celui des Athéniens (les deux autres photos) dont quasiment tous les éléments étaient tombés au même endroit et restés sur place, de sorte que l’on a pu le remonter, seul trésor aujourd’hui sur pied. Les Athéniens ont utilisé l’argent de leur victoire à Marathon en 490, mais seulement trente ans après la bataille, pour le construire, et ils ont chargé Phidias, encore jeune, de le dessiner et d’en suivre l’exécution, mais surtout de réaliser treize grandes statues de bronze représentant entre autres le dieu local, Apollon, la déesse tutélaire de leur cité, Athéna, et le héros de Marathon, Miltiade. On peut imaginer que de telles richesses ont attiré des impies comme Néron qui a fait transporter à Rome un très grand nombre de statues, ou des barbares pour qui les dieux de l’Olympe n’avaient pas de sens et qui ont fait main basse lors d’invasions sur les objets en or, en argent ou en bronze. Le christianisme triomphant a fait disparaître ce qui restait encore.
 
686b Delphes, rocher de la sibylle
 
Tout près du Trésor des Athéniens, nous sommes dans la partie la plus antique du sanctuaire, là où était rendu l’oracle par la déesse Terre ( ), près d’une source aujourd’hui tarie qui était gardée par le dragon Python, symbole clairement chthonien. La légende raconte comment Apollon encore bébé avait tué le serpent de l’une de ses flèches, et bien sûr on ne peut manquer d’y voir le passage symbolique de la religion ancienne à la nouvelle, du culte ancien de Gè au culte nouveau d’Apollon, mais on peut supposer que ce passage ne s’est pas fait sans difficultés, d’où la nécessité de "tuer" de façon mystique l’intermédiaire chthonien. D’ailleurs, le nom de la pythie qui rend les oracles d’Apollon rappelle le nom de Python qui rapportait des entrailles de la terre la connaissance du futur. Ce bloc de roche s’est un jour détaché de la montagne, a roulé et s’est arrêté ici, désignant un lieu sacré. L’antiquité et le caractère sacré ont préservé cet espace de tout changement par la suite, et ce bloc est resté non dégrossi, seulement consolidé en place par la construction d’un muret autour de sa base. Dans le temple d’Apollon, l’oracle était rendu par la Pythie, mais on racontait que, à une tout autre époque, la Sibylle Hérophile originaire des environs d’Éphèse, celle qui avait prophétisé la Guerre de Troie, était parfois venue à Delphes et qu’elle y avait prophétisé du haut de ce rocher. C'est le "Rocher de la Sibylle".
 
686c1 Delphes, temple et autel d'Apollon
 
Nous arrivons au cœur du sanctuaire. En avant du temple d’Apollon, se dresse son grand autel où avaient lieu les sacrifices. Les animaux sacrifiés ici étaient généralement des chèvres, qui devaient être exemptes de tout défaut. On commençait par les asperger d’eau, et si elles frissonnaient on pouvait procéder au sacrifice, le dieu acceptait le sacrifice et était disposé à parler dans l’oracle, mais si la chèvre restait sans trembler, alors on interrompait la cérémonie, parce que la poursuivre aurait pu mécontenter Apollon et entraîner des catastrophes épouvantables. D’après Plutarque, un jour que l’on était passé outre cet avertissement, la pythie était morte. Les autels antiques étaient toujours en dehors des temples. L’autel des célébrations chrétiennes est l’héritier de l’autel païen puisqu’y a lieu le sacrifice mystique de Jésus qui, sous la forme du pain et du vin, offre son corps et son sang, il est l’Agneau de Dieu offert comme victime de rachat des péchés du monde, mais le christianisme a transféré cet autel dans son temple, dans l’église.
 
686c2 Delphes, temple d'Apollon
 
Un premier petit temple en pierre a été construit ici au milieu du septième siècle mais un incendie le détruisit un siècle plus tard, en 548, et on en reconstruisit un plus vaste en agrandissant la terrasse soutenue du côté du vide par un solide mur. Le devis de construction, en tuf, s’élevait à 300 talents, une somme qui équivaut à des dizaines et des dizaines de millions d’Euros. Le sanctuaire étant panhellénique, tous les États grecs ont apporté leur contribution, quelques étrangers aussi, comme le roi de Lydie Crésus ou le pharaon d’Égypte Ahmosis II. Cela a représenté six cents talents. En outre, les Alcméonides se chargèrent de recouvrir de marbre de Paros la façade de tuf. Mais un très violent séisme, en 373, a abattu ce second temple. Comme les Phocidiens avaient occupé le sanctuaire pendant dix ans de 356 à 346 pour venger la sanction infligée à quelques uns des leurs pour violation du territoire sacré, et qu’ils y avaient causé de graves déprédations, lorsqu’enfin Philippe de Macédoine les eut chassés ils eurent à payer une amende extrêmement lourde de quatre cent cinquante talents, qui est venue s’ajouter à la contribution de six cents talents collectée auprès de toutes les cités grecques. Du coup, on s’est trouvé devant une telle richesse que, malgré l’augmentation du projet initial, on put aussi effectuer des travaux ailleurs dans le sanctuaire, au stade, à l’hippodrome, à la fontaine Castalie, etc. C’est ce troisième temple, bâti de 369 à 330, que nous voyons aujourd’hui. Colonnes doriques sur tout le pourtour, ce que l’on appelle un temple périptère.
686c3 Delphes, temple d'Apollon
 
Pour recevoir l’oracle dans le temple, il fallait d’abord se purifier dans les eaux de la fontaine sacrée Castalie (j’y viendrai tout à l’heure), puis on montait vers le temple, et l’on faisait une offrande. Venait ensuite le moment du sacrifice de la chèvre sur l’autel et, si les prêtres dont la fonction à ce moment-là était de vérifier le strict accomplissement du rituel estimaient que tout était correct, on descendait alors dans l’espace sacré du temple. Là les villes demandaient ce qui intéressait la vie de la cité, l’opportunité de déclarer une guerre ou la façon d’assurer l’alimentation de la population, tandis que les simples citoyens souhaitaient savoir si leur mariage avec telle ou telle serait fructueux, s’ils avaient avantage à migrer ou s’ils rencontreraient des périls lors d’un voyage vers telle contrée lointaine. La salle oraculaire était en sous-sol et le pèlerin était séparé de la pythie par un rideau. La pythie, en état de transe, assise sur un trépied situé au-dessus de la crevasse d’où s’échappait la vapeur qui la droguait, proférait des paroles incompréhensibles pour le commun des mortels, mais les prêtres, qui étaient des sages et des gens cultivés, devaient faire preuve d’imagination pour essayer de donner un sens à ces mots, en mobilisant toutes les ressources de leur savoir, de leur philosophie et de leur intelligence, et ils remettaient une réponse aux pèlerins en langage plus clair, et en vers jusqu’au troisième siècle avant Jésus-Christ, de plus en plus souvent en prose par la suite.
 
686c4 Delphes, temple d'Apollon
 
Dans le temple, la pythie aidée des Hestiades, des petites filles de Delphes, entretenait un feu sacré avec du bois de sapin, et ce feu ne devait jamais s’éteindre. Allumé dans les premiers temps de l’occupation des lieux par Apollon, il a été maintenu jour et nuit, tous les jours de l’année, sans aucune interruption pendant des siècles jusqu’à ce qu’en 83 avant Jésus-Christ une horde d’une tribu de Thrace investisse le sanctuaire, le pille, mette le feu au temple d’Apollon, et en éteignant l’incendie on a éteint ce feu éternel. C’était la première fois que le feu s’éteignait, mais ce n’était pas la première fois que le sanctuaire était investi. Je ne citerai qu’un exemple puisque, étant français, je dois compter les pillards comme mes ancêtres. En effet, des Gaulois ont entrepris, en 280 et en 278 de grandes expéditions en Grèce et en Asie Mineure, ils occupent la Macédoine, la Thrace, arrivent à Delphes et mettent à sac le sanctuaire (275).
 
686c5 Delphes, temple d'Apollon
 
L’oracle de Delphes a eu une influence fondamentale dans l’évolution de la Grèce. En effet, ses avis fondés sur la doctrine du "rien de trop", toujours marqués par la modération, la modestie et la mesure, valeurs qui s’opposaient aux valeurs anciennes, ont toujours tendu à la prospérité, à l’unité hellénique, à la démocratie. Par exemple, les terres manquant à Corinthe, l’oracle a conseillé la création de colonies (Corfou, Syracuse). Les Grecs étant éparpillés un peu partout, loin parfois de la Grèce et de l’Asie Mineure, berceaux de leur civilisation (Italie, Sicile, Pont Euxin, Marseille), il a lors de chaque fondation de colonie indiqué quels dieux devaient y être honorés. Dans la très aristocratique et très fortement hiérarchisée Sparte, il a donné la constitution du légendaire Lycurgue (en 809), fixant qu’il y aurait deux rois, cinq éphores, un conseil de vingt-huit vieillards, hommes de plus de soixante ans, et une assemblée de tous les hommes libres militaires autorisés à discuter et à rejeter les décisions concernant leur cité.
 
686d1 Delphes, le théâtre
 
686d2 Delphes, le théâtre
 
Construit juste au-dessus du temple d’Apollon, le théâtre. Dans le monde grec, la représentation théâtrale est née de la célébration de Dionysos, et elle a longtemps gardé une fonction religieuse. Lorsque Pisistrate, en 534 avant Jésus-Christ, institue le concours de tragédie à Athènes, il le situe au moment de la célébration des Grandes Dionysies, au début du printemps. Le mot même de tragédie, tragôdia en grec, composé du nom du bouc, tragos, et du mot qui désigne le chant (cf. un aède, une ode, etc.), et donc le chant du bouc, serait une allusion aux cornes et aux pieds de bouc du dieu Pan et des satyres du cortège de Dionysos, ou du bouc offert en sacrifice au dieu. Dionysos étant le dieu du vin, de l’ébriété qui permet de faire passer l’imaginaire dans la réalité, ou plutôt de donner l’illusion du réel à ce qui sort de l’esprit embrumé par les vapeurs de l’alcool, il est honoré par l’illusion théâtrale qui donne vie sur scène à ce qui sort de l’imagination de l’auteur. Le concours athénien des Dionysies, qui oppose chaque année sur trois jours trois auteurs différents, chacun proposant sur une journée quatre œuvres, exige la présentation d’une trilogie tragique et d’un drame satyrique : revoilà les satyres de Dionysos. Ici, nous sommes chez Apollon, mais le rôle de ce théâtre, lors de sa construction, est encore très lié à la religion, se détachant du dieu qui est à son origine, et se dédiant au culte du dieu local, Asklépios à Épidaure ou Apollon à Delphes.
 
686d3 Delphes, le théâtre
 
686e Emmanuelle au théâtre de Delphes
 
Il y a beaucoup à voir à Delphes, si l’on prend le temps de relier chaque monument, chaque lieu, à son histoire et aux événements qui y sont liés. Ce théâtre a une excellente acoustique, comme les Grecs étaient capables de le faire, mais ici à la différence de celui d’Épidaure, qui est d’ailleurs beaucoup plus grand, on ne peut pas le tester parce que l’accès aux gradins est interdit. On voit que certaines des dalles des sièges sont cassées, mais à part cela il n’est pas en mauvais état. Sur ma deuxième photo, après être allée voir près des cordes fermant l’accès si l’on entendait bien d’en haut, Emmanuelle redescend vers la scène à laquelle on peut accéder librement. Caractéristique particulière, ce théâtre n’est pas en demi-cercle mais légèrement en parabole. En effet, du fait de la configuration de la colline, le rayon de la profondeur est plus grand que les rayons de la largeur.
 
686f1 Site de Delphes
 
686f2 Site de Delphes
 
Maintenant que nous avons vu les principaux monuments, nous pouvons monter plus haut pour contempler le site dans son ensemble. Seul, plus haut, reste le stade. Sur l’une comme sur l’autre photo on reconnaît en premier lieu le théâtre, puis le temple qu’il surplombe, et en-dessous on aperçoit le Trésor des Athéniens. Mais on se rend compte que le niveau inférieur du sanctuaire est déjà situé assez haut parce que l’on devine que la vallée, au pied de la montagne d’en face, descend beaucoup plus profond. Sur la première de ces photos, à mi-largeur mais tout en haut, on distingue la route d’accès, la route Nationale qui borde le golfe de Corinthe et relie Athènes à Missolonghi et qui passe au niveau de l’accès au site. Par elle on imagine la profondeur de la vallée. Ce paysage si tourmenté, si sévère, si sujet aux secousses sismiques et aux mouvements telluriques, on comprend que les hommes du deuxième millénaire avant Jésus-Christ l’aient cru hanté par un Poséidon qui ébranle le sol et par une Gè qui voit l’avenir avec un dragon lié au monde souterrain. Et si l’on ajoute à cela des émanations qui mettent en transes…
 
686g1 Stade de Delphes
 
686g2 Stade de Delphes
 
686g3 Stade de Delphes
 
Nous voici tout en haut. Ici, c’est le stade. Avec les jeux olympiques (à Olympie), les jeux néméens (à Némée), les jeux isthmiques (à Corinthe), ceux de Delphes, les jeux pythiques, concluent la série des quatre grandes compétitions panhelléniques exigeant une trêve entre ces cités en perpétuel désaccord, perpétuelle rivalité et fréquente guerre. Mais dans le classement par ordre d’importance, ils avaient la seconde place, juste après les jeux olympiques. Tout au début, les compétitions se déroulaient dans la vallée, mais depuis le cinquième siècle elles se déroulaient ici, sur ce stade, muni de gradins en bois. C’est le sophiste athénien Hérode Atticus (101-178 après Jésus-Christ), celui qui a construit l’odéon au pied de l’Acropole d’Athènes, qui l’a remodelé avec des gradins en pierre pour en faire ce que nous voyons aujourd’hui. Mais si les gradins côté colline sont bien en place ou ont aisément pu être restaurés quand leurs pierres étaient tombées sur la piste, en revanche les gradins de l’autre côté se sont effondrés dans le vide, ont dévalé la pente, et les fragments de ceux qui ne se sont pas perdus et brisés dans la vallée ont été réutilisés pour construire des maisons. Lors de ma première visite, en 1978, on pouvait aller fouler le sol de la piste de 25 mètres de large et s’essayer à la course sur les 177,55 mètres de sa longueur. L’accès, aujourd’hui, en est interdit. Il faut se pencher par-dessus le mur pour prendre la photo. Ma troisième photo montre le couloir du côté de l’entrée principale (opposée à ma deuxième photo).
 
686h1 Delphes, fontaine Castalie
 
686h2 Delphes, fontaine Castalie
 
À deux reprises, j’ai eu l’occasion de parler de la fontaine Castalie. La nymphe de ce nom, poursuivie par Apollon, voulant préserver sa vertu même si le séducteur était l’un des grands dieux et même si sa beauté était légendaire, a fui devant lui et, sur le point d’être rattrapée, a préféré se jeter dans les eaux de cette fontaine et s’y noyer, lui donnant son nom. Celui qui buvait de son eau sacrée recevait l’inspiration poétique. Le moment est donc venu pour moi de dire quel est le nom de la montagne à laquelle s’adosse Delphes. C’est le mont Parnasse, la résidence des Muses. Bien sûr, c’est parce qu’il a toujours été fréquenté par les artistes, parce qu’aujourd’hui encore il s’y trouve un grand nombre d’immeubles dont le dernier étage ouvre une large verrière sur un atelier de peintre, que ce quartier de Paris s’appelle le Montparnasse. Sur mes photos, on voit la fontaine, d’époque hellénistique, où se pratiquaient les ablutions rituelles de purification, et un petit collecteur des eaux de la source. Une autre source de cette même fontaine tombe en cascade de très haut, mais j’ai renoncé à prendre la photo parce qu’en fait de cascade l’eau tombe depuis le haut dans un gros tuyau de plastique rouge. J’espère que c’est pour effectuer quelques travaux et qu’ensuite la cascade redeviendra libre.
 
686i1 Delphes, le gymnase, vue générale
 
686i2 Delphes, le gymnase
 
686i3 Delphes, le gymnase, piscine circulaire
 
La fontaine Castalie est au niveau de la route. Plus bas, presque au fond de la vallée, on arrive à ce qui fut le gymnase, avec ses diverses installations dont il ne reste presque plus rien. Il y avait un vestiaire, une palestre, une salle de lutte, une salle de boxe, un long portique de deux cents mètres pour l’entraînement en cas de mauvais temps, une piste de course à pied, des bassins pour se laver, et puis au bout, ce que l’on distingue sur les deux premières photos et qui est montré sur la troisième, une piscine circulaire de dix mètres de diamètre. Tout cela, restauré, remanié par la suite, avait été aménagé dès le sixième siècle avant Jésus-Christ mais plus tôt, bien plus tôt, à l’époque qui avait précédé la guerre de Troie, il y avait là des bois et Ulysse était venu y chasser, quand un sanglier l’avait chargé et l’avait blessé au pied. Lorsque, bien des années plus tard, après les dix années de la Guerre de Troie et après ses dix années de pérégrinations et d’aventures Ulysse revient enfin à Ithaque, c’est en voyant cette cicatrice qu’Eurykleia va le reconnaître.
 
686j Delphes, trésor des Marseillais
 
Non seulement cette photo n’est pas belle, mais de plus elle ne représente pas grand chose. Mais si j’ai choisi de la montrer ici, c’est parce qu’il s’agit d’un trésor construit vers 530 avant Jésus-Christ. Il n’est pas, comme la plupart des autres, au pied du temple d’Apollon, mais il est là, en bas, dans la vallée, et c’est celui de nos compatriotes, c’est le Trésor des Marseillais. Mais les jeux pythiques ne comportant pas de compétition de football, l’OM n’était pas là pour demander à Apollon qui remporterait la coupe… pardon, la couronne d’olivier.
 
686k1 Delphes, tholos d'Athéna
 
686k2 Delphes, tholos d'Athéna
 
686k3 Delphes, tholos d'Athéna, détail
 
Les fouilles de Delphes sont l’œuvre de l’École Française d’Athènes. Nos amis les Belges, pour se venger de nos blagues sur leur dos, disent que quelqu’un qui parle trois langues s’appelle un trilingue, celui qui parle deux langues est bilingue et qui ne parle qu’une seule langue est un Français. Cela se vérifie ici, parce que certains panneaux explicatifs ne sont rédigés qu’en français. Certains autres, quand même, sont également en grec, mais d’anglais, point. Ni d’allemand. Mais en compensation, c’est aux frais de la France, et grâce à son savoir-faire, qu’ont été remontées ces trois colonnes de la tholos d’Athéna qui s’étaient abattues mais dont presque tous les morceaux étaient encore sur place. Peut-être en exagérant un peu, mais de façon significative, on dit que l’école américaine d’archéologie rebâtit en béton ce qui manque et repeint ce qu’elle a édifié à l’identique de ce que l’on suppose avoir été. C’est ce qui s’est passé dans certains palais de Crète. L’école allemande d’archéologie, à l’inverse, est si respectueuse des ruines qu’elle va nettoyer au pinceau les colonnes abattues mais va les laisser religieusement là où elles sont tombées. Cela a été sa règle pour le temple de Zeus à Olympie. Ces sites sont dans nos projets de voyage, j’en reparlerai le moment venu. L’école française d’archéologie, faisant sienne la devise de l’oracle de Delphes, rien de trop, se situe entre les deux, remettant sur pied ce qui peut l’être en ajoutant discrètement le minimum d’éléments modernes, mais ne cherchant pas à refaire ce qui exigerait plus d’apports modernes qu’il ne reste de ruines antiques. Sur ma première photo, on aperçoit, au fond, le temple d’Apollon et le Trésor des Athéniens. La troisième montre un détail de l’entablement de la tholos. Outre cette tholos, il y avait un grand temple datant de la deuxième moitié du sixième siècle. Les perpétuelles chutes de rochers endommageant ses colonnes, il a fallu les protéger par un fort mur extérieur. Crésus lui avait offert un magnifique bouclier en or. Bouclier que l’on transporta quand, vers 500, on réutilisa les matériaux de ce premier temple pour en construire un plus grand, un peu plus loin, plus à l’abri des chutes de roches, pensait-on. Mais le grand tremblement de terre de 373 qui avait détruit le temple d’Apollon endommagea fortement celui-ci, que l’on préféra abandonner pour un troisième temple. On se rappelle que de 356 à 346 les Phocidiens ont occupé le sanctuaire. Dans ce temple désaffecté, le bouclier de Crésus, ils l’ont fondu pour battre monnaie. Même s’il était devenu inutilisable pour le culte, la structure de ce temple a bien résisté dans le temps. En 1905, quinze de ses colonnes se dressaient encore, intactes, mais cette année-là de grosses roches, des pans de la montagne, se sont détachés et se sont abattus sur le temple, le réduisant à l’état de ruines. Et le troisième temple, de l’autre côté de la tholos, c’est-à-dire côté gymnase, n’est plus que ruines lui aussi.
 
686k4 Delphes, tholos d'Athéna
 
C’est de plus haut, en remontant vers la route, que l’on a, à mon avis, la vue la plus belle et la plus intéressante sur la tholos d’Athéna. Une tholos est un monument circulaire, et ce n’est que sous cet angle qu’apparaît clairement sa rotondité. On voit aussi, au pied des colonnes remontées, un fragment du mur de la cella. Quant au rôle ou à la fonction de ce monument, aucune des hypothèses qui ont été proposées n’est satisfaisante. À la différence de celle d’Épidaure, elle ne semble pas avoir comporté de salle souterraine, ni de labyrinthe, et l’argument que si Asklépios a un caractère chthonien, Athéna ne l’a pas n’est pas valable, car en ces lieux Athéna succède à des divinités chthoniennes. Sous le temple d’Athéna le plus ancien, celui du sixième siècle, on a retrouvé des idoles mycéniennes d’une déesse mère liée à une civilisation matriarcale très ancienne, et qui ne résidait pas sur l’Olympe ou dans les cieux. Et Athéna, dans ce sanctuaire, a été l’héritière de cette divinité, car dans ce temple on a retrouvé des bases de deux autels avec des inscriptions qui nous permettent de savoir qu’ils étaient consacrés à Athéna Eileithyie et à Hygie qui toutes deux président à la fécondité, qu’elle soit humaine ou végétale. Or les végétaux viennent de la terre. Tout cela pour dire que nous restons dans le doute quant à cette tholos.
 
Nous avons commencé notre visite assez tôt ce matin, mais nous avons pris notre temps pour bien tout voir sur le site, qui est assez étendu, et quand vers 14h30 nous nous dirigeons vers le musée, nous apprenons qu’il ferme à quinze heures. Et une demi-heure plus tôt il est déjà vide et noir, la grille est fermée. Idem pour la librairie. Il est vrai qu’en une demi-heure nous n’aurions pas vu grand chose. Il nous faudra revenir une autre fois, ce soir nous rentrons sur Athènes.
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Published by Thierry Jamard
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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 21:21
685a1 Citadelle de Nauplie
 
685a2 Nauplie, port et îlot Bourtzi
 
Hier, nous avons passé la nuit à Nauplie, face à la mer, puis le matin nous avons fait un petit tour, nous avons regardé (d’en bas) la citadelle vénitienne qui ruisselle sur les pentes de cette colline aiguë, nous avons flâné sur le port où notre attention a été attirée par le drapeau arboré par un vieux bateau qui semble hors d’état de naviguer. Mon œil d’ex-résident d’Amérique du Sud, et celui d’Emmanuelle qui y a résidé bien plus que moi et qui y retourne régulièrement, ont identifié le drapeau comme étant celui de la Bolivie, et en effet la coque est immatriculée à La Paz. Qui a en tête la géographie de l’Amérique Latine se représente la Bolivie comme un pays sans rivage maritime, comme la Suisse ou la Biélorussie. Mais le lycée Charles De Gaulle que j’ai dirigé à Concepción, au Chili, étant situé dans la rue Aníbal Pinto, le président de la République Chilienne (1876-1881) au moment du déclenchement de la Guerre du Pacifique (1879-1884) contre la coalition du Pérou et de la Bolivie, je ne peux ignorer les événements au terme desquels le Chili a annexé à son nord la province qui donnait à la Bolivie son débouché sur la mer et, encore au-delà, la province la plus méridionale du Pérou. Comment l’oublier, puisque le 21 mai, jour des "Glorias Navales", est férié ? Mais les relations se sont normalisées avec le temps (beaucoup de temps), et le Chili, tout en gardant la souveraineté sur la totalité des territoires conquis, concède à la Bolivie un accès à l’Océan Pacifique en son port d’Iquique. On peut donc immatriculer un navire à La Paz, ville profondément dans les terres, et même à 3650 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui fait plonger de très haut, le port de La Paz étant à Iquique.
 
685b1 oliviers
 
685b2 Chapelle, à Mycènes
 
685b3 Chapelle, à Mycènes
 
Nous avons vu dans nos guides que le site de Mycènes ferme assez tard, mais quand nous arrivons nous découvrons qu’il est fermé. Il est un peu plus de quinze heures et il ferme à quinze heures. Il aurait fallu partir ce matin de Nauplie au lieu d’y traîner. Tant pis, nous nous promenons dans ce joli petit bois d’oliviers, nous trouvons une chapelle perdue dans la nature, et dont la porte est ouverte. C’est sympathique. Il y a même un balai sur le seuil pour que l’on puisse nettoyer la terre que l’on apporte à ses semelles. Trouvant agréable et accueillant que l’on puisse y pénétrer, je m’applique même à faire un ménage complet ( pas plus de cinq minutes cependant). Pour un Chrétien, il est impensable que la Mère de Dieu ait un corps corruptible, aussi les Orthodoxes admettent-ils l’idée que la Vierge n’est pas morte, mais qu’elle s’est endormie, c’est la Dormition de la Vierge représentée sur l’icône ci-dessus, tandis que pour un Catholique Marie a été élevée aux Cieux, c’est l’Assomption. Mais on voit parfois des représentations de Dormition dans des églises catholiques, comme mon blog en fait état à Spoleto (premier novembre 2009), à l’église de la Martorana à Palerme (le 3 juillet dernier), à Troia (le 30 octobre), à Ostuni (le 15 novembre), à Brindisi (le 20 novembre). Je n’ai pas encore vu assez d’églises orthodoxes pour dire si l’on peut y voir des Assomptions, et je ne connais pas assez bien cette religion pour savoir si cette éventualité est possible.
 
685c1 Mycènes, le site
 
685c2 Mycènes, la citadelle
 
685c3 Mycènes
 
En attendant de visiter le site demain matin, nous regardons de loin, puis à travers les grilles, cette grosse citadelle, la ville du roi Agamemnon qui a mené la guerre à Troie au treizième siècle avant Jésus-Christ. J’ai déjà eu l’occasion de dire comment cette histoire que l’on prenait pour une pure légende a été éclairée, d’abord au dix-neuvième siècle par l’Allemand Schliemann qui, prenant à la lettre les descriptions géographiques d’Homère, a mis la main sur la ville de Troie, puis sur Mycènes, et plus récemment en 1952 quand l’Anglais Ventris a déchiffré les tablettes en linéaire B trouvées dans les palais minoens de Crète et à Mycènes et Tirynthe, prouvant que leurs auteurs étaient des Grecs et y trouvant, orthographiés selon les exigences de cet alphabet, les noms d’Agamemnon et d’Étéocle. Nous voyons ces énormes murailles construites avec de très gros blocs de pierre, appelées murs cyclopéens, par allusion à la force qu’il a fallu déployer pour les apporter et les monter, les Cyclopes de la mythologie étant des êtres doués d’une force exceptionnelle et redoutable.
 
685d1a Mycènes, porte des Lionnes
 
685d1b Mycènes, porte des Lionnes
 
685d1c Mycènes, porte des Lionnes, de l'intérieur
 
Après avoir passé la nuit au camping de Mycènes ville, à quelques kilomètres du site, nous revenons ce matin sur les lieux. Et l’on entre par la célèbre porte des Lionnes. L’énorme linteau monobloc de la porte pèse vingt tonnes et il est surmonté de cette plaque de pierre mince élégamment sculptée. Dans les campagnes françaises il n’est pas rare de voir sur les vieilles fermes une grosse fissure dans la pierre de linteau de la porte, quand il ne s’est pas purement et simplement brisé et effondré. C’est parce que le poids des pierres du premier étage reposant sur lui a eu raison de sa résistance. Je dis que ces fermes sont vieilles, mais leurs architectes, du seizième au dix-huitième siècle, ont travaillé plus de trente siècles après ceux de Mycènes qui avaient compris qu’en créant un décalage entre les pierres qui surmontent les piliers, ils pouvaient construire solidement au-dessus, tout le poids reposant sur les piliers, c’est-à-dire finalement sur le sol, l’évidemment créé au-dessus du linteau, appelé triangle de décharge, permettant que rien, pas un gramme, ne repose sur le porte-à-faux au centre du linteau. Pas un gramme, mise à part cette pierre décorative, poids plume pour un si épais linteau. Idée géniale. Mes photos montrent l’arrivée vers la porte, le triangle des Lionnes et l’envers de la porte.
 
685d1d Emmanuelle à Mycènes près porte des Lionnes
 
Dans le mur non loin de la porte, un trou a intrigué Emmanuelle. Elle est allée y voir mais il paraît que rien d’intéressant ne s’y trouve. Laissons-la donc s’extraire et allons voir ailleurs.
 
685d2a Mycènes, cercle des tombes
 
685d2b Mycènes, cercle des tombes
 
685d2c Mycènes, cercle des tombes
 
Sur la droite, on trouve d’abord cette profonde excavation qui a mis au jour ce cercle de tombes. Ici, nous ne sommes plus à l’époque préhistorique, mais nous sommes à l’Helladique, qui précède la civilisation mycénienne. Cette période est caractérisée par les tombes à fosses dans lesquelles on trouve plusieurs squelettes, jusqu’à cinq, enterrés successivement puisque les tombes ont été fermées puis rouvertes. Ce sont des fosses rectangulaires profondes qui ont été creusées à même la roche et dont le fond est tapissé de cailloutis. Les morts étaient enterrés avec des armes et des outils de bronze, avec des bijoux, avec des poteries de terre cuite.
 
685d3 Mycènes, poterne nord
 
685d4 Mycènes, issue de secours
 
Petit tour vers les autres portes de la ville. Car il ne s’agissait par ici d’un château isolé, mais d’une ville de quelque importance, groupée autour du palais royal et protégée derrière ses murailles. Il y avait donc la Porte des Lionnes d’un côté, et la Poterne nord à l’autre bout. En outre, comme on peut le voir sur la seconde de ces photos, il existait de très petites et très discrètes issues de secours pour le cas où l’ennemi serait parvenu à entrer dans la ville malgré ses défenses. Non seulement cette ouverture est quasiment invisible de l’extérieur, perdue dans la végétation, mais elle donne sur un versant abrupt de la colline que l’on peut dévaler en fuyant, mais qu’en sens inverse on ne peut escalader sous les jets de pierres et les flèches des défenseurs.
 
685e1 Mycènes, citerne souterraine
 
685e2 Mycènes, citerne souterraine
 
L’eau était stockée dans des citernes souterraines. On y accède par cet escalier (première photo) mais ensuite je recommande aux futurs visiteurs de se munir de lampes de poche, ce que j’ai négligé de faire. Dès que l’on a descendu quelques marches, les lieux sont bien obscurs, et le paraissent d’autant plus que l’on a les yeux tout éblouis par le soleil de l’extérieur. Puis, après la porte, c’est le noir complet, même en restant assez longtemps pour habituer ses yeux à l’obscurité. J’ai pris ma première photo du haut de l’escalier, là où pénètre la lumière du jour, mais la seconde était complètement à l’aveugle, au flash, et avec un réglage de distance manuel, au jugé puisque le pauvre autofocus de mon appareil n’y voyait goutte pour régler lui-même. Je n’ai donc pu aller plus loin (de peur de tomber dans la citerne).
 
685f1 Mycènes, Maison des Colonnes et quartier des artisan
 
685f2 Mycènes vue d'en haut
 
Il y a beaucoup à parcourir et beaucoup à voir parmi les ruines de bâtiments. C’est impressionnant mais en photo je ne retrouve pas les sensations de la visite. Je me contente donc de montrer sur la première photo ce que l’on appelle la maison des colonnes (on repère, à l’arrière-plan à gauche, les bases rondes de plusieurs colonnes brisées au niveau du sol), ainsi que, au premier plan, les fondements de bâtiments situés dans le quartier des artisans. La deuxième photo montre comme la situation de la ville permettait aux vigiles de repérer longtemps à l’avance toute arrivée suspecte, laissant le temps aux défenseurs de s’équiper et de prendre position pour repousser l’ennemi éventuel. Sur le parking, en bas, on voit un autocar de tourisme et une voiture, et entre les deux, l’engin blanc, c’est notre camping-car qui nous attend sagement. Gare à celui qui voudrait nous cambrioler, je le verrais et j’ai dans mon carquois des flèches empoisonnées dans le sang de Méduse.
 
685g1 Musée de Mycènes, terres cuites
 
Sur le site est installé un petit musée archéologique qui présente quelques objets intéressants trouvés sur place, mais nous avons vu à Athènes que les plus belles pièces exhumées ici ont été transférées au musée de la capitale, comme le masque en or dit d’Agamemnon. Néanmoins j’aime bien ces trois statuettes de terre cuite découvertes non pas dans une tombe mais dans le temple et que l’on a datées entre 1250 et 1180 avant Jésus-Christ. Je trouve frappant que les deux premières fassent exactement le même geste, qui n’est pas un geste de la vie courante, et pour cette raison je me demande s’il ne ferait pas partie d’un rituel. Prudents, les archéologues qui ont rédigé les notices se contentent, pour chacune des figurines, de dire que ce sont des figures anthropomorphiques. Cela, merci, je l’avais vu.
 
685g2 Musée de Mycènes, bijoux (colliers)
 
Dans une autre vitrine, j’ai remarqué ces colliers et ces bracelets. Dans la série du haut sur ma photo, à gauche, le bracelet (n°26) est en verre et perles de Sardaigne et le collier (n°28) est en faïence et perles de verre, tout comme l’autre petit bracelet situé sous l’ensemble bleu et qui porte le même numéro (n°28). Le petit bracelet bleu (n°29) est en cristal de roche, faïence et perles de verre, tandis que le grand collier bleu (n°30) est en perles de faïence. Et à droite, l’ensemble (n°27) est en faïence et perles de verre. Tous ces bijoux sont datés de 1400-1300 avant Jésus-Christ. En ce qui concerne les jolies parures de la seconde ligne, l’étiquette que je n’ose appeler descriptive ou informative se contente de dire que ce sont des bijoux de 1400-1300 avant Jésus-Christ. Tout ce que je présente sur cette image est donc contemporain.
 
685g3 Musée de Mycènes, linéaire B
 
L’autre jour au musée archéologique national, à Athènes le 8 mars, j’ai raconté l’histoire de la découverte essentielle pour l’histoire du sens de l’écriture dite linéaire B et son appartenance à la langue grecque. Quelques unes de ces tablettes n’ont pas été transférées à Athènes. Je ne peux résister au plaisir d’en montrer deux, avec un dessin représentant ce que l’on pourrait y lire mais qui est peu clair sur la photo. Ce dessin est une très bonne idée du musée. La première donne des noms d’hommes, la seconde énumère des plantes.
 
685g4 Musée de Mycènes, poupée articulée
 
Encore un objet de ce musée, cette amusante poupée articulée pour laquelle la légende dit que c’est une figurine anthropomorphe de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ, ou du début du cinquième. Rien de plus. Je suppose cependant qu’elle a été trouvée dans une tombe. J’ai vu parfois des représentations de femmes chaussées sur de très hautes semelles, mais c’était sur des statues crétoises antérieures d’environ un millénaire à l’an 500. Il pourrait alors ne pas s’agir d’un jouet mais d’une évocation d’une actrice de théâtre chaussée de cothurnes. Mais ici on n’a pas jugé bon de dire d’où elle provient. Bonne idée cependant de la montrer assise, ce qui lui donne vie.
 
685h1 Mycènes, tombeau d'Egisthe
 
685h2 Mycènes, bassin
 
Encore à l’intérieur du site, mais au bas de la colline, en dehors de la citadelle, se trouvent quelques autres découvertes archéologiques comme cette tombe dite d’Égisthe bien qu’aucun indice ne permette de l’attribuer à tel ou tel mais, construite vers 1250, elle date environ de l’époque de la guerre de Troie, pendant laquelle Égisthe a mis à profit l’absence d’Agamemnon pour prendre sa place auprès de sa femme Clytemnestre, puis à tramer avec elle le meurtre du mari trompé à son retour de guerre après dix ans de combats et d’aventures. L’autre photo montre un bassin de terre cuite alimenté par un gros tuyau.
 
685i1 Tombeau d'Agamemnon à Mycènes
 
685i2 Tombeau d'Agamemnon à Mycènes
 
685i3 Tombeau d'Agamemnon à Mycènes
 
Cette fois-ci, nous sommes hors du site principal, quelques centaines de mètres plus loin, dans un site accessoire. Sous cette grosse butte herbue les archéologues ont mis au jour ce tombeau dit d’Agamemnon, attribution qui, de même que pour celui d’Égisthe tout à l’heure qui lui est à peu près contemporain (entre le milieu du quatorzième siècle et le milieu du treizième), ne repose sur rien de solide. On l’appelle aussi Trésor d’Atrée. L’accès de 36 mètres de long descend légèrement et aboutit dans cette extraordinaire salle à la voûte en ogive haute de 13,50 mètres qui repose sur une base circulaire de 14,50 mètres. Jusqu’à la construction du Panthéon de Rome, près d’un millénaire plus tard, on n’a pas construit de si haute voûte. Et encore, les Romains avaient pris aux Étrusques leur technique du béton, tandis que les Mycéniens ont monté leur voûte en pierres parfaitement ajustées afin qu’elles se tiennent les unes les autres de façon solide et stable malgré le poids de l’ensemble. Ici encore on retrouve la technique du triangle de décharge au-dessus d’un colossal linteau d’une seule pièce sur toute la longueur de l’entrée. Parce que ce tombeau, dont la chambre funéraire rectangulaire s’ouvre dans cette tholos (nom donné aux constructions circulaires) n’a jamais été recouvert comme cela a été le cas pour bien des tombes antiques, il est toujours resté à la vue des voyageurs qui l’ont souvent décrit, mais aussi des voleurs qui l’ont si bien fouillée que les archéologues modernes n’y ont strictement rien trouvé.
 
Telle est cette envoûtante Mycènes qui, avec sa voisine Tirynthe soumise au même souverain, a développé une puissante et brillante civilisation du seizième au douzième siècle en relation avec la civilisation qui, à la même époque, a brillé en Crète, étouffant la civilisation minoenne qui l’a précédée. Les Mycéniens se sont en outre enrichis des fréquents raids de razzias que leurs pirates ont pratiqués sur les côtes de l’Asie Mineure, si l’on en croit les chroniques hittites qui nous sont parvenues. Ils représentent le sommet de l’âge du bronze, et ont été supplantés par les vagues doriennes qui sont arrivées sur la Grèce. Ces Doriens connaissaient l’usage du fer et, quoique le niveau de civilisation de ces envahisseurs nomades ait été moins développé que celui des Mycéniens, ce métal leur a assuré la suprématie. Ils ont écrasé cette civilisation mycénienne qu’ils n’ont pas été en mesure d’assimiler, plongeant la Grèce dans un Moyen-Âge dont elle ne sortira que quatre siècles plus tard. Il est frappant de constater que les musées, un peu partout, présentent une pléthore d’objets du Néolithique, de l’Âge du Bronze, puis se taisent vers 1200 avant Jésus-Christ pour faire un bond jusqu’à ce que l’on appelle la période archaïque vers le huitième siècle. Et après les tablettes en linéaire B, il faudra attendre les œuvres d’Hésiode et d’Homère au huitième siècle (mais mises par écrit deux siècles plus tard) pour voir renaître des créations, en même temps que des statues, des édifices, de l’artisanat. Et puisque je parle d’Homère et de ses épopées, je voudrais terminer cet article par une anecdote amusante (ou du moins qui m’amuse). Malheureusement, n’ayant pas sous la main le texte de l’Iliade, je ne peux l’utiliser pour aider ma mémoire défaillante à situer le passage concerné ; quoique chantant ses épopées quatre cents ans après les événements présumés de la Guerre de Troie, Homère s’applique à toujours respecter les usages, les modes de vie, le niveau de développement correspondant à l’époque qu’il décrit. C’est ainsi que toujours il parle des armes et des outils de bronze. Toujours, sauf… une fois où il parle de fer. Malheureuse inattention qui passe inaperçue lors d’une lecture rapide mais que, lorsque j’enseignais encore, je pointais d’un doigt sadique pour mes élèves, auxquels j’aimais donner à traduire ce passage. Ma punition est de n’être pas capable de le citer ici.
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Published by Thierry Jamard
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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 22:39
684a1 théâtre d'Epidaure
 
684a2 Epidaure, le théâtre
 
Partis ce matin d’Athènes, nous avons franchi l’isthme de Corinthe et avons roulé vers Épidaure en suivant la côte. Nous voici donc dans ce fameux théâtre, sans doute le plus connu au monde. Selon Pausanias qui a vécu au deuxième siècle de notre ère, il aurait été construit au milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Ce n’est pas le plus grand théâtre du monde grec, il était surpassé par celui de Mégalopolis, mais sa capacité était quand même de treize à quatorze mille places, ce qui est respectable. Les spectateurs entraient par les deux portes monumentales qui flanquent la scène, et se répartissaient dans la cavea, les 34 rangées inférieures ou les 21 rangées supérieures, séparées par une large allée. Lors des festivals dans le sanctuaire du dieu Asclépios, des jeux sportifs étaient organisés, et des pièces de théâtre, comédies ou tragédies, étaient jouées sur cette scène. Mais le théâtre était également utilisé pour des déclamations de poésie et probablement aussi pour des concerts.
 
684a3 Emmanuelle au théâtre d'Epidaure
 
684b1 Epidaure, le théâtre
 
684b2 Epidaure, le théâtre
 
Mais le plus remarquable, outre sa beauté esthétique, c’est son acoustique. Si l’on se donne la peine de monter jusqu’aux derniers rangs (c’est ce que fait ici ma fille Emmanuelle sur la première de ces photos), on se rend compte que l’on entend parfaitement ce que dit à mi-voix une personne placée sur l’espace de la scène. Les volontaires ne manquent pas pour pousser la chansonnette tandis que leurs amis vont tester l’acoustique en plusieurs endroits, sur les côtés, au centre, plus ou moins haut. Pendant que nous étions là, un grand groupe de touristes espagnols est arrivé et s’est réparti un peu partout dans la cavea, puis la guide a laissé tomber, d’une hauteur de vingt centimètres environ, quelques pièces de monnaie. Nous avons parfaitement entendu le tintement du métal sur le sol. Certes, il était souhaitable, dans un si grand théâtre, que tous les spectateurs puissent entendre les acteurs en un temps où évidemment les microphones n’existaient pas, mais nous avons là une preuve de plus de l’incroyable niveau technique des Grecs de l’Antiquité, capables de calculer une telle architecture qui combine acoustique, visibilité, esthétique et solidité. Est-ce plus ou moins admirable que le jeu avec les effets d’optique du Parthénon, je ne saurais le dire, tout comme dans d’autres domaines les Grecs ont animé des automates avec une machine à vapeur, ou ont calculé la circonférence du globe terrestre (ce qui veut dire aussi qu’ils savaient que la terre n’était pas plate).
 
684c1 Epidaure, copie d'ex-voto, guérison de surdité
 
Il y a aussi à Épidaure un petit musée archéologique. Il possède quelques pièces originales, mais aussi beaucoup de copies, le musée archéologique d’Athènes ayant récupéré les objets intéressants mis au jour dans les fouilles de tout le pays. Dans ces conditions, j’ai décidé de ne pas montrer ici de copies. Et puis en voici quand même une, parce que j’ai manqué l’original qui est à Athènes et que cet ex-voto est rare. En effet, les pèlerins avaient beau venir d’un peu partout, les inscriptions en latin, comme celle-ci, sont exceptionnelles. Par ailleurs, l’étiquette explicative est totalement aberrante, disant que Cutius, roi de Gaule Alpine, remercie, en 9 ou 8 avant Jésus-Christ, le dieu Asclépios de l’avoir guéri de sa surdité. J’ignore ce qu’est la Gaule Alpine, mais de toute façon à cette époque qui est celle de l’empereur Auguste, la totalité du territoire des Gaules est romanisée, et il n’y a plus de rois depuis longtemps. En revanche, l’épigraphie fait apparaître à cette époque plusieurs personnages nommés Cutius en Espagne. Ce qui est sûr, c’est que ce Cutius dit que ses oreilles ont été guéries par le fils de Phœbus (c’est-à-dire le fils d’Apollon, Asclépios). Mais rien ne dit si cet homme a fait spécialement le pèlerinage d’Épidaure pour implorer du dieu sa guérison ou si, de passage dans la région, il en a profité pour aller consulter.
 
684c2 Epidaure, définition des formalités des sacrifices
 
Cette stèle, au contraire, est originale et date d’environ 400 avant Jésus-Christ. Son inscription comporte la loi sacrée qui définit les formalités pour sacrifier à Apollon et à Asclépios.
 
684c3 Epidaure, instruments de médecine et chirurgie
 
Moins célèbre aujourd’hui que son merveilleux théâtre mais beaucoup plus célèbre dans l’Antiquité était le sanctuaire d’Asclépios à Épidaure. Ce dieu médecin en effet soignait et guérissait par incubation dans son sanctuaire, après un temps de repas spéciaux pris en commun. C’est pendant ces repas que le dieu venait parmi les patients. Mais de même que les plus croyants des chrétiens qui font le pèlerinage de Lourdes se soumettent aux médecins et chirurgiens humains et souhaitent le miracle de la part de Marie en dernier recours, de même les pèlerins d’Asclépios à Épidaure ne refusaient pas les soins médicaux traditionnels. Le dieu, dans ces conditions, pouvait inspirer les médecins et les aider dans leur pratique. Aussi a-t-on retrouvé à Épidaure, dans la partie du sanctuaire où se trouvaient les cabinets médicaux, bien des instruments chirurgicaux, scalpels, aiguilles, pinces, dont j’ai regroupé quelques uns sur cette image.
 
684d1 Epidaure, Katagogion (hôtel du sanctuaire)
 
Quittons le petit musée pour nous rendre dans les ruines de bâtiments. Ici, c’est le katagogion, soit ce qui servait d’hôtel pour l’accueil non pas uniquement des patients, lesquels devaient pendant une partie des rites loger dans le sanctuaire, manger à la table du dieu et dormir dans la salle d’incubation, mais aussi des personnes qui les accompagnaient. En réalité, ce grand carré de 76,30 mètres de côté se partage en quatre carrés internes correspondant à quatre hôtels, chacun possédant une entrée et ordonnant ses chambres autour d’une cour bordée d’un portique. Deux des hôtels communiquent entre eux, celui de l’est et celui de l’ouest, tandis que les deux autres, au nord et au sud, sont isolés. On a supposé que ce pouvait être pour les maintenir fermés en période de moindre affluence (après tout, en France, dans bien des stations touristiques seuls quelques hôtels restent ouverts en basse saison), ou pour regrouper loin des bien portants, et sans contact avec eux, les malades atteints d’une même maladie contagieuse.
 
684d2a Epidaure, bains grecs
 
684d2b Epidaure, adduction d'eau aux bains grecs
 
Nous arrivons aux bains grecs construits, comme le katagogion, au début de l’ère hellénistique (puisque cette ère part de la mort d’Alexandre en 323, ces bâtiments datent des années 270 à 300 environ, soit le début du troisième siècle avant Jésus-Christ). Sur trois côtés d’une grande cour centrale s’ordonnent plusieurs piscines et salles de bains, ainsi que les conduits de drainage. Par ailleurs, ma seconde photo ci-dessus permet de voir la conduite d’adduction d’eau. Les Romains, qui ont investi le sanctuaire de 31 avant Jésus-Christ à 330 après, ont ajouté deux piscines et un système de réservoirs.
 
684d3a Epidaure, temple d'Asklepios (380-370 avt JC)
 
684d3b Epidaure, temple d'Asclépios
 
Nous voici devant le temple d’Asclépios. C’est le dieu médecin, cela je l’ai déjà dit, et au sujet du malentendant qu’il a guéri nous avons vu qu’il était le fils de Phœbus Apollon, mais le moment est venu de parler de lui un peu plus précisément. Et en particulier parce que j’avais eu l’occasion de suivre à la Sorbonne le cours de religion grecque de Fernand Robert, spécialiste d’Épidaure –je vais reparler de lui tout à l’heure–, qui avait étudié lors d’une de ses conférences les textes évoquant la genèse d’Asclépios. Donc, dans les environs vivait une jolie jeune femme du nom de Coronis et Apollon, qui avait bon goût et n’avait pas ses yeux dans sa poche (d’ailleurs, nu la plupart du temps et n’étant pas une femelle kangourou il n’avait pas de poche), Apollon, dis-je, la remarqua et ne manquant pas non plus lui-même de charme il n’eut pas de mal à la séduire. Les amours divines n’étant jamais stériles, de cette unique union Coronis se retrouva enceinte. Puis Apollon est remonté boire l’ambroisie sur l’Olympe, et est retourné à ses affaires. Mais Coronis n’était pas de bois et, ma foi, après quelque temps, puisqu’elle était délaissée par le dieu elle n’a pas dit non à un autre séducteur, mortel celui-là, un certain Ischys. Tromper son amant quand ils s’agit du dieu de la divination, ce n’est pas bien malin, on est sûr d’être découvert, et c’est en effet ce qui est arrivé. Apollon a été furieux, il trouvait inadmissible qu’un simple mortel passe après lui alors que le fruit de ses amours était encore là, en gestation, dans le corps de cette femme, aussi a-t-il demandé à sa sœur jumelle, la déesse Artémis, la chasseresse qui ne rate jamais son but, de le venger. Et elle, qui ne refuse jamais rien à son frère, a décoché une flèche à Coronis qui s’est effondrée, morte. Deuil, exposition, rites funéraires, bûcher. Le corps de Coronis était déjà dans les flammes et commençait à se consumer quand Apollon s’est souvenu que son fils allait lui aussi être incinéré, aussi s’est-il précipité pour opérer une césarienne au milieu des flammes et sauver in extremis Asclépios. On comprendra qu’avec une naissance dans de telles conditions, alors que la première césarienne humaine ne serait pratiquée que beaucoup plus tard, sur la femme de Jules César, d’où son nom, le petit Asclépios ait été prédisposé à la science médicale. Son père le confia alors au centaure Chiron qui s’y connaissait particulièrement en médecine et qui lui en a enseigné bien plus qu’il n’aurait pu en apprendre à la fac de médecine d’Épidaure (qui d’ailleurs n’existait pas). C’est ainsi qu’il est devenu le dieu médecin dans le sanctuaire où nous sommes. On lui offrait des sacrifices, on lui faisait des dons, et son négoce marchait bien, mais lorsqu’il s’est mis à ressusciter des morts, parmi lesquels Hippolyte, le fils de Thésée (relire la Phèdre de Racine pour savoir comment il est mort), et cela en échange de sommes rondelettes selon mon ami Pindare, là Zeus a eu peur que cela ne révolutionne l’ordre du monde et pour y mettre fin il a jugé bon de foudroyer Asclépios. Car nous disons le dieu en parlant de lui, mais souvenons-nous que sa mère n’est qu’une mortelle, une très belle et très séduisante mortelle, mais mortelle quand même, ce qui fait qu’Asclépios n’est qu’un demi-dieu. Et, comme Héraklès ou Pan, il peut mourir. C’est ce qui lui est arrivé. Apollon, très fâché que l’on supprime son fiston comme ça, pof, d’un coup de foudre, fait un carnage chez les Cyclopes. Pourquoi choisir les Cyclopes pour se venger de Zeus ? Parce qu’ils sont ses oncles, parce qu’il les avait autrefois délivrés du Tatare où les avait enfermés leur frère Cronos, le père de Zeus, et parce que, pour l’en remercier, ils avaient fabriqué le foudre dont il s’est servi pour tuer Asclépios. Mais, bon sang, c’est Zeus qui est le chef des dieux, de plus Apollon est son fils, c’est de l’insoumission, c’est un comportement inadmissible. Zeus remet de l’ordre dans la famille : d’une part, Apollon devra servir comme bouvier chez Admète pendant un an, d’autre part en considération du soulagement que pendant des siècles Asclépios a apporté aux humains accablés de tous les maux qui s’étaient échappés de la jarre imprudemment ouverte par Pandore, la vilaine curieuse, il décide de donner une seconde vie au demi-dieu qui, d’ailleurs, était son petit-fils, en faisant de lui la constellation du Serpentaire (entre le Scorpion et le Sagittaire). Logique, puisque son emblème était le caducée, ce bâton autour duquel s’enroule un serpent. Arrivé au terme de mon récit, je me dois quand même de préciser que ce n’est pas exactement en ces termes que Fernand Robert avait raconté l’histoire, mais je ne crois pourtant pas avoir changé les faits en changeant le style.
 
684d3c Epidaure, la tholos
 
Je voudrais parler de la tholos d’Épidaure, ce bâtiment rond en forme de labyrinthe construit entre 365 et 335 avant Jésus-Christ. Mais c’est le bâtiment qui apparaît tout à gauche sur ma photo du temple. Elle est toute bardée d’échafaudages, et il est interdit de s’en approcher. On est en train de la reconstruire. En 1978, j’avais pu m’approcher et voir le labyrinthe à l’intérieur. C’est fini. Alors je me contente de la photo aérienne qui est reproduite sur le panneau explicatif du monument et qui a été prise avant les travaux de reconstruction. La tholos était composée d’un premier cercle de 26 colonnes aux chapiteaux doriques, suivi d’un mur circulaire lui aussi, avec un second cercle de 14 colonnes aux chapiteaux corinthiens. Puis au centre, le troisième cercle était celui du mur délimitant un espace creusé sous le niveau du sol. Et cet espace souterrain était lui-même composé de trois murs circulaires concentriques délimitant ainsi des couloirs ici ou là murés, mais communiquant par des ouvertures décalées constituant ainsi un labyrinthe. J’ai dit tout à l’heure que je reparlerais de ce Fernand Robert, professeur à la Sorbonne à l’époque de mes études. Il était si passionnant, si cultivé, que pour rien au monde je n’aurais manqué son cours de religion grecque qui pourtant était totalement détaché de mon programme de licence, et c’est lui que je suis allé solliciter pour qu’il soit mon "maître" dans la recherche qui devait constituer mon mémoire de maîtrise. Je reviens à lui maintenant parce qu’il a été dans sa jeunesse membre de l’École Française d’Athènes et que sa thèse de doctorat portait sur la tholos d’Épidaure. C’est donc grâce à ses recherches que l’on sait aujourd’hui la raison de ce très curieux édifice, unique en son genre. Par sa naissance d’une mère morte, parce que son père Apollon lui a transmis la connaissance de l’art divinatoire qui est directement lié au contact avec le monde des morts, par son pouvoir de faire revenir de l’Hadès ceux qui y sont descendus, Asclépios est en lien avec le monde chthonien, et ce labyrinthe souterrain pourrait représenter symboliquement la demeure souterraine du dieu. À ce propos, j’ajoute que le serpent de son caducée est l’animal chthonien par excellence, qui rampe au sol, qui disparaît dans les cavités souterraines et réapparaît à la lumière, faisant le lien entre les deux mondes.
 
Et au sujet des fouilles menées à Épidaure par Fernand Robert, je voudrais maintenant raconter une anecdote qui lui est arrivée et que j’ai trouvée suffisamment émouvante pour qu’après quarante six ans je m’en souvienne encore et qu’elle me touche encore. Tout jeune, il venait d’arriver sur les lieux, et effectuait sa toute première journée de fouilles. Toute la journée, les ouvriers grecs qui avaient été mis à sa disposition ont retourné le sol sans rien trouver. Puis, quelques minutes à peine avant l’heure de la fin du travail, la pelle de l’un d’entre eux a heurté une grosse pierre. Pierre d’un monument, qu’il convient de ne pas toucher, ou stèle renversée qu’il faut retourner ? Choix difficile, surtout pour un débutant. Mais se disant que la nuit porte conseil, il a laissé partir les ouvriers et est rentré chez lui. Dans son excitation, dans son anxiété aussi, il n’a pas fermé l’œil de la nuit mais au matin il a pris la décision de retourner la pierre. Malade d’impatience, il était sur le chantier bien avant l’heure et, dès que les ouvriers sont arrivés il leur a fait retourner la pierre. Et, ô merveille, il avait eu raison, la terre balayée avec le gras de la main semblait laisser entrevoir une inscription. De l’eau, vite, il lave la surface et commence à déchiffrer : "Salut, Étranger, toi qui remets au jour le culte antique des Dioscures. Leur bénédiction retombera sur toi et sur ta descendance". Un texte qui semblait rédigé pour lui il y a deux mille cinq cents ans, de quoi fondre en larmes d’émotion. Bien évidemment, au musée d’Épidaure, j’ai cherché cette pierre. Ne la trouvant pas, j’ai posé la question. Les dames qui étaient là n’étaient pas au courant, il semble qu’elles ne connaissaient pas trop les stèles exposées. Peut-être ai-je manqué cette stèle à Athènes où le musée est si immense, si riche, qu’il est difficile de tout voir.
 
684e Epidaure, sanctuaire d'Asclepios
 
Asclépios, Fernand Robert… J’ai été trop long. Je dois terminer. Et je serai tout particulièrement bref avec cette double petite construction circulaire que je montre parce que je la trouve originale, mais que je ne peux identifier et qui sur le terrain ne fait pas l’objet d’un panneau explicatif.
 
684f1 Epidaure, propylées du sanctuaire d'Asklepios
 
684f2 Epidaure, propylées du sanctuaire d'Asklepios
 
Par rapport à l’entrée du site archéologique, qui se fait du côté du théâtre, je suis maintenant tout au bout, à l’autre extrémité. Mais c’est en réalité ici qu’avait lieu l’entrée officielle du sanctuaire. Cette courte rampe descend vers le sanctuaire, ce qui veut dire que sur la première photo je suis dans le sanctuaire et que je regarde vers l’extérieur. Sur la seconde photo le sanctuaire est à gauche. Au fond de la première photo, à droite de la seconde, cette esplanade surélevée supportait les propylées du quatrième siècle avant Jésus-Christ, une entrée d’honneur richement architecturée mais dont il ne reste que le soubassement. Là, le pèlerin pouvait lire "Quand tu entreras dans la demeure du dieu, celle qui embaume l’encens, il faut que tu sois pur, et ta pensée est pure quand tu penses avec piété". Plus loin, après les ablutions rituelles, il devait obligatoirement sacrifier à Apollon et à Asclépios sur l’autel proche. Un bœuf s’il était riche, sinon une volaille, ou même s’il était très pauvre il pouvait se contenter d’offrir quelques fruits. Le voyageur venant de loin pouvait offrir un don d’argent. La nourriture offerte, animal ou autre, devait être consommée sur place, il était sacrilège qu’elle sorte du sanctuaire. Puis avait lieu une cérémonie religieuse qu’aucun texte ne décrit, sans doute parce qu’il s’agissait d’un culte secret qu’il était interdit de révéler. On a supposé que cette cérémonie pouvait avoir lieu dans cette tholos si mystérieuse et en même temps si belle, d’une architecture si raffinée. Après cela, le pèlerin allait dormir dans la salle où le dieu allait peut-être le visiter pendant son sommeil, c’était alors la guérison par incubation. Le patient, si c’était le cas, se réveillait guéri après avoir vu Asclépios dans son rêve. Il devait alors s’acquitter d’un don proportionnel à sa fortune et à la gravité de l’affection dont il était guéri. La présence de médecins et de chirurgiens dans le sanctuaire n’étant attestée que tardivement, les mauvaises langues disent que leur introduction visait à aider le dieu parce que la foi en lui était déclinante et que les lois économiques de gestion du sanctuaire exigeaient que l’on améliore le pourcentage des guérisons. Peut-être est-ce vrai. Mais ces suppositions ne s’appuient sur aucun texte, sur aucune donnée. Or je disais plus haut qu’une foi ardente n’exclut pas le recours aux moyens humains car les patients qui croyaient le miracle possible savaient fort bien aussi que ce miracle n’était pas systématique et qu’il ne bénéficiait qu’à un faible pourcentage des pèlerins. Les prêtres n’étaient pas consacrés à vie comme chez les Chrétiens, ils pouvaient n’exercer ces fonctions qu’un an ou quelques années, et le responsable de la gestion du sanctuaire était désigné annuellement ; je ne vois pas comment, dans ces conditions, le secret aurait pu être gardé si longtemps s’il y avait eu supercherie. Ce qui ne veut pas dire que j’aie foi dans le pouvoir guérisseur d’Asclépios, mais il y a tant de maladies que l’on peut guérir par suggestion que la croyance en son pouvoir miraculeux peut fort bien reposer sur la constatation de guérisons inexpliquées par la science de l’époque.
 
684g Epidaure, stade antique
 
En marge du sanctuaire il y avait une ville, avec le théâtre que nous avons visité en premier lieu. Je disais que dans les occasions de festivals il y avait des représentations théâtrales et des compétitions sportives. Voici le stade d’Épidaure. On sait d’ailleurs que si chez les Romains les principales distractions étaient les bains et le cirque, chez les Grecs c’étaient le théâtre et le sport. Ce qui ne veut pas dire que les Grecs dédaignaient les bains, nous avons vu ici les bains grecs, ni que les Romains ignoraient le sport, ils le pratiquaient dans des palestres établies dans l’enceinte des thermes. Je disais seulement quelles étaient les priorités de chacun de ces peuples. De plus, de même que le théâtre avait une fonction religieuse, trouvant ses origines dans le culte de Dionysos, les jeux sportifs étaient liés aux rites religieux. Les premiers Jeux Olympiques ont été organisés en 776 avant Jésus-Christ pour sceller l’alliance des diverses cités grecques, une sorte de serment prononcé devant les dieux, et des stades, partout, se rencontrent à proximité des sanctuaires. Mais j’ai dit que je terminais, je pose donc le point final.
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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 22:07
Aujourd’hui, ce que nous allons visiter est le plus classique, le plus connu, le plus visité en Grèce, l’Acropole d’Athènes. Nous verrons aussi le musée de l’Acropole, qui présente de remarquables collections artistiques de l’Antiquité, des statues de toutes époques et au dernier étage, sur des murs à la dimension réelle du Parthénon, les frises qui en ont été détachées pour les protéger, et remplacées sur le monument par des copies. La présentation en est d’autant plus excellente dans ce beau bâtiment ultra moderne qu’on a les frises à hauteur des yeux, et que le commentaire explicatif est placé en face de chacune des scènes. Mais hélas ici, à la différence de ce qui se passe dans le musée archéologique visité hier, la photo est interdite. Pourquoi cette différence ? Mystère. Je dois donc passer sous silence ce que nous avons vu ici. Sauf dans un hall où sont exposées les maquettes de l’Acropole à diverses époques. Et je vais utiliser tout à l’heure deux des photos que j’ai faites de ces maquettes.
 
683a1 Athènes, théâtre d'Hérode Atticus
 
683a2 Athènes, odéon d'Hérode Atticus
 
Mais auparavant, cet odéon d’Hérode Atticus qui s’appuie au flanc de cette colline de l’Acropole et que l’on découvre en premier lieu. Il s’agit d’un petit théâtre de dimensions réduites destiné aux concerts ou aux déclamations de poésie. Hérode Atticus est un rhéteur athénien qui, du fait de la conquête par Rome et de l’attribution de la qualité de citoyen à tous les hommes libres de l’Empire est un citoyen romain. Immensément riche, il a fait construire cet odéon en 161 de notre ère (il est né en 101 et mort en 176).
 
683a3 Athènes, théâtre d'Hérode Atticus
 
683a4 Athènes, odéon d'Hérode Atticus
 
Il était tout en marbre blanc. C’est donc avec le même marbre blanc que la cavea –l’hémicycle des spectateurs– a été refait afin d’utiliser son cadre pour des représentations chaque année. Un peu trop neuf à mon goût. Une rénovation qui devrait pourtant valoir le coup, que je devrais écrire valoir le coût, soit un million quatre cent trente sept mille Euros financés à hauteur de 75% par l’Union Européenne. La capacité de ce petit odéon était de cinq mille spectateurs.
 
683b Athènes, théâtre de Dionysos
 
Un peu plus loin, et lui aussi adossé à la colline, le théâtre de Dionysos est beaucoup plus ancien. On y assistait à l’origine, assis sur le sol de la pente, à des représentations, chants et danses rituels en l’honneur du dieu, jusqu’à ce qu’en 410 on y construise des gradins de bois, remplacés de 338 à 326 avant Jésus-Christ par une vraie construction en pierre, celle dont nous voyons ici les vestiges. Ici, ce n’est pas un odéon, c’est un vrai théâtre, qui pouvait accueillir jusqu’à dix sept mille spectateurs sur ses soixante dix-huit rangées de sièges.
 
683c Athènes, les Propylées (2e-3e s. de notre ère)
 
683d1 Athènes, Propylées
 
683d2 Athènes, Propylées
 
En grec, pylai ce sont les portes. Des propylées sont des avant-portes, l’entrée monumentale. L’Acropole d’Athènes, juchée à plus de 150 mètres d’altitude, n’est accessible que d’un seul côté, le grand et noble bâtiment des Propylées est donc son entrée unique. C’est Périclès qui en décida la construction. Les travaux commencèrent en 437 avant Jésus-Christ mais furent interrompus par la Guerre du Péloponnèse et n’ont jamais repris, nous laissant le bâtiment inachevé. Imposant quand même. La première de ces trois photos représente une maquette (j’ai annoncé que j’en montrerais deux) de cette face de l’Acropole aux deuxième et troisième siècles de notre ère, avec les remparts construits par les Romains.
 
683d3 Athènes, temple d'Athéna Nikè
 
Tout au bord de l’Acropole, sur le côté des Propylées, se dresse le petit temple d’Athéna Nikè, c’est-à-dire Victoire. On reconnaît en ce mot le nom de la colonie grecque qui est aujourd’hui la cinquième ville de France par le nombre d’habitants, Nice (Nikaia, la Victorieuse). En effet, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, Athènes est en perpétuelle compétition avec Sparte pour l’hégémonie sur la Grèce. C’est aussi l’époque des Guerres Médiques, Darius, Xerxès. Le siècle va s’achever avec la Guerre du Péloponnèse. Il s’agissait donc d’honorer la déesse patronne et protectrice de la ville, déesse guerrière et déesse de l’intelligence, en ce qu’elle était la déesse de la victoire. Hélas on sait que, malgré la construction de ce temple et les offrandes et sacrifices faits à Athéna ce sera pour Athènes la déroute totale, avec la défaite d’Aigos Potamos en 404 et l’anéantissement de sa flotte. Mais les professeurs d’histoire ont tellement ressassé ces faits devant leurs élèves, au collège, qu’il est inutile, je pense, d’insister, ce doit être gravé dans toutes les mémoires au même titre que Marignan en 1515 et que Ravaillac et Henri IV en 1610. Dernière précision : On sait que la Victoire est ailée. On revoit la célèbre Victoire de Samothrace, au Louvre, avec ses grandes ailes déployées. Mais sur l’Acropole, cette Athéna était aptère (sans ailes) parce que les Athéniens voulaient être bien sûrs qu’elle ne chercherait pas à s’envoler pour aller favoriser les ennemis si par hasard certains citoyens l’indisposaient. Astucieux.
 
683e Athènes, l'Acropole au temps de Périclès
 
Cette maquette représente l’Acropole en ce cinquième siècle dont je parle. La gigantesque statue d’Athéna qui se profile derrière les Propylées mesurait neuf mètres de haut. Le regard tombe d’abord sur les Propylées et, à droite un peu en avant, ce tout petit temple un peu de travers est le temple d’Athéna Nikè. Quand on voit à quel point il est minuscule, on comprend pourquoi la déesse s’est désintéressée des Athéniens en 404… Derrière, à droite, c’est l’énorme Parthénon, et à gauche l’Erechtheion. Eh bien allons maintenant voir ces deux monuments.
 
683f1 Athènes, le Parthénon
 
683f2 Athènes, le Parthénon
 
683f3 Athènes, le Parthénon
 
Le gigantesque Parthénon n’est évidemment pas à son avantage sous ses échafaudages. Difficile dans ces conditions d’apprécier les merveilles des calculs architecturaux qui ont fait construire un sol légèrement convexe pour contrecarrer l’effet optique qui fait voir concave une grande surface blanche et plane, ou des colonnes légèrement convergentes et un peu plus larges au milieu qu’à la base, toujours pour combattre les effets de la perspective. Autre invention merveilleuse, la lumière qui éblouit de part et d’autre des colonnes des extrémités mange un peu de leur épaisseur apparente, de sorte que leur diamètre serait perçu inférieur au diamètre des colonnes qui ont le mur du temple pour arrière-plan, si les architectes ne les avaient pas voulues un petit peu plus épaisses que les autres. Mais d’ailleurs, échafaudages ou pas, il est impossible de s’en rendre compte, puisque précisément l’intention est de créer une impression de parfaite planéité, de parfait parallélisme. Ce n’est, au contraire, qu’en grimpant sur les échafaudages, et le mètre à la main, qu’on pourrait le constater. C’est admirable. Admirable aussi était l’état de conservation de ce temple jusqu’en 1687 mais les Ottomans attaqués par les Vénitiens y ont installé un dépôt d’armes et une poudrière. Les Vénitiens, pourtant conscients dans leur propre cité de la valeur et de l’intérêt des monuments historiques, n’hésitent pas à viser cet objectif militaire évidemment névralgique. Un boulet atteint son but, la poudrière explose, un mur s’effondre, le toit est intégralement soufflé. Merci Venise. À noter que déjà les murs de la cella intérieure avaient été abattus pour faire du temple une église chrétienne. Les Turcs, eux, avaient transformé l’église en mosquée, mais sans en rien détruire, en y adjoignant seulement un minaret.
 
683g1 Athènes, Acropole, l'Erechtheion
 
683g2 Athènes, Acropole, l'Erechtheion
 
683g3 Athènes, l'Erechtheion, une cariatide
 
Et voici l’Erechtheion. C’est un ensemble de bâtiments juxtaposés pour constituer un temple unique dédié à plusieurs divinités. En 480 avant Jésus-Christ, les Perses de Xerxès, quoique retardés par le sacrifice des Spartiates de Léonidas aux Thermopyles, parviennent à Athènes et la saccagent. Ici un temple dédié à Athéna a été rasé par eux. Sur cet emplacement resté vacant, après le Parthénon et alors que la Guerre du Péloponnèse est déjà commencée, dernière construction réalisée sur l’Acropole, l’Erechtheion est décidé par Périclès peu avant sa mort en 429. Les travaux commencent en 421 et dureront jusque vers 406. On y célébrera Athéna, bien sûr, mais aussi Poséidon et Zeus auxquels il faut ajouter Erechthée, roi légendaire d’Athènes à qui le bâtiment doit son nom. La partie la plus célèbre en est le portique sud, orné de six caryatides. Celles que l’on voit ici sont des copies, cinq des originaux sont actuellement au musée de l’Acropole, le sixième est au British Museum.
 
683g4 Athènes, Acropole, l'Erechtheion
 
683g5a Athènes, l'Erechtheion, détail d'une colonne
 
683g5b Athènes, l'Erechtheion, détail d'une colonne
 
Alors que les autres monuments de l’Acropole sont en style dorique, plus rigide, l’Erechtheion est en style ionique, plus maniéré, plus raffiné. Ce sont traditionnellement les chapiteaux de colonnes que l’on utilise pour caractériser ce style, mais on voit sur ces photos que la décoration très raffinée ne se limite pas aux chapiteaux. Bien que le bâtiment soit en mauvais état de conservation, il ne manque pas d’allure.
 
683h Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Avant de quitter l’Acropole, jetons d’en haut un coup d’œil sur la ville. Un autre jour, nous devrons visiter ce temple de Zeus Olympien que l’on aperçoit, ainsi que l’Arc d’Hadrien qui apparaît tout en bas à gauche, mais pour l’instant nous nous dirigeons vers ce musée de l’Acropole dont je parlais au début du présent article.
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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 21:43
682a0 Emmanuelle et Natacha, aéroport d'Athènes
 
Hier, nous sommes allés accueillir à l’aéroport d’Athènes ma grande fille, Emmanuelle, qui a pu dégager un trou de dix jours après les examens de ses étudiants de master et sa participation à un colloque, et avant de reprendre le collier. Aujourd’hui et les jours qui viennent, nous allons voir avec elle des sites majeurs, quitte à revenir par la suite pour approfondir et visiter d’autres sites voisins. Nous commençons par une journée au musée archéologique national d’Athènes.
 
682a1a Amphore cinéraire, 760-750 avt JC
 
682a1b Amphore cinéraire, 760-750 avt JC
 
Cette monumentale amphore funéraire en provenance du cimetière du Céramique, le grand cimetière de l’Athènes antique, date de la période géométrique tardive (760-750 avant Jésus-Christ). Le défunt est exposé sur le lit mortuaire comme le veut le rite et, mains sur la tête en signe de deuil, hommes et femmes le pleurent. On voit même, à droite juste à la tête du lit, un enfant dans la même position. Il paraît que ce que l’on voit au-dessus de la bière serait la représentation du linceul. Quoique très schématiques, ces formes sont extrêmement expressives.
 
682b1a Athlètes luttant, base d'un kouros funéraire, 510
 
682b1b Chien contre chat, base d'un kouros funéraire, 510
 
Sous la statue d’un kouros funéraire des alentours de 510 avant Jésus-Christ destiné à orner la tombe d’un athlète dans le cimetière du Céramique, la base de marbre est sculptée sur trois côtés. Ci-dessus, sur la première photo nous sommes à la palestre, et les deux lutteurs au centre sont en plein effort, tandis qu’à gauche cet homme est censé s’apprêter à sauter (curieuse façon de prendre son élan), son collègue du côté droit étant en train d’ameublir le sol pour la réception. Sur la deuxième image, on voit sous l’œil de deux adultes deux jeunes en train d’opposer un chien et un chat, que malgré tout ils tiennent en laisse l’un et l’autre. Probablement ne cherchent-ils pas à les faire se battre, mais ils s’amusent à les voir face à face. Ces deux scènes sont pleines de vie et de naturel.
 
682b2a Emmanuelle, musée archéologique d'Athènes
 
Je ne peux me contenter de ces deux bas-reliefs, le département des sculptures est trop riche d’œuvres admirables et intéressantes. Je ne suis pas le seul à le penser, Emmanuelle également prend photo sur photo.
 
682b2b Déméter, Triptolème, Perséphone, 440-430 avt JC
 
Ce relief votif de marbre est le plus grand qui nous soit parvenu. Il a été dédié vers 440 ou 430 avant Jésus-Christ au sanctuaire de Déméter et Perséphone à Eleusis. Au centre, c’est Triptolème qui reçoit de Déméter, à gauche vêtue d’un péplum et tenant un sceptre, des épis de blé, et qui est béni par Korè (Perséphone), à droite, vêtue d’un chiton, qui lui impose sa main droite sur la tête. Triptolème est un héros éleusinien lié au mythe de ces deux déesses. On sait comment Hadès a enlevé Perséphone près du lac de Pergusa en Sicile pour en faire sa femme aux enfers, aucune déesse ne souhaitant l’épouser pour aller vivre avec lui au séjour des morts. J’en ai parlé en Sicile l’été dernier, le 18 août à propos d’une stèle à Sélinonte, et le premier septembre en voyant le lac de Pergusa. Déméter, ne sachant pas ce qui était arrivé à sa fille, l’a cherchée partout sur terre. Arrivée à Eleusis, elle s’est présentée sous les traits d’une vieille femme près de la fontaine où les femmes allaient se ravitailler et où se trouvaient les filles du roi Céléos et de la reine Métanira, qui la conduisirent à leurs parents. Ces derniers la reçurent, lui offrirent l’hospitalité et lui proposèrent de l’employer pour s’occuper de leur plus jeune fils Démophon. La déesse, pour le rendre immortel, le mettait chaque nuit dans le feu. Mais une nuit, Métanira surprit ce rite et, effrayée, poussa un cri. Déméter, se retournant, lâcha Démophon, qui fut brûlé, survécut mais ne devint pas immortel. Déméter alors révéla sa vraie nature, aida Céléos à lui construire un temple et lui enseigna les rites de son culte. C’est ainsi qu’est né son sanctuaire à Eleusis. Puis, pour remercier la famille du roi de l’avoir ainsi accueillie avec hospitalité et confiance, elle donna à Triptolème, le fils aîné, un char tiré par des dragons ailés et lui remit le blé, lui demandant d’en répandre partout pour le bien de l’humanité. C’est ce que représente cette stèle, le moment où Déméter charge Triptolème de cette mission.
 
682b3 Relief funéraire, 4ème siècle avt JC
 
Cette stèle funéraire du second quart du quatrième siècle avant Jésus-Christ, sculptée dans le marbre, a été trouvée à l’ouest d’Athènes. L’inscription (au sommet, non visible sur ma photo) nous informe qu’il s’agit de la tombe de Polyxène, qui laisse son mari et sa famille dans l’affliction. Elle est représentée assise, penchée avec affection vers un jeune garçon, sans doute son fils, qui s’appuie sur sa cuisse, serrant une balle dans sa main. Derrière elle, une servante. On se représente généralement la condition d’esclave dans l’Antiquité comme extrêmement cruelle. Et certes, le maître avait droit de vie et de mort sur ses esclaves, certains maîtres étaient brutaux et violents, mais de nos jours il existe des maris brutaux avec leur femme, des parents tortionnaires, et la différence ne réside que dans la loi qui n’autorise pas ces comportements. Mais bien des maîtres intégraient les esclaves à leur famille, des affections se créaient, et notamment entre l’esclave chargé(e) des soins à l’enfant et cet enfant, qui devenu adulte conservait un lien fort avec sa nounou. Cela explique la présence de cette servante sur la stèle funéraire de sa maîtresse. Le 27 août dernier, au musée archéologique d’Agrigente (ville grecque de Sicile), nous avions vu ainsi le sarcophage d’un enfant décédé au deuxième siècle avant notre ère, et la nourrice était représentée caressant tendrement le petit mort.
 
682c1a Zeus ou Poseidon, 460 avt JC
 
682c1b Zeus ou Poseidon, 460 avt JC
 
Cette statue est extrêmement célèbre. Elle a été interprétée par les uns comme Zeus lançant la foudre et par d’autres comme Poséidon lançant son trident. Personnellement, j’aurais tendance à opter pour le premier, parce que la statue, trouvée au fond de la mer au cap Artemision au nord de la grande île d’Eubée (qui suit la côte est de la Grèce continentale), date des alentours de 460 avant Jésus-Christ et que dans ses représentations de l’époque classique Poséidon tient son trident verticalement comme un emblème, ou le brandit, mais ne s’apprête jamais à le lancer, le tenant horizontalement au-dessus de sa tête. Quoi qu’il en soit, son auteur non identifié est un très grand artiste, qui a rendu de façon admirable le mouvement du corps, les muscles, l’impression d’un geste puissant mais calme. Le visage, viril, pur, est de toute beauté. Et on l’imagine vivant, si ses yeux avaient été conservés.
 
 
682c2a Cheval et jockey, 140 avt JC
 
682c2b Cheval et jockey, 140 avt JC
 
682c2c Cheval et jockey, 140 avt JC
 
Tout aussi célèbre, ou presque, et provenant également du cap Artemision, ce groupe en bronze est beaucoup plus tardif, puisqu’il a été daté de 140 avant Jésus-Christ. Avec ses 2,50 mètres de long et 2,05 mètres de haut, c’est une très grande œuvre, grandeur nature, impressionnante. Le jeune garçon, lui, mesure 84 centimètres. Là encore, si les yeux du jeune jockey ainsi que ceux de l’animal avaient été conservés l’impression serait encore plus grande. Le cheval avait perdu sa queue, celle que nous voyons est une restitution récente.
 
Après avoir vu ce Zeus et ce cavalier, et avant de voir d’autres statues, je voudrais faire une remarque sur la muséographie. Beaucoup des œuvres exposées dans ce merveilleux musée ne sont pas seulement intéressantes sur un plan de l’histoire de l’art, mais elles sont d’une beauté émouvante. Le vrai art, le grand art, touche l’émotion. C’est le cas ici, du moins pour moi. Mais une grande part de l’effet est gâché par la présentation. À moins d’être un géant, on est toujours trop bas pour que la partie supérieure de ce Zeus juché sur un haut socle ne soit pas sur le fond d’une fenêtre par laquelle entre la lumière brillante du ciel grec. Autour de son corps sombre de bronze, apparaissent sur les murs, tout autour de la salle, des stèles et des sculptures de marbre clair. Cela casse l’effet. Quant au groupe du cavalier, lui aussi est partiellement devant une fenêtre si on le regarde de face ou de trois quarts, et de grandes statues de marbre, sans aucun rapport avec lui, apparaissent en arrière-plan. J’ajoute enfin que le mur, juste en face, est peint en framboise écrasée, ce qui ne serait pas mal pour faire ressortir le bronze, mais juste à côté le mur est blanc de sorte que si l’on n’est pas placé au niveau de l’épaule du cheval, l’œil fixé droit devant, mais même seulement un peu décalé vers la tête, le groupe est partiellement sur le rouge et partiellement sur le blanc. C’est pourquoi je me suis appliqué à détourer ces deux sculptures et d’autres que je vais montrer maintenant pour les mettre sur un fond noir ou sur un fond blanc, beaucoup plus neutre. En comparant mes photos originales et mes photos retouchées sur Photoshop, on se rend compte de ce que l’on perd lorsque l’on est face aux œuvres réelles. Bon. J’ai déversé ma bile, je reprends maintenant.
 
682c3a Pâris et la pomme de Discorde, 340-330 avt JC
 
682c3b Pâris et la pomme de Discorde, 340-330 avt JC
 
Pâris, le fils cadet de Priam le roi de Troie, est responsable de la célèbre guerre qui a duré dix ans et s’est achevée par la ruine et la destruction de la ville. Lorsque sa mère, Hécube, était enceinte de lui, elle se vit en rêve accouchant d’une torche qui enflammait la citadelle, présage évident que l’enfant qu’elle portait causerait la perte de Troie. Alors Priam l’exposa dans montagne, pratique courante pour se débarrasser d’un enfant non souhaité, sans se salir les mains avec un meurtre. Il mourra de faim, de froid ou dévoré par des bêtes sauvages mais on n’aura pas commis le geste qui tue. La même chose est arrivée à Œdipe. Mais Pâris a été allaité quelques jours par une ourse puis, comme Œdipe, il a été recueilli par des bergers. Devenu adulte, et grand, et beau, et fort, il est retourné à la ville et s’est fait reconnaître. Finalement, le père a été heureux et soulagé que son fils soit vivant, et il lui a rendu sa place dans la famille. Fin du premier épisode. Le deuxième épisode se joue lorsque les dieux sont en train de banqueter sur l’Olympe pour célébrer les noces de Thétis et de Pélée et que Éris –la Discorde– jette au milieu d’eux une pomme d’or, disant qu’elle devrait être donnée à la plus belle d’entre Athéna, Héra et Aphrodite. Évidemment, personne ne voulut prendre le risque d’arbitrer le débat, aussi Zeus envoya-t-il Hermès dire à Pâris de s’en charger. Pâris voulut s’enfuir pour se soustraire à une telle charge, mais Hermès lui dit que c’était un ordre de Zeus, et qu’un ordre du roi des dieux ne se discute pas. Preuve qu’en imaginant leurs mythes les Grecs ne croyaient pas trop en l’impartialité de la justice, chacune des trois déesses promit à Pâris de grands avantages s’il la choisissait, Héra la possession de toute l’Asie, Athéna la sagesse et la victoire dans tous les combats, Aphrodite l’amour de la belle Hélène, fille de Léda aimée de Zeus déguisé en cygne, et sœur de Clytemnestre et des Dioscures Castor et Pollux. Et Pâris opta pour l’amour d’Hélène, il désigna Aphrodite comme la plus belle. Mais en regardant ses statues (Aphrodite de Cnide, Aphrodite accroupie, Aphrodite Callipyge, etc.) il faut bien reconnaître qu’elle n’est pas mal fichue. Si je raconte tout cela, c’est pour en venir à cette statue de Pâris (vers 340-330 avant Jésus-Christ), dont la main tenait la pomme de discorde. Ici, les yeux ont été conservés, et l’on peut se rendre compte à quel point ce regard est extraordinairement vivant. Est-il besoin de raconter l’épisode suivant ? Accompagné d’Énée, un Troyen illustre fils d’Aphrodite, Pâris abandonne sa maîtresse la nymphe Oenonè et part immédiatement pour Sparte où Hélène est la femme du roi Ménélas. Ils sont reçus au palais avec la plus généreuse hospitalité et Ménélas qui doit se rendre en Crète confie ses hôtes à sa femme. La beauté de Pâris encore aiguisée par Aphrodite, le luxe oriental dont il est entouré, les riches présents qu’il offre à la reine ne tardent pas à faire effet sur le cœur d’Hélène, qui abandonne sa fille Hermione âgée de neuf ans et s’enfuit avec Pâris. D’où la guerre et tout le reste.
 
682d1 Artémis de Délos, 650 avt JC
 
682d2 Korè d'Aristion, 550-540 avt JC
 
682d3 Statue de kouros archaïque, 540-530 avt JC
 
À présent, voici trois statues archaïques. La première, des alentours de 650 avant Jésus-Christ, a été trouvée à Délos, dans le sanctuaire d’Artémis et pour cette raison elle a été interprétée comme représentant très probablement la déesse. C’est l’une des plus anciennes statues monumentales de pierre que l’on connaisse. Sa cuisse gauche est gravée d’une inscription qui nous informe qu’elle avait été dédiée à Apollon –le frère jumeau d’Artémis– par Nikandre, de Naxos.
 
Un siècle plus tard, vers 550-540, apparaît la Korè (au sens de jeune fille, pas nécessairement la déesse Perséphone) de ma seconde photo. Trouvée en Attique, elle surmontait la tombe d’une certaine Phrasikléia. Elle est due au sculpteur Aristion, de Paros (et elle est en marbre de Paros). On peut encore voir, peintes sur son vêtement, diverses décorations, des rosettes, des svastikas, etc. Ici, le style archaïque a atteint sa pleine maturité. J’aime particulièrement la façon dont elle tend sur sa cuisse le chiton qui lui colle au corps dont il épouse les formes. Ce que l’on appelle un chiton, c’est cette sorte de longue chemise ceinturée à la taille, et qui était en usage chez les Grecs, aussi bien les hommes, chez qui toutefois il était plus court, que les femmes.
 
Le kouros de ma troisième photo est à peine plus tardif, 540-530. C’était, comme la korè de ma photo précédente, une statue funéraire de la même nécropole d’Attique. Je leur trouve à tous deux des traits assez asiatiques, comme d’habitude sur les statues archaïques. Mais c’est pour le modelé du corps, la reproduction de la musculature, la perfection formelle que j’ai choisi de le montrer. Je trouve que si l’on voit clairement comment la statuaire a évolué entre la première statue et les deux autres, mis à part l’état d’érosion de la pierre, on reconnaît bien cependant la filiation dans l’inspiration, la posture, l’exécution.
 
682d4 Sirène, statue funéraire, 370 avt JC
 
Cette sirène est une statue funéraire provenant du cimetière du Céramique d’Athènes, où elle honorait un cavalier athénien du nom de Dexiléo tombé au combat en 394-393 avant Jésus-Christ. La sculpture doit être de 370 environ. Ailes dressées, elle tient la lyre dans une main, et dans l’autre main, cassée, elle devait tenir le plectre. On voit que la surface de l’instrument est lisse, les cordes ne sont pas figurées, c’est parce qu’elles étaient ajoutées, en bronze probablement. Je profite de cette représentation pour préciser que ce n’est qu’à partir du huitième siècle de notre ère que la sirène à queue de poisson apparaît. Dans l’Antiquité, c’était un être à corps d’oiseau et à tête de femme, qui peu à peu a évolué vers un corps de femme ailée dont seule la partie inférieure était en forme d’oiseau, comme sur cette statue. La plupart du temps, le sculpteur rendait les plumes des jambes par un relief, tandis que sur cette sirène-ci les plumes étaient peintes.
 
682d5 Le Petit Réfugié, 1er siècle avt JC
 
Avec ce jeune garçon nu sous sa cape à capuchon et qui serre sur son cœur son petit chien, nous sommes en Asie Mineure, au premier siècle avant Jésus-Christ. Des réfugiés grecs, fuyant de l’Asie Mineure en 1922, avaient emporté avec eux cette statue comme un symbole, et l’avaient surnommée Le Petit Réfugié. Quelle qu’ait été l’intention de l’artiste, tombe, orphelinat ou exil, ce petit garçon étreignant son chien comme son seul compagnon et son seul bien est extrêmement poignant.
 
682d6a Aphrodite, Pan et Eros, vers 100 avt JC
 
682d6b Aphrodite à la sandale, vers 100 avt JC
 
682d6c le dieu Pan, vers 100 avt JC
 
J’adore cette statue des alentours de 100 avant Jésus-Christ provenant de l’île de Délos. Le dieu Pan, avec ses cornes, son visage de monstre et ses pieds de bouc, toujours plein d’appétits sexuels, fait des avances érotiques très directes à Aphrodite. Je citais quelques représentations de cette déesse tout à l’heure au sujet du choix qu’en avait fait Pâris comme étant la plus belle, et je disais qu’elle était fort bien faite. Ce n’est pas cette statue qui me démentira. Elle, sandale levée en geste de menace, rejette les avances de Pan et son fils Éros, l’Amour ailé, l’aide à repousser le dieu entreprenant. Pudiquement, la déesse pose une main sur son bas-ventre, mais rien dans son attitude ne marque de la peur, rien dans sa position n’indique un désir de fuir, et le demi-sourire de ses lèvres la montre plutôt amusée de l’aventure. Non, elle ne veut pas de Pan, mais elle n’a rien non plus de la farouche Artémis pour qui la sexualité est quelque chose de strictement étranger et interdit. Cette scène, avec tout ce qu’elle contient de jeu, d’ambiguïté, de réalisme aussi, est très savoureuse et c’est pourquoi, en plus de sa remarquable beauté formelle, elle me plaît tant.
 
682d7 Ménade endormie, entre 117 et 138 après JC
 
Superbe également est cette ménade endormie qui date de l’époque de l’empereur Hadrien, soit entre 117 et 138 de notre ère, et qui provient du sud de l’Acropole d’Athènes. On suppose qu’elle ornait une luxueuse résidence. Le visage est d’une grande beauté, aux traits calmes dans le sommeil, le corps abandonné avec une jambe repliée sur l’autre suit le mouvement de la roche sur laquelle il repose et dont il est isolé par une couverture ou une peau d’animal. Et puis l’artiste, visiblement, a voulu attirer le regard sur ces superbes fesses au galbe parfait, bien rondes sans une once de graisse, et qui sont tournées vers nous au centre de la composition, les autres éléments étant en position secondaire, la tête partiellement cachée par le bras dans le creux duquel elle repose, la poitrine sur la couverture. Et je ne montre pas la photo que j’ai prise de l’autre face car il est clair que cette sculpture était destinée à être vue de ce côté-ci, l’autre côté étant beaucoup moins travaillé et ne montrant rien de la beauté de la ménade.
 
682e Antinoos, entre 130 et 138 après JC
 
Nous sommes encore à l’époque d’Hadrien puisque ce buste est celui d’Antinoüs, son favori qu’il aimait au point de le faire diviniser après sa mort, noyé dans le Nil en 130. Il était originaire de Bithynie, en Asie Mineure (actuelle Turquie), mais on ne sait ni quand il est né (selon ses portraits il porte une petite vingtaine d’années à sa mort ce qui le ferait naître vers 110), ni quand l’empereur l’a rencontré (on suppose que c’est vers les années 120-122, lorsque le garçonnet avait une dizaine d’années). Les circonstances de sa mort sont restées assez mystérieuses, parce que son corps a été retrouvé dans un endroit où le fleuve est peu profond. Le suicide n’est généralement pas retenu, quoique sur tous ses portraits Antinoüs soit représenté pensif, voire mélancolique, les yeux baissés, et Hadrien a toujours vu dans cette noyade un accident, mais Aurelius Victor, qui a vécu au quatrième siècle, dans son Histoire auguste avance l’hypothèse d’un meurtre rituel où le jeune homme se serait offert en victime propitiatoire pour donner à Hadrien les années qu’il sacrifiait de sa propre vie. Après sa mort, partout dans l’Empire Hadrien a fait ériger statues et bustes afin qu’on rende un culte au dieu Antinoüs. La représentation ci-dessus doit donc être datée dans une fourchette de huit ans, entre la mort d’Antinoüs en 130 et celle d’Hadrien en 138.
 
682f1 Tête d'Athéna, après 430 avt JC
 
682f2 Boxeur, Olympie, 330-320 avt JC
 
682f3 Bion le Borysthénite, philosophe cynique, vers 240 a
 
Je devrais arrêter là mes photos de sculptures, mais je ne peux résister à l’envie d’en montrer encore cinq. Mais d’abord les trois ci-dessus, une tête d’Athéna sculptée dans le marbre au deuxième siècle de notre ère, mais copiant fidèlement une œuvre de Phidias datant d’après 430 avant Jésus-Christ (près de la Pnyx, à Athènes) ; cette remarquable tête de boxeur en bronze, vainqueur aux Jeux Olympiques (il a été trouvé à Olympie, il a le nez cassé des boxeurs et il porte la couronne d’olivier des champions), que l’on identifie au célèbre boxeur Satyros d’Élide qui a plusieurs fois remporté la couronne à Olympie, à Delphes aux Jeux Pythiques et à Némée (trois des quatre lieux de Grèce organisateurs de jeux panhelléniques, le quatrième étant Corinthe avec les Jeux Isthmiques), œuvre du sculpteur athénien Silanion vers 330-320 ; et enfin cette impressionnante tête de philosophe trouvée dans l’épave d’un navire près d’Anticythère, une petite île en face de Cythère, tout au bout du Péloponnèse, bronze réalisé vers 240 avant Jésus-Christ et représentant selon toute vraisemblance Bion de Borysthène, en Scythie, un philosophe cynique ("Le mal, c’est de ne pas être capable de supporter le mal", "À quoi bon nous arracher les cheveux quand nous sommes dans la peine, car dans ces circonstances la calvitie n’est pas un remède efficace"…) qui a vécu au troisième siècle avant Jésus-Christ.
 
682f4 Portrait d'un prêtre, 50-25 avt JC
 
682f5 Statue d'Auguste (détail), 12-10 avt JC
 
Les deux dernières sculptures sont d’époque romaine, à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. La première est un marbre trouvé à Athènes et réalisé entre 50 et 25 avant Jésus-Christ, représentant une tête d’homme à la chevelure ébouriffée ceinte d’une couronne de laurier qui le désigne comme un prêtre. De quel sanctuaire, ni le lieu où on l’a trouvé ni aucun attribut ne permet de le déterminer, mais les traits du visage pleins de personnalité ne peuvent être ceux d’un type général, et sont sans aucun doute à la ressemblance d’un individu particulier. Ma seconde photo représente la tête de l’empereur Auguste (29 avant Jésus-Christ – 14 de notre ère), mais en réalité ce n’est qu’un détail d’une statue dont j’ai coupé le corps, qui a été trouvée en mer Égée au large de l’île d’Eubée. La statue portant au doigt une bague sur la monture de laquelle est gravé un groupe de personnes liées à la divination, on peut associer cette statue à la charge de pontifex maximus, prêtre suprême, fonction religieuse la plus haute, que l’empereur s’est attribuée en 12 avant Jésus-Christ, ce qui permet de dater ce bronze des années 12 à 10 environ.
 
682g1a Masque dit d'agamemnon, 16e siècle avt JC
 
682g1b Masque funéraire, 16e siècle avt JC
 
Une salle du musée est réservée à l’époque mycénienne avec des objets provenant du Péloponnèse et de Crète. Ce masque dit d’Agamemnon, en or repoussé, on le voit partout en reproduction, il n’est pas un livre traitant de l’époque mycénienne qui ne le montre. Et puis ici on franchit une porte et on tombe devant une vitrine où il se trouve, en vrai. Quelle émotion ! Là, sous mes yeux, cette pièce vieille de 3600 ans que je ne connaissais que par des photos. On distingue sous les oreilles deux petits trous, qui laissent penser que le masque était fixé sur le visage du défunt par une ficelle nouée autour de sa tête. La tombe où il se trouvait date du seizième siècle alors qu’Agamemnon et la Guerre de Troie se situent au treizième siècle, ce qui veut dire que son attribution au roi de Mycènes est erronée.
 
L’autre masque, de la même époque et trouvé dans une autre tombe disposée dans le même cercle, est le seul qui soit représenté les yeux ouverts, tous les autres masques mortuaires en or de ce cercle de tombes ayant les paupières closes. De plus, ce masque est souriant, ce qui est très inhabituel.
 
682g2 Dague mycénienne avec paysage nilotique
 
Cette très belle lame de dague trouvée dans la même tombe que le masque dit d’Agamemnon est ornée de scènes du Nil, au milieu de fleurs de papyrus on voit des félins qui chassent des oiseaux. Peut-être cette dague a-t-elle été utilisée pour chasser, peut-être aussi a-t-elle été plongée dans des corps humains.
 
682g3 Vase lion, Mycènes, 16e siècle avt JC
 
682g4 Vase cerf, Mycènes, 16e siècle avt JC
 
682g5 Vase lion en terre, Mycènes
 
Ci-dessus ces photos représentent trois vases. Le premier vase est un rhyton, vase rituel en forme de tête de lion en or, et les libations s’écoulaient par le trou que l’on voit au bout du museau. Avec ce cerf en argent, nous sommes toujours dans les mêmes tombes, mais il s’agit d’un récipient hittite dont l’ouverture se situe dans la croupe de l’animal. Puis un artisan local a tenté de transformer ce récipient en vase à libations en perforant le museau (on voit un gros trou dans la narine droite du mufle de l’animal), mais il n’y est pas parvenu car la partie antérieure de la tête n’est pas creuse, comme il l’escomptait probablement. La troisième photo montre un autre rhyton en forme de tête de lion, mais en terre cuite celui-là. On distingue le petit trou sous les naseaux, juste au-dessus de la gueule. Il était d’usage de donner à ces vases appelés rhytons destinés aux libations rituelles des formes d’animaux ou de têtes d’animaux.
 
682h1 Tablette en linéaire B
 
682h2 Tablette en linéaire B
 
La brillante civilisation mycénienne (Mycènes, Tirynthe) et crétoise a disparu assez soudainement, avec l’incendie des palais. Pourquoi, comment, on ne le sait pas, on a supposé qu’une terrible éruption volcanique y a mis fin, l’explosion du volcan de l’île de Santorini. Des tablettes d’argile portant des inscriptions dans un alphabet que jusqu’au milieu du vingtième siècle on ne parvenait pas à déchiffrer ont cuit dans ces incendies, conservant jusqu’à nos jours ces textes que l’on attribuait à des non-Grecs, à des préhellènes apparentés aux Étrusques. L’écriture était horizontale, ce qui l’a fait appeler linéaire. Et linéaire B… parce qu’il y en avait une autre qui était le linéaire A. Déjà, au dix-neuvième siècle, Schliemann avait découvert les ruines de Troie et celles de Mycènes, montrant que les épopées homériques pouvaient avoir une base historique. Puis en 1952 un anglais du nom de Michael Ventris, architecte de son état si je me souviens bien, a découvert qu’il s’agissait en fait d’une écriture syllabique (le nombre de signes était trop important pour correspondre à des sons individuels, alors que si l’on utilise quatre signes différents pour MA, ME, MO, MU, quatre pour GA, GE, GO, GU et quatre pour KA, KE, KO, KU, cela représente douze syllabes et seulement sept lettres associant de façons diverses trois consonnes et quatre voyelles. Par des rapprochements, il a enfin déchiffré cet alphabet syllabique et découvert qu’il recouvrait du grec. Révolution dans la connaissance historique du monde méditerranéen, les civilisations mycénienne et crétoise étaient grecques. De plus, à Mycènes, il est clair que l’on doit lire le nom d’Agamemnon dans le mot A-KA-GA-MU-NAS et celui d’Étéocle (la métrique des vers d’Homère nous fait comprendre que la forme ancienne de ce nom était ETEWOKLEWES) dans le syllabique A-TA-WA-KA-LA-WAS. Ainsi donc, ces personnages auraient réellement existé. Peu à peu, au fil des découvertes, les mythes deviennent réalité. C’est fascinant. Et c’est pourquoi, après avoir étudié cela il y a tant d’années, je m’en souviens encore avec précision. Mais je suis bien incapable, personnellement, de lire ces tablettes, et je suis contraint de me reporter à l’étiquette explicative située en-dessous. La première associe à des noms d’hommes des noms de plantes aromatiques, cumin, coriandre, fenouil, sésame, safran. La seconde, dont des dessins placés dans la vitrine représentent le recto et le verso, évoque l’ordre donné par une jeune femme de tisser ou de teindre une certaine quantité de laine. Émouvant, d’entrer ainsi dans la vie du palais dans ce qu’elle a de plus quotidien.
 
682i1 Fresque des enfants boxeurs, Akrotiri (Crète), 16e s
 
682i2 Fresque des antilopes, Akrotiri (Crète), 16e siècle
 
Nous voici dans l’île de Santorin, chez les Minoens. Fouillant Akrotiri en 1939 pour tenter de confirmer sa théorie que l’éruption et l’explosion du volcan de Santorin, l’antique Théra, avait été la cause de la disparition de la civilisation minoenne (sans avoir trouvé de preuves déterminantes), l’archéologue Spyridon Marinatos a mis au jour un établissement du seizième siècle avant Jésus-Christ fort bien conservé avec des édifices à plusieurs étages et une multitude d’objets. Les fresques des deux photos ci-dessus proviennent de la même pièce d’un bâtiment. Sur la première, deux jeunes garçons s’exercent à la boxe, ils ont revêtu d’un gant de boxe leur main droite. On remarque que pour tout vêtement ils portent une ceinture, et que leur crâne est rasé, ne préservant que deux longues mèches à l’arrière du crâne et un petit toupet sur le front. Par ailleurs, le garçon de gauche porte un fin collier, un bracelet enserre son bras gauche au niveau du biceps et il a un autre bracelet à la cheville droite. Ces ornements de bijouterie sont le signe d’un rang social élevé, et ces deux lutteurs ne sont donc pas d’un même niveau. L’autre fresque, utilisant les mêmes couleurs et probablement œuvre du même artiste, représente deux antilopes. Le trait est ferme, la ligne est souple, le dessin est très décoratif. On est émerveillé lorsque l’on voit la qualité artistique de ces fresques, qui interdisent d’appeler primitifs des peuples capables de telles réalisations.
 
Longtemps, je me suis demandé quelle image de poterie, sculpture, fresque, pourrait être le sujet de ma conclusion. Quelle pouvait être l’œuvre la plus puissante de ma présentation. Ce musée présente tant et tant de merveilles que je n’ai pas su choisir. Alors puisque cette pièce présentant des témoignages du seizième siècle avant Jésus-Christ est la dernière de ma visite, je ne cherche pas davantage, ce sera l’ordre chronologique qui fera le choix, et je terminerai sur ces superbes fresques.
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Published by Thierry Jamard
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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 20:53
681a traversée vers Ithaque
 
L’escale du ferry de Patra dans le port de Sami à Céphalonie est très brève. Il arrive à 16h20 précises et dès que les opérations de débarquement et d’embarquement sont achevées il repart vers Ithaque sans même attendre les 16h30 de l’horaire officiel. Puis en une demi-heure on est au port de Piso Aetos à Ithaque. Mais là, rien. Une baraque de vente de billets, quelques policiers pour diriger le flot des véhicules qui se croisent vers la gueule béante du ferry, et une route qui monte vers les premières collines. On passe au pied du mont Aetos qui a été le siège d’une importante ville romaine, et déjà on est passé de l’autre côté, sur la côte est de l’île. On suit un peu la mer et l’on arrive à la capitale, Vathy. C’est là que nous avons notre hôtel, facile à trouver parce que sur une petite place en front de mer. Le balcon de notre chambre, au premier étage, donne directement sur la mer.
 
681b1 Ulysse à Stavros
 
Ici, le grand personnage, l’équivalent à Ithaque de ce qu’est le général de Gaulle en France (place Charles de Gaulle, aéroport Charles de Gaulle, avenue du Général de Gaulle), c’est Ulysse. Quand il a débarqué ici après dix ans de guerre à Troie et dix ans de pérégrinations sur les mers, il n’a pas reconquis un pays occupé par l’ennemi, mais avec l’aide de son fils Télémaque il a exterminé les nombreux prétendants qui voulaient contraindre sa femme Pénélope à choisir l’un d’eux pour l’épouser, considérant le mari absent comme mort depuis longtemps. Mais quoique n’étant pas juriste, je crois que la loi exige un délai de trente ans pour que l’absent soit considéré comme mort ou définitivement perdu. Enfin… la loi française. Peut-être pas la loi d’Ithaque au douzième ou au treizième siècle avant Jésus-Christ. Cependant le très sage Brassens ne manque pas de laisser planer un doute, peut-être Pénélope, tout en défaisant consciencieusement dans le secret de son alcôve, la nuit, les travaux que le jour elle effectuait au vu et au su des prétendants, se contraignait-elle à refouler une envie cachée de poursuivre au contraire son tissage pour mettre fin à son attente de celui qui tardait tant à lui tenir compagnie dans les draps :
               Toi l’épouse modèle
               Le grillon du foyer
               Toi qui n’a point d’accrocs
               Dans ta robe de mariée
               Toi l’intraitable Pénélope
               En suivant ton petit
               Bonhomme de bonheur
               Ne berces-tu jamais
               En tout bien tout honneur
               De jolies pensées interlopes […]
 
               N’as-tu jamais souhaité
               De revoir en chemin
               Cet ange, ce démon
               Qui son arc à la main
                Décoche des flèches malignes
               Qui rend leur chair de femme
               Aux plus froides statues
               Les bascul’ de leur socle
               Bouscule leur vertu
               Arrache leur feuille de vigne…
 
Évidemment, ma citation de ces vers est une parenthèse dans notre visite d’Ithaque, mais je trouve l’idée si savoureuse et l’expression si délicate, si poétique, que j’ai eu du mal à me limiter à deux des quatre strophes. Ce que je voulais dire, c’est qu’Ulysse était le roi d’Ithaque, petit royaume qui comprenait aussi les îles voisines, plus grandes que celle où se trouvait son palais. C’est pour lui que nous sommes venus ici, pensant qu’un jour suffisait largement à la visite d’une terre de superficie si réduite et où les restes archéologiques sont si peu nombreux. Arrivée jeudi à 17h, embarquement pour le retour prévu vendredi par le même bateau. 24 heures sur place. Et puis à peine arrivés, nous nous sommes rendu compte que j’avais eu tort de ne prévoir que si peu de temps.
 
681b2 Ithaque et Céphalonie selon Google Earth
 
C’est sur Google Earth que j’ai pris cette image satellite des deux îles que nous avons visitées. On voit pourquoi, alors que 48n heures ont suffi à faire un tour rapide de Céphalonie, j’ai pu penser que deux fois moins de temps suffirait pour Ithaque. Nous en étions là de nos regrets quand, vendredi matin, mon téléphone a sonné. "Bonjour… C’est votre loueur de voiture. Je voulais savoir… euh… si tout allait bien… Oui ? Ah bon. Vous avez beau temps ?… Splendide ? Parfait. Et où êtes-vous, là, maintenant ? Ah ! À Ithaque… Oui, c’est beau, Ithaque, vous aimez ? Bien, bien, bien… Mais, euh… vous revenez toujours ce soir ? Rien de changé ? Parce que le bateau arrive tard, à 20 heures, je crois… Oui oui oui, c’est vrai, je ferme normalement à neuf heures, mais si vous voulez garder la voiture un peu plus longtemps, eh bien… euh… ça ne pose pas de problème, vous la ramenez lundi matin… Oui, bien sûr, pour le même prix… Bravo ! Très bien ! Alors à lundi". Telle a été à peu près la partie du dialogue prononcée du côté de Patra. Cela avait tout l’air de sentir un autre dialogue, à Patra aussi, mais au domicile du loueur. J’imagine le côté de la femme du loueur : "Tu as vu le temps, on dirait le printemps. Allez, hop, on part en week-end… Quoi ? Un rendez-vous ce soir à 20h30 ? Il est blond, ton rendez-vous, je suppose ?… Allez, arrête, je ne te crois pas… Bon, d’accord, eh bien si c’est vrai, tu l’appelles, ton rendez-vous, et tu le remets à lundi… Quoi ? Ce que tu dois lui dire ? Ça, mon bonhomme, c’est ton problème. Dis que ta femme est jalouse, si ça te chante. Allez, tiens, voilà le téléphone, et s’ils existent, tes emmerdeurs, eh bien invente ce que tu veux". En tous cas, même si je me trompe de scénario, l’essentiel pour nous est que nous gardons la voiture et pouvons retarder de quarante huit heures notre retour. Reste à trouver une chambre pour ces deux nuits et à faire repousser la date de notre billet de retour. Nous perdons deux heures avec ces opérations, mais il nous en reste quand même quarante six de gagnées. Celle-là, c’est la troisième et dernière de nos aventures pendant cette virée dans les îles ioniennes. Et finalement, les trois se sont fort bien terminées.
 
681b3 Ithaque, isthme et moitié sud, du mont Niritos
 
L’image satellite aide à comprendre cette photo. Ithaque est composée de deux masses montagneuses alignées sur un axe nord-ouest, sud-est et reliées entre elles par un isthme d’à peine deux cents mètres de large du côté ouest. Au sud de l’île du nord, se dresse le mont Niritos. Je l’ai escaladé pour dominer son versant sud, l’isthme et la partie sud de l’île. Et sur la photo, puisque je regarde vers le sud, l’isthme apparaît clairement à droite des masses montagneuses, donc à l’ouest.
 
681c1 Ithaque, Vathy
 
681c2 Vathy, capitale d'Ithaque
 
681c3 Ithaque, Vathy
 
La côte nord de la partie sud, à l’est de l’isthme, est creusée d’une sorte de fjord profond au fond duquel se love la coquette capitale de l’île, Vathy. Ce n’est certes pas une grande ville, mais ce n’est pas non plus un village. C’est un gros bourg sympathique, très animé et vivant, même en cette saison où les touristes sont rares. La première photo est prise de la fenêtre de notre hôtel, en centre ville, tout au fond du fjord, la seconde photo montre l’une des rives vue depuis la rive d’en face, et la troisième photo permet de se rendre compte que l’on a plus l’impression d’être au bord d’un large fleuve que sur la côte de la mer.
 
681c4 Près de Vathy (Ithaque)
 
681c5a Près de Vathy (Ithaque)
 
681c5b Près de Vathy (Ithaque), Agios Andreas
 
La route qui vient de la moitié nord et de l’isthme et qu’a rejointe la route qui vient du port de Piso Aetos, entre dans Vathy après avoir suivi la rive sud-ouest du fjord. Maintenant, continuons de longer la côte jusque sur la rive nord-est. La route s’arrête à une plage. On traverse la plage et là commence un charmant chemin côtier qui monte et descend pour offrir des vues magnifiques. On marche, oh pas bien longtemps, vingt minutes peut-être, jusqu’au bout du fjord, et là notre chemin fait un coude, découvrant à quelque distance une petite chapelle toute blanche. Sur le mur qui fait face à la mer, une plaque dit que "ce petit temple est dédié à la mémoire de saint André", avec une date, 1956. Trois ans après le séisme.
 
681c6a chapelle Saint André près de Vathy
 
681c6b chapelle Agios Andreas près de Vathy (Ithaque)
 
Chez nous, en France, des voleurs emportent statues, tableaux, tout ce qu’ils peuvent quand une église est ouverte sans surveillance. Ici, surprise, la clé est sur la porte. Nous pouvons entrer, rester le temps que nous voulons, faire des photos. À l’intérieur, il y a tout plein d’icônes, dont celle-ci, en argent. Nous refermons soigneusement la porte en repartant.
 
681c7 Byron à Vathy (île d'Ithaque)
 
En ville, cette stèle est en l’honneur du Britannique le plus célébré en Grèce, Lord Byron. Elle dit "Pour la commémoration du séjour de Byron à Ithaque, août 1823". Puis elle cite ses mots, "Si cette île m’appartenait, j’y enterrerais tous mes livres et jamais plus je n’en repartirais".
 
681d1 Frikes (Ithaque)
 
681d2 Frikes (Ithaque)
 
Faisons maintenant le tour de l’île. Nous sommes ici à Frikes, dans la moitié nord. Ce joli petit port attend l’ouverture de la saison touristique pour voir arriver les visiteurs et l’animation qui les accompagne. Il n’y a jamais ici les hordes bigarrées qui se pressent sur les plages à la mode, ce sont plutôt, nous a-t-on dit, des familles grecques avec enfants, qui recherchent le calme et la détente. L’invasion est plus importante à Céphalonie.
 
681d3 Dégâts du séisme de 1953 à Frikes (île d'Ithaque
 
Je profite de cette jetée qui me tombe sous les yeux pour montrer l’un des effets du séisme de 1953. Lorsque le sol s’ouvre sous des maisons et qu’une différence de niveau se produit entre les deux parties, la plupart du temps la maison s’effondre si elle n’a pas été construite selon des procédés antisismiques. Mais ici cette jetée reposait de tout son long sur le sol. Pas question, donc, de s’effondrer. Mais le sol, d’un côté, est monté ou peut-être, je ne sais pas, l’autre côté s’est-il affaissé. Le résultat est qu’il s’est produit une différence de niveau que l’on a compensée avec un petit raccord de ciment. Cela me rappelle le Chili, terre soumise à de fréquents et brutaux tremblements de terre, la plaque pacifique passant sous le continent. Cette poussée produit un plissement du sol, ce sont les Montagnes Rocheuses en Amérique du nord, et les Andes en Amérique du sud. Gentil petit plissement qui culmine à l’Aconcagua dont le sommet marque la séparation entre Argentine et Chili, à 6970 mètres. Un jour, quelque temps après un violent tremblement de terre qui, à Concepción où je vivais, à environ trois cents kilomètres de l’épicentre, avait fait rouler les meubles d’un mur à l’autre, j’avais dû me rendre au port de Valparaiso pour réceptionner un véhicule que j’avais importé de France. La douane, installée dans un bâtiment tout en longueur, ne s’était pas effondrée, mais elle avait subi le même sort que cette jetée, et continuait de fonctionner. Mais la différence de niveau était beaucoup plus impressionnante, puisque pour passer d’un guichet de la première moitié à un guichet de l’autre bout il fallait franchir un petit escalier de bois de cinq marches. Soit plus d’un mètre. Ce qui ne veut pas dire que le séisme de Céphalonie et d’Ithaque en 1953 était moins violent, puisqu’il a ravagé les constructions des deux îles. Je me contente d’évoquer un souvenir, en me trouvant en face de cette jetée.
 
681e Kioni (Ithaque)
 
Encore une photo de l’un de ces nombreux petits ports qui s’égrènent tout le long des côtes déchiquetées d’Ithaque. Celui-ci, c’est Kioni, également dans la partie nord de l’île. Parce que, juste derrière, il y a la montagne, il est impossible de développer fortement les constructions, ce qui préserve le caractère et le charme de la côte.
 
681f1 chèvre à Ithaque
 
681f2 chèvre à Ithaque
 
La nature, en dépit des saignées que constituent les routes, est restée intacte. Entre les bourgs, le paysage n’a pas été dénaturé. Et l’on rencontre plus de chèvres que d’humains. Ces animaux vagabondent en toute liberté, vont chercher l’herbe tendre où bon leur semble. Herbe ou feuilles, d’ailleurs. Certains oliviers sont habillés de tubes d’aluminium pour rendre glissant, et donc impossible, l’accès à leurs branches, afin de préserver la récolte d’olives de l’appétit des chèvres. On rencontre indifféremment des chèvres sauvages et des chèvres domestiques. On ne distingue les secondes des premières que par la marque de plastique jaune fixée à leur oreille. Et puis leur horloge biologique les ramène à la ferme à l’heure de la traite. Inutile d’aller les chercher. Leurs mamelles sont pesantes, elles ont hâte d’être débarrassées de leur lait.
 
681f3 cimetière d'Anogi
 
Deux routes traversent la moitié nord d’Ithaque du nord au sud, l’une le long de la côte ouest, l’autre au centre, par la montagne. Nous sommes ici sur cette dernière route. Devant le cimetière d’Anogi, cette pierre gravée porte une inscription originale. Cette phrase en grec moderne est si proche du grec ancien que je n’ai aucun mal à la traduire : "Ici prend fin le rêve. Et après… le silence !!!"
 
681f4 Sud de l'île d'Ithaque
 
681f5 Panorama à Ithaque
 
681f6 Effet de lumière sur Ithaque
 
Inutile de commenter ces vues, destinées à montrer à quoi ressemble Ithaque en dehors de ses petits ports et de ses chèvres. Déjà, dans mon article précédent, j’avais montré un de ces effets de lumière sur Céphalonie. Parce que je trouve que c’est encore plus frappant sur Ithaque, je publie aujourd’hui cette photo, quitte à me répéter.
 
681g1 palais d'Ulysse à Ithaque
 
Professeurs et étudiants en archéologie de l’université de Ioannina ont entrepris des fouilles dans la moitié nord de l’île, pas bien loin de la petite ville de Stavros. Là, des murs cyclopéens ont été dégagés, datant de l’époque mycénienne, c’est-à-dire l’époque de la Guerre de Troie. Et ils sont persuadés qu’ils ont mis la main sur le palais d’Ulysse. Ce n’est pas encore très spectaculaire, les travaux sont en cours, mais il est impressionnant d’imaginer que c’est là que s’est déroulé ce que, de plus en plus, on considère comme de l’histoire romancée et non plus des légendes.
 
681g2a Au musée de Stavros (Ithaque)
 
681g2b Au musée de Stavros (Ithaque)
 
681g3 Au musée de Stavros (île d'Ithaque)
 
Les objets trouvés dans les fouilles ont été rassemblés dans un petit musée à Stavros. Petit mais très intéressant et la présentation, quoique modeste, est aérée et claire, avec les explications nécessaires. Ci-dessus, la forme de ces coupes d’époque mycénienne est spécifique à Ithaque. Quant aux deux autres pièces en terre cuite, le pot et l’assiette, ils sont de l’époque archaïque, le pot est antérieur au septième siècle avant Jésus-Christ, l’assiette est du septième siècle, et tous deux proviennent d’une grotte où des offrandes votives de ce type ont continué à être déposés, et en nombre de plus en plus grand, jusqu’au milieu du sixième siècle.
 
681g4a époque géométrique (9e-8e s.) au musée de Stavro
 
681g4b époque géométrique (9e-8e s.) au musée de Stavro
 
Dans un genre totalement différent, ces haches trouvées également dans cette grotte n’avaient probablement pas l’usage auquel elles semblent destinées, elles étaient des objets votifs. Néanmoins, elles témoignent de ce que pouvaient être des haches utilisées comme outils.
 
681g5 époque géométrique (9e-8e s.) au musée de Stavros
 
Ce petit cheval de bronze fait partie de toute une série d’objets qui sont soit des décorations de chaudrons, soit des poignées de trépieds. Généralement, les vainqueurs de jeux recevaient en récompense non pas une médaille d’or, d’argent ou de bronze comme de nos jours, mais un trépied, qu’ils consacraient ensuite dans un sanctuaire. On se rappelle peut-être cette histoire de vol par les Béotiens de trépieds sacrés dont j’ai parlé dans mon article sur Dodone le 28 décembre dernier.
 
681g6 Accueil de qualité au musée de Stavros (Ithaque)
 
Avant de quitter le musée de Stavros, je voudrais dire un mot de ces deux personnes, l’une tenant ce musée depuis des années, et l’autre faisant son apprentissage près d’elle pour la remplacer bientôt quand elle va prendre sa retraite. Il ne s’agit pas de gardiennes seulement chargées de surveiller le visiteur. Ce qui est remarquable, c’est leur intérêt pour les collections, leur culture, sans même parler de leur gentillesse et de leur amabilité. Ajouterai-je que c’est grâce à un appel de leur part à une personne de connaissance que nous avons eu une chambre confortable pour un prix raisonnable chez l’habitant, à Stavros, pour nos deux nuits supplémentaires à Ithaque. De cela et de leur compétence pour compléter les informations archéologiques fournies, je voudrais les remercier.
 
681h1 poterie 8e siècle avt Jésus-Christ
 
681h2 vase miniature en bronze, Aetos, Ithaque
 
681h3 fragment poterie hellénistique dédiée aux nymphes
 
Je finirai cet article par le musée de Vathy. Plus grand, présentant plus d’objets, mais aussi moins chaleureux, nous n’y avons pas eu le moindre contact avec le personnel. Et pourtant, à Stavros comme à Vathy, nous étions les seuls visiteurs. Ma première photo montre un récipient de terre cuite avec couvercle qui est en style géométrique tardif, huitième ou septième siècle avant Jésus-Christ, provenant d’un atelier d’Ithaque ou de Corinthe et trouvé lors de fouilles au mont Aetos (moitié sud de l’île, entre le port de Piso Aetos sur la côte ouest et Vathy de l’autre côté de l’isthme). Je trouve remarquable le modernisme de cet objet qui pourrait être une soupière sur une table d’aujourd’hui. Le vase miniature en bronze trouvé lui aussi au mont Aetos est un objet votif, si petit qu’il n’a jamais pu avoir d’usage autre que de présent religieux. Et enfin ce fragment de poterie est si petit qu’il ne peut avoir d’intérêt que pour l’inscription qu’il porte, très lisible et très claire, il était dédié NYMPHA[IS], aux Nymphes. Ici, nous sommes à l’époque hellénistique (entre la mort d’Alexandre le Grand et celle de Cléopâtre).
 
681h4 vase rituel 7e-6e s. avt JC, Aetos
 
681h5 bronze époque géométrique, Aetos
 
Ce corps de femme, sur ma première photo, avec ses attributs sexuels très marqués, est un petit vase rituel datant du septième ou du sixième siècle avant Jésus-Christ, qui a été trouvé sur le mont Aetos. La chèvre de ma deuxième photo, décoration d’un chaudron de bronze, date de la période géométrique. Comme je le disais tout à l’heure au musée de Stavros, les chaudrons étaient généralement décorés d’animaux en bronze.
 
681h6 pendantif bronze, époque géométrique, Aetos
 
681h7 épingles bronze, époque géométrique, Aetos
 
Je terminerai avec le chapitre de l’élégance, à savoir un pendentif et des épingles. Ces objets de bronze datent de l’époque géométrique. Ce pendentif est très décoratif et son design est intéressant. Quant aux épingles qui ont fixé des cheveux il y a deux mille sept cents ou deux mille huit cents ans, elles n’ont certes rien de contemporain, mais je trouve émouvant de penser à l’usage qu’elles ont eu il y a si longtemps.
J’ai beaucoup parlé de ce mont Aetos. Avant de quitter Ithaque, je voudrais préciser que l’on y a retrouvé des objets de l’époque mycénienne et que d’autres, à l’époque classique ou hellénistique, nous informent que la ville s’appelait Ithaque et que la tradition en attribuait la fondation à Ulysse. Et puis la ville a encore été habitée à l’époque romaine. Tel est le lieu où ont été retrouvés la plupart des objets de ma sélection.
Après avoir profité d’Ithaque pendant trois jours –ce qui était encore trop peu, que ceux qui envisagent le voyage le sachent, sans compter que cette île est le paradis du trekking– paysages, richesses archéologiques, gentillesse des habitants, nous avons repris le bateau et réintégré la splendide et immense maison d’Eirini, cette amie grecque qui nous a hébergés si longtemps. Mais malgré son insistance pour nous garder nous devons poursuivre notre voyage, nos découvertes, nos travaux culturels ; aussi, après être de nouveau restés un temps chez elle, nous avons mis le cap sur Athènes.
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Published by Thierry Jamard
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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 19:53
Dans la série des sept îles Ioniennes, nous avons vu Corfou en face de la frontière Albano-grecque, et Leucade plus au sud. À présent nous avons décidé d’en voir deux autres, Céphalonie et Ithaque, encore plus au sud, au débouché du golfe de Corinthe, c’est-à-dire juste en face de la jonction entre le continent et le Péloponnèse. Ces deux îles, et Céphalonie encore plus qu’Ithaque, attirent beaucoup de touristes, mais surtout l’été, pour leurs plages et leur atmosphère de vacances, aussi les hôtels, de vrais hôtels et pas des pensions, équipent-ils presque tous leurs chambres d’une kitchenette pour que les familles ne soient pas tributaires des restaurants, ce qui alourdirait la facture et rebuterait nombre de clients. Nous décidons, en conséquence, de laisser notre camping-car embourbé chez notre amie Eirini, de réserver des chambres et de louer une petite voiture plus maniable sur les routes de montagne, étroites et en lacets. Vu le prix du transport de notre engin, cette solution ne nous reviendra pas beaucoup plus cher. Réservations faites sur Internet, nous imprimons nos trois vouchers, pour la voiture à Patra avant le départ, pour l’hôtel à Agia Effemia, petite station balnéaire à quelques kilomètres du port d’arrivée sur l’île de Céphalonie, et pour l'autre hôtel à Vathi, la capitale de l’île d’Ithaque.
 
680a1 Départ de Patra vers Céphalonie
 
Afin d’éviter le stress de l’embarquement si nous arrivons un peu tard, nous prenons un taxi pour nous rendre de Rio à Patra en prévoyant une marge assez importante. Et bien nous en a pris, parce qu’à l’agence on nous fait savoir que pour une raison inconnue la réservation avait été annulée. Elle figurait bien sur l’ordinateur, mais avait été annulée un peu avant notre arrivée, alors que nous étions en avance sur l’heure de réservation. Eirini, qui nous avait accompagnés dans le taxi et qui avait désapprouvé notre réservation, pensant qu’il valait mieux louer à Céphalonie pour économiser sur le transport (mais j’avais vu sur Internet qu’il n’y avait pas, en cette saison, de loueurs dans le port de Sami, et qu’il fallait aller en bus à Argostoli, la capitale, à 25 kilomètres de l’autre côté de la montagne), dit au loueur de laisser tomber, alors qu’il tentait d’appeler des confrères pour trouver une solution. Heureusement, j’ai réussi à deviner ce qui se passait, j’ai demandé une traduction précise, à temps pour dire que non, nous ne cédions pas, que nous voulions une voiture. Car notre séjour devait être bref, deux jours tout juste à Céphalonie qui est assez grande (nous devions reprendre le même bateau à l’heure de son escale, la même tous les jours, soit tout juste 48 heures), et il n’était pas question de perdre près de quatre heures, attente de l’heure du bus, trajet en montagne, recherche d’un loueur, formalités, puis retour sur la côte est où nous avions réservé l’hôtel. Finalement notre homme nous envoie chez un confrère, à moins de cinquante mètres. La voiture est sale extérieurement et intérieurement parce qu’il n’a pas eu le temps de la préparer, mais elle nous surclasse de deux catégories. Et nous nous embarquons. Fin de la première mésaventure. Sur la photo ci-dessus, prise à 13h36, nous avons largué les amarres il y a six minutes, nous quittons le port. Les bateaux, nous l’avions déjà constaté pour le trajet de Brindisi à Igoumenitsa, puis pour Corfou à l’aller comme au retour, respectent leurs horaires à la minute près. Pour le départ, c’est louable, mais comment ils font pour être aussi ponctuels à l’arrivée, après plusieurs heures de navigation, je ne le comprends pas et je l’admire. Tout à droite, c’est Natacha que l’on aperçoit sur le troisième pont au-dessus des deux étages réservés aux véhicules, et moi j’ai pris ma photo du quatrième pont, le niveau le plus élevé.
 
680a2 Départ de Patra vers Céphalonie
 
Désormais nous sommes sortis du port et nous regardons Patra s’éloigner. Cette ville, la troisième de Grèce, un grand port, s’étale le long de la mer, limitée en profondeur par ces hautes montagnes. Comme on le voit, il fait un temps magnifique, mais sur la mer un petit vent frais qui remue l’air froid tombé des montagnes enneigées oblige à se mettre un pull-over, voire, si l’on est un peu frileux, une parka.
 
680a3 En route vers Céphalonie
 
Lourdement chargé de voitures et de camions, prévu pour transporter de nombreux passagers l’été, ce bateau n’est pas un hydroglisseur, mais c’est néanmoins un navire rapide dont les hélices tournant à plein régime brassent violemment l’eau pour propulser cette énorme masse à une vitesse que je ne connais pas mais qui est relativement élevée. Sur ma carte de Grèce au sept cent millième, je mesure un peu plus de treize centimètres, soit environ cent kilomètres, pour une durée de trajet de deux heures cinquante. Le mille marin mesurant 1,609 kilomètre (inoubliable depuis que Monsieur Gilier, mon prof d’anglais en terminale, nous a donné un truc mnémotechnique, “un ciseau neuf”, soit phonétiquement un, six, O, neuf) cela représente 62 miles en 170 minutes, soit 22 nœuds (35 kilomètres à l’heure). Digression pour une autre invention du même professeur : pour les temps irréguliers de verbe “vendre”, to sell, I sold, sold il nous enseignait “je vends la selle de mon cheval en solde”. Quoique cela date pour moi de presque cinquante ans, je m’en souviens encore. La méthode n’était donc pas mauvaise.
 
680b Toilettes à bord
 
Sans réclamer un luxe de palace à bord de ce ferry, on souhaiterait seulement un peu plus de soin. Sièges de pont extérieur amplement dépeints, sol en cours de réfection partiellement arraché, toilettes… comme le montre ma photo, cela ne témoigne pas de beaucoup de respect pour les passagers. Heureusement encore que l’on n’ait pas le mal de mer, afin de ne pas être contraint de passer plus de temps en ces lieux encombrés, peu propres et malodorants.
 
680c1 En vue de Céphalonie
 
680c2 Débarquement à Céphalonie
 
N’ayant eu à passer que quelques instants en cet endroit peu accueillant, restant presque continuellement en extérieur, allant d’un pont à l’autre, d’un bord à l’autre, contemplant le paysage des multitudes d’îles et d’îlots qui parsèment la mer Ionienne, je n’ai pas vu le temps passer. Et déjà nous sommes en vue de Céphalonie. Des affiches, sur le ferry, semblaient promettre un débarquement sportif et ludique. Hélas il n’en a rien été. Menteurs, on a dû redescendre par des escaliers, remonter en voiture et sortir classiquement.
 
680d1 Céphalonie, Sami
 
680d2 Céphalonie, monument au Marin Inconnu
 
Ces îles étant en face de la côte ouest de la Grèce, les navires évitent de faire le grand tour vers la capitale située à l’opposé sur la côte ouest, et ils accostent au port de Sami, sur la côte est de l’île. Sami est une jolie toute petite ville qui encadre son port sur un fond de belles montagnes. Sur le port, se dresse cette belle statue contemporaine rendant hommage au Marin Inconnu, comme il est d’usage de le faire pour un soldat qui, n’étant pas identifié, représente tous les soldats tombés au combat. Celui-ci, parce qu’il est vêtu en pêcheur, ne représente pas exclusivement les marins morts à la guerre, mais tous ceux qui ont péri en mer. Pour preuve, sur le socle des plaques de bronze sont sculptées en bas-relief d’un bateau de l’Antiquité, d’un transatlantique, d’un chalutier.
 
680d3 dans le port de Céphalonie
 
Fascinants, ces petits poissons dans l’eau transparente de ce port, qui se déplacent en un demi-cercle presque parfait, virent de bord tous ensemble et reprennent la formation. Ayant lu bon nombre de romans soviétiques ainsi que des ouvrages d’exilés russes, j’imagine que telle était la vie pour les citoyens conditionnés et enrégimentés. Comme on le faisait dire aux Pionniers, à l'ordre“Byt gatov !" ils répondaient "Vsigda gatov !". Mais comme on le constate sur ma photo, même dans les systèmes les mieux ordonnés il y a toujours des individualistes qui traînent la patte (quoique, s’agissant d’un poisson, l’expression soit impropre, ils traînent la nageoire), à moins que ce ne soient des dissidents… Tant pis pour eux, on ne va pas tarder à les envoyer à la poêle.
 
680e1 Céphalonie, Agia Effemia
 
Nous avons réservé notre chambre d’hôtel à Agia Efimia (ainsi transcrit dans la réservation et sur ma carte Michelin, ce qui correspond à la prononciation, mais la transcription littérale est Euphêmia, ce qui permet de mieux comprendre l’étymologie du nom, et aussi d’y reconnaître sainte Euphémie en français). C’est une ravissante petite station balnéaire à moins de dix kilomètres de Sami. Et là se situe notre seconde mésaventure. Deux ou trois jours avant le départ, toujours fidèle à l’excellent site booking.com, j’avais réservé une chambre dans un hôtel pour lequel il était dit "plus que deux chambres libres à ce tarif" et, le soir, j’avais été appelé par le propriétaire pour me dire que son hôtel était fermé en cette saison. La mention des deux seules chambres libres devait être une erreur du serveur. Je m’étais donc immédiatement connecté de nouveau pour réserver une autre chambre, à l’hôtel Greka Ionian Suites. La plage, le rivage, se disant paralia en grec, et l’adresse étant Paraliaki Odos Samis, pas de doute, en suivant le front de mer et en venant de Sami nous sommes sur la "route côtière de Sami" et nous devons voir notre hôtel. Mais après deux allers et retours, pas d’hôtel de ce nom en vue. Un taxi passe par là. Il doit connaître, Natacha le hèle. Il s’arrête, nous montre de l’autre côté de la baie où cela se trouve, mais s’interrompt et, d’un cri retentissant, interpelle le conducteur d’un gros 4x4 qui passe non loin. Pendant que ce conducteur fait demi-tour et vient vers nous, le chauffeur de taxi nous explique que l’homme a un supermarché et connaît tout le monde. Et en effet, il connaît bien cet hôtel, puisqu’il appartient à sa cousine. Et l’hôtel est fermé jusqu’à la mi-avril, sa cousine résidant à Athènes et ne l’ouvrant que pour les beaux jours et l’affluence des touristes. Et il nous informe en outre que c’est la même chose pour tous les hôtels, nous n’en trouverons pas un seul ouvert en cette saison. Mais ce n’est pas grave, nous dit-il, on va arranger ça.
 
680e2 Céphalonie, Sainte Euphémie, hôtel Olive Bay
 
Il nous invite à le suivre jusqu’à son supermarché. Quelques minutes plus tard, arrive un autre homme. C’est son frère. Lui aussi a un hôtel, il va nous dépanner. Et nous repartons, suivant avec notre voiture de louage la Mobylette du frère. Il nous ouvre son hôtel, nous prépare une chambre, et nous laisse son numéro de téléphone portable, il nous suffira de l’appeler le surlendemain, pour payer. Et il nous fait le prix très spécial booking.com de l’hôtel de sa cousine. J’ajoute que le lendemain matin, derrière la porte, nous avons trouvé un petit vase avec des fleurs. Quelle délicate attention !
 
680e3 Kefalonia, Agia Eufemia, xenodokhio o Kolpos ton Elio
 
Nous voilà donc installés confortablement, vue sur mer, et complètement seuls dans cet hôtel, pas de réception, rien. On nous a donné la clé de la chambre et la clé de l’hôtel. On ne nous connaît pas et on nous fait confiance. Quelle gentillesse dans l’accueil, quelle complaisance, quelle hospitalité ! Le rêve. Ci-dessus, le lendemain matin nous allons prendre notre petit déjeuner sur le balcon.
 
Le soir, nous retournons au supermarché pour faire nos emplettes du dîner. Pendant que nous tournons dans les rayons, le portable du patron sonne. Il répond à l’appel quelques instants, puis me tend l’appareil. "C’est pour vous", me dit-il. Intrigué, je prends son téléphone. C’était sa cousine qui voulait s’excuser pour ce qui s’était passé. Une personne charmante, et qui de plus parle français. Elle était désolée, navrée, de ce qui était arrivé. Bien évidemment, ce n’est pas elle la responsable mais booking.com de Grèce, et j’en étais d’autant plus convaincu avant même qu’elle me le dise que la même erreur s’était déjà produite pour un autre hôtel de la même île, comme je le disais plus haut. Nous avons parlé un bon moment, elle se confondait en excuses, alors que tout était arrangé à notre complète satisfaction. Et en compensation, avec générosité, elle nous offre deux nuits dans son hôtel si nous revenons à Céphalonie.
 
Étant très en retard dans mes publications, je peux ajouter aujourd’hui que quelque temps après, j’ai reçu un SMS. D’autant plus agréable que cette personne se prénomme Aphrodite. Recevoir un SMS signé Aphrodite… C’était pour me demander mon adresse Internet et, quand je la lui ai communiquée, elle m’a adressé une confirmation des nuits gratuites accompagnée d’un petit mot très sympathique. Comment ne pas être touché par tant de gentillesse ? Voilà donc deux adresses à recommander chaudement pour qui souhaite un traitement personnalisé, accueillant, où les relations humaines ont la priorité :
 
Hôtel Greka Ionian Suites
Paraliaki Odos Samis
Agia Efimia
28081 Kefalonia
 
Hôtel Olive Bay
Agia Efimia
28081 Kefalonia
 
680f1 Céphalonie, Fiskardo
 
680f2 Céphalonie, Fiskardo
 
 Nous avons mis à profit ces deux jours pour sillonner l’île. Un terrible tremblement de terre, en 1953, a détruit pratiquement toutes les constructions. Seul le village de Fiskardo, tout au bout de la pointe nord de Céphalonie, est resté debout. C’est là que nous sommes lorsque j’ai pris ces photos. Nous voyons donc un village qui a conservé l’aspect des villages vénitiens d’autrefois.
 
680f3 Kefalonia, Fiskardo
 
680f4 Céphalonie, Fiskardo
 
Indépendamment des maisons, des rues, de l’atmosphère, toute l’île offre de splendides paysages de montagne et de mer. Les deux photos ci-dessus ont été prises elles aussi à Fiskardo, mais nous allons voir que le reste de l’île n’a rien à lui envier.
 
680g1 Céphalonie, panorama
 
Et par exemple je me suis amusé à prendre cette vue panoramique lors d’un arrêt photo sur le bord de la route. On voit combien la côte est découpée, comme la mer est d’un bleu intense, comment la montagne tombe directement dans la mer de tous côtés.
 
680g2 Céphalonie, Asos
 
680g3 Céphalonie, plage de Myrtos
 
Les deux endroits que je montre ci-dessus se situent à faible distance l’un de l’autre et sont parmi les plus beaux de la côte ouest. La première photo montre la presqu’île d’Asos. Invisible sur ma photo, une citadelle vénitienne du seizième siècle la couronne. Sur l’isthme extrêmement étroit qui la rattache à la terre ferme, le petit village a, tout comme l’ensemble de l’île, été mis à bas par le tremblement de terre de 1953. Et c’est la Ville de Paris qui en a financé la reconstruction.
 
La seconde photo montre la plage de Myrtos, très courue paraît-il en été ce qui doit lui ôter bien du charme, avec les files de voitures garées en haut, les vendeurs de glaces et autres en bas, et les processions de baigneurs qui, tels des régiments de fourmis, se croisent en files continues sur le chemin qui descend à la plage. Mais aujourd’hui, en hiver, rien ne trouble la beauté de ce site grandiose.
 
680g4 Céphalonie
 
680g5 Céphalonie
 
680g6 Céphalonie
 
Encore quelques paysages au hasard. C’est la montagne, c’est rocailleux, on peut chercher longtemps si l’on veut trouver un équivalent de la Beauce ou du tchernoziom d’Ukraine. J’aime bien ces arbres qui poussent dans les interstices laissés entre les pierres du sol. Sur la seconde photo, ces espaces immenses qui ne peuvent être cultivés sont dédiés à l'élevage et n'appartiennent à personne, ils sont publics. Ainsi aucune construction ne révèle une vie humaine. Les archéologues ont déterminé que des communautés humaines avaient vécu à Céphalonie il y a cinquante mille ans, et ce paysage est strictement identique à ce qu’ont pu voir ces gens. Plusieurs séismes, certes, ont surélevé ceci, abaissé cela, modelé ici ou là les formes, mais l’économie générale du paysage est la même qu’en ces temps reculés. Et puis j’ajoute un éclairage par le soleil déclinant. Il a fait un temps splendide, et –je ne m’y connais guère en météorologie mais je crois que c’est un phénomène fréquent dans les îles– l’évaporation crée en fin de journée des nuages qui, bloqués par les montagnes, s’attardent sur l’île et entre les îles de l’archipel. Puis le soleil, derrière, filtre ses rayons dans les interstices des nuages, créant ces belles nappes lumineuses qui tombent en faisceau sur la mer. Et même si elle le partage avec ses sœurs, cela aussi fait partie de la magie de Céphalonie.
 
680h1 Céphalonie, Kastro
 
680h2 Céphalonie, Kastro
 
680h3 Céphalonie, Kastro
 
Près d’Argostoli, la capitale de Céphalonie autrefois célèbre pour son architecture vénitienne telle qu’adaptée par Venise à ses possessions de Grèce mais dont, hélas, il ne reste plus rien depuis le séisme de 1953, sur une éminence se dresse une imposante citadelle du treizième siècle, le Kastro. Notre tour de l’île nous ayant fait arriver là trop tard pour pouvoir y pénétrer, la fermeture ayant lieu à quinze heures, nous décidons de retraverser l’île le dernier jour avant de reprendre le ferry, ou plutôt, puisque nous n’avons pas vu le sud, nous longeons la côte, depuis notre hôtel à l’est jusqu’au Kastro à l’est. Et puis, parce que nous avons trouvé splendide la montagne par la route directe d’Argostoli au port de Sami, c’est par là que nous reviendrons, pour nous embarquer vers Ithaque. C’est bien avant le séisme de 1953 qu’un autre tremblement de terre, en 1636, a bien endommagé les bâtiments. Dès lors la population intra muros, qui s’était montée à quinze mille âmes, a décru et le rang de capitale, dévolu à cette citadelle dédiée à saint Georges (Agios Georgios), est passé à Argostoli en 1757.
 
Mais avant de quitter Céphalonie, et parce que j’ai évoqué à deux reprises le passé, peut-être convient-il de dire quelques mots de son histoire. On sait qu’Ulysse régnait sur l’île voisine d’Ithaque, mais si sa capitale et son palais étaient à Ithaque, il régnait aussi sur Céphalonie, et les soldats qu’il a emmenés avec lui pour guerroyer à Troie venaient des deux îles. Romaine puis byzantine, elle fut conquise au dixième siècle par ces mêmes Normands qui ont conquis le sud de l’Italie et la Sicile, avec ce Robert d’Hauteville que nous connaissons bien et qui mourra dans l’île, à Fiskardo. On raconte même que la ville aurait tiré son nom d’une déformation du surnom de Robert dit le Guiscard (en italien, Guiscardo). Franque et brièvement turque, elle a été prise en 1500 par les Vénitiens qui l’ont profondément marquée de leur empreinte, d’une part parce qu’ils y ont effectué de grands travaux et qu’ils y ont beaucoup bâti et urbanisé, et d’autre part parce qu’ils ont bénéficié de la durée. En effet, ce n’est qu’en 1797que les armées françaises révolutionnaires y ont fait leur entrée. Céphalonie suit alors le sort de Corfou, République des Sept Îles indépendante mais sous protectorat anglais, réunion à la Grèce en 1864. Je voudrais enfin évoquer un fait marquant. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, les Italiens de Mussolini étaient du côté de l’Allemagne nazie et occupaient l’île. Puis en 1943, inversion de la situation, Mussolini est déboulonné et l’Italie signe l’armistice avec les Alliés. Désormais, l’armée italienne se retourne contre Hitler. Et, surtout, Hitler se retourne contre les Italiens. Il veut leur prendre Céphalonie où ils sont entrés pour son compte. Il y a là neuf mille soldats qui résistent avec héroïsme au pilonnage de l’aviation, à l’avance des chars allemands. Au bout de neuf jours, acculés, les Italiens sont contraints de se rendre. Ils ne sont plus que 341 officiers et 4750 soldats. Hitler les fait tous fusiller comme traîtres. Seuls, trente quatre hommes parvinrent à échapper à ce massacre.
 
680i1 Météo à Céphalonie
 
Nous voilà de retour au port de Sami, pour attendre le ferry. Un panneau lumineux appartenant à la Municipalité donne quelques informations sur la vie locale et alterne avec la température. Nous sommes le 10 février, il est quinze heures et il fait 22°. N’est-ce pas merveilleux ? Au même moment, à Riga en Lettonie, le cousin de Natacha a –30° et son frère, près d’Arkhangelsk en Russie, a –40°…
 
680i2 Ithaque vue de Céphalonie
 
En guise de conclusion, puisque nous nous rendons à Ithaque je montre une photo de cette île, prise le 9 lorsque nous étions dans la montagne et que la vue nous a moralement contraints à stopper sur le bas-côté pour admirer le paysage et le prendre en photo. Je reviendrai donc la prochaine fois sur la structure de cette île, constituée de deux masses montagneuses reliées entre elles par un isthme bas et étroit.
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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 22:39
679a Approche d'Antirrio
 
Dans mes articles précédents, j’ai parlé de la rencontre que nous avons faite à Missolonghi de voisines de camping-car, de l’amitié des relations, des promenades sur la lagune et autour d’Agrinio en leur compagnie. Ensuite, nous nous sommes dirigés vers le Péloponnèse, les deux camping-cars se suivant, car l’une de ces amies habite à Rio, au débouché du pont, et l’autre à Patra, dix ou quinze kilomètres plus loin.
 
Le pont ? Le Péloponnèse est une presqu’île seulement reliée au continent par le très étroit isthme de Corinthe au nord-est, où a été creusé un canal à la fin du dix-neuvième siècle pour éviter aux bateaux de faire tout le tour du Péloponnèse quand ils vont de la Méditerranée orientale (Athènes, Istanbul, la Mer Noire) vers la Méditerranée occidentale (Italie, Espagne, France et, bien sûr aussi, côte ionienne de la Grèce). Mais après s’être un peu éloignée du continent lorsque l’on va vers l’ouest, creusant le golfe de Corinthe, au contraire cette énorme presqu’île se rapproche de la terre ferme à son extrémité nord-ouest.
 
679b1 Antirrio et le pont du Péloponnèse
 
679b2 Le pont d'Antirrio à Rio
 
679b3 Rio, au débouché du pont du Péloponnèse
 
Deux forts vénitiens gardent le passage, étroit de seulement deux kilomètres. Dans la mouvance des Jeux Olympiques d’Athènes de 2004, un pont a été construit pour relier les deux rives. Pour éviter au trafic routier le long détour par Corinthe, de l’autre côté du Péloponnèse, il existait un transport par ferry entre Rio, qui garde la rive sud, côté Péloponnèse, et Antirrio (étymologiquement “en face de Rio”) qui garde la rive nord, côté continent. Actuellement, le ferry a été maintenu, doublant le pont. Le péage du pont est un peu supérieur au coût de la traversée par mer, mais la différence de prix n’est sensible que pour qui effectue le passage quotidiennement ou fréquemment, et le temps gagné est considérable. Toutefois nous avons choisi la solution du ferry parce que du pont… on ne voit pas le pont !
 
En réalité les Jeux Olympiques ont eu lieu à l’été 2004 et le pont n’a été achevé que fin 2004. La Grèce escomptait de fortes retombées touristiques de l’organisation de ces Jeux pour lesquels elle a investi neuf milliards d’Euros. Mais l’immense chantier de préparation et de construction a, l’année précédente, découragé beaucoup de touristes, et les années suivantes le souvenir des Jeux n’a absolument pas dopé le tourisme, de sorte que la Grèce, qui s’enfonçait de plus en plus dans une crise économique depuis le début du millénaire, a encore plombé son déficit budgétaire avec l’organisation des Jeux et avec ce pont. Mais j’ai lu quelque part que les futurs Jeux Olympiques de Londres dépassent d’ores et déjà largement le budget prévu et s’annoncent comme une catastrophe économique pour la Grande-Bretagne. L’avenir nous dira si ces prévisions pessimistes d’un économiste sont confirmées par les faits.
 
679b4 Le pont de Rio à Antirrio
 
Quoi qu’il en soit de l’aspect financier, il faut reconnaître qu’il est beau, ce pont, surtout les soirs de week-end, où il est éclairé en bleu, comme ci-dessus. Et il est certain que son existence permet de fluidifier grandement le trafic.
 
679c1 Eirini
 
679c2 Nikos
 
679c3 Christina
 
679c4 Marouane
 
Après la traversée et à quelques dizaines de mètres de la mer, dans une ruelle tranquille, nous avons découvert la superbe et luxueuse maison sur quatre niveaux où l’une des deux sœurs, Eirini (dont le nom signifie la Paix), nous a offert l’hospitalité. Une hospitalité de longue, de très longue durée puisque, arrivés chez elle le 17 janvier, nous n’en sommes repartis que le 19 février, séjour seulement interrompu par six jours passés dans les îles ioniennes de Céphalonie et d’Ithaque.
 
Puisque nous avons vécu dans cette famille, il serait bon que j’en présente les membres. La première photo représente donc Eirini. Les deux suivantes, ses enfants, Nikos l’aîné et Christina la cadette. Puis c’est Marouane, un Palestinien qui partage la vie de la famille depuis trois ans.
 
679c5 Viki
 
679c6 Eirini et ses cousins
 
Hors de la maison, je dois également présenter Viki, la sœur d’Eirini que j’ai évoquée à Missolonghi, et il y a aussi leur cousine germaine et son mari avec qui nous avons dîné après la balade en bateau et qui étaient de la partie dans la montagne autour d’Agrinio et auprès des lacs. Ce sont des personnes qui vont réapparaître dans mon récit dans un instant.
 
679d1 Carnaval de Patra
 
679d2 Carnaval de Patra
 
Mais d’abord, je voudrais parler du carnaval de Patra. Après Athènes et Thessalonique, Patra (que l’on appelait autrefois Patras) est la troisième ville de Grèce, avec près de 170 000 habitants, et c’est la capitale du Péloponnèse. Rio, où est située la maison d’Eirini, en est toute proche, et est considérée comme une banlieue résidentielle. Tous les ans se déroule à Patra le plus grand carnaval de toute la Grèce. Il dure près d’un mois. Cette année, il débutait le 22 janvier au soir, et malheureusement il s’est mis à pleuvoir assez fort, ce qui n’a pas empêché les plus jeunes de rester à assister aux festivités, mais on a vu beaucoup d’adultes partir. Dommage. Il y avait, en ce premier soir, un défilé de chars et un feu d’artifice, suivis d’un grand concert sur une scène établie sur une grande place du centre ville.
 
679d3 Carnaval de Patra
 
679d4 Carnaval de Patra
 
Nous avons peu bougé de chez Eirini durant ce mois. Elle nous a bien emmenés deux ou trois fois au supermarché ou en ville, mais là où était garé le camping-car le sol était meuble, ce que je ne savais pas en m’y plaçant, et avec les pluies d’hiver nous étions embourbés. Il nous est quand même arrivé de prendre, à la gare située à un petit quart d’heure à pied, le train de banlieue, qui serait plutôt un joli métro en plein air. Sans assister à d’autres festivités du carnaval, nous avons cependant pu voir ces mannequins de jour et par beau temps.
 
679e Dans la montagne au-dessus de Patra
 
En Grèce, la montagne est partout. Ainsi, Patra est coincée entre mer et montagne et lorsqu’en hiver il pleut à Patra il neige en montagne. Eirini, un jour, nous a emmenés dans son 4x4 et nous avons retrouvé le couple de sa cousine pour une promenade dans la neige. Cela fait plaisir aussi de revoir une montagne enneigée, ce qui ne nous était plus arrivé depuis l’hiver qui précédait notre départ en camping-car, il y a deux ans. Et les paysages que nous avons vus ici étaient magnifiques.
 
679f1a Le port de Naupacte (Lépante)
 
679f1b Le port de Nafpactos (Lepanto)
 
Une autre fois, Eirini a encore mis son 4x4 à contribution pour nous emmener à Naupacte, en grec Nafpaktos. Cette ville est surtout célèbre pour la bataille navale de Lépante qui s’est déroulée dans ses eaux le 7 octobre 1571. Dans mon article du 5 août 2010, j’en ai parlé abondamment, il est facile de s’y reporter, inutile que je me répète. Mais la ville a des origines anciennes. Héraklès devait régner sur le Péloponnèse, mais le trône lui avait été ravi par un rival, et l’oracle de Delphes lui avait alors dit que seule la troisième génération de sa descendance (dite les Héraclides) pourrait investir le Péloponnèse. Aussi l’histoire légendaire assimile-t-elle la prise de possession de toute la péninsule par les Doriens venus de Thessalie comme le retour des Héraclides. Or c’est à Naupacte, port sur le continent proche du plus étroit bras de mer à franchir, que les Doriens auraient construit leur flotte, ce qui expliquerait le nom de la ville, nau- étant le radical du nom du bateau et pak-to- étant une formation d’adjectif sur le verbe pêg-numi, qui signifie je cloue, je fixe. Étymologie fantaisiste, bien sûr, imaginée dès l’Antiquité, mais qui donne des racines anciennes et significatives à Naupacte. Puis on n’en entend plus parler jusqu’à ce qu’un document nous informe que l’évêque de Naupacte a participé au synode de Sofia en 343. Puis c’est Procope, l’historien (vers 500-560), qui mentionne la ville. Ensuite, la ville est souvent citée comme victime de raids de Slaves. Dès le début du dixième siècle, elle devient le siège d’un métropolite et l’un des ports les plus importants pour la flotte byzantine. En 1204, elle tombe sous la coupe des Vénitiens qui la renomment en Lépante, mais immédiatement après, en 1210, un traité la donne à Michel I Comnène, le fondateur du despotat d’Épire. En 1294, Nicéphore I, l’un de ses successeurs sur le trône du despotat d’Épire, donne la ville à Philippe I d’Anjou, prince de Tarente et d’Achaïe, en cadeau de mariage lorsqu’il épouse sa fille Thamar.
 
679f2 Naupacte (Lépante)
 
679f3 Naupacte (Lépante)
 
679f4 Naupacte, la citadelle de Lépante
 
En 1407, les Vénitiens s’emparent de Lépante, fortifient le port, reprennent toutes les vieilles fortifications byzantines, mais finalement se la feront ravir par les Ottomans en 1499 malgré la solidité de ses fortifications, aussi est-ce ce port que choisit Ali Pacha (évidemment pas le même que l’Ali Pacha dont j’ai parlé pour Ioannina et qui a été décapité en 1822) pour regrouper sa flotte avant la grande bataille de 1571. La flotte de la Sainte Ligue menée par Don Juan d’Autriche, jeune bâtard de Charles Quint âgé de 24 ans, a été vainqueur haut la main sur les Turcs, cependant le but n’était pas de prendre Naupacte, qui est restée possession de la Sublime Porte jusqu’à 1829, lorsqu’elle est entrée dans le giron de l’état grec libre et indépendant (si l’on fait l’impasse sur le bref épisode 1678-1699 où, reprise par les Vénitiens, elle est finalement rendue aux Turcs par le traité de Karlowitz).
 
La première photo ci-dessus montre les fortifications vénitiennes du port, sur la seconde on aperçoit vaguement à flanc de colline l’un des murs d’enceinte de la citadelle, mais il y avait six murailles, oui six, pas une de moins, deux descendant le long de la pente et quatre transversales, et pour prendre la troisième photo je suis monté en haut de la colline, au pied de la citadelle.
 
679g1a Cervantes à Lépante
 
679g1b Cervantes à Lépante (Naupacte)
 
Lorsque, le 21 mars 2010, je contemplais à Rome le plafond de l’église Santa Maria in Aracœli offert par Marcantonio Colonna en action de grâces pour la victoire de Lépante, j’écrivais : “Derrière le Crucifix brandi par Don Juan, la Sainte Ligue remporte une victoire écrasante. Mais Cervantes, l’auteur de Don Quichotte, y perd son bras gauche. Évidemment, quand nous serons en Grèce à cet endroit j’aurai l’occasion d’en reparler”. Voilà, nous y sommes, et j’en reparle. Né le 29 septembre 1547, il n’avait encore que 24 ans lors de la fameuse bataille. C’était pourtant comme fantassin qu’il s’était engagé en 1570, mais les combats sur les bateaux à l’époque nécessitaient des marins pour manœuvrer, pour poursuivre, pour monter à l’assaut, mais aussi des fantassins pour se battre au corps à corps lorsque l’on était abordé par un navire ennemi. La perte de son bras ne constitue pas la fin de ses malheurs car il reste dans l’armée, et en 1575, à 28 ans, il est pris par des pirates qui vont le vendre comme esclave. Ses parents, aidés par l’Ordre des Trinitariens, vont payer la rançon pour le racheter. Il avait déjà un peu touché à la littérature, mais à présent il va s’y consacrer, car par chance dans son malheur il était droitier. Il est à Valladolid quand il apprend le succès de la première partie de son Don Quichotte en 1605. Cela le ramène à Madrid, où il résidera jusqu’à sa mort survenue le 23 septembre 1616, le hasard ayant fait mourir exactement le même jour Cervantes, le plus grand écrivain espagnol et Shakespeare, le plus grand écrivain anglais. Ci-dessus, la plaque dit “Cervantes, soldat espagnol, génie des Lettres, honneur de l’humanité, glorieusement blessé à la bataille de Lépante”.
 
679g2 les Maltais à Lépante
 
679g3 les Croates à Lépante
 
La Sainte Ligue était constituée de combattants des États du pape, de l’Espagne, de Venise et de Gênes. Mais en outre, bien des États ont pris une part plus ou moins grande. La Savoie, la France, par exemple. Beaucoup de plaques ont été vandalisées, revêtues de peinture, et sont maintenant protégées, une forte grille interdisant l’accès au passage entre deux rangs de murailles sur lesquelles elles sont fixées. De la plage, des soupiraux bien protégés par des grilles m’ont cependant permis en me contorsionnant de glisser mon objectif entre les barreaux et, en position télé, de photographier celles qui n’étaient pas peinturlurées et qui se trouvaient plus ou moins en face du soupirail. C’est ainsi que j’ai pu prendre les deux plaques ci-dessus sans vraiment parvenir à les déchiffrer et découvrir ensuite sur mon écran qui elles glorifiaient. La première a été offerte par l’ambassade de Malte en 2009 : “En mémoire de la participation des héroïques guerriers maltais à la bataille de Lépante en 1571”. Et la seconde, offerte par l’Ambassade de Croatie en 2006 : “À la mémoire des soldats et marins croates qui ont combattu à la bataille de Lépante, 1571”.
 
Cette visite de Naupacte / Lépante l’après-midi du 6 février nous a amplement dédommagés de notre déception du matin, lors de notre visite du musée archéologique de Patra. Ce musée, tout neuf puisqu’inauguré en juillet 2010 dans un bâtiment à la superbe architecture, souffre de bien des défauts. Le premier c’est qu’il est assez loin de la ville et de la gare du train de banlieue. Or quand on vient de Patra, roulant sur une grande avenue à deux chaussées séparées on voit soudain le musée sur la gauche mais, à chacun des feux tricolores, des panneaux interdisent le demi-tour. Je sais bien que cela n’entrave nullement un conducteur Grec, mais que feront les touristes, notamment les Allemands, si respectueux du code de la route ? Ensuite, sur le parking, il n’y avait qu’une voiture en sus de celle d’Eirini, mais heureusement parce qu’il est tout petit et incapable d’accueillir la foule des visiteurs que devrait attirer le deuxième plus grand musée de Grèce après celui d’Athènes (ceux, du moins, qui se dirigent vers Patra, pas ceux qui en viennent !). Troisième défaut, la muséographie n’est pas claire. Elle est aérée, mais il est difficile de suivre une chaîne logique, qu’elle soit chronologique, ou par type d’œuvres. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de logique, mais je ne l’ai pas vue, et donc c’était –pour moi– peu pédagogique. Quatrième point, il est interdit de photographier les objets exposés, et des gardes-chiourmes sont postés à vous épier pour être sûrs que vous ne volez pas une image. Si, sans avoir l’intention de désobéir, vous posez une main sur votre appareil pour l’empêcher de ballotter au bout de sa bandoulière, on vous prie sans ménagements de le lâcher et de mettre vos mains dans vos poches. C’est insupportable. Et enfin, cinquième reproche, il n’y a pas de livres dans la librairie. Vous ne pouvez pas prendre vous-mêmes de photos, mais vous ne pouvez pas non plus vous documenter et emporter des souvenirs imprimés. Or, aussi souvent que possible, et même quand nous pouvons faire des photos, nous achetons des livres. C’est autant pour nourrir mon blog que pour enrichir un petit peu ma trop pauvre culture. Sans compter que, systématiquement, quand je photographie une œuvre, immédiatement après je photographie aussi l’étiquette explicative afin de toujours pouvoir retrouver de quoi il s’agit. Ici, rien. Après tout, sans doute est-ce positif puisque, la culture étant ce qui reste quand on a tout oublié, l’on oublie plus vite ce que l’on a vu et ce musée participe ainsi grandement au développement de la culture.
 
Le moment est venu de conclure cet article pour laisser reposer ma bile. Je parlerai bientôt de nos découvertes, de nos enthousiasmes éblouis, de nos aventures dans les îles de Céphalonie et d’Ithaque.
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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 20:15
678a Près d'Agrinio
 
Dans mon dernier article, je parlais de la rencontre de deux amies grecques. Aujourd’hui, rendez-vous a été pris pour une promenade dans la montagne, un peu plus au nord, non pas avec nos deux camping-cars, mais en deux voitures, l’une est celle d’un de leurs amis de Missolonghi, directeur d’un gros magasin d’électroménager, téléphonie, informatique du centre ville, l’autre est celle de leur cousine germaine et de son mari. La route part d’abord vers le nord-ouest en longeant la côte, puis à Ellinika nous tournons à droite sur une petite route qui monte dans la montagne. La photo ci-dessus est prise à la sortie d’Ellinika.
 
678b1 Ano Kerasovo, église de la Dormition
 
678b2 Ano Kerasovo, naos Koimiseos tis Theotokou
 
Un peu plus loin, la route traverse un bourg. C’est Ano Kerasovo. Nous nous arrêtons pour prendre un café dans un bar. Mais d’abord, pour les non-hellénistes, un mot d’explication sur ce nom. En grec, les adverbes ano et kato signifient respectivement vers le haut et vers le bas (cf., avec le mot hodos qui signifie route, l’anode et la cathode, qui étymologiquement signifient la route qui monte et la route qui descend). Utilisant ces petits mots, la toponymie de la montagne grecque distingue bien souvent deux villages de la même commune, celui de la vallée et celui de la crête. Ainsi, nous ne verrons pas Kato Kerasovo qui se trouve plus bas, mais notre Ano Kerasovo prouve bien que notre ami a dirigé ses roues vers la montagne.
 
L’ambiance, dans le bar, est familiale et amicale. Il y a là entre autres un pope orthodoxe, Papas Georgios, un homme ouvert, extrêmement sympathique, avec qui nous entamons la conversation. Il se laisse photographier avec plaisir et s’amuse à voir les photos sur l’écran de nos appareils mais je me rends compte que j’ai oublié de lui demander son autorisation pour publier son portrait dans mon blog et je préfère donc m'abstenir. On se contentera de l’apercevoir de très loin, dans et hors l’église. Il nous raconte qu’il est père de sept enfants et nous invite à visiter son église. Avec joie !
 
678c1 Ano Kerasovo, église de la Dormition
 
Son église, il l’a entièrement rénovée et il en est fier à juste titre. Lustre et décorations sont magnifiques. Par ailleurs un peintre local recouvre peu à peu tous les murs de grandes fresques très décoratives ainsi que religieusement signifiantes, dans la grande tradition du passé, dans des temps où bien des gens ne savaient pas lire et où les récits de l’Ancien et du Nouveau Testaments étaient enseignés par l’image.
 
678c2 Ano Kerasovo, église de la Dormition
 
678c3 Ano Kerasovo, église de la Dormition
 
C’est le cas dans ces deux fresques qui mettent en scène Abraham. Comme on le sait, Dieu a voulu l’éprouver en lui demandant de sacrifier son fils, et Abraham est ici prêt à immoler Isaac, le feu du sacrifice est déjà allumé et il brandit sa lame. Mais l’ange, en haut à gauche, apparaît pour arrêter son bras, et Abraham s’interrompt pour l’écouter. On aperçoit aussi le bélier qui va remplacer Isaac sur l’autel.
 
La seconde fresque représente la générosité d’Abraham. Il accueille trois anges, comme le raconte la Genèse :
"Le Seigneur apparut à Abraham aux chênes de Mamré alors qu'il était assis à l'entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour. Il leva les yeux et aperçut trois hommes debout près de lui. À leur vue il courut de l'entrée de la tente à leur rencontre, se prosterna à terre et dit : ‘Mon Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux, veuille ne pas passer loin de ton serviteur. Qu'on apporte un peu d'eau pour vous laver les pieds, et reposez-vous sous cet arbre. Je vais apporter un morceau de pain pour vous réconforter avant que vous alliez plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur’. Ils répondirent : ‘Fais comme tu l'as dit’. Abraham se hâta vers la tente pour dire à Sara : ‘Vite ! Pétris trois mesures de fleur de farine et fais des galettes !’ et il courut au troupeau en prendre un veau bien tendre. Il le donna au garçon qui se hâta de l'apprêter. Il prit du caillé, du lait et le veau préparé qu'il plaça devant eux ; il se tenait sous l'arbre, debout près d'eux. Ils mangèrent".
Dans la Bible, ces anges représentent Dieu, mais l’Église catholique, comme l’Église orthodoxe, voit dans le nombre de visiteurs la préfiguration de la Trinité. C’est semble-t-il l’intention de cette peinture, les trois anges représentant le Père, le Fils et le Saint Esprit.
 
678c4 Ano Kerasovo, église de la Dormition
 
Les évangiles ne parlent pas de l’enfance de Marie. Aussi, pour satisfaire non pas la curiosité mais la piété des premiers chrétiens, un texte que l’on appelle le Protoévangile de Jacques a été rédigé dès le deuxième siècle et en tous cas avant 165 (saint Justin, mort en 165, s’y réfère) et diffusé en grec, en syriaque, en arménien, en éthiopien, en géorgien, en vieux slave. Ce texte raconte : "Lorsque la petite fille eut trois ans, Joachim dit : 'Appelez les filles d'Hébreux de race pure, et qu'elles prennent chacune un flambeau, un flambeau qui ne s'éteindra pas. L'enfant ne devra pas retourner en arrière et son cœur ne se fixera pas hors du Temple du Seigneur'. Elles obéirent à cet ordre et elles montèrent ensemble au Temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l'enfant et la prit dans ses bras. Il la bénit, en disant : 'Il a glorifié ton nom, le Seigneur, dans toutes les générations. C'est en toi qu'aux derniers jours il révélera la Rédemption qu'il accorde aux fils d'Israël'. Et il fit asseoir l'enfant sur le troisième degré de l'autel. Et le Seigneur Dieu fit descendre sa grâce sur elle. Et, debout sur ses pieds, elle se mit à danser. Et elle fut chère à toute la maison d'Israël". Grégoire XI en 1372 introduit officiellement la fête de la Présentation de Marie au temple dans le calendrier liturgique, mais on trouve trace de ce culte dans la crypte de Saint-Maximin, dans le Var, sur une pierre tombale du cinquième siècle où figure une Vierge en prière accompagnée d’une inscription qui dit en latin "Marie la Vierge servant dans le Temple de Jérusalem". Quoique le schisme qui a séparé l’Église catholique et les Églises orthodoxes date de 1054, soit plus de trois siècles avant la décision du pape, on trouve cette célébration de part et d’autre.
 
678d1 Lac Trichonida (ou d'Agrinio)
 
678d2 Lac Trikhonida
 
Après ce petit café et cette pause qui nous a permis de visiter cette grande et belle église moderne, nous reprenons la route, nous arrêtant fréquemment pour admirer le paysage, puisque tel est le but de la promenade d’aujourd’hui. Ici, nous voyons le lac Trikhonida, encore appelé lac d’Agrinio (comme le lac Léman est aussi appelé lac de Genève). Après quoi nous gagnerons une auberge dans un petit village, où nous ferons un excellent déjeuner. Les trois cousines, entendant de la musique, ne peuvent s’empêcher de se mettre à danser des danses traditionnelles, accompagnées de leur ami. Elles arriveront même à entraîner Natacha quelques minutes. Pas moi, au risque de les contrarier.
 
678d3 Lac Kremaston
 
678d4 Lac Kremaston
 
678d5 Lac Kremaston
 
Poursuivant la découverte de sites merveilleux, nous sommes à présent au-dessus du lac Kremaston. Le temps est toujours au beau mais, cerise sur le gâteau, en cette fin d’après-midi hivernal, des nuages coincés au-dessus du lac dans sa couronne de montagnes viennent donner au ciel vie et relief. C’est somptueux.
 
678d6 L'Acheloos vu du pont de Tatarna
 
678d7 Pont entre l'Acheloos et le lac de Tatarna
 
Le lac Kremaston se déverse vers la mer Ionienne, en face de l’île de Céphalonie, et partiellement dans la lagune de Missolonghi, via le fleuve Achéloos ci-dessus, que j’ai pris en photo à partir du pont de Tatarna (seconde photo). Avec ses deux cent dix sept kilomètres de long, ce n’est pas l’Amazone avec ses quelque 6500 kilomètres, mais c’est le plus long fleuve de Grèce. Un mot d’Achéloos avant de parler de Tatarna.
 
Achéloos est, dans la mythologie grecque, le dieu de ce fleuve, fils d’Océan et de Thétys, l’aîné de tous ses frères les trois mille fleuves du monde. Océan et Thétys sont l’un des plus anciens couples connus des théogonies, donnant à Achéloos une origine remontant très loin dans les origines indo-européennes. De ses amours avec la muse Melpomène (à partir de l’époque classique, le nombre des muses précédemment variable de trois à sept se fixe à neuf, mais ce n’est qu’ensuite, et progressivement, qu’elles vont se spécialiser, Melpomène étant attachée au théâtre tragique) vont naître les Sirènes. On lui prête aussi des liaisons avec d’autres muses mais de façon indéfinie, donnant naissance à des sources, dont Castalie à Delphes.
 
Tatarna, à présent. Ici, il est dit sur le grand panneau : "Bataille du pont de Tatarna, 22 mars 1821. Célébration annuelle avec manifestation chaque 20 mai à 9h15 du matin". Le 20 mai n’étant ni la date de la bataille du pont, ni celle de Gravia que je vais évoquer dans un instant, ni celle de la mort d’Androutsos dont je vais parler également, je ne sais pour quelle raison elle a été choisie pour cette célébration. Ulysse Androutsos est né à Ithaque en 1788. Son père, un klephte, a été décapité par les Turcs. Ali Pacha, se souvenant de son amitié pour son père, le prend sous sa protection à Ioannina en 1806 et en fait l’un de ses gardes du corps. Ulysse part en 1820 lors de la rupture entre Ali Pacha et la Sublime Porte. Quand éclate la Guerre d’Indépendance, il y prend une part active du côté des Grecs, et entre autres il a tenu ce pont de Tatarna sur l’Achéloos au débouché du lac lors d’une héroïque bataille le 22 mars 1821. Plus célèbre encore et d’un grand retentissement a été son attaque de l’armée ottomane à Gravia le 8 mai de la même année pour l’empêcher de franchir le golfe de Corinthe vers Patras, ce qui a contraint les Turcs à aller le traverser plus loin, laissant le temps aux Grecs du Péloponnèse de s’organiser et de renforcer leurs défenses. Puis il est reconnu chef de l’insurrection pour l’est du continent, par les groupes paramilitaires qui mènent une guérilla de coups de main. Il en réussit un remarquable, de ces coups de main, à Athènes et prend l’Acropole en 1822. Accusé de collusion avec l’ennemi par John Kolettis, ancien médecin à la cour d’Ali Pacha à Ioannina et l’un des chefs de la révolution grecque, il démissionne de ces fonctions sans pour autant cesser de se battre pour l’indépendance. Mais en 1825 cette accusation d’avoir pactisé avec les Turcs le poursuit, il est emprisonné sur l’Acropole et finalement assassiné le 5 juin. Son corps sera jeté sur les rochers de l’Acropole pour faire croire que, s’étant évadé, il avait fait une chute dans le vide. Mais un garde avait été témoin de cette supercherie et, des années plus tard, l’a révélée. Il est enterré à Gravia, lieu de son exploit de 1821.
 
Notre journée va s’achever, après le retour à Missolonghi, par un en-cas typiquement grec dans une de ces gargotes sympathiques fréquentées par les étudiants. Puis nous déplaçons notre camping-car pour faire tourner notre générateur sans déranger nos nouvelles amies grecques, et revenons à notre emplacement pour la nuit, face à la lagune.
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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 17:43
677a1 Missolonghi
 
677a2 Mesolongi
 
677a3 Missolonghi
 
Nikopolis, Arta, hier nous sommes arrivés à Missolonghi et avons trouvé un grand espace vide en bordure de la lagune. Excellent parking pour passer la nuit, et assez loin de tout pour pouvoir mettre en marche notre générateur sans gêner personne. Nous avons passé là plusieurs nuits. Voici quelques photos de la lagune. Faible profondeur en certains endroits, calme de l’eau que pas une ride ne trouble, couleurs douces…
 
677a4 Missolonghi
 
677a5 Missolonghi, maisons sur pilotis
 
De l’autre côté, avec les montagnes en toile de fond, le paysage est très différent mais c’est également une lagune, où s’installent des fermes marines et des maisons sur pilotis qui donnent une personnalité très particulière au rivage.
 
677b Vieil hôpital de Missolonghi (1806)
 
Tout à l’heure, je vais être amené à parler de Byron, qui a été soigné à Missolonghi et y est mort. Or ce bâtiment, sur le fronton duquel une inscription porte la date de 1806, est l’ancien hôpital. Peut-être est-ce ici qu’on a soigné cet illustre personnage mais, en l’absence de toute indication, je ne saurais l’affirmer.
 
677c1 bateau de pêche sur la lagune de Missolonghi
 
Je disais que nous avions passé au bord de la lagune plusieurs nuits dans un site assez isolé pour utiliser notre générateur sans déranger le voisinage. Or le deuxième soir, alors que nous étions face à nos ordinateurs alimentés par le 220 volts de notre générateur, un gros camping-car est venu se garer tout contre le nôtre. Il y avait suffisamment d’espace pour qu’il s’installe à 20, à 50 ou à 100 mètres, mais nombreux sont les voyageurs qui se sentent plus en sécurité lorsqu’ils font bloc les uns avec les autres. Nous n’avons donc pas été étonnés outre mesure. Puis, au bout de quelque temps, toc-toc, on frappe à notre porte. Une dame, bien courtoisement, nous dit qu’elle essaie de dormir dans le camping-car voisin et que, si nous voulions bien faire silence, elle pourrait enfin fermer l’œil. C’est dit gentiment, et en entamant une conversation sociable, proposant que nous prenions le café ensemble le lendemain. Nous obtempérons, arrêtons le générateur, éteignons nos ordinateurs dotés de bien faibles batteries afin de conserver un peu d’énergie pour le lendemain, et allons nous coucher. Le lendemain, nous prenons un café avec notre voisine qui a nom Eirênê (prononcer Irini, qui signifie la paix) et sa sœur Viki (diminutif de Paraskevi, dont j’ai raconté l’histoire de la patronne, sainte Parascève, dans mon article du 31 décembre), ainsi que de deux amis qu’elles se sont faits ici. Puis, parce qu’au cours de la conversation nous avons dit que, oui, faire un tour en bateau sur la lagune serait intéressant, Irini se lève, et revient avec une dame, pêcheur, qui pour cinquante Euros nous emmènera cet après-midi. Les deux sœurs nous expliquant leurs difficultés financières, nous disons, bien sûr, que nous paierons le bateau et les invitons à nous accompagner. Début d’une amitié.
 
Nous embarquons. À bord, cette dame pêcheur ainsi qu’un homme, très sympathique mais avec qui la conversation, exclusivement en langue grecque, ne peut pour nous que se limiter à quelques onomatopées ou quelques gestes. Ce monsieur, étant donné le coût élevé de la vie en Grèce et le bas tarif de vente du poisson doit vivre sur son petit bateau, se nourrir essentiellement en prélevant sur le produit de sa pêche, comptant sur des amis à terre pour lui cuire son poisson. Pour que nous puissions débarquer sur un îlot où vivent des pêcheurs sur une ferme marine, nous devons nous transférer sur un canot car le tirant d’eau est insuffisant pour le bateau de pêche. Tandis qu’un employé de la ferme marine nous amène à terre, nous voyons s’éloigner notre bateau (photo ci-dessus). Il nous a donné rendez-vous dans quelque temps.
 
677c2 mouettes et bateau de pêche, Missolonghi
 
Il est parti plus au large. Celui-ci, qui revient, a manifestement fini sa journée de pêche, et il vide des poissons dont il jette à la mer viscères et têtes, ce qui attire ces nuées de mouettes.
 
677c3 ferme marine, lagune de Missolonghi
 
677c4 Missolonghi, pêcheur dans la lagune
 
Les fermes comportent de vastes enclos, filets tendus verticalement sur des rangées de pieux. Le filet touche le fond et monte plus haut que le niveau de la mer (il paraît qu’il y a des marées en Méditerranée…), de sorte que les poissons que l’on y met sont prisonniers mais disposent de plus d’espace que dans un petit vivier. Lors de notre visite, les "fermiers" étaient tous en train de discuter ou de bricoler dans la maison, mais j’ai pris à un autre moment, et en un autre lieu, la seconde photo qui montre un homme récupérant des poissons pris dans un piège (vert) pour les transférer dans un enclos.
 
677d1 pièges à poissons dans une ferme marine
 
677d2 pièges à poissons dans une ferme marine
 
677d3 pièges à poissons dans une ferme marine
 
Voilà, ci-dessus, comment sont faits ces pièges à poissons. Le poisson étant un animal dont les facultés intellectuelles sont, par modestie sans doute, bien cachées, lorsqu’il est entré par l’ouverture au milieu il n’est plus capable de retrouver la sortie. On connaît le test de la poule : au milieu d’un pré, on fixe un grillage de cinq mètres de long, mais le passage est absolument sans entraves de part et d’autre. Puis on dépose du grain ou, plus appétissant, de jolis asticots à son pied, au milieu, et on apporte la poule, que l’on place de l’autre côté du grillage, juste en face. Eh bien ce génial animal à l’encéphale gros comme une citrouille va se jeter sans fin contre le grillage sans imaginer un seul instant qu’il serait aisé de le contourner. Alors le poisson, qui ne parvient pas à égaler le dixième de l’intelligence d’une poule…
 
677d4 mise à l'eau du filet, lagune de Missolonghi
 
677d5 mise à l'eau du filet, lagune de Missolonghi
 
Mais laissons là cette ferme et ses innombrables lapins en liberté (pourquoi des clapiers, puisqu’ils ne quitteront pas l’île à la nage) qui vagabondent au milieu des détritus (le sol est jonché de canettes de soda et de bière, de paquets de cigarettes, de lambeaux de papier hygiénique, de bouts de bois, de vieilles ferrailles et autres richesses). Notre bateau s’est approché de nouveau et la petite barque à fond plat nous y a ramenés. Au milieu du bateau, le fin filet de pêche était entassé en une montagne jaune. Il s’agit maintenant pour le pêcheur de dérouler ce filet qui mesure plus d’un kilomètre de long. Sous l’auvent, il a fixé horizontalement une barre par-dessus laquelle il a fait passer l’extrémité du filet, puis à cette extrémité il a fixé une bouée qu’il a jetée à la mer. À présent, il a mis le moteur du bateau en marche et le filet, peu à peu, monte sur la barre, redescend vers les mains du pêcheur qui prestement en défait les nœuds ou l’empêche de se tortiller, puis plonge dans la mer. Ce kilomètre de filet qui lui glisse sur les paumes, tous les soirs pour se dévider, tous les matins pour remonter le poisson, lui laisse dans les mains des cals qui lui font la peau plus dure que du bois. Et avec cela, il n’a pas de quoi avoir un logement, et sur son bateau il n’y a ni eau, ni chauffage, ni aucun des éléments de confort minimum qu’offre le monde moderne. C’est triste et désolant.
 
677e Coucher de soleil sur la lagune de Missolonghi
 
Demain, ce pêcheur ira donc relever ses filets. En attendant, son bateau nous ramène à Missolonghi après le coucher de soleil sur la mer, que nous dégustons avec délectation. Il se trouve que, le lendemain soir, en ville, le hasard nous a mis en sa présence. Il venait de poser son filet et allait chez un ami faire griller le poisson de son dîner. S’il a compris notre question, et si nous avons compris sa réponse, il semblerait que sa pêche de la nuit précédente ait été bonne.
 
677f1a Korè de la Grèce à Missolonghi
 
677f1b Symbole de la Grèce à Missolonghi
 
Puisque j’ai pris le parti de parler de notre séjour à Missolonghi par thèmes plutôt que chronologiquement, voici maintenant plusieurs visites que nous avons faites sur le thème de l’indépendance de la Grèce et du rôle de Lord Byron. Nous sommes ici dans le Jardin des Héros, et une place d’honneur, bien évidemment, est réservée à ce monument intitulé Korê tês Hellados, soit Jeune fille [allégorie] de la Grèce. Je ne la trouve pas très jolie, cette sculpture, mais puisqu’elle "est" la Grèce indépendante je la respecte. Et puis c’est la tombe d’un grand héros de Missolonghi qu’elle surmonte, Botzaris. Mais je me réserve de parler de lui plus loin.
 
677f2 Byron à Missolonghi
 
Mais la vraie place d’honneur, à la croisée des deux allées perpendiculaires et en plein en face de l’entrée du jardin, cette place d’honneur est réservée à Lord Byron. Lordos Mpaïron, comme l’écrivent les Grecs. Non pas, certes, parce qu’il est un grand poète romantique, mais pour son rôle dans la lutte des Grecs pour se libérer de la domination ottomane.
 
Retour sur image. Après une escapade avec une maîtresse qui a accouché d’une petite Augusta en 1784, son père dilapide la fortune de sa femme puis revient auprès d’elle. Celle-ci met au monde en 1788 le baron George Byron –notre homme– puis, après la mort de son mari trois ans plus tard, ruinée, elle se retire en Écosse, à Aberdeen, avec son fils. Il a dix ans en 1798 quand il reçoit le très riche héritage d’un grand-oncle et il en a vingt et un en 1809 quand il hérite du titre de Lord mais siéger à la Chambre des Lords ne l’intéresse pas et il part faire un tour de Méditerranée, Lisbonne, Séville, Malte, et il touche la terre de Grèce à Preveza (où nous avons établi nos pénates le 12 janvier). Il se rend à Ioannina où il rencontre Ali Pacha (mon article du 19 décembre dernier). Ensuite il visite de grands sites tels que Delphes et Athènes, mais il se rend aussi à Constantinople. Au départ sans opinion dans l’opposition des Grecs à l’occupation par l’Empire de la Sublime Porte, peu à peu, au contact des populations et en intégrant de plus en plus héros et mythes de la Grèce antique dans son œuvre poétique, il devient un ardent philhellène. Il se marie en janvier 1815 à Annabella, une jeune femme jolie, intelligente et respectueuse de la morale traditionnelle, tout son contraire. Aussi bien vite, c’est-à-dire dès qu’elle apprend qu’elle est enceinte, va-t-il chercher auprès d’autres femmes la fantaisie qu’il ne trouve pas auprès d’elle. Par ailleurs, il a dilapidé l’héritage reçu dix-sept ans plus tôt et les huissiers saisissent les biens du couple. Annabella tente de le faire déclarer irresponsable de lui-même. C’est sa demi-sœur Augusta qui, en bons termes des deux côtés, servira de lien et d’intermédiaire entre mari et femme, et pourtant il semble avéré qu’ils aient été amants. C’est en tous cas la rumeur qui a circulé, l’obligeant à se cacher pour ne pas être lynché.
 
Père d’une petite Ada en décembre 1815, il ne la verra pas, pas plus qu’il ne reverra sa femme. Il part pour la France, la Belgique, la Suisse où il rencontre le poète Shelley auquel il se lie d’amitié. Ensuite, il passe à Milan où il rencontre Stendhal, et vit quelques années en Italie, dont Pise en 1822 : on le retrouvera sur une plage de Toscane en cette année 1822 lors de la découverte du corps de Shelley qui s’est noyé (voir mon article du 27 novembre 2009). Profondément philhellène désormais, il décide de tout faire pour aider à l’indépendance de la Grèce et part pour l’île de Céphalonie où il passe quatre mois. Il participe sur ses deniers personnels au financement de la flotte grecque et se rend à Missolonghi le 4 janvier 1824. Là, il recrute, équipe, rémunère et entraîne un corps militaire et veut attaquer Lépante (Naupacte) mais il a contracté la fièvre des marais et meurt le 19 avril de la même année. Je parlerai tout à l’heure de l’épopée de Missolonghi, de son siège, mais d’ores et déjà je peux dire que Byron, pour ce qu’il a fait matériellement, financièrement et moralement, est considéré comme l’un des plus grands héros de l’indépendance, et il a été honoré de funérailles nationales.
 
677f3 à la mémoire des héros de Missolonghi
 
Après ce long passage consacré à Lord Byron, faisons un petit tour dans ce jardin des héros. On tombe sur cette croix à la mémoire des héros de Missolonghi. Puisque le nom de la ville apparaît ici en grec je dois expliquer sa transcription en français. Le grec écrit Mesologgi. Cette transcription, adoptée en français, suit les règles de la transcription en anglais. Passons sur le E grec représenté par un I, car si le grec a eu, un temps, à prononcer I cinq sons différents du grec ancien, cette tendance ne joue plus depuis longtemps et le E serait la sixième. Il s’agit d’une déformation, l’oreille des Britanniques entendant un I quand les Grecs prononcent un É très fermé. L’anglais, comme le français, ayant tendance à prononcer Z le S entre deux voyelles, on a doublé le S du grec pour maintenir la prononciation. Devant G, K, KH, le G du grec se prononce comme un N, aussi trouve-t-on la syllabe LON quand le grec écrit LOG. Mais en fait, j’ai écouté très attentivement la prononciation des gens sur place et le N est à peine perceptible à l’oreille. Enfin, en anglais comme en français, le G devant E ou I se prononce comme un J (ou DJ), aussi pour maintenir sa prononciation l’anglais le fait suivre d’un H. Pas le français qui aurait plutôt tendance à laisser ici l’orthographe d’origine ou à faire suivre le G d’un U. Mais puisque l’usage est d’adopter la graphie anglaise pour ce nom, je m’y conforme.
 
677f4a Monument aux héros philhellènes, à Missolonghi
 
677f4b Monument aux héros philhellènes, à Missolonghi
 
Ce monument, fait de façon romantique en mêlant aux pierres des fûts de canons brisés et des boulets tombés sur la ville pendant son siège, a été dressé en l’honneur des héros philhellènes. Il y a dans ce jardin des tombes et des monuments à des Grecs, mais il s’agissait de célébrer les nombreux étrangers qui avaient embrassé la cause de la Grèce et sont venus se battre pour la liberté d’un pays qui n’était pas le leur, sans atteindre à la célébrité d’un Byron qui leur aurait valu un hommage individuel.
 
677f5a monument allemand, Missolonghi
 
677f5b monument aux Russes philhellènes, Missolonghi
 
677f5c monument suédois, Missolonghi
 
677f5d monument polonais, Missolonghi
 
Et puis il y a plusieurs monuments qui, pour ne pas être individuels, n’en sont cependant pas moins consacrés à une communauté nationale particulière. Ci-dessus, dans l’ordre, on peut voir les monuments aux Allemands, aux Russes, aux Suédois, aux Polonais. En ce qui concerne ce dernier pays, une solidarité naturelle peut s’expliquer par le fait qu’au terme de trois partages successifs dont le dernier en 1795, la Pologne n’existe plus, son territoire étant réparti entre la Prusse, la Russie et l’Autriche-Hongrie. La tentative de Napoléon de rétablir un duché de Varsovie sous protectorat français sera éphémère. À l’époque des luttes grecques pour se libérer des Turcs, Grèce et Pologne sont donc toutes deux occupées par des pays étrangers.
 
677f5e monument italien, Missolonghi
 
Cette colonne antique est dédiée aux Italiens. Je place ce monument à part parce qu’il me donne un doute sur le financement des autres. En effet, pour les autres, ils sont "à la mémoire des [nationalité] tombés…, etc." mais celui-ci dit "Le Peuple italien à ceux qui sont tombés à Missolonghi", sans même préciser, d’ailleurs, s’il s’agit d’un hommage de l’Italie comme nation à tous les morts de Missolonghi, Grecs et philhellènes de tous les pays, ou si, l’État grec ne finançant pas les monuments nationaux étrangers, chaque pays s’en est chargé pour son compte. J’ai parcouru tout le jardin, lisant attentivement chaque plaque, et je n’ai pas trouvé trace d’un monument aux Français ; si tel était le cas il faudrait penser qu’aucun gouvernement français n’a délié sa bourse pour le financer ou que, lassés de s’être battus pour la liberté des peuples à la suite de la Révolution, dont celle des Grecs en 1797, les Français ont préféré rester à se reposer sur les ruines du rêve napoléonien ; mais il semble qu’il n’en est rien et que malgré mon attention ce monument m’a échappé parce que dans son blog en mars 2010 l’ambassadeur de France évoque son déplacement à Missolonghi pour les cérémonies du souvenir et il écrit "c’est donc avec une certaine émotion que j’ai participé aux cérémonies officielles et déposé deux couronnes, l’une au monument grec, l’autre au monument français".
677f5f monument américain (1939), Missolonghi
 
Quant à ce monument aux Américains, il ne concerne pas la guerre contre les Turcs. L’inscription dit "À la mémoire des Américains qui se sont battus pour la liberté des Grecs à partir de l’an 1939". Pour un pays qui avait subi une occupation interminable, byzantine, vénitienne ou turque, les trois successivement ou l’une ou l’autre selon les régions, et ce jusqu’à seulement 113 ans plus tôt pour une bonne part du pays, mais moins pour les îles ioniennes et moins d’un quart de siècle pour l’Épire, l’occupation nazie et fasciste des Italo-Allemands signifiait un come back insupportable. Les armées américaines ont, à ce titre, mérité de figurer dans ce jardin des héros de l’indépendance.
 
677g1 Musée Byron Missolonghi
 
Comme complément et illustration de ce que nous venons de voir, nous avons visité le musée municipal de Byron et de l’Indépendance. Intéressant et instructif. Et gratuit, pour permettre au plus grand nombre d’y avoir accès. Ajoutons à cela un fonctionnaire très sympathique et compréhensif à l’entrée qui se contente de nous demander gentiment de ne pas être trop gourmands en photos, deux ou trois dans chaque section. Comment ne pas être satisfait de cette attitude bienveillante, comment ne pas dans ces conditions se soumettre à la limitation raisonnable ? Voici mon choix.
 
677g2a Missolonghi, la bataille de Klissova
 
677g2b Missolonghi, l'île de Klissova
 
Lors de notre tour en bateau sur la lagune, nous avons vu l’îlot de Klissova (seconde photo), objet du tableau de la première photo. Le 23 mars 1826, cent quarante deux hommes et trois femmes, armés de fusils et de quatre canons placés à l’église de la Sainte Trinité, résistent à une attaque menée par quatre à cinq mille combattants égyptiens bien équipés et bien entraînés par la France (la coalition turco-égyptienne comptait au total trente cinq à quarante mille hommes). Le combat a duré de l’aube au crépuscule, l’occupant a perdu selon les estimations entre 2500 et 3500 morts ou blessés, mais Klissova n’est pas tombée. Entre autres systèmes de défense, les Grecs avaient enfoncé dans le sable de la lagune, tout autour de l’île, des pieux pointus et tranchants dont l’extrémité supérieure n’émergeait pas de la surface de l’eau, de sorte que nombre de bateaux ennemis s’y sont empalés, la brèche les coulant ou les immobilisant. On a signalé aussi l’héroïsme d’un homme qui, avançant entre deux barques semblant vides et à la dérive, et les poussant à la main depuis Missolonghi, réussit à apporter aux assiégés de nouvelles munitions. Le peintre, un certain Saccalis, a placé son point de vue du côté du large, de sorte que l’on voie Missolonghi sur le continent à l’arrière-plan.
 
677g3 Missolonghi, 1826, la Sortie (Exodos)
 
Tableau peint en 1828 par E. de Lansac et intitulé Scène de l’Exode. Cette femme vient de tuer son fils sur le corps d’un combattant, peut-être son mari, et s’apprête à plonger dans son sein l’arme ensanglantée. En grec, exodos signifie sortie (dans les magasins, par exemple, on lit eisodos, entrée, sur une porte et exodos sur une autre). Cet événement tristement célèbre prend place deux semaines après la bataille de Klissova. En voici l’origine, puis le déroulement : l’Égyptien Ibrahim Pacha était venu aider les Turcs, incapables de prendre Missolonghi bien que l’ayant déjà assiégée trois fois. Il reprend le Péloponnèse, puis arrive à Missolonghi le 5 janvier 1825 et entreprend les travaux destinés à implanter son camp et à bloquer la ville. Le bombardement commence le 18 février, une avalanche de feu qui touche durement la ville, mais les habitants parviennent à résister aux assauts donnés. En avril, alors que plus de cent mille projectiles, boulets et bombes, sont tombés sur les assiégés, le ravitaillement ne peut franchir le blocus qui est total et les habitants souffrent de la faim, de la soif, de maladies. Après un an et quatre mois depuis l’arrivée d’Ibrahim Pacha, la mort est certaine si le siège se poursuit. Aussi, sur les 9000 habitants, deux mille se résolvent à mourir sur place, qu’ils soient trop faibles pour se déplacer ou qu’ils se sacrifient pour être les derniers défenseurs de leur ville, et les sept mille autres décident de tenter une sortie, un Exode, sous la conduite de chefs dont ce Botzaris qui est connu à Paris même de ceux qui ignorent tout de l’histoire grecque, puisque c’est le nom d’une station de métro du dix-neuvième arrondissement. Un amateur de Victor Hugo n’a pas non plus le droit de l’ignorer, si tant est qu’il ait retenu quelques vers des Orientales :
          Les Turcs m'ont poursuivi sous mon tombeau glacé.
          Vois ! ces os desséchés sont leur dépouille opime :
          Voilà de Botzaris ce qu'au sultan sublime
                  Le ver du sépulcre a laissé !
          Écoute : Je dormais dans le fond de ma tombe,
          Quand un cri m'éveilla : Missolonghi succombe !
 
À deux heures du matin dans la nuit du samedi 22 avril 1826 au dimanche des Rameaux, cinq mille femmes, enfants, vieillards, malades, tous armés, encadrés devant et derrière par deux mille hommes également en armes, tentèrent une sortie. Un Bulgare qui s’était échappé de la ville avait éventé le plan auprès d’Ibrahim Pacha qui laissa les assiégés sortir, mais massacra tous ceux qu’il put dès que les fuyards furent pris dans les obstacles du siège ou n’eut aucun mal à rattraper en rase campagne, avec sa cavalerie, ceux qui avaient réussi à les franchir. Seules, mille huit cents personnes en réchappèrent. Dès qu’il eut réglé ce problème, il entra dans la ville. Ceux qui y étaient restés enflammèrent leur poudrière afin d’être tués par l’explosion plutôt que de se rendre. Et ceux qui n’avaient pas été tués de cette façon le furent de la main des Turcs ou des Égyptiens ou, s’ils étaient valides, ils furent vendus comme esclaves. Puis Ibrahim Pacha fit exposer trois mille têtes coupées.
 
On a rapporté que plutôt que d’être massacrés ou vendus, nombre de ceux qui avaient tenté l’Exode se tuèrent sous les murs de Missolonghi. Des femmes, comme le montre le sujet de ce tableau dont la photo est ci-dessus, préférèrent tuer leur enfant avant de se tuer elles-mêmes. Certes, on est obligé de parler d’une défaite des Grecs à Missolonghi, mais cet épisode n’a pas été, loin de là, inutile à leur cause parce qu’il a enflammé l’indignation partout en Europe et a redynamisé ceux des Grecs qui auraient été sur le point de relâcher leur engagement. Les historiens s’accordent pour dire que l’indépendance des Grecs aurait certainement beaucoup plus tardé sans Missolonghi. J’ajoute que le roi Louis I de Bavière a, sur ses deniers personnels, racheté nombre de femmes et d’enfants grecs qui avaient été vendus comme esclaves en Égypte.
 
677g4 tenues à Missolonghi au 19e siècle
 
Ce qui concerne ces événements dramatiques est évidemment le plus touchant, le plus émouvant dans ce musée, mais aussi le plus intéressant sur un plan historique. Toutefois, je trouve que ces costumes, outre qu’ils sont beaux, permettent aussi de visualiser les événements dont on parle. Voilà pourquoi je les ai pris en photo avant de quitter les lieux.
 
677h1 Lord Byron à Misolonghi
 
677h2 Lord Byron à Messolonghi
 
Il existe une Association Byron de la Sainte Ville de Missolonghi. Son siège occupe un hôtel particulier près de la mer. Y étant passés de nuit (ma première photo), nous y sommes revenus de jour dans l’espoir de pouvoir y pénétrer. Bien sûr, la statue du héros se dresse devant le bâtiment.
 
677i1 Missolonghi, 1826, la Sortie (Exodos)
 
Ici encore, nous trouvons tableaux et gravures, qui représentent Byron ou des événements marquants de la Guerre d’Indépendance, dont comme on peut s’en douter les scènes terribles de mères se sacrifiant avec leurs enfants ou, comme ici, de combattantes emportant leur enfant. L’œuvre est de Pietro Narducci, et la gravure est de Giovanni Berselli.
 
677i2 centre Byron à Missolonghi
 
Les murs présentent également toutes les affiches concernant les activités de l’Association. Ici, il s’agit de la célébration 2005 de l’Exode. Vernissage de l’exposition "Révolution grecque et Philhellénisme européen" le dimanche 10 avril à 7h30 du soir au centre Byron sous l’égide de la municipalité de la Sainte Ville de Missolonghi.
 
Voilà ce que je peux dire et montrer de Lord Byron et des événements qui ont rendu célèbre le nom de Missolonghi dans le monde entier.
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