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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 00:53
703a Autres musées d'Olympie
 
Sur le musée des Jeux Olympiques (modernes) à Olympie, les jours et heures d’ouverture sont indiqués. Il faut avoir de bons yeux, parce qu’ils sont gravés sur une belle plaque fixée sur le musée, tandis que la grille, au bas des marches, est fermée. Plusieurs fois, nous nous sommes cassé le nez devant la grille close pendant les heures théoriques d’ouverture. Renseignements pris, le musée est provisoirement fermé. Tant pis, nous repartirons en nous limitant aux Jeux Olympiques antiques. Car les deux musées indiqués sur ces panneaux, l’histoire des fouilles d’Olympie et l’histoire des Jeux Olympiques dans l’Antiquité, sont ouverts et valent une visite.
 
Dans mon précédent article, devant un fronton du temple de Zeus représentant la course de chars entre Pélops et Œnomaos, j’ai raconté l’origine mythique des jeux institués par Pélops à titre funéraire pour le père d’Hippodamie qu’il a pu épouser au prix de la vie de son futur beau-père. Déjà bien avant les Grecs, dès le troisième millénaire, la pratique sportive existait. On en trouve des témoignages, sur des bas-reliefs, à Sumer, à Babylone, en Assyrie, en Égypte. Mais c’est clairement un divertissement. Au musée national d’Athènes, le huit mars dernier, nous avons vu ainsi de jeunes boxeurs minoens. Mais avec les Mycéniens, quelque chose de nouveau apparaît, c’est le sport avec une utilité directe, ce peuple guerrier développe l’athlétisme et la compétition en tant qu’entraînement pour la guerre. Les disciplines pratiquées sont en relation directe avec ce but, course à pied, lutte, pugilat, lancer de javelot et de disque, course de chars. Il existe aussi dans la pratique sportive une valeur religieuse, les hommes qui participent aux jeux funèbres, comme ceux qui sont offerts par Achille à la mémoire de son ami et écuyer Patrocle et sont décrits dans l’Iliade, ou ceux qu’offre Pélops à la mémoire d’Œnomaos, acquièrent du fait de leur participation la force et la valeur du défunt. Cette utilisation pédagogique du sport et sa valeur religieuse et morale sont nées en Grèce et sont mortes lorsqu’elle a sombré. Elles se sont dissoutes avec l’occupation romaine. Seule l’époque contemporaine a compris et retrouvé le sens pédagogique du sport.
 
Mais revenons à Pélops et à Hippodamie, aux jeux Olympiques et aux Héraia. Tombés en désuétude, ils furent institués de nouveau par Héraklès en souvenir de Pélops sur la tombe duquel il plante un olivier. C’est du feuillage de cet olivier que l’on tressait les couronnes des vainqueurs. Indépendamment des légendes, il semble que des jeux se soient déroulés à Olympie très tôt, peut-être au dixième siècle, mais des tables de vainqueurs sont établies depuis 776 avant Jésus-Christ, permettant de constater que, sans interruption depuis cette date, des jeux ont été organisés tous les quatre ans jusqu’à l’arrêt des listes en 267 après Jésus-Christ, et encore au-delà jusqu’en 394, lorsque l’empereur Théodose publia un édit interdisant ces jeux. C’était à la suite de la 293ème olympiade, en 392 de notre ère, après 1168 années…
 
703b1 Le complexe d'Olympie au 4e s. avt JC
 
Pendant tout ce temps, les lieux ont évolué. Les fouilles ont révélé, on l’a vu sur le site, un habitat de la fin du troisième millénaire, mais bien peu de choses concernant les Jeux, les toutes premières installations seraient du dixième siècle. Dans le sanctuaire on honorait primitivement Gaia (la Terre), puis Cronos et Rhéa. Avec l’arrivée des Doriens et l’établissement des dieux de l’Olympe, ces dieux primitifs ont laissé la place à Zeus. Au musée, des maquettes montrent la configuration des lieux à diverses époques. Ci-dessus, l’état entre le quatrième et le premier siècles avant Jésus-Christ. Malgré les reflets sur la vitre qu’atténue le filtre polarisant mais qu’il ne parvient pas à éliminer, on voit, en haut, au-delà de la colline, le stade tel qu’il est aujourd’hui. Juste au pied du mont, ces tout petits bâtiments sont les trésors des cités. Un chemin passe devant eux, de l’autre côté duquel un petit bâtiment est le metrôon. Puis, en se rapprochant du premier plan, on voit un grand temple au toit rouge, c’est le temple d’Héra. Devant ce temple, une petite tholos (construction ronde) est le Philippeion. En repartant vers le centre, le grand temple au toit blanc est le temple de Zeus. À sa droite, un bâtiment à trois corps dont les deux des côtés se terminent en absides semi-circulaires, est le bouleutérion. Le premier plan, à présent : tout à gauche, cet espace limité au fond par un portique, c’est le gymnase. Puis, toujours au premier plan et de gauche à droite, un carré autour d’une cour est la palestre, quelques bâtiments parmi lesquels l’hérôon et (le plus à droite) l’atelier de Phidias, et un autre grand carré, le Léonidaion (hôtel pour les officiels).
 
703b2 Le complexe d'Olympie au 3e s. après JC
 
Cette autre maquette montre les lieux aux troisième et quatrième siècles après Jésus-Christ, c’est-à-dire dans les derniers temps de réalisation des jeux. L’orientation est différente, le gymnase est au premier plan et, restant sur la droite en montant, on retrouve la palestre, le hérôon, l’atelier de Phidias, le Léonidaion. Plus à gauche, rien non plus n’a changé, c’est, de bas en haut, le temple d’Héra (à sa droite, caché par un arbre, le Philippéion), le temple de Zeus, le bouleutérion. Mais entre le temple d’Héra et les trésors est apparu le nymphée d’Hérode Atticus et Regilla, ce demi-cercle blanc haut de deux étages. Autre nouveauté, barrant l’angle supérieur gauche de la photo, c’est le portique de l’Écho. Si la photo se prolongeait sur la gauche, on verrait le stade dans le prolongement de la ligne des trésors. Un détail qui existait sur la première maquette mais qui est plus visible sur ma photo de la seconde maquette, c’est un mur blanc qui passe, entre autres, entre les lieux d’entraînement et de résidence (palestre, hôtel) et les lieux sacrés (temples, stade). Ce mur délimite l’espace que recouvrait autrefois le petit bois d’oliviers appelé l’Altis.
 
Dans l’Altis, espace des temples et du stade, les femmes n’avaient absolument pas le droit d’entrer, sous peine de mort, précipitées du haut du mont Typée. Une exception toutefois, à l’origine la civilisation ici était matriarcale et la déesse Gaia y était célébrée. Quand la civilisation patriarcale, avec le dieu mâle Zeus, l’a remplacée, les prérogatives de la déesse chthonienne Gaia ont été transmises à la prêtresse de la déesse chthonienne qui lui a succédé, Déméter. Ainsi, la prêtresse de Déméter (dont un autel se dresse le long du stade) pouvait se déplacer librement dans l’Altis et assister à l’intégralité des jeux. Regilla, la femme d’Hérode Atticus, a joui de ce privilège.
 
Mais un jour, dans la première moitié du cinquième siècle, une femme nommée Callipatire, une veuve issue d’une grande famille de Rhodes dont plusieurs athlètes avaient remporté lors des olympiades précédentes bien des victoires à Olympie (dont son père Diagoras et ses deux frères), a voulu voir concourir son fils Pisidore au pugilat. Elle a imaginé de se travestir en entraîneur et elle a pu ainsi tromper la surveillance et entrer sur le stade. Conformément à la tradition familiale, Pisidore était un athlète brillant, et il remporta la victoire. Folle de joie et de fierté, Callipatire s’est élancée vers son fils pour le féliciter, pour l’embrasser, mais oubliant qu’elle était vêtue en homme elle s’est pris les pieds dans son vêtement, qui est tombé à terre. Face à sa nudité, plus question, évidemment, de tromper les milliers de spectateurs ni les juges sur la nature de son sexe. Les juges (les hellanodices) ont délibéré sur son cas et, prenant en considération le brillant palmarès familial, ils l’ont acquittée, de sorte que jamais dans l’histoire des Jeux Olympiques la sentence de mort pour une femme n’a été prononcée. Mais à compter de cette olympiade, les entraîneurs devaient être nus, au même titre que les athlètes. D’autre part, j’ai parlé des Héraia, ces compétitions de femmes. Parce qu’elles se déroulaient hors de l’enceinte sacrée d’Olympie, les femmes pouvaient y assister.
 
703c1 Olympie, évolution du programme des compétitions
 
Les épreuves n’ont pas toujours été les mêmes, et les compétitions ont parfois été ouvertes aux jeunes garçons. Plutôt que de tout énumérer, je publie ci-dessus la liste affichée dans le musée. Mais on peut se rendre compte que longtemps, pendant treize olympiades, il n’y a eu que la course de vitesse, et les chars n’ont été introduits qu’à la vingt-cinquième olympiade, au début du septième siècle. À ce propos, je précise que le vainqueur de la course de chars n’était pas le cocher, ni celui de la course de chevaux le jockey, mais le propriétaire. Ainsi, quoique les femmes soient exclues physiquement des jeux, certaines ont été couronnées à ce titre (la fille d’Agésilas II roi de Sparte en 396 puis en 392, ou la pupille de Ptolémée Philadelphe roi d’Égypte en 264 avant Jésus-Christ, pour ne citer que deux exemples).
 
Je parle d’olympiades. C’est le temps des jeux, tous les quatre ans. Le pourquoi de cette périodicité tient à des problèmes de calendrier. Nous utilisons le calendrier grégorien, où l’année est basée sur 365 jours, cinq heures, quarante huit minutes et des poussières. Il a remplacé en 1582 le calendrier julien (Jules César) qui, avec ses 365 jours un quart avait en un millénaire et demi, accumulé dix jours de retard : on s’est endormi le 5 octobre 1582 et on s’est réveillé le lendemain 15 octobre au matin. Mais ce calendrier julien lui-même était un gros progrès, car d’une part il était moins imprécis que les computs antérieurs, et d’autre part il était uniforme dans tout l’Empire. Les organisateurs des quatre jeux panhelléniques avaient adopté le calendrier de l’astronome grec Cléostrate (qui vécut à cheval sur le sixième et le cinquième siècles avant Jésus-Christ) qui, se basant sur une année lunaire de 354 jours, de onze jours plus courte que l’année solaire, rattrapait ce décalage tous les huit ans en ajoutant trois mois au calendrier. Il avait été décidé d’organiser des jeux quadriennaux, parce qu’ils coupaient la période du calendrier en deux. Organisés lors de la pleine lune qui suivait le solstice d’été, leur date variait donc selon les olympiades entre la mi-juillet et la mi-août.
 
703c2 Olympie, réglement pour juges et athlètes (6e s. av
 
Cette petite plaque de bronze (quatrième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ) porte le règlement des jeux pour les juges et pour les athlètes. Quoiqu’ici il s’agisse du règlement des jeux, je vais dire un mot de la toute première règle, la trêve sacrée. Sous peine de disqualification, les athlètes devaient être sur place un mois avant le début des compétitions. Puis se déplaçaient les officiels et les dizaines de milliers de spectateurs et de pèlerins. Afin que leurs déplacements puissent se faire en toute sécurité dans l’ensemble du monde grec, toutes les hostilités entre cités devaient impérativement cesser. Durant un mois au début, mais dès le cinquième siècle la durée de la trêve sacrée est passée à trois mois. Les Jeux Olympiques étant panhelléniques, concouraient des ressortissants de cités ennemies, mais sur le stade les antagonismes n’étaient que sportifs. Cette règle de la trêve sacrée, toujours scrupuleusement respectée, a beaucoup contribué à maintenir le sentiment d’unité du peuple grec. Les Grecs se querellaient sans cesse, certes, mais ils ressentaient ces oppositions comme des rivalités entre frères, au sein d’une même famille hellène.
 
703c3 Olympie, victoire au dolichos (5e s. avt JC)
 
Le bronze gravé ci-dessus est un fragment de plaque mentionnant la victoire d’Ergotélès au dolichos (première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ). Le dolichos est une course d’endurance (à pied), l’adjectif dolichos signifiant long, allongé (cf. les dolichocéphales et les brachycéphales, répartition des humains –et des autres animaux– selon qu’ils ont le crâne en œuf ou en citrouille). La course était d’une longueur de 24 stades, le stade se définissant comme une longueur de 600 pieds. Là commence la difficulté parce que le pied n’est pas le même selon les cités, par exemple 29,6 centimètres à Delphes et 30,8 centimètres à Athènes. À Olympie, avec 32,045 centimètres pour le pied, le stade faisait 192,27 mètres et le dolichos 4614,48 mètres. Et le stade, unité de longueur, correspondait à la longueur de la piste, entre la ligne de départ et la ligne d’arrivée, mais le stade, espace sportif, était un peu plus long pour que les coureurs en pleine vitesse puissent freiner après la ligne d’arrivée. Il suffisait d’être meilleur que les concurrents, et peu importait que les stades de Delphes, d’Olympie et d’ailleurs ne soient pas de même longueur, puisqu’il n’existait pas de chronomètres. On ne comparait donc pas des records, on ne pouvait pas se mesurer à soi-même, se surpasser, on ne pouvait que se mesurer aux autres, compétition par compétition.
 
703c4 Olympie, feuilles d'olivier pour lauréats
 
Ma deuxième photo montre des feuilles d’olivier en bronze, d’époque classique. La tradition voulait faire coiffer aux vainqueurs une couronne de feuilles de l’olivier sauvage planté par Héraklès, comme je le disais au début du présent article. Pour des jeux régionaux, il pouvait y avoir des récompenses matérielles, argent, trépied, jarres remplies d’huile d’olive, mais pour les grands jeux panhelléniques, dits stéphanites (couronnés), l’honneur de la couronne était exclusif de toute récompense matérielle. Olivier sauvage planté par Héraklès à Olympie, laurier à Delphes (Pythiques), céleri sauvage à Némée, et enfin aiguilles de pin à Corinthe (Isthmiques) au début, et céleri après le cinquième siècle.
 
703d1 Olympie, char votif
 
703d2 Olympie, char votif
 
Ces photos montrent un aurige sur son char et des roues de char (bronzes du huitième siècle avant Jésus-Christ). Il s’agit d’objets votifs. Du fait de leur stylisation, il ne faut pas les considérer comme représentatifs de la technique de construction des chars à l’époque du début des Jeux Olympiques.
 
703e Olympie, bronze fin 2e s. avt JC et restitution
 
La tête de droite est une reconstitution de ce qu’était l’originale, celle de gauche (deuxième siècle avant Jésus-Christ), avant qu’elle soit déformée et perde un œil, avant aussi que l’oxydation ne change son aspect. Aucune explication ne dit ce que fait cette tête, trouvée sur le site d’Olympie, dans ce musée des jeux antiques plutôt que dans le musée archéologique. Je me rappelle d’ailleurs l’avoir vue en compagnie de sa reconstitution lors de ma visite d’Olympie en 1978, dans l’ancien musée archéologique et avoir été frappé de sa beauté et de l’intelligence de cette double présentation. Alors même si je pense qu’elle n’est pas à sa place dans cet article (de plus, une fille dans ces jeux interdits au sexe féminin, une honte !) j’ai quand même envie de montrer cette œuvre de qualité.
 
703f1 Olympie, monnaies de compétitions
 
Voici quelques pièces de monnaie antiques en relation avec les activités sportives. En haut à gauche, un statère en argent frappé en Pamphilie (400-333 avant Jésus-Christ) et à droite un autre de Pisidie (cinquième au troisième siècles avant Jésus-Christ), représentant des lutteurs. Il est difficile de donner une valeur pour le statère, comme pour toutes les autres monnaies antiques, non seulement parce que, comme toute monnaie, les cours ont varié en fonction des circonstances économiques et au gré de dévaluations programmées (poids d’or ou d’argent en baisse pour une même pièce), mais aussi parce que la valeur d’une monnaie dépend de son pouvoir d’achat dans un lieu particulier. Néanmoins, on s’accorde généralement pour reconnaître à la drachme, aux alentours de l’époque classique, une équivalence approximative avec le franc-or. À partir de là, l’obole vaut un sixième de drachme et le statère, tel que nous en voyons ici, vaut deux drachmes, soit deux francs-or. Et puis la mine vaut cent drachmes et le talent six mille drachmes.
 
Sur la deuxième ligne, à gauche, ce cavalier qui tient une palme, vainqueur d’une course montée, est frappé sur une tétradrachme (quatre drachmes) en argent au nom du roi Philippe II de Macédoine (336-328 avant Jésus-Christ). Au milieu, c’est une course de biges (chars attelés de deux chevaux) avec sur le char un aurige qui excite ses chevaux, frappés sur un statère en or du même Philippe II (fourchette un peu plus large, 340-328 avant Jésus-Christ). Et comment ne pas clore ma série avec une Nikè, une victoire ailée ? C’est un statère en argent provenant d’Élis et datant du cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
703f2 Olympie, dispute de guerriers pour un trépied
 
Les stéphanites évitaient que l’on se batte pour l’intérêt matériel. Dans les autres jeux, et donc hors d’Olympie, c’était comme après une victoire à la guerre, on se disputait la place pour avoir le prix. On se rappelle le conflit entre Achille et Agamemnon au sujet de la belle captive Briséis, qui est le sujet de l’Iliade lorsque, furieux, Achille se retire sous sa tente. Ici, sur un pied de chaudron tripode remontant à la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ, nous voyons deux guerriers se disputant un trépied. La même chose pouvait avoir lieu dans des jeux dits thématiques (autres que stéphanites).
 
703f3 Olympie, deux lutteurs (Egypte, époque romaine)
 
Voici un beau bronze d’époque romaine et provenant d’Égypte représentant deux lutteurs. Comme on le voit, comme on le sait, les sportifs étaient nus. Ce n’était pas par pudeur, la nudité n’avait pas dans l’Antiquité la même signification qu’aujourd’hui dans nos civilisations occidentales. Certes à Olympie il n’y avait que des hommes, mais dans d’autres villes telles que Sparte les femmes assistaient aux compétitions. En prenant le problème à l’envers, les femmes distrayant les hommes et par là diminuant leur efficacité sportive ou guerrière, elles étaient interdites dans les temples du plus fort, Héraklès. Et comme, à Olympie, le culte d’Héraklès a précédé celui de Zeus, leur interdiction dans l’Altis est plutôt due, n’en doutons pas, à une survivance de l’ancien culte. Pour en revenir à la nudité, Homère décrit les athlètes, donc pour l’époque de la Guerre de Troie, l’époque mycénienne, avec un pagne. Des poteries du sixième siècle représentent, encore à cette époque, les athlètes avec un cache-sexe. On raconte qu’en 720, à la quinzième olympiade, Orsippos, athlète de Mégare, a perdu son pagne pendant la course, on l’a même soupçonné de l’avoir volontairement laissé tomber pour être plus libre de ses mouvements, et il est arrivé le premier. Sa tombe, à Mégare, a été retrouvée, et il y est gravé qu’il a été le premier vainqueur à avoir été couronné nu. La nudité s’est vite imposée pour la course à pied, puis s’est étendue à toutes les disciplines au cinquième siècle, y compris pour les entraîneurs après l’épisode de Callipatire.
 
En grec, gymnos signifie nu. Le gymnase est la salle de sport chez nous, la salle ou l’espace de la nudité par excellence dans le vocabulaire grec antique. Comme on l’a vu lors de la visite du site, mais comme, mieux que mes photos in situ, le montrent les maquettes ci-dessus, c’était une cour d’exercices à ciel ouvert, entourée de portiques abritant les vestiaires, les salles d’exercice couvertes, les lieux réservés à la toilette, les salles de soins, etc. Puisque la pratique sportive était la partie la plus importante de l’éducation des hommes, on y passait le plus clair de son temps à l’âge de la formation. Au cinquième siècle ont commencé à apparaître dans l’enceinte des gymnases des bibliothèques, des salles d’études, des salles de conférences. On y a regroupé tous les éléments de l’éducation. En Grèce moderne, les trois niveaux scolaires avant l’université, correspondant à nos écoles primaires, à nos collèges et à nos lycées, sont SCHOLÊ, GYMNASIO, LYKEIO, et dans des langues comme l’allemand le mot Gymnasium désigne le lycée. À Athènes, certains gymnases étaient célèbres, tel celui où enseigna Aristote, dans un lieu qui avait été hanté par les loups (lykoi) et dédié au héros Lykeios, c’est le Lycée… mot que nous avons repris en français (et en espagnol, en italien, etc.) comme nom commun. Platon, lui, enseignait dans un autre gymnase, dédié au héros Académos, l’Académie. Tiens, tiens, ce nom-là aussi, nous en avons fait un nom commun. Si Aristote vivait, il serait peut-être vexé de n’avoir qu’un niveau d’enseignement secondaire quand Platon est au niveau universitaire. Mais il est vrai qu’il avait été l’élève et le disciple de Platon, avant de faire sécession et d’aller implanter un enseignement dans le gymnase nommé ‘Lycée’.
 
703f4 Pierre de Coubertin rénovateur des Jeux Olympiques
 
Je ne peux décemment pas clore mon article sur les Jeux Olympiques sans parler de leur renouveau, même si le musée des J.O. modernes est fermé. Il me faut, au minimum, montrer cette photo du baron Pierre de Coubertin (1863-1937) qui les a renouvelés en 1896. Se consacrant à la recherche pédagogique, il croit à la vertu du sport et, à travers des écrits nombreux il tente d’imposer l’idée que l’exercice physique, tel que les Grecs anciens le comprenaient, est le nécessaire complément de la formation morale et de la formation intellectuelle. C’est pour procéder de manière éclatante à cette promotion qu’il instaure ces jeux modernes, symboliquement à Athènes pour les premiers. C’est un étudiant d’Harvard, James Connolly, qui sera le premier médaillé des Jeux modernes, avec un triple saut de 13,71 mètres. Il y a eu aussi une course de Marathon, sur l’itinéraire original d’environ quarante kilomètres parcouru par ce soldat qui annonça la victoire grecque sur les Perses de Darius, et sur les seize concurrents c’est un berger grec qui a gagné en 2h58’50". Puis les jeux se sont renouvelés tous les quatre ans, comme dans l’Antiquité. La deuxième olympiade moderne était à Paris, et les femmes y ont été admises pour la première fois. En 1908, pour les J.O. de Londres, le roi Edouard VII a souhaité que le marathon soit couru du château de Windsor à la loge royale du stade olympique, soit 42,195 kilomètres. Et cette distance est restée la longueur officielle du marathon.
 
703g1 Olympie, fouilles de Dörpfeld
 
Laissons là le sport et les Jeux Olympiques, modernes ou antiques. Le musée de l’histoire des fouilles présente beaucoup de photos, que je ne vais pas toutes re-photographier, beaucoup de lettres en langue grecque ou allemande, qu’il n’est pas très intéressant de montrer si on ne les comprend pas (de plus, avec le reflet sur la vitrine, et le peu d’éclairage, ce n’est pas seulement un problème de langue), et aussi des outils qui, modernes, n’ont d’intérêt que si on les voit "en vrai" parce que ce sont ceux qu’ont utilisés les archéologues. Je me limite donc à trois documents. Sur cette photo, on voit Dörpfeld et son équipe, l’archéologue qui a fouillé Olympie en 1906-1909, en 1920-1923 et en 1927-1929. Déjà, Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) prévoyait qu’il y aurait beaucoup à découvrir à Olympie, et, dans une lettre du 13 janvier 1768 il propose que l’on mette à sa disposition cent ouvriers pour dégager le stade mais, assassiné le 8 juin de la même année, il n’a pu mettre son projet à exécution. C’est donc Dörpfeld le vrai découvreur d’Olympie. Il a publié en 1935 Alt Olympie (Olympie ancienne).
 
703g2 Olympie, interdiction fouilles allemandes en 1940
 
703g3 Olympie, reprise des fouilles allemandes en 1952
 
Les deux autres documents sont des lettres liées à la Seconde Guerre Mondiale. La première, du 6 novembre 1940, interdit à la mission archéologique allemande de poursuivre les fouilles. La seconde, du 11 juillet 1952, au contraire autorise la reprise des fouilles.
 
703h1 Thucydide Kosmopoulos à Olympie
 
703h2 Lia Kosmopoulou à Olympie
 
Le monsieur que je montre sur la première de ces photos (l’une et l’autre œuvres de Natacha) a nom Thucydide Kosmopoulos. C’est par hasard que nous l’avons rencontré, car il y a trois campings à Olympie, nous sommes entrés dans l’un d’eux un peu au hasard, et ce camping –le camping Diana– est le sien, qu’il tient avec sa femme Lia. Lui, au départ économiste et retraité du ministère des finances, a honoré le patron de son prénom, le grand historien grec Thucydide (né en 460 avant Jésus-Christ, mort vers 400), fondateur de la méthode historique, auteur de huit livres couvrant la période allant de 431 à 411, en publiant un résumé de cette œuvre monumentale. Il a également publié un livre sur le serment à travers les âges, une recherche lourde, qui mériterait d’être traduite en français, en anglais… mais il faudrait trouver des traducteurs, et un éditeur intéressé. Et c’est un couple de lettrés. Lia est poétesse, elle a publié un recueil. Invités à prendre le café chez eux, nous lui avons demandé de nous lire quelques uns de ses poèmes. Certes, je ne suis pas capable de comprendre ce qu’elle a exprimé en grec moderne, mais quelle que soit la langue la poésie est d’abord, ou aussi, musique et harmonie, et je peux dire que sur ce plan ses vers sont magnifiques. Voilà donc des personnes de qualité, des gens intéressants, sympathiques, accueillants, et un camping agréable. Je regrette seulement qu’au lieu de porter le nom de la déesse Artémis ce terrain ait celui de la déesse à laquelle les conquérants et occupants romains ont cru devoir l’assimiler, Diane.
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Published by Thierry Jamard
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 23:51
Mon précédent article portait sur le site archéologique d’Olympie et, à plusieurs reprises, j’ai fait allusion à des sculptures ou à des objets qui ont été transférés au musée archéologique. Le nombre d’heures que nous avons passées dans ce musée… Les centaines et les centaines de photos que j’y ai prises… Voici donc une sélection qui, pour avoir été extrêmement sévère, n’en est pas pour autant descendue en-dessous de 42 photos. Je n’ai pas été capable de faire moins…
 
702a1a Musée archéologique d'Olympie
 
702a1b Musée archéologique d'Olympie
 
Ces deux photos montrent des objets datant de la fin de la période géométrique retrouvés aux alentours de l’autel de Zeus, près de son temple, de petits personnages et animaux en bronze sur la première, en terre cuite sur la seconde. Quant à l’autel lui-même, un dessin au mur, sur la première photo, permet de s’en faire une idée. Ce dessin a été réalisé en partant de la description qu’en fait Pausanias, voyageur du deuxième siècle de notre ère (né vers 115 et mort vers 180). Il était en forme de tronc de cône circulaire ou elliptique avec une circonférence de 37 mètres à la base alors que l’autel proprement dit était formé de l’accumulation des cendres des victimes et atteignait à cette époque environ sept mètres de hauteur. C’est là que, le quatrième jour des jeux, avait lieu l’hécatombe, le sacrifice de cent bœufs, dont on grillait les cuisses sur l’autel. Comme les objets représentés sur mes photos ont été retrouvés sur une vaste surface, dans des cendres, on suppose que vers la fin de la période géométrique on avait étalé au sol les cendres accumulées des sacrifices avec les offrandes votives des fidèles qui s’y trouvaient mêlées. Et les cendres auraient recommencé à s’accumuler jusqu’à Pausanias et au-delà.
 
702b1 Musée archéologique d'Olympie
 
702b2 Musée archéologique d'Olympie
 
702b3 Musée archéologique d'Olympie
 
Ci-dessus, quelques exemples des objets votifs de l’autel de Zeus. Le bœuf vert est vraiment amusant, tandis que le second est très réaliste. Quant à l’attelage de bœufs au joug, il est intéressant parce qu’il nous montre comment étaient les jougs à cette époque, vers le septième siècle avant Jésus-Christ.
 
702b4 Musée archéologique d'Olympie
 
702b5 Musée archéologique d'Olympie
 
702b6 Musée archéologique d'Olympie
 
702b7 Musée archéologique d'Olympie
 
Après les animaux, des personnages. Le premier, qui pour moi évoque un ouvrier d’usine, en casquette, des années trente du vingtième siècle, serait une représentation de Zeus datant de la première moitié du neuvième siècle avant Jésus-Christ. Le second est un guerrier, sorti d’un atelier d’Élide (donc local) au septième siècle avant Jésus-Christ. De la même région mais un peu plus récente, sixième siècle, la troisième figurine représente un Silène largement ithyphallique. Quant aux sept femmes nues de la dernière photo, dont le groupe a été réalisé au huitième siècle, elles dansent une ronde dont il est difficile de dire si elle est rituelle, mais qui de toute façon est originale.
 
702c1 Musée archéologique d'Olympie
 
702c2 Musée archéologique d'Olympie
 
Deux exemples de figurines en terre cuite, à présent. Ces terres cuites, très nombreuses, remontent au dixième siècle pour quelques unes, alors que la plupart sont des neuvième et huitième siècles. Quoique la poitrine de la première figurine ne soit pas plus généreuse que son nombril, ce qui n’est pas bien gros, et que je doive reconnaître que son visage n’est pas particulièrement séduisant, ma galanterie dût-elle souffrir de ce jugement, il s’agit bien d’une femme, son anatomie ne laisse aucun doute à ce sujet. Avec son diadème sur son front bas, c’est même une divinité de la fertilité. Certains pensent devoir reconnaître en elle Héra et, et s’ils ont raison, je comprends un peu Zeus de déserter la couche conjugale… Quant à la seconde figurine, un cheval monté par un cavalier nu, il a été retrouvé avec d’autres chevaux et des chars ou des fragments de chars, roues, timons. Sans doute est-ce l’offrande votive d’un cocher ayant pris part aux compétitions.
 
702d1 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
702d2 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
702d3 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
On a retrouvé aussi des multitudes de chaudrons ou, lorsque le chaudron avait été dévoré par l’oxydation, les éléments décoratifs qui y avaient été fixés et qui en constituaient des poignées, des anses, des supports ou tout simplement des ornements. Ces petites pièces de bronze sont souvent extrêmement fines et expressives. Ci-dessus, l’étiquette explicative voit deux lions. Dans le second, sans crinière et ocellé, je verrais plutôt une panthère. Tous deux datent de la seconde moitié du sixième siècle avant Jésus-Christ. Quant à la tête de griffon, un peu plus ancienne, elle est du début de la seconde moitié du septième siècle.
 
702d4 Musée d'Olympie, anse de cuvette
 
702d5 Musée d'Olympie, support d'ustensile
 
Ces deux lions attaquant un cerf étaient clairement une poignée de cuvette. Ces cuvettes étaient souvent destinées à l’usage de lave-pieds à moins que ce ne soient des cuvettes à usage religieux dans le cadre de cérémonies rituelles. Cette poignée doit provenir d’un atelier de l’Attique et date des alentours de 480 avant Jésus-Christ. Le sphinx de la seconde photo, originaire de Laconie et datant de la seconde moitié du sixième siècle, servait de support à un ustensile. Sa finesse, sa beauté, son fini sont remarquables.
 
702e1 Musée d'Olympie, poignée d'ustensile
 
702e2 Musée d'Olympie, cheval début 7e siècle avt JC
 
702e3 Musée d'Olympie, cheval début 5e siècle avt JC
 
702e4 Musée d'Olympie, mors antiques
 
Quelques chevaux. Le cheval est l’un des animaux favoris des artistes sur bronze. En figurines votives, parmi les animaux, il partage cette faveur avec le bœuf, mais on trouve en outre nombre de représentations de chevaux en relation directe avec les compétitions de chars. D’autres enfin, comme celui de la première de ces photos, décoraient des ustensiles de bronze. Le cheval de ma seconde photo est très grand. Les montants de sa vitrine, tout son environnement, cassent un peu l’effet, de sorte que j’ai décidé de le "découper" et de le mettre sur un fond uni, quoique cela empêche de voir l’échelle. Les spécialistes qui l’ont eu en main y voient l’œuvre d’un débutant ou d’un artisan maladroit, qui s’y serait repris en plusieurs fois. Par ailleurs, moulé en deux parties, il y a paraît-il des défauts dans la jonction des deux moitiés, évidemment invisibles pour qui, comme le visiteur du musée, ne le voit que de flanc. Mais on peut bien le critiquer, il me plaît beaucoup, il a fière allure avec son toupet sur la tête. Il provient d’un atelier argien et a été réalisé en bronze massif au début du septième siècle avant Jésus-Christ, à une époque où les figures en métal creux ont peu à peu remplacé le massif. Bronze massif également pour le cheval de ma troisième photo, une œuvre remarquable, argienne elle aussi, mais du début du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il était attelé et constituait une petite figurine votive. Et puisque je regroupais des chevaux d’usages et d’époques divers, j’ai pensé que c’était le moment de montrer cette collection de mors. On est frappé par leur similitude avec des mors utilisés aujourd’hui, l’articulation centrale, les pièces latérales qui l’empêchent de glisser sur le côté, les attaches des rênes.
 
702f1 Musée d'Olympie, bronze assyrien 8e siècle avt JC
 
702f2 Musée d'Olympie, Oreste tue Clytemnestre, vers 580 a
 
702f3 Musée d'Olympie, Thésée enlève Antiopè, vers 580
 
Avant de quitter le bronze, voici des exemples de feuilles de bronze travaillées au marteau. La première est un travail assyrien du huitième siècle avant Jésus-Christ. Elle représente en bas une procession de trois taureaux escortés chacun de deux hommes et, en haut, on y voit un taureau face à un arbuste et qui devait faire face à un lion. Des trous dans le bronze laissent penser que cette décoration était clouée pour décorer un objet en bois, coffre ou armoire.
 
Les deux autres photos sont deux détails d’une même feuille de bronze martelée provenant d’un atelier des Cyclades et datant des environs de 580 avant Jésus-Christ, où les trous ont sans doute la même fonction que pour la feuille de bronze assyrienne. Le premier détail montre Oreste tuant Clytemnestre. On se rappelle qu’Agamemnon avait sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à la traversée de sa flotte vers Troie, que pendant les dix ans qu’avait duré la guerre sa femme Clytemnestre avait ruminé sa vengeance contre le meurtre de son enfant et avait pris Égisthe pour amant, que ce dernier se prenait pour le roi et gouvernait Mycènes à la place d’Agamemnon. Électre, fille aînée d’Agamemnon et Clytemnestre, avait été donnée en mariage à un paysan pour se débarrasser d’elle. De retour de Troie, Agamemnon est accueilli chaleureusement et tendrement par Clytemnestre qui lui a préparé un bain chaud pour le délasser des fatigues du voyage, mais à peine Agamemnon est-il entré dans la baignoire que tombe sur lui un filet qui avait été accroché au plafond et, empêtré, il ne peut se défendre contre l’épée qu’Égisthe lui plonge dans le corps. Électre, ayant compris ce qui allait se passer et craignant que son petit frère Oreste en tant qu’héritier légitime du trône ne subisse le même sort que son père, l’avait enlevé et confié à un oncle, frère d’Agamemnon, du côté de Delphes. Et les années ont passé, Oreste a grandi près de son oncle et de son cousin Pylade. Devenu adulte il consulte l’oracle d’Apollon à Delphes, qui lui dit qu’il devra venger son père en tuant Clytemnestre. Il retourne donc incognito à Mycènes accompagné de son fidèle ami Pylade. Il y a dans la tragédie Électre d’Euripide une scène magnifique, que j’adore, où il est reconnu par sa sœur après un temps. Sur cette feuille de bronze, nous voyons Oreste, suivi de Pylade, qui retient sa mère Clytemnestre en la saisissant au cou de sa main gauche et qui, de la droite, lui enfonce son glaive à travers le corps. Pendant ce temps, sur la droite, on voit un homme qui fuit vers un escalier. C’est Égisthe qui comprend que lui-même va subir le châtiment. Mais il n’y échappera pas.
 
Le deuxième détail (troisième photo) fait allusion à une tout autre légende. Héraklès, au titre de l’un des douze travaux qui lui furent assignés par Eurysthée, devait rapporter la ceinture de la reine des Amazones, Hippolytè. Thésée, le roi d’Athènes dont j’ai raconté l’histoire avec le Minotaure dans mon article du 14 mars dernier, accompagnait Héraklès. Héraklès tue Hippolytè, lui prend sa ceinture, et tout en combattant contre le peuple des Amazones qui les poursuit, Thésée et lui s’en retournent. Mais au passage, il prend à Thésée la lubie d’enlever l’une des Amazones, Antiopè (à ne pas confondre avec cette très belle Antiope aimée de Zeus, retenue prisonnière et traitée en esclave par Dircè que ses fils, demi-dieux fils de Zeus, châtieront en l’attachant à un taureau furieux qui la traînera déchiquetée sur les rochers). C’est cette scène qui est représentée ici, par un bras et par une cuisse Thésée se saisit d’Antiopè. Sur la droite, on voit d’autres Amazones qui arrivent au secours de leur congénère. Elles poursuivront le héros jusqu’à Athènes et là aura lieu le célèbre combat des Amazones contre les Athéniens, les Athéniens tenant l’Acropole et les Amazones campant sur la colline qui prit dès lors le nom d’Aréopage, en l’honneur du dieu Arès, ancêtre des Amazones. Combat qui se soldera par la victoire des Athéniens.
 
702g1a Musée d'Olympie, temple de Zeus, un devin
 
Venons-en à la sculpture. Du temple de Zeus, au milieu des décombres, de très grands morceaux des frontons ont été retrouvés, permettant de reconstituer les scènes représentées, relativement peu amputées. D’un côté, à l’est, c’est la légende fondatrice du sanctuaire, la course de char entre Pélops et Œnomaos. Ce roi de Pisa, en Arcadie mais juste à la frontière de l’Élide et à quelques kilomètres à l’est d’Olympie, avait une fille très belle nommée Hippodamie et qui aurait fait le bonheur de son mari, mais qu’il ne voulait marier à aucun prix parce que, selon un oracle, il serait tué par son gendre. Il imagina de proclamer que tout prétendant devrait se mesurer à lui à la course de char. Si le prétendant gagnait, il épouserait Hippodamie. S’il perdait, Œnomaos le tuerait. Or d’une part Œnomaos avait des juments divines qui lui avaient été données par son père, le dieu Arès, et d’autre part le prétendant devait emmener Hippodamie sur son char, stratagème destiné à alourdir l’attelage et à distraire le prétendant. Treize fois vainqueur, Œnomaos coupait alors la tête du prétendant et la clouait sur sa porte dans le but de décourager d’autres amateurs, quand se présenta Pélops (ce Pélops que j’ai déjà évoqué dans mon article sur Corinthe, quand Laïos, le père d’Œdipe, s’était réfugié chez lui), et dont, en le voyant, Hippodamie tomba éperdument amoureuse. Comme Myrtilos, le cocher de son père, était lui-même amoureux d’elle, il ne fut pas difficile à Hippodamie de le convaincre de remplacer les chevilles fixant les roues du char d’Œnomaos par des chevilles de cire. Lors de la course, la cire s’échauffa, fondit, les roues se détachèrent, Œnomaos tomba, s’emmêla dans les rênes et fut traîné par ses chevaux. Il ne survécut pas à cet accident et Pélops épousa Hippodamie. On donna son nom au Péloponnèse (nêsos signifie île, cf. la Polynésie, multitude d’îles, ou le Dodécanèse, archipel de douze îles. Le Péloponnèse est l’île de Pélops, en fait presqu’île rattachée au continent par l’étroit isthme de Corinthe, à peine un peu plus de six kilomètres). Et Pélops, en l’honneur de feu son beau-père, institua les jeux sportifs à Olympie, tandis qu’Hippodamie créait les Héraia, course à pied des femmes. L’image que j’ai choisie ci-dessus représente un devin.
 
702g1b Musée d'Olympie, temple de Zeus, une Lapithe
 
Le fronton ouest représente la lutte des Centaures et des Lapithes. Les Lapithes sont un peuple historique de Thessalie, mais on en trouve qui se sont installés dans diverses régions de Grèce. Ceux de la légende ont pour roi Pirithoos. Or, lorsque celui-ci épousa une Hippodamie (qui, malgré l’homonymie, n’a rien à voir avec la femme de Pélops, dont je viens de parler), il invita au repas de noces son ami Thésée, et aussi les Centaures, parce qu’ils étaient apparentés à Hippodamie. Vivant retirés dans la montagne, les Centaures n’étaient pas accoutumés à boire du vin, aussi s’échauffèrent-ils vite dans les vapeurs de l’alcool, l’un d’entre eux se jeta sur Hippodamie et tenta de la violer, tandis que les autres Centaures essayèrent d’emporter les autres femmes présentes. D’où un très violent combat des Centaures et des Lapithes, sujet de la frise de ce fronton. Pirithoos, son peuple de Lapithes, son ami Thésée, vainquirent les Centaures, dont beaucoup périrent dans cette lutte. Les Centaures étaient considérés par les Grecs comme des brutes barbares, alors qu’eux-mêmes incarnaient la Civilisation, avec un C majuscule. Or lors de la construction de ce temple, le souvenir de l’invasion des Perses, de leur investissement d’Athènes et de son Acropole après leur traversée de la Thessalie des Lapithes, était encore dans toutes les mémoires, comme un grand traumatisme. Il est donc clair que ce sujet, montrant la lutte entre des Centaures, monstres mi-animaux, sans foi ni loi, brutaux et non dégrossis, et des Lapithes grecs, sachant mesurer leur consommation de vin et se comporter en personnes civilisées, la victoire finale revenant aux hommes pleinement hommes, rappelait l’agression sauvage des Perses et la victoire finale des Grecs. Sur ma photo, on voit une femme Lapithe aux prises avec un Centaure qui veut l’enlever.
 
702g2 Musée d'Olympie, femme, 590-580 avt JC
 
Cette œuvre pose bien des questions, tout en étant un très rare exemple de cette technique de feuille de bronze martelée, recouvrant un support en bois, et avec des yeux ajoutés en os. Parmi les questions, on ignore si cette femme ailée dont on ne possède qu’un haut de buste n’était en fait qu’un buste, ou si c’était une statue entière. Par ailleurs, on ne sait si c’est une Artémis, ou bien, en raison de ses ailes, une Nikè (Victoire), ou encore un Sphinx. Et enfin on a pu la dater entre 590 et 580 avant Jésus-Christ, on y voit l’œuvre d’un Ionien, mais l’atelier était-il dans une île Ionienne ou en Laconie, voilà un sujet de doute supplémentaire. Quoi qu’il en soit, je suis étonné de la beauté de cette sculpture et de la force de son regard.
 
702g3a Musée d'Olympie, Zeus enlève Ganymède
 
702g3b Musée d'Olympie, Zeus enlève Ganymède
 
Zeus enlevant Ganymède. Oui, c’est ici à Olympie que se trouve cette très célèbre statue corinthienne de terre cuite du début du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il semblerait qu’elle ait constitué l’acrotère central sur une toiture. Ganymède était un jeune garçon troyen tout juste entré dans l’adolescence. Et comme il était "le plus beau des mortels", l’œil aiguisé de Zeus n’a pas manqué de tomber sur lui. Le roi des dieux s’en éprit alors que Ganymède gardait les troupeaux de son père, quelque part dans la montagne aux alentours de Troie. Pour satisfaire son amour, Zeus enleva Ganymède. Parfois, comme dans cette représentation, Zeus reste anthropomorphe, mais d’autres fois il est représenté sous la forme d’un aigle enlevant dans ses serres le jeune garçon. Après tout, Zeus s’était bien fait cygne pour séduire Léda ou taureau pour enlever Europe, alors pourquoi pas aigle, d’autant plus que cet oiseau était son symbole. Sur l’Olympe, Ganymède est devenu l’échanson des dieux, tandis que Zeus compensait le rapt de l’enfant en faisant don de chevaux divins au père de Ganymède. Bah, après tout, des chevaux contre un fils, sans doute faut-il considérer le marché comme équitable. Mais toi, Raphaël, mon fils, sois bien convaincu que pour moi tu vaux beaucoup plus que des chevaux…
 
702g4 Musée d'Olympie, tête d'Athéna, début 5e siècle
 
Cette tête d’Athéna en céramique est de la même époque que Zeus enlevant Ganymède, moins célèbre peut-être mais tout aussi belle, avec son diadème décoré de fleurs de lotus, ses cheveux bouclés et son visage qui a quelque chose de ces visages orientaux venus d’Asie. Elle constituait probablement, elle aussi, l’acrotère central d’un bâtiment, Athéna combattant dans la gigantomachie, et elle aussi est née dans un atelier corinthien.
 
702g5a Musée d'Olympie, Hermès de Praxitèle
 
702g5b Musée d'Olympie, Hermès de Praxitèle
 
Ici, nous atteignons un sommet de la célébrité, avec cet Hermès de Praxitèle (340-330 avant Jésus-Christ). En contemplant ce chef-d’œuvre, on comprend que beaucoup considèrent Praxitèle comme le plus grand sculpteur de l’Antiquité et l’un des plus grands de tous les temps. Zeus avait chargé Hermès, messager des dieux, de transporter le petit Dionysos chez les Nymphes, qui devaient se charger de l’élever. En chemin, Hermès jette sa cape sur un tronc d’arbre et se repose un moment, s’appuyant sur ce tronc, Dionysos sur son bras. On a supposé que dans sa main droite, bras tendu, il tenait une grappe de raisin, futur attribut du dieu enfant qu’il porte. Cette sculpture découverte en 1877 dans le temple d’Héra est d’un poli admirable. Dans le visage d’Hermès, on voit toute la sérénité des dieux de l’Olympe, et la plastique de son corps est parfaite. C’est en ces termes qu’autrefois, dans une autre vie, du temps où j’étais professeur et enseignais la langue et la civilisation grecques, je parlais de l’Hermès de Praxitèle. Or, que vois-je ici ? C’est presque mot pour mot que l’affiche reprend ce que j’en disais en ce temps-là. Non, non, je ne recopie pas l’affiche, c’est elle qui me copie. À moins qu’elle n’ait été rédigée par un ancien élève à moi qui s’est souvenu… Qui sait…
 
702g6a Musée d'Olympie, taureau votif
 
702g6b Musée d'Olympie, don de la femme d'Hérode Atticus
 
Je transcris en caractères latins l’inscription gravée sur le flanc de ce taureau et que j’ai reproduite en caractères grecs sous la deuxième photo pour aider à déchiffrer ce qui, en petit et avec les ombres, n’est peut-être pas très lisible : "RÊGILLA IEREIA DÊMÊTROS TO HYDÔR KAI TA PERI TO HYDÔR TÔ DII", soit "Regilla, prêtresse de Déméter, [offre] à Zeus l’eau et ce qui va avec l’eau". Allez, je fais une interro pour les lecteurs de mon blog, pour savoir qui est attentif. Qui est cette Regilla ? Aide numéro 1, j’en parlais dans mon précédent article, sur le site d’Olympie. Aide numéro 2, c’était au sujet du Nymphée. Réponse, c’est la femme du sophiste Hérode Atticus qui a offert le Nymphée au sanctuaire d’Olympie. On constate donc qu’elle a été prêtresse de Déméter. Nous avons vu, sur le flanc gauche du stade, l’autel de Déméter Chamynè. Les femmes étaient interdites d’accès sous peine de mort, à l’exception de la prêtresse de Déméter Chamynè. En 153 de notre ère, Hérode Atticus fit à Olympie des discours qui furent accueillis avec tellement d’enthousiasme que sa femme fut faite prêtresse de la déesse. Lorsque Regilla obtint cet honneur son mari fut si heureux qu’il offrit alors au sanctuaire le nymphée ainsi que l’aqueduc pour l’alimenter avec l’eau de l’Alphée, l’une des deux rivières qui confluent non loin.
 
702h1 Musée d'Olympie, casques
 
702h2 Musée d'Olympie, casques corinthiens
 
702h3 Musée d'Olympie, casques illyriens
 
Laissant les œuvres d’art, j’en viens à la guerre, qui est centrale dans la vie du monde grec. Dans une grande vitrine que mon objectif ne peut prendre en entier il y a une multitude de casques. Ceux de ma seconde photo sont des casques corinthiens, tous deux datés seconde moitié du septième siècle avant Jésus-Christ ou début sixième siècle. Ce nom de corinthien vient de ce que c’est un atelier de Corinthe qui, le premier, a réalisé ce type de casque, mais ensuite le type s’est diffusé dans toute la Grèce, un peu partout des ateliers fabriquant des casques enveloppants comme ceux que je présente, et chacun apportant des améliorations destinées à mieux protéger mais aussi, et surtout, à assurer une meilleure stabilité sur la tête et un meilleur confort. C’est devenu le modèle de casque le plus répandu à l’époque archaïque et au début de l’époque classique. Sur la troisième photo, on voit des casques illyriens, qui permettent de saisir nettement la différence de type. Le nez n’est pas protégé et le casque est beaucoup moins enveloppant. Celui de gauche, du huitième siècle ou peut-être du tout début du septième, est plus ancien que celui de droite, fin septième ou début sixième siècle, soit contemporain des casques corinthiens que je présente. Il est plus refermé vers le bas que son voisin, et deux trous témoignent qu’une cordelette ou une chaînette le maintenait resserré sur le menton.
 
702h4 Musée d'Olympie, protection épaule et bras droit
 
Il existait des protections pour chaque partie du corps, avant-bras et bras, cuisse et jambe, ventre et bas-ventre, et cuirasse pour la poitrine, sans parler bien sûr du bouclier que l’on peut déplacer vers la partie du corps la plus exposée au projectile lancé ou à l’arme brandie. Ces éléments de protection étaient souvent décorés avec goût et inventivité, les surfaces pouvaient être gravées (plaque ventrale, par exemple) ou martelées pour s’adapter à la forme anatomique tout en étant décoratives, comme sur la photo ci-dessus, une pièce destinée au bras droit du guerrier, de l’épaule au coude. Suivant l’arrondi anatomique de l’épaule, l’artisan à martelé une tête de Gorgone. On voit aussi que, pour éviter que les bords ne soient coupants pour la peau, tout le tour des ouvertures haute (épaule) et basse (saignée) est légèrement roulé vers l’extérieur.
 
702h5a Musée d'Olympie, casque de Miltiade
 
702h5b Musée d'Olympie, casque de Miltiade
 
Si je reviens sur la photo du haut à la présentation d’un casque, écrasé de surplus, ce n’est pas que mon article soit en désordre, mais parce qu’après avoir présenté les protections en général, celle-ci porte une inscription (seconde photo) qui en fait un objet particulier. J’ai fait ce que j’ai pu pour montrer cette inscription, mais je dois reconnaître que le résultat n’est guère fameux. Ce que l’on devrait pouvoir lire c’est ΜΙΛΤΙΑΔΕΣ, Miltiade. Et, de l’autre côté de l’oreille, l’inscription continue ΑΝΕΘΕΚΕΝ ΤΟΙ ΔΙ, a offert à Zeus. Visitant le musée cycladique, le 24 mars dernier, devant un tesson sur lequel était inscrit, pour le bannir d’Athènes, le nom de Cimon fils de Miltiade, j’ai évoqué la carrière de Miltiade administrateur de Chersonèse, combattant les Scythes aux côtés du Perse Darius, puis se tournant contre les Perses, obligé de fuir avec sa femme d’origine thrace et de se réfugier à Athènes , où naît son fils Cimon. Je n’en avais pas dit davantage ce jour-là parce que tel n’était pas mon sujet. Militant au parti oligarchique, Miltiade est nommé stratège. Parce que des cités grecques avaient apporté aide et soutien à des révoltes de citoyens perses, Darius décide de donner une correction à ces vilains Grecs et, après plusieurs années de campagnes contre nombre de cités et d’îles de la Mer Égée, il s’embarque en direction d’Athènes. Nous sommes en 490 avant Jésus-Christ. Sur la côte, à une quarantaine de kilomètres nord-est de l’Acropole, arrivant avec 600 trières, Darius débarque son infanterie et sa cavalerie, une immense armée. Miltiade l’attend avec seulement neuf mille athéniens et un renfort de mille hommes de Platées. Les Perses sont écrasés, ils subissent de lourdes pertes (six mille quatre cents morts et un nombre inconnu de disparus dans les marais, contre cent quatre-vingt douze Athéniens et onze Platéens), ils se replient vers leurs bateaux et se rembarquent. Un soldat part en courant de toutes ses forces vers Athènes pour annoncer la grande victoire, et à l’arrivée, épuisé, il s’effondre mort. Pendant ce temps, les Perses filent plein sud pour doubler le cap Sounion avec l’intention de remonter vers le nord la côte ouest de l’Attique et de débarquer à Phalère, un peu au sud du Pirée, pour prendre Athènes qu’ils savent sans défense, toutes ses troupes étant concentrées à Marathon. C’est une navigation de dix heures environ. Quoiqu’épuisés par la bataille de Marathon, les soldats athéniens, à marche forcée, parcourent la distance de Marathon à Phalère, soit une cinquantaine de kilomètres, en un peu plus de huit heures et y attendent l’armée perse. Quand, arrivant, les Perses voient ce comité d’accueil, ils repartent sans livrer bataille. C’est une grande victoire pour les Grecs et la fin de la Première Guerre Médique. Miltiade, le stratège qui a commandé à Marathon, se rend alors à Olympie et consacre son casque à Zeus, dans son temple. Il est émouvant de savoir que ce casque que je vois là, dans cette vitrine, a été porté par ce grand général lors de la si célèbre bataille de Marathon, et qu’il est venu ici même, dans cette ville où nous sommes, dans ce temple où j’étais tout à l’heure, pour l’offrir en hommage au dieu d’Olympie.
 
702i Musée d'Olympie, outils
 
Et pour terminer cet article, trois photos que je ne peux classer, ni rattacher à aucun sujet. Ci-dessus, des outils qui ont été trouvés à Olympie. À gauche, cet outil pointu et recourbé était destiné à être emmanché. À côté, une roue et des tenailles. À droite, deux lames recourbées en faucille (il y a aussi un marteau, mais que je ne montrerai pas pour garder la neutralité politique…), et un coutelas.
 
702j Musée d'Olympie, moule de l'atelier de Phidias
 
Dans le précédent article sur le site archéologique, j’ai montré l’atelier de Phidias, et je disais que l’on y avait trouvé des accessoires dont il s’était servi. Ci-dessus, on voit un moule de terre dans lequel il a coulé du verre, et ici une partie du verre moulé est même en place. Ces formes de verre étaient ensuite plaquées sur des statues pour en figurer des ornements.
 
702k Musée d'Olympie, morceau d'oenochoé
 
C’est avec ce tesson de poterie que je vais conclure cet article. Ce fragment d’oinochoé (vase à verser le vin) date de la seconde moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ, ce qui n’a rien d’exceptionnel, mais si j’ai choisi de le montrer en guise de conclusion c’est parce que je trouve amusant le dessin qui a été gravé dessus comme un graffito…
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Published by Thierry Jamard
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 23:03
Il y a tant à voir à Olympie et tant à dire, que je ne peux tout placer en un seul article. D’ailleurs, tout fermant à quinze heures, nous avons dû aller trois jours sur le site et au musée archéologique. Et, cadeau, le dernier jour la fermeture a eu lieu à dix-sept heures. Tant pis, pas de déjeuner, nous avons profité jusqu’à la fin. Sur ces trois jours du mercredi 20 au vendredi 22 avril, je vais scinder mes commentaires en trois articles. Le premier, celui-ci, traite du site, le second parlera du musée archéologique, le troisième se référera aux Jeux Olympiques tels qu’ils se déroulaient dans l’Antiquité ainsi qu’à leur rétablissement moderne, et concernera également quelques autres sujets. Commençons donc notre visite du site.
 
701a Olympie préhistorique
 
Ce lieu était habité aux temps préhistoriques. En 1908 ont été mises au jour plusieurs habitations à abside datées entre 2150 et 2000 avant Jésus-Christ. Dans cette maison que l’on voit sur ma photo, ont été retrouvés beaucoup d’objets, dont des vases provenant d’une civilisation dont la culture s’est développée sur la côte dalmate, montrant ainsi qu’il y avait des relations culturelles et commerciales entre ces deux lieux assez éloignés.
 
701b Olympie, thermes de Kronion
 
Nous sommes dans les thermes de Kronion (le Kronion est le mont qui sépare les deux rivières, Alphée et Kladéos, jusqu’à leur confluent, et c’est à ses pieds que s’étend le sanctuaire d’Olympie). Créés au deuxième siècle avant Jésus-Christ, ils n’ont pas gardé grand-chose de l’époque hellénistique, sans cesse agrandis, modifiés, décorés. À la fin du troisième siècle de notre ère, un fort tremblement de terre a presque tout détruit, et, réparés ou rebâtis, ils ont retrouvé leurs fonctions, jusqu’à ce qu’au cinquième siècle les derniers aménagements qu’ils aient subi en fassent un centre agricole.
 
701c1 Olympie, le Prytanée
 
701c2 Olympie, le Prytanée
 
Le prytanée, qui date du cinquième siècle avant Jésus-Christ, était la résidence, comme son nom l’indique, des prytaneis, c’est-à-dire des plus hauts dignitaires du sanctuaire, qui étaient chargés de veiller à l’exécution des sacrifices sur les autels, qui hébergeaient le foyer de la déesse Hestia où ils entretenaient le feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre, qui accueillaient les hôtes de marque venus pour assister aux Jeux Olympiques.
 
701d1 Olympie, la palestre
 
701d2 Olympie, la palestre
 
701d3 Olympie, la palestre
 
Ce grand espace de 66,35 mètres sur 66,75 que nous avons la chance de visiter pendant le court moment où les arbres y sont en fleurs, est la palestre, du troisième siècle avant Jésus-Christ. La disposition des colonnes sur la seconde photo permet de comprendre qu’autour d’une vaste cour, lieu d’entraînement pour la lutte, le pancrace, le saut, des bâtiments couverts formaient comme un cloître avec des salles séparées pour les diverses activités accessoires de préparation, vestiaires, salles où l’on s’enduisait d’huile ou, au contraire, où l’on s’enduisait de poudre ou de cendre pour assurer la prise, salles de bains pour après l’exercice, etc.
 
701e Olympie, le gymnase
 
Près de la palestre, le gymnase, 120 mètres sur 220, avec ses colonnades doriques tout autour. Là, on s’entraînait aux disciplines qui requéraient plus d’espace, la course à pied, le lancer du javelot et du disque. Sa construction est un peu plus tardive, deuxième siècle avant Jésus-Christ. Le site d’Olympie est si immense qu’il reste à fouiller la partie nord de ce gymnase.
 
701f1 Olympie, le Philippeion
 
701f2 Olympie, le Philippeion
 
Le Philippéion doit son nom à celui de Philippe II de Macédoine qui l’a fait construire après la bataille de Chéronée en 338 avant Jésus-Christ. Son fils, Alexandre le Grand, a fait achever la construction, et il y a fait placer les bustes de ses ancêtres. C’est, comme on le voit, une sorte de temple monoptère entouré de colonnes ioniques.
 
701g Olympie, le temple d'Héra
 
Nous voici dans un lieu sacré, le temple d’Héra. C’est le temple le plus ancien du sanctuaire, édifié au septième siècle avant Jésus-Christ et qui est aujourd’hui l’un des rares exemples d’architecture dorique archaïque. Il comportait six colonnes sur les petits côtés de 18,75 mètres et seize sur les cinquante mètres des grands côtés, avec une hauteur de 7,80 mètres. À l’origine, les colonnes étaient en bois, mais peu à peu elles ont été remplacées par les colonnes de pierre que nous voyons ici. Dans la cella, était précieusement conservé le disque légendaire de la trêve sacrée, et plus tard les Romains y ont transféré le célèbre Hermès œuvre du grand sculpteur Praxitèle, dont je parlerai dans l’article réservé au musée.
 
701h1 Olympie, reconstitution du nymphée
 
701h2 Olympie, nymphée
 
701h3 Olympie, nymphée
 
Le nymphée est une énorme fontaine aqueduc offerte au sanctuaire au deuxième siècle après Jésus-Christ par Hérode Atticus et sa femme Regilla. Nous avons déjà rencontré ce sophiste richissime qui a construit au pied de l’Acropole d’Athènes un odéon (mon article du 9 mars), et qui a rénové le stade de Delphes avec des gradins en pierre (mon article du 13 mars). Quant à sa femme, j’en dirai deux mots au musée, quand nous verrons une grande sculpture qu’elle avait fait placer dans le bâtiment de ce nymphée. Dans les niches du mur de fond que l’on voit sur le dessin de reconstitution, il y avait de nombreuses statues. Comme, selon le proverbe, "charité bien ordonnée commence par soi-même", il y avait une statue d’Hérode Atticus, et puis parce que cela peut être utile, il y avait aussi les empereurs successifs qu’il a connus, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc-Aurèle, et pour compléter il y avait des membres de leurs familles à tous.
 
701i1 Olympie, entrée du stade
 
701i2 Le stade d'Olympie
 
701i3 Le stade d'Olympie
 
Évidemment, le lieu le plus célèbre d’Olympie, c’est son stade. La ville est devenue sainte et lieu de pèlerinage grâce à ses Jeux qui imposaient la trêve sacrée et ont permis, sur une durée aussi longue, le maintien de l’unité de peuples disséminés aux quatre coins du monde connu, de Marseille à la Crimée, de l’Afrique à l’Asie, dont la langue était divisée en de multiples dialectes présentant entre eux des différences non négligeables, et cela même après la conquête d’Alexandre, même après la conquête romaine, alors que l’on aurait pu craindre que les Grecs ne se dissolvent dans ce vaste Empire Romain unificateur. C’est à l’époque classique que le stade a été établi à cet emplacement, tandis que l’entrée monumentale, avec son arche et ce couloir, date de la fin de l’époque hellénistique. Sur la deuxième photo et même sur la troisième, on voit clairement la ligne de départ matérialisée par une rangée de pierres dans le sol. À partir de cette ligne et jusqu’à la ligne d’arrivée, la distance est de 192,27 mètres sur une largeur de 28,50 mètres. Il n’y a jamais eu de sièges pour les quarante cinq mille spectateurs qui pouvaient être admis. On distingue à droite et à gauche de la piste quelque chose dont il vaut la peine de s’approcher.
 
701j1 Olympie, autel de Déméter Hamyne sur le stade
 
701j2 Olympie, tribune des juges du stade
 
L’entrée se faisant du côté de la ligne de départ, à l’ouest, ma première photo montre sur le flanc nord du stade l’autel de Déméter Hamyne. En face, sur le flanc sud, c’est la tribune des juges, les hellanodices (hellanodikai), qui fait l’objet de ma seconde photo.
 
701k Olympie, trésor des cités
 
Les cités-états de Grèce, mais surtout leurs colonies de Grande Grèce (c’est-à-dire d’Italie du sud et de Sicile) avaient édifié ici aux sixième et cinquième siècles avant Jésus-Christ des bâtiments en forme de petits temples, les trésors, destinés à recevoir leurs offrandes. Parmi ces ruines, on en a dénombré douze, mais il est souvent très difficile de savoir à quelle cité ils ont appartenu. Seuls cinq de ces trésors ont été à coup sûr attribués à une ville particulière (j’ignore quels ont été les critères d’identification, inscription, représentation du dieu protecteur, description par un voyageur tel que Pausanias, etc.), et ce sont ceux de Sicyone, Sélinonte, Métaponte, Mégare et Gela.
 
701L Olympie, tambours de colonnes, portique de l'Echo
 
Avant d’arriver à l’entrée du stade, on est passé devant ces innombrables tambours de colonnes sagement alignés sur le sol. C’est tout ce qui reste d’un portique long, long, nommé le Portique de l’Écho parce qu’il était célèbre pour répercuter sept fois les sons. C’est ainsi que, parfois, il est surnommé le Portique des Sept Voix.
 
701m Olympie, Metroon
 
Ce temple dorique de six colonnes (10,62 mètres) sur onze (20,27 mètres) est le Metrôon, le temple de la Mère des dieux, construit à la toute fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou au tout début du troisième. Cette Mère des dieux, c’est Rhéa, fille d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia (la Terre), et mère des trois grands dieux Hadès, Poséidon et Zeus, mais aussi des grandes déesses Hestia, Déméter et Héra. Les Romains l’assimileront à Cybèle, mais en fait ils convertiront ce temple en temple de leurs empereurs.
 
701n1 Olympie, temple de Zeus
 
701n2 Olympie, temple de Zeus
 
701n3 Olympie, temple de Zeus
 
Le plus grand monument de ce sanctuaire est le temple de Zeus, construit au cinquième siècle avant Jésus-Christ (470-457). Avec six colonnes doriques sur treize, il mesurait 64,12 mètres de long sur 27,68 de large, et s’élevait à la hauteur colossale de 20,25 mètres. Il était considéré comme le modèle des temples doriques. Et dans la cella de ce temple avait été placée une gigantesque statue chryséléphantine de Zeus (or et ivoire, chrysos signifiant l’or) haute de douze mètres, œuvre admirable du grand Phidias, et qui était comptée au nombre des sept merveilles du monde, en compagnie de la pyramide de Khéops, des jardins suspendus de Babylone, du temple d’Artémis à Éphèse, du Mausolée d’Halicarnasse, du Colosse de Rhodes et du phare d’Alexandrie. L’empereur romain Claude (qui a suivi Caligula et a précédé Néron, ce qui constitue un fameux encadrement) a voulu faire transporter cette statue à Rome, où son projet était de faire remplacer la tête de Zeus par sa propre tête, et pour ce faire il a envoyé un navire à Pyrgos, la côte près d’Olympie, mais faisant voile vers la Grèce le navire a affronté un orage, la foudre l’a frappé et il a sombré. Cela a été considéré comme un avertissement du grand dieu, et Claude a renoncé à son projet. Mais, au quatrième siècle, c’est Constantin qui a pris la statue.
 
701n4 Olympie, temple de Zeus
 
701n5 Olympie, temple de Zeus
 
Puis, au sixième siècle, le temple a subi deux tremblements de terre violents, en 522 et en 551, auxquels il n’a pas résisté. C’est aujourd’hui un amas de ruines entassées sur le sol en désordre, les pierres sont restées là où elles se sont effondrées. Seule, une colonne a été remontée à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 par l’Institut Archéologique Allemand grâce au mécénat de deux institutions privées. Des sculptures de sa décoration, à savoir les deux frontons et des métopes, sont au musée archéologique, j’en parlerai dans mon prochain article.
 
701o1 Olympie, atelier de Phidias
 
701o2 Olympie, atelier de Phidias
 
701o3 Olympie, atelier de Phidias
 
701o4 Olympie, basilique paléochrétienne dans l'atelier d
 
Ce bâtiment, c’est celui où, dans le troisième quart du cinquième siècle avant Jésus-Christ, la statue chryséléphantine de Zeus a vu le jour. En effet, je suis ici dans l’atelier de Phidias. Bien que, un millénaire plus tard, au cinquième siècle de notre ère, cet atelier ait été converti en église paléochrétienne, comme en témoignent les éléments sculptés que l’on voit sur la dernière de ces photos, on y a cependant retrouvé des traces de son usage antique, moules de terre cuite, outils de sculpteur, qui sont exposés au musée.
 
701p1 Olympie, bâtiment SW
 
701p2 Olympie, bâtiment SW
 
701p3 Olympie, bâtiment SW
 
701p4 Olympie, bâtiment SW
 
Ce grand complexe de l’époque impériale (premier au troisième siècle après Jésus-Christ) est un lieu de rencontre des athlètes. Il comportait des salles d’entraînement et des salles de réunion, en plus d’une piscine extérieure. Son nom antique n’ayant pas été retrouvé, on l’appelle tout bêtement le Bâtiment du sud-ouest
 
701q1 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
701q2 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
701q3 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
Nous voici dans ce que l’on appelle le Léonidaion. Dans ce nom, il ne faut pas chercher une explication avec des lions ou je ne sais quelle autre étymologie, c’est tout simplement que son architecte, un nommé Léonides originaire de l’île de Naxos, a participé à son financement. Dans ce grand bâtiment de 75 mètres sur 81 construit en 330 avant Jésus-Christ, les officiels étaient reçus et hébergés. Autrement dit, c’est l’hôtel des personnalités. Un péristyle intérieur dorique délimitait une vaste cour, et entre ce péristyle et une colonnade extérieure ionique étaient construites les chambres où logeaient les officiels. Et quand les Romains sont arrivés, ils ont converti la cour intérieure en piscine à ciel ouvert.
 
701r1 Olympie, Bouleuterion
 
701r2 Olympie, Bouleuterion
 
701r3 Olympie, Bouleuterion
 
Encore un bâtiment important. C’est le bouleutérion (du sixième au quatrième siècles avant Jésus-Christ). Autrement dit le bâtiment du Conseil. Dans les autres cités, ce mot désigne une sorte de parlement politique, tandis qu’ici c’est le Conseil des Jeux Olympiques. Toutes les décisions y sont prises et, avant le début des jeux, lors d’une séance solennelle, juges et athlètes y prononcent le serment sacré parce que là se trouvent la statue et l’autel de Zeus Horkios (Zeus protecteur de l’inviolabilité des serments).
 
701s Olympie, autel de sacrifices
 
Entre le temple de Zeus et celui d’Héra se situe ce grand autel. D’après la description donnée par Pausanias, le grand autel de Zeus où, à l’occasion des jeux, avait lieu l’hécatombe (hékaton signifie cent et bous désigne le bœuf. L’hécatombe est le sacrifice de cent bœufs), n’avait rien à voir avec celui-ci, et pourtant on n’a retrouvé aucune trace de celui qui est décrit par Pausanias. En revanche, on a retrouvé là d’innombrables objets qui avaient été offerts au dieu et qui sont à présent au musée archéologique.
 
701t Olympie, autel d'Héra
 
Ici se trouvait l’autel d’Héra. J’ai déjà eu l’occasion de dire que les autels antiques étaient hors du temple –et ici nous sommes à quelques mètres du temple d’Héra–, et que pour représenter l’offrande du sacrifice de Jésus, sa mort qu’il offre pour le rachat des péchés du monde, le christianisme a repris l’autel du paganisme mais l’a transporté à l’intérieur du temple. C’est sur l’emplacement de cet autel que, depuis les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, l’on allume la flamme olympique qui, ensuite, sera portée solennellement jusqu’au pays organisateur.
 
Le site archéologique d’Olympie est très étendu. Partout, des ruines, des soubassements d’édifices, et en plusieurs endroits les fouilles continuent. J’ai donc choisi de montrer ce qui, à mes yeux, est le plus significatif, mais le visiteur qui en a le temps pourra voir beaucoup plus que cet aperçu. J’ai lu un article où il est dit que ce champ de ruines est peu parlant pour le non spécialiste. Je ne suis pas d’accord. Certes, il ne reste pas grand chose des constructions, mais le lieu est magique, on comprend, ou plutôt on sent –on peut sentir– que là des hommes et des femmes aient éprouvé un sentiment religieux intense, aient perçu la présence de Zeus, ou de la Mère des dieux, ou d’Héra, ou de Déméter. On conçoit que là, ils aient prêté le serment olympique et que les soldats aient respecté la trêve sacrée. Avec un peu d’imagination, je les vois, ces Grecs venus de tous les horizons. Et la vie est encore plus donnée à ces lieux par tous les objets qui y ont été trouvés et qui sont au musée archéologique. Mais cela, ce sera pour mon prochain article.
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Published by Thierry Jamard
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 22:51
Comme je l’ai dit dans mon article du 16 avril, nous étions ce jour-là à Mantinée et Tripoli, soit le nord-est du Péloponnèse. Nous avions projeté de faire tout le tour de ce Péloponnèse, descendant par l’est jusqu’au sud, explorant les trois "doigts" que tend le Péloponnèse vers le sud, vers la Crète et l’Afrique, puis de remonter vers le nord par la côte ouest pour être à Olympie au jour dit pour y rencontrer des amis. Ha ha ha, je ris fort. Vu notre rythme de visites, c’est aussi réaliste que lorsque nous envisagions de tourner autour de toute l’Europe, de l’Italie et de la Grèce jusqu’au Cap Nord, et retour en France en un an. Or si je compte bien, depuis la mi-septembre 2009 jusqu’à ce jour, dix-neuf mois ont passé et nous en sommes à notre deuxième pays. Nous décidons donc de filer plein ouest vers Olympie, l’amitié est prioritaire, et nous reprendrons ensuite vers l’est pour suivre notre programme (géographique, non calendaire…).
 
700g1 fleuve Erymanthe
 
700g2 fleuve Erymanthe
 
Dimanche 17, nous sommes partis de Tripoli. Simiades, Levidi, Vlacherna, Vytina, Langadia, Stavrodromi, Livadaki, Olympie. Environ 130 kilomètres par la montagne. Bien sûr, nous traversons de somptueux paysages. Tout est beau en Grèce. C’est quand on voit un décor quelconque que l’on est surpris et qu’il convient de le signaler. Mais en route je relève quand même deux noms. Le premier, c’est lorsque nous franchissons le fleuve Érymanthe (ci-dessus), ce qui me rappelle le sanglier monstrueux et gigantesque qui ravageait le pays et qu’Héraklès a dû rapporter vivant à Eurysthée. D’abord, en hurlant, il l’a fait sortir de sa bauge. Puis, infatigable lui-même, il l’a poursuivi dans la neige épaisse de la montagne jusqu’à ce que le sanglier, épuisé, se laisse atteindre. Alors Héraklès l’a chargé sur ses épaules et l’a rapporté vivant à Eurysthée lequel, effrayé, a sauté dans une grande jarre pour s’y protéger. J’ai vu au Louvre, sur une poterie antique, cette représentation comique de la tête d’Eurysthée apeuré émergeant d’une jarre mais je ne crois pas en avoir vu d’autre représentation lors du présent voyage, et donc pouvoir me référer ici à une image précédemment publiée. En fait, l’Érymanthe du sanglier d’Héraklès est une haute montagne d’Achaïe (2224 mètres) à mi-chemin environ entre Patra et Olympie, et où le fleuve Érymanthe que nous franchissons prend sa source. Mais le nom n’a pu manquer d’évoquer pour moi ce travail d’Héraklès. L’autre nom qui a retenu mon attention est celui que j’ai lu sur un panneau et qui indiquait qu’il fallait tourner à gauche pour gagner Pisa. Cette ville, toute proche d’Olympie mais en Arcadie à l’origine (alors qu’Olympie est en Élide) a longtemps combattu sa voisine pour être chargée de la gestion du sanctuaire de Zeus et des Jeux panhelléniques car originellement Olympie était sur un territoire administré par Pisa. Par ailleurs, des découvertes lors de fouilles à Pise, en Italie, laissent penser que des Grecs de cette ville d’Arcadie (annexée par l’Élide au sixième siècle avant Jésus-Christ) auraient migré vers l’Italie et auraient fondé la ville de Toscane. Mais j’avais lu quelque part qu’il ne reste rien à voir de la ville antique, et nous avons poursuivi notre chemin.
 
700h1 Avec Pierre et Donatine à Olympie
 
Levés dès potron-minet du côté de Nauplie, nos amis chalonnais Donatine et Pierre, que nous avons déjà eu la joie de rencontrer à Rome l’an passé, le douze février, sont arrivés dans la matinée à Olympie et ont visité le site et le musée archéologique. Ils sont un groupe d’une quinzaine d’amis qui, tous les ans, font ensemble un voyage, et cette année c’est une semaine en Grèce. Athènes, Nauplie, Mycènes, Olympie, Delphes, les Météores, et retour à Athènes. Évidemment, le programme est lourd, c’est chargé, d’autant plus que la plupart des musées et des sites de Grèce ferment à quinze heures en cette saison. Mais c’est un bon système pour faire des choix, pour savoir ce que l’on aura envie de revoir en prenant son temps une autre fois. Et surtout, surtout, c’est excellent pour nous parce que, ainsi, nous avons le plaisir de revoir ces amis.
 
700h2 Avec Pierre et Donatine à Olympie
 
Nous nous rencontrons donc autour d’un pot, avec deux couples sympathiques de leurs amis. Sur ces photos, prises par Natacha, nous sommes donc attablés à Olympie. On reconnaît sur la première de ces photos Donatine près du bord gauche et Pierre près du bord droit. De plus, en contact avec mon petit frère Jérôme qui, le pauvre, gère tout notre courrier, s’occupe de la liaison avec tous les services qui ne savent pas comment gérer un couple qui n’est pas tranquillement installé dans sa maison en résidence fixe, etc., etc., ils m’apportent une enveloppe importante qu’il valait mieux ne pas confier à la poste. Nous passons ainsi un moment agréable en compagnie très amicale mais demain, avant 15h, ils devront avoir eu le temps de gagner Delphes –et ce n’est pas la porte à côté–, de visiter le site qui est ô combien étendu, et le musée archéologique, de sorte que nous devons nous quitter. Les moments chaleureux sont toujours trop courts…
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Published by Thierry Jamard
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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 20:53
700a1 Mantinée, Agia Foteini
 
700a2 Mantinée, Agia Foteini 
700a3 Mantinée, Agia Foteini
 
À quelques kilomètres de Tripoli où nous avons passé la nuit se trouve la ville antique de Mantinée. Ce nom ne peut manquer d’évoquer dans ma mémoire de grands événements historiques. Le grand béotarque (général, en Béotie) thébain Épaminondas est envoyé réduire Mantinée qui a choisi l’alliance avec Sparte en quittant la Ligue Arcadienne qu’il avait créée entre sa cité de Thèbes et son ennemie Sparte. Il commande l’armée thébaine et celle de la Ligue Béotienne (confédération de cités autour de Thèbes), ainsi que des éléments de Mégalopolis, ville fondée par Thèbes en Arcadie, face à l’armée de Mantinée à laquelle se sont adjoints des renforts spartiates. C’est en 362 avant Jésus-Christ, dans une vallée entre deux monts près de Mantinée, que les deux armées s’affrontent. Épaminondas bloque le passage, mais alors qu’il est face à l’ennemi il feint de vouloir s’installer et bivouaquer. L’ennemi, voyant cela, baisse la garde. Épaminondas, alors, en profite pour fondre sur l’adversaire, avec cet ordre oblique qu’il a inventé et mis en pratique déjà avec succès neuf ans plus tôt à Leuctres. Alors que, d’ordinaire, deux armées s’affrontaient de front, en ligne et sur une douzaine de rangs, les troupes d’élite placées sur la droite pour que les soldats, tenant leur bouclier de la main gauche, soient mieux protégés contre tous les adversaires (puisque les moins vaillants se trouvaient en face et tous les autres sur leur gauche), lui au contraire va placer ses troupes d’élite à gauche, en face des troupes d’élite adverses, et il préfère diminuer le nombre de rangs à droite (huit rangs) pour épaissir jusqu’à cinquante rangs l’aile gauche. Ainsi, ceux qui tombent sont remplacés par ceux des lignes suivantes. Par ailleurs, la ligne de front est oblique, de sorte que le choc des troupes d’élite ait lieu tandis que les moins vaillants ne sont pas encore face à leurs adversaires. Il s’agit donc de mettre l’ennemi en déroute avant que l’aile droite ait amorcé le combat, ou dans les premiers moments du combat. Et c’est selon ce scénario que se déroule la bataille de Mantinée. Mais alors qu’il poursuit l’ennemi qui fuit, Épaminondas est mortellement blessé. Avant d’expirer, il exprime le désir de confier la suite des événements à Iolaidas et Daiphantus, ses deux dauphins. On lui apprend alors qu’ils sont morts, en conséquence de quoi il conseille vivement de signer une paix immédiatement plutôt que de vouloir continuer une guerre devenue hasardeuse. Tels sont les souvenirs qu’évoque pour moi le nom de Mantinée. Lorsque nous nous garons, voyant un panneau qui indique le site archéologique sur la droite de la route, notre regard est d’abord attiré par un très curieux bâtiment du côté gauche de la route. Et c’est par ce côté que nous commençons la visite.
 
700a4 Mantinée, Agia Foteini
 
700b1 Mantinée, Agia Foteini
 
700b2 Mantinée, Agia Foteini
 
Empoignant mon Guide Vert Michelin, je constate que selon Bibendum il s’agit d’une église construite de 1969 à 1973 (mais consacrée seulement en 1978) par un architecte américain d’origine grecque qui a associé matériaux et formes pour réaliser une synthèse des arts égyptien, grec et byzantin. Et, toujours selon Bibendum, cette église serait consacrée à la Vierge, aux Muses et à Beethoven. Original. Mais le panneau sur le bord de la route se contente d’indiquer Agia Foteini (Sainte Fotine. Le grec phôteinos signifiant lumineux, ce nom est celui de sainte Claire, santa Chiara d’Assise, fondatrice des Clarisses), en caractères grecs et en caractères latins. Quatre mots, pas un de plus. Évidemment ces colonnes un peu partout, ces arcs, ces frontons et ces absides, ce mélange de pierre de plusieurs couleurs et de briques, cet assemblage de corps multiples, cela est surprenant, mais je ne déteste pas. Cela n’a rien de laid, bien au contraire. Peu m’importe ce qui est égyptien, grec, byzantin, ce qui m’importe c’est que je regarde l’ensemble sans déplaisir, et même avec une certaine satisfaction esthétique. Je comprends aussi que l’on puisse haïr cela, mais le fait même que l’on aime ou qu’on déteste, au lieu de ressentir une indifférence passive, signifie qu’il se dégage de l’ensemble une forte personnalité.
 
700c1 Mantinée, Agia Foteini
 
700c2 Mantinée, Agia Foteini
 
Lorsqu’on pénètre dans l’église, l’architecture composite que l’on a perçue de l’extérieur induit que l’intérieur soit un ensemble d’espaces groupés autour d’une aire centrale que je n’ose pas appeler nef. En divers points, de petits monuments comme cet autel appellent à la prière individuelle en fonction de la dévotion de chacun à tel ou tel saint.
 
700c3 Mantinée, Agia Foteini
 
Néanmoins pour les prières collectives, pour les offices, il y a un autel principal. Quoique dans cette église, à part les icônes, rien ne rappelle que l’on se trouve dans un pays à majorité chrétienne orthodoxe, c’est cependant le cas, et les célébrations ont lieu dans une iconostase. Elle est située au fond d’une abside.
 
700c4 Mantinée, Agia Foteini
 
700c5 Mantinée, Agia Foteini
 
700c6 Mantinée, Agia Foteini
 
Encore trois images avant de ressortir. D’abord deux autres petits autels sans iconostase, mais qui ne pourraient pas accueillir une messe catholique tant l’espace est réduit. D’autre part, lors de la construction de cette église, le concile Vatican II avait dix ans et les prêtres catholiques célébraient donc déjà la messe face aux fidèles. Ce sont, comme le petit monument que nous avons vu en entrant, des lieux de recueillement individuels. La troisième photo montre la mosaïque de sol que je serais bien embarrassé de devoir rattacher à un style particulier. À la différence de l’architecture du lieu, elle ne me plaît pas trop, je la trouve trop sombre pour cet endroit peu éclairé, lourde et sans grâce.
 
700d1 Mantinée, Agia Foteini
 
700d2 Mantinée, Agia Foteini
 
700d3 Mantinée, Agia Foteini
 
J’ai parlé de lieux de recueillement, de lieux de célébration, mais cette église semble être moins un lieu de culte qu’un simple exercice de style. D’autre part, il a bien fallu trouver un financeur, or Tripoli a ses églises, chaque village des environs a également une église, il y a des chapelles disséminées partout, je ne vois pas pourquoi on aurait eu besoin de cette grande église perdue au milieu de nulle part. Je crois savoir que c’est une association mécène, l'Association de Mantinée, qui a été prête à débourser gros pour permettre l’expression de la créativité. Et cette église, qui n’est la paroisse de personne, n’est guère utilisée que pour des circonstances particulières, mariages, baptêmes, etc. D’autant plus qu’à une petite distance de l’église, quelques dizaines de mètres de part et d’autre, sur ce grand terrain se trouvent deux autres édifices élégants Le premier est un temple monoptère, ou une tholos, je ne sais comment le définir, nommé To Fréar tou Iakobou, le puits de Jacob. Je cite l’évangile de saint Jean : Jésus "parvint dans une ville de Samarie appelée Sychar, non loin de la terre donnée par Jacob à son fils Joseph, là même où se trouve la source de Jacob. Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement à même la source". Puis il demande à une Samaritaine de lui donner à boire. […] Elle lui demande "Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits ?"C’est à cet épisode de la vie de Jésus que fait référence le nom de ce bâtiment. L’autre temple rappelle les temples grecs antiques, mais il est ouvert, le toit manque, il évoquerait un peu ces fausses ruines antiques dont raffolait le dix-huitième siècle, annonçant de loin le mouvement romantique du début du dix-neuvième siècle. Celui-là est un Hérôon, c’est-à-dire un monument en l’honneur d’un ou plusieurs héros. Ici, c’est un monument en l’honneur de tous les héros grecs, depuis le temps d’Épaminondas ou même bien avant, et jusqu’à ceux de la Guerre d’Indépendance.
 
700e Site archéologique de Mantinée
 
Aussi intéressante soit-elle, nous ne sommes pas venus pour cette église mais pour les ruines de la ville de Mantinée qui s’étendait aux pieds de cette amusante colline dont la rotondité est parfaite. Pas de baraque pour vendre les tickets, pas de librairie proposant des ouvrages sur la ville antique ou détaillant le site, c’est ouvert à tous, sans barrières.
 
700f1 Mantinée, le théâtre antique
 
700f2 Mantinée, le théâtre antique
 
Il faut dire que si l’entrée était payante, seuls les archéologues et quelques spécialistes passionnés prendraient un billet, parce qu’il n’y a pas grand chose à voir. Par exemple, sur la première photo ci-dessus, devant quelques pierres qui laissent imaginer qu’il y avait là un mur, un panneau dit “théâtre antique”. On se dit qu’il faut faire le tour, que de l’autre côté il y a la cavea, la scène, des vestiges significatifs. Mais non, le théâtre n’étant pas adossé à une colline qui lui aurait donné sa forme naturelle, il a fallu le construire en remblai, au cours des siècles le remblai s’est effondré avec les pierres des sièges, et je suppose que ces pierres ont été pillées comme matériaux de construction pour les maisons des alentours.
 
700f3 Mantinée, sanctuaire du héros local Podarès
     
Un peu plus loin, je ne discerne strictement rien derrière les hautes herbes et les irrégularités du terrain, néanmoins je me dirige vers un panneau qui doit bien signaler quelque chose Et en effet, de près, tout en déchiffrant qu’il s’agit du sanctuaire du héros local Podarès (un hérôon, comme je le définissais pour l’espèce de temple grec près d’Agia Foteini), je découvre que quelques pierres au sol ont dû délimiter un bâtiment rectangulaire. Podarès, c’est l’homme qui commandait l’armée de Mantinée en 362, et c’est à lui que ce "Podaréion" est consacré. Mais je trouve chez Gustave Fougères (Bulletin de correspondance hellénique, 1896, volume 20), dans un article sur les inscriptions de Mantinée, l’anecdote suivante : “Souvent, les descendants de certains personnages illustres faisaient transférer à leur profit les dédicaces consacrées à la mémoire de leurs ancêtres. Ainsi, à Mantinée, un Podarès qui vivait trois générations avant Pausanias confisqua pour lui l’inscription du Podaréion, monument consacré au polémarque Podarès qui commandait et fut tué à la bataille de 362”.
     
Malgré la pluie, le lieu est plutôt plaisant, mais je dois bien avouer que les quelques ruines disséminées ici ou là ne sont guère parlantes. Quant aux objets découverts sur le site, ils ont été transférés au musée de Tripoli. Or nous l’avons visité, ce musée. Il possède quelques objets intéressants, quoique rien n’y soit exceptionnel. Mais parce que nous étions les seuls visiteurs, la dame chargée de la vente des billets s’est jointe à celle qui est chargée de la surveillance, et toutes deux, en bavardant, nous ont suivis de salle en salle pour être sûres que nous respections l’interdiction formelle de prendre des photos. À un moment, sans d’ailleurs avoir en cela une intention particulière, mais simplement parce que notre rythme n’était pas le même ou que nos intérêts divergeaient, Natacha et moi nous sommes retrouvés dans deux salles différentes. Cela a été pour ces dames un supplice de mettre fin à leur causette, et chacune a suivi l’un d’entre nous. Heureusement, au Louvre, la photo est autorisée, sinon le budget de la Culture exploserait s’il fallait un gardien par visiteur. Mais ce serait la fin du chômage en France. Idéal si, comme certain parti politique veut nous le faire croire, les emplois ne sont pas volés par de vilains étrangers aux honnêtes descendants de Gaulois.
 
Une église originale, des ruines qui n’en sont pas et un musée à l’esprit obtus, et voilà le résultat : je me mets à délirer. Mieux vaut clore cet article et aller reposer mon esprit fatigué.
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Published by Thierry Jamard
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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 20:06
699a Nauplie, vers l'îlot Bourdzi
 
Aujourd’hui, pour notre dernier jour à Nauplie, nous avons envie de prendre un petit bateau vers cet îlot Bourdzi que nous avons sous les yeux tous les jours lorsque nous sommes en notre lieu de nuit, sur le parking face à la mer. Nous l’avons vu sous le soleil, sous les nuages, dans une mer calme ou agitée, le matin ou au soleil couchant. Il y a une navette toutes les demi-heures, le prix est très raisonnable, et nous voici en bateau.
 
699b Nauplie, îlot Bourdzi
 
699c Nauplie, îlot Bourdzi
 
Il ‘agit d’un fort vénitien de 1471 qui a mis à profit des écueils affleurants pour placer un bâtiment fortifié destiné à protéger le port, doublant la protection assurée d’en haut sur l’Acronauplie.
 
699d Nauplie, îlot Bourdzi
 
699e Nauplie, îlot Bourdzi
 
Pas de guide, rien. Sur un petit bateau l’homme, à l’heure dite, nous a embarqués avec un autre couple et, sans nous adresser la parole, répondant par un signe de tête à mon “geia sas” (salut à toi), nous a fait traverser jusqu’au petit débarcadère de l’îlot. Il nous dit l’heure du rendez-vous pour le retour et nous tourne le dos. Nous sommes donc livrés à nous-mêmes pour voir ce que nous voulons et pour comprendre ce que nous pouvons. Ci-dessus, l’entrée du fort et la cour centrale.
 
699f Nauplie, îlot Bourdzi
 
699g Nauplie, îlot Bourdzi, vue sur l'Acronauplie
 
Nous pouvons pénétrer où nous voulons, gravir les escaliers, tourner sur les terrasses ou dans les salles, mais sans savoir l’usage de chaque détail de l’architecture. Mais de bien des endroits on a une vue superbe, et puisqu’il s’agit d’un ouvrage défensif il peut surveiller l’accès à son petit port (première photo, avec le bateau qui nous attend) et rester en communication visuelle avec l’ouvrage principal, le Kastro, sur l’Acronauplie (seconde photo).
 
699h Nauplie, îlot Bourdzi
 
699i Nauplie, îlot Bourdzi
 
Quand je parle de détails d’architecture militaire que je ne comprends pas, ce sont par exemple ces créneaux non seulement extérieurs mais aussi intérieurs, ou encore la forme en V des sommets de murs. En revanche, je n’ai pas besoin d’explications quand je vois ce canon portant le lion ailé de saint Marc, emblème de la Sérénissime. Oui, c’est bien un fort vénitien.
 
Puis arrive l’heure fixée pour le retour. Le marin est en train de mastiquer la coque de son rafiot. Il nous jette un coup d’œil, voit que ses deux couples de clients sont bien là à attendre, alors il se remet à travailler sur la coque du bateau sans plus se soucier de nous. Enfin, dix minutes plus tard, il semble prêt, nous embarquons et rentrons sur la terre ferme. Puis nous partons en direction de Tripoli. Arrivés dans cette ville assez importante (vingt-cinq à trente mille habitants) nous constatons qu’il n’y a pas de camping. Nous tournons pendant plus d’une heure sans trouver d’emplacement tranquille où passer la nuit. En désespoir de cause, nous nous rabattons sur un parking de supermarché…
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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 01:18
698a1 Tirynthe, murs cyclopéens
 
698a2 Tirynthe, murs cyclopéens
 
Aujourd’hui, nous n’avons pas encore quitté Nauplie, nous passons la nuit sur notre parking habituel face à la mer, mais nous sommes, comme hier, allés faire un petit tour dans les environs, et en nous pressant nous avons pu, avant la fermeture à 15 heures, visiter la ville mycénienne de Tirynthe et la vieille cité d’Argos avec son musée archéologique. Parlant de l’origine de Nauplie, dans mon article daté 12 et 13 avril, j’ai évoqué le différend entre les deux frères Danaos et Égyptos, et les cinquante filles de Danaos épousant les cinquante fils d’Égyptos, puis les tuant lors de la nuit de noces, et l’une des Danaïdes, Amymonè ayant par la suite conçu Nauplios, le fondateur de Nauplie, en s’unissant à Poséidon. Or l’une des cinquante Danaïdes, une seule, nommée Hypermnestre, n’avait pas tué son mari et cousin Lyncée parce qu’il ne l’avait pas prise de force et sans ménagements et avait respecté sa virginité et sa pudeur. L’un des descendants du couple Lyncée et Hypermnestre, Abas, régnait sur l’Argolide et sa femme était enceinte de jumeaux. Ces jumeaux, Prœtos et Acrisios, se haïssaient et se battaient déjà dans le sein de leur mère. Enfants, ils ont continué à se battre et, devenus adultes, au terme de sanglants combats ils se partagèrent l’Argolide, Argos revenant à Acrisios et Tirynthe à Prœtos, qui fortifia les murs de sa ville. Ici, nous voyons les murs cyclopéens de Tirynthe. Ce nom de murs cyclopéens s’applique à toutes ces constructions achéennes faites de blocs de pierres énormes, comme seuls des cyclopes, avec leur force exceptionnelle, ont pu en transporter. Mais de quelques villes telles que Tirynthe vient, en réalité, très directement ce mot, car la légende veut que les cyclopes, venant de Lycie, aient aidé Prœtos à fortifier sa ville, comme ils ont aussi travaillé pour quelques autres héros.
 
698a3 Ruines de Tirynthe
 
698a4 Ruines de Tirynthe
 
Considérons maintenant une époque où le roi de Tirynthe et celui de Mycènes sont sous la dépendance de celui d’Argos. Tous trois sont des royaumes indépendants, mais si nous étions au Moyen-Âge nous dirions que les royaumes de Tirynthe et de Mycènes étaient les vassaux de leur suzerain Argos. Le roi de Mycènes Élektryon partant en guerre contre un rival, confia sa fille Alcmène à Amphitryon, roi de Tirynthe, lequel fit le serment de respecter la virginité de la jeune femme jusqu’au retour du roi. Mais un problème survint, car le roi ne partit pas : une vache était devenue furieuse, Amphitryon lui avait jeté son bâton à la tête, le bâton avait ricoché sur les cornes de la vache et avait frappé Élektryon, le tuant. Le suzerain d’Argos bannit alors Amphitryon qui se réfugia chez le roi Créon de Thèbes (qui régnait là après Étéocle, le fils de Jocaste et d’Œdipe). Pour pouvoir consommer son mariage, Amphitryon devait d’abord obtenir la victoire dans la guerre que le père d’Alcmène voulait gagner lorsqu’il l’avait tué accidentellement. Il n’était pas question pour Alcmène, très vertueuse, de consentir à quelque union que ce soit, et avec qui que ce soit, même Amphitryon, avant cette victoire. Amphitryon partit donc en guerre, avec l’aide de Créon, et laissa Alcmène à Thèbes. Mais l’exceptionnelle beauté de la jeune Alcmène n’échappa pas à Zeus, qui a toujours aimé les jolies femmes et, pour approcher sa farouche proie il prit l’apparence d’Amphitryon et fut accueilli avec joie par Alcmène quand il lui raconta sa victoire avec tous les détails. Aussi Alcmène admit-elle Zeus, le faux Amphitryon, dans son lit. Pour mieux profiter d’elle, Zeus avait ordonné au soleil d’arrêter son char, de sorte que le soleil laissa la nuit durer trois jours avant de reparaître à l’horizon. Zeus partit, et Amphitryon rentra et s’empressa de se glisser dans le lit de celle qui allait enfin être sa femme, et qui se retrouva enceinte de jumeaux, Héraklès fils de Zeus et Iphiklès fils d’Amphitryon. Mais, étonné qu’elle soit déjà au courant de ses exploits guerriers, il consulta le devin Tirésias, qui lui révéla qu’elle l’avait trompé avec Zeus. Alors, jaloux et furieux, il voulut brûler vive Alcmène sur un bûcher. Zeus éteignit le feu en envoyant un violent orage. Devant ce prodige, Amphitryon pardonna à sa femme, et tous deux rentrèrent à Tirynthe où elle accoucha. C’est donc dans son berceau du palais de Tirynthe que le nourrisson Héraklès, attaqué par deux serpents, les saisit chacun dans une de ses mains potelées de bébé et les tua de sa force… herculéenne. Plus tard, au temps d’Agamemnon, Tirynthe dépendait du royaume de Mycènes et c’est sous la bannière d’Agamemnon que les soldats de Tirynthe prirent part à la Guerre de Troie. Ci-dessus, ce cercle de pierre sur le sol est le foyer qui brûlait au centre du mégaron (la grande pièce centrale) du palais royal.
 
698a5 Ruines de Tirynthe
 
698a6 Tirynthe
 
Encore deux images de Tirynthe avant de diriger nos roues vers Argos. Avec une apparence de puits, ma première photo montre plutôt une citerne, puisque l’on voit la gouttière de pierre fort bien conservée qui y menait les eaux de pluie. Sur la seconde photo on voit, comme à Mycènes, une toute petite et toute discrète issue de secours au cas où la citadelle, malgré toutes ses protections et ses chausse-trapes, remarquable modèle d’architecture militaire du treizième siècle avant Jésus-Christ, serait investie par des ennemis. C’est sa position en plaine, plus vulnérable, qui a justifié ces recherches toutes particulières des ingénieurs militaires.
 
698b1 Argos, l'agora
 
Nous sommes maintenant à Argos, et ci-dessus nous en voyons l’agora. Dans l’article sur Nauplie daté 12 et 13 avril que j’ai déjà évoqué tout à l’heure, je racontais que Danaos, fuyant la Libye où il craignait son frère Égyptos, était arrivé à Argos avec ses cinquante filles, les Danaïdes. À cette époque Argos, la toute première ville à avoir été fondée en Grèce, existe déjà et y régnait le roi Gélanor. Certains auteurs disent que Gélanor, spontanément, céda son trône à Danaos, mais je préfère une autre version de la légende, plus pittoresque. En effet, selon d’autres auteurs Danaos aurait brigué le pouvoir royal devant le peuple d’Argos, qui aurait imposé, en sa présence, une joute oratoire entre Gélanor et Danaos. Et la lutte durait, et les deux adversaires rivalisaient par les arguments et par le style quand, un matin, un loup sortit du bois et se jeta sur un troupeau de bovins qui passait sous les murs d’Argos, attaqua un taureau et le tua. Le loup vit solitaire et Danaos venait du désert de Libye, le taureau vit auprès des hommes et Gélanor avait toujours été au milieu de son peuple, analogie frappante qui fut prise comme un signe des dieux, et puisque le loup avait vaincu le taureau Danaos fut déclaré vainqueur de Gélanor et devint roi d’Argos.
 
Tout à l’heure, je disais la généalogie : les deux frères Danaos et Égyptos, les cinquante fils d’Égyptos épousant les cinquante filles de Danaos, quarante neuf Égyptides tués par quarante-neuf Danaïdes, le cinquantième couple, Lyncée et Hypermnestre, donnant naissance aux jumeaux ennemis Prœtos qui règne sur Tirynthe et Acrisios sur Argos. Acrisios avait une fille, Danaé, mais parce qu’un oracle lui avait prédit qu’il mourrait de la main de son petit-fils il ne voulait pas qu’un homme pût s’approcher de sa fille et avait enfermé Danaé en prison. Danaé étant belle et séduisante, aucun mur ne put empêcher Zeus, ce perpétuel coureur de jupons, de s’unir à elle, et il la féconda en prenant la forme d’une pluie d’or. De ces amours naquit le fameux héros Persée, père d’Élektryon, grand-père d’Alcmène et par conséquent arrière-grand-père d’Héraklès. Neuf mois passèrent, et Persée naquit. Que fait un nouveau-né pour ouvrir ses poumons à la respiration ? Il se met à crier. Entendant ces vagissements, Acrisios se demanda ce qui se passait, entra dans la prison de sa fille et découvrit qu’il était grand-père. Alors il plaça Danaé et Persée dans un coffre en bois qu’il alla jeter à la mer. Le coffre ne versa pas, ses infortunés occupants ne périrent pas noyés, ni de faim ni de soif mais furent portés par les courants jusqu’au rivage de l’île de Sériphos, une Cyclade de l’ouest, entre le cap Sounion et Siphnos et Milo, où un pêcheur les recueillit et éleva Persée. Le roi de l’île s’éprit de Danaé, mais Persée devenu grand veillait sur sa mère. Un jour, au cours d’un banquet, le roi demanda un présent à chacun des hommes invités. Chacun promit un cheval, et Persée promit la tête d’une Gorgone, Méduse, la seule des trois Gorgones qui soit mortelle. Le lendemain, comme chacun apportait un cheval et Persée rien du tout, le roi lui dit qu’à défaut d’avoir la tête de la Gorgone il prendrait sa mère Danaé. Et Persée, au cours d’aventures qu’il serait trop long de raconter ici où j’ai déjà raconté trop de légendes, apporta la tête de Méduse au roi de Sériphos. Voulant voir et connaître son grand-père, Persée décida de se rendre à Argos. Quand Acrisios apprit cette intention, craignant la réalisation de l’oracle il s’enfuit d’Argos et se réfugia à Larissa. Non pas la Larissa capitale de la Thessalie en Grèce du nord, mais la ville d’Argolide voisine d’Argos et construite sur une colline. Là, le roi de Larissa organisa des compétitions sportives pour honorer la mémoire de son père défunt, et Acrisios assista comme spectateur aux compétitions. Et Persée, venu participer, lança le disque, rata sa trajectoire et le disque alla frapper, au milieu des spectateurs, son grand-père Acrisios. Persée devint ainsi légitimement le roi d’Argos mais il craignit de se présenter devant le peuple dont il avait –accidentellement– tué le roi, et s’entendit avec Mégapenthès, son collègue roi de Mycènes, pour procéder à un échange de royaumes. Et c’est ainsi que Persée devint roi de Mycènes et Mégapenthès roi d’Argos.
 
698b2 Argos, les thermes du théâtre
 
D’Argos, l’une des villes les plus importantes de la Grèce antique, et riche de si grandes légendes, il ne reste presque plus rien. Les bâtiments antiques ont servi de matériaux de construction. De 1667 à 1669, Monsieur de Monceaux, trésorier de France à Caen, a visité l’Égypte, l’Arabie, la Terre Sainte et il a vu Argos. Il était en mission officielle dont le but est inconnu, mais Colbert était au courant des étapes de son voyage. Ce voyageur français écrit : "Argos n’est plus qu’un village de quelque 300 maisons bâties des ruines des palais des Argiens, les colonnes, les frises, les architraves de marbre ayant été employées en guise de pierre. […] Les murailles du château sont toutes d’une pierre qui égale le marbre en beauté ; et comme celle du pays est grise, elles ont été prises sans doute dans les démolitions". Plus de deux siècles plus tard, en 1890, le docteur Marius Bernard voyage comme un touriste, mais publie un livre illustré de gravures alors que la plupart des ouvrages ont remplacé le dessin par la photographie. Pour lui, Argos est "une agglomération de peupliers, de petits jardins, de murs en terre comme ceux des oasis de l’Algérie et que dépassent des lauriers-roses, de maisons sans étages et mal bâties mais que couronnent des terrasses d’où les fileuses laissent pendre leurs fuseaux dans la rue". En 1896, Marie-Anne de Bovet, une romancière, ne fait qu’une brève allusion aux ruines antiques, voyant plutôt "au milieu d’immenses champs d’artichauts, de vergers d’orangers, d’amandiers, de figuiers qu’enclosent des haies de roseaux et de tamaris […] des maisons basses, roses, bleues, vertes ou blanches de chaux, irrégulièrement semées entre des clôtures en pisé que maintient un chevron de broussailles". Et de fait, dans cette ville moderne qui n’est même plus aérée comme elle l’était encore à la fin du dix-neuvième siècle, il y a peu à voir, à part les thermes romains de brique, ci-dessus.
 
698c1 Argos, le théâtre vu de loin
 
698c2 Argos, le théâtre
 
698c3 Argos, le théâtre
 
Les thermes, et surtout le théâtre. Ce théâtre du quatrième siècle avant Jésus-Christ était, paraît-il, rival de celui de Mégalopolis pour la taille, pouvant accueillir comme lui jusqu’à vingt mille spectateurs. Et, de fait, je n’ai cité que des textes de voyageurs qui parlent de la ville en elle-même, mais la plupart des visiteurs d’Argos parlent de ses thermes (qu’ils n’identifient jamais comme des thermes jusqu’à ce que l’archéologie moderne en découvre la vraie destination) et s’attardent sur son théâtre.
 
698c4 Argos, le théâtre
 
698c5 Argos, sièges du théâtre
 
Dans les descriptions, le nombre des rangs de gradins de la cavea varie du simple au double. Mais on comprend pourquoi lorsque l’on considère ce théâtre, et c’est visible sur mes photos, car le mauvais état de la pierre fait que sans monter pour compter, on distingue très mal les diverses rangées de gradins. Et il faut ajouter à cela que les rangées supérieures n’ont été dégagées que tardivement et qu’au lieu d’évaluer le nombre de rangées dissimulées certains voyageurs les ont complètement négligées. Une partie de la cavea a été directement taillée dans la roche de la colline, les gradins ne faisant qu’un avec la nature, tandis que sur les côtés il a fallu remblayer et rapporter des gradins taillés de façon conventionnelle. Sur ma seconde photo, je montre des sièges de premier rang, qui étaient réservés aux personnalités. Les Romains, qui préféraient les représentations à grand spectacle aux pièces de théâtre à texte, ont transformé le théâtre en bassin où ils représentaient des naumachies, c’est-à-dire des simulations de combats navals, avec de vrais bateaux, voguant et manœuvrant réellement.
 
698d1 Argos, vase de l'époque géométrique récente
 
698d2 Argos, vase de l'époque géométrique récente, lutt
 
Mais ce qui est le plus intéressant à Argos c’est son musée archéologique. Nous y avons passé un long moment de visite passionnante, mais j’ai déjà décrit tant de musées que je crains d’être fastidieux pour qui ne voit pas les objets “en vrai’”. Aussi vais-je essayer de me limiter à ce qui est le plus original, comme ce très grand vase tripode orné de dessins géométriques (…il est de l’époque géométrique récente), mais aussi de diverses scènes, comme cet oiseau ou surtout ces lutteurs.
 
698d3 Argos, Polyphème aveuglé par Ulysse (7e s. avt JC)
 
Cet autre vase est du septième siècle avant Jésus-Christ. Devant une stèle, à Catane, en Sicile, le 11 septembre dernier, j’ai raconté comment Ulysse et ses camarades, retenus prisonniers par le cyclope Polyphème qui se promettait de les manger tout crus, avaient mis à profit le sommeil de celui-ci pour durcir au feu l’extrémité d’un énorme pieu qu’ils enfoncèrent dans l’œil unique du cyclope, ce qui leur avait permis de lui échapper, suspendus à la longue laine sous le ventre de ses moutons alors que lui, aveugle désormais, palpait seulement leur dos pour vérifier si c’étaient des dos laineux ou humains. Puis, le 16 septembre, à Aci Trezza, nous avons vu les Faraglioni, les Récifs, énormes roches que Polyphème a lancées au hasard dans la mer, sans atteindre les navires d’Ulysse qui de loin s’était fait reconnaître et se moquait de lui. Ce que nous voyons sur ce vase, c’est la scène où Ulysse et ses compagnons aveuglent Polyphème.
 
698e1 Argos, statuette néolithique (vers 3000 avt JC)
 
Cette admirable statuette néolithique en terre cuite date des environs de 3000 avant Jésus-Christ. Même sans tête, sans mains, sans pieds, avec une jambe brisée, elle est remarquablement expressive, et son modelé est élégant et sensuel. Je la trouve exceptionnelle.
 
698e2 Argos, poterie d'une tombe à fosse, de Lerne
 
Si, quoique décidé à être rigoureux dans ma sélection, je montre ce pot, c’est parce que nous étions hier à Lerne, et qu’il provient de l’une des deux tombes à fosse protégées sous le hangar et que nous avons eu le privilège d’être autorisés à visiter.
 
698f1 Argos, casque et cuirasse, géométrique récent
 
À Nauplie avant-hier, nous avons vu un casque et une cuirasse du douzième siècle avant Jésus-Christ et un casque du onzième siècle. Ici nous pouvons les comparer avec ce casque et cette cuirasse qui ont quatre cents ans de moins (géométrique récent).
 
698f2 Argos, Dionysos au bouc (provenant du théâtre)
 
Ici, nous arrivons à une époque beaucoup plus récente, puisque ce Dionysos au bouc couché à ses pieds provient de la décoration du théâtre. Je rappelle que le théâtre est né en l’honneur du dieu Dionysos, qu’en grec le bouc se dit tragos et que le mot tragédie est dérivé du nom du bouc. Telle est la justification de cet animal aux pieds de cette statue et en ce lieu.
 
698f3 Argos, dieu Bès (faïence orientale)
 
Une mention spéciale pour cette très petite statuette du dieu égyptien Bès, une pièce de faïence qui vient de l’Orient et date du géométrique récent. Il est généralement représenté laid et souvent caricatural et certes ici il n’est pas façonné comme un Apollon, son visage disparaît sous sa barbe hirsute, mais au moins il n’est pas aussi ridicule que parfois. C’est un dieu protecteur du foyer et des femmes et à ce titre, tenant compte de la place et du rôle de la femme à cette époque, il se réjouit de la danse et du chant. Pas du bruit des armes, de la guerre, du sport.
 
698g1 Corinne, copie d'un original du 5e s. (vient des ther
 
698g2 Corinne, copie d'un original du 5e s. (vient des ther
 
Il m’est impossible de faire l’impasse sur cette statue trouvée au théâtre et copiant un original du cinquième siècle avant Jésus-Christ, parce qu’elle représente la poétesse thébaine Corinne dont j’ai, dans un lointain passé, étudié quelques fragments pour en tirer un article sur le style et la langue de cette concitoyenne et rivale du grand Pindare. Née à Tanagra, en Béotie, elle écrivait des poèmes lyriques en dialecte béotien (qui appartient au groupe éolien), alors que Pindare écrivait en un dorien teinté d’homérismes. On ne sait quand elle est née mais, comme Pindare né en 518 avant Jésus-Christ aurait été son élève, on peut penser qu’elle serait née dans la seconde moitié du sixième siècle, si toutefois les éléments connus de sa biographie ne sont pas légendaires. Une anecdote très suspecte, mais que l’on lit chez Élien, raconte que "le poète Pindare, prenant part à des concours à Thèbes, et ayant affaire à des auditeurs incultes, fut vaincu cinq fois par Corinne. Pindare, leur reprochant leur mauvais goût, traitait Corinne de truie" (à noter que pour un Grec, l’insulte de porc ou de truie qualifie quelqu’un de mal dégrossi, de rustique, en référence peut-être au dialecte béotien). Pausanias, qui a vécu bien des siècles après mais qui a vu une statue d’elle, pense que "le prix lui fut décerné tant à cause du dialecte qu'elle avait employé, qui était plus à la portée des Éoliens que le dialecte dorien dont Pindare se servait, qu'à cause de sa beauté ; car elle était la plus belle femme de son temps, s'il faut en juger par son portrait". Mais en sens inverse, au sujet d'une autre poétesse, Corinne aurait écrit des vers où elle s’insurge contre "Myrtis qui, étant femme, a osé s’opposer à Pindare". Face à de telles contradictions et notant dans les seuls extraits que l’on a d’elle et qui ont été copiés au deuxième siècle avant Jésus-Christ, que certains détails stylistiques tout comme certaines versions des mythes évoqués ne sont pas du sixième ou du cinquième siècle mais du second, des chercheurs rejettent en bloc ses biographies et la font vivre au second siècle. Cela dit, et indépendamment de cette polémique, c’est vrai qu’elle est très belle si l’on admet que cette statue est fidèle au modèle. Or cette sculpture en copiant une autre du cinquième siècle, l’original a pu être fait d’après nature si l’on admet que Corinne a vécu à cette époque, sinon cette statue du cinquième siècle n’a pas pu représenter une personne née au deuxième siècle… Bon, c’est compliqué, passons à autre chose.
 
698h1 Mosaïque, musée d'Argos
 
698h2 Mosaïque, musée d'Argos
 
698h3 Mosaïque, musée d'Argos
 
Dans la cour à l’extérieur du musée, sous un toit de protection, des mosaïques sont présentées sur le sol, mais sans le moindre commentaire, pas de date, rien. Tout ce que je peux en dire c’est qu’il y a une série qui représente des allégories des saisons, ma première photo en fait partie et représente l’été. Je peux aussi noter que la lettre grecque S (sigma) n’est pas dessinée comme en grec classique, mais comme à l’époque byzantine, sans pour autant que je sois capable de dater ces mosaïques. Et enfin, le costume des deux personnages de la troisième photo est plus moyenâgeux que grec ou romain de l’Antiquité. Malgré mon ignorance, j’ai souhaité montrer ces mosaïques parce que je les trouve belles. Mais il est temps maintenant pour nous, en cet après-midi bien entamé, de penser à nous restaurer dans une gargote sympathique en face de l’agora, et puis de rentrer sur Nauplie.
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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 02:19
697a1 Lerne
 
Lerne n’est pas bien loin de Nauplie. Puisque nous avons un lieu agréable à Nauplie pour nous établir, nous partons avec notre maison sur le dos pour jeter un coup d’œil à Lerne, et nous revenons pour la nuit à Nauplie. Nous avons vu tant de sites impressionnants jusqu’ici que celui de Lerne peut paraître bien pâle. Il est néanmoins intéressant, parce qu’il couvre une période très ancienne, d’environ 6000 à 1000 avant Jésus-Christ. Il est certain que le site a continué à être habité à l’époque classique et à l’époque romaine, mais les fouilles, qui représentent le septième de la surface occupée et le vingtième du volume, ont surtout révélé des traces néolithiques et helladiques.
 
697a2 Lerne, Maison des Tuiles
 
697a3 Lerne, Maison des Tuiles
 
La ville n’a jamais été grande, tout au plus à sa période de plus grande extension à l’époque mycénienne a-t-elle pu atteindre 150 maisons et 800 personnes. Dans le meilleur des cas on construisait un soubassement en pierre, mais les murs étaient montés en glaise ou en brique crue, ce qui les a rendus sensibles aux intempéries et les a laissés disparaître, sauf dans de rares cas où ils ont été enterrés lors d’un tremblement de terre ou par l’accumulation des détritus, ou lorsqu’un incendie a cuit la brique. Ce grand espace de 25 mètres de long sur 12 de large recelait nombre de tuiles de la toiture qui s’était effondrée. Pour cela on l’appelle la Maison des Tuiles. Pour la protéger elle a été enfermée dans un hangar à sa dimension et n’est pas ouverte à la visite. Or lorsque nous sommes arrivés, tout le site était fermé, mais des ouvriers travaillaient et un responsable était là. Fort aimablement, non seulement il nous a autorisés à visiter, mais en outre il est allé chercher la clé du cadenas et nous a laissés pénétrer aussi longtemps que nous l’avons voulu et sans surveillance, dans cette Maison des Tuiles. Ici, nous sommes dans un palais du début de l’helladique.
 
697b1 Lerne, tombe à fosse
 
697b2 Lerne, tombe à fosse
 
Dans ce lieu d’habitation ont été mises au jour deux tombes à fosses comme il y en a à Mycènes, où avaient été enterrés des adultes et des enfants. Elles n’étaient pas profondes, ce qui veut dire que le niveau du sol ne s’est pas élevé depuis cette époque, et leur situation signifie que le lieu a changé d’attribution car jamais à l’époque mycénienne on n’a enterré dans l’enceinte des palais.
 
697c Lerne, bâtiment du début de l'helladique
 
Ressortons de ce hangar. Ici, cette base de mur est celle d’un bâtiment du début de l’helladique, donc des premiers temps d’un habitat sédentaire sur le site. Mais il ne reste rien des murs friables qui surmontaient cette base.
 
697d Lerne, mur de terre sur pierre
 
Ici au contraire, à l’abri sous un toit de tuiles posé par les archéologues, on peut voir un fragment de mur en terre. On conçoit aisément que de telles maisons aient été aisément jetées à bas lors des tremblements de terre ou détruites par des incendies qui consumaient la charpente de bois. On réutilisait alors les parties de murs de pierre encore debout et on rebâtissait avec ce que l’on pouvait récupérer pour compléter les matériaux neufs. C’est ainsi que bien des fragments de tuiles comblent des vides dans les murs.
 
697e Lerne, maisons d'habitation, helladique moyen
 
La découverte d’objets ménagers dans les bâtiments de ma photo ci-dessus a permis de les identifier comme des maisons d’habitation. Mais en réalité, même si l’usage des bâtiments était différent, la technique de leur construction était la même. Nous sommes ici à l’helladique moyen, c’est-à-dire la période qui précède les Mycéniens.
 
697f1 Lerne, jarre
 
697f2 Lerne, jarre
 
En nous promenant sur le site pour tout examiner, nous nous trouvons face à ces grandes jarres qui ont été laissées là où elles ont été trouvées. Aucune explication n’est jointe, aucune précision de date non plus. Peut-être est-ce la réserve d’huile ou de vin de quelque grande habitation, ou celle du palais.
 
697g1 Marais de Lerne
 
697g2 Marais de Lerne
 
697g3 Marais de Lerne
 
La zone de Lerne est encore un peu marécageuse, comme je le montre sur les trois photos ci-dessus mais, pour être franc, je dois dire que j’ai dû un peu chercher pour trouver quelques marécages. Ce n’était pas ainsi dans l’Antiquité, et les parages de Lerne étaient malsains. C’est là qu’Héraklès dut effectuer un autre de ses travaux, débarrasser le pays de l’Hydre de Lerne. C’est Héra, toujours elle, qui avait placé là ce monstre pour éprouver Héraklès. Il n’empêche, c’était contre lui mais en attendant l’hydre ravageait le pays, dévastant les récoltes et tuant le bétail. C’était un monstre à corps de serpent gigantesque, et à plusieurs têtes. Certaines légendes lui en attribuent cinq ou six, mais d’autres lui voient jusqu’à cent têtes. Ces têtes sont décrites comme monstrueuses mais parfois aussi comme humaines. Elles exhalaient une haleine terriblement fétide (l’hydre n’ayant pas la télévision ne connaissait pas Colgate au gardol) qui tuait qui la respirait. La difficulté, pour Héraklès, est qu’à peine coupées les têtes repoussaient. Aussi dut-il se faire aider de son neveu Iolaos. Il mit le feu à la forêt, puis dès qu’il avait coupé une tête, Iolaos cautérisait la plaie du cou avec des brandons de la forêt, de sorte que les têtes ne repoussaient plus. Héra, voyant que le travail avançait et que les têtes tombaient, corsa un peu la situation en envoyant une écrevisse géante. Mais Héraklès régla le problème en un instant, il écrasa l’écrevisse d’un coup de talon et se remit à couper des têtes et Iolaos à les cautériser. La tête du milieu, qui était immortelle, continuant à vivre sa vie propre une fois séparée du corps, Héraklès dut l’enterrer et placer dessus un énorme rocher. Mais plus fort qu’Obélix lui-même, il le fit sans difficulté. Puis il trempa ses flèches dans le sang de l’hydre : on comprend bien que si son simple souffle était létal, son sang l’était encore bien plus. Lorsque le sage centaure Chiron, celui qui avait éduqué Achille et avait enseigné la médecine à Asclépios, fut blessé accidentellement par l’une de ces flèches, il se baigna dans le fleuve Anigros (en Élide), la flèche empoisonnée tomba à l’eau et de ce jour les poissons du fleuve n’ont plus été comestibles et l’eau de l’Anigros dégageait une odeur pestilentielle.
 
Un site et une légende, ce sera tout pour aujourd’hui, et nous reprenons le camping-car pour rentrer à Nauplie où nous passons la nuit face à la mer.
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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 01:18
696a1 Nauplie, l'acropole
 
Lundi 11, après avoir vu le site archéologique de Némée, le musée, puis le stade des jeux panhelléniques, nous nous sommes rendus à Nauplie, que nous avions vue très rapidement le 10 mars avec Emmanuelle mais que nous n’avions pas eu le temps de visiter. La ville fut fondée par un héros dont voici l’origine : Danaos s’était vu attribuer la Libye et son frère Égyptos l’Égypte. Danaos avait cinquante filles et Égyptos cinquante fils. Les mères des filles de Danaos, les Danaïdes, étaient nombreuses, mais l’une d’elles était fille du Nil et s’appelait Europe (une autre Europe que celle que Zeus changé en taureau enleva), et avait donné naissance à Amymonè. Craignant ses cinquante neveux, Danaos s’enfuit de Libye avec Amymonè et ses quarante-neuf sœurs. Arrivé à Argos, il en devint roi (je raconterai comment lorsque nous nous y rendrons) et fit venir ses cinquante neveux pour les marier à ses cinquante filles, afin de mettre un terme à leur querelle. C’est ainsi qu’Amymonè épousa Encelade. Or Danaos avait confié à chacune de ses filles un poignard, qu’elles devaient dissimuler pour tuer leur mari dans son sommeil. C’est ainsi qu’elles décapitèrent leurs époux pendant leur nuit de noces, en enterrèrent les corps à Argos et les têtes à Lerne. Ce meurtre dut à Amymonè comme à ses sœurs de recevoir aux Enfers un châtiment consistant à devoir remplir sans fin un tonneau percé (d’où l’expression, appliquée par exemple à des travaux coûteux et interminables “c’est le tonneau des Danaïdes”). Mais revenons au temps de leur vie terrestre. Poséidon avait voulu être le maître de l’Argolide, mais c’est à Héra que cette terre d’Argos avait été attribuée, alors pour se venger il l’avait privée d’eau. Et la sécheresse régnait. Or un jour que les Danaïdes étaient parties, comme les autres jours, chacune de leur côté à la recherche d’eau, Amymonè se trouva face à face avec un satyre qui voulut la prendre. Amymonè refusa. Le satyre alors voulut la violenter, il faisait usage de la force et allait parvenir à ses fins lorsque survint Poséidon qui, se souvenant qu’il était un ancêtre du père de Danaos, et ému du charme d’Amymonè, lança son trident sur le satyre, lequel prit la fuite. Le trident du dieu avait frappé la roche et de chacune des brèches jaillit une source d’eau pure. Quant à Amymonè, plus sensible à Dionysos qu’au satyre et séduite par le dieu qui l’avait sauvée, elle s’unit à lui et engendra Nauplios qui, adulte, fonda la ville de Nauplie. Il ne faut pas le confondre avec son arrière-petit-fils du même nom qui participa à l’expédition des Argonautes. Voilà donc comment vint au monde le fondateur de la ville où nous sommes.
 
696a2 Nauplie vue de l'Acronauplie
 
C’est au port de Nauplie que, de retour en Grèce après la Guerre de Troie, débarque Ménélas qui veut passer par Argos avant de regagner Sparte. Passant de la légende à l’histoire, vers l’an 600 avant Jésus-Christ nous voyons Argos, ennemie de Sparte, raser Nauplie, alliée de Sparte. Les rescapés du massacre vont s’installer à Methoni, à l’extrême sud-ouest de la Messénie (le “doigt” occidental du Péloponnèse). Désormais, Nauplie est l’arsenal et le port d’Argos. La ville vit un très long sommeil. En 589, lors de l’invasion des Avars, seule Nauplie parvient à les repousser. Aussi, dans les siècles suivants, les populations du centre et de l’ouest du Péloponnèse victimes des intrusions slaves vont se réfugier sous la citadelle de Nauplie. Au onzième siècle, les Byzantins relèvent et renforcent les vieux murs dont il ne reste quasiment rien de mycénien et pas grand chose d’hellénistique, mais c’est au douzième siècle que les fortifications puissantes sont établies. Après 1453 et la chute de Constantinople, les Francs occupent l’ancien Empire Byzantin. Lorsqu’en 1377 Marie d’Enghien, héritière de Nauplie, épouse un Vénitien, elle juge sage de céder la ville au doge de Venise afin d’en assurer la défense face aux despotes de Mystras et de percevoir de l’opération une rente viagère pour elle et ses enfants.
 
696a3 Nauplie,les murs du kastro
 
696a4 Nauplie, le Lion vénitien
 
Venise régnera sur Nauplie de 1389 à 1540. Nous voyons, en plusieurs endroits des murailles, son emblème, le lion ailé de saint Marc. Les Vénitiens organisent une vraie cité sur l’acropole, Acronauplie, à l’abri des puissantes murailles et, se sentant rassurées par cette protection, des populations s’installent également au pied du rocher. C’est le début d’un vrai essor de la ville moderne. Nous avons voulu visiter la citadelle. Alors qu’à Corinthe on monte en voiture jusqu’à la première enceinte et qu’ensuite l’ascension jusqu’au château est une agréable promenade sur des sentiers puis sur des rochers, ici à l’Acronauplie, on part sensiblement du niveau de la mer ou peu s’en faut, et l’on gravit d’interminables escaliers sous le soleil, entre des murailles de pierre surchauffée. En arrivant enfin devant la baraque de vente des billets, nous nous sommes vu refuser l’entrée parce que c’était à moins d’une demi-heure de la fermeture, exceptionnellement avancée ce jour-là. Nous sommes redescendus, renonçant à revenir le lendemain.
 
696b Nauplie, une fontaine
 
Puis viennent les Turcs, au terme d’un siège long et meurtrier. Je montre ici une fontaine de la ville. On voit, sur la photo du bas, au fond de la fontaine, une plaque fixée au mur. C’est la photo de cette plaque que j’ai placée en haut. Elle est rédigée en arabe. L’arabe est une langue sémitique, le turc est une langue indo-européenne écrite en alphabet latin. Mais les Turcs de l’Empire Ottoman sont musulmans et à ce titre beaucoup d’inscriptions sont dans la langue du Coran. On le sait, de même que l’Église catholique célébrait tous ses offices en latin, dans quelque pays que ce soit, jusqu’au concile de Vatican II voulu le pape Jean XXIII (mais chacun pouvait prier individuellement dans sa langue), de même l’Islam n’admet que l’arabe, la langue du Prophète, pour prier Allah, que ce soit en public ou en privé. Occupant la ville de 1540 à 1686 en bonne intelligence avec les Grecs orthodoxes qui sont l’élément le plus nombreux et avec les quelques juifs, les Turcs en seront chassés par les Vénitiens qui reviennent de 1686 à 1715. Nauplie est alors capitale du royaume de Morée. Les murailles et les défenses sont encore renforcées, néanmoins la ville ne résistera pas plus de deux semaines à l’attaque qui la fera rentrer dans le giron de la Sublime Porte en 1715. Fin 1822, lors de la Guerre d’Indépendance, Nauplie chasse les Turcs et reste libre jusqu’à ce que la Grèce devienne indépendante. C’est à Nauplie que s’établit le premier Gouvernement grec indépendant. En janvier 1828 s’installe Jean Capo d’Istria (Ioannis Kapodistrias), premier gouverneur de la Grèce libre.
 
696c1 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
696c2 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
696c3 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
Kapodistrias est né à Corfou du temps de l’occupation vénitienne ; membre du gouvernement de la République des Sept Îles de 1802 à 1807, entré au service du tsar de Russie comme diplomate de 1808 à 1815, puis ministre des Affaires Étrangères de Russie de 1816 à 1822, il démissionne de ces fonctions et renonce à sa belle carrière lors de l’insurrection grecque contre l’occupation turque. Il prend le parti des indépendantistes. En 1827 il est désigné pour être le premier gouverneur de la Grèce indépendante et c’est de Nauplie qu’il administre son pays. Comme le dit la plaque ci-dessus, apposée sur le mur de l’église Saint Spyridon de ma première photo, "Ici a été assassiné le premier gouverneur de la Grèce, Ioannis Kapodistrias, le 27 septembre 1831". La troisième photo reproduit (très mal…) une gravure située dans l’église et représentant la scène de l’assassinat. Les pays protecteurs, Angleterre, France et Russie, désignent Othon, le fils cadet de Louis de Bavière, comme roi héréditaire de Grèce. Othon rejoindra Nauplie en février 1832 mais fin 1834 il fera d’Athènes la capitale du royaume et quittera Nauplie.
 
696d1 Nauplie et l'îlot Bourdzi
 
696d2 Nauplie et l'îlot Bourdzi
 
696e Nauplie, la mairie, premier lycée
 
Voici quelques vues de Nauplie. Le 11 au soir nous nous sommes installés sur un grand parking face à la mer et j’ai pris la première photo lorsque le jour déclinait. La seconde photo a été prise du même endroit dans l’après-midi du 13. On y voit un rocher portant un fort vénitien, c’est l’îlot Bourtzi. Le bâtiment de ma troisième photo est l’hôtel de ville, mais si je le montre c’est parce que, comme le rappelle une plaque, c'est là que " le premier lycée grec a été fondé en 1833 par décret d’Othon I, roi de Grèce". La notoriété de la ville se voit dans ses nombreux jumelages, en Grèce même mais aussi en Allemagne, en Serbie, en Bulgarie, en Géorgie, aux États-Unis, ainsi qu’en France, à Martignias.
 
696f1a Nauplie, Saint Spyridon
 
696f1b Nauplie, Saint Spyridon, saint Jean l'Evangéliste
 
696f1c Nauplie, Saint Spyridon, premier concile de Nicée
 
Puisque j’ai parlé de l’assassinat de Kapodistrias devant l’église Saint Spyridon, jetons un coup d’œil à l’intérieur. Comme toutes les églises orthodoxes grecques il s’y trouve de riches lustres, une iconostase très décorée, des icônes et pas de statues. Beaucoup de fresques aussi, comme ici saint Jean l’évangéliste, ou une représentation du premier concile œcuménique de Nicée.
 
696f2a Nauplie, Saint Georges
 
696f2b Nauplie, Agios Georgios
 
696f2c Nauplie, Saint Georges
 
696f2d Nauplie, Saint Georges
 
696f2e Nauplie, Saint Georges
 
La belle et grande église Saint Georges (Agios Georgios) est la cathédrale de Nauplie. C’est un édifice du seizième siècle qui était revêtu de fresques du dix-septième siècle italien, mais ces fresques, qui n’ont pas été effacées, ont été recouvertes en 1823, lorsque la ville a été reprise aux Turcs qui avaient fait de l’église une mosquée, de nouvelles fresques d’un peintre grec. À l’intérieur, j’ai particulièrement été frappé par la qualité du travail du bois, comme cet angelot ou la porte de l’iconostase.
 
696f3 Nauplie, église de la Vierge (naos Panagias)
 
Nous sommes maintenant dans l’église de la Panagia, c’est-à-dire l’église de la Vierge. Du moins est-ce le nom qui est indiqué sur le mur de l’église, précisant qu’elle est du quinzième siècle. Mais dans le livre que nous avons acheté, elle est appelée Panagitsa, Petite Vierge. Toutes ces églises sont différentes les unes des autres, elles sont d’époques différentes et de styles différents. Mais l’œil habitué aux églises catholiques occidentales ne perçoit pas instantanément et clairement ces différences. Je me rappelle la réaction de mes élèves de Concepción, au Chili, dont le pays a été colonisé et christianisé à partir du seizième siècle, lors du grand voyage en France que je leur avais concocté. Romanes ou gothiques, toutes les églises étaient semblables à leurs yeux. Ils voyaient bien, par ailleurs, que le château de Chinon était plus vieux, mais Chambord, Chenonceau, Amboise, ainsi que Fontainebleau ou Saint-Germain ne différaient guère que par leurs dimensions et leur environnement. Arrivé en Grèce, pendant plusieurs mois je n’ai pas été sensible aux différences à l’intérieur des églises. Nous sommes arrivés à Igoumenitsa le 8 décembre. Je rédige ces lignes le 14 avril et je dois avouer que mon œil ne s’est fait que depuis trois ou quatre semaines.
 
696g1 Nauplie, le musée dans l'arsenal vénitien (1713)
 
Pour conclure cet article sur Nauplie, rendons-nous dans ce bâtiment construit en 1713 pour servir d’arsenal aux Vénitiens. Ce n’est pas l’arsenal que nous visiterons. Il a aussi servi de caserne. Ce n’est pas non plus pour m’engager dans l’armée grecque. Mais depuis 1930 le premier et le second étages sont un musée archéologique, et cela nous intéresse l’un et l’autre.
 
696g2 Nauplie, figurine féminine, 5300-4500 avant J.-C
 
696g3 Nauplie, collier néolithique, 6800-3200 avant J.-C
 
Commençons par ces objets. Leur âge donne le tournis. Pour cette figurine féminine en terre cuite, aux hanches larges, elle est datée dans une fourchette de 5300 à 4500 avant Jésus-Christ. Au bas mot, six millénaires et demi. Pour ce collier de coquillages, la fourchette est plus large, entre 6800 et 3200 avant Jésus-Christ, soit une possibilité de presque neuf mille ans. Certes, on présente le néolithique comme un progrès de la civilisation, c’est l’âge de la pierre taillée et polie, néanmoins on a souvent tendance à se représenter, à cette époque, l’homme vêtu d’une peau de bête, un gourdin dans une main et de l’autre traînant sa femme par les cheveux. Certes c’est caricatural, et on le sait bien, mais on a du mal à se représenter un niveau de civilisation aussi évolué, capable de façonner de tels objets. Enfin… je dis “on” mais je devrais dire ‘.“je” car sans doute mes lecteurs sont-ils plus ouverts que moi aux civilisations éloignées.
 
696g4 Nauplie, linéaire B, 13e-12e siècle avant JC
 
J’ai déjà parlé du linéaire B, cette écriture mycénienne dont l’architecte britannique Michael Ventris a découvert en 1952 que c’était un alphabet syllabique, qu’il est parvenu à déchiffrer et dont il a constaté alors que c’était du grec. Écrites dans de la glaise humide, ces tablettes ont cuit dans l’incendie des palais, ce qui a permis leur conservation. Celle-ci, du treizième ou du douzième siècle avant Jésus-Christ, et qui est reproduite sur un dessin situé sous elle pour plus de lisibilité, concerne un bail immobilier.
 
696g5 Nauplie, figurines du 14e au 12e siècles avant J.-C
 
Parmi toutes les figurines de terre cuite, j’ai choisi ces trois-là parce que je les trouve amusantes et originales. La première, du douzième siècle, provient du petit sanctuaire de Tirynthe. Son type aux bras levés est bien connu, mais celle-ci, façonnée au tour, est finement modelée et peinte, diadème, colliers, bracelets, robe, seins. Quant au visage, au nez fort, aux yeux ronds, à la bouche entrouverte, il est fin et expressif. La statuette du milieu est un peu plus ancienne, elle est de la seconde moitié du treizième siècle. C’est une déesse aux formes élancées et longilignes, très élégamment vêtue d’une longue robe et d’un chapeau rond. Elle aussi façonnée au tour, elle a fait l’objet ensuite d’un travail minutieux sur les détails et sur la peinture. Elle provient de Midea, une autre citadelle d’Argolide. Quant à la troisième figurine, à droite, datée entre 1400 et 1300 elle est encore plus ancienne. Cet homme qui se vautre dans son trône est à mourir de rire, avec ses jambes courtes qui ballottent comme celles d’un enfant sur un siège trop haut pour lui. Il a été découvert dans une tombe de Nauplie.
 
696g6 Nauplie, outils de bronze 1350-1250 avant Jésus-Chri
 
Ici sont présentés de nombreux instruments mycéniens. Puisque ce sont les Doriens qui, apportant la connaissance du travail du fer, ont mis fin à la civilisation mycénienne, cette dernière est donc encore à l’âge du bronze, alliage dont sont faits ces objets. De haut en bas, nous voyons des pincettes (1350-1280), peut-être une cuillère (1350-1250), une scie (1350-1250), un poignard (1350-1280), et puis sur le côté droit une petite pince (1350-1280) et une lame de couteau (1350-1280). Des formes très modernes.
 
696g7a Nauplie, cuirasse, fin 12e siècle avant JC
 
696g7b Nauplie, casque de bronze, 1050-1025 avant J.-C
 
Cette armure et ce casque, en bronze, des pièces exceptionnelles et remarquables, ne sont pas exactement contemporains puisque l’armure a été trouvée dans une tombe du quinzième siècle avant Jésus-Christ tandis que le casque de la seconde photo vient d’une tombe de Tirynthe de 1050-1025 avant Jésus-Christ, soit de quatre siècles plus récent. Sa forme cependant n’est pas fondamentalement différente de celle du casque présenté avec l’armure qui, lui, a dû subir une reconstitution. L’ivoire qui le décore ou le renforce provient, dit la notice, de défenses d’ours (tusk en anglais), mais je ne sache pas que les ours aient des défenses, et je suppose qu’il faut comprendre que c’est de l’ivoire de dents d’ours.
 
696h1 Nauplie, bouclier votif, début 7e siècle avant J.-C
 
Nous voici à présent au septième siècle avant notre ère. Cette amusante scène de combat est peinte sur un petit bouclier votif en terre cuite. Ce n’est pas, en effet, une matière convenable pour réaliser un vrai bouclier.
 
696h2 Nauplie, fragment de cratère attique, 6e s. avant JC
 
Ce bout de céramique me réjouit. Il est apparemment sans grand intérêt, mais il est très instructif pour la phonétique du grec ancien. En effet, il existait dans l’alphabet un epsilon, E fermé bref (comme dans l’été passé) et un êta (aujourd’hui ita), E ouvert long (comme dans j’aime la crème). Et il était fréquent aussi de rencontrer la diphtongue EI (prononcée comme dans groseille, treille). Mais il est arrivé qu’au cours des siècles la langue fasse disparaître un S entre un epsilon et une consonne, comme en français entre O et une consonne dans hôpital (cf. hospitalisation). Lorsque le S s’est amuï (est devenu muet), il a entraîné un allongement de l’epsilon qui le précédait. Problème, car l’alphabet grec ne comporte pas de E fermé long. Certains dialectes ont opté pour la graphie avec êta, qui ne correspondait pas à la prononciation. Mais il fallait bien adopter une convention. En français, par exemple, GN (le bagne) ne se prononce pas comme G+N, et CH (chaud) ne se prononce pas comme un K aspiré. Certains dialectes ont choisi la convention EI pour le E long fermé. Ainsi, le radical indo-européen du verbe être est ES- (en latin esse, es, est, et en grec “il est” = esti). La première personne du présent de l’indicatif, en grec, était es-mi. Après amuïssement du S, les dialectes en question ont écrit eimi mais on prononçait émi. La graphie EI pouvait donc correspondre à deux prononciations différentes, diphtongue ou E long fermé. Or sur ce fragment de cratère du sixième siècle avant Jésus-Christ, je lis ATHANAIAS EMI, je suis à Athéna. Cela, c’est du dialecte dorien.
 
696i1 Nauplie, danseuse, 3e siècle avant Jésus-Christ
 
Toutes mes excuses pour cet intermède philologique qui n’intéresse que moi ! J’en viens à des choses plus gracieuses, comme cette danseuse du troisième siècle avant Jésus-Christ, et donc d’époque hellénistique. On voit qu’aux mouvements du corps la danseuse ajoute ceux d’un grand voile.
 
696i2a Nauplie, miroir aux baigneuses, fin 3e-2e s. avant J
 
696i2b Nauplie, miroir aux baigneuses, fin 3e-2e s. avant J
 
J’aime également beaucoup ce miroir ouvrant fin troisième siècle avant Jésus-Christ ou début second siècle, avec son couvercle décoré de cette scène en relief. Ces deux femmes sont à la toilette, accroupies devant une cuvette. Au milieu, on voit un filet d’eau qui tombe. La femme de gauche, peut-être une servante, avec ses cheveux plus courts, tend le bras gauche vers la longue chevelure de l’autre, qui se retourne comme pour surveiller si on les regarde, et serre dans ses deux mains la main droite de la femme de gauche. Cette scène est à la fois naturelle, vivante, et esthétiquement très réussie.
 
696j Nauplie, renforcement de sandales, en fer
 
La forme de ces objets ne laisse pas de doute pour la partie du corps à laquelle ils sont destinés. Ce sont des renforcements de sandales en fer. Hélas, l’étiquette explicative n’indique ni une date, ni une provenance. On reste donc sur sa faim, mais cela ne retire rien à la curiosité de ces objets.
 
696k1 Fouilles à Mycènes, août 1952, par Nikolaos Tobazi
 
696k2 Nikolaos Tobazis, Repas des fouilleurs, Mycènes sept
 
Ici comme dans bien d’autres musées de Grèce, les richesses exposées sont innombrables, toutes plus intéressantes les unes que les autres. J’ai fait un choix arbitraire, en fonction de mes goûts et de mes centres d’intérêt. Je ne peux hélas pas tout montrer. J’arrête donc là la présentation des antiquités, mais j’y ajoute ces deux photos prises dans le passage. En effet, sur les murs du couloir sont exposées des œuvres du photographe grec Nikolaos Tobazis (1898-1986). Il a réalisé ses prises de vues sur les lieux de fouilles archéologiques, et permet donc de voir le chaînon entre l’objet avant sa découverte, et l’objet tel qu’il est exposé au musée. La première photo a été faite à Mycènes en août 1952, et la seconde, le repas des fouilleurs, à Mycènes également, en septembre 1953.
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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 02:20
695a Le site de Némée
 
Après notre visite de l’Acrocorinthe hier, nous sommes allés passer la nuit sur le parking du site de Némée pour aller le visiter suffisamment tôt parce que, en fait, il est réparti en deux endroits différents, la ville antique dans l’enceinte de laquelle est situé le musée et à quelque distance le stade. Nous voici donc sur le site principal où, comme on peut le constater, il reste peu de chose des bâtiments. Pourtant la ville avait été une cité importante, organisant des jeux panhelléniques, et c’était près d’elle que se situait une légende célèbre, l’un des douze travaux d’Héraklès, le lion de Némée. J’ai bien souvent évoqué cette légende, le 7 juillet dernier à Palerme je l’ai même racontée, mais sans ses origines. Ici, dans cette ville, le moment est propice pour y revenir. Héra, à qui décidément la mythologie prête un bien sale caractère (mais Zeus, son mari, lui est si souvent infidèle… on peut comprendre qu’elle soit aigrie), avait placé un lion monstrueux, frère du sphinx de Thèbes dont je parlais dans mon dernier article, aux portes de Némée. Ce lion, invincible par le fer d’une lame ou par la pointe d’une flèche, ravageait le pays et dévorait tout ce qu’il trouvait, troupeaux ou habitants. Eurysthée, le cousin d’Héraklès au service duquel ce dernier avait dû se mettre après consultation de l’oracle de Delphes, pour expier le meurtre (involontaire) des enfants qu’il avait eus de Mégara, lui ordonna de débarrasser la ville de ce lion. Héraklès se rendit à Némée, et fut hébergé par un pauvre paysan du nom de Molorchos, qui ne possédait rien d’autre qu’un bélier et dont le fils avait été dévoré par le lion. Ému du courage de son hôte, et pour honorer celui qui se proposait d’affronter le monstre et ainsi de venger la mort de son fils, Molorchos voulut sacrifier son bélier. Héraklès arrêta son bras, lui demandant d’attendre trente jours avant le sacrifice. Si, au bout de trente jours, il n’était pas de retour, c’est qu’il était mort et il faudrait sacrifier le bélier à sa mémoire. Si, en revanche, il revenait vainqueur, il faudrait sacrifier le bélier à Zeus Sôtêr (Sauveur). Et il partit. Or le fauve habitait une caverne à double issue. Ayant essayé ses flèches sans succès, Héraklès boucha l’une des issues de la caverne, puis y pénétra de l’autre côté et, lorsque le lion sauta sur lui, il le saisit à bras le corps et le serra contre sa poitrine dans ses bras puissants, si fort qu’il parvint à l’étouffer. De sa tête, il se fit un casque. Mais quand il voulut écorcher le corps pour se revêtir de sa peau, il ne trouva pas de lame qui pût l’entamer. C’est alors qu’il eut l’idée d’utiliser les propres griffes de l’animal. Désormais, dans les représentations, nous reconnaissons le héros à la dépouille du lion dont il se revêt. Mais le temps avait passé, les trente jours étaient écoulés et dans sa pauvre maison Molorchos prit son bélier et, pensant Héraklès mangé par le lion, décida de lui sacrifier l’animal. Il prit son couteau, et avant de frapper la victime, il leva les yeux. Héraklès était en train d’arriver, revêtu de la peau du lion. Alors il sacrifia le bélier à Zeus Sôtêr. Héraklès, lui, sur le lieu même où Molorchos avait sacrifié son bélier, fonda les Jeux Néméens. Puisque c’était la demeure d’un paysan, elle était hors les murs de la ville, et voilà pourquoi le stade est à quelque distance du site archéologique.
 
695b1 Némée, mur et puits
 
695b2 Némée
 
695b3 Némée
 
Il est plaisant, il est intéressant aussi, de parcourir le site, mais comme je le montrais sur ma photo générale, il ne reste pas grand-chose de la ville. Ci-dessus on discerne un puits devant un mur, mais rien ne me dit sur ma seconde photo ce qu’est cette colonne au milieu d’une salle, ni sur la troisième photo ce que pouvait être cette construction circulaire dont il ne reste que la base, arasée au niveau du sol. Aucun petit panonceau explicatif. Pourtant, les archéologues, en découvrant des objets, statues, etc., peuvent émettre des hypothèses, mais ces objets une fois transférés dans le musée local ou au musée archéologique national d’Athènes sont intéressants pour eux-mêmes mais ne parlent plus pour expliquer le site. Ce que je sais c’est que les cités avaient chacune un bâtiment pour loger leurs pèlerins, leurs marchands, leurs ambassadeurs, mais surtout, au moment des jeux, leurs délégations. C’est l’équivalent du village olympique de nos jours. Peut-être la deuxième photo représente-t-elle l’un de ces logements.
 
695c1 Le temple de Zeus à Némée
 
695c2 Le temple de Zeus à Némée
 
695c3 Le temple de Zeus à Némée
 
Mais il y a un très beau monument, c’est le temple de Zeus, construit au quatrième siècle avant Jésus-Christ en style dorique. Alors que nous étions là, un groupe de grands élèves anglophones a débarqué avec le professeur, ils sont allés droit à ce temple, le professeur a longuement parlé à son auditoire très attentif, puis tout le monde est reparti sans un coup d’œil à autre chose que le temple.
 
695c4 Némée, le temple de Zeus par Lear (1812-1888)
 
695c5 Le temple de Zeus à Némée
 
695c6 Le temple de Zeus à Némée
 
Mon guide Michelin date de janvier 2004. Il dit que seules trois colonnes de ce temple qui en a compté 6x12, sont encore debout. Et c’est ce que l’on voit sur ce dessin de l’humoriste anglais Lear (1812-1888) qui se définissait lui-même comme "peintre de topographie poétique". En effet, il préférait peindre des paysages, de sorte que ce temple de Némée est l’un des rares exemples de représentations de ruines antiques. À partir d’avril 1848, il a passé cinq ans en Grèce, seulement interrompus par quelques voyages. Il a produit une multitude de dessins et d’aquarelles, travaillant à une vitesse prodigieuse. Ainsi, ce temple de Zeus à Némée est daté du 31 mars 1849 à sept heures du matin et l’après-midi du même jour il travaillait à Mycènes. Trois colonnes, donc, en 1849, et toujours trois en, disons, 2003 lors de la rédaction du guide. Et moi j’en compte neuf. Sur le dessin de Lear, le sol est jonché de tambours de colonnes en désordre alors que je n’ai vu que quelques tambours rangés dans un coin (à droite sur la première de ces deux photos). Ces dernières années, donc, six colonnes ont été remontées, et parce que juste derrière il y a des grues et des baraques de chantier, parce que d’autre part, personne n’oserait construire là un immeuble, une ou deux autres colonnes se dresseront probablement bientôt ici.
 
695d Némée, bassins aux thermes
 
Il est un autre endroit de la ville qui a été assez bien conservé, ce sont les thermes. Les fouilles, qui ne sont pas achevées, sont protégées sous un grand hangar qui n’est guère esthétique mais qui, ne consistant qu’en un toit de tôle sur des piliers métalliques, ne gêne nullement pour la visite, et il faut bien admettre qu’il est nécessaire. Ces thermes comportent des salles de sport. Ici, nous sommes du côté des vestiaires, ces bassins étaient remplis d’eau fraîche et les athlètes s’en aspergeaient mutuellement la tête. Une autre salle identique se trouve un peu plus loin, et entre les deux un bassin servait de piscine pour se rafraîchir le corps.
 
695e Musée de Némée, figurines du 15e s. avant J.-C
 
Depuis le départ du groupe anglophone, nous sommes seuls sur le site. Le musée nous attend, portes grandes ouvertes. Je dis tout de suite qu’une vingtaine de minutes après y être entrés, nous nous sommes fait flanquer à la porte. Difficile de deviner ce qui n’est inscrit nulle part, ce qui ne nous a été dit par personne. Sur la grille à l’entrée, il est dit, sans distinguer le musée du site, que c’est ouvert tous les jours, même le lundi (jour de fermeture de bien des sites et musées en Grèce, comme le mardi en France). Nous avons pris et payé nos billets au tarif normal, sans remise spéciale parce que c’est lundi. Or, nous a dit d’un air peu amène et d’un ton rogue l’homme qui nous a éjectés, le lundi est le jour de nettoyage du musée, et lorsque j’ai allégué que les portes étaient grandes ouvertes, il a répliqué d’un air d’évidence qu’il fallait bien que les employés circulent. Heureusement, nous avions eu le temps de voir l’essentiel et de faire les photos correspondantes. Par exemple ces figurines de terre cuite du quinzième siècle avant Jésus-Christ. Certes, nous en avions vu des masses au musée Cycladique à Athènes, ainsi qu’ici ou là dans d’autres musées, mais nous avons ici, à gauche, une kourotrophos, une femme qui allaite un bébé, ce qui est loin d’être courant. Celle de droite aussi, les deux mains sur la poitrine, est originale.
 
695f1 Musée de Némée, bijoux 15e siècle avant JC
 
Ces petits bijoux en feuille d’or façonnée en relief datent du quinzième siècle avant Jésus-Christ. On voit ce bijou en forme de fleur de papyrus stylisée, au milieu une feuille à trois lobes et, à droite, une autre fleur de papyrus de plus grandes dimensions. Afin que l’on voie mieux le dessin, même en plaçant trois images dans la largeur réduite de ce blog, j’ai à chaque fois isolé un seul bijou, mais le musée en présente plusieurs de chacun de ces types. Quoiqu’aucune explication supplémentaire ne soit donnée, je suppose qu’il ne s’agit ni de pendentifs, ni de boucles d’oreilles, mais plutôt d’ornements cousus sur des vêtements.
 
695f2 Musée de Némée, bagues vers 1500 avant J.-C
 
En revanche, il s’agit ici clairement de bagues. Toutes trois datent des alentours de 1500 avant Jésus-Christ. Je trouve magnifique, en haut, ce cheval attelé à un char. Le trait est nerveux, le mouvement est vivant, la composition est bien posée, donnant la priorité au cheval sur l’attelage. Sur la deuxième bague, deux femmes portent à la main une fleur à longue tige et elles s’avancent en procession. Là non plus il n’y a aucune explication mais on peut penser qu’elles célèbrent une divinité de la végétation et de la fécondité, sans doute pas encore Déméter qui est arrivée avec les dieux de l’Olympe vers le huitième siècle avant Jésus-Christ, mais une divinité chthonienne, peut-être Gê (Gaia), la Terre. De chaque côté de la troisième bague, on distingue un immeuble sur deux niveaux, et sur leurs toits il semble que ce soient des cornes de consécration. Les trois femmes devant ces immeubles sont dans des postures qui évoquent des rites religieux, comme aussi les cornes sur les bâtiments. Quels que soient les dessins, je trouve ces trois bagues superbes et les gravures remarquablement décoratives. Ces objets proviennent d’un cimetière mycénien proche de Némée, et certains d’entre eux avaient été volés au cours des fouilles des années soixante-dix. Personne n’a jamais mis en doute l’honnêteté des archéologues, mais sans doute des voleurs s’étaient-ils introduits sur le site pendant la nuit et avaient-ils fouillé en cachette pour leur compte. Quand, en avril 1993, des bagues et autres bijoux mycéniens dont le dessin et la facture évoquaient sans doute possible d’autres bijoux trouvés dans ce cimetière et exposés depuis 1984 au musée de Némée, ont été annoncés pour une vente aux enchères à New-York, le Gouvernement grec en a été averti et en mai 1993 il a déposé devant les tribunaux américains une requête en annulation de la vente. La justice américaine a annulé la vente et a ordonné que ces objets soient remis à une fondation américaine de Washington pour la préservation de l’héritage grec, laquelle association a organisé des expositions de ces objets à Dallas et à Washington avant de les rendre à la Grèce en janvier 1996. Ils ont ensuite fait l’objet d’une exposition au musée national d’Athènes et ont enfin intégré le musée de Némée auprès de leurs frères. L’histoire ne dit pas si les vendeurs qui avaient soumis ces objets au commissaire-priseur croyaient avoir acquis des pièces de collection honnêtes, ni si les voleurs ont été identifiés et arrêtés.
 
695g1 Stade de Némée, salle de préparation
 
Chassés du musée, nous pensons avoir le temps de refaire un tour du site, d’aller admirer encore un peu le temple de Zeus, avant de reprendre notre véhicule pour nous rendre au stade. Lieu important, puisqu’avec les jeux olympiques, les jeux pythiques (à Delphes), les jeux isthmiques (à Corinthe), les jeux néméens font partie de ces quatre moments panhelléniques essentiels pendant lesquels, quelle que soit la situation politique, quelles que soient les tensions voire les guerres entre les cités perpétuellement en rivalité, une trêve est respectée par tous et la seule lutte est sportive. Lieu également important dans la mythologie puisque là vivait le paysan Molorchos qui a hébergé Héraklès, puisque là Héraklès a institué les jeux à l’emplacement du sacrifice du bélier à Zeus qui était honoré dans le temple de la ville. Tout de suite après l’entrée du site du stade, on peut voir cette salle à colonnes. Il ne s’agit pas d’un temple, mais de la salle où les athlètes se préparent et où se trouve leur vestiaire.
 
695g2a Stade de Némée, couloir d'accès
 
695g2b Stade de Némée, couloir d'accès
 
Au fond de la salle à colonnes, se trouve l’entrée d’un tunnel qui conduit directement sur le stade. Soit pour des raisons de sécurité, soit parce qu’il est en travaux, ce tunnel est fermé au public. Je publie donc une photo des archéologues qui l’ont découvert. Long de 36 mètres, il est voûté en plein cintre, ce qui constitue l’un des premiers exemples de voûtes dans l’architecture de la Grèce car il est, à coup sûr paraît-il, antérieur à 320 avant Jésus-Christ. Pour revenir en France, on sait que l’amphithéâtre de Nîmes est romain parce que ses couloirs sont voûtés tandis que celui d’Arles est grec parce que les plafonds de ses couloirs sont plats. Une jeune femme archéologue, une intellectuelle en jeans serrés dans les années soixante-dix du vingtième siècle, les deux scientifiques avec un bob sur la tête, personne ne peut douter un seul instant que ce sont des Américains. Et en effet, les fouilles de Némée ont été menées –sont menées depuis 1973– avec brio par l’université californienne de Berkeley et la rue qui mène au site archéologique porte le nom de l’université.
 
695g3 Stade de Némée
 
Ici, nous sommes sur le stade et l’on voit le débouché du tunnel par lequel arrivaient les athlètes et les juges. Puis les athlètes prenaient place sur le stade et les juges se répartissaient aux différents emplacements, ligne de départ, ligne d’arrivée, ou mesure des distances pour les lancers, tandis que d’autres s’installaient dans les tribunes, un peu à part des quarante mille spectateurs que pouvaient accueillir les gradins.
 
695g4 Stade de Némée
 
Et enfin voici le stade, long de 177 mètres et large de 22. On distingue très bien, près de nous juste derrière les arbres du premier plan (pour prendre cette photo du stade entier en le surplombant un peu, je suis monté dans le bois qui se trouve derrière), une ligne de pierre sur le sol, parfaitement conservée. C’est la ligne de départ pour la course. C’est peut-être aussi la ligne pour le lancer du disque, du javelot…
 
695g5 Stade de Némée
 
Avant de terminer notre visite de Némée, une dernière image et un dernier commentaire. À quelque distance coule une source. Son eau était amenée au stade par des canalisations de terre cuite et coulait dans ces rigoles de pierre tout le long du stade. De loin en loin le caniveau laissait l’eau franchir une petite cuvette où elle se décantait. Ainsi était assurée de façon permanente l’alimentation en eau fraîche et pure.
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Published by Thierry Jamard
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