Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 19:57

646a1 Alberobello 

646a2 Alberobello 

646a3 Alberobello 

Et nous voici à Alberobello, la capitale du trullo, cette curieuse construction au toit pointu. Mais pour comprendre la raison de cette architecture et le pourquoi de la création de cette ville relativement récente, il faut d’abord éclairer quelques points de l’histoire locale.

 

Le nom d’Alberobello n’existait pas, et il n’y avait ici qu’un lieu totalement inhabité et inculte appelé La Selva, mot italien du latin silva, la forêt, qui désigne une vaste forêt touffue, inextricable. On y a retrouvé des pointes de flèches et autres objets montrant que dans un lointain passé préhistorique avaient vécu là des populations venues du Moyen-Orient qui élevaient un tumulus conique sur les sépultures de leurs morts, mais les habitants avaient complètement disparu depuis longtemps quand, au quinzième siècle, un certain Giuliantonio Acquaviva reçoit du roi de Naples Ferrante le comté de Conversano où se trouve La Selva, en remerciement des services militaires rendus. En visitant Otrante, les 4 et 5 octobre derniers, nous avons vu qu’en 1480 le sultan Mehmet II avait débarqué pour réaliser la jonction entre la Turquie convertie à l’Islam et l’Espagne musulmane, espérant ainsi éviter la reconquête chrétienne de ce pays, reconquête qui sera néanmoins achevée peu après, en 1492, avec le siège et la prise de Grenade. Otrante résiste courageusement, mais est prise par les Turcs qui massacrent douze mille des vingt-deux mille habitants, réduisent les autres en esclavage, tandis que le maire et huit cents habitants qui avaient refusé de renier leur foi sont torturés et décapités. Le roi Ferrante demande à Giuliantonio Acquaviva d’intervenir mais alors qu’il effectue en compagnie d’une dizaine de chevaliers une reconnaissance le 6 février 1481, des chevaliers turcs l’attaquent. Ses compagnons sont tués et il réussit, blessé, à s’échapper, mais il est rattrapé, les Turcs lui coupent la tête d’un coup de leur grand sabre, la plantent sur une lance et l’exposent sur les créneaux du château d’Otrante.

 

À sa mort glorieuse pour la défense de la foi chrétienne, le roi décide que son fils Andrea Matteo Acquaviva (1457-1529) recevra tous les titres et privilèges obtenus par Giuliantonio. Pour peupler La Selva, Andrea Matteo va accorder des libertés à quiconque viendra s’y installer. Puis au cours des années, les Acquaviva comtes de Conversano vont autoriser la culture de champs si l’on défriche la superficie, réaliser une grande citerne pour stocker les eaux de pluie dans cette région sans rivières, etc. Mais en 1616 Giangirolamo II, dit Le Loucheur des Pouilles (1600-1665), hérite du domaine. Sa cruauté et celle de sa femme sont restées tristement célèbres. Les impôts qu’il perçoit sont extrêmement lourds et il les recouvre avec violence. Les pendaisons et les scalps sont multiples. Il assiège une ville qui s’était rebellée et, l’ayant prise, en fait torturer puis exécuter les nobles et les chanoines. En revanche, pour accélérer le peuplement de La Selva, il accorde des terres et l’exemption d’impôts aux paysans de feudataires voisins qui abandonneraient leur seigneur, ce qui n’est pas du goût desdits seigneurs, mais malgré sa sombre réputation il réussit ainsi à attirer bon nombre d’habitants.

 

646b Alberobello 

646c1 Alberobello 

De plus, il les autorise à se construire des maisons ; mais parce que les seigneurs doivent payer au roi des impôts sur toutes les constructions élevées sur leurs terres et qu’il entend frauder le fisc, il ordonne que les maisons soient construites sans mortier, avec un toit conique sur une base carrée, ce qui les rend destructibles en fort peu de temps, et il profère les menaces les plus terribles contre ceux qui, en cas d’inspection royale, n’abattraient pas leur maison. D’où l’origine des trulli.

 

646c2 Alberobello 

646c3 Alberobello 

Les feudataires voisins furieux de voir leurs paysans les fuir, choqués des violences de Giangirolamo II, de sa malhonnêteté, de ses jugements arbitraires, envoient au roi d’Espagne et au vice-roi de Naples des dénonciations accompagnées de documents détaillés et de preuves. Immédiatement, des inspections ont lieu, et Giangirolamo est emprisonné à Madrid en 1649. Dans le siècle et demi qui a suivi les seigneurs qui ont régné sur La Selva ont parfois été cruels et injustes, parfois éclairés et bienveillants, mais peu à peu une classe cultivée s’était développée, la population n’était plus seulement paysanne mais des artisans et des commerçants avaient vu le jour. En 1797, dans le vent de l’Histoire (la Révolution française avait conquis des libertés), sept représentants de l’agglomération profitent d’une visite du roi Ferdinand IV à Tarente le 11 mai pour, sur intercession de l’archevêque, le rencontrer. Apprenant toutes les violences et les injustices subies, le roi promet un décret libérant la ville de tout lien féodal, mais tarde un peu à le promulguer.

 

646c4 Alberobello 

646c5 Alberobello

 

Deux semaines après l’entrevue de Tarente, le 25 mai, le roi est de nouveau dans les Pouilles, à Foggia, pour le mariage du prince Francesco. Une délégation de La Selva se rend alors à Foggia pour insister, et le 27 mai 1797 le roi fait de La Selva une commune libre par décret royal. La nouvelle commune élit son premier maire le 22 juin et se choisit un blason : devant un grand chêne symbolisant la forêt d’origine, un chevalier repousse de sa lance un lion qui représente le pouvoir féodal. Et la ville, considérant son blason, se donne le nom de Bel Arbre, en italien Alberobello.

 

646d Alberobello 

646e Alberobello 

La construction commence par le creusement dans la roche d’une salle de trois mètres de diamètre et cinq mètres de profondeur que l’on recouvre d’une voûte. Ce sera la citerne indispensable pour recueillir les eaux de pluie puisque la citerne collective providentielle pour quelques dizaines de familles est notoirement insuffisante pour une ville de plusieurs milliers d’habitants. Ensuite, autour de cette citerne, on creuse des fondations selon un carré et, avec des pierres de ce calcaire gris qui s’est formé en plaques peu épaisses et qu’il suffit de ramasser, on monte des murs sans mortier jusqu’à deux mètres du sol environ. Ces murs sont ensuite blanchis à la chaux. Tout cela coûte beaucoup de sueur mais pas un centime. Puis en posant une grosse pierre sur chaque angle, on monte le toit conique en superposant des cercles concentriques et de diamètre de plus en plus étroit, de sorte que la gravité en même temps que les poussées latérales maintiennent le tout en place. Au sommet, on place une grosse pierre, la clé de voûte, et au-dessus un pinacle à signification propitiatoire. De même, on peint à la chaux sur le toit conique, et toujours en direction du soleil, un signe lui aussi propitiatoire. La signification en vient d’une lointaine antiquité païenne plus ou moins christianisée ou, plus rarement, il s’agit d’une simple croix chrétienne, mais dans tous les cas une très grande part de la population, aujourd’hui encore, y attache une foi superstitieuse. Sur une photo précédente, on a vu des croix, mais ci-dessus cette croix en arbre unit trois mondes, le paradis, la terre et l’enfer. Tout au début de cet article, sur la deuxième photo où l’on voit de nombreux toits, apparaît une croix aux quatre bras égaux inscrite dans un cercle, c’est le symbole du Soleil-Christ. La plupart du temps il est fait référence au soleil, qui était la divinité majeure des peuples anciens de ce lieu. Notons que ces formes rondes sont très anciennes, pour des sépultures d’abord (que l’on pense au tombeau d’Agamemnon à Mycènes, que nous verrons on jour… si nous parvenons à nous arracher à l’Italie), puis pour des habitations. Aujourd’hui encore, sur le territoire de l’Assyrie historique (nord-ouest de l’actuel Irak) existent des habitations à coupoles coniques, avec pinacles et signes peints mythologiques.

 

Ma dernière photo, ci-dessus, montre le détail d’une toiture brute, mais traditionnellement, pour faire s’écouler l’eau de pluie et boucher les interstices entre les pierres, on recouvre la toiture de pierres bien plates et beaucoup plus fines appelées chiancarelle provenant des couches de calcaire les plus minces, disposées en écailles. C’est ce que l’on voit sur la plupart des autres photos. À noter que parce que ces maisons ne sont pas construites pour durer, le plus ancien trullo est de 1559. À noter également que le mot trullo est entré dans la langue italienne seulement au vingtième siècle, mais que certains le mettent en relation avec le mot grec d’époque byzantine torullos désignant le hall en forme de dôme du palais de Constantinople, d’autres avec le grec tholos désignant un monument circulaire, mais si la première explication peut paraître douteuse (comment le mot serait-il passé de ce palais aux modestes constructions sans mortier), la seconde me semble complètement fantaisiste, car inexplicable selon les lois de la phonétique. Il me semble plus vraisemblable de faire dériver le mot de la turris latine (la tour), diminutif turulla ou trulla. Si cette dernière explication est une imbécillité, je précise que je prends sur moi la responsabilité de la proposer ici.

 

646f1 Alberobello, chiesa a trulli

 

646f2 Alberobello, chiesa a trulli 

Cette église à trulli dédiée à saint Antoine (Sant’Antonio) date du vingtième siècle, sa construction a commencé en 1926, mais quoiqu’elle soit moderne son architecture allie le roman des Pouilles à la technique du trullo, avec une voûte principale de vingt-cinq mètres de haut.

 

646f3 Alberobello, chiesa a trulli 

646f4 Alberobello, chiesa a trulli 

646f5 Alberobello, chiesa a trulli 

Cependant, dès la libération de la ville du joug féodal et l’annexion administrative au royaume de Naples comme commune libre en 1797, on s’affranchit des règles imposées par les feudataires et on utilisa brique et mortier, sauf dans le centre ancien que l’on conserva, et à la campagne pour les animaux. Cette église a donc utilisé ces matériaux non traditionnels.

 

646g Alberobello, musée des trulli 

Il existe aussi à Alberobello un intéressant musée du trullo. Bien entendu, il est lui-même installé dans un trullo authentique, ce qui permet de comprendre, outre l’architecture générale, l’architecture de composition. En effet, toute la famille ne vivait pas (ne vit pas, puisque les trulli traditionnels sont encore de nos jours habités normalement) dans une seule petite pièce. Une maison est normalement constituée de plusieurs trulli accolés entre lesquels des portes permettent le passage d’une pièce à l’autre comme dans une maison conventionnelle.

 

646h1 Alberobello, musée des trulli 

646h2 Alberobello, musée des trulli 

Pour que le visiteur comprenne mieux ce qu’il voit, une maquette éclatée montre une maison de trulli. Lorsque la ville a évolué et qu’une bourgeoisie s’est dégagée, des familles aisées ont apparu, un médecin a édifié un trullo à deux étages, le curé en exercice en 1797 a construit sa maison autour d’une cour.

 

La maquette de ma seconde photo a l’ambition de montrer la vie dans le passé à Alberobello, avec des maisons de plusieurs types et des accessoires et des personnages en action. Le souci du détail vrai est très poussé.

 

646i1 Alberobello, musée des trulli

 

646i2 Alberobello, musée des trulli 

On peut voir aussi différents modèles de pinacles qui ont été récupérés sur des ruines de trulli et qui montrent la variété des formes. Je choisis de montrer ici un exemple de modèle purement ornemental et un autre à valeur religieuse en forme de croix.

 

646j1 Alberobello, musée des trulli 

646j2 Alberobello, musée des trulli 

Dans une autre partie, le musée montre l’agencement des pièces, avec une pièce à vivre meublée. Par ailleurs, on voit que sous le cône du trullo, au sommet des murs est posé un plancher. Au-dessus, ce n’est pas un étage à proprement parler, mais un espace de rangement ou de stockage, vêtements et linge de maison, outils, objets divers, réserves de nourriture, etc., auquel on accède par une échelle à travers une trappe.

 

646k1 Alberobello, musée des trulli, pot de chambre 

646k2 Alberobello, musée des trulli, pot de chambre 

646k3 Alberobello, musée des trulli, vase de nuit 

Le choix des images qui vont clore le présent article peut paraître curieux, mais le musée possède une si belle collection de ces objets de faïence que je ne peux manquer de le signaler. Ce sont des pots de chambre, ou des vases de nuit si l’on préfère ce terme. Le premier est un modèle pour enfant, dit l’étiquette. Pour les deux autres, dont l’étiquette ne dit rien, on peut en déduire qu’ils sont pour adultes. Je ne pense pas que ce soit la forme, fort différente, qui permette de les distinguer. Je suppose que c’est une question de volume, ou surtout de diamètre de l’assise. Et sur ces graves considérations techniques, nous allons quitter Alberobello pour Locorotondo.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 19:34

Toute la région des Pouilles repose sur un sol calcaire, ce qui veut dire que la mer recouvrait cette partie de l’Italie il y a cent millions d’années. Les coquillages, les crustacés, les arêtes des poissons et même certaines algues sont composés de calcaire qui, lorsque ces organismes meurent, se dépose au fond de la mer. Ainsi, pendant des centaines de milliers d’années, des millions d’années, s’est constitué ce sol de fossiles sur une grande épaisseur. Puis les mouvements tectoniques ont fait émerger les terres. Or la roche calcaire, outre qu’elle est très perméable, s’est largement fissurée lors de ces mouvements ce qui a pour conséquence que les eaux de pluie pénètrent dans le sol et qu’il n’y a aucune rivière de surface dans les Pouilles : les cours d’eau sont souterrains. Mais sous la terre ce ruissellement creuse des vallées, des parois s’effondrent, des cavernes se creusent. Parfois, au-dessus de ces grottes, le sol se déprime, créant des cuvettes plus ou moins grandes en surface et un jour, si le plafond de la grotte ou de la vallée souterraine n’est pas assez éloigné de la surface du sol, pas assez épais, pas assez solide, il arrive qu’il s’effondre. C’est ainsi qu’apparaissent à la lumière du jour ces rivières autrefois souterraines qui coulent au fond de profondes gorges dont les parois sont creusées de grottes, comme à Matera (notre visite du 6 novembre. Matera est de justesse en Basilicate, pas dans les Pouilles, mais la géologie n’a pas tenu compte des limites administratives…).

 

645a Grottes de Castellana

 

Parfois aussi, l’éboulement ne concerne qu’une cuvette, il peut être très petit. À Castellana apparaissait ainsi un trou qui semblait sans fond, connu de temps immémoriaux et objet de multiples légendes, que l’on nommait la Grave. Pendant des siècles, puisque c’était immense et hors de la vue, on y a déversé le moût de raison et d’olive après avoir pressé chaque année le vin et l’huile, jusqu’au dix-septième siècle où un groupe d’étudiants est descendu dans le trou, a vu que c’était splendide et a réussi à arrêter cet usage de décharge publique. Luxueuse poubelle. Mais ils ne sont pas allés plus loin que cette salle immense, ni eux ni personne jusqu’au vingtième siècle. Aussi l’Office Provincial du Tourisme de Bari a-t-il demandé à un géologue, Franco Anelli (1899-1977), titulaire d’une licence de sciences naturelles de l’université de Pavie et conservateur du musée des grottes de Postumia, d’aller voir de plus près ce qu’était la Grave.

 

645b1 Grottes de Castellana 

645b2 Grottes de Castellana 

Et, le 23 janvier 1938, descendu au fond avec une simple échelle de corde, Anelli découvrit que c’était une immense salle d’où partaient des galeries. Depuis maintenant plus de soixante-dix ans, l’exploration se poursuit et des itinéraires sont aménagés pour les visiteurs à partir de l’immense Grave profonde de soixante mètres et mesurant cent mètres de long et cinquante de large.

 

Ruisselant sur les parois, traversant les couches fossiles, l’eau de pluie se charge de calcaire. Du plafond la goutte tombe au sol et sèche. Un infime dépôt calcaire reste au plafond, un autre au sol. La goutte suivante va, naturellement, glisser jusqu’à la même place au plafond puis tomber à la verticale, donc au même endroit au sol. Ainsi vont se former un bâton de carbonate de calcium descendant du plafond, un stalactite, et un bâton de carbonate de calcium se dressant sur le sol, un stalagmite, à raison d’un centimètre tous les soixante à quatre-vingts ans.

 

645c Grottes de Castellana 

Hormis dans la Grave (mes quatre photos ci-dessus), la photo est interdite. Flash ou pas flash. On est précédé du guide et suivi d’un garde-chiourme. Que signifie cette stupidité ? Quels droits d’auteur sont reversés à Dame Nature ? Il est normal que l’on soit encadré, pour ne pas se perdre, pour éviter que des crétins gravent leur nom dans les stalagmites ou cassent un morceau de stalactite pour l’emporter en souvenir. Il est logique d’interdire le flash dont les éclairs répétés pourraient favoriser le développement d’algues alors que les parcours ne sont que faiblement éclairés par des lampes au rayonnement dûment calculé. Il est compréhensible dans ces conditions que l’entrée soit payante puisqu’à la différence d’un rivage marin ou d’une roche de montagne il faut financer des guides, l’éclairage, l’amortissement d’un coûteux aménagement et son entretien. Mais une fois acquitté le droit d’accès… À quand l’interdiction, ou la taxation, d’une photo du port de Monopoli ou d’un coucher de soleil sur les collines des Pouilles ?

 

Il est proposé un parcours long (trois kilomètres) et un parcours court (un kilomètre). Quoique hors saison, nous avons pu faire le plus long et aller jusqu’à la fabuleuse Grotte Blanche.

 

645d1 Castellana, musée Franco Anelli, Mimétite 

Puis on a accès au musée de la spéléologie qui porte le nom du premier spéléologue à avoir exploré ces grottes de Castellana, le musée Franco Anelli. Petit mais intéressant. On y voit par exemple des roches comme ce morceau de mimétite de Thaïlande, dont je donne la formule parce que si seuls des gens bien au fait de la chimie peuvent apprécier, je pense qu’en revanche quiconque a fait des études secondaires dans une section d’enseignement général, même littéraire, est à même de comprendre de quoi il s’agit :

Pb5 [Cl(AsO4)3]

 

645d2 Castellana, musée Anelli, gastéropodes (Miocène) 

645d3 Castellana, musée Anelli, dent de squale (Crétacé) 

Il y a aussi quelques beaux fossiles. Je choisis le premier parce qu’il vient de France, c’est un agglomérat de gastéropodes datant du miocène et provenant de la région de Bordeaux. L’autre photo montre une dent de squale datant du crétacé et trouvée au Maroc.

 

645e1 Castellana, musée Anelli, coupe spéléologique 

645e2 Castellana, musée Anelli, coupe spéléologique 

Très intéressante aussi cette vitrine. Peut-être est-elle plutôt destinée aux scolaires, mais j’avoue que pour moi qui ai (légèrement) dépassé l’âge scolaire elle est également parlante. À travers cette coupe géologique et spéléologique, on voit comment se ramifient sous le sol les galeries, comment se disposent les grottes, comment se creusent les ouvertures à l’air libre. Et puis, pour le réalisme, il y a deux petits bonshommes à peine discernables sur ma seconde photo, l’un en bleu et l’autre en rouge, qui descendent par le puits vers la grande grotte. À noter aussi pour le fun notre 4L nationale qui vient tout juste de fêter ses cinquante ans. Enfin, dans le décor, les habitations ont cette forme très particulière, que l’on appelle des trulli, comme nous en avons vu ici ou là sur la route aux abords de Castellana, et comme nous comptons bien aller en voir demain à Alberobello qui est, dit-on, une ville toute de trulli.

 

…Et voilà, nous resterons des égoïstes ne faisant pas partager notre vision des grottes. Nous avons quitté Castellana éblouis et déçus.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 23:20

Nous sommes venus mardi soir à Polignano a Mare, sur la côte à une trentaine de kilomètres au sud-est de Bari, où nous avons passé la nuit. Non seulement j’ai maintenant deux mois de retard dans la publication des articles de mon blog, mais j’ai aussi une semaine de retard dans la rédaction. Je vais mettre à profit cet inconvénient parce que, après nos visites à Polignano puis à Monopoli, nous sommes allés jeudi 11 à Castellana et, vendredi 12, nous sommes repassés par Monopoli : je vais donc pouvoir parler en une seule fois de cette deuxième ville qui est pleine d’intérêt.

 

643a Polignano a Mare, arco Marchesale

 

Mais pour l’heure, nous sommes à Polignano a Mare, que nous ne visiterons qu’une fois et dont on voit ci-dessus une porte qui ouvre sur la vieille ville, l’Arco Marchesale. Un acte notarial de 959 signale cette entrée comme l’unique accès à la ville fortifiée, mais la porte actuelle n’a été construite qu’à la fin du dix-septième siècle, et un acte de vente de l’inféodation de Polignano, rédigé en 1713, décrit “Premièrement, dans ladite cité on entre par une porte à pont-levis à usage de forteresse, et au-dessus se trouvent trois blasons de pierre, l’un avec les armes royales et les deux autres avec le patron de la ville”. Sous le porche de cette porte se trouvent à droite et à gauche les pièces où se tenaient les employés du feudataire qui percevaient pour lui un impôt sur tout ce qui entrait en ville et qui entreposaient les outils des bûcherons et tous les autres objets qui pouvaient servir d’armes, mais ils les restituaient à leurs propriétaires lorsque ceux-ci ressortaient de la ville, sans percevoir d’impôt ou de droit de garde. Le vice-roi Pedro de Toledo vint en personne inspecter les fortifications en 1541, et ne trouva rien à y redire. Ce n’est qu’au début du dix-neuvième siècle que, toutes ces protections n’ayant plus leur raison d’être depuis longtemps, les fossés furent comblés et le pont-levis, devenu inutile, supprimé, et les épaisses murailles furent vendues. Les nouveaux propriétaires les démolirent et en utilisèrent les pierres pour construire des résidences, ouvrant la ville à une expansion vers l’extérieur de la vieille enceinte.

 

643b1 Polignano a Mare 

Sous la porte, on peut admirer cette belle fresque d’une Crucifixion de la fin du seizième siècle.

 

643b2 Polignano a Mare 

Et juste avant la porte, sur le mur, cette plaque qui mêle Jésus et le cyclisme me paraît tout à fait savoureuse. “À Jésus crucifié, pour les trente ans de sa plaque, Polignano a Mare et les amateurs d’Italie ont exalté le cyclisme sur le circuit des grottes”.

 

643c1 Polignano a Mare 

643c2 Polignano a Mare 

643c3 Polignano a Mare 

La ville occupe une position très originale et splendide. Une baie très profonde et très étroite a été ouverte dans la haute falaise par l’embouchure d’un cours d’eau. La vieille ville fortifiée s’est édifiée sur l’un des versants de cette faille (côté droit sur ma première photo), ce qui la mettait à l’abri d’éventuelles attaques de ce côté. Puis un pont a été construit entre les falaises des deux versants, et un autre quartier de la ville s’est développé de l’autre côté. Comme on le voit sur la troisième photo, la falaise est toute creusée de grottes naturelles.

 

643d1 Polignano a Mare, Domenico Modugno 

643d2 Polignano a Mare, Domenico Modugno 

Toute personne de ma génération ou même de dix ou vingt ans plus jeune se rappelle une chanson italienne que l’on entendait sans cesse à la radio “Cantare, o, o, volare o-o-o-o (lien sur You Tube). Un tube qui méritait son succès, d’ailleurs. L’interprète en était Domenico Modugno, originaire de Polignano, et qui venait ici même, sur cette falaise, pour répéter ses tours de chant. Aussi la municipalité ne pouvait manquer de placer là une statue en son honneur.

 

643e Polignano a Mare 

Un graffito littéraire et sentimental à la fois. C’est une citation du Tasse : “Perdu est tout le temps qui n’est pas passé à aimer”.

 

643f1 Polignano a Mare, chiesa Madre Santa Maria Assunta

 

643f2 Polignano a Mare, chiesa Madre Santa Maria Assunta 

Cette église est la chiesa Madre, l’église Mère, de Polignano. Dédiée à Santa Maria Assunta, la Vierge de l’Assomption, ce église romane de la fin du treizième siècle a été tant et tant remaniée que presque plus rien de l’édifice d’origine ne transparaît à travers les divers ajouts et modifications. Il lui reste quand même son fort campanile carré.

 

643f3 Polignano a Mare, chiesa Madre Santa Maria Assunta 

643f4 Polignano a Mare, chiesa Madre Santa Maria Assunta 

Lorsque l’on pénètre dans l’église, on est en présence d’un intérieur des quinzième et seizième siècles. En regardant vers le chœur, on remarque surtout la chaire, l’autel central et la décoration des chapelles des absidioles. Le chœur sans aucune profondeur fait que l’autel se trouve juste au niveau du transept. Si l’on se retourne, on découvre alors le splendide orgue dominant le portail richement décoré.

 

643f5a Polignano a Mare, san Vito nella chiesa Madre 

643f5b Polignano a Mare, Pieta nella chiesa Madre 

643f5c Polignano a Mare, Pieta nella chiesa Madre

 

Quelques statues intéressantes participent à la décoration. Ma première photo montre un san Vito (en français saint Guy, martyrisé en 303 sous Dioclétien) du quinzième siècle avec ses deux chiens et sa palme de martyr. Les deux autres sont, au plus tard, du seizième siècle. Si j’ai plaisir à montrer de la Vierge à l’Enfant un détail en gros plan, c’est parce que j’aime bien le visage de Marie, plein d’humanité dans le doux regard, dans le demi-sourire, dans le geste tendrement maternel pour tenir l’Enfant Jésus d’une main posée sur son épaule, et le visage aux joues rebondies de Jésus, bébé souriant et éveillé. La Pietà, elle, avec son visage de femme mûre marqué par le chagrin, avec un Christ qui n’est pas fait comme un Apollon, constitue un ensemble émouvant parce que très humain.

 

643g1 Polignano a Mare, Giuseppe Raffaele Del Drago

 

643g2 Polignano a Mare, Giuseppe Raffaele Del Drago

 

Avant de quitter la place de l’église, nous remarquons une plaque indiquant la maison natale d’un théologien, mathématicien, à qui ses idées et son action républicaines ont valu prison et exil. Il a nom Giuseppe Raffaele Del Drago (1813-1869). Et sur le côté de la place, cet élégant bâtiment blanc qui porte la date de 1561 semble, dans sa partie supérieure, être une église, mais il n’en est évidemment rien car à part le clocher il comporte nombre de fenêtres sur chaque façade et, au rez-de-chaussée, est installé un bar.

 

 

643h Polignano a Mare, Santo Stefano

 

Retournant vers le camping-car pour poursuivre notre route, nous passons devant cette chapelle de Santo Stefano. Son style permet de situer sa construction entre le douzième et le treizième siècles, tandis qu’un document des archives capitulaires daté de 1490 dit que la chapelle était autrefois administrée par le chapitre. Mais un legs de deux terrains a permis à cette chapelle de recevoir une petite rente immobilière qui, jointe aux aumônes des paysans venus prier le saint protecteur contre la grêle, alimentait la vie de la petite communauté. Elle était située juste contre le rempart et la tour de Santo Stefano (elle aussi) qui s’est effondrée au début du dix-neuvième siècle. C’était l’un des quartiers les plus pauvres de la ville et venaient se marier là les couples qui n’avaient pas les moyens de s’offrir une noce à la cathédrale. Par le passé, multiples étaient les petites chapelles de quartier, mais celle-ci est la seule survivante, même si depuis 1863, quand en a été chassée la confraternité qui y était établie, elle n’est plus lieu de culte. Aujourd’hui, et depuis la restauration des années soixante-dix du vingtième siècle, elle abrite une galerie d’art. Avant de poursuivre notre route, j’ajoute que cette dédicace à saint Stéphane dénote une claire influence du monde byzantin et slave.

 

644a1 Monopoli 

644a2 Monopoli

 

Venant de Polignano a Mare, nous nous sommes rendus à Monopoli, située sur la côte à seulement 9 kilomètres en s’éloignant de Bari en direction de Brindisi. Nous nous sommes un peu promenés en ville le soir puis à la nuit tombée avant de repartir dormir ailleurs. Le lendemain jeudi 11 nous nous sommes rendus à Castellana, dont je parlerai dans mon prochain article, et nous sommes revenus à Monopoli où nous avons passé la nuit et que nous avons visitée de nouveau vendredi 12. Je vais donc mêler, pour cette ville, des images du 10 et d’autres du 12, des photos de jour et des photos de nuit puisque nous avons pu profiter de ces deux types d’ambiance. Ci-dessus, la vue que l’on a de la ville abritée derrière ses remparts quand on arrive de la route, puis, contournant les murs, la vue de son joli petit port bien abrité au fond d’une crique.

 

644a3 Monopoli 

644a4 Monopoli 

644a5 Monopoli 

Un site à une douzaine de kilomètres au sud-est de Monopoli, sur la côte, a été occupé de temps immémoriaux. Vers le quinzième siècle avant Jésus-Christ s’y est établi un premier village organisé. Puis une ville se développa, que les Grecs appelèrent Gnathia, puis les Romains, qui s’y installèrent au troisième siècle avant Jésus-Christ, Egnatia. C’était une cité florissante quand, en 545 après Jésus-Christ, est arrivé l’Ostrogoth Totila, élu roi d’Italie en 541 après avoir assassiné son cousin, lequel gentil Totila a gracieusement détruit la ville mais, ne voulant pas trop s’éloigner, il s’établit là où est aujourd’hui Monopoli. Egnatia réussit cependant à survivre jusqu’au neuvième siècle mais ensuite la cité s’est éteinte d’elle-même pour des raisons inconnues. Les habitants de Monopoli sont alors allés  se servir dans les ruines pour se procurer des matériaux de construction. Mais déjà depuis longtemps, ayant hérité d’Egnatia ses fonctions commerciales, Monopoli s’était développée et enrichie. C’est ainsi que la ville est devenue le principal port exportateur d’huile d’olive du royaume de Naples.

 

Particulièrement agréable est le spectacle de ces nombreuses barques peintes en bleu vif, serrées les unes contre les autres dans le port. De nuit, le décor change complètement, mais ne manque pas de charme non plus.

 

644a6 port de Monopoli 

Le 28 août 1971, une violente tempête a provoqué le naufrage d’un navire mais, bravant le danger, les bateaux de pêche de Monopoli sont allés secourir leurs frères marins. Une plaque le rappelle et cette sculpture sur le mur du port évoque l’événement et le courage des marins de Monopoli. La plaque parle du secours apporté mais visiblement, selon l’illustration, il y a eu des victimes.

 

644a7 port de Monopoli 

Pas de justification pour cette photo. Passons. Je l’ai faite uniquement pour mon petit plaisir égoïste de photographe amateur en me baladant sur le port de Monopoli…

 

644b1 Monopoli

 

 

644b2 Monopoli. Make love, not war 

 Longeant les remparts pour arriver au port, suivant cette ligne de beaux immeubles blancs, on rencontre ce château fort du seizième siècle établi sur décision de Charles Quint (Monopoli est tombée dans le giron de l’Espagne en 1529 et est administrée par le vice-roi Pedro de Toledo) et construit de 1544 à 1552. Le rôle défensif a cessé d’être nécessaire au dix-septième siècle, ce qui a valu au château de devenir résidence et lieu de représentation du pouvoir politique. Au dix-neuvième siècle, on s’en est servi de prison, et puis le château a été abandonné. Il a nécessité de longs travaux de restauration pour revenir à l’aspect qu’il avait à l’origine, du fait des modifications dues aux usages successifs et des dégradations dues à l’abandon. Sur un petit promontoire rocheux au sommet des murs à faible distance du château, deux vieux canons ont été maintenus en place. Ils servent, au même titre que les murs de la ville, de support à des graffiti. Et ici comme ailleurs en Italie, un graffito se doit d’être sentimental, d’exprimer l’amour de la façon la plus authentique, la plus originale, la plus exaltée possible. Cela sur le fût de canons… Comment ne pas évoquer la devise soixante-huitarde “Faites l’amour, pas la guerre” ?

 

644c1 Monopoli, cattedrale della Madonna della Madia 

644c2 Monopoli, cathédrale 

644c3 Monopoli, cathédrale

 

Venons-en à la cathédrale. Il ne fait aucun doute qu’il existait à Monopoli une cathédrale romane, parce qu’une inscription sur l’archivolte, qui ne peut qu’avoir appartenu au portail de l’édifice précédent, nous informe qu’en 1107 l’évêque Romualdo a fait construire une cathédrale grâce à une subvention de Robert Guiscard. Le 3 décembre 1741, la décision fut prise d’abattre la cathédrale pour en reconstruire une nouvelle, construction qui dura de 1742 à1772. Déjà, parce que le campanile s’était écroulé en 1686, on en avait construit un nouveau en 1693.

 

644c4 Monopoli, cattedrale della Madonna della Madia

 

La place de la cathédrale est fermée au fond par un grand mur que l’architecte Giuseppe Palmieri a construit en 1785-1786, supportant des statues de saints et de vertus dans des niches et au sommet.

 

644d1 Monopoli, cattedrale della Madonna della Madia 

644d2 Monopoli, cathédrale 

644d3 Monopoli, cattedrale della Madonna della Madia 

 L’intérieur est entièrement recouvert de marqueterie de marbres multicolores ou bien de stucs et autres décorations. Au-dessus du chœur, à six mètres cinquante du sol, une chapelle haute a été aménagée, et c’est de là que j’ai pris la seconde photo ci-dessus. Le côté interne du portail d’entrée ruisselle lui aussi d’or et de couleurs.

 

644d4a Monopoli, cathédrale 

644d4b Monopoli, cattedrale della Madonna della Madia 

On raconte que dans la nuit du 16 décembre 1117, est venu flotter dans le port un radeau fait de poutres sur lequel se trouvait une icône de la Vierge qui porte Jésus bénissant, reproduisant le type de la Madonna dell’Odegitria. Bien entendu, cette icône ainsi que le radeau ont été considérés comme miraculeux. De grandes toiles représentant l’événement sont exposées dans le bas-côté de l’église. Le premier de ces tableaux peints par Michelangelo Signorile en 1732 montre le moment où l’on découvre l’icône sur le radeau qui vient d’aborder dans le port. Puis l’image et les poutres sont portées en procession dans l’église qui –on se rappelle que la construction a commencé en 1107 et que nous ne sommes que dix ans plus tard– n’est pas encore pourvue d’un toit. Chacun de ces tableaux (il y en a quatre en tout), commandés par l’évêque du moment, a été payé 30 ducats.

 

644d5a Monopoli, cathédrale, poutre miraculeuse 

644d5b Monopoli, cathédrale, poutres miraculeuses 

La légende veut que l’évêque Romualdo se soit trouvé à court d’argent pour poser le toit de sa cathédrale, et il se demandait comment il pourrait trouver les poutres nécessaires. Or vivait à Monopoli un homme de bien qui portait une grande dévotion à la Vierge. Il avait nom Mercurio. Il advint qu’une nuit, dans son sommeil, Mercurio entendit une voix céleste lui disant de se lever et d’aller dire à l’évêque que ses poutres étaient dans le port. Dérangé dans la nuit et ne croyant pas aux annonces d’un visionnaire, l’évêque renvoya Mercurio chez lui. Mais la voix redit le message, et Romualdo n’y crut pas davantage. Éconduit une troisième fois, Mercurio se rendit lui-même au port et y vit le radeau. Quand il en informa Romualdo, celui-ci se rendit au port malgré ses doutes et dut bien se rendre à l’évidence, un radeau miraculeux de 32 poutres flottait bien là. Mais sa stupéfaction fut plus grande encore lorsque sur le radeau on découvrit l’icône de la Vierge. On a pensé que ces poutres étaient en cèdre du Liban et avaient traversé la Méditerranée depuis le Proche Orient. Mais une étude très sérieuse de 1960 a montré qu’il s’agissait de pin d’Alep, en revanche ces poutres auraient bien séjourné un certain temps dans l’eau de mer. Lorsque l’on a détruit la cathédrale de Romualdo, on a réutilisé quelques unes des poutres dites miraculeuses et on en a enfermé quelques autres dans ce grand buffet, dans le bas de la cathédrale. Le petit fragment sur la première de ces deux photos est placé à hauteur d’homme pour que chacun puisse voir ce bois de près.

 

644e Monopoli, cathédrale

 

La précieuse icône byzantine, elle, est conservée dans la chapelle haute au-dessus du chœur. Un radeau, en italien, c’est una zattera ou una madia. Aussi parle-t-on de la Madonna della Madia, et la cathédrale est consacrée à Maria Santissima della Madia. Hé oui, c’était pour réserver mes effets si je n’ai pas dit le nom de cette église en commençant…     

 

644f1 Monopoli, cathédrale, Visitation 

644f2 Monopoli, cathédrale, Présentation au temple 

Avant de quitter la cathédrale, je montre ci-dessus à titre d’exemple deux des toiles qui sont aux murs dans des cadres de marqueterie de marbre. La première représente la Visitation et la seconde la Présentation de Jésus au temple. Composition, couleurs, expressions, j’aime bien ces tableaux.

 

644g1 Monopoli, santuario rupestre Madonna del Soccorso 

644g2 Monopoli, santuario rupestre Madonna del Soccorso 

644g3 Monopoli, église rupestre Madone du Secours 

Il y a aussi en ville une petite église du onzième siècle, un sanctuaire rupestre dédiée à la Madonna Soccorso, la Vierge Secours. Hélas, lors de nos divers passages, elle était fermée. J’aurais pourtant bien aimé voir à l’intérieur à quoi elle ressemble parce que cette église rupestre, à la différence de celles que nous avons vues ailleurs, est située en pleine ville, la roche n’apparaît nulle part ni à sa droite ni à sa gauche, et quoique visiblement très ancienne sa façade ne laisse pas présager un caractère rupestre. Je suppose donc qu’elle est souterraine, et que cette porte donne sur un escalier. Je montre en gros plan la sculpture qui surplombe la porte parce que je trouve amusant ce petit Jésus qui roule des yeux en posant sur sa tête une couronne trois fois trop grande pour lui.

 

644h Monopoli, chiesetta di San Vito 

Juste au passage, parce que je ne dispose d’absolument aucune information à son sujet, la jolie petite église de San Vito. Aujourd’hui même, au sujet d’une statue, j’ai eu l’occasion de dire deux mots de ce saint Guy, je ne recommence pas.

 

644i1 Monopoli, chiesa di San Domenico 

644i2 Monopoli, chiesa di San Domenico 

644i3 Monopoli, église Saint Dominique 

Et pour en finir avec cette petite ville de Monopoli si attachante, encore une église, San Domenico. Elle est du seizième siècle et présente une splendide rosace d’une finesse extraordinaire. Je ne sais que penser du Christ aux liens qui trône au-dessus du portail. Formellement très beau, je le trouve bien curieux, assis tête en arrière juste au-dessus de l’entrée. En fait, je crois que c’est surtout son emplacement qui le rend bizarre, et sans doute l’admirerais-je sans réserve s’il se trouvait contre un mur dans l’église.

 

 On le voit, il y a bien des choses à voir à Monopoli, mais c’est son port et ses murailles qui font le charme de cette ville. 

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 19:17

Nous sommes arrivés hier soir à Ruvo di Puglia et, grâce à une adresse donnée en coordonnées géographiques en degrés, minutes et secondes entrées dans notre GPS nous sommes arrivés tout droit à l’espace municipal réservé à l’installation des camping-cars dont nous avions trouvé l’adresse sur Internet. La grille en était close, mais peu importait car nous avions aussi vu que lorsque c’était le cas, hors saison, le commissariat de police dont les coordonnées GPS étaient également indiquées en fournissait la clé. Mais au commissariat, où j’ai été reçu courtoisement, on m’a dit que fermé signifiait fermé… mais je n’avais qu’à aller m’installer au Palasport (le gymnase) dont le parking est calme, et aimablement on m’a expliqué comment m’y rendre. Et de fait, le grand parking était presque vide et quand les lumières du gymnase se sont éteintes les dernières voitures sont parties. Nous étions suffisamment isolés pour mettre en marche notre générateur et avions des provisions d’eau suffisantes pour la cuisine, la vaisselle, les douches.

 

Ruvo di Puglia a vu les premières populations sédentaires s’installer au premier âge du fer, aux neuvième et huitième siècles avant Jésus-Christ. C’étaient des cabanes en bois couvertes de paille disséminées sur le territoire de l’actuelle commune, et l’activité tournait essentiellement autour de la production de poteries à motifs géométriques. Puis, quand les colonies grecques se sont établies dans le golfe de Tarente, à leur contact les populations autochtones ont connu une rapide évolution démographique, économique, culturelle, les habitations se sont regroupées en un centre urbain, se sont construites sur des fondations de pierre et se sont couvertes de tuiles en terre cuite. Cette cité peucétique a fait fortune entre le cinquième et le troisième siècles grâce à son artisanat portant sur la céramique qui s’est développé, ainsi que les activités commerciales, notamment avec les Étrusques et la Campanie d’un côté, avec la Grèce, Athènes et l’Attique, Corinthe du côté de l’est. La ville est située sur la via Minucia qu’Horace emprunte, nous dit-il dans ses Sermones, pour son voyage de Rome à Brindisi, cette route qui sous l’empereur Trajan deviendra la via Trajana lorsqu’il déroutera l’ancienne via Appia à partir de Bénévent pour la faire aboutir non plus à Tarente mais à Brindisi. La ville, alliée à Rome, est autorisée à battre monnaie, avec inscription en grec : les pièces portent, en caractères grecs, RYBASTEINÔN (des habitants de Ruvo). Au cinquième siècle de notre ère, les Goths sont arrivés. Plus de Ruvo. Mais, telle le phénix, elle va renaître de ses cendres.

 

Nous allons voir cela. Mais en attendant, ayant passé la nuit sur place, nous sommes à pied d’œuvre pour visiter la ville. Nous commençons par le musée archéologique parce qu’il n’est ouvert que le matin, mais que nous trouvons fermé. Dans des bureaux, un peu plus loin, nous nous renseignons. Oui, on peut visiter, mais comme il n’y a pas de touristes en cette saison on ouvre à la demande. Et cette charmante personne, accompagnée d’une collègue afin de pouvoir discuter le coup, nous ouvre la porte et reste là dans l’entrée. Quant à la photo, elle ne pose pas de problème, il suffit de remplir un document.

641a1 Ruvo, ceinturon en bronze (5e-4e siècle avant J.-C.)

 

641a2 Ruvo, casque apulo-corinthien en bronze (5e-4e siècl 

Le musée n’est pas immense, mais il comporte de nombreuses pièces intéressantes et suffisamment variées. Je n’en montrerai que quelques unes parce que la journée d’aujourd’hui a été très riche de visites et de découvertes. Ceci est un fragment de ceinturon en bronze datant de la fin du cinquième siècle avant Jésus-Christ ou du début du quatrième, qui représente une scène de chasse au lièvre. Parce que la scène n’est plus très lisible, le musée a eu l’excellente idée d’aider à l’interprétation en donnant une représentation graphique de ce ceinturon. C’est ce dessin que j’ai placé sous ma photo.

 

L’autre photo montre un casque apulo-corinthien datant de la même période. À titre indicatif, je rappelle que l’Apulie est l’ancien nom des Pouilles. J’ai d’ailleurs constaté sur la couverture des éditions anglaises ou allemandes des petits bouquins sur la région que ces langues ont conservé le nom ancien. Ici, la notice se limite à l’origine et à la date, sans aucune explication complémentaire. Si ce casque a été trouvé dans une tombe, peut-être n’a-t-il jamais servi, ce ne serait alors qu’un objet évoquant l’activité militaire du défunt. Mais s’il a servi, je ne comprends pas comment, avec les yeux cachés par du métal, il est possible de combattre. À moins que le casque repose, comme dans les armées modernes, sur la tête, sans descendre sur le visage, les yeux figurés n’étant que décoratifs. Dans le doute, c’est cette solution que je crois devoir retenir, quoiqu’il soit si grand que je ne sais pas trop comment il pouvait ne pas descendre bien bas.

 

641b1 Ruvo, Néréides sur daiuphin et hippocampe (350-340

 

J’ai dit que Ruvo avait une spécialité de poteries célèbres dans tout le monde d’alors. C’est donc logiquement de poteries que je vais maintenant parler. Sur cette amphore de 350-340 avant Jésus-Christ, un cortège de Néréides portent les armes d’Achille. On les voit chevauchant un dauphin à gauche, un hippocampe à droite. Un décor admirable de souplesse et de grâce.

 

641b2a Ruvo, jardin des Hespérides (360-350 avt JC) 

641b2b Ruvo, jardin des Hespérides (360-350 avt JC) 

Sur ce cratère (360-350 avant Jésus-Christ), nous sommes dans le jardin des Hespérides. Par son étymologie, ce nom évoque le soir, le couchant. En effet, les Hespérides sont les nymphes du couchant, et elles sont gardiennes du jardin auquel est attaché leur nom, situé tout à l’ouest, près de l’Île des Bienheureux, au bord de l’océan. Quand la connaissance de la géographie s’est développée, on a localisé ce jardin précisément au pied de l’Atlas. Lorsque la déesse Héra avait épousé Zeus, Gaia (la Terre) lui avait fait présent d’un arbre où poussaient des pommes d’or, sur lequel veille un dragon nommé Ladon, auprès des nymphes. Nous voyons ici ces jeunes filles dans un jardin merveilleux, et le dragon aux cent têtes, (représenté ici par un simple serpent), qui s’enroule autour de l’arbre aux pommes d’or. On ne peut éviter de penser à la Genèse, au Paradis Terrestre, à l’arbre au fruit défendu, au serpent. Il est difficile de dire lequel, du récit de la Bible ou du mythe grec, est le plus ancien, mais il semble que tous deux se soient développés indépendamment l’un de l’autre. En effet, ces pommes d’or peuvent donner l’immortalité, et quand Héraklès part à leur recherche c’est déjà une préfiguration de son apothéose. Rien à voir avec le fruit qui va faire bannir du Paradis Terrestre le premier couple et marquer toute sa descendance du péché originel. Ladon n’est pas le tentateur, symbole du mal, qui obtient que la faute soit commise, il est un gardien apprécié des Hespérides. Selon une version de la légende, Héraklès va le tuer, mais selon la légende la plus courante, il va voir Atlas qui porte le monde sur ses épaules et lui propose de le remplacer dans cette tâche pendant qu’Atlas va chercher les pommes d’or. Trop heureux, Atlas accepte et quand il revient il dit à Héraklès qu’il ira lui-même les porter. Héraklès feint d’accepter mais demande seulement à Atlas de reprendre un instant le monde, juste le temps de glisser un coussin sur ses épaules. Atlas accepte, pose les pommes d’or à terre, reprend le monde, et Héraklès en profite pour se saisir des pommes et s’enfuit en courant.

 

641b3a Ruvo, combat entre Grecs et Amazones (420-400 avt JC 

641b3b Ruvo, combat entre Grecs et Amazones (420-400 avt JC 

Ce cratère est nettement plus ancien (420-400 avant Jésus-Christ). Il représente différentes scènes de combat entre les Grecs et les Amazones. Sur la scène du haut, le héros grec porte une peau de bête, il semble que ce soit une dépouille de lion, et il combat avec un gourdin. Cela le désigne comme étant Héraklès. Je viens de parler de l’un de ses travaux, aller chercher les pommes d’or, en voici un autre, rapporter la ceinture d’Hypolitè, la reine des Amazones. Elle aurait bien accepté de donner sans problèmes sa ceinture, mais Héra était jalouse d’Héraklès, alors elle fomenta une révolte chez les Amazones, obligeant la reine à refuser. Héraklès dut livrer combat, tuer Hyppolitè pour lui prendre sa ceinture, partir en combattant. Il était aidé de Thésée, qui ne partit pas les mains vides, mais en enlevant Antiopè, l’une des Amazones. Du coup, tout le peuple des Amazones s’est rendu à Athènes faire la guerre. Mais Thésée et les Athéniens ont été vainqueurs.

 

641c1 Ruvo, mur aragonais 16e siècle

 

641c2 Ruvo, mur aragonais 16e siècle 

Nous quittons le musée et allons faire un petit tour de découverte de la ville, prenant doucement la direction de la cathédrale. Cela nous fait passer devant cette tour, et une autre qui est sa jumelle un peu plus loin. Elles font partie des restes des murs aragonais datant du seizième siècle. Dans les fortifications s’est installé un palazzo, sur la façade duquel se découpe cette belle fenêtre.

 

641d Ruvo, Beaujolais et vin local 

Sur la vitre d’un marchand de vins est collée cette affiche. Parce qu’elle fait référence à notre célèbre Beaujolais national, elle a bien entendu attiré mon attention émue. “De Beaujolais à Ruvo di Puglia, histoire du vin nouveau, de la coopération, de la cave Grifo. Table ronde avec la participation de journalistes, d’un sommelier, du président de la cave”. Beau sujet, mais pas d’intervenants hautement qualifiés.

 

641e Ruvo di Puglia, cathédrale de l'Assunta 

Mais allons plutôt voir la cathédrale. Très tôt, sans doute dès le sixième ou le septième siècle, Ruvo a été le siège d’un évêché. Des fouilles sous la cathédrale ont révélé les restes d’un édifice de culte en relation avec saint Clet, premier évêque de Ruvo. Pour une raison inconnue et à une date indéterminée mais avant le onzième siècle, une basilique préromane a remplacé cet édifice initial. Elle était de grandes dimensions, comme les cathédrales des siècles suivants, et bâtie au-dessus de la première église. Détruite par un tremblement de terre, elle a offert ses fondations à la fin du douzième siècle pour la construction de la cathédrale grandiose que nous voyons aujourd’hui, dédiée à Santa Maria.

 

641f1 Ruvo di Puglia, cathédrale de l'Assunta 

641f2 Ruvo di Puglia, cattedrale dell'Assunta 

La construction a duré longtemps, jusqu’aux années 1230-1240 au moins, la fin des travaux ayant été financée par cet empereur Frédéric II dont on dit pourtant qu’il n’avait d’intérêt que pour la construction de châteaux. Et durant toutes ces années, les plans ont évolué. Non seulement la tour clocher, détachée de l’église, est antérieure à sa construction, elle appartenait aux fortifications préexistantes de la cité, mais que l’on regarde cette façade, le bas avec ses portails est clairement roman, puis cette élévation vers la partie supérieure évoque le gothique naissant. Quand on décida de construire des tribunes le long de la nef, on suréleva le toit, et quand on renonça aux tribunes on ne monta pas davantage les murs extérieurs, ce qui donne cette curieuse toiture en très forte pente. En outre, les constructeurs ont toujours été tentés par le style des églises du nord de l’Europe, sans pour autant renoncer au style local, ce qui donne des mélanges audacieux mais intéressants.

 

641f3 Ruvo di Puglia, cathédrale de l'Assunta, Frédéric 

Tout en haut de la façade, ce petit personnage tenant un livre a beaucoup intrigué les chercheurs. Ce n’est ni le Christ, ni un saint sans auréole et non identifié. Certains font le rapprochement avec le Virgile de Mantoue (que je ne connais pas) et y voient la symbolisation d’un érudit, mais on se demande pourquoi placer là un érudit. D’autres pensent que ce peut être une figure apocalyptique portant sur ses genoux le livre des sept sceaux, mais rien dans la représentation, dans l’attitude, ne le suggère particulièrement, c’est une supposition plausible mais totalement gratuite. Une croyance très ancienne, dont il n’est pas exclu qu’elle remonte à l’origine et qu’elle soit donc fondée, y voit la représentation de l’empereur Frédéric II situé à cette place d’honneur parce qu’il a financé la fin des travaux. Lisant cette explication, je pense que, parce que c’était un érudit, parce qu’il avait commis un livre sur la fauconnerie, ce serait la raison du livre sur ses genoux. Et je me dis alors que je ne vois pas pourquoi, dans mes lectures, personne ne suggère de relier la première explication à la troisième : on veut représenter Frédéric II en érudit, on lui prête alors les traits du grand Virgile. Des rois se sont fait représenter en empereurs romains, Ronsard en poète latin couronné de lauriers, je ne vois pas pourquoi l’empereur souabe n’aurait pas pu subir le même sort. Mais ce serait alors un coup dur pour le musée du château de Barletta (notre visite du 24 octobre) qui s’enorgueillit de posséder le seul et unique portrait de Frédéric II réalisé de son vivant, car si cette statue le représente, elle a été réalisée de son vivant pour le remercier de son don. Et en le regardant bien, je me dis que les deux visages, sans se ressembler vraiment, ont quand même quelque chose de commun. Quoi qu’il en soit, ce ne sont que des suppositions.

 

641f4 Ruvo di Puglia, cathédrale de l'Assunta 

Lorsque l’on regarde la façade de loin, comme sur ma première photo, on a l’impression que, mise à part sa splendide rosace, elle est toute simple. Je n’ai parlé que du supposé Frédéric II. Mais en y regardant de plus près, on remarque aussi au-dessus du portail un petit œil de bœuf, ou plutôt une seconde rosace beaucoup plus petite mais d’un dessin très fin et élégant. De plus, quatre sculptures l’encadrent (celle du haut est très abîmée) et un visage souriant orne sa partie supérieure.

 

641g1 Ruvo di Puglia, cattedrale dell'Assunta 

641g2 Ruvo di Puglia, cathédrale

 

Et puis il y a le portail, dont tout le tour est couvert de sculptures sur trois niveaux successifs, et qui est en outre surmonté d’un bandeau en arc de cercle représentant le Christ en gloire entouré du chœur des anges.

 

641g3 Ruvo di Puglia, cattedrale dell'Assunta 

De part et d’autre des extrémités du bandeau, un grand griffon tient entre ses pattes une tête humaine. Le griffon, oiseau de la tête aux ailes et lion pour le reste du corps, évoque la double nature du Christ, à la fois Dieu et homme. On peut donc supposer que ce qu’il a entre ses pattes n’est pas une victime mais le destin de l’homme, chacun ayant la liberté de choisir la voie du bien ou celle du mal, celle des tentations humaines ou celle des enseignements de l’évangile. Mais même en dehors de sa signification, ce griffon est magnifique.

 

641h1 Ruvo di Puglia, cathédrale de l'Assunta 

641h2 Ruvo di Puglia, cathédrale de l'Assunta

 

Le long des pentes du toit sur la façade comme sur toute leur longueur sur les flancs de l’église, des têtes humaines, d’animaux, de monstres alternent avec des motifs végétaux ou simplement décoratifs. On peut en voir sur mes deux photos ci-dessus, mais aussi sur ma photo de la rosace ou sur celle du supposé Frédéric II. Tout cela montre que cette cathédrale est très belle, infiniment plus décorée vue de près qu’on ne peut l’imaginer en la voyant de loin. Mais puisque nous ne pouvons y pénétrer, il est temps de partir vers notre prochaine étape.

 

641i Ruvo di Puglia 

Une remarque pourtant en nous éloignant. Nous avons pu prendre nos photos tranquillement malgré une petite averse qui n’a pas duré, parce que des voitures ne passaient pas perpétuellement entre nos objectifs et nos sujets, parce que personne ne surgissait subitement dans le champ et en gros plan au moment où nous déclenchions. Car c’était l’heure de la sieste, rite sacré en Italie du sud. Ces trois habitants de Ruvo en sont la parfaite et authentique illustration.

 

642a1 Bitonto, cattedrale Santa Maria e San Valentino

 

Nous avons donc quitté Ruvo pour nous rendre à Bitonto, à une vingtaine de kilomètres plein est, tout près de Bari. La ville est située dans un méandre d’une rivière encaissée, dans les versants de laquelle des grottes naturelles ont, dès l’Âge du Bronze, au quatorzième siècle avant Jésus-Christ, accueilli des populations. Puis à l’Âge du Fer une ville a commencé à se développer et au quatrième siècle avant Jésus-Christ c’est un centre important de la civilisation peucétique. Au troisième siècle, la ville se range aux côtés de Rome en tant que cité associée et est autorisée à frapper monnaie avec l’inscription BYTONTYNON. Un document du deuxième siècle de notre ère la signale comme relais routier sur la via Trajana. En 975, les Sarrasins d’Ismaël occupent Bitonto, mais le Byzantin Zacharie la reprend peu après. Les Normands lui redonnent vie et autonomie au onzième siècle, et au douzième commence la construction de la cathédrale.

 

Les objets sacrés de la cathédrale datent de l’époque de Frédéric II, ce qui fait dire à certains que l’église a été construite au treizième siècle, mais cette thèse est insoutenable, d’abord parce qu’en 1085 Robert Guiscard finance sa construction, ensuite parce qu’à la fin du dix-neuvième siècle a été trouvée une pierre tombale (disparue depuis) au nom d’un évêque de Bitonto du nom de ARNULPHUS, datée de 1089. La ville était donc déjà le siège d’un évêché et il aurait été impensable d’avoir un évêché avec son évêque mais sans cathédrale. Par conséquent cette cathédrale fin onzième, début douzième siècles, à l’époque de Frédéric II au treizième siècle a été l’objet d’un lifting pour la faire ressembler à Saint Nicolas de Bari, pour des raisons d’affinités politiques entre les deux cités voisines.

 

En 1417, Bitonto tombe sous le joug féodal et en à peine un siècle et demi va connaître cinq inféodations successives jusquà ce qu’en 1551, pour le prix de soixante six mille ducats, elle rachète sa liberté et son indépendance.

 

642a2 Bitonto, cattedrale Santa Maria e San Valentino 

En 1731, une forte secousse tellurique a ébranlé les Pouilles, mais la cathédrale de Bitonto a été épargnée, et l’on a attribué cette grâce à l’intervention de Marie. Aussi l’évêque Gatta (1723-1737) fit-il élever en l’honneur de la Vierge Immaculée cet obélisque surmonté de la statue en bronze de Marie.

 

642a3 Bitonto, cathédrale Sainte Marie et Saint Valentin 

Non, ceci ne représente pas un griffon qui aurait troqué sa tête d’oiseau pour celle d’un animal d’ailleurs difficilement identifiable. Car cette tête bizarre est celle d’un lion, comme tout le reste du corps, ailes exceptées. En effet, sous la tête de l’animal, une inscription dit que c’est saint Marc l’évangéliste qui, comme chacun sait, est accompagné d’un lion. Et les ailes, fréquentes dans les représentations anciennes, sont celles du messager de Dieu, puisque l’évangile est la parole de Jésus, Verbe de Dieu.

 

642b1 Bitonto, cathédrale Sainte Marie et Saint Valentin 

642b2 Bitonto, cathédrale Santa Maria et San Valentino 

Tournant le long de l’église, nous sommes maintenant devant la façade, avec sa grande rosace entourée de deux lions qui n’ont guère l’air aimable, ils montrent les dents et froncent les sourcils.

 

642b3 Bitonto, cathédrale Santa Maria et San Valentino 

642b4 Bitonto, cathédrale Santa Maria et San Valentino 

642b5 Bitonto, cathédrale Santa Maria et San Valentino 

La façade de la cathédrale Santa Maria et San Valentino de Bitonto est réellement très semblable à celle de la basilique Saint Nicolas de Bari, avec ses trois portails. Celui du centre est encadré comme tous ceux de cette époque par deux lions, qui sont ici en bien mauvais état mais cela est dû, paraît-il, aux jeux turbulents des enfants au cours des siècles. Je veux bien... En haut, comme à Ruvo, ce sont deux griffons, mais auxquels je trouve ici moins de fierté, moins de beauté.

 

642b6 Bitonto, cattedrale Santa Maria e San Valentino 

Le tympan, lui, est extrêmement intéressant. Dans la partie supérieure, on voit sans doute possible le Christ avec dans la main gauche une croix à double traverse, mais pour les autres personnages, parmi lesquels on distingue des rois couronnés, je serais bien incapable de les identifier. Un chercheur nommé Felice Moretti propose des noms. De sa main droite, le Christ tient Adam par le poignet, lequel est suivi d’Ève qui pose ses mains sur les hanches de son mari, et enfin au bout à gauche Seth une main levée, l’autre sur la poitrine. Sur la moitié droite, on a d’abord le roi David la main sur la harpe, puis Jean Baptiste et enfin le roi Salomon. Bien que personne n’explique le motif de la petite taille de Salomon, par exemple, je pense qu’il n’y en a aucun, sinon la dimension décroissante du tympan du centre vers les bords.

 

La partie inférieure, sur l’architrave, ne pose en revanche aucun problème parce qu’une légende accompagne chaque personnage. Et de plus, même sans légende, l’interprétation est plus facile. De gauche à droite, une Annonciation avec l’archange Gabriel et Marie, la Visitation avec Élisabeth et Marie, les mages Gaspard, Balthazar et Melchior qui viennent adorer Jésus assis sur les genoux de Marie, et pour finir c’est la présentation au temple avec Marie, Jésus, Siméon.

 

Natacha était encore en train de prendre des photos de cette façade, alors que moi je repartais voir le flanc de la cathédrale, appareil photo en main. Un Monsieur s’est alors approché et m’a demandé si j’étais aussi intéressé par la visite de l’intérieur. Proposition que j’ai aussitôt acceptée avec joie et ainsi, ayant appelé Natacha de toute urgence, nous sommes entrés compléter une visite passionnante.

 

642c Bitonto, cathédrale 

Sur le flanc de la cathédrale, à l’extérieur, nous avons vu que des arcades forment des niches profondes. Il en était ainsi à l’origine, mais dès 1332, un personnage de Bitonto finance l’ouverture du mur au fond de l’une de ces niches et sa fermeture à l’extérieur, pour ainsi créer une chapelle latérale où il se fait ensevelir. Peu à peu, il en est allé de même avec les autres arcades, mais une restauration de 1933 a heureusement fait démolir ces chapelles qui dénaturaient le projet architectural initial, ce qui à la fois a rendu à l’extérieur la légèreté du mur et a restitué à l’intérieur la simplicité du plan basilical à nef centrale et deux bas-côtés.

 

642d1 Bitonto, cathédrale 

Cette cuve baptismale est d’origine et elle n’a jamais bougé de son emplacement. C’est un très beau bac monolithique décoré d’arcades sur lesquelles sont sculptées des grappes de raisin et des feuilles de vigne.

 

642d2 Bitonto, cathédrale 

642d3 Bitonto, cathédrale

 

642d4 Bitonto, cathédrale 

L’un des clous de cette cathédrale, c’est son ambon. Si l’on se penche pour voir sous son plancher, on peut lire l’inscription que j’ai photographiée ci-dessus : “Nicolaus, prêtre et maître, a réalisé cette œuvre l’année 1229”. Mais au dix-septième siècle, quand le concile a voulu s’opposer à la Réforme, cela ne s’est pas limité à ce que les Jésuites fassent ruisseler leurs églises de baroque pour leur montrer, à ces Protestants, ce que l’on en fait de leur désir d’austérité, mais la Contre-Réforme a consisté en un vrai renouveau de la syntaxe liturgique. Dans ce contexte, l’ambon était superflu et devenait gênant, aussi l’a-t-on démonté mais lorsque l’on a restauré l’église pour lui rendre son aspect ancien on a récupéré les morceaux, ou du moins ceux qui restaient (il manquait notamment l’un des escaliers), et on a reconstitué ce que l’on a pu en utilisant, par exemple, des colonnettes du dix-huitième siècle qui ne sont pas du tout dans le style. Je joins la photo de l’aigle de saint Jean vu de profil, parce que son ventre rebondi et ses ailes en arrière lui donnent un air de bon bourgeois en jaquette.

 

642d5 Bitonto, la cattedrale 

Celui des deux escaliers de l’ambon qui a été récupéré présente ces quatre personnages. En bas à gauche, assis sur son trône et portant la couronne impériale c’est Frédéric Barberousse. On le voit transmettre son sceptre à son fils qui, à sa mort en 1190, lui succède sous le nom de Henri VI. Or quatre ans auparavant, en 1186, Henri avait épousé Constance de Hauteville, la fille de Roger II roi de Sicile, et le troisième personnage que l’on voit sur cet escalier, coiffé de la couronne de Jérusalem, est le fils de Constance et Henri, qui deviendra l’empereur Frédéric II. Enfin, tout en haut à droite, c’est Conrad, le fils de Frédéric II qui sera placé par son père sur le trône d’Allemagne. Visiblement, il s’agit d’une commande de Frédéric II voulant affirmer dans sa généalogie la puissance temporelle de la maison de Hohenstaufen. Un codex conservé à l’Université d’Erlangen fait état du sermon que le prêtre Nicolaus (celui qui a fait cet ambon) a prononcé l’été 1229 (année où a été réalisé et signé l’ambon) en présence de l’empereur Frédéric II de retour de Croisade, si l’on peut appeler ainsi sa démarche puisqu’au lieu d’aller guerroyer en Terre Sainte il s’était rendu en Égypte pour y rencontrer le sultan, lequel avait la main sur la Palestine, et avait obtenu pacifiquement un accord pour la restitution de Jérusalem, Bethléem, Nazareth et pour le bénéfice d’un accès à la mer.Je parlais tout à l'heure de la représentation de Frédéric II à Barletta, qui ne serait pas la seule réalisée de son vivant si la statue sur la façade de la cathédrale de Ruvo di Puglia le représente également. Or voici une troisième représentation de lui, alors qu'il est bien en vie, mais ici il ne ressemble en rien aux deux autres, avec ce visage rond aux joues rebondies.

 

642e1 Bitonto, cathédrale, le griffon 

642e2 Bitonto, cathédrale, le griffon 

On savait donc que l’on avait une cathédrale des douzième et treizième siècles. Or il y avait une curieuse différence de niveau entre la grande nef et le bas-côté gauche, que l’on ne s’expliquait pas. Alors, en mai 1991, on a voulu comprendre, on a cassé le sol et là, surprise archéologique merveilleuse, on a découvert que cette cathédrale avait été construite sur une basilique paléochrétienne qui avait conservé bien des choses intéressantes. Ce qui n’était au départ qu’une simple enquête architecturale s’est alors transformé en une campagne de fouilles approfondies, et l’on est allé de surprise en surprise, remontant jusqu’à des murs de villas romaines antérieures à la basilique paléochrétienne, des fragments de poteries grecques, etc.

 

Entre autres découvertes, ce griffon merveilleux ornait le sol d’une tour détachée de l’édifice principal. Ma première photo le montre vu d’en haut, un cercle dans le sol de la cathédrale actuelle ayant été ouvert et seulement vitré de façon que l’on puisse l’admirer commodément. Lors de ma deuxième photo, nous étions descendus au niveau des fouilles, ce qui ne permet de le voir que couché et, de plus, je l’ai pris à l’envers…

 

642f1 Bitonto, cathédrale, vasque romaine 

Ceci est une vasque d’époque romaine, au pied des murs d’une villa. Je ne vais pas m’attarder à montrer tous les murs, carrelages (sans belles mosaïques) qui ont été mis au jour, ce n’est pas spectaculaire à voir, c’est seulement intéressant à savoir.

 

642f2 Bitonto, cathédrale, tombes paléochrétiennes 

Pendant des siècles, bien après l’ensevelissement de la basilique paléochrétienne, on a ouvert le sol de la cathédrale pour y enterrer des centaines de personnes et sans se préoccuper de ce qu’était cette vaste surface de sous-sol. C’est ainsi que sur la droite de ma photo il y a une tombe paléochrétienne, mais sur la gauche ce sont des tombes plus récentes. Ailleurs, a été mis au jour un ossuaire.

 

642f3 Bitonto, cathédrale, fragment d'un ancien portail 

Bien proprement empilés dans un coin, sans doute avec l’idée de les réutiliser un jour, on a retrouvé des pierres sculptées provenant à n’en pas douter de l’entourage de portails préromans. Ainsi ce lion à l’épaisse moustache. Il y a aussi d’autres animaux et des décors végétaux.

 

642f4a Bitonto, cathédrale, monnaie 1028-1034 

642f4b Bitonto, cathédrale, monnaie du XVe siècle 

Ces pièces de monnaie ont été également retrouvées dans le sous-sol. La première, en bronze, a été émise par Romain III Argyrus, empereur de Byzance de 1028 à 1034. Elle représente, quoiqu’elle soit passablement usée, un buste du Christ tenant dans sa main gauche un livre de psaumes. La seconde pièce, probablement du quinzième siècle, est en argent pur. Je ne dispose d’aucune explication pour le texte dans le cercle où s’inscrit la croix, que je ne parviens pas à déchiffrer.

 

642g1 Bitonto, cathédrale, crypte 

642g2 Bitonto, cathédrale, crypte 

Mais laissons l’église paléochrétienne et toutes ses richesses archéologiques pour nous diriger vers la crypte, qui épouse les dimensions du transept sous lequel elle est située. Elle est peuplée de trente colonnes. Sur ma seconde photo, à l’extrême droite, à moitié cachée par la dernière colonne, on peut apercevoir une Vierge du dix-huitième siècle en marbre. En 1734, les Bourbons d’Espagne sont en guerre contre les Autrichiens dans le sud de l’Italie. Les Autrichiens, évaluant qu’en cas de difficultés Bari n’autorisait aucune voie de retraite, s’établissent à Bitonto. Les Espagnols sont commandés par le général Montemar. Le 24 mai, au terme de neuf heures de combats acharnés, les Espagnols remportent une victoire écrasante. Ils prennent 15 drapeaux, 24 étendards, 23 canons, des armes, des munitions, et font des milliers de prisonniers. Puis, comme Bitonto avait accueilli et soutenu les Autrichiens, Montemar décide de mettre la ville à sac. Mais dans la nuit du 26 mai, cette statue de la Vierge que l’on aperçoit sur ma photo lui apparaît en rêve et lui demande d’épargner la ville, qu’elle qualifie ‘la prunelle de mes yeux’.

 

642g3a Bitonto, cathédrale, chapiteau de la crypte

 

642g3b Bitonto, cathédrale, chapiteau de la crypte 

Les chapiteaux des trente colonnes de la crypte sont tous différents. En voici deux exemples. Le premier, comme c’est l’usage dans les églises romanes, représente des monstres. Quant au second, ces personnages dotés de grandes ailes évoquent des anges, mais leur visage n’est guère avenant, et surtout le bas de leur corps est celui d’un singe. Alors ou bien ce sont d’autre genres de monstres, ou ce sont des anges déchus, des démons.

 

642g4 Bitonto, cattedrale, cripta 

Et puisque je parle de colonnes, remontons quelques instants l’escalier de gauche de la crypte pour regarder une demi-colonne à mi-hauteur. Au-dessus d’un homme, jambes ployées, grimaçant sous le poids de la colonne qui repose sur ses épaules et sur ses mains, on trouve un être barbu dont le corps se termine par une double queue de poisson. Selon une légende profondément ancrée dans la croyance populaire pendant de nombreux siècles, il s’agit de Colapesce, autrement dit Nicolas le Poisson, qui vivait dans la mer du détroit de Messine, chevauchait les vagues et, lorsque des bateaux se trouvaient en difficulté dans des tempêtes, il allait à leur secours, nageant sous leur coque, appelant les marins par leur nom, les guidant de ses signes vers des eaux calmes. Ayant appris ce phénomène, Frédéric II se rendit sur place, puis en présence du peuple assemblé il lança une tasse d’or à la mer et appela Colapesce pour lui demander d’aller la repêcher. Colapesce apparut, plongea et rapporta la tasse. Sous les yeux du peuple en liesse, il répéta l’opération sous les vivats tant et tant de fois qu’épuisé il ne put remonter à la surface et périt dans cette mer où il avait toujours vécu. Sa célébrité ne s’est pas limitée au détroit de Messine, comme on le voit par cette représentation à bien des kilomètres du théâtre de ses exploits.

 

642h1 Bitonto, cathédrale, crypte, Annonciation 

642h2 Bitonto, cathédrale, crypte, sainte Thècle 

642h3 Bitonto, cathédrale, crypte, présentation au temple 

642h4 Bitonto, cathédrale, crypte, présentation au temple 

Par ailleurs, les murs de cette crypte conservent de très belles fresques médiévales dont voici quelques exemples. D’abord, nous voyons une Annonciation où un ange juvénile aux cheveux roux s’adresse mains jointes à Marie, debout, une main levée en signe d’hésitation, de doute. Ma deuxième photo montre sainte Thècle, une très jeune fille qui, au premier siècle de notre ère, a entendu en se cachant les propos de l’apôtre saint Paul adressés à d’autres lors de son passage dans sa ville d’Iconium (aujourd’hui Konya, en Turquie d’Asie). Convaincue, elle décide de consacrer sa vie à Dieu. Furieux de cette conversion, sa mère et son fiancé la dénoncent au gouverneur, lequel décide qu’elle sera brûlée vive sur un bûcher. Un orage miraculeux éteint le feu, Thècle peut se sauver et rejoindre saint Paul. La troisième fresque que je montre est une grande composition de la Présentation de Jésus au temple. Je joins un grandissement d’un détail de la fresque, saint Joseph apportant les deux colombes rituelles et le visage de Marie.

 

642i Bitonto, cathédrale, crypte, Christ Passion 

Je terminerai notre visite de la crypte et de la cathédrale de Bitonto par ce Christ aux liens, appelé Christ Passion, qui est une œuvre du seizième siècle. Je le trouve particulièrement impressionnant et émouvant.

 

642j1 Bitonto, Valentino Vito 

642j2 Bitonto, Valentino Vito 

(Les deux photos ci-dessus ont été prises par Natacha) Oui, je termine la visite, mais pour conclure je voudrais dire un mot de ce personnage que j’ai seulement évoqué alors que je me trouvais à l’extérieur. C’est l’homme qui nous a proposé cette visite, qui est un accompagnateur volontaire des visiteurs, et qui le fait par passion et par conviction. Son nom est Valentino Vito. Sa gentillesse et son dévouement méritent d’être soulignés. De plus, il nous a montré avec simplicité ce que peint sa femme et ce qu’il sculpte et, sa modestie dût-elle en souffrir, je peux dire que c’est un couple d’artistes. Alors un grand merci à vous, Monsieur Vito, et toutes mes félicitations.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 21:48

640a1 Matera, crypte du Péché Originel

 

640a2 Matera, église rupestre du Péché Originel 

Nous sommes installés dans un agrotourisme extrêmement agréable, où l’on nous sert pour un prix plus que raisonnable des repas copieux et savoureux, et où l’on s’efforce de faire en sorte que nous nous sentions bien. Par exemple, parce que le domaine est à plusieurs kilomètres de la ville et qu’il est difficile de s’y rendre en camping-car, on nous emmène en ville en voiture et il nous suffit d’appeler au téléphone pour que l’on revienne nous chercher. Le service est personnalisé, en voiture particulière, je ne peux appeler cela du nom conventionnel de navette gratuite.

 

Aujourd’hui, pour nous éviter d’avoir à le faire nous-mêmes, les personnels ont téléphoné pour prendre en notre nom rendez-vous avec un guide qui va nous prendre à domicile, nous faire découvrir à une quinzaine de kilomètres une merveilleuse petite église rupestre perdue dans une vallée encaissée sans économiser son temps, puis nous ramener, le tout pour la somme dérisoire de huit Euros par personne.

 

640a3 Matera, Cripta del Peccato Originale 

La vallée est belle et sauvage, et jusqu’en 1963 la grotte servait de bergerie occupée par des bergers avec leurs brebis, quand quatre membres d’une association, Il Circolo La Scaletta di Matera, l’ont découverte, puis une fondation, la Fondazione Zetema, l’a restaurée. Et dans ce cadre splendide, on a construit ce hideux viaduc ferroviaire que, de plus, on n’achèvera pas et qui ne servira jamais mais que l’on n’envisage pas non plus de démolir. Désolant.

 

640b1 Matera, crypte du Péché Originel

 

640b2 Matera, crypte du Péché Originel 

Encore heureux qu’à l’intérieur on ne le voie pas. Car là, c’est un éblouissement. Les murs sont couverts de fresques du neuvième siècle. Des Bénédictins installés en face, de l’autre côté de la vallée, avaient ici leur oratoire et c’est l’un d’eux, un anonyme que l’on appelle conventionnellement le Peintre des fleurs de Matera à cause du décor floral qui accompagne les scènes bibliques, qui a peint tout cela dans le style bénédictin de Bénévent, mais réinterprété sous les influences lombardes. La photo ci-dessus permet de comprendre à la fois le surnom donné à l’artiste auteur de ce parterre fleuri et le nom de cette crypte, la Crypte du Péché Originel, même si les bergers qui l’utilisaient l’appelaient la Grotte des Cent Saints.

 

640c Matera, crypte du Péché Originel 

Mais voyons un peu à quoi tout cela ressemble. Sur le mur de droite en entrant, une fresque est liée à l’Ancien Testament. On part de la création de la lumière dans les ténèbres, à gauche, pour arriver au péché originel dont je viens de montrer le détail.

 

640d1 Matera, crypte du Péché Originel 

Le texte dit Fiat lux, c’est-à-dire Que la lumière soit (et non pas une voiture italienne haut de gamme !), et l’on voit cette femme brillante, bras levés, qui symbolise la lumière. Elle n’est pas une figure allégorique de la lumière, elle est la lumière.

 

640d2a Matera, crypte du Péché Originel 

640d2b Matera, Cripta del Peccato Originale 

Immédiatement en-dessous, cette scène de lavement des mains. C’est, bien entendu, un rite de purification, mais je ne sais pas à quels personnages bibliques il se rapporte, ni pourquoi il se trouve ici.

 

640d3 Matera, Cripta del Peccato Originale 

Sur la partie droite du panneau, on en vient à Adam et Ève. Sur la gauche, c’est la scène de la création d’Ève, que Dieu (dont on voit les doigts dirigés vers la tête d’Adam) fait sortir du corps d’Adam. Elle s’extrait curieusement du bas de son dos et de ses fesses, alors qu’en principe elle a été façonnée d’une de ses côtes, ce qui suppose une bizarre anatomie… Puis autour du tronc de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, le serpent tentateur s’enroule et face à lui Ève l’écoute et s’interroge. C’est peut-être ce dessin que je trouve le plus admirable, cette femme la main sur la bouche et les genoux légèrement fléchis dans une attitude de doute. Enfin, tout à droite, c’est le moment où Ève tend la pomme à Adam, sur la scène que j’ai montrée en gros plan au début.

 

640e Matera, Cripta del Peccato Originale 

L’autre panneau, celui que l’on voit de face en entrant, représente les archanges et le Nouveau Testament. C’est en son milieu que se trouvait l’autel pour les célébrations.

 

640f1 Matera, église rupestre du Péché Originel 

640f2 Matera, église rupestre du Péché Originel 

640f3 Matera, église rupestre du Péché Originel 

Ici nous voyons la Vierge portant l’Enfant Jésus. Elle est entourée de deux saintes qui les montrent de la main. Marie est habillée en impératrice, je trouve qu’elle est très byzantine.

 

640g1 Matera, crypte du Péché Originel 

640g2 Matera, crypte du Péché Originel 

Dans une autre des petites absides creusées dans ce panneau, on voit les archanges Gabriel et Raphaël. Ah, je suis heureux, mon fils, que tu n’aies pas la tronche de ton saint patron. Mais les qualités de l’archange Raphaël, je sais que tu les as.

 

640h Matera, crypte du Péché Originel

 

Dans cette crypte, tout est intéressant et tout mériterait une photo de détail. Je dois me contenir, et je m’arrêterai là, avec cette image de saint Pierre dont les clés écrivent le nom, une trouvaille. Et cette main droite (à gauche sur la paroi) est plus que bizarre, elle comporte bien cinq doigts, mais aucun n’est un pouce. Quant à l’autre main, celle qui porte les clés, elle comporte bien un pouce, mais la torsion de l’auriculaire indépendant des autres doigts est curieuse. De plus, au-delà et venant toucher le pouce, apparaît une forme qui ressemble à un sixième doigt. Je ne pense pas qu’il y ait une explication ésotérique à ces dessins, mais je crois plutôt que c’est une exécution naïve d’une partie du corps particulièrement difficile à dessiner. Par voie de conséquence, bien loin de me choquer, ces imperfections renforcent le charme du dessin.

 

640i1 Diego De Angelis 

640i2 Diego De Angelis et moi

 

Ces deux photos ont été prises par Natacha. En commençant, j’ai dit que notre guide était remarquablement généreux de son temps. Très bien documenté, érudit, patient, ce n’est pas un guide ordinaire. Il est membre de cette société coopérative en charge de la crypte. Il nous a expliqué entre autres comment la famille de Vincenzo Dragone, à qui appartient le terrain et donc les profondeurs en-dessous de la surface du sol, avait fait don de cette crypte à cette association, comment des techniques de restauration et de conservation nouvelles, pouvant servir de modèle ailleurs, avaient été mises en œuvre, et puis il nous a donné tous les éclaircissements nécessaires pour nous aider à comprendre ce que nous avons vu. Ce jeune homme s’appelle Diego De Angelis. Bravo et merci, Diego.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 20:01

639a1 Matera, le site

 

639a2 Matera, le site 

 

 

639a3 Matera, les grottes

 

En 1973, l’UNESCO inscrit Matera à l’inventaire du patrimoine de l’humanité "en tant qu’exemple intact et notable d’habitations troglodytiques dans la région méditerranéenne, parfaitement adaptée au terrain et à l’écosystème local". Ces habitats troglodytiques que l’UNESCO qualifie ainsi, organisés et urbanisés, constituent ce que l’on appelle les sassi (les roches, les pierres). Mes photos ci-dessus montrent un ravin (une gravina, en italien) et des grottes naturelles qui ont été habitées mais qui n’ont pas donné lieu au développement d’un sasso, comme cela a été le cas dans la vallée voisine.

 

En 726, l’empereur de Byzance Léon III l’Isaurien promulgue un décret ordonnant la destruction de toutes les icônes, images et statues sacrées, dans toutes les provinces de l’empire. C’est ce que l’on appelle la lutte iconoclaste. Des milliers de moines basiliens (sectateurs de saint Basile le Grand, qui a fondé l’église grecque au quatrième siècle) s’enfuient en emportant leurs icônes. Pour beaucoup d’entre eux, les grottes de Matera paraissent un refuge sûr et ils s’y installent, créant environ cent trente (oui, 130) églises rupestres. Les Lombards, plus tard, fortifient la ville, que les Normands, avec Onfroi de Hauteville (un frère de Robert Guiscard), vont conquérir en 1042.

 

639a4 Matera, implantation 

639a5 Matera, implantation 

639a6 Matera, implantation 

Sur ces photos, on voit comment la ville plus riche s’est développée au sommet entre les deux ravins, les maisons, la route, le vide. De même pour cette église. La troisième photo représente le panorama, à gauche le sasso dégringolant le long du flanc du ravin, à droite l’église qui lui fait face au sommet de l’autre falaise. Car si les quartiers plus aisés se sont développés en haut de la falaise, les plus pauvres ont aménagé les grottes naturelles, puis ont creusé dans la roche tendre pour créer des pièces supplémentaires, et les deux sassi de cette vallée se sont ainsi développés de façon anarchique. À partir du dix-septième siècle, les problèmes de surpopulation, d’extrême misère, de constructions si imbriquées que la circulation devient impossible, de logements insalubres, ainsi que les épidémies de malaria ne cessent de s’aggraver.

 

639b1 Matera 

639b2 Matera 

Relégué là en résidence surveillée par le régime fasciste de Mussolini en raison de ses opinions politiques, Carlo Levi, dans Le Christ s’est arrêté à Eboli (1945), fait connaître le problème au grand public. Dans les années 50, on transfère la population, entre seize et vingt mille personnes, dans les zones modernes de la ville.

 

639b3 Matera 

639b4 Matera 

639b5a Matera 

639b5b Matera

 

À partir des années 80, suite notamment au classement par l’UNESCO, on va assainir ces quartiers, réaménager et moderniser les sassi, qui se repeuplent progressivement. Comme on peut le voir sur ces photos, l’entassement des habitations est impressionnant, l’impression est forte, mais des ruelles, des escaliers, permettent de se déplacer (à pied) sans aucun problème. Par ailleurs, même si par sa nature, par sa beauté, par sa rareté, Matera est très touristique (moins sans doute en ce début de novembre), on n’a pas l’impression de se promener dans Disneyland, dans un décor artificiel, on sent que les gens vivent là leur vie de tous les jours. Du moins dans les quartiers rénovés, car d’autres sont encore dans un état de délabrement sordide, et personne n’y habite.

 

639c1 Matera

 

639c2 Matera 

639c3 Matera

 

Voici quelques exemples de ce que l’on rencontre. La première photo montre l’entrée d’une maison troglodyte. La seconde, l’une de ces innombrables ruelles en escaliers et en zigzags qui desservent les habitations troglodytes. Quant à la troisième, elle montre un bâtiment qui n’a pas encore été rénové. Mais voyons un peu, maintenant, des monuments. Ici, ce sont principalement des églises.

 

639d1 Matera, Sant'Agostino (16e-18e s.)

 

639d2 Matera, Sant'Agostino (16e-18e s.)

 

639d3 Matera, Sant'Agostino (16e-18e s.) 

Le couvent et l’église de Sant’Agostino (16e-18e siècles) constituent un bel ensemble construit au sommet de la ville, en bordure du ravin. Comme on le voit, la route passe à proximité, on n’est pas dans cette partie autrefois pauvre qui s’accroche aux flancs du ravin et se développe en troglodyte.

 

639e1 Matera, cathédrale 

639e2 Matera, cathédrale 

639e3 Matera, cathédrale 

639e4 Matera, cathédrale 

Tel est le cas, d’ailleurs, de toutes les églises de quelque importance, comme la cathédrale. Nous ne pourrons pas y pénétrer, ni même nous en approcher, parce que des palissades de travaux la cernent. On peut néanmoins apprécier le style roman des Pouilles de cette église du treizième siècle (1230-1270). On a également une belle vue sur son beffroi haut de cinquante mètres environ. J’ajoute deux photos de détails que j’ai pu prendre au téléobjectif, c’est cette Vierge dite Madonna della Bruna, dans la lunette du tympan sur la façade et, au-dessus du linteau du portail latéral, cet amusant alignement de têtes.

 

639f1 Matera, San Domenico 

639f2 Matera, San Domenico 

Notre promenade va nous mener vers une autre église originale, c’est San Domenico. C’est une belle église romane du treizième siècle qui surprend, encastrée qu’elle est entre sa grosse rotonde sur le flanc et sa façade coincée contre le bâtiment voisin. Ce lien entre les deux bâtiments s’explique par le fait qu’il s’agissait du couvent dont dépendait l’église. Mais on sait que lorsque l’Italie a été unifiée, les congrégations ont été dispersées et leurs biens nationalisés. Aujourd’hui, cet ancien couvent héberge la préfecture.

 

639f3 Matera, San Domenico

 

639f4 Matera, San Domenico 

639f5 Matera, San Domenico 

Mais ce qui est intéressant dans la façade, c’est cette rosace avec ses ornements. En effet, elle est surmontée d’un amusant saint Michel, mais surtout, encore plus amusant, pour assurer la symétrie, elle est supportée et maintenue de chaque côté par des petits personnages en costumes de leur époque, le Moyen-Âge, dans des postures curieuses.

 

639g1 Matera, église du Purgatoire 

639g2 Matera, église du Purgatoire 

Nous voici devant l’église du Purgatoire. Ici encore, pour montrer ce qui nous attend, des squelettes surmontent le portail, l’un d’entre eux brandissant une faux. Comme on peut le voir sur la seconde photo, cette église date de 1747.

 

639h1 Matera, San Francesco d'Assisi 

639h2 Matera, église Saint François d'Assise 

Sur une très grande esplanade l’église San Francesco d’Assisi se dresse fièrement en haut de ses marches. Elle a été construite au treizième siècle par les Frères Mineurs de saint François d’Assise, et consacrée en 1248. Elle repose sur l’église souterraine de Saints Pierre et Paul.

 

639h3 Matera, San Francesco d'Assisi 

639h4 Matera, San Francesco d'Assisi 

639h5 Matera, église Saint François d'Assise 

L’intérieur est à une seule nef. En effet les arches que l’on voit sur les côtés ne donnent pas sur des nefs secondaires, mais ouvrent sur des chapelles latérales. Des rénovations lourdes au dix-septième puis au dix-huitième siècles ont complètement changé son aspect ancien. Des stucs sont venus s’appliquer sur les murs, des ornements baroques ont fleuri ici et là.

 

639h6a Matera, église St François d'Assise, st Eustache

 

639h6b Matera, église St François d'Assise, st Eustache 

En voyant ce guerrier équipé de pied en cap, sa lance à la main, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait de saint Michel. Et puis j’ai vu qu’il n’avait pas d’ailes, qu’il ne terrassait nul dragon. Le panonceau, à ses pieds, m’épargne la devinette (dont je n’aurais pas été capable de trouver la solution) , puis la recherche sur Internet parce qu’il est très explicatif. Ce monsieur est saint Eustache, un patricien romain, valeureux général de l’empereur Trajan. Ce qui veut dire que nous sommes au début du deuxième siècle de notre ère. Également chasseur, un jour qu’il courait un cerf de taille exceptionnelle, Jésus crucifié apparut entre les cornes de l’animal, entouré d’une lumière éblouissante. Du coup, Eustache, sa femme Theopista et ses deux fils encore tout petits, Théopistus et Agapit, se convertirent au christianisme. Évidemment, cela n’a pas été du goût de Trajan, qui lui confisqua tous ses biens et expédia la famille en exil. Alors qu’ils étaient sur le bateau qui les emmenait loin de chez eux, le commandant du bateau enleva Théopista. Débarqués ensuite dans l’embouchure d’un grand fleuve, Eustache vit ses fils emportés, l’un par un lion, l’autre par un loup. Lui, pour survivre, loue ses bras pour travailler la terre. Cette vie d’ouvrier agricole dure quinze ans, puis parce que les Parthes menaçaient d’envahir l’Empire Romain d’Orient, Trajan se souvint de ses qualités militaires et le rappela pour les combattre. Son courage, son ardeur, sa science militaire lui permirent de remporter maintes victoires et, miraculeusement, sa femme et ses fils lui furent rendus.

 

"Voilà nos gens rejoints. Et je laisse à penser

De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines"

 

comme dit La Fontaine. Toute l’armée rentre à Rome et l’empereur Hadrien qui a succédé à Trajan invite tout le monde à rendre grâces aux dieux, à les adorer et à leur offrir des sacrifices, ce à quoi, comme on pouvait s’y attendre, cette famille chrétienne convaincue se refuse catégoriquement. Indigne offense pour l’empereur, dieu lui-même, qui fait jeter dans la fosse aux lions les quatre coupables de lèse-majesté. Mais les lions débonnaires, quoiqu’affamés, viennent se coucher à leurs pieds. Cela a le don de rendre fou de rage Hadrien qui ordonne aux bourreaux de les enfermer dans un taureau de bronze rougi au feu. Lorsque, trois jours plus tard, on voulut extraire les restes carbonisés, les corps des quatre martyrs étaient intacts, comme doucement endormis. Nuitamment, des chrétiens dérobent les corps pour leur donner une sépulture dans un lieu sûr. Plus tard, lorsque la religion est devenue libre, une église a été érigée à cet endroit.. Plusieurs siècles passent. En 994, les Sarrasins assiègent la ville. Le siège dure, Matera est sur le point de succomber, mais elle en appelle à l’intercession de saint Eustache et, le 20 mai, Matera est libérée. Depuis, saint Eustache a été déclaré patron de la cité et il est célébré le 20 mai.

 

639i1 Matera, San Giovanni Battista 

639i2 Matera, Saint Jean Baptiste 

L’église San Giovanni Battista date de 1233 et comme on le voit elle est elle aussi, comme la cathédrale, en style roman des Pouilles. De façon très curieuse, l’église ne comporte que cette entrée latérale, sans portail sur le petit côté que je n’ose, en conséquence, appeler façade et qui d’ailleurs correspond à l’abside. On se rend compte, alors, que l’édifice est encastré dans ce qui fut le couvent des Augustiniennes et qui, après leur expulsion et la nationalisation, est devenu successivement hôpital, prison, et actuellement siège de la Croix Rouge. Surplombant le portail c’est saint Jean Baptiste, le saint patron, qui est représenté. Mais au-dessus de sa tête on peut déchiffrer une date, 1503, qui correspond à une rénovation de l’édifice.

 

639i3 Matera, Saint Jean Baptiste 

Que la situation latérale de ce splendide portail ne nous empêche pas d’admirer à quel point sa pierre est ouvragée, ni de le franchir puisque cette église est ouverte.

 

639i4 Matera, Saint Jean Baptiste 

639i5 Matera, Saint Jean Baptiste 

639i6 Matera, San Giovanni Battista

 

De l’extérieur, on ne peut pas se douter que l’édifice est si imposant, si haut, avec ses magnifiques voûtes de pierre, ici à la croisée du transept. On voit aussi les voûtes avec les nervures de part et d’autre.

 

639i7a Matera, San Giovanni Battista 

639i7b Matera, Saint Jean Baptiste 

639i8 Matera, église Saint Jean Baptiste

 

La sculpture aussi est admirable. Voici deux exemples de chapiteaux, l'un avec des personnages enchaînés romans, et l'autre avec des monstres typiquement médiévaux, autour desquels s’enroule un serpent. Toute différente est cette Annonciation, dans une chapelle, avec son Dieu le Père, grande barbe blanche et cheveux longs, main levée, et Marie la main tenant son livre sur la poitrine et accueillant l’archange Gabriel et ses paroles. C’est une scène pleine d’expressivité que j’aime beaucoup.

 

639j1a Matera, église Santa Chiara 

639j1b Matera, couvent Santa Chiara (Clarisses) 

639j2 Matera, Sainte Claire

 

Pour des raisons de présentation, je ne suis pas l’ordre chronologique de notre promenade, ce qui entraîne un certain désordre géographique, ainsi que pour l’éclairement. En effet, la journée a été longue, nous avons vu des tas de choses, nous avons parcouru une bonne distance impossible à évaluer du fait de zigzags, des arrêts, des changements de rythme, ce qui fait que certaines de mes photos sont en plein soleil, celles-ci de nuit, mais que l’on va revoir le jour par la suite (ma photo prise dans la cour du MUSMA). Cette église est Santa Chiara, avec l'éponyme sainte Claire à la droite du portail. Attenant à la façade de l’église sur la gauche, dans cette même rue, se trouve le couvent des Clarisses qui, après leur expulsion, a été récupéré par l’État et qui héberge aujourd’hui, depuis 1911, le musée archéologique dont je parlerai plus loin. Cette église est beaucoup plus tardive que celles que nous avons vues précédemment puisqu’elle a été construite entre 1668 et 1702 en même temps que le bâtiment voisin qui devait être un hôpital à l’origine, avant d’être donné dès 1714 aux Clarisses.

 

639j3 Matera, Santa Chiara 

C’est une église à nef unique, relativement basse, avec des autels latéraux sans chapelles, mais dont l’arc triomphal ogival est de toute beauté, donnant au chœur tout son relief.

 

639j4 Matera, église Sainte Claire 

Je suis tombé en arrêt devant ce Petit Jésus bien joufflu, avec ses cheveux naturels, son grand manteau de velours brodé et cette énorme couronne sur sa tête. Non que je lui attribue une quelconque valeur artistique, mais parce que je le trouve amusant.

 

639j5 Matera, Santa Chiara 

Cette toile (dont je suis obligé de couper le bas, éclairé d’une lumière si violente que sur la photo il est blanc si l’on voit le haut et que le haut est noir si l’on règle sur le bas du tableau) est, paraît-il, très beau. Ah bon. Alors je le montre pour la joie des connaisseurs, dont je ne suis pas. Parce que ce saint François d’Assise qui se tortille aux pieds de Marie et de Jésus, cette sainte Claire brandissant l’ostensoir en penchant la tête d’un air niais, non, je ne vois pas ce qu’ils ont de merveilleux. En revanche, il est vrai que le reste du sujet, dans la partie supérieure, la Vierge, Jésus, les anges, sont d’une facture délicate et jolie.

 

639k1 Matera, MUSMA

 

639k2 Matera, MUSMA 

Mais j’ai montré assez d’églises. Venons-en aux musées. Nous sommes ici dans la cour d’un musée d’art moderne, le MUSMA, MUseo della Scultura contemporanea di MAtera. C’est un bâtiment ancien, le palazzo Pomarici du dix-septième siècle, partiellement troglodyte, dans un sasso. L’opposition des œuvres d’art contemporaines et d’un bâtiment de ce type est déjà, par soi-même, quelque chose d’intéressant. Il y a même une salle décorée de fresques représentant des scènes de chasse. Je vais montrer quatre des œuvres que nous avons vues, dans des genres divers, pour donner une petite idée de ce qu’est ce musée.

 

639k3 Matera, MUSMA, Narcisse (Andrea Cascella 1966) 

Cette sculpture d’Andrea Cascella datée 1966 représente Narcisse. Narcisse voudrait s’embrasser lui-même mais la surface de l’eau se trouble aussitôt qu’il la touche. L’artiste –si j’interprète correctement ce que je vois– a voulu montrer la surface plate de l’eau qui s’oppose à la tête ronde de Narcisse, car le miroir sépare par son plan les deux formes semblables, la réelle et la virtuelle.

 

639k4 Matera, MUSMA, L'Annonciation (Mario Raimondi 1934) 

Non seulement à Matera, mais partout en Italie (et ailleurs) nous avons vu des Annonciations des siècles passés, plus ou moins lointains. J’ai trouvé intéressant de leur opposer une œuvre de 1934 traitant du même sujet. Elle est de Mario Raimondi. Mais pour être moderne elle n’en est pas moins classique en ce sens qu’elle est directement figurative. Et en cela je la trouve un peu décevante. Formellement belle, mais sans grande originalité. Par ailleurs j'aime bien, selon l'attitude de Marie et l'expression de son visage, me demander comment l'artiste, peintre ou sculpteur, imagine qu'elle a accueilli l'annonce incroyable qui lui est faite, mais ici je ne vois rien du tout, je trouve qu'elle n'exprime rien.

 

639k5 Matera, MUSMA, Autoportrait (Carlo Guarienti 2004)

 

Non, ce n’est pas un autre Narcisse. L’auteur, Carlo Guarienti, a intitulé son œuvre, de 2004, Autoportrait. Et je trouve très intéressante cette idée de se représenter des deux côtés, se reflétant dans le miroir en face de soi-même se reproduisant. C’est –quand même– une sorte de Narcisse, car l’autoportrait est, en lui-même, narcissique.

 

639k6 Matera, MUSMA, Adam et Ève (Saverio Todaro 2006) 

Pour Saverio Todaro, cette œuvre de 2006 représente Adam et Ève. Dans le musée, nous nous trouvons dans un hypogée. Le garçon est assis sur une pierre située un peu plus haut que la tête du visiteur, tandis que la fille est au sol un peu plus loin. Il est intéressant de les voir dans leur contexte, mais la photo que j’en ai faite où je les cadre tous deux sur le même cliché ne serait plus lisible une fois réduite aux dimension de ce blog, aussi me suis-je résolu à publier deux autres photos séparées en les juxtaposant ce qui, j’en suis conscient, leur retire de la force. Le sujet est traité de façon originale et nouvelle. Non seulement l’artiste joue sur l’opposition des matières, le plâtre et l’aluminium, choisissant le métal pour les éléments clés de la scène, le serpent tentateur et la pomme, mais aussi il confie les rôles à des enfants, car ce premier homme et cette première femme représentent l’enfance de l’humanité. Et puis c’est bien Ève qui tend la pomme à Adam, mais c’est Adam qui est aux prises avec le démon, c’est lui qui mangera le fruit défendu. Pas d’arbre fruitier, pas d’animaux dans une végétation luxuriante de jardin d’Éden, aucun décor, rien que les deux enfants incolores aux prises avec la tentation du péché, je trouve cette sculpture très forte et très belle. C’est pourquoi j’ai choisi de la placer en dernier lieu.

 

639L1 Matera, reconstitution intérieur rupestre 

639L2 Matera, reconstitution intérieur rupestre 

639L3 Matera, reconstitution intérieur rupestre 

639L4 Matera, reconstitution intérieur rupestre

 

Lorsqu’un famille de paysans qui avait habité dans cette maison troglodyte depuis plusieurs générations s’en est allée vivre ailleurs, elle l’a donnée pour en faire un modèle d’habitat rupestre. Ce n’est pas à proprement parler un musée puisqu’il n’y a ni vitrines, ni textes explicatifs et que les accessoires du quotidien sont en situation, avec des mannequins en plâtre pour donner l’impression de la vie. Un commentaire enregistré diffusé par haut-parleurs donne des explications. On apprend ainsi que la maison ne comportait à l’intérieur ni cloisons ni portes, mais des alvéoles ce qui fait que l’âne occupe une pièce non fermée comportant un lit (qui ne lui est pas destiné…), que les espaces de travail, de cuisine, de repas généralement pas pris en famille autour de la table, mais individuellement, ne font qu’un. Pour le pittoresque, quoique cela corresponde paraît-il à la réalité, on nous présente même un homme sur le pot. Et son alvéole, bien sûr, n’a pas plus de séparation ni de porte que les autres.

 

639m1 Matera, musée Ridola, Atalante 

J’ai parlé tout à l’heure du musée archéologique qui s’est installé dans ce qui fut le couvent de Santa Chiara. Il porte le nom d’un célèbre archéologue originaire de Matera, Domenico Ridola. On peut y voir des antiquités depuis la préhistoire et jusqu’à l’époque grecque, mais c’est cette dernière période qui a offert au musée ses pièces les plus intéressantes à mes yeux, et notamment des poteries. Je vais en présenter cinq avant de clore (enfin) cet article.

 

Celle-ci représente Atalante tenant en main une dépouille de sanglier et deux lances. Derrière elle, ce guerrier nu est Méléagre. Devant elle, Aphrodite assise et Éros volant. Parce que le père d’Atalante ne voulait que des garçons, ce sale machiste exposa Atalante dans la montagne à sa naissance. Cette pratique était assez courante pour se débarrasser des enfants non désirés sans se salir les mains en les tuant. Exposés dans la forêt ou la montagne, ils étaient dévorés par un animal ou mouraient de faim et de soif, mais on n’encourait pas ainsi la colère des dieux en commettant un meurtre. C’est ainsi également qu’Œdipe a été abandonné mais recueilli par un berger. Atalante, donc, a été prise en pitié par la déesse chasseresse Artémis qui lui envoya une ourse pour l’allaiter et l’élever. Devenue adulte, Atalante fit vœu de chasteté pour rester vierge comme Artémis et devint chasseresse comme elle. Or il arriva qu’un roi ayant offert un sacrifice à toutes les divinités avait oublié Artémis qui, furieuse, avait envoyé un sanglier énorme qui ravageait la région. Pour en venir à bout, Méléagre, le fils du roi, fit appel à tous les meilleurs chasseurs, et Atalante en était. Certains de ces héros voulurent s’opposer à compter une femme parmi eux –encore des machistes– mais Méléagre tint bon et la conserva car il était tombé amoureux d’elle et, quoiqu’il fût marié à une autre, il voulait un enfant d’elle (le vilain). Après neuf jours de festin on se mit en chasse. Le sanglier tua plusieurs hommes, mais Atalante fut la première à l’atteindre d’une flèche et Méléagre l’acheva avec son couteau. À ce titre, les dépouilles lui revenaient, mais il en fit don à Atalante. Ses oncles s’indignèrent, disant que s’il n’en voulait pas il devait les leur donner à eux, ses plus proches parents. Qu’à cela ne tienne, Méléagre tua ses oncles et confirma à Atalante les dépouilles. Voilà ce que représente cette urne de 330 avant Jésus-Christ trouvée dans une tombe de Matera.

 

639m2 Matera, musée Ridola, quadrige 

J’ai choisi ce cratère de 320-310 avant Jésus-Christ parce que je trouve splendides les chevaux attelés à ce quadrige. Sur le char, les grandes ailes déployées de cette victoire ne sont pas laides non plus.

 

639m3 Matera, musée Ridola, assiette décorée 

Cette assiette représentant des poissons est très moderne. Pourtant, elle date de 310-300 avant Jésus-Christ. Je ne m’y connais pas suffisamment pour mettre un nom sur chacun de ces poissons mais ils sont très réalistes, je suis sûr qu’un poissonnier n’aurait aucun mal à les identifier. Celui de droite en haut est un poisson plat, qui nage au fond de la mer, genre sole, plie, carrelet, turbot.

 

639m4 Matera, musée Ridola, ménade

 

Sur ce cratère un peu plus ancien (360-350 avant Jésus-Christ), nous voyons une ménade en train de danser. La grâce du geste, le mouvement de sa robe légère qui vole, tout cela est admirable.

 

639m5 Matera, musée Ridola, toilette

 

Loutrophore de 325-320 avant Jésus-Christ. Il s’agit d’un récipient pour apporter l’eau du bain de la jeune mariée avant les noces. Le fait qu’il ait été retrouvé dans une tombe souligne le parallélisme entre les rites de mariage et les rites funèbres, les uns et les autres marquant le passage d’une vie à une autre, d’une condition à une autre. Il y a mort à une condition et naissance à une autre. Les objets utilisés et les rites sur le corps sont les mêmes : bain, parfum, onction. Ici, ce loutrophore est destiné à la femme ensevelie. Il la représente assise entre deux femmes lui apportant les accessoires nécessaires à sa toilette funèbre.

 

Il y a aussi à Matera une passionnante pinacothèque… où la photo est interdite, installée dans un palais du dix-septième siècle (1668-1672), le palazzo Lanfranchi commandé par l’archevêque pour en faire un séminaire, devenu lycée à l’époque du gouvernement piémontais, et aujourd’hui musée. On peut y voir beaucoup de tableaux de peintres locaux. On sait que Carlo Levi a écrit Le Christ s’est arrêté à Eboli pour raconter ses souvenirs de résidence forcée, pour dire le bien qu’il pensait des gens simples qu’il avait rencontrés, pour dénoncer la pauvreté, l’insalubrité et l’état de délaissement de la région, devenant ainsi un écrivain célèbre. Mais à la base il n’est pas écrivain, il est peintre, et durant les années de sa relégation il se consacre à la peinture, comme il le raconte dans son livre. La pinacothèque de Matera possède ainsi un grand nombre de ses toiles, et une immense fresque présentant nombre des personnages dont il parle dans son livre. C’est merveilleux, et je suis terriblement frustré de n’en pouvoir rien montrer et de n’en même pas rapporter une image pour moi-même. Je termine donc là, bien triste, mon article sur Matera.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 16:27

638a1 Gravina in Puglia, habitat rupestre

 

638a2 Gravina in Puglia, habitat rupestre 

 

 

Nous avons passé la nuit dans un quartier périphérique moderne de Gravina di Puglia, ce qui nous permet d’être à pied d’œuvre très rapidement pour visiter cette ville. C’est très fâcheux : ni mon (minuscule) dictionnaire bilingue Robert & Collins, ni mon (plus gros) dictionnaire tout italien Giunti Demetra ne connaissent le mot gravina qui, pourtant, est sans guillemets et sans italique dans tous les textes italiens que je consulte. Si je comprends bien, une gravina est un ravin, le lit profond d’une rivière à sec, dont les parois rocheuses creusées de cavernes naturelles ont servi d’habitat au cours des temps. C’est, en tous cas, ce qui s’est passé dans la ville qui, avec une majuscule, porte ce nom. Dès l’âge de bronze, elle a été habitée par des hommes qui ont laissé des traces de leur présence. À l’époque historique, sur les rives de la faille s’est développée une ville, qui a pris de l’importance comme relais quand la via Appia est passée à proximité. Mais lors des invasions barbares, la ville a été rasée jusqu’au sol, et les survivants sont allés se réfugier et s’installer dans les grottes de la gravina. Puis Lombards et Byzantins se sont disputé ce qui se reconstruisait, et les Sarrasins ont mis tout le monde d’accord en prenant la ville, en la pillant, en la détruisant. En dépit de cette histoire mouvementée, Gravina di Puglia était devenue siège d’un évêché au neuvième siècle, et sa cathédrale, San Michele, était rupestre : on en aperçoit les colonnes sur le flanc de la gravina.

 

Dès 1041-1042, ce sont les Normands d’Onfroi de Hauteville (Umfredo d’Altavilla en italien), puis de son frère Robert Guiscard, qui arrivent. À la fin du onzième siècle, ils édifient la cathédrale Saint Jean Baptiste que nous allons visiter et qui, par la suite, sera dédiée à l’Assunta, une église de rite latin qui remplace l’ancienne cathédrale rupestre Saint Michel de rite byzantin.

 

638b Gravina in Puglia, le château souabe de Frédéric II 

Un peu à l’écart de la ville, l’empereur souabe Frédéric II de Hohenstaufen qui a régné sur ce royaume au treizième siècle se construit en 1231 sur une colline un beau château, mi-résidence impériale, mi-forteresse défensive. Comme on le voit, il n’en reste que des ruines. Les fouilles ont néanmoins permis de voir que le premier étage était réservé à l’habitation et aux réceptions, le rez-de-chaussée organisé autour d’une cour longue et étroite étant réservé au service. Entre autres, ce passionné de chasse au faucon, auteur d’un traité à ce sujet, y fait aménager spécialement une pièce pour ses faucons et fait créer, pour eux encore, un lac artificiel à quelques kilomètres de là. Selon certains spécialistes, ce sont les mêmes sculpteurs qui avaient œuvré à Castel del Monte (que nous avons visité le 25 octobre) qui sont venus travailler à Gravina, mais Vasari, lui, attribue Gravina à un architecte et sculpteur florentin du nom de Fucchio.

 

638c1a Gravina in Puglia, Torre dell'Orologio 

638c1b Gravina in Puglia, Tour de l'Horloge 

Vu son état, le château ne se visite pas. Après nous être approchés de la grille qui ferme le chemin d’accès, nous retournons en ville. Nous trouvons à nous garer devant ce curieux bâtiment, la Torre del Orologio, la Tour de l’Horloge. Un panneau explicatif dit que la mesure du temps avec la clepsydre ou le cadran solaire devient obsolète à l’époque de l’industrialisation, c’est imprécis et on ne peut l’emporter avec soi, aussi chaque ville veut-elle être moderne, et Gravina aussi. D’où cette construction néogothique de 1890. Je trouve étonnant que l’on présente comme une nouveauté du modernisme cette horloge de la toute fin du dix-neuvième siècle, alors qu’un peu partout en Europe les clochers des églises étaient pourvus d’horloges depuis plusieurs siècles. Le mécanisme d’origine a été conservé, nécessitant d’en remonter les poids chaque jour. Un éclairage derrière les trois cadrans les rend lisibles même de nuit. Les cloches situées tout en haut sonnent tous les quarts d’heure.

 

638c2a Gravina in Puglia, chiesa del Purgatorio 

638c2b Gravina in Puglia, église du Purgatoire 

638c2c Gravina in Puglia, église du Purgatoire 

Un peu plus loin, nous arrivons à l’église du Purgatoire, construite au milieu du dix-septième siècle par les Orsini qui voulaient y prévoir leur sépulture. On peut apprécier le goût funèbre de la décoration du tympan représentant deux squelettes, ainsi que les panneaux situés sous les niches de statues disparues sur la façade, de part et d’autre du portail. Dans chacun des cadres, une tête de mort et deux tibias surmontent une inscription : "Tu seras ce que je suis", avec la date de 1760 et "Ce que tu es je l’ai été".

 

638d1 Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

Au fond de cette place tout en longueur, une église de Dominicains. Mais sur le côté droit, c’est la cathédrale dont je parlais tout à l’heure, dont le flanc se prolonge au-delà, le long d’une petite rue, tandis que la façade donne sur une petite place, en bordure de la gravina. C’est d’ailleurs de là que j’ai pris les deux premières photos de cet article. Si l’église originelle date du onzième siècle, elle a été profondément remaniée au quinzième siècle suite aux graves dommages subis lors d’un tremblement de terre, puis d’un incendie.

 

638d2 Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

L’église est, comme c’est habituel, orientée au sens étymologique, c’est-à-dire tournée vers l’orient. Nous sommes ici sur son flanc droit, donc du côté sud. Il est dommage que la nef latérale vienne partiellement recouvrir cette belle rosace romane.

 

638d3a Gravina in Puglia, la cattedrale dell'Assunta 

638d3b Gravina in Puglia, la cattedrale dell'Assunta 

Hormis la rosace, les éléments décoratifs du flanc sud datent de Francesco Orsini II, qui fut duc de la ville de 1488 à 1500 et qui fit venir des artistes dalmates. On voit ici, au-dessus du portail, les statues de saint Pierre et de saint Paul encadrant une ravissante Vierge à l’Enfant d’une remarquable finesse.

 

638d4a Gravina in Puglia, la cattedrale dell'Assunta 

638d4b Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

638d4c Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

De la Renaissance également sont les sculptures des frises tout au long du mur de flanc. On n’atteint pas à la fantaisie du bestiaire médiéval, mais les figures sont variées et originales. Selon le goût de l’époque pour l’Antiquité, on trouve aussi des allusions à la mythologie grecque, comme ce putto très italien armé du trident de Poséidon et chevauchant un dauphin ou peut-être plutôt un monstre marin, face à un Pégase qui vole vers lui.

 

638e1 Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

638e2 Gravina in Puglia, la cattedrale dell'Assunta 

Nous arrivons ici sur la façade ouest. Elle est nettement surélevée par rapport à la place, et l’on accède à son parvis par cette porte monumentale et dix marches. De ce côté-ci, il ne reste rien de l’édifice roman.

 

638f1 Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

638f2 Gravina in Puglia, la cattedrale dell'Assunta 

Ainsi, cette superbe grande rosace à vingt-quatre rayons est Renaissance, tout comme la décoration des portails. Pour la sculpture que je représente ici, j’ai eu un doute, mais sur l’autre portail Jésus porte sa croix ; je pense donc que c’est également ici Jésus, et puisqu’il a les mains dans le dos ce doit être une Flagellation. Sous réserve…

 

638f3a Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

638f3b Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta 

638f3c Gravina in Puglia, la cathédrale de l'Assunta

 

Le grand portail central fondu dans le bronze est magnifique. Au bas de chacun des panneaux, est gravée une phrase en latin tirée de l’évangile pour donner la clé de la représentation, pour le cas où on ne comprendrait pas. Je montre ici deux de ces panneaux.

 

Légende du premier : "Et après huit jours, Jésus vint de nouveau alors que les portes étaient closes, et il se tint au milieu". On se rappelle que Thomas, qui n’était pas présent la première fois, ne voulait pas croire ce que lui racontaient ses collègues, à savoir que Jésus était apparu alors que toutes les portes étaient fermées, et il avait dit qu’il n’y croirait pas tant qu’il n’aurait pas mis sa main dans ses plaies. De la main droite, Jésus montre sa poitrine percée, de la main gauche il prend la main d’un homme, je suppose donc que c’est Thomas dont il guide la main vers sa plaie. Nous sommes au moment où Thomas va s’écrier "Mon Seigneur et mon Dieu !" et Jésus va lui dire "Tu as cru, Thomas, parce que tu as vu. Heureux celui qui croit sans avoir vu".

 

Sous le second panneau que je présente, la légende dit : "Notre cœur n’était-il pas ardent en nous pendant qu’il nous parlait en chemin ?" Ce sont donc les disciples d’Emmaüs qui ont rencontré Jésus en chemin après sa Résurrection et ne l’ont reconnu que plus tard, à la façon dont il a rompu et béni le pain.

 

638g1 Altamura

 

Après notre visite à la cathédrale de Gravina di Puglia, nous sommes retournés au camping-car et avons fait route vers la toute proche Altamura (12 kilomètres). Car dans ce pays, et particulièrement dans cette région, les cathédrales poussent comme les champignons dans les sous-bois en automne. On ne peut faire trois pas sans en rencontrer.

 

638g2 Altamura

 

Les traces les plus anciennes que l’on trouve ici sont des empreintes de dinosaures. Certes, ce n’est pas encore une civilisation très évoluée et raffinée, mais cela remonte loin. Puis à l’âge du bronze et à l’âge du fer, les lieux ont été habités, et les hommes ont laissé, notamment dans les tombes, de nombreux témoignages de leur civilisation. Ensuite, il reste des murs de la civilisation peucétique (population venue d’Illyrie –ouest de la Croatie et Albanie actuelles– et qui occupait la région des Pouilles entre Bari et Brindisi) datant du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Beaucoup plus tard, quand les Sarrasins sont passés par là, ils ont rasé la ville au sol comme ils l’avaient fait pour sa voisine Gravina (je ne sais si c’est ce que représente ce monument). La ville ne s’est pas relevée. Il a fallu attendre 1230 et Frédéric II pour qu’à partir de quelques maisons disséminées dans la campagne il recrée une ville qu’il nommera Alta Augusta et qui, après lui, prendra le nom d’Altamura. Pour cela, il amène ici des populations latines, grecques, juives.

 

638h1 Altamura, San Nicola dei Greci 

Des Grecs, donc, se sont établis ici. À la fin du treizième siècle, soit une cinquantaine d’années après leur implantation, ils ont construit pour leur communauté cette église San Nicola dei Greci qui est restée de rite grec jusqu’à la fin du dix-septième siècle. Vue de loin, comme sur ma photo, elle présente une belle rosace, mais ce n’est rien à côté de ce que l’on découvre en s’approchant.

 

638h2 Altamura, San Nicola dei Greci 

638h3 Altamura, Saint Nicolas des Grecs 

638h4 Altamura, San Nicola dei Greci 

En effet, tout le portail, encadrement et tour de la lunette du tympan, est orné de sculptures. Les scènes sont très nombreuses et variées. Je ne peux en donner que quelques exemples, même si je suis tenté de multiplier les images. Sur ma première photo, nous sommes à la jonction du tour de portail et du linteau à la base du tympan. Sur le côté, on est au Paradis Terrestre et Dieu est représenté coiffé d’une mitre d’évêque. En haut, Adam est endormi et Dieu fait sortir Ève de son flanc. Dessous, Dieu leur fait la leçon : Ici, vous pouvez manger tout ce que vous voulez, sauf le fruit de cet arbre. Sur le linteau, il y a une scène de guerre et ensuite une scène de demande de grâce à moins que ce ne soit l’imploration du pardon, mais je ne vois pas bien à quels événements il est fait allusion. Ce n'est plus le côté du portail, ce n'est donc pas Caïn qui tue Abel, ni Adam et Ève demandant pardon pour leur faute.

 

Ma deuxième photo montre deux moments de l’épisode de l’Arche de Noé. À gauche, on voit toutes sortes d’animaux qui pénètrent dans l’arche par un étroit orifice dans le toit. À droite, la terre est couverte d’eau qui est en train d’engloutir une maison, et des humains tentent de s’agripper au toit pour ne pas se noyer. Mais on sait que c’est en vain, puisque Dieu a décidé de ne sauver qu’un couple de chaque espèce animale ainsi que la famille de Noé. Lequel aurait mieux fait d’oublier de sauver une espèce. Le moustique.

 

Sur la troisième image j’ai joint deux tronçons de l’histoire d’Adam et Ève. Sur l’arbre derrière eux, on voit le serpent à tête humaine. Ève a encore la pomme en main, le premier couple n’a pas encore commis le péché originel mais cela ne va pas tarder. J’adore cette représentation d’un Adam fortement prognathe. Sur l’autre image, ça y est, ils ont commis l’irréparable. L’ange avec son épée de feu les chasse du Paradis Terrestre. Il est troublant que l’ange de la seconde image ait une tête qui ressemble à celle du démon de la première image, ou du moins qu’il ne soit pas plus sympathique. Mais il est en colère contre les vilains désobéissants. C’est à ce moment qu’Adam et Ève se rendent compte qu’ils sont nus. Et en effet, alors que sur l’image de gauche ils s’exhibent sans complexes, sur celle de droite ils se cachent de la main. Surprenant détail, c’est Adam qui se cache la poitrine, Ève ne se préoccupant pas de cette partie de son corps. Nous sommes au Moyen-Âge, et les aires désignées par la pudeur ne sont pas celles du dix-neuvième siècle puritain. Ni celles des églises italiennes de ce début de vingt-et-unième siècle où une femme ne peut montrer, ô horreur, un bout d’épaule.

 

638i1 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

Mais laissons San Nicola dei Greci et rendons-nous à la cathédrale. Elle a été voulue par Frédéric II à une date qui n’est pas connue avec précision mais avant 1245 selon toute probabilité. Comme quoi, même si l’empereur a construit partout une multitude de châteaux, infiniment plus que d’églises ou de monastères, il n’est pas vrai qu’il s’est complètement désintéressé des monuments sacrés. Cette église consacrée à l’Assunta, la Vierge montée aux cieux, a été construite comme chapelle palatine, ce qui veut dire qu’elle ne dépend que de l’empereur qui règne sur le palais, et bien sûr aussi de Rome puisque c’est un édifice religieux, mais sans passer par l’évêque ni par aucune autorité intermédiaire. Au cours des siècles, de très nombreuses interventions ont complètement modifié le bâtiment. Notamment, au quinzième siècle la cathédrale a été allongée avec ajout d’un nouveau chœur. Constatant que, contrairement à l’usage, le chœur n’est pas tourné vers l’est et Jérusalem mais vers l’ouest, certains spécialistes ont émis l’hypothèse que le chœur d’origine était bien à l’est, côté rue mais que ne pouvant allonger l’église de ce côté, les architectes l’ont alors inversée, démontant la façade ouest et la remontant pierre à pierre à l’est à la place du chœur ancien, à l’identique y compris la rosace, ce qui leur donnait la possibilité d’allonger l’église autant qu’ils le souhaitaient de l’autre côté avec le nouveau chœur. Hypothèse astucieuse et très plausible.

 

638i2 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

Sur le flanc droit de la cathédrale, on voit ce portail muni d’une belle grille de fer ouvragé. J’en aurais mieux profité si les habitants du lieu n’avaient pas l’idée saugrenue de mettre en plein trottoir d’énormes bacs de béton pour y planter des arbustes décoratifs. Avançant l’œil rivé à mon viseur d’appareil photo pour choisir le meilleur angle, je me suis cruellement heurté le tibia. Le sang a maculé mon jeans et j’ai sur le devant de la jambe une bosse grosse comme un œuf (de poule. Mais oui). Cela nuit à l’esthétique de ma jambe, ce qui est fâcheux, et cela m’oblige à un gros effort pour ne pas montrer que je boite. Tout ce que je souhaite, c’est que cela me fasse passer pour un valeureux guerrier. S’il vous plaît ne révélez pas aux admiratrices que je souhaite nombreuses l’origine de mon affreuse blessure.

 

638i3 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

Nous voyons ici le portail côté est, couvert de sculptures que je vais montrer plus en détail tout à l’heure. Mais d’ores et déjà on voit la richesse de la décoration.

 

638j1 Altamura, cattedrale dell'Assunta 

638j2 Altamura, cattedrale dell'Assunta 

Au-dessus du portail, il y a la grande rosace dont on pense qu’elle a été transportée de l’ouest à l’est. Avec ses quinze rayons, un nombre impair, elle est curieuse mais son dessin original avec ses entrelacs arabisants à l’extrémité des rayons est du plus bel effet. De chaque côté, un éléphant. J’en montre un en plus gros plan.

 

638j3 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

En bas, de chaque côté du portail, des lions gardent l’entrée comme dans la plupart de ces églises anciennes. Celui-ci a l'air particulièrement féroce alors qu’ailleurs, nombre de ses confrères ont une tête plutôt débonnaire, même lorsqu’ils tiennent un homme entre leurs pattes.

 

638k1 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

J’ai annoncé quelques images du portail, j’y arrive. Je trouve ces sculptures admirables. Sur le linteau, cette longue surface horizontale a été judicieusement mise à profit pour représenter la Cène. Le personnage central ne semble pas être Jésus, sa barbe et son visage ne sont pas jeunes. Je pense qu’il a plutôt été représenté en bout de table, à l’extrême gauche, et l’apôtre qui l’embrasse est soit Jean, le disciple que Jésus aimait, et qui est plus souvent représenté dormant sur l’épaule de Jésus, soit Judas pour symboliser en l’anticipant le baiser traître du lendemain matin. Les détails sont méticuleux, pain et assiettes de poissons sur la table, rangée de coupes sur l’étagère derrière les convives, plis de la nappe.

 

Au dessus, dans le tympan, assise sur un trône entre deux anges agenouillés, Marie tient l’Enfant Jésus dans ses bras, assis sur ses genoux.

 

638k2 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

Plus bas, un peu au-dessus du niveau des lions, les artistes ont représenté une Annonciation. L’archange Gabriel est sur le montant gauche du portail, et du côté droit il y a cette merveilleuse Marie. Le modelé de son visage, sa tête penchée, ses mains croisées sur sa poitrine, les plis de sa robe, tout est admirable. C’est sur cette image que j’aimerais conclure, mais j’en ai encore préparé deux autres, alors tant pis je les publie.

 

638k3 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

638k4 Altamura, cathédrale de l'Assunta 

La première de ces deux photos représente la Fuite en Égypte. C’est une sculpture naïve, Marie en amazone sur le dos de l’âne, Joseph un peu en arrière, en tête un guerrier médiéval avec sa lance, sans souci de chronologie.

 

Quant à ma dernière image, je trouve amusants ces personnages avec leur grosse tête disproportionnée en comparaison de leurs corps fluets, je pense que ces trois cavaliers couronnés et portant des présents sont les rois mages, et on voit en bas les bergers et leurs moutons qui eux aussi vont honorer Jésus dans la crèche. Et puis il y a, désopilant, à droite, ce pâtre assis près de son chien et son bâton contre lui, les joues gonflées, qui souffle à toute force dans un pipeau. Toutes ces scènes méritent d’être examinées une à une, en détails, mais je dois arrêter ici.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 20:40

Nous avons garé notre camping-car hier soir sur un grand parking à l’entrée de Venosa et y avons passé la nuit. Il y a tant à voir dans cette ville que nous avons bien rempli notre journée, et que je vais une fois de plus multiplier les photos. Nous avons commencé par le parc archéologique, près duquel nous sommes garés.

 

637a1 Venosa, ruines de maison romaine 

637a2 Venosa, ruines de maison romaine

 

637a3 Venosa, rue romaine antique 

Cet espace est en fait réparti en trois secteurs. Ce que nous voyons ici est la partie romaine antique. Les deux premières photos ont été prises sur l’emplacement d’une ancienne maison des troisième et deuxième siècles avant Jésus-Christ. Mais à l’époque byzantine, lorsque cette maison s’est écroulée, d’autres bâtiments ont réutilisé ses bases, quoiqu’avec une orientation différente. Enfin, des constructions se sont élevées sur toutes ces couches aux dixième et onzième siècles. Il est clair que les éléments visibles aujourd’hui ont pâti de tout cela. La dernière photo montre une rue de la ville, qui était colonie romaine dès le troisième siècle avant Jésus-Christ, créée de toutes pièces en 291 avec vingt mille colons si l’on en croit Denis d’Halicarnasse. La via Appia, qui menait de Rome à Tarente et donc à l’embarquement vers la Grèce et l’Orient, passait par Venosa, alors appelée Venusia, ce qui a assuré son développement. Mais lorsque Trajan, au début du deuxième siècle de notre ère, a modifié le tracé de la via Appia pour la faire déboucher plutôt à Brindisi, Venusia ne s’est plus trouvée sur le trajet, ce qui a entraîné une certaine décadence. Mais la rue que l’on voit ici était une voie urbaine, car elle est trop étroite pour avoir été un tronçon de la voie Appia ancienne. Heureusement pour elle, Venosa a été choisie comme lieu de sépulture par le Normand Robert Guiscard qui, s’il avait fait de Salerne sa capitale, a préféré transférer les cendres de ses frères dans l’abbaye de Venosa avant d’y être enterré lui-même en 1085. Venosa avait constitué en 1041 l’une de ses premières conquêtes en Italie du sud.

 

637b1 Venosa, basilique paléochrétienne 

637b2 Venosa, basilique paléochrétienne 

Le deuxième secteur, au bout du champ de fouilles romaines, a mis au jour une basilique paléochrétienne ayant appartenu à l’abbaye de la Très Sainte Trinité où s’est fait enterrer Robert Guiscard. C’était la cathédrale de Venosa, érigée entre le cinquième et le sixième siècles de notre ère. On distingue très nettement le grand baptistère circulaire dans l’abside.

 

637b3 Venosa, basilique paléochrétienne sur villa romaine 

637b4 Venosa, basilique paléochrétienne sur villa romaine 

Cette église ainsi qu’une autre juste à côté ont été bâties sur les restes d’une villa d’époque impériale, de sorte qu’il est parfois difficile de distinguer parmi les ruines si tel pan de mur appartenait à la villa ou à une église. Mais les fouilles ont fait apparaître, sous la basilique à trois nefs, de belles mosaïques ayant appartenu à la villa, dont cette expressive tête de Méduse.

 

637c1 Venosa, basilique normande 

637c2 Venosa, basilique normande 

637c3 Venosa, basilica normanna 

Et puis derrière cette basilique paléochrétienne, s’élève un grand mur percé de la porte ci-dessus, c’est celui d’une église bâtie par les Normands. Ma deuxième photo montre à quel point elle était vaste, et la troisième a été prise dans l’abside.

 

637c4 Venosa, basilique normande

 

637c5 Venosa, basilique normande 

637c6 Venosa, basilique normande 

La première de ces photos montre une colonne et un épais pilier du transept. Or il se trouve que nulle trace ne peut être vue du pilier correspondant de l’autre côté du transept. D’ailleurs ma photo précédente montrant toute l’étendue de la nef met en évidence qu’il existe un pilier droit et pas de pilier gauche. Pour une raison que l’on ignore, cette grande église n’a jamais été achevée. On a construit son chevet, comme on l’a vu, on a construit son campanile au bas du flanc droit, comme le montre la deuxième photo, on a construit le bras droit du transept et on s’est arrêté après avoir élevé la moitié du bras gauche du transept. Dans le bas de l’église, se trouve ce bâtiment circulaire. Cela évoque un baptistère, mais en l’absence d’explication et devant un bâtiment qui donne l’impression d’être beaucoup plus récent, je me garderai bien de rien affirmer.

 

637d1 Venosa, basilique normande, pierres réutilisées 

637d2 Venosa, basilique normande, pierres réutilisées 

637d3 Venosa, basilique normande, pierres réutilisées 

Bien des éléments sont de toute évidence des matériels de réemploi. Ainsi, en bien des endroits, les pierres des murs portent des fragments d’inscriptions, qui sont souvent placées tête en bas ou de côté. Par ailleurs, dans le transept gauche, cette pierre funéraire portant les portraits de quatre Romains est de toute évidence antique. Les maçons ont sans doute pensé qu’elle était décorative ainsi, parce qu’ils ne l’ont pas taillée à la dimension des autres pierres, ils ne l’ont pas non plus tournée à l’envers, les sculptures à l’intérieur du mur pour ne faire apparaître que la face lisse de la pierre. Enfin, je ne suis pas sûr du tout que cette tête inscrite dans un triangle soit une sculpture chrétienne.

 

637d4 Venosa, basilica normanna 

637d5 Venosa, basilica normanna 

En revanche, sur la photo du haut on voit à la fois une pierre de réemploi placée perpendiculairement à sa position antique et au dessous une frise typique du haut Moyen-Âge. Quant à la photo du bas, elle représente l’Agneau de Dieu que l’on a pu voir au-dessus de ma photo de la porte de l’église.

 637d6 Venosa, basilique normande

 

637d7 Venosa, basilique normande 

Et puis il y a les chapiteaux, avec ces têtes plus ou moins grotesques et ces animaux du bestiaire monstrueux ou symbolique, comme ces aigles. On voit que, même inachevée, cette église avait bénéficié de travaux de sculpture soignés, car vu leurs sujets ces chapiteaux de l’abside ne sont pas récupérés de monuments antiques.

 

637d8 Venosa, basilique normande, portail 

Je terminerai avec cette fine sculpture de fleurs qui orne les montants de la porte. Comme on le voit, ce parc archéologique recèle bien des éléments intéressants, et ce n’est pas la partie de l’habitat romain qui présente le plus d’intérêt.

 

637e1 Venosa, Municipalité dans le palazzo Calvino (17e si 

637e2 Venosa, Municipalité dans le palazzo Calvino (17e si

 

Allons maintenant nous promener en ville. La municipalité de Venosa s’est installée dans ce palazzo Calvino édifié au dix-septième siècle. De part et d’autre du portail, ces têtes sculptées décorent le mur de façade.

 

637e3a Venosa, fontana di Messer Oto (1313-1314) 

637e3b Venosa, fontana di Messer Oto (1313-1314) 

Un peu plus loin, dans une courte impasse, je tombe en arrêt devant cette fontaine, la Fontana di Messer Oto. Elle a été construite suite à un privilège octroyé par le roi Roger d’Anjou. Devant, c’est une fontaine et derrière elle comporte une grande vasque à large margelle inclinée destinée à servir de lavoir public. Le grand lion qui la décore est antique, il provient de la cité romaine par laquelle nous avons commencé notre visite de Venosa, mais qui était bien sûr infiniment plus étendue que ce qui en reste aujourd’hui.

 

637e4 Venosa, en ville 

637e5 Venosa, en ville 

La ville réserve encore bien des surprises. Par exemple, un jeune homme nous voyant appareils de photo en main nous propose d’aller à deux pas de là dans une ruelle étroite où il nous montre, apparaissant au-dessus d’une maison (tout en haut à droite de ma photo) une demi rosace visiblement très ancienne, et dont je ne connais pas l’origine, mais qui à coup sûr a été récupérée d’un autre bâtiment, probablement une église. Ailleurs, dans un mur de maison, une pierre représente une main sculptée tenant un lys stylisé, qui est vraisemblablement un lys de France dans la main d’un roi angevin du royaume de Naples. Où cette pierre a été récupérée, et à quelle époque, je l’ignore.

  637f1 Venosa, cathédrale Saint André

 

637f2 Venosa, cathédrale Sant'Andrea 

637f3 Venosa, cattedrale Sant'Andrea 

Nous arrivons maintenant devant la cathédrale Sant’Andrea. Après le tremblement de terre de 1456 on a procédé à de grands réaménagements de la cité. La cathédrale, qui se trouvait à l’autre extrémité de la ville, a été détruite pour faire place au château qui devait constituer un point fort de la défense de la ville. La cathédrale n’a pas été la seule à subir ce sort, car sur les trente cinq églises de la ville, dix ont été démolies pour édifier à leur place le système de défense. C’est alors –en 1470– qu’a été initiée la construction de la cathédrale actuelle à l’autre bout de la ville. Elle a été consacrée en 1531. Puis on a entamé en 1589 la construction du campanile, dont les travaux vont durer jusqu’en 1714, sans compter le faîte pyramidal qui ne sera posé que lors des travaux de restauration en 1965.

 

637f4 Venosa, cathédrale Sant'Andrea 

637f5 Venosa, cathédrale Saint André 

637f6 Venosa, cathédrale Saint André 

Il n’y a rien de très exceptionnel à l’intérieur de la cathédrale. Je me limite donc à cette statue de la Vierge dont un grand vent emporte la cape. Elle a un visage sympathique et bien plein de jolie petite paysanne, ce qui était sans doute la condition de la jeune fille qui a servi de modèle, mais l’artiste n’a pas jugé bon de lui demander de se coiffer, or Marie étant de la famille du roi David on peut supposer qu’elle avait des obligations de tenue et de propreté et qu'elle fréquentait régulièrement les salons de coiffure Jean-Louis David (un cousin, sans doute). Mais cette Vierge-là est si avenante et si naturelle, si spontanée, que je lui pardonne. Cette église n’est pas tellement ancienne, et pourtant on y trouve des fragments de fresques très partiels qui laissent supposer que les murs en étaient revêtus. Ici on voit la Sainte Famille, et c’était sans doute même une Nativité, car il y a un bœuf à l’arrière-plan. Saint Joseph nous regarde d’un air coquin, mais le tendre sourire de Marie qui regarde son bébé nouveau-né est craquant.

 

637g1a Horace, citoyen de Venosa 

637g1b Venosa, statue d'Horace 

Venons-en maintenant à la grande personnalité de la ville. C’est le poète latin Horace, né à Venusia en 65 avant Jésus-Christ. En vérité, mon admiration pour lui étant (presque) sans bornes, c’est essentiellement pour lui que nous sommes à Venosa aujourd’hui. Il est si célèbre ici qu’on le met à toutes les sauces.

 

637g2 Venosa, tout est en l'honneur d'Horace 

Hôtel Horace, vin Carpe Diem… Ce Carpe diem, qui signifie Cueille le jour, c’est-à-dire profite du moment présent, est la devise épicurienne du poète.

 

637g3 Venosa, enfance d'Horace

 

La Municipalité a eu la bonne idée de placer en maints endroits de la ville des panneaux avec des phrases d’Horace. Je ne vais évidemment pas tout citer, mais le texte ci-dessus est très instructif. Il dit : “Mon père, […] pauvre d’un maigre petit terrain, n’a pas voulu m’envoyer à l’école de Flavius où les nobles enfants issus de nobles centurions, ayant balancé leur sac et leur tablette sur leur épaule gauche, se rendaient en apportant huit as le jour des Ides, mais il a osé conduire son enfant à Rome pour qu’il reçoive la même éducation que n’importe quel chevalier ou sénateur donne à ses rejetons”. Voilà, je crois, qui est significatif de la volonté et de l’intelligence, et aussi de l’amour de ce père, ancien esclave affranchi, qui n’hésite pas à se saigner pour que son fils réussisse sa vie. Après avoir étudié la philosophie et la poésie grecques, Horace se met au service de Brutus dans cette armée opposée à Antoine et à Octave, le futur empereur Auguste, dans la guerre civile qui a suivi l’assassinat de Jules César par les conjurés autour de ce même Brutus. En 42, à Philippes, Brutus est vaincu, Horace perd tout ce qu’il a, se fait scribe pour survivre, a la chance de rencontrer Virgile, qui apprécie sa poésie à sa juste valeur et le recommande à un riche politicien, conseiller et ministre d’Auguste, qui le prend sous son aile et va lui permettre de se consacrer à l’écriture. Cet homme a nom Mécène…

 

637g4 Venosa, philosophie épicurienne d'Horace 

J’aime bien aussi cette phrase d’Horace : “Il y a une mesure en [toutes] choses, car enfin il y a des limites claires au-delà ou en-deçà desquelles ne peut se trouver le bien.

 

637h1a Venosa, maison d'Horace

 

637h1b Venosa, maison d'Horace 

Dans une petite rue, il paraît que l’on peut voir la maison où Horace serait né et aurait passé ses années d’enfance, avant d’aller étudier à Rome. La plaque apposée sur le mur le confirme selon un auteur du seizième siècle, mais n’étant pas italianisant je peux juste constater que ce n’est pas dit dans la langue que j’entends autour de moi, sans savoir si c’est de l’italien du passé ou si, comme je le suppose plutôt, c’est du dialecte local. Quoi qu’il en soit, en faisant appel à l’italien et au français, le sens est clair. “De temps en temps, et selon nos aïeux et bisaïeux, et encore aujourd’hui, il s’est dit et il se dit que ce sont les maisons d’Horace de Venusia”.

 

637h2 Venosa, maison d'Horace 

La porte de cette maison qui est prétendue historique est fermée, l’intérieur est obscur. Un coup de flash à travers la vitre de la porte recouverte d’une épaisse couche de poussière révèle ce que je montre ci-dessus. Curieux endroit. On dirait à la fois que quelqu’un vit ici, il y a du mobilier et un peu de désordre, et en même temps que l’intérieur est présenté comme un musée. Une corde empêche de s’approcher des meubles, qui eux-mêmes sont vaguement de style antique, et un petit écriteau est appuyé sur le pied de la table. Même sur ma photo originale je ne peux lire ce qui y est écrit, je distingue seulement qu’il y a trois lignes à l’encre noire, une ligne en gros caractères rouges, puis cinq lignes en noir. Mais cela aussi semble faire de la pièce un musée. Aucun guide n’en parle, les gens du coin ne savent pas. Mystère. Mais tout ce que je peux dire c’est que pour ce grand poète dont la ville s’enorgueillit à juste titre, dont une statue trône sur la grand place, dont des citations émaillent les murs des bâtiments, cette maison n’est ni signalée par une flèche à partir de la rue principale, ni mise en valeur d’aucune façon.

 

637h3 Venosa, maison d'Horace 

Seul élément qui puisse faire penser de quelque façon à l’Antiquité, cette pierre incrustée dans le mur. Une main, encore une, mais retenant le pli d’une toge, celle-ci. Une partie du mur, en opus quadratum, est à coup sûr romaine, mais je doute que cette pierre antique ait été utilisée dès l’Antiquité pour terminer un mur bien propre constitué selon une autre technique que le comblement avec des fragments de pierre de réemploi.

 

637i1 Venosa, le château 

637i2 Venosa, le château 

637i3 Venosa, il castello 

Et voici, tout au bout de la rue principale et à l’orée de la ville, ce fameux château qui a justifié la destruction de l’ancienne cathédrale Saint Félix. Précédemment, des murs entouraient la cité, mais entre deux collines il n’y avait que la cathédrale pour fermer le vallon. Tel a été l’argument développé par le duc Pirro del Balzo Orsini pour obtenir de l’évêque l’autorisation de démolir, en échange du financement, en 1470, de la construction de la nouvelle cathédrale Saint André. Puis, au seizième siècle, ayant perdu son utilité défensive, le château tombe entre les mains de Carlo Gesualdo (1564-1610) qui en fait le lieu de réunion de cercles d’intellectuels. À son sujet, je souhaite citer mon fidèle Bibendum : “Neveu de cardinaux prestigieux, petit-fils du pape Pie IV, ce musicien d’une grande inventivité à la légende sulfureuse et à la repentance sadomasochiste (il aurait assassiné sa femme et l’un de ses enfants), a fait résonner entre ces murs à la fois les cris de ses pénitences (il se faisait fouetter par ses serviteurs) et les notes de sa musique dissonante et sombre qui séduisirent jusqu’à Wagner ou Stravinski”.

 

637j1 Venosa, le château 

637j2 Venosa, le château 

637j3 Venosa, il castello

 

À l’intérieur du château, on a une vue de cette cour à l’étage bordé d’une galerie, mais il y a également un intéressant musée où, comme de bien entendu, la photo est interdite. Dommage, car il ne manque pas d’intérêt, présentant toutes sortes d’objets depuis la préhistoire jusqu’à l’époque des Normands. Sans compter une exposition, temporaire je crois, de panneaux concernant diverses civilisations. Alors puisque c’est interdit je ne montrerai pas de photos et je ne ferai pas d’autre commentaire.

 

Il ne nous reste plus qu’à retourner au camping-car et à nous rendre à Gravina di Puglia, à soixante-dix kilomètres plein sud-est. Nous passons actuellement la nuit sur un parking en ville, prêts pour la visite, demain, de la cathédrale et du château.

 

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 20:12

Troia est l’une des villes les plus marquantes (du moins pour nous) de cette Italie du sud. Et je ne le dis pas seulement en raison de la remarquable hospitalité offerte par la municipalité aux camping-cars, mais parce que la cathédrale est exceptionnelle et parce que nous avons aussi bénéficié du sens de l’accueil de plusieurs habitants.

 

 Dès l’époque romaine s’était développé ici un habitat, en grande partie parce que passait une voie importante, devenue la Via Trajana lorsque l’empereur Trajan, au début du deuxième siècle de note ère, fit aboutir la via Appia non plus à Tarente mais à Brindisi, utilisant pour cette Appia nouvelle (désormais Trajana) un tronçon de la route qui passait par Troia. Aux alentours de l’an Mil, on trouve essentiellement deux monastères, l’un basilien, l’autre bénédictin, reliés par la Via tra due Terre, c’est-à-dire la Route entre deux Terres, entourés chacun de leur bourg.

 

635a1 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta

 

635a2 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta 

En 1019, le catépan (gouverneur byzantin) refonda Troia pour en faire une ville frontière défendant la Pouille du côté du nord. Devenue évêché en 1030, la nouvelle cité unifiée abandonne le rite grec et se fait défenseur de l’Église romaine et du pape contre toute forme de monarchie et d’empire. Aussi lorsque, dans la seconde moitié du siècle, arrive le Normand Robert Guiscard, il se heurte à une résistance de Troia telle, qu’il est contraint à un pacte : Troia reconnaît son pouvoir, mais il devra se faire le défenseur du pape en s’appuyant sur cette ville. L’ancienne église Santa Maria étant devenue cathédrale, puis la ville ayant acquis avec les Normands une grande importance politique, la population a considérablement augmenté, obligeant à reconstruire la cathédrale en 1093. Le nouveau chevet a englobé l’ancien édifice, douze colonnes récupérées de bâtiments antiques ont servi à créer une nef à plan basilical à trois travées.

 

635b1 Troia, cathédrale, la rosace 

 

La rosace de la cathédrale est une merveille de finesse. À tel point que, sans effets d’une guerre, d’un tremblement de terre, d’une usure de la pierre trop tendre ou je ne sais quelle autre action, il a fallu en consolider quelques éléments avec du fil de fer. Et, entre chacun des onze rayons, la dentelle de pierre est à chaque fois différente.

 

635b2 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta 

635b3 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta

 

635b4 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

635b5 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

Désolé, je ne suis pas capable de résister à la tentation de montrer les sculptures médiévales qui ornent la façade de la cathédrale. Voici quatre photos parmi des dizaines que j’ai prises, et je vais encore en montrer d’autres ensuite. Sur la première photo, un loup dévore un oiseau, un couple nu est enlacé (tête en bas parce que c’est le dessus du portail), un monstre mange un serpent, un veau tète sa mère. Sur ma deuxième photo, au pied des colonnes qui encadrent la rosace, deux lions tiennent quelque chose de mal identifié entre leurs pattes qui sont un peu comme des mains. Le monstre de la troisième photo est indéfinissable. Sur la quatrième photo, une tête d’animal féroce, peut-être un ours, engloutit un être humain, dont désormais seules les jambes sont encore apparentes. Ces images ont pour but de montrer la variété et la puissance de l’imagination des créateurs. Et ce n’est pas fini.

 

635b6 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

635b7 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta

 

Cette femme topless en minijupe à volants est désopilante. À l’autre angle, on dirait un singe plongé dans le cornet de son gelato italiano. Ce n’est pourtant certainement pas l’intention du sculpteur.

 

635c1 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

635c2 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta

 

Les flancs de la cathédrale présentent de hautes arcatures aveugles, dont les jambes sont de fausses colonnes au sommet desquelles en guise de chapiteaux on a des sculptures dans le style de celle-ci. Je trouve à ces lions un aspect très assyrien ou mésopotamien. Il est vrai qu’à cette époque, les Musulmans ont conquis ces régions asiatiques depuis longtemps, et qu’un certain nombre des artisans qui ont travaillé sur cette cathédrale et bien d’autres aux époques normande et souabe sont des Sarrasins, c’est-à-dire des Musulmans, sans distinction de leur pays d’origine. Beaucoup étaient en Italie depuis des siècles, d’autres les ont rejoints plus tard. Quant à ce monstre à tête humaine, il est coiffé d’un bonnet phrygien. Si ce n’est pas pour se déclarer partisan de la Révolution française en anticipant prophétiquement de sept siècles, c’est une évidente référence à cette région du Moyen-Orient, qui ne peut se comprendre si l’on ne suppose pas que l’artisan sculpteur venait de là-bas, ou son père ou son grand-père qui lui avait transmis cette culture.

 

635c3 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta 

635c4 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta 

S’il faut encore insister pour prouver que des artistes (ou artisans, c’est la même chose, puisque le latin ars, de même que le grec tekhnè, signifie à la fois art et technique, notre langue ayant choisi le mot latin pour désigner le fait créateur et le mot grec pour désigner l’acte réalisateur. Et il est d’ailleurs dommage que la langue n’ait pas effectué le choix contraire, plus en rapport avec les qualités de chacun des deux peuples), pour prouver, donc, que des artistes sarrasins, musulmans de culture arabe, ont travaillé la pierre de la cathédrale de Troia, voici deux motifs si typiques que le doute n’est plus permis.

 

 

635c5 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

Le tympan du portail latéral gauche, c’est-à-dire ouest car la cathédrale n’est pas tournée vers l’est comme c’est la coutume, mais vers le nord, est décoré, lui, d’un sujet chrétien, donc sans rapport avec ce qui précède. Entouré de deux anges, le Christ, levant les deux doigts de la main droite pour bénir celui qui entre et tenant le livre des évangiles dans la main gauche, repose ses pieds sur deux monstres qu’il écrase, un serpent ailé à tête de perroquet et à pattes griffues à droite, une espèce de lion court sur pattes et doté d’une figure humaine grimaçante à gauche.

 

635d1 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta 

635d2 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

Allons maintenant regarder du côté de l’abside. La deuxième photo a été prise de nuit, hier soir en arrivant. On retrouve ici le même style que dans le reste de l’édifice, à savoir les hautes arcatures aveugles décorant l’abside semi-circulaire. En regardant bien, on voit de part et d’autre de l’appui de la fenêtre de l’abside une sculpture que je montre en plus gros plan ci-dessous.

 

635d3 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta

 

635d4 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

Lorsque l’on voit l’image de plus près, on se rend compte que le lion de gauche tient entre ses pattes un malheureux homme aux traits africains. Je ne suis pas un expert en sociologie historique, mais je ne crois pas qu’au onzième siècle, ni au douzième, il ait existé un racisme particulier à l’encontre des Noirs. Des Juifs, oui. Il est certain que l’on a justifié l’esclavage des Noirs par le fait que lorsque Noé s’est enivré et s’est endormi nu, son fils Cham se moque de sa nudité tandis que ses deux frères, Sem et Japhet, le recouvrent pudiquement sans le regarder. En conséquence, Cham est maudit, lui et sa descendance, et l’Église lui a attribué l’origine de la population d’Afrique, que les descendants des autres frères s’arrogent le droit d’asservir. Mais, avant l’époque du voyage triangulaire organisant la traite sur une grande échelle, on pratiquait la vente d’esclaves un peu partout en faisant des razzias chez n’importe quelle population ou en asservissant des prisonniers de guerre. Il est donc probable que le choix d’un Noir pris par ce lion ne signifie pas qu’il soit plus porteur de mal du fait de la couleur de sa peau, mais répond au désir du sculpteur de faire plus couleur locale, le lion étant un animal africain plutôt qu’italien.

 

635e1a Troia, cathédrale, portail de façade

 

635e1b Troia, cathédrale, portail de façade 

En 1119, l’édifice est terminé. Il lui faut des portails. Un certain Odorisio da Benevento, dont on sait peu de chose mais qui a apposé sa signature, fond alors ces magnifiques portes de bronze, comme Amalfi ou Montecassino en avaient peu auparavant importé de Constantinople, mais en faisant preuve d’une exceptionnelle liberté de style en s’affranchissant des canons byzantins, et d’une remarquable créativité en s’exprimant dans ce qui va devenir le roman européen. On voit ici les portes de façade et le détail de la poignée représentant un monstre ailé bondissant.

 

635e2a Troia, cathédrale, portail est 

635e2b Troia, cathédrale, portail est 

635e2c Troia, cathédrale, portail est 

Et c’est le même Odorisio qui va signer, en 1127, les portes du flanc droit de la cathédrale. La période est troublée, les fonds manquent, le travail doit être rapide, aussi les portes sont-elles plus petites et plus simples, mais très modernes et très belles. Le premier détail représente la cathédrale entourée des remparts qui protègent la ville depuis 1019. Sur l’autre détail, on voit saint Pierre à gauche et saint Paul à droite.

 

635e3a Troia, cathédrale, portail ouest 

635e3b Troia, cathédrale, portail ouest 

Le portail du flanc gauche, à l’ouest, est moderne (on reconnaît au passage la sculpture du tympan que j’ai montrée en gros plan tout à l’heure). Il est daté de 1971, huitième année du pontificat de Paul VI, lequel Paul VI est représenté priant sur un autre panneau. Rien à voir avec la remarquable créativité d’Odorisio, mais l’exécution est, à mon goût, assez réussie.

 

635f1 Troia, cathédrale Santa Maria Assunta 

635f2 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta 

635f3 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta 

Même en ce samedi matin, la cathédrale est fermée. Mais une confrérie, bel uniforme, noble cape noire doublée de soie rouge et rabattue sur l’épaule, est réunie depuis un moment sur la place. Je n’ai pas osé leur demander quelle était cette confrérie… Mais une personne vient ouvrir les portes, c’est une conférencière qui fait visiter la cathédrale au groupe. Après une dizaine de minutes, quelqu’un nous dit que nous pouvons entrer, ils ne sont plus au milieu. Nous ne disposons en conséquence que de peu de temps avant de nous faire mettre à la porte. Temps suffisant néanmoins pour voir les trois nefs séparées par les colonnes antiques dont j’ai parlé au début, ainsi que les très beaux autels du transept.

 

635f4 Troia, cattedrale, Santa Francesca delle Cinque Piagh 

635f5 Troia, cattedrale di Santa Maria Assunta

 

On peut aussi voir quelques peintures, comme cette santa Francesca delle Cinque Piaghe, autrement dit sainte Françoise des Cinq Plaies, une Napolitaine protectrice des femmes en couches. Ou comme ces trois scènes qui me semblent bien être des épisodes concernant la sainte Vierge. Je vois en haut son Couronnement, au milieu il semble que ce soit l’Assomption, bien que je n’en sois pas sûr, et en bas c’est la Dormition. Mais il nous faut ressortir bien vite de la cathédrale, et d’ailleurs je n’ai que trop longtemps parlé de cette église.

 

635g1 Troia, San Basilio 

Hier soir, nous nous promenions dans la rue avec nos appareils photo. Natacha était occupée par je ne sais quoi, moi je regardais une fontaine. Un monsieur m’aborde et me demande si j’ai vu la cathédrale. Je réponds que oui et je ne lui cache pas mon admiration. Il me dit que dans ce sas, j’apprécierai sûrement San Basilio, tout près. Cette église est toujours fermée, mais la personne qui habite la maison en face a la clé, et elle ne refusera certainement pas d’ouvrir la porte.

 

635g2 Troia, Saint Basile 

Je rejoins alors Natacha et l’informe de ce que je viens d’apprendre de la bouche d’un homme fort aimable qui s’est adressé à moi spontanément, sans que je lui demande rien. Nous allons vers cette église. J’avise une jeune femme qui en sort. Fort aimable elle aussi, elle me dit d’attendre, et revient avec une dame d’un certain âge, tout de noir vêtue, qui me parle de façon visiblement charmante, avec de grands sourires, mais visiblement aussi en dialecte. L’autre personne sert d’interprète.

 

635g3 Troia, San Basilio 

Et nous entrons. C’est en effet une vieille église, apparemment contemporaine de la cathédrale primitive ou même antérieure à elle, mais de dimensions beaucoup plus modestes, les deux nefs latérales se réduisant à des couloirs de circulation. Et elle n’a pas été remaniée au cours des siècles.

 

635h1 Troia, San Basilio 

Entre autres, je remarque cette peinture très colorée mais qui me plaît bien. Il s’agit de saint Basile, le patron de l’église.

 

635h2 Troia, San Basilio 

La pierre des fonts baptismaux est visiblement très ancienne, et elle est surmontée d’une belle fresque représentant le baptême de Jésus par saint Jean Baptiste.

 

635h3 Troia, San Basilio 

Et puis j’aime particulièrement cette Vierge toute jeune, vêtue d’une longue robe blanche et d’une grande cape, blanche elle aussi et brodée d’or, qu’elle a posée sur sa tête. Elle est très belle, ni conventionnelle en Immaculée Conception bleue, ni en Vierge à l’Enfant, elle n’est pas affectée, c’est une très jeune femme grave et riche de vie intérieure.

 

635i1 Troia, première université, 1583 

635i2 Troia, ospedale San Giovanni di Dio (sec. XV)

 

Encore deux images de Troia avant de partir. Sur la première, la pancarte jaune fixée au mur signale que là se trouvait le siège de la première université de Troia, le 15 octobre 1583. Ainsi donc, cette ville était assez importante encore à la fin du seizième siècle pour accueillir une université. Et sur l’autre photo on voit l’hôpital Saint Jean de Dieu datant du quinzième siècle.

 

635j1 Entre Troia et Bovino

 

635j2 Entre Troia et Bovino 

Il est temps maintenant de partir vers Bovino. Ce n’est pas bien loin, une petite trentaine de kilomètres vers le sud, mais Bovino se trouve dans la montagne, au bout d’une petite route en lacets, et de plus le paysage est si beau que nous éprouvons le besoin de nous arrêter pour le contempler (et faire des photos par la même occasion).

 

636a Bovino d'après Pline 

Bovino. Perchée là-haut, Bovino occupe une position stratégique. Et d’autant plus stratégique et importante que près de là passe par le col juste en-dessous la route qui va vers Bénévent et Rome. Trajan, détournant à partir de Bénévent la via Appia qui allait vers Tarente et l’embarquement vers la Grèce et, plus tard, vers Byzance, utilisa ce tronçon pour aller vers le nouveau débouché, Brindisi. Quand, à l’époque byzantine, les idées nouvelles arrivèrent d’Orient vers Rome, elles passaient par Bovino avec les hommes qui les portaient, et Bovino devint une étape obligée. Au premier siècle après Jésus-Christ, Pline écrit, comme le rappelle la plaque ci-dessus : “Bovino est une vieille cité située aux premiers confins de l’Apulie, autrefois colonie de population romaine comme le montrent plusieurs documents et vestiges, et appelée alors Vibinum, dont par conséquent les habitants et les populations voisines étaient appelés Vibinates”.

 

636b1 Bovino 

636b2 Bovino 

636b3 Bovino 

De l’Antiquité, de l’époque byzantine, du haut Moyen-Âge, on ne trouve quasiment rien, la cathédrale et le château sont les seuls témoins d’un passé lointain. Un fragment de tour romaine sous un mur du château, quelques pierres du rempart romain, une colonne dans le mur de l’église… Tous les vestiges de monuments anciens se trouvent sans aucun doute sous les bâtiments d’époque romane et devraient être découverts lors de fouilles effectuées sous ces monuments que, bien évidemment, on ne veut pas détruire pour rechercher d’hypothétiques traces d’un passé plus lointain. Mais la ville, dans son état actuel, ne manque pas de charme.

 

636c1 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

636c2 Bovino, cattedrale di Santa Maria Assunta 

On ne dispose pas de documents anciens au sujet de la ville et de sa cathédrale. Le plus ancien ne remonte qu’au dixième siècle, alors qu’à l’époque cela faisait au moins trois siècles que Bovino était sous l’emprise culturelle des Lombards établis à Bénévent. Et cette cathédrale elle-même existait avant le dixième siècle. C’était déjà une basilique à trois nefs consacrée à Santa Maria Assunta.

 

636c3 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

636c4 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

Tout contre elle, se trouvait une petite église. Les reliques de saint Marc étaient conservées à Troia, mais parce qu’il était le saint patron de la communauté chrétienne de Bovino, elles y ont été transférées vers le cinquième ou le sixième siècle, lorsque la ville est devenue siège d’un évêché, et cette petite église dédiée à saint Marc les a accueillies. Puis à la fin du dixième siècle la cathédrale fut réaménagée et transformée et elle a absorbé la petite église Saint Marc, dont une colonne est restée intégrée dans le mur nouveau de la cathédrale agrandie. De la même façon, la sculpture ci-dessus, que l’on aperçoit à l’extrême droite de ma photo de l’église de trois-quarts, est dans la lunette du tympan d’une porte qui appartenait à Saint Marc. Puis la façade a été reconstruite entre 1200 et 1231.

 

636d1 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

636d2 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

La cathédrale n’a pas été défigurée, comme tant d’autres, par des modifications intempestives surchargeant de stucs baroques des églises non prévues pour cela, mais en 1930 un tremblement de terre a gravement endommagé l’édifice, qui a été reconstruit dans toute la mesure du possible à l’identique et en réutilisant les éléments jetés à terre par le séisme, si bien que la cathédrale est pratiquement aujourd’hui, malgré ce dramatique accident, identique à ce qu’elle était à l’origine. Et récemment, elle a été élevée au rang de Basilique Mineure.

 

636e1 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

636e2 Bovino, cattedrale di Santa Maria Assunta 

Dans cette église aux lignes épurées et simples, ces autels latéraux font figure d’œuvres d’art luxueuses. Ainsi, ils n’en expriment que mieux le respect et le culte des fidèles.

 

636f1 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

636f2 Bovino, cattedrale di Santa Maria Assunta 

Témoins de l’ancienneté de l’édifice, on trouve par exemple ce gisant de pierre représentant un personnage qui a été enterré ici dans l’église. L’absence d’inscription ne permet pas d’identifier ce chevalier. L’autre photo montre l’une des pierres aux motifs arabes incrustées dans le mur.

 

636g1 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

636g2 Bovino, cathédrale Santa Maria Assunta 

Avant de quitter la cathédrale, je voudrais montrer ces deux statues de Vierge à l’Enfant, que tout oppose. En 1266, Marie est apparue à un humble personnage du nom de Niccolò, disant qu’elle venait de lieux lointains que l’on a symboliquement identifiés avec Valverde, en Espagne. La chapelle où se trouve la première statue est nommée Santuario di Santa Maria di Valleverde. Avec des cheveux naturels, de somptueux vêtements blancs et de riches couronnes d’argent, elle est très belle. C’est dans la seconde statue en bois sombre et partiellement polychrome qu’au treizième siècle, dans ce style byzantino-gothique finalement très naturel, très moderne, a été représentée à l’origine la Vierge de l’apparition. Finalement, belles toutes deux elles montrent comment un même sujet peut être traité de façon différente, quoique tout aussi intense.

 

636h1 Bovino, le château normand 

636h2 Bovino, il castello normanno 

Nous ressortons de la ville et franchissons sa porte pour monter vers le château construit aux onzième et douzième siècles sur les restes d’une antique tour romaine comme je l’évoquais tout à l’heure, et précédé de sa tour normande soutenue par une puissante barbacane pyramidale. Au treizième siècle, Frédéric II le fait transformer, puis Manfred, son fils, y séjourne.

 

636h3 Bovino, le château normand 

Par la suite, au fil des siècles, il perd peu à peu sa fonction défensive et est transformé en un riche palais d’habitation par les ducs Guevara qui l’acquièrent en 1575 et en resteront propriétaires pendant trois siècles. Aujourd’hui, il propose un Bed and Breakfast luxueux et abrite un musée intéressant, mais où la photo est malheureusement interdite. Tant pis pour mes lecteurs, ils seront obligés de se rendre à Bovino pour savoir ce qui s’y trouve.

 

636i Vue du château normand de Bovino

 

En montant vers une terrasse du château, on peut admirer le vaste panorama, ainsi que la vue sur la ville. Quand je disais, au début, que notre journée à Troia et Bovino était pleine de merveilles… Mais il nous faut nous arracher à tout cela parce que ce soir nous avons prévu de nous rendre à Venosa, à quelque soixante quinze kilomètres.

 

636j Bovino, panorama depuis l'esplanade du château 

Et malgré le chemin qui nous attend, nous ne pouvons résister à l’envie de nous arrêter quelques minutes sur le bord de la route pour contempler les couleurs du couchant sur la montagne. Il n’est pas vraiment tard puisque cette photo est prise à 16h39, mais en cette fin d’octobre, et près de la limite orientale du fuseau horaire, le soleil se couche tôt. Plus loin, dédaignant Melfi et son château, nous faisons un crochet par Rionero in Vulture (c’est à moins de dix kilomètres de notre route) pour aller jeter un coup d’œil à la ville natale de notre amie Donatine. Mais cette fois-ci, il fait complètement noir. Nous en repartirons sans une seule photo, hélas. Tout à l’heure, nous sommes donc finalement arrivés à Venosa. À l’entrée de la ville, un grand parking désert nous accueille pour la nuit (espérons que nous n’aurons pas la même surprise qu’à Foggia). Rendez-vous demain pour de prochaines visites.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 23:54

Nous sommes arrivés hier soir à Foggia, heureux de trouver un grand parking presque vide, suffisamment éloigné des immeubles pour ne déranger personne avec le moteur de notre générateur, bien éclairé, gratuit de surplus, et sans aucune indication de dates, d’heures, ou à l’encontre des camping-cars. Dîner, travail devant nos ordinateurs, toilette et au lit. Soudain, vers quatre heures et demie du matin, nous sommes réveillés par des bruits tout proches, comme des tubes métalliques qu’on entrechoquerait. Intrigués, nous soulevons un store et découvrons que des commerçants ont commencé à installer les étals de leur marché. Je nous imagine, bloqués toute la matinée au milieu des clients, enserrés entre un marchand de fruits et légumes et une échoppe de boucher… Séance d’habillage sommaire, et nous levons le camp pour aller nous garer juste en face, au pied d’immeubles. À cette heure-là, nous n’avons plus besoin de notre générateur, nous nous contenterons du 12 volts des batteries.

 

634a Foggia, chiesa Gesù e Maria (sec. XVII)

 

Remis de nos émotions de la nuit, nous allons visiter la ville. Pas question de nous aventurer dans les petites rues étroites du centre ville avec notre engin, nous préférons faire environ deux kilomètres à pied, il fait beau, nous ne sommes pas pressés. En chemin, nous voyons cette église Gesù e Maria du dix-septième siècle.

 

634b1 Foggia, piazza Umberto Giordano 

634b2 Foggia, Umberto Giordano (1867-1948) 

Juste en face de l’église, une grande piazza porte le nom du personnage dont la statue se dresse au centre, Umberto Giordano (1867-1948). En effet, ce musicien est né à Foggia, et il est le compositeur de nombreux opéras.

 

634b3 Foggia, Siberia (Umberto Giordano) 

634b4 Foggia, Fedora (Umberto Giordano) 

634b5 Foggia, Le Roi (Umberto Giordano)

 

Et, tout autour de la place, des statues représentent les personnages de ses œuvres. J’avoue n’avoir que de très, très vagues notions de l’œuvre de Giordano (en fait, je n’ai une petite idée que de Madame Sans-Gêne), de sorte que je ne peux absolument pas dire si je trouve les statues représentatives de l’esprit de l’auteur, mais je les trouve extrêmement expressives et esthétiques. Je suis resté longtemps à les contempler et je ne résiste pas à l’envie de publier plusieurs photos. La première c’est Siberia, la seconde Fedora, œuvre qui a permis à Caruso de se révéler et d’acquérir la célébrité que l’on sait, et la troisième le Roi.

 

634b6 Foggia, André Chénier (Umberto Giordano)

 

Comment faire l’impasse sur celle-ci ? Il s’agit de notre André Chénier national. En fait, s’il ne s’était agi de ce poète que j’aime et qui me touche, je n’aurais pas choisi de publier cette photo, parce que c’est celle qui me plaît le moins… Néanmoins, parce que c’est le premier opéra de Giordano qui ait obtenu un grand succès et que cette œuvre est restée sa plus célèbre, j’aurais eu tort.

 

634c1 Foggia, Santa Chiara 

Au passage, on peut admirer la belle façade de l’église Santa Chiara (et j’en profite pour saluer mon amie Claire puisqu’il s’agit de sa patronne). Au quatorzième siècle, plus précisément en 1337, le roi Robert d’Anjou donne une propriété qui rapporte deux cents onces d’or à Fino Lollo d’Assise, un neveu de sainte Claire. Vu l’importance du patrimoine, le nouveau propriétaire s’installe sur ses terres, accompagné de sa sœur Béatrice, laquelle fonde avec des compagnes un monastère de Clarisses, avec l’église que l’on voit ici. Mais toutes ces églises sont fermées, il faut se contenter de l’extérieur.

 

634c2a Foggia, Sant'Agostino

 

634c2b Foggia, Saint Augustin 

Un souvenir d’adolescence. Nous passions les vacances dans une maison que mes parents avaient louée, et nous avions un voisin fort aimable avec qui nous parlions de temps à autre. C’était un homme qui avait stoppé ses études très jeune pour exercer un métier manuel, mais qui avait le désir de se cultiver et qui lisait des romans d’auteurs classiques. Il n’aimait pas Victor Hugo parce que, disait-il, il lui faut dix pages pour dire qu’un bouton de porte est sale. Sans doute aurait-il été content devant cette église parce que le panneau que l’on aperçoit sur ma photo se contente de dire “Hypogées urbains, S. Agostino”. C’est bref, c’est concis, mais c’est alléchant. Or cette église Sant’Agostino était fermée lors de notre aller vers la cathédrale, fermée au retour. Elle doit cependant être spéciale puisqu’elle est bâtie sur des hypogées. Tant pis, nous ne verrons ni le bâtiment supérieur, ni le bâtiment souterrain. J’ai lu ailleurs que de l’église un escalier descend vers un souterrain contenant de nombreuses pierres tombales de frères. Des couloirs mènent sous la rue et au-delà de la porte de la ville. Des études sont en cours au sujet de cet hypogée et d’autres dans Foggia.

 

634d1 Foggia, faculté des Sciences de la Formation

 

Étant donné mon passé à l’Éducation Nationale, je ne peux manquer de montrer ce bâtiment, qui affiche “Université des études de Foggia, faculté des sciences de la formation”. Autrement dit, ce que nous appelons en France les sciences de l’éducation.

 

634d2 Foggia, palazzo De Vita - De Luca (sec. XVII) 

Il a beau être en assez mauvais état, le palazzo De Vita a fière allure, et on voit bien qu’il a été splendide. Construit dans la première moitié du dix-septième siècle par une famille d’aristocrates, il a été acheté en 1698 par d’autres propriétaires, les De Vita, qui l’ont fait surélever de cette loggia du deuxième étage.

 

634e1 Foggia, la cathédrale 

634e2 Foggia, la cattedrale 

634e3 Foggia, la cathédrale 

Nous voici devant la cathédrale. Il faut savoir que la ville de Foggia est relativement récente. Dans cette zone de marais, il n’y avait pas grand-chose. Un jour de 1062, un bœuf mené au pré s’arrête pour boire l’eau du marécage. Soudain, il s’agenouille et trois flammèches mystérieuses dansent à la surface de l’eau. Les bouviers accourent et découvrent sous l’eau, enveloppée dans un linge, une peinture sur bois représentant une Vierge en pied, tenant dans ses bras l’Enfant Jésus bénissant, que l’on appelle la Madone aux sept voiles. Les bouviers portent le tableau à la taverne proche, dont on fait une chapelle. Déjà la ville à quelque distance de ces marais avait vu s’accroître sa population au dixième siècle quand Arpi, la ville voisine, avait été détruite et que ses habitants étaient venus se réfugier à Foggia qui, désormais, avec sa peinture miraculeuse, attire les pèlerins, parmi lesquels Robert Guiscard, plein de dévotion pour la Vierge, qui fait assécher cet endroit du marécage et construire une chapelle en l’honneur de l’Icona Vetere (la Vieille Icône). Nous sommes alors à la fin du onzième siècle. Puis, en 1172, avec Guillaume le Bon, fils de Roger I et petit-neveu de Robert Guiscard, les Normands décident de construire sur la chapelle précédente une vraie église pour recevoir cette image sacrée. Au treizième siècle, Frédéric II avait envie de bâtir auprès de cette église consacrée à Sainte Marie de la Vieille Icône une résidence royale parce qu’il aurait pu se livrer à sa passion de la chasse, mais il ne l’a pas réalisée. Ce n’est que plus tard dans le cours du second millénaire que la ville s’est construite autour de cette église.

 

634f1 Foggia, la cathédrale 

634f2 Foggia, la cathédrale

 

Mais en 1731, un fort tremblement de terre a ébranlé la cathédrale, nécessitant sa reconstruction. Toutefois, des éléments ont pu être maintenus en place, d’autres ont été réutilisés, ce qui donne cet intéressant mélange de styles, une architecture du dix-huitième siècle avec des chapiteaux représentant des scènes médiévales.

 

634f3 Foggia, la cattedrale 

634f4 Foggia, la cathédrale 

Mais surtout, le plus intéressant et le plus pittoresque, on retrouve le bestiaire fantastique du Moyen-Âge. Le thème récurrent est celui de la lutte du bien et du mal. Des serpents, à chaque angle de la corniche, dévorent des êtres humains. L’expression des yeux de l’homme, particulièrement sur la première photo, est remarquable. J’aime bien aussi, à sa droite, ce monstre à corps de dragon et à tête relativement humaine, qui est en train d’avaler je ne sais quoi. À l’autre angle, les serpents aux yeux globuleux enserrent dans leurs queues les jambes de ce pauvre être terrorisé et lui dévorent les bras.

 

634f5 Foggia, la cattedrale 

634f6 Foggia, la cathédrale 

Encore deux photos de cette frise médiévale. On peut apprécier la fantaisie des artistes qui ont travaillé la pierre, que ce soit pour imaginer ce sphinx tête en bas, cet enfant, cet autre dragon, etc.

 

Nous avons beau, dans un premier temps, être allés dans le centre séparément parce que là où nous avions garé le camping-car nous avons vu rôder des hommes louches et craignions d’être cambriolés (je suis allé d’abord pendant que Natacha gardait le domicile, puis elle est allée, ensuite nous avons trouvé à nous garer à un endroit mieux protégé et sommes repartis ensemble et avons déambulé à travers la ville. Néanmoins, après avoir bien regardé la façade de la cathédrale, avoir pris nos photos, nous ne pouvons entrer, la porte est close. Un panneau précise les heures d’ouverture, 17h-20h. Or il est à peine plus de seize heures. Nous nous attablons dans un petit bar juste en face et patientons. 17h. D’autres touristes prennent des photos en attendant l’ouverture. 17h10, les portes ne s’ouvrent pas. 17h20. Le patron du café nous demande : “J’espère que ce n’est pas l’ouverture de la cathédrale, que vous attendez. Parce qu’elle restera fermée. Elle est en restauration…”

 

634g1 Lucera, le château souabe

 

634g2 Lucera, le château souabe et les murs de Charles d'A 

634g3 Lucera, le château souabe 

Nous repartons. Lucera n’est pas bien loin, une vingtaine de kilomètres. Cette vieille cité a très tôt pris le parti de Rome, ce qui lui a valu d’être promue au rang de colonie dès le quatrième siècle avant Jésus-Christ. Au temps de Constantin, c’est-à-dire au début du quatrième siècle après Jésus-Christ, elle a été promue capitale de l’Apulie (les Pouilles). Mais au septième siècle, les Byzantins sont passés et l’ont ravagée à plusieurs reprises. C’est l’empereur Frédéric II qui, au treizième siècle, lui a donné l’occasion de se stabiliser et de connaître une période faste sur le plan architectural en y installant une communauté de Sarrasins (1224-1246) et en faisant construire des fortifications et un ensemble de bâtiments. Puis le roi Charles I d’Anjou a fait élever le mur d’enceinte de plus d’un kilomètre de long, ponctué d’une vingtaine de tours. En effet, les Sarrasins étaient restés fidèles à la dynastie de Frédéric de Souabe, ce qui ne pouvait plaire au roi français, qui a contraint les Français à s’installer à l’intérieur des murs et a laissé s’éteindre cette civilisation musulmane à l’extérieur, allant jusqu’à rebaptiser sa ville chrétienne Città di Santa Maria.

 

La base massive en tronc de pyramide que l’on voit nettement sur ma troisième photo est ce qui reste de la forteresse de Frédéric II. Et puis on voit, particulièrement sur la seconde photo, le mur d’enceinte de Charles Premier.

 

À la suite de cette visite, nous sommes remontés en voiture et nous sommes rendus à Troia où nous avons fait un petit tour à la nuit tombée. Nous avons pris quelques photos, mais je préfère les regrouper avec celles que nous prendrons de jour demain. En attendant, nous nous sommes installés sur la sosta équipée par la municipalité, bien plane, éclairée, avec prise électrique 220 volts gratuite. Sans compter, bien sûr, les équipements habituels de fourniture en eau et de bassins de vidange. Et l’emplacement est idéal, juste aux portes de la vieille ville, à quelques dizaines de mètres de la cathédrale. Nulle part, nous n’avons trouvé une municipalité ayant fait les choses aussi bien. Un exemple à suivre, Mesdames et Messieurs les maires.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche