Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 21:47

 

633a1 Saline di Margherita di Savoia

  

633a2 Salines de Marguerite de Savoie 

633a3 Saline di Margherita di Savoia 

Continuant après Barletta sur la petite route qui longe la côte de l’Adriatique vers le nord-ouest, nous arrivons à Margherita di Savoia. Ici le sel marin est exploité dans des bassins depuis l’Antiquité, remontant au moins jusqu’au troisième siècle avant Jésus-Christ, et il existe depuis le dix-huitième siècle une localité qui, en 1879, a pris le nom de Margherita di Savoia en l’honneur de la reine. Marguerite de Savoie avait épousé en 1868, à l’âge de seize ans et demi, son cousin le prince Humbert de Piémont (Umberto), fils du roi Victor-Emmanuel II. Lors de la mort de Victor-Emmanuel le 9 janvier 1878, son fils est couronné roi d’Italie sous le nom de Umberto I et de ce fait Marguerite devient reine d’Italie. Et c’est un an plus tard que la population honore sa reine en donnant ce nom à la ville des salines.

 

L’empereur Frédéric II, qui a régné dans la première moitié du treizième siècle, aimait venir chasser dans ces marais où le gibier et les oiseaux étaient abondants. C’est en particulier la présence de ces oiseaux migrateurs et de nombreuses autres espèces qui a fait classer en 1977 par l’UNESCO cette zone humide à protéger. Mais aussi, jusqu’au dix-neuvième siècle, les marais qui s’étendent sur quatre mille hectares dont cinquante hectares de parcs d’évaporation, étaient une zone très insalubre et n’étaient fréquentés que par ceux qui travaillaient à la récolte du sel, à son raffinage, à son transport. Et par les contrebandiers…

 

633a4 Saline di Margherita di Savoia 

633b1 Saline di Margherita di Savoia 

Nous nous sommes un peu promenés dans ces parages. Les surfaces inondées sont de véritables lacs, la dimension des parcs d’évaporation n’a rien de commun avec ceux que nous avons pu voir à Trapani en Sicile, ou à l’île de Ré ou ailleurs. Ci-dessus, une surface évaporée et l’usine qui amasse les tas de sel pour leur traitement.

 

633b2 Saline di Margherita di Savoia 

633b3 Saline di Margherita di Savoia

 

Les paysages sont beaux et intéressants, mais il y a aussi les restes de l’industrie du dix-neuvième siècle qui pourrissent sur place et défigurent le paysage. Du passé, la ville a également gardé ce vieux train qui effectuait le transport du sel dans ses bennes et qui sert aujourd’hui de décoration et de souvenir, placé sur des tronçons de rails à l’entrée de la ville.

 

633c1 Canosa di Puglia, cattedrale di San Sabino

 

Cette fois-ci, nous quittons résolument la côte et nous dirigeons vers le sud, sud-est en direction de la ville de Canosa di Puglia. Cette ville, Canusium, fondée selon la légende par le Diomède dont parle Homère, et en tous cas cité grecque qui a frappé monnaie, était soumise à Rome depuis la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ. À quelque distance de là, une quinzaine de kilomètres, à Cannes, le 2 août 216 avant Jésus-Christ les quatre-vingt cinq mille soldats de Rome rencontrent les quarante mille Carthaginois d’Hannibal. Le génial chef punique se livre à une manœuvre d’encerclement qui est encore étudiée dans les écoles de guerre de nos armées d’aujourd’hui. Enfermés dans un espace réduit, les Romains trop nombreux ne peuvent se défendre efficacement contre l’ennemi plus de deux fois moins nombreux. Les Carthaginois massacrent cinquante mille Romains et font quatre mille prisonniers, perdant eux-mêmes huit mille hommes, terrible tribut humain mais infiniment inférieur, tant en nombre qu’en pourcentage, aux pertes romaines. Aussi, après ce désastre, quatre mille Romains eurent-ils l’idée d’aller se réfugier à Canusium, accroissant ainsi subitement sa population. Pour avoir accueilli ces soldats, la ville a été faite municipium par Rome, puis est devenue colonie, ce qui lui a permis un fort développement économique. Puis il y a eu les invasions barbares, et Canosa a été détruite. Renée de ses cendres, elle est rasée par les Sarrasins au neuvième siècle.

 

Nous ne sommes pas partis tôt de Barletta, où nous étions retournés après Castel del Monte pour de basses besognes matérielles et où nous avons passé la nuit, nous avons traîné trop longtemps sans doute dans les salines de Margherita di Savoia, de sorte que nous arrivons bien tard dans l’après-midi à Canosa et en ce milieu d’automne tout à l’est du fuseau horaire il fait nuit tôt. Nous voulons cependant jeter un coup d’œil à la cathédrale San Sabino (Saint Sabin) qui a été consacrée en 1101 au terme de vingt ans de travaux, soit à l’époque normande, mais dont une partie, soit deux travées, le chœur, l’abside, était antérieure. La façade, elle, a été abattue au dix-neuvième siècle et refaite comme nous la voyons aujourd’hui.

 

633c2 Canosa di Puglia, cathédrale Saint Sabin 

633c3 Canosa di Puglia, cathédrale Saint Sabin 

Mais entre la cathédrale normande et sa façade du dix-neuvième siècle, il s’est passé bien des choses. L’église a subi les outrages du temps et du manque d’entretien, elle a été fortement endommagée par des tremblements de terre. La période qui y a vu les plus grands travaux est le seizième siècle. Charles de Bourbon (1818-1861), infant d’Espagne déchu de ses droits à la couronne par la révocation de la loi salique laissant le trône à Isabelle II, épousa en 1850 la princesse royale du Royaume des Deux-Siciles. Il trouva cette cathédrale en si mauvais état qu’il voulut en récupérer les six colonnes monolithiques antiques de marbre vert que l’on voit sur ma photo dans le haut de la nef pour les démanteler et en embellir le palais de Caserte près de Naples où il vivait avec sa femme. Heureusement, son projet n’a pas abouti, et on a restauré l’église. Sur ma photo, en haut de la nef, à gauche, on aperçoit l’ambon de marbre antérieur à la cathédrale normande, puisque datant du milieu du onzième siècle. C’est l’œuvre de l’archidiacre Acceptus, un sculpteur des Pouilles.

 

633c4 Canosa di Puglia, cathédrale San Sabino 

Amalfi, Montecassino, Saint Paul Hors les Murs à Rome, entre autres, ont initié la mode, si l’on peut dire, des grandes portes de bronze. De 1060 à 1076 des portes ont été commandées à Constantinople et en ont été importées. Puis on en a fabriqué en Italie. C’est en 1119 qu’ont été réalisées les portes de ma photo, présentées dans la cathédrale, mais provenant du mausolée de Boémond (auquel nous n’avons pas pu accéder).

 

633c5 Canosa di Puglia, cattedrale di San Sabino 

Quoique n’ayant pas d’informations relatives à cette icône de la Vierge, j’ai souhaité en publier la photo parce que je la trouve belle. Elle est clairement byzantine, elle rappelle la Vierge de Constantinople, mais je crois que la copie n’en est pas exacte.

 

633d Canosa di Puglia, borne antique 

Sortons de la cathédrale. Avant de quitter la ville, une dernière photo. Cette borne du troisième siècle après Jésus-Christ, conservée sur la place de la cathédrale, est en l’honneur du patron de la colonie de Canusium. Elle dit, en latin : “Athenasius. À Lucius Annius Rufus, fils de Lucius, de la tribu Oufentina, homme remarquable dans tous les actes de sa vie, patron de la colonie, pour lui le peuple avait sollicité des juges une statue équestre, et se contentant d’une statue en pied il s’est opposé à leur volonté”. Ce texte me laisse supposer que la borne de ma photo est le piédestal de la statue en question.

 

Sur ce, nous partons pour Foggia, où nous allons passer la nuit.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 21:05

632a1 Castel del Monte

 

632a2 Castel del Monte 

 

 

632b1 Castel del Monte 

Aujourd’hui, nous sommes près d’Andria, au célèbre château de Castel del Monte. Les Pouilles sont une région constellée de châteaux, certains voulus par les Byzantins, mais beaucoup construits par les Normands qui, les situant en dehors du bourg, les voulaient imposants pour signifier la présence du pouvoir, et intimidants pour l’agresseur éventuel. Puis viennent les Souabes. Pour qui ne situe pas exactement cette région d’Allemagne qui n’est ni un land, ni une autre aire administrative mais seulement une région historique, rappelons que c’est le sud-ouest de l’Allemagne, aux confins de l’Alsace et de la Suisse, autour du lac de Constance. Et c’est justement Constance de Hauteville, la fille de Roger II roi de Sicile, et donc petite-fille du premier roi de Sicile Roger Premier et petite-nièce de Robert Guiscard, conquérant de l’Italie du sud, qui a épousé l’empereur germanique Henri IV de Hohenstaufen, un Souabe fils du fameux Frédéric Barberousse. Le fils de Henri IV de Hohenstaufen et de Constance de Hauteville, Frédéric II, est donc à moitié normand et à moitié souabe, et c’est d’ailleurs grâce à son ascendance normande qu’il a régné sur les deux Siciles, mais au sujet du règne de son père, du sien et de celui de son fils Manfred, on parle de la dynastie souabe.

 

Pour bien affirmer son pouvoir et sa présence, il a rénové tous les châteaux normands et en a construit un grand nombre de nouveaux, et tous ceux qu’il a construits ou qu’il a modifiés sont conventionnellement appelés châteaux souabes ou châteaux frédériciens. L’importance qu’il donnait à ces édifices était tel que, dit-on, il a dessiné le plan de certains d’entre eux de sa propre main, et ce serait le cas de Castel del Monte dont l’originalité architecturale est le fruit d’une réflexion géométrique très poussée, bien dans le style de Frédéric II, homme d’une immense culture et qui se piquait de sciences et en particulier de mathématiques.

 

632b2 Castel del Monte 

632b3 Castel del Monte 

D’ores et déjà, tournant autour du château, nous voyons que les différences tiennent aux ouvertures, d’un côté il y a le portail d’entrée et d’un autre des fenêtres, mais hors de cela, les murs et les tours sont ordonnés de la même façon. En effet, le château est un parfait octogone régulier, flanqué dans chacun de ses huit angles d’une tour octogonale elle aussi. Et sous le soleil un peu voilé de cet après-midi, la pierre dorée des murs rend le bâtiment encore plus beau.

 

632c1 Castel del Monte 

632c2 Castel del Monte

 

632c3 Castel del Monte 

Dirigeons-nous vers l’entrée. Pour donner plus de noblesse, le portail est un peu surélevé, il se présente au haut d’un escalier à double volée de marches. On peut voir, d’après le lion que je montre en gros plan, que la pierre utilisée pour le portail, d’un beau rouge, tranche sur le bâtiment lui-même. On n’est pas étonné de trouver ici deux lions encadrant la porte, puisque Frédéric II avait choisi cet animal comme symbole.

 

632d1 Castel del Monte 

632d2 Castel del Monte 

632d3 Castel del Monte

 

Lorsque l’on pénètre dans le château, on se rend compte que la cour centrale est elle-même octogonale. Des murs reliant les angles de l’octogone extérieur (la périphérie du château) aux angles de l’octogone intérieur (la cour) délimitent huit pièces de forme trapézoïdale. Le château étant construit sur deux niveaux, il comporte donc seize pièces, toutes strictement de mêmes dimensions mais leur fonction étant différente l’emplacement de leurs portes d’accès diffère. Ainsi, on peut passer parfois de l’une dans l’autre à chaque extrémité, et parfois l’accès ne se fait que d’un côté, ou par l’escalier situé dans la tour voisine. Au rez-de-chaussée, trois de ces pièces donnent sur la cour par une porte, et au-dessus de cette porte au premier étage les trois pièces correspondantes donnent sur la cour par une fenêtre. Les cinq autres pièces de chaque étage ne disposent que d’une petite ouverture.

 

632d4 Castel del Monte

 

Lorsque l’on est dans la cour, étroite et profonde, on a l’impression d’être au fond d’un puits, et en levant la tête on voit ces impressionnants murs qui se referment et montent haut vers le ciel, qui apparaît au milieu.

 

632e Castel del Monte, Enlèvement de Piccarda Donati (Tonc 

Nous sommes maintenant à l’intérieur du château. Dans certaines salles sont exposées des toiles diverses. Je n’en montrerai qu’une, même si la plupart sont intéressantes parce que mon sujet du jour est le château plus qu’une galerie de tableaux. Ce que l’on voit ici est une œuvre de Lorenzo Toncini (1802-1884) réalisée vers 1846 et qui représente Piccarda Donati enlevée du couvent de Santa Chiara par son frère Corso. Cette Piccarda Donati qui vécut au treizième siècle est le premier personnage que rencontre Dante dans le Paradis de sa Divine Comédie. Elle avait décidé de consacrer sa vie au Christ, elle était entrée au couvent des Clarisses et était un modèle de charité et de dévotion, mais son frère Corso décida de lui faire épouser un riche Florentin extrêmement violent, il la fit enlever de force de son couvent et la contraignit au mariage. Une légende dit qu’elle eut la grâce de mourir avant la consommation du mariage, mais en réalité elle y survécut mais mourut peu après. C’est d’ailleurs à cette vie réelle que se réfère Dante, puisqu’il fait confesser à Piccarda un non respect de ses vœux de chasteté, quoiqu’involontaire et forcé.

 

632f1 Castel del Monte 

632f2 Castel del Monte 

Je ne montrerai pas chacune des seize salles, puisqu’elles sont toutes semblables, à part que les salles de réception sont munies de cheminées et que les angles en sont décorés de colonnes à chapiteaux, comme celui-ci. À noter que jamais Frédéric II n’a résidé dans ce château qu’il a conçu et construit, et qu’en fait le bâtiment a joué un rôle politique par sa seule existence mais n’a jamais été un château au sens propre, c’est-à-dire un lieu d’habitation et de réception, ou un fort défensif.

 

632g1 Castel del Monte 

632g2 Castel del Monte

 

632g3 Castel del Monte 

Nous allons terminer notre visite de Castel del Monte en jetant un coup d’œil à cet escalier qui escalade l’une des huit tours et donne accès aux salles du premier étage. Curieusement, la cage de l’escalier s’inscrit non plus dans un octogone mais dans un hexagone comme on le constate en regardant les nervures de pierre de la voûte du plafond, alors que les murs extérieurs sont bien octogonaux. Chacune des nervures repose sur une console soutenue par une pierre sculptée en forme de personnage amusant, comme celui-ci.

 

Au moment où je rédige ces lignes, il s’est mis à pleuvoir, une pluie violente. Sans doute allons-nous passer un autre jour ici si la pluie ne cesse pas. En effet, le parking de Castel del Monte, situé à sept cents mètres du château (desservi par une navette) comporte un emplacement pour les camping-cars avec connexion électrique, il est gardé et fermé la nuit, et sous les trombes d’eau qui dégringolent en ce moment nous ne pourrions pas apprécier nos prochaines visites. De plus, nous nous sommes fait ici un ami en la personne d’un gros berger allemand, Dick, qui vient de temps à autre frapper à la porte avec sa patte, attend des caresses et des mots aimables, mais en restant sous la pluie, sans chercher à entrer. Puis il va se coucher près de notre porte…

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 17:50

631a1 Un palazzo à Barletta 

Moins de quinze kilomètres après Trani en suivant la côte vers le nord-ouest, nous arrivons à Barletta (ci-dessus, un palazzo en centre ville). C’est la ville du célèbre défi, la disfida di Barletta. Célèbre… enfin, plus célèbre en Italie qu’en France. De même que nous préférons nous souvenir d’Austerlitz que de Waterloo (voir les noms des gares à Paris et à Londres). Cela s’est passé en 1503. Le capitaine de la Motte, un officier français fait prisonnier par les Italiens, accuse publiquement ces derniers de lâcheté. L’Italien Ettore Fieramosca (dont le nom signifie Mouche Intrépide, de quoi faire frémir l’ennemi) lui lance alors un défi. La Motte et douze de ses hommes affronteront Fieramosca et douze soldats à lui. Rendez-vous est pris pour le 13 février en début d’après-midi. Au jour dit, les Italiens sont en place et attendent les Français. Ceux-ci arrivent, et font instantanément demi-tour. Ils ont vu que les lances de leurs adversaires étaient plus longues que les leurs, ils reviennent avec des haches et des épées. Les deux camps s’affrontent alors, il y a des morts dans les rangs des uns et des autres. Les circonstances font que Fieramosca et la Motte se retrouvent face à face en duel. Voyant que le nombre de survivants de son côté est plus faible que du côté italien et –ajoutent les Italiens– prenant conscience qu’il est moins fort, le capitaine de la Motte se rend. Lorsqu’au dix-neuvième siècle le sentiment national est exalté et que l’Italie se pense en tant que nation, cet épisode devient le modèle et le symbole du patriotisme. Ce sera le sujet d’un roman à succès (publié en 1833), d’un film…

 

 

631a2 Barletta 

Mais, comme on le voit, tout le monde à Barletta ne rejette pas ce qui vient de France, comme en témoigne cet Autre chat noir. La ville a, comme Trani, profité de la destruction de Canosa par les Arabes au neuvième siècle, les habitants rescapés s’étant repliés sur les villes voisines, d’autant plus que, côtières, elles auraient permis le cas échéant d’échapper à un ennemi venant de terre. Puis Barletta a été, comme d’autres villes de la côte adriatique, un point d’embarquement important pour les croisades. En outre, nombre d’ordres militaires ou hospitaliers y avaient installé leur siège.

 

631b Barletta, basilique du Saint Sépulcre 

Cela dit, malgré des abords un peu gâchés par les implantations industrielles, le cœur de la cité est non seulement riche de beaux monuments, mais Natacha et moi y avons ressenti, sans nous consulter, une ambiance sympathique et vivante. Voici d’abord la basilique du Saint-Sépulcre en style roman dont on a une trace écrite en 1138 mais dont on sait qu’elle existait déjà en 1061 et qui a été modifiée en gothique bourguignon au quatorzième siècle. Sur le trottoir près de son flanc, on distingue la silhouette d’une grande statue qui mérite quelques mots.

 

631c1 Barletta, il Colosso 

631c2 Barletta, le Colosse 

631c3 Barletta, le Colosse 

Cette statue appelée le Colosse en référence à Hercule est en fait la représentation d’un empereur romain du Bas Empire qui n’est pas identifié avec certitude mais que l’on suppose être Valentinien Premier. Cette statue du quatrième siècle semble avoir été fondue à Constantinople, mais on l’a trouvée dans le sable de la plage de Barletta. Sans doute était-elle, à la fin du Moyen-Âge, à bord d’un navire qui la transportait vers Venise et qui a fait naufrage dans les parages. Plus motivés par la fonte de cloches pour une église que par la conservation d’une œuvre de l’Antiquité, des autorités en ont alors prélevé bras et jambes. Plus éclairés que leurs prédécesseurs, des responsables du quinzième siècle lui ont fait refaire les membres manquants et lui ont mis dans la main un grand crucifix qui, bien évidemment, n’était pas dans la main de l’original, et ainsi la statue a été placée sur ce socle près de la basilique, devenant le symbole de Barletta. Haute de plus de cinq mètres, avec ce visage dur et ferme mais ô combien expressif, cette statue est impressionnante.

 

631d1 Barletta, expo De Nittis à Paris

 

Dans les rues de Barletta, on peut voir cette affiche. “Barletta est à Paris avec De Nittis ‘La Modernité élégante’ 21 octobre 2010 – 16 janvier 2011. Culture est tourisme. Tourisme est travail. Avec l’art, la Pouille y gagne. Le Maire”.

  

Il y a en effet actuellement à Paris au Petit Palais une exposition des œuvres de Giuseppe De Nittis qui est natif de Barletta (1846), a suivi une formation artistique à Naples (qui était la capitale de son royaume jusqu’à la réunification de l’Italie), puis est allé travailler à Paris où il a acquis la célébrité. Il y a épousé une Française, Léontine Gruvelle, qui a été souvent son modèle, et il s’est lié d’amitié avec des peintres parmi lesquels Degas, Forain, Caillebotte, Manet, avec des écrivains parmi lesquels Daudet, Zola, Goncourt. Il a fait notamment ces rencontres au café Guerbois (aujourd’hui 9 avenue de Clichy) qu’il fréquentait dès 1869 et où se réunissaient sous l’égide de Manet les membres de l’École des Batignolles, creuset de l’Impressionnisme. Il n’avait que 38 ans et se trouvait à Saint-Germain-en-Laye lorsqu’une hémorragie cérébrale a mis fin à ses jours.   

 

 631d2 Barletta, palazzo della Marra 

631d3 Barletta, palazzo della Marra 

631d4 Barletta, palazzo della Marra 

La veuve de De Nittis a eu la bonne idée et la générosité de donner à la ville de Barletta les œuvres que l’artiste n’avait pas vendues. Sa réputation tenait à ses représentations, dans le style impressionniste, de la vie mondaine parisienne. Mais il avait plaisir à peindre, et avec le même talent, bien d’autres sujets. Une merveilleuse collection de 150 tableaux et 65 gravures constitue le musée qui lui est réservé, dont manquent actuellement quelques toiles pour cause d’exposition à Paris. Bien entendu, la photo est strictement interdite dans le musée. Le musée étant installé dans un palais du quinzième siècle amplement modifié au dix-septième siècle quand il a été acquis par la famille Della Marra qui lui a donné son nom. Et le palazzo, on peut librement le photographier. Sur la deuxième photo, on peut voir sur le soubassement d’une colonne une tête d’empereur romain (ici, sur la troisième photo, l’empereur Claude). Il y a ainsi huit empereurs ou princes impériaux , un au pied de chacune des arches des galeries du premier et du second étage.

 

631d5 Barletta, palazzo della Marra

 

631d6 Barletta, palazzo della Marra 

631d7 Barletta, palazzo della Marra 

Il y a aussi sur les plafonds et sur les murs du porche et des escaliers de belles fresques. Il ne faut pas s’imaginer que la jeune fille avec la faucille fait l’éloge du communisme, avec sa belle gerbe de blé, car il lui manque le marteau. Quant à la troisième photo, une allégorie du Silence, je trouve la représentation intéressante, autant qu’elle est originale.

 

631d8 Barletta, palazzo della Marra 

Sur le palier de l’un des escaliers, cette Vierge à l’Enfant est certes assez jolie et plastique, mais je ne peux manquer de m’étonner de la façon dont le peintre a représenté son anatomie, à la façon dont elle donne le sein à Jésus (qui porte une dizaine d'années) on dirait que sa poitrine est détachée de son corps, ou bien qu’elle est longue, longue, comme un gros tuyau. Il faut un gros effort de concentration pour oublier ce détail disgracieux et retrouver toute la beauté de la peinture.

 

631e1 Barletta, cattedrale di Santa Maria Maggiore 

631e2 Barletta, cathédrale Sainte Marie Majeure 

631f1 Barletta, cattedrale di Santa Maria Maggiore 

Allons voir à présent la cathédrale. C’est un magnifique édifice qui a toujours été au cœur de la vie de la cité mais, alors qu’à l’origine la cathédrale se trouvait au centre géographique de Barletta, le développement urbain de forme irrégulière autour d’elle fait que ce cœur n’est plus au centre. Une date est historiquement connue, c’est en 1150 que l’on a entamé la construction d’une église dédiée à la Vierge (Santa Maria Maggiore, Sainte Marie Majeure) pour accueillir une population accrue. C’est tout ce que disent les sources. Mais la cathédrale a été rendue au culte et à la visite il y a seulement quelques années après de très longs travaux de restauration, et ces travaux ont été l’occasion de fouilles qui ont montré qu’en ce même endroit, deux basiliques ont précédé cette cathédrale. Des dons privés ont contribué à la construction, comme gravé en plusieurs endroits. J’en cite un, inscrit sur un portail du douzième siècle : “À tes frais, ô Riccardo, cette porte resplendira et pour toi s’ouvriront les portes du ciel”. Le chœur de cette église romane était fermé par trois absides. Par l’examen de détails de style et de technique, on a pu supposer qu’une fois achevée la cathédrale de Trani, des ouvriers qui y avaient travaillé sont venus ensuite à Barletta. Puis, dès la fin du douzième siècle, l’église étant devenue trop petite pour une population qui ne cessait de s’accroître, on a ajouté deux travées et on a construit le campanile.

 

631g1 Barletta, cattedrale di Santa Maria Maggiore 

631g2 Barletta, cathédrale Sainte Marie Majeure 

Plus tard, du temps de Frédéric II, on a surélevé l’église en ajoutant au-dessus des voûtes entre piliers une rangée de fausses tribunes ouvrant sur la nef principale par des arcs géminés. Sur la façade, on a ajouté une fenêtre géminée et une rosace et, tout cela étant achevé en 1267, la consécration put avoir lieu. Mais dès 1307, on reprit les travaux. On a commencé par abattre les trois absides du chœur et on a nettement allongé la cathédrale en construisant toute la zone du presbyterium qui abrite le maître autel, et derrière le presbyterium un nouveau chœur fermé par une grande abside polygonale avec des chapelles latérales. Ainsi, la volonté de l’architecte était de créer une perspective dilatant l’espace central très lumineux et décoré des formes nouvelles, en l’opposant aux formes architecturales anciennes, plus lourdes et plus sombres.

 

631f2 Barletta, cattedrale di Santa Maria Maggiore 

631f3 Barletta, cathédrale Sainte Marie Majeure 

631f4 Barletta, cathédrale Sainte Marie Majeure 

631f5 Barletta, cathédrale Sainte Marie Majeure 

À présent que nous avons suivi la progression des travaux et constaté la double structure opposant roman et gothique, revenons à l’extérieur pour admirer les sculptures. Elles sont de diverses époques. Cet aigle porte la date de 1492. C’est une grande date pour l’Espagne, l’année de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb et la prise de Grenade par les Rois Catholiques qui a signifié la fin de la domination musulmane en Espagne. Ce n’est cependant pas encore le signe de l’Empire de Charles Quint car le dernier roi d’Aragon à régner sur le royaume de Naples, Ferrante, va mourir en 1495, les barons des Deux-Siciles vont faire appel au roi de France Charles VIII pour s’opposer à une succession espagnole en arguant de ses droits liés à sa parenté avec les Anjou qui ont régné jusqu’en 1441, et ce n’est qu’en 1503 qu’au terme de la guerre les Bourbons d’Espagne viendront au pouvoir, plaçant dans le royaume de Naples un vice-roi au même titre qu’au Pérou, c’est-à-dire considérant le sud de l’Italie comme une simple colonie destinée à envoyer ses produits vers la métropole. Au passage, on reconnaît cette date de 1503, la dernière de la guerre franco-espagnole, comme étant le cadre du défi de Barletta.

 

La représentation d’animaux féroces ou d’animaux fantastiques a une signification religieuse en même temps que décorative. C’est l’éternelle lutte des forces du mal et des forces du bien. L’homme est toujours en butte aux animaux qui lui veulent du mal, il doit lutter pour suivre les voies de Dieu. Sur ma deuxième photo, ce guerrier mort son épée à la main est en proie à ces deux dragons ailés. Sur la troisième photo, on voit deux singes. En Occident au Moyen-Âge, c’était un animal connu seulement par des représentations, des ivoires notamment, mais lors des croisades les hommes sont revenus avec la vue vraie de singes, d’éléphants, de crocodiles, et tout naturellement ces animaux sont entrés dans le bestiaire des cathédrales. Quant au lion, son symbolisme a des racines très anciennes. En Égypte, la déesse Sekhet avait une tête de lionne, chez les Ammonites le dieu Camos était un lion-soleil, en Syrie le lion était respecté comme de nature divine et de nos jours encore, portant un soleil sur le dos et brandissant une épée le lion figure sur le blason de l’État. En Assyrie, le dieu du courage guerrier était un animal à tête et pattes de lion et doté de deux bras humains. Les légions romaines d’Orient adoptèrent ce symbole du courage sur leurs drapeaux militaires. Dans l’art chrétien, le lion symbolise la miséricorde, la royauté et la résurrection du Christ, mais depuis l’Antiquité tous les auteurs concordaient à dire que dans la tête, le torse et les pattes antérieures du lion résidaient sa force et ses qualités, que dans le ventre, l’arrière-train et les pattes postérieures résidaient des fonctions matérielles, la digestion, l’appui, le soutien. D’où le symbole de la double nature du Christ, divine et humaine, dans la représentation du lion. Ainsi, tantôt il représente les forces du bien (il peut dévorer un animal sauvage, un dragon, un monstre, ou un bouc symbole du démon), tantôt les forces du mal (il peut alors tenir dans ses pattes un être humain). Il est donc omniprésent sur les cathédrales, comme ici en figure d’angle de mur.

 

631g3 Barletta, cattedrale di Santa Maria Maggiore 

631g4 Barletta, cattedrale 

Revenons à l’intérieur. Comme on l’a vu, la décoration de la partie ancienne est très sobre. Toutefois, les chapelles latérales, qui sont postérieures, peuvent apporter un peu de fantaisie. J’aime tout particulièrement ce gros angelot potelé et trapu qui soutient un autel.

 

631g5 Barletta, cathédrale, statue de saint Roch 

Avant de repartir, un petit salut à notre ami saint Roch que nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises au cours de notre voyage.

 

631h1 Barletta, le château souabe

 

631h2 Barletta, le château souabe 

631h3 Barletta, le château souabe 

Rendons-nous maintenant au château. Il est cité pour la première fois dans un document de 1202, mais la première époque de construction remonte certainement à l’époque normande. Frédéric II a ajouté un corps de bâtiment et Charles I d’Anjou a fait exécuter par son architecte Pierre d’Angicourt des travaux importants de 1269 à 1291, dont le mur d’enceinte. De 1458 à 1481, les Aragonais ont renforcé la muraille. Du temps de Charles Quint, on a donné au château une forme symétrique, avec quatre bastions angulaires en pointe. Plus tard, le château a servi de prison, ce qui a rendu difficile sa restauration entreprise en 1970 et qui a duré de nombreuses années.

 

631h4 Barletta, vue de la terrasse du château 

Parce que le soir tombe, nous commençons notre visite par un petit tour sur les terrasses pour profiter de la vue sur la ville avant la nuit. De là, le campanile de la cathédrale se détache sur le ciel.

 

631i1 Barletta, le château souabe 

631i2 Barletta, le château souabe 

Puis nous nous dirigeons vers la cour centrale du château dans laquelle ont été placées des pierres provenant de sépultures ou de monuments, malheureusement sans explication aucune. Certaines sont même présentées tête en bas. On peut me rétorquer qu’il est possible de les regarder à l’endroit en faisant le poirier, ce qui est tout à fait vrai mais qu’advient-il de la pudeur des dames vêtues d’une jupe ample ? Encore un argument de machistes qui veulent réserver la culture aux hommes ou se rincer l’œil sur des femmes considérées comme des objets.

 

631j1 Barletta, le château souabe 

Je disais que le château avait servi de prison. C’était depuis le dix-neuvième siècle, et les cellules ont été transformées soit en salles d’exposition, soit en salles nues pour la visite. Mais ici on peut voir une cellule du temps où le château était habité.

 

631j2 Barletta, le château souabe 

631j3 Barletta, le château souabe 

631j4 Barletta, le château souabe 

Les photos ci-dessus montrent quelques belles salles du château. La première, vaste et circulaire, comporte un plafond en dôme particulièrement impressionnant. J’en ajoute deux autres qui, pour ne pas avoir une architecture aussi spectaculaire, n’en sont pas moins belles, bien au contraire.

 

631k1 Barletta, buste de Frédéric II dans son château 

631k2 Barletta, buste de Frédéric II dans son château 

Il y a aussi à l’étage une galerie de tableaux et d’objets fort intéressante, où la photo est interdite. Contraint d’en garder les images pour moi seul imprimées sur ma rétine puis dans ma mémoire, je passe donc à autre chose. Nous finirons la visite du château et la visite de Barletta par le musée, qui possède ce buste. Il s’agit de la seule et unique représentation existante de l’empereur Frédéric II. Certes, il a parfois été représenté après coup, d’imagination, mais ce buste est le seul qui ait des chances de lui ressembler, car il a été réalisé d’après nature. Ce grand homme, si illustre, si apprécié dans tout le royaume et encore si admiré de nos jours dans la mémoire populaire même si les gens interrogés disent qu’ils ne peuvent pas dire exactement ce qu’il a fait, mais qu’il l’a bien fait, qu’ils ne savent pas exactement quand il a vécu, mais qu’il a marqué son époque et les suivantes, ce grand homme, donc, j’ai trouvé émouvant et intéressant de le rencontrer ici. Et je le crois assez important pour servir de point final à cet article.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 16:05

La côte des Pouilles, le talon de la botte italienne et au-delà sur la jambe, suit une ligne sud-est/nord-ouest. Nous avons quitté Bari et, suivant la côte vers le nord-ouest, nous arrivons à Trani après une cinquantaine de kilomètres. Ce faisant, nous avons négligé en chemin trois villes qui méritent une visite, Giovinazzo, Molfetta et Biseglie, mais nous reviendrons.

 

À l’époque romaine, la gens Bæbia avait un grand domaine agricole. Pour le cultiver, elle a créé là un village d’esclaves paysans, première urbanisation de Trani. En 545, les Goths conduits par leur roi Totila n’ont pas laissé pierre sur pierre et ont massacré toute personne qui n’avait pas réussi à prendre la fuite à temps. Puis les Lombards sont arrivés. C’était un peuple germanique, grand, blond, au crâne rasé et à la barbe non taillée d’où leur surnom de Lombards, en italien moderne Longobardi, déformation de longa barba. En fait, le nom de ce peuple était les Vinnili. Ils ont commencé à occuper l’Italie par le nord en 568 avec l’intention d’y rester : à preuve, ils venaient avec un chariot chacun, où ils amenaient femme et enfants avec tous leurs biens. Au contact des populations romaines ils se sont convertis au christianisme progressivement à partir du début du septième siècle. Il semble qu’ils aient été déjà convertis quand ils sont arrivés à Trani, à une date difficile à définir, mais le premier évêque de Trani depuis le passage des Goths était un Lombard, qui a pris en charge son évêché en 663. En 774, c’est Charlemagne qui arrive, défait les Lombards, mais il ne vient pas en envahisseur, il se contente de se proclamer roi des Lombards. Le gastald lombard du lieu était à Canosa, à une petite quarantaine de kilomètres dans les terres, et quand les Sarrasins détruisirent Canosa au neuvième siècle le Gastald alla s’installer à Trani, suivi de nombreux fuyards. Je ne m’étendrai pas sur la suite, la conquête du Normand Robert Guiscard en 1071, etc. On la connaît, cette suite.

 

La civilisation normande mariée au christianisme a profondément changé la société, puis le pays a été soumis aux influences extérieures, aux échanges, à l’évolution du monde. Toutefois parmi les coutumes qu’avaient apportées les Lombards, deux se sont maintenues dans les campagnes des Pouilles jusqu’à nos jours (le petit livre où je lis cette information est de 2002), c’est le Mundio, l’autorité absolue du chef de famille, et le Morghencap, la preuve de virginité de la mariée.

 

630a1 Trani, cathédrale San Nicola Pellegrino

 

630a2 Trani, la cathédrale dans le Voyage de Saint-Non 

Saint Nicolas le Pèlerin est un Grec né en Attique, qui s’est fait moine et qui n’avait à la bouche que les mots Kyrie eleison (Seigneur, prends pitié). Considéré comme fou par tous, y compris dans son monastère, il partit comme pèlerin, passa en Italie du sud qu’il parcourut avec en main un grand crucifix en guise de bâton de pèlerin et répétant Kyrie eleison. Ascète et poursuivant sans relâche son pèlerinage et ses prédications, il mourut d’épuisement à Trani en 1094. La construction de la cathédrale de Trani a commencé en 1099, année de la canonisation de saint Nicolas le Pèlerin à qui elle est consacrée. Là à la fin du quatrième siècle ou au tout début du cinquième avait été construit un modeste lieu de culte sur lequel, à la fin du cinquième siècle, avait été bâtie une première église consacrée à Santa Maria della Scala, Sainte Marie de l’Escalier. Construite en partie sur les fondations de cette église, la cathédrale a été achevée en 1143. À la suite de ma photo, je montre une gravure extraite du Voyage de Saint-Non à la fin du dix-huitième siècle. Cette cathédrale située sur un promontoire juste au-dessus du port règne sur la mer. Pour nous, ici, je peux parler de chance si nous n’avons pas trouvé de camping ou d’aire spécialisée pour nous accueillir parce que, tout au bout du port, sous le rempart et sous l’escalier qui a valu son nom à l’église primitive, nous avons trouvé un parking qui a accueilli notre demeure. Merveilleux emplacement, le long de la mer et au pied de la cathédrale.

 

630a3 Trani, la cattedrale San Nicola Pellegrino

 

630a4 Clocher de la cathédrale de Trani 

630a5 Trani, la cathédrale Saint Nicolas le Pèlerin

 

Puis, dans la première moitié du treizième siècle, on a commencé la construction de ce campanile de presque 60 mètres de haut. À base quadrangulaire, il s’achève en haut par un octogone. Ses fenêtres, géminées en bas, deviennent triples puis quadruples vers le haut, enfin c’est un alignement de cinq arcades. Ma troisième photo ci-dessus montre le flanc sud de la cathédrale, avec la base de ce campanile. Du côté de l’est on voit les trois absides, celle du centre très imposante.

 

630b1 Cathédrale de Trani 

630b2 Cathédrale de Trani 

630b3 Cathédrale de Trani 

Mais revenons à la façade principale, à l’ouest, pour en examiner quelques détails. D’abord, en haut de l’escalier, on trouve de part et d’autre du portail le lion traditionnel des cathédrales romanes des Pouilles et d’ailleurs. L’homme qu’il a saisi entre ses pattes tente de se dégager en repoussant son cou, tandis que le lion regarde sur le côté d’un air, ma foi, plutôt débonnaire. Au-dessus, une grande fenêtre est ornée de lions et d’éléphants, animaux que l’on retrouve partout dans la région. Le portail, lui, est orné sur tout son pourtour de sculptures fines et expressives dont voici deux exemples. Un être fantastique avec une tête et un buste de femme, mais dont le corps repose sur deux pattes griffues d’oiseau de proie à l’avant, et s’achève en arrière-train de cheval. Et un homme nu qui tombe tête la première, tandis qu’un oiseau au long cou, peut-être une oie, qu’il attrape par la queue lui prend le pied dans son bec.

 

630b4 Trani, rosace de la cathédrale 

Quoique n’étant pas sculptée avec la même finesse de dentelle de pierre que certaines de ses sœurs, à Otrante par exemple, cette rosace est du plus bel effet. Et le cercle central est divisé par des rayons en huit secteurs tous différents dont certains sont arabisants et qui sont tous très beaux.

 

630b5 Cattedrale di Trani 

630b6 Cathédrale de Trani 

Sur les côtés du bâtiment comme dans les angles surgissent des sculptures qui appartiennent au bestiaire médiéval ou qui représentent des figures humaines et qui constituent une décoration dont la présence évite toute monotonie des surfaces.

 

630c1 Cathédrale de Trani 

630c2 Cathédrale de Trani 

À l’intérieur, l’église est de plan basilical à trois nefs, mais les colonnes qui délimitent ces nefs sont géminées, ce qui est unique en ce qui concerne les églises romanes des Pouilles. Au vingtième siècle, lors de grandes restaurations menées des années quarante aux années soixante, a été éliminée toute la décoration baroque qui avait été ajoutée quelques siècles auparavant et ont été détruites les chapelles latérales des quinzième et seizième siècles, pour rendre à la cathédrale sa pureté de lignes originelle.

 

630d1 Porte ancienne de la cathédrale de Trani 

630d2 Porte ancienne de la cathédrale de Trani 

À la fin du douzième siècle, Barisano da Trani a réalisé pour la cathédrale ce merveilleux portail en bronze décoré de trente-deux panneaux comme celui que je montre en gros plan. Le portail a été déposé dans la nef latérale gauche. On peut ainsi l’admirer à loisir.

 

630e1 Crypte haute de la cathédrale de Trani 

En descendant, on se rend compte que le sous-sol est divisé en plusieurs parties sur plusieurs niveaux. Nous sommes ici dans la première crypte dont le plan est simple. Elle est constituée de l’ancienne église paléochrétienne Santa Maria della Scala, exactement située sous la nef, les colonnes reposant sur les murs de la crypte. Puisque cette crypte était l’église primitive, il est logique qu’elle se trouve au niveau du sol, et cela explique le pourquoi de ce grand escalier sur la façade, la cathédrale bâtie à l’aube du douzième siècle lui étant superposée. Il est émouvant de se trouver dans un lieu de culte aussi ancien, mais l’intérêt en est aussi ailleurs.

 

630e2 Crypte haute de la cathédrale de Trani

 

630e3 Crypte haute de la cathédrale de Trani

 

630e4 Crypte haute de la cathédrale de Trani 

L’intérêt est aussi dans les fresques qui, en certains endroits, sont très abîmées mais qui, en d’autres, sont d’une très grande richesse. Sur cette voûte sur croisée d’ogives sont représentés les quatre évangélistes. En bas, le plus visible est saint Marc avec son lion qui est doté d’ailes. Sur la droite, on a un peu de mal à identifier l’aigle qui accompagne saint Jean. À gauche, c’est saint Matthieu qui généralement a pour symbole un homme, ce qui signifie qu’ici dans cet homme ailé il ne faut pas voir un ange, mais un homme que l’artiste a doté des mêmes ailes que le lion de saint Marc. En haut, mais caché sur ma photo, saint Luc est accompagné de son bœuf, ailé également. La seconde photo représente saint Théodore sous les traits de ce jeune cavalier blond. Je ne pouvais manquer de le montrer puisque mon prénom, Thierry, est usuellement traduit en latin Theodoricus, diminutif du grec Theodoros, même si c’est un contresens puisque le nom franc, donc germanique, Thierry vient de theûd rik, peuple puissant, ce qui n’a rien à voir avec le composé grec Theou-dôron, don de Dieu. Quant à la Madone de ma troisième photo, elle est clairement byzantine mais malheureusement les moisissures l’ont fait virer au vert.

 

630f1 Crypte basse de la cathédrale de Trani 

630f2 Crypte basse de la cathédrale de Trani 

Nous arrivons ici dans l’autre crypte, organisée plutôt comme une autre église, qui occupe tout l’espace sous le chœur et qui en suit les contours, avec ses trois absides. Sa largeur est de la profondeur du chœur et ses absides sont sur l’un des grands côtés, autrement dit elle est perpendiculaire au plan de la cathédrale supérieure. C’est la crypte de saint Nicolas Pèlerin qui repose sur vingt-huit colonnes de marbre grec supportant quarante-deux voûtes, et par quoi a commencé la construction de la cathédrale, la construction de la crypte s’étant étalée sur une quarantaine d’années, de 1099 ou, si les travaux de fouilles, de dégagement et de fondations ont pris quelques mois, du tout début du douzième siècle jusqu’à 1142. Vaste, exceptionnellement haute et aérée, construite au niveau du sol, cette crypte est unique en son genre, et largement différente de l’autre crypte, plus basse, plus sombre, à demi enterrée, qui donne une impression plus habituelle.

 

630f3 Crypte basse de la cathédrale de Trani 

630f4 Trani, cathédrale, crypte, St Nicolas Pèlerin 

Cette crypte est celle du saint, et c’est parce que l’évêque voulait y héberger les reliques de saint Nicolas lorsqu’il a été canonisé cinq ans seulement après sa mort que l’on a commencé par la construction et l’aménagement de cette crypte. La statue le représente pieds nus, avec le grand crucifix qui, sa vie durant, lui a servi de bâton de pèlerin, et en bandoulière le petit sac où il transportait son unique bien.

 

630g1a Trani, le château souabe

 

630g1b Trani, le château souabe 

Quittons la cathédrale pour jeter un œil sur le château souabe. L’empereur Frédéric II souhaitait placer partout des châteaux laïcs pour contrebalancer le pouvoir et la puissance des cathédrales chrétiennes. Il a posé en 1230 la première pierre de ce château, aussi imposant que la cathédrale et, comme elle, situé face à la mer. Trois ans plus tard, la construction était achevée, mais les fortifications ont été ajoutées en 1249. Son fils Manfred y a célébré ses secondes noces avec Hélène d’Épire.

 

630g2 Trani, Cour d'Appel des Pouilles 

Poursuivons rapidement notre petit tour en ville. Voici d’abord, sur la place de la cathédrale, la belle façade de la Cour d’Appel des Pouilles.

 

630g3 Trani, église San Francesco 

Cette église est consacrée à San Francesco. On ignore la date de construction de ce bâtiment situé à l’origine hors les murs mais l(église apparaît dans un document de 1121, elle est donnée en 1168 à l’abbaye Cava dei Tirreni et, en 1176, elle obtient l’exemption de tout droit épiscopal. Les Franciscains à qui ce bâtiment de style roman des Pouilles est attribué en 1537 en allongent l’abside, originairement semi-circulaire, eu un chœur rectangulaire, et préfèrent le dédier à leur saint fondateur saint François d’Assise plutôt qu’à la Sainte Trinité comme c’était le cas jusque là.

 

630g4 Trani, l'ancienne synagogue 

À Trani vivait une importante communauté juive qui comptait quatre synagogues, dont seulement deux restent vouées au culte israélite aujourd’hui. Ma photo montre la plus petite des quatre, construite à l’époque de Frédéric II. Puis elle a été transformée en église catholique consacrée à Santa Maria de Cara, puis à San Francesco Saverio, et enfin à Saint Léonard. Les sœurs Clarisses dont le monastère est proche l’ont utilisée à partir de 1883 comme église du couvent. Elle est utilisée aujourd’hui comme entrepôt.

 

630h1 Trani, église San Giovanni Lionelli 

630h2 Trani, église San Giovanni Lionelli 

630h3 Trani, église San Giovanni Lionelli 

L’église San Giovanni Lionelli était consacrée à son origine, au quatorzième siècle, à saint Jean Baptiste, puis au quinzième siècle, quand elle s’est trouvée intriquée dans la construction d’un hôpital puis du couvent des Clarisses de Saint Jean Lionelli elle a été consacrée à saint Jean l’évangéliste. Il y a quelques années seulement qu’on lui a rendu l’aspect qu’elle avait aux seizième et dix-septième siècles.

 

630h4 Trani, église San Giovanni Lionelli, Visitation 

Parmi les magnifiques œuvres d’art que l’on peut y admirer, je ne montrerai que cette peinture représentant la Visitation. Mais le sol, les peintures, les décorations en sont magnifiques.

 

630h5 Trani, l'église Saint Martin 

Ici, je suis très déçu. Un petit livre que j’ai acheté au sujet d’une certaine église dédiée à saint Martin de Tours ne dit pas que cette église ne peut être visitée. Il ne dit pas non plus pourquoi a été choisi ici comme patron de cette église ce Martin, païen hongrois qui s’est converti au christianisme et est devenu évêque de Tours, qui est célèbre pour sa générosité symbolisée sous la forme de son manteau qu’il a coupé en deux d’un coup de son épée pour revêtir de la moitié un pauvre nécessiteux. Mon petit livre, un plan, et en avant. Je me trouve dans cette petite rue et ne vois pas d’église. Un peu plus loin, de part et d’autre de la rue, deux dames discutent le coup de balcon à balcon. Je les interpelle et leur demande où est cette église, au sujet de laquelle je vois, en outre, un panneau près d’un mur. Elle me disent de pousser la porte du porche qui se trouve non loin du panneau (sur ma photo, on voit ce panneau et le porche sur la porte duquel flotte un papier sans aucun rapport avec l’église). Dans une petite cour sale, sur le côté gauche, un escalier descend vers une porte vitrée derrière des grilles. Ce doit être mon église qui, datant du huitième siècle, se trouve aujourd’hui à deux mètres cinquante sous le niveau de la rue qui, au cours des siècles, est monté du fait de l’accumulation de matériaux et des constructions nouvelles à chaque fois édifiées au-dessus des anciennes. Je mets le flash et prends plusieurs photos en réglant des distances différentes, puisque je ne vois rien et ne peux évaluer la profondeur de l’église, mais rien n’apparaît, mes photos sont toutes noires… Le 10 janvier 2008, au cours d’une belle cérémonie dans la cathédrale, l’archevêque de Trani a remis l’église Saint Martin au métropolite de l’Église orthodoxe roumaine de Paris pour l’Europe de l’ouest et du sud aux fins d’usage pastoral et cultuel au bénéfice des Roumains orthodoxes. D’après ce que j’ai vu (et surtout pas vu), c’est un magnifique cadeau historique, mais un drôle de cadeau pour l’usage.

 

630i1 Trani 

630i2 Trani 

Laissons donc là les monuments et allons faire une petite promenade vers la mer. La première de ces deux photos est prise au zoom en position de léger téléobjectif (78mm, ce qui correspondrait à 125mm en photo argentique) depuis le parking où est installé notre camping-car, ce qui permet d’apprécier la vue dont nous jouissons au réveil à travers nos fenêtres. La seconde est prise un peu plus loin, sur le port de pêche.

 

630i3 Trani 

Quant à cette photo-ci, elle est prise depuis l’autre côté du port. On voit la magnifique cathédrale qui se dresse au-dessus du mur de l’ancien rempart, quasiment au bord de l’eau. Et notre parking est situé entre ce rempart et la mer, sous l’abside semi-circulaire. Nous aimons Trani, non seulement elle est belle mais son atmosphère est sympathique. Mais nous ne pouvons nous y éterniser et il va bien falloir partir.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 01:16

 

Dans ce dernier article au sujet de Bari, il me reste à parler de deux contacts chaleureux.

 

629a Gaetano Cuonzo 

(La photo ci-dessus a été prise par Natacha) Le premier, c’est parce que subitement, le même jour, nos deux ordinateurs se sont retrouvés muets. Nous sommes tombés d’abord sur un réparateur qui n’a pas su réparer. Un peu plus loin, autre magasin d’informatique qui, également, affiche assistenza. Cela vaut la peine que j’en cite le nom : SEVEN COMPUTER CENTER, via Francesco De Vito 45/47 à Bari. Là, nous avons été accueillis chaleureusement par Gaetano Cuonzo et Fausta Fiore et, en marge du problème technique, nous sommes restés longtemps à discuter de tout et de rien. Quant aux problèmes techniques, celui de Natacha relevait d’un tout petit quelque chose, mais pour le mien, à l’instar de saint Nicolas Gaetano l’a réparé par simple imposition des mains. Ni mes efforts ni ceux de l’autre réparateur n’avaient pu le sortir de son mutisme mais soudain, entre les mains de Gaetano et sans aucune intervention, la parole lui est revenue. Pour ce miracle et pour la gentillesse de l’accueil, MERCI.

 

L’autre rencontre a eu lieu dans un cadre totalement différent. Quand on sait que Natacha travaille sur les relations culturelles entre l’Europe occidentale et les pays d’Europe centrale et de l’est on imagine l’importance que revêtent pour elle la vie et l’œuvre de Bona Sforza, duchesse de Bari et reine de Pologne. Or il y a quelques années a eu lieu à Bari une grande rétrospective à laquelle ont participé Cracovie et Varsovie en envoyant à Bari objets et documents. Pour l’occasion a été édité un ouvrage en deux gros et grands volumes hors commerce, remis en présent à des spécialistes italiens ou étrangers.

 

629a Archivio di Bari e Citadella della Cultura

 

Nous nous sommes donc rendus aux archives, Citadella della Cultura, dans l’espoir qu’elle puisse consulter ces livres. Au rez-de-chaussée on peut voir quelques documents exposés.

 

629b Archives de Bari, Concessions de Sigismond I et Bona S 

Par exemple, ce document qui accorde des concessions à l’université de Bari est co-signé de Sigismond Premier Jagellon, le roi de Pologne, et Bona Sforza son épouse, daté à Cracovie le 18 janvier 1527.

 

629c Archives de Bari, carte de subversif, époque fasciste 

Dans un registre évidemment tout différent et datant d’une autre époque, le fascisme mussolinien, cette carte émise par la questure de Bari, avec fiche signalétique et photo, accuse cet homme d’attentat subversif et le désigne pour arrestation.

 

À l’étage, nous avons été accueillis par une dame extrêmement aimable, la dottoressa Grazia Maiorano, qui a participé à la rédaction de l’ouvrage, c’est dire si elle est compétente. De plus, loin de se rengorger de son titre de docteur, elle est simple et directe. Mais il ne reste qu’un seul et unique exemplaire du tome 1, et seulement deux exemplaires du tome 2. Eh bien quand elle est revenue avec les livres en main, elle a dit que, bien sûr, la bibliothèque doit garder un exemplaire, mais qu’elle faisait cadeau du tome 2. Natacha était tellement touchée et émue qu’elle a fondu en larmes. Avec cela, il m’était impossible de clore mes articles sur Bari sans le raconter.

 

À présent, après ce long séjour à Bari où j’ai lu ma documentation, où j’ai rédigé mes articles, où nous avons effectué des travaux matériels divers (par exemple, faire nettoyer le capteur de mon appareil photo par le représentant Canon), où nous avons multiplié les promenades en ville, nous allons repartir pour voir églises et châteaux des Pouilles.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 19:20

Le palais du gouvernement provincial, province de Bari dans la région des Pouilles, est un vaste et beau bâtiment édifié dans les années trente par ce régime fasciste qui voyait grand, au quatrième étage duquel est installée la pinacothèque provinciale. Les guides, apparemment, n’en font pas grand cas. Mon Guide Vert Michelin Puglia (en italien, car je crois que l’édition française n’existe pas) le cite seulement dans le paragraphe consacré au Lungomare (promenade du bord de mer) sans lui accorder la moindre étoile, tout au plus une petite étoile pour un Christ médiéval que, faisant ma mauvaise tête, je ne présenterai pas aujourd’hui par esprit de contradiction. Parce que cette pinacothèque nous a tellement enthousiasmés, Natacha et moi, les quatre petites heures que nous avions prévues ont été insuffisantes et quand on nous a gentiment dit que les portes allaient fermer, nous avons décidé de revenir le lendemain. Je dis gentiment, parce que le personnel n’a rien des gardes-chiourmes que l’on rencontre parfois –souvent– dans les musées, mais ce sont des gens accueillants, sympathiques, avec lesquels on a plaisir à bavarder, même quand on sait que des tableaux merveilleux sont là à deux pas et que l’heure tourne. Je n’ai pas donné l’adresse de mon blog, ils ne sauront sûrement pas que je souhaite les remercier, sauf si un de mes lecteurs passe par là et les en informe.

 

628a1 Bari, Madone en terre cuite, 15e-16e siècle

 

Une pinacothèque c’est, normalement, une galerie de tableaux. Et en effet, ici, on voit des centaines de tableaux. Mais il y a aussi quelques sculptures, et je commence par cette Vierge qui s’apprête à allaiter l’Enfant Jésus. C’est une œuvre en terre cuite de la fin du quinzième siècle ou du début du seizième. J’aime la simplicité naturelle du geste, le demi-sourire de la maman qui voit son bébé approcher sa main.

 

 

628a2 Bari, terre cuite polychrome (19e s.) 

 Autre terre cuite, mais celle-là revêtue d’un vernis polychrome et infiniment plus récente puisqu’elle date de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. La main sur la hanche, la tête de côté, cette femme en vêtements paysans élégants avec sa mandoline à la main est un peu m’as-tu vue mais je trouve que c’est tout à fait réaliste de la part de celle qui, dans une noce de campagne par exemple, se distingue en égayant la fête avec sa musique. L’artiste locale… Quant à la réalisation, elle est fine et délicate. L’échelle est donnée par l’assiette à l’arrière-plan.

 

628a3 Bari, Belliazzi, Il Riposo 

Tout autre est la dimension de ce garçon étendu réalisé grandeur nature, et qui date de la même époque, puisqu’il est de 1875, œuvre du Napolitain Raffaele Belliazzi (1835-1917). C’est une grande terre cuite reposant sur une base en bois. Le réalisme de la scène est surprenant et la précision du détail, la finesse d’exécution sont remarquables. Polychrome, il aurait presque sa place au Musée Grévin. Intitulée Le Repos et présentée en 1877 à l’Exposition Nationale de Naples, cette terre cuite a valu à son auteur la critique qu’elle aurait dû être en marbre. Qu’à cela ne tienne, dès l’année suivante à l’Exposition Universelle de Paris, il présente la même œuvre en marbre, couronnée de la médaille d’or de deuxième classe. Ce jeune garçon avait déjà servi précédemment de modèle à Belliazzi pour deux sujets différents. Le peintre Francesco Netti (dont je vais parler tout à l’heure) s’est inspiré de ce réalisme qui veut dépasser les limites de la sculpture pour donner un réalisme parfait à ses tableaux.

 

 

628a4a Bari, Angelo Viva, papier mâché 

628a4b Bari, Angelo Viva, cartapesta 

Encore une sculpture. La région, ou plus particulièrement Lecce, à environ 150 kilomètres vers le sud-est (nous sommes passés tout près, en remontant d’Otrante à Bari), s’est fait une spécialité de ce type de matériau à la place de la pierre, beaucoup plus chère. Nous aurons l’occasion de voir lors de notre séjour futur à Lecce beaucoup de ces sculptures en ce qu’on appelle en italien la cartapesta, le papier mâché, une pâte de papier appliquée sur une structure qui donne le squelette de l’œuvre, souvent en fil de fer garni de paille ou de tissu. Mais cette Vierge, ici, est très précieuse parce que sur le visage et le buste en papier mâché ont été fixées des mains en bois, et Jésus lui-même est en bois. Les yeux de la mère et de l’enfant sont en cristal coloré, et puis le manteau de Marie est en tissu imprégné de plâtre pour lui donner forme et elle porte des boucles d’oreilles en argent et en ivoire. C’est l’œuvre du Napolitain Angelo Viva (1748-1837). La base, elle, est moderne, en bois revêtu de papier adhésif imitant le marbre.

 

 

628b1 Bari, costume d'homme 18e siècle 

628b2 Bari, costume de femme fin 18e siècle 

Nous quittons la sculpture pour quelque chose qui n’est pas davantage du ressort d’une pinacothèque, mais qui n’en est pas pour autant dénué d’intérêt. C’est une exposition de vêtements du dix-huitième siècle, seconde moitié pour ces costumes trois pièces pour hommes, tout à la fin du siècle (entre 1795 et 1800) pour cette robe de femme. Les uns et les autres sont en soie et toile de lin et ont été réalisés dans un atelier napolitain.

 

628c1a Bari, Vivarini, saint Nicolas

 

628c1b Bari, Vivarini, sainte Catherine d'Alexandrie

 

628c1c Bari, Vivarini, sainte Claire (santa Chiara)

 

Cette fois-ci, nous arrivons enfin à la peinture, mais j’avais vraiment envie de montrer aussi les photos précédentes parce qu’il s’agit d’œuvres que j’aime (sculpture) ou d’objets qui m’intéressent (costumes du dix-huitième siècle). Ces tableaux représentent saint Nicolas de Bari avec sa crosse d’évêque de Myre et les trois boules d’or pour racheter ses petites voisines destinées par leur père pauvre à la prostitution, celui dont j’ai amplement parlé au sujet de la cathédrale et surtout de la basilique, sainte Catherine d’Alexandrie dont j’ai parlé le 3 août au palazzo Abatellis de Palerme et qui porte ici la roue dentée de son supplice par laquelle elle devait être déchiquetée, sainte Claire dont j’ai raconté la vie le 25 septembre au sujet du musée de Messine et qui est la fondatrice des Clarisses dont elle porte l’habit. L’auteur en est le célèbre Vénitien Bartolomeo Vivarini (vers 1430 - après 1491).

 

628c2 Bari, Vivarini, st François d'Assise et 4 autres sai 

C’est le même Vivarini qui a réalisé ce triptyque. Au centre, on reconnaît saint François d’Assise avec ses stigmates. À gauche, saint Antoine de Padoue est derrière l’archange saint Michel qui terrasse le dragon. Et à droite, saint Bernardin de Sienne est accompagné de l’apôtre saint Pierre.

 

628c3, Bari, Maestro di Cassano Murge, saint Michel

 

Voici un autre saint Michel terrassant le dragon, mais par le Maître de Cassano Murge (actif vers 1520). Il fait partie d’un polyptyque, mais c’était cet archange que je voulais montrer à titre de comparaison avec le précédent, plus ancien de quelques décennies seulement. Il est curieux de constater combien le premier paraît presque médiéval quand on le rapproche du second, très Renaissance.

 

628c4a Bari, Détail saint Michel 

628c4b Bari, Détail saint Michel 

Je voudrais aussi montrer ces deux détails. Le saint Michel de Vivarini (monté des deux pieds sur le démon qui enroule sa queue de serpent sur la jambe droite de l’archange et lui saisit le pied gauche dans sa main aux ongles griffus) pèse deux âmes de femmes, et quoique transpercé le diable se saisit de l’âme chargée de péchés. Tandis que l’autre saint Michel est opposé à un démon à cinq doigts parallèles, sans pouce, et donc monstrueux, et lui pèse deux âmes d’homme.

 

628d1 Bari, Bellini, saint Pierre martyr 

Ce peintre est l’un des plus célèbres, c’est le Vénitien Giovanni Bellini (vers 1430/1435 – 29 novembre 1516). Il représente ici saint Pierre martyr, à distinguer bien évidemment de l’apôtre qui a été crucifié la tête en bas. Ce Pierre-ci, né à Vérone vers 1205, est un Dominicain nommé inquisiteur pour Milan et Côme, prieur du couvent de Côme, qui a lutté farouchement contre l’hérésie cathare et à ce titre il en a envoyé un grand nombre grésiller sur le bûcher. "Tu ne tueras point", dit l’un des commandements de Dieu, mais il a été canonisé parce qu’il n’a tué qu’au nom de son intolérance, ce qui est particulièrement méritoire. Par ailleurs sa vie a été ascétique et pieuse et, pour les non cathares, il a été charitable. Évidemment, son action en faveur de la ligne romaine du christianisme lui a valu bien des inimitiés, si bien que le samedi de Pâques 1252 il a été attaqué avec une serpe qui lui a fendu le crâne. Comme il avait encore la force de professer sa foi, il a été achevé d’un coup de couteau au cœur. Tel est le sujet de ce tableau, où il est revêtu de son habit de Dominicain, la Bible qu’il a étudiée et analysée dans une main et la palme du martyre dans l’autre, et où on représente son crâne fendu et son cœur transpercé. Ce tableau, qui a les honneurs à lui tout seul d’une petite salle fermée où l’on n’a pas le droit d’entrer à plus de quatre à la fois est loin d’être mon préféré mais il est si célèbre qu’il me faut bien le montrer…

 

628d2a Bari, Giovanni Maria Scupula, Histoire du Christ et

 

628d2b Bari, Giovanni Maria Scupula, Présentation au templ 

628d2c Bari, Giovanni Maria Scupula, Flagellation 

Beaucoup plus intéressant à mes yeux est ce tableau composé de seize petites scènes de l’Histoire du Christ et de la Vierge. J’en montre deux en plus gros plan, la Présentation de Jésus au temple et la Flagellation. Giovanni Maria Scupula, l’auteur, a vécu à Otrante dans la première moitié du seizième siècle. Le dessin est un peu naïf, le décor des scènes est dépouillé, ce qui donne un aspect très moderne à ces petits tableaux.

 

 

628d3 Bari, Tintoretto, Saint Roch et les pestiférés 

Encore un grand peintre, extrêmement célèbre celui-ci, puisqu’il s’agit du Tintoret (Jacopo Robusti, dit Il Tintoretto, né vers 1518 à Vérone et mort en 1594). Et je devrais être désolé (et avoir un peu honte) de dire que là encore ce Saint Roch et les pestiférés n’est pas ce que je préfère. Le 16 mars dernier, à l’église San Rocco de Rome, je racontais la vie de ce saint, comment il a étudié la médecine à Montpellier, comment il est parti pour Rome, soignant les malades lors des épidémies de peste, et comment on l’a emprisonné sans savoir qui il était. Il est mort de misère dans sa prison en 1379. Ce tableau est une commande de la famille Effrem, sans doute en action de grâce pour avoir obtenu une guérison après l’avoir invoqué. Mais saint Roch n’a pas pu les guérir d’un coup de sa lancette dans leurs bubons parce qu’il était mort depuis deux siècles. Et tel est bien le sujet du tableau. Au fond, on emporte des morts. Devant, un grand nombre de malades de la peste. À droite, saint Roch ne s’occupe pas d’eux matériellement, mais il est tourné vers le Père Éternel qui vole en haut à gauche et il intercède pour eux. Certains critiques, considérant que la luminosité caractéristique de l’art du Tintoret que l’on peut admirer dans la partie supérieure (je n’aime pas le vol de Dieu bras écartés mais j’admire en effet la lumineuse transparence des couleurs) ne se retrouve pas dans la partie inférieure, ont supposé que le tableau est le fruit d’une collaboration du maître avec son fils Domenico ou un autre peintre. Quand on attire ainsi mon attention, je ne peux que remarquer, en effet, la différence, mais je ne suis pas suffisamment expert pour donner un avis, je ne peux que reproduire ce que je lis.

 

 

628e1 Bari, Institution de l'Eucharistie, xylographie sur t 

628e2 Bari, Institution de l'Eucharistie, xylographie sur t 

628e3 Bari, Institution de l'Eucharistie, xylographie sur t 

Cette œuvre de très grandes dimensions (que je ne montre pas dans son intégralité) qui occupe tout un mur d’une salle du musée est intéressante à plusieurs titres. Le premier est la méthode artistique. Il s’agit d’une xylographie sur toile de lin, colorée avec des extraits végétaux. Vu la taille plusieurs parcelles sont cousues ensemble. Par ailleurs, la façon dont est représentée l’Institution de l’Eucharistie, pour donner son titre officiel, autrement dit la Cène, est remarquablement expressive. Cette œuvre est issue de l’atelier de Pieter Wouters (Anvers 1617-1682).

 

628f1 Bari, Lamentation sur le Christ mort, 18e siècle

 

Cette Lamentation sur le Christ mort est d’un peintre inconnu du début du dix-huitième siècle. Le tableau a subi une restauration si brutale et si maladroite que l’identification n’est plus possible. En revanche, je ne crois pas me tromper si je reconnais à gauche Marie Madeleine aux longs cheveux, à droite saint Jean, et au milieu ce doit être Marie quoiqu’elle paraisse bien jeune pour être la mère de Jésus. Mais je pense que ces trois personnes sont les plus propres à se lamenter sur le corps du Christ. Ne sachant qui est le peintre, je ne peux qu’ignorer s’il a vu des toiles de Ribera, mais je trouve qu’il y a une sorte d’inspiration commune. Et, quoique les couleurs et les détails du corps du Christ soient lavés, je trouve très beau et émouvant ce tableau, plein de sincérité et de sensibilité, avec une belle composition en diagonale sur un fond sans décor pour plus de pureté.

 

628f2 Bari, Giuseppe Bonito, l'Évanouissement 

C’est le Napolitain Giuseppe Bonito (1707-1789) qui a peint cet Évanouissement. Autour de la jeune femme peinte très pâle, les uns s’affairent pour la soutenir, pour écarter ses vêtements, pour apporter un petit pot d’eau, d’autres se lamentent, ou expriment leur inquiétude, un autre lève les yeux vers le ciel sans doute pour prier. Je trouve intéressantes toutes ces attitudes, cette étude des différents comportements et sentiments. Sur un plan esthétique, en revanche, je préfère nettement le tableau précédent, même si sujet et style sont si différents que je ne devrais pas être autorisé à les comparer.

 

628g1 Bari, Francesco Netti, La Lecture 

Nous voici au dix-neuvième siècle. Au début, j’ai parlé du réalisme et j’ai dit que j’y reviendrais au sujet de Francesco Netti (1832-1894). Voici La Lecture. Dans un style, et peut-être une technique, qui rappellent l’Impressionnisme, nous sommes face à un tableau dont le réalisme est photographique. C’est le contraire de l’Impressionnisme, qui ne représente pas mais évoque. Quoi qu’il en soit, j’adore ce tableau, cette jeune femme à l’ample jupe dans cet intérieur bourgeois, occupée à regarder les images d’un journal qui peut être l’Illustration et dont le visage exprime l’intérêt tandis qu’elle tient distraitement sa tasse de café. J’étais sur le point de le détacher du mur quand je me suis rappelé que je ne peux le fixer au mur de notre maison ambulante, aucune surface n’étant disponible. Et puis, si je m’étais fait prendre, on ne m’aurait pas laissé l’accrocher au mur en dur de ma prison. Je suis donc parti en le gardant dans un coin de ma mémoire.

 

628g2 Bari, Francesco Netti, En Cour d'Assises

 

C’est le même Francesco Netti qui a peint À la cour d’assises. Ce tableau-ci est daté 1882. En même temps esthétique et documentaire, cette huile qui montre les personnes passionnées par le procès, une majorité de femmes penchées à la galerie, est elle aussi extrêmement réaliste, c’est le fruit d’une observation humaine d’un œil aigu et d’une description précise et soigneuse. Je l’aime aussi beaucoup, même s’il me touche moins que le précédent.

 

628h1 Bari, Zandomeneghi, Jeune fille avec un bouquet de fl 

Federico Zandomeneghi est un peintre italien né à Venise en 1841 mais qui a travaillé à Paris et y est mort en 1917. Évidemment, qui aime Renoir et s’intéresse un peu à lui sait qu’il était l’ami de Paul Durand-Ruel, son marchand de tableaux. Dans le livre de souvenirs écrit par le fils du peintre, le cinéaste Jean Renoir, j’ai pu approfondir ma connaissance de leurs relations. Notamment, à son contact, Renoir a compris que l’art devait passer par les lois du marché. Or voici que je vois que Zandomeneghi avait le même Durand-Ruel comme marchand, et que ce dernier l’avait incité, au tournant du siècle, à accélérer sensiblement son rythme de travail, ce qu’il fit en produisant d’innombrables variantes de portraits féminins dans l’intimité de leur vie quotidienne, son thème favori. Deux autres tableaux proches de celui-ci sont connus, l’un intitulé Les Marguerites représente le même modèle avec un bouquet de fleurs, mais avec les cheveux défaits et sans le paysage de fond, l’autre intitulé Campagne française, qui représente le paysage sans le modèle, mais avec un premier plan très vide, probablement pour recevoir le portrait de jeune fille. Sans doute ces deux autres tableaux sont-ils la préparation de celui que je vois ici à Bari. Ce tableau, Jeune fille avec un bouquet de fleurs daté de 1903 est une huile, mais sa technique est influencée par la pratique du pastel par son auteur. Et voilà une autre œuvre qui me plaît beaucoup.

 

628h2 Bari, Armenise, Édicule sacré sur la lagune, huile

 

 Le support de cette peinture à l’huile est une assiette de porcelaine et l’auteur en est Raffaele Armenise (Bari 1852 – Milan 1925), qui l’intitule Édicule sacré sur la lagune. Nous sommes donc à Venise. Ce qu’à Milan, à Rome, à Naples, à Palerme ou à Bari on trouve sur les murs des maisons ou en divers endroits de la rue, ces petits autels dédiés à un saint, ces statues de la Vierge, ces crucifix devant lesquels les fidèles déposent un petit bouquet de fleurs ou font brûler une bougie, à Venise pouvaient se voir sur un pied émergeant des eaux de la lagune. Le couple que l’on voit ici s’est approché en barque pour nettoyer la vitre du lampadaire et pour remplacer le cierge ou la bougie de l’édicule derrière. Les couleurs atténuées du couchant, la finesse du dessin surtout si l’on considère les très petites dimensions de l’assiette, les attitudes des personnages, tout dans cette peinture est délicat et joli.

 

628h3 Bari, Antonio Piccinni, Un Musulman 

Cette aquarelle d’Antonio Piccinni, né à Trani en 1846 (Trani est une ville des Pouilles non loin de Bari. Nous avons l’intention d’aller y visiter une cathédrale) et mort à Rome en 1920, est intitulée Un Musulman. Évidemment, l’habillement, la barbe, les deux gros pistolets, sont là pour faire couleur locale, mais j’aime la précision du trait et l’expression de l’attitude ainsi que le jeu des couleurs. Au dix-neuvième siècle particulièrement, cet exotisme était prisé. Les peintres français ne se sont pas privés de sujets pris en Algérie ou au Maroc.

 

628h4 Bari, Raffaele Laudati, Rappel

 

En haut de ce dessin au charbon sur papier l’auteur a indiqué le titre, Richiamo (Rappel), et la date Paris 1931 sous la signature illisible, qui est celle de Raffaele Laudati (Altamura 1862 – Naples 1941). Altamura, autre cathédrale que nous visiterons, est située non loin de Bari, direction sud, sud-est. Une scène amusante, prise sur le vif.

 

628h5 Bari, Giorgio De Chirico, Chevaux 

Cette gouache sur papier collé sur carton, Chevaux, est de Giorgio De Chirico 1888-1978). Elle a dû être réalisée dans les années 30. Nous avions vu une exposition des œuvres de ce peintre à Rome, le 11 avril dernier. Je n’avais pas aimé son style. Bien sûr je le connaissais parce qu’il est extrêmement célèbre, mais jamais je n’avais vu d’exposition regroupant tant de tableaux de lui et je n’ai pas compris alors cette accumulation de monuments antiques dans des décors contemporains. Mais ces chevaux, ici, entre la mer et ces quelques fragments de colonnes antiques, sont très beaux avec leurs grandes crinières et leurs queues touffues d’animaux fantastiques. Dans sa jeunesse, il avait écrit : "Et je pense encore à l’énigme du cheval dans son essence de dieu marin. Une fois, j’ai imaginé dans l’obscurité d’un temple, surgissant du rivage de la mer le destrier parlant, prophétique, que le dieu de la mer a donné au roi Argos. Je lai imaginé sculpté en marbre pur et limpide comme un diamant, plié sur les jambes postérieures comme un sphinx, avec toute l’énigme et l’infinie nostalgie des ondes dans ses yeux et dans le mouvement de son encolure blanche".

 

Avec son ciel et sa mer sombres, mais avec des touches de blanc, non seulement avec l’un des chevaux, mais dans les colonnes, les nuages, l’écume des vagues, la réflexion de la lumière sur la robe du cheval bai, cette petite peinture est très forte. Elle appartenait précédemment au MOMA, le Museum Of Modern Art de New-York, qui l’a mise en vente sur le marché de l’art européen où elle a été acquise par un collectionneur italien, romain, Luigi Grieco. Ce monsieur a ainsi acquis en une trentaine d’années une cinquantaine d’œuvres d’art italiennes s’étalant sur une durée de 85 ans, de 1860 à 1945. Gravement malade, il a souhaité en faire don à un musée afin que le public en profite. Mais curieusement, bêtement aussi, les musées n’étaient pas intéressés, manque de place, par exemple. Lors d’un passage en Basilicate, on lui a conseillé d’aller voir à la pinacothèque de Bari, où le courant est tout de suite passé avec la conservatrice. Elle est allée deux fois à Rome pour voir la collection d’abord, pour des formalités de transmission ensuite, et lorsqu’en septembre à la date fixée elle a téléphoné pour prendre le dernier rendez-vous, Luigi Grieco venait de s’éteindre. C’est sa femme Anna qui a achevé les formalités de la donation. Parce que je souhaitais montrer ici des œuvres de diverses époques et de divers styles, je n’ai présenté que deux œuvres de sa collection, la Jeune fille avec un bouquet de fleurs et Chevaux, mais j’ai beaucoup aimé ce qu’il aimait, j’ai aimé tous les tableaux de sa collection. C’est donc sur cela, sur sa générosité et sur son goût que je terminerai cet article au sujet de la pinacothèque provinciale de Bari.

 

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 17:24

627a1a Bari, saint Nicolas

 

627a1b Bari, san Nicola 

Bari est une ville où l’on rencontre des masses de Russes. Ce sont des pèlerins orthodoxes, car les églises orientales, que ce soient les orthodoxes ou les catholiques de rite grec, ont une grande dévotion pour saint Nicolas, dont les reliques sont dans la basilique de Bari. Sur la place devant la basilique, cette grande statue du saint est accompagnée d’une plaque en cuivre apposée en 2003 et signée du président de la fédération russe (c’est-à-dire Vladimir Poutine à cette époque), adressée en italien et en russe aux "Chers citoyens de Bari", auxquels il s’adresse en ces termes : "Je suis heureux de la possibilité de saluer cordialement les habitants de l’antique cité italienne de Bari. Il m’est particulièrement agréable de le faire dans la mesure où votre terre et la Russie sont unies par les liens d’une histoire pluriséculaire. En cadeau à votre cité, qui garde ce grand et sacré trésor que sont les reliques de saint Nicolas, archevêque de Myra en Lycie, voici une statue de ce thaumaturge. / Le saint évêque Nicolas est l’un des saints les plus vénérés. Mais surtout en Russie il jouit d’une vénération spéciale. À saint Nicolas sont dédiés les autels de beaucoup d’églises russes. / Puisse ce don être le témoignage non seulement de la vénération du grand saint de la part des Russes, mais aussi de la constante aspiration des peuples de nos pays à la consolidation de l’amitié et de la coopération". Ces mots sous la plume d’un colonel du KGB soviétique qui a combattu toute pratique religieuse avec l’énergie qu’on lui connaît sont particulièrement savoureux. Mais il est vrai qu’en vingt ans bien de l’eau a coulé sous les ponts de la Moskova et de la Néva.

 

627a2 Bari, basilique Saint Nicolas 

627a3 Bari, basilica San Nicola 

La basilique Saint Nicolas, seule, a échappé à la fureur destructrice de Guillaume le Mauvais, alors que ni le château, ni même la cathédrale n’avaient été épargnés. Bari avait été le siège du gouverneur romain, celui du gastald lombard qui régnait sur le sud de l’Italie, de l’émir sarrasin de 841 à 871, puis du catépan byzantin de 876 à 1071, et même intronisée capitale de l’Italie du sud à partir de 970. Et voilà qu’en 1071 Robert Guiscard dont la capitale est à Salerne conquiert Bari, la réduisant de ce fait au simple statut d’un chef-lieu de province, avec les pertes économiques que cela implique. C’est pourquoi, pensant attirer la foule des pèlerins vers les reliques de ce saint très vénéré et ainsi générer d’abondantes recettes pour sa ville, l’évêque a volé en 1087 les précieuses reliques destinées à Rome comme je l’ai raconté dans mon article au sujet de la cathédrale pour l'effigie de la Madone. Les deux histoires sont absolument parallèles, l'iconostase pour les premiers, le crainte des Musulmans après leur conquête dans le second cas, les moines basiliens, les marins, la rumeur en ville, le vol par l'évêque. Si l'une des histoires n'est pas légendaire (car après tout tout cela est assez vraisemblable, sans apparition, sans mystère), c'est très probablement celle de saint Nicolas car le vol a dans ces circonstances une signification économique. L’évêque, donc, voulait placer les reliques dans sa cathédrale, mais le peuple voulait absolument un lieu nouveau réservé au grand saint. Sous la pression populaire, devant l’agitation et craignant une émeute, l’évêque décida alors de transformer le palais du catépan inoccupé depuis le départ des Byzantins et délaissé par le Normand résidant à Salerne, et pour cela il chargea l’abbé Élie d’élaborer des plans et de conduire les travaux. À noter que dans les premiers temps de l’Église, et selon une tradition qui s’est longtemps perpétuée en Italie, l’évêque est l’administrateur d’une paroisse ou d’un groupe de paroisses dans une ville, et non pas comme aujourd’hui d’un diocèse. Cela explique que dans les inscriptions de cette basilique, il soit fait référence à l’évêque Élie. Cela explique aussi que dans de nombreuses petites villes voisines les unes des autres il y ait des cathédrales alors qu’en France il y a une cathédrale par diocèse et en général un diocèse par département, voire par deux départements (par exemple, Cher et Indre).

 

D’après un parchemin, il semble que l’essentiel de l’édifice ait été achevé en 1103, avant la mort d’Élie en 1105, et que son successeur, l’abbé Eustathe (1105-1123) n’ait eu à réaliser que la décoration et les sculptures.

 

627b1a Bari, basilique Saint Nicolas 

627b1b Bari, basilique Saint Nicolas 

627b1c Bari, basilique Saint Nicolas 

Voici le portail principal de la façade de l’église. On remarque que sur ce mur très nu, dont même la rosace n’est en rien ouvragée, le portail est richement décoré. Il est surmonté de l’image de saint Nicolas. De part et d’autre, avec l’arrière-train engagé dans la paroi ce qui donne l’impression qu’ils sortent du mur, deux grands bœufs remplacent les traditionnels lions que le Moyen-Âge place à l’entrée de ses églises. Et lorsqu’il ne s’agit pas de l’évangéliste saint Luc, cet animal n’a rien de commun avec les décorations usuelles d’une église chrétienne. Cela m’amène à parler de l’histoire de la construction. Au début de 1010, le Lombard Melo prend la tête d’une révolte contre le pouvoir byzantin, et le catépan Curcuas est tué par les Lombards. Byzance envoie alors un nouveau catépan, Basile Mésardonite, qui débarque à Bari à la tête de renforts et assiège la ville. Au bout de 61 jours, il entre dans Bari en avril 1011, restaure le palais et, selon une pierre gravée, "poussé par une dévotion sincère, il a édifié la sainte église du glorieux Démétrius, construite en pierre, afin que comme un phare elle resplendisse radieusement". Démétrius, c’est Dimitri, ou Dmitri comme mon beau-père. Puis vient le long siège (1069-1071) au terme duquel le Normand Robert Guiscard chasse définitivement les Byzantins de Bari. Le palais du catépan est désormais inoccupé et en 1087 l’évêque y fait construire une basilique pour accueillir les reliques de saint Nicolas. Trois théories s’affrontent concernant la construction. Je n’entrerai pas dans les longs développements de chacun des spécialistesque j'ai eu l'occasion de lire et d'étudier, mais j’en retire ce qui, à mes yeux, est le plus plausible. La basilique ne suit pas un axe régulier, les arceaux de la façade au-dessus des portails latéraux, comme on le voit sur ma photo, ne tombent pas au milieu du portail (surtout du côté droit), la crypte et ses chapiteaux sont nettement byzantins comme on va le voir tout à l’heure, et puis il y a ces fameux bœufs de la façade, par conséquent la basilique a dû, non pas remplacer, mais largement réutiliser les bâtiments du palais du catépan.

 

627c1a Bari, basilique Saint Nicolas 

627c1b Bari, basilique Saint Nicolas

 

627c1c Bari, basilique Saint Nicolas

 

La basilique étant tournée vers l’est comme il est habituel, à l’opposé du chœur la façade est à l’ouest. Sur le flanc nord, on trouve cette très belle Porte des Lions qui remonte au onzième siècle. Entre autres sculptures intéressantes, celle du bandeau interne de l’arc qui la surmonte. Il représente une scène de guerre où des cavaliers en armure prennent d’assaut une citadelle représentée par une porte barricadée, au-dessus de laquelle apparaissent les têtes de deux défenseurs. En 1098, Bohémond, un fils de Robert Guiscard ("c’était une merveille à voir pour les yeux, et sa réputation était terrifiante", écrit à son sujet avec une admiration sans bornes Anne Comnène, la fille de l’empereur byzantin Alexis I, pourtant ennemi juré des Normands), Bohémond, dis-je, prend la ville d’Antioche, ce qui constitue une victoire de grande portée, et cette sculpture pourrait fort bien être la célébration de cet événement.

 

627c2 Bari, basilica San Nicola 

 Continuant à tourner autour du bâtiment, on trouve sur la façade est une fenêtre décorée de deux éléphants qui l’encadrent. Même hérissé de ses aiguilles anti-pigeons, j’aime bien cet éléphant qui, comme les bœufs de l’autre côté, semble sortir du mur. Et puis je n’oublie pas que l’éléphant était l’animal préféré de Papa, à qui j’aurais voulu pouvoir dédier cette image.

 

627c3 Bari, basilica San Nicola 

 Parce que le mur porte cette sculpture représentant saint Nicolas dans sa tenue d’évêque, avec sa mitre sur la tête et son emblème des trois boules d’or posées sur l’évangile, je ne peux manquer de montrer cette image.

 

627d1 Bari, basilique Saint Nicolas 

627d2a Bari, basilica San Nicola 

627d2b Bari, basilica San Nicola, emblème des Sforza

 

  Entrons maintenant dans la basilique. Son ampleur nue est impressionnante. Des chapelles baroques avaient été ajoutées, qui dénaturaient la grandeur due à la simplicité et que l’on a judicieusement supprimées en 1930. Par ces arches qui n’apparaissent pas parfaitement parallèles, on voit ce que je voulais dire lorsque j’écrivais que la basilique ne suit pas un axe régulier. L’arche à trois cintres qui ferme le chœur et qui joue le rôle d’iconostase selon le rite oriental, est d’origine, mais les trois arches de la nef (sur mes photos, par manque de recul, on ne voit que la seconde et la troisième) datent du quinzième siècle. En effet, en 1456, un violent tremblement de terre a ébranlé l’édifice, aussi le prince Orsini a-t-il consolidé la structure en construisant la première arche en 1458 et la troisième en 1463. Puis le duc de Milan Ludovic le More, oncle de Bona Sforza dont j’ai parlé dans l’article sur les promenades dans Bari, a construit l’arche du milieu en 1494. Ses armes y figurent, ce blason portant deux aigles et deux vouivres, soit un serpent qui dévore un enfant.

 

627d3 Bari, basilique Saint Nicolas

 

Le majestueux ciborium comporte peut-être des éléments beaucoup plus anciens que l’édification de la basilique. En effet, les spécialistes ont relevé de remarquables similitudes entre ses chapiteaux et des chapiteaux réalisés entre le cinquième et le septième siècles à Ravenne, mais il n’est pas exclu, selon d’autres, que l’artiste qui travaillait au douzième siècle pour l’abbé Eustathe ait copié ces modèles anciens.

 

627d4 Bari, basilique Saint Nicolas 

La toiture a dû être refaite à plusieurs reprises. Après l’échange de chevrons détériorés par la pluie du fait d’un défaut dans la couverture, il a été fait appel à un artiste de la ville voisine de Bitonto située à une douzaine de kilomètres à l’ouest de Bari, et qui comporte une magnifique cathédrale que nous nous sommes promis de visiter un de ces jours. Cet artiste, Carlo Rosa, va peindre entre 1661 et 1673 des toiles qui seront encadrées par un Napolitain et fixées au plafond. La toile que j’ai choisie ici est dans le bras gauche du transept. Saint Nicolas, volant au-dessus de Bari, prophétise que ses ossements reposeront ici.

 

627d5a Bari, Bona Sforza à la basilique Saint Nicolas 

627d5b Bari, Bona Sforza nella basilica San Nicola 

 Tout le chœur est occupé par le mausolée de Bona Sforza (1494-1557). J’ai déjà amplement parlé d’elle ailleurs, je ne vais pas me répéter. Mais cette duchesse de Bari, reine de Pologne, qui a joué un rôle important dans la diffusion de la culture italienne de la Renaissance dans cette Europe centrale, est un personnage important, ce qui explique qu’un mausolée aussi grandiose lui ait été consacré. Toujours opposée à la noblesse polonaise, qui la haïssait, elle a été présentée sous un jour très défavorable par les historiens polonais, qui étaient proches de la noblesse. Elle a joué un rôle essentiel dans la politique polonaise, tendant à renforcer l’unité du royaume, à réformer le droit, à introduite la liberté d’opinion et de religion, à procéder à des réformes agraires, notamment en Russie occidentale (à l’époque, le pouvoir polonais s’étendait sur l’actuelle Pologne, sur la Prusse, sur la Lituanie, sur l’actuelle Biélorussie, sur l’ouest de la Russie et de l’Ukraine). Mais on a vu que malgré son opposition à ce mariage, son fils Sigismond II avait épousé une princesse lituanienne protestante et qu’à la suite de la mort de sa belle-fille des suites d’un empoisonnement (criminel ou dû à l’absorption d’un mets vénéneux), il avait été facile à ses ennemis d’accuser Bona, la belle-mère. Sigismond, alors, l’écarta de tout pouvoir en 1546. Elle retourna à Bari en 1556 dans le château que nous avons visité et y est morte en 1557. On l’enterra dans la cathédrale. Mais plus tard sa fille, la reine Anne, obtiendra du pape qu’elle puisse être transférée dans la basilique où ce grand mausolée sera élevé en son honneur en 1593.. S’il est facile de comprendre que, mariée au roi de Pologne, elle soit devenue reine de ce pays, on peut s’étonner que cette Sforza de Milan soit duchesse de Bari, et cela je n’en ai pas parlé précédemment. Tout simplement, les Sforza ayant participé aux côtés du roi Ferdinand II d’Aragon à la lutte contre le prince de Tarente, le duché de Bari –qui dépendait du royaume de Naples sur lequel régnait Ferdinand– leur a été donné en récompense.

 

Dans ce mausolée, on voit deux évêques, le patron de Bari saint Nicolas, et le patron de la Pologne saint Stanislas. À leurs pieds des allégories portent les armes de Pologne (à gauche) et de Bari (à droite). Dans cette Italie où les femmes en épaules nues ne peuvent pénétrer dans la plupart des églises, je ne comprends pas le passe-droit de ces deux-là qui s’y prélassent les seins nus et même découvertes jusqu’au nombril, preuve qu’au vingt-et-unième siècle les privilèges ne sont pas tous abolis… Soyons sérieux. Derrière le mausolée de Bona Sforza, toute l’abside avait été recouverte, en 1594, de fresques représentant des membres de la famille royale de Pologne. En 1928, pensant que la Pologne n’avait rien à faire avec saint Nicolas, on a tout effacé soigneusement et on a voulu transférer le mausolée au château. Puis on a (heureusement) renoncé au transfert, mais les fresques ne peuvent être repeintes.

 

627d6 Bari, basilica San Nicola 

La cathèdre dite de l’abbé Élie date de 1098. Elle ne lui était pas destinée à lui, mais au pape pour sa visite. Le nom d’Élie apparaît comme celui de qui a décidé de cette cathèdre. Au pied, deux esclaves sarrasins en supportent le poids, ce sont les vaincus, tandis qu’au milieu un pèlerin marche libre, la voie de la Terre Sainte étant dégagée. La chronique de celui que l’on appelle l’Anonyme de Bari, rédigée en 1120, dit : "L’an 1098. Au matin du 3 octobre vint le pape Urbain II avec de nombreux archevêques, évêques, abbés et comtes. Ils entrèrent dans Bari et furent accueillis avec grande révérence. Monseigneur Élie, notre archevêque, prépara une merveilleuse cathèdre dans l’église du bienheureux Nicolas, confesseur du Christ. Et le pape y tint un synode d’une semaine".

 

 

627e1a Bari, Saint Nicolas

  

627e1b Bari, San Nicola 

627e1c Bari, Saint Nicolas

 

Dans le bas-côté gauche, dans une vitrine, il y a la grande statue de saint Nicolas. Comme on le voit sur la troisième de ces photos, la dévotion du public et de ses nombreux pèlerins (selon les vœux de l’évêque qui avait volé les reliques…) lui vaut de généreux et multiples dons, glissés par une fente judicieusement prévue au bas de la vitrine. Il est représenté dans ses amples habits orientaux. Mais sans doute faut-il à présent parler de lui un peu plus précisément.

 

À une date imprécise, vers 250 ou 270 de notre ère, naît à Patara, en Lycie, région du sud-ouest de l’Asie Mineure, aujourd’hui en Turquie, un petit garçon nommé Nicolas, neveu de l’évêque de Myre, capitale de cette région. Devenu adulte, et prêtre, Nicolas succédera à son oncle sur le siège épiscopal. Les empereurs romains de cette période sont Aurélien (270-275), Marcus Tacite (275-276), Probus (276-282), Carus (282-283), Numérien (283-284), Dioclétien (284-306), parmi lesquels le premier et le dernier sont connus pour leur cruauté et particulièrement leur lutte contre le christianisme, monothéisme qu’ils jugent dangereux pour leur pouvoir, fondé sur leur essence divine. C’est ainsi que Nicolas est arrêté et emprisonné. Mais quand Dioclétien meurt en 306, Constantin va reconquérir l’entier pouvoir qui avait été partagé par Dioclétien entre quatre empereurs, deux augustes assistés de deux césars, et établira la liberté de culte qui ouvre la voie à la reconnaissance du christianisme comme religion d’État. Sous son règne, Nicolas va être libéré et reprendra ses fonctions d’évêque de Myre. Généreux et pitoyable pour les pauvres, apprenant que son voisin, incapable de doter ses trois filles, va les livrer le lendemain à la prostitution, il donne à chacune une pièce d’or (ce sont les trois boules posées sur le livre des évangiles qu’il tient en main dans la représentation traditionnelle). Trois officiers de Constantin qu’il avait reçus à Myre l’avaient vu faire libérer des condamnés à la décapitation pour un crime qu’ils n’avaient pas commis ; aussi lorsqu’eux-mêmes furent jetés en prison sur la foi d’un faux témoignage, ils prièrent Dieu de les secourir, Nicolas apparut en songe à Constantin démontrant l’erreur judiciaire, et Constantin les fit libérer. Et puis il y a, bien sûr, l’épisode des trois petits enfants tués et mis au saloir par le boucher, que Nicolas ressuscita au bout de sept ans. En 325, alors que le christianisme est éclaté en beaucoup de tendances, Constantin convoque à Nicée un concile auquel participe Nicolas. Pour démontrer, face aux Ariens, l’unité entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit et la possible coexistence des trois en un, il prend une brique, explique qu’elle est faite des deux éléments terre et eau, et qu’elle a reçu le feu, sur quoi il fait miraculeusement jaillir du feu de la brique, prouvant ainsi la triple substance de la brique unique. Beaucoup plus tard, après le transfert de ses restes à Bari, des marins pris dans une violente tempête l’invoquèrent, il leur apparut et les sauva. Tels sont les épisodes, historiques les uns, légendaires les autres, de sa vie. Mort en 343, il a été enterré dans sa ville de Myre, où sa dépouille est restée jusqu’à ce qu’elle soit subtilisée par les deux moines basiliens qui voulaient éviter la violation de sa sépulture par les Turcs musulmans, comme je le raconte un peu plus haut.

 

627e2 Bari, San Nicola 

Cette autre statue de saint Nicolas, en bois, date de la fin du dix-huitième siècle. De sa main droite il nous bénit tandis que dans la gauche il tient l’évangile et les trois boules d’or données aux filles de son voisin. À ses pieds, les trois petits enfants ressuscités du saloir. Ici, il est vêtu à l’occidentale avec une chasuble courte sur une longue tunique blanche lui tombant jusqu’aux pieds.

 

627e3a Bari, San Nicola 

627e3b Bari, Saint Nicolas 

Dans le bras droit du transept, on trouve aussi sur un autel ce buste de saint Nicolas en argent. Outre, bien sûr, la richesse de l’objet en métal précieux, ce visage, ce regard sont impressionnants.

 

627f1 Bari, basilique Saint Nicolas 

Sur les murs de l’abside droite, subsistent des fresques, dont cette très belle crucifixion qui a longtemps été cachée –et en fait protégée– par un orgue du dix-huitième siècle détruit lors des restaurations de 1930. On n’aurait jamais connu la date exacte de la fresque, ni sans doute le nom de son auteur si ce dernier, Jean de Tarente (Giovanni di Taranto), n’avait adressé en 1304 une lettre au roi de Naples (parce que nous sommes dans une église royale) où il explique ce qu’il faisait à Bari et où il sollicite une aide économique parce qu’il a été agressé par des voleurs sur la route alors qu’il rentrait chez lui à Tarente. Ces fresques sont encore nettement marquées par le style byzantin des Pouilles, quoique l’influence florentine commence légèrement à se faire sentir.

 

627f2a Bari, basilique Saint Nicolas 

627f2b Bari, basilique Saint Nicolas 

Bari entretenait avec Venise des relations étroites. En 1002, c’est le doge de Venise Pietro Orseolo qui avait délivré Bari de la présence des Sarrasins. On construisit alors pour les Vénitiens l’église San Marco en l’honneur de leur saint patron, et les Vénitiens maintinrent des comptoirs commerciaux à Bari. Au quinzième siècle, de plus en plus d’artistes vénitiens travaillèrent en Pouilles, proposant ainsi une alternative au sempiternel art byzantino-florentin. Parmi eux, le plus représentatif est l’auteur de ce tableau, Bartolomeo Vivarini (vers 1432-vers 1499) qui l’a signé et daté 1476. On y voit la sainte Vierge assise sur un trône tenant debout sur ses genoux l’Enfant Jésus, un gros bébé rouquin aux joues rebondies. Elle est entourée de quatre figures de saints. Du côté gauche, ce sont saint Jacques et saint Louis. Ce saint Louis est Louis d’Anjou (1274-1297), appelé saint Louis de Toulouse parce qu’il a été évêque de cette ville, fils du roi de Naples Charles II d’Anjou et de Marie de Hongrie, et petit-neveu de Louis IX, saint Louis de France. Ce lien étroit avec le roi de Naples explique qu’il soit souvent représenté dans l’iconographie du sud de l’Italie. Du côté droit, ce sont saint Nicolas et saint Marc, les patrons respectifs de Bari et de Venise. Il ressort de ce tableau une impression de mélancolie, quoiqu’il soit intitulé Conversation sacrée. En haut, le Christ est représenté entre un évêque qui est peut-être saint Jérôme, et saint François d’Assise.

 

627f3 Bari, basilique Saint Nicolas 

Ce triptyque a été réalisé en 1451 par Andreas Ritzos, dit Andrea Rico da Candia, un artiste crétois (1420-vers 1500) venu travailler en Italie, où l’on appréciait alors ce style byzantin, mais sans la rigidité de la tradition que lui conservaient les artistes italiens. Dans les Pouilles, qui avaient été byzantines mais ne l’étaient plus depuis près d’un demi-millénaire, cet art ne découlait que du maintien d’une tradition, alors qu’en Crète où le christianisme oriental restait vivant l’art byzantin restait vivant lui aussi et pouvait évoluer. Cette Vierge de la Passion est entourée de saint Nicolas à droite et de saint Jean l’évangéliste à gauche.

 

627f4 Bari, basilique Saint Nicolas, sarcophage abbé Élie

 

Nous allons maintenant descendre vers la crypte. Dans l’escalier, nous trouvons cette pierre tombale de l’abbé Élie. Il s’agit du devant d’un sarcophage antique représentant quatre philosophes. Trois regardent vers la droite, et le dernier à droite regarde ses confrères, la tête tournée vers la gauche, soutenant sans doute une controverse. C’est splendide et très expressif. Le bras de l’un d’entre eux, avec naturel, sort de son cadre et vient se superposer à la colonne.

 

627g1 Bari, crypte de la basilique Saint Nicolas 

627g2 Bari, crypte de la basilique Saint Nicolas 

Dans la cour du château du catépan, se trouvaient plusieurs petites églises. J’ai cité tout à l’heure le texte gravé où il est dit que Basile Mesardonite, qui a restauré le château après 1011, a édifié une église à Démétrius. De ces églises, une seule, Saint Benoît, n’a pas été détruite pour construire la basilique. L’abbé Élie a commencé la construction, comme il est logique, par la crypte située aujourd’hui sous le transept, d’autant plus que l’urgence était d’héberger les saintes reliques. Pour cela, il a tout simplement réutilisé une salle du palais du catépan, où 26 colonnes sont surmontées de chapiteaux tous différents, la plupart d’entre eux étant certainement récupérés des églises romanes abattues et remplaçant des chapiteaux qui n’avaient pas un caractère suffisamment religieux.

 

627g3a Bari, cripta della basilica di San Nicola 

627g3b Bari, crypte de la basilique Saint Nicolas 

La foule est dense la plupart du temps devant a grille de la chapelle où se trouve l’autel et la tombe de saint Nicolas. C’est le tsar de Serbie Ouros II Milutin (1282-1321) qui a offert en 1319 une couverture d’argent pour la tombe de saint Nicolas. Mais à l’époque du baroque, n’aimant plus cet autel, on l’a fondu avec diverses autres pièces d’argenterie ancienne, chandeliers, etc. et des artistes napolitains en ont fait un nouveau. Puis est venue la restauration de 1953-1957 où l’on a jugé que le baroque n’avait rien à faire ici, et le devant d’autel a été transféré dans la basilique supérieure, sur l’autel du bras droit du transept. Mais ni dans la crypte, ni en haut nous ne verrons ce devant d’autel, actuellement en restauration.

 

Les travaux ayant commencé en 1087, la crypte était achevée, avec l’autel destiné à recevoir les ossements de saint Nicolas (le crâne et 70% du squelette) dès 1089 pour la consécration par le pape Urbain II. Dans la tombe, une inscription que le visiteur ne peut voir a été gravée par la femme de Robert Guiscard, la guerrière lombarde Sighelgaita (morte en 1091).

 

627g4 Bari, cripta della basilica di San Nicola 

Chacun des tsars de Serbie de la dynastie Némanide a fait des dons à la basilique. Il n’en reste aujourd’hui que le devant d’autel (refondu) d’Ouros II et cette icône de son fils Ouros III offerte de 1327. Celui-ci s’était rebellé contre son père qui, en châtiment, l’avait fait aveugler. Mais, après avoir prié saint Nicolas il avait recouvré la vue et avait offert en action de grâce cette icône dont le visage a été tant de fois restauré qu’il est devenu très occidental et n’a plus grand chose à voir avec le visage d’origine, l’œuvre datant vraisemblablement du douzième ou du treizième siècle. Mais au quatorzième siècle, en 1327, avant d’être revêtue d’une parure d’argent et d’être envoyée à Bari, l’icône a été repeinte. Cette main levée bénissante n’existait pas et il paraît que sous la cape d’argent le saint a les mains sur la poitrine. Par ailleurs, sur la couche inférieure, Jésus et Marie sont nettement plus byzantins que sur la version que l’on voit.

 

Il est autre chose que l’on ne voit pas mais dont je crois intéressant de parler. Lorsque nos deux moines basiliens ont subtilisé les reliques de saint Nicolas à Myre pour les emporter à Rome, elles baignaient, selon les chroniques de deux contemporains des faits, dans de l’eau. Séchées, transportées, volées par l’évêque de Bari, la cassette hermétique qui les contient est, chaque année, ouverte le soir du 9 mai en présence de la foule des fidèles et, chaque année, les ossements baignent dans un liquide. Analysé par le laboratoire de chimie de l’université de Bari, ce liquide s’est révélé être une eau très pure chimiquement, quoiqu’ayant été au contact des reliques. D’où la croyance en un miracle faisant émaner cette eau des os mêmes du saint. Prudents, les Dominicains en charge de la basilique n’évoquent ni le miracle, ni la possible condensation naturelle, et se limitent à considérer ce liquide appelé la Manne de saint Nicolas comme une relique puisqu’elle a été en contact direct avec les reliques. Pour satisfaire la demande des innombrables fidèles, les Dominicains n’ayant pas le pouvoir de Jésus lors de la multiplication des pains, ils versent les quelques centilitres de Manne recueillie, peut-être un quart de litre, dans de grandes bonbonnes d’eau bénite, et c’est cette eau mêlée qui est distribuée dans des petites fioles.

 

627h1 Bari, crypte de la basilique Saint Nicolas 

627h2 Bari, crypte de la basilique Saint Nicolas 

627h3 Bari, crypte de la basilique Saint Nicolas

 

  Juste en face de l’autel sous lequel se trouve la tombe de saint Nicolas, une autre chapelle lui est consacrée, au fond de laquelle est placée une autre icône. Et, comme dans la basilique supérieure au pied de la statue, les pèlerins jettent de l’argent au saint à travers la grille. Je ne comprends pas bien le processus. La dévotion est grande devant la tombe, la foule des pèlerins et des touristes s’y presse, mais c’est devant cette icône, relativement beaucoup moins regardée et à laquelle je n’ai vu personne adresser de prières, que sont remis les dons en argent.

 

627i Bari, chapelle orthodoxe de Saint Nicolas

 

Les Dominicains en charge de la basilique, appuyés par l’évêque de Bari, souhaitaient pouvoir accueillir dans la crypte tous les chrétiens qui vénèrent saint Nicolas, dans l’esprit œcuménique du concile Vatican II, ce que Rome a accepté en 1966. D’où cette chapelle dotée d’une iconostase, où se déroulent des célébrations catholiques de rite grec et des célébrations orthodoxes. Elle a été bénite conjointement par le cardinal et par l’archimandrite lors de son inauguration. Le pèlerinage de Russes à Bari est documenté depuis le quinzième siècle, il n’y a plus désormais d’obstacles et, chaque dimanche à 10h, une messe orthodoxe est célébrée dans cette chapelle.

 

627j Bari, basilique Saint Nicolas, colonne miraculeuse 

La toute première mention de cette colonne ne remonte qu’à 1359, dans un texte parlant de "la colonne que [saint Nicolas] posa de ses propres mains tandis que l’on construisait l’église […]". Quel que soit le niveau de foi par lequel on est animé, on ne peut donc voir dans l’aspect miraculeux de cette colonne qu’une suite de légendes. À part cette brève allusion, c’est au quinzième siècle qu’apparaît un récit, et en 1620 que l’histoire complète est racontée. Saint Nicolas serait allé à Rome voir le pape Sylvestre, celui-là même qui a converti l’empereur Constantin (voir mon article sur les Quattro Coronati, à Rome, le 18 mars). Voyant démolir la riche maison d’une femme de mœurs légères, il jeta dans le Tibre cette colonne qui en provenait. Mais, de retour à Myre, il retrouva la colonne miraculeusement arrivée dans le port. Il décida alors de la faire placer dans sa cathédrale. Mais quand, quelque 750 ans plus tard, ses ossements parvinrent en Pouilles, ladite colonne était dans le port de Bari, mais personne ne put la prendre. Deux ans après, dans la nuit du 30 septembre au premier octobre 1089, comme on devait placer les reliques dans l’autel de la crypte le lendemain, soudain les habitants entendirent les cloches sonner à toute volée. Intrigués, ils se levèrent et là, la foule vit saint Nicolas en personne qui, aidé de deux anges, abattait l’un des piliers de l’abbé Élie et le remplaçait par la colonne. L’histoire ne dit pas qui est l’impie qui osa remettre un pilier humain à la place, et enclore la colonne miraculeuse de saint Nicolas derrière cette grille, ni quand la substitution a eu lieu. Il n’empêche, il y a des gens qui prient devant cette colonne malgré les circonstances de naissance de la légende.

 

Tableaux, statues, chapiteaux, architecture, hagiographie, je pourrais continuer à écrire longtemps encore sur cette basilique, mais je pense qu’il me faut être raisonnable et savoir me limiter. Je pose donc ici le point final de cet article.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 18:57

626a1 Bari, château souabe

 

C’est le roi normand Roger II qui, en 1131, construit ici un premier château, partiellement sur des habitations d’époque byzantine et partiellement sur les structures d’un complexe cultuel du onzième siècle. D’abord un mot d’histoire. Le Normand Robert d’Hauteville dit le Guiscard conquiert le sud de l’Italie continentale, et son jeune frère Roger la Sicile, dont il devient roi sous le nom de Roger Premier. Ces conquêtes s’étalent, au onzième siècle, du milieu des années cinquante à 1070. Le fils de Roger I, Roger II, né en 1095, n’a que six ans à la mort de son père, mais sa mère Adélaïde assume la régence sur la Sicile. Pendant ce temps-là, en Italie du sud, le fils aîné de Robert Guiscard et de sa femme la princesse lombarde Sighelgaita, lui aussi nommé Roger et surnommé La Bourse (Ruggiero Borsa), hérite des possessions de son père à la mort de celui-ci en 1085. N’ayant ni les dons guerriers, ni l’autorité de son père, il est vite dépassé, il perd Amalfi, Tarente, et se voit contraint de faire appel à l’aide de son oncle, le puissant Roger I de Sicile. Marié en 1092 à Adèle, fille du comte de Flandres et jeune veuve du roi de Danemark Knut le Saint, il meurt en 1111, laissant son royaume à son jeune fils Guillaume II duc de Pouille (1095-1127) qui meurt sans héritier. C’est alors que Roger II de Sicile prend par la force le royaume laissé par son cousin et se fait sacrer prince de Salerne puis grand duc de Pouille en 1128. En 1130, l’antipape Anaclet II institue Roger II roi de Sicile et de l’Italie du sud. Les provinces d’Italie continentale ayant été annexées, l’ensemble s’appelle Royaume de Sicile, mais c’est de là que le nom de Sicile s’est étendu à l’Italie du sud, et que l’on parlera plus tard de Royaume des Deux-Siciles.

 

626a2 Bari, château souabe 

Lorsque meurt Roger II en 1154, son fils Guillaume lui succède sur le trône de ce double royaume. C’est Guillaume Premier, dit le Mauvais. Nous avons vu au sujet de la cathédrale, dans un autre article, le grave différend entre Guillaume et ses barons et comment le roi s’est vengé de Bari en 1161 en saccageant la ville et en y détruisant tout, y compris la cathédrale, n’épargnant que la basilique de Saint Nicolas. Ce château où nous sommes, construit par son père, ne sera pas épargné, il n’aura pas vécu longtemps en l’état. De 1233 à 1240, c’est l’empereur Frédéric II qui va s’atteler à la tâche de reconstruire le château, avec de notables différences par rapport au bâtiment d’origine.

 

626b1 Bari, castello svevo 

626b2 Bari, château souabe 

On accède au château par cette porte en croisée d’ogive surmontée d’un bandeau sculpté. Parce que, sur ma photo réduite pour publication c’est peu lisible, je vais un peu m’attarder sur les représentations. Au centre, un aigle représentant Frédéric II tient un lionceau dans ses serres. Vers la gauche, il y a un homme en longue robe, un dragon tenant entre ses pattes une corne d’abondance, et un autre homme plus petit, peut-être un nain. Repartant de l’aigle du centre et descendant vers la droite, on tombe sur ce qui fait l’objet de ce gros plan, à savoir un être féminin fabuleux dont le bas du corps se termine par deux queues couvertes d’écailles, peut-être est-ce une sirène. Près d’elle, un chevalier barbu, puis un couple de harpies, êtres ailés à visage humain et à longs cheveux. Ce portail date de la quatrième et de la cinquième décennies du treizième siècle, sauf pour les décorations florales qui suivent les harpies à droite, refaites au vingtième siècle pour remplacer les originaux détériorés.

 

626c1 Bari, château souabe 

626c2 Bari, castello svevo 

626c3 Bari, castello svevo 

Nous voici dans la cour. Elle aussi doit son aspect actuel à Frédéric II. L’empereur avait coutume d’utiliser sur ses chantiers des ouvriers locaux mêlés à des ouvriers d’autres origines. Ainsi, sur un chapiteau, on relève la signature d’un Minerrus de Canosa (ville des Pouilles plus au nord, à l’ouest de Bari) et sur un autre celle d’un Ismaël dont le nom révèle l’origine arabe.

 

626d Bari, château souabe

 

Entre le portail et la cour, nous avons traversé ce vestibule datant de 1233-1240. Les motifs végétaux stylisés sont nettement marqués par l’influence arabe, et c’est d’ailleurs sur l’un d’eux que figure la signature de cet ouvrier sarrasin.

 

626e1 Bari, château souabe 

626e2 Bari, château souabe 

Pour comprendre la perspective de ma seconde photo ci-dessus : Nous sommes dans la salle dite Souabe. Des fouilles ont révélé, à 4,05m sous le niveau de son sol, des restes d’une basilique byzantine. Je disais en commençant cet article que le premier château construit par Roger II en 1131, très tôt après son intronisation, reposait partiellement sur un ensemble cultuel byzantin. Pour que le visiteur puisse le voir, des passerelles ont été aménagées au niveau de la salle, et ma première photo est visiblement prise de haut, mais la seconde est prise en plongée verticale, en me penchant par-dessus la balustrade. Sur la première, on voit un mur de la basilique et un fragment de son pavement, sur la seconde une tombe qui avait été creusée dans le sol de la basilique.

 

626f1 Bari, château souabe 

626f2 Bari, château souabe

 

626f3 Bari, château souabe 

Dans la grande salle d’honneur du château, j’ai été particulièrement frappé par cette fenêtre, ce qui me donne l’envie de terminer cette présentation par elle. Je trouve amusante (en plus d’être très décorative) cette façon de présenter deux gardes dans leurs casemate de chaque côté.

 

Je ne veux pas multiplier les vues d’architecture ni les vues de sculptures sur les cheminées ou les portes. Il y a aussi dans le château une salle de musée qui présente des poteries utilisées dans ce château, mais elles ne sont pas fondamentalement différentes de celles que j’ai déjà montrées dans des musées, et surtout elles sont en très mauvais état. En effet, alors que les poteries grecques, pourtant beaucoup plus anciennes, ont été retrouvées pour la plupart dans des tombes d’où elles n’avaient pas bougé depuis des millénaires, au contraire les pots, assiettes, vases retrouvés dans le château ont en général été utilisés jusqu’à ce qu’on les casse et que l’on en abandonne les morceaux, ou encore ils ont subi la chute de matériaux dans des salles inutilisées. Aussi je préfère arrêter là cet article.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 18:14

625a1 Bari, cathédrale San Sabino

 

625a2 Bari, cathédrale Saint Sabin 

  La cathédrale, dédiée à saint Sabin (San Sabino) avait été construite entre 1024 et 1040. Cette première cathédrale ne restera pas bien longtemps debout du fait des événements historiques opposant le roi, Byzance, la population. En 1154, Guillaume I, dit le Mauvais, nomme l’Émir des Émirs gouverneur du royaume, ce qui a le don de mécontenter grandement le peuple. En 1155, Manuel Comnène, empereur de Byzance, charge son général Michel Paléologue de reconquérir les Pouilles. Celui-ci s’empare de Bari mais l’année suivante Guillaume vainc l’armée byzantine et réprime durement la révolte des nobles. Ceux-ci, en 1160, assassinent l’Émir des Émirs, puis en 1161 font Guillaume prisonnier, saccagent son palais, tuent son fils Roger. Le clergé, aidé de la part de la population restée fidèle, le libère. Guillaume le Mauvais justifie alors pleinement son surnom en procédant à une féroce répression. Il saccage Bari, en détruit les monuments, n’épargnant même pas la cathédrale. Il faut la reconstruire. Les travaux commencent en 1170, dans le style roman apulien (l’adjectif apulien est utilisé pour les Pouilles, car l’ancien nom des Pouilles était l’Apulie). Sur la façade, la moitié supérieure de la rosace est entourée d’un bestiaire comme on en voit dans bien des églises du Moyen-Âge.

 

625b1 Bari, cathédrale San Sabino

 

625b2 Bari, cattedrale San Sabino 

Cette massive cathédrale présente une ligne légère grâce aux élégantes arcades de son flanc. La sorte de grosse tour ronde était en réalité le baptistère, mais depuis que l’on ne procède plus aux baptêmes par immersion (partielle), mais seulement en versant un peu d’eau sur le front du baptisé, l’ancien baptistère a été converti en sacristie. Au-delà se dresse ce haut campanile. Le recul inexistant m’a obligé à faire cette photo en contre-plongée accentuant encore la perspective.

 

625b3 Bari, cattedrale San Sabino 

625b4 Bari, cattedrale San Sabino 

625b5 Bari, cathédrale Saint Sabin 

Si la rosace de façade était ouvragée, avec ses animaux, cette fenêtre latérale n’a vraiment rien à lui envier. À la riche sculpture de l’encadrement s’ajoutent toutes sortes de sujets, comme cet éléphant ou ce sphinx. Mais on peut aussi remarquer, sous le sphinx, la décoration du chapiteau de la colonnette.

 

625b6 Bari, cathédrale San Sabino 

Il n’est pas rare dans les constructions du Moyen-Âge que les bâtisseurs utilisent des matériaux de réemploi. Certains entrepreneurs se spécialisaient dans la collecte de matériaux où les bâtisseurs allaient se fournir. C’est ainsi que les temples antiques ont été pillés de leurs colonnes. Ici, ce sont plus simplement des pierres de cimetière, où l’on peut déchiffrer le mot sepulchrum. En effet, après la destruction de la ville par Guillaume le Mauvais, la cathédrale s’est nourrie de ses propres pierres et de pierres de toutes autres destructions locales.

 

625c1 Bari, cathédrale San Sabino 

À l’intérieur, haute, noble, et cependant simple, cette église a gardé son style d’origine, elle n’a rien à voir avec les églises baroques que nous voyons partout depuis un certain temps.

 

625c2 Bari, cathédrale San Sabino 

625c3 Bari, cattedrale San Sabino 

Marques, également, de son époque d’origine, ces chapiteaux qui coiffent les seize colonnes séparant la nef centrale des bas-côtés. Là encore, nous retrouvons le bestiaire médiéval. Et puis, quoique les fresques recouvrant les murs des absides aient presque complètement disparu, il reste cependant cette très belle Vierge à l’Enfant avec son air triste dans sa toute simple robe rouge et avec ce voile byzantin sur la tête.

 

625d1 Bari, cathédrale San Sabino 

625d2 Bari, cattedrale San Sabino 

Toute différente est cette statue de Vierge plus maniérée, dans sa robe à fleurs et son grand manteau bleu étoilé comme un ciel de nuit d’été. Je me demande de quoi est faite cette statue, trop lisse pour être en bois, semble-t-il, d’un style qui n’est pas celui du temps où l’on travaille le plâtre pour autre chose que les stucs plaqués sur les murs. Je me demande si ce n’est pas de ce papier mâché dont on a usé dans le royaume de Naples quand les finances n’étaient pas suffisantes pour commander des œuvres en marbre.

 

625e1 Bari, cathédrale San Sabino, crypte 

625e2 Bari, cathédrale San Sabino, crypte 

Nous voici dans la crypte. Sa structure date de la première cathédrale, celle d’avant la destruction de Guillaume le Mauvais. Contrairement à l’habitude, ici l’on n’a pas pillé des temples antiques ou des villas romaines pour en réutiliser les colonnes. Les piliers et le plafond sont contemporains et de même style.

 

625f1 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

C’est dans la basilique Saint Nicolas et non dans cette cathédrale que le culte de saint Nicolas est le plus fervent. Néanmoins, ici, le devant d’autel de la crypte représente, en argent massif, l’un des miracles qu’il a réalisés, calmant une tempête pour des marins qui l’avaient imploré.

 

625f2 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

625f3 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

Et puis il y a les fresques. Guillaume le Mauvais a détruit la cathédrale mais nous avons vu qu’il n’avait pas été jusqu’à la crypte, et les fresques ont été préservées. Les dommages qu’elles ont subis sont heureusement peu importants et sont dus au temps et à l’humidité, non à l’action des hommes. Je choisis ici cette sainte Ursule dont je dois avouer que sans l’inscription près de sa tête j’aurais été bien incapable de l’identifier. C’est une princesse bretonne de Cornouaille qui a vécu au quatrième siècle. Seul problème, mais de taille, on lui fait rencontrer un personnage né au cinquième siècle, comme on va le voir dans un instant. Bref, elle s’est rendue à Rome en pèlerinage pour obtenir la conversion de son fiancé au christianisme et, passant par Cologne sur le chemin du retour, elle est tombée entre les pattes des Huns qui assiégeaient la ville. Lorsque les guerriers l’amenèrent à leur chef Attila (406-453), il conçut en la voyant le désir ardent de l’épouser, ce qui signifiait aussi qu’elle devait renoncer à sa religion, puisqu’il était le Fléau de Dieu. Il n’en a bien sûr pas été question. J’ajoute à titre personnel que peut-être aussi cette princesse raffinée n’avait nulle envie de se nourrir sa vie durant de viande attendrie sous la selle des chevaux. Furieux, Attila la fit périr sous un flot de flèches de ses archers, elle est sa suite. Je dis sa suite, sans préciser, parce que la légende veut que ce soit le massacre des onze mille vierges. Cela fait beaucoup de monde, même pour la suite d’une princesse. La vérité est sans doute dans l’une des deux explications suivantes. Ou bien l’inscription XI.M.V interprétée comme les mots latins undecim millia virgines, c'est-à-dire en français onze mille vierges, signifierait en fait onze martyres vierges, soit douze avec Ursule. Le nombre est moins faramineux. Ou bien, encore moins faramineux, la servante unique d’Ursule dans ce pèlerinage se serait nommée Undecimille, qui aurait été lu undecim millia, c’est-à-dire onze mille. Mais cette dernière interprétation, qui n’apparaît qu’en 1883 dans un dictionnaire de typographes, me semble artificielle car nulle part je n’ai trouvé trace de ce prénom, et je pencherais plutôt pour les onze vierges martyres.

 

Je n’ai nul besoin d’interprète ni d’inscription, en revanche, pour identifier dans la seconde photo de fresque une Madone, dont le style est clairement byzantin, tant pour les traits de son visage que pour son vêtement. Et puis les fresques byzantines utilisent essentiellement trois couleurs, le rouge, le bleu et le jaune (ou l’or), et l’on ne trouve aucune autre couleur sur ce mur.

 

625f4 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

Très différent est le style de cette splendide Madone peinte et habillée d’or. Elle est dite Odegitria, c’est-à-dire Qui montre la voie, car de la main elle montre Jésus. Dans le dialecte local, elle est tantôt désignée comme Madònne d’Odegìtria, et tantôt comme Madònne de Chestandenòbbue, c’est-à-dire Madone de Constantinople. La légende veut qu’elle ait été peinte de mémoire par l’évangéliste saint Luc qui, bien que n’étant pas l’un des douze apôtres, était un disciple de Jésus, et l’a donc fréquenté ainsi que sa mère. Mais l’analyse de l’icône fait apparaître une origine plus récente. Ce qui est vrai et sûr, c’est qu’une icône d’Odegitria existait à Constantinople, dans un grand sanctuaire auquel on accédait par une large avenue symbolisant le Christ Voie. Il y a de fortes probabilités pour que l’Odegitria de Constantinople authentique ait été détruite par les Turcs dès le septième siècle, mais reprenons la tradition légendaire. Quand l’historique empereur de Byzance Léon III l’Isaurien (675-741) décida de la lutte iconoclaste, ordonnant de détruire ou de brûler toutes les représentations religieuses, il aurait désigné nommément l’Odegitria. Deux moines basiliens décidèrent de la soustraire à ce sacrilège et s’en emparèrent puis, déguisés en marins, s’embarquèrent fin janvier 733 en emportant l’icône cachée au fond d’une malle, avec l’intention de la remettre entre les mains du pape Grégoire III (731-741). Pendant la traversée, ils demandèrent à des soldats qui voyageaient avec eux de bien vouloir les escorter jusqu’à Rome. Sur ces entrefaites, une violente tempête ayant contraint le vaisseau à se mettre à l’abri dans le port de Bari le mardi 3 mars 733, les soldats qui avaient découvert que le double fond de la malle contenait l’icône sacrée commencèrent à essayer de convaincre les moines de la laisser à la ville de Bari dont ils étaient originaires. La nouvelle se répandit en ville, l’évêque Léon Bursa intervint en personne et, la conviction ne suffisant pas, il força les deux Basiliens à se défaire de l’icône. Puis il fit porter l’Odegitria en grande procession jusqu’à la cathédrale, où on lui construisit dans la crypte un bel autel que l’évêque fit garder jour et nuit par deux moines basiliens et deux autres ecclésiastiques. Monseigneur Bursa décida en outre que, le premier mardi de mars, chaque année, serait célébrée l’Odegitria. Le 19 septembre 1772 on revêt officiellement l’icône de son manteau précieux.

 

Or, lors d’une campagne de restauration des années 1992-1994, des spécialistes locaux et étrangers ont examiné l’œuvre. Il apparaît qu’une peinture du seizième siècle recouvre une peinture originale de la fin du quinzième. Mais on ne sait rien de l’origine de cette imitation d’icône byzantine, ni ce qui s’est passé entre une description d’Odegitria à Bari faite par un certain abbé Grégoire dans un manuscrit de l’an 892 et l’apparition de ce faux. Fut-il réalisé suite à la disparition de l’original volé ou détruit accidentellement afin de ne pas décevoir la ferveur des fidèles ? Nul ne le sait. Mais depuis la révélation des spécialistes, la ferveur n’a pas tiédi. Toutes ces péripéties, néanmoins, n’enlèvent rien à la beauté de ce tableau.

 

625g1 Bari, cathédrale San Sabino, crypte, Mgr Nicomedo 

Contre un mur de la crypte a été placé ce buste en marbre de Monseigneur Enrico Nicodemo, archevêque de Bari de 1952 à 1973, conciliaire de Vatican II, fervent promoteur de l’œcuménisme avec l’orient. Qu’il ait participé au dépoussiérage de l’Église lors du concile et qu’il ait promu la paix avec les Églises orientales le fait placer haut dans mon estime et justifie que je place une image de son buste dans mon blog. J’ai beau avoir étudié, aimé, enseigné le latin, je trouve indigne d’un culte qui veut n’être pas qu’un signe mais une doctrine de vie de s’exprimer dans une langue que ne comprend qu’une partie infime des fidèles. Car même au temps de Louis XIV ou de Victor Hugo, à la campagne personne ne comprenait le latin. En ville, ni ouvriers, ni artisans, ni commerçants, ni la plupart des bourgeois ne comprenaient le latin (cf. le Bourgeois Gentilhomme). Quant à une doctrine qui prêche l’amour du prochain, qui enseigne un évangile où Jésus pardonne aux pécheurs, les luttes fratricides entre Églises qui ne divergent que sur des détails est incompréhensible. Bravo, Monseigneur Nicodemo, je vous respecte.

 

625g2a Bari, cathédrale San Sabino, crypte, ste Colombe 

625g2b Bari, cathédrale San Sabino, crypte, ste Colombe 

Sur le côté, dans la crypte, est exposée cette vitrine. Alors que j’étais en train de prendre mes photos, deux jeunes hommes s’approchent et me demandent, dans un anglais au fort accent slave, si c’est la sainte elle-même ou une statue. J’étais moi-même en proie au même doute. La couleur marron, l’apparence parcheminée, le défaut sur la joue font penser à une momie réelle. Elle aurait été décapitée, et l’on voit une couture à gros points sur son cou. Mais l’état de conservation, une apparence pas aussi décharnée que d’autres momies comme celle de Ramsès II (passés quelques siècles, il n’y a plus d’évolution du dessèchement), plaident en faveur d’une imitation, sans compter que la suture du cou semble un peu cicatrisée. Quoi qu’il en soit, j’ai un peu discuté avec eux. Ce sont deux Polonais en balade, mais Natacha, qui parle polonais, étant dans la cathédrale supérieure, c’est en anglais que nous avons conversé.

 

Quant à cette jeune fille, c’est sainte Colombe. Née dans une famille noble et païenne de Saragosse nommée Eporita, elle s’enfuit de chez elle et se rend à Vienne, en France, où elle se fait baptiser sous le nom de Colombe. Puis elle poursuit sa route et parvient à Sens, dans ce qui est aujourd’hui le département de l’Yonne. Nous sommes en 273, sous l’empereur Aurélien. Celui-ci veut lui faire épouser son fils, ce qu’elle refuse, désirant rester vierge pour consacrer sa vie au Dieu des chrétiens. L’empereur, alors, la fait jeter dans un bordel, en pâture aux hommes. Or on sait que ces établissements, du moins ceux qui relevaient d’une structure publique, étaient généralement situés dans des locaux sous les amphithéâtres (c’est sous l’amphithéâtre de la piazza Navona, à Rome, que de la même façon sainte Agnès a été placée). La cellule où devait être souillée Colombe était située non loin des cages de fauves destinés aux spectacles et, lorsqu’un homme a voulu s’approcher d’elle, une énorme ourse s’est évadée et est venue la protéger, contraignant l’homme à reconnaître que Colombe adorait le vrai Dieu. Aurélien décida d’en finir et de faire brûler à la fois l’ourse et la jeune fille. Mais de nouveau l’animal s’évada et une pluie providentielle éteignit le brasier préparé pour le supplice. Alors on en vint à la décapitation. Un aveugle qui avait invoqué Colombe et avait recouvré la vue lui offrit une sépulture. Elle a l’ours pour emblème, elle protège les colombes dont elle porte le nom, et on l’invoque en cas de sécheresse pour provoquer la pluie.

 

Tels sont, je crois, les éléments les plus intéressants de cette cathédrale. Mon prochain article concernera le château souabe de Bari.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 20:22

Nous voici à Bari, la capitale de la région des Pouilles. À l’époque romaine, Barium (Bari) est loin d’avoir l’importance de ses voisines Taras (Tarente) ou Hydruntum (Otrante). Mais les Byzantins s’y sont installés, et lors des guerres de Byzance contre les envahisseurs Lombards Bari a été la tête de pont en Italie de la ville du Bosphore, centre stratégique, et au dixième siècle elle devient le siège de l’administration de toutes les possessions de Byzance en Italie. En 1071, elle est prise par Robert Guiscard. Comme ses voisines, elle voit l’embarquement des Croisades. Puis le règne de Frédéric II est la charnière entre son époque brillante et son déclin de plus en plus prononcé sous les Anjou et les Aragonais. Arrive l’époque napoléonienne et le règne de Murat, salué par la population comme un retour à la grandeur, parce qu’il étend la ville en traçant de grands axes qui lui permettent de se développer harmonieusement sans toucher au centre ancien. De retour en 1815, les Bourbons (d’Espagne) poursuivront l’œuvre commencée selon les plans de Murat. Enfin, dans l’Italie unifiée de 1860, Bari trouve son rôle de métropole régionale, mais poursuit son développement de façon anarchique. Il y a donc trois Bari : l’attachante ville ancienne, la noble ville de Murat, la quelconque, désordonnée et laide ville contemporaine. Aujourd’hui, Bari dépasse allègrement les trois cent mille habitants.

 

624a1 Bari, Lungomare

 

624a2 Bari, Lungomare 

624a3 Bari, Lungomare 

Nous avons trouvé au cœur de Bari, à un quart d’heure à pied de la vieille ville, un parking gardé jour et nuit qui accueille les camping-cars en toute sécurité, propose une connexion électrique, vidange des eaux usées et des toilettes chimiques, provision d’eau sanitaire et de consommation. On est à l’étroit entre deux voitures, mais ainsi on est à l’abri des cambriolages de notre domicile infiniment plus vulnérable qu’un appartement, on ne dépend pas des passages de bus aléatoires et qui ne circulent pas en fin de soirée, on n’a pas de problèmes de circulation dans des rues étroites totalement impraticables avec un véhicule de la taille du nôtre, ni de problèmes de stationnement. Sauf deux ou trois fois en dix jours de séjour à Bari, nous ne bougerons pas le camping-car de notre parking, et chaque jour nous longerons à pied le front de mer. Je me suis quotidiennement posé une question à laquelle personne n’a su me répondre, jugeant même étrange ma question : Ces jets d’eau qui montent haut dans le ciel, mais fonctionnent à des heures variables, parfois la nuit et pas le jour, certains élevés et d’autres bas ou même arrêtés mais pas toujours les mêmes, ces jeux n’étant visiblement pas déterminés par une machinerie compliquée qui les programmerait, je me demande s’ils sont produits par des pompes électriques capricieuses ou si ce ne sont pas plutôt des pressions tectoniques, ou gazeuses souterraines, qui meuvent des pompes, ou des forces de courants marins, ou encore si ce sont des sources sous-marines canalisées, que sais-je encore ? On voit ces jets d’eau sur ma première photo (15h21), et sur la seconde rien ne fonctionne (15h12 un autre jour). Sur la troisième, de l’autre côté de cette grande jetée se trouve le port industriel de Bari, tandis que la vieille ville commence à gauche, au débouché de la jetée.

 

624a4 Bari, Lungomare 

Sur cette photo où l’on aperçoit vaguement, dans le fond, le château d’époque normande et souabe, nous sommes au débouché de la ville de Murat sur la vieille ville, et cette avenue du bord de mer est gagnée sur la mer. Le courant ramène dans cette anse les détritus jetés dans la baie, et l’on peut voir que malheureusement bien des gens confondent la mer avec les bennes à ordures placées un peu partout. C’est désolant. Dans la rue, on prend la dernière cigarette du paquet et, d’un geste naturel, on laisse tomber l’emballage à ses pieds. On mange une pizza sur un banc public et on laisse le carton sur le sol, à deux mètres de la benne. Un type, voiture garée le long du front de mer (sous un panneau d’interdiction, cela va de soi) refait le plein d’huile de son moteur puis, avant de refermer le capot, lance d’un geste large le bidon d’huile vide à la mer. Mais devant moi, une Noire fait un grand détour pour aller mettre son petit papier de bonbon dans une corbeille ; et après cela, évidemment, on va entendre des racistes dire : ces gens-là ne savent pas ce que c’est d’être propre.

 

624a5 Bari vu par Saint-Non

 

624a6 Bari vu par Saint-Non 

J’ai déjà eu l’occasion de parler dans ce blog de l’abbé de Saint-Non (il écrit Non avec N final, mais son titre d’aristocratie tient à Saint-Nom-la-Bretèche, avec un M) qui a publié dans les années 1780 le récit de son voyage en Italie, abondamment illustré de gravures réalisées d’après les dessins de l’un de ses compagnons de voyage du nom de Desprez. Il intitule la première Vue de la ville et du port de Bari, et l’autre Vue de l’entrée et d’une des portes de la ville de Bari dans la Pouille : ville anciennement appelée Barium ou Barinon.

 

624b1 Bari, vieille ville 

624b2 Bari, la città vecchia 

624b3 Bari 

Nous avons parcouru la ville en tous sens pendant dix jours, nous avons flâné dans ses ruelles, nous sommes allés deux fois voir le château, trois fois la cathédrale, cinq fois la basilique Saint-Nicolas. Chaque jour, je suis revenu au camping-car avec une moisson de photos, chaque soir j’ai rédigé mes commentaires. Et puis comme je suis très en retard dans la publication de mes articles, nous avons quitté Bari sans que j’aie publié ce fatras désordonné de notes partielles. Aussi, j’ai jugé plus logique et plus intéressant, avant de publier, de reprendre le tout et de l’ordonner par sujet plutôt que par date. Ainsi, j’ai structuré mes notes et mes photos en six thèmes :

 

1/ Promenades dans Bari

2/ La cathédrale San Sabino de Bari

3/ Bari, le château normand et souabe

4/ La basilique Saint Nicolas de Bari

5/ La pinacothèque provinciale de Bari

6/ Citadella della Cultura

 

Ci-dessus, des photos prises à la nuit tombée. Même en réglant la balance des blancs sur lumière artificielle chaude, elles sont rouges et je ne suis pas parvenu, avec l’excellent Photoshop, à obtenir une teinte neutre. Finalement, c’est en noir et blanc qu’elles rendent le mieux l’impression que j’ai ressentie en les prenant. La première est prise sur la place de la cathédrale, l’église étant dans mon dos. La seconde est une petite rue comme il y en a tant dans la ville ancienne. On se dirait dans un décor de Cinecittà ! La troisième montre l’entrée d’un riche hôtel particulier, un palazzo.

 

624b4 Bari, Ingredere has edes quisquis amicus eris 

624b5a Post tenebras spero lucem 

624b5b Bari 

Voici d’autres palazzi de la vieille ville. Sur le linteau de portail du premier palazzo, on peut lire l’inscription en latin "Ingredere has edes quisquis amicus eris" (Qui que tu sois entre dans cette maison, tu seras un ami). Comme toujours, le Æ du latin classique est remplacé par E dans ædes.

 

Le second palazzo mérite deux commentaires. La famille noble des Sforza est célèbre en Italie, elle a donné les ducs de Milan parmi lesquels, par exemple, Ludovic le More (1451-1508). Le frère de Ludovic, Galeas, a eu deux filles et un fils, et ce fils a eu un fils et une fille prénommée Bona. Cette Bona Sforza (1494-1557) est donc petite-fille du duc de Milan Galeas Sforza et petite-nièce du duc de Milan Ludovic le More. À cette époque, les Aragon régnaient sur le royaume de Naples, et le duché de Bari leur appartenait. Et comme la mère de Bona était Isabelle d’Aragon, fille du roi d’Espagne, à sa mort Bona a hérité du titre de duchesse de Bari. Plus tard, elle a épousé le roi Sigismond I de Pologne et a ainsi ajouté la couronne de reine de Pologne à celle de duchesse de Bari. Elle a vécu à Varsovie, mais sans jamais laisser Bari qu’elle a administrée personnellement, où elle est souvent revenue et où elle est morte. Elle est enterrée dans le chœur de la basilique Saint-Nicolas. Son rôle est de première importance, parce qu’elle a importé la Renaissance italienne en Pologne dans les arts, dans l’architecture, et son influence s’est étendue jusque dans la cuisine traditionnelle de Pologne parce qu’elle y a introduit les légumes méditerranéens. Mais à tort ou à raison (jamais aucune preuve dans un sens ou dans l’autre n’a pu être apportée) une accusation très grave pèse sur elle. En effet, elle était violemment opposée au mariage de son fils Sigismond, futur roi Sigismond II, avec Barbara Radziwill, une calviniste (alors qu’elle-même est catholique, originaire d’une Italie catholique et reine d’une Pologne catholique) lituanienne (alors que l’alliance entre Pologne et Lituanie est en fait une colonisation de la seconde par la première, les Polonais regardant de haut les Lituaniens). Mais Sigismond ne l’a pas écoutée et a épousé Barbara. Quelques mois après le mariage, Barbara meurt empoisonnée. On a vite fait de conclure que la main criminelle était celle de la belle-mère. Et peut-être –mais peut-être seulement– ces soupçons étaient-ils fondés. Tout cela pour dire que ce second porche de palazzo, le palazzo Zizzi (pour être décent, il ne faut pas oublier l’un des Z…) est celui de la demeure de son médecin personnel. Le palais datant du début du seizième siècle, c’est donc ce médecin lui-même qui l’a bâti.

 

 

Sur le linteau, cette inscription : " Post tenebras spero lucem" (Après les ténèbres, j’espère la lumière). C’est une phrase de la Bible, Livre de Job. Adaptée en Après les ténèbres, la lumière, c’est la devise des Calvinistes (pauvre Bona Sforza !) et ça a été celle du Chili dans le passé (remplacée par, en espagnol, Por la razón o la fuerza, soit Par la raison ou par la force). Ce médecin de la cour ducale de Bari, Onorato Zizzi, cher au cœur de Bona Sforza, dit un de ses contemporains, était un favori de la duchesse. Puis, victime d’une accusation injuste, il est tombé en disgrâce et a été emprisonné avant que soit achevée la construction de son palazzo. Enfin lavé des accusations, réhabilité, libéré, il a fait achever la construction et a fait graver cette inscription dont le sens et l’intention deviennent clairs. 

 

 Les deux visages d’hommes de chaque côté de la porte sont ceux de Iapige et de Barione. La fondation de Bari remonte aux temps fabuleux ; on prétend que cette ville, dont les anciens auteurs parlent souvent, portait autrefois le nom de Iapige, fils de Dédale, et son fondateur ; qu’elle devint la capitale de la province de Iapigie, et s’appela ensuite Bari, de Barione, général des milices Peucéziennes de la Grande Grèce (Lettres sur l’Italie, A. L. Castellan, Paris, 1819).

 

624c Bari, borne milliaire romaine 

Sous les murs de la vieille ville la municipalité a dessiné une promenade qui longe la mer (en italien lungomare) puis, quand en se dirigeant vers la ville de Murat on atteint la fin des hauts murs, la promenade est bordée de fûts de colonnes antiques qui, de tailles diverses, souvent brisés, provenant de toutes sortes de bâtiments d’époques différentes, n’auraient pas de grande signification dans un musée mais décorent intelligemment la pelouse. Et l’une des colonnes n’en est pas une, c’est une borne milliaire romaine d’époque impériale, la borne numéro 128 de la prolongation de via Appia par l’empereur Trajan. Le tracé de la via Appia entre Rome et Bénévent reste celui d’époque républicaine, mais ensuite au lieu de piquer sur Tarente comme précédemment, il rejoint Brindisi en passant par Bari.

 

 

624d Bari, Santa Maria del Buon Consiglio 

Utilisant, elle aussi, des colonnes romaines ainsi que des colonnes paléochrétiennes, l’église Santa Maria del Buon Consiglio était une basilique romane primitive à trois nefs dont on foule encore aujourd’hui le dallage. Tombée en ruines, l’église a été conservée en l’état sur son emplacement et constitue une belle décoration pour cette placette.

 

 

624e Bari, chiesa e convento di Santa Scolastica 

 

Tout près se trouvent le couvent et l’église de Santa Scolastica. L’histoire de ce complexe remonte à 1102, lorsque l’abbesse Agnès reçoit du gouverneur de Bari une donation pour construire un monastère qui sera achevé vers 1120. En 1856 la communauté a été dispersée et le couvent est devenu un hospice de vieillards tandis que l’église, reconstruite au douzième siècle, consacrée de nouveau en 1579 et totalement rénovée au dix-huitième siècle, conservait son usage liturgique. Nous sommes ici juste au-dessus du port et, en 1945, un navire de guerre a explosé avec ses munitions, endommageant les bâtiments.

 

624f1 Bari, chiesa del Gesù 

624f2 Bari, chiesa del Gesù 

En 1583, une ancienne église Sainte Catherine a été donnée aux Jésuites par le chapitre métropolitain. Lesquels Jésuites entreprirent de remplacer cette église et entamèrent les travaux en 1589 et, le 28 août 1595, était consacrée la nouvelle chiesa del Gesù.

 

"Charles III bannit [l’Ordre des Jésuites] de l’Espagne en prescrivant au roi de Naples, son fils, et au duc de Parme, son neveu, de prendre à son égard la même résolution. Le 3 novembre 1767, au milieu de la nuit, toutes les maisons de jésuites qui se trouvaient dans le royaume de Naples, monastères et collèges, furent investies par des officiers du roi et par la force armée ; les portes ouvertes ou brisées, toutes les cellules occupées et gardées ; les pères jésuites, les novices, les élèves, réunis dans un appartement de la maison ; les meubles séquestrés ; chaque homme ne conserva que ses vêtements ; après quoi tous les jésuites furent conduits sous bonne escorte au port ou au rivage le plus voisin et embarqués sur des vaisseaux qui mirent aussitôt à la voile. Les vieillards et les malades eux-mêmes furent contraints de partir avec les autres […]. On apporta cet empressement et ces rigueurs à l’expulsion des jésuites […] pour dérober au peuple, par la surprise et dans les ténèbres de la nuit, un traitement plein d’irrévérence et un spectacle digne de compassion. Le lendemain matin on lut dans la ville des édits qui portaient : ‘Nous, le roi, usant de la suprême puissance indépendante que nous avons reçue immédiatement de Dieu, inséparablement unie par sa providence à notre souveraineté pour le gouvernement et la conduite de nos sujets, voulons et ordonnons que la compagnie dite de Jésus soit abolie pour toujours et exclue à perpétuité de nos royaumes des Deux-Siciles’. […] L’expulsion des jésuites a été diversement jugée ; les hypocrites et les sots l’ont vue avec douleur, les sages avec joie, la multitude avec indifférence. Le reste du clergé séculier et régulier s’en est réjoui par suite de sa malveillance naturelle ou de sa jalousie contre les anciennes grandeurs et la fortune passée des jésuite"s. (Histoire du Royaume de Naples depuis Charles VII jusqu’à Ferdinand IV –1734-1825–, par le général Colletta, ancien ministre, Paris 1835 pour la traduction française).

 

Par conséquent, après cette expulsion de 1767, l’église est tombée sous la juridiction du diocèse et l’école, en 1769, est devenue école royale. En 1813, Murat a donné l’église à la municipalité pour en faire un théâtre, mais avant que cela soit réalisé le concordat de 1818 maintenait l’église dans son rôle liturgique. En 1848, on finit par la fermer au culte mais en 1885 elle a été rendue aux Jésuites de retour, dans l’attente de leur installation ailleurs, après quoi on l’a de nouveau fermée. En 1986, l’archevêque de Bari l’a confiée aux chevaliers du Saint-Sépulcre. Telle est l’histoire mouvementée de cette église de Jésus.

 

 

624g1 Bari, Sant'Anna 

624g2 Bari, Sant'Anna 

624g3 Bari, Sant'Anna 

Je vais tenter d’être moins disert au sujet de cette église Sainte Anne. Sur sa construction et son origine, on n’a pas de document. Le premier document qui la mentionne, en 1196, émane de l’impératrice Constance et confirme –confirme, cela veut dire que c’était déjà le cas précédemment– la possession de l’église à l’archevêque de Bari. On peut seulement dire, d’après l’étude de la construction, qu’elle est du onzième siècle. Cette façade est d’origine, mais elle a été exhaussée en 1508 par la duchesse Isabelle d’Aragon. Un certain Stéphane (Étienne), en 1207, rapporta de Constantinople un bras de saint Matthieu destiné à l’abbesse de Sainte Scolastique. L’histoire ne dit pas pourquoi ce bras fut déposé ici à Sant’Anna avant d’être transféré à Sainte Scolastique, puisque nous avons vu tout à l’heure que la construction du couvent et de son église sont achevés depuis près de quatre-vingt-dix ans.

 

Au début du seizième siècle, Sainte Anne devient le centre de culte des Lombards de Bari, et c’est pour eux qu’Isabelle d’Aragon a fait rehausser la façade, réaliser ce portail Renaissance et restructurer le bâtiment. Saint Ambroise étant le patron de Milan, la capitale des Lombards, c’est ce qui justifie la dédicace de l’église à ce saint dans le nouveau portail comme le dit une inscription (non visible sur ma photo). Et si l’on n’a pas oublié que Bona Sforza, duchesse de Bari après sa mère Isabelle, était de la famille des ducs de Milan, on comprendra le lien particulier qui l’attachait à cette église et à cette communauté. Par testament, elle lui a laissé un don perpétuel. Dans le mur médiéval ont été conservées de nombreuses petites sculptures à la dimension d’une seule pierre, dont je montre trois exemples ci-dessus mais sur ma photo de la façade on distingue non pas les sculptures elles-mêmes, la qualité est insuffisante, mais des pierres qui paraissent porter une tache plus sombre, cela est dû à l’ombre de la sculpture.

 

624h1 Bari, Santa Chiara

 

624h2 Bari, Santa Chiara 

À la fin du douzième siècle, trois facteurs ont favorisé la multiplication de la présence allemande à Bari, d’une part le règne d’un empereur souabe, d’autre part le séjour dû à l’attente d’un embarquement pour Jérusalem pour cause de pèlerinage ou pour cause de croisade, d’autre part enfin la naissance de l’ordre des Chevaliers Teutons avec un établissement à Bari. Cette église a été construite pour tous ces publics de fidèles sous le nom de Santa Maria degli Alemanni, ou Santa Maria Theotonicorum (Sainte Marie des Allemands ou Sainte Marie des Teutons). En 1492, Ludovic le More demande au pape Innocent VIII que l’église soit transmise aux Clarisses. Le pape accepte, l’église prend le nom de Santa Chiara (Sainte Claire), mais reste sous la dépendance de l’archevêque protecteur de l’Ordre Teutonique. En 1539, Bona Sforza fait un don pour la restructuration de l’église, qui se libère des Chevaliers Teutoniques. À partir du dix-neuvième siècle, la vie de l’église et de son couvent devient chaotique. En 1809 les Clarisses, comme les autres ordres religieux, sont dispersées. En 1815, le complexe est vendu aux Sœurs de Santa Maria del Buon Consiglio, mais après l’unification de l’Italie il est de nouveau nationalisé et, en 1861, les militaires en font une caserne. En 1897 on abat la partie supérieure du campanile. En 1934 la Confrérie de Saint Luc s’y installe et restaure les lieux, mais en 1975 l’église est définitivement fermée au culte et apparemment privée d’entretien. Pauvre sainte Claire !

 

 

624i Bari, St Jean Chrysostome (13e siècle) 

Cette église catholique de rite grec (byzantin) dédiée à saint Jean Chrysostome (San Giovanni Crisostomo) a été édifiée au treizième siècle, selon le petit panneau jaune que l’on voit sur ma photo, fixé à la façade. Mais ce n’est pas tout à fait exact. Vers le milieu du onzième siècle, sur une propriété privée, est édifiée une église de plan basilical à trois nefs nommée San Giovanni a Mare. Un document de propriété daté de 1091 fait référence au propriétaire (famille Passaro) et décrit une abside au bout de la nef centrale. Parce que, encore aujourd’hui, la fête paroissiale a lieu le 24 juin, fête de saint Jean Baptiste, cela confirme l’hypothèse que ce saint Jean de la Mer n’était pas l’évangéliste mais le Baptiste. À la fin du treizième siècle, les travaux n’ont pas construit l’église, mais l’ont complètement transformée, remontant le niveau de son sol et abattant les nefs latérales.

 

 Bari, sur l’Adriatique, tournée vers l’Orient, a toujours connu des flux migratoires beaucoup plus importants du côté de la mer que du côté de la terre. En outre, après la Seconde Guerre Mondiale, tant la ville que toute la région ont accueilli de nombreux réfugiés grecs. Aussi l’église a-t-elle été choisie pour être destinée au culte de rite byzantin. Son autel baroque a dû être remplacé par un autel carré et une iconostase a été dressée.

 

624j Boutique à Bari 

 Je dispose encore de bien d’autres photos d’églises, de palazzi, de ruelles typiques, mais je crois que j’ai déjà été bien trop long et que cet échantillonnage donne une idée de la richesse architecturale de Bari. Je vais donc terminer mon article sur les promenades en ville avec cette affiche placardée sur la porte d’une boutique qui vend un peu de tout, sur la place de la cathédrale. Elle dit : "Nous vendons du riz joyeux pour les mariages. Ne tache pas les vêtements". Le riz que nous consommons à la maison, américain, thaï ou basmati ne tache pas les vêtements quand il est cru, je peux l’affirmer. Cuit, et surtout beurré, il n’en va pas de même. Si le riz vendu ici se distingue des autres, ce n’est donc pas cru, mais cuit. D’accord, mais l’usage, ici, est-il de balancer des louches de riz cuit à la gueule des jeunes mariés ? Difficile, dans ces conditions, de rester allègre, même avec la garantie que la robe de mariée ne gardera pas de traces.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche