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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 01:28

541a Chartreuse de Padula, la cave

 

 La chartreuse de Padula ? Encore ? Hé oui ! Notre ami Alfonso, le libraire qui connaît tout le monde et qui est toujours prêt à rendre service, s’est débrouillé pour prendre contact avec je ne sais qui afin que nous puissions visiter ce qui ne se visite pas, à savoir la cave et la bibliothèque. C’est tout simplement merveilleux. La personne qui nous accompagne, et que je ne nommerai pas, nous précise que, bien entendu, il est interdit de faire des photos, mais que si le guide est distrait et qu’il n’y voit pas très bien, les photos faites peuvent échapper à sa vigilance… C’est fou ce que les gens de Padula sont sympa. Nous accédons à la cave par un long couloir souterrain. La cave est suffisamment enterrée pour que la température y soit constante toute l’année.

 

541b Chartreuse de Padula, la cave

 

541c Certosa di Padula, la cantina

 

Avec l’appui de quatre vignerons et le travail de très nombreux journaliers dans les vignes et dans les chais, le monastère produisait une quantité de vin considérable, destinée à la commercialisation. Il n’empêche, devant de tels tonneaux de bon vin, la tentation d’enfreindre la règle interdisant la consommation d’alcool pour les Chartreux devait parfois (ou souvent) être la plus forte, aussi afin d’éviter que trop d’entre eux ne tombent dans le péché la sagesse a-t-elle amené, en 1582, à assouplir ladite règle : "Nous disons que le vin ne convient pas aux moines, mais puisqu’à notre époque on ne peut les convaincre, nous consentons, mais à cette condition que nous ne boirons pas à satiété, mais avec mesure".

 

541d Chartreuse de Padula, la cave

 

541e Certosa di Padula, la cantina

 

Le pressoir n’a pas la forme cylindrique habituelle, c’est une cuve rectangulaire avec une presse mise en action en laissant s’abaisser un énorme poids fixé sous une vis. C’est une visite à la fois intéressante techniquement et impressionnante par l’ampleur de l’installation. Bien que je n’aie pas prononcé de vœux de Chartreux, loin d’en boire à satiété je n’ai pas absorbé une seule goutte de ce vin, parce que depuis que le monastère a été déserté par les moines, les tonneaux sont vides.

 

541f Chartreuse de Padula, l'escalier de la bibliothèque

 

En remontant à la surface, nous nous sommes rendus à la bibliothèque. Et cette fois, pour y accéder, nous l’avons emprunté, ce fameux escalier à vis que le 17, avant-hier, nous n’avons pu photographier que d’en bas sans y mettre le bout d’un orteil, nous en avons gravi les trente-huit marches, religieusement, conscients de notre privilège. Vue d’en haut, son hélice est encore plus surprenante.

 

541g Chartreuse de Padula, la bibliothèque

 

541h Chartreuse de Padula, la bibliothèque

 

Nous voici donc à présent dans la bibliothèque. Il reste ici quelques livres, mais la plupart d’entre eux, l’immense majorité, sont à Naples. Puisque la chartreuse n’est plus une chartreuse, puisque les moines ont été chassés de leur monastère, il a été estimé que leurs livres seraient plus en sûreté dans les réserves d’un grand musée et, pour les quelques spécialistes autorisés à les consulter, plus accessibles dans la grande ville qui était la capitale du royaume plutôt que dans une bourgade excentrée. Reste, au-dessus des portes de chaque bibliothèque, la plaque indiquant la nature des livres qui s’alignaient autrefois sur les rayonnages du meuble. Comme on peut le constater, les Saints Pères, les poètes et les médecins voisinent avec les philosophes (je suppose que ces philosophes ressemblent plus à saint Augustin ou à saint Thomas d’Aquin, voire éventuellement à Descartes, qu’à Voltaire ou à Proudhon. Grâce à Dieu, la chartreuse était fermée à l’époque de Karl Marx), avec les polémistes et avec les livres interdits. Mais s’ils sont interdits, pourquoi étaient-ils ici ? Le risque de succomber à la tentation de les lire était-il moindre que le risque de succomber au plaisir païen de Bacchus, qui a justifié un assouplissement ?

 

541i Chartreuse de Padula, la bibliothèque

 

Le plafond de bois (on voit les planches) est recouvert de magnifiques peintures. Je ne vois pas à quelle légende peut faire allusion ce cheval ailé attelé à un char. De cheval ailé, je ne vois guère que Pégase dans les mythologies grecque ou romaine, et je n’ai pas souvenir qu’il ait jamais été attelé. Il a permis à Bellérophon, qui le chevauchait, de fondre sur la Gorgone et de la tuer, il a permis au même héros de vaincre seul les Amazones, et d’ailleurs ce char est monté par une femme alors que Pégase n’a été au service de personne d’autre que de Bellérophon. Ou alors j’ai tout oublié de la religion grecque. Je pense qu’il s’agit plutôt d’une figure allégorique, quelque chose comme le char de la connaissance qui permet de s’élever comme en volant. Mais si quelqu’un imagine (ou connaît) une autre explication, je suis preneur.

 

541j Chartreuse de Padula, la bibliothèque

 

On regarde tout autour, on admire en haut, il ne faut pas non plus négliger de regarder à ses pieds. Le carrelage du sol est lui aussi admirable. Le graphisme en est très grand, c’est loin des scènes minutieuses que nous avons vues par exemple à Santa Chiara à Naples (le 19 mai dernier), sans doute parce qu’il faut imaginer dans cette salle des tables et des sièges où les moines s’installaient pour lire et travailler. Dès lors, on apprécie le dessin coloré qui apparaît entre les pieds des meubles, on ne s’arrête pas à méditer devant le pêcheur installé sur le bord d’un pont sans parapet à tremper sa ligne dans la rivière en contrebas, à l’arrière-plan d’une scène champêtre où des hommes discutent auprès d’une barque sur la berge.

 

541k1 Padula, chartreuse 1e Guerre Mondiale, camp de déten

 

Ces deux visites dans la chartreuse de Padula, cave et bibliothèque, ont eu lieu ce matin. Comme nous étions invités et à ce titre sommes entrés sans billet, il serait indélicat d’en profiter pour visiter de nouveau tout l’ensemble. Après cette visite donc, nous allons en rendre compte à notre nouvel ami le libraire Alfonso. Toujours aussi gentil, toujours aussi aimable, toujours aussi accueillant, il nous montre des photos de la chartreuse pendant la Première Guerre Mondiale, lorsqu’elle servait de camp de détention. Les baraquements pour les prisonniers occupaient les anciens champs et vignobles des moines.

 

 

541k2 Voyage de Saint-Non

 

 

Et puis il sort de derrière les fagots un ouvrage exceptionnel qu’il a découvert chez un antiquaire. C’est le Voyage pittoresque de Saint-Non, dans le Royaume des Deux-Siciles. Cette œuvre célèbre, en cinq volumes très grand format publiés entre 1781 et 1786, regorge de gravures et de descriptions passionnantes. J’aurai, je pense, l’occasion de me référer, dans la suite de notre voyage, à cet ouvrage.

 

 

Avant que nous le quittions, Alfonso nous a conseillé d’aller faire un tour à Teggiano qui n’est pas bien loin (et que ne décrit pas mon guide Michelin), voilà tout trouvé le but de notre promenade de l’après-midi.

 

542a1 Teggiano, cathédrale

 

542a2 Teggiano, cathédrale

 

542a3 Teggiano, cathédrale

 

Teggiano, c’est le Tegianum grec puis romain. Au Moyen-Âge, on a donné à la ville le nom de Diano et il est clair qu’à cette époque c’était sans rapport avec la déesse Diane. La vallée, valle di Diano, n’est donc pas, comme je l’ai entendu dire ici, une déformation du nom d’une vallée dédiée à la déesse chasseresse. Ce n’est qu’au dix-neuvième siècle, en 1862, qu’à la demande des citoyens, la ville a repris son nom antique et s’appelle aujourd’hui Teggiano.

 

Devenue fief des Sanseverino à partir du treizième siècle, la ville retrouva l’importance qu’elle avait eue dans l’Antiquité et s’enrichit de nombreux monuments. En 1485, Antonello Sanseverino, prince de Salerne et seigneur de Diano, organisa la "conjuration des barons" contre les Aragon et il en prit la tête, ce qui lui valut d’être assiégé par les troupes du roi dans son château de Diano. Il y perdit son titre de baron de Diano, qui passa successivement à d’autres familles, parmi lesquelles les Grimaldi qui règnent aujourd’hui sur la Principauté de Monaco et les Colonna que nous connaissons bien depuis notre séjour à Rome et nos visites à Palestrina. Les évêques y résident depuis le seizième siècle, mais c’est un diocèse autonome depuis 1851. Nous y trouvons donc une cathédrale.

 

C’est sur le mur latéral de cette cathédrale que sont incrustées ces pierres funéraires antiques. Parce que nous en avons vu de similaires avant-hier, le 17, dans un cloître de la chartreuse de Padula, je trouve intéressant d’en signaler la présence ici. Ces païens représentés sur les murs d’une cathédrale chrétienne ont-ils mission de montrer –passée la période de l’Inquisition et des persécutions de qui ne se soumettait pas aux lois et aux croyances de l’Église romaine– que tout homme, toute femme de bonne volonté est agréable aux yeux de Dieu, je ne le crois pas. À voir le nombre de cardinaux, d’évêques, de prêtres, de pieux laïcs ensevelis dans des sarcophages antiques dont certains représentent des scènes dionysiaques, dont d’autres exhibent sans vergogne de sculpturales femmes nues alors que dans la plupart des églises d’Italie une femme ne peut pénétrer que si ses épaules sont pudiquement recouvertes, cela à quelques centimètres de la dépouille mortelle de ces respectables personnages qui reposent là dans leur dernier sommeil, je me dis que très certainement l’intention de celui qui a fait placer ces stèles funéraires antiques sur ce mur de cathédrale n’était autre que purement esthétique.

 

Une fois de plus, l’occasion m’est donnée de m’étonner (de m’énerver, aussi). À l’époque de Jésus, n’existait pas cet interdit sur le corps. Certes, les thermes pour hommes et pour femmes étaient séparés, comme les latrines publiques, afin d’éviter dans ces lieux clos une promiscuité qui peut entraîner des désirs contraires à la fidélité que se devaient les époux, mais il n’y avait pas de pruderie particulière, et le baptême par immersion était donné à des catéchumènes nus, hommes comme femmes. Si les mœurs médiévales, Renaissance, classiques, ont condamné dans la mode et dans les usages le fait de montrer certaines parties du corps, soit, je comprends fort bien que par respect pour Dieu au dix-neuvième siècle les femmes ne montrent pas à l’église cette cheville qu’elles cachent dans les salons. Et au dix-huitième siècle elles montraient à l’église des épaules et des gorges pigeonnantes qui étaient la marque de leur effort d’élégance en l’honneur de Dieu. Alors pourquoi, à notre époque, un puritanisme sans fondement empêche de pénétrer dans le temple de Dieu une femme dans la tenue qui est admise ailleurs comme si Dieu se repentait d’avoir créé, dans un moment d’égarement, ce corps si choquant qu’il convient de le lui cacher, je ne le comprends pas. Je ne l’admets pas. Je ne dis pas d’admettre le naturisme, ou le short au ras des fesses, ou le bikini pour les femmes, le slip de bain pour les hommes. Je dis que la tenue acceptée pour des employés de banque, par exemple, qui doivent être corrects pour accueillir la clientèle, est également correcte pour entrer dans une église. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi le Dieu catholique italien serait plus puritain que le Dieu catholique français. Mais cela fait monter ma tension, je me calme et je passe à un autre sujet.

 

542b Teggiano, cathédrale, portail

 

De l’autre côté, la cathédrale s’ouvre par ce très beau portail décoré de vantaux modernes dans un encadrement de pierre sculptée plus ancienne. Nous pénétrons discrètement dans le bas de l’église, mais nous en ressortons bien vite sans avoir pris de photo, parce qu’il s’y célèbre une ordination de prêtre.

  

542c Teggiano, cathédrale, portail

 

Sur les vantaux de la porte, figurent les effigies en bronze de quatre prophètes. Ici c’est Isaïe. Non seulement l’expression des visages est très forte, mais la couleur du métal s’harmonise parfaitement avec la façade rose du bâtiment. C’est du plus bel effet.

 

542d1 Teggiano, cathédrale, portail

 

Ma photo du portail est bien petite une fois publiée sur mon blog, néanmoins on distingue au haut des montants, juste sous le linteau, deux petites sculptures qui se font face. Elles méritent d’être montrées de plus près, et placées l’une à côté de l’autre.

 

542d2 Ronda, palacio del Marqués de Salvatierra

 

Elles évoquent immédiatement pour moi des sculptures vues en Espagne, à Ronda (Andalousie), sur la façade du palacio del Marqués de Salvatierra. Sans doute ai-je tort de faire ce rapprochement, parce que les différences sont grandes. À Teggiano, il semble que ce soient des enfants, et ils sont face à face. À Ronda, ce sont clairement des adultes, ils sont sculptés l’un en face de l’autre, et surtout ce couple est en double, de part et d’autre de la porte, celui des deux qui tire la langue est l’homme d’un côté, la femme de l’autre, et inversement pour celui qui cache son sexe. À vrai dire, ni à Ronda, ni à Teggiano, je ne comprends la signification de ces sculptures, mais je les trouve très amusantes et intéressantes. Et, une fois de plus, je fais appel à qui pourrait éclairer ma lanterne.

 

542e Teggiano, la plus belle fenêtre 

 

J’étais dans la rue en train de prendre des photos. Non loin, un monsieur jouait avec un enfant qui semblait être son petit fils. À sa façon de s’occuper de l’enfant, de jouer, de lui parler, on sentait l’homme intelligent et cultivé, pour qui le jeu peut aussi être éducatif. Soudain, sans que je lui demande rien, il est venu vers moi et, fort aimable, il m’a montré ces sculptures du portail de la cathédrale. C’est lui aussi qui m’a fait remarquer quelque chose que sans lui je n’aurais certainement pas vu. Cette fenêtre, sur la photo, seule de son espèce dans le mur où elle s’ouvre, est la plus belle de la ville, c’est la fenêtre noble où peut apparaître le seigneur. Aujourd’hui ce palais est découpé en appartements, heureuses les personnes qui ont le privilège d’occuper celui-là.

 

542f la vallée vue de Teggiano

 

La ville, comme presque toujours dans le passé pour des raisons stratégiques, est construite tout en haut dans la montagne et surplombe deux vallées, offrant aux regards une vue magnifique. C’est de ce côté-ci que la vallée est la plus encaissée et la plus profonde, c’est là que je trouve le paysage le plus beau.

 

542g Teggiano, église San Pietro

 

542h Teggiano, église San Pietro

 

Notre promenade nous mène ensuite sur une place où se dresse l’église San Pietro. Elle a été construite sur les ruines d’un temple antique, reposant sur ses fondations et réemployant certains de ses matériaux. C’est d’ailleurs l’une de ces pierres, sculptée d’un serpent, qui fait penser aux spécialistes que ce temple a dû être consacré à Esculape, dont cet animal est l’attribut. On n’a toutefois aucune certitude quant au dieu célébré ici, cette pierre étant un réemploi et le serpent n’étant pas une exclusivité de ce dieu. L’église, remontant au tout début du treizième siècle, est la plus ancienne paroisse de Teggiano.

 

542i Teggiano, église San Pietro

 

Sous le porche, au-dessus du portail, on peut voir cette fresque intéressante, qui présente au pied de la croix une Vierge des Sept Douleurs, le cœur transpercé de sept flèches. Les visages des personnages, le style du dessin, me donnent l’impression que ce n’est pas le même artiste qui a peint le Christ et les autres personnages. Mais sans doute me trompé-je. L’église est maintenant transformée en musée, mais il est trop tard pour le visiter. Par manque d’information, nous sommes d’abord allés dans des endroits que nous aurions pu découvrir plus tard, et commencer notre tour de la ville par ce musée.

 

542j Padula

 

La route tourne et vire pour redescendre de Teggiano. Lorsque nous regagnons notre parking, il nous prend l’envie de jeter un coup d’œil sur Padula, parce que le ciel s’est obscurci et sous son bleu gris très sombre la petite ville semble encore plus blanche. Ensuite, il ne nous reste plus qu’à rentrer et à préparer nos affaires pour partir demain sitôt la procession de San Michele terminée.

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Published by Thierry Jamard
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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 01:32

Contrairement à nos projets, nous ne sommes pas partis aujourd’hui. Et nous ne partirons pas non plus demain. Ni panne, ni accident, ni maladie, pourtant. Ce matin, Natacha a voulu retourner quelques minutes à la chartreuse pour faire une ou deux photos de la cour, et m’a appelé au téléphone pour me dire qu’elle était chez un libraire dont l’échoppe ouvre sur la cour de la chartreuse, et que voyant son intérêt culturel il propose de nous faire visiter… l’église rupestre San Michele alle Grottelle ! Il a toutes les relations nécessaires pour se procurer les clés et sa voiture, bien que ne disposant que de deux roues motrices, est capable de grimper telle une chèvre sur ce sentier peu carrossable. Merveilleux et inespéré. Et parce qu’il nous a aussi informés que dimanche, oui précisément ce dimanche, après-demain, a lieu la procession qui emmène la statue de saint Michel de sa grotte à une chapelle plus haut dans la montagne, eh bien nous ne repartirons que dimanche après-midi. En effet, si nous avons coutume de fêter saint Michel fin septembre, le calendrier oriental place cette célébration le troisième dimanche de juin.

 

539a Padula, site de San Michele alle Grottelle

 

Quand on voit qu’il faut gravir le flanc de ce profond ravin et cheminer dans ce superbe mais inhospitalier paysage avant de parvenir à la grotte qui abrite l’église, on comprend que ce lieu ait pu être choisi pour se mettre à l’abri lors des ravages dus aux Sarrasins. Mais, bien avant cette période, la caverne naturelle a été habitée en des temps préhistoriques, puis elle est devenue un lieu de culte païen dédié au dieu Attis, "Seigneur des forces souterraines, des eaux, des tremblements de terre" ce qui, dans une telle configuration du terrain, n’a rien d’étonnant. Quant au moment où l’archange saint Michel a supplanté Attis, l’hypothèse qui apparaît comme la plus probable le situe à l’époque de l’empereur Constantin le Grand, mais il n’existe aucun texte précis à ce sujet qui puisse confirmer ou infirmer l’hypothèse.

 

539b Padula, San Michele alle Grottelle

 

Nous voici donc devant la grille d’entrée, cadenassée. Et nous allons dans un instant découvrir l’église troglodyte.

 

539c1 Padula, San Michele alle Grottelle

 

539c2 Padula, San Michele alle Grottelle

 

539c3 Padula, San Michele alle Grottelle

 

Non, derrière la grille ne se trouve pas directement l’église. Une première grotte, peu profonde et largement ouverte, nous arrête d’abord. Nous sommes subjugués par une merveilleuse fresque sur le mur du fond. Sur la première de ces photos on voit qu’elle comporte bien des personnages, mais plutôt que de montrer la fresque entière où chaque sujet sera forcément de taille très réduite, je préfère cadrer sur un détail, le couronnement de la Vierge pour permettre d’apprécier l’extrême finesse du dessin, l’expression de Marie, ses doigts. Et ce n’est pas tout. Le mur de droite est aussi peint à fresque, dont l’ange de ma troisième photo est un détail. Tout cela date de la fin du quatorzième siècle et il est incroyable que les couleurs aient été si bien conservées alors que ce lieu est ouvert à tous vents et que jamais des portes ne l’ont clos.

 

539d1 Padula, San Michele alle Grottelle

 

539d2 Padula, San Michele alle Grottelle

 

Une fois franchie une petite cour, on pénètre dans l’église par une petite porte. Là, on se trouve dans une grotte beaucoup plus vaste, constituée de deux chambres, une solide arche ayant été construite entre les deux pour soutenir la voûte. Néanmoins, les deux ne forment qu’une seule église. Sur l’autel, dans la seconde salle, se trouve la statue de saint Michel qui, dimanche, ira vers la chapelle dans la montagne.

 

539e Padula, S. Michele alle Grottelle, statue de saint Mic

 

Le voici, saint Michel, dans cette représentation naïve, et portant sur sa statue de pierre ses ornements métalliques.

 

539f1 Padula, San Michele alle Grottelle

 

539f2a Padula, San Michele alle Grottelle

 

539f2b Santo Domingo de la Calzada

 

Derrière l’autel, on découvre une niche sur le pourtour de laquelle de petites fresques en vignettes montrent des épisodes de la vie de saint Jacques de Compostelle. Sur ma première photo, on voit un pendu. L’épisode se situe dans le nord de l’Espagne, province de Rioja, à Santo Domingo de la Calzada, sur la route du pèlerinage de Compostelle. Un jeune homme est injustement accusé de vol, il est jugé, il est pendu. Saint Jacques, invoqué par les parents et connaissant son innocence, lui évite la mort en le soutenant sous les pieds (sujet de la photo), pendant que ses parents vont vite, vite, plaider sa cause auprès du juge. Celui-ci, attablé devant un plat de deux coqs rôtis, s’esclaffe en entendant l’histoire de la sainte apparition et intervention, disant que leur fils est déjà exécuté, pas plus vivant que les deux volatiles qui sont dans le plat. Lesquels volatiles, instantanément, retrouvent la vie et s’échappent (ma deuxième photo). Telle est l’histoire que j’ai apprise en passant à Santo Domingo, où dans le bas de l’église un poulailler gothique en pierre enferme un coq et une poule blancs, changés régulièrement tous les mois. À titre de comparaison, j’ajoute donc une troisième photo, prise en Espagne le 4 août 2006 sur le mur du monastère devenu un parador, et où l’on voit un pèlerin, avec un coq à ses pieds, accueilli par saint Dominique, qui a construit la chaussée (la calzada) et l’hôpital.

 

539f3 Padula, San Michele alle Grottelle

 

De l’autre côté apparaît un autre miracle de l’apôtre saint Jacques. Deux pèlerins se rendent à Compostelle. L’un d’eux est assassiné. L’autre prie saint Jacques qui le ressuscite et l’emmène à cheval au terme du pèlerinage. De retour au pays, l’ami est frappé de la lèpre. Une voix suggère à l’autre, le ressuscité, de laver son ami lépreux dans le sang de ses propres enfants, ce qu’il n’hésite pas à faire. C’est le sujet de ma photo ci-dessus, qui ne représente pas un baptême, comme on pourrait le croire à première vue, car en regardant bien on voit que le liquide répandu sur le corps du lépreux est rouge. Mais auparavant saint Jacques avait offert aux enfants un fruit d’or destiné à les protéger, et ils restent en vie après l’opération.

 

539g Padula, San Michele alle Grottelle

 

Sur les murs de l’église, d’autres fresques encore sont remarquables. Celle-ci, hélas, est endommagée, mais on en voit assez pour en admirer la qualité. Je ne sais qui est ce saint, j’ignore si son crâne est chauve ou si c’est un ecclésiastique qui a subi plus qu’une petite tonsure, mais déjà, rien que son regard est vivant, pénétrant.

 

539h Padula, chapelle dans la montagne

 

Lorsque nous ressortons, notre mentor nous montre la crête de la montagne, plus loin, plus haut, là où l’altitude a eu raison de la forêt et où ne reste plus que l’herbe rase brûlée par le soleil. Tout au bout, près d’un petit bouquet d’arbres qui a résisté, on devine un tout petit bâtiment jaune. C’est la chapelle où se rendra en procession la statue de saint Michel dimanche prochain.

 

539i1 Padula, notre ami Alfonso

 

539i2 Padula, notre ami Alfonso Monaco

 

Cette visite merveilleuse, nous la devons à ce libraire passionné et passionnant, plein de générosité, et qui sait faire partager son enthousiasme pour cette Padula qu’il aime. Cet homme, c’est Alfonso Monaco. Rendons à César ce qui est à César et à Natacha ce qui est à elle, c’est en effet à elle qu’est dû l’excellent portrait de la seconde photo.

 

539j Padula, notre ami Alfonso dans sa librairie

 

Alfonso nous a redescendus à la chartreuse. Nous l’avons suivi dans sa librairie (autre photo due à Natacha), où nous avons discuté. Il nous a parlé du baptistère paléochrétien de San Giovanni in Fonte, seul de ce type alimenté par une eau vive. Là encore, il a réalisé pour nous un miracle en passant un coup de téléphone à un ami à lui, curé d’une paroisse de la ville basse. Cet ami, Don Vincenzo, lui a dit qu’il mettrait à notre disposition quelqu’un qui nous guiderait, porteur de la clé d’accès au site. Il nous suffirait d’aller avec notre véhicule jusqu’à son église. N’est-ce pas merveilleux ?

 

540a Salvatore au baptistère San Giovanni in Fonte

 

Nous ne nous sommes pas fait prier, on s’en doute. Très gentiment le prêtre, Don Vincenzo, a délégué Salvatore Caiazza Custode, ci-dessus (troisième photo due à mon artiste de femme) pour nous montrer le chemin et nous accompagner. Merci, mon Père, et merci également à vous, Salvatore, pour votre patience pendant notre interminable visite et nos innombrables photos à l’heure où, probablement, vous aviez prévu de dîner.

 

540b1 Padula, San Giovanni in Fonte

 

540b2 Padula, San Giovanni in Fonte

 

Incroyable, nous avons accès à ce lieu exceptionnel ! Nous sommes à proximité de la voie romaine qui va de Reggio de Calabre à Capoue, à l’endroit que les Anciens appelaient Leucothéa, "la déesse blanche", du nom de la nymphe païenne qui était célébrée dans les eaux de cette source. Puis nous avons, dans une lettre de Cassiodore, ministre et conseiller du roi ostrogoth Atalaric datée de 527, un témoignage important. Il parle d’une grande foire qui se tient là chaque année en septembre depuis fort longtemps et qui attire des foules nombreuses venant de toutes les provinces limitrophes, la date étant la célébration de saint Cyprien (du 14 au 16 septembre) et le lieu une source baptismale miraculeuse dédiée aux temps du paganisme à la nymphe Leucothéa.

 

540c Padula, San Giovanni in Fonte

 

540d1 Padula, San Giovanni in Fonte

 

540d2 Padula, San Giovanni in Fonte

 

Le miracle, c’est que soudainement, durant les jours de baptême au moment de la foire, le niveau de l’eau montait de la cinquième jusqu’à la dernière des sept marches existant alors (les recherches archéologiques ont en effet détecté la trace de marches), permettant le baptême par immersion. À l’époque de Cassiodore, le lieudit s’appelait Marcellianum, du nom du pape Marcel Premier (308-309) qui fonda ce baptistère à la fin des persécutions de Dioclétien et avec l’avènement du règne de Maxence, plus tolérant (avant l’arrivée de Constantin). Ce pape aurait ordonné 21 évêques, créant autant de diocèses et édifiant autant de baptistères. Outre la vasque baptismale d’origine, aux sixième et au septième siècles on construit, sur les fondations du nymphée de culte païen et avec des matériaux de réemploi récupérés sur des monuments d’époque romaine, des galeries latérales et un espace rectangulaire à abside. L’ensemble reste un baptistère jusque vers l’an mil. Puis au onzième siècle, en 1077 le comte normand Rinaldo Malaconvenienza donne le bâtiment à des moines bénédictins qui en font plus qu’un baptistère, lui donnant un plan basilical et lui adjoignant un étage. De plus, des restes de fondations laissent penser qu’ils y avaient ajouté une aile. C’est maintenant un monastère avec son baptistère et sa chapelle.

 

540e Padula, San Giovanni in Fonte

 

Après le tremblement de terre de 1456 qui a détruit certaines parties et fragilisé le bâtiment, alors que San Giovanni est devenu une commanderie des chevaliers de Malte (c’est le pape Boniface VIII qui leur en a confié la gestion en 1297), l’ensemble subit une reconstruction partielle et une restructuration. Le portique et les contreforts datent des dix-septième et dix-huitième siècles. Au dix-neuvième siècle, parce que l’on ne fait plus rien pour contrôler le niveau de l’eau, le niveau monte et rend impraticable une partie de l’édifice ; on continue d’utiliser la chapelle comme lieu de culte, mais seulement dans la partie où se trouve l’autel.

 

540f Padula, San Giovanni in Fonte

 

540g Padula, San Giovanni in Fonte

 

À l’époque de Napoléon, San Giovanni in Fonte est devenu bien public. Puis il passe aux Bourbons revenus. C’est la chartreuse de San Lorenzo qui est chargée de son administration. Mais quand, en 1866, suite à la loi de sécularisation, la chartreuse est fermée et ses moines dispersés, San Giovanni est abandonné, non seulement ne servant plus au culte, mais restant sans entretien et se dégradant.

 

540h Padula, San Giovanni in Fonte

 

En 1960, on a découvert au-dessus de la vasque baptismale quatre fresques représentant des personnages identifiés avec les quatre évangélistes. Elles dataient du sixième ou du septième siècle et ont été transférées à la chartreuse de San Lorenzo, à Padula. Mais, comme on le voit sur ma photo ci-dessus, il reste sur la paroi de l’abside des traces d’autres fresques représentant vraisemblablement des saints et qui, elles, datent de la transformation du baptistère en chapelle, au onzième siècle.

 

Et voilà donc finies nos visites exceptionnelles de cette journée. Une église troglodyte avec de merveilleuses fresques, un baptistère paléochrétien construit sur une source d’eau vive, deux lieux qui ne sont pas ouverts au public et que la généreuse passion de quelques personnes nous a permis de découvrir et d’admirer. Nous rentrons émerveillés (et reconnaissants).

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Published by Thierry Jamard
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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 01:33

537a Padula, installation

 

Après une nuit entière pour parcourir quelques kilomètres à cause d’une déviation démente, nous ne voulons pas perdre de temps à dormir dans la journée. Nous avons seulement pris notre temps pour reprendre des forces sous une bonne douche et en nous préparant un petit déjeuner consistant, de type "continental". Nous avons à visiter la chartreuse San Lorenzo, car demain nous allons gagner la Calabre. Cette photo montre notre installation rudimentaire mais très calme sur un parking dans le bas de la ville, assez isolée pour que nous puissions mettre en marche notre groupe électrogène sans déranger le voisinage, puisqu’à défaut de camping dans les environs nous sommes privés de connexion électrique.

 

537b1 Padula, chartreuse et ville

 

537b2 Padula, chartreuse vue d'en haut

 

La ville de Padula est construite sur une éminence. Vue ainsi, elle ne paraît pas bien haute, mais quand on monte vers le sommet par ses ruelles en forte pente et ses nombreux escaliers on se rend compte que la colline est plus élevée qu’elle n’en a l’air. Et d’en haut, on a cette vue sur la chartreuse, qui raie ma photo horizontalement par le milieu, à droite le grand cloître, à gauche les autres bâtiments. C’est de là aussi qu’est prise ma photo du camping-car sur le parking (on l’aperçoit aussi sur l’original de la photo de la chartreuse, mais une fois cette photo réduite pour la publication dans le blog, notre "maison" n’est plus qu’une minuscule tache blanche floue). Cette chartreuse est l’une des plus vastes qui soit dans toute l’Europe.

 

537b3 Padula, chartreuse de l'extérieur, église des femme

 

Redescendons dans la ville basse. Voici le mur de clôture du domaine, à l’endroit où s’y encastre l’église des femmes. Il est bien évident qu’hommes et femmes ne sont pas mêlés dans une chartreuse, dont la règle est très stricte. Le mot chartre (comme également le nom de la ville de Chartres) vient du latin carcere[m] à l’accusatif comme presque tous les mots français, qui signifie prison. Les Chartreux sont donc strictement cloîtrés.

 

537c1 Padula, chartreuse, la cour de jour

 

537c2 Padula, chartreuse, la cour de nuit

 

537c3 Padula, chartreuse, la cour de nuit

 

Passant sous le porche, à seulement quelques mètres à gauche de l’église des femmes, on arrive dans la cour. Les bâtiments sont fermés la nuit, bien sûr, mais le portail d’entrée vers la cour reste ouvert. Nous sommes retournés ce soir voir les lieux à la nuit, j’en montre immédiatement les photos (il me semble absurde de suivre l’ordre chronologique). Dans les bâtiments de gauche s’ouvrent des boutiques de souvenirs, une librairie, un petit bar.

 

537c4 Padula, chartreuse, sous le porche

 

Sous le porche d’entrée on peut voir ces stucs peints encadrant des fresques monochromes. C’est esthétique, mais malheureusement en assez mauvais état. Mais au moment de pénétrer plus avant, quelques mots sur le monastère.

 

Saint Bruno, en 1084, a créé en France, dans le massif de la Grande Chartreuse, du côté de Grenoble, son premier monastère. Ne disposant pas de l’information sur la date à laquelle apparaît le nom de cette montagne, je ne peux dire si c’est l’installation d’un ordre cloîtré, nomme Chartreux, qui a déteint sur la toponymie, si c’est le nom du massif qui a donné à saint Bruno l’idée d’emprisonner ses moines et a donné son nom à l’ordre, ou si c’est une pure coïncidence. Tous les monastères de cet ordre doivent respecter la même règle austère et la même architecture générale, qui sépare l’aire de service du couvent proprement dit. En 1306, Thomas Sanseverino, comte de Marsico et connétable du royaume de Naples, fonde la chartreuse de Padula sur 51500 mètres carrés. C’est gigantesque. Par la suite elle a connu des transformations, elle a évolué au cours des siècles, mais elle a subi un premier grand choc quand à l’époque napoléonienne où Murat régnait sur le royaume de Naples, en 1807, elle a dû s'incliner devant la loi qui la faisait fermer. À la Restauration, elle a été rouverte, mais après l’unité italienne de 1860 une autre loi, de 1866, a ordonné la sécularisation des ordres religieux, et de là date sa fermeture définitive, second et dernier choc, irrémédiable. Pendant chacune des deux guerres mondiales, elle a été affectée à des fonctions honteuses de camp de concentration et ce n’est qu’en 1982 qu’elle a été remise entre les mains du service des Biens Culturels, autrement dit dépendant des relais national et régionaux du ministère de la culture.

 

537d1a Chartreuse de Padula, le Grand Cloître

 

Commençons notre visite par les cloîtres. Il y en a plusieurs, mais celui-ci est de très loin le plus grand, celui que l’on voyait sur ma photo prise d’en haut, où il occupait la moitié de la surface des bâtiments. Il mesure 149 mètres de long sur 104 de large et son portique repose sur 84 colonnes.

 

537d1b Chartreuse de Padula, le Grand Cloître

 

537d1c Chartreuse de Padula, le Grand Cloître

 

Tout autour, sur le mur extérieur du portique, entre les arcades et le toit, court une frise qui représente une série de scènes en relation avec la Passion du Christ. Elles ne sont pas toutes différentes les unes des autres, bien au contraire elles se répètent souvent, il y en a toutefois une dizaine ou une douzaine. En voici quatre exemples. Sur la première photo, on voit le coq qui a chanté alors que saint Pierre reniait Jésus pour la troisième fois, et Marie Madeleine, tenant dans la main le vase du parfum qu’elle a versé sur les pieds de Jésus, et traditionnellement représentée avec de longs cheveux dont elle lui a essuyé les pieds. Sur la deuxième photo, c’est la tunique de Jésus, cette tunique tissée d’une seule pièce que les soldats ont préféré tirer au sort plutôt que partager, et le visage de Jésus qui s’est imprimé sur le voile avec lequel Véronique l’a épongé.

 

537d2 Padula, certosa San Lorenzo, chiostro dei ospiti

 

Le cloître des hôtes, qui est celui où s’ouvre l’église (que nous verrons tout à l’heure, après notre petit tour des cloîtres), est de taille et d'architecture plus traditionnelles, avec sa fontaine au centre.

 

537d3 Chartreuse de Padula, cloître du Vieux Cimetière

 

Petit, sombre et frais, envahi par la végétation avec quelques plantes exotiques, c’est le cloître du Vieux Cimetière, avec cette belle balustrade de pierre.

 

537d4a Chartreuse de Padula, cloître des Procurateurs

 

537d4b Chartreuse de Padula, cloître des Procurateurs

 

Encore un autre cloître. Dans celui-ci, appelé le cloître des Procurateurs, on remarque cette belle fontaine, mais aussi le soin apporté aux détails. Ainsi pour l’évacuation des eaux de pluie, au lieu d’une simple grille de fonte, les regards sont fermés par des pierres comme celle-ci.

 

537d5 Certosa di Padula, chiostro

 

Autre détail du soin esthétique apporté, dans le cloître du Vieux Cimetière ce carrelage apparaît à un endroit. Ce n’est pas tout le sol qui est ainsi décoré, mais en une place, là, surgit cette fantaisie.

 

537e chartreuse de Padula, monument funéraire

 

Sue le mur de l’un des cloîtres sont fixées quatre stèles funéraires. Celle-ci a été trouvée un peu plus haut, dans la montagne, dans le mur d’une église rupestre dédiée à saint Michel, San Michele alle Grottelle. Non pas accrochée à la paroi, ni même encastrée, mais dans le mur. Cette église troglodyte décorée de fresques médiévales ne se visite hélas pas, au moins en verrons-nous cette stèle romaine antique dont on ne sait comment elle a atterri là-haut dans une église chrétienne, même si cette église a succédé à d’autres occupants de la grotte, notamment en des temps préhistoriques. Peut-être, pour rendre plus plane une paroi, a-t-elle été utilisée pour boucher un trou. Quoi qu’il en soit, le musée de la chartreuse l’a récupérée en 1962. À propos d’une autre stèle qu’il avait vue au musée Maffeiano de Vérone le 16 septembre 1786 mais qui se présentait de la même façon, Goethe décrit "c’est un homme avec sa femme à son côté, qui regarde par la niche comme par une fenêtre". On la situe dans les 25 dernières années du premier siècle avant Jésus-Christ, autrement dit dans la première partie du règne d’Auguste.

 

537f Chartreuse de Padula

 

Dans un coin du même cloître, deux statues dont les représentations sont très proches mais dont l’une est sculptée plus sommairement et semble plus usée. Je présente donc ici la meilleure des deux qui, comme l’autre, est sans tête, mais dont le traitement est suffisamment net et précis pour laisser voir un anneau à l’annulaire gauche. Elles ont été trouvées en 1899 tout près de la chartreuse, et ont été sculptées dans la même pierre que les colonnes et leurs chapiteaux.

 

Ces statues donnent lieu à une querelle de spécialistes. L’archéologue qui les a découvertes, Giovan Battista Patroni, pensait qu’il s’agissait de portraits de magistrats représentés selon un modèle d’époque grecque, vêtus non de la toge romaine mais de l’himation grec ou du manteau des Samnites de Campanie qui découvre le pied et une partie de la jambe, rappelant, selon lui, l’Eschine du musée de Naples. Un autre archéologue, Filippo Coarelli, est convaincu que son collègue se met le doigt dans l’œil. Pour lui, ces statues qu’il situe en plein milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ sont clairement de style funéraire, et pour lui, ce vêtement est bien la toge romaine, mais celle de ce temps de la République ancienne, plus courte, plus près du corps, et qu’il rapproche de celle d’une statue de bronze du musée de Florence, dont personne ne doute qu’elle porte un vêtement italien.

 

Si je trouve amusantes ces querelles de spécialistes c’est parce que, la plupart du temps, elles s’apparentent plus à des luttes de pouvoir qu’à des désaccords sur le fond. On veut essentiellement discréditer son cher collègue, alors on se creuse la cervelle pour trouver une explication différente de celle qu’il a donnée. J’ai un peu étudié la statuaire antique, mais il serait très prétentieux de ma part de jouer au spécialiste. Je donne ici mon sentiment, rien de plus. Concernant le vêtement, je vois très bien à quelle statue du musée archéologique de Florence Coarelli fait référence. C’est un orateur étrusque, et on sait que les Romains qui, à l’origine de la ville, se vêtaient de peaux, plus évoluées sans doute que celles des hommes préhistoriques mais guère plus (le poète Properce, qui a vécu dans la deuxième moitié du premier siècle avant Jésus-Christ, les décrit "des hommes vêtus de peaux, des hommes au cœur rustique"), ont adopté la toge rectangulaire, courte et étroite des Étrusques lorsque ce sont des rois étrusques qui ont régné sur Rome, et ne créeront la grande toge, ce demi-cercle de plus de 6 mètres de diamètre, que bien plus tard. Notre statue de Padula est en effet vêtue exactement comme cet orateur, qui n’est pas habillé à la grecque. Et, quoique dans l’un et l’autre cas je ne fasse confiance qu’à ma mémoire visuelle parce que je n’en ai pas les photos sous les yeux et que ce soir en rédigeant je ne dispose pas d’Internet, je suis certain que le vêtement de ces statues ressemble beaucoup plus au romain étrusque de Florence qu’au grec de Naples. En revanche, je ne vois pas ce qui peut faire penser de préférence à un rite funéraire. La plupart des statues romaines de personnages civils que j’ai en mémoire, que ce soit dans les monuments des nécropoles ou comme ornements de monuments publics ou de maisons particulières, sont ainsi un peu déhanchées, l’un des genoux très légèrement fléchi pour faire reposer le poids du corps sur l’autre jambe comme il est habituel dans la vie lorsque l’on reste un assez long moment debout et immobile. À mon avis, les affirmations des deux archéologues sont donc aussi plausibles l’une que l’autre, l’une ne pouvant justifier de condamner l’autre.

 

537g Chartreuse de Padula, l'escalier de la bibliothèque

 

Mais assez discuté au sujet de cette statue. Nous passons devant cet extraordinaire escalier en spirale d’une extrême finesse qui s’élève dans une cage circulaire à sa dimension, et qui ne s’appuie sur aucun axe central. Même son arrimage dans le mur n’est, paraît-il, que symbolique, il tient par lui-même dans un merveilleux équilibre. Cet escalier de trente-huit marches monolithiques monte à la bibliothèque de la chartreuse. Mais la bibliothèque ne se visite pas, et même l’escalier ne peut être admiré que d’en bas, il est fermé au public. Quel dommage ! Au sujet de cet escalier aussi existe une controverse. Elle concerne sa date de construction, car aucun document ne l’atteste. Les hypothèses font le grand écart, les unes situant sa construction au quinzième siècle, les autres au dix-huitième. Vu la relative proximité de ces époques par rapport à nous ces imprécisions surprennent le profane que je suis, mais il est vrai que cette architecture est si originale qu’il a suffi, à n’importe quel moment, d’un génie mathématicien et créatif capable de s’abstraire des règles et modes en cours pour imaginer quelque chose qui soit hors du temps. Après tout, quand un Grec, dans l’Antiquité, a créé une machine à vapeur plus de deux mille ans avant Denis Papin, il ne se référait à rien de connu, et aurait pu vivre aussi bien deux cents ans plus tôt ou mille ans plus tard.

 

537g Chartreuse de Padula, l'escalier monumental

 

Eh bien puisque je ne peux gravir celui-ci, je vais montrer un autre escalier qui est, lui, tout à fait accessible. C’est l’escalier dit monumental, et qui porte bien son nom. Il est impressionnant. Il paraît que parfois il s’y donne des concerts.

 

537h1 Chartreuse de Padula, l'église 

537h2 Chartreuse de Padula, l'église

 

L’église du couvent est splendide, toute ornée, richement décorée, elle contient des stalles en marqueterie, mis la photo y est interdite, et un cerbère est là dans chaque partie, pour bien veiller au respect de la règle. Selon sa personnalité, ce cerbère montre les dents et grogne d’un air rogue, ou bien au contraire est fort aimable, attire l’attention sur tel ou tel détail, donne des explications, manifestant du goût et de l’intérêt pour son environnement de travail, mais puisque je ne peux montrer que les photos de la première partie, prises de l’extérieur, avant de franchir la porte, je préfère passer à autre chose.

 

537i1 Chartreuse de Padula, chapelle St-Michel, appartemen

 

Autre chose, et par exemple ce saint Michel doré terrassant le dragon, qui orne la chapelle de l’appartement du prieur. La justification du choix de cet archange pour la décoration, c’est tout simplement que cette chapelle est dédiée à saint Michel.

 

537i2 Chartreuse de Padula, loggia de l'appartement du prie

 

537i3 Chartreuse de Padula, loggia de l'appartement du prie

 

Cette loggia sympathique est le débouché de l’appartement du prieur sur les jardins de la chartreuse. On aperçoit, sur le mur du fond, qu’il était couvert de fresques. Mais le gros plan de ma seconde photo montre dans quel état lamentable elles se trouvent aujourd’hui. Un bâtiment tel que celui-ci utilisé comme centre de détention, puis laissé ouvert à tous vents, a nécessairement subi "des ans l’irréparable outrage" ainsi que les déprédations de qui juge moins important de conserver des œuvres du passé que de laisser trace de son nom en tant que vandale imbécile pour les siècles des siècles.

 

537j1 Chartreuse de Padula, la cuisine

 

537j2 Chartreuse de Padula, la cuisine

 

537j3 Chartreuse de Padula, la cuisine

 

Terminons notre visite par un petit tour aux cuisines. Elles sont particulièrement bien conservées, peut-être parce que même pour préparer une maigre et triste pitance de prisonnier concentrationnaire ce lieu est occupé par des hommes qui s’y adonnent à un travail utile, et aussi parce que pour les déprédateurs il est moins amusant d’écrire sur un mur nu que de dégrader une fresque.

 

538a Chartreuse de Padula, ceinturon de femme, âge du fer

 

Et voilà pour la visite des lieux. Mais la chartreuse recèle aussi un musée archéologique fort intéressant où ont été rassemblés les objets retrouvés soit à Padula même, soit dans la nécropole voisine de Valle Pupina, soit encore lors des fouilles de la toute proche ville antique de Sala Consilina et dans les environs. On remonte au néolithique et on traverse les siècles jusqu’au Moyen-Âge. Ici, nous voyons un ceinturon de bronze ayant appartenu à une femme à l’âge du fer. Ce serait donc une erreur de penser que la croix gravée sur la boucle est une croix chrétienne, il s'en faut d'un gros millénaire pour que ce soit possible.

 

538b Chartreuse de Padula, bracelet 6e siècle avant J.-C

 

Ce bracelet est également une parure féminine, mais il est beaucoup plus récent puisqu’il date du sixième siècle avant notre ère.

 

538c Chartreuse de Padula, vase quadrige 6e siècle

 

Dans une tombe de Valle Pupina a été retrouvée toute une série de vases à figure noire provenant de l’atelier d’artistes athéniens. C’est visiblement la tombe d’un riche collectionneur qui, ayant amassé ces œuvres de valeur, a souhaité être enterré avec elles. Elles permettent d’avancer une date : leur fabrication s’étale sur une vingtaine d’années à la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. C’est l’époque où dans cette région de la Lucanie on se met à la mode des voisins du nord, les Étrusques, qui apprécient particulièrement la poterie athénienne. Ce grand cratère de 51 centimètres de haut sur 51 de diamètre qui représente un quadrige a été reconstitué de 208 fragments, mais aucun morceau du puzzle ne manquait.

 

538d Chartreuse de Padula, lécythe à chouette

 

Ce lécythe de la fin du cinquième siècle ou du début du quatrième a été trouvé à Padula. La représentation d’une chouette évoque la déesse Athéna ou la ville d’Athènes. Ce lien entre des dieux anthropomorphes et leurs représentations animales me rappelle les recherches de mon mémoire de maîtrise, aussi ne pouvais-je manquer de montrer ce récipient.

 

538e1 Chartreuse de Padula, canthare à double face

 

538e2 Chartreuse de Padula, canthare à double face

 

Pour finir avec ce musée, voici un magnifique canthare à double face datant de la seconde moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ et trouvé à Valle Pupina. D’un côté, ce visage de femme est sans doute celui d’une Ménade, si sur l’autre face cette tête d’homme barbu est celle d’un Silène, ces figures caractéristiques du cortège de Dionysos, comme cela peut être suggéré par la partie supérieure du vase. Amusant et très décoratif.

 

538f Padula, fontaine

 

En sortant de la chartreuse, nous faisons un petit tour en ville, parce que nous partons demain et qu’il serait dommage de ne pas voir à quoi ressemble ce bourg ancien. Nous n’avons pas dormi la nuit dernière, nous allons donc nous lever tard demain, d’autant plus tard qu’il est déjà largement plus de minuit au moment où je rédige ces lignes, et si nous voulons avoir le temps de parcourir un certain nombre de kilomètres nous ne pourrons aller nous promener dans les ruelles de Padula auparavant. Ici, une amusante fontaine.

 

538g Padula, Joe Petrosino

 

Voici ce que l’on voit sur le mur d’une ruelle, juste en face de la maison natale de Joe Petrosino. La vie de cet homme, né au dix-neuvième siècle, en 1860, a servi de sujet à un film, à une bande dessinée, à un feuilleton télévisé. Alors qu’il était encore tout petit, ses parents ont émigré aux États-Unis et se sont installés à New-York. Ayant acquis la nationalité américaine, il est devenu policier et s’est particulièrement attaché à traquer la mafia italienne de New-York, s’illustrant par son courage et sa perspicacité. Pendant ce temps, Vito Cascio Ferro était un petit mafieux s’adonnant, à Palerme, aux cambriolages et aux enlèvements. En 1901, suite au rapt d’une baronne, il risquait d’être pris et condamné, aussi s’enfuit-il à New-York où, avec d’autres mafieux arrivés avant lui, il prélevait sa dîme sur des commerçants en échange de sa "protection". Mais "ce diable de Petrosino", comme il l’appelait, lui a mis la main dessus. Sa culpabilité était claire et évidente, mais en 1904 la justice l’a relâché faute de preuves juridiquement valides devant un tribunal américain. Don Vito jugea alors préférable de rentrer au pays, où il s’employa à tisser les liens entre la mafia sicilienne et la Mano Nera américaine. Ce petit malfrat est ainsi devenu le créateur de cette terrible organisation qui sévit encore aujourd’hui, et cela lui a valu le respect de toute la mafia. Giuseppe Petrosino, alias Joe Petrosino, de son côté, a voulu en comprendre les origines et le fonctionnement afin de mieux en venir à bout et il s’est embarqué incognito pour la Sicile en 1909 avec l’intention d’en arracher les racines après avoir réussi à en couper bien des branches. Incognito, oui, mais pas pour ces hommes qui ont des yeux partout, aussi Don Vito l’a-t-il fait exécuter à Palerme, en pleine rue. Pour intéressante et riche que soit son histoire vraie et mouvementée, nous ne visiterons pas sa maison, fermée à cette heure-ci.

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 01:10

Nous avons beau prendre notre temps, visiter à fond, donner l’impression que notre tour d’Europe peut s’éterniser, il y a tant et tant à voir en Italie qu’il nous faut malgré tout faire des choix. Des choix larges, mais des choix quand même. Aussi aujourd’hui rangeons-nous dans le coffre table et chaises, bloquons-nous tout dans les placards et le réfrigérateur, et laissons-nous notre cher volcan Solfatara. Notre voyage doit se poursuivre vers le sud, mais nous ne résistons pas au désir de retourner vers les Champs Phlégréens, à l’ouest, pour aller contempler de près le lac Averno.

  

 

536a Lac Averno

 

536b Lac Averno

 

Ce lac est, lui aussi, lové au creux d’un volcan, mais ce volcan-là est éteint. Il est situé à proximité de la mer, de sorte que la perspective donne, tout près les unes des autres, les eaux bleu profond de la baie et les eaux émeraude du lac. Pour voir le cratère en entier il faudrait pouvoir avoir plus de recul et être plus haut. Au premier coup d’œil il ne nous a pas semblé possible de gagner, à partir de cette route, d’autres collines qui donnent cette vue. Et nous n’avons pas pris le temps d’approfondir, parce qu’il nous reste à filer vers l’est pour gagner l’autoroute de Rome, puis vers le nord sur cette autoroute vers une zone commerciale où, chez Ikea, chez Leroy-Merlin et chez Carrefour nous avons bien des choses à acheter avant de poursuivre le voyage.

 

Enfin, nous reprenons l’autoroute en sens inverse, plein sud. Au début, la circulation est un peu chargée, c’est le soir et les gens rentrent chez eux après une journée de travail, mais ensuite, à partir du moment où après avoir tourné autour de la ville, on s’est un peu éloigné de Naples vers le sud, nous roulons au calme. Jusqu’au moment où une déviation nous fait quitter l’autoroute et tomber sur une route étroite qui zigzague à travers la montagne. Peu de voitures particulières, mais de longues théories d’énormes camions. On avance de dix mètres, et puis on arrête le moteur, et on attend dix, quinze minutes sans faire un tour de roue. Que se passe-t-il, je ne comprends pas. C’est vrai, parfois, quand deux géants semi-remorques se croisent dans une épingle à cheveux, c’est difficile. Mais pour parcourir les 28 kilomètres de la déviation il nous faudra un peu plus de huit heures. Soit 3,5 kilomètres à l’heure, à pied on aurait fait beaucoup mieux, mais pas avec nos 3,5 tonnes sur le dos. Entre temps, nous avons assisté au somptueux lever de soleil sur la montagne. Il nous reste à parcourir quelques kilomètres sur l’autoroute retrouvée, et encore quelques autres sur la route qui, en une quinzaine de kilomètres, nous mène jusqu’au petit bourg de Padula où nous trouvons dès l’entrée de la ville un parking qui nous accueille.

 

Pas de temps à perdre à dormir. La matinée est déjà bien entamée. Nous nous douchons, nous prenons un solide petit déjeuner, et en avant.

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 00:54

535a Baia, château aragonais

 

 

Nous avons dit hier que nous reviendrions aujourd’hui à Baia, au cœur des Champs Phlégréens, pour en visiter le château, au sein duquel est un musée archéologique. C’est à la fin du quinzième siècle que les rois d’Aragon, qui régnaient alors sur le royaume de Naples, choisirent ce lieu stratégique pour y bâtir un château. En effet, sa position dominante sur cette presqu’île lui permettait de surveiller d’un côté tout le golfe de Pouzzoles, et de l’autre le littoral jusqu’à Cumes. Par ailleurs, cet éperon rocheux rendait le château imprenable, de terre comme de mer. Mais on doit savoir que ce que l’on peut en voir aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec la construction d’origine, les modifications ayant commencé dès de début du seizième siècle pour ne plus cesser jusqu’à la Première Guerre Mondiale, où les bâtiments sont devenus un lieu de détention pour les prisonniers de guerre et, après l’armistice, un orphelinat pour les orphelins de la guerre. Ce n’est que pour abriter le musée archéologique qu’il laissera cette fonction d’accueil, lorsque l’Italie n’aura plus d’orphelins de guerre à héberger. Hélas, nous ne verrons que peu de choses de ce musée, parce qu’il est actuellement en restructuration.

 

535b Baia, château aragonais

 

535c Baia, château aragonais

 

Après avoir franchi le pont-levis, nous suivons le chemin de ronde puis une autre allée qui mène à une grande place.

 

535d Baia, château aragonais

 

On peut se rendre compte que ce ne sont pas seulement les salles du musée qui sont en restructuration. Les bâtiments eux-mêmes sont en cours de restauration. Bien évidemment, à cette époque on construisait en pierre, mais presque toujours les châteaux sont présentés au public avec la pierre apparente. Or cette restauration veut restituer l’apparence que la construction avait à l’époque, ou plutôt aux époques successives de son existence, c’est-à-dire en recouvrant les murs de crépi. Dans certains cas, comme sur cette photo, on a un peu l’impression de suivre un mur de béton, alors qu’il n’en est rien. Mais lorsque les canons contemporains de l’esthétique et le respect de l’histoire s’opposent, il reste à définir le rôle que l’on veut faire jouer au bâtiment, témoin historique d’une époque ou œuvre esthétique destinée à satisfaire le regard des contemporains.

 

535e Baia, château aragonais, gravure de 1850

 

Dans une salle, cette reproduction en très grande dimension d’une gravure du dix-neuvième siècle (aux alentours de 1850) représente l’aspect du château sur son promontoire. Il est clair, en effet, qu’il est imprenable.

 

535f1 Baia, vue depuis le château aragonais

 

535f2 Baia, vue depuis le château aragonais

 

Une grande terrasse en bordure du rocher permet d’apprécier la vue, un splendide panorama, tout en constatant que l’emplacement permettait de surveiller tous les environs. La première de ces photos montre la vue vers le nord, avec le cap Misène et sa haute colline tout au bout de la péninsule des Champs Phlégréens (c’est là qu’était basée la flotte romaine au temps d’Auguste), et plus à droite la côte qui file vers Cumes. Ma seconde photo ne montre pas suffisamment, à gauche, le fond du golfe, mais en face c’est Pouzzoles, et la côte du golfe s’étend encore loin vers la droite. Il était en effet difficile de trouver un lieu présentant plus d’avantages que ce site du château.

 

535g Baia, musée archéologique, péplophoros

 

Du musée, je ne montrerai que trois images (en plus de la reproduction de gravure ci-dessus). Ce sont trois sculptures. La première, en marbre blanc, date du début du premier siècle de notre ère, c’est-à-dire du temps d’Auguste (mort en l’an 14). Cette statue de femme est malheureusement acéphale, et la tête brisée n’a pas été retrouvée. La jambe gauche légèrement repliée, elle se tient sur sa jambe droite et porte un long péplum dorique aux plis rigides qui tombe verticalement (d’où le nom de péplophoros qu’on lui donne), sur lequel, dans la partie supérieure, elle a mis un apoptygma, cette sorte de cape courte dont le lourd tissu se plaque contre son corps et laisse entrevoir ses formes féminines. Cette statue évoque un modèle grec traditionnel, mais revu, recréé par l’artiste romain. J’aime beaucoup ce mélange de la rigidité du vêtement en même temps que s’y opposent discrètement le léger mouvement de la jambe et le modelé de la poitrine.

 

535h Baia, musée archéologique, femme en himation

 

J’avoue moins aimer la statue présentée sur ma seconde photo. Sur un plan documentaire il est intéressant d’observer son vêtement, mais je préfère nettement la rigueur de la statue précédente. Celle-ci, également en marbre blanc, est un peu plus tardive, elle date de la seconde moitié du premier siècle de notre ère. La tête et les bras ont été perdus, mais cette fois-ci ce n’est pas parce qu’ils ont été brisés. En effet, ils ont été élaborés à partir de pièces de marbre différentes, la tête étant simplement emboîtée, les bras étant fixés par des tenons métalliques à section circulaire. Les pieds, eux, ont été brisés. Cette statue de femme porte un vêtement complexe, en trois parties. En-dessous, un long chiton à plis profonds lui tombe jusqu’aux pieds. Dessus, elle s’enveloppe dans un vaste himation retenu au-dessus de la taille par une broche, et qui lui atteint presque les chevilles. Enfin, elle enroule une étole sur sa poitrine et autour de ses bras. Il s’agit probablement d’un sujet éleusinien, traditionnellement traité par les sculpteurs de l’école de Praxitèle, et adopté avec de légères modifications par cet artiste romain.

 

535i Baia, musée archéologique, Perséphone

 

La troisième et dernière photo concerne également une statue en pied, mais je trouve si belle la tête malgré son nez cassé que je préfère la présenter en gros plan. Cette femme à la coiffure sophistiquée et que l’on voit dans la fleur de la jeunesse est sans aucun doute une divinité éleusinienne, très probablement Perséphone, qui est souvent appelée Corè (= la Jeune Fille). Ce marbre date, comme la première de mes trois photos, du début du premier siècle après Jésus-Christ. Ce port de tête royal, sur un long cou dressé bien droit, est splendide. Le nez grec, sans discontinuité dans le prolongement du front, ajoute à sa noblesse. Cette fille de Déméter, déesse de la fécondité et de la végétation, a été vouée au dieu des Enfers, mais afin de satisfaire l’amour qu’elle porte à sa mère et son désir de revoir le soleil, elle est autorisée à passer chaque année six mois à la surface, regagnant le monde souterrain et son époux les six autres mois. C’est le symbole de la végétation qui meurt et disparaît sous terre l’hiver pour renaître au printemps. Aussi est-elle généralement représentée avec des épis de blé à la main, qu’elle apporte à Déméter. Mais si ma photo montrait le corps entier, on ne les verrait pas parce qu’il manque ce qu’elle portait dans l’une et l’autre mains. C’est sur cette merveilleuse Corè que je vais clore la visite d’aujourd’hui.

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 00:45

534a Baia

 

 

Hier, dans l’île d’Ischia, nous avons visité un château aragonais, c’est-à-dire du temps où les rois d’Aragon régnaient sur Naples et le sud de l’Italie. Or dans les Champs Phlégréens, non loin de notre volcan Solfatara et de Pouzzoles, à Baia, un autre château aragonais est offert à la visite. Le lundi, comme la plupart des musées et monuments touristiques en Italie, il est fermé à la visite, mais peu importe : nous allons reconnaître les lieux, voir la ville. Cela a beau être proche, nous devons changer de bus et le trajet est long, en zigzag de village en village comme un car de ramassage scolaire dans la campagne française. Surtout, au retour, nous attendrons la correspondance pendant pas loin d’une heure. Heureusement il fait beau, parce qu’il n’y a pas d’abribus ni porche à proximité. Pas de siège non plus, bien sûr.

 

Nous passons en bus devant l’entrée du château mais ne descendons pas puisqu’il est fermé et préférons nous promener entre les beaux yachts sur le port de plaisance.

 

 

534b Baia 

Intéressants aussi les petits chantiers navals qui manœuvrent les bateaux finis pour les mettre à la mer. Ici, on ne fabrique pas de paquebots, de pétroliers, de cargos de fret, de bateaux de pêche. Les dimensions sont plus réduites, néanmoins il y a aussi plus gros que cette petite vedette, mais malheureusement nous ne les verrons pas manœuvrer.

 

534c Baia

 

534d Baia

 

Baia est une ville antique fondée par les Grecs, récupérée par les Romains. Son climat agréable, sa proximité des inhalations du Solfatara, ses sources thermales ont incité les Romains les plus fortunés, parmi lesquels tout naturellement les empereurs, à s’y faire édifier de luxueuses villas. En outre, la ville était dotée d’établissements d’hydrothérapie, parmi lesquels celui dont on voit ici une voûte en coupole gigantesque, plus de 21 mètres de diamètre, le plus vaste ensemble de ce type dans tout l’empire.

 

Et puis nous avons vu que les Champs Phlégréens étaient une zone d’activité volcanique et sismique intense et continue, où un phénomène appelé le bradyséisme fait varier le niveau du sol, montant ou descendant au cours des temps et au gré des masses en fusion dans les entrailles de la terre. Ici, le sol s’est affaissé, les riches villas ont sombré sous le niveau de la mer, qui les a recouvertes. Elles existent toujours. C’est Baia Sommersa, la Baia submergée. Des plongées sont organisées pour aller voir à plusieurs mètres de profondeur le port romain, des villas, des thermes engloutis. Je serais bien allé y jeter un coup d’œil, mais Natacha n’a aucune vocation de plongeuse et elle me trouve trop vieux pour m’initier à la plongée sous-marine, elle se voit déjà veuve et refuse cette perspective. C’est plutôt flatteur pour moi, aussi pour lui épargner mon deuil dès aujourd’hui et pour éviter une scène de ménage je me passerai de branchies, d’écailles et de queue de dauphin et resterai sur mes deux pieds avec mes poumons humains.

 

Et nous rentrons avec l’idée que demain, connaissant les numéros de bus et les temps de trajet, nous reviendrons pour visiter le château.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:40

 

532a1 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

532a2 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

Avant-hier, en nous promenant sur le port et en voyant le ferry en provenance de l’île d’Ischia, nous avons eu envie de nous embarquer. Eh bien, ce matin nous sommes retournés au port de Pouzzoles et sommes montés sur le bateau (sans notre embarrassante machine). Du pont supérieur, on a une intéressante vue sur le port et sur la ville.

 

 

532a3 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

 

Nous n’avons pas choisi notre compagnie de navigation. Un homme, sur le quai, nous a appelés en nous annonçant un prochain départ, nous avons pris nos billets à la guérite qu’il nous indiquait. En fait, un autre ferry, de la compagnie concurrente, levait l’ancre quelques minutes après nous. Beaucoup plus rapide, il nous a dépassés. Mais il a fait une escale à Procida, pas nous, si bien que nous sommes arrivés cinq minutes avant lui. Amusante course !

 

532b1 Procida

 

532b2 Procida

 

Au passage, je prends quelques vues de l’île de Procida. Nous nous consultons rapidement pour savoir si demain ou après-demain nous irons y faire un tour. Par 100% des voix (score de type soviétique), nous décidons tous deux que l’on ne peut pas tout voir, et qu’il nous faut envisager d’accélérer un peu le rythme de nos visites.

 

532c1 Mouette

 

532c2 Mouette 

532c3 Mouette

 

532c4 Mouette

 

532c5 Mouette

 

Le trajet étant court, il n’y a pas de repas à bord, et donc probablement pas de déchets rejetés à la mer. Cela n’empêche pas des escouades de mouettes de nous escorter. Comme il n’est pas prévu que nous nous rendions sous des cieux hantés par les albatros, tant pis, j’y vais de mes vers de Baudelaire assez mal adaptés à ces autres oiseaux de bien moindre envergure.

 

          Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

          Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers

          Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

          Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

De temps à autre, une mouette plonge, et il me semble que parfois elle remonte avec un poisson dans le bec. Peut-être l’eau oxygénée par le brassage de l’hélice attire-t-elle les poissons ? Ou bien son mouvement rapide blesse-t-il ou tue-t-il les poissons, plus faciles à pêcher ? Quelle que soit la raison de ce ballet aérien et de ces plongeons, je me fais plaisir en prenant quelques photos de ces magnifiques oiseaux.

 

532d1 Ischia vue du ferry

 

532d2 Ischia, le château aragonais

 

Nous approchons d’Ischia. Du large, on a une vue intéressante sur cet îlot qu’un caprice sismique et volcanique a fait surgir dans la mer et qu’une décision pratique et politique a fait relier à l’île principale au quinzième siècle par une digue de 220 mètres de long. Parce qu’une journée c’est bref pour visiter Ischia, notre intention est de voir un peu l’île en nous rendant à pied du port à ce rocher, de visiter le château aragonais qui y est bâti, et de rentrer avant le dernier départ pour le continent.

 

532d3 Ischia, le port

 

532d4 Arrivée du ferry à Ischia

 

En arrivant, notre gros ferry dépasse le petit port de plaisance, qui semble un jouet de poupées. C’est joli, c’est propre, ça paraît minuscule vu du haut de notre pont de gros bateau. Mais les restaurants établis sur le quai sont des attrape-touristes encore bien pires qu’au bord du Vieux Bassin à Honfleur (je me dois de défendre Honfleur, parce que Natacha et moi ne manquons jamais de faire un saut jusque là pour nous réjouir d’un dîner sur le port, où nous avons notre "cantine", de même qu’à la porte Saint Vincent à Saint-Malo).

 

Et puis, nous abordons. Ce cordage enroulé, que je mets là uniquement pour me faire plaisir, y trouve un semblant de justification symbolique. Ainsi je culpabilise moins –un petit peu moins– l’égoïsme de cette photo.

 

532e Une rue d'Ischia

 

Nous traversons, comme prévu, l’île en direction du château. Après l’animation du port, d’ailleurs assez relative une fois dispersées les voitures transportées par le ferry, c’est le calme plat dans les rues agréablement bordées d’arbres en fleurs.

 

532f Ischia

 

Une plaque datée de 1909 sur le mur de cette petite église évoque le quatrième centenaire des noces de Vittoria Colonna qui, enlevée ici par Ferrante d’Avalos, l’épousa dans la cathédrale de l’antique château.

 

532g Ischia

 

Décidément, c’est très curieux. Nous avons rejoint Ischia depuis Pouzzoles, mais il y a autant de liaisons à partir de Naples ; l’île est splendide, aussi belle que Capri ; et ici on n’est pas noyé dans la foule des touristes, on peut jouir du paysage, des ruelles, des placettes calmes comme celle-ci. Et tout le monde continue de se ruer sur Capri, et beaucoup moins sur Ischia. Le tourisme a ses mystères…

 

533a1 Ischia, castello aragonese

 

533a2 Ischia, le château aragonais

 

Nous voici en vue du château perché sur cette bulle de magma isolée, surgie lors d’une éruption plus importante dans l’île et sous le mer. Une belle bulle, qui culmine à 113 mètres au-dessus du niveau de la mer pour une superficie d’environ cinquante six mille mètres carrés.

 

Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, les Grecs de Cumes sont en guerre contre les Tyrrhéniens. Les sachant en difficulté, le Grec de Syracuse Géron I leur vient en aide, et grâce à lui la victoire est acquise à l’union grecque. En remerciement pour son aide décisive, Cumes lui offre l’île d’Ischia. En 474 Géron y construit une forteresse sur cet îlot, là où les Grecs de Cumes avaient déjà édifié un château. Évidemment, quand les Romains sont arrivés et se sont installés dans la région, ils n’allaient pas rester indifférents au charme des lieux ni à leur situation stratégique, aussi fondèrent-ils dans l’île principale, en 315, la ville d’Ænaria, l’îlot constituant un fortin défensif, avec son château fortifié auquel se joignirent quelques habitations. Les siècles ont passé, les saccages se sont multipliés, les dominations se sont succédé. Wisigoths, Vandales, Ostrogoths, Arabes, Normands, Souabes, Anjou, chacun a ajouté, retranché, modifié, rendant méconnaissable la forteresse de Géron, mais ne repartant jamais de zéro, ne rasant jamais complètement le premier édifice.

 

En 1301, le mont Trippodi entre en éruption. Affolée, la population d’Ischia préfère s’installer sur l’étroit îlot, au pied de la forteresse. L’îlot se développe alors de façon spectaculaire. Alphonse d’Aragon, en 1441, décide de faire relier l’îlot à l’île principale par la digue dont j’ai parlé, il protège la cité de murailles, et reconstruit le vieux château datant de la dynastie des Anjou. La région étant infestée de pirates, la population finit de déserter la grande île pour se réfugier bien à l’abri entre les murs de la forteresse. Sur ce petit espace, la concentration était maximum. En effet, selon un recensement de la fin du seizième siècle, qui correspond à l’apogée du développement du château, vivaient là en permanence le Prince et sa garnison, l’évêque avec son chapitre et un séminaire, un couvent de Clarisses, une abbaye de Basiliens de Grèce, à quoi s’ajoutaient 1892 familles. Pour tout ce monde, 13 églises. Mais vers 1850, quand fut réglé le problème des attaques de pirates, la population eut tendance à refluer vers la grande île pour y cultiver la terre et pour s’adonner plus commodément à la pêche.

 

Puis est arrivé Napoléon, avec les Français. En conséquence de quoi nos ennemis jurés de la perfide Albion, les Anglais, sont arrivés pour nous combattre. En 1809, ils ont assiégé l’îlot et l’ont bombardé si énergiquement qu’il n’y est pas resté grand-chose d’entier. Dans le même temps, le pouvoir français de Murat avait interdit les congrégations. En 1823, il ne restait plus là que trente habitants, que le roi de Naples Ferdinand I délogea pour transformer ce qui restait debout en bagne pour forçats. À la suite des mouvements indépendantistes qui s’étaient opposés aux Bourbons, en 1851 le château a accueilli des prisonniers politiques. Et puis en 1860 Garibaldi, comme Zorro, est arrivé, les prisonniers ont été libérés, Ischia avec Naples s’est ralliée au royaume d’Italie unifié (à part les États du Pape qui le rallieront en 1870), et malheureusement le château et tout ce qui restait autour a été laissé à l’abandon. En 1912, les domaines ont décidé de vendre l’îlot et ses constructions aux enchères et, depuis, c’est une propriété privée.

 

533a3 Ischia, castello aragonese, tunnel vers l'ascenseur

 

Une fois passée la caisse quelques mètres après la digue, on entre dans un tunnel creusé dans la roche vive, au bout duquel une cheminée, elle aussi intégralement dans la roche, contient un ascenseur montant au niveau 60 mètres sans que rien de cet appareil moderne soit visible de l’extérieur.

 

533b Ischia, castello aragonese

 

Ensuite, on chemine comme dans une ville aux ruelles très étroites. Une rue principale passe devant la sortie de l’ascenseur, et selon qu’on l’emprunte vers la droite ou vers la gauche, on suit les flèches de "l’itinéraire du Levant" ou celles de "l’itinéraire su Ponant". De loin en loin, des chemins secondaires mènent aux différentes constructions.

 

533c Ischia, vue du castello aragonese

 

Parfois aussi, ici un belvédère, ou là une terrasse, donne une vue somptueuse sur le panorama. De ce côté-ci on voit au premier plan la digue vers la grande île, puis la ville et au fond la montagne, tandis que de part et d’autre de la digue miroite la mer. On en prend plein les yeux.

 

533d Ischia, castello aragonese, monastère

 

Ici nous sommes dans le couvent des Clarisses, créé en 1575 par l’abbesse Béatrice Quadra, veuve d’Avalos, et désaffecté en 1810 en vertu de la loi de sécularisation des monastères édictée par Joachim Murat, roi de Naples, comme je l’évoquais précédemment. Une quarantaine de religieuses y étaient hébergées, la plupart aînées de familles nobles destinées dès leur enfance à la vie cloîtrée. Elles étaient d’abord admises sur la grande île à l’ermitage de Saint Nicolas avant d’être transférées, au terme de ce premier séjour, au couvent situé sur le rocher.

 

533e1 Ischia, castello aragonese, cimetière des Clarisses

 

533e2 Ischia, castello aragonese, cimetière des Clarisses

 

Nous sommes toujours chez les Clarisses. Partant d’une belle terrasse couverte, un petit escalier descend vers des pièces au niveau inférieur, taillées dans la roche. C’est le cimetière des religieuses, qui a existé depuis la création du couvent au seizième siècle et jusqu’à sa fermeture au début du dix-neuvième. Après leur mort, au lieu d’enterrer les religieuses, on les asseyait sur ces sièges de pierre que l’on voit le long des murs. Lentement, progressivement, elles se décomposaient jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que les os qui, alors, étaient déposés dans l’ossuaire. Durant ce processus, le corps émettait des humeurs qui s’écoulaient par le large trou du siège dans des vases placés en dessous. C’est une idée étrange, c’est une invention horrible, mais ce n’est pas tout, il y a pire. Chaque jour, les Clarisses devaient se rendre au cimetière et y séjourner en prière, afin de méditer sur la mort et sur sa signification en voyant ces corps décomposés. Il y a de très grands penseurs et de très grands saints qui ont médité sur la mort, sans avoir besoin de cette fréquentation assidue de la corruption de la chair. Le christianisme insiste sur la résurrection lors du Jugement Dernier, la mort ne devant être pour le corps qu’un état passager. Or je suppose que pour l’immense majorité de ces femmes, cette vision d’horreur devait les obséder et occulter en partie leur méditation sur l’immortalité de l’âme.

 

533f1 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

533f2 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

533f3 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

Nous sommes ici dans la cathédrale, construite, après l’éruption volcanique de 1301, en style roman, et puis sa structure a été modifiée au quinzième siècle, et avec des adjonctions baroques en stuc datant de 1700. Nous avons vu, en marchant dans les rues de la ville, la petite église où Vittoria Colonna a été enlevée par Ferrante d’Avalos, marquis de Pescara. Leurs noces furent célébrées dans cette cathédrale le 27décembre 1509. Cette cathédrale était en parfait état d’entretien lorsque les Français occupèrent le royaume, mais quand je dis que les canons anglais de 1809 ont fait des ravages dans l’île, on peut l’apprécier sur cette église. Ses ruines ont cependant été consolidées pour les rendre sûres, et désormais y sont régulièrement organisés des concerts, des représentations théâtrales, des lectures de prose ou de poésie.

 

533g1 Ischia, castello aragonese, crypte

 

533g2 Ischia, castello aragonese, crypte

 

533g3 Ischia, castello aragonese, crypte

 

Une chapelle dédiée à saint Pierre a été construite ici à la fin du onzième siècle et au début du douzième, constituée de chapelles ordonnées autour d’un espace central. Puis, au quatorzième siècle, en 1301 comme on l’a vu, une cathédrale a été construite au-dessus, en faisant sa crypte. De cette époque datent de merveilleuses fresques réalisées par des artistes de l’école de Giotto. Hélas, pendant la période où, appartenant aux domaines, la crypte comme la cathédrale ont été laissées à l’abandon, des plaques de marbre portant des inscriptions ont été volées et les fresques ont été vandalisées. Sur la troisième de ces photos, on voit que des crétins ont gravé leur nom, ajoutant leurs déprédations aux injures du temps.

 

533h Ischia

 

Les chemins que nous suivons sont enchanteurs, bordés d’épais buissons fleuris.

 

533i1 Ischia, castello aragonese, Madonna della Libera

 

533i2 Ischia, castello aragonese, Madonna della Libera

 

Nous arrivons à cette petite église du douzième siècle, à l’origine dédiée à saint Nicolas. Et puis il y a eu l’éruption de 1301, la population d’Ischia a prié la Madone, la lave n’a pas atteint le bourg, et en signe de reconnaissance et de gratitude l’église a désormais été dédiée à la Vierge qui avait libéré de peuple de la catastrophe, d’où son nom de chiesa della Madonna della Libera.  Cette belle fresque de l’Annonciation a été découverte sous une couche de plâtre. Pour que ce plâtre tienne, la surface avait été piquée afin qu’elle ne soit plus plate et lisse. C’est lamentable quand on voit combien la fresque était admirable.

 

533j Ischia, castello aragonese, pipes des gardes

 

Plusieurs salles contiennent un petit musée. Outre des peintures contemporaines, on y trouve divers objets dont cette vitrine de pipes des soldats de la garnison. C’est suffisamment original pour avoir retenu mon attention un moment.

 

 

533k Arrivée à Pouzzoles

 

Mais nous nous sommes attardés, parce que nous nous sentions bien. Le temps a passé et nous devons regagner le port qui est à plusieurs kilomètres, sans bus ni taxi. Pas de brosse à dents, pas de linge de rechange encore plus indispensable avec cette chaleur, il n’est pas question de passer la nuit dans l’île. Nous fonçons au pas de charge dans la foule qui, sortie d’on ne sait où quand on pense au désert des rues il y a quelques heures, déambule à présent en essaims compacts. Nous attrapons le dernier bateau de la soirée cinq minutes avant le départ. Et voici maintenant le port de Pouzzoles qui se profile, où deux ferries sont déjà à quai pour passer la nuit. Nous ne regrettons pas d’avoir effectué cette traversée, l’île d’Ischia en vaut vraiment la peine.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:20

531a Pozzuoli

 

 

Pouzzoles est une ville intéressante, c’est un port actif, il serait dommage de ne pas y consacrer une visite. Les ruines antiques de son amphithéâtre ne sont pas son seul intérêt. Nous entreprenons notre descente vers la ville par de petites ruelles étroites, des escaliers.

 

531b Pozzuoli, chiesa di San Raffaele

 

531c Pouzzoles, église Saint Raphaël

 

Au passage, une photo de la façade de cette église construite à la fin de la première moitié du dix-huitième siècle. Elle est consacrée à l’archange Raphaël. J’en profite pour te dire salut, Raph ! De plus, sous la statue, l’inscription précise que l’indulgence plénière est accordée quotidiennement.

 

531d Pouzzoles, le port de plaisance

 

Nous descendons ainsi jusqu’au port, en traversant des quartiers animés et sympathiques. C’est d’abord le bassin réservé aux plaisanciers. Pas de grands yachts, seulement de petites barques ou des vedettes. Sur ma photo se dresse dans le ciel le haut mât d’un seul voilier.

 

531e Pouzzoles, débarquement camions d'Ischia

 

Mais de l’autre côté du quai le format n’est pas le même. Toute la journée, des ferries de plusieurs compagnies partent ou arrivent, effectuant notamment la liaison avec Ischia, cette grosse île qui –c’est flagrant quand on regarde une carte– se trouvait dans le prolongement de la presqu’île des Champs Phlégréens, et que le volcanisme a surélevée tandis que d’autres parties s’enfonçaient dans la mer, de sorte que désormais un bras de mer sépare ces Champs Phlégréens de la petite île de Procida, et qu’un autre bras de mer sépare Procida d’Ischia. Le tirant d’eau du port de Pouzzoles serait suffisant pour des navires encore beaucoup plus gros qu’un ferry, mais du fait de la proximité de Naples les paquebots de croisière et les cargos géants n’ont rien à y faire.

 

Mais Ischia est une île d’environ dix-huit mille habitants permanents, et nombre de touristes font la traversée avec leur voiture, mais ce n’est pas suffisant, loin de là, pour justifier l’installation d’une raffinerie de pétrole. Il y a donc besoin de carburant. Pour des raisons de sécurité, je suppose, à moins que ce ne soit pour des raisons de commodité, le ferry que nous avons regardé ici accoster puis vomir sa cargaison était entièrement rempli de camions citernes Esso, et ne transportait aucun autre véhicule, ni aucun passager autre que les chauffeurs des camions. Un peu plus loin est arrivé un autre ferry, nous l’avons regardé se vider puis se remplir de nouveau. C’est toujours, pour nous du moins, un spectacle attrayant. Et en Italie, c’est encore plus amusant, parce que les files de voitures ne sont pas respectées, chacun essaie de se faufiler pour prendre la place du voisin, ce qui est d’autant plus vain que, contrairement à ce que nous avons vu dans d’autres ports, on n’entre pas par la poupe pour sortir par la proue, ici les véhicules entrent en marche avant et sortent en marche arrière et celui qui aura chipé la place de l’autre sortira donc après lui…

 

531f Pozzuoli, le port

 

Au bout du port, flotte un énorme engin dont je ne sais à quoi il sert. Ce ne semble pas être ce que j’ai entendu appeler une marie-salope, ces bateaux qui draguent la boue et autres alluvions qui se déposent au fond des eaux du port. Par ailleurs, sa forme ne semble pas le destiner à naviguer. Je repars avec mes interrogations, d’autant plus que Natacha ne partage absolument pas mon intérêt ni ma curiosité.

 

531g Pouzzoles, filets de pêcheurs

 

Dans un autre bassin fermé, auquel on ne peut accéder qu’en passant sous une arche basse, ce qui élimine tout voilier même très petit qui ne peut abaisser son mât, se regroupent de petites barques de pêche. Sur le quai, c’est un amoncellement de flotteurs, de bâches et surtout de fins filets. À côté, une baraque en bois décrépite est entourée de toutes sortes de vieux matériels abandonnés. Et nous voyons arriver une Porsche cabriolet avec un couple de mariés, elle en robe blanche avec une longue traîne, et vient se garer à côté une autre voiture avec les photographes. Il s’agit de prendre des photos dans ce cadre, d’abord devant la baraque, puis sur le port au milieu des filets. Il semble que les possesseurs de cette voiture ne soient pas coutumiers de cet environnement… Très amusant, nous assistons à toute la mise en scène, avec baisers sur commande, postures de stars, etc. C’est tellement artificiel que nous nous demandons si ce ne sont pas plutôt des mannequins qui posent pour une publicité. Mais non. La séance à peine achevée, la Porsche repart et arrive une énorme Maserati d’où descend la copie conforme du couple précédent. Et la séance a tout juste commencé quand vient se garer un gros 4x4 BMW avec son couple de mariés. Il semble que ce soit une mode d’avoir envie de jouer à s’encanailler, de choisir des lieux populaires ou délabrés pour fixer les souvenirs du jour des épousailles. Mais si le premier couple nous a retenus et nous a amusés, nous ne prenons plus aucun plaisir à voir rejouer deux fois le même scénario, poser les lèvres à deux millimètres les unes des autres, s’immobiliser pendant deux minutes pour laisser l’accessoiriste placer ses projecteurs et le photographe trouver le bon angle, ou voir la mariée s’accouder avec un sourire de commande à la portière de la voiture.

 

531h Pozzuoli

 

Nous allons nous promener jusqu’au bout de la jetée et y restons un bon moment à regarder la mer. Et nous nous disons que ce ne serait pas une mauvaise idée d’aller un de ces jours faire un tour à Ischia. Quand je dis "un de ces jours", il faut que ce soit bientôt, parce que nous n’allons pas nous éterniser ici, nous devons penser à descendre vers le sud.

 

De cette jetée, nous avons une très belle vue sur le quai en face où s’entassent pêle-mêle des bâtiments constituant un palais. C’est superbe, même si l’ensemble est en assez mauvais état. Mais des grues sont là, sans doute pour le restaurer. J’ignore de quand datent ces constructions, j’ignore même si, en fait, il s’agit réellement d’un palais, mais c’est immense et si, après réfection, le propriétaire ne s’y installe pas pour y vivre et lui donner une âme, j’espère au moins que ce ne sera pas livré à une banque ou à une compagnie d’assurances. Je vois un peu partout en Italie, mais surtout depuis la Toscane (moins dans le nord) tant de magnifiques bâtiments qui se délabrent faute d’entretien, c’est-à-dire, je suppose, faute de crédits, que je ne comprends pas pourquoi ne se développe pas, pour les sauver, le système des paradores espagnols, initié un peu avant la guerre civile, repris et développé par Franco, continué avec l’actuelle démocratie (et donc sans lien aucun avec une idéologie ou un système politique), qui installe des hôtels confortables, à un tarif qui en fait des entreprises rentables capables d’autofinancer leur entretien, dans de vieux châteaux, dans des monastères désaffectés, dans des bâtiments historiques.

 

Il nous reste à remonter vers notre volcan. C’est moins plaisant qu’à l’aller parce que nous prenons la route normale, où la circulation est intense.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:09

530a Volcan Solfatara

 

 

N’ayant guère envie de partir loin vers de nouvelles découvertes, et puisque nous sommes dans un environnement naturel agréable, nous bornerons notre promenade du jour à une ascension (en pente raide, mais aisée quand même parce que par une route) sur la crête de notre volcan Solfatara pour voir à quoi il ressemble vu d’en haut. La photo permet d’apprécier comment une petite partie du cratère, isolée du reste par des arbres, est réservée au camping. Non loin du centre mais un peu décalé vers la gauche, presque à la limite des arbres, on distingue vaguement une petite tache bleue : c’est la piscine du camping.

 

530b Campeggio Vulcano Solfatara

 

Progressant sur la crête on tourne autour du cratère et la piscine s’est maintenant déplacée vers la droite. Elle n’est plus cachée par les arbres. Sur le pourtour on aperçoit quelques chaises longues, quelque parasols. Et puis derrière, des camping-cars sont installés. Le nôtre, sur cette photo, est celui qui est le plus à droite, juste en face de l’angle des arbustes et des arbres qui délimitent l’espace de la piscine.

 

530c Notre installation à Solfatara

 

Un bon coup de zoom permet de voir comment nous sommes installés. Nous disposons d’autant d’espace que nous souhaitons, notre emplacement est ombragé ce qui n’est pas fait pour aider à charger les batteries avec le capteur solaire installé sur le toit, mais tant pis puisque nous avons le branchement sur le 240 volts, nous préférons nous protéger de la chaleur. Nombre d’autres campeurs, au contraire, préfèrent un espace bien dégagé vers le ciel parce qu’ils captent la télévision par satellite et leur antenne parabolique ne doit pas être gênée par les arbres : ces espaces dégagés sont aussi prévus dans le plan.

 

530d1 Pozzuoli, Solfatara, un chat ami

 

530d2 Pozzuoli, Solfatara, un chat ami

 

Puisque je parle du camping, je me dois d’ajouter quelques mots au sujet des chats. Plusieurs chats viennent nous rendre visite. Il y a même des conflits de territoire, l’un des visiteurs ayant dû se réfugier haut dans un arbre, attaqué et poursuivi par un autre. Quand ces chats obtiennent de nous quelque chose à manger, ils se précipitent, quoiqu’ils ne soient visiblement pas affamés. C’est de la gourmandise. Il y a même une chatte adulte qui se permet de miauler avec insistance pour réclamer quelque douceur. Puis, rassasiés, ils repartent. Un seul a un comportement que je qualifierai de plus "amical", il ne réclame jamais rien, il ne se jette pas sur la nourriture qu’on lui donne, il en laisse même quelquefois, mais il reste en notre compagnie, il s’installe près de nous, voire sur nos genoux, il ronronne, il nous regarde, de temps à autre il se lève et vient me gratifier d’un petit coup de langue ou d’une caresse de son crâne sur mon bras. Il sera dur de nous en séparer lorsque nous quitterons Pouzzoles.

 

Ce chat-là, c’est celui dont je parlais l’autre jour dans mon article et qui, deux jours après notre arrivée, nous avait déjà adoptés. Il est resté sur mes genoux jusqu’à ce que je finisse mon article et que je le pousse (gentiment) pour me lever. Quand je suis revenu de la salle de bains (ça, c’est un peu emphatique pour notre petit cabinet de toilette, salle de douche), il s’était pelotonné en boule sur le siège, là où j’étais assis précédemment. Je n’ai pas eu le cœur de le jeter dehors, je lui ai fait une petite caresse et bonne nuit, je suis allé rejoindre Natacha qui était déjà couchée.

 

Nous n’avions pour lui aucun "plat" où il puisse faire ses besoins aussi, craignant des saletés nous lui avons jeté un coup d’œil vers quatre heures du matin. Il dormait à pattes fermées. Invité à aller se promener, il n’a pas du tout agréé la proposition et a manifesté le désir de rester. Nous avons donc de nouveau escaladé notre échelle pour regagner notre lit. Mais au matin, plus de chat. Nous avons cherché partout où l’on aurait pu imaginer qu’il puisse se glisser, rien. Nouvelles recherches angoissées, parce que le camping-car n’est quand même pas une demeure immense pleine de recoins et de dessous de meubles. Sans plus de succès. Miracle, ou tour démoniaque, ou intervention d’un esprit malin… quand soudain Natacha m’appelle : nous avions oublié de remonter la vitre de l’une des portières de la cabine de conduite. Bien propres, les vitres sont aussi transparentes que si elles étaient baissées, aussi ne nous sommes-nous rendu compte de rien. Ouf, ni démon, ni esprit malin. Hélas pas de miracle non plus. Et notre ami disparu est bien vite revenu nous rendre visite.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:43

528a Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

 

Notre volcan Solfatara est sur la commune de Pouzzoles. À un ou deux kilomètres de "chez nous", dans la partie haute de la ville antique, au bout du parcours urbain de ce qui s’appelait la via Domitiana (la voie de Domitien, celle qui passait sous l’Arco Felice dont j’ai parlé et que j’ai montré le 26 mai), se trouvent les ruines d’un amphithéâtre romain. Nous ne pouvons manquer d’aller le visiter aujourd’hui. Construit dans les trente dernières années du premier siècle après Jésus-Christ, c’est-à-dire du temps des trois frères empereurs, Vespasien, Titus et Domitien, la famille des Flaviens, il porte la dédicace de "La colonie flavienne de Pouzzoles", précisément fondée dans ces années-là. Ce que nous en voyons ici sur ma photo, ce sont les galeries qui courent tout autour, au rez-de-chaussée, pour desservir des accès directs pour les gradins du bas et les escaliers pour les autres niveaux.

 

Le premier mai, à l’occasion de la procession du sang de saint Gennaro, j’ai parlé du martyre qu’il avait subi. Et c’est là, dans cet amphithéâtre de Pouzzoles dont nous foulons le sol, qu’il a été supplicié.

 

528b1 Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

528b2 Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Avec ses 74,78 mètres de long sur 42 mètres de large, l’arène de l’amphithéâtre de Pouzzoles était la troisième, par la taille, de tout le monde romain, après le Colisée à Rome et l’amphithéâtre de Capoue. En incluant les gradins, les galeries, les salles extérieures qui servaient entre autres de salles de réunion à diverses corporations, l’ensemble mesure 153,80 mètres sur 121,25. L’arène était entièrement recouverte d’une épaisse couche de sable, ce qui avait le double avantage d’amortir (un peu) les chutes et de faciliter le nettoyage. L’entretien en était confié à des esclaves noirs, chargés entre autres d’humidifier le sol pour éviter que la poussière n’incommode les spectateurs et ne perturbe les gladiateurs, mais de façon techniquement modérée, à l’aide d’outres de peau, pour ne pas transformer le sol en bourbier.

 

 

La grande fosse de 42 mètres de long qui court le long de l’axe central de l’arène et que l’on voit ici recouverte d’une grille afin d’éviter que le touriste distrait n’y fasse le grand saut, était destinée à recevoir des machineries et des espèces d’ascenseurs. Par là, on montait des décors, mais aussi on pouvait faire arriver les cages contenant les animaux féroces. Également, les spectacles reconstituaient parfois des scènes de guerre, et les renforts de soldats apparaissaient au cœur de la bataille, introduits dans l’arène à partir du sous-sol par de grands monte-charge. Cette fosse et ses machines permettaient tous les effets : dans sa septième Bucolique, Calpurnius Siculus décrit un gigantesque tourbillon au centre duquel apparaissent soudain des bêtes sauvages, mais aussi la forêt de leur environnement.

 

Il est clair, vu la configuration de cet amphithéâtre, avec sa fosse au centre, qu’il ne s’y est pas déroulé, à l’inverse de ce qui était usuel ailleurs, de naumachies, ces combats navals où de vraies galères se livraient bataille dans un amphithéâtre amplement inondé pour offrir un tirant d’eau suffisant pour ces navires de guerre. En revanche, y ont eu lieu tous les autres types de combats, scènes de guerre, chasses au fauve, luttes bête contre bête, gladiateur contre bête, gladiateur contre gladiateur. Sans nier quoi que ce soit de la violence et de la cruauté de ces combats, je dois à la vérité de dire qu’ils s’achevaient rarement par une mort d’homme, contrairement à ce que l’on raconte habituellement. En effet, les gladiateurs devenaient célèbres, ils avaient leurs supporters, et il aurait été inconcevable, lors de l’affrontement de deux vedettes, que l’on mette à mort l’un des deux combattants, car alors les émeutes du type de celle que j’ai décrite pour Pompéi (lors de la visite de la ville antique les 24 et 25 avril, puis au sujet de la mosaïque qui représente les rixes, au musée de Naples, le 28 avril) auraient été quotidiennes. Il arrivait assez souvent que l’un des combattants soit tué par son adversaire car les armes n’étaient pas mouchetées, mais le pouce renversé demandant la mise à mort, "à froid" après la fin du combat, du gladiateur vaincu était un geste rare, réservé à quelques combattants insuffisamment vaillants, par exemple ayant fui en courant autour de l’arène les coups de leur adversaire. C’était le cas, parfois, de prisonniers de guerre civils, réduits en esclavage, sans expérience du combat et jetés là par leur maître pour s’amuser.

 

528c Pozzuoli, il amfiteatro

 

Tout autour de l’amphithéâtre, sous les gradins, s’ouvraient des salles utilisées par des corporations professionnelles pour les réunions de leurs membres. Des inscriptions ont permis de déterminer, entre autres, la salle réservée aux réunions des joueurs de flûte.

 

528d Pozzuoli, il amfiteatro

 

S’ouvrant sous des arcs en plein cintre dans le mur extérieur, de la même façon que les salles des corporations afin de ne pas rompre la régularité de la façade, des couloirs donnent accès soit aux sièges du rez-de-chaussée, soit à des escaliers vers les rangs de sièges supérieurs.

 

528e Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Pour le visiteur, tous les accès sont interdits. Certes on peut se rendre dans l’arène et tourner autour du bâtiment par l’extérieur, mais il est interdit de monter dans les gradins, le couloir circulaire est fermé, une chaîne empêche d’entrer dans les salles ou de franchir les entrées.

 

 

En extérieur, donc, en désordre et sans aucune explication, on peut voir ces grosses jarres ventrues. Où ont-elles été retrouvées, dans l’amphithéâtre ou ailleurs en ville, aucune notice, aucun panneau ne le dit. Ni ne dit quel fut leur usage. Elles ont la forme des conteneurs de thermopolium, l’urne fixe noyée dans le comptoir, dans laquelle on glissait celle où avait été cuisiné le plat. Si tel a été leur usage, il est miraculeux qu’elles soient encore entières alors que le comptoir autour d’elles n’existe plus.

 

528f Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Ailleurs, des fragments de colonnes, des chapiteaux brisés, de simples pierres de taille, des morceaux de statues jonchent le sol au hasard. C’est ainsi que l’on peut voir ces deux pieds sur leur socle… Sur ma photo, on peut se rendre compte que sont jetés pêle-mêle ces pieds, une pierre non taillée, deux bouts de colonnes aux cannelures différentes, cela à même le sol, avec un peu de mauvaise herbe pour agrémenter le tout. Dommage.

 

529a Vulcano Solfatara

 

529b Vulcano Solfatara

 

Nous repartons donc vers notre volcan. Nous passons d’abord au camping-car faire une provision de papier et d’allumettes, pour réaliser dans le petit édicule antique du volcan notre expérience évoquée avant-hier. Sur la première photo, nous sommes dans l’allée qui, au sein du cratère, va de la partie camping à la partie en activité volcanique. Sur la seconde, nous sommes dans un décor de cratère lunaire (bien que je ne sois encore jamais allé sur la lune, pour comparer. Si nous voulions aller camper là-haut, dans une fusée interplanétaire notre engin de 3,5 tonnes et 7 mètres de long serait un peu encombrant).

 

529c1 Volcan Solfatara, expérience phase 1

 

529c2 Volcan Solfatara, expérience phase 2

 

529c3 Volcan Solfatara, expérience phase 3

 

Et voilà la séquence : Le long de la voûte de l’édifice, l’émanation de vapeur soufrée est discrète, il n’y a pas grand-chose. Puis on met le feu à un bout de papier tire-bouchonné que l’on meut près du sol. Sans doute l’air est-il un peu pauvre en oxygène, parce que notre papier a beau être bien sec, nous ne sommes pas parvenus à y faire apparaître une flamme. Il se consume en rougeoyant. Et l’on peut constater sur la troisième photo que cette consomption a produit son effet. Le dégagement de vapeur est bien plus intense. Que les écologistes se rassurent : après avoir bien éteint notre papier, nous l’avons glissé dans une poche en plastique avec nos allumettes brûlées, et avons remporté le tout vers une boîte à ordures.

 

529c4 Volcan Solfatara, expérience phase 4

 

Il ne reste plus qu’à profiter de l’inhalation naturelle, excellente pour les voies respiratoires et pour la santé de la peau. Ça sent fort, ça brûle un peu, mais ce n’est pas désagréable. Et puis c’est sain, alors on n’a pas à discuter.

 

529d Volcan Solfatara

 

529e Volcan Solfatara

 

J’ai envie de retourner cinq minutes voir les manifestations volcaniques, puisque c’est inclus dans notre séjour au camping. Pas besoin de retourner à l’entrée, de prendre des billets, ce que de toute façon nous ne ferions pas pour juste jeter un petit coup d’œil. En dehors des grandes bouches de solfatares qui continuent de rejeter beaucoup de fumée en sifflant fort, on découvre ici ou là, en marchant, d’autres fumerolles. Et je contemple encore les boues bouillonnantes, qui sont pour moi très spectaculaires. Et nous retournons dans la partie très classique où est établi le camping, accompagnés de la persistante odeur du soufre.

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