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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 12:52

Hier, nous sommes repartis d’une quarantaine de kilomètres vers l’est, là où, un peu au sud d’une sortie d’autoroute, se situe la ville antique de Ségeste. Comme il est impossible de passer la nuit à proximité, je demande conseil à un policier qui me dit que dans la localité de Calatafimi, à sept kilomètres, un petit parking accueille les camping-cars, avec alimentation en eau et écoulement des eaux usées. C’est en effet tout petit, il n’y a place que pour quatre camping-cars, mais nous sommes seuls, sous un haut mur, et assez isolés des maisons pour pouvoir mettre en marche notre groupe électrogène. Nous ne demandions pas mieux.

 

585a Calatafimi, ordures

 

Le téléphone passe mal. Or je voulais appeler Jérôme, mon petit frère. Je vais donc me balader, téléphone en main, loin de la protection de ce mur. Après mon appel, je retourne me munir de mon appareil photo, parce que j’ai vu un système de collecte des ordures qui n’est pas commun. Sur notre parking, il y a des containers pour le tri sélectif, plastique, papier et carton, verre, mais pas pour les ordures non recyclables. Dans la plupart des autres villes, grandes ou petites, Rome, Naples, Palerme, aussi bien que Pompéi ou Cefalù, la collecte des ordures ne se fait que lorsque les containers débordent. C’est inesthétique et nauséabond. De plus, sous le soleil écrasant ou sous la pluie battante, on doit aller jusqu’au bout de la rue déposer dans le container son sac plastique. Ici, idée géniale, on suspend ses ordures à un crochet sans se déplacer, on les descend par la fenêtre, et les éboueurs prennent le sac au passage. Pas d’accumulation, c’est propre. Mais les cambrioleurs peuvent repérer immédiatement l’absence des propriétaires si le crochet pend sans rien au bout. Il est vrai que c’est un village tranquille et que, je pense, les cambriolages doivent y être rares.

 

Et ma promenade m’a aussi permis de repérer des affiches. L’une d’elles informe d’une représentation de l’Électre d’Euripide au théâtre antique de Ségeste jeudi prochain 19 août. Trois jours. Je pense que ça doit valoir la peine. Et quand j’en informe Natacha, elle est aussi enthousiaste que moi. Nous ne pouvons pas manquer ça.

 

585b Ségeste, le temple vu de la route

 

Voici le temple de Ségeste tel qu’il apparaît de la route, avant que l’on pénètre dans la zone archéologique. Enfin presque, parce que j’ai quand même mis un bon coup de zoom (200mm).

 

585c Ségeste, le temple

 

Nous y voilà. Il ne manque pas de noblesse, ce temple. Il est même fascinant. Nous mettons longtemps à en faire le tour, à nous éloigner, à nous rapprocher.

 

585d1 Segesta, il tempio

 

585d2 Segesta, il tempio

 

Lorsque nous nous sommes rendus au théâtre, situé bien plus haut, nous avons eu l’occasion de revoir le temple sous un autre angle, de dessus. J’intercale donc ici ces photos. On peut voir aussi comment il est isolé dans une nature sauvage et grandiose.

 

585e Segesta, il tempio

 

Et encore sous un autre angle, d’un peu loin. Décidément, nous ne nous lassons pas de le contempler. Ses proportions sont parfaites, et sur sa colline il s’intègre merveilleusement au paysage. Le style architectural est typique des temples grecs de Sicile, il paraît que c’est le même qu’à Sélinonte, et nous aurons très bientôt l’occasion de le vérifier parce que le billet d’entrée sur le site de Ségeste est également valable, dans les trois jours, pour Sélinonte, située droit au sud près de la côte sud de Sicile alors qu’ici à Ségeste nous ne sommes pas bien loin de la mer de la côte nord. Les chapiteaux, les corniches, la courbe des lignes horizontales se retrouvent pareils un peu partout en Sicile dans les temples de la même époque.

 

585f1 Ségeste, le temple

 

585f2 Ségeste, le temple

 

Quelques photos de détail. On voit que le fronton, noble, n’était cependant pas sculpté. Peut-être était-il prévu d’y plaquer plus tard des frises réalisées à part. J’aime aussi la pierre dans laquelle est réalisée cette construction, avec sa teinte rose sous le soleil.

 

585g Ségeste, roche couleur du temple

 

Il n’y a pas à chercher bien loin pour comprendre comment il s’harmonise tellement bien avec son environnement. En redescendant du théâtre, nous avons été frappés par la couleur nettement rose de la roche érodée sur le bord du chemin. Pas de doute, la pierre du temple provient d’une carrière proche.

 

585h1 Ségeste, le temple

 

585h2 Ségeste, le temple

 

Une belle enfilade de quatorze colonnes doriques sur six de large donne à ce temple son remarquable équilibre. Les lignes sont pures, nettes, sans fioritures, ce n’est pas joli, c’est beau et grandiose.

 

585h3 Ségeste, le temple

 

Mais jusqu’à présent j’ai tourné autour du temple, et je n’en ai pas parlé. Je voulais d’abord le montrer, avant d’évoquer les problèmes archéologiques qu’il pose. Ségeste est à l’origine, comme toute la Sicile, Punique. La ville a été habitée par les Élymes, le même peuple dont j’ai parlé la semaine dernière (le 7 août) à propos d’Erice. Puis les Grecs s’y sont installés, même schéma. Tout au long du cinquième siècle avant Jésus-Christ, Ségeste et Sélinonte rivalisent, deux grandes cités. En 415, Ségeste demande l’aide des Athéniens, et Sélinonte s’allie à Syracuse. Défaite des Athéniens avec Ségeste. Alors en 409 Ségeste se tourne vers les Carthaginois, qui arrivent, et badaboum, ils détruisent Sélinonte. Bien fait pour elle. Et aussi Himère (entre Cefalù et Palerme), qui n’y est pour rien, mais qu’ils avaient dû quitter autrefois. Tant pis pour elle. Et puis, comme ils sont vainqueurs, ils occupent Ségeste. Normal. Un siècle plus tard, en 310, le terrible, le cruel tyran de Syracuse Agathoclès va essayer, mais sans succès, de chasser les Carthaginois d’Himère. Alors il se venge en allant en 307 à Ségeste, qu’il ravage. C’en est fini de Ségeste. Mais pas définitivement, parce que, tel le phénix, elle va revivre de ses cendres avec les Romains au deuxième siècle. C’est plus tard, avec les Vandales, qu’elle sera complètement rasée, pour ne plus renaître, sauf pour accueillir du côté du théâtre un château fort et une petite chapelle au Moyen-Âge, et aujourd’hui pour les touristes qui la visitent.

 

Dans le temple comme aux alentours, on n’a rien retrouvé qui puisse identifier la divinité à laquelle il était dédié. D’ordinaire on trouve des statuettes, des objets votifs, des ex-voto, des inscriptions. Ici, rien. Et puis la pièce réservée à la statue du dieu, où l’on dépose son trésor, que l’on appelle la cella, est généralement construite en premier lieu et le temple s’élève autour, mais ici pas de cella. Ce qui a amené des archéologues à supposer qu’il s’agissait d’un lieu public couvert, ayant l’apparence extérieure d’un grand temple pour des raisons esthétiques, mais qui n’était consacré à personne, sinon aux promeneurs en mal de rencontres conviviales. Mon guide Michelin acheté il y a quelques mois à Naples et daté 2008 balance encore entre la promenade publique et le temple mystérieux. Et puis, très récemment, des fouilles ont découvert une ébauche de fondations pour la cella, dont rien n’est apparent en surface. Et du coup on comprend d’autres choses. Le temple ayant été construit vers la fin du cinquième siècle, sans aucun doute on l’a abandonné inachevé en 409 lorsque les Carthaginois sont revenus s’installer dans la ville. Pas encore de cella, pas encore de statue de divinité, pas encore de culte, et par conséquent aucun objet en relation avec le dieu qui devait s’installer et ne s’est jamais installé. De plus, ce que l’on voit sur ma photo ci-dessus confirme l’inachèvement et apporte des informations intéressantes sur les techniques de construction. En effet, pour faciliter le transport et la mise en place des blocs de pierre très grands et très pesants, difficiles à prendre par dessous, on y laissait des excroissances de chaque côté, qui permettaient de maintenir les cordes utilisées pour les traîner, et sous lesquelles on pouvait placer horizontalement des madriers afin que des hommes nombreux les soulèvent. Et puis, quand le bâtiment était achevé, temple ou autre, en quelques coups de ciseau on supprimait ces formes inélégantes et on lissait la pierre pour obtenir une surface bien plane. Voilà comment la connaissance de l’Histoire liée aux découvertes des fouilles et à l’observation méticuleuse des archéologues a permis de lever le mystère de ce temple. Lors des très récentes recherches qui ont permis de découvrir des traces de cella, on a également mis en évidence des restes d’un petit édifice antérieur, ce qui laisse supposer que le dieu ou la déesse qui devait s’implanter là était l’objet d’un culte antique.

 

585i1 Ségeste, le théâtre antique

 

Passons maintenant au théâtre. Il est beaucoup plus haut, à deux kilomètres, sur l’autre versant d’une colline, ce qui fait que du temple on ne le voit pas, ni le temple quand on est au théâtre. La jeune femme qui nous a vendu les billets d’entrée sur le site a été fort étonnée que je ne prenne pas également un ticket pour la navette qui fait le lien entre les deux monuments. Je pense qu’elle m’a cru bien avare pour ne pas vouloir débourser 1,50 Euro par personne pour l’aller et retour. Son étonnement était peut-être aussi lié à mon âge. Comment un vieillard de soixante-six ans va-t-il pouvoir effectuer une ascension de deux kilomètres et puis redescendre sous le soleil sicilien du mois d’août sans rendre l’âme en cours de route, voilà ce qui n’est pas envisageable. Et pourtant, ce soir, je suis encore en vie. Et en prime, au lieu de faire le trajet debout dans un autobus bondé, nous avons pu nous arrêter en chemin à regarder le temple de la route qui s’élève, et faire des photos dont quelques unes sont ci-dessus. Sans compter que le paysage est somptueux. Par ailleurs au retour, avec un éclairage différent, ce n’est plus le même décor, et nous sommes redescendus en empruntant un chemin hors de la route suivie par la navette, l’ancienne route tracée par les Grecs. Il n’en reste que quelques pierres mais il est émouvant de suivre le chemin utilisé il y a deux mille cinq cents ans.

 

585i2 Ségeste, le théâtre antique

 

585i3 Segesta, il teatro antico

 

Le théâtre date de la seconde moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle Ségeste complètement romanisée voit s’élever la plupart des monuments situés sur cette acropole. Le demi-cercle de construction comportant les sièges –que l’on appelle la cavea– pouvait, paraît-il, accueillir dans ses soixante-quatre mètres de diamètre quatre mille spectateurs. C’est beaucoup plus que ce que je peux estimer en comptant le nombre de personnes que l’on peut asseoir, serrées, sur le premier rang, le nombre du dernier rang, en faisant la moyenne des deux et en multipliant par le nombre de rangées. Mais bon nombre de rangées supérieures de la cavea ont disparu, les recherches les plus récentes montrant qu’elles se situaient là où l’on a mis au jour une nécropole musulmane et des restes de maisons médiévales. Au Moyen-Âge on a construit également quelques maisons sur la scène, on a utilisé des pierres, si bien qu’au début du quatorzième siècle les rangs les plus bas de cette cavea n’existaient plus et à leur place ainsi que sur la scène s’accumulaient terre, pierrailles, ruines de maisons. C’est alors que le duc de Serradifalco entreprit de grands travaux de déblayage et de restauration. L’état actuel est le résultat d’un projet scientifique mené de 1993 à 2001.

 

585i4 Ségeste, le théâtre antique

 

Même si ce théâtre évoque les théâtres grecs adossés à une pente et l’utilisant pour que la colline serve d’architecture, celui-ci a été construit par les Romains et cela se voit notamment dans ce grand mur de soutènement sur le côté. Nous sommes bien sur la pente de la colline de l’acropole, mais elle n’a pas été creusée pour suivre le contour semi-circulaire de la cavea, de sorte que les côté sont construits dans le vide. Intégrés à ce mur mais non visibles actuellement pour les visiteurs, on a dégagé un puits et un réservoir d’eau destinés à abreuver les acteurs mais aussi, sans doute vu le volume d’eau, les spectateurs.

 

585j1 Ségeste, la ville antique

 

585j2 Ségeste, la ville antique

 

Hormis ce théâtre, il ne reste que des ruines en très mauvais état sur cette acropole. Néanmoins, l’École Normale Supérieure de Pise a minutieusement étudié les lieux et a pu reconstituer leur usage ainsi que, plus ou moins, leur apparence. C’est ainsi que ce petit édifice circulaire dans une cour bordée de portiques était vraisemblablement un marché. Ma seconde photo montre la route monumentale qui montait vers cette ville juchée sur l’acropole. Je suis tourné vers la vallée, dos à la direction du théâtre. Elle se poursuivait par un cryptoportique, c’est-à-dire par un passage couvert, et continuait son chemin jusqu’à desservir le théâtre, de l’autre côté de l’acropole. Mais on remarque aussi, sur la gauche, au-delà d’un étroit espace en terre, d’autres dalles plus polies et de forme plus régulière. C’était un petit forum triangulaire situé le long de la route. Un panneau explicatif dit que ce forum est traversé de part en part par une inscription monumentale en latin évoquant deux hommes impliqués dans sa construction, dont cet Onasus cité à témoin par Cicéron dans son Contre Verrès. Quoique j’aie, il y a bien des années, traduit ce plaidoyer qui a eu d’énormes conséquences, je confesse que le nom d’Onasus n’est pas resté gravé dans ma mémoire. Néanmoins j’aurais beaucoup aimé lire cette inscription. Elle a une signification particulière pour moi. Hélas, j’ai eu beau me pencher autant que j’ai pu contre les barrières de protection, prendre des photos dans tous les sens et les scruter sur mon écran en les agrandissant au maximum, je n’ai pas trouvé la trace de cette inscription. Voilà pourquoi je ne la montre pas ici.

 

585j3a Ségeste, mur du château médiéval

 

585j3b Ségeste, mur du château médiéval

 

Les archéologues déterminent quatre phases dans la vie de Ségeste. La période archaïque, s’achevant au début du cinquième siècle avant Jésus-Christ, est celle des restes d’un édifice de culte ancien là où a été construit le grand temple que nous avons vu. Puis vient la phase hellénistique ancienne et moyenne, qui s’articule aux quatrième et troisième siècles, après la construction et l’abandon du grand temple. La troisième phase de construction, hellénistique récente, se situe à la fin du deuxième siècle, et voit s’élever nombre de monuments sur l’acropole. Pour la dernière phase, il faut faire un grand bond jusqu’au Moyen-Âge, fin du douzième siècle, treizième siècle. Dans cette phase médiévale, les constructions antiques sont déjà écroulées, en ruines, et l’on en réutilise les matériaux pour édifier un château, une chapelle dédiée à saint Léon, et des maisons d’habitation. Le château, comme toute l’acropole, a été déserté au milieu du treizième siècle. Ce n’est qu’en 1989 que l’on commença à déblayer la terre et la végétation qui recouvraient les ruines de ce château et les cachaient complètement à la vue. Pourtant, il avait dû s’élever à une hauteur de huit ou dix mètres. Aujourd’hui, on peut le visiter, mais il n’en reste qu’un rez-de-chaussée dont les murs écroulés ne délimitent les pièces sans sol (des planches ont été disposées pour la circulation des touristes) que sur une hauteur d’un à trois mètres. Je trouve cela sans grand intérêt, et je n’en montre donc pas de photos. En revanche, voici deux photos de ces murs, où l’on voit comment, dans cet appareil très irrégulier, a pu être utilisé un tronçon de colonnette antique, et comment les interstices sont comblés avec des cailloux mais aussi avec des tessons de poteries trouvées également sur le site et datant de l’époque romaine.

 

585k Ségeste, escargots

 

À Paestum déjà nous avions été frappés par l’amour que les escargots semblaient porter aux lieux de fouilles de villes antiques. Car ce n’est pas le seul fait de cette ville de Campanie, puisque c’est la même chose ici en Sicile. En redescendant de l’acropole, je me suis amusé à prendre quelques photos de leur accumulation. Ils ne sont pas des milliers, ils sont des millions. Chaque tige, chaque herbe, les lampadaires, les bornes, sont assaillis par les escargots. Leur densité est telle qu’il serait légitime de ne pas me croire sur parole. Telle est la justification de ces trois photos. Mais, plus astucieux que les hérissons (qui, selon Giraudoux, dans Intermezzo je crois mais je n’ai évidemment pas le livre sous la main, trouvent toujours plus séduisante la femelle qui est de l’autre côté de la route), à moins que ce ne soit parce qu’ils sont hermaphrodites, je n’en ai pas vu un seul sur l’asphalte de la route fréquentée par les autobus de la navette.

 

Après ces belles réflexions sur les mœurs sexuelles comparées des escargots et des hérissons, je crois que je peux mettre le point final pour aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 11:08

584a Sicile, Port de Trapani

 

 

Je suis si bavard dans mes derniers articles que je dois compenser aujourd’hui. Nous nous sommes promenés sur le port de Trapani. Je ne montrerai que trois photos, Je commence par ce fort à l’entrée du port.

 

584b Port de Trapani

 

J’aime bien tous ces petits bateaux blancs sur le bleu de la mer et le bleu du ciel. Ici, pas de grands yachts ni de longs quais, ce sont de multiples petites vedettes. Il y a aussi un port d’embarquement de passagers ou de marchandises, je ne le montrerai pas parce qu’il n’est guère original.

 

584c Sicile, Port de Trapani

 

En revanche, puisque j’ai annoncé trois photos, je termine par le port de pêche. En d’autres circonstances, ces immeubles modernes à l’arrière-plan, ces simples blocs posés dans tous les sens, ne présenteraient aucun intérêt. Mais ici le paysage me plaît, cette ligne de constructions aux formes géométriques rigides opposée aux formes variées et irrégulières des bateaux, et tout cela pris en tenaille entre le bleu du ciel et le bleu de la mer, ce n’est pas désagréable.

 

Et voilà, je m’arrête là. Nous avons trouvé tout près de Trapani une "sosta camper", une aire pour camping-cars avec sanitaires, douches chaudes, connexion électrique. Nous avons à travailler, nous allons cesser toute visite pendant quelques jours et lire, classer nos photos, également ordonner les centaines de livres (près de 300) que nous avons emportés de France ou acquis depuis le début du voyage en septembre dernier. Et nous reprendrons des forces pour affronter le soleil sicilien du mois d’août…

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Published by Thierry Jamard
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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 10:15

583a1 Vers Erice en téléphérique

 

 

583a2 Vers Erice en téléphérique

 

Hier, nous avons quitté Palerme pour la seconde fois et sommes allés nous installer près de la mer, sur la commune de Valderice, c’est-à-dire près de Trapani, capitale de province, tout au bout à l’ouest de la Sicile. Près de la mer, cela signifie à une altitude zéro ou à peu près. De même pour Trapani, qui est un port et une plage. Et là, juste au-dessus, se dresse une masse énorme au sommet de laquelle a été édifiée une ville dans l’Antiquité. C’est Erice. Pour se hisser là-haut, à un petit peu plus de 750 mètres, il existe une route en lacets, mais il y a aussi beaucoup plus simple et plus amusant, un téléphérique. C’est très commode, un grand parking gratuit peut nous accueillir juste devant la gare, et les cabines défilant sans s’arrêter devant le quai, comme au ski, on n’a pas à attendre plus de quelques secondes. Ce n’est pas donné, c’est six Euros l’aller et retour, mais en haut le parking est payant, de plus il est petit et il n’est pas évident qu’il puisse accueillir un grand camping-car en pleine saison. Cela nous donne l’occasion d’admirer le paysage pendant l’ascension, malgré les vitres en plastique déformantes, sales et pleines de reflets. Visiblement, un incendie a ravagé le haut du mont et roussi le bas, mais nous pouvons apprécier l’extraordinaire dénivellation tout près de la mer.

 

583a3 Erice, accueil polyglotte

 

Entre la gare du téléphérique et la porte de ville, dans une petite baraque a été installé un bureau d’information touristique, où l’on est fort bien accueilli. D’abord, dans toutes ces langues, c’est sympa. Natacha, dont les deux parents sont ukrainiens, est particulièrement sensible au fait que, après le russe, l’ukrainien n’ait pas été oublié. Une jeune fille tout à fait charmante nous explique ce qu’il y a à voir, nous donne un plan format A3 et des dépliants. Grande compétence. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, car sur son badge, son nom est précédé de son titre, dottoressa. Elle est docteur. Je ne sais s’il existe en Italie un doctorat de tourisme, ou si elle est historienne, ou littéraire, mais elle est capable de s’exprimer en langue autre que l’italien.

 

En terre cuite, en pierre ou en bronze, de nombreux objets retrouvés sur ce mont prouvent qu’il a été habité dès l’époque préhistorique. Une légende raconte que Éryx, fils d’Aphrodite, serait devenu roi des Élymes et aurait fondé la ville qui porte son nom, Erice. Les Élymes sont l’ancienne population qui occupait la région, jusqu’à Ségeste. De cette époque et de l’occupation carthaginoise qui a suivi datent les murs cyclopéens qui enserrent encore aujourd’hui la ville, murs que l’on désigne pour cela remparts élymo-puniques. Leur base, en gros blocs irréguliers, date du septième siècle (œuvre des Élymes), et la partie supérieure, régulière, est du sixième siècle (Carthaginois). Ce sont les Carthaginois qui introduisirent le culte de leur déesse Astarté qui, par la suite, lors de l’établissement des Grecs, a été identifiée à Aphrodite et, lors de l’occupation romaine, à Vénus. De tout le monde romain, le culte de Vénus Érycine a attiré pendant des siècles de très nombreux pèlerins auprès de cette déesse de la fécondité et de ses prêtresses qui pratiquaient la prostitution sacrée. D’ailleurs, à Rome, deux temples étaient dédiés à Vénus Érycine. Celui d’Erice existe encore, transformé en château par les rois normands, pour cela appelé Castello di Venere. Un tel culte, si puissant, fit d’Erice l’un des bastions du paganisme les plus résistants à l’implantation du christianisme. La légende raconte que, la nuit de la naissance de Jésus, le temple de Vénus s’écroula. En réalité, c’est l’empereur Constantin qui ordonna de le détruire, et d’en utiliser les pierres pour construire, à l’autre bout du rocher, une chapelle devenue, avec les rois de Sicile, la cathédrale. Et les fondations du temple furent réutilisées par les rois Normands pour des bâtiments du château.

 

583b1 Erice, la cathédrale

 

583b2 Erice, la cathédrale

 

C’est en 1312 que le roi Frédéric II d’Aragon décide de construire, à la place de la chapelle de Constantin, la Chiesa Madre (l’Église Mère), le Duomo. Une partie de la voûte s’est écroulée en 1853 et une partie encore plus importante en 1857 mais on entreprit immédiatement de la reconstruire, ce qui fut achevé en moins de dix ans (déjà, en 1652, le toit s’était effondré). Toutefois ce portique de façade date de 1426, il était destiné à accueillir, pendant les offices, les pénitents interdits de pénétration dans l’église avant que soit purgée leur peine, ainsi que les non baptisés.

 

583c1 Erice, la cathédrale

 

Quant au campanile, il date de la fin du treizième siècle, voulu par Frédéric III d’Aragon. Sa base carrée de huit mètres de côté, ses vingt-huit mètres de haut, ont fait de lui, outre sa fonction de clocher, une plate-forme d’observation défensive, car il ne faut pas oublier que cette hauteur s’ajoute aux 751 mètres du rocher. De là-haut –et je parle d’expérience parce que nous avons gravi les 108 marches de l’escalier– la vue embrasse un horizon immense, sur mer et sur terre. Il a aussi servi, à mi-hauteur, de petite prison pour les condamnés de l’Église.

 

583c2 Erice, la cathédrale

 

583c3 Erice, la cathédrale

 

Avant de pénétrer dans l’église, voyons de plus près deux éléments seulement aperçus sur mes photos générales. C’est, sur l’église, cette superbe rosace de pierre qui, je trouve, a beaucoup du style arabe, et, sur le campanile, cette fenêtre dont la pierre tendre a été érodée au cours des siècles mais qui n’en a peut-être que plus de douceur dans ses formes.

 

583d1 Erice, la cathédrale

 

583d2 Erice, la cathédrale

 

Suite à l’effondrement de l’église au milieu du dix-neuvième siècle, seules les deux rangées de colonnes et les arcs ogivaux qu’elles soutiennent ont été épargnés et ont été conservés, le reste est une reconstruction néogothique. Le magnifique plafond de la voûte n’est pas de pierre, c’est une décoration de stuc.

 

583e1 Erice, cathédrale, croix de saint Benoît

 

583e2 Erice, musée de la cathédrale, st Joseph et Jésus

 

Évidemment, ce n’est pas tout ce qu’il y a à admirer dans ce duomo, mais il y a tant à voir à Erice que je suis obligé d’être bref sur chaque endroit. Par le transept gauche, on a accès à un petit musée. J’en retiens cette belle croix avec saint Benoît, toute d’argent repoussé et ciselé, et en vermeil pour la représentation de saint Benoît. Elle a été exécutée avant 1560.

 

Et puis cette statue de saint Joseph avec l’Enfant Jésus. Il n’est pas fréquent de voir saint Joseph autrement qu’en figurant dans les représentations de la Sainte Famille. Dans les Nativités, il est présent, mais guère plus que le bœuf et l’âne, Marie s’occupe de Jésus, les bergers offrent des agneaux, les Mages se prosternent avec leurs présents, et lui se tient debout dans un coin. Pourtant, il a joué son rôle éducateur comme s’il était le père de Jésus, avant de devenir pêcheur Jésus a travaillé dans l’atelier de charpentier de Joseph, mais les deux hommes ensemble ne sont pas souvent représentés. Et ici, c’est un père de famille qui tend la main vers son fils avec sollicitude. Mais Jésus, en petit garçon récalcitrant qui ne regarde pas son père, me plaît moins. Je lui trouve un air de gamin orgueilleux. Cette statue de bois taillé polychrome date du début du dix-huitième siècle.

 

583f Erice, San Domenico

 

Cheminant par les ruelles médiévales infestées de boutiques pour touristes mais qui n’ont cependant pas perdu tout leur cachet, nous passons devant cette église San Domenico, sur la place du même nom. Elle ne se visite pas, mais de toutes façons il y a tant d’églises à Erice qu’il est impossible de les voir toutes. Cette façade, comme celles de toutes ou presque toutes les églises d’Erice, est simple et sèche, elle ne comporte que peu d’ornementations. D’une part, la plupart des églises d’Erice constituent la récupération d’édifices antérieurs, de sorte que le mur de façade suit un plan rectiligne. D’autre part, les architectes utilisaient la pierre de la région, tendre et friable, et ils privilégiaient une surface plane sur laquelle se verraient moins les injures du temps.

 

583g1 Eice, Sant'Alberto dei Bianchi

 

Nous arrivons ainsi à l’église Sant’Alberto dei Bianchi. Construite en 1371, c’est l’une des premières églises dédiées à ce saint mort en 1307. Le Cercle des Blancs (Bianchi, en italien), association d’hommes pouvant prouver leurs quartiers de noblesse, s’est constitué en 1568 et, de cette date, il a été chargé du patronage de Saint Albert, d’où cette appellation de Saint Albert des Blancs. Une reconstruction de la fin du dix-huitième siècle lui a donné ses stucs néoclassiques de 1794.

 

583g2 Eice, Sant'Alberto dei Bianchi

 

Cette statue représentant saint Albert est en bois polychrome et date de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. La niche où elle se trouve est beaucoup trop grande pour elle, parce que ce n’est pas cette statue qui devrait s’y trouver, mais un autre saint Albert, debout, en marbre. Lorsque, en 1950, on a fermé l’église pour des travaux de réfection devant durer plusieurs dizaines d’années, la statue de marbre exécutée en 1654 a été transportée sur la place devant une autre église (San Giuliano). Et puis elle y est restée après la réouverture en 2007.

 

583g3 Eice, Sant'Alberto dei Bianchi

 

Près d’Erice se trouve une petite commune agricole du nom de Custonaci dans l’église de laquelle – déjà attestée en 1339– se trouve l’original de cette Vierge à l’Enfant, tableau sans aucun doute réalisé au seizième siècle. Une copie du dix-neuvième siècle, comme celle-ci, se trouve également dans la Chiesa Madre. Cette Madonna di Custonaci (l’original, bien sûr) était appelée Madonna dell’Acqua parce qu’elle était portée en procession de Custonaci à Erice et retour pour demander la pluie pour l’agriculture, et son culte était répandu dans toute la Sicile. Le style du tableau le rattache à l’école d’Ombrie et du Pérugin, mais avec une probable influence catalane si l’on considère les ramages fleuris de la robe de Marie ainsi que les deux petits anges qui déposent une couronne sur sa tête.

 

583h1 Erice, monastère du Très Saint Sauveur

 

Et nous voici au monastère du Très Saint Sauveur (Santissimo Salvatore). Désolé, je vais devoir parler Histoire, c’est indispensable pour comprendre son origine. C’est la fin du treizième siècle, avec ses luttes entre Anjou et Aragonais. Charles d’Anjou s’est fait couronner roi de Sicile en 1266 par le pape Martin IV après avoir défait Manfred et fait exécuter Conrad. Le peuple, qui voulait la dynastie des Normands et Souabes, est furieux. Le 31 mars 1282, lundi de Pâques, ce sont ce que l'on a appelé les Vêpres Siciliennes. Au moment où sonnent les vêpres à Palerme, un événement mineur –un soldat français insulte une femme sicilienne– déclenche une rixe, de là une émeute, puis un soulèvement de la ville et de toute la Sicile. Le peuple massacre les Français. La fille de Manfred et petite-fille du grand empereur Frédéric, Constance de Hohenstaufen, est une Souabe, et parce qu’elle est mariée à Pierre III d’Aragon, les Siciliens font appel à l’aide de celui-ci qui, trop heureux de faire la nique au Français, arrive au galop. Charles d’Anjou, qui était établi à Messine, juge plus sage de céder le terrain sans une guerre qu’il risque fort de perdre et se retire sur Naples, préférant garder son royaume continental et abandonner l’île. Les Siciliens couronnent Pierre II d’Aragon roi de Sicile. Mais le pape, qui se rappelait qu’en 1072 les Normands avaient chassé les Musulmans de Sicile au nom de l’Église du Christ, prétend être seul habilité à couronner un roi de Sicile, et il excommunie en bloc tous les Siciliens.

 

La même année 1285 voit mourir Pierre III d’Aragon et Charles d’Anjou. Côté Anjou, à Naples, c’est Charles II le Boiteux qui succède à son père, quoique restant prisonnier des Aragon jusqu’en 1288. Côté Aragon, Pierre III avait souhaité qu’après sa mort le royaume d’Espagne et celui de Sicile restent séparés, aussi son fils Alphonse III assume-t-il les possessions d’Espagne et son autre fils Jacques I le royaume de Sicile. Mais quand, en 1291, Alphonse III meurt sans héritier, normalement, Jacques Premier de Sicile devrait lui succéder en Aragon et laisser la Sicile au troisième fils de Pierre III, son frère Frédéric d’Aragon, mais il n’en fait rien et prend la succession sur l’ensemble au mépris du testament paternel et devient Jacques III d’Aragon tout en gardant la Sicile. Pire, aux termes d’un accord avec le pape Boniface VIII, il va trahir le peuple sicilien en 1295 en rendant le trône de l’île aux Anjou en échange de la Corse et de la Sardaigne. Évidemment, les Siciliens refusent de reconnaître ce roi parachuté et le 25 mars 1296 ils remettent la couronne au troisième fils de Pierre III, Frédéric II d’Aragon. Enfin, en 1302, mettant fin à cette problèmes de succession et satisfaisant les revendications siciliennes, la paix de Caltabellotta partage le royaume en deux, il y aura le Royaume de Sicile (mais oui) sur le continent avec sa capitale à Naples et ses rois angevins, et le Royaume de Trinacria dans l’île, capitale Palerme, avec ses rois aragonais.

 

En cette fin de treizième siècle, le comte Enrico Chiaramonte est l’heureux propriétaire d’un palais à Erice. Il a juré fidélité à Jacques Premier, mais lorsque ce dernier, en 1292, garde pour lui Sicile et Aragon, il prend le parti de Frédéric, le frère lésé qui aurait dû devenir roi de Sicile. Jacques Premier accuse alors de félonie Chiaramonte qui, pour échapper à la peine capitale, doit s’exiler de toute urgence. Mais lorsque les Siciliens proclament roi Frédéric II, le nouveau roi gracie le comte Chiaramonte qui avait pris son parti. Le comte peut enfin rentrer à Erice et reprendre possession de ses biens. Pour remercier le Seigneur d’avoir permis ce renversement de situation et sa grâce, Chiaramonte donne son palais d’Erice aux Bénédictins pour y construire un monastère dédié au Très Saint Sauveur. En 1588, le monastère a été agrandi pour accueillir 50 Bénédictins. Et ce sont les ruines de ce monastère que nous visitons à présent.

 

583h2 Erice, monastère du Très Saint Sauveur

 

Dans ce monastère, on avait une spécialité de boulangerie et de pâtisserie, notamment les fameux "dolci di badia" ("gâteaux d'abbaye") qu’Erice continue de produire, même maintenant que le monastère a été déserté. C’est dans ces salles que se trouvaient les grandes cuves de bois où l’on pétrissait la pâte ainsi que les vastes tables sur lesquelles on modelait le pain et les gâteaux et laissait reposer la pâte. Au sol étaient entreposées les jarres et autres récipients contenant l’huile, les conserves et tous les produits et accessoires nécessaires à la pâtisserie. Et dans une salle attenante, les fours.

 

583h3 Erice, monastère du Très Saint Sauveur

 

Ici l’on faisait la farine. Un mulet tournait sans relâche dans ce cercle, entraînant la meule du moulin. L’un des murs est creusé d’une mangeoire, l’autre d’un abreuvoir.

 

583h4 Erice, monastero del Santissimo Salvatore

 

Encore une dernière vue de ce monastère avant de repartir. Après la dissolution des congrégations, il a été laissé à l’abandon et on a vu en quel état de ruine il se trouve aujourd’hui. Mais en isolant des pans de murs comme celui-ci, on peut voir qu’il avait fière allure.

 

583i1 Erice, San Giuliano

 

583i2 Erice, San Giuliano

 

Encore une église. C’est San Giuliano, Saint Julien. Le Normand Roger Premier vient de prendre la Sicile aux Arabes en 1072 et déjà, en 1076, il décide de la construction de cette église chrétienne, qui sera donc l’une des toutes premières d’Erice. Pendant la guerre de conquête, les Normands avaient invoqué saint Julien, ils ont donc pensé qu’ils lui devaient la victoire. Ils l’ont nommé "le Libérateur" et ils en ont fait le protecteur de la ville. D’ailleurs, depuis le douzième siècle jusqu’en 1936, le mont sur lequel est bâti Erice s’est appelé Monte San Giuliano. Au début du dix-septième siècle l’église menaçait de s’effondrer, on a donc dû procéder à des travaux et on en a profité pour l’agrandir puis, la voûte de la nef centrale s’étant écroulée en 1927, le bâtiment a alors été restructuré. Le campanile baroque, lui, est de 1770.

 

583i3 Erice, San Giuliano

 

Mais c’est surtout à l’intérieur que cette église est intéressante. Non pas vraiment par son aspect général, car sa nef n’a rien d’exceptionnel, mais plutôt par ce qu’elle renferme.

 

583i4 Erice, San Giuliano

 

583i5 Erice, San Giuliano

 

Dans le bas de l’église, on trouve cet étonnant escalier à vis qui ne monte nulle part, il n’y a rien de l’autre côté du mur et donc aucune porte n’a été murée. J’ai un dépliant sur les monuments d’Erice, un guide pour la visite de la ville et nous avons acheté un petit livre sur les églises d’Erice. Nulle part il n’est question de cet escalier. Je suppose qu’il menait à une tribune qui s’est effondrée en 1927.

 

Le bénitier, lui, est l’un des rares éléments provenant de l’église d’origine. Outre l’intérêt qu’il présente du fait de son ancienneté, sa forme est élégante et j’aime l’opposition du bois de la partie supérieure et de la pierre de sa base.

 

583j1a Erice, San Giuliano

 

583j1b Erice, San Giuliano

 

Placées dans le bas-côté et donnant l’impression de n’être qu’en dépôt provisoire, plusieurs scènes sculptées représentent avec réalisme des épisodes de la Passion du Christ. Le détail du visage de cet homme qui tire la langue est tiré d’une scène où le Christ est moqué et insulté. Sans doute, ce ne sont pas des œuvres impérissables, mais c’est suffisamment original et élaboré pour que je m’y sois arrêté et que j’aie envie de les montrer.

 

583j2 Erice, chiesa di San Giuliano

 

Indépendamment de ces scènes de la Passion, mon regard a été attiré par cette Vierge. Elle est en position assise, le corps est un peu lourd, c’est pourquoi j’ai également pris une photo cadrée sur le visage que je préfère choisir ici. Par ce regard baissé sous des paupières à demi closes, par ce geste délicat des mains, je ne sais ce que l’artiste a voulu exprimer. Peut-être était-ce un groupe de l’Annonciation, où Marie baisse les yeux avec humilité devant le rôle qu’il lui incombe de jouer, les mains exprimant le doute quant à sa capacité à y faire face. Peut-être Marie est-elle accroupie près de son Fils mort, la moue de sa bouche exprimant la tristesse, par son geste elle s’en remet à Dieu. Quoi qu’il en soit, je trouve splendide cette sculpture.

 

583j3 Erice, San Giuliano

 

De l’autre côté, une salle en très mauvais état dont je ne comprends pas la définition, apparemment pas la sacristie –mais après tout peu importe– une salle, dis-je, porte sur le mur du fond ce grand Crucifix en bois du seizième siècle.

 

583k1 Erice, San Giuliano, sujets en cire

 

583k2 Erice, San Giuliano, sujets en cire 

Depuis des siècles, la Sicile s’est fait une spécialité du travail plastique de la cire, dans des représentations expressives et dramatiques. Le plus célèbre de ces céroplasticiens est Gaetano Giulio Zummo, né à Syracuse en 1653 et mort à Paris en 1701, dont les œuvres sont conservées dans des musées de Florence et de Londres. À Erice, ce sont les Carmélites du couvent de Sainte Thérèse, fondé en 1701, qui se sont fait une spécialité de représentations de saints en cire parmi les plus vénérés et de la Vierge, mais surtout de l’Enfant Jésus. Lors de la dispersion des congrégations religieuses au dix-neuvième siècle, les Carmélites transférèrent leur activité et leurs collections à l’orphelinat Saint Charles.

 

Mes photos souffrent du fait que j’ai été obligé de les prendre à travers des vitres dont il m’était impossible de supprimer les violents reflets. Néanmoins, ces deux Petits Jésus donnent une idée de ces œuvres en cire. Mais il y a aussi dans cette salle attenante à l’église San Giuliano des œuvres de plus grande dimension, par exemple une Cène, la table garnie, Jésus entouré de ses douze apôtres. Mais c’est sombre, et même à l’œil nu difficile à voir du fait des reflets créés par la lumière dans le dos. Dommage.

 

Lorsque nous sommes ressortis de cette église et des salles d’exposition, il était temps de rentrer. Nous n’avons même pas vu toutes les églises figurant sur le billet groupé que nous avons acheté (il en reste deux), et le château normand est lui aussi intéressant, paraît-il. Peut-être reviendrons-nous avant de quitter la région, sinon ce sera… pour un autre voyage. En attendant, nous reprenons le téléphérique.

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Published by Thierry Jamard
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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 00:11

580a Palerme, arrivée Oratorio del Santissimo Rosario in S

 

Hier, j’avais à lire, j’avais à trier mes photos, Natacha est allée seule dans le centre de Palerme. En rentrant, elle m’a dit avoir vu des choses magnifiques et aujourd’hui elle a absolument tenu à ce que nous allions ensemble pour que je les voie. Et ce soir devant l’ordinateur, en repensant à ce que j’ai vu, je ne le regrette pas. Ce que l’on appelle le Quartier de la Loggia vaut vraiment la peine. À la fin du dix-huitième siècle, de nombreux Génois, Amalfitains, Pisans et Vénitiens s’installèrent en "colonies" à Palerme et y construisirent des logements, des églises, des boutiques et des loggias commerciales. Le nom du quartier, Quartiere della Loggia (au singulier) vient probablement d’une loggia génoise. Le district touristique de Palerme a défini et fléché un parcours, "Les Trésors de la Loggia", qui constitue la première moitié des visites d’aujourd’hui.

 

580b1 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

580b2 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Nous commençons par l’Oratorio del Santissimo Rosario in San Domenico. La Compagnie du Très Saint Rosaire, instituée en 1568, accueillait la fine fleur des artisans, commerçants et artistes, dont le fameux Giacomo Serpotta. La construction de l’oratoire a débuté en 1573, et au gré d’aménagements, modifications, agrandissements, a été achevé et 1594. Au dix-huitième siècle, pour décorer l’ensemble, on a fait appel à Serpotta. Le coût du marbre blanc étant trop élevé, il a travaillé en stuc. Toutes ces décorations de stuc ont été réalisées entre 1710 et 1717. Une gestion aberrante des eaux, propres, pluviales et usées, dans les immeubles voisins a entraîné des dégradations des stucs, qui ont revêtu des taches jaunes en surface. Ce que l’on voit aujourd’hui est le fruit d’une soigneuse restauration.

 

580c Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domeni

 

Des tableaux de maîtres ornent les murs, des fresques sont peintes au plafond. Les formes rectangulaires de l’oratoire, sans transept, ses murs blancs, sa luminosité en font presque une salle de musée. Pourtant, aujourd’hui comme hier, il reste un lieu de culte.

 

580d1 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Voilà un bel exemple de stucs foisonnants baroques, tous ces anges et angelots volant et virevoltant partout. Mais c’est aussi très créatif, un ange est en train de peindre l’inscription, tandis que l’autre tend le tissu. À ce propos, il faut dire que sur le stuc, certains endroits, comme cette tenture ou des objets que nous allons voir ensuite, ont été revêtus d’une feuille d’or, et puis une restauration maladroite et économique a plus tard passé une couche de peinture dorée… Je ne sais si une récente restauration a restitué l’or véritable, autrement dit j’ignore l’authenticité de ce que nous voyons ici.

 

580d2 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Juste en passant cette image d’un dessus de porte, parce que je trouve à la fois de très jolis traits et une grande beauté dans ce visage, doux mais volontaire.

 

580d3 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

580d4 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Tout autour de l’oratoire, les murs sont creusés de niches où se trouvent des statues représentant des vertus. Ici, la première est "fortitudo", soit quelque chose comme le courage, la force de caractère, la détermination. Ce n’est pas exactement ce qu’évoque pour moi cette statue, sans son nom inscrit dessous je ne l’aurais pas identifiée ainsi, mais je trouve admirable le mouvement de sa robe, le drapé, la grâce de son geste et de sa posture. Quant au visage que je montre en détail, c’est celui de la mansuétude. Et en effet cette femme semble pleine de bonté et de compréhension.

 

580e Palerme, Giacomo Serpotta à l'Oratorio del Rosario di

 

Notre étape suivante est à Santa Cita. Il y a là une grande église et, de l’autre côté d’un petit jardin, un oratoire. Nous commençons par nous diriger vers l’oratoire, mais devant l’entrée est placé ce buste de Giacomo Serpotta. Il faut préciser que, n’ayant pas été réalisé de son vivant (mais seulement pour le deuxième centenaire de sa mort survenue en 1732), il n’exprime peut-être pas exactement son expression. Je suppose qu’il a été réalisé d’après portrait peint.

 

580f1 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, bataille

 

580f2 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, bataille

 

Là encore, nous sommes en présence de stucs de Serpotta. Regardant le mur du fond de l’oratoire, surprise ! Que vois-je ? La bataille de Lépante. La Méditerranée, au seizième siècle, est dominée dans sa partie occidentale par l’Espagne, dans sa partie orientale par l’Empire Ottoman, lequel mène une politique d’expansion, ce qui inquiète le monde occidental chrétien. De plus, la marine turque se livre à des razzias sur les villes côtières européennes de Méditerranée, pille, emmène les habitants en esclavage. Puis, en 1570, les Turcs s’emparent de Chypre, possession vénitienne. Le pape Pie V, voyant là une occasion de stopper l’expansion de la nation islamique, arrange une alliance entre la République de Venise, l’Espagne et lui-même. C’est la Sainte Ligue. Une puissante flotte espagnole, vénitienne, et du Saint-Siège part de Messine et, le 7 octobre 1571, enferme les galères turques commandées par Ali Pacha dans le Golfe de Lépante (Naupacte aujourd’hui). C’est la première grande victoire chrétienne sur les Ottomans depuis près de deux siècles. Sur les 300 navires de la flotte turque, 117sont pris, 143 sont coulés, ils n’en ont plus que 40. Quinze mille occidentaux esclaves sont libérés. Trente mille Turcs sont morts, huit mille sont faits prisonniers, la Sainte Ligue emporte un butin de 450 canons mais a quand même perdu sept mille cinq cents hommes. Quatre fois moins que les Turcs, on préfère le présenter ainsi pour grandir la victoire, mais je ne peux m’empêcher de penser à tous ces morts, des hommes, qu’ils soient Turcs ou chrétiens. Le 21 mars, à Rome, dans l’église Santa Maria in Aracœli, nous avons vu le plafond offert par Marcantonio Colonna en action de grâce à la Vierge. Ici, ce stuc représente avec des détails minutieux cette bataille et les navires.

 

580f3 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, bataille

 

Ceci est sous la bataille de Lépante. Dans l’enfant de gauche sur cette photo, Natacha voit mon grand-père maternel, parce que je lui ai raconté il y a quelques jours comment, fils d’un capitaine au long cours, il rêvait d’être marin. Et, un jour –il avait peut-être huit ou neuf ans, parce que c’était du vivant de son père, qu’il a perdu alors qu’il avait dix ans– le navire de son père avait levé l’ancre de Nantes, et sa mère était folle d’inquiétude en ne trouvant nulle part son fils. Il s’était embarqué clandestinement sur le bateau de son père, un navire marchand qui partait pour l’Afrique. Comme il y avait une escale à Bordeaux pour charger des marchandises, mon grand-père a été débarqué et réexpédié sur Nantes dare-dare. Natacha se l’imagine dans ce jeune garçon sculpté sous un paysage marin.

 

580g1 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, Annoncia

 

580g2 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, Visitati

 

580g3 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, Fragella 

 

Dans cet oratoire, les murs sont couverts de scènes du Nouveau Testament. On suit le déroulement d’un tableau au suivant. D’abord, c’est l’Annonciation. Puis la Visitation. Je voudrais tout montrer, c’est impossible. Alors je fais un grand bond jusqu’à ce tableau de la Passion, la Flagellation. Ce sont des représentations en ronde-bosse d’une incroyable précision. Je sais bien que pour Théophile Gautier le stuc ne vaut pas le marbre :

 

            Oui, l’œuvre sort plus belle

            D’une forme au travail

                    Rebelle

            Vers, marbre, onyx, émail […].

 

            Statuaire, repousse
            L'argile que pétrit
                    Le pouce,
            Quand flotte ailleurs l'esprit ;

            Lutte avec le carrare,
            Avec le paros dur
                    Et rare,
            Gardiens du contour pur.

 

Mais ne lui en déplaise, j’admire ces petits tableaux de Serpotta. Il a bien le droit de préférer l’émail à l’aquarelle, le marbre de Carrare ou de Paros à l’argile ou, quoiqu’il ne le cite pas, au stuc, mais j’aime certaines aquarelles et j’aime ces scènes de l’oratoire de Santa Cita.

 

580h Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, siège

 

Sous ces stucs, le long des murs, tout autour courent des bancs soutenus par des sculptures en bois. Tant pis si les touristes, me voyant ramper à quatre pattes, se sont demandé si j’avais perdu quelque chose (la tête, peut-être), mais j’ai eu envie de prendre quelques photos de ces supports. En voici un.

 

580i1 Palerme, église Santa Cita, Pietà, par Giorgio da M

 

Je suis à présent non plus dans l’oratoire, mais dans l’église. J’y ai admiré cette Pietà (de marbre, Monsieur Gautier), sculptée au quinzième siècle par Giorgio da Milano. Non pas tant pour le Christ, qui me paraît bien petit par rapport à sa mère, et bien malingre, mais pour Marie. Cela dit, cette œuvre ne vaut pas celle de Michel-Ange à Saint-Pierre du Vatican.

 

580i2 Palerme, église Santa Cita, San Mamiliano (18e sièc

 

Je ne suis pas en admiration devant cette statue de san Mamiliano sculptée au dix-huitième siècle. Je la mets ici pour la richesse de ses ors, pour sa polychromie (les gants rouges en particulier), et parce que je trouve amusante cette représentation du saint évêque. Il est né et a vécu au cinquième siècle à Palerme, dont il est devenu l’évêque. Après le sac de Rome par les Vandales, leur roi Genséric le poursuivit (que l’on ne me demande pas le lien entre Rome et Palerme, entre Genséric et Mamiliano, je n’en ai pas la moindre idée et rien, aucun document, ne m’éclaire à ce sujet). Toujours est-il qu’il baptisa Ninfa (Nymphe), la fille du préfet de Palerme nommé Aurélien qui, païen, fut furieux et tenta par des tortures de faire abandonner le christianisme à sa fille, qu’il emprisonna au palais royal, dans la tour qui aujourd’hui encore porte le nom de Ninfa. Puis il exila Mamiliano et Ninfa dans une prison en Afrique, ainsi que trois disciples. Tous cinq parvinrent à s’évader et naviguèrent vers la Sardaigne, puis vers des îles de Toscane, où ils s’établirent. C’est là qu’est mort saint Mamilien vers 460. Mais je passe vite à la suite.

 

580i3 Palerme, église Santa Cita, Marie, d'une Annonciatio 

 

580i4 Palerme, église Santa Cita, Madonna del Parto (18e s

 

La suite, ce sont ces deux Vierges qui me plaisent infiniment. La première, du seizième siècle, faisait partie d’un groupe de l’Annonciation. Elle accepte la nouvelle, mais elle est désemparée, on sent qu’elle ne sait pas comment assumer la situation. J’aime l’expression du visage, les mains sur la poitrine, et puis ce manteau étoilé flottant sur sa robe rouge. Évidemment, puisque nous étions il y a deux jours au musée du palais Abatellis, je peux me référer à l’Annunziata d’Antonello da Messina, et cette sculpture n’a rien de commun avec le tableau, ce sont deux interprétations différentes de la réaction de Marie à l’Annonciation, et les deux sont également intéressantes.

 

Quant à la seconde sculpture, du dix-huitième siècle, c’est une Madonna del Parto. Marie est représentée enceinte. Elle tient son ventre entre ses deux mains, son visage tout jeune est fatigué par la grossesse, elle est grave sans être triste, elle aussi me plaît énormément.

 

580j1 Palerme, église Santa Cita, Visitation

 

580j2 Palerme, église Santa Cita, Couronnement d'épines

 

L’église, elle aussi, comporte des scènes du Nouveau Testament en stuc, mais beaucoup moins nombreuses. J’ai sélectionné la Visitation pour la mettre en parallèle avec celle de l’oratoire, et le couronnement d’épines. Ici, dans la première scène, je n’aime pas trop l’expression d’Élisabeth, et dans la seconde Jésus est épuisé, certes, mais l’Évangile le représente comme assumant ce qui lui arrive alors qu’il est représenté ici comme subissant en étant absent. Décidément, je trouve que les stucs de l’oratoire sont bien meilleurs.

 

581a Palerme, Santa Maria in Valverde

 

581b Palerme, Santa Maria in Valverde

 

L’étape suivante est à Santa Maria in Valverde. Ce n’est plus un oratoire, mais une église. Son extérieur assez sévère ne laisse pas prévoir l’exubérance de la décoration intérieure. Ici, ce sont des marbres qui recouvrent chaque centimètre carré de mur.

 

581c1 Palerme, Santa Maria in Valverde

 

581c2 Palerme, Santa Maria in Valverde

 

Aussi bien ces loges latérales que la tribune dans le fond de l’église sont séparées de la nef par des grilles. Mais alors que le fond ne comporte qu’un léger treillage métallique très décoratif et complètement transparent, en revanche les loges latérales isolent complètement et cachent à la vue les personnes qui s’y trouventL les religieuses, des Carmélites, ne devaient pas être vues des fidèles de l’autre sexe assistant aux offices. Elles étaient donc cachées dans les loges latérales derrière leurs grilles, mais je ne comprends pas bien le rôle, autre que décoratif, de la légère grille du fond.

 

581d1 Palerme, Santa Maria in Valverde 

581d2 Palerme, Santa Maria in Valverde

 

Je ne ferai pas de commentaire de tout ce que je vois, parce que je ne comprends pas grand-chose et que nous n’avons pas trouvé le moindre livre explicatif. Cela ne m’empêche pas de trouver intéressant cet au revoir en agitant un mouchoir devant le soleil figuré avec son char. Quant à cet ange enfant (il y a beaucoup de “putti” partout, mais celui-ci a des ailes, c'est un angelot) chevauchant un aigle, je n’en sais pas non plus le sens. Ce n’est quand même pas l’aigle de saint Jean l’évangéliste.

 

581e Palerme, Santa Maria in Valverde

 

Beaucoup plus classique (et compréhensible pour moi) est cette Vierge au pied de la Croix, devant un fond fleuri de couleurs délicates. Ces dessins en marqueterie de marbre sont remarquables, et la Vierge, tout en noir, son mouchoir entre les mains, le visage penché, se détache bien sur ce fond.

 

581f1 Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

581f2 Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

Et nous voici tout près du port, à l’église San Giorgio dei Genovesi, Saint Georges des Génois. Isolée sur une place calme, avec ses quelques marches sur toute sa largeur, sa façade plutôt austère et simple, sa belle pierre colorée, cette église me plaît.

 

581g Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

581h Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

Elle me plaît d’ailleurs davantage d’extérieur que d’intérieur. Non que l’intérieur soit laid, mais il n’est ni particulièrement original, ni particulièrement décoré. Je relèverai seulement ce tableau représentant le supplice de Saint Laurent. On note la cruauté de celui qui applique Laurent sur le gril en le tirant par les cheveux, ou le sadisme de celui qui, avec des pinces, applique une pièce de fer rougie au feu sur le bas-ventre du martyr. L’hagiographie, bien sûr, parle du supplice du gril mais ne donne pas d'indications sur le détail du comportement des bourreaux. En employant, il y a un instant, le mot de sadisme (avec cet anachronisme consciemment commis parce que du Marquis de Sade il n’était pas question du temps de saint Laurent), je me suis dit aussi que ces peintres qui, dans leurs œuvres, imaginent, inventent des raffinements dans le supplice, et les représentent avec complaisance, ne sont sans doute pas, eux non plus, exempts d’une certaine forme de sadisme. Sans doute, ils réprouvent cette cruauté, mais ils parviennent à imaginer, à concevoir ce que l’on peut faire pour augmenter la souffrance.

 

581i Palerme, San Domenico

 

581j Palerme, San Domenico 

 

Nous passons devant San Domenico. Il est 15h30, elle est fermée, nous ne visiterons pas. Encore une église de Dominicains, reconnaissable à son blason. En italien, le chien se dit cane. D’ailleurs, on connaît le fameux cave canem latin, prends garde au chien, des villas romaines. Les religieux de cet ordre jouent avec le nom Domini-cani, les chiens du Seigneur. Voilà pourquoi on retrouve le chien sur le symbole de leur ordre.

 

Et voilà, nous avons fini le tour des églises prévues pour ce jour. Comme il est encore tôt et que Natacha comme moi avons envie de voir le musée des marionnettes de Palerme avant de quitter la ville, surtout depuis que nous avons assisté à une représentation et avons rencontré un créateur le 11 juillet, nous décidons de nous y rendre. À vrai dire, nous avons déjà été là-bas, le 14 juillet, mais c’était fermé… pour célébrer santa Rosalia. Aujourd’hui, il est ouvert.

 

582a1 Palerme, museo dei Pupi, Mali

 

582a2 Palerme, museo dei Pupi, Mali 

 

Ce musée n’est pas exclusivement consacré aux marionnettes palermitaines, il raconte l’histoire de la marionnette de tous les pays, de tous les temps et manipulées de diverses manières, à fil, à bâtons, ou par dessous. Ici, ce sont des marionnettes des Bambara du Mali, premier théâtre de marionnettes africain découvert par les Européens à la fin du dix-neuvième siècle. Mues par en-dessous au moyen de bâtons, elles dansent des danses rituelles, la plupart du temps sans parler ou, quand elles parlent, c’est à travers un instrument qui rend leur voix incompréhensible, nécessitant un traducteur. À l’origine, les représentations avaient lieu à la saison sèche, et matérialisaient les esprits qui président à la vie de la communauté, avec effet propitiatoire pour l’agriculture, la chasse, la pêche, la santé et la paix. Ni femmes ni enfants n’ont droit d’accès à la cabane où sont conservées les marionnettes.

 

582b1 Palerme, museo dei Pupi, frontière Nigéria-Bénin

 

582b2 Palerme, musée des marionnettes, frontière Nigéria

 

Tout autres sont les marionnettes des Yoruba de la ville de Ketu, à la frontière entre le Nigeria et le Bénin. Ce que l’on voit s’appelle Glédé, ce sont deux masques marionnettes. À la fin de la saison des pluies et au début de la saison sèche, les danseurs revêtent ces masques et effectuent des danses propitiatoires. Les marionnettes, en cette position haute au sommet de la tête, émergent au-dessus de la foule et le danseur lui-même les actionne, par en-dessous, au moyen de fils, le mouvement du danseur et celui de la marionnette s’intégrant dans une même action.

 

582c1 Palerme, musée des marionnettes, Japon

 

582c2 Palerme, musée des marionnettes, Japon

 

Je ne m’étendrai pas aussi longtemps sur les théâtres de marionnettes plus connus, comme ceux du Japon. Je me contenterai d’en montrer quelques exemplaires.

 

582d Palerme, musée des marionnettes, Chine

 

De même, les marionnettes chinoises sont connues en Europe depuis longtemps, il y a même dans les pays occidentaux des représentations de ces théâtres traditionnels de marionnettes chinoises. Voici un échantillon des personnages courants.

 

582e Palerme, museo dei Pupi, marionnettes aquatiques, Viet

 

Beaucoup moins connu (de moi, en tous cas) est ce théâtre vietnamien aquatique. En effet, les représentations ont lieu sur l’eau.

 

582f Palerme, musée des marionnettes, France, Guignol

 

Et puis voici Guignol, notre Guignol français. Mais, ô scandale ! Alors que tous ces théâtres de marionnettes d’Afrique, d’Asie, et bien sûr d’Italie ont droit à des panneaux explicatifs fort détaillés, quelques personnages du Guignol lyonnais sont alignés sur une étagère (il n’y a même pas le gendarme, personnage essentiel puisqu’il se fait rosser à chaque fois par Guignol), sans autre explication que "Guignol, Francia", "Femme de Guignol", "Ami de Guignol"… Les Normands, les Anjou, Napoléon, Murat, au secours !

 

582g1 Palerme, musée des marionnettes, Italie, 19e siècle

 

Ces marionnettes proviennent d’un théâtre de marionnettes italien privé datant du dix-neuvième siècle. Clairement, elles évoquent la Nouvelle Orléans.

 

582g2 Palerme, musée des marionnettes, Italie 1920, Laurel

 

Quant à ces marionnettes à fil, également italiennes, elles datent de 1920. Elles représentent Laurel et Hardy, ainsi que Greta Garbo. On voit qu’à côté des représentations traditionnelles, les marionnettes peuvent aussi évoquer l’actualité.

 

582h1 Palerme, museo dei Pupi

 

Typiquement sicilien est le théâtre de marionnettes dans le cadre de l’opera dei pupi. Il s’agit d’un théâtre qui date du dix-neuvième siècle, aussi les vêtements des personnages et tout l’environnement sont-ils caractéristiques de cette époque. Il s’agit de récits à épisodes, qui peuvent s’étaler sur plusieurs mois, la durée de chaque épisode étant d’environ une heure. Du fait de cette continuité, il fallait un local fixe. Les spectateurs sont des hommes et des enfants, quasiment jamais des femmes. Le public participe avec enthousiasme, il s’identifie aux héros, il hue les méchants. Également, les personnages de l’actualité sont souvent représentés, sous les traits et les noms des personnages du théâtre, mais le public (adulte) reconnaît fort bien de qui il s’agit et peut ainsi exprimer sa détestation ou son approbation.

 

582h2 Palerme, musée des marionnettes, traditionnels Pupi

 

Selon le principe des séries américaines à la télévision, l’opera dei pupi met en scène des récits carolingiens à épisodes multiples. À côté des personnages historiques ou légendaires apparaissent des figures emblématiques propres au théâtre local, ce sont Nofriu et Verticchiu à Palerme, c’est Peppinninu à Catane. Car entre ces deux centres de ce teatro dei pupi, chacun a ses traditions, et en particulier les marionnettes de Palerme sont beaucoup plus petites que celles de Catane. Les légendes chevaleresques diffusées en Sicile dérivent des chansons de geste médiévales françaises (que l’on pense à l’Orlando Furioso de l’Arioste, ou à la Jérusalem Libérée du Tasse). Le récit est écrit pour en définir les lignes, mais les dialogues sont improvisés.

 

582h3 Palerme, museo dei Pupi, personnages divers

 

582h4 Palerme, museo dei Pupi, animaux

 

En dehors de ces chevaliers et soldats, il y a les personnages civils de toutes sortes, ainsi que les animaux. Par ces photos, on voit qu’ils sont nombreux, variés, et que la qualité de leur exécution n’a rien à envier à celle des soldats en cuirasse.

 

582h5 Palerme, museo dei Pupi, Polyphème

 

Récits carolingiens, chansons de geste, oui mais pas uniquement. Les personnages que j’appelle civils, par exemple, ne trouvent pas tous, loin de là, leur place dans ces thèmes. Et encore moins celui-ci, que je montre pour terminer la visite de ce musée. C’est Polyphème, le géant qui n’a qu’un œil au milieu du front et qui retenait Ulysse et ses compagnons dans son antre.

 

Voilà donc une journée bien remplie, et un article surchargé de photos. Il est grand temps de mettre le point final.

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 19:06

578a Palermo, palazzo Abatellis

 

Lorsque, le 9 juillet, nous avons visité la galerie d’art sicilien au palazzo Abatellis, nous n’avons pas eu le temps de tout voir, mais nous y avons fait une rencontre capitale, celle d’Angelo Di Garbo, qui est devenu un ami. Et il nous a proposé de le retrouver ce matin sur son lieu de travail, au palazzo Abatellis, où il va nous guider et nous expliquer ce que nous ne comprenons pas, puisque sa formation de spécialiste en histoire des arts et sa fonction dans ce musée le prédisposent à cela.

 

578b Palermo, palazzo Abatellis, Carlo Scarpa

 

Entre autres, il nous parle de Carlo Scarpa, le grand architecte et designer italien (1906-1978) qui a travaillé dans bien des domaines, mais dans les années 1950 il a tout particulièrement restructuré des musées, dont le palais Abatellis en 1953, la gypsothèque Canoviana à Possagno en 1955, le Musée Civique de Castelvecchio à Vérone en 1956, la Quadreria du Musée Correr à Venise en 1957… C’est un maniaque du détail, chaque œuvre est placée exactement là où elle doit l’être, avec tel fond, tel espace autour d’elle, et dans cet espace ce doit être le vide, ou bien au contraire une autre œuvre qui lui réponde. Ici, Angelo nous a fait passer derrière un panneau, là où évidemment les touristes ne sont pas autorisés à aller, pour nous montrer comment Scarpa dessinait sur place pour indiquer aux ouvriers et techniciens ce qu’il voulait précisément.

 

578c Palerme, palazzo Abatellis, vase atelier de Malaga, fi

 

Ce vase est fin treizième siècle, début quatorzième siècle et il est sorti des ateliers de Malaga en Espagne. Or à cette époque les Arabes occupent l’Espagne, ce vase est donc bien entendu arabe, cela se voit à son style et à sa technique de réalisation. Mais son emplacement, dans une salle avec d’autres objets arabes (dont le plafond de bois dont j’ai montré un détail le 9 juillet), a été voulu précisément par Carlo Scarpa. En effet, juste en face, sous la dernière arcade, monte un escalier. Sur le mur du palier, une fresque représente un ange, et justement, pour Scarpa, les anses de ce vase arabe évoquent les ailes d’un ange. Le vase doit donc être placé dans cette salle pour l’unité d’origine et de style des objets présentés, mais pas n’importe où, devant cette ouverture pour que sa forme réponde à celle des ailes de l’ange de la fresque. Il ne doit pas y avoir un visiteur sur mille à faire le rapprochement, mais qu’importe, Scarpa est un perfectionniste maniaque, il veut donner un sens à chaque détail de ce qu’il réalise.

 

578d Palermo, palazzo Abatellis, Éléonore d'Aragon

 

Le mois dernier, j’ai publié deux photos de cette Éléonore d’Aragon par Francesco Laurana. Je la trouve si admirable que je suis encore resté en contemplation devant elle, que je l’ai de nouveau prise en photo et que je ne peux résister à l’envie de publier celle-ci.

 

578e Palermo, palazzo Abatellis, chars santa Rosalia 19e si

 

Le 14 juillet, j’ai montré le défilé profane des charrettes siciliennes précédant le char de Santa Rosalia. Le 11, déjà, j’avais montré une étape de la fabrication de ce char. Voici des dessins de la première moitié du dix-neuvième siècle représentant des projets pour le char à cette époque. On voit que le style en a radicalement changé, mais il s’est aussi simplifié pour de basses raisons budgétaires.

 

578f1 Palerme, palazzo Abatellis, ste Catherine d'Alexandri

 

578f2 Palerme, palazzo Abatellis, ste Catherine d'Alexandri

 

Sainte Catherine, princesse née vers 290 en Égypte, à Alexandrie, est une jeune fille brillante, cultivée, poétesse, philosophe. Elle s’est convertie au christianisme tardivement, assez longtemps après sa mère, ayant vu en rêve la Vierge qui voulait la présenter à son Fils, mais Jésus détournait la tête, disant qu’il ne voulait pas la voir puisqu’elle n’était pas régénérée. Sa foi était telle qu’elle la faisait rayonner autour d’elle. Dans un autre songe, Jésus lui apparaissait de nouveau, disant qu’il l’aimait et, et présence de Marie, il lui passait au doigt un anneau de mariage. C’est pourquoi nombre de tableaux représentent son mariage mystique. Elle décida donc de ne pas se marier et de vivre en épouse du Christ. Un jour, à l’occasion d’une grande fête païenne, l’empereur Maximin avait fait le voyage de Rome à Alexandrie. Catherine en profita pour l’aborder (elle était princesse et vivait à la cour) et tenta de le convertir au christianisme, lui démontrant qu’il était absurde de sacrifier à ces idoles ridicules. Alors lui, n’ayant pas d’arguments à lui opposer, mais à la fois intrigué par cette fille courageuse et éloquente, et mécontent d’être resté coi, la mit en présence de cinquante savants philosophes. Mais elle fut si convaincante dans ses réponses que les cinquante philosophes se convertirent au christianisme. Fou de rage, Maximin les fit mettre à mort. Néanmoins, il pensa que cette fille, qui finalement lui plaisait par la beauté et par l’intelligence, céderait devant l’ambition, aussi pensa-t-il qu’en lui proposant de l’épouser il satisferait son attirance tout en l’amenant à revenir au paganisme, mais elle refusa dédaigneusement, disant qu’elle était mariée mystiquement avec Jésus-Christ. Furieux, humilié, il la supplicia en lui faisant étirer et disloquer les membres sur un chevalet, puis la jeta en prison mais quand l’impératrice, le lendemain, alla lui rendre visite dans sa geôle Catherine rayonnait malgré les tortures endurées et sa situation misérable. Alors l’empereur décida de la mettre à mort en faisant déchiqueter son corps dans une machine infernale composée de quatre roues bardées de clous, qui la feraient passer et repasser entre elles jusqu’à ce qu’elle meure en lambeaux. Mais la légende dit que les clous tombèrent d’eux-mêmes au passage de son corps et que les roues se brisèrent. Alors pour en finir, l’empereur la fit décapiter.

 

Depuis, elle est la patronne des érudits et des chercheurs, et nombre de toiles la représentent parmi les philosophes, disputant savamment avec eux. Ici, elle porte en main un disque nommant les neuf sciences, à savoir, au centre l’astrologie (qu’il faut considérer comme science astronomique d’abord, d’où sont ensuite tirées des prédictions purement astrologiques), et tout autour la rhétorique, la grammaire (à savoir la science du langage, la philologie, la linguistique, la stylistique, ainsi que la connaissance des auteurs), la dialectique, la géométrie, la musique et… je ne parviens pas à lire la dernière, un peu effacée, sur la gauche. Elle semble commencer par Alt… et finir par …trica, c’est-à-dire en français –trique. Je cherche, je cherche, mais je manque d’imagination. Ces photos, même la première, ne sont que des détails d’un grand panneau en cinq parties par un maître toscan au début du quinzième siècle, représentant sur la partie centrale la Madone sur un trône avec l’Enfant Jésus et des anges, entre sainte Catherine d’Alexandrie et saint Paul sur les deux parties de gauche, saint Pierre et saint Dominique sur celles de droite.

 

578g1 Palerme, palazzo Abatellis, travail de restauration

 

578g2 Palerme, palazzo Abatellis, travail de restauration

 

 

578g3 Palerme, palazzo Abatellis, artiste restaurant une œ 

Un peu plus loin, dans la salle où est présentée la merveilleuse Annunziata d’Antonello da Messina, mon attention est attirée par quelque chose de fort intéressant. Une jeune artiste est occupée à restaurer un meuble. C’est un travail délicat, minutieux, et qui exige un haut savoir-faire afin de redonner de l’éclat sans trahir l’esprit de la décoration d’origine. Fort intéressé, je suis resté un moment à contempler l’habile travail de ses mains, d’autant plus que son visage est également fort agréable à regarder… Et comme, avec une grande gentillesse et un charmant sourire elle m’a autorisé à observer, à photographier et même à publier, alors j’ai grand plaisir à montrer son travail et son sourire.

 

578h Palerme, palazzo Abatellis, œuvre (déb. 16e s.) du M

 

Ceux-là sont moins souriants, c’est le moins qu’on puisse en dire, mais je trouve leur expression intéressante. On appelle l’auteur le Maître de la Pentecôte parce qu’il a représenté… il a représenté quoi ? Oui, c’est ça, bravo, il a peint la Pentecôte, le Saint-Esprit qui descend sur les apôtres. C’est une interprétation très libre parce que, autant que je me souvienne, il n’y avait que les apôtres, or là la colombe de l’Esprit Saint vole dans un halo lumineux au-dessus de onze hommes et deux femmes, qui sont Marie très clairement et Marie-Madeleine semble-t-il. Je ne suis pas particulièrement accroché par la représentation de Marie mains jointes et yeux baissés, ni de Marie-Madeleine les yeux levés vers la colombe, en revanche je suis tombé en arrêt devant le regard et le visage qui sont l’objet de cette photo.

 

578i Palerme, palazzo Abatellis, Sainte Agathe et saint Pie

 

Je terminerai cette seconde visite du palazzo Abatellis avec ce tableau du Français Simon Vouet (Paris 1590-1649) qui représente sainte Agathe en prison visitée par saint Pierre. La façon dont l’artiste campe les personnages me laisse perplexe. Car enfin sans doute ai-je très mauvais esprit (je le sais et je ne le nie pas), mais il est étonnant que dans sa prison sainte Agathe, qui dispose de sa chemise blanche et de son vaste manteau jaune, soit aussi dévêtue. Par ailleurs, puisqu’elle tient le tissu dans sa main gauche et que sa main droite est libre, il lui serait facile de cacher sa poitrine. Quant à saint Pierre, non seulement il ressemble beaucoup à l’un des vieillards du célèbre tableau de Suzanne et les vieillards, mais de plus il avance la main dans une direction que la pudeur réprouve. Doté d’ailes, le garçonnet à côté est donc un ange, il jette sur saint Pierre un regard soupçonneux, et sa main gauche a l’air de signifier "qu’est-ce que tu vas faire là ?" mais, avec son grand cierge à la main, peut-être après tout s’apprête-t-il à leur tenir la chandelle. Cela dit, l’étude des jeux de lumière dans cette toile sont admirables, quoique dans ce domaine Vouet soit, à mon avis, encore surpassé par Georges de la Tour.

 

579a1 Palerme, palazzo Chiaramonte

 

579a2 Palerme, palazzo Chiaramonte

 

Quand nous ressortons du musée, Angelo est contraint de nous quitter parce que son service n’est pas fini. Mais travaillant cinq jours par semaine de 7 heures à 14 heures, il nous propose de nous rejoindre après quatorze heures, suggérant qu’en l’attendant nous visitions Santa Maria dello Spasimo, qui est proche. Mais cette église est fermée. Une dame arrive, déposée par une voiture, elle frappe, cogne, appelle au téléphone, sans résultat, et repart à pied. Puis arrive un homme à vélo, il entre avec sa clé et referme immédiatement derrière lui. Angelo arrivera sans que nous ayons rien vu.

 

Il nous emmène alors voir le palazzo Chiaramonte, qui date de 1307 et qui, devenu propriété des vice-rois espagnols, a servi à héberger le tribunal de la Sainte Inquisition (elle s’appelle sainte, personnellement je la trouve diabolique) depuis le dix-septième siècle et jusqu’à son abolition en 1782. Nous étions passés devant le 9 juillet sans nous y arrêter. D’ailleurs nous n’aurions pas pu y pénétrer. Mais Angelo connaît tout le monde, cela tient à la fois à son métier et à sa personnalité ouverte et liante, et grâce à lui nous entrons.

 

579b1 Palerme, palazzo Chiaramonte, salon des Barons

 

Il nous emmène ainsi voir le salon des Barons. Une banale salle de conférences, murs nus, tableau blanc, grande table avec micros, sièges modernes pliables. Mais il suffit de lever les yeux pour que ce ne soit plus banal du tout.

 

579b2 Palerme, palazzo Chiaramonte, salon des Barons

 

579b3 Palerme, palazzo Chiaramonte, salon des Barons

 

579b4 Palerme, palazzo Chiaramonte, salon des Barons

 

579b5 Palerme, palazzo Chiaramonte, salon des Barons

 

Car le plafond est exceptionnel. Ces poutres peintes représentent des scènes pittoresques, parfois réalistes, mais parfois fantastiques quand on voit un chasseur bander son arc en direction d’une licorne. En ce quatorzième siècle, ce sont les Aragonais qui règnent. Finie, la dynastie normande. Finie, la dynastie souabe. Je ne suis donc pas sûr du tout que la scène du sanglier tué d’un coup d’épée sur le crâne soit une allusion au père des conquérants normands de la Sicile, mais c’est quand même une anecdote suffisamment particulière pour qu’elle ait des chances d’être évoquée ici. Pas très loin de chez lui, quelque part dans le Cotentin, le baron Tancrède de Hauteville (le père de Robert Guiscard et de Roger I, les conquérants de la Sicile) chassait avec le duc Richard l’Irascible. Or voilà que, sortant d’un taillis, un énorme sanglier charge le duc. Tancrède, que les chroniqueurs décrivent comme doté d’une force incroyable, se précipite et, d’un seul coup, enfonce son épée jusqu’à la garde dans le crâne du sanglier, qui s’effondre. Le duc, pour récompenser le valeureux baron qui lui a sauvé la vie, lui donne l’une de ses filles. Il n’est pas courant d’être capable de percer le crâne d’un sanglier, voilà pourquoi cette image, sur la poutre, me rappelle cette histoire de Tancrède de Hauteville que j’ai lue un jour. Mais aucune indication ici ne donne d’explication, et d’ailleurs je n’ai rencontré personne à Palerme qui connaisse cette anecdote de Tancrède avec le sanglier. Alors j’ignore si j’ai raison ou si je rêve.

 

579c1 Palerme, indulgences

 

579c2 Palerme, indulgences 

 

Le 4 juillet, me promenant par les rues de Palerme, j’avais noté, sur des plaques fixées sous des statues ou des peintures de la Vierge ou de saints, que les cardinaux accordaient de façon assez anarchique des indulgences de 40 ou de 100 jours sans que ces différences soient explicables. Fort critique envers ce système d’indulgences qui rappelle le Moyen-Âge et qui me semble desservir l’Église par son manque de crédibilité, je disais alors qu’au prix d’une même prière mieux valait choisir sa cible quitte à parcourir quelques mètres de plus. Or aujourd’hui j’ai trouvé encore mieux. Quarante jours, cent jours, qui dit mieux ? Deux cents jours, une fois, deux fois, trois fois, adjugé. Encore une fois, un Ave suffit, mais c’est pour deux cents jours. Cinq fois plus qu’à trois rues d’écart. Quant à la dernière plaque, elle se contente d’un petit Gloria. Ce n’est vraiment pas cher. Une excellente affaire.

 

579d1 Palerme, appartements

 

579d2 Palerme, appartements

 

Nous allons passer le reste de la journée à nous promener dans la ville. Ici, c’est un ancien palais loué en appartements. J’ignore le prix du loyer, mais cette cour, cet escalier, ce palier au premier étage, cette porte d’appartement, quelles merveilles.

 

579e1 Palerme, la poste (style Mussolini)

 

Nous passons devant la poste centrale de Palerme, construite –on s’en doute en la voyant– à l’époque fasciste de Mussolini. Un bâtiment grandiose, écrasant.

 

579e2 Palerme, soldat déboulonné

 

579e3 Palerme, soldat déboulonné

 

Angelo nous raconte quelque chose que j’ai, ce soir, cherché sur Internet et que je n’ai pas trouvé. Il semble que personne ne souhaite en parler. Il y avait ici une statue de Soldat Inconnu gigantesque, symbolisant le combattant fasciste. Des mouvements de population l’ont fait enlever, et remiser tout simplement dans le garage des employés de la poste, à côté de leurs voitures. Le public n’y a pas accès, mais Angelo sait où elle se trouve et nous fait obtenir l'autorisation d'aller la voir.

 

579f1 Palerme, monument aux victimes de la mafia

 

579f2 Palerme, monument aux victimes de la mafia 

 

Ailleurs, près du port, du côté de San Giorgio dei Genovesi, se dresse vers le ciel un grand monument lié à l’une des malheureuses particularités de la Sicile, la mafia. Il célèbre ceux qui sont tombés dans la lutte contre la mafia. Il est vraiment dommage, d’ailleurs, que lorsque l’on parle de la Sicile, et particulièrement de Palerme à des étrangers, leur première réaction soit une association avec la mafia. Comme si nous, visiteurs, nous étions ciblés. Je ne cherche pas à prétendre que le problème n’existe pas ou qu’il n’est pas extrêmement grave. Je sais qu’il pèse très lourd dans l’économie et dans la conscience des Palermitains. Mais je veux dire que le visiteur a, en dépit de la mafia, des merveilles à découvrir et que lui n’est pas en danger. En revanche, il est évident que le tribut humain payé à la mafia est dramatique, et que ce monument leur rend un hommage posthume.

 

579g Palerme, images de la ville

 

Nous continuons notre promenade en relevant ce qui est typique de Palerme ou de la Sicile, comme cette chaise d’un style qui rappelle le Louis XV posée devant une porte délabrée et qui attend son ou sa propriétaire qui va y passer quelques heures ce soir quand une relative fraîcheur va être revenue.

 

579h Palerme, images de la ville

 

Sur un mur, une femme lance un appel aux hommes, en indiquant son numéro de téléphone. À moins que ce ne soit la basse vengeance d’un homme qui a des choses à lui reprocher. Sous la représentation d’une généreuse poitrine, le texte dit "Je suis une vache".

 

579i1 Palerme, images de la ville

 

579i2 Palerme, images de la ville

 

Cette petite place est typique de Palerme. Immeubles décrépits voisinant avec des bâtiments ravalés, petite fontaine à sec, un homme en short et sans casque passe à moto, il n’y a pas de trottoirs mais ce n’est pas grave, on s’installe en plein milieu pour taper le carton autour d’une table légère ou pour discuter le coup assis en amazone sur un scooter.

 

579j Palerme, images de la ville, zone dite piétonne

 

Je ne connais pas la constitution de la Sicile (puisqu’elle a acquis son autonomie), mais je peux supposer qu’elle stipule que ce qui n’est pas interdit est permis et que ce qui est interdit est toléré. En effet, on peut voir, tout en haut à gauche de ma photo au-dessus de la Twingo verte (c’est petit mais discernable, je crois) un panneau indiquant que l’on se trouve dans une zone piétonne. Et pourtant on peut apprécier combien de voitures y stationnent, ce qui suppose qu’elles y sont entrées et qu’elles vont en ressortir. D’ailleurs, la Fiat Panda bleue, la moto à côté d’elle, la voiture dont on voit le rétroviseur en tout premier plan, sont en mouvement. La Twingo recule (feu de recul allumé), elle quitte son emplacement, elle va se joindre à la circulation. Et là-bas dans la rue, on aperçoit la lumière rouge d’une voiture freinée. Hé oui, elle est à l’arrêt, le conducteur a le pied sur le frein, parce qu’il y a un embouteillage. Dans la zone piétonne. Il faut être en Sicile pour voir cela. Quand je ne suis pas occupé à admirer un monument je m’amuse à observer comment on conduit. Ne menant pas notre gros camping-car en ville, je trouve cela très drôle. Si je conduisais j’aurais moins de plaisir.

 

Et puisque nous avons réussi à ne pas nous faire écraser, nous voici de retour à notre parking.

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 18:41

577a Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

 

Hier j’ai été horriblement long. Un texte démesuré, des photos à n’en plus finir, et même pas belles. Aujourd’hui je vais me rattraper. Nous avons fait un tour en ville mais n’avons effectué qu’une visite, l’église San Giovanni degli Eremiti avec ascension de son campanile. Il y avait des Français au campanile, ils prononçaient sans cesse mal le nom de cette église. D’autres Français, l’autre jour, commettaient la même faute et, malgré mon niveau nul en italien cela m’horripile. Je précise donc pour qui n’a aucune notion de cette langue, encore moins que moi, ce qui n’est pas peu dire, que le GLI ne se prononce pas comme en français (glisser, par exemple) mais YI. Ainsi, le DES français, contraction de la préposition DE et de l’article LES, est DEI devant une consonne et DEGLI, prononcé DÉYI devant voyelle ou devant deux consonnes. Nous sommes donc à Saint Jean des Ermites.

 

Je montre cette église de haut, parce que l’on a peu de recul dans la rue, et que c’est son toit qui est le plus frappant dans son architecture. Giulio Carlo Argan, un célèbre critique d’art italien, ex-maire de Rome, décédé il y a une vingtaine d’années, écrivait : "Les Normands, qui ont instauré leur dynastie en 1072, ont détruit les monuments, mais pas la tradition de l’architecture byzantine et arabe. San Giovanni degli Eremiti à Palerme (1132) est arabe dans la brillante relation entre les corps cubiques et les coupoles hémisphériques". En fait, à l’origine, il y a une église qui remonte au sixième siècle. Quand les Arabes occupent la Sicile, ils en font une mosquée et lui donnent les formes actuelles. Et puis c’est Roger II qui fera revenir cette mosquée à sa vocation première d’église chrétienne.

 

577b Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

Nous voici donc à l’intérieur de cette église. On se rend compte tout de suite qu’elle a été profondément remaniée au cours des siècles car vue de sa nef, en dehors du plan en croix grecque, elle n’a rien d’une église aussi ancienne et rien d’arabe non plus.

 

577c Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

Une Vierge de Douleur, une Addolorata. Je crois –je suppose– qu’il y a quelques mois j’aurais détesté ces grands rayons d’argent en guise d’auréole ou autour de son auréole, cette affectation dans la douleur, ce symbole du poignard (comme des sept poignards pour les Vierges des Sept Douleurs), cette grande cape noire de deuil sur cette robe blanche d’Immaculée Conception. Mais aujourd’hui j’aime son expressivité. Mon œil s’est fait à cet art, à ce style, à ce goût très italien (et espagnol) qui a donné naissance à la représentation de la Pietà. C’est comme pour l’art contemporain non figuratif, parfois on se dit, lorsque l’on n’y est pas initié, que l’artiste s’est moqué de son public, que l’on ne peut aimer cela et que si l’on a l’air d’apprécier c’est par snobisme. Et puis on en voit et on en revoit, on lit, on se documente, on apprend à voir et on finit par aimer. Problème d’initiation. Je ne sais si ceux de mes concitoyens qui ne sont jamais allés en Sicile, dans le sud de l’Italie, en Espagne, et qui n’en ont jamais approfondi l’art, apprécieront cette statue. À moi, aujourd’hui, elle me plaît. Je ne tombe pas en pâmoison d'admiration devant elle, mais je me suis arrêté un moment en éprouvant un sentiment esthétique agréable.

 

577d Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

En revanche je n’arrive pas à apprécier cette autre Vierge étendue sur un lit en pente et dont les pieds reposent sur une couronne métallique pour l’empêcher de glisser. Et puis, à moins d’être collée à la colle UHU (publicité gratuite), sa couronne devrait rouler à terre sauf si le champ magnétique de l’auréole étoilée la maintient en place par un subtil calcul de l’intensité du courant. De toute façon, sa robe droite est si serrée que, debout, elle ne pourrait pas marcher. Elle ouvre les mains, paumes en l’air pour diffuser sa grâce, mais elle ferme les yeux pour ne pas voir cette sale humanité qui en profite. J’arrête là mon humour imbécile, mais –je le répète– je n’arrive pas à apprécier cette statue.

 

577e Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

Plus loin, couronne de roses sur la tête et lys devant elle, Crucifix en main et crâne sur le sol, étendue dans une grotte, ce ne peut être que notre amie santa Rosalia. Ici encore je ne peux dire que c’est un chef d’œuvre, loin de là, mais en tant que représentation conventionnelle de la sainte avec tous ses attributs ce n’est pas mal. Elle est jolie, sa pose étendue n’est pas alanguie comme c’est parfois le cas, et finalement j’aime mieux sa représentation en vie dans l’exercice de sa vie d’ascèse que morte, dans la position où elle a été trouvée, avec un grand ange qui la regarde.

 

577f Palerme, campanile de San Giovanni degli Eremiti

 

577g Palerme, du campanile de San Giovanni degli Eremiti, l

 

À présent nous sommes ressortis de l’église et nous nous sommes rendus sur le côté pour entreprendre l’ascension du campanile. À l’entrée, en même temps que le billet d’accès, on nous remet un casque de chantier. Trop de gens se sont cogné la tête pour que l’on prenne ce risque. Par hygiène, un Sopalin propre est installé sur la sangle. Quand on tend le sien, jaune, à Natacha, elle le refuse, disant préférer un bleu (au milieu de la vingtaine de casques jaunes, il y en a deux bleus). Cela me rappelle, lors d’un voyage à Budapest entre collègues que j’avais organisé il y a quelques années, une anecdote survenue aux bains. Dans les recommandations préparatoires, j’avais bien précisé que le thermalisme faisant partie intégrante de la vie dans cette capitale de la Hongrie, que le programme prévoyait de se rendre au moins une fois aux bains et qu’il fallait donc emporter un maillot. Mon adjointe, qui avait négligé cette recommandation, a dû en louer un. Tous les autres membres du groupe, nous allons vers les cabines. Quand nous en sommes ressortis, en tenue de bain, elle était toujours en train de chercher sa taille, parce qu’elle voulait absolument du noir, plus seyant pensait-elle…

 

Coiffés de nos casques comme des maçons ou des chefs de chantier, nous grimpons, grimpons. Et je me cogne la tête… enfin, mon casque (jaune) se cogne la tête. On a vue, bien sûr, sur les coupoles rouges de l’église, que j’ai déjà montrées en début de cet article, mais aussi sur le cloître, qui est fermé à la visite. Et même, quand en bas nous avons demandé où en était l’entrée, le jeune homme préposé aux casques a répondu qu’il n’y avait ici ni cloître, ni monastère. C’est la jeune fille préposée à la caisse et aux tickets qui a dit que si, il y a bien un cloître, mais on ne le visite pas. Ah bon. Alors contentons-nous de le contempler de haut.

 

577h Palerme, campanile de San Giovanni degli Eremiti, cloc

 

Une photo de la belle grosse cloche qui est là sous nos yeux, à notre portée. Elle porte le nom et la représentation en relief de San Giuseppe Cafasso, un prêtre italien (1811-1860) canonisé par Pie XII en 1947. C’est à Turin. Ami de Don Bosco il aide les pauvres, mais tout spécialement il s’attache aux prisonniers, accompagnant les condamnés à mort jusqu’au dernier moment, pour les embrasser et leur montrer qu’ils sont aimés. Depuis sa canonisation, il est le patron des prisonniers et des condamnés à mort. Et puisque l’usage est de donner un nom aux cloches, il est le patron de celle-ci, fondue pour le jubilé 2000.

 

577i Palerme, la cathédrale vue du campanile de San Giovan

 

De là-haut, on voit aussi la cathédrale de Palerme, apparaissant derrière une ligne dense de palmiers et se détachant sur la montagne dans le fond. Sur le plan architectural, ce n’est sans doute pas la meilleure façon de la voir, seules se montrant ses parties les plus hautes, de styles différents sans lien entre elles, mais j’aime bien ce paysage mêlant le végétal des palmiers avec la dureté de la roche, la cathédrale y introduisant l’élément humain.

 

577j Palerme, toits vus du campanile de S. Giovanni degli E

 

Je terminerai par quelque chose qu’il m’est toujours agréable de regarder, cette mer de vieilles tuiles patinées par le temps, brûlées par le soleil, sur ces toits qui semblent avoir été jetés au hasard, en désordre, dans tous les sens.

 

J’espère, aujourd’hui, ne pas avoir été trop verbeux.

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Published by Thierry Jamard
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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 01:49

574a1 Palerme, Villa Igiea

 

 

Nous avons retrouvé notre ami palermitain Angelo, qui nous emmène, encore aujourd’hui, dans sa belle Fiat Cinque Cento de collection. Nous allons vers le sommet du Monte Pellegrino qui surplombe nos jours et nos nuits de Palerme en dressant son imposante silhouette juste au-dessus de notre emplacement, mais sur les flancs du mont Angelo s’arrête pour nous montrer l’hôtel Hilton qui occupe la villa construite pour qu’Igiea Florio y soigne sa tuberculose, d’où le nom de Villa Igiea.

 

574a2 Palermo, Villa Igiea

 

Il tient à nous montrer cette villa parce que –formation universitaire en arts oblige, ainsi que professionnel d’un musée, et artiste peintre– c’est un excellent exemple de style Liberty et que Palerme a largement développé une architecture de ce style à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, notamment avec le grand Ernesto Basile (1857-1932) qui, après avoir longuement étudié et analysé les styles arabo-normand et Renaissance, est l’auteur de réalisations très personnelles et très intéressantes.

 

574a3 Palerme, Villa Igiea

 

Ces trois photos donnent une idée de l’architecture extérieure de cette villa et de la façon dont Basile a adapté aux canons de ce Liberty moderne les formes de l’architecture palermitaine des siècles passés.

 

574b1 Palermo, Villa Igiea

 

Bien sûr nous ne sommes pas entrés ainsi d’autorité dans cet hôtel, mais Angelo a demandé pour nous la permission d’aller faire quelques photos, et cela nous a été accordé aisément et aimablement. Nous avons pu voir, par exemple, comment a été dessinée cette rampe faite de courbes et de contre-courbes. Au hasard des couloirs, nous avons vu des photos de bien des personnages illustres, têtes couronnées des dynasties européennes, qui ont fréquenté cet hôtel.

 

574b2 Palerme, Villa Igiea

 

574b3 Palerme, Villa Igiea

 

Mais le plus spectaculaire est sans doute la salle à laquelle on a donné le nom de l’architecte, salle Basile, depuis qu’elle n’est plus la salle à manger de la villa privée. Pour la décoration, c’est un autre artiste Liberty célèbre, Ettore Bergler, qui en est l’auteur, boiseries du plafond et rampe d’éclairage (ci-dessus), mais aussi mobilier.

 

574b4 Palerme, Villa Igiea

 

De plus, il est l’auteur des peintures qui revêtent les trois murs que l’on ne voit pas sur ma première photo de cette salle. C’est d’une délicatesse de graphisme et de tons absolument remarquable.

 

574c Palerme, chemin Monte Pellegrino

 

Nous repartons et la voiture d’Angelo, grande comme un jouet d’enfant, entreprend courageusement l’ascension du mont. La route est bonne, mais monte dur et multiplie les épingles à cheveux. De temps à autre, elle croise le chemin ancien, ci-dessus, celui que les pèlerins gravissent pieds nus pour l’anniversaire de la mort de santa Rosalia chaque 4 septembre.

 

574d Palerme, Monte Pellegrino, sanctuaire de santa Rosalia

 

En haut, se trouve l’entrée de la grotte où Rosalie a vécu pendant des années (sur ma photo c’est l’ouverture en plein cintre, en haut à droite), ainsi qu’un orphelinat (bâtiment qui prolonge l’entrée vers la droite). Mais évidemment, la place aménagée juste en-dessous est envahie par les "marchands du temple", T-shirts, statuettes, cartes postales de couchers de soleil ou de mer bleue sous un ciel d’azur, bijoux de pacotille, livres sur la Sicile, sur Palerme, sur le Monte Pellegrino, en italien, anglais, allemand, espagnol, français, polonais, russe, tchèque, japonais, coréen, chinois, et puis des bars… Mais je ne dois pas trop critiquer, car nous-mêmes nous y sommes désaltérés, assis à l’ombre, avant de repartir.

 

574e Palerme, Monte Pellegrino, autel punique

 

Bien avant Rosalie et l’époque des Normands, avant les Arabes, avant les Romains, avant les Grecs, du temps des Carthaginois ce lieu était fréquenté. En effet, on peut voir à l’entrée de la grotte cet autel punique. Dommage qu’il soit encombré de panonceaux le signalant de façon peu discrète ou donnant des indications pour allumer des cierges sans mettre le feu. On peut néanmoins voir ce monument archéologique taillé à même la pierre de la paroi.

 

574f1 Palerme, Monte Pellegrino, sanctuaire de santa Rosali

 

574f2 Palerme, Monte Pellegrino, sanctuaire de santa Rosali

 

Mais nous sommes ici parce que, il y a deux semaines et demie, le 15 juillet, nous avons suivi les cérémonies en l’honneur de santa Rosalia, et je racontais alors comment, après avoir été à dix-huit ans demoiselle d’honneur de la reine à la cour de Palerme, elle s’était retirée en une vie de pénitence, d’isolement et de prière, vivant en ermite dans cette grotte et y mourant à l’âge de trente-sept ans. Cette grotte est profonde, elle est coupée en deux parties par une grille. Dans la première partie la sainte nous accueille avec sa couronne de roses et tenant en main son crâne qui a permis son identification, en brandissant le Crucifix auquel elle a consacré sa vie et auquel elle nous appelle. Là les gens déposent, au pied de la statue, qui un ex-voto (une jambe en celluloïd, un doigt en bois), qui un objet implorant guérison ou protection (un bavoir, une petite peluche), qui un billet que je n’aurai pas l’indiscrétion de déplier pour le lire. Le socle tout autour de la statue est ainsi constellé d’objets et d’innombrables petits papiers, témoins de la dévotion des Palermitains à la patronne de leur ville. Car à Lourdes on vient du monde entier, mais santa Rosalia n’est la patronne que de la ville de Palerme.

 

574f3 Palerme, Monte Pellegrino, sanctuaire de santa Rosali

 

574f4 Palerme, Monte Pellegrino, sanctuaire de santa Rosali

 

574f5 Palerme, Monte Pellegrino, sanctuaire de santa Rosali

 

La seconde partie de la grotte, vers le fond, a été aménagée en chapelle. Un système compliqué de gouttières, au plafond, recueille l’eau qui tombe de la voûte pour la concentrer en un seul point, cette eau que buvait Rosalia. Et il y a deux autels. Sur la première de ces photos, on voit au bout celui sur lequel sont célébrées les messes, et aussi sur le côté gauche on aperçoit un autre autel, celui de ma seconde photo, qui surmonte une châsse où santa Rosalia, en une statue grandeur nature, est dans la position où elle a été trouvée morte d’épuisement dans son sommeil le quatre septembre 1165, la tête surélevée posée sur un rocher, la joue dans une main, l’autre main sur sa poitrine. Nul doute que l’ange était là lui aussi, mais il était déjà reparti quand on a trouvé le corps inanimé de Rosalie, il a donc été purement imaginé par l’artiste.

 

574g Palerme, Monte Pellegrino, saint Benoît le Maure

 

En ressortant, sur le côté, un oratoire est consacré à saint Benoît le Maure. Sur la photo de sa statue, on voit qu’il est bien bronzé, sa peau est de la même couleur chocolat que sa robe de bure. Ses parents étaient des esclaves d’Éthiopie qui vivaient à San Fratello, dans la province de Messine, et qui l’ont mis au monde en 1524. Agriculteur, pasteur, il passe sa jeunesse à la campagne. Mais à 21 ans il entend l’appel à la vie érémitique et, avec Girolamo Lanza, il sera un ermite vagabond, à travers la Sicile. Quand le vice-roi d’Espagne en Sicile, Giovanni Lacerda, construit une chapelle pour les ermites près de la grotte de santa Rosalia, il s’établit sur le Monte Pellegrino et poursuit sa vie d’ermite.

 

Depuis qu’il a choisi cette vie à l’âge de 21 ans, dix-sept ans passent, il a maintenant 38 ans. Le 10 mars 1562, le pape Pie IV impose à tous les ermites d’entrer dans un ordre religieux approuvé par l’Église. Benoît choisit les Frères Mineurs et est accueilli par le monastère de Santa Maria di Gesù à Palerme. On trouva sa sagesse si grande que, lui qui était analphabète, fut régulièrement consulté par des théologiens, par des évêques, par le vice-roi. Il est mort en 1589 dans ce même monastère où il repose aujourd’hui. C’est Pie VII qui le canonisa le 25 mai 1807. Pour les années qu’il passa sur le Monte Pellegrino, on a construit cet oratoire en sa mémoire.

 

574h Palerme, Monte Pellegrino, Goethe à santa Rosalia

 

Du 2 avril au 14 mai 1787, Goethe est en Sicile et, comme le dit cette plaque, le 6 avril il est sur le Monte Pellegrino. "Sa beauté est au-delà de toute description", dit-il. Et à propos de la grotte, ce que la plaque traduit par le fait qu’en cette date Wolfgang Goethe s’arrêtait à contempler la simplicité primitive du sanctuaire, c’est "Peut-être la chrétienté tout entière qui, depuis dix-huit siècles, fonde son empire, sa pompe, ses fêtes solennelles, ses divertissements sur l’humilité et la misère de ses premiers fondateurs et de ses plus ardents confesseurs ne saurait montrer aucun endroit décoré et vénéré de façon plus ingénue et plus émouvante. […] La grotte elle-même a été transformée en chœur, sans avoir rien perdu du caractère sauvage de sa forme naturelle […]. Un religieux s’est approché de moi pour me demander si je n’étais pas, par hasard, Genevois et si je voulais faire dire quelques messes. Je lui ai répondu que j’étais venu à Palerme avec un Genevois, lequel sortirait le lendemain pour la fête ; que, l’un de nous devant toujours rester à la maison, j’étais sorti la veille pour satisfaire ma curiosité. À cela il a ajouté que je pouvais en toute liberté observer et accomplir mes dévotions. En outre, il m’a indiqué un autel, à gauche dans la grotte, comme étant un sanctuaire particulier, et puis il m’a laissé. […] À la lumière d’une petite lampe, j’ai vu une très belle femme. Elle était étendue, comme en extase, les yeux mi-clos, la tête abandonnée sur sa main droite, qui était ornée de beaucoup de bagues. Je ne me lassais pas de contempler ce visage qui me paraissait avoir un attrait tout particulier. […] Ce n’est que très difficilement que je pus m’arracher à ce lieu et je rentrai à Palerme alors qu’il faisait déjà nuit". Je ne comprends pas l’allemand, je suis incapable de lire Goethe dans le texte. Mon petit livre est une traduction en italien des cent et quelques pages du journal de Goethe en Italie. Mais je ne parle pas non plus couramment l’italien, et ma traduction n’est pas celle d’un bilingue, tant s’en faut. Et en particulier, il y a un point que mon tout petit dictionnaire n’éclaire pas, le mot ne s’y trouvant pas : "Un genovese", est-ce un Génois ou un Genevois ? Dans le doute, j’ai opté pour la seconde solution car même si les Genevois parlent français il est plus facile, je pense, de prendre un Allemand pour un Suisse que pour un Italien, même si le dialecte génois et le dialecte sicilien sont très différents. À l’accent, à la prononciation, il est difficile de confondre un germanophone avec un locuteur de langue latine, quelle qu’elle soit. Mais ma traduction fera peut-être bondir un italianisant… D’avance toutes mes excuses.

 

574i Palerme, Monte Pellegrino, l'archevêque

 

Ce prêtre en soutane qui marche très difficilement, accompagné d’un autre prêtre qui se contente du col de clergyman est, me dit Angelo, le cardinal de Palerme. Tout de noir vêtu, comment l’identifierais-je ? Car aujourd’hui, c’est Angelo qui est en rouge de la chemise aux chaussettes, et il n’a rien d’un cardinal. Cela me rappelle mon étonnement, il y a juste quinze jours, le 15 juillet, lorsque j’ai vu en violet celui que je croyais être le cardinal, et je me disais, alors, que l’archevêque de Palerme ne devait pas avoir été élevé à la dignité de cardinal. Aujourd’hui, je comprends que cet homme âgé, qui a tant de peine à marcher, ne peut physiquement présider une procession sur tant de kilomètres. Et puisque je parle de lui, j’ajoute que lorsqu’il est passé près de nous, il nous a dit bonjour avec une simplicité peu courante chez les personnages de cette dignité et de ce rang. Et, n’étant pas (encore) informé de sa qualité, je lui ai répondu un bonjour léger et à l’évidence trop familier. Je ne savais pas…

 

574j1 Palerme, vue du Monte Pellegrino

 

574j2 Palerme, vue du Monte Pellegrino

 

574j3 Palerme, vue du Monte Pellegrino

 

Ne quittons pas le Monte Pellegrino sans jeter un coup d’œil, depuis la route, sur le paysage qui s’étend à nos pieds. On se rend compte que Palerme est entourée de montagnes, et l’on peut admirer le port, encore beaucoup plus beau vu d’en haut que d’en bas et de près. Nous partons pour Monreale dans la courageuse petite Fiat d’Angelo. Pas l’ombre d’un carabinier ni d’un soldat sur la route, ce qui signifie que les temps ont bien changé depuis le voyage de Maupassant : "Donc une des montagnes qui dominent Palerme porte à mi-hauteur une petite ville célèbre par ses monuments anciens, Monreale ; et c'est aux environs de cette cité haut perchée qu'opéraient les derniers malfaiteurs de l'île. On a conservé l'usage de placer des sentinelles tout le long de la route qui y conduit. Veut-on par là rassurer ou effrayer les voyageurs ? Je l'ignore".

 

 

575a1 Monreale, le Duomo

 

1146. Rosalia, pas encore sainte, a dix-huit ans. La reine Margherita, épouse de Guillaume I, l’introduit à la cour comme demoiselle d’honneur. Cela est sans rapport avec mon sujet actuel de Monreale mais comme les personnages sont contemporains, je trouve intéressant de faire le lien et de situer l’époque. Donc, vingt ans plus tard, en 1166, alors que Rosalie vient de mourir quelques mois auparavant, en septembre 1165, dans sa grotte de Monte Pellegrino, la reine Margherita, veuve, devient la régente de son fils Guillaume II âgé de huit ans. Les intrigues de cour auxquelles elle est en butte réjouissent le pape, qui nomme archevêque de Palerme Gualtiero Offamilio, un vif opposant à la reine régente, ce qui à cette époque et dans ces circonstances est un grave problème pour elle. Mais quand, dès 1171, le jeune Guillaume II assume personnellement le pouvoir royal, il érige la petite ville voisine de Monreale en diocèse et y entreprend dès 1172 la construction du duomo que nous allons visiter. Je sors une nouvelle fois de mon sujet en ajoutant pour la petite histoire que, comprenant que Monreale est fait pour se soustraire à son pouvoir, et voyant la montée en puissance de ce nouveau roi qui, en 1177, s’est joint au pape pour soutenir la ligue lombarde qui vainc Frédéric Barberousse, ce roi qui se trouve allié d’une autre grande puissance en épousant la fille du roi d’Angleterre, Gualtiero Offamilio entreprend lui aussi la construction d’une nouvelle cathédrale à Palerme pour essayer de redorer son blason.

 

575a2 Monreale, le Duomo

 

Parmi les sources dans lesquelles j’ai puisé l’origine du duomo de Monreale telle que je viens de l’expliquer, il y a de grands panneaux historiques placés dans la cathédrale de Palerme et qui ont l’imprimatur des autorités ecclésiastiques. Mais il y a une autre version, très différente, et qui fait intervenir le surnaturel. C’est la version la plus répandue dans le public, la seule que j’aie entendue de mes oreilles, alors que l’autre je ne l’ai trouvée qu’imprimée. Guillaume Premier avait à Monreale, comme Louis XIII à Versailles, un pavillon de chasse. Louis XIV l’a agrandi en palais, Guillaume II l’a amélioré et y a adjoint une cathédrale, le duomo, dans les circonstances que voici. Fatigué par une longue partie de chasse, il s’était étendu sous un caroubier et s’y était assoupi. Or voilà que dans son sommeil lui apparaît la Vierge. Il était profondément chrétien et vouait une particulière dévotion à la Madone, même s’il se montrait tolérant à l’égard des Arabes musulmans, et même si, voulant de quelque manière donner l’impression d’une continuité dans la domination sur la Sicile, il a pris le titre arabe de calife sous le nom de Al Musta’izz billah, c’est-à-dire Celui qui cherche son exaltation en Dieu. Bref, la Vierge lui dit que là précisément où il était couché, se trouvait enterré le plus grand trésor du monde, amassé par son père et ses aïeux et caché en ce lieu sans qu’aucun vivant ne le sache ni ne le soupçonne. Elle ajouta qu’il devait le déterrer et l’utiliser pour construire une église en son honneur. C’était de l’argent du trésor public que son père Guillaume "le Mauvais" avait détourné. Aussitôt éveillé, Guillaume II "le Bon" fit arracher le caroubier et creuser la terre en-dessous. Apparut alors un immense trésor en pièces d’or qu’il consacra à édifier cette cathédrale. Fin de l’histoire. Mais je dois alors préciser que, pour grande qu’ait été la malhonnêteté de Guillaume I et pour grand qu’ait été le trésor, il était insuffisant, parce que le montant des impôts qu’a dû prélever le roi pour cette construction a littéralement explosé, et la population était très mitigée, entre la fierté d’avoir cette splendide construction, la satisfaction d’ainsi s’assurer la protection de la Vierge Marie et la fureur d’être aussi pressurée. Quoi qu’il en soit, la cathédrale a été mise en chantier en 1172, achevée en 1176, et la statue ci-dessus, située sous le porche latéral (par où se fait l’entrée) représente Roger II offrant son église à Notre-Dame. C’est le duomo Santa Maria Nuova, pour lequel il a fait appel à des artistes arabes spécialistes des mosaïques. Nous allons les découvrir, dans le Christ Pantocrator et dans les décorations sur toutes les parois.

 

575b1 Monreale, le Duomo

 

575b2 Monreale, le Duomo

 

Sur cette photo de la nef, on se rend compte à la fois des dimensions imposantes de l’édifice et de la merveilleuse décoration de mosaïques. On voit le Christ et tout le chœur, et les murs extérieurs comme ceux de la nef principale au-dessus des colonnes.

 

575b3 Monreale, le Duomo

 

Avant de contempler quelques unes de ces nombreuses mosaïques, voici un plafond. Dans les diverses parties de l’église, ils sont tous différents, mais tous aussi riches et originaux.

 

575c1 Monreale, il Duomo, Cristo Pantocratore

 

575c2 Monreale, le Duomo, Christ Pantocrator

 

Le voici, ce splendide Christ Pantocrator. Impressionnant, son regard. Il y a une chose surprenante pour moi, quelque chose que je ne comprends pas. Ces artistes sont arabes. Le régime les autorise à conserver leur religion, leurs coutumes et leur langue, aussi sont-ils tous ou presque musulmans. Ils ne sont nullement esclaves ni contraints de travailler pour cette cathédrale. Or la Bible, sur laquelle repose également l’Islam, dit que Dieu créa l’homme à son image. Et Dieu ne pouvant être représenté, la religion musulmane interdit également la représentation humaine, d’où dans leur art ces merveilleux dessins qui ont pris le nom d’arabesques. Je ne m’explique pas, dans ces conditions, comment ces hommes ont pu, librement, créer ces œuvres admirables. Pour eux Jésus (Issa ou Îsâ) est un prophète, le dernier avant Mahomet, on ne peut pas plus le représenter que l’on ne peut représenter Mahomet. Et voilà le résultat, ce Christ Pantocrator.

 

575c3 Monreale, Duomo

 

Juste en-dessous, comme on peut le distinguer sur la photo de la nef, cette autre grande mosaïque représente la Vierge et l’Enfant Jésus entre les archanges Michel et Gabriel. Aux extrémités, ce sont saint Pierre et saint Paul. Et puis il y a les murs, tous les murs. Évidemment Maupassant ne s’était pas contenté de suivre la route. "Ces mosaïques, écrit-il, les plus grandes de Sicile, couvrent entièrement les murs sur une surface de six mille quatre cents mètres. Qu'on se figure ces immenses et superbes décorations mettant, en toute cette église, l'histoire fabuleuse de l'Ancien Testament, du Messie et des Apôtres".

 

575d1 Monreale, Duomo, Genèse, Création

 

Tout autour, il y a en effet tant de représentations de l’Ancien et du Nouveau Testaments que je dois faire un choix très sévère. Il est vrai aussi que c’est si sombre (l’éclairage à sous ne fonctionne pas), avec de plus l’éblouissement dû aux fenêtres lorsque ce sont des mosaïques des murs extérieurs, que mes photos sont horribles et que, n’osant en publier aucune, je résoudrais le problème du choix. Le cerveau corrige automatiquement les images que l’œil lui envoie, il a un pouvoir de compensation que ne possède aucun appareil photo, même le plus sophistiqué. Mais, toute honte bue, je montre quand même quelques images. Deux par deux, comme cela elles sont toutes petites, on ne voit rien et c’est tant mieux. Il faut aller en personne à Monreale pour rester bouche bée devant ces merveilles. Ici, deux images illustrant la Genèse. Sur la première, Dieu crée les animaux du ciel et de la mer. On voit toutes sortes d’oiseaux, colombe, héron, paon, perroquet, chouette, et toutes sortes de poissons que je ne suis pas capable d’identifier mais qui apparaissent dans la transparence de l’eau. Sur l’autre, Adam et Ève ont commis la faute et quand Dieu vient à eux, ils se rendent compte qu’ils sont nus.

 

 

575d2 Monreale, Duomo. Adam, Ève, Caïn, Abel

 

Les deux photos suivantes illustrent d’autres épisodes. En les chassant du Paradis Terrestre, Dieu a dit à Adam qu’il devrait gagner son pain à la sueur de son front. Nous voyons ici le premier couple ayant revêtu des peaux de bêtes pour cacher leur nudité, et Adam peine à travailler la terre. Ève, elle, médite sur sa condition, ou sur sa faute, je ne sais, elle a une quenouille à la main. Et elle ne travaille guère… Puis Caïn a tué Abel, et Dieu vient à lui et lui demande où est son frère. Caïn répond en mentant qu’il ne sait pas, et pendant ce temps l’âme ensanglantée d’Abel passe dans le fond de la scène sous forme d’un petit homme tout rouge, bras tendus vers le ciel.

 

575d3 Monreale, Duomo, histoire de Noé

 

Ces deux scènes concernent Noé. Sur la première, il envoie une colombe pour tester si la terre apparaît. Elle reviendra une semaine plus tard avec un rameau d’olivier, signifiant que les eaux se retirent. L’autre scène, je l’ai choisie également à la chapelle palatine des Normands à Palerme le 9 juillet. Noé s’est enivré et en s’endormant il est découvert de façon impudique, Cham le trouve, se moque de sa nudité et le montre à ses frères, mais les deux frères, Sem et Japhet, vont le recouvrir sans le regarder.

 

575d4 Monreale, Duomo. Histoire d'Abraham

 

Puis viennent des épisodes de la vie d’Abraham. Il a rencontré des anges et il les invite à un festin chez lui. On le voit, courbé et respectueux, qui apporte du pain aux trois anges attablés. Son fils étant promis à Rébecca, celle-ci part à sa recherche. Ici, elle est en chemin, elle abreuve ses chameaux. Quoique très petites et très mauvaises, mes photos permettent de deviner, je pense, le raffinement des représentations, comment la vie est exprimée dans les attitudes, comment les artistes jouent avec la composition et les couleurs. Je le répète, il faut le voir de ses yeux. Et peut-être l’éclairage payant fonctionnera-t-il ce jour-là.

 

575e Monreale, Duomo

 

Au bout du bas-côté gauche, on peut accéder à la chapelle du Crucifix, toute couverte de marbres en marqueterie et en sculptures. Une première partie est gardée par quatre grandes statues de prophètes, Jérémie (ci-dessus), Daniel, Isaïe, Ézéchiel.

 

575f1 Monreale, Duomo

 

Puis l’autel est surmonté d’un grand Crucifix qui lui donne son nom. Le Christ y apparaît sur un foisonnement de marbres.

 

575f2 Monreale, Duomo

 

Quant à l’autel lui-même, on du mal à imaginer comment les artistes ont pu travailler si finement une pierre comme le marbre pour y représenter, sans user de colorants ni de peintures, des scènes aussi minutieuses et délicates. Ce gros plan représente la partie centrale inférieure du devant d’autel. Il semble que la scène représente la Visitation.

 

575g1 Monreale, Duomo

 

575g2 Monreale, Duomo

 

Une salle latérale présente le trésor, des chasubles brodées et divers autres objets. Il y a aussi un grand meuble, un buffet, dont la façade est décorée de six scènes sculptées dans le bois, sans compter tout l’encadrement, comme on peut l’apprécier sur la photo. Je montre le détail d’une mise au tombeau.

 

576a1 Monreale, cloître

 

576a2 Monreale, cloître

 

Après la visite de la cathédrale, nous sommes allés voir le cloître. Et nous y retrouvons Guy de Maupassant. "Comment peut-on ne pas adorer les cloîtres, ces lieux tranquilles, fermés et frais, inventés, semble-t-il, pour faire naître la pensée qui coule des lèvres, profonde et claire, pendant qu'on va à pas lents sous les longues arcades mélancoliques ? […] Mais les cloîtres de nos pays ont parfois une sévérité un peu trop monacale, un peu trop triste, même les plus jolis, comme celui de Saint-Wandrille, en Normandie. Ils serrent le cœur et assombrissent l'âme. Le merveilleux cloître de Monreale jette, au contraire, dans l'esprit une telle sensation de grâce qu'on y voudrait rester presque indéfiniment. Il est très grand, tout à fait carré, d'une élégance délicate et jolie ; et qui ne l'a point vu ne peut pas deviner ce qu'est l'harmonie d'une colonnade. L'exquise proportion, l'incroyable sveltesse de toutes ces légères colonnes, allant deux par deux, côte à côte, toutes différentes, les unes vêtues de mosaïques, les autres nues ; celles-ci couvertes de sculptures d'une finesse incomparable, celles-là ornées d'un simple dessin de pierre qui monte autour d'elles en s'enroulant comme grimpe une plante, étonnent le regard, puis le charment, l'enchantent, y engendrent cette joie artiste que les choses d'un goût absolu font entrer dans l'âme par les yeux". Je n’ai rien à ajouter…

 

576a3 Monreale, cloître

 

Cette description du cloître est confirmée par la fontaine arabe située dans l’un des angles (c’est de là que j’ai pris ma première photo), un carré délimité par de fines colonnades empiétant sur le jardin, et au centre une fontaine légère et élégante. Pendant que nous y étions, des pigeons s’y baignaient, s’y abreuvaient.

 

576b Monreale, cloître

 

Un peu de technique architecturale. Pour assurer une liaison en souplesse et que la pierre de la colonne n’érode pas la pierre de sa base, un disque de plomb est systématiquement fondu entre les deux, et tenu en place par une forme en pain de sucre au centre qui pénètre dans un évidemment de la base de la colonne. C’est invisible. Et c’est pour cela que je profite de ce pied de colonne légèrement brisé pour montrer ce qui se trouve ainsi révélé.

 

576c Monreale, cloître

 

Les colonnes sont géminées ce qui fait deux chapiteaux par arche soit six côtés visibles et ornés, et sur le pourtour de ce vaste cloître j’ai renoncé à compter les colonnes mais le nombre de chapiteaux, tous plus beaux, plus évocateurs, plus amusants parfois les uns que les autres, est réellement impressionnant. Nous avons eu la chance de profiter du cloître presque désert. Seules quatre jeunes filles sont entrées, ont jeté un coup d’œil, se sont photographiées mutuellement dans le décor du cloître, puis sont ressorties. Nous sommes restés longtemps, jusqu’à la fermeture, nous avons tout vu mais… trop vite. D’autant plus que certaines colonnes (celles de la fontaine arabe) sont sculptées sur leur fût, comme celle-ci avec Adam et Ève prenant conscience de leur nudité après leur faute. Les mains sur le bas-ventre, ils se regardent. La moue d’Adam est désopilante.

 

576d Monreale, cloître

 

Dans l’Ancien Testament, les sacrifices d’animaux à Dieu étaient en usage. Abraham a sacrifié un bélier en lieu et place de son fils. Mais il me semble que ce sacrificateur en tunique, et dans cette position, à demi sur le taureau qu’il sacrifie en lui enfonçant un couteau dans la gorge, est plutôt la représentation du dieu Mithra. C’est curieux parce que tout autour du cloître je n’ai pas vu d’autres scènes mythologiques, mais sinon je ne vois pas bien ce que représenterait ce chapiteau.

 

576e Monreale, cloître

 

Là, je n’ai aucune explication à donner. Mais la position de ce gymnaste est si curieuse, si amusante, que je ne résiste pas à l’envie de le montrer.

 

576f Monreale, cloître

 

Qui est cet homme entre deux lions qui semblent lui lécher le visage plutôt que de le dévorer, je ne saurais le dire avec certitude, mais je suppose qu’il s’agit du prophète Daniel. Le récit, dans la Bible, est long, aussi dois-je l’amputer sérieusement, mais je crois que mes suppressions ne changent rien au sens. "Darius trouva bon d'établir sur le royaume cent vingt satrapes […]. Il mit à leur tête trois chefs, au nombre desquels était Daniel […] et le roi pensait à l'établir sur tout le royaume. Alors les chefs et les satrapes cherchèrent une occasion d'accuser Daniel […]. Puis ces chefs et ces satrapes se rendirent tumultueusement auprès du roi, et lui parlèrent ainsi : Roi Darius, vis éternellement ! Tous […] sont d'avis qu'il soit publié un édit royal, avec une défense sévère, portant que quiconque, dans l'espace de trente jours, adressera des prières à quelque dieu ou à quelque homme, excepté à toi, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions. […] Là-dessus le roi Darius écrivit le décret et la défense. Lorsque Daniel sut que le décret était écrit, il se retira dans sa maison, où les fenêtres de la chambre supérieure étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem ; et trois fois le jour il se mettait à genoux, il priait, et il louait son Dieu. […] Le roi donna l'ordre qu'on amenât Daniel, et qu'on le jetât dans la fosse aux lions. Le roi prit la parole et dit à Daniel : Puisse ton Dieu, que tu sers avec persévérance, te délivrer ! […] Le roi se leva au point du jour, avec l'aurore, et il alla précipitamment à la fosse aux lions. En s'approchant de la fosse, il appela Daniel d'une voix triste. Et Daniel dit au roi : Roi, vis éternellement ! Mon Dieu a envoyé son ange et fermé la gueule des lions, qui ne m'ont fait aucun mal. […] Alors le roi fut très joyeux, et il ordonna qu'on fît sortir Daniel de la fosse. Daniel fut retiré de la fosse, et on ne trouva sur lui aucune blessure, parce qu'il avait eu confiance en son Dieu. Le roi ordonna que ces hommes qui avaient accusé Daniel fussent amenés et jetés dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes ; et avant qu'ils fussent parvenus au fond de la fosse, les lions les saisirent et brisèrent tous leur os".

 

576g Monreale, cloître

 

Sur les chapiteaux géminés de Daniel (ou de quelque martyr que je n’ai pas identifié), ne figurent que trois hommes et deux lions en position verticale. Ici, il y a neuf personnages et deux chevaux, cela remplit l’espace. À gauche, Marie tient l’Enfant Jésus dans ses bras et derrière eux il y a saint Joseph. Devant, je vois deux hommes qui s’approchent en portant des paniers d’offrandes et ils ploient le genou, tandis que la tête d’une femme apparaît en arrière plan d’un panier. Sur la droite, bien que l’on ne voie que deux chevaux, il est clair que les trois hommes qui arrivent sont trois cavaliers dont les deux du premier plan cachent la monture du troisième. Ce sont les Rois Mages qui viennent offrir l’or, l’encens et la myrrhe à la suite des cadeaux ruraux des bergers. Ils font un geste du bras pour montrer que c’est dans cette direction, tandis qu’au-dessus d’une petite maison qui figure la crèche une étoile brillante est arrêtée. Il y a tout, dans cette scène, rien n’est oublié ou négligé, et même, parce qu’il faut respecter une stricte symétrie pour l’équilibre de la représentation, une grosse fleur fait, à droite, pendant à l’étoile qui est à gauche.

 

576h1 Monreale, Duomo

 

Assez. Je cesse (avec regret) de montrer ces chapiteaux. Nous ressortons du cloître, et allons nous promener derrière la cathédrale, ce qui nous donne l’occasion d’admirer le travail réalisé sur l’abside, jouant sur les couleurs et les formes, qui sont fortement marquées par l’influence arabe. Non pas dans l’architecture elle-même, mais je veux parler des formes de la décoration, merveilleux mariage du roman normand et des découpes arabes. Plus loin, c’était le palais épiscopal puisque, construisant cette église, Guillaume II l’a érigée en siège d’un nouveau diocèse.

 

576h2 rue de Monreale

 

Du côté de l’abside, les petites rues ont conservé leurs dalles de pierre polie par l’usage, elles ont gardé leur style moyenâgeux, et les riverains les décorent de plantes en pots. Dans ce pays où la circulation automobile est autorisée presque partout et où la règle n’est pas respectée là où l’accès est théoriquement interdit aux véhicules, ces ruelles trop étroites pour les voitures sont merveilleusement calmes, seul un scooter vient de temps à autre rappeler que l’on n’est pas reporté quelques siècles en arrière.

 

576i Monreale, majolique

 

Dans une autre rue, devant cette immense œuvre en carreaux de faïence, un panonceau indique que cette majolique du Très Saint Crucifix réalisée au dix-septième siècle est le plus grand panneau d’Italie. Car on ne doit pas parler de faïence, mais de majolique, pour cette technique typiquement italienne qui a fleuri au seizième siècle. Allez, j’enfourche mon dada. C’est vers le douzième siècle que les potiers de Faenza, voyant des céramiques espagnoles aux reflets métalliques, s’initient à leur technique, elle-même transmise à l’Espagne par les Arabes. Et voilà, à partir du nom de la ville, l’origine du mot faïence. Et comme les faïences espagnoles, majoritairement de Valence, arrivaient en Italie par la mer avec escale à Majorque, vers le quinzième siècle elles ont pris le nom de majoliques. Fin des étymologies. Celle-ci, adossée à un mur anonyme, est en effet immense et très belle.

 

576j de Monreale, vue sur Palerme, Salina, Lipari

 

Avant de nous ramener à notre camping-car, Angelo nous montre encore, d’une corniche de la colline sur laquelle est construite Monreale, le panorama vers Palerme et la mer. Le soleil commence à décliner nettement, il est près de 20 heures. Dans la sorte de brume du soir qui nimbe les lointains, il nous semble soudain apercevoir comme une très vague forme sur la mer à l’horizon. Mais nous ne sommes pas sûrs du tout qu’il y ait quelque chose parce qu’à cette distance la mer et le ciel sont du même gris et tout se confond. À tout hasard je prends une photo, parce que de toute façon le point de vue est splendide. Rentré à la "maison", utilisant cet outil merveilleux qu’est Photoshop (un généreux cadeau), je sélectionne le seul ciel et je travaille le contraste. Et, ô miracle, non pas une, mais deux îles apparaissent. Mais les couleurs du ciel n’ont plus rien de réaliste. Accentuer le regard d’aigle de l’observateur est une chose, mais truquer les couleurs du ciel pour les rendre de nouveau naturelles en est une autre à laquelle je me refuse par déontologie. La solution, mettre la photo en noir et blanc. Je peux ainsi montrer la vue sur Palerme, la mer, et les îles Éoliennes Salina et Lipari, avant de redescendre et d’attendre demain pour de nouvelles visites.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 02:50

573a Arrivée au Lido di Valderice

 

Un "blanc" dans notre voyage. Chaque année, Natacha se rend quelque part en Europe Centrale (selon les années, cela a été Varsovie en Pologne, Kaunas en Lituanie, Brno en République Tchèque, Ivano-Frankivsk en Ukraine…) pour un colloque organisé par un club auquel elle appartient. Cette année, c’était de nouveau à Varsovie. Longtemps, elle a hésité à interrompre notre voyage pour s’y rendre. Depuis deux mois, c’était plutôt non. Et puis, subitement, au vu du programme et de la participation d’un célèbre professeur d’université français spécialiste du monde slave, elle a décidé de s’y rendre. De l’aéroport de Trapani / Birgi, à une centaine de kilomètres de Palerme, il y a des avions pour Cracovie. Elle doit s’embarquer samedi 17, faire Cracovie – Varsovie en train dimanche, participer à son colloque en début de semaine, aller faire un tour à Grodno en Biélorussie, à seulement deux cent cinquante kilomètres, pour embrasser son père et saluer quelques amis, puis repartir pour Varsovie, Cracovie, Trapani et arriver à l’aéroport de Birgi le mardi 27 au soir. Ce sont surtout les seuls 250 kilomètres de Varsovie à Grodno et retour qui sont longs et difficiles, parce qu’il s’agit de franchir la frontière de "la dernière dictature d’Europe", avec en outre un changement d’écartement des voies.

 573b Au camping du Lido di Valderice

 

Nous avons donc quitté Palerme pour le plein ouest de la Sicile, et au Lido di Valderice, auquel on accède par cette belle route fleurie que je montre sur ma première photo (encore belle malgré la chaleur et la sécheresse qui sont cause du vieillissement des fleurs), un grand camping m’a accueilli. Je me suis installé après avoir conduit Natacha à son avion. Il n’est pas luxueux, ce camping, loin de là, mais il y a l’ombre et le parfum des grands eucalyptus, et comme bien des gens s’y installent pour une longue période apparemment tous les ans –il n’y a pratiquement que des Italiens– l’ambiance est familiale et cordiale.

 

Évidemment, Natacha ne veut pas manquer des visites importantes, comme celle d’Erice perchée sur son rocher, aussi, plutôt que de faire mes balades seul et de recommencer avec elle plus tard, je décide de rester pépère pendant ces dix jours. J’ai la climatisation, un petit supermarché accolé au fond du camping permet de se fournir l’essentiel, je déploie l’auvent, je sors table et fauteuils, tout va bien et quand le soir apporte un peu de fraîcheur j’installe l’ordinateur à l’extérieur, sous l’auvent. Seul inconvénient, les transports. Car il n’y a strictement rien au Lido di Valderice, et pas de bus non plus pour aller à Trapani, capitale de province et ville de quelque importance. Les deux fois où je m’y suis rendu, il m’a fallu débrancher l’électricité, rentrer l’auvent, faire une difficile manœuvre pour sortir de mon emplacement en évitant les branches basses, et tout remettre en place au retour. Mieux vaut rester sagement sur place.

 

573c Lido di Valderice

 

Quand je dis qu’il n’y a rien, c’est rien. Mais une promenade longe la mer. Ce n’est pas la Croisette, certes, ni les Anglais, on ne se croit pas à La Baule non plus, c’est tout autre chose, mais c’est agréable.

 

573d Lido di Valderice

 

573e Lido di Valderice

 

De la promenade, le paysage est somptueux. Le rivage, de grosses pierres et de rochers érodés, est inhospitalier, aussi de loin en loin des plates-formes de bois ont été disposées pour permettre de s’étendre au soleil (gare au cancer de la peau), mais peu m’importe puisque je ne viens là de temps à autre que pour jouir du splendide spectacle de la nature, avec cet énorme rocher qui plonge dans une mer d’un bleu profond, là-bas à l’horizon, sous un ciel pur et transparent.

 

Et puis, juste en face du camping, de l’autre côté de la rue, il y a cette petite plage abritée dans une anse. Quelques villas particulières, un hôtel, le camping, cela ne fait pas beaucoup de monde, aussi ne se bat-on pas pour quelques centimètres carrés de sable. En ce grand sud de l’Europe la mer est chaude, et tout particulièrement dans une crique étroite et plate où l’eau n’est pas profonde, et mes origines bretonnes, des Côtes d’Armor qui plus est, me font apprécier davantage ce qui est un repoussoir pour une grande majorité de gens, à savoir une mer un peu froide. Se baigner à Trégastel en septembre, sur la Grève Blanche, sous un fin crachin, un pur délice. Aussi n’ai-je fréquenté cette plage que depuis la promenade, sans jamais aller m’y baigner…

 

573f Lido di Valderice

 

Certes, certes, l’eau de mer ne corrode pas l’aluminium, j’aurais pu, comme cette dame, mettre dans l’eau ma table, un fauteuil, et tapoter sur mon clavier d’ordinateur, les idées bouillonnant dans ma tête inondée de soleil, et mes pieds baignant dans la relative fraîcheur de la mer. M’installant près d’elle, j’aurais même, qui sait, pu lier conversation car elle donne l’impression de s’ennuyer ferme, pas de livre, pas de tricot, ni fuseau ni dentelle, eh bien non, sauvage je suis resté sur la promenade et l’ai laissée à sa solitude.

 

573g Pas de casque en Sicile

 

Je me suis plutôt amusé à constater, photos à l’appui, comment on respecte le code de la route en Sicile. Moins d’un usager de moto, scooter, mobylette sur quatre porte un casque. Peut-être faut-il en conclure que les Siciliens ont la tête encore plus dure que les Bretons et les Auvergnats réunis. J’ai aussi constaté que personne, ou presque, n’utilise sa ceinture de sécurité. J’ai multiplié les photos, mais parce qu’elles sont de face ou de profil on peut reconnaître les personnes. Je n’en publie donc pas. À moins de dix mètres d’un très grand parking désert, on stationne juste sous le panneau interdisant non seulement de stationner, mais de s’arrêter. J’ai aussi des photos de voitures bien floues parce que rapides, devant un panneau limitant la vitesse à trente kilomètres à l’heure. On s’amuse comme on peut.

 

573h entre Valderice et Trapani

 

Les deux fois où je me suis rendu à Trapani, ainsi que le 27 lorsque je suis allé chercher Natacha à l’aéroport, je me suis arrêté en cet endroit, quelque part sur la côte. C’est un grand terrain vague face à la mer. Au fond, on reconnaît le gros rocher que l’on voit depuis le Lido di Valderice. Pas de constructions aux alentours, c’est sauvage et magnifique.

 

573i entre Valderice et Trapani

 

Un jour, il y a même eu pas mal de vent, dans la nuit un gros orage sec a brisé des branches et secoué le camping-car, cela a agité la mer et soulevé de belles vagues qui venaient se briser sur les rochers. Cette photo a été prise le 24, alors que j’étais garé sur le terrain vague dont j’ai parlé.

 

573j entre Valderice et Trapani

 

573k entre Valderice et Trapani

 

De là aussi j’ai regardé le soir tomber sur la mer, de là j’ai vu ce coucher de soleil. Voilà quelle a été ma vie pendant ces quelques jours. Le 27 au soir, je récupérais Natacha à l’avion à l’aéroport de Birgi. Elle était un peu sonnée par tous ces transports, ces changements, et surtout le dépaysement, plongeant d’un coup d’aile de la Sicile mouvante, bruyante, éternelle, à une Pologne slave, calme, même si à Varsovie le soleil tapait à 35°. Depuis septembre 2009, elle comme moi n’avons connu de demeure que le camping-car, là elle dormait dans de vrais lits, entre des murs de brique ou de pierre. Et puis elle rapportait une impressionnante moisson de photos et de notes à trier et à classer, ainsi que des livres car si moi je peux trouver des romans en français dans les grandes villes d’Italie, elle a plus de mal à trouver de la lecture en russe, en biélorusse, en polonais ou en ukrainien, qui sont les langues qu’elle pratique le plus aisément et le plus couramment. Nous sommes donc restés encore quelques jours au camping du Lido di Valderice.

 

Je rédige ces lignes aujourd’hui samedi 31 juillet. Nous sommes rentrés cet après-midi à Palerme que nous n’avons pas fini de visiter. En route, nous nous sommes arrêtés au tout nouveau centre commercial Poséidonia ouvert par Auchan sur l’autoroute à une dizaine de kilomètres de Palerme, pour remplir le réfrigérateur et les placards, puis nous avons regagné le parking aménagé que nous connaissons bien pour y avoir résidé lors de notre premier séjour, en début de mois. Demain, nous reprendrons nos activités de découverte.

 

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 02:01

572a Aspra

 

 

Dans mon dernier article, je disais qu’après avoir assisté au défilé profane en l’honneur de santa Rosalia, aujourd’hui nous irions à la procession catholique. Mais notre ami Angelo, qui travaille dans son musée de 7h à 14h, nous a proposé de passer nous chercher pour nous emmener d’abord voir un musée à quinze ou vingt kilomètres, avant la procession qui, pour éviter la grosse chaleur, part à 19h30. Petite halte à Aspra, le long de la côte, sur la route de ce musée.

 

572b Aspra

 

Cette petite ville d’Aspra me plaît beaucoup avec ses barques de pêcheurs colorées tirées sur la plage, mais elle est surtout connue pour ses carrières dont est tirée la belle pierre jaune que l’on voit un peu partout par ici, tant pour les pavillons modernes que pour les palais anciens ou pour les monuments antiques.

 

572c1 Bagheria, museo Guttuso

 

572c2 Bagheria, museo Guttuso

 

Ce musée, c’est le musée Renato Guttuso, situé dans la villa Cattolica, du nom du prince de Cattolica qui l’a construite en 1736 sur la commune de Bagheria. Ce Guttuso est né (1911) et a vécu longtemps à Bagheria où ont toujours résidé ses parents. Il a commencé à peindre très tôt, et, tout comme ses parents violent ennemi du fascisme et du nazisme, il a peint des scènes dénonçant ces idéologies et a même dédié une œuvre à García Lorca. Son engagement idéologique l’a amené à un engagement politique au sein du Parti Communiste italien, et à ce titre il a pris part à la Résistance des Partisans pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis à se faire élire sénateur, enfin à recevoir le prestigieux Prix Lénine de la Paix (1972). En 1973 il offre à sa ville natale nombre de ses œuvres, qui seront exposées à la villa Cattolica, devenue le Musée Municipal d’Art Moderne et Contemporain. Il est mort à Rome en 1987. Ci-dessus, les deux façades de la Villa Cattolica.

 

572c3 Bagheria, museo Guttuso, L'Homme qui lit le journal

 

572c4 Bagheria, museo Guttuso, L'Homme qui lit le journal

 

Dans le parc, on est accueilli par cette grande sculpture, la seule effectuée par Guttuso. Tout le reste de son œuvre est graphique ou pictural. Ce bronze de trois mètres de haut est intitulé L’Homme qui lit le journal et date de 1965. "L’Homme qui lit le journal, écrit Guttuso, continuait à m’occuper l’esprit, c’était un personnage de mon existence, mais je ne ressentais pas l’envie de lui donner substance dans les limites du bidimensionnel".

 

572c5 Bagheria, museo Guttuso, sa tombe

 

Ce sont les œuvres de Guttuso qui, avec les toiles qui le représentent et qu’ont effectuées des amis, et avec les œuvres d’amis à lui, constituent l’essentiel du fonds de ce musée. Aussi l’enfant du pays a-t-il été enterré dans le parc de cette villa. Ceci est sa tombe, réalisée par son ami Giacomo Manzù. Parce que, dans le musée, la photo est interdite, je ne pourrai rien montrer de ce qu’il a peint. Je me limiterai donc, devant sa tombe, à citer ces mots de lui : "La peinture est un long travail d’imitation de ce que l’on aime".

 

572d1 Bagheria, museo Guttuso

 

J’ai aimé, dans le parc, cette sculpture contemporaine dont je ne connais pas l’auteur, et en particulier me plaît cette opposition avec les bâtiments d’usine en arrière-plan.

 

572d2 Bagheria, museo Guttuso, le Grand Guerrier, par Croce

 

Dans le parc également, un escalier descend vers un sous-sol. Comment appeler ce lieu ? Une catacombe, peut-être. Aucun éclairage ne fonctionnait. Quelques interrupteurs, au bas de l’escalier, sont restés inopérants. Je n’ai donc strictement rien vu, car l’obscurité est absolument totale. Même après plusieurs minutes, le temps d’accoutumer mon regard, je n’ai pu distinguer quoi que ce soit. Alors j’ai branché mon flash et j’ai pris des photos au jugé, aussi bien pour la mise au point (dans le noir, l’autofocus se croise les bras et l’appareil refuse de déclencher, je l’ai donc mis en manuel) que pour l’orientation de l’objectif car je ne pouvais savoir si je prenais en photo le plafond, le sol, un mur de fond… Je ne savais même pas comment se situait mon sujet ni quelle forme il avait. Cela donne le résultat ci-dessus.

 

Cette œuvre de 2004 est de Croce Taravella, un artiste né en 1964, et elle s’intitule Le Grand Guerrier. Depuis, j’ai appris que ce souterrain était la fosse à neige, c’est-à-dire le réservoir de neige accumulée pendant l’hiver pour servir de réfrigérateur et de sorbetière en été, et la sculpture a été réalisée dans l’intention spécifique de la placer là. Sur une armature de fer, elle est composée de ciment, de poudre de marbre, de plâtre et de laine de brebis. "La toison animale, écrit l’artiste, est le vêtement de l’homme primitif. Calcifiée, unie aux sels et minéraux de la terre (le plâtre, le marbre, le fer), le vêtement ne fait plus qu’un avec le corps, la substance de son animalité fondue dans son appartenance à la terre". On nous commente que le corps calcifié, brisé, à moitié ouvert pour montrer les organes internes de ce Grand Guerrier de neuf mètres sur trois, est l’archétype de tout héros légendaire, brisé et corrompu par la mort, mais pourtant plein d’une énergie latente… Moi je veux bien mais je ne suis pas assez artiste, pas assez sensible, pas assez cultivé, pas assez intellectuel non plus pour apprécier cela à sa juste (ou injuste) valeur. Je suis parfaitement conscient qu’après m’être extasié sur le Caravage et sur Gagini, ne pas manifester d’enthousiasme pour une œuvre contemporaine novatrice va me faire passer pour vieux jeu, celui qui ne peut que répéter ce qu’il a entendu dire avant lui, mais peu importe. Si je suis ainsi, dois-je le cacher et ajouter l’hypocrisie à l’inculture ?

 

572e Palerme, procession de santa Rosalia

 

Passons donc à la suite. En fait j’aime énormément les toiles de Guttuso. C’est du contemporain que je comprends, que je ressens. Mais puisque je ne peux les montrer, ressortons du musée et rendons-nous à Palerme pour la procession de santa Rosalia. La voici en procession sur le Corso Vittorio Emanuele. On voit que son char n’a rien à voir avec celui d’hier. Hier, le char a été décoré dans le style sicilien des charrettes, c’était conforme à ce qui est devenu le folklore local. Aujourd’hui, on retrouve la magnificence des autels de tout le sud de la péninsule et de la Sicile, le char est traité dans cette idée. Ce n’est même pas un char à proprement parler, on transporte la statue sur son socle habituel, c’est tout le dessus de l’autel qui est porté dans les rues.

 

Mais sans doute faut-il que je dise qui elle est, cette sainte. D’abord l’histoire vraie, rapportée dans les chroniques de l’époque. À la cour des rois normands, vivait le comte Sinibaldo, descendant, selon les anciennes chroniques –invérifiables–, de Charlemagne. En 1128 lui naît une fille que l’on prénomme Rosalia (comme rosa et lilia, rose et lys. On la dira une rose sans épines). Elle a dix-huit ans quand la reine de Sicile Margherita l’introduit à la cour et la prend comme demoiselle d’honneur. C’est une très belle jeune fille, un texte d’époque la décrit avec un visage d’un ovale parfait, des yeux profonds et doux, des lèvres de corail, une longue tresse blonde. Elle est très courtisée, puis elle est demandée en mariage par un certain Baudouin. Entre les fastes de la cour et la vie consacrée à Jésus qu’elle s’était promise, elle hésite. Un matin, elle apparaît tresse coupée, son père enrage et la cour la croit folle. Elle part, la chronique ne dit pas où, mais c’est probablement pour un couvent proche du palais, chez les sœurs Basiliennes. Là ou ailleurs, mais de toute façon à Palerme ou dans les environs, de sorte que son père, sa mère, son fiancé ne cessent d’aller la raisonner pour qu’elle revienne à la vie séculière, ce qui lui fait choisir une vie retirée d’ermite, dans une grotte des propriétés paternelles nommée Quisquina (du mot arabe koskin, qui signifie obscur) qu’elle connaît bien pour s’y être souvent réfugiée étant enfant. Sa retraite fut connue, et des gens venaient à elle pour lui demander conseils ou aide morale. Puis un jour, on trouva la grotte vide, Rosalia l’avait désertée pour poursuivre son vœu de s’éloigner du monde. Elle veut être seule avec Dieu et prier tout le jour. Elle a trouvé ce refuge dans une grotte du mont appelé Ercta par les Grecs et Gebelgrin par les Arabes. C’est, pour les Siciliens maintenant, le Mont Pellegrino (au pied duquel nous résidons en camping-car, et que, peut-être, nous visiterons si nous en avons le temps). On ne la dérange plus, mais on sait où elle est. Le 4 septembre 1165 (ce qui lui fait 37 ans), on la trouve morte dans sa grotte du Monte Pellegrino, épuisée par sa vie de privations. Les descriptions des témoins disent qu’elle est très émaciée mais encore très belle, elle est morte dans son sommeil, la tête sur une pierre, la joue reposant dans sa main, l’autre main posée sur sa poitrine. Très vite considérée comme sainte (avant même sa canonisation) elle a été l’objet de pèlerinages à sa grotte, d’où le nom actuel du mont, et l’on y a édifié une chapelle. Un tableau byzantin de 1185 –soit vingt ans après sa mort– conservé à la Martorana de Palerme (et que nous y avons vu le 3 juillet) la représente en compagnie de santa Oliva, santa Elia et santa Venere. Chaque année, le 4 septembre, jour de sa mort, a lieu une procession qui monte à la grotte, et que les pèlerins effectuent pieds nus. Une ascension d’environ cinq kilomètres pour parvenir à une altitude de 429 mètres quand Palerme, un port, est à l’altitude zéro.

 

La légende, maintenant, ou, disons, ce que l’on raconte et qui justifie de faire de santa Rosalia la patronne de Palerme. À l’automne 1623, une certaine Gerolama Gatto se meurt à l’hôpital des indigents de Palerme. C’est la nuit. À la lueur de sa lampe à huile qui est en train de s’éteindre, elle voit lui apparaître une belle jeune fille vêtue de blanc qui lui dit de faire le pèlerinage du Monte Pellegrino. Allant de plus en plus mal, elle tarde à se lever et à y aller, mais enfin elle se décide, monte en compagnie de deux amies, boit de l’eau de la source qui avait abreuvé Rosalia, s’endort, et quand elle se réveille sa fièvre est tombée, elle est guérie. Pendant son sommeil, lui était apparue une religieuse de blanc vêtue, lui indiquant précisément où trouver les reliques de sainte Rosalie. Elle court raconter ses rêvreset sa guérison aux Pères d’un monastère voisin, qui consignent tout cela dans une chronique, source de ces informations que j’ai trouvées. Vito Amato (le mari de l’une des compagnes de Gerolama Gatto à la grotte), Giacomo Genovese, Giovanni Tarantino, plus quatre religieux du couvent vont tous les sept se mettre en quête des reliques dès le 29 mai 1624, mais ne trouvent rien. On commence à penser que Gerolama Gatto a voulu se rendre intéressante, ou qu’elle est folle, et l’on va cesser les recherches quand, le 15 juillet, à une profondeur de quinze palmes dit la chronique (soit environ quatre mètres), on tombe sur un objet de pierre de six palmes sur trois (1,6 x 0,8 m.) et, par une ouverture, on aperçoit un crâne. On informe le prince Philibert, vice-roi d’Espagne en Sicile, qui en réfère au cardinal Giannettino Doria, lequel confie l’examen des ossements au médecin général de Sicile, au médecin-chef de la flotte et au médecin-chef de la ville, qui s’adjoignent trois autres médecins. Verdict de la commission qui n’a travaillé que quelques heures dans une demi-obscurité, les ossements proviennent de plusieurs personnes différentes, il y a trois crânes dont un de géant et deux monstrueux, il ne peut y avoir là la tête d’une femme. Le cardinal est désolé. Son vicaire général et le maître des novices de la Compagnie de Jésus décident de constituer une autre commission, nombreuse, de spécialistes. Pendant plusieurs siècles, des eaux calcaires ont coulé sur le prétendu crâne de géant, et une fois débarrassé de ses épaisses concrétions il apparaît comme un crâne de femme normal, quant aux deux autres crânes ils se révèlent être… un vase de terre cuite et une pierre polie ! La première commission mise en présence de ces ossements sous une violente lumière fut stupéfaite en voyant les morceaux de concrétions détachés du crâne de géant, le vase avec un petit morceau brisé pour en montrer la nature, et la pierre scarifiée pour, également, mettre en évidence sa composition siliceuse. Sans pouvoir dire, bien sûr, s’il s’agissait de sainte Rosalie, les médecins des deux commissions conclurent que c’étaient bien des ossements de femme provenant d’un seul et même corps.

 

Puis en 1623 des chrétiens rachetés de l’esclavage où ils avaient été réduits pour le compte de Maures débarquèrent à Trapani d’un galion revenant d’Afrique. Ils apportaient à la fois leur liberté et la peste. Une terrible épidémie s’abattit sur Palerme, emportant un lourd tribut humain, transformant la ville, dès 1624, moitié en immense lazaret et moitié en cimetière (c’est cette même épidémie qui touchera Milan en 1630, donnant à saint Charles Borromée l’occasion de mettre en œuvre sa charité). Les morts étaient enterrés dans une fosse commune. Vincenzo Bonelli adorait sa toute jeune femme, et quand elle mourut de la peste, il déclara qu’elle avait été victime d’un accident pour la faire enterrer en terre sacrée, isolément et sous une pierre tombale. Mais on découvrit son mensonge, on jeta sa femme dans la fosse commune et on lui interdit de sortir de chez lui –risque de contagion– sous peine de mort. Après quelques jours de réclusion, à la faveur de la nuit et déguisé en chasseur, il part errer sur le Monte Pellegrino. Il marche au hasard quand, soudain, il se trouve face à jeune fille vêtue en ermite qui le mène vers la grotte, lui affirmant qu’avait vécu là, avait prié et était morte celle que les Palermitains appellent "la Santuzza". Autrement dit sainte Rosalie. "Et qui es-tu ?" se risque-t-il à demander. "Je suis Rosalie". Elle lui enjoint de dire à l’archevêque que les ossements retrouvés sont bien les siens, et que s’il les porte en procession à travers la ville la peste sera vaincue. Mais elle lui prédit aussi qu’il sera lui-même une des dernières victimes de l’épidémie, après avoir eu le temps de préparer son âme. Il promet tout ce que l’on veut, commence à redescendre en ville, mais pense soudain qu’on l'a menacé de l’exécuter s’il sort de chez lui et aller chez l’évêque équivaut à avouer qu’il est sorti. Il rentre donc chez lui furtivement et ne tient pas sa promesse. Alors, comme prévu, il tombe malade de la peste, il confesse tout au prêtre venu lui administrer les derniers sacrements, ce prêtre fait rapport au cardinal de la rencontre de Vincenzo Bonelli avec santa Rosalia, lequel cardinal ne se sent plus de joie. Car il savait que les ossements étaient ceux d’une femme, il est à présent sûr que ce sont ceux de la sainte. Il réalise alors la cérémonie demandée le 7 juin 1626 et le 15 juillet il va prier à la grotte du Monte Pellegrino. Quand il redescend, on lui apprend que plus aucun cas de peste n’est détecté dans toute la ville. Merveilleux miracle. Santa Rosalia, depuis, est la principale patronne de Palerme, elle fait l’objet d’une immense vénération et chaque année ses restes sont menés à travers la ville en procession solennelle le 15 juillet.

 

En 1165 je n’étais pas encore né et en juin 1626 je n’étais pas à Palerme. Je raconte donc tout cela sans photos. Et si maintenant je parle de Gérard de Nerval qui est l’un des poètes que je préfère, en son temps la photo numérique n’existait pas encore (il est mort en janvier 1855). Mais j’aime tellement son poème Artémis que je ne peux manquer de l’évoquer. Car jusqu’à présent la sainte napolitaine, "rose au cœur violet", au premier tercet, n’était pour moi que l’évocation d’une sainte sicilienne, une certaine Rosalie, selon les recherches que j’avais menées autrefois (la capitale du Royaume des Deux-Siciles était à Naples). Rien de plus. Désormais elle prend une tout autre dimension et je n’en aime ce sonnet que davantage. Le voici :

 

            La Treizième revient... C'est encor la première,

            Et c'est toujours la seule, – ou c'est le seul moment ;

            Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?

            Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

 

            Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;

            Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement :

            C'est la mort – ou la morte... Ô délice ! ô tourment !

            La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.

 

            Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,

            Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule,

            As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

 

            Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux,

            Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :

            – La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !

 

 

572f1 Palerme, procession de santa Rosalia

 

572f2 Palerme, procession de santa Rosalia

 

J’ai commencé par montrer sainte Rosalie, à tout seigneur tout honneur, et je me suis longuement étendu sur son histoire, mais elle est précédée par les évêques ainsi que par tout le clergé. Revenons donc aux illustrations. Je ne sais pas si ces prêtres sont tous attachés à la cathédrale, au chapitre, ou si ce sont les curés des diverses paroisses de Palerme.

 

572f3 Palermo, processione di santa Rosalia

 

Évidemment, cette procession est pleine de ferveur et de conviction, évidemment tous les participants sont sérieux, mais nous sommes en Sicile, il n’y a pas de rigidité, et quand les participants, laïcs, moines, prêtres, évêques, rencontrent des personnes connues, on sort du rang, on s’embrasse, on se parle un peu, et puis on court reprendre sa place. C’est très sympathique et très naturel. Il n’y a pas de componction artificielle, "pour la galerie".

 

572f4 Palermo, processione di santa Rosalia

 

Le "sindaco", c’est-à-dire le maire, participe officiellement à la procession, avec son écharpe tricolore il suit immédiatement le char de santa Rosalia, mais il est tellement protégé que l’on ne peut l’approcher. Craint-il la mafia ou les opposants, je l’ignore, mais il est serré de près par des civils, et sur la droite comme sur la gauche, des carabiniers solidement armés marchent serrés l’un derrière l’autre pour faire comme un mur de leurs corps. J’ai voulu m’approcher pour prendre une photo entre deux de leurs têtes, je me suis fait repousser d’un violent coup de crosse. J’ai quand même réussi à l’entr’apercevoir.

 

572f5 Palermo, processione di santa Rosalia

 

572f6 Palerme, procession de santa Rosalia

 

La confiance dans la protection accordée par santa Rosalia est totale. Des pères ou des mères tendent leur bébé aux hommes des congrégations qui marchent devant le char pour qu’ils lui fassent toucher le reliquaire où sont portés les restes de la sainte, ou au moins les fleurs qui le recouvrent. Quand il y a plusieurs bébés, cela retarde la progression. On en avertit ceux qui marchent en tête, ils s’arrêtent, se retournent pour voir où l’on en est, puis quand le char repart, ils reprennent leur progression.

 

572g1 Palermo, processione di santa Rosalia

 

En arrivant près de la Porta Felice et de la mer, on débouche sur une grande place où a été monté un podium. Les autorités laïques (municipalité, province, région, militaires) et religieuses (une brochette d’évêques, l’archevêque de Palerme) viennent y prendre place. Le maire s’y trouve, sur cette estrade, mais totalement invisible, en arrière des rangs. La menace doit être sérieuse.

 

572g2 Palerme, procession de sainte Rosalie

 

Suit une longue homélie de l’archevêque. Je le croyais cardinal, tout le monde me parle du cardinal, mais je ne le vois pas en rouge, il est en violet comme les autres évêques. Et pourtant c’est bien lui, le patron du diocèse, pas de doute. Il parle un peu trop longtemps, mais avec conviction dans la voix et ce qu’il dit est intéressant. Il n’hésite pas à critiquer la politique menée par les responsables, lesquels piquent du nez à ses côtés.

 

572g3 Palerme, procession de sainte Rosalie

 

On est dévot à l’égard de sainte Rosalie, cela ne signifie nullement que l’on doive écouter pieusement les paroles de Monseigneur. La foule bavarde gaiement, et les séances de bébés volant vers le reliquaire continuent. Il y en a de tout petits, des nourrissons de quelques mois à peine. D’autres ont plus d’un an, et je ne sais pas s’ils ont manqué la cérémonie de l’an dernier ou si, tous les ans jusqu’à leur majorité , on répète l’opération.

 

572g4 Palerme, procession de sainte Rosalie

 

Et puis les officiels désertent le podium et la procession repart en direction de la cathédrale. Elle va progresser lentement, s’arrêter partout, nous l’abandonnons. Nous allons dîner (légèrement) par ici. Nous avons largement le temps de manger un petit quelque chose à une terrasse, sans nous presser, et de retourner à la cathédrale à notre allure. Aucun problème. En rédigeant ceci, je regarde à quelle heure ont été prises mes photos (c’est merveilleux, pour cela, le numérique). Celle-ci, quand la procession repart, je l’ai prise à 20h43. La suivante, ci-dessous, indique 23h03, nous sommes donc devant la cathédrale deux heures et vingt minutes plus tard, et nous allons encore attendre un peu…

 

572h1 Palerme, jour de sainte Rosalie

 

Pour tout voir sans avoir à se déplacer, l’idéal est d’habiter face à la cathédrale, bien sûr. Ces gens ont dîné, ils disposent d’un balcon, ils prennent le frais en attendant d’assister au retour de santa Rosalia.

 

572h2 Palerme, feu d'artifice pour sainte Rosalie

 

La place de la cathédrale est fermée sur la droite par le bâtiment d’un grand lycée. C’est du toit du lycée, me semble-t-il, qu’est tiré un grand feu d’artifice pour fêter le retour de la sainte dans sa cathédrale. Le convoi arrive. Le bouquet est une véritable explosion.

 

572i1 Palerme, office de santa Rosalia à la cathédrale

 

572i2 Palerme, office de santa Rosalia à la cathédrale

 

La procession pénètre dans la cathédrale, sous les vivats. Puis, à l’intérieur, a lieu une célébration, mais dans une liesse qui, pour l’homme "du nord" que je suis apparaît, à tort sans aucun doute, comme fortement marquée par le paganisme. Il y a des prières, et à la fin de chacune de grandes acclamations, "Viva santa Rosalia !!!". Comme mes voisins, je m’époumone avec joie. Et comme le refrain du cantique n’est pas difficile à retenir, je chante à tue-tête avec les autres, et j’applaudis à chaque "Viva santa Rosalia".

 

572j Palerme, célébration privée (et profane) de santa

 

Quand, enfin, tout est terminé, le prêtre qui s’est chargé de l’animation et de l’organisation, qui y a mis tout son cœur et toute son énergie, visiblement épuisé parvient à chasser gentiment mais fermement les derniers traînards de son église, nous repartons vers la ruelle où, hier, nous avons vu un autel et des décorations privés. Il est près de minuit, il y a des musiciens qui jouent, et des personnes qui dansent en chantant devant une santa Rosalia qui ne perd rien de son calme. Elle a dû en voir d’autres, à la cour de la reine Margherita. Mais j’ai l’impression que les habitants de cette rue, dans cette fête, confondent un peu la cérémonie chrétienne avec les rites de Bacchus… Ils semblent avoir un peu forcé sur le vin de messe.

 

572k1 Palerme, refus de tribut à la mafia

 

572k2 Palerme, refus de tribut à la mafia

 

Ce que je montre ici pour terminer mon article d’aujourd’hui n’est pas dans l’ordre chronologique. Mais comme c’est sans rapport aucun avec la célébration de santa Rosalia, j’ai préféré en parler à part. C’est en revenant vers la cathédrale, après avoir dîné, que nous sommes tombés en arrêt devant cette vitrine. Le pizzo, c’est la dîme que la mafia exige des commerçants sur leurs ventes. Non seulement c’est immoral, mais pour ne pas y perdre les commerçants en répercutent le montant sur leurs prix, de sorte que finalement c’est le consommateur qui subventionne la mafia. Certains commerçants refusent le pizzo, au risque de leur vie. Ici, on vend un T-shirt "pizzo free", libre de pizzo, pour 5 Euros. Et sur le T-shirt, la représentation de tous ces gens s’écriant "Pizzo free" est amusante. Si la boutique avait été ouverte, je me le serais offert. Dans la vitrine, à droite, une petite pierre tombale est gravée "Le parrain. Sicile". Et sur la porte, le sigle Addio (= adieu) pizzo. Un pas vers la libération. C’est une conclusion optimiste pour mon article d’aujourd’hui, sous la protection de santa Rosalia. Viva santa Rosalia !!!

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Published by Thierry Jamard
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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 01:27

571a1 Palerme, palazzo Sclafani

 

 

571a2 Palerme, palazzo Sclafani

 

Allant assister aux célébrations (aujourd’hui profanes) de Santa Rosalia, la patronne de Palerme, nous passons devant le palazzo Sclafani, un vieux palais du début du quatorzième siècle (1330) à la belle façade arabo-normande. Sur les deux premiers niveaux, l’architecture est très austère, murs nus, fenêtres rectangulaires, rien qu’un portail ogival surmonté de l’aigle. Et puis au-dessus, une belle décoration, des fenêtres géminées avec une colonnette en pierre blanche sur la façade de pierre rouge et puis toutes sortes de jeux de couleurs et de formes. Au-dessus de chacune des fenêtres, l’œil-de-bœuf présente un dessin différent. Vendredi dernier, le 9 juillet, nous avons admiré, au musée du palazzo Abatellis, l’immense fresque du Triomphe de la Mort. C’est de ce palazzo Sclafani qu’elle provient.

 

571b Palerme, girouette de la cathédrale

 

Nous passons devant la cathédrale. Chaque fois, on découvre un détail nouveau. Cette fois-ci, c’est cette amusante girouette au sommet de sa tour d’angle.

 

571c1 Palerme, Santa Rosalia privée

 

571c2 Palerme, Santa Rosalia privée

 

Cette petite rue étroite n’a rien de privé même si, paraît-il, ses riverains sont tous plus ou moins apparentés. Mais ceux qui habitent là tiennent à vénérer tout particulièrement santa Rosalia, alors ils disposent ces tapis sur le sol plusieurs jours à l’avance, ces arbustes en pots, ces éclairages suspendus comme en placent chez nous les municipalités pour les fêtes de fin d’année, et tant pis s’ils condamnent la circulation des voitures et motocycles. Au bout, avant un autel dressé au milieu de la rue, les femmes se sont installées sur des chaises le long des murs pour discuter entre elles, pour surveiller les enfants, pour passer le temps hors de la fournaise de leurs maisons ou bien lorsqu’elles disposent de la climatisation, comme j’ai pu le constater en regardant les appareils fixés aux murs extérieurs, poussées par une tradition ancestrale de vie dans la rue.

 

571c3 Palerme, Santa Rosalia privée

 

Certaines portes de maisons sont ouvertes, on peut voir que la dévotion envahit aussi les intérieurs. Après un moment de réticence, la propriétaire de cet appartement a autorisé Natacha à faire ses photos. Du coup, j’en profite aussi pour en faire une.

 

571c4 Palerme, Santa Rosalia privée

 

571c5 Palerme, Santa Rosalia privée

 

Ce grand autel en l’honneur de la sainte est dressé au milieu de la rue. Car ce n’est pas une impasse, non, non, c’est bien une rue, aussi les riverains, en installant l’objet de leur dévotion, édifié au-dessus de mains, de jambes, d’un bébé offerts en ex-voto, ont-ils laissé sur la droite un étroit passage permettant aux personnes qui vivent dans la seconde partie de la rue de rejoindre leur logement, ou même au simple passant de ne pas avoir à faire un long détour pour poursuivre sa route. Ici, dans cette rue, nous sommes vraiment au cœur de la Sicile traditionnelle.

 

571d1 Palerme, préparation Santa Rosalia

 

571d2 Palerme, préparation Santa Rosalia

 

571e Palerme, préparation Santa Rosalia

 

Devant le palais des Normands, le défilé se prépare. Il n’y a pas de musiciens (c’est pourquoi je n’en montre pas !), mais la musique sort à plein volume de haut-parleurs installés sur les charrettes. Ici au jour, en attendant le défilé à la nuit, on peut voir ces charrettes traditionnelles peintes de la campagne sicilienne. Ces charrettes sont authentiques, il en existe encore une quinzaine dans la région de Palerme, et pour ce genre de cérémonie il n’est pas question d’en construire de nouvelles, de fausses anciennes. En revanche, le décor peut parfois être renouvelé. Certaines portent la reproduction d’une photo d’ancêtre peinte à l’arrière. Quant au char, nous le connaissons déjà, nous, puisque, il y a trois jours, nous avons assisté à son élaboration, nous… Mais la statue de santa Rosalia n’y était pas encore.

 

571f1 Palerme, Santa Rosalia, cheval

 

571f2 Palerme, Santa Rosalia, cheval

 

Il est plus tard, vers 21 heures. La nuit est tombée. Le défilé est commencé. Les chevaux sont magnifiquement harnachés, et même de façon si foisonnante parfois qu’on se demande comment ils peuvent porter tout cela sur leur tête.

 

571g1 Palerme, Santa Rosalia, le défilé

 

571g2 Palerme, Santa Rosalia, le défilé

 

Et chaque charrette, conduite par un homme qui pour la circonstance a revêtu le costume de la campagne sicilienne de l’ancien temps, porte sur un trône une reine de beauté, une jeune sicilienne dans les habits d’apparat du dix-neuvième siècle, une digne représentante de sainte Rosalie. Les charrettes sont plus ou moins grandes, mais toutes ont une forme qui se ressemble, sauf cette dernière, qui est un char plat. Authentique elle aussi, cependant.

 

571h1 Palerme, Santa Rosalia

 

571h2 Palerme, Santa Rosalia

 

Elles sont belles, elles sont charmantes, elles sont élégantes, elles représentent la Sicile qui est plus qu’une province d’Italie, c’est leur pays et leur terre, il est impossible de ne pas les montrer en gros plan. Rien que pour le plaisir esthétique de les regarder, je les ai presque toutes photographiées. L’espace me manque, je n’en montre que deux. Les autres, je les garde jalousement pour moi. Sur l’épaule, sur la ceinture, dans la coiffure, toutes portent au moins une rose rouge, attribut de sainte Rosalie.

 

571i Palerme, Santa Rosalia, le défilé

 

Puis, pour fermer le cortège, passe le char qui porte l’effigie de la sainte, très applaudi sur tout son parcours. C’est une fête populaire qui attire tout Palerme.

 

571j1 Palerme, Santa Rosalia, feu d'artifice

 

571j2 Palerme, Santa Rosalia, feu d'artifice

 

La fête s’achève par un feu d’artifice. Il est tard, nous nous sommes attablés à la terrasse d’un bistrot sympathique pour manger un plat de pâtes. On peut manger des pâtes tous les jours, dans ce pays, elles sont chaque fois préparées de façon différente et succulente. La question n’est pas "au beurre, ou sauce bolognaise ?", la question couvre plusieurs pages du menu. Et si bon marché… La fête se terminant par un grand feu d’artifice, j’en profite pour enrichir mon vocabulaire. La serveuse me dit que c’est fuoco d’artificio. Bon, ce ne sera pas difficile à retenir. Demain, ce sera la célébration religieuse. Nous comptons bien aller voir la procession.

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