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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 00:18

569a Palerme, preparation char de Sainte Rosalie

 

 

569b Palerme, preparation char de Sainte Rosalie

 

569c Palermo, preparazione Santa Rosalia

 

Notre nouvel ami Angelo est venu nous chercher en voiture au camping-car pour nous emmener voir quelque chose de peu commun, la préparation du char pour la célébration de sainte Rosalie, patronne de Palerme. En fait, il y a deux célébrations. Le 14 juillet c’est tout à fait laïque et profane, pour ne pas dire presque païen. Des charrettes siciliennes traditionnelles, toutes peintes, tirées par des chevaux enrubannés, portant chacune une jeune fille représentant santa Rosalia, vont défiler depuis le palais des Normands jusqu’au port, empruntant le Corso Vittorio Emanuele de bout en bout, suivies du char que nous voyons ici en préparation et qui portera une statue de la sainte. Puis, le 15 juillet, c’est la cérémonie religieuse, le cardinal et le clergé de la cathédrale ainsi que bien d’autres ecclésiastiques et divers ordres vont porter en procession une autre statue sur un autre char à travers la ville, sur un podium il y aura une homélie du cardinal, puis retour pour une nouvelle cérémonie à la cathédrale.

 

Aujourd’hui dimanche, ces bénévoles ne travaillant pas peuvent venir œuvrer à la construction de ce char. Nous sommes dans les chantiers navals de Palerme, et c’est un privilège d’être admis à voir ces travaux et ce char avant le fête. Angelo a des relations, il connaît plein de monde, et il a obtenu que l’on veuille bien nous ouvrir les portes. C’est d’autant plus exceptionnel que l’on nous laisse tranquilles nous promener où nous voulons et faire toutes les photos dont on a envie.

 

569d Palerme, preparation char de Sainte Rosalie, maquette

 

Après avoir bien tourné autour du char et vu comment sont fixés les ornements, nous pénétrons dans un hangar où, sur une table, est posée cette maquette, qui est interprétée un peu librement. C’est plutôt pour donner une idée générale que pour être un modèle rigoureux.

 

569e Palerme, char de Sainte Rosalie, peinture Nino Cuticch

 

569f Palerme, char de Sainte Rosalie, peinture Nino Cuticch

 

Mais le plus intéressant dans ce hangar est le travail de ce peintre. Il réalise des panneaux pour le char. C’est un artiste complet, qui confectionne aussi des marionnettes pour le théâtre traditionnel palermitain qu’il anime. Son nom, Nino Cuticchio. Du coup, Natacha et moi sommes pris de l’envie de voir un de ses spectacles. Angelo va lui parler, et il fait précisément ce soir une représentation. Eh bien nous irons.

 

569g Palerme, preparation char de Sainte Rosalie, accessoir

 

Ailleurs, nous voyons cette caisse remplie de petits cristaux multicolores destinés à rehausser le vêtement de Rosalia. Angelo croit que c’est Swarovski qui les a fournis.

 

569h1 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

569h2 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

Il paraît que cette année il n’y a pas de sous pour le char et qu’il faut donc faire à l’économie. On peut voir, derrière le char de cette année, une carcasse de bateau. Il ne s’agit pas d’un vieux rafiot hors d’usage, mais de la structure d’un char d’une année passée. Près de l’entrée des entrepôts de ces chantiers navals, qui sont chaque année le théâtre de la construction du char, il y a aussi un buste de santa Rosalia qui a servi une autre année.

 

569h3 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

569h4 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

Puisque cela nous intéresse, Angelo nous emmène voir dans d’autres salles les dépouilles des chars précédents. Des anges, des saints, l’effigie de la Mort, tout cela gît au sol, cul par-dessus tête, brisé. Ce n’est plus récupérable, mais ce n’est pas jeté. C’est entassé là au hasard. Cela fait une curieuse impression. Mais on voit, en effet, que les années précédentes des sommes importantes ont été dépensées.

 

569i Palerme, la Fiat 500 d'Angelo Di Garbo

 

16h45 ou 17h, tout le monde s’en va. Nino Cuticchio doit aller préparer sa représentation, et puis c’est dimanche et chacun a également ses occupations familiales ou personnelles. La Fiat 500 d’Angelo nous attend sagement pour nous emmener voir autre chose dans un autre coin.

 

570a1 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

570a2 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

Cet autre coin, c’est l’église Santa Maria della Catena, une église Renaissance de 1490. Vue du port, d’un peu loin, elle fait beaucoup d’effet, plus sans doute que de plus près, lorsque l’on approche de son lourd portique et qu’on la voit du bas des marches.

 

570b1 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

570b2 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

Sous le porche, chacun des portails est surmonté d’un bas-relief. Ici, une Nativité. J’en aime bien la composition simple et la représentation sobre.

 

570c1 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

570c2 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

De l’intérieur je ne montrerai que peu de chose, parce que la photo y est interdite, que des personnes sont préposées pour répondre aux questions des visiteurs et ne sont donc jamais bien loin, parce que, enfin, nous étions entrés depuis quelques minutes quand un prêtre est venu arranger je ne sais quoi, ne cessant d’aller et venir… En Sicile, le code de la route n’est pas fait pour être respecté, presque partout la photo est autorisée, mais dans les rares cas où elle est interdite ce n’est pas pour plaisanter. Prendre un sens interdit en ville à 80 kilomètres à l’heure, en téléphonant et sans avoir bouclé sa ceinture, c’est une broutille, comparé à la prise d’une photo à Santa Maria della Catena.

 

570c3 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

Je ne peux quand même pas manquer d’admirer la construction de cette voûte, encore constituée de croisées d’ogives gothiques en pierre dorée qui, dans la pénombre, tranche vivement sur le blanc du plafond. C’est du plus bel effet. L’une des jeunes filles qui sont là est fort aimable. Elle connaît bien tout ce qui touche à cette église, je suppose qu’elle doit être étudiante en arts ou fraîchement diplômée. Elle nous laisserait bien prendre une ou deux photos, elle, mais le règlement est le règlement et elle est chargée de le faire respecter…

 

570d1 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

570d2 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

Nous nous rendons donc au théâtre de marionnettes. Ils sont trois frères qui, dès leur plus petite enfance, ont baigné dans l’atmosphère de ces théâtres de marionnettes à fil, typiques de Palerme, parce que leur père avait son théâtre. Il réalisait lui-même les marionnettes, les manipulait et faisait les voix. Les fils ont suivi ce chemin. Celui qui est resté à Palerme, c’est Nino, que nous avons vu peindre le char de santa Rosalia. Lui aussi est un adroit artisan qui rénove les anciennes marionnettes de feu son père et qui en construit d’autres.

 

570e Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

570f Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

570g Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

Nous avons assisté au spectacle. Ce sont toujours des thèmes héroïques, par exemple en relation avec la geste de Charlemagne et de Roland. La tradition veut aussi qu’il y ait beaucoup de combats. Il paraît que les dialogues ne sont pas écrits, pas rédigés, et que c’est toujours une improvisation sur une trame établie, bien sûr. Spectacle remarquable.

 

570h1 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

À la fin de la représentation, Nino Cuticchio (à gauche, mais on le reconnaît puisqu’on l’a vu en début d’après-midi) et son assistant saluent le public en apparaissant sur la scène. Cela nous donne une idée de la taille de leurs marionnettes. Elles sont assez grandes, elles sont lourdes, et ce travail d’acteur pour la voix, d’auteur pour l’improvisation des textes, d’habile manipulateur pour faire réaliser des gestes naturels à ces poupées, se double d’un travail physique éprouvant. Tous deux sont en sueur.

 

570h2 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

À la demande d’Angelo, nous serons aimablement autorisés à aller voir comment sont organisées les coulisses. Conversant –en anglais– avec l’assistant, Natacha aidera même à ranger les "pupi", qui sont nombreux et qui doivent être bien ordonnés afin qu’on les trouve instantanément au moment où ils doivent entrer en scène. Des acteurs en chair et en os savent quand ils doivent entamer leur rôle, ils se tiennent prêts et entrent d’eux-mêmes. Mais une marionnette perdue attend en silence qu’on la découvre…

 

570i Palerme, Antica Focacceria San Francesco

 

Voilà une journée bien remplie avec des visites peu communes. Nous déambulons encore un peu tous les trois avant de demander à Angelo de nous indiquer un endroit agréable, pas cher et typique pour manger un petit quelque chose avant de rentrer. Nous allons à cette Antica Focacceria San Francesco qui annonce exister depuis 1832. C’est une tavola calda, c’est-à-dire une cafétéria où l’on vous sert non pas sur un plateau passé devant une rampe, mais selon le système italien : On fait son choix, on va payer à la caisse, on revient avec son ticket acquitté pour se faire servir et puis on part avec son assiette.

 

570j Palerme, Antica Focacceria San Francesco

 

On peut s’installer en bas, il y a quelques tables, mais à l’étage il y a une salle calme d’où l'on a une vue intéressante sur les lignes de service, sur la droite et au premier plan, ainsi que sur la caisse entre les deux portes. Encore une fois, c’est une adresse à noter et à retenir. Sympathique, simple mais bon, et incroyablement économique. Mais, parce que je repérais une voiture de police garée juste devant et des policiers sur le trottoir, Angelo nous a raconté que le patron avait refusé de payer sa dîme à la mafia et que depuis il était dans le collimateur. Aussi des mesures de sécurité particulières sont-elles prises.

 

570k Palerme, Angelo Di Garbo dîne avec nous

 

Après avoir bien discuté, bien ri, appris bien des choses, nous rentrons au camping-car. Une fois de plus, Angelo nous embarque dans sa voiture et nous ramène à nos Pénates ambulants. Il y a trois jours, nous ne nous connaissions pas, et il est si chaleureux et si amical que j’ai vraiment l’impression d’abuser de sa gentillesse. Mais il insiste, pas moyen de refuser… Grazie, amico !

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Published by Thierry Jamard
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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 22:06

568a1 Palerme, mur punique et Benetton

 

Hier, au musée d’art sicilien du palais Abatellis, nous avons rencontré monsieur Di Garbo, il était un animateur culturel. Nous avons parlé, discuté, vu ensemble un petit bout des collections, puis nous nous sommes donné rendez-vous pour aujourd’hui, où il ne travaille pas. Désormais il est Angelo, un ami.

 

Il nous a menés dans divers endroits de sa ville, il nous a fait remarquer des choses que nous n’aurions pas vues seuls. Nous commençons par courir dans le temps, en commençant par ce mur punique utilisé comme façade pour des habitations d’aujourd’hui, qui cède la place à un bâtiment occupé par les services administratifs de Benetton. Curieux, de voir voisiner les Carthaginois et cette marque de vêtements qui soutient une équipe de formule 1.

 

568a2 Palerme, canalisations arabes

 

Les siècles ont passé, les Grecs, les Romains, nous sommes au Haut Moyen-Âge, avant l’arrivée de Roger de Hauteville le Normand. Les Arabes occupent les lieux. Dans ce mur qui date de leur temps apparaissent les canalisations de terre cuite qu’ils noyaient dans la maçonnerie pour alimenter en eau leurs bâtiments. Le mur tient encore, mais le crépi est tombé, la pierre s’est érodée et les tuyaux apparaissent.

 

568a3 Palerme, mosaïques médiévales

 

Les Arabes sont partis ou assimilés. Nous sommes cependant encore au Moyen-Âge, au temps des Normands ou des Souabes. Ce mur de maison est décoré de carreaux de céramique qui tiennent encore en place. On ne les croirait pas si anciens, quand on voit, sur le toit, cette antenne qui, pour n’être pas parabolique, est quand même plus récente…

 

568b1 Palerme, mercato del Capo

 

 

568b2 Palerme, mercato del Capo

 

Après avoir déambulé dans les rues de Palerme, nous sommes à présent au Mercato del Capo, l’un des vieux marchés traditionnels de la ville. On y trouve de tout. Et alors que j’ai vu, à Naples, une poissonnerie où le poisson repose sur des planches de bois sans réfrigération, ici sur ces étals rudimentaires on apporte une épaisse couche de glace qui maintient les produits bien frais. Les vendeurs apportent un soin particulier à la disposition de leurs fruits et légumes en harmonisant les couleurs, et les poissons sont placés de façon décorative, par exemple les maquereaux sont empilés en échelles. La viande arrivant à dos d’homme est bien tentante pour les chiens du quartier.

 

568b3 Palerme, mercato del Capo

 

568b4 Palerme, mercato del Capo

 

Bien sûr, il y a aussi des échoppes d’épices très variées, et sur ce même étal on trouve toutes sortes de graines, haricots, pois chiches, graines de citrouille, pignons, arachides, noix, noisettes, amandes, etc. Et si les chiens n’osent pas attaquer les bouchers pour s’emparer de leur fardeau, les pigeons sont beaucoup moins timides pour essayer de voler ces délices à leur portée. Et comme un Sicilien, comme les autres Italiens du Mezzogiorno, vit pour discuter le coup avec ses compatriotes, les pigeons observent, voient le champ libre, se précipitent et tentent de percer un plastique à coups de bec. Jusqu’à ce que le vendeur, entre deux grands gestes et deux éclats de voix, l’aperçoive et le chasse. Mais il reste perché là tout près, le malin, sur le rebord d’un auvent (d’ailleurs, sur ma photo du boucher, on en aperçoit un qui guette), prêt à retourner mettre le couvert.

 

568b5 Palerme, Angelo et Natacha au mercato del Capo

 

Angelo parle anglais, ça rend bien service à Natacha qui est rétive à l’italien. Pour ne pas être obligés de voler (dans les deux sens du terme) comme les pigeons, nous achetons des fruits, et Natacha ne tarde pas à en goûter. Après avoir tout bien observé, nous sommes entrés dans une boutique pour nous choisir un plat pour le déjeuner. C’est tout comme dans un thermopolium de l’antiquité romaine, à part qu’ici les plats ne sont pas conservés au chaud. Un coup de micro ondes, et le tour est joué. Nous partons avec nos assiettes et nos couverts nous installer sur une petite table en plein milieu de la rue. Goût sicilien de nos plats, ambiance sicilienne de la rue… Sans aller jusqu’à prétendre que l’on se croirait à la Tour d’Argent, la nourriture proposée est savoureuse, très abondante, pour un prix très raisonnable, bien inférieur à celui d’un repas en cafétéria.

 

568c1 Palerme, San Giuseppe dei Teatini

 

568c2 Palerme, San Giuseppe dei Teatini

 

568c3 Palerme, San Giuseppe dei Teatini

 

Longtemps, très longtemps, nous restons assis là à palper l’atmosphère de la rue, à observer, à discuter de Palerme, de son histoire, des caractéristiques de son art, de ses grands artistes que nous avons découverts hier au musée, de nous et de nos vies pour mieux nous connaître mutuellement, de tout et de rien. Plusieurs heures. Quand nous nous remettons en chemin, nous nous arrêtons pour jeter un coup d’œil à l’église San Giuseppe dei Teatini. La voûte de la nef est richement décorée de stucs et de fresques sur toute sa longueur, et la coupole sur la croisée du transept, elle aussi avec ses angelots de stucs et ses peintures, donne beaucoup de luminosité . Avant-hier, j'ai nommé une église "San Giuseppe" mais heureusement en y ajoutant un point d'interrogation. Parce que San Giuseppe, c'est celle-ci, pas celle de l'autre jour. 

 

568c4 Palerme, San Giuseppe dei Teatini 

 

Rien n’indique de qui ni de quand est cette représentation de la Vierge à l’Enfant, mais elle ne ressemble à rien de ce que l’on voit par ici. L’Enfant Jésus est un vrai bébé aux cheveux roux frisés et il nous regarde d’un air malin, et la Madone, yeux baissés, pensive et peut-être triste, n’a pas du tout un visage de femme sicilienne ou italienne du sud. Mais elle est très belle. Tout l’entourage, toute la parure, sont faits de marqueterie de marbre.

 

568c5a Palerme, San Giuseppe dei Teatini, marqueterie de ma

 

568c5b Palerme, San Giuseppe dei Teatini

 

Cette technique d’une finesse extraordinaire se retrouve partout. Voici un gros plan qui montre l’adresse incroyable et la patience angélique qu’il faut pour tailler et ajuster ces fragments de pierre si fins dans des formes complexes, sans qu’entre eux on puisse glisser une feuille de papier à cigarette. En outre, comme on le voit sur mon autre photo, ce travail n’exclut pas des sculptures ni une décoration baroque très chargée.

 

568c6a Palerme, San Giuseppe dei Teatini, Vierge de Domenic

 

568c6b Palerme, San Giuseppe dei Teatini, Vierge de Domenic

 

Hier, au musée, je ne tarissais pas d’éloges sur les Gagini père et fils, ces sculpteurs du quinzième siècle. Aussi ai-je été pleinement heureux, cet après-midi, en découvrant, au milieu de cet autel à la décoration baroque foisonnante, une splendide Vierge. Tout de suite, Angelo, le spécialiste, a identifié une œuvre de Domenico Gagini, le père. Délicatesse du geste, douceur du regard, drapé du vêtement, finesse d’exécution, tout y est. Une merveille. Après cela, on ne peut rien admirer d’autre dans cette église.

 

568d Palerme, Biblioteca comunale 

 

Juste un regard en passant devant cette sorte de faux temple grec. C’est la bibliothèque municipale. Ce n’est pas laid, mais on s’attendrait plutôt, derrière ces colonnades, à trouver une église. Peut-être en était-ce une.

 

568e Palerme, en ville

 

Comme ce matin, nous nous enfonçons dans le dédale des petites rues typiques, des escaliers, des courettes, loin des lieux fréquentés par les touristes. Il s’agit de voir ce qu’est réellement Palerme, sa vie, ses habitants. Ce modeste paneficio (boulangerie) avec sa devanture ancienne, son rideau chasse-mouches, une petite dame avec un pauvre étal sur le trottoir juste devant, un mur décrépi, cela c’est Palerme.

 

568f1 Palerme, en ville, préparation pour santa Rosalia

 

568f2 Palerme, en ville, préparation pour santa Rosalia

 

Nous sommes le 10 juillet. Le 14 et le 15, de grandes célébrations profanes et religieuses fêteront sainte Rosalie, la sainte protectrice de la cité. D’ores et déjà, en ville, devant certains immeubles, de majestueux autels ont été dressés en l’honneur de santa Rosalia. Un peu partout, au hasard des immeubles, les murs reçoivent ici une discrète fresque de la Vierge, là une petite niche pour le Padre Pio, avec ou sans offre d’indulgences pour qui s’arrête à prier un instant, et il se trouve qu’ici une petite niche abrite une effigie de la sainte patronne (on l’aperçoit vaguement sur ma première photo), c’est donc l’occasion d’amplifier l’hommage, avec ces immenses draperies, ces faux cierges électriques et ce sarcophage de verre.

 

568g1 Palerme, en ville

 

568g2 Palerme, en ville

 

Par un lacis de ruelles inextricables nous traversons des cours dont l’aspect est peu commun pour le Parisien que je suis. Nous ne sommes pas à la campagne, mais en plein cœur d’une ville qui approche les sept cent mille habitants. Dans une courette qui n’a rien de privé, c’est un passage public, le long d’un mur, bien en ligne, dix ou douze femmes sont assises sur des chaises et parlent entre elles. Tout près, dans une grande piscine de plastique gonflable, un jeune –qui n’est plus un enfant ni même un adolescent– prend le frais, s’immergeant complètement de temps à autre. De l’autre côté, un immeuble en ruine offre un abri providentiel pour une petite basse-cour, poules, lapins, parmi lesquels évolue une chèvre. Et au milieu grouillent des enfants, adorables, jolis comme des cœurs, et qui, voyant nos appareils photo, demandent à être photographiés et ensuite à voir leur photo sur l’écran de contrôle. Il ne faut pas croire que nous sommes dans une sorte de bidonville, non, ces enfants sont propres et bien habillés, et d’ailleurs cette piscine insolite n’est pas ce que l’on trouve chez des va-nu-pieds. Tout simplement nous sommes transportés dans une autre civilisation. Certes, dans le monde entier, les bourgeois uniformisent leur mode de vie, nous sommes ici parmi des gens simples, mais tout à fait insérés dans la société.

 

568g3 Palerme, en ville

 

Je suis maintenant dans une autre cour, privée celle-là, où j’ai pénétré en franchissant ce porche. Dehors, dans la rue, cet homme est installé en plein milieu de la chaussée pour discuter le coup avec des compères.

 

568h1 Palerme, en ville

 

568h2 Palerme, en ville

 

Nous passons dans une ruelle. D’un côté, des habitations. En face, un mur aveugle sauf une petite fenêtre, un balcon et une grande grille en fer forgé. Alors les habitants d’en face ont colonisé ce mur et, à l’abri du balcon, ils ont posé des pots de fleurs sur une planche. Derrière les pots, sur le mur, une affiche dont les couleurs ont complètement passé, ont viré au bleu pâle à la lumière du soleil, représente une équipe de football. Elle avait été offerte par le distributeur d’essence IP. Elle dit "IP avec l’Italie". Les vœux d’IP pour soutenir le patriotisme sportif, c’est bien, mais l’intercession de la Vierge Marie c’est peut-être plus efficace, alors dans le coin du cadre on coince une image pieuse.

 

568i1 Palerme, en ville 

 

568i2 Palerme, en ville

 

Encore quelques images du décor urbain. Sur la seconde de ces photos, on voit, fixés au mur, de gros réservoirs de plastique bleu. Il y en a en fait un peu partout, mais c’est surtout sur les murs côté cour qu’ils sont posés. Ils recueillent les eaux pluviales qui sont utilisées chaque année pendant les mois de sécheresse. Comme un peu partout en Italie, les places, les jardins publics sont décorés de fontaines. Mais moins d’une sur deux, voire moins d’une sur trois est encore alimentée. C’est qu’au temps de leur construction la pénurie d’eau était moins sévère. Je ne sais si le réchauffement de la planète assèche les cours d’eau de Sicile plus que ne le faisait le soleil autrefois, mais la population de la ville ayant explosé malgré la forte émigration de Siciliens vers les pays étrangers, les ressources en eau qui étaient suffisantes pour un nombre d’habitants donné ne le sont plus aujourd’hui. La population de Palerme se montait à deux cent mille âmes en 1860, quatre cent mille en 1925, cinq cent cinquante mille en 1960 et a franchi la barre des sept cent mille en 1980 pour décroître légèrement aujourd’hui.

 

568i3 Palerme, en ville

 

Sur des murs d’immeubles que l’on n’habite plus, on a muré les ouvertures, et seuls subsistent des restes de balcons, leur fer forgé, mais plus de socle. Dans Palerme, beaucoup de murs sont décrépits, des bâtiments sont laissés à l’abandon, les rues sont en mauvais état sous les roues des voitures et des scooters qui ne cessent de disputer la chaussée aux piétons dans les ruelles les plus étroites et les plus tortueuses, et malgré cela il ne faut pas croire que l’on ait une impression de désolation. C’est difficile à expliquer, mais on sent une ville qui vit. À Paris, cela semblerait ignoble, pas ici, malgré les conteneurs regorgeant d’ordures qui tardent à être ramassées et macèrent au soleil toute la journée en répandant des odeurs de pourriture. J’aime cette ville. Elle me parle.

 

568i4 Palerme, en ville

 

568i5 Palerme, en ville

 

Nous arrivons à présent dans un quartier où se sont installées depuis des siècles des populations très diverses. Ici, toutes les plaques de rues sont en trois langues, en italien bien sûr, mais aussi en hébreu et en arabe. Ceci n’est pas une plaque isolée, pour s’amuser. Et l’intégration est réelle, elle ne pose guère de problèmes, semble-t-il. J’ajoute ce petit "semble-t-il", parce que placardé sur une porte condamnée j’ai vu cet équivalent de notre "Touche pas à mon pote", ici cela dit de ne pas toucher à mon ami, et c’est édité par SOS Razzismo (que je me dispense de traduire !). S’il n’y avait réellement aucun problème dans ce quartier, cette affiche n’aurait pas lieu d’être en cet endroit.

 

568i6 Palerme, mercato Ballarò

 

Il est déjà un peu tard quand nous arrivons au marché Ballarò, qui est fermé. Les derniers commerçants finissent de ramasser leurs cageots, les boutiques ont déjà baissé leurs rideaux de fer. C’est le quartier africain, où l’ambiance est toute différente. Pour qui fréquente certaines banlieues parisiennes ou certains quartiers du nord de la capitale française, on est plutôt moins dépaysé que dans le reste de Palerme.

 

568j1 Palerme, chiesa del Carmine

 

568j2 Palerme, chiesa del Carmine

 

Au passage, nous voyons se profiler le dôme de la chiesa del Carmine avec sa surcharge de décorations baroques, mais nous poursuivons notre chemin. En effet, pour nous retrouver devant le Teatro Massimo ce matin, Angelo a pris son vélo, qu’il a laissé solidement enchaîné à un réverbère de cette fameuse place Verdi (on lui en a volé un la semaine dernière). Il propose de nous ramener "chez nous" en voiture après avoir fait un petit tour chez lui. À cette heure-là, nous risquons de ne plus avoir de bus, ou alors si rarement… Et il est sûr qu’avec le sac à dos bien lourd (j’ai mon ordinateur, mon appareil photo, mon guide Michelin, plus tous les fruits et le pain achetés en route) et après toutes ces déambulations en ville, la perspective de faire 5 ou 6 kilomètres à pied à travers des quartiers modernes sans attrait particulier ne m’enchante guère. Et Natacha non plus, dont le sac n’est pas léger. Nous voilà donc partis à pied pour chez Angelo. Là nous faisons la connaissance de sa maman, pas jeune mais bon pied, bon œil.

 

 

568k Palerme, piazza Verdi, Natacha, Angelo et sa Fiat Cinq

 

Angelo a une adorable Fiat 500 (évidemment, il faut prononcer Cinque Cento à l’italienne, Tchine-Koué Tchène-Tô, tout le charme est là) qu’il a héritée de son père. L’attachement au souvenir de son père lié au charme de cette voiture de collection font qu’il ne veut pas s’en défaire, et je le comprends. Elle est deux fois plus petite qu’une Dauphine à toit ouvrant mais nous trois, avec nos sacs, nous ne sommes pas plus gros que quatre éléphants et, avec l’aide d’un chausse-pied, nous parvenons à y entrer. Il nous emmène place Verdi, et comme je ne veux pas conduire sa voiture, de peur de l’emboutir, c’est Natacha qui va rapatrier le vélo chez lui, en nous suivant. Une fois le vélo en lieu sûr chez lui, il nous emmènera en voiture jusqu’au parking où nous attend le camping-car. Sur la photo, nous sommes piazza Verdi, prêts à partir.

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Published by Thierry Jamard
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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 20:13

Hier, passant devant le palazzo Abatellis qui abrite une galerie d’art sicilien, je disais que nous devrions aller le visiter un de ces jours. Eh bien, c’est fait, dès ce matin. Nous avons quitté assez tôt notre lieu de stationnement parce qu’il y a du chemin à pied vers le bus, un trajet un peu long et de nouveau de la marche à pied, avant de parvenir à ce musée qui ferme ses portes à 13 heures. Déjeuner, chaleur et sieste obligent. Et pour des raisons budgétaires de personnel, il ne rouvre pas à 16 ou 17 heures. Comme ses collections sont très riches et intéressantes, nous devons donc arriver tôt.

565a1 Palerme, palais Abatellis, saint Jean

 

Nous commençons, dès une salle sur le côté de la cour du palais, par deux splendides statues de bois. Ici, c’est un saint Jean, tout ce qu’il reste d’une Crucifixion, œuvre d’un anonyme du quatorzième siècle. Il est entier, lui, en pied, mais son visage est si beau, si expressif, si troublant, avec son regard intense et sa bouche entrouverte, que je préfère cadrer sur ce détail.

 

565a2 Palerme, palais Abatellis, Marie

 

Tout autre est le style de cette santa Francescana, sainte Franciscaine, également œuvre d’un anonyme, mais beaucoup plus tardive, puisque réalisée dans la première moitié du seizième siècle. Elle aussi est en pied, mais je préfère montrer son visage doux, penché avec une tendre sollicitude. Avant de lire l’étiquette, je pensais que c’était une Vierge regardant l’Enfant Jésus. Peu importe le personnage, l’artiste a su donner une merveilleuse vie intérieure à sa statue.

 

565b1 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Il est étonnant qu’en ce mois de juillet, où bien des gens sont en vacances, si peu de monde visite ce musée. Peut-être vient-on en Sicile l’hiver pour se réchauffer dans les musées et l’été pour se griller sur les plages… Car dans cette salle, devant ce Triomphe de la Mort qui justifie les trois étoiles au Guide Vert Michelin et constitue l’un des fleurons de cette galerie, on ne se bouscule pas, et pourtant c’est là que l’on trouve la foule la plus dense.

 

565b2 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Cette immense fresque en quatre morceaux est étonnamment moderne pour une œuvre du milieu du quinzième siècle. Elle a été détachée du mur d’un palais de Palerme, le palazzo Sclafani. Je vais parler plus loin de quelqu’un du musée que nous avons rencontré, Angelo Di Garbo, qui nous a montré des photos d’une autre peinture monumentale que nous connaissons, que nous avons vue à Madrid au musée de la Reina Sofia, le Guernica de Picasso. Quand je l’ai évoqué devant lui, il est allé me chercher ces photos pour que l’on puisse comparer, et il est clair que Picasso, qui n’est pas allé en Sicile paraît-il, avait vu des reproductions de cette fresque, parce que les références sont évidentes. D’un côté c’est la ville décimée par la peste, de l’autre ce sont les Républicains abattus par les bombes, et dans les deux cas c’est la Mort qui triomphe. En particulier ce cheval mi-vivant, mi-mort, qui ici galope vers la droite et chez Picasso vers la gauche.

 

565b3 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

565b4 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Les atteintes de la peste sont symbolisées par des flèches. Sur la première de ces photos, l’une des femmes est touchée, et sa compagne, une main posée sur son épaule, la soutient moralement. L’expression des visages est admirable. Sur la seconde photo, trois femmes sont inquiètes dans ce monde dévasté. L’une d’entre elles regarde son doigt et se demande si elle n’a pas été atteinte. J’aime aussi la beauté de ces femmes, leur élégance, qui sont fortement contrebalancées par l’horreur de l’épidémie.

               "Un mal qui répand la terreur,

               Mal que le Ciel en sa fureur

        Inventa pour punir les crimes de la terre,

        La peste, puisqu’il faut l’appeler par son nom,

        Capable d’enrichir en un jour l’Achéron…"

dira deux siècles plus tard La Fontaine. Et c’est cette terreur, cet enrichissement de l’Achéron, le fleuve des enfers, ainsi que les crimes commis, que ce peintre de génie que l’on ne connaît que par cette œuvre, le Maître du Triomphe de la Mort, a su si fortement rendre dans cette fresque.

 

565b5 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

De l’autre côté, des hommes morts gisent au sol, des flèches enfoncées dans leur chair. Sur cette image, c’est en bas à gauche le pape et sur la droite l’antipape, tous deux réunis dans une même mort, de façon très symbolique.

 

565b6 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Sur la grande fresque, en bas à gauche, on a été frappé par ce vieillard en rouge, à la longue barbe blanche, qui s’appuie sur deux cannes. Cela m’a donné l’envie d’en faire ce gros plan. Encore en vie, mais vieux et invalide, il se tourne vers la Mort avec un regard d’imploration. Ainsi donc, tu acceptes de m’épargner. Et c’est encore à La Fontaine que je me réfère :

          "Plutôt souffrir que mourir,

          C’est la devise des hommes".

 

565b7 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Là-haut, dans le coin en haut à gauche, une fontaine. Encore un symbole. C’est l’eau de la Vie, devant elle les gens sont vivants et il y en a même un qui joue de la musique, le cheval va passer devant elle et la Mort tourne la tête de l’autre côté, continuant à jeter ses flèches. Mais pour importante que soit cette peinture, pour fort que soit son effet, il faut passer à autre chose, je me suis déjà beaucoup trop attardé.

 

565c Palerme, palais Abatellis, le Caravage

 

À Rome, lors de notre visite à l’exposition temporaire du Caravage, nous avons contemplé une œuvre du Caravage, les Musiciens, qui n’est pas celle que je préfère (je préfère ses toiles fortes, celles d’après son crime et sa fuite de Rome) mais qui est cependant admirable et qu’il était interdit de photographier. Et la voici pour un temps ici, en Sicile, à Palerme, cette œuvre prêtée par le Metropolitan Museum of Art de New-York. Et en Sicile, presque tous les musées autorisent la photo sans restriction (sans flash, évidemment). Elle a été réalisée vers 1594-1595, à Rome.

 

565d Palerme, palais Abatellis, plafond siculo-arabe

 

Plus loin, on voit quelques objets datant de l’époque arabe en Sicile –avant ou après l’implantation des Normands–, des poteries et aussi un fragment de plafond en bois. Le fragment exposé est de bonnes dimensions, comme une grande porte, mais le travail de cette œuvre siculo-arabe du douzième siècle est si beau, si minutieux dans le détail, que je n’en montre qu’un gros plan pour que l’on puisse apprécier la finesse de l’exécution. Dans les cathédrales romanes, des sculptures invisibles à l’œil nu, tout là-haut, ne sont réalisées que pour le plaisir de l’art et la gloire de Dieu, et ici ce plafond d’une très haute salle laïque ne peut être en l’honneur d’Allah pour qui seules des décorations géométriques sont admises, et ne peut être admiré dans le détail par les personnes qui vivent là. C’est donc de l’art pur, de l’art pour l’art, qui pour notre admiration, par chance, a été descendu à notre niveau dans ce musée.

 

565e1 Palerme, palais Abatellis, Eléonore d'Aragon

 

565e2 Palerme, palais Abatellis, Eléonore d'Aragon

 

Bibendum ne donne que deux étoiles à cette Éléonore d’Aragon, œuvre de Francesco Laurana (1430-1502). Moi je n’hésite pas à la gratifier de trois étoiles. Je suis resté devant elle longtemps, je la trouve merveilleuse. Cet artiste qui travailla entre autres pour le roi René d’Anjou, qui a réalisé le masque mortuaire de la Laure de Pétrarque, masque que nous avons vu au musée Granet d’Aix-en-Provence, a aussi réalisé un autre buste de cette Éléonore d’Aragon, qui se trouve au musée du Louvre. Le buste que j’admire a Palerme date du séjour de Laurana en Sicile, 1466-1471, et parmi les nombreuses femmes portant ce nom et ce titre, mais dont aucune n’a vécu en Sicile, je suppose qu’il a représenté celle qui a vécu de 1425 à 1479, quoiqu’elle fasse bien jeune pour ses quarante et quelques années.

 

Jean II d’Aragon épouse Blanche de Navarre, une capétienne, dont il a trois enfants, Charles, Blanche et la dernière étant Éléonore. Les femmes, dans ce pays de Navarre, pouvant régner en titre, Blanche devient reine en 1425. Quand meurt sa femme en 1441, Jean II usurpe le trône de Navarre qui aurait dû revenir à leurs enfants et se remarie en 1444 avec la fille de l’amiral de Castille. Tout enfant, Éléonore avait épousé le comte Gaston de Foix qui n’avait comme elle que onze ans, aussi leur premier enfant n’est-il né qu’en 1443. Neuf autres enfants suivront. Quand son père a pris, puis gardé la Navarre sans aucune légitimité, elle s’est faite sa complice et a été gouverneur de ce pays au nom de son père à partir de 1455. Son frère Charles une fois mort en 1461, le père et la fille doivent se débarrasser de Blanche, qui revendique le trône de sa mère. Le roi la jette en prison et la laisse aux bons soins d’Éléonore, qui de façon charitable la laisse mourir en geôle (1464). Quand son père, Jean II, meurt le 19 janvier 1479, c’est de la façon la plus légitime qui soit, cette fois-ci, qu’Éléonore, dernière fille vivante de la reine Blanche de Navarre, devient reine de Navarre à son tour, mais elle ne dispose pas de la puissance nécessaire pour s’opposer à son demi-frère Ferdinand au sujet de la couronne d’Aragon, peut-être d’ailleurs n’en a-t-elle pas le désir (c’est lui, Ferdinand le Catholique, qui verra la fin de la domination musulmane en Espagne en 1492). Et puis dès le 12 février de la même année, soit 24 jours plus tard, elle meurt à son tour. Les générations passeront et en 1572 c’est un autre Capétien, un Bourbon, qui devient roi sous le nom de Henri III. Henri III de Navarre, pas de France, mais quand il assumera la couronne de France il aura le n°4, c’est notre grand Henri IV, fils de Jeanne d’Albret reine de Navarre, époux de la reine Margot et assassiné par Ravaillac en 1610.

 

Jolie, Éléonore d’Aragon et de Navarre ne l’est peut-être pas vraiment quand on regarde son portrait, mais elle a du charme, je trouve, et il est évident que c’est une femme de caractère, douée d’une très forte personnalité. Pas toujours utilisée dans les règles de la morale, comme on l’a vu, mais intéressante ô combien.

 

565f1 Palerme, palais Abatellis, Domenico Gagini, Madonna d

 

Dans les églises de Palerme, j’ai déjà vu des sculptures de Domenico Gagini (1430-1492) ou de son fils Antonello (1478-1536). La Madonna del Latte (Madone du Lait, ainsi nommée parce qu’elle allaite l’Enfant Jésus) est de Domenico. J’aime son visage lisse et calme, plein de douceur.

 

565f2 Palerme, palais Abatellis, atelier Cagini, Madonna de

 

565f3 Palerme, palais Abatellis, Antonello Cagini, Ritratto

 

La Madonna della Neve (Madone de la Neige) ci-dessus est d’Antonello Gagini, le fils, ou peut-être plutôt de son atelier, et elle date de 1516. En revanche, c’est par Antonello authentiquement qu’a été sculpté ce Ritratto di Giovinetto (Portrait de petit jeune homme) qui, parce qu’il se trouvait dans l’église San Vito de Palerme, a longtemps été interprété comme une effigie de ce saint. Mes photos pour aujourd’hui sont déjà trop nombreuses, mais je ne peux résister à l’envie de montrer ces sculptures qui m’enchantent.

 

565g Palerme, palais Abatellis, Couronnement de la Vierge

 

Ce détail du panneau central d’un triptyque montre le Couronnement de la Vierge par le Christ, peint au début du quinzième siècle par celui que l’on appelle le Maître du polyptyque de Trapani. Sur les panneaux latéraux, sont représentés à gauche l’archange saint Michel et à droite l’archange saint Raphaël.

 

565h Palerme, palais Abatellis, Annunziata, Antonello da Me

 

Impossible de ne pas être d’accord avec Bibendum, qui accorde trois étoiles à cette Annunziata (la Vierge qui reçoit l’Annonciation) d’Antonello da Messina (1430-1479), parfait contemporain, donc, de Francesco Laurana et de Domenico Gagini, puisque né la même année qu’eux. C’est une œuvre exceptionnelle. Là encore, je suis resté en contemplation trop longtemps, parce que l’heure tourne et qu’il y a encore beaucoup à voir. Déjà, il y a la simplicité de la mise en scène, un pupitre avec un feuillet, et sur un fond noir une très jeune fille dont on ne voit que les deux mains et le visage, enveloppés dans un grand voile d’un bleu intense. Selon la tradition, Marie avait 15 ans mais les représentations habituelles la montrent jeune mais pas à ce point. Derrière la merveilleuse douceur de ce visage aux yeux modestement baissés, qu’y a-t-il ? Une main retient le voile, mais la main droite est avancée. C’est ici, devant ce tableau, que nous avons rencontré un animateur culturel du musée, Angelo Di Garbo, dont j’ai parlé au sujet du Triomphe de la Mort. Il y voit un geste d’acceptation, et j’aurais tendance à le croire parce que sa culture artistique est extrêmement étendue et qu’en outre il a tout particulièrement étudié les œuvres exposées dans son musée. Mais je ne peux m’empêcher de ressentir peut-être dans ce regard baissé et cette main avancée une réflexion, comme un peu de crainte devant une si extraordinaire mission, une sorte de geste demandant un instant de réflexion non pas de doute ou d’hésitation, mais le temps de digérer la nouvelle. Quoi qu’il en soit, rien que le fait que ce tableau porte à discussion est en soi la preuve qu’il est l’œuvre d’un très grand artiste.

 

565i Palerme, palais Abatellis, Annonciation, Marie

 

Je réunis ces deux tableaux parce qu’ils proviennent tous deux de la même église de Palerme, ont tous deux été réalisés dans le style de l’école palermitaine dans les premières décennies du seizième siècle, et sont les deux moitiés d’une Annonciation, l’archange Gabriel et la Vierge Marie. C’est indubitablement joli, mais c’est un peu trop maniéré à mon goût. Je n’ai retenu ces peintures que comme témoignages typiques de cette école.

 

565j Palerme, palais Abatellis, prie-Dieu, lo Spasimo di Si

 

Le musée présente une collection de représentations de la souffrance de la Passion, sous diverses formes. Ici, c’est une sculpture sur bois dans le dossier d’un prie-Dieu datant de la première moitié du dix-septième siècle. Les cavaliers à l’arrière-plan, les Saintes Femmes à genoux, l’homme au martinet levé contre Jésus tombé sous le poids de la croix, l’autre homme qui, je suppose, est Simon de Cyrène réquisitionné pour aider Jésus à porter la croix, le tout rassemblé dans ce petit espace dans une composition resserrée et rigoureuse, et représenté avec une grande finesse de détails, cela me plaît bien.

 

565k1 Palerme, palais Abatellis, Jésus au calvaire

 

Cette Montée au Calvaire est de Luca Cambiaso (1527-1585). C’est un dessin à la plume, à l’encre noire et aquarelle brune sur papier blanc.

 

565k2 Palerme, palais Abatellis, Dürer

 

565k3 Maison d'Albrecht Dürer à Nuremberg

 

Je ne présenterai pas l’auteur de cette gravure, il est trop connu. C’est Albrecht Dürer (1471-1528), dont j’ai vu la maison le 20 août 2008 à Nuremberg (ci-dessus). Dans différents musées de différentes villes d’Europe, j’ai eu l’occasion de voir pas mal d’œuvres de lui, et je peux dire que je l’aime infiniment mieux comme peintre que comme graveur. Cette scène de la Passion ne me parle pas.

 

566a1 Palerme, jardin public face palazzo Chiaramonte

 

Nous n’avions pas tout vu, hélas, quand on nous a gentiment (mais fermement) guidés vers la sortie. C’est bien dommage, mais nous avons quand même vu des merveilles, et aussi nous avons fait la connaissance de cet animateur culturel qui est un vrai passionné pour l’art, pour son musée où il œuvre depuis longtemps, et pour sa ville de Palerme. Il nous a même proposé de nous retrouver demain samedi, jour de repos pour lui, afin de nous montrer sa ville comme les touristes ne la voient pas. Il ne se propose pas comme guide payant, mais avec une vraie chaleur humaine pour nous montrer de façon amicale la Palerme qu’il connaît et qu’il aime. Nous lui avons donc dit à demain, et sommes partis vers le palazzo Chiaramonte et le jardin public qui se trouve en face.

 

566a2 Palerme, lieu de l'assassinat de Joe Petrosino

 

Devant ce jardin, une plaque dit que "en ce lieu, le 12 mars 1909 à 20h45, par une traîtresse main mafieuse s’est éteinte la vie de Joe Petrosino, lieutenant de la police de New-York. La ville rappelle et honore le sacrifice du policier italo-américain". Ce Giuseppe / Joe Petrosino est natif de Padula, où l’on montre sa maison. J’ai parlé de lui et de sa vie le 17 juin, et j’ai encore montré son buste le 21 juin.

 

566b1 Palermo, palazzo dei Normanni

 

566b2 Palerme, palais des Normands

 

Nous sommes tout au bout du Corso Vittorio Emanuele, près de la Porta Felice, face au port de Palerme. Nous cassons une petite croûte dans un bar sympathique, avant de partir vers l’autre extrémité du même Corso Vittorio Emanuele et de la ville, près de la Porta Nuova, pour visiter le palazzo dei Normanni, le palais des Normands. Là se dressait une forteresse punique. Les émirs arabes bâtirent ensuite leur palais Al-Khalesa mais ne s’y sentant pas en sûreté ils l’abandonnèrent en 938 pour s’établir du côté du port. Quand arrivèrent les rois normands, ils bâtirent sur ces fondations un luxueux palais que nous allons visiter aujourd’hui.

 

566c Palerme, palazzo dei Normanni

 

Le palais des Normands a connu des heures de gloire et de grandeur, mais aussi des périodes d’abandon et de dégradation. Il ne reste plus aujourd’hui qu’une partie des bâtiments mais ce qui a été restauré est splendide. Ces portiques à l’étage de cette cour, sont ornés de belles peintures. Pour celle-ci, le texte en latin dit "Le roi Roger remet le manuscrit de l’institution à Simon, chantre de la chapelle palatine. En l’année 1140". Le Roger qui règne en cette année-là est Roger II. C’est justement l’année où il s’installe dans le palais qui remplace Al-Khalesa.

 

566d1 Palerme, palazzo dei Normanni

 

566d2 Palerme, palazzo dei Normanni

 

La visite des appartements royaux, qui abritent le conseil régional de Sicile (et comme la Région Sicile a obtenu l’autonomie, c’est en fait le Gouvernement), ne peut se faire qu’avec un guide. La nôtre est intéressante, elle est vive et pleine d’humour (même si, hélas, je ne comprends pas toujours tout… en italien). Nous passons de salle en salle. On peut voir, ici, la série des portraits de qui a régné sur la Sicile.

 

566d3 Palerme, palazzo dei Normanni

 

Le bureau du président, avec au mur les portraits de ses prédécesseurs. Le tremblement de terre de 2002 a fait tomber le revêtement des murs et a permis de découvrir que des ouvertures avaient été bouchées. Au sujet de ce bureau, deux remarques. La première, c’est que si l’on avait dû faire visiter mon bureau ainsi chaque après-midi, il m’aurait fallu faire disparaître quotidiennement tout mon désordre. Je ne sais si cela m’aurait aidé à être plus ordonné ou si j’en aurais souffert quotidiennement. L’autre remarque concerne l’interdiction formelle faite aux visiteurs de s’asseoir sur les sièges de ce bureau. Comme si des fesses de politiciens siciliens étaient plus propres que celles de visiteurs étrangers, ou italiens, et même siciliens. Je me tourne donc de l’autre côté pour prendre ma photo, je ne veux pas montrer ces sièges xénophobes ou touristophobes.

 

566d4 Palerme, palazzo dei Normanni

 

566e Palerme, palazzo dei Normanni

 

Et nous poursuivons la visite, qui est intéressante de bout en bout, mais elle perd de son sens sans les commentaires de la guide, aussi passerai-je rapidement, en me contentant de montrer ces quelques images.

 

566f Palerme, palazzo dei Normanni, l'Été

 

En sortant, nous passons devant ce bronze signé Francesco Messina et daté 1988. Il est intitulé Estate (Été). J’en aime bien le mouvement, la forme, le visage de cette jeune fille est joli, le corps est beau, bref j’aime bien cette sculpture, mais j’ai beau la regarder, cet après-midi dans le palais, ce soir devant ma photo, je ne ressens pas l’évocation de l’été. D’accord, elle est nue, elle aurait peut-être envie de se mettre quelque chose sur le dos en hiver, mais c’est un mauvais argument. Alors j’oublie le titre et je me contente du plaisir esthétique de la statue en elle-même.

 

566g Palerme, porte de la chapelle palatine

 

Mais le morceau de choix de ce palais, c’est sa chapelle, la chapelle palatine, la cappella palatina. La porte, déjà, à elle seule, est une œuvre d’art. Elle est décorée sur chaque battant de cinq panneaux de bois sculptés de scènes bibliques. Ici, c’est l’épisode de la pêche miraculeuse.

 

567a1 Palerme, Normanni, chapelle palatine

 

Et puis dès que l’on entre, on est ébloui par la richesse des mosaïques qui recouvrent tous les murs. À l’abside trône un grand Christ Pantocrator, qui nous bénit de sa main droite et dans la gauche tient le Livre. D’un côté c’est en grec, de l’autre en latin. "Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie". Mais je lis "set abebit lumen vite" alors que j’attends, en latin, "sed habebit lumen vitæ"…

 

567a2 Palerme, Normanni, chapelle palatine

 

Juste en-dessous, on trouve la Vierge avec le Christ à sa gauche et, à sa droite, Marie Madeleine. Tout cela ruisselle d’or, mais à la différence de ce que nous avons vu ailleurs, à Rome en particulier, on voit que nous sommes chez les Normands, éloignés de la tradition de Byzance car les personnages ne portent pas les somptueux vêtements de la cour de Byzance, Marie n’est pas habillée en impératrice ni Jésus en empereur. On évoque plutôt la Judée ou la Palestine de l’Antiquité.

 

567b Palerme, Normanni, chapelle palatine, création d'Ève

 

Les mosaïques du pourtour de la chapelle content la Genèse et survolent les pans principaux de l’Ancien Testament. J’en extrais ici quelques scènes. Nous avons assisté à la création du monde, des plantes, des animaux, d’Adam. Maintenant, dans le sommeil d’Adam, Dieu fait sortir Ève de son flanc.

 

567c Palerme, Normanni, chapelle palatine, Caïn tue Abel

 

Cette image montre en fait deux scènes successives. Sur la gauche, on voit Caïn, une hache à la main, qui tue son frère Abel. À droite, quoique je ne reconnaisse pas Caïn dont le visage a changé et le vêtement aussi, le texte en latin dit bien que c’est lui, à qui parle Dieu : "Dieu dit à Caïn ‘Où est ton frère ?’ Celui-ci répondit ‘Je ne sais pas’."

 

567d Palerme, Normanni, chapelle palatine, Noé et ses fils

 

Sur la gauche on voit les vendangeurs. Noé s’est enivré et il s’est endormi dans sa tente, découvrant sa nudité. Son fils Cham le voit et va le raconter à ses deux frères, Sem et Japhet qui, prenant un manteau, entrent à reculons sous la tente pour ne pas voir leur père et jettent le manteau sur sa nudité. Quand il se réveillera de son ivresse, Noé maudira Cham et sa descendance. De façon curieuse, si je me rappelle bien le texte biblique que je n’ai pas dans ce camping-car, en fait ce n’est pas Cham lui-même qui est maudit, mais son fils Canaan et ses descendants. Sur cette image on voit le vêtement de Noé relevé impudiquement, Cham (en blanc) le désigne du doigt à ses frères qui, visage tourné, posent sur leur père un manteau brun.

 

567e Palerme, Normanni, chapelle palatine, baptême de sain

 

Et nous passons au Nouveau Testament. Dans sa représentation, saint Paul porte toujours son épée, c’est ainsi qu’on le reconnaît, comme on identifie saint Pierre à ses clés. Mais ici, immergé dans son baptistère, il serait vraiment ridicule s’il la brandissait au bout du bras, alors pour ne pas s’en défaire il l’a confiée à un assistant. Du moins c’est la version que j’aimerais, mais je crains que ce ne soit un cierge que porte cet homme... Les Actes des Apôtres racontent comment celui qui, à l’époque, s’appelait Saul a été jeté à bas de son cheval par une lumière alors qu’il approchait de Damas pour y persécuter les chrétiens, et comment il s’est relevé aveugle alors qu’une voix lui disait "Je suis Jésus, pourquoi me persécutes-tu ?". Trois jours plus tard, un disciple de Jésus nommé Ananias a une vision où Jésus lui demande d’aller imposer les mains à un certain Saul de Tarse pour le guérir de sa cécité. Et quelques jours plus tard Saul se fait baptiser par Ananias. Il s’appellera désormais Paul. Tout en haut à droite on voit la main de Dieu dont émane le rayon de la grâce qui descend sur Paul avec la colombe du Saint-Esprit à mi-hauteur.

 

567f Palerme, Normanni, chapelle palatine, fuite de saint P

 

Le texte dit que Paul discute avec les prêtres juifs et les confond. Ensuite, fuyant, il donne lieu à leur colère. Je n’ai aucun souvenir de cet épisode. Je me rappelle les ennuis qu’il a eus à Jérusalem où il a failli être lynché, je sais aussi qu’il a demandé à être jugé comme citoyen romain et qu’il a été en prison, mais je ne sais ni quand, ni pourquoi il a été ainsi évacué pour fuir. Cela n’empêche pas cette image de saint Paul descendu dans un couffin où il se ratatine d’être très amusante (par pour lui, le pauvre).

 

567g Palerme, Normanni, chapelle palatine, Néron et Simon

 

567h Palerme, Normanni, chapelle palatine, chute de Simon l

 

Et puis je ne peux manquer, pour finir, cette scène dont j’ai eu à parler déjà à plusieurs reprises, saint Pierre mis en concurrence pour ses miracles avec Simon le Magicien qui officie auprès de Néron. J’ai raconté l’histoire, tirée des Actes des Apôtres, le 24 février dernier, et je l’ai de nouveau évoquée plus brièvement le 4 juin. L’empereur Néron (le texte, ici, dit rex, c’est-à-dire roi en latin) veut tester les deux hommes. Simon s’envole et plane dans le ciel. Saint Pierre et son compère saint Paul prient tellement que leurs genoux s’impriment dans la pierre fixée au mur de Santa Francesca Romana à Rome. Et Dieu les exauce en faisant tomber Simon. Sur la deuxième image nous voyons Pierre en barbe blanche et Paul en longue barbe noire, et Simon s’abîme, entre deux démons qui volettent autour de lui.

 

Lorsque l’on voit comme ces mosaïques sont belles et décoratives, comme elles sont aussi amusantes à regarder, comme elles évoquent les épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testaments, on peut se douter que j’en ai pris bien d’autres photos que celles que je présente ici. Mais je pense qu’avec 44 photos pour la journée d’aujourd’hui, j’ai déjà épuisé le plus courageux de mes lecteurs.

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Published by Thierry Jamard
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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 21:52

564a Palermo, chiesa San Giuseppe dei Teatini

 

 

Pas de visite préparée et documentée aujourd’hui, nous nous promenons pour sentir l’air de la ville. Il nous paraît important, pour comprendre ce que nous voyons, de nous faire un peu Palermitains à Palerme, Romains à Rome ou Napolitains à Naples. Mais cela n’exclut pas de nous arrêter si nous passons devant une église qui nous semble intéressante, comme celle-ci, consacrée... je ne sais plus à qui. J'avais publié mon article en disant "si je ne me trompe pas de nom, c’est San Giuseppe dei Teatini". Et puis un lecteur de mon blog, Jean, m'a fait l'amitié de me dire que ce n'était pas Saint Joseph. Si quelqu'un la reconnaît et m'écrit je pourrai enfin la nommer ici. Une grande église couverte de stucs.

 

564b Palerme, église San Giuseppe dei Teatini

 

Au plafond de la voûte, je dois avouer ne pas être complètement séduit par cette fresque perdue au milieu des stucs. Mais on ne peut pas dire que la décoration soit triste ou pauvre. C’est foisonnant.

 

564c Palermo, chiesa San Giuseppe dei Teatini

 

564d Palerme, église San Giuseppe dei Teatini

 

L’atmosphère est curieuse. D’un côté, ce catafalque de verre, vide. Il est fréquent, en Italie, de voir des personnages, saints en général, parfois embaumés mais le plus souvent en statue de marbre, de cire ou de plâtre, habillés de vrais vêtements et reposant dans un cercueil de verre comme celui-ci. Mais d’une part c’est sous un autel dans une chapelle latérale ou dans la crypte, sous le maître-autel s’il s’agit d’un grand saint, et pas entre deux piliers de la nef principale. Par ailleurs, celui-ci est vide, je veux bien que la représentation du personnage soit en restauration, mais ce velours noir… cet éclairage…

 

Et puis, entre les deux piliers symétriques, de l’autre côté de la nef, cette Madone tout en deuil, dans son grand manteau de velours noir, sur son autel tout noir, je ne sais si elle a un rapport avec la châsse de verre. Mais dans cette église, nous sommes seuls, à l’exception d’une petite fille et de sa maman qui ont choisi cette église comme aire de jeux, courant d’un bout à l’autre, sans doute parce qu’il y fait plus frais que dans la rue ou dans un parc public, je ne crois pas qu’elles puissent être en mesure de m’éclairer. Nous repartons donc, sans savoir s’il s’agit d’une célébration spécifique et temporaire ou si, tous les jours de l’année, la châsse est vide et la Vierge est en deuil.

 

564e1 Palerme, église Sainte Anne

 

Plus loin, nous passons devant l’église Sainte Anne. La chiesa Sant’Anna. Nous nous y arrêtons un moment, d’autant plus que sainte Anne est la patronne de ma si chère tante qui nous a quittés en 1997, et de la maman de Natacha, partie en 2003. Devant la façade, un panneau dit qu’elle a été construite de 1606 au dix-huitième siècle. Non qu’il ait fallu plus d’un siècle pour l’édifier, mais parce que, suite aux terribles tremblements de terre de 1693 et 1726, une rénovation de 1736 a donné à la façade ses formes courbes, ses colonnes, ses niches. Et dans ces niches, on voit Joachim avec sa fille Marie, Anne également avec Marie, une Pietà au-dessus du portail central, Élisabeth avec Jean-Baptiste et Joseph avec Jésus, soit pour les quatre niches latérales quatre grands saints avec leur enfant.

 

564e2 Palerme, église Sainte Anne

 

C’est donc la statue de sainte Anne avec la Vierge enfant que je choisis de montrer ici en gros plan. Ces statues ont été sculptées d’après des modèles réalisés par le célèbre sculpteur Serpotta (1652-1732).

 

564f1 Palermo, chiesa di Sant'Anna

 

Cette église a beaucoup souffert. Au dix-neuvième siècle, des tremblements de terre l’ont mise à mal, faisant presque complètement disparaître les fresques réalisées de 1734 à 1736 par Pietro Paolo Vasta. Construite sur le fleuve Kemonia qui a été recouvert, elle est particulièrement fragile, et en septembre 2002 un nouveau tremblement de terre a causé de graves dommages à la façade, à la voûte, aux revêtements de marbre, etc. Des éléments tombaient, elle était devenue dangereuse. Des travaux de rénovation indispensables ont été entrepris, qui ont duré près de trois ans. Et un an après l’inauguration de l’église rouverte, des infiltrations ont obligé à placer des seaux sur le maître-autel et en d’autres endroits, car il pleuvait dans l’église.

 

Un religieux était là, dans un bas-côté, assis sur une chaise, un déambulateur devant lui. Il n'est pas le curé de la paroisse, car je sais que c’est le même Père Giuseppe Messina qui depuis plus de quarante ans préside aux destinées de cette église, or, interrogé, il nous a dit être le frère Michele Caseio Lugurgio, T.O.R. Constatant que nous nous intéressions à ce que nous voyions, il s’est levé, malgré sa difficulté à marcher il est allé allumer des lumières, il a attiré notre attention sur ceci ou cela, nous a donné des explications. Il est merveilleux de rencontrer des personnes qui sont tout à la fois illuminées par une grande chaleur humaine et emportées par la passion de leur ville, de leur rue, de leur église. Merci à vous, Frère Michele, pour ce que vous nous avez apporté. Désormais, l’église Sant’Anna n’est plus un bâtiment dans lequel nous sommes entrés par hasard et dont nous sommes ressortis après un vague coup d’œil de touriste blasé.

 

564f2 Palermo, chiesa di Sant'Anna

 

Ce visage de Jésus a été peint en 1974. Je ne dirai pas que je trouve ce tableau merveilleusement beau, loin de là. Si je le présente ici, c’est pour une tout autre raison. Il est assez fréquent que, lorsque vous vous déplacez, le regard des personnages des tableaux vous suivent. Certes il faut du talent pour cela, mais ce n’est même pas réservé aux peintres de génie, comme Léonard de Vinci avec sa Joconde. Mais ce n’est pas le cas avec ce visage de Christ. Lui ne suit pas le spectateur, mais le peintre a utilisé une technique qui permet de voir les yeux ouverts ou fermés selon l’endroit d’où on le regarde. C’est un effet très curieux, utilisé parfois sur des images ou des vignettes pour enfants où l’on voit un personnage marcher, par exemple, mais d’une part cet effet fait appel à deux images différentes sur une surface non plane, faite de rayures sur chacune des deux faces desquelles est imprimée l’une des images. Selon l’orientation de la vignette on voit l’un ou l’autre versant des rayures, donc l’une ou l’autre image. Ici, sur la toile, je n’ai rien vu de tel. Et d’autre part, dans une église, pour une représentation du visage de Jésus, c’est loin d’être courant. J’ajoute que j’ai eu la surprise, à deux ou trois reprises, de voir ce même effet sur ma photo, qui par définition n’est faite que d’une image, prise d’un seul endroit au 1/60e de seconde (diaphragme F/5 et longueur focale 51mm). Quelle est cette technique, je l’ignore.

 

564g1 Palerme, église Ste Anne, Judith et Holopherne

 

Cette église, je l’ai dit, était recouverte de fresques qui ont presque complètement été détruites par les tremblements de terre du dix-neuvième siècle qui ont décollé le plâtre peint des parois. Il reste bon nombre de peintures sur toile encadrées. Très rapidement, en voici quatre. La première, c’est clair, représente Judith tranchant la tête d’Holopherne.

 

564g2 Palerme, église Ste Anne, Anne et Marie

 

Ma seconde photo est un détail d’un grand tableau représentant Anne et Marie parmi de nombreux personnages. Malgré la lumière qui se réfléchit sur la peinture brillante faisant apparaître une constellation de pixels bleus sur ma photo, j’ai eu envie de montrer le visage plein de tendresse de cette mère âgée pour sa fille. On se rappelle que Joachim, riche, faisait chaque année des dons au temple, mais qu’une année le grand prêtre l’a arrêté, lui disant qu’il n’avait pas le droit de faire ces présents parce qu’il n’avait pas de descendance. Très triste parce que son couple, uni d’un fort amour, était stérile et désormais trop âgé pour garder quelque espoir, il n’est pas rentré à la maison. Sa femme Anne, de son côté, désespérée de la disparition de son mari depuis plusieurs jours et également triste de ne pas avoir enfanté, priait jour et nuit. Et l’on sait la suite, elle a donné naissance à Marie.

 

564g3 Palermo, chiesa di Sant'Anna

 

Et puis ma troisième photo, je crois deviner ce qu’elle représente. En regardant d’autres tableaux dans le même secteur, je pense qu’il s’agit de saint Antoine de Padoue, et de plus cela semble bien être un miracle dont j’ai entendu parler. D’être docteur de l’Église n’en fait pas un docteur en médecine, en principe, mais un jour qu’un jeune homme était venu confesser avoir donné à sa mère un coup de pied si violent qu’elle était durement tombée à terre, Antoine lui dit, façon de parler, qu’un pied qui frappe sa mère mériterait d’être coupé sur le champ. Et voilà que notre homme, repentant et prenant ces paroles au mot, rentre chez lui et se coupe le pied. Son entourage trouve qu’Antoine y est allé un peu fort dans la prescription de pénitence, et l’on va le trouver pour lui en faire le reproche. Antoine se récrie que ce n’est absolument pas ce qu’il a voulu dire, il se précipite chez cet homme, pose le pied en face du moignon et, d’un signe de croix, recolle le tout. Plus je regarde cette image, et plus je trouve des éléments qui confirment mon hypothèse.

 

564g4 Palermo, chiesa di Sant'Anna

 

Quant à la photo du dernier tableau, c’est une représentation d’un sujet très traditionnel, sainte Anne apprenant à Marie à lire. Cette petite fille qui tient un livre ouvert sous le regard de sa maman, pas de doute, c’est bien cela. Cette peinture est très endommagée dans la partie inférieure ainsi qu’au niveau de la main gauche de sainte Anne et, comme elle est entourée de marbre et ne se présente pas comme un tableau je me demande s’il ne s’agit pas d’une de ces fresques miraculeusement réchappées de la destruction lors des tremblements de terre.

 

564h Palerme,église Ste Anne, Anne et Marie

 

Cette statue de bois représentant Anne et Marie est ancienne, quoiqu’affublée de ces auréoles électriques. Lors des grandes fêtes solennelles, c’est elle qui est portée en procession dans les rues du quartier.

 

564i1 Palermo palazzo Abatellis

 

564i2 Palerme, palais Abatellis

 

Lors de notre promenade, nous passons devant le palazzo Abatellis qui date de 1495 et qui, aujourd’hui, abrite le musée régional d’art de Sicile. Il ferme à 13 heures chaque jour, il n’est pas question de le visiter aujourd’hui. D’ailleurs ce n’était nullement dans notre programme. Il paraît qu’il est très riche et très intéressant, Bibendum lui attribue deux étoiles (mais jusqu’à trois étoiles pour une œuvre particulière), pas de doute, nous devrons y revenir un matin. Je me contente donc de cette photo de sa façade gothico-catalane et de la décoration de son dessus de portail. Dans cette rue extrêmement étroite, il n’est pas facile de faire une photo qui donne une idée de ce à quoi il ressemble. Mais un de ces jours je montrerai ce qu’il contient, si par chance la photo y est autorisée. Nous continuons à nous promener encore quelques heures, mais sans autres visites particulières.

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 21:01

Palerme héberge un musée archéologique provincial qui possède des antiquités préhistoriques, puniques, grecques, romaines, mais aussi en provenance d’autres pays comme l’Égypte ou la Syrie, au gré des donations et des acquisitions qui ne concernent pas seulement la région palermitaine.

 

563a1 musée archéologique de Palerme, inscription punique

 

563a2 musée archéologique de Palerme, inscription punique

 

Mais ici, c’est par une stèle punique que nous commençons. Elle date du troisième siècle avant Jésus-Christ et a été trouvée à Lilibée (actuellement Marsala, dans la province de Trapani, tout à l’ouest de la Sicile). On y distingue, sur un fond qui évoque une architecture avec un fronton reposant de chaque côté sur une colonne, un croissant de lune au sommet, sur la droite se tient un prêtre devant un brûle-parfum, et au-dessus deux trapèzes opposés représentent un autel, sur lequel trois espèces de colonnes constituent la représentation de la "triade bétilique". Cela demande explication, je pense, pour qui n’a pas plongé dans les religions antiques. Le bétile est une pierre dans laquelle réside la divinité et, dans la civilisation dite nuragique qui s’est développée en Sardaigne et en Corse mais a aussi touché les populations puniques du nord de Sicile, on rencontre des bétiles de triades féminines ou masculines. Lorsqu’il n’y a pas représentation d’attributs sexuels typiques de fécondité, c’est une triade masculine, et elle représente généralement la mort. Tout à gauche, surmontant ce bâton ce n’est pas un huit mal fermé, mais deux serpents et il s’agit donc d’un caducée qui est l’attribut des hérauts et symbolise la prospérité et la paix. Enfin, entre le caducée et le brûle-parfum, cette effigie est la représentation traditionnelle de Tanit, déesse d’origine berbère et punique liée à la fertilité et veillant aux naissances. Et il est à noter tout particulièrement qu’elle est la parèdre du dieu Ba’al Hammon, dieu cosmique de la fécondité et des récoltes, figure centrale du panthéon punique, évoqué dans le texte en langue carthaginoise situé sous cette représentation. Ignorant tout de cette langue, à commencer par son alphabet, je suis bien content qu’un écriteau en donne la traduction : "Au seigneur Ba’al Hammon. [Stèle] qu’a dédiée Hannon fils d’Adonibaal’al au fils de Cerastart, fils d’Adoniba’al. Parce qu’il a écouté sa voix il le bénit".

 

563b musée archéologique de Palerme, médaillon Scylla

 

Du troisième siècle avant Jésus-Christ également, ce médaillon en argent doré. Il représente Scylla, ce monstre qui veille sur le détroit de Messine, avec un corps de femme terminé en guise de jambes par six chiens féroces qui dévorent les marins passant à leur portée. C’est ainsi qu’Ulysse a perdu six de ses compagnons, chacun dévoré par l’un des chiens. Sur ce médaillon, je distingue trois têtes de chiens dont on ne voit pas de quelle manière ils sont attachés à son corps, mais aussi deux grandes formes de reptiles terminés en queue de poisson et que je suppose lui servir de jambes. Des serpents s’enroulent sur son corps et, levant un rocher au-dessus de sa tête, elle s’apprête à le lancer sur un bateau pour le faire sombrer et ainsi en offrir l’équipage en pâture à ses chiens. Si le monstre est affreux, le médaillon est superbe de finesse et de composition.

 

563c1 musée archéologique de Palerme, ancres de navires

 

563c2 musée archéologique de Palerme, ancre de marine

 

J’ai été particulièrement intéressé par une collection d’ancres de marine en plomb exposées dans la cour du musée. Toutes ont été trouvées dans les environs immédiats de Palerme, où ont été aussi trouvées des épaves de navires puniques. Dans le moulage du métal, certaines portent de brèves inscriptions ou, comme ici sur ce détail de la seconde photo, un caducée, symbole du dieu Hermès, protecteur des voyageurs et du commerce et donc tout indiqué sur un navire marchand. Dans le trou pratiqué au centre de l'ancre était fiché un madrier de bois, relié au navire par une chaîne ou un fort cordage.

 

563d1 musée archéologique de Palerme, stèle funéraire

 

563d2 musée archéologique de Palerme, stèle funéraire

 

563d3 musée archéologique de Palerme, stèle funéraire

 

Voici deux stèles funéraires que j’ai choisies parmi les quinze qui ont été retrouvées par un particulier, quelque part sur ses terres, mais il n’a pas été capable de dire exactement où, ce qui ne permet pas d’approfondir les recherches. On sait quand même que c’était dans la région de Lilibée (comme je le disais tout à l’heure, c’est la Marsala d’aujourd’hui). Ainsi, on reste vague pour leur datation, entre le troisième siècle avant Jésus-Christ et le premier siècle après. D’autre part, ce n’est que par la comparaison avec des tombes hellénistiques d’Égypte (et les Grecs de Sicile étaient en rapports commerciaux et culturels étroits avec leurs compatriotes de cette région) que l’on peut supposer qu’elles reposaient sur des socles de pierre et indiquaient l’emplacement de tombes monumentales enterrées.

 

Dans cette fourchette de dates, les Carthaginois n’étaient plus maîtres de la Sicile depuis longtemps, et les Grecs eux-mêmes étaient occupés par les Romains. Néanmoins, les éléments décoratifs manifestent à la fois le syncrétisme des cultures punique et grecque, et la persistance de ces cultures antérieures dans la vie de ces provinces romanisées. Ces stèles sont de deux types, et mon choix s’est donc porté sur chacun de ces deux types. Soit une niche quadrangulaire surmontée d’un fronton triangulaire (première photo), soit un petit temple sur une base élevée, entre deux colonnes lisses, surmonté lui aussi d’un fronton triangulaire (seconde photo. Le fronton est cassé, mais il faut bien croire les archéologues).

 

Au fond, une peinture à fresque représente toujours la même scène avec de riches couleurs où dominent le rouge, le jaune, le bleu-vert et le noir, le défunt allongé sur les coussins d’un lit de table, le front ceint d’une couronne, la main droite tendant une petite amphore de vin à une femme assise au pied du lit, et au premier plan une table ronde avec un petit pain ou une fougasse. Au-dessus de la scène est peinte une inscription dans un grec qui est assez éloigné de celui de la mère patrie et qui constitue un intéressant témoignage de la langue parlée à Lilibée au temps de la République romaine ou dans les premiers temps de l’Empire, du grec influencé par le carthaginois et le latin. Cette représentation, héritée de Grèce et d’Asie Mineure, doit exorciser la mort, car si le défunt a été juste dans sa vie, il sera accueilli dans la mort par les dieux qui le feront participer éternellement à leur banquet.

 

Dans la fresque du fond ou sur les bords de la stèle, certaines représentations symboliques traditionnelles se retrouvent aussi. Depuis que l’on a vu au début de cet article la stèle punique, la déesse Tanit et le caducée n’ont plus de secrets pour personne. Sur la première photo, la niche, on voit sur le mur du fond, tout à gauche pour commencer, deux objets en forme de L dont j’avoue ne pas être capable de donner la signification. Mais à côté, il y a quelque chose que l’on pourrait prendre pour des cerises, mais pas du tout, ce sont des cymbales, instrument asiatique utilisé dans les mystères orgiaques de Cybèle, la déesse mère. Plus à droite, ce cercle avec son centre bleu-vert est un miroir, objet sacré symbole du soleil. Encore plus à droite, un panier d’osier tressé, sans anses, plus étroit à la base et évasé en haut (le kalathos), est l’objet usuel dans lequel les femmes entreposent la laine prête à l’emploi. La déesse Athéna protégeant les travaux féminins, c’est devenu l’un de ses emblèmes. Et enfin tout à droite, non ce n’est pas un gros cafard qui monte le long du mur, c’est un autre instrument de musique, un tambourin (le tympanon), lui aussi oriental, une membrane de peau tendue sur un cadre de bois, appartenant en propre aux divinités infernales et pour cela utilisé dans les cérémonies des funérailles, mais que l’on retrouve aussi dans les cortèges dionysiaques entre les mains de satyres et de ménades. Certaines autres stèles (mais je ne peux pas tout montrer) portent des fruits, grappes de raisins, coings, grenades, un croissant de lune pour faire pendant au soleil du miroir, un éventail en forme de feuille, un coffret…

 

563e musée archéologique de Palerme, dieu syro-palestinie

 

Ce bronze très ancien, onzième ou dixième siècle avant Jésus-Christ, de production syro-palestinienne, a été trouvé dans la mer, face à Sélinonte (côte sud-ouest de Sicile). Il représente le dieu de la tempête Hadad-Reshef. Pour ces peuples de navigateurs, c’est une divinité qu’il convient d’apaiser.

 

563f1 musée archéologique de Palerme, criophore

 

Cette statuette de la seconde moitié du cinquième siècle avant notre ère représente un homme portant un mouton, en grec criophore. Cette statuette ne brille pas spécialement par sa finesse d’exécution ni par sa qualité artistique, mais je l’ai choisie parce que je trouve intéressante la réutilisation des images religieuses des civilisations précédentes dans les cultures suivantes, et cette image évoque irrésistiblement le Bon Pasteur, Jésus sauvant ses brebis égarées. Il est à la fois l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (porté sur les épaules de saint Christophe), et le berger qui prend soin de son troupeau du peuple élu des croyants. C’est ainsi que la Grecque Athéna s’est implantée là où l’on célébrait le culte préhellène d’une chouette et que cet animal est devenu son symbole, c’est ainsi qu’en Crète Zeus a supplanté un dieu chèvre, alors cette chèvre nommée Amalthée l’a nourri de son lait et devenu adulte, en signe de reconnaissance, il l’a tuée et a revêtu sa peau, l’égide (en grec, aig- désigne la chèvre, et le suffixe –ide signifie fils de, comme –vitch en russe). Et puis, désolé, je ne peux me retenir de citer le second tercet du sonnet de José-Maria de Hérédia intitulé À Hermès Criophore :

 

          Ami, dressons un tertre aux bornes de ton pré

          Et qu’un vieux bouc, du sang de sa gorge velue,

          Fasse l’argile noire et le gazon pourpré.

 

563f2 musée archéologique de Palerme, poupée grecque

 

Amusante, mais surtout très émouvante est cette poupée de terre cuite trouvée dans la tombe d’une petite fille morte au cinquième siècle avant Jésus-Christ à Randazzo, sur la pente nord de l’Etna (est de la Sicile). Un joli jouet, avec un beau visage et des membres astucieusement articulés. Si on l’a ensevelie auprès de son jouet, c’est qu’elle devait l’aimer, sa poupée. J’imagine cette gamine serrant dans sa main son "enfant", soigneusement, sans la casser.

 

563g musée archéologique de Palerme, tombe d'enfant

 

Décidément, tout cela n’est pas gai. Encore une stèle funéraire. Cette fois-ci, c’est un petit garçon qui est enseveli, au Pirée, le port d’Athènes. D’après l’inscription en haut de la stèle, coupée sur ma photo, il s’appelait Philokratès et il est mort dans la première moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ. Il devait aimer les animaux, lui, car il est représenté avec son chien qui saute sur lui pour jouer ou pour attraper l’oiseau qu’il tient dans la main droite. De l’autre main, il traîne un jouet, une roue fixée au bout d’un manche. Et dans sa mort, on représente sa vie. Émouvant, là encore. Et aussi instructif sur les jouets des enfants dans l’Antiquité.

 

563h musée archéologique de Palerme, baignoire

 

Cette photo représente un objet rare. C’est une baignoire datant du cinquième siècle avant Jésus-Christ et provenant d’Agrigente. Les bourgeois, les gens pauvres, les esclaves fréquentaient les thermes publics, et les riches disposaient de thermes privés. De plus, pour l’aspect convivial, on préférait utiliser ces installations collectives. Mais parfois, dans la classe moyenne supérieure, un pouvait trouver ce genre de baignoire sabot, très petite, en terre et donc extrêmement lourde à vider parce que si ces baignoires sont rares, plus rares encore sont les bondes qui, en leur partie inférieure avant, permettent de les vider sans avoir à les retourner après avoir retiré l’essentiel avec des seaux. Celle-ci est décorée, avec sur le dessus deux pieds chaussés de sandales (amusant !), un élégant dauphin et un joli visage de femme sur le côté.

 

563i musée archéologique de Palerme, crâne trépané

 

Passons au domaine médical, tout en remontant très, très loin dans le temps. Nous sommes au premier âge du bronze, vers 2000 ou 1900 avant Jésus-Christ. Le propriétaire de ce crâne est donc mort voilà environ 4000 ans. La Guerre de Troie, Agamemnon, Achille, la Belle Hélène, le retour d’Ulysse à Ithaque, c’est vers le treizième siècle, on est donc encore très loin d’en parler. Le squelette a été trouvé à Partanna, plein ouest de la Sicile, mais dans les terres, à une bonne quarantaine de kilomètres de la côte à vol d’oiseau. Des crânes, même âgés de quatre mille ans, ce n’est pas rare d’en voir. Mais comme celui-là, avec un beau trou bien régulier qui prouve qu’il a été trépané, c’est moins courant. L’histoire ne dit pas si le malheureux a survécu à son opération, mais il n’empêche qu’il est fabuleux de penser que ces gens que l’on se représente comme de grands singes, d’une main traînant leurs femelles par les cheveux et de l’autre tenant leur gourdin sur leur épaule, procédaient à de délicates opérations chirurgicales et l’on peut penser que s’ils s’y risquaient à plusieurs reprises (parce que, pour être rares, les crânes trépanés ne sont pas absolument exceptionnels) c’est qu’ils devaient bien, parfois, permettre à leurs patients de survivre.

 

563j1 musée archéologique de Palerme, poterie protocorint

 

Cette oinochoe (en grec, "verseuse de vin") en provenance d’une nécropole de Syracuse est protocorinthienne géométrique, c’est-à-dire qu’elle provient de Corinthe, fabriquée entre 750 et 630 avant Jésus-Christ, cette époque étant caractérisée par des poteries sans représentations de scènes mythologiques. Je trouve merveilleuse la précision du tracé des lignes sur le corps de l’oinochoe, car elles ont sans nul doute été peintes à main levée, et la simplicité du dessin ne retire rien à son remarquable effet décoratif. Si Ikea met en vente des copies, je me précipite.

 

563j2 musée archéologique de Palerme, Héraklès et lion

 

C’est à Gela, sur la côte sud de Sicile, entre Agrigente et Raguse, qu’a été trouvé ce lécythe datant de 500 avant Jésus-Christ. Un lécythe est un vase à col étroit et à embouchure évasée, destiné à recevoir de l’huile d’olive parfumée utilisée pour la toilette. L’étroitesse du col permet de réguler l’écoulement tandis que par le large goulot on peut recueillir l’huile dans le creux de la main. Celui-ci représente la lutte d’Héraklès contre le lion de Némée, l’un des douze travaux. C’est un lion monstrueux, frère du Sphinx de Thèbes, qui dévore habitants et troupeaux à Némée. Difficulté supplémentaire pour en venir à bout, il était invulnérable et habitait une caverne à double issue. Héraklès, voyant que ses flèches étaient inopérantes, boucha l’une des issues de la caverne, puis y pénétra de l’autre côté et, saisissant le lion à bras le corps, il le serra contre sa poitrine jusqu’à l’étouffer. Puis, le lion une fois mort, Héraklès l’écorcha et revêtit sa peau, la tête lui servant de casque. C’est pourquoi on le représente souvent avec une peau de lion sur le dos. Pas ici, pas encore, puisqu’il est en train de se saisir de l’animal qu’il se prépare à étouffer.

 

563j3 musée archéologique de Palerme, Achille et Chiron

 

Cet autre lécythe date de la même époque, 500 avant Jésus-Christ, mais provient d’un autre atelier. J’ai dû en mettre deux images côte à côte, parce que le sujet couvre un arc de cercle trop important pour qu’on puisse le voir sur une seule image. C’est Achille en compagnie du centaure Chiron. Chiron, fils de Cronos, est par conséquent de la génération de Zeus. Pour séduire Philyra, fille d’Océan, Cronos avait pris la forme d’un cheval, ce qui explique que le fruit de cette union ait eu cette forme mi humaine, mi équine. Ce centaure, qui était immortel, était extrêmement sage et savant, aussi lui fut-il confié l’éducation, entre autres, d’Achille, de Jason, d’Asclépios, et il aurait même donné des leçons à Apollon. Aussi expert en morale qu’habile à la chasse, en musique, en médecine ou en chirurgie, il donna à Asclépios les leçons de son art médical et il soigna la cheville d’Achille. Le héros et le centaure se donnent la main en signe d’amitié.

 

Ce musée est très riche, mais il n’est pas possible de multiplier les images à l’infini. Et puis je ne peux rendre, par mes petites photos et par des mots, toute la beauté, toute la richesse, tout l’intérêt des milliers d’objets présentés.

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 21:44

 

Aujourd’hui, mon article ne concerne pas nos découvertes de monuments, de musées, de sites. Je voudrais parler de la qualité humaine (et professionnelle) de personnes que nous avons rencontrées, et aussi par la même occasion donner aux utilisateurs de camping-car une bonne adresse.

 

Je commence par l’adresse. À Palerme, il n’y a pas de camping. Il faut aller jusqu’à Isola delle Femmine pour en trouver, alors pour qui veut être près de la plage c’est peut-être très bien mais si l’on souhaite visiter Palerme, comme il est préférable de ne pas s’y rendre avec un véhicule de ce gabarit on est assez loin et les transports en commun n’ont rien d’aisé ni de fréquent. Seule solution individuelle, la moto de plus de 250cm3 parce qu’il faut prendre l’autoroute si l’on ne veut pas mettre plusieurs heures en trajet, et c'est la cylindrée minimale autorisée sur les autoroutes italiennes.

 

Mais dans Palerme, à 600 ou 700 mètres de la ligne de bus n°101 qui se rend en plein centre, Teatro Politeama, Teatro Massimo, Quattro Canti, station centrale, se trouve une "sosta camper" dont voici les coordonnées :

 

Sur le GPS 38°08'50" N - 13°21'10" E

 

Via Imperatore Federico 116

Tél.: 09 15 42 555

Courriel :

idea_vacanze@tin.it

Site Internet :

http://www.ideavacanzepa.it

 

 

Non seulement c’est beaucoup moins cher qu’un camping, au minimum deux fois moins, mais la puissance électrique permet le micro ondes, la plaque électrique, l’air conditionné, le fer à repasser, la bouilloire, que sais-je encore, ce qui n’est pas toujours le cas dans les campings (il nous est arrivé de faire sauter les fusibles seulement en rechargeant simultanément nos deux ordinateurs et nos téléphones portables, soit 3 Ampères), il y a des toilettes très propres, la clé de la douche chaude coûte 1€, le prix comprend l’alimentation en eau, la vidange toilettes chimiques et eaux usées, l’espace est gardé 24h sur 24 et, surtout, surtout, tout le personnel est aimable, gentil, serviable. Mais évidemment, c’est un parking et si l’on veut de l’herbe, des emplacements vastes et délimités, des arbres, il ne faut pas compter sur Palerme qui est une très grande ville, une ancienne capitale.

 

562x1 Monte Pellegrino

 

Mais c’est quand même merveilleusement situé, au pied du Monte Pellegrino qui domine la ville.

 

562x2 Réparation camping-car

 

C’est également un concessionnaire PILOTE et RIMOR, vente neuf et occasion, location, atelier de réparation. Nous avions un problème de réfrigérateur qui ne fonctionnait pas sur le 12V, un problème d’écoulement des eaux usées, et puis la Sicile en juillet ce n’est pas le Cercle Arctique en janvier et nous n’avions pas froid dans notre boîte au soleil. Eh bien, quoique l’atelier ait été surchargé en cette période, on nous a dépannés en priorité, en heures supplémentaires, et pour un tarif amical (le prix de l’heure est affiché, mais le prix facturé n’a pas tenu compte du temps réellement passé, loin de là). Et on nous a fait profiter d’une promotion très intéressante sur la fourniture et l’installation d’une climatisation sur la cellule car celle de la cabine de conduite est inopérante sur la partie habitable, et de toute façon ne fonctionne que moteur en marche.

 

562x3 Réparation camping-car

 

Le travail sous le camping-car, les mains dans nos eaux sales, il y a plus agréable. Et pourtant tout a été fait avec le sourire, avec gentillesse.

 

562x4 Réparation camping-car

 

Le courant arrive normalement au réfrigérateur, le fusible est bon… et quand on roule, seul peut être utilisé le 12 volts car le gaz doit impérativement être coupé pour raison de sécurité, et l’on n’est bien sûr plus branché sur le 240 volts. Comme on peut l’apprécier sur cette photo, c’est moi qui suis le plus efficace ! Cela s’appelle inspecteur des travaux finis !

 

562x5 Réparation camping-car

 

Et puis je finis par cette photo de Francesco. Il est aussi gentil et sympathique que compétent, ou si l’on préfère, aussi compétent que gentil et sympathique. Puisque je suis très en retard dans mes publications d’articles pour raison de problèmes de connexion Internet, cela me permet de rajouter les photos que Natacha a prises (les quatre photos prises à l’atelier sont d’elle) et que je ne lui ai pas demandées tout de suite, et de commenter tout notre séjour à Palerme. Du 3 au 15 juillet, nous avons passé treize nuits sur cette "sosta". Nous sommes partis parce que Natacha prenait l’avion à Trapani pour assister à son colloque à Varsovie, mais notre visite de Palerme étant encore incomplète nous sommes revenus six nuits du 31 juillet au 5 août. Tous les jours, la même amabilité, la même chaleur humaine (et pas seulement celle du soleil). De la part de tous. Et j’insiste surtout sur Francesco, peut-être parce que c’est lui le grand maître de l’atelier et que j’ai eu davantage l’occasion de discuter avec lui (si tant est que mon niveau de langue en italien m’autorise à utiliser ici le verbe discuter). Et quand, en ce 5 août, nous sommes allés lui dire au revoir dans son atelier, c’était plus à un ami que nous nous sommes adressés qu’au technicien qui nous a dépannés.

 

Donc, une bonne adresse à retenir :

 

562x6 sosta Idea Vacanze

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 20:41

560a Palerme, la cathédrale

 

 

560b1 Palerme, la chathédrale

 

Aujourd’hui 5 juillet, je viens de publier un historique des événements survenus en Sicile et en Italie de 1054 à 1250, de Robert de Hauteville dit "le Guiscard" à Frédéric II, des Normands aux Souabes. Nous sommes donc prêts à aborder la cathédrale de Palerme. Quand on arrive, on voit cette splendide façade qui, en fait, est le côté sud. L’entrée principale, à l’ouest, au bas de la nef, n’est pas utilisée actuellement. Quand Gualtiero Offamilio, en 1177, entreprend la construction de cette cathédrale, le pouvoir n’est absolument pas aux Espagnols en Sicile. L’influence ne peut donc venir d’eux, mais je trouve un air de famille avec la cathédrale de Séville. Le porche que l’on voit ci-dessus a été ajouté au quinzième siècle en style gothico-catalan. Sans doute est-ce l’influence arabe, quoique largement décalée dans le temps, qui donne cette impression. Palerme a été reconquise sur eux il y a un siècle, et la cathédrale de Séville sera construite à la place de la mosquée détruite (sauf son minaret, la Giralda, qui fait office de clocher séparé) après la reconquista des Rois Catholiques.

 

560b2 Palermo, Cattedrale

 

560b3 Palermo, Cattedrale

 

Encore deux vues de détails du flanc sud de cette splendide cathédrale, qui a subi des modifications et des ajouts jusqu’au dix-huitième siècle. On se rend compte que le style de ces deux petits dômes sur des chapelles latérales n’a rien de commun avec ces fenêtres en meurtrières sous de larges arches gothiques, qui surmontent des colonnettes blanches contrastant avec la pierre rouge des murs.

 

560c1 Palerme, cathédrale, abside

 

560c2 Palerme, cathédrale, abside

 

Mais c’est lorsque l’on aborde le côté est que l’on est frappé par cette abside et ces absidioles nettement marquées par l’époque arabe, sans doute aussi du fait de l’influence des ouvriers arabes qui, on l’a vu, étaient autorisés à rester sur le sol sicilien après l’avènement des Normands, cela se détachant entre des tours normandes toutes fines et légères.

 

560d Palerme, cathédrale, sous le porche

 

Nous allons pénétrer dans la cathédrale. Sous le porche, on peut voir cette sculpture en haut-relief et en ronde-bosse, commémorant le couronnement en tant que roi de Sicile de Victor-Amédée II, duc de Savoie, le 24 décembre 1713, accompagnée d’une plaque en l’honneur des rois. Ce brave homme avait cru bon de s’opposer à la France en prenant part à la Ligue d’Augsbourg, ce qui lui a valu deux défaites successives et une paix séparée en 1696. Dans la Guerre de Succession d’Espagne, il s’allie à l’Autriche en 1703, et voit ses États occupés par le duc de Vendôme. Alors il se lance à l’assaut, récupère son Piémont en 1706, met le siège devant Toulon en 1707 ce qui amène la flotte française à se saborder, mais il se retire et, battu, il perd la Savoie. Pour le duc de Savoie, c’est moche. Du coup, devenu prudent, il se déclare neutre et, lors des traités d’Utrecht, en 1713, on lui rend sa Savoie, on lui donne une partie du Milanais et la Sicile, d’où le couronnement ci-dessus. Mais, décidément, il n’aime pas ce que j’aime, il a été l’ennemi de la France et maintenant il ne se plaît pas en Sicile, trop éloignée à son goût de la Savoie et du Piémont (mais pour les rois d’Espagne ou pour l’empereur d’Allemagne, était-ce plus proche ?), et au terme d’une négociation avec l’empereur Charles VI il l’échange contre la Sardaigne en 1720. Sur 66 ans de vie, sur 57 ans de règne, il aura été roi de Sicile pendant moins de sept ans. Je pense que s’ils avaient pu le prévoir, les Palermitains n’auraient pas fait la dépense de cette plaque…

 

560e Palerme, cathédrale, la nef

 

Certes, la nef est grandiose, elle est belle, mais à mon goût elle ne vaut pas l’extérieur. Ni les décorations, ni les formes, ni la couleur n’égalent la chaude pierre, la chaude architecture extérieure.

 

560f1 Palerme, cathédrale, bénitier

 

560f2 Palerme, cathédrale, bénitier avec vue de Florence

 

Cela n’empêche pas des détails d’être intéressants. Par exemple, sur le pilier de la nef en face de l’entrée latérale sud, ainsi que sur le pilier symétrique nord, on trouve ces beaux bénitiers de marbre. Chacun représente deux scènes superposées, et l’une de ces quatre scènes, très curieusement, est plantée dans un décor qui reprend les principaux monuments de Florence. C’est non seulement original, mais c’est aussi très décoratif.

 

560g Palerme, cathédrale

 

On peut remarquer aussi cette mosaïque de Vierge à l’Enfant de style byzantin, mais à vrai dire, malgré son regard tourné sur le côté je ne lui trouve pas d’humanité, à part une main posée sur l’épaule de Jésus elle ne lui donne pas sa tendresse comme parfois, elle est sérieuse mais pas grave et triste comme souvent, et Jésus lui-même a une sorte de petit sourire qui enlève toute signification à son geste du bras.

 

560h1 Palerme, cathédrale

 

560h2 Palerme, cathédrale

 

Tout le long de la nef principale, sur chaque pilier, est représentée une figure de saint. Les personnages ne sont pas choisis parmi les apôtres, ou parmi les contemporains de Jésus, ou parmi les patrons de la ville, ou parmi les martyrs, c’est un mélange qui semble avoir été pris au hasard. Par exemple, je ne vois pas le lien entre Marie-Madeleine et saint Laurent. Mais ces statues, comme à Saint-Jean-de-Latran à Rome, quoique moins grandes, donnent une impression de majesté à cette cathédrale.

 

561a1 Palerme, cathédrale, Roger II

 

561a2 Palerme, cathédrale, Roger II

 

561a3 Palerme, cathédrale, Roger II

 

Dans le bas de l’église, se trouve un espace isolé par des panneaux et des barrières, mais cela vaut bien les quelques Euros qui sont demandés pour y pénétrer, parce que là se trouvent les tombes de quatre personnages clés de la construction de la Sicile d’aujourd’hui. Et d’abord celle de Roger II, qui a succédé à son père Roger I mais qui a été le premier à être investi officiellement du titre de roi de Sicile, en 1129.

 

561b Palerme, cathédrale, Henri VI

 

Là également est enseveli Henri VI. C’est un Hohenstaufen, un Souabe, le fils de l’empereur germanique Frédéric Barberousse. Quand, au terme des événements que je raconte dans l’autre article d’aujourd’hui, il coiffe la couronne de Sicile, cela signe le passage de la dynastie normande à la dynastie Souabe.

 

561c Palerme, cathédrale, Constance

 

Pourtant, son fils aura du sang normand dans les veines, puisque Henri VI avait épousé Constance de Hauteville, la fille de Roger II. Mais en ce temps-là on ne considère que la transmission du nom par les hommes, et c’est eux qui gouvernent et sont rois. Des femmes peuvent être régentes, mais leur titre de reine n’est dû qu’à la couronne de leur mari. Même si, dans tout ce que j’ai lu au sujet de la Sicile, on ne parle que de la fin de la dynastie normande, pour moi il est important d’évoquer aussi cette Constance, intermédiaire à travers qui se prolonge la domination normande.

 

561d1 Palerme, cathédrale, Frédéric II

 

561d2 Palerme, cathédrale, Frédéric II

 

Nous voici devant la tombe de Frédéric II de Hohenstaufen, le fils de Henri VI et de Constance de Hauteville, né le 26 décembre 1194, quand son père venait d’être couronné roi de Sicile le 25 décembre. Peut-être l’émotion de la cérémonie du couronnement a-t-elle déclenché l’accouchement, quoique le sacre ait eu lieu à Palerme et la naissance du côté d’Ancône, qui est sur la côte est d’Italie, assez au nord, circonstance qui laisse à penser que Constance n’a pas assisté à l’événement. C’est ce Frédéric II qui, régnant de 1220 à 1250 sur le Saint Empire Romain Germanique, a été trois fois excommunié, qui a soutenu l’antipape, qui a obtenu sans croisade guerrière la concession de Jérusalem dont il s’est déclaré roi et qui, bien sûr, a été roi de Sicile. Entre ses enfants légitimes de ses quatre épouses successives et ses enfants illégitimes de diverses autres femmes, il aurait été dix-neuf fois père. De toutes ces fatigues, il se repose dans la cathédrale de Palerme.

 

561e Palerme, cathédrale, Constance

 

Il y a deux Constance, celle dont je viens de parler occupe l’un des gros sarcophages rouges comme les rois, mais l’autre aussi est ensevelie dans la cathédrale de Palerme. Celle dont on voit ici la tombe dans un sarcophage antique (du troisième siècle après Jésus-Christ, et retravaillé pour l’accueillir) est Constance d’Aragon, fille du roi Alphonse II d’Aragon. Née en 1179, elle a épousé à l’âge de 19 ans Éméric, roi de Hongrie. Veuve en 1204, elle est épousée en 1209, à l’âge de 30 ans, par l’empereur Frédéric II, qui n’a alors que… 14 ans et à qui elle donne un fils deux ans plus tard, le futur Henri VII. Elle aussi a donc été reine de Sicile, mais quand elle est morte en 1222, à Catane, elle n’a pas eu droit à ce grand cercueil de porphyre, peut-être parce que son veuf se remariera plusieurs fois.

 

561f Palerme, cathédrale, Duc Guillaume..

 

J’en finirai avec les tombes en montrant ce sarcophage d’un certain duc Guillaume, sans autre précision. Mais si malgré tout je choisis de placer cette photo, c’est parce que je suppose que c’est le fils de Roger Borsa (fils aîné de Robert Guiscard), né en 1095, devenu duc d’Apulie, de Calabre et de Sicile en 1111, mais Roger II a assumé personnellement le pouvoir en Sicile. Ce Guillaume est mort en 1127 sans enfant, et Roger II, quoique cela lui vaille d’être excommunié, estime logique de se considérer comme l’héritier de ses possessions du sud de l’Italie continentale. C’est le royaume des Deux-Siciles.

 

En 1491, sur décision du vice-roi on procéda à la reconnaissance officielle des tombes royales de la cathédrale de Palerme, et les sarcophages furent ouverts en cette occasion. Les vêtements funèbres de Constance d’Aragon furent transférés au trésor de la cathédrale. Le peuple était furieux de cette violation, aussi s’empressa-t-on de tout remettre dans le sarcophage. Toutefois, les bijoux ne furent pas replacés sur ce qui restait de Constance, mais dans une cassette à ses pieds. Et puis lorsque l’on a restructuré la cathédrale, en 1781, on y a placé les tombes là où on peut les voir aujourd’hui, et à cette occasion on les a de nouveau violées. La description dit que le crâne de Constance d’Aragon était couvert d’une coiffe à laquelle étaient encore accrochés de longs cheveux blonds. On trouve aussi cinq anneaux, mais un collier décrit en 1491 ne figure plus dans l’inventaire de 1781. Sa coiffe et ses bijoux ne sont pas replacés dans sa tombe et quand, en 1848, on procède à une exposition muséographique, il manque deux anneaux, mais ces disparitions ne sont vraisemblablement pas dues à des vols, plutôt à des ventes pour participer au financement de la coûteuse restructuration de la cathédrale. Lamentable. Le voleur est un salopard qui agit égoïstement pour son propre compte et qui en est tellement conscient qu’il se cache précautionneusement. Mais celui qui aliène officiellement des bijoux royaux dont il dépouille les restes d’une reine et croit bien faire parce que cela contribue à financer des travaux dont seule une partie est indispensable pour le maintien du bâtiment mais dont la plus grande part est destinée à moderniser et embellir la cathédrale, celui-là est un parfait inconscient, ce qui le rend encore plus dangereux que le voleur. Que l’on ne croie surtout pas que je fais ici l’éloge de la malhonnêteté. Je ne parle évidemment pas de l’aspect moral.

 

562a1 Palerme, cathédrale, char de santa Rosalia

 

562a2 Palerme, cathédrale, char de santa Rosalia

 

Passons au musée de la cathédrale, ou à son trésor. Tout près de l’entrée, on peut voir cette représentation du char de santa Rosalia. Il s’agit d’une sainte patronne de la ville de Palerme qui fait l’objet de célébrations chaque année les 14 et 15 juillet. Le premier jour c’est une fête profane, où la statue de la sainte est portée en ville sur un char créé spécialement, et avec un défilé de charrettes siciliennes traditionnelles décorées et attelées, portant chacune une jeune palermitaine toute jolie et élégante symbolisant sainte Rosalie. Le deuxième jour, dans la soirée, a lieu une grande procession religieuse au cours de laquelle un autre char porte la statue de sainte Rosalie de la cathédrale à une place proche du port puis revient à la cathédrale où a lieu une cérémonie religieuse. Ceci est une maquette du char proposé pour 2000 et 2001.

 

562b Palerme, cathédrale, couronne de Constance

 

Plus haut, j’ai parlé du sarcophage de Constance d’Aragon et de la coiffe qui a été retrouvée sur son crâne lorsque l’on a ouvert sa tombe. La voici. C’est, je trouve, un objet émouvant, resté sur elle de sa mort en 1222 à son transfert à la cathédrale en 1781 soit plus de cinq siècles et demi. Il est également intéressant de savoir que c’est un travail palermitain, œuvre des artisans du palais royal.

 

562c Palerme, cathédrale, sépulture archevêque Ugone

 

Dans la crypte se trouvent bon nombre de sarcophages antiques utilisés pour ensevelir des personnages du Moyen-Âge. Ici, c’est l’archevêque Ugone, mort en 1150, connu pour avoir fait transporter de Toscane à Palerme le corps de sainte Christine. Sur ce sarcophage romain sculpté deux génies ailés encadrant un homme en toge qui représentait le défunt, on a retravaillé le personnage central pour le transformer en Christ bénissant. En-dessous de cette effigie, deux masques avec à leur gauche une Cérès déesse des moissons et de la récolte portant une corne d’abondance, et à leur gauche le dieu Tibre, avec un poisson dans la main. Dans les angles, cette figure féminine est Diane et la figure masculine est Apollon.

 

562d1 Palerme, cathédrale, sépulture du cardinal Tagliavi

 

562d2 Palerme, cathédrale, sépulture du cardinal Tagliavi

 

Autre sarcophage antique, celui qui contient les restes du cardinal Pietro Tagliavia d’Aragon, archevêque de Palerme mort en 1558 et qui a participé au concile de Trente. Nous ne sommes plus du tout à la même époque que Ugone. Ce sarcophage est romain lui aussi, mais paléochrétien. Il n’a donc pas été nécessaire de le retravailler pour l’adapter à ce prélat catholique. La grande croix surmontée de la couronne de laurier soutenue par deux colombes est d’origine. Sur les bords internes de la couronne de laurier, on remarque comme de petites excroissances. C’est qu’au centre de la couronne figurait le monogramme du Christ, les lettres grecques Rho (comme un P latin) et Khi (comme un X latin) l’un dans l’autre. Si ce monogramme a été brisé, il est aisé de deviner que c’est accidentellement, et non volontairement. Sous la croix, deux soldats avec leur lance regardent en l’air. Je suppose qu’il s’agit des Romains qui ont tendu à Jésus l’éponge imbibée de vinaigre et ont percé son flanc. Douze personnages en toge et en sandales, six de chaque côté, avancent, la main droite tendue vers la couronne. Un écriteau explicatif dit balancer, pour l’interprétation, entre les douze apôtres et une procession pour le triomphe de la croix. Ce doute m’étonne, parce que je vois clairement cinq auréoles sur ces hommes, et même cinq et demie, l’une d’entre elles étant brisée. Des marques dans la pierre au-dessus des autres têtes montre que ces personnages étaient tous auréolés. Je ne vois donc pas pourquoi tous les participants à une procession seraient saints. Par ailleurs, le fait que Judas ne soit évidemment pas saint ne change rien, puisque selon les Actes des Apôtres il aurait été remplacé par Matthias après la mort de Jésus.

 

562e Palerme, cathédrale

 

Avant de remonter à la surface, voici une vue un peu générale de la crypte avec ses sarcophages. On reconnaît, dans le fond, celui dont je viens de parler.

 

562f Palerme, palais des rois normands

 

Sortant de la cathédrale, nous nous sommes dirigés vers le Palazzo dei Normanni, le palais des rois normands. Je le montre juste en passant, parce que nous comptons bien y revenir pour le visiter.

 

562g1 Palerme, Porta Nuova

 

562g2 Palermo, Porta Nuova, Quattro Mori

 

Puis, tout au bout du corso Vittorio Emanuele, nous franchissons la Porta Nuova qui date de Charles Quint. Sur sa face extérieure, on peut admirer ces célèbres effigies d’hommes, les Quattro Mori, les Quatre Maures. Nous nous attablons à une terrasse pour boire un rafraîchissement, avant de rentrer à pied jusqu’à la via Roma où nous aurons un bus direct vers notre "home". Cela nous fait passer devant la statue de Charles Quint dont j’ai parlé avant-hier, le 3 juillet, comme un rappel de cette porte de ville.

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Published by Thierry Jamard
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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 19:59

Aujourd’hui 5 juillet, nous avons visité la cathédrale de Palerme. Quatre souverains ayant régné sur la Sicile y sont enterrés, ce sont :

 

 a) Roger II, roi de Sicile, fils de Roger I de Sicile et neveu de Robert Guiscard

 b) Henri VI, fils de Frédéric Barberousse, empereur germanique et roi de Sicile

 c) Constance, fille de Roger II, femme de l’empereur germanique Henri VI qui remplacera la dynastie normande par la dynastie Souabe

 d) Frédéric II, fils des deux précédents, empereur germanique qui régnera sur la Sicile

  

 

Pensant que ces tombes étaient l’occasion de raconter, non événement par événement, mais dans sa continuité, une grande page d’histoire de Sicile, près de deux siècles, de 1059 à 1250, une page pleine d’aventures et de rebondissements, je consacre à cela un article entier. Il pourra servir de référence par la suite, pour aller chercher telle ou telle information utile afin de mieux comprendre un monument, un musée, etc.

 

 

1030– Premier Normand en Italie, Rainulf Drengot, originaire d’Avesnes-en-Bray à l’est de Rouen, au service du duc de Naples obtient la seigneurie d’Aversa

 

 1035– Trois fils de Tancrède de Hauteville (son fief, aujourd’hui Hauteville-la-Guichard, est dans la Manche, à l’entrée du Cotentin, un peu au nord de la route de Saint-Lô à Coutances) arrivent en Italie. La quasi totalité de ses douze fils suivront le même chemin. Ils maîtrisent la charge de cavalerie, inconnue en Italie du sud

 

1037– La seigneurie d’Aversa devient comté

 

 1042– Guillaume de Hauteville "Bras de Fer" s’empare des Pouilles et est proclamé comte de Pouilles à Matera

 

 1051– Robert de Hauteville "le Guiscard" (= "le Sage" ou "l’Avisé") conquiert la Calabre

 

 1052– Les frères de Hauteville font prisonnier le pape Léon IX et obtiennent l’investiture de leurs possessions

 

 1059– Robert Guiscard obtient du pape Nicolas II l’investiture sur Pouilles et Calabre et le comté de Sicile occupé par les Sarrasins

 

 1061– L’émir de Syracuse demande à Roger I (frère de Robert, qui travaille pour lui) son aide en Sicile. La tentative de conquête de Messine échoue

 En compagnie de Robert, Roger I franchit de nouveau le détroit. Ils conquièrent Messine et défont à Enna l’émir Ibn al-Hawwas, puis Roger conquiert Troina

 

 1063– Roger I défait à Cerami les Sarrasins des deux fils du sultan Ibn ath-Thumnah, Ayub et Ali

 

 1064– Les Sarrasins repoussent une attaque de Robert Guiscard et Roger I contre Palerme

 

 1071– À Misilmeri, Roger I écrase les Sarrasins d’Ayub. Après avoir conquis Bari (Pouilles), Robert Guiscard et Roger I retournent en Sicile avec une puissante flotte, prennent Catane et assiègent Palerme par terre et par mer. Roger I prend le château de Yahya (aujourd’hui église Saint Jean des Lépreux). Les Normands défont la flotte Sarrasine puis brûlent les navires arabes dans le port de Palerme

 

 1072– Le 10 janvier, Robert Guiscard, sa femme Sighelgaita (qui est une combattante), son frère Roger I, entrent triomphalement dans l’église Santa Maria pour l’action de grâce rituelle. Roger I est investi Grand Comte de Sicile. Les Normands s’entourent d’administrateurs Sarrasins, autorisés à conserver leurs coutumes et leur religion

 

 1077– Capitulation de Trapani

 

 1078– Reddition de Taormina

 

 1082– Robert Guiscard, opposé à l’empereur grec byzantin Alexis I Comnène, prend Durazzo (grand port d’Albanie, face à Bari)

 

 1084– Le pape Grégoire VII, assiégé dans le château Saint-Ange par l’empereur germanique Henri IV auquel il est opposé dans la querelle des Investitures, fait appel à Robert Guiscard qui défait l’empereur. Sac de Rome par les troupes normandes. Le pape est emmené en exil dans la capitale de Robert, Salerne

 

 1085– Robert Guiscard reconquiert Corfou, et meurt peu après. Son fils Roger Borsa lui succède. Bataille navale de Roger I contre l’émir Bernavert de Syracuse, tué au combat. La ville se rend en apprenant cette nouvelle

 

 1087– Capitulation de l’émir Ibn Hamud, d’Enna

 

 1088– Butera passe aux Normands

 

 1091– Reddition de Noto. La totalité de la Sicile est conquise

 

 1095– Naissance du fils de Roger I, qui deviendra Roger II

 

 1098– Roger I reçoit la lettre qui lui confère la Légation perpétuelle (le "legatus a latere" est l’équivalent du pape dans le territoire qui lui est assigné)

 

 1101– En Sicile, mort de Roger I. Son fils Roger II n’a que 6 ans, la reine Adélaïde assume la régence

 

 1111– Dans l’Italie du sud, mort de Roger Borsa. Son fils Guillaume I, qui n’a alors que seize ou dix-sept ans, lui succède

 

 1113– Roger II assume personnellement le pouvoir sur la Sicile

 

 1127– Mort de Guillaume I, duc de Pouilles, d’Apulie, et de Calabre, dernier descendant de Robert Guiscard (il meurt sans enfant). Roger II revendique la succession. Le pape Honorius II, craignant un royaume puissant au sud de Rome et préférant nombre de petits états, excommunie Roger II et organise une ligue entre les insurgés de Pouilles, Calabre, Sicile

 

 1128– Roger II, vainqueur de la ligue, contraint le pape au traité de Bénévent qui l’investit duc des Pouilles, de Calabre et de Sicile

 

 1029– La diète de Melfi ratifie l’accession de Roger II au titre de roi. L’empereur germanique Lothaire arrive en Italie, Pouilles et Campanie se rebellent contre Roger II. Après le départ de Lothaire, Roger vient à bout de la rébellion

 

 1130– Mort du pape Honorius II. Incapables de se mettre d’accord, les cardinaux élisent deux papes, un très petit nombre de cardinaux choisissent Innocent II appuyé par l’empereur Lothaire qui s’inquiète de la montée en puissance de Roger II, et la majorité des cardinaux élisent Anaclet II reconnu comme légitime par Roger II, lequel Anaclet, par une bulle du 26 septembre, confère la couronne de Sicile à Roger II et à ses successeurs, et le couronne le jour de Noël (mosaïque de la Martorana à Palerme où le Christ remplace le pape Anaclet II)

 

 1131– Roger II mate une révolte sur le continent. Retour de Naples, il est pris dans une violente tempête, fait le vœu de construire une église là où il pourrait accoster, aborde à Cefalù, entreprend la construction de la cathédrale

 

 1136– Lothaire tente une seconde expédition en Italie. Il parvient à conquérir Pouilles et Campanie tandis que Pise, son alliée, prend et détruit Amalfi. Mais la chaleur et le mécontentement des troupes le contraignent à repartir et à abandonner Innocent II à son sort. Mort de Lothaire. Lutte pour sa succession entre son fils Conrad III et Henri le Lion

 

 1138– Mort d’Anaclet II

 

 1139– Roger II a attendu prudemment à Palerme l’évolution des événements. Le moment est venu de franchir le détroit et, à Garigliano, il défait Innocent II et le fait prisonnier. Au traité de Mignano, le pape confère à Roger II le royaume de Sicile, le duché des Pouilles, la principauté de Capoue et renouvelle la Légation apostolique. Naples se soumet, et Roger punit avec grande rigueur les rebelles

 

 1140– Transformant le palais arabe Al-Khalesa de Palerme en palais royal normand (le Palazzo dei Normanni), Roger II achève la construction de la chapelle palatine. Désormais tranquille, il promulgue son code : liberté de coutumes et de culte mais le roi reçoit son pouvoir de Dieu dont il est le seul interprète. Lois, justice, administration sont de son seul pouvoir, exécutés en son nom. Le clergé conserve ses prérogatives mais peut être révoqué par le roi. Le ducat est la seule monnaie du royaume

 

 1142– Roger II fonde le monastère San Giovanni dei Eremiti

 

 1146– L’amiral Georges d’Antioche se tourne vers l’Afrique du Nord. Il conquiert Tripoli et soumet à Roger II la côte jusqu’au Cap Bon (extrême pointe est de la Tunisie, juste en face de Marsala, en Sicile)

 

 1147– Georges d’Antioche fait des incursions en Grèce, pousse jusqu’à Thèbes et en rapporte la manufacture impériale byzantine de broderie pour implanter à Palerme une florissante manufacture de soie

 

 1151– Roger II fait couronner roi de Sicile son fils Guillaume I

 

 1154– Mort de Roger II, peu avant la naissance de sa fille, Constance de Hauteville. Il est enterré dans la cathédrale de Palerme. Guillaume I "le Mauvais" lui succède. Nommant l’Émir des Émirs gouverneur du royaume, Guillaume I mécontente le peuple. Frédéric Barberousse est couronné empereur par le nouveau pape Hadrien IV

 

 1155– Manuel Comnène, empereur de Byzance, charge son général Michel Paléologue de reconquérir les Pouilles. Celui-ci s’empare de Bari

 

 1156– Vainqueur à Brindisi de l’armée byzantine, Guillaume I réprime durement la révolte des nobles et des cités qui s’était étendue jusqu’à la Sicile

 

 1160– Les Almohades lui reprennent ses possessions d’Afrique, prétexte pour les nobles d’ourdir une conjuration et d’assassiner l’Émir des Émirs. Guillaume I le remplace par un triumvirat

 

 1161– La conjuration fait Guillaume prisonnier, saccage son palais, tue son fils Roger. Le clergé, avec la population restée fidèle, le libère. Féroce répression. Il meurt en 1166. Son fils Guillaume II n’a que 8 ans, sa mère Marguerite assume la régence face à de terribles intrigues de cour

 

1165– Naissance de Henri de Hohenstaufen, fils de Frédéric Barberousse

 

1171– Marguerite se voit imposer par le pape un archevêque de Palerme opposé à elle, Gualtiero Offamilio. Guillaume II "le Bon" assume personnellement, il construit une nouvelle cathédrale à Monreale, érigé en diocèse

 

1177– Guillaume II et le pape soutiennent la ligue lombarde qui défait l’empereur Frédéric Barberousse, lequel accepte le traité de Venise stipulant 15 ans de paix. Mariage de Guillaume II avec Jeanne, fille de Henri II d’Angleterre et d’Aliénor d’Aquitaine, sœur de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, alors âgée de 12 ans (née en 1165). Offamilio, comprenant que le diocèse et la cathédrale de Monreale sont destinés à mettre des limites à son pouvoir, construit à Palerme une nouvelle cathédrale pour concurrencer celle de Monreale

 

1186– À Milan, Constance, fille de Roger II, épouse Henri de Hohenstaufen, le fils de Frédéric Barberousse, et tous deux reçoivent la couronne de fer

 

1187– La perte de Thessalonique signe la fin du rêve normand de conquérir Byzance mais la flotte normande se déchaîne sur les côtes africaines en soutien à la troisième croisade

 

1189– Guillaume II meurt à 36 ans, sans descendance.

 

1190– Mort de Frédéric Barberousse. Son fils Henri VI lui succède. Tancrède de Lecce, petit-fils de Roger II (fils bâtard du fils aîné de Roger II avec Emma, fille du comte de Lecce), est couronné roi de Sicile par Gualtiero Offamilio. Il se trouve en butte aux prétentions à ce trône de Constance, femme d’Henri VI parce que fille légitime de Roger II, et de Jeanne, sœur du nouveau roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion parce que veuve du roi Guillaume II

 

1191– Tancrède reconquiert les territoires continentaux occupés par Henri VI qui, à cause d’une épidémie et de la chaleur, doit quitter l’Italie. Tancrède en profite pour se saisir de Constance à Salerne, et il la retient prisonnière, à Palerme d’abord, à Naples ensuite

 

1192– Le pape Célestin V investit Tancrède, mais celui-ci doit restituer l’impératrice Constance à son mari et abandonner ses privilèges ecclésiastiques

 

1194– Mort de Tancrède. Henri VI envahit le royaume et, à Noël, dans la cathédrale de Palerme, se fait couronner roi de Sicile. C’est la fin de la dynastie normande en Sicile, l’avènement des Souabes. Le lendemain, à Iesi (près d’Ancône), sous une tente, Constance met au monde Frédéric de Hohenstaufen, futur Frédéric II

 

1197– Le 28 septembre, mort de Henri VI de Hohenstaufen, de la malaria, à Messine

 

1198– Mort de Constance de Hauteville le 27 novembre. Frédéric II, à moins de 4 ans, est couronné roi de Sicile. Par la volonté de sa mère, il est élevé en Sicile jusqu’à ses 17 ans

 

1209– Le futur Frédéric II, âgé de 14 ans, épouse Constance d’Aragon, de 11 ans son aînée, fille du roi Alphonse II d’Aragon

 

1215– Le 27 juillet, à Bouvines, avec Philippe-Auguste de France, Frédéric II défait son rival Othon IV de Brunswick qui menait une coalition anglo-germano-flamande et est couronné empereur d’Allemagne. Pour obtenir l’appui du pape, il a promis de maintenir séparés l’Empire Germanique et le royaume de Sicile, de respecter les territoires de l’Église, de monter la quatrième croisade

 

1216– Frédéric II ne respecte que le premier de ces engagements, en donnant le sud de l’Italie à Henri, fils qu’il a eu en 1211 de Constance d’Aragon, sous la régence d’un conseil agréé par le pape

 

1217– Occupé à réorganiser le royaume, Frédéric II ne prend pas part à la croisade. Il désigne son fils Henri roi d’Allemagne sous la régence de l’archevêque de Cologne, et garde pour lui le royaume de Sicile

 

1220– Réitérant son intention de partir pour la Terre Sainte, Frédéric II obtient d’être couronné empereur par le pape

 

1222– Mort de sa femme Constance d’Aragon

 

1224– Frédéric II fonde l’université de Naples, première université d’État et laïque

 

1225– Pour réprimer l’insubordination des musulmans de Sicile, Frédéric II les déporte à Lucera en Pouilles, mais les laisse pratiquer leurs usages et leur religion. Il épouse en secondes noces Yolande de Brienne, héritière par son père Jean de Brienne du titre de reine de Jérusalem

 

1227– Le nouveau pape Grégoire IX le contraint à la croisade. Il s’embarque à Brindisi mais la peste s’abat sur ses navires, il rentre à Otrante, le pape l’excommunie.

 

1228– Henri, fils de Frédéric II, assume personnellement le pouvoir en Allemagne. Mort de Yolande de Brienne, reine de Jérusalem, seconde épouse de Frédéric II

 

1229– Frédéric II se rend en Terre Sainte. Plutôt que de guerroyer contre le sultan d’Égypte, il s’entend avec lui et obtient de façon pacifique la restitution de Jérusalem, Bethléem, Nazareth et un accès à la mer

 

1230– Il se couronne lui-même roi de Jérusalem et, de retour en Italie, défait son beau-père Jean de Brienne qui commande les armées du pape. Par le traité de Saint-Germain, le pape lève l’excommunication. Il accueille Frédéric II à Rome et ratifie les accords passés avec le sultan

 

1231– Les villes siciliennes de Centuripe et de Montalbo se révoltent. Frédéric II déporte leur habitants dans la ville nouvelle d’Augusta. Suite à cela, nombre de communes lombardes refusent de participer à la diète qu’il a convoquée à Ravenne, ouvrant ainsi les hostilités

 

1232– Frédéric II donne à la grande féodalité allemande la souveraineté territoriale au détriment des cités, il impose une centralisation du pouvoir (réformes dites "constitutions melfitaines", ce qui provoque un mécontentement. Autre mécontentement, celui qui est suscité par l’impitoyable persécution des hérétiques. Tous ces mécontentements se transforment en rébellion ouverte, menée par son propre fils Henri. Frédéric oblige son fils à se soumettre

 

1234– Henri ne tient pas sa parole, il s’allie aux communes italiennes et au roi de France contre son père

 

1235– Frédéric II épouse en troisièmes noces Isabelle d’Angleterre, fille de Jean Sans Terre et sœur de Henri III Plantagenêt roi d’Angleterre et, ayant obtenu l’appui de ce dernier, il dompte la révolte en Allemagne. Il s’attache à réorganiser son administration, sa justice, son armée

 

1236– Les communes rebelles s’étant organisées contre Frédéric II en une alliance, leur insubordination prend encore de l’ampleur. Il part d’Allemagne à la tête d’une puissante armée, prend Bergame, Vicenza, Mantoue, Padoue

 

1237– Frédéric II fait élire Conrad (Corrado en italien), alors âgé de 9 ans, à la place de Henri, sous la tutelle de l’évêque de Magonza. Il impose un nouvel ordre en Italie du Nord qu’il partage en cinq vicariats gouvernés par des fonctionnaires d’État sous la direction d’un lieutenant impérial, les cités étant gouvernées par un podestat élu, mais agréé par le souverain

 

1239– Le pape Grégoire IX, indigné que Frédéric II ait refusé sa médiation entre les communes et lui, et inquiet pour l’Église des conséquences des constitutions melfitaines, renforce encore la ligue en s’alliant à Gênes et à Venise. Enzo, fils naturel de Frédéric II avec Adélaïde d'Urslingen, est couronné roi de Sardaigne, une possession de l’Église, ce qui sert de prétexte à Grégoire IX pour excommunier (c’est la seconde fois) Frédéric II, qui réagit en confisquant les biens ecclésiastiques, et en imposant aux prêtres, ses sujets, d’officier le service divin

 

1240– Frédéric II tente une attaque armée contre le pape, mais les Romains le contraignent à se retirer

 

1241– Cités et familles sont partagées entre Guelfes partisans du pape et Gibelins partisans de l’empereur. Pour le déposer, le pape convoque à Rome un concile, que Frédéric II tente d’empêcher de se réunir

 

1242– Enzo, fils de Frédéric II et roi de Sardaigne, attaque la flotte génoise et fait prisonniers les prélats qu’elle transportait vers le concile de Rome, qui de ce fait se trouve empêché

 

1243– Frédéric II marche de nouveau sur Rome, au moment de la mort de Grégoire IX et de l’élection d’Innocent IV, lequel trouve protection auprès du roi de France (saint Louis) et convoque un concile à Lyon

 

1245– Le concile se tient à Lyon, Frédéric II est excommunié (pour la troisième fois) et déposé pour parjure, sacrilège, suspicion d’hérésie, viol de la paix entre l’Église et l’Empire et de ses devoirs féodaux comme roi se Sicile. Frédéric II conteste la sentence et accuse le pape d’abus de pouvoir, ce qui fait rebondir et s’intensifier la querelle entre Guelfes et Gibelins. Innocent IV réaffirme le primat du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel

 

1247– Guillaume de Hollande est élu roi d’Allemagne. Conrad, fils de Frédéric II, trahi par son tuteur Henri le Raspon qui s’était fait élire roi, continue la lutte pour ses propres intérêts et pour ceux de son père en s’alliant la petite noblesse et les communes allemandes. Frédéric II, parti pour Lyon afin d’y rencontrer le pape, interrompt son voyage à cause de l’insurrection de la gibeline Parme. Les Parmesans assiégés effectuent une sortie qui surprend les troupes impériales et ils détruisent leur camp fortifié. La situation pour Frédéric II est grave, y compris dans le sud où l’impossibilité des célébrations religieuses et les fortes pressions fiscales pour le soutien de la guerre suscitent rébellions et complots

 

1249– Pier delle Vigne, l’un des plus fidèles conseillers de Frédéric II, suspect et accusé de trahison, se suicide en prison. Enzo, le fils préféré, est défait à Fossalta et fait prisonnier, il mourra en prison (en 1272 après 23 ans de captivité à Bologne). Pour reprendre la lutte, Frédéric II se retire en Sicile où lui arrivent de bonnes nouvelles, son fils Frédéric d’Antioche vainqueur des Guelfes exilés de Florence, la reconquête des cités rebelles d’Italie du nord, les Génois défaits près de Savone, Faenza conquise par son fils Manfred, Guillaume de Hollande défait par son fils Conrad

 

1250– Frédéric II meurt le 13 décembre 1250 quelques jours avant son cinquante-sixième anniversaire, à Castel Fiorentino dans les Pouilles, d’une attaque de fièvre intestinale

 

 

Arrêtons là cette petite chronique. Mais il est important de dire qui est Frédéric II. C'est un homme intelligent et cultivé, il parle latin, grec, sicilien, arabe, allemand et probablement hébreu. Il s’intéresse aux mathématiques, soutient les beaux-arts... Un homme complet.

 

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:43

 

559a1 Palermo, indulgenza 

559a2 Palerme, indulgence

 

559a3 Palerme, indulgence

 

Nous consacrerons la journée d’aujourd’hui à la visite du jardin botanique de Palerme. Mais, histoire de goûter à l’air de la ville, nous quittons le bus dans le centre le matin et allons nous promener ici ou là pendant plusieurs heures avant de nous rendre à pied dans ce quartier un peu retiré. Au cours de notre promenade, je m’arrête à lire les inscriptions placées sous ces statuettes ou peintures représentant la Vierge ou un saint, et que l’on voit un peu partout, sur les murs des maisons, à l’air ou dans une petite niche, presque abandonnées ou garnies de fleurs, parfois avec une bougie allumée ou, ce qui évite l’entretien, une petite ampoule électrique. J’en sélectionne ici trois.

 

Sur la première, une statue de Marie dans un bel autel protégé par une grille, le cardinal offre une indulgence de cent jours à qui récitera un Ave ici, dans la rue, devant cette image. J’ai déjà eu l’occasion de dire ce que je pensais de ces indulgences calculées en jours, et qui desservent l’image du catholicisme auprès des sceptiques. Car enfin, lorsque cette indulgence a été décidée, ce n’était plus le Moyen-Âge, et l’Église proclame que pour Dieu le temps n’existe pas. Une indulgence de dix, de cent ou de mille jours n’a donc aucun sens et contredit l’affirmation précédente.

 

On peut, au choix, s’adresser à Marie ou à ses saints, parce que la même indulgence de cent jours est accordée à qui récite, devant l’effigie de saint Gaétan, d’ailleurs effacée mais qui avait été encadrée d’une belle fenêtre de marbre, un Pater. Normal, un Ave pour une sainte, un Pater pour un saint. Les deux offerts par le même cardinal Celesia à cinq ans d’intervalle.

 

Le plus bizarre survient avec ma troisième photo. Cette plaque est placée sous une statuette de la Vierge dans un autel joliment décoré et protégé derrière une porte vitrée. L’indulgence est attribuée par un autre cardinal seulement désigné par des initiales, et il n’y a pas de date. Il faut aussi réciter un Ave devant cette effigie, mais cette fois la "vraie dévotion" dans la prière est requise, et malgré cela Marie n’accordera, dans ce coin de rue, que quarante jours d’indulgence. C’est vraiment trop injuste. La même prière, adressée à la même sainte Vierge, mais cent mètres plus loin, et l’on ne bénéficie plus que de 40% de la grâce. Monseigneur le Cardinal de Palerme, ne serait-il pas temps de supprimer toutes ces plaques, pour la plus grande gloire de votre Église ?

 

559b1 Palerme, gay pride

 

Plus loin, sur un mur, je remarque une vieille affiche appelant à une Gay Pride à Palerme le 15 juin, il y a trois semaines. OMODIO, haine de l’homo. "Même couleur, même Dieu, même haine", dit le texte sous une série de quatre dessins décrivant une métamorphose qui en dit long sur les sentiments des homosexuels siciliens à l’encontre de l’Église.

 

559b2 Mussolini

 

Les images représentant Mussolini en photo véritable ou en caricature sont assez connues pour qu’on ait compris, je pense, le sens de ces dessins. Je note un fait linguistique amusant, le texte dit "Pour l’autodétermination de tous", mais tous, c’est en italien tutti au masculin et tutte au féminin. Alors dans un texte sur la liberté sexuelle, les rédacteurs de l’affiche auraient jugé mal venu que, même seulement pour la grammaire, le masculin l’emporte sur le féminin, et ils ont remplacé la dernière lettre par un astérisque pour laisser le lecteur adapter l’affiche à son cas, tutt*.

 

559c1 Palerme, jardin botanique

 

Mais avec mes histoires d’indulgences et d’affiche sur la liberté sexuelle, je ne dois pas oublier que mon sujet du jour, c’est le jardin botanique, rejoint en milieu d’après-midi après nos divagations dans la ville. En 1779, donc bien avant l’unification de l’Italie, est créée à Palerme l’Académie des Études Royales, avec une chaire de Botanique et Discipline Médicale. Le petit jardin concédé pour la culture des plantes médicinales destinées à l’enseignement étant vite devenu trop petit, un grand espace, ici même où nous sommes, est attribué pour le remplacer et son installation, ainsi que la construction des bâtiments de démonstration et de cours commencent en 1789. Notons (cocorico) que c’est un architecte français, Léon Dufourny, assisté de trois architectes palermitains, qui est chargé d’en établir les plans. En décembre 1795, c’est l’inauguration, ainsi que l’ouverture du jardin au public, la découverte des espèces végétales du monde entier n’étant plus réservée aux étudiants et aux savants. Au fur et à mesure des besoins, et parce que cette académie botanique de Palerme acquiert une réputation qui en fait un centre d’étude fréquenté par des spécialistes de toute l’Europe et du bassin méditerranéen, parce que, également, des naturalistes illustres lui offrent des espèces récoltées aux quatre coins du monde, l’espace offert au jardin botanique croît au cours des décennies, jusqu’à atteindre en 1892, un siècle après sa création, une superficie de 10 hectares.

 

559c2 Palerme, jardin botanique

 

559c3 Palerme, jardin botanique

 

559c4 Palerme, jardin botanique

 

Face au bâtiment du Gymnasium, on franchit une grille encadrée de deux têtes sculptées, et puis le bâtiment lui-même présente des deux côtés deux façades identiques, excepté que sur la façade intérieure, au sommet trônent des statues symbolisant les quatre saisons. Non, ici avec sa faucille ce n’est pas une adepte du communisme, près d’elle nul travailleur armé du marteau, ce n’est que la symbolisation de l’été et de la récolte du blé. Et devant les portes, d’autres statues encore viennent orner les lieux, car il s’agit d’une université prestigieuse.

 

559d Palerme, ruines de l'église Saint Denis (15e siècle)

 

Au fond d’une petite allée latérale, au milieu de plantes exotiques, on découvre soudain ces quelques ruines, tout ce qu’il reste d’une église du quinzième siècle dédiée à saint Denis. Belles ruines, mais bien petites. Peu importe, ce n’est pas pour cela que l’on est venu.

 

559e Palerme, jardin botanique, washingtonia filifera, d'Ar

 

Il y a des milliers de plantes et d’arbres, tous plus beaux, plus bizarres ou plus intéressants les uns que les autres. Hélas, il faudrait plus de talent que je n’en ai pour rendre en photo le gigantisme des uns, la bizarrerie des autres. Je vais donc sélectionner un tout petit nombre des espèces végétales très diverses que nous avons vues aujourd’hui. J’ai été impressionné par la haute silhouette nue de cette espèce de washingtonia filifera originaire d’Arizona. Sur une partie du tronc, du lierre s’accroche, et puis plus rien jusqu’à ce minuscule plumet au sommet. Chaque année, après la saison, le plumet desséché s’affaisse sur le tronc lui faisant un revêtement de longues feuilles mortes, et la saison suivante c’est un nouveau plumet qui se développe, exhaussant l’arbre encore davantage.

 

559f1 Palerme, jardin botanique, agave américaine marginat

 

On est plus habitué à voir cette agave américaine marginata originaire du Mexique, mais ici il y a un champ entier d’agaves de différents types. Quand on en voit un ou deux exemplaires, ici ou là, dans un jardin méditerranéen, sans avoir de point de comparaison, on ne se rend pas compte (du moins, moi je ne me rends pas compte) de l’infinie diversité de ces plantes.

 

559f2 Palerme, jardin botanique, opuntia pailana (cactacée

 

Pour l’opunta pailana, cette autre cactacée du Mexique, on connaît bien ses larges ovales couverts de piquants. Je préfère donc ici montrer en gros plan ses terribles épines et comment sa chair se structure en quadrillages réguliers, les aiguilles se développant en gerbe à chaque intersection.

 

559f3 Palerme, jardin botanique, mammilaria spinosissima, d

 

Tant que j’en suis aux plantes grasses, je passe tout de suite aux allées près des serres où sont présentées les plantes grasses en pots, celles de taille réduite qui seraient perdues en pleine terre, que les visiteurs piétineraient sans les remarquer, et que l’on observe bien plus aisément sur les tables qu’en se baissant jusqu’au sol. Ici, une mammilaria spinosissima originaire du Mexique, une mamellaire très très épineuse. Oui, on dirait bien une forme de poitrine féminine, mais quel bébé (ou quel homme goulu) oserait s’en approcher ?

 

559f4 Palerme, jardin botanique

 

Les feuilles de cette espèce de rose noire sont grasses, il s’agit donc, également, d’une plante exotique des pays chauds et secs. Mais j’ai eu beau chercher partout, pas trace d’une étiquette d’information. Son nom, son origine, me resteront donc inconnus. Mais qu’elle est belle, cette fleur qui n’en est pas une, puisque ses pétales sont sa chair.

 

559g1 Palerme, jardin botanique, ficus magnolioides, d'Aust

 

559g2 Palerme, jardin botanique, ficus magnolioides, d'Aust

 

Repartons vers le cœur du jardin. Un arbre extraordinaire, à la fois par se formes et par son ampleur gigantesque, c’est le ficus magnolioides (ficus macrophylla columnaris), qui vient de l’île de Lord Howe, en Australie. Sa façon de naître et de se développer, aussi, est incroyable. Un oiseau transporte la graine dans le ciel, généralement dans son intestin après l’avoir ingérée parce que les oiseaux sont très friands du fruit de cet arbre, et la laisse retomber dans ses excréments sans l’avoir digérée sur les rameaux hauts d’un autre arbre, quelle que soit sa nature, sans aucun rapport avec ce ficus. La graine germe et se développe comme une plante parasite, poussant un tronc et de petites ramifications. Dans un second temps, le jeune ficus va développer de nombreuses racines aériennes qui vont croître le long de l’écorce de l’arbre hôte, un hôte bien involontaire mais qui n’a pas de moyens de défense. Quand un homme contracte des parasites, il se gratte, s’il les attrape il les écrase sous son ongle, en dernier ressort il va acheter chez le pharmacien des produits toxiques pour le parasite. L’arbre n’a ni ongles pour se gratter, ni doigts pour attraper le parasite, ni argent pour s’acheter l’anti-puce ou l’anti vilaine bête qui lui suce le sang. De sorte que sans être contrariées dans leur évolution les racines aériennes atteignent le sol dans lequel elles vont chercher leur nourriture, puis croissent en largeur tout autour du tronc de l’arbre d’origine et se soudent entre elles jusqu’à complètement l’envelopper et, finalement, le phagocyter, donnant l’impression qu’elles sont non des racines mais le tronc lui-même. Faux tronc, racines aériennes joignant le sol, branches, le tout apparaît comme une masse ligneuse indistincte et de dimensions incroyables. Oui, tout ce que l'on voit sur ces deux photos appartient à un seul et mêmeficus.

 

Cet arbre développe des fleurs, mais ensuite jamais ne viennent, en Sicile, les fruits qu’aiment tant les oiseaux, parce que dans ce pays ne vivent pas les insectes australiens spécifiques qui, volant de fleur en fleur, permettent la pollinisation d’où viendra le fruit. Cet exemplaire a été introduit dans ce jardin botanique au début du dix-neuvième siècle, soit peu d’années après l’ouverture du parc, et on voit quel géant il est devenu en deux siècles. D’autres ont été introduits un peu partout sur les côtes de Sicile et il y a même à Palerme une avenue à laquelle un ignorant a donné le nom de Viale delle Magnolie, parce que les arbres qui la bordent ne sont pas des magnolias mais des ficus de cette espèce. Pour l’excuse de l’auteur de la bourde, je précise que le nom magnolioides veut dire en grec "qui a l’aspect d’un magnolia", de l’aveu même des botanistes qui lui ont donné ce nom.

 

559h1 Palerme, jardin botanique, bassin dit aquarium

 

559h2 Palerme, jardin botanique, aquarium

 

Un peu plus loin, au centre d’une place où convergent quatre larges allées ainsi que quelques petites allées secondaires, se trouve un grand bassin où croissent toutes sortes de plantes aquatiques, et qui est appelé l’aquarium. Certaines de ces plantes donnent de jolies fleurs.

 

559h3 Palerme, jardin botanique, tortue de Floride

 

Et puis de temps à autre, émerge du bassin pour prendre l’air à la surface une tortue d’eau. Typiquement une tortue de Floride comme nous en avons eu à la maison pendant quelques années. Ces adorables animaux minuscules, cadeau empoisonné fait aux enfants, bestioles qui ont trop crû et ont bien vite nécessité un grand aquarium terrarium avec tous les soins de nettoyage que cela entraînait. Elles s’appelaient Mariette et Coquinette. Pas question, les pauvres, de les assassiner, et vu leur espérance de vie elles avaient toutes les chances de nous enterrer tous. Finalement, avec beaucoup de peine, nous avons réussi à les caser, c’est le jardin zoologique de Bourges qui les a prises en pension. Je crois savoir que les gens, beaucoup moins scrupuleux que nous, jetaient les leurs dans le premier étang venu, où elles déséquilibraient l’écosystème en mangeant plantes et animaux, alors qu’elles n’avaient pas elles-mêmes de prédateurs, et que pour préserver nos étangs français ainsi que pour limiter la pêche des tortues dans leur milieu d’origine au risque de les faire complètement disparaître, des lois en interdisent désormais l’importation et la vente. Au revoir, les petites. Mais à voir ainsi dans la nature, c’est tout à fait sympathique.

 

559i1 Palerme, jardin botanique, chorisia speciosa (Minas G     

559i2 Palerme, jardin botanique, chorisia speciosa (Minas G

 

Je terminerai notre tour du jardin botanique de Palerme par cet arbre curieux. Celui-ci vient du Minas Gerais au Brésil, mais on en trouve aussi en Argentine et au Pérou. Je ne sais comment les gens l’appellent en portugais du Brésil, mais en espagnol des deux autres pays on l’affuble de sobriquets, palo borracho (bâton ivre) ou árbol botella (arbre bouteille). L’étiquette, de façon plus scientifique, le nomme chorisia speciosa. Pour en savoir plus long, j’ai consulté tout à l’heure Internet, et voilà que j’y lis que la chorisia n’existe plus, que c’était une appellation erronée et que maintenant il faut parler de ceiba speciosa. Moi je veux bien. Cela ne retire rien à la forme originale de ce tronc en forme de bouteille comme le disent les autochtones, sans préciser que c’est une bouteille Perrier, voire "la petite bouteille ronde" d’Orangina. Cette écorce toute hérissée d’épines, ce n’est pas banal non plus. Je crois que c’est cet arbre que, dans les récits de voyages ou d’aventures, on appelle le fromager. L’une des explications de ce nom serait qu’on en a utilisé le bois pour faire des boîtes de fromage. Bien que je ne puisse affirmer qu’elle soit fausse, je trouve cette explication spécieuse. Le doute étant l’une des nécessités de toute recherche scientifique, mes hésitations sur cette appellation sont un prétexte tout trouvé pour conclure notre visite de cet Orto Botanico. 

 

559j Port de Palerme

 

 

 

 Nous sommes restés jusqu’à la fermeture à 20 heures, puis sommes allés faire un tour le long de la mer avant de rentrer à notre camping-car. Nous aimons particulièrement les couchers de soleil sur la mer, et ces grands bateaux font toujours rêver…

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Published by Thierry Jamard
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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 14:32

 

Il n’a a pas de campings à Palerme. C’est une grande ville, d’accord, mais il faut aller vraiment très loin. Hier soir, nous nous sommes donc rendus à l’Isola delle Femmine. Il n’était certes pas tôt, mais il n’était pas encore dix heures et la grille du camping était fermée. Pas d’accès. De plus l’environnement, réservé aux touristes, encombré de voitures et bruyant, non pas populaire –ce qui peut être sympathique– mais populeux, donnant l’impression d’être mal fréquenté, ne nous a pas paru engageant, et nous sommes repartis vers Palerme à la recherche d’un coin calme pour passer la nuit. Après tout, avant de quitter Cefalù nous avions fait notre réserve d’eau pour les douches et nous avions ce qu’il nous fallait pour être autonomes. Et puis ce matin, nous avons trouvé, dans Palerme même, un vendeur loueur réparateur accessoiriste pour camping-cars qui accueille les visiteurs sur son grand parking gardé jour et nuit, avec connexion électrique, toilettes… Nous ne demandons pas mieux, et nous nous y installons.

 

555a Palermo, Quattro Canti

 

Ayant acquis un carnet de tickets de bus, nous nous rendons dans le centre de Palerme. Le plein cœur de la ville, c’est le carrefour appelé Quattro Canti, ou encore Teatro del Sole, de son vrai nom piazza Vigliena, qui honore le vice-roi espagnol, marquis de Villena y Ascalón. Les quatre angles de la place se répondent exactement. Les "Quatre Chants", ce sont les quatre niveaux de la construction, en bas des fontaines représentant les quatre fleuves de la ville, au-dessus un ordre dorique représentant les quatre saisons d’après les divinités qui les symbolisent, Vénus, Cérès, Bacchus et Éole, au troisième niveau un ordre ionique avec Charles Quint, Philippe II, Philippe III, Philippe IV, et enfin les quatre saintes patronnes de la ville, Agathe, Ninfa, Olive et Christine. Aujourd’hui on aurait trouvé sainte Rosalie, mais la place a été construite en 1609 et Santa Rosalia n’est arrivée qu’en 1624. C’est ce qu’on appelle rater le coche. Le tout est couronné des blasons royaux, sénatorial et vice-royal. L’autre nom de cette place, "Théâtre du Soleil", lui vient du fait qu’à toute heure du jour l’un au moins de ses bâtiments d’angle est éclairé.

 

555b Palerme, place des Quattro Canti

 

Outre ces bâtiments, sur cette place on peut aussi remarquer de beaux lampadaires. Ici encore, bien sûr, avec cette femme portant des raisins et cette autre avec ses épis, on reconnaît l’automne et l’été. Ce sont donc les saisons comme sur les murs, mais elles ne sont plus symbolisées par les figures mythologiques de dieux antiques.

 

555c1 Palermo, piazza del Palazzo Pretorio

 

555c2 Palermo, piazza del Palazzo Pretorio

 

555c3 Palermo, piazza del Palazzo Pretorio

 

Tout près des Quattro Canti, le palazzo Pretorio ouvre sur une très vaste place ornée en son centre d’une gigantesque fontaine sculptée de sujets d’inspiration mythologique. Je ne crois pas que les statues fassent allusion à des mythes précis parce que, comme sur la dernière de ces photos, voisinent une figure d’homme barbu étendu et tenant dans sa main une corne d’abondance, et près de lui un genre de Triton dont les jambes se terminent en queues de poisson, tandis que de l’autre côté une belle jeune femme n’est poisson qu’au niveau de ce qui serait ses pieds. S'il s'agissait de Poséidon et d'Amphitrite, il aurait son trident, non une corne d'abondance.

 

555d1 Palerme, manifestation piazza Pretoria

 

555d2 Palerme, manifestation piazza Pretoria

 

555d3 Palerme, manifestation piazza Pretoria

 

Mais aujourd’hui des manifestants sont installés sur cette place Pretoria. Ils campent sous deux petites tentes. Ils sont là dans un coin pour s’expliquer ou pour surveiller ce que l’on fait de leur manifestation, parce qu’ils ont noué des bouts de tissu mauve sur la bouche de plusieurs statues de la fontaine et, sur la grille qui l’entoure, ils ont placardé des articles de journaux avec la devise "Non au bâillon". Ils se plaignent de l’absence de liberté d’expression, de manquements au respect des droits de l’homme, et réclament le droit au logement pour tous.

 

556a Palerme, la Martorana et San Cataldo

 

Les Quattro Canti se trouvent à l’intersection de la via Maqueda et du Corso Vittorio Emanuele. Ce corso, c’est l’ancienne voie phénicienne d'un côté, arabe de l'autre, tandis que la via Maqueda est la rue aragonaise. Et c’est sur cette voie espagnole, à quelques mètres, sur son côté gauche, que se situe la piazza Pretoria. Continuons encore quelques dizaines de mètres vers le sud et, toujours sur son flanc gauche, s’ouvre une autre place. Là, trois églises. De ce côté-ci, nous voyons à droite les coupoles rouges de San Cataldo, et à gauche Santa Maria dell’Ammiraglio, que l’on appelle communément la Martorana. Ce nom lui vient du temps où elle fut donnée comme chapelle d’un couvent bénédictin fondé en 1194 par une certaine Eloisa Martorana.

 

556b1 Palermo, la Martorana (Santa Maria dell'Ammiraglio)

 

556b2 Palerme, la Martorana

 

La Martorana, construite en 1143, existait avant d’être donnée au couvent. C’est Georges d’Antioche, que je vais montrer tout à l’heure, qui en a décidé l’érection. Avec sa grosse tour carrée en façade, c’est bien une église de style roman normand même si –et c’est visible à la pierre d’une autre couleur– une façade baroque a été plaquée au milieu de la vieille et belle façade normande.

 

556c1 Palerme, Martorana

 

556c2 Palerme, Martorana

 

La façade principale, en fait, n’est pas côté rue, mais sur le flanc perpendiculaire, face à San Cataldo. Cette église est de rite grec orthodoxe. On voit que le chœur, dont le fond est plat, est beaucoup plus récent que la nef, et en effet il a remplacé au seizième siècle une abside ancienne. Cette nef principale est décorée de mosaïques merveilleuses. C’est au seizième siècle également que l’église a été rallongée de deux travées décorées, elles, de fresques du dix-huitième siècle, et qui l’ont reliée à son campanile, autrefois séparé. Pour ma photo de la nef, je suis dos au portail dans la partie nouvelle, et l’on voit toute l’enfilade des anciennes travées.

 

556c3 Palerme, Martorana

 

Avant de procéder à la visite, juste un petit coup d’œil au dallage, très décoratif.

 

556d Palerme, Martorana

 

À l’entrée du chœur, de chaque côté, deux petites mosaïques encadrées sont des reproductions de grandes mosaïques. J’avoue ne pas être capable de dire quels sont les originaux. Le Christ Pantocrator rappelle celui de l’abside de Cefalù, mais la couleur de son vêtement n’est pas la même, et le texte qu’il présente sur ce livre n’est qu’en grec, et ce n’est que le début : "Egô eimi to phôs tou kosmou", "Je suis la lumière du monde". Il y a un autre Christ Pantocrator ici même dans cette église, il occupe tout le ciel de la coupole, mais ce n’est pas lui non plus qui est reproduit ici. Une fois réduite pour ce blog, ma photo de la nef est trop petite pour qu’on y distingue ces deux petites mosaïques, mais le Christ apparaît en bas à droite de ma photo du chœur.

 

556e Palerme, Martorana, Scanderbeg

 

Dans le bas de l’église, une plaque du 28 novembre 1968 évoque la commémoration du cinquième centenaire de la mort de Scanderbeg. C’est un prince albanais qui s’est illustré dans sa lutte pour le christianisme face à la religion islamique dans laquelle il avait été élevé. Son nom, c’était Georges Kastrioti, fils d’un seigneur albanais et d’une princesse macédonienne, né en 1405. Dans ces régions occupées par les Turcs, le sultan avait l’habitude, afin de préserver l’avenir, de prendre à la cour ottomane les enfants mâles de ses seigneurs étrangers, avec le double avantage de leur donner une éducation musulmane à la turque et de les tenir en otages contre toute tentative de révolte de leurs pères. C’est ainsi que le petit Georges passa son enfance, puis il fut formé à l’École Militaire ottomane. Devenu officier, il s’illustra brillamment pour le compte des Turcs contre l’Occident, ce qui lui valut d’être promu général, avec le titre de "Iskander Bey" en langue turque, soit "Prince Alexandre", dignité de type Commandeur ou Grand Croix de la Légion d’Honneur, en référence à Alexandre le Grand. Les Albanais, transcrivant ce qu’ils entendaient, ont joint "Skënderbeu" à son nom de famille. Il devient ensuite gouverneur général en Albanie centrale.

 

Converti au christianisme, Georges Kastrioti Scanderbeg passe à l’ennemi et combat les Turcs pour le compte du roi de Naples en même temps que pour la libération de son pays, l’Albanie. Après 25 ans de combats et de nombreuses victoires, il est reconnu seigneur d’Albanie par le sultan. Après sa mort en 1468, la lutte reprit, et les Turcs récupérèrent l’Albanie en 1480. Mais quand ils trouvèrent sa tombe et s’emparèrent de ses restes, ils ne les considérèrent pas comme la dépouille d’un ennemi et d’un traître, mais comme des talismans capables de les mener à la victoire. Nombreux sont, par la suite, ceux qui l’ont célébré. En 1576 Ronsard avait écrit :

 

          "[…] et Scanderbeg, haineux du peuple Scythien

          Qui de toute l'Asie a chassé l'Évangile.

          Ô très grand Épirote ! ô vaillant Albanois !

          Dont la main a défait les Turcs vingt et deux fois,

          La terreur de leur camp, l'effroi de leurs murailles […]".

 

Vivaldi, en 1718, écrira un opéra à son sujet, et Lamartine l’évoque parmi d’autres grands hommes originaires d’Albanie :

 "La seule chose qui soit immuable chez les Albanais, c'est la passion de l'indépendance et de la gloire. Cette passion de la gloire est le trait dominant de leur caractère et la source de leur héroïsme : c'est la terre des héros dans tous les temps. Leur héroïsme se trompe quelquefois d'objet et prend le pillage pour l'ambition. On conçoit qu'Homère y ait trouvé Achille, la Grèce Alexandre, les Turcs Scanderbeg, hommes de même race, de même sang et de même génie".

 

556f Palerme, Martorana

 

Dans la chapelle latérale droite, on peut voir ce retable intitulé "Saint Nicolas sur le trône", représentant saint Nicolas de Myre (en Lycie, Anatolie turque aujourd’hui), qui est le protecteur des Byzantins d’Italie. C’est une peinture crétoise du quinzième siècle qui se trouvait dans l’église San Nicolò dei Greci jusqu’au bombardement de 1943 qui a détruit cette église et a justifié le transfert de la peinture. Je trouve cette représentation intéressante à plusieurs titres. D’abord, c’est généralement Jésus qui est représenté en roi du monde, siégeant sur un trône. D’autre part, la main droite bénissant, la main gauche présentant un livre ouvert. J’ai un peu de mal à déchiffrer, même sur ma photo originale, néanmoins je lis, en grec "Le Christ dit ‘Je suis la Porte’…", c’est donc le livre des Évangiles. Même si le texte est autre, cette position rappelle le Christ Pantocrator. Et puis à ses pieds on voit des laïcs et des religieux, les hommes à gauche et les femmes à droite représentant les fidèles venus le prier. Leurs mains tendues sont un signe d’imploration. Sans doute ces gens sont-ils les chrétiens de rite byzantin qui ont commandé cette icône. Ainsi, saint Nicolas est l’intermédiaire, et dans la position de Jésus il intercède auprès de lui, qui est représenté en petit dans le haut de l’image, à gauche (comme, en bas, sont les hommes) alors que Marie est à droite (comme, en bas, les femmes). Cependant il n’a pas revêtu sa mitre, il ne porte pas sa crosse d’évêque.

 

556g1 Palerme, Martorana, Nativité

 

J’ai dit, en entrant dans l’église, qu’elle était toute revêtue de somptueuses mosaïques. Il y en a tant, et de si belles, de si expressives, que je suis bien embarrassé pour faire un choix. Ci-dessus, la Nativité. Même si Jésus a l’air d’un homme au front dégarni, cette représentation est touchante. Le bœuf et l’âne, penchés avec attention au-dessus du berceau, donnent l’impression d’être souriants tout en réchauffant l’enfant de leur souffle. Marie, elle, tient délicatement Jésus entre ses mains, elle a la tête penchée avec tendresse. Pour que l’on puisse voir ces détails, j’ai cadré ma photo serré, on ne voit donc pas là-haut l’étoile d’où part le rayon lumineux qui vient frapper le corps de Jésus pour le désigner à l’adoration.

 

556g2 Palerme, Martorana, Nativité

 

Une autre scène, plus bas, montre deux femmes dont l’une porte Jésus débarrassé de ses bandelettes de nourrisson (mais qui a toujours sa tête d’homme d’une quarantaine d’années), tandis que l’autre verse l’eau du bain. Je ne sais si elle verse l’eau chaude dans l’eau froide, ou si elle rafraîchit d’eau froide un bain trop chaud, mais la première femme trempe le bout de ses doigts pour contrôler la température avec sollicitude. La mosaïque est si précise que l’on peut même voir que ces deux femmes se regardent mutuellement, celle de droite qui verse l’eau interrogeant des yeux celle de gauche pour savoir si elle continue de verser ou si elle arrête. Scène vivante, merveilleuse de réalisme et de tendresse.

 

556g3 Palerme, Martorana, Dormition de la Vierge

 

De l’autre côté de la nef, faisant pendant à la Nativité, c’est la Dormition de la Vierge. Cela veut dire que Marie n’est pas morte, mais qu’elle est endormie. En effet, conçue sans péché, Vierge mère de Dieu, elle ne peut mourir comme une simple femme. Elle est donc soit représentée comme enlevée vivante vers les cieux (c’est l’Assomption), soit s’endormant dans une apparence de mort. Ici elle est étendue sur une sorte de baldaquin, le buste légèrement soulevé, comme il était de coutume d’exposer les défunts avant leur ensevelissement. On sait que, selon la tradition, elle était au pied de la croix de Jésus au Golgotha, et qu’elle était donc en vie au moment de sa crucifixion, mais ici son fils est debout auprès d’elle, c’est donc le Christ ressuscité. Il brandit un nourrisson (coupé sur ma photo) qui symbolise l’âme de Marie emportée par lui au ciel. Deux groupes d’hommes, à la tête au aux pieds de Marie, se lamentent. Ils sont plus de douze, ce ne sont dont pas, ou pas seulement, les apôtres. En outre, un homme est penché sur sa poitrine. Ce peut être, certes, par dévotion et par chagrin, comme celui qui se penche sur ses pieds, mais si l’on observe leurs regards on est amené à avoir de leur attitude une interprétation différente. Aux pieds de la Vierge, cet homme –qui ressemble à saint Paul– a les yeux mi-clos, il ne regarde rien, il pleure. Au contraire, celui qui est penché sur sa poitrine lève les yeux, comme quelqu’un qui observe ou réfléchit. J’aurais tendance à penser qu’il écoute si le cœur bat encore. Et il faut imaginer que oui, Marie est bien vivante, elle dort, sa mort n’est qu’apparente. Rien de semblable ne se trouve dans les représentations latines, cette scène est typiquement byzantine.

 

556h1 Palerme, Martorana, Georges d'Antioche et la Vierge

 

556h2 Palerme, Martorana, Georges d'Antioche et la Vierge

 

556h3 Palerme, Martorana, Georges d'Antioche et la Vierge

 

Dirigeons-nous vers le bas de l’église. Sur ce qui, antérieurement à la construction des travées supplémentaires, constituait le mur extérieur, on trouve deux mosaïques extrêmement intéressantes. Elles datent de l’origine de l’église, mais on ignore si lors de la construction elles ont été situées sur le mur extérieur ou si lors de l’adjonction des travées au seizième siècle elles ont été transférées là. En effet, quand on a allongé la nef, on a conservé les pans de murs de chaque côté mais on a ouvert le mur au milieu, en face de la nef que l’on allongeait. Par conséquent, si les mosaïques se trouvaient alors à l’intérieur de l’église, mais de part et d’autre du portail central, il fallait bien les transporter ailleurs. C’est sans doute l’hypothèse la plus vraisemblable.

 

Du côté gauche, on voit un petit personnage prosterné aux pieds de la Vierge, qui tient déroulé devant elle un parchemin portant un long texte. Cet homme, c’est Georges d’Antioche, honorant Marie à qui l’église est consacrée (comme je l’ai signalé, ce nom de Martorana cache le vrai nom de Santa Maria dell’Ammiraglio). La langue de l’inscription est difficile à déchiffrer, et de plus c’est du grec médiéval. Pour la citer en français, je me fie donc plutôt à une traduction que j’en trouve dans un livre : "Celui qui a construit les fondations de ma maison, Georges, le premier des premiers princes, ô Fils, protège-le avec ses gens contre tous les maux et pardonne ses péchés, car tu en as le pouvoir en tant que Dieu unique, ô Verbe". Et entre ce parchemin et le corps de l’homme, une autre inscription dit "Prière de ton serviteur, Georges l’Amiral". Je racontais hier l’histoire de Roger II se proclamant roi de Sicile. Georges d’Antioche était l’amiral de sa flotte. C’est donc lui l’Ammiraglio (l’Amiral) dont le nom est lié à celui de Marie dans la dédicace de l’église, commencée en 1143, soit douze ans après la cathédrale de Cefalù construite par son maître Roger II. Ce devait être la chapelle privée de Georges d’Antioche.

 

556i1 Palerme, Martorana, Christ couronnant Roger II

 

556i2 Palerme, Martorana, Christ couronnant Roger II

 

Sur le côté droit, faisant pendant, une autre mosaïque représente une scène de couronnement. C’est une représentation du couronnement de Roger II par le Christ en personne. Cette représentation est clairement un acte d’allégeance de l’amiral de la flotte à l’égard de son souverain le roi Roger II de Sicile, car seule l’iconographie officielle des empereurs romains de Byzance autorisait la représentation du Christ procédant à un couronnement. Aucun duc, aucun prince, aucun roi de seconde importance, vassal de l’empereur, n’avait droit à une telle représentation. Georges veut donc montrer à Roger qu’il le regarde comme le plus grand. Et même au-delà sans doute y a-t-il une idée politique, fondement de l’idéologie de la monarchie sicilienne. Robert Guiscard était fils du seigneur de Hauteville, en Normandie. Robert Guiscard, puis Roger I et Roger II, se sont rendus maîtres de la Sicile, mais les Hauteville possèdent aussi des territoires un peu tout autour de la Méditerranée, ce qui en fait une sorte d’état impérial. Ainsi, plaçant une telle scène dans sa chapelle privée, Georges d’Antioche évoque-t-il la possibilité, voire la légitime aspiration, de la dynastie des Hauteville au trône impérial de Constantinople.

 

Sur ce tableau, le Christ est un peu plus haut, ses pieds ne touchent pas le sol, situation réservée aux humains. Roger II, dans les vêtements d’un empereur de Constantinople, est donc plus bas, mais en outre il courbe la tête pour recevoir sa couronne. C’est un signe de soumission à Dieu en la personne du Christ. Commentant des mosaïques à Rome, je disais que l’on devait se couvrir les mains pour recevoir un présent de l’empereur ou pour lui en remettre un. Ici, on constate que Roger II a replié sur son bras gauche un pan de la large étole passée autour de son cou et nouée en ceinture, il considère donc le Christ comme son empereur à lui lorsqu’il en reçoit sa couronne.

 

557a Palerme, San Cataldo

 

Je ne peux malheureusement multiplier les photos, sinon je n’en finirai plus. Mais je suis triste de garder pour moi, égoïstement, les mosaïques de l’Annonciation, des archanges, des apôtres… le grand Christ Pantocrator… etc. Il nous faut donc ressortir. Nous voici, juste à côté, à San Cataldo, église qui date elle aussi du douzième siècle mais qui, elle, n’a subi aucune transformation depuis sa construction. Ses trois coupoles rouges sont très caractéristiques, en forme dite "de bonnet d’eunuque". Autrefois, les dômes étaient revêtus de brique pilée qui leur donnait cette couleur, aujourd’hui ils se contentent d’un enduit coloré, bien érodé sur leurs sommets.

 

557b1 Palerme, San Cataldo

 

À l’intérieur, le plan carré présente cependant trois nefs, délimitées par quatre colonnes antiques récupérées sur des bâtiments d’époque romaine. En outre, à l’entrée de l’abside, se dressent deux autres colonnes.

 

557b2 Palerme, San Cataldo

 

557b3 Palerme, San Cataldo

 

Petite, ramassée, plantée sur ses quatre colonnes, mais se dressant d’autant plus haut que ses excroissances en forme de dômes prolongent la ligne du toit, elle donne une impression de grande élévation. Je suis particulièrement séduit par ces lignes romanes normandes médiévales qui jouent avec les volumes et les éclairages.

 

557c Palerme, San Cataldo

 

Quant aux chapiteaux, ils sont tous les quatre différents et très joliment sculptés dans le style corinthien, mais réinterprété par les ouvriers maghrébins très nombreux en Sicile en ce douzième siècle, alors que l’Afrique du Nord vient d’être conquise par Georges d’Antioche et qu’une tradition musulmane est encore très vivante sur cette terre. Il est extrêmement intéressant de visiter coup sur coup ces deux églises de la même époque, l’une jouant sur la profusion de la décoration, des couleurs, des représentations bibliques ou contemporaines, et l’autre d’une simplicité hiératique, nue, jouant uniquement sur les formes de son architecture. Et, même si la Martorana, avec tout ce qu’elle donne à observer, réclame une visite beaucoup plus longue, cela ne signifie nullement, à mon goût, que San Cataldo lui cède le pas quant à la beauté.

 

557d Palerme, San Cataldo

 

Le sol, en mosaïque de tesselles multicolores, de porphyre et de serpentine, est d’origine, parfaitement conservé. Il est somptueux, dans ses motifs géométriques caractéristiques des églises de Palerme, que l’on a vus en face, à la Martorana, et qui ornent aussi, paraît-il (nous verrons cela bientôt), la chapelle palatine du palais des Normands.

 

557e Palerme, San Cataldo

 

Seule décoration, mais qui en vérité est plus un objet de culte qu’un objet de décoration, le grand Christ suspendu au-dessus du chœur, magnifique dans cette représentation byzantine. On remarque, en bas de la croix, la croix grecque rouge, marque des chevaliers de Jérusalem.

 

557f Palerme, San Cataldo

 

Ce même symbole, nous le retrouvons au centre des fenêtres qui, elles aussi, sont joliment ouvragées, et dans un style qui ne laisse pas douter de la main des ouvriers maghrébins à qui l’on doit déjà les chapiteaux.

 

558a Palermo, Santa Caterina

 

Ces deux églises, Martorana et San Cataldo, sont situées face à face, à quelques mètres seulement l’une de l’autre, au bord d’une ancienne colline. On descend quelques marches, et l’on se trouve sur une place, la piazza Bellini, de l’autre côté de laquelle se dresse une église de plus. C’est Santa Caterina, qui date de la fin du seizième siècle.

 

558b Palerme, Sainte Catherine

 

En partie du fait de la date de sa construction, elle se présente de façon beaucoup plus classique, mais elle est décorée à profusion. Peut-être parce que nos yeux sont pleins des autres splendeurs, peut-être aussi parce que nous avons vu tant de belles choses, cette église nous procure, à l’un comme à l’autre, moins de plaisir. Néanmoins, nous remarquons, sur les arches que constituent les murs de la grande nef, que les décorations sont des sculptures en bas-relief sur toute la surface.

 

558c Palermo, Santa Caterina

 

Je montre deux des sculptures, encadrées, qui ornent le pied des piliers. À droite, aucun doute, c’est Abraham qui va sacrifier son fils Isaac mais au dernier moment l’ange arrête son bras, et près de son pied, en bas à gauche, on voit le bélier qui va être sacrifié à la place du fils. La sculpture de gauche représente un galion, un homme à la mer, et on voit la bouche immense d’un poisson, ou d’un monstre marin, grande ouverte, qui s’apprête à l’avaler. Quoique ce type de bateau ne semble guère d’époque biblique, je pense que de toute évidence il s’agit de Jonas, avalé par un monstre marin. On connaît, bien sûr, ce célèbre épisode de la Bible, où le prophète Jonas, plutôt que d’aller en pays païen où Dieu lui a dit de se rendre, se cache dans la cale d’un bateau. Survient une terrible tempête, les marins le découvrent et le considèrent comme responsable, ils le jettent à la mer, qui redevient calme. Jonas est avalé tout rond par un poisson, qui le rejette sur une plage trois jours plus tard. Il faut penser que l’artiste n’avait aucune idée de ce qu’avaient pu être les navires dans la plus haute Antiquité, mais j’aime tout particulièrement son poisson aux grosses lèvres généreusement maquillées de rouge (N.B.: Bibendum parle du naufrage de Giona, alors que ce nom n’est que la forme italienne de Jonas…).

 

558d Palermo, Santa Caterina

 

Il vaut la peine, aussi, de montrer le maître-autel, avec les deux anges d’argent qui l’encadrent. Au-dessus du tabernacle, cette petite construction à colonnettes noires est du plus bel effet pour accueillir ce Christ en ivoire, mais je trouve que ledit Christ est beaucoup trop petit sur cet autel monumental, au milieu de cierges plus grands que lui, –et ne parlons pas des anges.

 

558e Palermo, Santa Caterina

 

Terminons la brève visite de cette église par un petit bonjour à la statue de sa patronne, sainte Catherine. Elle a un air bien triste, la pauvre, dans son beau vêtement bordé d’or, et avec la palme de son martyre à la main.

 

558f Palerme, Charles Quint

 

Nous revenons aux Quattro Canti, et prenons la rue perpendiculaire, celle que je disais, au début de cet article, phénicienne, vers la cathédrale. En chemin, nous nous arrêtons un instant sur la petite place Bologni, dominée par la statue de Charles Quint. Cette statue fait un gros effet sur Natacha, qui l’aime beaucoup. Pour ma part, je trouve que la tête est intéressante, mais il doit être anorexique, ce brave homme, parce que je le trouve bien maigre. Pour un empereur, ça fait un peu léger. Sa présence ici n’a rien d’étonnant, puisque le royaume des Deux-Siciles a longtemps été espagnol, gouverné par un vice-roi d’Espagne.

 

558g Palerme, repos Garibaldi

 

558h Palermo, piazza Bologni

 

Sur cette même place, un palais qui a dû être très beau mais qui est aujourd’hui en bien triste état, exhibe fièrement ses nobles blasons, il arbore aussi une plaque qui dit que dans cette illustre maison, le 27 mai 1860, Joseph Garibaldi a reposé ses membres fatigués pendant seulement deux heures. Sans vouloir manquer de respect à l’égard du "génie exterminateur de toute tyrannie", je veux bien considérer son épopée de conquête de la Sicile et de l’Italie au profit de l’unité et de la démocratie, mais pour consacrer une grande plaque de marbre, et avec ces mots ronflants, pour dire qu’il a dormi deux heures ici, je trouve cela un fait bien mince…

 

À la suite de cette petite halte, nous sommes allés visiter la cathédrale. Mais considérant plusieurs faits, à savoir :

1) que j’ai déjà été bien long aujourd’hui, avec un nombre de photos rarement atteint (sauf le jour de Pæstum)

2) qu’une grande partie de la cathédrale, pour une raison que j’ignore, était fermée à la visite par des cordons

3) que nous comptons bien revenir et visiter aussi la crypte et les tombes des rois normands,

 

en conséquence j’achève là l’article d’aujourd’hui, et je parlerai en une seule fois de la cathédrale de Palerme.

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Published by Thierry Jamard
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