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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 03:16

486a Sperlonga

 

 Ainsi donc, hier soir nous nous sommes installés pour la nuit à deux pas de chez Tibère (14-37 après Jésus-Christ). Cette plage, ce village, nous les avons vus à la nuit lors de notre promenade. Voici à quoi cela ressemble de jour. Très différent, mais pas mal non plus…

 

486b Sperlonga, villa de Tibère

 

 

486c Sperlonga, villa de Tibère

 

 

Sur le domaine de la villa de Tibère, il y a un petit musée où sont rassemblées les statues qui se trouvaient sur les lieux, et notamment celles qui décoraient la grotte dont je vais parler plus loin, ainsi que la copie grandeur nature de ce que l’on a pu reconstituer, à partir de fragments, de ce qu’a été un grand groupe représentant Ulysse et ses compagnons se libérant du Cyclope. Je ne montrerai rien de tout cela, la photo y étant interdite. Pourquoi là et pas au palazzo Massimo de Rome, pas au musée du Capitole, mystère. Mais c’est ainsi. Mais à la sortie du musée on se trouve sur le site lui-même. Comme on le voit, il ne reste plus que la base des murs, sauf dans quelques endroits où il en subsiste à peine un peu plus. Mais on peut se rendre compte de l’importance qu’a pu avoir ce palais par l’évaluation de son emprise au sol.

 

486d Sperlonga, villa de Tibère, restes de sol en mosaïqu

 

 

Et puisque je parle du sol, voici un petit bout de mosaïque. Ici, pas de grands sujets mythologiques, de scènes de chasse ou de bataille, mais de très fins dessins géométriques. C’est moins spectaculaire, mais ce n’est pas désagréable à l’œil.

 

Avant de continuer, quelques mots de Tibère. Il est né en pleins troubles de la guerre civile et a passé sa première enfance en Grèce. Dans sa vie publique il fut un vaillant général, exerça dès très jeune toutes sortes de magistratures. Marié à une Agrippine (autre que la mère de Néron) qu’il aimait, il a été contraint par l’empereur Auguste de divorcer alors qu’elle était enceinte, pour épouser Julie, fille d’Auguste, qui ne lui plaisait pas, ce qui le décida à faire chambre à part. Puis, tant pour en être débarrassé que pour se mettre en réserve de l’Empire comme Pompidou a été "en réserve de la République", il part pour Rhodes mais son beau-père, furieux de se sentir abandonné, lui refuse le retour pendant bien des années. Julie, cette traînée, le trompant à tour de bras (et pas seulement avec les bras…), Auguste décide de les divorcer de sa propre autorité. Quand Tibère rentre après huit ans d’exil, peu à peu il renoue avec les honneurs, il est adopté par Auguste, et devient empereur à sa suite. C’est –au début– un bon empereur, juste, libéral, qui refuse de châtier le crime de lèse-majesté, disant que dans un régime qui se veut libre, on doit disposer de la liberté de pensée et de parole, et que dans le cas contraire on risque de déférer des personnes au tribunal par pure vengeance personnelle. Mais ses déboires conjugaux, la mort de ses deux fils, son long exil, l’ont rendu misanthrope et, après un temps où il ne met pas les pieds hors de Rome, il part s’installer ici à Sperlonga et n’en bouge plus. Parce qu’il adore se gaver de concombre, il s’occupe en en cultivant dans sa propriété, quand il ne se livre pas à ses vices. Il est alcoolique, il est avare, il plonge dans la débauche en usant de contrainte avec femmes, hommes, très très jeunes garçons, il est d’une rare cruauté, inventant lui-même de nouveaux types de supplices. Et ce faisant, il néglige complètement sa charge d’empereur.

 

486e Sperlonga, villa de Tibère, grotte au fond

 

 

486f1 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

Voici un autre fragment de mur avec des arcades, derrière lequel on entr’aperçoit l’entrée d’une grotte. Sur la seconde de ces photos, tout au sommet de la grotte, sous la verdure, en y regardant bien on distingue vaguement une statue. C’est une copie dont l’original a été placé dans le musée.

 

486f2 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

486f3 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

L’été, à Rome, il fait très chaud. Et ici encore plus puisqu’on est encore plus au sud. Mais, de même que l’on peut garder le vin dans les caves parce que la température y est plus constante, ou que les habitations troglodytes dispensent de chauffage l’hiver et de climatisation l’été, de la même façon les grottes, quoiqu’elles soient ouvertes sur l’atmosphère extérieure, permettent de se préserver de la chaleur dans une large mesure. Et Tibère avait fait équiper celle-ci d’un bassin recueillant l’eau de mer, il l’avait fait aménager pour y inviter à dîner. Un jour qu’il était à table avec ses convives, tout plein de gros morceaux de roche se sont détachés de la paroi au-dessus de lui, plusieurs des convives et des esclaves périrent écrasés, mais lui fut miraculeusement épargné.

 

487a1 Abbaye de Fossanova

 

 

487a2 Abbaye de Fossanova

 

 

Après une longue visite du musée, des ruines et de la grotte, puis un bon déjeuner, nous sommes partis, oh pas bien loin vers le nord-ouest, pour visiter l’abbaye de Fossanova. La façade de cette abbaye cistercienne remonte à la première moitié du treizième siècle, alors que la construction de l’église abbatiale elle-même a commencé au douzième siècle, en 1163.

 

487a3 Abbaye de Fossanova

 

 

487a4 Abbaye de Fossanova

 

 

Le portail donne l’impression d’avoir été bricolé dans cette façade. C’est qu’en réalité les plans ont été modifiés en cours de réalisation. En fait, je trouve belle cette église (la première de l’ordre cistercien en Italie) vue d’un peu loin, plutôt que détaillée de façade.

 

487b Abbaye de Fossanova

 

 

Mais dès que l’on entre, on est frappé par l’élévation de la voûte, l’envolée des colonnes, l’ampleur de cette nef aux lignes pures et dépouillées. Splendide. Mais quelle différence avec tout ce que nous avons vu ces derniers temps : à Rome, ce sont des églises paléochrétiennes, parfois très remaniées, parfois rebâties sur leurs fondations à la même époque où a été construite Fossanova, mais cela leur donne un style, une apparence, qui n’ont rien à voir avec cette architecture importée de Bourgogne.

 

487c1 Abbaye de Fossanova

 

 

487c2 Abbaye de Fossanova

 

 

Passons dans le cloître. J’aime ces endroits calmes, où la vie semble au ralenti, et à la réalisation desquels un soin particulier a toujours été apporté.

 

487c3 Abbaye de Fossanova

 

 

Et par exemple, alors que les colonnettes de trois côtés, romans, sont simplement cylindriques, sur le quatrième côté qui est gothique, ou prégothique, c’est d’inspiration lombarde que sont traités les fûts des colonnettes, toutes différentes, très travaillées.

 

487c4 Abbaye de Fossanova

 

 

Dans le cloître, en face du réfectoire, cette fontaine permettait aux moines de se laver les mains avant de passer à table. Évidemment, la grille n’existait pas auparavant. L’endroit est vraiment très joli.

 

487d1 Abbaye de Fossanova

 

 

487d2 Abbaye de Fossanova

 

 

Cette porte est réservée à l’entrée des moines dans l’église. Elle est surmontée dans son tympan d’une fresque du quatorzième siècle, malheureusement assez abîmée, représentant la Madone et l’Enfant Jésus, comme on le voit. Elle est encadrée de sainte Lucie et de sainte Apollonie.

 

487e Abbaye de Fossanova

 

 

Voici le réfectoire. Sur ma photo, on voit au sol de vastes plaques de verre. Elles permettent au visiteur de voir des fragments de murs d’une villa d’époque romaine qui ont été conservés pour servir de fondations à cette salle. Je ne les montre pas parce que, en photo, on voit de vulgaires murs… Sur la droite, près de la statue de la Vierge que l’on aperçoit, les marches permettaient d’accéder à cette plate-forme qui servait de chaire pour les lectures de l’Ancien ou du Nouveau Testament qui accompagnaient systématiquement la durée des repas. Cette salle date de 1208, et pour son inauguration le pape Innocent III (1198-1215) y a pris son repas avec les moines.

 

487f Abbaye de Fossanova

 

 

La salle capitulaire romane date de l’origine, au douzième siècle, avec quelques embellissements du treizième siècle. Chaque jour, le Père Abbé y tenait une réunion de tous les religieux, qui prenaient place sur la banquette de pierre le long des murs de la salle. Les convers, c’est-à-dire les non religieux, n’étaient pas autorisés à y pénétrer, mais pouvaient assister aux séances en se tenant dans le cloître, sous les fenêtres. On commençait par donner lecture de l’une des règles de saint Benoît, puis on discutait des problèmes de gestion du monastère et l’on répartissait les tâches du jour.

 

487g1 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

Ce bâtiment à part dont ma photo ne montre que l’édifice de l’extrémité parce que c’est la partie qui comporte la chapelle, est l’infirmerie des moines.

 

487g2 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

487g3 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

On appelle l’ensemble du bâtiment le "bloc de saint Thomas" depuis que saint Thomas d’Aquin y est mort. On voit ici la chapelle de l’infirmerie et une cellule. Thomas, né à Aquino, enseignait à l’université à Paris quand, en 1272, il a été appelé à aller enseigner à Naples, et Paris a dû s’incliner malgré le vif désir de le garder. Fin 1273, début 1274, il tombe gravement malade et devient quasiment aphasique. Néanmoins, lorsque le pape Grégoire X (1271-1275) réclame sa participation au concile de Lyon, il se met en route. Il avait fait un peu plus de la moitié du chemin entre Naples et Rome quand, faisant étape à l’abbaye de Fossanova, son état a empiré. Admis dans ce bâtiment de l’infirmerie, dans cette cellule, il y est mort le 7 mars 1274. Me rappelant avoir vu, à Toulouse, que sa tombe était dans l’église des Jacobins, j’ai posé la question de savoir pourquoi, s’il était mort ici à Fossanova, il n’y avait pas été enterré. Il y a bien été enterré mais en 1369, à la requête de son ordre, les Dominicains, puissants en France, son corps a été ramené à Toulouse, m’a-t-on répondu avec un geste qui en disait long.

 

487h1 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

487h2 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

Comme c’est la règle pour les abbayes cisterciennes, celle-ci a été établie dans un lieu retiré, sur un vaste espace. Hors de l’ensemble constitué par l’église abbatiale et le monastère proprement dit, que ne pouvaient quitter les religieux cloîtrés, on rencontre de nombreux bâtiments affectés au travail. Ils sont de ce splendide rouge sur lequel se détache le blanc de la pierre pour les encadrements de portes. Le monastère se devait de vivre en complète autarcie, ce qui implique que l’on y pratiquait l’agriculture, l’élevage, le tissage, la couture, etc. Ces locaux spécialisés servaient donc de granges, d’étables, de greniers à blé, d’ateliers pour toutes sortes d’activités. Il y avait aussi un moulin, qui a hélas disparu. Néanmoins, c’est l’un des plus grands complexes de bâtiments de travail monastiques que l’on puisse voir, à la fois parce qu’ils ont été presque tous conservés et parce que, le monastère étant de grande taille, ils étaient nombreux et vastes.

 

487h3 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

C’est sur cette image que je terminerai pour Fossanova, parce que j’aime bien ce mur tout rouge, un peu dégradé pour le rendre vivant, et en opposition avec l’arc de ce qui a dû être une porte murée.

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Published by Thierry Jamard
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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 23:57

485a Côte entre Latina et Terracina

 

 Et voilà. Nous avons, cette fois-ci, réussi à tenir notre résolution et à nous arracher de Rome. Avant-hier 17 nous avons effectué nos préparatifs, nous avons passé un moment dans notre Mac Donald’s habituel où nous avons fait nos adieux au personnel dont certains membres, sympa, étaient presque devenus des amis (de quatre à six visites par semaine pendant cinq mois et demi…), et hier 18 nous sommes partis. Oh, pas bien loin, jusqu’à Latina, à une centaine de kilomètres, mais c’était histoire de dire que nous en avions fini avec nos visites et nos balades dans Rome. Et aujourd’hui, nous avons filé vers la côte, que nous avons longée. Ce fut, jusqu’au vingtième siècle, une zone marécageuse malsaine, mais les aménagements d’assèchement en ont fait un lieu splendide. Même Léonard de Vinci, cet ingénieur génial et inventif, n’était pas parvenu à trouver une méthode d’assainissement. La volonté fasciste des années 30 y est parvenue.

 485b Côte entre Latina et Terracina

 

La côte s’étend sur des kilomètres, rectiligne, entre mer et étangs d’assèchement, entre mer et dunes de sable. C’est beau, c’est tranquille, nous avons flâné lentement, nous arrêtant de temps à autre pour regarder, prendre des photos ou même aller tâter l’eau.

 

485c Côte entre Latina et Terracina

 

Quand l’heure de nous restaurer est arrivée, nous nous sommes garés sur ce petit parking et avons déjeuné là, près de la mer. Il faisait bon, mais nous nous sommes attablés à l’intérieur du camping-car à cause du vent. Un restaurant avec vue imprenable. Nous avons été un peu surpris de voir des voitures entrer sur ce parking sous notre nez et en ressortir aussitôt, à vive allure, comme si, s’apercevant soudain de notre présence, le conducteur nous fuyait comme la peste. En fait, nous avons remarqué qu’il y avait là, pour protéger sans doute le promeneur qui descendait de voiture et voulait traverser sur ce passage piétons, un ralentisseur en travers de la route, ce que l’on appelle communément un "gendarme couché". Ces intrépides conducteurs italiens, pour éviter le ralentisseur et poursuivre leur sévère excès de vitesse, sans sourciller le contournaient hardiment par le parking.

 

485d1 église de Sabaudia

 

Après un tranquille déjeuner et un bon bol d’air dans une promenade digestive sur la plage, nous sommes remontés en voiture et avons atteint Sabaudia, un peu plus loin près de la côte. La ville elle-même est une création artificielle de l’époque mussolinienne, larges rues se coupant à angle droit, bâtiments modernes sans intérêt. Sur ordre du Duce, les architectes du Mouvement Italien pour l’Architecture Rationnelle ont asséché le marais et dessiné cette ville. Menée tambour battant, l’opération n’a duré que quelques mois : au bout de 253 jours très exactement depuis le tout début des travaux, le 15 avril 1934, le roi Victor-Emmanuel III et la reine Hélène de Monténégro inauguraient la ville-nouvelle lors d’une grande et magnifique cérémonie. Sabaudia, en latin, c’est le nom de la Savoie, donné en l’honneur du roi, issu de la Maison de Savoie. Nous voyons ici l’église de l’Annunziata qui ne brille pas par sa beauté ni son intérêt. Sur sa façade, au-dessus du portail du centre, une grande mosaïque représente, derrière l’Annonciation, en arrière-plan, une scène agricole. C’est que Mussolini a lancé en 1925 la Bataille du blé qui a entraîné la création de milliers d’exploitations agricoles et a permis de stopper les massives importations de céréales qui pesaient si lourd dans la balance commerciale italienne, tout en favorisant le retour au pays de grandes vagues d’expatriés. La création de Sabaudia étant devenue une nécessité pour la nouvelle population des alentours, il fallait célébrer cette victoire sur la façade de son église principale.

 

485d2 église de Sabaudia, Mussolini

 

Et que remarque-t-on dans ce coin agricole de la mosaïque ? Dans la benne d’un tracteur, une grosse gerbe de blé dans les bras, l’un des moissonneurs est à l’effigie du Duce, pour bien montrer le lien entre la cité, sa vie religieuse, la victoire agricole et Mussolini. Les adeptes du régime proclamaient que qui était contre la religion était contre ce régime. Un prêtre que nous avons interrogé à ce sujet et sur ce qu’il pensait de Mussolini nous a répondu de manière assez vague. Oui, bien sûr, Mussolini s’est mal comporté vis-à-vis de ceux qui n’étaient pas d’accord, oui il était sans doute trop autoritaire, mais il a aussi sauvé l’économie du pays, et puis les accords du Latran, c’est lui, car sans cela le pape, depuis 1870, n’avait plus de résidence officielle, etc. De toute façon, en interrogeant ce prêtre nous n'avons eu qu’une opinion, cet homme n’était pas censé représenter officiellement la pensée de l’Église catholique. Et je n’ai pas posé la question à Benoît XVI...

 

485e Sperlonga

 

Nous passons par Terracina. Après une difficile navigation à travers les ruelles de cette vieille cité perchée sur un éperon et une infructueuse recherche de parking ("No parking for you. Go away" – "Merci pour l’accueil. Arrivederci"), nous arrivons à Sperlonga, où l’empereur Tibère avait une résidence. Juste en face de l’entrée du site archéologique, une aire permet de se garer et de passer la nuit. Et comme la résidence impériale était maritime, un chemin sur le côté nous mène en cinquante mètres à la plage d’où l’on a vue sur la ville. Nous avons été trop citadins tous ces derniers mois, nous nous offrons ce soir une autre longue promenade sur la plage avant d’aller dormir en attendant les visites de demain.

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Published by Thierry Jamard
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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 02:12

483a Rome, piazza della Repubblica

 

 Je crois que nous effectuons aujourd’hui notre dernière promenade dans Rome. Sauf changement de dernière minute, demain nous effectuons des opérations "techniques" (lessive, courses, ménage, etc.) et après-demain nous levons l’ancre. Snif, snif. En descendant du métro à la station Repubblica, nous rencontrons sur le trottoir ce sumo et cette geisha qui offrent deux petits paquets de Mikado (de LU), ces baguettes garnies de chocolat, à chacun de nous.

 

483b Rome, Verdi via Nazionale

 

En face, sur la façade de l’hôtel Quirinal, la plaque dit que "Dans cette auberge avait l’habitude de descendre Giuseppe Verdi et, de cette fenêtre, il s’est montré au peuple qui acclamait son arrivée pour la première représentation à Rome de ‘Falstaff’ le 13 avril 1893".

 

483c Rome, Verdi via Nazionale

 

Il convient donc maintenant de montrer la façade pour que l’on voie cette fenêtre. Sur ma photo on distingue la plaque sur le mur, et la fenêtre de la chambre de Verdi était juste au-dessus.

 

483d Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Si nous sommes venus ici aujourd’hui, c’était pour voir Saint Paul dans les Murs. Il s’agit d’une église épiscopale anglicane, St Peter within the Walls. 1870, fin du pouvoir temporel du pape à Rome. 1872-1876, construction de cette église néogothique dans une ville où le catholicisme n’est plus la seule religion à avoir droit de cité. Elle est voulue par les épiscopaux américains.

 

483e Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Sur le côté gauche, dans un centre d’accueil pour migrants tenu par les protestants, la cour permet d’avoir cette vue sur le flanc de l’église.

 

483f Roma, San Paolo dentro le Mura

 

Quant au portail de la façade, il est surmonté d’une mosaïque de 1907. George Breck (1863-1920), Américain titulaire d’une bourse "pour l’approfondissement de la peinture murale" à l’Académie Américaine de Rome et seul Américain de la ville à connaître la technique de la mosaïque, est choisi pour décorer le tympan. C’est Saint Paul en prison à Rome, se fondant sur un passage de l’épître aux Philippiens qui laisse penser que ladite prison était plutôt une résidence surveillée, entre deux gardes que l’apôtre parvint à convertir. Aujourd’hui l’entrée se fait par le côté droit.

 

483g Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Lorsqu’on pénètre, on ne ressent absolument pas l’atmosphère d’un temple anglican. On s’attend (à moins d’avoir lu deux guides plus un livre à son sujet…) à un intérieur nu et strict. Les protestants, fussent-ils anglicans, qui visitent les églises de Rome se moquent assez des églises catholiques, quand ils n’y ressentent pas un malaise, à cause de leurs statues, fresques, mosaïques qui leur semblent être des idoles païennes. Notre livre en anglais qui cite les textes de personnages célèbres parlant de Rome fait la part belle, of course, aux Anglo-Saxons, lesquels critiquent à tour de bras ce que catholiques ou athées évaluent positivement ou négativement selon de purs critères esthétiques. Mais en voyant cette image, qui peut se rendre compte que ce n’est pas une église catholique ?

 

483h1 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

La mosaïque de l’abside, réalisée par Edward Burne-Jones (1833-1898), est particulièrement somptueuse. J’aime cette majesté dans l’attitude de Jésus dans sa gloire, le drapé de la robe, les couleurs. Et puis ces quatre fleuves qui jaillissent et se répandent autour du chœur. Le 27 février, au sujet de l’abside de Santa Prassede, j’ai déjà cité le passage de la Genèse qui dit "un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras". Il n’est d’ailleurs pas exclu que l’artiste se soit inspiré de cette œuvre paléochrétienne pour en donner une vision moderne. Derrière lui, l’entourent les archanges, figurés dans des niches. Mais la première niche à gauche est vide, c’était celle du premier archange (le premier à la droite de Dieu), Lucifer, l’archange déchu.

 

483h2 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Plus bas, autour du chœur, la décoration est extrêmement riche et colorée. "Je me suis occupé de ma mosaïque romaine comme d’une tâche importante quoique ingrate, vu que personne ne démontre un quelconque intérêt pour elle", dit Burne-Jones. Sous le fleuve qui coule aux bordures du ciel, une foule d’anges volent comme les intermédiaires entre le domaine divin et la terre, domaine humain.

 

483h3 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

À gauche, les ascètes et les prophètes, puis un groupe de femmes qui représentent le service de Dieu. Se détache du groupe Marie-Madeleine, reconnaissable au pot d’onguent qu’elle porte. La dernière d’entre elles, avec sur le bras le repli vert d’un manteau, a au côté (mais c’est difficile à voir sur ma photo une fois réduite pour Internet) des clés au bout d’une chaîne, c’est donc Marthe. Au centre, ce sont les grandes figures ecclésiastiques du passé de l’Église, avec les cinq Pères de l’Église d’orient et les cinq Pères de l’Église d’occident. La figure d’avant-plan est celle de saint Paul, patron de cette église, qui porte ce manteau typique, la chasuble, que revêtent pour les célébrations les prêtres catholiques (quand je dis que la décoration est surprenante pour un temple anglican…).

 

483h4 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Puis on trouve la Vierge entourée de saintes martyres, parmi lesquelles on reconnaît sainte Cécile avec son instrument de musique. Et enfin, tout à droite, ce sont les guerriers qui ont combattu pour la foi et qui représentent divers pays : saint Georges d’Angleterre, saint Jacques d’Espagne, saint Patrice d’Irlande, saint André d’Écosse et saint Denis de France.

 

483h5 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

L’arc triomphal donne une représentation très personnelle de l’Annonciation. Se référant à une ancienne légende, Burne-Jones la situe dans le désert. Marie a posé à terre une cruche d’eau qu’elle est allée puiser, et l’ange lui apparaît au crépuscule, c’est-à-dire à l’heure de l’Angélus. Le ciel flamboie, l’ange, sans être risible, est à quelques centimètres du sol enveloppé dans ses grandes ailes d’un mauve violacé. Marie, au sol, humaine, recueillie, reçoit l’annonce avec piété. J’adore l’Annonciation de Fra Angelico, par exemple, mais cela ne m’empêche pas d’aimer beaucoup celle-ci, pleine de foi et d’expressivité, dans un style radicalement différent qui renouvelle le genre.

 

483i Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Au fond de l’église, j’aime bien, aussi, ce vitrail. Il n’est pas traité comme une grande rosace, mais pour en donner l’apparence il dispose en cercle huit médaillons autour d’un vitrail central circulaire, lui-même orné de huit lobes accolés sur son pourtour. Cette composition ingénieuse et originale est du plus bel effet.

 

483j1 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Sur ce même mur, plus bas que le vitrail, quatre panneaux séparés par de fines colonnettes représentent en s’assemblant la Nativité (1911-1912), avec ici à gauche ainsi que sur le panneau suivant l’Adoration des Mages. Sur le dernier panneau à droite, ce sont les bergers. Après avoir convaincu le révérend Lowrie, recteur de l’église, avec la réalisation du tympan, c’est Breck qui a été choisi pour cette décoration de la contre-façade.

 

483j2 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Le panneau entre mages et bergers représente la crèche, avec le premier des bergers et le chœur des anges. Comme modèle de la Vierge, Breck a fait poser Luisa Barnes, une amie de la famille.

 

483k1 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

"Ce crucifix, dit une plaque, est donné par le peuple de Saint Paul pour honorer le ministère de Wilbur Charles Woodhams 1960-1980, sculpture par Peter Rockwell". Je ne sais qu’en penser. Spontanément, quand je le vois, il me plaît bien, mais quand je me demande pourquoi, je ne sais absolument pas que répondre. Je ne comprends pas pourquoi l’artiste lui a attribué six bras, le Christ n’est pas Shiva. Le visage n’est pas beau et n’exprime ni la douleur, ni le sacrifice… Si Dalí peint un crucifix, cela ne me dérange nullement que le Christ soit dénué de toute spiritualité car le but n’est pas là, mais dans une église, il est logique que l’exécution de l’œuvre signifie quelque chose, et ce quelque chose je ne le perçois pas ici.

 

483k2 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Le mur recouvert de ce carrelage est du plus bel effet. Il me rappelle certains azulejos que j’ai vus à Séville, mais qui à Rome sont surprenants, ce qui ne veut pas dire déplacés, au contraire. Ils contribuent à donner à cette église sa richesse et sa diversité.

 

484a Rome, sculpture Europe

 

Allez, on s’en va. Devant le siège du gouvernement provincial de Rome, cette statue de Sandro Chia (quel nom horrible, encore heureux qu’en italien il se prononce Kia) placée là en 2005 en l’honneur de ceux qui, en 1870, sont "tombés pour la paix, la liberté, la démocratie", symbolise l’Europe. Je la trouve assez belle.

 

484b1 Rome, forum, temple Romulus

 

484b2 Rome, forum, temple Romulus

 

Nous arrivons au Forum. En guise d’adieu à Rome, nous décidons d’aller faire un tour dans ce lieu symbolique, Forum et Palatin. Et à la caisse, surprise, c’est la semaine de la culture. De toute façon pour moi, vu mon âge, les entrées dans les musées et sites nationaux sont gratuites, mais durant une semaine Natacha entrera également gratuitement. J’ai déjà publié et commenté bien des photos du Forum et du Palatin, je me limiterai donc aujourd’hui à quelques unes. Nous avons visité les 24 février et 18 mars, entrant par l’autre côté, l’église des Saints Côme et Damien, qui a squatté le temple de Romulus, le fils de l’empereur Maxence, décédé très jeune. La partie circulaire du temple est restée au niveau d’origine, l’église est au niveau actuel de la ville, de sorte que cette rotonde n’est pas affectée au culte. Et cette porte, comme je l’ai dit au moment de notre visite, date de l’Antiquité et l’on affirme que la clé en fait encore jouer la serrure.

 

484c1 Rome, Santa Francesca Romana

 

484c2 Rome, Santa Francesca Romana

 

Ici, c’est Santa Francesca Romana, visitée intérieurement le 24 février, mais sans aucun recul pour une vue de la façade. Hier, 15 avril, j’ai aperçu un bout de fronton entre des colonnes. Eh bien aujourd’hui voici l’église vue infiniment mieux, depuis la hauteur du Palatin, et depuis le Forum.

 

484d1 Rome, Palatin, domus Augustana

 

Sur le Palatin, nous rendons visite à la maison d’Auguste, la domus augustana, qui reste une ruine impressionnante.

 

484d2 Rome, Palatin, stade

 

Et puis nous retournons voir ce stade qui date de Domitien (81-96 de notre ère), le dernier des Césars, qui l’avait construit au sein même du palais d'Auguste. En effet, il restait un espace inutilisé, non bâti, sur le flanc de ce palais qu’il occupait. En fait, ce n’était pas qu’un stade au sens moderne d’espace réservé à la pratique du sport, même si l’on y pratiquait la course à pied et diverses disciplines athlétiques. Le demi-cercle du premier plan était une fontaine qui servait de meta, de borne, pour les courses de chars, et qui avait sa sœur jumelle à l’autre extrémité. On a aussi découvert des traces d’une spina, l’axe central. Mais aussi l’on pouvait se promener à cheval ou en voiture. Au fond, la piste ovale est diminuée par la perspective de ma photo prise au grand angle (focale de 18mm), mais en fait elle mesure pas loin de la moitié de ce stade de 160 mètres sur 48. Elle a été construite au sixième siècle de notre ère, par Théodoric (493-526), roi des Ostrogoths, qui avait établi ses pénates sur le Palatin. Elle délimitait très probablement un hippodrome où avaient lieu des courses de chevaux montés.

 

484e Rome, Colisée

 

Comment, à Rome, ne pas évoquer la colossale silhouette du Colisée ? On a l’habitude de la montrer de l’autre côté, là où les murs de ce cirque restent encore le plus élevés, mais je trouve intéressant de le voir du Palatin avec l’arc de Titus en premier plan.

 

484f1 Rome, musée du Palatin, danseuse

 

Il y a aussi sur le Palatin un musée archéologique que nous n’avions jamais visité. Je ne me rappelle plus pourquoi nous n'y étions pas allés, manque de temps peut-être, ou manque d’information tout au début de notre séjour. Quoi qu’il en soit, nous avons comblé aujourd’hui cette lacune. Je me limiterai à montrer trois sculptures qui m’ont vivement frappé. Je peux même dire ému. D’abord cette danseuse qui a perdu tête et membres, mais qui me touche infiniment par ce corps parfait et par le drapé simple et souple de sa robe. On sent presque la souplesse de son épaule et la douceur de sa peau, comme si elle n’était pas de marbre, mais de chair. Elle vient de la demeure d’Auguste. Ce n’est qu’une copie d’une statue grecque du milieu du cinquième siècle avant Jésus-Christ, mais cette copie date quand même de l’Antiquité, époque impériale.

 

484f2 Rome, musée du Palatin, Perse mourant

 

Ma seconde statue représente un Perse mourant. Seule sa tête a été conservée, mais je trouve splendide cette tête portant le bonnet phrygien. Elle a également été trouvée sur le Palatin, mais dans la maison de Tibère. C’est aussi une copie du second siècle de notre ère, l’original étant une œuvre de Pergame de la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ. Natacha est étonnée de l’impact de cette sculpture sur moi, elle la laisse froide. D’abord, je trouve beaux les traits de cet homme. Et d’autre part, dans ce guerrier mourant pour sa patrie je trouve de la sérénité, un don de soi, malgré les traits marqués par la douleur mais qui ne grimacent aucunement dans ce qui serait un refus de la mort. Le sacrifice de cet homme m’émeut.

 

484f3 Rome, musée du Palatin, canéphore

 

La troisième et dernière œuvre que je présente ici, sculptée dans un splendide marbre noir, est, elle, un original trouvé dans le secteur de la maison d’Auguste, et contemporaine de cet empereur (à cheval sur le changement d’ère, 27 avant et 14 après). Elle représente une canéphore. Là aussi, quand elle a vu que je choisissais de publier cette photo, Natacha s’est étonnée car elle trouve belle cette statue, bien sûr, mais sans plus. Et froide. Son choix à elle se serait porté sur des choses très différentes. Moi je suis peut-être influencé par la couleur de ce marbre, mais j’aime la façon dont cette femme tire le pan de sa robe, j’aime son beau visage, fin et expressif, je la trouve merveilleusement vivante. Mais à chacun de se faire une idée. Heureusement, tous les goûts sont dans la nature et comme, de toute façon, ni Natacha ni moi n’avons envisagé de voler l’objet de notre choix, cela ne crée pas de conflit pour la décoration de notre intérieur.

 

C’est sur cette (profonde) réflexion que je conclurai cette promenade, sans doute la dernière dans Rome si nous parvenons, demain, à tenir notre résolution de consacrer la journée à nous préparer au départ.

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 02:11

482a Rome, escalier de la Trinità

 

 

Oui ! Ça y est, ils ont mis les plantes sur l’escalier de Trinità dei Monti. Ce n’est pas encore en fleurs, mais c’est déjà quelque chose, avant notre départ de Rome. Alors je publie encore cette photo de la fameuse scalinata, oui encore une, mais –promis, juré– c’est la dernière fois. Du moins pour ce voyage-ci. La vue est prise depuis la via dei Condotti, au niveau du café Greco.

 

482b Rome, mausolée d'Auguste

 

Aujourd’hui, Natacha souhaite aller travailler à la bibliothèque de l’Institut polonais, de l’autre côté du Tibre, au nord du château Saint-Ange. Je l’accompagne jusque là et nous faisons cette longue promenade ensemble. Au passage, une brèche dans les barricades de travaux qui isolent le site permet enfin de voir le mausolée d’Auguste dont, précédemment, je n’avais jamais montré de photos parce que l’on n’en apercevait que le sommet derrière des arbres. Construit dans les premières années du règne d’Auguste (de 28 à 23 avant Jésus-Christ), c’était un bâtiment splendide, dont l’entrée était encadrée de deux obélisques faussement égyptiens (ils ont été transportés, l’un au Quirinal, l’autre à l’Esquilin).

 

482c Rome, San Carlo al Corso

 

De là, en nous retournant, nous avons une belle vue sur le dôme de l’église San Carlo al Corso, réalisé par Pierre de Cortone en 1668. L’église, attribuée aux Milanais de Rome, tient son nom de saint Charles Borromée, archevêque de Milan, canonisé au début du dix-septième siècle, quand la reconstruction du bâtiment fut entreprise.

 

482d Rome, institut polonais

 

Et nous arrivons à l’Institut polonais. Le président de la République de Pologne et près de cent personnes viennent de mourir dans le crash de l’avion qui les emmenait se recueillir à Katyn, là où les Soviétiques ont assassiné les officiers polonais. Un crêpe sur la plaque a été posé en signe de deuil national. À la fin du printemps 2009, il y a moins d’un an, Natacha avait rencontré plusieurs de ces personnes dans un congrès auquel elle avait participé à Varsovie.

 

482e Rome, institut polonais

 

L’Institut s’est installé au cinquième étage d’un bel immeuble. La porte, au fond du hall, donne une idée de la décoration.

 

482f Rome, près du Tibre

 

Mais moi, je ne comprends pas un mot de polonais. Tout au plus, mobilisant tous mes dons linguistiques, puis-je comprendre, sur le route, le panneau qui dit "Controla radarowa" (image de radar à l’appui). Je suis même capable (tellement je suis doué) de comprendre directement son correspondant en italien : "Controllo elettronico della velocità". Je ne suis pas sûr que ce soit à la portée de n’importe qui. Cela dit, je pars me promener pendant que Natacha travaille. Descendant sur le quai du Tibre pour marcher près de l’eau et loin du trafic, je découvre ces panneaux citant le texte d’auteurs célébrant le Tibre. Il y a des Américains, des Britanniques, des Russes, des Grecs, des Latins antiques, etc. Et des Français, comme ici Zola. C’est présenté comme un livre ouvert, avec le texte original sur la page de gauche et la traduction en italien sur la page de droite. Bien sûr il y a aussi des Italiens, pour qui la page de gauche est consacrée au titre en gros caractères.

 

482g1 Rome, San Crosogono

 

Marchant ainsi, j’arrive au Trastevere, de l’autre côté du Janicule. Apercevant l’église San Crisogono visitée le 22 février, l’envie me prend d’y retourner. Je descends à la basilique primitive dont il reste cette abside du cinquième siècle, coupée en deux au huitième siècle.

 

482g2 Rome, San Crosogono

 

Je n’avais pas montré, lors de notre visite de février, le baptistère qui subsiste là. Il était dans la basilique du cinquième siècle, mais existait peut-être déjà auparavant, car le mur de l’église le coupe en deux. Il est émouvant de penser que là, dans ce bassin que l’on emplissait d’eau, des hommes et des femmes se trempaient nus pour être baptisés.

 

482g3a Rome, San Crosogono

 

482g3b Rome, San Crosogono

 

Plusieurs sarcophages sont là dans le sous-sol de l’église. Ci-dessus, un beau sarcophage sculpté au visage du défunt entouré de divinités et de scènes marines.

 

482h Rome, forum, temple d'Antonin et Faustine

 

Je passe saluer l’île du Tibre et je traverse sur la rive gauche du fleuve. J’arrive ainsi devant le Forum. Je n’y entre pas (quoique, vu que pour moi l’entrée est gratuite, je puisse y aller même pour cinq minutes), mais je prends quand même de l’extérieur cette photo du temple d’Antonin et Faustine que la prise de vue rapproche artificiellement de ces trois colonnes, restes du temple de Vespasien et Titus. Entre ces colonnes apparaît le fronton de Santa Francesca Romana.

 

482i Rome, piazza Cavour

 

Il me reste à me hâter vers l’Institut polonais, dont je suis loin, pour ne pas faire trop attendre Natacha. Mais en fait, parce que j’ai marché vite pour me dégourdir les jambes, j’arrive en avance sur le fin de la conférence à laquelle elle devait assister après son travail en bibliothèque. Aussi vais-je me balader jusqu’à la piazza Cavour, au bout de la rue. Et quand nous nous retrouvons, nous repartons à pied prendre notre métro, pour le plaisir de marcher dans Rome. Ah, qu’il est dur de penser que nous devons bientôt nous décider à quitter Rome…

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 12:50

La Villa Gregoriana, à Tivoli, est un parc célèbre, et cette célébrité n’est pas d’hier, car depuis la Renaissance nombreux sont les voyageurs de tous pays à l’avoir visitée et admirée. Par exemple Montaigne dont je rapporterai tout à l’heure les mots, ou Goethe : "J’ai été à Tivoli où j’ai admiré l’une des plus grandes visions offertes par la nature. Ces cascades, en même temps que les ruines et tout l’ensemble du paysage sont parmi les choses dont la connaissance vous rend profondément plus riche intérieurement". Revenus hier soir de Tarquinia, nous nous rendons aujourd’hui à Tivoli.

 

481a Tivoli Gregoriana, villa de Manlius Vopiscus

 

Ce parc s’étend sur les deux rives d’une profonde vallée. Suivant des sentiers qui serpentent dans la forêt, avec parfois des vues qui se dégagent entre les arbres, nous parvenons à une clairière sur les bords de laquelle se dressent les ruines d’une villa antique. Cette villa de Manlius Vopiscus date de la fin du second siècle avant notre ère ou du début du premier. La résidence elle-même n’existe plus, et nous ne voyons plus aujourd’hui que les restes de la cave. L’une de ces pièces était la réserve des vivres et communiquait avec l’étage supérieur, tandis qu’une autre, suppose-t-on, était un vivier où l’on élevait des poissons, alimenté avec l’eau d’un canal artificiel via un aqueduc.

 

481b Tivoli Gregoriana, tunnel de Miollis

 

De l’autre côté de la vallée, on franchit ce tunnel. C’est l’un des premiers aménagements du parc. Parce que pour relier certains points les visiteurs devaient s’agripper à des cordes sur le flanc de la vallée abrupte, en 1809-1813 –au temps du gouvernement français–, le général Miollis, gouverneur, fit percer ce tunnel ouvert sur le côté à la fois pour prodiguer de la lumière et pour permettre la vue sur le paysage.

 

481c1 Tivoli, grande cascade par Piranèse

 

Et puis il y a la grande cascade. Déjà en 105 après Jésus-Christ, Pline le Jeune décrit un fleuve magnifique mais furieux : "L’Aniene, la plus délicieuse des rivières, comme retenu et léché par les villas qui bordent ses rives, […] a ridé les monts, a abattu les constructions et a coulé sur leurs ruines englouties, […] le malheur s’est déchaîné, les murs des villas se sont écroulés et les monuments se sont effondrés". Montaigne ne voit, lui, que la beauté de la rivière qui "prend un merveilleux saut, descendant des montagnes et se cachant dans un trou de rocher, cinq ou six cents pas, et puis se rendant à la plaine où elle se joue fort diversement". Ci-dessus, la vue qu’en donne le Piranèse.

 

481c2 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

481c3 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

481c4 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

Les dégâts causés par la rivière sont très importants tout au cours des siècles. Diverses tentatives pour les limiter ont été menées jusqu’à la fin du seizième siècle, et puis il y a eu une terrible crue en 1826 qui a décidé le gouvernement pontifical (nous sommes dans les États de l’Église) à envisager une solution définitive. Un concours international a été lancé mais aucun des 23 projets présentés n’était satisfaisant parce que les solutions n’étaient que trop partielles. Finalement, l’ingénieur Clemente Foschi proposa un double percement du mont Catillo, sur environ 300 mètres, pour faire passer l’eau de l’autre côté de la ville. Le 9 juin 1832, le pape Grégoire XVI décida de cette réalisation, en même temps que d’un vaste parc public sur tout cet espace, créant ainsi ce qu’aujourd’hui on appelle du nom de ce pape la Villa Gregoriana. Cette opération donna naissance à la grande cascade (ci-dessus) qui se jette de 120 mètres de haut, et qui n’a rien à voir avec celle du Piranèse, ni apparence, ni emplacement.

 

481d1 Tivoli Villa Gregoriana

 

La vallée présente toutes sortes de paysages. Ci-dessus, on voit l’eau s’écouler toute calme, comme celle d’une rivière tranquille.

 

481d2 Tivoli Villa Gregoriana

 

481d3 Tivoli Villa Gregoriana

 

481d4 Tivoli Villa Gregoriana

 

Ailleurs, ce sont d’autres cascades, mais aucune n’a l’ampleur de la chute d’eau principale. Cela ne les empêche pas, à défaut d’être impressionnantes, d’offrir un spectacle magnifique. Il faut aussi imaginer, parce que mes photos ne peuvent en rendre compte, à la fois le bruit de l’eau et l’atmosphère d’humidité noyée dans la végétation. C’est vraiment une promenade très agréable.

 

481e Tivoli Villa Gregoriana

 

Pour en finir avec la rivière Aniène et ses divers aspects, je montre ici comment elle se précipite dans un trou, une grotte profonde et sombre.

 

481f1 Tivoli Gregoriana, temple de la Sibylle, Piranèse

 

Venons-en aux temples illustrés par cette gravure du Piranèse. Ils sont contemporains de la villa de Manlius Vopiscus dont je viens de parler, soit l’époque de la République, second ou premier siècle avant Jésus-Christ. Montaigne : " Il y a quelques antiquités en la ville de Tivoli, comme deux Thermes qui portent une forme très antique, et le reste d’un temple où il y a encore plusieurs piliers entiers : lequel temple ils disent avoir été le temple de leur ancienne Sibylle. Toutefois sur la corniche de cette église, on voit encore cinq ou six grosses lettres qui n’étaient pas continuées ; car la suite du mur est encore entière. Je ne sais pas si au devant il y en avait, car cela est rompu, mais en ce qui se voit, il n’y a que Ce… Ellius L. F. Je ne sais ce que ce peut être". Pour ma part je n’ai pas vu cette inscription, ce qui m’évite de lui chercher une explication, mais sur l’architrave c’est le nom de l’architecte qui figure, un certain Lucius Gellius. Le temple rond est généralement attribué à Vesta ou à la Sibylle, tandis que le temple rectangulaire est attribué à la Sibylle ou à Tiburnus, le dieu de Tibur, actuelle Tivoli (la route nationale 5 qui relie Rome et Tivoli s’appelle Via Tiburtina). Le plus vraisemblable place la Sibylle dans le temple circulaire et Tiburnus dans l’autre.

 

481f2 Tivoli Gregoriana, tempio della Sibilla

 

Ma photo montre des différences sensibles dans l’apparence du temple de Tiburnus. Il a perdu son toit, les colonnes et le fronton de sa façade, ainsi qu’un clocher qui, de toute évidence, n’était pas antique. C’est que ces deux temples païens avaient été transformés en églises chrétiennes, Santa Maria Rotonda chez la Sibylle et Saint Georges chez Tiburnus.

 

481f3 Tivoli Gregoriana, tempio della Sibilla, Piranesi

 

481f4 Tivoli Gregoriana, temple de la Sibylle

 

Construits, comme on le voit, sur l’extrême bord d’une falaise abrupte, ces deux temples se seraient probablement effondrés en partie, puis les voisins leur auraient emprunté des pierres pour construire leurs maisons, le pape ou un cardinal auraient réutilisé leurs colonnes pour orner un palais, et ils auraient ainsi disparu si leur utilisation en lieux de culte ne les avait protégés en assurant leur maintenance et leur mise en sécurité.

 

481g1 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g2 Tivoli Gregoriana, tempio di Vesta

 

Pour en finir avec les vues générales de près, voici comment les temples apparaissent, vus de l’autre versant de la vallée.

 

481g3 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g4 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

Et maintenant quelques détails de ces temples. Commençons par le temple de la Sibylle. Il a conservé les vieux pavés de la rue d’autrefois et l’on peut voir les décorations de bucranes reliés par des guirlandes. Il reste dix des dix-huit colonnes d’origine.

 

481g5 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g6 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

Quant le soleil descend et dore la pierre, elle prend des couleurs vraiment très belles. Juste avant la sortie de la Villa Gregoriana, au pied de ces temples, de petites tables et des chaises font une buvette bien sympathique et, parce que nous n’avions pas envie de mettre déjà un terme à notre promenade, nous nous sommes assis à siroter un café, jusqu’à l’heure de fermeture du parc. Ce moment nous a permis de voir le soleil décliner et illuminer la pierre blanche de ce temple et de ses belles colonnes cannelées aux chapiteaux corinthiens.

 

481h1 Tivoli Gregoriana, temple de Tiburnus

 

Très différent est le temple de Tiburnus, massif, monobloc, sans rien d’élégant. De plus, la pierre tendre utilisée pour sa construction fait que cette colonne, à l’image du reste, est en piteux état.

 

481h2 Tivoli Gregoriana, temple de Tiburnus

 

L’intérieur lui-même, entre ses murs écrêtés et à ciel ouvert, n’est plus qu’un espace vide, à l’exception de l’autel antique.

 

481h3 Tivoli Gregoriana, tempio di Tiburno

 

Observons bien cette colonne cannelée qui se maintient sur le parvis, en meilleur état que sa sœur jumelle.

 

481h4 Tivoli Gregoriana, tempio di Tiburno

 

Observons-la bien parce que les autres colonnes, celles des murs, ne sont nullement des colonnes engagées entre des pans de murs. Les murs sont continus, d’un seul pan, et seulement des excroissances verticales simulent des colonnes. L'usure du temps révèle ces petits secrets d'architecte qui donnaient un aspect plus riche à des constructions assez banales.

 

Parce que la découverte de cette astuce ingénieuse m’a fait plaisir et que les grilles vont fermer, c’est sur cette remarque que je vais clore l’article d’aujourd’hui.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 23:58

Nous sommes partis hier de Rome en direction du nord, avec l’intention de passer la nuit à Tarquinia, à environ 90 kilomètres, pour nous rendre dès le matin à la nécropole étrusque, sans être obligés de partir très tôt et de nous trouver aux abords de la capitale dans les embouteillages créés par les gens qui se rendent à leur travail. Nous sommes passés à proximité du lac de Bracciano, mais à proximité seulement parce que nous n’avons pas réussi à y accéder et à nous y garer.

 

Selon la légende, Tarquinia daterait du treizième siècle. Ce qui est sûr, c’est qu’on a retrouvé dans ce secteur des traces de la civilisation villanovienne datant des alentours de l’an 1000 avant notre ère. Puis les Étrusques se sont installés et ont organisé la cité appelée Tarcxuna, qui au sixième siècle a atteint le faîte de sa puissance, commerçant très activement avec le monde grec, dont on a retrouvé ici un grand nombre de poteries. Et puis les Romains sont arrivés avec leurs phalanges, leurs centuries, ils ont fait sonner leurs buccins et ont dominé les Étrusques à partir du quatrième siècle, jusqu’à ce qu’ils soient complètement assimilés. Quant à la ville de Tarquinia, tout comme les régions basses de Rome, elle souffrait de la malaria, jusqu’à pratiquement faire disparaître sa population.

 

479a1 Tarquinia, urne funéraire étrusque

 

Nous voici donc aujourd’hui à la nécropole étrusque de Tarquinia. Nous pouvons d’abord voir des urnes funéraires comme celle-ci. Il y en a de plusieurs formes.

 

479a2 Tarquinia, nécropole étrusque

 

Le défunt était enterré dans une tombe à tumulus, une modeste levée de terre recouverte d’herbe. La tombe était généralement utilisée pour plusieurs défunts d’une même famille. D’ores et déjà, on peut donc imaginer une tombe plus grande que ce qu’il en apparaît, et pouvant être rouverte.

 

479b1 Tarquinia, tombe du chasseur

 

C’est en effet le cas. Lorsque les tombes ont été fouillées, les archéologues ont placé dessus de petits édicules qui les protègent et qui, munis d’une porte et d’un escalier, permettent aux visiteurs de descendre voir comment les tombes étaient constituées et décorées. Tout de suite, je précise que, tout à la fois pour isoler les fragiles fresques des variations de température et d’humidité comme pour leur éviter les idiots graffitis de visiteurs, au bas de l’escalier une porte vitrée est fermée à clé. Toutes mes photos sont donc prises à travers une vitre, qui provoque parfois des reflets, ce dont je m’excuse par avance et une fois pour toutes.

 

Dans cette tombe dite du chasseur (environ 510-500 avant Jésus-Christ), on voit que la forme architecturale est celle d’une tente de chasse, et ce n’est pas un hasard parce que la peinture est faite pour renforcer cette impression. En brun-rouge, sont figurés les mâts et armatures, qui dans la réalité étaient en bois, et sur lesquels était tendue une lourde toile à carreaux. La toile des côtés, au contraire, est légère et transparente, et laisse voir un paysage de collines ondulées.

 

479b2 Tarquinia, tombe du chasseur

 

Sur trois côtés de la tombe est disposée une haute banquette de pierre, et dans le fond les quatre trous dans cette banquette étaient destinés à recevoir les quatre pieds d’un lit funéraire. À noter que la chasse était l’activité favorite de la noblesse citadine. Cette tombe est donc, à n’en pas douter, celle d’un aristocrate.

 

479c Tarquinia, tombe de Charon

 

Très différente est la décoration de cette autre tombe, d’ailleurs beaucoup plus tardive (vers 150-125 avant J.-C.). Une fausse porte est peinte sur le mur, gardée par deux personnages qui sont les démons de la mort et que les Étrusques appellent Charun, c’est-à-dire le Charon des Grecs, le conducteur des âmes (ce qui, en grec, se dit psychopompe).

 

479d1 Tarquinia, tombe des léopards

 

La tombe dite des léopards (aux alentours de 470 avant J.-C.) nous montre que la forme des tombes est toujours sensiblement la même. Malgré le reflet, on voit quand même les deux léopards qui se font face de part et d’autre d’un arbrisseau. Au-dessous, la paroi du fond représente une scène de banquet en l’honneur du ou des morts enterrés là. Chez les Étrusques, comme plus tard chez les Romains, les repas se prennent étendu, appuyé sur un coude.

 

479d2 Tarquinia, tombe des léopards

 

Les jeunes esclaves qui font le service sont nus. Le dessin n’est pas d’un graphisme parfait, les proportions des corps ne sont pas exactes et la façon de représenter le buste de face, la tête et les jambes de profil rappelle les peintures égyptiennes (antérieures de plus d’un millénaire), mais l’artiste a su exprimer la vie, le mouvement, il a joué de manière remarquable avec les couleurs. À noter cet usage de représenter les femmes à la peau claire, et les hommes bronzés.

 

479d3 Tarquinia, tombe des léopards

 

Ce gros plan est pris juste à gauche de l’image précédente. C’est le même esclave, que l’on voit cruche à la main, et s’adressant à l’autre convive. Il porte les cheveux longs, comme l’homme de droite, alors qu’ici l’homme qu’il sert a les cheveux plus courts. Ces fresques permettent donc aussi de voir quelle est la mode.

 

479e Tarquinia, tombe des jeux funéraires

 

On se souvient que dans l’Iliade Homère raconte comment, se voyant refuser par Agamemnon la captive troyenne Briséis, Achille furieux se retire sous sa tente et ne prend plus part à la guerre, comment son écuyer Patrocle part alors au combat et y est tué, comment Achille lui offre des funérailles grandioses en organisant des jeux sportifs. Des jeux, des compétitions, des spectacles, cette coutume funéraire se retrouve chez les Étrusques. Sur cette fresque, on voit à gauche un joueur de flûte double, au milieu une femme faisant tenir en équilibre sur sa tête un lourd candélabre, à droite sans doute un jongleur. En dehors de ma photo, le mort est représenté assis, en spectateur de ce qui est offert en son honneur.

 

479f Tarquinia, tombe des lionnes

 

La tombe des lionnes, des alentours de 520 avant J.-C., est celle d’une famille aristocratique. Elle a été ainsi appelée par les archéologues en raison de ces deux animaux tachetés que j’aurais plutôt pris pour des femelles de léopards et qui se regardent dans le fronton du mur de fond, gueule ouverte, dans une attitude menaçante.

 

479g Tarquinia, tombe de la chasse et de la pêche

 

Très naturellement, on a appelé cette sépulture (entre 520 et 510 avant J.-C.) tombe de la chasse et de la pêche. En effet, on distingue nettement, sur le rocher à droite, un homme muni d’une fronde qui essaie d’abattre des oiseaux, qui volent nombreux partout dans le ciel, et sur le bateau un homme penché en avant avec un filet dans les mains et qui essaie d’y attraper l’un des poissons qui bondissent hors de l’eau. Le style rappelle celui des petits maîtres ioniens. Sur le fond blanc du mur, l’artiste n’a utilisé que deux couleurs, du bleu et du rouge, et il a tracé les contours en noir. Ainsi, ses oiseaux sont bleus, blancs, rouges, annonce historique des couleurs du drapeau de la république française. Vraiment très forts, ces Étrusques.

 

Lorsque, finie la visite de toutes les tombes de la nécropole, nous sommes passés à la librairie, j’ai vu la représentation d’un jeune plongeur, d’ailleurs hyper célèbre (mais je ne me rappelais pas qu’elle était de Tarquinia), dont il était dit qu’il était dans cette tombe-ci. J’y suis donc retourné en courant, et j’ai regardé partout. Hélas, il est caché par le mur, car cette tombe comporte deux salles en enfilade, la porte vitrée arrêtant le visiteur se trouve devant la première salle, et l’on ne voit la seconde, avec la scène que je montre ici, que dans la largeur de l’ouverture entre les deux salles. Je n’ai donc pu ni le photographier, ce plongeur, ni le voir de mes yeux. Dommage. D’autant plus dommage, même, que nous devons aller à Pæstum où il y a une "tombe du plongeur" de trente ou quarante ans plus récente, et que la comparaison aurait été bien intéressante.

 

479h1 Tarquinia, tombe de la fustigation

 

479h2 Tarquinia, tombe de la fustigation

 

Les scènes osées ne sont pas rares dans la peinture grecque ni dans les fresques de Pompéi, mais à Tarquinia celle-ci est unique. Les trois personnages sont nus, celui de gauche, une baguette à la main, fustige l’arrière-train de la jeune femme, celui de droite lève la main pour lui administrer la fessée, tandis que ce à quoi elle est occupée, ce n’est pas la peine de le dire, c’est assez clair (surtout sur la seconde photo), mais heureusement pour la morale la fresque est corrompue juste à l’endroit nécessaire… Sur le gros plan, on voit que la femme regarde l’homme, on voit dans l’œil de l’homme ce qu’il ressent, on remarque aussi sa coiffure avec deux très fines tresses. Et l’on apprécie la finesse et la précision du dessin. Cette tombe est datée des environs de 490 avant J.-C.

 

479i1 Tarquinia, tombe 5636 arrivée aux enfers

 

Cette tombe-ci est beaucoup plus tardive, elle doit être de la seconde moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ, et donc près de trois cents ans après les tombes vues précédemment. C’est l’arrivée aux enfers du mort enseveli ici, précédé d’un enfant qui le guide. Et il y a aussi quatre autres personnages dans cette scène. Les deux qui lui font face sont des défunts de sa famille ou de proches amis qui viennent l’accueillir au seuil du séjour des morts, qui sera sa nouvelle résidence. Et en effet à l’extrême gauche on remarque la porte des enfers. Ces quatre personnages sont vêtus de blanc, ce sont des humains. On a même le nom du défunt enterré là, car une inscription indique que c’est la tombe de la famille Arnthuna.

 

479i2 Tarquinia, tombe 5636 arrivée aux enfers

 

Juste devant la porte, assis sur un rocher ou sur une grosse pierre, c’est Charon, le nautonier des enfers, qui attend le nouvel arrivant. Il ne participe pas à l’accueil, il n’est qu’un employé, un fonctionnaire.

 

479i3 Tarquinia, tombe 5636 arrivée aux enfers

 

Et, fermant la marche, cette femme est Vanth, la divinité féminine de la mort chez les Étrusques, qui porte un flambeau dans sa main gauche pour éclairer le fort sombre chemin vers l’au-delà, tandis que de sa main droite posée sur l’épaule du défunt elle le conduit vers l’Hadès. Ces deux divinités portent une tenue sombre. En dehors de l’évident intérêt de la scène pour illustrer les croyances des Étrusques, j’ai adoré la tenue de Vanth, en mini-robe. Hilarant. Et quelle modernité jusque dans la coupe de cette robe, sans manches, au col en V ! Même la silhouette, aux jambes longues, à la taille haute, aux lignes minces, est en tous points contemporaine. Je suis sûr que si une fille ainsi faite et portant la copie conforme de cette robe allait danser un soir d’été à Saint-Tropez, personne ne se douterait qu’elle a œuvré aux enfers il y a deux mille deux cent cinquante ans.

 

480a Aqueduc près de Tarquinia

 

Il y aurait tellement à montrer sur cette nécropole… Le choix m’arrache le cœur, mais il faut bien que je me limite. Nous sommes restés longtemps à tout examiner, de tombe en tombe, puis nous sommes revenus au camping-car. Pour retourner en ville, il a fallu faire demi-tour, ce qui nous a menés un peu plus loin sur la route, assez pour avoir l’occasion de voir dans la nature cet aqueduc. Pline l’Ancien, l’auteur de l’Histoire Naturelle, cette immense somme scientifique, celui qui est mort en 79 dans l’éruption du Vésuve qui a enseveli Pompéi parce qu’il avait voulu aller examiner le volcan de trop près, a écrit : "Si l’on avait à recenser avec précision la grande quantité d’eau dans les bâtiments publics, les bains, les piscines, les canaux, les maisons privées, les jardins, les villas de banlieue, et si l’on avait à prendre en compte la distance parcourue par l’eau, les arches élevées pour la porter, les montagnes qui ont dû être creusées de tunnels, les vallées qui ont dû être franchies par des remblais, on devrait admettre qu’il n’y a pas, dans le monde entier, d’ouvrage plus digne d’admiration".

 

480b Tarquinia

 

La ville moderne de Tarquinia est plus qu’un gros bourg. Mais quand je dis moderne, c’est par opposition à antique parce que, comme on peut le constater, elle est plus moyenâgeuse que contemporaine. Et si, sur ma photo prise de loin, on ne voit qu’une seule tour haute et étroite, lorsque l’on est en ville on en rencontre d’autres en grand nombre. Cela rappelle San Gimignano (25 et 26 octobre), mais ce n’est qu’une évocation parce que l’atmosphère de la ville de Toscane est assez différente de celle du Latium, et de plus les tours de San Gimignano sont visibles de loin et donnent un aspect très particulier à la ville, tandis que de loin Tarquinia n’a rien de très original.

 

480c Tarquinia, statue près musée archéologique

 

Nous arrivons devant le musée archéologique. Cette sculpture, offerte en 1990 par son auteur Emilio Greco, est intitulée "Mémoire de l’été".

 

480d1 Tarquinia, musée archéologique

 

Le musée est installé dans le palazzo Vitelleschi, édifié de 1436 à 1439. Il porte le nom du cardinal Giovanni Vitelleschi, commissaire militaire pontifical qui a fait raser Palestrina en 1437 comme je l’ai raconté le 28 février et le 25 mars. Trois ans pour construire ce grand palais, c’est très bref, mais l’architecte a réutilisé pour le soubassement des constructions existantes, et remontant au douzième siècle pour les plus anciennes, au quatorzième pour les plus récentes : une maison-tour fortifiée et une série d’habitations. Cela explique aussi le plan irrégulier du palais. Le musée y est établi depuis 1924.

 

480d2 Tarquinia, musée archéologique

 

480d3 Tarquinia, musée archéologique

 

Décidément, je ne comprendrai pas la réglementation anti-photo. Nous sommes ici dans un musée national. La règle devrait donc être nationale. Mais parfois la photo est libre, et même on voit certains touristes qui utilisent le flash qui risque d’abîmer les couleurs d’un tableau ou d’une fresque mais sans s’attirer la moindre réflexion des gardiens, et parfois la photo est strictement interdite, comme c’est le cas ici. Je montre toutefois ces deux détails de sarcophages exposés dans la cour, où l’entrée est libre, la billetterie n’étant située qu’au fond de cette cour, et des panneaux incitant même les touristes de passage à pénétrer pour voir au moins le bâtiment.

 

Il m’est cependant impossible de ne pas faire allusion aux merveilleux chevaux ailés qui sont le clou de ce musée. Je place donc ici un lien hypertexte vers une image d’eux.

 

480e Tarquinia, dans la rue

 

Après la visite du musée, nous allons nous balader en ville. Je remarque au passage cette terre cuite placardée sur le mur d’une demeure. "Dans cette maison, même le chat est nerveux". Des gens qui ont de l’humour.

 

480f Tarquinia, hôtel de ville

 

Une mention pour le bâtiment qui abrite les services municipaux. Je n’ai malheureusement aucune information à son sujet. Qui l’a construit et quand, quelle était sa destination première, etc., mes questions restent sans réponse. Cela ne m’empêche pas de le trouver intéressant. Ce grand escalier extérieur plaqué contre la façade, ces portiques, me rappellent le style catalan mais, comme je ne vois pas trop ce que feraient ici les Catalans, ce ne doit être qu’une coïncidence.

 

480g1 Tarquinia, chiesa dell'Annunziata

 

480g2 Tarquinia, chiesa dell'Annunziata

 

Cette belle église romane du douzième siècle est la chiesa dell’Annunziata. On distingue autour de la rosace de très fines et jolies sculptures.

 

480h1 Tarquinia, duomo

 

Puis nous arrivons, au cours de notre balade un peu au hasard des rues, au Duomo, c’est-à-dire à la cathédrale.

 

480h2 Tarquinia, duomo

 

480h3 Tarquinia, duomo

 

Le chœur du quinzième siècle est décoré de fresques du Pastura. Là encore, je reste sans aucune information, mais il me paraît clair que ma première photo représente le mariage de Marie et de Joseph (quoique Marie porte nettement plus que les quinze ans qu’elle avait alors), et que la seconde représente la Visitation. En tous cas, nul doute, les deux personnages qui arrivent sur la seconde fresque et qui sont accueillis sur le seuil d’une maison sont bien les deux mêmes que ceux qui s’approchent l’un de l’autre en présence d’un prêtre sur la première fresque. Ils n’ont même pas changé de tenue, ce qui n’est ni hygiénique, ni élégant, à moins qu’ils ne soient allés chez le teinturier entre temps. Les teintes sont vives, les expressions sont naturelles, la vie est bien restituée, il y a du mouvement, bref j’aime bien ces peintures.

 

480i Tarquinia, Santa Maria in Castello

 

Au bout de la ville, enclavée dans les murailles de fortifications auxquelles elle participe, Santa Maria in Castello est une belle église romane du douzième siècle, construite de 1121 à 1208. Nous ne la visiterons pas car elle est fermée et sur la porte un écriteau explique que dans la nuit du Samedi Saint des imbéciles l’ont détériorée et qu’elle ne peut plus rester ouverte au public. Évidemment, je désapprouve violemment les vols, mais au moins les voleurs ont-ils en vue un bénéfice, la jouissance d’un objet d’art ou le profit de sa vente. Il va de soi que je considère que, quelles que soient les opinions et les croyances que l’on a, on doit respecter celles des autres quelle que soit leur religion, mais au moins les sacrilèges ont-ils la satisfaction d’assouvir leur haine et leur intolérance. Mais les vandales qui détruisent l’éclairage, qu’ont-ils en tête ? Ils ne tirent de leur acte ni avantage matériel, ni succès moral. Les autres, je ne les excuse pas mais je comprends leurs motivations. Ceux-là, non. Je ne les comprends pas du tout.

 

480j1 Tarquinia

 

480j2 Tarquinia

 

Je disais que cette église faisait partie des fortifications qui enserraient la ville au Moyen-Âge. Voilà deux vues de ces murailles, de ces bastions et de la rue qui les suit à l’intérieur. La ville est calme, presque assoupie, aussi ces massives défenses donnent-elles une curieuse impression. Mais j’aime beaucoup les cités fortifiées et celle-ci ne fait pas exception.

 

480j3 Tarquinia

 

Au début je disais que Tarquinia était hérissée de nombreuses et hautes tours, un peu comme San Gimignano. Avant que nous regagnions notre camping-car et rentrions à Rome, il faut quand même que j’en montre une. Celle qui se dresse à côté du Duomo est plutôt un campanile, quoiqu’elle soit indépendante de l’église et appartienne à un édifice civil (ce serait plutôt quelque chose comme un beffroi), et à côté de Santa Maria in Castello ma photo ne montre qu’un tronçon de tour. Alors en voici une autre, dans toute sa hauteur et bien dégagée.

 

Retour à Rome, pour un dernier petit tour.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 14:36

Hier nous nous sommes rendus à Montecavallo, aux écuries du Quirinal où a lieu l’exposition temporaire Caravaggio. La queue sur le trottoir a représenté une attente somme toute raisonnable d’un peu moins d’une heure avant d’accéder aux caisses. Quelles merveilles nous avons vues ! Mais de façon égoïste, sans pouvoir en faire profiter d’autres par photo interposée, comme on pouvait s’y attendre. Passons donc à la suite.

 

478a Rome, San Vitale

 

Aujourd’hui, au programme nous avons le Palais des Expositions, sur la via Nazionale. Mais juste à côté, profond sous l’avenue –ce qui témoigne de la nette surélévation du niveau du sol au cours des siècles– il y a l’église San Vitale.

 

478b Rome, San Vitale

 

Je ne dispose d’aucune documentation à son sujet mais rien qu’à voir son niveau d’enfoncement et le style de son portique, on se rend compte que c’est un très veux bâtiment, que ses dimensions modestes ou je ne sais quelle autre raison ont protégée de lourdes modifications.

 

478c Rome, San Vitale

 

Malgré des travaux qui cachent les fresques du mur de droite, on se rend bien compte de l’aspect général de l’église avec sa nef unique, ses fresques recouvrant murs et abside, son plafond à caissons.

 

478d Rome, San Vitale

 

La fresque de la voûte de l’abside représente un épisode de la Passion, Jésus tombe sur le chemin du calvaire. Un homme a posé sa main sur Jésus, et visiblement c’est pour lui intimer l’ordre de se relever, parce que de l’autre main il brandit une corde dont il va le frapper. Un autre homme prend la croix à deux mains, et on peut penser que ce n’est pas pour que Jésus se relève plus vite mais sans doute au contraire est-ce Simon de Cyrène qui va être requis pour l’aider jusqu’au Golgotha et va ainsi soulager sa peine. Je profite de cette occasion, puisque notre voyage nous a menés vers Avignon, pour évoquer la tradition qui veut que Simon, bien que requis par les Romains et non pas volontaire, ait été converti à l’enseignement de Jésus et que l’un de ses fils, Rufus, se soit fait missionnaire et se soit rendu en Avignon où il aurait été à l’origine d’une première communauté de chrétiens et serait le saint Ruf que l’on honore là-bas.

 

478e Rome, San Vitale

 

478f Rome, San Vitale

 

Sur le mur de gauche, on peut voir des fresques représentant le martyre de saint Vital. Sur l’une, il est supplicié dans une machine de torture qui l’étire jusqu’à disjoindre toutes ses articulations, et sur l’autre, il est enterré vif par lapidation. Il semble même que ce soit une femme, la personne qui brandit au-dessus de sa tête une grosse pierre pour la jeter sur le saint. Sur ces deux fresques, la scène est survolée par un ange qui porte la palme du martyre attribuée au supplicié.

 

478g Rome, San Vitale

 

478h Rome, San Vitale

 

Il y a aussi, sous le porche et à l’intérieur, des sculptures modernes, mais qui ne sont pas intégrées à la décoration de l’église, un peu comme s’il s’agissait d’une exposition temporaire (on en aperçoit une, sur ma photo de la nef, à droite devant les bâches de travaux). Là encore, aucune explication n’est donnée. Les deux détails ci-dessus appartiennent à un même groupe, qui représente la chevauchée de la Mort en compagnie de trois autres cavaliers, une femme et deux hommes. Sous les sabots de son cheval, un petit être ailé qui semble être un démon tente de s’enfuir en volant au ras du sol. C’est carrément macabre, mais j’aime bien la ligne de l’œuvre.

 

478i Rome, San Vitale

 

Ailleurs, c’est cette femme dont le style n’a rien à voir avec la sculpture de la Mort. La facture en est beaucoup plus classique, comme un pastiche d’une sculpture du quinzième siècle, à la nudité près. Peut-être s’agit-il d’Ève… dont elle porte le costume. Mais elle porte aussi une longue chevelure, comme Marie-Madeleine, qui est très souvent représentée et honorée à Rome. Je pencherais plutôt pour la première interprétation, mais si la seconde est la bonne, sa nudité est alors censée représenter la pécheresse, les tableaux de Marie-Madeleine repentante étant suffisamment nombreux.

 

Nous nous sommes donc rendus ensuite au Palais des Expositions pour voir les œuvres du peintre italien De Chirico. L’autre jour, Natacha était tiède face aux tableaux de Hopper, alors que moi j’aimais beaucoup. Ici, au contraire, c’est moi qui suis resté complètement froid face à une peinture que je ne comprends pas et dont le graphisme ne provoque en moi aucune émotion, alors que Natacha n’était pas loin de la pâmoison. Mais à l’étage, il y avait une exposition du photographe italien Mimmo Jodice que je connaissais, bien sûr, par le magazine Photo, mais dont je n’avais jamais (je crois) vu d’œuvres en grand format, et puis voir de nombreuses photographies regroupées permet de mieux pénétrer les techniques et le point de vue de l’artiste. Un très grand artiste. Mais bien sûr, pour De Chirico comme pour Jodice, je serai aussi égoïste que pour Le Caravage hier parce que, comme hier, la photo était interdite. Et ici je le comprends mieux, à cause des droits d’auteur, l’un étant mort il y a trop peu de temps pour qu’il soit tombé dans le domaine public, l’autre étant encore vivant, et pour de nombreuses années encore j’espère.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 02:24

 

477a Romacavalli, carabiniers

 

Aujourd’hui, demain et dimanche, au nouveau parc des expositions près de l’aéroport de Fiumicino, Rome célèbre le cheval dans ce ROMACAVALLI qui est à la fois un salon du cheval avec présentation de chevaux, d’élevages, de races, avec stands d’accessoires, avec concours d’obstacles, jeux divers, et une belle fête qui se conclut chaque soir par un spectacle. Tout ce que l’Italie compte de cavaliers est appelé à participer, comme les carabiniers ou le service des forêts.

 

477b Romacavalli

 

Ce cheval était en présentation. Son propriétaire l’a fait tourner et retourner dans le petit enclos pour faire apprécier ses qualités. Je suis incapable de juger si c’est un bon cheval, mais je lui trouve l’air bien sympa.

 

477c Romacavalli, stand sanitaire

 

En nous promenant dans les stands, nous découvrons toutes sortes de choses, comme ce système qui sert à quoi ? Sans doute pour chevaux amateurs de drogues pour leur permettre de sniffer tout en courant. Il y a aussi des camions qui sont de véritables monstres, derrière la cabine il y a une partie camping-car ultra luxueuse, avec salle de douche en acajou, chambre à coucher, puis une petite porte donne sur une galerie qui surplombe la partie arrière aménagée en van. Il est ainsi possible d’aller voir comment vont les chevaux sans descendre parmi eux. Mais au bout de la galerie, un escalier permet aussi d’accéder à eux sans passer par l’extérieur. On raconte qu’un client qui avait demandé au vendeur de Rolls combien il y avait de chevaux sous le capot s’était vu répondre "Many enough, Sir". Le vendeur de ce camion, à la question du prix, m’a répondu "Suffisamment cher", calquant son attitude sur celle de son collègue de chez Rolls. Je n’en sais donc pas plus. Et je n’en montre pas la photo, parce que de l’extérieur c’est un gros et beau camion, mais sans plus.

 

477d Romacavalli, chevaux de poste

 

J’ai regardé quelques minutes un concours d’obstacles, mais le niveau des cavaliers ne m’a pas paru époustouflant, alors j’ai pensé avoir d’autres occasions d’assister à des concours hippiques et j’ai préféré aller dans d’autres pavillons. Natacha et moi nous sommes retrouvés ici, attirés par la même chose. Une présentation de diverses races de chevaux, non pas individuellement dans un petit enclos, mais par élevages, dans le manège improvisé. Ici, un splendide cheval de poste. Cet homme qui mène le cheval porte une chemise propre, un gilet à l’écusson de l’élevage, il est correct, mais ce qui est décevant c’est que pour d’autres présentations n’a pas été respectée la tradition d’un certain niveau de tenue dans ce genre de manifestation. Certains groupes de chevaux étaient amenés par des personnes en tenues disparates, jeans troués, cheveux crasseux pas peignés depuis quinze jours, vêtements couverts de taches, etc. Sans doute suis-je trop traditionaliste, mais je préfère plus de soin pour plus de respect vis-à-vis du public.

 

477e Romacavalli, attelage

 

Il y a eu aussi des chevaux attelés. L’un des cochers a même fait preuve d’une habileté extraordinaire, menant son cheval bride abattue avec une précision diabolique, virant au ras des tribunes. Il est surprenant que le bouillant peuple italien, expansif, bruyant, communicatif, extraverti, manifeste assez peu son enthousiasme pour les performances. Ce n’est pas parce que j’ai assisté aujourd’hui à ces présentations puis au gala (dont je vais parler par la suite) que je peux généraliser, bien sûr. Il faudrait que j’assiste à des représentations théâtrales, à des concerts, à divers spectacles pour savoir si c’est une attitude générale, un usage différent du nôtre. Mais j’ai été étonné, aujourd’hui, de la faiblesse d’applaudissements fort peu nourris la plupart du temps. Et je dis cela parce que, au contraire, ce cocher a été applaudi. Modérément, mais applaudi. Pas les autres.

 

477f Romacavalli, cow-boys

 

Nous sommes ensuite restés assez longtemps à regarder des équipes de deux ou trois cow-boys qui devaient faire entrer ces taurillons dans l’enclos. Ici, ils en placent quatre, bravo, parce que la plupart des concurrents se donnaient beaucoup de mal, et au bout du compte pas un seul bovin ne pénétrait. Ou parfois un tout au plus. Ces taurillons ont fort bien compris ce que l’on attend d’eux, et ils se disent que si les hommes veulent exercer sur eux leur volonté de puissance très nietzschéenne, eh bien eux aussi ils ont le droit d’exprimer leur résistance à la volonté, et ils se massent dans le coin opposé en un tas compact.

 

477g Romacavalli, Léonard de Vinci

 

Beaucoup de mouvement. Plus statique est cette exposition sur un mur de panneaux. Ce sont des dessins, des schémas, des esquisses de Léonard de Vinci. Non seulement c’est intéressant, mais en outre mon dernier lycée ayant été à la gloire de Léonard de Vinci je ne peux manquer ici de l’évoquer. Près de ce panneau, une étiquette découpée de travers dit que ce sont des études de cavaliers au galop et autres figures (1503-1505), qui sont conservées à Windsor.

 

477h1 Romacavalli, attente d'un officiel

 

Passant d’un pavillon à un autre sur la passerelle haute, nous avons vu des préparatifs, avec service de sécurité, qui semblaient annoncer quelque chose d’officiel. Curieux et badaud, j’ai voulu entraîner en bas Natacha, qui a pensé qu’elle serait tout aussi bien en haut. Je l’ai abandonnée alors et ai foncé vers l’escalier le plus proche, juste à temps pour prendre cette rangée d’un détachement d’honneur (sur l’original de ma photo, qui supporte l’agrandissement, on peut lire sur le tapis de selle les mots brodés en fil doré "Reparto d’Onore").

 

477h2 Romacavalli, accueil visite officielle

 

J’ai foncé derrière les chevaux et me suis posté au bout de l’allée, juste en face d’un cortège de voitures officielles qui arrivaient, et d’où est sorti ce Monsieur avec son écharpe tricolore. Hélas, je n’ai pas été capable de l’identifier. Nous écoutons la radio mais ne voyons jamais la télévision, de sorte qu’à part Berlusconi nous ne connaissons pas les personnalités politiques italiennes. J’ai bien demandé aux gardes de sécurité, mais ils ne m’ont pas répondu, se contentant de me regarder d’un air mauvais. Il faut dire que pour prendre mes photos, sans cesse je repassais devant eux, tandis qu’ils tentaient de me repousser derrière eux. Natacha, elle, l’a manqué et a regretté de ne pas m’avoir suivi…

 

477i1 Romacavalli, le gala

 

Et voilà. J’arrête là mon tour de Romacavalli pour en venir à la conclusion de la journée par le gala. Le premier numéro était sans rapport avec les chevaux, mais très spectaculaire. Le principe de danse aérienne dans ou autour d’un drap n’est pas nouveau, mais cette danseuse était vraiment excellente. C’était extrêmement acrobatique et gracieux en même temps, léger.

 

477i2 Romacavalli, le gala

 

Ce type d’exercice est traditionnel de la part des cavaliers de la puszta hongroise, debout sur un ou sur deux chevaux. C’est très acrobatique.

 

477i3 Romacavalli, le gala

 

Ici, il s’agissait pour cet homme de blanc vêtu de se faire obéir rien qu’à la voix par de nombreux chevaux. Lui-même était à cheval, mais les autres chevaux étaient complètement libres, sans bride ni rien, et ils entraient les uns après les autres et devaient venir s’aligner, puis tourner tous ensemble en ligne. L’un d’entre eux a un peu renâclé, mais j’ai trouvé que l’intérêt de ce numéro était plutôt dans la beauté de ces chevaux, lancés crinière au vent, comme s’ils étaient sauvages.

 

477i4 Romacavalli, le gala

 

Pendant le déroulement d’un autre numéro, il y a eu pour servir de décor ce char agricole et ces gens déguisés en paysans du dix-neuvième siècle. J’ai bien aimé.

 

477i5 Romacavalli, le gala

 

Impressionnants ces chevaux frisons avec leur queue touffue et ces panaches de poils au bas des jambes. Pour ce numéro de cavalier médiéval, le choix de cette race de chevaux est judicieux, à mon avis. La vue de ce cheval et de ce guerrier était plus frappante que ce qu’ils ont fait.

 

477i6 Romacavalli, le gala

 

Sur leurs chevaux lancés au galop à une vitesse incroyable, ces cavaliers se sont livrés à des exercices de voltige étourdissants. On n’avait même pas le temps de voir ce qu’ils faisaient, où ils étaient.

 

477j1 Romacavalli, le gala, Camargue

 

477j2 Romacavalli, le gala, Camargue

 

477j3 Romacavalli, le gala, Camargue

 

Il y a eu aussi des Français. De Camargue, sur de petits chevaux camarguais. Une école, je crois, car les cavaliers étaient très jeunes, une vingtaine d’années à peine, des garçons et des filles. Peut-être est-ce un effet de chauvinisme involontaire et inconscient, mais j’ai trouvé qu’ils étaient les meilleurs. Ils étaient moins rapides que les précédents, mais d’une précision extraordinaire. Ils touchaient le sol du pied exactement au rythme du cheval. Cette jeune fille s’est, d’un seul mouvement souple et sans hésitation, étendue sur le dos de sa monture, et s’y est maintenue sans bouger d’un centimètre, comme soudée à la selle, malgré le galop du cheval. Tous ont été aussi excellents, chevauchant dans toutes les positions tout en maîtrisant à la perfection leurs beaux petits Camarguais à la longue crinière flottante.

 

477j4 Romacavalli, le gala, Camargue

 

477j5 Romacavalli, le gala, Camargue

 

Mais le clou a été l’homme adulte, vraisemblablement le professeur. Mes photos ne rendent pas compte de son talent. Je n’ai pas réussi à saisir au vol son admirable virtuosité. Mais je tiens quand même à le montrer, pour l’applaudir dans mon blog. Il est capable, touchant du pied le sol près du flanc droit de son cheval, au rythme de seulement deux pas de galop, de toucher le sol près du flanc gauche, et l’instant d’après de se retrouver debout sur la croupe, ou chevauchant à l’envers, ou… je ne peux décrire cela. Il faudrait l’avoir vu pour le comprendre. Et je finis sur des images qui ne sont pas significatives, et en disant que je ne peux non plus décrire par des mots ce que j’ai vu. Mieux vaut donc me taire et clore là cet article.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 01:36

475a Rome, Piazza di Spagna

 

 

C’est immanquable, nous descendons du métro à la station Spagna. Le mois d’avril est déjà bien entamé, et le grand escalier qui monte de la piazza à la Trinité des Monts, qui sur toutes les cartes postales, dans tous les livres, est couvert de fleurs, n’est encore couvert que de touristes. Je crains bien que nous ne quittions Rome sans l’avoir vu fleuri.

 

475b Rome, Chiesa Nuova

 

Nous parcourons quelques kilomètres à travers la Rome que nous aimons avant d’arriver à proximité du Tibre, dans le creux de la boucle qu’il fait vers l’ouest, devant l’église qui autrefois était Santa Maria in Vallicella et qui, reconstruite, est appelée Chiesa Nuova, l’Église Nouvelle. Nous l’avons vue le 6 décembre, il y a longtemps, et maintenant non seulement notre regard a évolué et justifie une nouvelle visite, mais de plus nous aimons revoir ce qui nous a plu. Mais je ne parlerai pas de nouveau de cette œuvre du Caravage envoyée au Vatican et remplacée ici par une copie du dix-huitième siècle.

 

475c Rome, Chiesa Nuova

 

Je préfère parler de ce que je n’avais pas évoqué alors. Et montrer cette photo de la nef, qui (pour une raison que je ne comprends pas) n’a rien à voir avec celle que j’avais publiée alors, pourtant prise du même endroit à peu près. Disons que l’une complète l’autre. Ou que la seconde corrige mon regard de la première.

 

475d Rome, Chiesa Nuova

 

En particulier, je n’avais pas commenté (peut-être même pas remarqué) l’admirable voûte avec ses dorures et sa fresque qui –ce n’est pas toujours le cas– s’harmonise remarquablement avec l’ensemble de l’église. Saint Philippe Néri a créé une congrégation en 1575, et le pape Grégoire XIII (1572-1585) lui attribua Santa Maria in Vallicella. L’église de l’époque était petite et en mauvais état. Un jour, pendant la messe, Philippe Néri a vu la Vierge qui lui apparaissait, soutenant la voûte pour l’empêcher de s’effondrer et de l’écraser. Philippe alors dessina une nouvelle église et en entreprit la construction, c’est la Chiesa Nuova. La fresque de la voûte représente la Vision de saint Philippe, exécutée par Pierre de Cortone (1596-1669) en 1664-1665.

 

475e1 Rome, Chiesa Nuova

 

Obnubilé par la Descente de croix du Caravage, je n’avais rien dit du tableau ci-dessus, dont le peintre n’est pas aussi renommé. C’est Pulzone (1550-1599). Sans tomber en extase d’admiration, j’ai plaisir cependant à le regarder. La composition n’a rien de personnel ou de révolutionnaire, le peintre ne fait pas preuve d’originalité, mais il a bien rendu la souffrance du Christ mort. La Vierge enveloppée dans son grand manteau bleu est partagée entre la douleur et la foi, on voit que son deuil est noyé dans la prière. De l’autre côté, saint Jean, "le disciple que Jésus aimait", tout jeune, celui qui la veille au soir s’appuyait sur l’épaule de son maître lors du dernier repas, est éploré, il écarte les bras dans un geste à la fois de désarroi et de prière.

 

475e2 Rome, Chiesa Nuova

 

Et puis il y a Marie-Madeleine. Qu’elle ait été la maîtresse du Christ comme certains veulent le montrer, ou sa femme, voire la mère de ses enfants, ou qu’elle ait été une femme qu’il a relevée, qui l’a admiré et aimé, ce n’est pas le problème. Ce qui compte c’est cette admiration, cet amour, et ici l’effondrement de la douleur face à la perte de celui qui remplit sa vie. Ses yeux rougis ont épuisé leurs larmes, de même qu’autrefois elle a essuyé les pieds de Jésus de ses longs cheveux, de même au pied de la croix elle s’appuie avec tendresse sur ces pieds blessés et une dernière fois les caresse de ses cheveux. Je montre ce détail du tableau parce que je le trouve bouleversant, très beau, et que c’est lui qui fait sortir cette œuvre d’une certaine médiocrité. Rares sont les gestes d’amour vrai ou de tendresse émue dans la peinture religieuse.

 

475f Rome, Chiesa Nuova

 

J’ignore de quand date cette icône, tout ce que je sais c’est qu’elle est très ancienne et provient de l’église antérieure. Les couronnes d’or de Marie et de Jésus sont plus récentes. Quant à la peinture d’angelots dans laquelle elle est enchâssée, je ne suis pas sûr que son style soit en accord avec celui de l’icône. Ces gros angelots très colorés tuent la représentation de la Madone dont les couleurs ont dû dès l’origine être assez éteintes et qui à présent sont atténuées par l’âge. Alors je regarde d’abord avec plaisir cette danse d’anges et puis je tâche de concentrer mon attention sur l’ovale du centre en faisant abstraction de son environnement, et j’éprouve de nouveau un plaisir esthétique devant cette représentation épurée et sensible.

 

476a1 Rome, en ville

 

Il y a encore bien des choses à remarquer dans cette église, des œuvres de Rubens, de Guido Reni… il faudrait aussi s’approcher des œuvres de Pierre de Cortone… Ce sera pour notre prochain voyage à Rome qui, quand nous aurons fini notre tour d’Europe et aurons repris un petit air de France, sera sûrement l’une de nos premières destinations. En attendant, nous voici repartis vers la place d’Espagne. Parallèle à la via del Babuino, derrière, la petite et calme (mais oui, calme, cela existe à Rome, même dans ce quartier) rue Margutta a des airs de province, et aligne ses galeries d’art. Sur le côté, je remarque une fontaine sur laquelle est gravé d’un côté "Rome, an 5" et sur l’autre "1927". Ce qui signifie, en clair, que Rome est née en 1922, avec l’arrivée du fascisme.

 

476a2 Rome, via del Babuino et New-York, Madison Avenue

 

La rue s’achève par un angle droit qui fait retomber dans la via del Babuino. Là, une plaque sur un mur rappelle le jumelage de cette rue peuplée d’antiquaires et de marchands d’art avec Madison Avenue, à New-York, jumelage qui remonte au 16 octobre 2002.

 

476b1 Rome, restaurant musée Canova

 

En repartant, dans cette rue du Babouin, vers la place d’Espagne, on voit sur la droite la sculpture antique qui a donné son nom à la rue, accolée au mur d’un vieux restaurant à l’air étrange. Il est installé dans l’atelier du grand sculpteur Canova (1757-1822) tellement admiré par Stendhal. Cet atelier qu’il a laissé à l’élève en qui il a trouvé le plus de talent, Adamo Tadolini. Celui-ci, et les générations suivantes, y ont travaillé, et y ont laissé des œuvres qui, la plupart du temps, ne sont pas originales, mais sont des plâtres d’étude, souvent des copies de statues antiques ou classiques. En 1967, l’atelier a été vendu et transformé en musée restaurant.

 

476b2 Rome, restaurant musée Canova

 

Un coup d’œil au menu nous permet de voir que les prix sont plus que raisonnables, aussi décidons-nous d’y dîner. Dès l’entrée, nous nous trouvons face à cette gigantesque statue équestre. En-dessous, derrière son petit comptoir, une jeune femme semble toute perdue.

 

476b3 Rome, restaurant musée Canova

 

On nous installe en haut, sur la mezzanine. Cette table nous convient parfaitement, nous avons vue sur tout plein de statues et, tout en étant au calme, nous voyons l’animation et la vie au rez-de-chaussée. On est prié de noter que sur notre table, la bouteille est très raisonnablement un litre d’eau minérale. Bon, d’accord, ne me torturez pas davantage, j’avoue, il y a aussi du vin hors champ.

 

476b4 Rome, restaurant musée Canova

 

Ci-dessus, une autre vue de notre petite mezzanine. Sur les étagères, les bouteilles de vin voisinent avec de petites sculptures. Le cadre est chaud et plaisant, avec ses lambris sombres, ses tableaux, ses miroirs.

 

476b5 Rome, restaurant musée Canova

 

Et voilà la vue intéressante que l’on a sur la salle du bas, avec ses petites tables disséminées parmi les sculptures. Si l’on ajoute à cela que le chef, sans être Paul Bocuse, se défend correctement, surtout pour un prix serré, on peut recommander l’adresse pour un dîner original et agréable. Par ailleurs si, en entrant, notre impression n’a pas été très favorable parce que la serveuse sollicitée par la jeune femme de l’accueil pour nous placer a refusé tout net sans daigner nous jeter un coup d’œil en protestant qu’elle avait trop de travail, en revanche une autre serveuse qui nous a pris en charge a été tout à fait plaisante, efficace, souriante. C’est donc sur une note très positive que nous concluons cette soirée.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 02:02

Dans l’appartement qu’a habité Goethe sur le Corso et que nous avions visité le 26 novembre, a lieu ces temps-ci une exposition temporaire des œuvres de Piranesi, autrement dit du Piranèse. Nous nous y rendons donc, à la fois pour revoir les objets ayant appartenu à Goethe ou qui sont ses œuvres graphiques, ou ses représentations, et aussi bien sûr pour voir les gravures du Piranèse.

 

Jean-Baptiste Piranèse est né à Venise en 1720. Son frère lui apprend le latin et l’initie à la littérature antique. Puis, de 1735 à 1740, il étudie à Venise l’architecture avec son oncle, et le sculpteur Carlo Zucchi lui enseigne les techniques de la gravure à l’eau-forte et lui donne les bases de l’art de la vue. Suivant à Rome l’ambassadeur de Venise, il entre à l’atelier de Giuseppe Vasi. En 1743-1744, il publie une série de ruines antiques mélancoliques puis, pour raisons financières il doit rentrer à Venise mais en 1747 il retourne s’installer définitivement à Rome où, sur le Corso, il se fait le représentant d’un marchand d’art. En 1761 il entre à l’Accademia San Luca, crée sa maison d’édition et déménage son atelier. De 1761 à 1777 il voyage pour travailler sur des paysages archéologiques à Tivoli, Pæstum, Herculanum, Pompéi, Naples. Il meurt en 1778 au terme d’une longue maladie.

 

Il a laissé 1020 eaux-fortes, et ses ouvrages les plus célèbres sont sans conteste ses Vues de Rome, ainsi que les images d’architecture fantastique et grotesque des Prisons, et son premier recueil, Architecture et perspective.

 

474a Rome, Piranèse, Porto di Ripetta

 

Je ne vais pas de nouveau montrer d’images de l’appartement de Goethe, et de cette visite je vais seulement retenir dans cet article quelques œuvres du Piranèse. Ici, nous avons le port de la Ripetta, à peu près là où est aujourd’hui l’Ara Pacis, et l’église que l’on aperçoit tout à gauche est San Girolamo dei Croati, que l’on reconnaît bien (j’en ai publié la façade le 16 mars). Il n’est plus question de port en ce lieu, qui est méconnaissable.

 

474b Roma, Piranesi, Tempio di Cibele

 

Près de Santa Maria in Cosmedin et de la Bocca della Verità, ce temple rond a bien changé. On l’appelle habituellement temple de Vesta, à coup sûr c’est impropre et il s’agit très probablement d’un temple d’Hercule, et Piranèse l’appelle temple de Cybèle. Quoi qu’il en soit, comme on peut s’en rendre compte en le comparant avec la photo que j’en ai montrée le 27 décembre, son toit a été refait en en supprimant le petit clocheton qui n’avait rien d’antique, et surtout les murs qui reliaient les colonnes ont été abattus, les colonnes ont été dégagées, et je ne sais si le mur circulaire intérieur a seulement été dégagé ou s’il a été reconstruit en retrait. Par ailleurs, les lieux sont beaucoup plus champêtres qu’ils ne le sont de nos jours.

 

474c1 Rome, Piranèse, le forum

 

Et je voudrais terminer cette exposition par cinq vues que je trouve assez spectaculaires. Il s’agit du Forum, qui jusqu’au dix-neuvième siècle était enfoui sous six à sept mètres de terre, de boue, d’alluvions apportées par les crues du Tibre. Sur cette image, on le voit transformé en terrain vague fréquenté par des vaches.

 

474c2 Rome, Piranèse, le forum (détail)

 

Cette image est un gros plan d’un détail de la précédente (en bas à gauche). On peut voir que sur le niveau de l’époque une fontaine a été aménagée pour servir d’abreuvoir aux bestiaux. Ici et là apparaissent des fragments de fûts de colonnes ou quelques pierres renversées.

 

474d1 Rome,Piranèse, Arc de Septime-Sévère

 

Les trois dernières gravures que je vais montrer portent sur l’Arc de Septime-Sévère, toujours au Forum. Ici, nous sommes dos au Colisée, tout au bout du Forum, l’église à droite est Saints Luc et Martin, la colonne à gauche est la Colonna di Foca. L’arc disparaît profondément sous la terre.

 

474d2 Rome,Piranèse, forum

 

Nous sommes passés de l’autre côté de l’arc. On reconnaît la colonne, juste derrière elle se dressent deux bâtiments plus récents qui n’ont rien à voir avec le Forum antique et qui ont été abattus, et dans le fond on distingue le clocher de Santa Francesca Romana et, plus loin encore, la silhouette du Colisée.

 

474d3 Rome,Piranèse, Arc de Septime-Sévère (détail)

 

Ceci est une photo d’un détail de la même gravure, pour montrer à quel point cet arc est englouti et aussi, sur le côté, toutes les constructions "modernes" qui recouvrent les ruines que l’on peut voir aujourd’hui. Hélas, ces maisons ont dû utiliser bien des pierres arrachées aux monuments antiques. Et cela a duré jusqu’à une époque récente.

 

Stendhal : "M. Demidoff, cet homme singulier, si riche et si bienfaisant […] faisait jouer au palais Ruspoli des vaudevilles du Gymnase. Malheureusement, il se trouva un jour qu’un des personnages d’un de ces vaudevilles s’appelait Saint-Ange, et l’on remarqua dans la pièce cette exclamation : Pardieu ! Ces circonstances offensèrent beaucoup S. E. Mgr Della Genga, cardinal vicaire (chargé par le pape Pie VII des fonctions d’évêque de Rome). Plus tard, sous le règne de Léon XII, les acteurs de M. Demidoff, étourdis comme des Français, eurent le tort de donner des vaudevilles, dont un des personnages s’appelait Saint-Léon. Enfin, une fois, une représentation donnée le jeudi ne finit qu’à minuit et un quart, empiétant ainsi un quart d’heure sur le vendredi, jour consacré par la mort de Jésus-Christ. Ces motifs attirèrent sur M. Demidoff toutes les vexations de la police (dans ce pays elle a encore les formes terribles de l’Inquisition) ; et le Russe bienfaisant, qui faisait vivre plusieurs centaines de pauvres, et donnait deux jolies fêtes par semaine, alla s’établir à Florence.

 

"Pendant qu’il habitait le palais Ruspoli, M. Demidoff disait un jour en ma présence que, voulant laisser un monument de son séjour à Rome, il pourrait bien faire enlever les dix ou douze pieds de terre qui couvrent le pavé du Forum, depuis le Capitole jusqu’à l’arc de Titus. Le gouvernement mettait à sa disposition cinq cents galériens, que M. Demidoff devait payer à raison de cinq sous par jour. Il comptait que, pendant l’hiver, il aurait autant de paysans des Abruzzes qu’il en voudrait, en les payant dix sous par jour. On calcula tous les frais le crayon à la main ; la dépense totale ne devait pas s’élever à plus de 200 000 francs, y compris un canal pour conduire les eaux pluviales dans la Cloaca Maxima (vers l’arc de Janus Quadrifons). Rome fut bien vite instruite de ce projet capital pour elle ; il manqua, parce que le personnage d’un vaudeville s’appelait Saint-Léon ; et l’on s’étonne de la haine du peuple de Rome !"

 

Léon XII mourut en 1829. Et le Forum attendit sous sa chape de terre.

 

474e Rome, Vittoriano

 

L’appartement de Goethe est au début du Corso, tout près de la porta del Popolo. Nous allons maintenant à l’autre extrémité du Corso et débouchons piazza Venezia, face au monstrueux Vittoriano. Chaque fois, j’évite de le montrer. Bon, aujourd’hui, il me faut bien en passer par là.

 

474f Rome, palazzo Bonaparte

 

En fait, il faut arriver là et traverser la moitié de la place pour, en se retournant, avoir une vue sur le palazzo Bonaparte. C’est ce palais que nous voyons à l’angle gauche du Corso. Il a été construit en 1657 par la puissante famille d’Aste. En 1818, c’en est fini de l’Empire depuis trois ans. Finie, l’épopée Napoléonienne. Lætitia Ramolino épouse Bonaparte, la mère de Napoléon, avait beau avoir répété son fameux "Pourvou qué ça doure", ça ne dure plus. Elle achète le palais pour en faire sa résidence.

 

474g Rome, palazzo Bonaparte

 

Elle va y vivre jusqu’à sa mort, le 2 février 1836. Elle y avait amassé bien des souvenirs de ses enfants, en particulier de Napoléon, qui aujourd’hui ont été transférés au musée Napoléon que nous avons visité le 16 mars. Elle a été enterrée à sa paroisse, dans l’église Santa Maria in Via Lata, toute proche, sur le Corso (visitée le 12 février). Nous avons vu son tombeau, mais c’est devenu un cénotaphe depuis que sa dépouille a été transportée à Ajaccio.

 

474h Rome, palazzo Bonaparte

 

À la mort de Letizia (la forme italienne de Lætitia), le palais est revenu aux princes Bonaparte qui l’ont vendu en 1905. Aujourd’hui, et depuis 1972, il est occupé au rez-de-chaussée par un bar, et le reste par les bureaux d’une compagnie d’assurances. Sic transit gloria mundi… Mais sur la façade, veille toujours l’aigle de Napoléon qui rappelle la grandeur passée.

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