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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 23:57

 

511a1 Naples, lycée Victor Emmanuel II

 

Hier, rue Saint Sébastien, nous sommes passés devant la porte fermée du lycée d’État Victor Emmanuel II. Beau portail ancien, mais qui ne paie pas de mine parce que le mur est sale et que sa peinture s’écaille, parce que la porte disparaît sous les tags. Mais aujourd’hui le portail était ouvert sur une cour en bien meilleur état et sur un porche où nous avons lu quatre grandes plaques de marbre.

 

511a2 Naples, lycée Victor Emmanuel II

 

Il est dit que dans le couvent des sœurs dominicaines fermé en 1807 par le roi Joseph Bonaparte a été installé en 1808 le collège royal de musique de Saint Sébastien. Ici, Vincenzo Bellini, élève de la Grande École de Musique Napolitaine de 1819 à 1826, composa ses premières œuvres. Et puis par un décret du 15 septembre 1826, le roi François I de Bourbon a transféré ailleurs cette école de musique.

 

Le 30 octobre 1860, il a été décidé d’ouvrir un gymnase (au sens allemand du terme, soit ce que nous appelons un lycée) dans ce qui fut la maison et le collège des pères jésuites. Le premier lycée-gymnase laïc de la ville et du Midi (Mezzogiorno) de l’Italie unie a été inauguré le 10 mars 1861 par le Conseiller à l’Instruction Publique, dans l’église de Saint Sébastien. Que le premier lycée laïc soit inauguré à l’église par le représentant de l’État paraît surprenant…

 

En un jour de fonctionnement scolaire et sans invitation, nous n’osons pas nous aventurer plus loin. D’autant que moi, avec mon petit sac à dos, mon polo, et tous deux avec nos appareils photo, ne pourrions être pris pour une famille d’élève venue se renseigner sur son travail et son comportement.

 

511b1 Naples, Santa Chiara

 

Nous étions venus à Santa Chiara le premier mai lors de la célébration de saint Gennaro, le patron de Naples dont le sang s’est liquéfié, mais étant donné la cérémonie nous n’avions pas pu la visiter. Lacune réparée aujourd’hui. Le roi Robert d’Anjou, sur les instances de sa femme Sancie de Majorque, fait construire ce complexe qui sera occupé dès l’origine (il a été consacré en 1340) par des religieux des deux sexes, à savoir des Clarisses et des Frères Mineurs. Le Gesù Nuovo est presque en face de Santa Chiara et nous avons vu hier qu’une énorme bombe incendiaire avait touché cette église mais n’avait pas explosé. Santa Chiara a été victime du même bombardement en 1943, mais avec beaucoup moins de chance parce que l’église a brûlé, et les fresques du merveilleux Giotto dont ses murs étaient couverts ont disparu dans l’incendie. La façade du bâtiment est presque la seule partie restée intacte. Les Jésuites du Gesù rendent grâce à Dieu d’avoir épargné leur église, sans doute alors Jésus était-il en froid, là-haut dans le Ciel, avec la vilaine sainte Claire, s’il a décidé d’y dévier les bombes incendiaires.

 

511b2 Naples, Santa Chiara

 

Comme on le voit sur la photo, l’église est un immense espace rectangulaire sans abside et à nef unique, avec dix chapelles s’ouvrant sur chacun des côtés de la nef. Ce choix d’architecture est caractéristique des églises du Midi. Le mur du chœur étant plat, il dégage une vaste surface sur laquelle on peut adosser des sépultures.

 

511c Naples, Santa Chiara, tombeau de Robert le Sage

 

511d Naples, Santa Chiara, tombeau de Robert le Sage

 

C’est ainsi que le roi qui a construit cette église, Robert d’Anjou dit Robert le Sage, a son monument funéraire derrière l’autel, sur le mur du fond. Ce monument a été sculpté en 1343-1345.

 

511e Naples, Santa Chiara, sépulcre de Marie de Valois

 

Sur le côté droit se trouve la sépulture de Marie de Valois, réalisée en 1333-1338. En effet, cette église a été choisie pour être celle de la dynastie des Bourbons, branche d’Anjou, qui ont longtemps régné sur les Deux-Siciles. Elle a vu leurs couronnements, elle contient leurs restes. Nombreux sont ceux qui sont enterrés dans la première chapelle à droite du chœur, ainsi que dans la crypte.

 

512a Naples, Santa Chiara, cloître

 

Si l’église ne manque pas d’intérêt, en particulier pour la signification historique qu’elle porte, c’est surtout pour son cloître qu’elle vaut la visite. Même s’il est extrêmement désagréable d’y être suivi presque pas à pas par un gardien, comme si l’on voulait recouvrir de tags les fresques des murs ou emporter les carrelages décoratifs pour les coller au-dessus de son évier. Ce n’est même pas pour vous lancer un "No photo !" agressif, parce que la photo y est complètement légale et absolument autorisée.

 

Sur la photo ci-dessus, on sent l’ambiance de ce cloître, et l’on voit comment sont peints à fresque les voûtes et les murs, et on aperçoit comment côté jardin, sous les colonnades, les murets sont revêtus de carrelages.

 

512b Naples, Santa Chiara, cloître

 

512c Naples, Santa Chiara, cloître

 

Je ne montre ici que deux détails de fresques. Sur l’une, c’est saint François d’Assise qui prend la patte de son frère le loup, lequel avec lui est doux comme un agneau. Sur l’autre, c’est saint Onuphre (sant’Onofrio) dans le désert, là où il a vécu seulement vêtu de sa barbe et de ses cheveux. Nous avons vu son histoire lorsque nous avons visité le monastère qui lui est consacré à Rome, sur le Janicule, le 27 mars dernier.

 

512d Naples, Santa Chiara, cloître

 

512e Naples, Santa Chiara, cloître

 

Je me suis limité pour la nombre des peintures, parce que c’est moins original que ces carrelages, dont j’ai envie de montrer de nombreuses scènes. Ici, c’est la vie de tous les jours, sur la première vue on a une arche naturelle qui enjambe une calme rivière, sur le bord de laquelle un pêcheur trempe sa ligne, de même qu’un autre juché au sommet de l’arche, tout à droite et en haut de la photo. Deux autres sont en barque à rames près de la berge.

 

La seconde photo représente un paysage de collines plus accidenté, un chien qui bondit devant un chasseur fusil sur l’épaule, un homme qui se promène en donnant la main à son jeune fils, à gauche deux autres discutent.

 

512f Naples, Santa Chiara, cloître

 

Ici, nous sommes dans une atmosphère beaucoup plus exotique. Je ne sais pas où exactement ni pourquoi, mais on distingue, devant une grande tente au tissu à larges rayures colorées, un homme en djellaba parlant avec deux hommes à la peau brune et vêtus d’un pagne minimum. Les arbres, eux, n’ont pas l’air exotiques. Peut-être s’agit-il d’une représentation de la région où nous sommes, mais à l’époque de la domination sarrasine. Simple hypothèse de ma part.

 

512g Naples, Santa Chiara, cloître

 

Des îlots montagneux, une terre ravinée, un seul arbre bien maigre et couché par le vent, j’ai l’impression que nous sommes loin de Naples vers le nord et que ces îles montagneuses ne sont pas Ischia ou Capri. Mais sans doute cette galère vient-elle apporter d’Italie son chargement humain ou ses denrées manufacturées.

 

512h Naples, Santa Chiara, cloître

 

Nous sommes revenus en Campanie. Au loin, derrière la maison, on reconnaît les hauts cyprès effilés du midi méditerranéen. Les vêtements sont ceux d’ici à la campagne dans les siècles passés. Un gamin grimpe au mât de cocagne, tandis que plusieurs hommes le montrent du doigt et qu’un autre enfant, assis au sol, le regarde avec admiration ou envie.

 

512i Naples, Santa Chiara, cloître

 

Le Vésuve a enseveli ses alentours à de nombreuses reprises ; au nord de Naples, aux Champs Phlégréens, une haute colline a surgi de terre en 1538 suite à de violents tremblements de terre et à une éruption volcanique ; quand la terre bouge d’énormes quartiers de falaises s’effondrent dans la mer, les raz de marée sont la conséquence de ces mouvements multiples et provoquent des naufrages. Cette vue montre un navire en train de sombrer dans d’immenses vagues tandis qu’un bloc de falaise se détache et tombe dans la mer, au pied d’un château moyenâgeux. Sur la côte, deux hommes contemplent le désastre. Ces carreaux sont hélas en assez mauvais état.

 

512j Naples, Santa Chiara, cloître

 

Mais ce n’est pas tout. Un cloître, c’est un portique autour d’un jardin, mais il y a jardin et jardin. Celui-ci est coupé par deux allées qui se croisent à angle droit en son centre, pour dessiner symboliquement une croix. Et ces allées sont bordées de colonnes et de murets, le tout également décoré de carrelages. Tout du long, sous les murets et à la croisée des allées, des bancs permettent de se reposer (pas pour les visiteurs).

 

512k Naples, Santa Chiara, cloître

 

Voici une scène de village. Plusieurs maisons, une table dressée sur laquelle quelqu’un apporte des plats, un musicien avec sa mandoline, un homme et une femme qui dansent, et là-haut, sur le toit, un chat noir se promène et observe la scène.

 

512L Naples, Santa Chiara, cloître

 

Ailleurs, c’est un jardin bien ordonné, des carrés délimités, au fond une fontaine. Là, les gens travaillent. Cela ressemble à un jardin de plantes médicinales comme on les représente dans les monastères au Moyen-Âge, et comme c’est la mode de les reconstituer. Sauf erreur, il y en a un à Villandry, dans ce château de la Loire.

 

512m Naples, Santa Chiara, cloître

 

Mais ce que je trouve le plus amusant –et là je préfère cadrer sur un petit détail de la scène pour que ce soit bien visible– c’est cette religieuse au bord du bassin d’une fontaine qui apporte dans un panier de la nourriture pour des chats. Eux sont nombreux, l’un s’agrippe indiscrètement à sa robe, un autre est dressé sur ses pattes de derrière pour attraper au vol ce qu’elle leur lance, trois sont en train de manger au sol ce qu’ils ont pris, tandis qu’un retardataire arrive en courant.

 

Ces scènes, faites des petits riens de la vie quotidienne, des travaux agricoles, des moments de détente ou de fête, de personnages ou de lieux exotiques, d’aventures ou de catastrophes, sont toutes remplies de détails saisis sur le vif, de mouvement, parfois d’humour, et le tout est varié, coloré, ce sont de véritables petits tableaux. Nous restons là… jusqu’à ce qu’on nous mette dehors.

 

513a1 Naples, San Domenico Maggiore

 

San Domenico Maggiore. Nous sommes déjà passés plusieurs fois devant cette église, nous avons même pris un café à une terrasse installée sur la place, face à un bâtiment de l’université, mais nous n’avons pas visité l’intérieur.

 

513a2 Naples, San Domenico Maggiore

 

Pourtant, rien qu’à voir sa façade, on se rend compte qu’elle est originale. Cette grosse tour hexagonale, son entrée sur le côté au haut d’un escalier, décalée par rapport à la nef, le panneau en bas qui dit qu’elle a été construite de 1283 à 1324, tout cela nous incite à aller la voir de plus près. Et puisqu’elle ne ferme pas aussi tôt que le cloître de Santa Chiara, allons-y.

 

513b Naples, San Domenico Maggiore

 

L’unique entrée de l’église est donc latérale. On accède d’abord à cette chapelle, qui sur son flanc droit donne sur le bas du bas-côté gauche de l’église.

 

513c Naples, San Domenico Maggiore

 

513d Naples, San Domenico Maggiore

 

Et l’on débouche dans la nef. De l’extérieur, on a l’impression que c’est une petite église. Il n’en est rien. Au bout, l’architecture de l’abside est typiquement dans le style de la période angevine, et dans le chœur l’autel –qui date de 1652– est flanqué de deux chaires. Le violent tremblement de terre de 1688 a fortement endommagé l’autel et les chaires, et la restauration qui a suivi a donné lieu à une décoration nouvelle, qui n’a pas tenté de restituer l’ancienne, d’où un style mixte.

 

513e Naples, San Domenico Maggiore

 

513f Naples, San Domenico Maggiore

 

Au-dessus de l’autel de cette chapelle on aperçoit le crucifix, ou plutôt la représentation peinte de Jésus crucifié, dont je mets aussi une photo en gros plan. Voici le texte d’un panonceau d’information placé devant lui (je le reproduis textuellement, en italien, parce que sa traduction tombe sous le sens) : "Prodigiosa immagine di Gesù crocifisso che parlò a san Tommaso d’Aquino".

 

513g Naples, San Domenico Maggiore

 

Pietro Cavallini (1273-1321), peintre romain arrivé à Naples en 1308, a pris leçon pour construire son langage pictural sur Giotto, et il a certainement connu l’activité de Cimabue à Rome. En 1309, le cardinal Brancaccio lui commande la décoration à fresque de la chapelle qu’il a acquise dans cette église. Sur la fresque que j’ai choisie pour cette photo, on voit la "Crucifixion de saint André et le préfet Ægeas étranglé par le démon". Après avoir vu à Rome tant de représentations de ce supplice sur des "croix de saint André" en X, je suis étonné de cette croix de forme traditionnelle, comme celle du Christ et des deux larrons, ou même celle de saint Pierre qui était identique mais tête en bas. Cela dit, l’atmosphère dramatique est excellemment rendue avec cette grande robe noire dont est revêtu André ligoté sur sa croix, cette terre noire et ce ciel sombre, ce gros rocher marron foncé, et le démon, bien sûr. Le soldat, à droite, avec sa tunique claire, sa cape de couleur vive, rappelle les teintes de la vie, celle du bâtiment, et aussi celle des anges qui accueillent le saint au Paradis. Mais il est effrayé de ce qui se passe, il est le bourreau ou celui qui a commandé les bourreaux sur ordre du préfet. L’expressivité du personnage est remarquable. Je le cite lui, parce qu’il est plus difficile de rendre, en peinture, ce genre de sentiment que la souffrance du supplicié, ou la mort du préfet étranglé.

 

513h Naples, San Domenico Maggiore, sacristie

 

Terminons notre visite de San Domenico Maggiore avec un petit coup d’œil à la sacristie, qui est traitée comme une chapelle, avec un autel.

 

513i Naples, Goethe dans galerie Umberto

 

Après cette visite, nous retournons vers un quartier que nous connaissons bien pour y être allés souvent et que nous aimons bien, celui du théâtre San Carlo et du palais royal. Nous avons aussi à aller dans la galerie Umberto I parce que là se trouve une boutique de notre marque de carte SIM et nous allons pouvoir acheter des unités pour notre téléphone italien. Bien souvent nous avons traversé cette galerie, mais jamais encore nous n’avions remarqué une plaque située très haut et qui dit que là, dans des rues désormais démolies et qui faisaient face au Vésuve, se trouvait la maison où Goethe a habité en 1787. Il a donc fallu détruire ces rues pour ouvrir cette galerie un siècle plus tard (l’inauguration date de 1890). Nous avons visité deux fois l’appartement de Goethe à Rome, nous foulons aujourd’hui cette galerie là où il a habité à Naples, voilà une belle conclusion pour notre journée.

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Published by Thierry Jamard
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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 01:31

Nous allons, aujourd’hui, faire quelques allées et venues par les rues de Naples. Nous avons quitté Pompéi après le déjeuner, puis nous avons pris notre temps pour marcher à travers la ville, ce qui fait que nous ne visiterons pas les monuments devant lesquels nous passons, le cloître de Santa Chiara et la chapelle Sansevero. Pour ces visites, nous reviendrons un autre jour.

 

510a Naples, place Bellini, murs grecs

 

Passant place Bellini, nous voyons ces fragments de murs sous le niveau du sol de la place. Ce sont des restes des murs grecs qui entouraient la ville au quatrième siècle avant Jésus-Christ. Nous sommes donc ici en bordure de la Naples grecque, Spaccanapoli.

 

510b1 Naples, via San Sebastiano

 

Nous avons beau entrer maintenant dans la Naples plus récente, puisque cette via San Sebastiano se trouve au-delà de la piazza Bellini et de ses murailles, ce n’en est pas moins un quartier très ancien comme peut en témoigner l’étroitesse de la rue et son tracé courbe. Mais je lui trouve un aspect très sympathique. De toute façon, Naples est, à mon avis, une ville qu’il faut apprivoiser –ou par laquelle il faut se laisser apprivoiser– car, lorsque l’on débarque, on est choqué par les ordures répandues sur le sol, par les containers qui débordent (alors que la grève des éboueurs, qui a duré longtemps, est finie et bien finie), par les façades décrépies, par la circulation démente, par le bruit… Et puis, peu à peu, on est pris par le charme de la ville, et on finit par l’adorer. Je déconseille un petit voyage de deux ou trois jours, on en reviendrait déçu. Mais si l’on y séjourne une semaine, on en reviendra enthousiasmé.

 

510b2 Napoli, strada San Sebastiano

 

J’ai dit que cette rue s’appelait via San Sebastiano. Erreur. Ici, beaucoup de rues portent encore le nom de strada et non de via. À Rome, je n’ai pas vu une seule "strada", pas plus qu’à Gênes ou à Florence. À Naples, c’est au contraire fréquent, même si les deux plans dont nous disposons ne connaissent pas ce mot. Uniformisation oblige.

 

510c1 Naples, piazza San Domenico Maggiore

 

510c2 Naples, piazza San Domenico Maggiore

 

Nous voici à présent piazza San Domenico Maggiore. Au centre se dresse ce… ce monument. Je ne sais si l’on peut parler d’obélisque, ou de colonne. Il est dédié à saint Dominique.

 

510c3 Naples, piazza San Domenico Maggiore

 

Sur ce monument, quelques inscriptions. Mais surtout des sculptures, nombreuses, baroques, comme celle-ci.

 

510d Naples, Gesù Nuovo

 

Dépassant l’ensemble de Santa Chiara, nous arrivons sur la place de l’église du Gesù Nuovo. Ici se dressait le palais Sanseverino, construit au quinzième siècle. Puis, sur son emplacement, a été édifiée cette église, en en conservant la façade. Elle est très originale, en péperin, la pierre gris sombre du pays, taillée en pointes de diamant.

 

510e Napoli, Gesù Nuovo

 

En revanche, l’intérieur –qui ne manque pas de noblesse– ne brille pas par son originalité.

 

510f Napoli, Gesù Nuovo

 

Les murs de la sacristie sont intégralement revêtus d’ex-voto représentant les parties du corps guéries à force de prières (cela, nous l’avons déjà vu ailleurs à Naples), mais on voit sur ma photo un gros objet sombre qui en cache une partie et qui surmonte une plaque. Cette plaque dit que le 4 août 1943 cette énorme bombe incendiaire est tombée sur la chapelle Saint Ignace et sur la sacristie, mais qu’elle n’a pas explosé. Et les Jésuites, dont c’est l’église (ce dont on se serait douté, vu le nom), ajoutent leur gratitude à Dieu d’avoir épargné leur Jésus Nouveau et disent qu’ils méditent sur la folie de la guerre et sur la sainteté de la paix.

 

510g1 Naples, bâtiments universitaires, piazza San Domeni

 

510g2 Naples, bâtiments universitaires, piazza San Domeni

 

Ayant trouvé fort sympathique cette piazza San Domenico Maggiore avec son obélisque et son animation, nous y revenons pour nous attabler à la terrasse d’un café qui s’étale sur le pavé de la place. Cette animation, cette vie, sont données par cette foule d’étudiants qui sortent de ce grand bâtiment rouge et qui, au lieu de rentrer chez eux, restent à discuter entre eux devant la porte. Cela crée une ambiance jeune très sympathique. Une plaque indique "Université des études de Naples ‘l’Orientale’, palazzo Corigliano". Ce nom signifie-t-il que l’on y étudie les langues orientales ou n’est-ce que l’appellation du bâtiment, je l’ignore.

 

510h1 Naples, Degas, calatà Trinità Maggiore

 

510h2 Naples, Degas, calatà Trinità Maggiore

 

Et puis nous repartons vers Santa Chiara, le Gesù Nuovo, et nous allons finir notre promenade en descendant vers la mer, via la calatà Trinità Maggiore et la via Toledo. Et, au début de la calatà, cette plaque sur l’immeuble ci-dessus dit : "Ici, dans le monumental palais des Pignatelli de Monteleone, que le grand-père René Hilaire, parisien devenu napolitain, avait acquis pour sa famille, plusieurs fois a séjourné EDGAR DEGAS, gloire de la peinture moderne". Le reste est en français. N’ayant absolument pas souvenir d’avoir vu quelque part que Degas avait séjourné à Naples, en rentrant ce soir je me suis précipité sur Internet pour chercher des tableaux réalisés ici, car il me semble inconcevable qu’un grand peintre comme lui séjourne quelque part assez longtemps sans prendre ses pinceaux. Et en effet, j’ai trouvé une Vue de Naples, qui est conservée à la Bibliothèque Nationale à Paris. Cela confirme mon inculture, hélas. Mais je suis heureux de me cultiver, comme quoi il n’est jamais trop tard pour apprendre.

 

Après avoir contemplé la mer, nous regagnons la gare centrale, puis Pompéi.

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Published by Thierry Jamard
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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 01:02

En France, les rois ont résidé dans ce qui est aujourd’hui le Palais de Justice de Paris, puis au Louvre, c’est-à-dire au cœur de leur capitale. Mais il y a eu aussi Fontainebleau, Saint-Germain où est né le futur Louis XIV, et bien sûr Versailles. De même, à Naples, il y a les palais qui se trouvent au sein de la ville, mais également Caserte. Il convenait aussi de disposer d’une résidence assez éloignée du Vésuve pour pouvoir s’y replier rapidement en toute sécurité. C’est là que nous nous rendons aujourd’hui.

 

509a1 Caserta, course cycliste

 

509a2 Caserta, course cycliste

 

Lorsque nous quittons l’autoroute, selon le GPS nous devons aller tout droit et nous arriverons bientôt au château, mais des policiers interdisent la grande rue qui traverse la ville, et nous dévient vers de petites rues où notre véhicule de sept mètres de long et plus de deux mètres de large a bien du mal à se faufiler entre les voitures qui –Italie oblige– se garent des deux côtés, en toute illégalité. Et puis finalement cette déviation improvisée nous fait retomber sur la rue principale un peu plus loin. Des motards de carabiniers, excédés par les erreurs de leurs collègues de la police municipale, nous font signe de les suivre, et vite, vite, vite. Puis ils montrent une espèce de cour où nous devons nous garer de toute urgence. En fait, il s’agit d’une course cycliste, et pas n’importe laquelle : c'est le Giro d'Italia. Notre parking pourri est juste après une courbe, et de l’entrée nous avons une vue sur la venue des coureurs, sur leur virage, puis ils passent devant nous à deux mètres et enfin nous pouvons les suivre de dos. L’endroit est idéal. Hélas, je ne suis pas un passionné de cyclisme ; aussi suis-je incapable de reconnaître les coureurs. Ce soir, sur Internet, je trouve quelques photos de l’épreuve et quelques photos de coureurs, mais j’aurais bien voulu savoir qui était en tête, le maillot rouge à manches blanches, hélas il n’est sur aucune des images que j’ai trouvées. Pour qui aime ce sport, je mets une photo de l’échappée au moment où les coureurs se penchent pour prendre le virage et une du peloton qui suit à environ 2 minutes (je n’ai pas eu le réflexe de chronométrer).

 

509b1 Caserta, palais royal

 

509b2 Caserta, palais royal

 

Natacha, qui n’avait absolument rien à faire des coureurs, a préféré préparer le déjeuner. Un peu tôt, mais au moins ce sera fait, et elle aura mis à profit cet arrêt obligé. Car l’attente des coureurs, la course, la caravane du tour, tout cela a bien duré 45 minutes avant que l’on puisse repartir. Et nous voici devant ce château. Intelligemment, la municipalité (ou l’État ?) a prévu un parking souterrain à proximité immédiate, assez haut pour accueillir bus de tourisme et camping-cars.

 

C’est Charles de Bourbon (Charles V de Sicile, Charles VII de Naples, Charles III d’Espagne… tous ces numéros-là pour un seul homme, mais rien que des impairs) qui a construit ce palais, dont l’architecte a été le fameux Vanvitelli. C’est que depuis Versailles, bien des souverains ont voulu copier Louis XIV. Il y a eu, évidemment, Pierre le Grand à Saint-Pétresbourg, mais le royaume de Naples aussi a voulu son Versailles. Et puis le royaume des Deux-Siciles est lié à celui d’Espagne, et Charles pensait aussi au palais royal de Madrid. La construction s’est étalée de 1752 à 1780.

 

509c1 Caserta, palais royal

 

Les jardins sont réputés splendides, aussi prenons-nous notre billet groupé château et jardins. Nous commençons la promenade, mais le parc est immense, il y a plusieurs kilomètres à parcourir avant d’arriver aux fontaines. Nous marchons, mais un petit bus électrique passe à notre portée, nous le prenons pour gagner du temps. Et voilà qu’il commence à pleuvoir. Quand, dix minutes plus tard, il nous dépose au bout du parc, ce sont des trombes d’eau qui se déversent sur nous. Et avec un vent qui fait qu’aucun parapluie ni aucun imperméable ne peut nous protéger. En regardant ma photo de près, on voit les traînées de pluie, très denses et très obliques.

 

509c2 Caserta, palais royal

 

Trempés comme des soupes, nous renonçons à aller jusqu’à la grande cascade, qui doit en effet être magnifique lorsqu’elle n’est pas entr’aperçue à travers un épais rideau de pluie. Et pour la photo, c’est bien difficile. Nous essayons de nous abriter sous les arbres (malgré la violence, ce n’est pas un orage, il n’y a ni éclairs, ni tonnerre, donc pas de danger d’être foudroyé), mais le déluge transperce le feuillage, et ça dure, ça dure…

 

509c3 Caserte, palais royal

 

Enfin, le petit bus électrique se décide à repasser. Nous nous y précipitons. Il y a déjà trois personnes trempées qui s’y trouvent (il est minuscule, il ne comporte que six places). En arrivant, nous retirons nos imperméables trop perméables et nos pull-overs pour que nos chemises sèchent plus facilement. Fin de l’épisode jardins.

 

509d Caserte, palais royal, chapelle

 

La chapelle royale. Rien à voir avec la magnificence de la chapelle de Montecavallo à Rome, par exemple. Ni même, pour l’ampleur, avec la chapelle du palais de Naples où nous étions jeudi dernier (le 13). Mais les marbres du sol sont particulièrement somptueux.

 

509e1 Caserta, palazzo reale

 

 509e2 Caserta, palazzo reale

 

Nous empruntons le grand escalier pour accéder aux appartements. En haut, deux beaux lions de marbre nous attendent. Ils sont impressionnants. Aujourd’hui, il y a des classes avec leurs enseignants. Plusieurs gamins, sous l’œil de leur instituteur qui ne juge pas bon de les en empêcher, et devant les gardiens indifférents, montent sur le dos des lions, les chevauchent en leur donnant des coups de talon comme pour les éperonner, et se font photographier dessus par des gamines en admiration devant ces mâles qui affrontent des fauves. Je trouve que c’est peu de respect pour des œuvres d’art. Et tout à l’heure, en rentrant, quand nous avons commenté notre journée avec l’homme de l’accueil (nous sommes ici depuis si longtemps, vingt-six jours, que nous ne sommes plus des clients anonymes), il nous a dit "Oh, c’est amusant, justement mon fils était à Caserte cet après-midi avec son école". J’ignore s’il était concerné par ce jeu sur le lion...

 

509f Caserta, palais royal

 

Dans l’une des premières salles que nous visitons, nous voyons cette sculpture qui confirme la théorie freudienne de la puissance mâle. Le vainqueur met le pied sur sa victime, et l’homme terrassé tourne la tête pour regarder sous la jupette du puissant qui lui dit : "Hein, tu vois que je suis un mec !"

 

509g1 Caserta, palais royal

 

La salle du trône a été commencée en 1827, les travaux ont été interrompus lors de la mort du roi, ils ne reprendront qu’en 1839. La fresque du plafond, extrêmement longue et étroite parce que la salle est extrêmement longue (quoique pas si étroite que ça), représente la pose de la première pierre du palais. Elle date de 1844. Année de la naissance de Verlaine.

 

509g2 Caserta, palais royal, Achille et Hector

 

Parce que nous sommes dans le salon de Mars, la fresque du plafond se doit de représenter une scène en relation avec le dieu de la guerre. En 1815, Antonio Galiano y peint La Mort d’Hector et le triomphe d’Achille. Légende grecque, par conséquent mieux vaudrait parler du dieu grec Arès plutôt que du dieu romain Mars. Passons sur ce détail. De 1808 à 1815, les Bourbons se sont exilés à Palerme, parce que le royaume de Naples est tombé aux mains des Français, et c’est Joachim Murat qui assume les fonctions de roi de Naples, c’est lui qui a fait, à Naples, la piazza del Plebiscito et la façade du palazzo reale, et c’est aussi à lui que l’on doit cette salle.

 

509h Caserta, palais royal

 

Je montre les fresques des voûtes, mais pas leur environnement. Or les plafonds, autour des peintures centrales, ruissellent d’or. Ci-dessus, c’est une retombée de plafond sur les murs, dans un angle de la pièce.

 

509i Caserta, palais royal, salle de bains

 

Nous sommes dans les appartements de la reine. La coiffeuse avec un petit miroir, une belle baignoire de pierre, c’est certes beau mais pas exceptionnellement luxueux comme on aurait pu s’y attendre. Mais c’est un lieu intime, et il est évidemment plus chaleureux avec une certaine simplicité de décor que perdu dans un luxe excessif.

 

509j Caserta, palais royal, bibliothèque

 

Il y a trois bibliothèques en enfilade. Celle-ci est la première. Elle date de 1784, et nous la voyons aujourd’hui conforme à l’inventaire de 1799. On remarque, au-dessus des meubles de bibliothèque, des "vases à l’étrusque", comme dit l’inventaire, de formes diverses et (ce qui ne peut se voir sur ma photo) de décors variés.

 

509k1 Caserta, palais royal, crèche

 

509k2 Caserta, palais royal, crèche

 

509k3 Caserta, palais royal, crèche

 

N’oublions pas que nous sommes en Campanie, tout près de Naples, aussi ne pouvons-nous couper à la crèche. Ici aussi c’est très beau, plein de détails pris sur le vif. Je choisis ces trois images parce qu’elles sont significatives de la variété des sujets. On y voit le goût de l’exotisme avec ce cavalier africain dans son magnifique costume. On y voit le désir de montrer les productions régionales et, la Région étant bordée par la mer, bien des gens y vivent du produit de la pêche, aussi cet étal d’un marchand de poisson n’a-t-il pas été oublié. On y voit des scènes de genre, comme cette jeune femme sur son balcon, la traditionnelle corde à linge tendue devant la façade, et des draps jetés dessus. Et toujours, pour reproduire la réalité de la vie, des animaux familiers, un chat tenté par les poissons du marchand, un petit chien sur le balcon.

 

Il y a bien des salles à traverser, bien des tableaux à admirer, beaucoup de choses à voir. Nous avons passé l’après-midi entier et nous sommes quasiment les derniers à sortir. Pour rentrer à Pompéi, nous devons prendre l’autoroute de Naples, contourner la ville, et continuer en direction de Salerne. Or l’autoroute, entre Caserte et Naples, longe un grand centre commercial Carrefour, et un village de magasins d’usine. Natacha aime bien aller à Troyes, et moi aussi d’ailleurs c’est souvent là que je m’habille. Voyant ce centre, son cœur bat la chamade (une Troyes napolitaine !), nous devons absolument nous y arrêter. Le centre est tout neuf, il vient d’ouvrir. La présentation est très sympa, très jolie, très attrayante, mais en fait les prix ne sont pas très intéressants. À Troyes, il m’arrive de payer un costume de marque à 20% de son prix parisien. Ici, ce sont les rabais annoncés qui sont de 15 à 20%. Finalement, nous ne nous arrêterons qu’à la boutique Lindt pour déguster un chocolat chaud délicieux, à l’orange pour Natacha, à la cannelle pour moi, et pour repartir avec un sachet de chocolats.

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 03:22

Le Théâtre San Carlo de Naples est illustre. C’est en 1737 que le roi Charles de Bourbon, qui habitait le palais que nous avons visité hier, a souhaité disposer d’un théâtre où il pourrait se rendre directement par des couloirs, mais pas un théâtre intime réservé au strict usage de la Cour, un théâtre pouvant accueillir du public. Ainsi est né le tout premier théâtre lyrique d’Europe.

 

En 1816, un incendie le ravage, il faut le reconstruire. De cette reconstruction date la façade actuelle. Mais il a suffi de six mois de travail acharné pour que la première représentation ait lieu dans la nouvelle salle. Stendhal raconte la première… à laquelle il n’a pas assisté. Elle a eu lieu à la mi-janvier 1837, il est arrivé à Naples le 28 janvier. Qu’à cela ne tienne, il date artificiellement la réouverture du 12 février. "Voici enfin le grand jour de l’ouverture de Saint-Charles : folies, torrent de peuple, salle éblouissante. Il faut donner et recevoir quelques coups de poing et de rudes poussées. Je me suis juré de ne pas me fâcher, et j’y ai réussi, mais j’ai perdu les deux basques de mon habit".

 

508a Naples, théâtre San Carlo, la Veuve Joyeuse

 

Quant à nous, nous arrivons près de deux siècles plus tard, alors tricher d’un mois d’accord, mais de 193 ans c’est plus difficile. Et donc, sans prétendre assister à la réouverture, nous avons acheté deux places pour la représentation de La Veuve joyeuse, de Franz Lehàr, pour aujourd’hui parce que la représentation est assez tôt pour que nous ne manquions pas le dernier train vers Pompéi et nos pénates.

 

508b Naples, théâtre San Carlo, arrivée du public

 

Nous sommes suffisamment tôt pour voir arriver le public et jeter un coup d’œil au hall, aux couloirs, au fumoir, au bar. Les quelques touristes étrangers (très peu nombreux) se remarquent à leurs jeans alors que les Napolitains sont tous tirés à quatre épingles. Du fait de la nature de notre voyage, nous avons pu emporter dans la penderie toutes sortes de vêtements, comme pour les voyages d’autrefois quand les gens partaient pour une semaine avec trois malles et deux valises. Je dispose ainsi de plusieurs costumes, de chemises, de cravates. Et Natacha, cela va sans dire, a également pu choisir la robe adéquate. Chose curieuse, même si la représentation n’est pas à 21 heures, beaucoup de gens pourraient être libres en cette fin d’après-midi, un vendredi de surplus. Or il n’y a pratiquement pas de jeunes spectateurs. Une grande fillette avec ses parents, deux jeunes gens… Certes d’autres ont pu m’échapper, mais fort peu. Quant aux adultes, leur moyenne d’âge se situe assez haut, car les moins de 50 ans sont rares, et les plus de 70 sont majoritaires. Le public napolitain boude-t-il ce genre d’opérette ?

 

508c Naples, théâtre San Carlo

 

508d Napoli, teatro San Carlo

 

Stendhal : "Même impression de respect et de joie en entrant. Il n’y a rien en Europe, je ne dirai pas d’approchant, mais qui puisse même de loin donner une idée de ceci. Cette salle, reconstruite en trois cents jours, est un coup d’État : elle attache le peuple au roi plus que cette constitution donnée à la Sicile, et que l’on voudrait avoir à Naples, qui vaut bien la Sicile. Tout Naples est ivre de bonheur. […] La salle est or et argent, et les loges bleu de ciel foncé. Les ornement de la cloison, qui sert de parapet aux loges, sont en saillie : de là la magnificence. Ce sont des torches d’or groupées, et entremêlées de grosses fleurs de lys […]. Les loges n’ont pas de rideaux et sont fort grandes. Je vois partout cinq ou six personnes sur le devant".

 

508e Napoli, teatro San Carlo

 

"[…] Rien de plus majestueux et de plus magnifique que la grande loge du roi, au-dessus de la porte du milieu : elle repose sur deux palmiers d’or de grandeur naturelle ; la draperie est en feuilles de métal d’un rouge pâle ; la couronne, ornement suranné, n’est pas trop ridicule". Puisque Stendhal décrit tout par le menu, j’ai préféré lui laisser la parole pour commenter ce que l’on voit. À part ce qu’il dit de la draperie en feuilles de métal, car (du moins d’après mon guide) ces draperies de la loge royale sont en papier mâché pour les alléger.

 

508f Napoli, teatro San Carlo

 

Pour prendre cette photo, je me suis rendu dans la loge royale pendant l’entracte, alors qu’elle avait été désertée par ses occupants. De là on peut voir que la salle va en s’évasant en fer à cheval, ce qui n’est pas idéal pour la vue depuis les loges. En effet, dans notre loge située sur le côté gauche relativement près de la scène, nous étions tournés légèrement vers le fond de la salle, et la loge située à notre gauche nous cachait l’extrémité gauche de la scène. Mais l’acoustique de la salle est excellente.

 

508g Napoli, teatro San Carlo, La Vedova Allegra

 

508h Naples, théâtre San Carlo, La Veuve joyeuse

 

Quant au spectacle, sur cette très vaste scène qui a permis tous les types de ballets, il était bien joué et bien interprété. Les rôles principaux, notamment, étaient tenus par d’excellents chanteurs, voix agréablement timbrées, et leur jeu plein d’humour rendait bien l’esprit de l’opérette. Du moins après un moment d’échauffement, le début étant un peu lent.

 

Lors du spectacle de Romacavalli, à Rome, le 9 avril, nous avions été frappés par le peu d’ardeur du public pour applaudir et manifester sa satisfaction. Et ici, avec ce public différent puisque napolitain, je fais la même remarque. C’était amusant, enlevé, bien chanté, et les applaudissements ont été corrects pour remercier les interprètes, mais pas enthousiastes, loin de là. D’ailleurs les acteurs étaient encore en train de saluer que la moitié de la salle était déjà debout en train de sortir. Il est vrai que cela tenait peut-être en partie à l’âge du public. Je dis "en partie" seulement, parce que je ne suis plus adolescent depuis déjà… quelque temps, et la paume de mes mains me brûlait à force d’applaudir, et cette nuit, après plusieurs heures, je la ressens encore.

 

508i Naples, théâtre San Carlo, La Veuve joyeuse

 

Quand elle vient à son tour saluer, tout de rouge vêtue jusqu’aux longues mitaines, on voit combien elle est allegra, la vedova ! Puisque nous nous parlons dans un sabir que nous appelons de l’anglais, Natacha et moi, cela me frappe de constater que l’anglais widow est plus proche de l’italien vedova que du français veuve alors que généralement les mots d'origine latine en anglais ont été introduits par le français, langue officielle pendant des siècles. Et j’ajoute un merci pour le prof d’anglais qui, il y a cinquante ans, m’a fait apprendre par cœur ce poème de Shelley qu’à l’époque je trouvais parfaitement grotesque "A widow bird sat mourning for her love Upon a wintry bough ", sans quoi je ne saurais pas aujourd’hui comment dire "une veuve" en anglais. Ce serait une lacune impardonnable.

 

508j Naples, théâtre San Carlo, sortie du public

 

Il ne nous reste plus qu’à regarder sortir les derniers spectateurs, et à rentrer. À rentrer ? Non, car Pierre et Donatine, les amis sympathiques que nous nous sommes faits grâce à ce blog, nous ont conseillé la cafétéria Gambrinus, à deux pas du théâtre. C’est l’occasion d’aller y goûter le café et les gâteaux. Et il est vrai que l’adresse est excellente, nous confirmons tous deux. Nous y retournerons.

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 02:57

507a1 Napoli, Palazzo Reale

 

 Hier nous sommes venus au Palais Royal, nous n’avons pas voulu le visiter et avons décidé de revenir le lendemain… aujourd’hui.

 

507a2 Napoli, Palazzo Reale

 

Tout de suite, nous pouvons apprécier l’ampleur de ce palais qui date de l’an 1600. Nous sommes à l’époque où le royaume de Naples est administré par un vice-roi d’Espagne. Ce vice-roi est don Fernando de Castro, comte de Lemos et le palais qu’il construit pour être la résidence du vice-roi est donc construit comme palais royal, puisqu’il représente le roi. Depuis, il n’a cessé d’être occupé par les vice-rois d’Espagne puis d’Autriche, et quand en 1734 le royaume de Naples devient autonome, ce sont les Bourbons qui y habiteront (avec la parenthèse Murat qui s’y est installé lui aussi) jusqu’en 1860 lorsque Naples perd son statut de capitale avec l’intégration au royaume d’Italie. Il reste cependant résidence périphérique, et la cour de Savoie y habite. C’est d’ailleurs dans ses murs que naîtra le futur Victor Emmanuel III, celui qui se pliera à la dictature fasciste de Mussolini, celui qui régnera durant la Seconde Guerre Mondiale, et qui aura été le dernier souverain régnant sur le pays puisque seulement quelques semaines après son abdication en faveur de son fils Humbert II c’en sera fait de la monarchie. Et en 1946, le royaume d’Italie devient république.

 

507b Naples, Palais Royal

 

Dès l’entrée, près de l’escalier, seule dans cet immense hall, cette sculpture d’un homme assassiné est privée de tout commentaire. Je suppose qu’il est une allusion à un crime réel, peut-être à celui de Matteotti, député socialiste qui, en 1925, s’était élevé contre les méthodes des fascistes et de leur chef de file Benito Mussolini, allant jusqu’à réclamer l’invalidation des élections dans toutes les circonscriptions du pays. Enlevé puis poignardé à mort, sur ordre de Mussolini, ou avec sa complicité, ou indépendamment de lui, c’est ce que n’ont prouvé ni le procès qui a suivi (on le comprend aisément), ni le nouveau procès qui a eu lieu après la guerre et la fin du régime fasciste. Je parle de tout cela, mais peut-être cette sculpture n’a-t-elle aucun lien avec l’assassinat de Matteotti.

 

507c1 Napoli, Palazzo Reale

 

507c2 Napoli, Palazzo Reale

 

La visite est à la fois celle du palais royal en tant que tel, enfilade de pièces magnifiques où ont été conservés en place certains meubles et certains objets décoratifs, et celle de la pinacothèque, le palais ayant été partiellement transformé en musée.

 

507d Napoli, Palazzo Reale

 

Dans cette salle, avec une vraie machine agricole de l’époque sont exposées six toiles de Francesco Celebrano (1729-1814), un peintre napolitain. Les tableaux sont sur le thème des travaux de la campagne à travers les saisons.

 

507e Napoli, Palazzo Reale, Sancio Pancia

 

Dans une autre salle sont réunis dix-neuf tableaux exécutés par quatre peintres différents, représentant des épisodes du célèbre roman espagnol de Cervantes, Don Quichotte. Il s’agit de cartons pour la réalisation de tapisseries des Gobelins destinées à recouvrir des sièges pour le palais royal de Caserte, en dehors de Naples. Ces sièges seront réalisés vers 1815. Je choisis ici deux de ces tableaux. Le premier représente Sancho Pança que l’on fait sauter dans un drap. Il est de Giovan Battista Rossi, actif à Naples de 1749 à 1782.

 

507f Naples, Palais Royal, Don Quichotte contre un lion

 

L’autre, qui est de Giuseppe Bonito (1707-1789), représente Don Quichotte luttant contre un lion. Il est évident qu’il ne faut pas, sur ma photo, chercher le lion qui n’existe pas plus que les moulins à vent ne sont des chevaliers. Il croit voir en face de lui un animal féroce, mais ce n’est qu’un inoffensif petit chien.

 

507g Naples, Palais Royal

 

Parmi les autres œuvres, beaucoup trop nombreuses pour que je puisse en évoquer ne fût-ce qu’une par salle, je vais en sélectionner juste deux au total. Ci-dessus, Grande bourrasque en Mer du Nord est une huile de Villes Joenshon datée de 1830. J’aime cette mer démontée, la transparence gris vert des vagues, la tornade qui tourbillonne au fond, les deux navires violemment secoués, et la falaise blanche sur la droite.

 

507h1 Naples, Palais Royal, mort du Tasse

 

507h2 Naples, Palais Royal, mort du Tasse

 

À Rome, nous avons vu la tombe du Tasse au monastère de Sant’Onofrio le 27 mars. Nous irons un de ces jours nous balader à Sorrento, qui est près d’ici, et où il est né, où il a longtemps vécu. Je ne pouvais manquer de montrer ici ce tableau daté de 1834, signé de Franz Ludwig Catel (Berlin 1778 – Rome 1856), et qui représente La Mort de Torquato Tasso. Nous sommes donc sur le mont Janicule, avec ce vaste panorama sur Rome à nos pieds, mais il est difficile de reconnaître les lieux aujourd’hui à cause de l’urbanisation qui a suivi l’unification de l’Italie, donnant à Rome le statut de capitale nationale.

 

507i Naples, Palais Royal, chapelle royale

 

Nous passons aussi par la chapelle du palais. Très large –presque aussi large que longue–, flanquée de deux bas-côtés, elle est de forme très rare pour ce genre de chapelle.

 

507j1 Naples, Palais Royal, crèche

 

507j2 Naples, Palais Royal, crèche

 

L’une des spécialités de Naples est la représentation de la crèche, comme je l'ai dit ici même le 11 mai au sujet de celles que nous avons vues à la chartreuse Saint Martin. Même si l’on a continué jusqu’à nos jours à façonner des personnages qui sont autant d’œuvres d’art, c’est du quinzième au dix-huitième siècles que s’est développée cette tradition. Au début, les personnages étaient en bois, mais à partir du dix-huitième siècle on façonne de très fins visages en terre cuite avec des yeux de verre. Puis la Sainte Famille est située près de ruines d’un temple antique, résultat d’une mode née de la découverte des villes englouties de Pompéi et d’Herculanum et des fouilles qui peu à peu mettent au jour les bâtiments de l’époque romaine. À ce moment-là, la valeur religieuse de la crèche se perd, c’est un magnifique objet laïque que s’offre la riche bourgeoisie, ou même un peu plus modeste que s’offre la classe moyenne. On représente ses contemporains de la ville ou de la campagne dans tous les actes de la vie. On remarque aussi un goût particulier pour les scènes exotiques et les personnages orientaux.

 

507j3 Naples, Palais Royal, crèche

 

Le plus typique, outre la Nativité et les rois mages, bien sûr, c’est la taverne qui permet de voir une scène de la vie quotidienne, c’est aussi l’échoppe avec fromages ou charcuteries, en cire pour un modelé précis, qui permet de montrer les produits locaux. Je ferai l'impasse aujourd'hui sur cette scène fréquente etn intéressante parce que j'en ai déjà montré une l'autre jour. Je préfère donc une scène de genre comme celle-ci, où une femme européenne se déplace à cheval dans une foule orientale, sa monture conduite par un Noir. L’homme au visage de Caucasien, le Noir, la femme, trois situations, trois types, trois expressions… Une société, un monde.

 

507j4 Naples, Palais Royal, crèche

 

De même ici nous voyons deux femmes, deux Napolitaines qui se croisent dans la rue. L’une d’elles est en discussion avec un marchand ambulant noir, elle a sur le bras une pièce d’étoffe dont elle doit être en train de marchander le prix. D’autres tissus sont roulés sur l’épaule du vendeur ou pliés sur les bords de la caisse dans laquelle il les a apportées. Si dans les crèches de Provence certains santons s’éloignent un peu du strict sujet de la Nativité, comme le "ravi" du village ou les tenanciers d’une auberge, jamais ils ne sont aussi loin du sujet que ces scènes purement profanes. C’est que leurs auteurs ont beau être des artistes, ils mettent leur art au service d’une représentation sacrée, tandis que les Napolitains, à partir du dix-huitième siècle, cherchent avant tout à réaliser une œuvre d’art, et le sujet religieux n’en est plus que le prétexte. Et ce commentaire de ma part ne signifie pas que je retire une once de valeur aux crèches provençales ni aux crèches napolitaines. Elles ont deux fonctions différentes et deux buts différents.

 

Longue visite, petite promenade dans Naples et retour au bercail.

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 02:34

506a Naples, Galleria Umberto I

 

506b Naples, Galleria Umberto I

 

Nous allons nous promener dans la Naples monumentale. C’est d’abord, tout près du Palazzo Reale (que nous avons l’intention de visiter), la galerie commerciale chic créée en 1890 appelée du nom du roi Galleria Umberto I. Elle est en forme de croix, et l’une de ses quatre issues donne juste en face du célèbre théâtre San Carlo. Les boutiques y sont élégantes, mais ne vont pas jusqu’au luxe de la galerie Victor Emmanuel II de Milan. D’ailleurs, à Milan, dans cette galerie on boit un Coca-Cola pour le prix d’une coupe de bon champagne à Paris sur les Champs-Élysées, tandis qu’à Naples le prix est le même qu’ailleurs en ville, les tables sont en plastique sans nappe et le service n’est pas prétentieux. Cela n’empêche pas la galerie d’être sympa.

 

506c Napoli, Galleria Umberto I

 

506d Naples, Galleria Umberto I

 

Lorsqu’il fait jour (et c’est le cas de l’ouverture à la fermeture, en été), la galerie est éclairée par la lumière naturelle, car le plafond est une immense verrière aux fines armatures métalliques. Au centre, au point de rencontre des bras de la croix, les verrières viennent buter sur une autre verrière, en dôme circulaire. Le tout est à une hauteur vertigineuse, qui donne une réelle impression d’espace.

 

506e Napoli, Galleria Umberto I

 

Le sol est en mosaïque, et sous la coupole il représente les douze signes du zodiaque.

 

506f Naples, Panneau international

 

Cette photo n’est pas à proprement parler en rapport avec un haut lieu touristique. Mais je la publie ici parce que, voyant ce panneau non loin de la sortie de cette galerie, je trouve amusant que ce lieu soit indiqué dans toutes ces langues. Je ne peux vérifier la correction de l’expression en coréen ou en japonais, pas plus qu’en turc ou en danois. Mais je suis étonné parce que je n’ai jamais rencontré de panonceau "inodoro" en Espagne. Il est vrai que lorsque je vais dans ce pays ce n’est pas pour y traquer cette indication. Et une autre raison qui m’a fait prendre cette photo, c’est qu’il est bien rare que la Biélorussie de Natacha soit représentée, et là au contraire elle n’a pas été oubliée, elle est placée en plein centre (c’est le drapeau à deux bandes horizontales, large rouge et étroite verte, avec sur le côté gauche une bande verticale de broderie rouge).

 

506g1 Naples, palais royal

 

Nous arrivons au palais royal. Nous reviendrons le visiter bientôt (en principe, il est inscrit sur nos tablettes pour demain), aujourd’hui nous nous contentons de l’extérieur. Mais…tout là-haut, cela a beau être bien petit sur ma photo, on voit cependant que quelqu’un a ouvert le battant d’une fenêtre.

 

506g2 Naples, palais royal

 

Et voilà que quelqu’un sort sur le balcon. Qui peut ainsi sortir sur le balcon du palais royal et se permettre d’allumer une cigarette en public ? C’est… oui, sûr, c’est la reine… Vive la reine ! Vive la reine !

 

506h1 Naples, le port

 

(Nota bene : je pense que je suis tombé sur des carabiniers révolutionnaires anti monarchistes, parce qu’ils m’ont embarqué. J’achève cet article dans un cachot sombre et humide du Castel Sant’Elmo devant ma cruche d'eau et mon quignon de pain dur que je dispute aux rats). Jetons un coup d’œil sur le port. J’aime les ports parce que j’aime voir la mer, d’abord, mais aussi parce qu’il y a toujours de l’animation, et surtout peut-être pour la même raison qui poussait Gilbert Bécaud à aller "Dimanche à Orly, On voit s’envoler des avions pour tous les pays, tout l’après-midi, y a de quoi rêver". Et ici c’est la même chose, il y a les navettes pour les îles proches et aussi des paquebots et des cargos qui vont bien plus loin. Sans compter que nous avons en outre, en toile de fond, notre majestueux Vésuve qui joue avec les nuages, tantôt s’en coiffant, tantôt les enroulant à ses pieds, tantôt les regardant passer loin au-dessus de sa tête.

 

506h2 Naples, le port

 

Tiens, quand je dis qu’il y a des bateaux de tous les pays… celui-ci, ce géant, est un paquebot de croisière nommé ASUKA II, et son port d’attache est Yokohama. Non, ce n’est pas une banlieue de Naples. Et oui, cela fait rêver. Par où est-il passé ? A-t-il traversé le Pacifique vers les États-Unis, Panama, et puis Tanger et le détroit de Gibraltar ? Ou est-il parti vers l’ouest, passant au sud de l’Inde, puis remontant par la Mer Rouge vers le canal de Suez ? Avec une variante en faisant le grand détour du Cap de Bonne-Espérance et en rejoignant Tanger ? La croisière est-elle un tour du monde ? Longtemps nous restons en contemplation et en rêves. Natacha se moque bien des itinéraires et de la géographie, mais elle est aussi fascinée que moi par ce paquebot et par son origine (et plus que moi elle rêve du Japon).

 

506h3 Naples, le port

 

Infiniment moins exotique, certes, mais attirant quand même, le spectacle de l’arrivée de la navette de Capri. Accostage, hélice qui brasse l’eau, débarquement des passagers, cela nous retient un moment. Puis nous retournons un instant au navire japonais avant de rentrer à Pompéi.

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 02:11

505a Naples, Funiculaire

 

 Le train de Pompéi à Naples, le métro, et puis un funiculaire qui nous hisse sur le sommet du mont où se dresse le Castel Sant’Elmo. Au dixième siècle il y avait là une petite chapelle. En 1329, le roi Robert d’Anjou fit construire un fortin. Sur cette éminence, face à la mer, bien dégagé côté terre, dominant la ville, l’endroit est stratégique, aussi le vice-roi Don Pedro de Toledo fait-il renforcer au cours de son mandat (1532-1553) les défenses de la ville avec en particulier des murailles et des fortifications en étoile englobant l’ancien fortin de Robert d’Anjou. Longtemps on y a incarcéré des prisonniers considérés comme dangereux pour l’État, notamment des révolutionnaires, des républicains. Aujourd’hui, et depuis 1980, il s’y est installé des bureaux et une bibliothèque spécialisée. Ce n’est pas fermé, mais on ne visite pas.

 

505b Naples, Santa Chiara vue du Castel Sant'Elmo

 

En revanche, de là-haut, juste en face du château, on a une vue splendide sur toute la ville. Ci-dessous, on voit en particulier l’église Santa Chiara (où a été célébré San Gennaro le premier mai) avec à l’extrême gauche de ma photo la tour, et de l’autre côté le vaste rectangle de son cloître.

 

505c1 Napoli, Certosa di San Martino

 

505c2 Naples, Chartreuse Saint Martin

 

La Certosa di San Martino (la Chartreuse de Saint-Martin) a été fondée par le fils de Robert d’Anjou, Charles l’Illustre, duc de Calabre, en 1325, tout contre le fort. Pour les mêmes raisons topographiques qui font du mont un lieu hautement stratégique, c’est aussi un endroit très propice au recueillement et à la prière. Avec les Français en 1799 et l’instauration d’une république, les ordres religieux sont expulsés. En 1804 des Chartreux reviendront, mais moins nombreux. Et puis c’est Garibaldi, et dans le nouvel État la Chartreuse redevient bien public. On en fera un musée, que nous allons visiter maintenant.

 

505d Naples, Chartreuse Saint Martin

 

Nous pénétrons dans la cour. Déjà, c’est le calme derrière les hauts murs. L’aspect des lieux est à la fois simple mais tout à fait monumental et beau. Sur cette cour, à notre gauche s’ouvre une chapelle.

 

505e Naples, Chartreuse Saint Martin

 

505f Naples, Chartreuse Saint Martin

 

C’est la chapelle de Saint Jean Baptiste. Là, changement de décor. L’ambiance joue sur les marbres de couleur, il y a des fresques, des ors, des statues.

 

505g Naples, Chartreuse Saint Martin

 

La table de communion, elle, qui clôt le chœur, est très chargée, baroque. Comme le chœur et l’autel. On voit que la décoration de la nef et celle du chœur ne sont pas contemporaines l’une de l’autre.

 

505h1 Naples, Chartreuse Saint Martin, cloître

 

Il y a aussi le cloître. Bien sûr, dans un monastère. Il est vaste, clair, sans aucune décoration susceptible de distraire de la prière, mais pas de fresque non plus représentant des sujets susceptibles de l’inspirer.

 

505h2 Naples, Chartreuse Saint Martin, cloître

 

Aucune sculpture, à l’exception toutefois de ces crânes qui rappellent que "tu es poussière et tu retourneras en poussière", sans aller toutefois jusqu’aux extrémités des Capucins à Rome (Santa Maria della Concezione) qui créent des sculptures avec les vrais ossements de ceux d’entre eux qui les ont précédés. Et puis ces crânes sont le long d’une allée intérieure, et celui qui se contente de lire son bréviaire en suivant le portique tout autour n’a pas l’occasion de les voir.

 

505i1 Naples, Chartreuse Saint Martin, crèche

 

Dans le musée, une chose très intéressante à voir, ce sont les crèches. Naples a cette réputation d’avoir des crèches anciennes magnifiques, et plusieurs crèches entières, ainsi que de multiples personnages et animaux séparés, sont présentés dans des vitrines. Le réalisme, le souci du détail le plus petit, les vêtements de vrai tissu, les couleurs, la façon dont les personnages sont disposés, tout concourt à faire de ces crèches de véritables œuvres d’art.

 

505i2 Naples, Chartreuse Saint Martin, crèche

 

Cette femme qui tient une volaille embrochée porte une robe finement froncée au col, décorée de broderies et de galons dorés, et l’expression de son visage prouve que c’est une pièce unique, et non pas une quelconque poupée habillée.

 

505i3 Naples, Chartreuse Saint Martin, crèche

 

Quant à ce paysan, réalisé à la fin du dix-huitième siècle ou au tout début du dix-neuvième, en terre cuite polychrome, avec des yeux de verre pour leur donner la transparence et le brillant que ne peut rendre la terre cuite, il n’est pas seulement un merveilleux travail d’artiste, il est aussi un témoignage d’un type d’homme qui vivait dans la campagne napolitaine il y a deux cents ans, les pieds enveloppés de bandes en guise de chaussettes, un gilet lacé, une veste en cuir tanné à la maison. Il joue de la musique, ses vêtements, pour être rustiques, n’en sont pas moins en bon état, le tissu de son gilet est rayé, tout cela nous montre que ce n’est pas un clochard. Mais il est pauvre, comme l’étaient des dizaines de milliers de paysans en Campanie et dans tout le sud de l’Italie, et c’est ce qui explique les vagues d’émigration qui ont touché ces régions. Il y a des centaines de personnages, riches, aristocrates, bourgeois, paysans, gamins, hommes, femmes, vieillards, prêtres, et qui exercent toutes sortes d’activités. C’est merveilleux, mais je ne peux tout montrer…

 

505j Naples, Chartreuse Saint Martin

 

Au-dessus du portail d’entrée de la Chartreuse, un voit un bas-relief de saint Martin partageant son manteau pour en couvrir un pauvre. Je l’ai pris en photo. Mais ce n’était qu’une copie. L’original, le voilà. Il est au musée. L’écriteau dit qu’il est de Pietro Bernini (1562-1629). Non, non, ce n’est pas ce Bernini que l’on appelle Le Bernin, l’illustre peintre, sculpteur, architecte. Celui-là se prénomme Gian Lorenzo et ses dates sont 1598-1680. Y a-t-il un rapport entre eux, je l’ignore. Mais le premier pourrait à la rigueur être le très jeune père du second car il a 18 ans de plus que lui. Ce serait plus aisément un grand frère. Ou un cousin, un oncle, …une simple coïncidence de nom…

 

505k1 Naples, Chartreuse Saint Martin, carrosse

 

505k2 Naples, Chartreuse Saint Martin, carrosse

 

Dans une grande salle qui semble être un passage pour voitures fermé, il y a deux carrosses. C’est surtout le second qui est impressionnant, avec à l’arrière des roues plus hautes que moi. Et une décoration foisonnante démente.

 

505L Naples, Chartreuse Saint Martin, frégate 44 canons

 

Une section est réservée à des modèles de marine. Ici, une frégate de quarante-quatre canons fin dix-huitième siècle ou début dix-neuvième. L’ingénieur de marine français Jacques Noël Sané a dessiné des modèles de frégates, généralement armées de 28 canons, de 1781 à 1813. Pendant l’occupation française, Napoléon a envoyé l’ingénieur La Fosse diriger les chantiers navals de Castellammare di Stabia (la Stabies de l’Antiquité, où Pline l’Ancien a trouvé la mort dans l’éruption du Vésuve de 79 après Jésus-Christ). Cet ingénieur naval avait construit à Cherbourg, en 1798, une frégate identique à celle-ci.

 

505m Naples, Chartreuse Saint Martin, navire 19e siècle

 

Dans cette section du musée, il n’y a pas que des maquettes, il y a aussi des tableaux. Ici, c’est le Real Ferdinando en navigation dans les eaux du détroit de Messine. Le peintre est Salvatore Fergola (1799-1874). Du fait que c’est un "steamer" on pouvait deviner que ce navire était du dix-neuvième siècle. On voit aussi que dans le détroit de Messine la mer est agitée. Un de ces jours, pour passer en Sicile, nous affronterons ce détroit de seulement trois kilomètres de large.

 

505n Naples, Chartreuse Saint Martin, barque

 

Maquettes, tableaux, et aussi vrais bateaux. Hélas ce magnifique bâtiment de très grande longueur ne profite d’aucune explication. Rien, pas le moindre petit panonceau explicatif. C’est hélas sur cette constatation que nous quittons la Certosa San Martino.

 

505o Naples, en descendant de San Martino

 

Mais nous allons rester un long moment encore sur la place ombragée devant l’entrée, à contempler le paysage, ou plus simplement à goûter la douceur de l’air et à jouir de cette atmosphère calme et agréable. Puis nous ferons fi du funiculaire pour redescendre, préférant cheminer par les petites rues étroites en escaliers qui fleurent bon la province, dans cette ville qui a si longtemps été capitale. Et puis en bas, d’un seul coup, nous voici replongés dans cet enfer de voitures vrombissantes, de scooters qui se faufilent en débouchant on ne sait d’où, de motos qui grillent les feux et accélèrent dès qu’un centimètre s’ouvre devant elles. Ce n’est plus le même monde.

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 02:01

504a Vésuve, le cratère

 

 Aujourd’hui nous sommes montés au Vésuve. Les vulcanologues affirment que le Vésuve est encore en activité. Les dernières éruptions du Vésuve datent de 1717, 1766, 1794, 1822, 1861, 1906 et 1944. Ne prenez ni papier, ni crayon, je l’ai fait pour vous, cela signifie des intervalles de 49, 56, 39, 45 et 38 ans, soit une moyenne de 45,4 années. Or la dernière date de 65 ans… Mais tout au long de la promenade, nous avons vu que le monstre est truffé d’instruments de mesure qui avertiront quand il faudra évacuer.

 

504b Vésuve, le cratère

 

504c Vésuve, le cratère

 

Le bus pris sur la place, juste devant notre camping, nous mène à une altitude un peu inférieure à 1000 mètres. Puis nous pénétrons dans le parc national. À l’entrée, on nous propose un bâton taillé dans une branche droite et rigide, écorcée en haut pour ne pas irriter la main (gratuitement, un pourboire étant seulement suggéré lors du retour). Puis nous grimpons par un chemin bien tracé, bien protégé par une petite barrière lorsque l’on est le long d’un à-pic. La vue vers l’intérieur du cratère est grandiose et impressionnante.

 

504d Vésuve, le cratère

 

1281 mètres de hauteur alors que l’on est tout près de la mer, 330 mètres de profondeur vers le creux du cône, 550 mètres en moyenne de diamètre du cratère, c’est vraiment un géant impressionnant. On voit ici comment le volcan a recraché sa lave. La chambre magmatique, qui est le réservoir de lave susceptible de se déverser en X fois, fait 8 kilomètres de profondeur et s’étend sur 400 kilomètres carrés. Rien qu’en 1944, qui n’a pas été la plus forte éruption, loin de là, ce sont 21 millions de mètres cubes de lave qui se sont déversés.

 

504e Vésuve, roches

 

La promenade permet de voir quelques roches intéressantes. Certes, comme d’ailleurs en Auvergne, il y a des quartz, des améthystes, etc., mais il faut être capable de les reconnaître de l’extérieur, avoir un marteau pour briser ces pierres d’aspect vulgaire, et aussi avoir la chance de tomber dessus. Mais les spécialistes ont dénombré 230 minéraux différents, ils ont aussi recensé 150 espèces d’oiseaux dont certains migrateurs, 30 de mammifères, 10 de reptiles, 2 d’amphibies, ainsi que 906 espèces de végétaux. J’arrête là mais j’espère que vous avez suivi, je risque de faire une interro écrite.

 

504f1 Vésuve, fumerolles

 

504f2 Vésuve, fumerolles

 

Pour preuve que le volcan est encore en activité même s’il ne crache pas actuellement de laves ni de cendres, ce sont ces fumerolles à forte odeur de soufre qui s’échappent en permanence.

 

504g Naples, le pied du volcan

 

Arrivés au sommet du cône nous ne pouvons continuer et en faire le tour, c’est interdit. Mais il fait chaud, l’ascension a été facile mais un peu longue, il y a là une buvette qui propose le réputé vin cultivé sur les côtes du Vésuve dans ce terroir volcanique très particulier, le fameux Lacryma Christi, pour seulement 1,50 Euro le verre. Seul inconvénient, le verre… est en plastique. Boire du bon vin dans un gobelet en plastique, c’est décevant. Bah, on ferme les yeux et on déguste. Et puis il y a des tables et des bancs, nous déballons les victuailles que j’ai transportées dans mon sac à dos et nous cassons une petite croûte dans un décor somptueux, seulement obligés de fermer les yeux quand on saisit le gobelet.

 

504h Presqu'île de Sorrente et Capri

 

Quand on se tourne vers la gauche, on voit Sorrento et sa presqu’île qui limite le golfe de ce côté, et au fond, là-bas, c’est l’île de Capri. De l’autre côté de cette presqu’île, c’est ce que l’on appelle la Côte Amalfitaine, avec Positano, Amalfi, Ravello…

 

504i Baie de Naples

 

De l’autre côté, la baie se referme avec Herculanum, puis Naples. Et la grande île montagneuse d’Ischia. L’horizon est vaste et dégagé, le ciel est pur (nous avons guetté depuis le début de la semaine les informations météorologiques du site du volcan pour avoir non seulement un beau temps mais un ciel sans nuages pour jouir d’une large vue). Nous nous en mettons plein les yeux. Mais avouerai-je que cet impressionnant cratère, ses fumerolles, ses laves refroidies m’ont encore plus enthousiasmé que le paysage vers l’horizon ?

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 01:27

 

 

502a Naples, publicité

 

En descendant du train, nous allons attendre un bus place Garibaldi. Devant l’arrêt de bus, nous voyons cette excellente publicité : auprès de l’image de cette toute jeune femme, la légende dit "Grand-mère Irma, 68 ans. Elle boit de l’eau LILIA". Et puis "Jeunes depuis la jeunesse".

 

502b1 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Mais finalement nous nous mettons en marche, parce que nous pensons qu’à pied nous verrons plus de choses intéressantes que si nous allons vers le port en bus. Notre errance nous mène à cette église, Basilica Santa Maria del Carmine Maggiore. Le panonceau précise "XIIIe-XVIIe siècles".

 

502b2 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Une belle et noble nef, alors qu’à Naples la densité en églises est encore bien supérieure à celle de Rome. Je me demande comment ces églises pouvaient se remplir pour les célébrations, compte tenu du total des capacités rapporté à la population de la ville, même en supposant que tout le monde soit pratiquant régulier.

 

502b3 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

502b4 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Le plafond à caissons est extrêmement riche, plus encore, d’ailleurs, que la maçonnerie. Au milieu de ce plafond cette Vierge à l’Enfant est très belle, pleine de tendresse pour son petit Jésus qui joue avec son voile.

 

502b5 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Au milieu de ces sculptures baroques, cette icône est formellement très belle, les deux couronnes d’or sont très riches, mais elle ne me touche pas parce qu’elle n’exprime aucun sentiment. Ou du moins, je ne le ressens pas. Or il est très bien que la "Reine du Ciel" soit couronnée d’or, mais pourquoi ne pas la laisser être en même temps une femme qui porte son fils unique dans ses bras ?

 

502b6 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Au contraire j’aime bien ce saint Michel avec son visage d’adolescent, qui terrasse le démon grimaçant. Et puis n’oublions pas que c’est un archange, avec ses grandes ailes déployées. Et je trouve intéressante cette représentation dans une tenue de centurion romain.

 

502b7 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Sur le socle est gravé, en allemand et en italien : "Maximilien, prince héréditaire de Bavière, a élevé ce monument à un parent de sa Maison qui fut le roi Conradin, dernier des Hohenstaufen. 14 mai 1847". Ce Conrad ou Conradin n’a que deux ans quand, en 1254, son père meurt. Il devrait devenir roi de Sicile et de Jérusalem, duc de Souabe, roi des Romains. Mais son oncle Manfred le fait passer pour mort et se déclare roi de Sicile. Sa politique soutient à fond les Gibelins contre le pape et les Guelfes. À la demande du pape, Charles d’Anjou part en guerre contre Manfred qui est tué lors de la bataille de Bénévent, en 1266. Conradin, en 1268, à l’âge de seulement 16 ans, part en expédition contre Charles d’Anjou mais subit une cuisante défaite. Il prend la fuite, arrive sur la côte, va s’embarquer mais, tel Louis XVI à Varennes, il est reconnu, ramené à Naples et livré à Charles d’Anjou, qui décide de sa mort. Il est exécuté à deux pas d’ici, piazza del Mercato. Tout le monde est indigné, jusqu’aux partisans de Charles eux-mêmes. Vu son âge, il meurt sans descendance.

 

502b8a Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

502b8b Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

502b8c Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Dans deux pièces attenantes, les murs sont intégralement couverts d’ex-voto représentant la partie du corps qui a été guérie. On voit des cœurs, des poumons, des mains, des jambes, des torses, des bébés, mais il y a également des parties du corps que l’on ne peut montrer. Oh, les Étrusques, les Romains ne s’encombraient pas de ce genre de problème et nous avons vu dans divers musées des ex-voto de terre cuite représentant des sexes, tant masculins que féminins. Mais ici pas question, aussi y a-t-il des rangées d’hommes la main sur leur braguette ou leur vessie, je pense qu’il s’agit de problèmes de prostate (ou de maladie vénérienne, ou d'impuissance), et des rangées de femmes la main sur leur poitrine.

 

502c1 Naples, Castel Nuovo

 

Puis nous nous rendons près de la mer, au bout du port. Nous retrouvons Charles d’Anjou, car là se dresse le Castel Nuovo qu’il a fait construire de 1279 à 1282. Oui, ce fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, frère de saint Louis (Louis IX) était encore en vie. Né en 1227, il part en 1248 aux côtés de son frère saint Louis pour prendre part à la septième croisade, il a 41 ans quand il fait exécuter Conradin en 1268. Par son frère, il a été fait comte d’Anjou et comte du Maine, et par son mariage il est comte de Provence. Il réside en Provence et administre ses terres quand il est appelé à combattre Manfred en 1264. On a vu comment Manfred est tué à Bénévent en 1266, comment les derniers efforts de Conradin se soldent par un échec en 1268. Charles d’Anjou a conquis Naples, le pape lui en fait cadeau à titre de remerciement et c’est ainsi qu’il devient roi des Deux-Siciles.

 

Il souhaite donc se construire une résidence royale. Ce massif château avec ses grosses tours rondes rappelle le château d’Angers, et ce n’est pas un hasard parce que ce modèle a été voulu. Ce qui, évidemment, fait la différence, c’est l’usage du péperin volcanique gris ici et de l’ardoise bleue à Angers. Entre autres artistes, Giotto, Pétrarque, Boccace y séjournèrent.

 

502c2 Naples, Castel Nuovo

 

Ce qui frappe, c’est cet arc triomphal d’entrée, tout blanc et léger entre ces massives tours sombres. Il a été ajouté en 1467. Pas par Charles d’Anjou, qui aurait alors 240 ans (il est mort en 1285 à 58 ans).

 

502c3 Naples, Castel Nuovo

 

Cet arc est décoré d’une frise représentant de façon symbolique le triomphe d’Alphonse I en qualité d’empereur, assis sous un dais dans le char conduit par la Fortune. Son frère Jean cherche à lui succéder comme roi de Naples. Le royaume est passé aux Aragon espagnols quand en 1442 Alphonse V d’Aragon a triomphé de René d’Anjou. Il devenait ainsi Alphonse I de Naples. Il laisse son frère Jean de Calabre s’occuper des affaires d’Aragon. Quand Alphonse meurt en 1458, son frère devient Jean II d’Aragon, de Majorque, de Sardaigne, de Navarre et Jean I de Sicile, comte de Barcelone, de Roussillon et de Cerdagne. Mais le trône doit revenir non au frère mais au fils d’Alphonse, Ferdinand, et après quelque lutte Jean est contraint de quitter l’Italie. Ferdinand I, roi de Naples (c’est-à-dire de "Sicile continentale") se devait bien de dédier cette frise de triomphateur de Naples à son père.

 

502d Naples, Castel Nuovo

 

Ce château contient aussi un musée. Cette Vierge à l’Enfant en marbre est une œuvre de Domenico Gagini (1425-1492).

 

502e Naples, Castel Nuovo

 

L’une des salles du rez-de-chaussée est ornée de belles fresques. Ici, une scène de la vie de Sant’Antonio Abate, que je choisis d’une part parce que je la trouve belle, et d’autre part parce que nous avons vu défiler la statue de ce brave homme samedi dernier, le premier mai, dans la célébration de San Gennaro.

 

502f1 Naples, Castel Nuovo

 

Dans ce château à l’extérieur si austère, on est surpris de la magnificence de cette petite chapelle Palatine, toute d’or et de fresques.

 

502f2 Naples, Castel Nuovo

 

La chapelle a par la suite été dédiée à sainte Barbara. L’une de ces fresques exécutées du quatorzième au seizième siècles représente, pour cette raison, le martyre de sainte Barbara, victime de cette barbare amputation.

 

502g Naples, Castel Nuovo

 

Dans un hall à l’étage, cette statue de Charlotte de Habsbourg grandeur nature accueille le visiteur comme si réellement elle était vivante, en train de regarder pensivement par-dessus son épaule. C’est une œuvre de Francesco Jerace.

 

502h1 Naples, Castel Nuovo

 

502h2 Naples, Castel Nuovo

 

502h3 Naples, Castel Nuovo

 

La porte actuelle du château, sous le bel arc de triomphe blanc, est une copie de la porte originale, ici présentée au musée. Ferdinand d’Aragon, en 1462, a vaincu les barons rebelles, dont son oncle Jean de Calabre, comme nous l’avons vu. Pour immortaliser cette victoire, il commande en 1475 cette porte de bronze à l’artiste Guglielmo Monaco, qui y sculpte divers épisodes des combats. Mais la porte a connu des aventures rocambolesques. Charles VIII de France, à la mort de Ferdinand I en 1494, revendique le royaume de Naples contre les Aragon, en tant que descendant des Anjou. Il passe en Italie, franchit Florence, Rome et arrive à Naples en février 1495, mais là il se heurte à Ferdinand II et à une alliance de presque toute l’Italie (la Ligue de Venise). Il repart précipitamment pour la France. Son armée, restée à Naples, essaie de résister, mais doit finalement capituler en 1497, non sans avoir fait démonter et embarquer la porte de bronze sur un navire vers la France comme butin de guerre. La porte fut fixée verticalement sur le pont. Or, arrivée au large de Rapallo et de Portofino (promontoire au sud de Gênes), la flotte française est attaquée par les Génois, membres de la Ligue de Venise. Un boulet de canon génois frappe la porte et y reste fiché, deux autres y percent des trous mais ressortent du bronze. Les Génois prennent les navires français et tout le butin, et, honnêtement, en bons alliés, restituent à Naples sa porte volée. Nous sommes en 1498. On y a laissé en souvenir le boulet de fer qui s’y est encastré. La copie, à l’entrée, reproduit l’éclatement du panneau, mais pas le boulet.

 

502i Naples, Castel Nuovo

 

Cette gravure de Franz Wenzel représente l’entrée triomphale de Garibaldi à Naples, le 7 septembre 1860. La fin de la dynastie des Bourbons, la démocratie d’une monarchie constitutionnelle avec Victor Emmanuel, l’unification de l’Italie qui va reprendre une dimension internationale perdue, le brillant de l’épopée garibaldienne, tout cela est accueilli dans la liesse. Mais c’en est fait du rôle de Naples comme capitale. Une fois pris les États Pontificaux, c’est Rome, en 1870, qui devient capitale du royaume d’Italie. Naples est encore beaucoup plus grande et puissante, mais elle va décliner tandis que la nouvelle capitale va connaître une croissance exponentielle.

 

503a Naples, piazza Trieste e Trento

 

Nous continuons notre promenade. On voit ici l’entrée de la galerie Umberto I, derrière les colonnades sur la droite de ma photo. Nous voici piazza Trieste e Trento.

 

503b1 Naples, cyclistes

 

503b2 Naples, cyclistes

 

503b3 Naples, cyclistes

 

Puis c’est l’immense piazza del Plebiscito voulue par Murat qui a été roi de Naples à l’époque napoléonienne. Dans mon dos, le palais royal du dix-septième siècle, en face l’église néoclassique San Francesco di Paola dont l’inspiration a été prise au Panthéon de Rome, encadrée d’une colonnade incurvée en demi-ovale qui a l’air de vouloir imiter la colonnade du Bernin au Vatican. Tout cela est prétentieux mais manque de noblesse.

 

Aujourd’hui, la place est occupée par des centaines de cyclistes qui pédalent à qui mieux mieux sur place. Je n’ai pas l’explication de cette ardeur qu’ils développent plusieurs heures durant. Je suppose (mais sans aucune certitude) que les vélos enregistrent le nombre de kilomètres virtuels parcourus et que les participants ont obtenu le paiement par des sponsors d’une certaine somme au kilomètre. Ainsi, si je propose à un sportif de le sponsoriser à 30 centimes par kilomètre et qu’il en parcourt 65, je verserai 19,50 Euros, qui iront à une œuvre. Ce qui me laisse un doute, c’est qu’il n’y a sur la place et dans les parages aucun panneau informatif, aucune voiture d’organisme humanitaire, etc., définissant l’œuvre bénéficiaire.

 

503c Le Vésuve vu de Naples

 

Nous descendons vers la mer. La baie de Naples se referme. En regardant vers le sud-est, de l’autre côté Herculanum et les autres banlieues de Naples s’étalent au pied du Vésuve. J’aime la façon dont souvent le volcan coiffe sa masse noire de nuages, puis la ligne rouge des agglomérations, et au premier plan la mer. C’est particulièrement beau en fin d’après-midi.

 

503d Naples, Castel dell'Ovo

 

503e Naples, Castel dell'Ovo

 

Nous arrivons au Castel dell’Ovo, le Château de l’Œuf. C’est le plus ancien château de la ville, il date de 1128 comme construction autonome, mais là ne commence pas son histoire. En effet, en remontant au temps de la guerre de Troie, la sirène Parthénope tombe folle amoureuse d’Ulysse, mais lui ne répond pas à cet amour. Désespérée, elle se jette à la mer. Son corps viendra s’échouer ici même sur cet îlot. C’est là aussi qu’au sixième siècle avant Jésus-Christ des colons grecs venus de Cumes (colonie grecque depuis deux cents ans déjà) débarquèrent pour fonder une nouvelle ville, Néa-Polis, Napoli, Naples. Lucullus (115-57 avant notre ère), revenant d’Asie avec d’immenses richesses acquises lors de ses combats en Arménie et au Pont-Euxin, se fait construire ici une magnifique résidence où il donnera les festins qui ont fixé son nom dans l’Histoire (ici et aussi à Rome, là où est maintenant la Villa Médicis, Institut de France). Cet éperon rocheux a longtemps été un îlot mais il est à présent relié à la terre ferme par une étroite bande où est asphaltée la route que l’on voit sur ma photo. L’îlot ayant une forme d’œuf, peut-être est-ce l’explication du nom, mais on lui préfère généralement la légende (sans aucun fondement de textes de l’Antiquité) selon laquelle Virgile aurait dissimulé sur l’îlot un œuf enfermé dans une cage. Cet œuf devait, s’il n’était pas conservé, entraîner des catastrophes, voire la totale destruction de la ville. Légende, certes, mais à laquelle on crut dur comme fer. En effet, lorsqu’en 1370 le bruit courut que l’œuf s’était brisé, les Napolitains furent saisis d’une panique comparable à celle de l’an mil, tant et si bien que pour ramener le calme la reine Jeanne d’Anjou s’adressa solennellement au peuple pour affirmer que l’œuf avait été remplacé et que les pouvoirs magiques continuaient de s’exercer.

 

Charles II puis Robert d’Anjou restaurent et fortifient le château. Certains spécialistes pensent qu’il était à considérer davantage comme un bourg fortifié que comme un château autonome à proprement parler. L’endroit est très sympathique, quoique fortement équipé pour les touristes. Les restaurants s’y pressent, leurs terrasses s’étalant sur les petites places et le long du port. Ce petit port est sur son flanc est, c’est-à-dire à gauche sur la première de ces photos, et il a nom Santa Lucia. C’est lui le sujet de la célèbre chanson. La promenade est très agréable. Elle se poursuit en longeant la mer vers l’ouest tout en s’éloignant du centre. Cette promenade est ce que l’on appelle le Lungomare. Superbe. Si superbe que nous y restons jusque fort tard, obligés ensuite de foncer vers un arrêt de bus pour regagner la gare centrale avant le départ du dernier train pour Pompéi.

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 03:32

Hier, au palais royal de Capodimonte, nous nous sommes seulement promenés dans le parc. Aujourd’hui, on passe aux choses sérieuses. Nous allons visiter le musée. Pinacothèque, objets précieux, appartements royaux. Mais, comme d’habitude, NO PHOTO !!! Par conséquent, je n’ai pas grande envie de commenter ici du vide. Je me suis contenté de scanner quatre photos du gros livre que nous avons acheté à la librairie du musée. Désolé, le "grain" de l’impression apparaît, il est grossier, ce n’est pas beau, mais on peut avoir une petite idée de ce que représentent les tableaux.

 

501a Raphaël, Alexandre Farnese à Naples, Capodimonte

 

Je commence avec ce tableau de Raphaël, qui représente le cardinal Alexandre Farnèse, qui deviendra le pape Paul III (1534-1549). Le portrait est des alentours de 1509-1511. Il était né en 1468 (et, fait particulier, un 29 février, avec un anniversaire tous les quatre ans seulement…), il a donc environ 42 ans. Il est brillant, extrêmement cultivé, il aime les arts et favorise les artistes d’un généreux mécénat. Il vit dans l’ombre des Médicis, et sait comment utiliser sa relation pour favoriser ses ambitions. Il ne manquera pas non plus d’exploiter le fait que sa sœur Giulia soit la maîtresse du pape Alexandre VI Borgia (1492-1503).

 

501b Titien, Paul III à Naples, Capodimonte

 

Devenu pape, Paul III va jouer un rôle clé dans l’histoire de l’Église catholique. En effet, c’est lui qui crée la Compagnie de Jésus (les Jésuites) chargée du maintien et de la diffusion de l’orthodoxie catholique. Par ailleurs, il convoque le très fameux concile de Trente (1545) qui va réaffirmer la doctrine et donner naissance à la Contre-Réforme. Dans le domaine des arts, il commande à Michel-Ange le fresque du Jugement Dernier pour la Chapelle Sixtine et la coupole de la basilique Saint-Pierre. Quant à ce portrait, il est du Titien. Raphaël dans le passé, Michel-Ange et le Titien aujourd’hui, on voit que, lorsque je disais qu’il était amateur d’art, je ne mentais pas.

 

501c Titien, Paul III et ses petits-fils à Naples, Capodim

 

Encore un tableau du Titien. Le titre : Ritratto di Paolo III con i nipoti . Portrait de Paul III avec… Le mot "nipote", en italien, désigne au choix le neveu (la nièce) ou le petit-fils (la petite-fille). C’est un pape, ce doit être ses neveux. Hé non. Il a eu quatre enfants, Alexandre Farnèse. Mais que les âmes pieuses et rigoristes se rassurent, c’était avant d’être ordonné prêtre. Trois fils et une fille, avant de prononcer ses vœux de chasteté. Ce sont ici les deux fils de son fils Pier Luigi, duc de Parme, à savoir Alexandre Farnèse, donc homonyme de son grand-père, qui a été fait cardinal alors qu’il n’avait que quatorze ans, et Ottavio Farnèse. Remarquable diplomate, Paul III arrivera à se concilier deux ennemis irréductibles, Charles Quint et François I, en arrangeant le mariage de cet Ottavio avec Marguerite d’Espagne, fille naturelle de Charles Quint, et celui d’un autre de ses petits-fils, Orazio, avec Diane de France. Avec un art remarquable le Titien montre le petit-fils arrivé, établi, observant la scène, l’autre petit-fils en position obséquieuse, prosterné devant son pape de grand-père, et Paul III se prêtant à cette comédie avec un air de faible vieillard apeuré, alors que même si l’âge et la maladie l’ont affaibli physiquement, il est encore volontaire et inflexible à 77 ans en cette année 1545 où est réalisé le tableau et où il a convoqué le concile de Trente. À noter que tous deux trahiront leur grand-père qui les avant tant favorisés et, quand le vieil homme l’apprit, il mourut subitement dans son palais du Quirinal.

 

501d Naples, Capodimonte, Jacopo dei Barbari

 

Ce tableau, attribué à Jacopo dei Barbari 1460-1521), est intitulé Portrait de Fra Luca Pacioli avec un élève. Ce Frère Luc est un Franciscain mathématicien et spécialiste du calcul des proportions, occupé à résoudre l’un des problèmes de géométrie posés dans les Éléments d’Euclide. Le jeune homme élégant qui se tient derrière lui a été identifié, mais sans certitude, avec un certain Guidobaldo da Montefeltro. En effet, sur la table revêtue d’un tapis vert, parmi les outils tels que le compas ou le rapporteur, et à côté du livre d’Euclide, un autre livre fermé porte les lettres LI.R.LUC.B., soit "Liber Reverendi Lucæ Burgensis". Ce livre est donc clairement un ouvrage de Frère Pacioli lui-même, édité à Venise en 1494 et précisément dédié à ce Guidobaldo. Il est intitulé Summa de Arithmetica, Geometria, proportione . Je suppose que même non latiniste on peut comprendre ce titre que je me dispense de traduire.

 

Et voilà. Ne pouvant scanner tout mon livre (d’ailleurs c’est illégal, je ne suis autorisé qu’à en reproduire "de courts extraits", je pense que quatre scans sont une mesure raisonnable), je m’en tiendrai là pour aujourd’hui.

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