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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 01:10

Nous avons beau prendre notre temps, visiter à fond, donner l’impression que notre tour d’Europe peut s’éterniser, il y a tant et tant à voir en Italie qu’il nous faut malgré tout faire des choix. Des choix larges, mais des choix quand même. Aussi aujourd’hui rangeons-nous dans le coffre table et chaises, bloquons-nous tout dans les placards et le réfrigérateur, et laissons-nous notre cher volcan Solfatara. Notre voyage doit se poursuivre vers le sud, mais nous ne résistons pas au désir de retourner vers les Champs Phlégréens, à l’ouest, pour aller contempler de près le lac Averno.

  

 

536a Lac Averno

 

536b Lac Averno

 

Ce lac est, lui aussi, lové au creux d’un volcan, mais ce volcan-là est éteint. Il est situé à proximité de la mer, de sorte que la perspective donne, tout près les unes des autres, les eaux bleu profond de la baie et les eaux émeraude du lac. Pour voir le cratère en entier il faudrait pouvoir avoir plus de recul et être plus haut. Au premier coup d’œil il ne nous a pas semblé possible de gagner, à partir de cette route, d’autres collines qui donnent cette vue. Et nous n’avons pas pris le temps d’approfondir, parce qu’il nous reste à filer vers l’est pour gagner l’autoroute de Rome, puis vers le nord sur cette autoroute vers une zone commerciale où, chez Ikea, chez Leroy-Merlin et chez Carrefour nous avons bien des choses à acheter avant de poursuivre le voyage.

 

Enfin, nous reprenons l’autoroute en sens inverse, plein sud. Au début, la circulation est un peu chargée, c’est le soir et les gens rentrent chez eux après une journée de travail, mais ensuite, à partir du moment où après avoir tourné autour de la ville, on s’est un peu éloigné de Naples vers le sud, nous roulons au calme. Jusqu’au moment où une déviation nous fait quitter l’autoroute et tomber sur une route étroite qui zigzague à travers la montagne. Peu de voitures particulières, mais de longues théories d’énormes camions. On avance de dix mètres, et puis on arrête le moteur, et on attend dix, quinze minutes sans faire un tour de roue. Que se passe-t-il, je ne comprends pas. C’est vrai, parfois, quand deux géants semi-remorques se croisent dans une épingle à cheveux, c’est difficile. Mais pour parcourir les 28 kilomètres de la déviation il nous faudra un peu plus de huit heures. Soit 3,5 kilomètres à l’heure, à pied on aurait fait beaucoup mieux, mais pas avec nos 3,5 tonnes sur le dos. Entre temps, nous avons assisté au somptueux lever de soleil sur la montagne. Il nous reste à parcourir quelques kilomètres sur l’autoroute retrouvée, et encore quelques autres sur la route qui, en une quinzaine de kilomètres, nous mène jusqu’au petit bourg de Padula où nous trouvons dès l’entrée de la ville un parking qui nous accueille.

 

Pas de temps à perdre à dormir. La matinée est déjà bien entamée. Nous nous douchons, nous prenons un solide petit déjeuner, et en avant.

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Published by Thierry Jamard
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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 00:54

535a Baia, château aragonais

 

 

Nous avons dit hier que nous reviendrions aujourd’hui à Baia, au cœur des Champs Phlégréens, pour en visiter le château, au sein duquel est un musée archéologique. C’est à la fin du quinzième siècle que les rois d’Aragon, qui régnaient alors sur le royaume de Naples, choisirent ce lieu stratégique pour y bâtir un château. En effet, sa position dominante sur cette presqu’île lui permettait de surveiller d’un côté tout le golfe de Pouzzoles, et de l’autre le littoral jusqu’à Cumes. Par ailleurs, cet éperon rocheux rendait le château imprenable, de terre comme de mer. Mais on doit savoir que ce que l’on peut en voir aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec la construction d’origine, les modifications ayant commencé dès de début du seizième siècle pour ne plus cesser jusqu’à la Première Guerre Mondiale, où les bâtiments sont devenus un lieu de détention pour les prisonniers de guerre et, après l’armistice, un orphelinat pour les orphelins de la guerre. Ce n’est que pour abriter le musée archéologique qu’il laissera cette fonction d’accueil, lorsque l’Italie n’aura plus d’orphelins de guerre à héberger. Hélas, nous ne verrons que peu de choses de ce musée, parce qu’il est actuellement en restructuration.

 

535b Baia, château aragonais

 

535c Baia, château aragonais

 

Après avoir franchi le pont-levis, nous suivons le chemin de ronde puis une autre allée qui mène à une grande place.

 

535d Baia, château aragonais

 

On peut se rendre compte que ce ne sont pas seulement les salles du musée qui sont en restructuration. Les bâtiments eux-mêmes sont en cours de restauration. Bien évidemment, à cette époque on construisait en pierre, mais presque toujours les châteaux sont présentés au public avec la pierre apparente. Or cette restauration veut restituer l’apparence que la construction avait à l’époque, ou plutôt aux époques successives de son existence, c’est-à-dire en recouvrant les murs de crépi. Dans certains cas, comme sur cette photo, on a un peu l’impression de suivre un mur de béton, alors qu’il n’en est rien. Mais lorsque les canons contemporains de l’esthétique et le respect de l’histoire s’opposent, il reste à définir le rôle que l’on veut faire jouer au bâtiment, témoin historique d’une époque ou œuvre esthétique destinée à satisfaire le regard des contemporains.

 

535e Baia, château aragonais, gravure de 1850

 

Dans une salle, cette reproduction en très grande dimension d’une gravure du dix-neuvième siècle (aux alentours de 1850) représente l’aspect du château sur son promontoire. Il est clair, en effet, qu’il est imprenable.

 

535f1 Baia, vue depuis le château aragonais

 

535f2 Baia, vue depuis le château aragonais

 

Une grande terrasse en bordure du rocher permet d’apprécier la vue, un splendide panorama, tout en constatant que l’emplacement permettait de surveiller tous les environs. La première de ces photos montre la vue vers le nord, avec le cap Misène et sa haute colline tout au bout de la péninsule des Champs Phlégréens (c’est là qu’était basée la flotte romaine au temps d’Auguste), et plus à droite la côte qui file vers Cumes. Ma seconde photo ne montre pas suffisamment, à gauche, le fond du golfe, mais en face c’est Pouzzoles, et la côte du golfe s’étend encore loin vers la droite. Il était en effet difficile de trouver un lieu présentant plus d’avantages que ce site du château.

 

535g Baia, musée archéologique, péplophoros

 

Du musée, je ne montrerai que trois images (en plus de la reproduction de gravure ci-dessus). Ce sont trois sculptures. La première, en marbre blanc, date du début du premier siècle de notre ère, c’est-à-dire du temps d’Auguste (mort en l’an 14). Cette statue de femme est malheureusement acéphale, et la tête brisée n’a pas été retrouvée. La jambe gauche légèrement repliée, elle se tient sur sa jambe droite et porte un long péplum dorique aux plis rigides qui tombe verticalement (d’où le nom de péplophoros qu’on lui donne), sur lequel, dans la partie supérieure, elle a mis un apoptygma, cette sorte de cape courte dont le lourd tissu se plaque contre son corps et laisse entrevoir ses formes féminines. Cette statue évoque un modèle grec traditionnel, mais revu, recréé par l’artiste romain. J’aime beaucoup ce mélange de la rigidité du vêtement en même temps que s’y opposent discrètement le léger mouvement de la jambe et le modelé de la poitrine.

 

535h Baia, musée archéologique, femme en himation

 

J’avoue moins aimer la statue présentée sur ma seconde photo. Sur un plan documentaire il est intéressant d’observer son vêtement, mais je préfère nettement la rigueur de la statue précédente. Celle-ci, également en marbre blanc, est un peu plus tardive, elle date de la seconde moitié du premier siècle de notre ère. La tête et les bras ont été perdus, mais cette fois-ci ce n’est pas parce qu’ils ont été brisés. En effet, ils ont été élaborés à partir de pièces de marbre différentes, la tête étant simplement emboîtée, les bras étant fixés par des tenons métalliques à section circulaire. Les pieds, eux, ont été brisés. Cette statue de femme porte un vêtement complexe, en trois parties. En-dessous, un long chiton à plis profonds lui tombe jusqu’aux pieds. Dessus, elle s’enveloppe dans un vaste himation retenu au-dessus de la taille par une broche, et qui lui atteint presque les chevilles. Enfin, elle enroule une étole sur sa poitrine et autour de ses bras. Il s’agit probablement d’un sujet éleusinien, traditionnellement traité par les sculpteurs de l’école de Praxitèle, et adopté avec de légères modifications par cet artiste romain.

 

535i Baia, musée archéologique, Perséphone

 

La troisième et dernière photo concerne également une statue en pied, mais je trouve si belle la tête malgré son nez cassé que je préfère la présenter en gros plan. Cette femme à la coiffure sophistiquée et que l’on voit dans la fleur de la jeunesse est sans aucun doute une divinité éleusinienne, très probablement Perséphone, qui est souvent appelée Corè (= la Jeune Fille). Ce marbre date, comme la première de mes trois photos, du début du premier siècle après Jésus-Christ. Ce port de tête royal, sur un long cou dressé bien droit, est splendide. Le nez grec, sans discontinuité dans le prolongement du front, ajoute à sa noblesse. Cette fille de Déméter, déesse de la fécondité et de la végétation, a été vouée au dieu des Enfers, mais afin de satisfaire l’amour qu’elle porte à sa mère et son désir de revoir le soleil, elle est autorisée à passer chaque année six mois à la surface, regagnant le monde souterrain et son époux les six autres mois. C’est le symbole de la végétation qui meurt et disparaît sous terre l’hiver pour renaître au printemps. Aussi est-elle généralement représentée avec des épis de blé à la main, qu’elle apporte à Déméter. Mais si ma photo montrait le corps entier, on ne les verrait pas parce qu’il manque ce qu’elle portait dans l’une et l’autre mains. C’est sur cette merveilleuse Corè que je vais clore la visite d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 00:45

534a Baia

 

 

Hier, dans l’île d’Ischia, nous avons visité un château aragonais, c’est-à-dire du temps où les rois d’Aragon régnaient sur Naples et le sud de l’Italie. Or dans les Champs Phlégréens, non loin de notre volcan Solfatara et de Pouzzoles, à Baia, un autre château aragonais est offert à la visite. Le lundi, comme la plupart des musées et monuments touristiques en Italie, il est fermé à la visite, mais peu importe : nous allons reconnaître les lieux, voir la ville. Cela a beau être proche, nous devons changer de bus et le trajet est long, en zigzag de village en village comme un car de ramassage scolaire dans la campagne française. Surtout, au retour, nous attendrons la correspondance pendant pas loin d’une heure. Heureusement il fait beau, parce qu’il n’y a pas d’abribus ni porche à proximité. Pas de siège non plus, bien sûr.

 

Nous passons en bus devant l’entrée du château mais ne descendons pas puisqu’il est fermé et préférons nous promener entre les beaux yachts sur le port de plaisance.

 

 

534b Baia 

Intéressants aussi les petits chantiers navals qui manœuvrent les bateaux finis pour les mettre à la mer. Ici, on ne fabrique pas de paquebots, de pétroliers, de cargos de fret, de bateaux de pêche. Les dimensions sont plus réduites, néanmoins il y a aussi plus gros que cette petite vedette, mais malheureusement nous ne les verrons pas manœuvrer.

 

534c Baia

 

534d Baia

 

Baia est une ville antique fondée par les Grecs, récupérée par les Romains. Son climat agréable, sa proximité des inhalations du Solfatara, ses sources thermales ont incité les Romains les plus fortunés, parmi lesquels tout naturellement les empereurs, à s’y faire édifier de luxueuses villas. En outre, la ville était dotée d’établissements d’hydrothérapie, parmi lesquels celui dont on voit ici une voûte en coupole gigantesque, plus de 21 mètres de diamètre, le plus vaste ensemble de ce type dans tout l’empire.

 

Et puis nous avons vu que les Champs Phlégréens étaient une zone d’activité volcanique et sismique intense et continue, où un phénomène appelé le bradyséisme fait varier le niveau du sol, montant ou descendant au cours des temps et au gré des masses en fusion dans les entrailles de la terre. Ici, le sol s’est affaissé, les riches villas ont sombré sous le niveau de la mer, qui les a recouvertes. Elles existent toujours. C’est Baia Sommersa, la Baia submergée. Des plongées sont organisées pour aller voir à plusieurs mètres de profondeur le port romain, des villas, des thermes engloutis. Je serais bien allé y jeter un coup d’œil, mais Natacha n’a aucune vocation de plongeuse et elle me trouve trop vieux pour m’initier à la plongée sous-marine, elle se voit déjà veuve et refuse cette perspective. C’est plutôt flatteur pour moi, aussi pour lui épargner mon deuil dès aujourd’hui et pour éviter une scène de ménage je me passerai de branchies, d’écailles et de queue de dauphin et resterai sur mes deux pieds avec mes poumons humains.

 

Et nous rentrons avec l’idée que demain, connaissant les numéros de bus et les temps de trajet, nous reviendrons pour visiter le château.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:40

 

532a1 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

532a2 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

Avant-hier, en nous promenant sur le port et en voyant le ferry en provenance de l’île d’Ischia, nous avons eu envie de nous embarquer. Eh bien, ce matin nous sommes retournés au port de Pouzzoles et sommes montés sur le bateau (sans notre embarrassante machine). Du pont supérieur, on a une intéressante vue sur le port et sur la ville.

 

 

532a3 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

 

Nous n’avons pas choisi notre compagnie de navigation. Un homme, sur le quai, nous a appelés en nous annonçant un prochain départ, nous avons pris nos billets à la guérite qu’il nous indiquait. En fait, un autre ferry, de la compagnie concurrente, levait l’ancre quelques minutes après nous. Beaucoup plus rapide, il nous a dépassés. Mais il a fait une escale à Procida, pas nous, si bien que nous sommes arrivés cinq minutes avant lui. Amusante course !

 

532b1 Procida

 

532b2 Procida

 

Au passage, je prends quelques vues de l’île de Procida. Nous nous consultons rapidement pour savoir si demain ou après-demain nous irons y faire un tour. Par 100% des voix (score de type soviétique), nous décidons tous deux que l’on ne peut pas tout voir, et qu’il nous faut envisager d’accélérer un peu le rythme de nos visites.

 

532c1 Mouette

 

532c2 Mouette 

532c3 Mouette

 

532c4 Mouette

 

532c5 Mouette

 

Le trajet étant court, il n’y a pas de repas à bord, et donc probablement pas de déchets rejetés à la mer. Cela n’empêche pas des escouades de mouettes de nous escorter. Comme il n’est pas prévu que nous nous rendions sous des cieux hantés par les albatros, tant pis, j’y vais de mes vers de Baudelaire assez mal adaptés à ces autres oiseaux de bien moindre envergure.

 

          Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

          Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers

          Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

          Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

De temps à autre, une mouette plonge, et il me semble que parfois elle remonte avec un poisson dans le bec. Peut-être l’eau oxygénée par le brassage de l’hélice attire-t-elle les poissons ? Ou bien son mouvement rapide blesse-t-il ou tue-t-il les poissons, plus faciles à pêcher ? Quelle que soit la raison de ce ballet aérien et de ces plongeons, je me fais plaisir en prenant quelques photos de ces magnifiques oiseaux.

 

532d1 Ischia vue du ferry

 

532d2 Ischia, le château aragonais

 

Nous approchons d’Ischia. Du large, on a une vue intéressante sur cet îlot qu’un caprice sismique et volcanique a fait surgir dans la mer et qu’une décision pratique et politique a fait relier à l’île principale au quinzième siècle par une digue de 220 mètres de long. Parce qu’une journée c’est bref pour visiter Ischia, notre intention est de voir un peu l’île en nous rendant à pied du port à ce rocher, de visiter le château aragonais qui y est bâti, et de rentrer avant le dernier départ pour le continent.

 

532d3 Ischia, le port

 

532d4 Arrivée du ferry à Ischia

 

En arrivant, notre gros ferry dépasse le petit port de plaisance, qui semble un jouet de poupées. C’est joli, c’est propre, ça paraît minuscule vu du haut de notre pont de gros bateau. Mais les restaurants établis sur le quai sont des attrape-touristes encore bien pires qu’au bord du Vieux Bassin à Honfleur (je me dois de défendre Honfleur, parce que Natacha et moi ne manquons jamais de faire un saut jusque là pour nous réjouir d’un dîner sur le port, où nous avons notre "cantine", de même qu’à la porte Saint Vincent à Saint-Malo).

 

Et puis, nous abordons. Ce cordage enroulé, que je mets là uniquement pour me faire plaisir, y trouve un semblant de justification symbolique. Ainsi je culpabilise moins –un petit peu moins– l’égoïsme de cette photo.

 

532e Une rue d'Ischia

 

Nous traversons, comme prévu, l’île en direction du château. Après l’animation du port, d’ailleurs assez relative une fois dispersées les voitures transportées par le ferry, c’est le calme plat dans les rues agréablement bordées d’arbres en fleurs.

 

532f Ischia

 

Une plaque datée de 1909 sur le mur de cette petite église évoque le quatrième centenaire des noces de Vittoria Colonna qui, enlevée ici par Ferrante d’Avalos, l’épousa dans la cathédrale de l’antique château.

 

532g Ischia

 

Décidément, c’est très curieux. Nous avons rejoint Ischia depuis Pouzzoles, mais il y a autant de liaisons à partir de Naples ; l’île est splendide, aussi belle que Capri ; et ici on n’est pas noyé dans la foule des touristes, on peut jouir du paysage, des ruelles, des placettes calmes comme celle-ci. Et tout le monde continue de se ruer sur Capri, et beaucoup moins sur Ischia. Le tourisme a ses mystères…

 

533a1 Ischia, castello aragonese

 

533a2 Ischia, le château aragonais

 

Nous voici en vue du château perché sur cette bulle de magma isolée, surgie lors d’une éruption plus importante dans l’île et sous le mer. Une belle bulle, qui culmine à 113 mètres au-dessus du niveau de la mer pour une superficie d’environ cinquante six mille mètres carrés.

 

Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, les Grecs de Cumes sont en guerre contre les Tyrrhéniens. Les sachant en difficulté, le Grec de Syracuse Géron I leur vient en aide, et grâce à lui la victoire est acquise à l’union grecque. En remerciement pour son aide décisive, Cumes lui offre l’île d’Ischia. En 474 Géron y construit une forteresse sur cet îlot, là où les Grecs de Cumes avaient déjà édifié un château. Évidemment, quand les Romains sont arrivés et se sont installés dans la région, ils n’allaient pas rester indifférents au charme des lieux ni à leur situation stratégique, aussi fondèrent-ils dans l’île principale, en 315, la ville d’Ænaria, l’îlot constituant un fortin défensif, avec son château fortifié auquel se joignirent quelques habitations. Les siècles ont passé, les saccages se sont multipliés, les dominations se sont succédé. Wisigoths, Vandales, Ostrogoths, Arabes, Normands, Souabes, Anjou, chacun a ajouté, retranché, modifié, rendant méconnaissable la forteresse de Géron, mais ne repartant jamais de zéro, ne rasant jamais complètement le premier édifice.

 

En 1301, le mont Trippodi entre en éruption. Affolée, la population d’Ischia préfère s’installer sur l’étroit îlot, au pied de la forteresse. L’îlot se développe alors de façon spectaculaire. Alphonse d’Aragon, en 1441, décide de faire relier l’îlot à l’île principale par la digue dont j’ai parlé, il protège la cité de murailles, et reconstruit le vieux château datant de la dynastie des Anjou. La région étant infestée de pirates, la population finit de déserter la grande île pour se réfugier bien à l’abri entre les murs de la forteresse. Sur ce petit espace, la concentration était maximum. En effet, selon un recensement de la fin du seizième siècle, qui correspond à l’apogée du développement du château, vivaient là en permanence le Prince et sa garnison, l’évêque avec son chapitre et un séminaire, un couvent de Clarisses, une abbaye de Basiliens de Grèce, à quoi s’ajoutaient 1892 familles. Pour tout ce monde, 13 églises. Mais vers 1850, quand fut réglé le problème des attaques de pirates, la population eut tendance à refluer vers la grande île pour y cultiver la terre et pour s’adonner plus commodément à la pêche.

 

Puis est arrivé Napoléon, avec les Français. En conséquence de quoi nos ennemis jurés de la perfide Albion, les Anglais, sont arrivés pour nous combattre. En 1809, ils ont assiégé l’îlot et l’ont bombardé si énergiquement qu’il n’y est pas resté grand-chose d’entier. Dans le même temps, le pouvoir français de Murat avait interdit les congrégations. En 1823, il ne restait plus là que trente habitants, que le roi de Naples Ferdinand I délogea pour transformer ce qui restait debout en bagne pour forçats. À la suite des mouvements indépendantistes qui s’étaient opposés aux Bourbons, en 1851 le château a accueilli des prisonniers politiques. Et puis en 1860 Garibaldi, comme Zorro, est arrivé, les prisonniers ont été libérés, Ischia avec Naples s’est ralliée au royaume d’Italie unifié (à part les États du Pape qui le rallieront en 1870), et malheureusement le château et tout ce qui restait autour a été laissé à l’abandon. En 1912, les domaines ont décidé de vendre l’îlot et ses constructions aux enchères et, depuis, c’est une propriété privée.

 

533a3 Ischia, castello aragonese, tunnel vers l'ascenseur

 

Une fois passée la caisse quelques mètres après la digue, on entre dans un tunnel creusé dans la roche vive, au bout duquel une cheminée, elle aussi intégralement dans la roche, contient un ascenseur montant au niveau 60 mètres sans que rien de cet appareil moderne soit visible de l’extérieur.

 

533b Ischia, castello aragonese

 

Ensuite, on chemine comme dans une ville aux ruelles très étroites. Une rue principale passe devant la sortie de l’ascenseur, et selon qu’on l’emprunte vers la droite ou vers la gauche, on suit les flèches de "l’itinéraire du Levant" ou celles de "l’itinéraire su Ponant". De loin en loin, des chemins secondaires mènent aux différentes constructions.

 

533c Ischia, vue du castello aragonese

 

Parfois aussi, ici un belvédère, ou là une terrasse, donne une vue somptueuse sur le panorama. De ce côté-ci on voit au premier plan la digue vers la grande île, puis la ville et au fond la montagne, tandis que de part et d’autre de la digue miroite la mer. On en prend plein les yeux.

 

533d Ischia, castello aragonese, monastère

 

Ici nous sommes dans le couvent des Clarisses, créé en 1575 par l’abbesse Béatrice Quadra, veuve d’Avalos, et désaffecté en 1810 en vertu de la loi de sécularisation des monastères édictée par Joachim Murat, roi de Naples, comme je l’évoquais précédemment. Une quarantaine de religieuses y étaient hébergées, la plupart aînées de familles nobles destinées dès leur enfance à la vie cloîtrée. Elles étaient d’abord admises sur la grande île à l’ermitage de Saint Nicolas avant d’être transférées, au terme de ce premier séjour, au couvent situé sur le rocher.

 

533e1 Ischia, castello aragonese, cimetière des Clarisses

 

533e2 Ischia, castello aragonese, cimetière des Clarisses

 

Nous sommes toujours chez les Clarisses. Partant d’une belle terrasse couverte, un petit escalier descend vers des pièces au niveau inférieur, taillées dans la roche. C’est le cimetière des religieuses, qui a existé depuis la création du couvent au seizième siècle et jusqu’à sa fermeture au début du dix-neuvième. Après leur mort, au lieu d’enterrer les religieuses, on les asseyait sur ces sièges de pierre que l’on voit le long des murs. Lentement, progressivement, elles se décomposaient jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que les os qui, alors, étaient déposés dans l’ossuaire. Durant ce processus, le corps émettait des humeurs qui s’écoulaient par le large trou du siège dans des vases placés en dessous. C’est une idée étrange, c’est une invention horrible, mais ce n’est pas tout, il y a pire. Chaque jour, les Clarisses devaient se rendre au cimetière et y séjourner en prière, afin de méditer sur la mort et sur sa signification en voyant ces corps décomposés. Il y a de très grands penseurs et de très grands saints qui ont médité sur la mort, sans avoir besoin de cette fréquentation assidue de la corruption de la chair. Le christianisme insiste sur la résurrection lors du Jugement Dernier, la mort ne devant être pour le corps qu’un état passager. Or je suppose que pour l’immense majorité de ces femmes, cette vision d’horreur devait les obséder et occulter en partie leur méditation sur l’immortalité de l’âme.

 

533f1 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

533f2 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

533f3 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

Nous sommes ici dans la cathédrale, construite, après l’éruption volcanique de 1301, en style roman, et puis sa structure a été modifiée au quinzième siècle, et avec des adjonctions baroques en stuc datant de 1700. Nous avons vu, en marchant dans les rues de la ville, la petite église où Vittoria Colonna a été enlevée par Ferrante d’Avalos, marquis de Pescara. Leurs noces furent célébrées dans cette cathédrale le 27décembre 1509. Cette cathédrale était en parfait état d’entretien lorsque les Français occupèrent le royaume, mais quand je dis que les canons anglais de 1809 ont fait des ravages dans l’île, on peut l’apprécier sur cette église. Ses ruines ont cependant été consolidées pour les rendre sûres, et désormais y sont régulièrement organisés des concerts, des représentations théâtrales, des lectures de prose ou de poésie.

 

533g1 Ischia, castello aragonese, crypte

 

533g2 Ischia, castello aragonese, crypte

 

533g3 Ischia, castello aragonese, crypte

 

Une chapelle dédiée à saint Pierre a été construite ici à la fin du onzième siècle et au début du douzième, constituée de chapelles ordonnées autour d’un espace central. Puis, au quatorzième siècle, en 1301 comme on l’a vu, une cathédrale a été construite au-dessus, en faisant sa crypte. De cette époque datent de merveilleuses fresques réalisées par des artistes de l’école de Giotto. Hélas, pendant la période où, appartenant aux domaines, la crypte comme la cathédrale ont été laissées à l’abandon, des plaques de marbre portant des inscriptions ont été volées et les fresques ont été vandalisées. Sur la troisième de ces photos, on voit que des crétins ont gravé leur nom, ajoutant leurs déprédations aux injures du temps.

 

533h Ischia

 

Les chemins que nous suivons sont enchanteurs, bordés d’épais buissons fleuris.

 

533i1 Ischia, castello aragonese, Madonna della Libera

 

533i2 Ischia, castello aragonese, Madonna della Libera

 

Nous arrivons à cette petite église du douzième siècle, à l’origine dédiée à saint Nicolas. Et puis il y a eu l’éruption de 1301, la population d’Ischia a prié la Madone, la lave n’a pas atteint le bourg, et en signe de reconnaissance et de gratitude l’église a désormais été dédiée à la Vierge qui avait libéré de peuple de la catastrophe, d’où son nom de chiesa della Madonna della Libera.  Cette belle fresque de l’Annonciation a été découverte sous une couche de plâtre. Pour que ce plâtre tienne, la surface avait été piquée afin qu’elle ne soit plus plate et lisse. C’est lamentable quand on voit combien la fresque était admirable.

 

533j Ischia, castello aragonese, pipes des gardes

 

Plusieurs salles contiennent un petit musée. Outre des peintures contemporaines, on y trouve divers objets dont cette vitrine de pipes des soldats de la garnison. C’est suffisamment original pour avoir retenu mon attention un moment.

 

 

533k Arrivée à Pouzzoles

 

Mais nous nous sommes attardés, parce que nous nous sentions bien. Le temps a passé et nous devons regagner le port qui est à plusieurs kilomètres, sans bus ni taxi. Pas de brosse à dents, pas de linge de rechange encore plus indispensable avec cette chaleur, il n’est pas question de passer la nuit dans l’île. Nous fonçons au pas de charge dans la foule qui, sortie d’on ne sait où quand on pense au désert des rues il y a quelques heures, déambule à présent en essaims compacts. Nous attrapons le dernier bateau de la soirée cinq minutes avant le départ. Et voici maintenant le port de Pouzzoles qui se profile, où deux ferries sont déjà à quai pour passer la nuit. Nous ne regrettons pas d’avoir effectué cette traversée, l’île d’Ischia en vaut vraiment la peine.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:20

531a Pozzuoli

 

 

Pouzzoles est une ville intéressante, c’est un port actif, il serait dommage de ne pas y consacrer une visite. Les ruines antiques de son amphithéâtre ne sont pas son seul intérêt. Nous entreprenons notre descente vers la ville par de petites ruelles étroites, des escaliers.

 

531b Pozzuoli, chiesa di San Raffaele

 

531c Pouzzoles, église Saint Raphaël

 

Au passage, une photo de la façade de cette église construite à la fin de la première moitié du dix-huitième siècle. Elle est consacrée à l’archange Raphaël. J’en profite pour te dire salut, Raph ! De plus, sous la statue, l’inscription précise que l’indulgence plénière est accordée quotidiennement.

 

531d Pouzzoles, le port de plaisance

 

Nous descendons ainsi jusqu’au port, en traversant des quartiers animés et sympathiques. C’est d’abord le bassin réservé aux plaisanciers. Pas de grands yachts, seulement de petites barques ou des vedettes. Sur ma photo se dresse dans le ciel le haut mât d’un seul voilier.

 

531e Pouzzoles, débarquement camions d'Ischia

 

Mais de l’autre côté du quai le format n’est pas le même. Toute la journée, des ferries de plusieurs compagnies partent ou arrivent, effectuant notamment la liaison avec Ischia, cette grosse île qui –c’est flagrant quand on regarde une carte– se trouvait dans le prolongement de la presqu’île des Champs Phlégréens, et que le volcanisme a surélevée tandis que d’autres parties s’enfonçaient dans la mer, de sorte que désormais un bras de mer sépare ces Champs Phlégréens de la petite île de Procida, et qu’un autre bras de mer sépare Procida d’Ischia. Le tirant d’eau du port de Pouzzoles serait suffisant pour des navires encore beaucoup plus gros qu’un ferry, mais du fait de la proximité de Naples les paquebots de croisière et les cargos géants n’ont rien à y faire.

 

Mais Ischia est une île d’environ dix-huit mille habitants permanents, et nombre de touristes font la traversée avec leur voiture, mais ce n’est pas suffisant, loin de là, pour justifier l’installation d’une raffinerie de pétrole. Il y a donc besoin de carburant. Pour des raisons de sécurité, je suppose, à moins que ce ne soit pour des raisons de commodité, le ferry que nous avons regardé ici accoster puis vomir sa cargaison était entièrement rempli de camions citernes Esso, et ne transportait aucun autre véhicule, ni aucun passager autre que les chauffeurs des camions. Un peu plus loin est arrivé un autre ferry, nous l’avons regardé se vider puis se remplir de nouveau. C’est toujours, pour nous du moins, un spectacle attrayant. Et en Italie, c’est encore plus amusant, parce que les files de voitures ne sont pas respectées, chacun essaie de se faufiler pour prendre la place du voisin, ce qui est d’autant plus vain que, contrairement à ce que nous avons vu dans d’autres ports, on n’entre pas par la poupe pour sortir par la proue, ici les véhicules entrent en marche avant et sortent en marche arrière et celui qui aura chipé la place de l’autre sortira donc après lui…

 

531f Pozzuoli, le port

 

Au bout du port, flotte un énorme engin dont je ne sais à quoi il sert. Ce ne semble pas être ce que j’ai entendu appeler une marie-salope, ces bateaux qui draguent la boue et autres alluvions qui se déposent au fond des eaux du port. Par ailleurs, sa forme ne semble pas le destiner à naviguer. Je repars avec mes interrogations, d’autant plus que Natacha ne partage absolument pas mon intérêt ni ma curiosité.

 

531g Pouzzoles, filets de pêcheurs

 

Dans un autre bassin fermé, auquel on ne peut accéder qu’en passant sous une arche basse, ce qui élimine tout voilier même très petit qui ne peut abaisser son mât, se regroupent de petites barques de pêche. Sur le quai, c’est un amoncellement de flotteurs, de bâches et surtout de fins filets. À côté, une baraque en bois décrépite est entourée de toutes sortes de vieux matériels abandonnés. Et nous voyons arriver une Porsche cabriolet avec un couple de mariés, elle en robe blanche avec une longue traîne, et vient se garer à côté une autre voiture avec les photographes. Il s’agit de prendre des photos dans ce cadre, d’abord devant la baraque, puis sur le port au milieu des filets. Il semble que les possesseurs de cette voiture ne soient pas coutumiers de cet environnement… Très amusant, nous assistons à toute la mise en scène, avec baisers sur commande, postures de stars, etc. C’est tellement artificiel que nous nous demandons si ce ne sont pas plutôt des mannequins qui posent pour une publicité. Mais non. La séance à peine achevée, la Porsche repart et arrive une énorme Maserati d’où descend la copie conforme du couple précédent. Et la séance a tout juste commencé quand vient se garer un gros 4x4 BMW avec son couple de mariés. Il semble que ce soit une mode d’avoir envie de jouer à s’encanailler, de choisir des lieux populaires ou délabrés pour fixer les souvenirs du jour des épousailles. Mais si le premier couple nous a retenus et nous a amusés, nous ne prenons plus aucun plaisir à voir rejouer deux fois le même scénario, poser les lèvres à deux millimètres les unes des autres, s’immobiliser pendant deux minutes pour laisser l’accessoiriste placer ses projecteurs et le photographe trouver le bon angle, ou voir la mariée s’accouder avec un sourire de commande à la portière de la voiture.

 

531h Pozzuoli

 

Nous allons nous promener jusqu’au bout de la jetée et y restons un bon moment à regarder la mer. Et nous nous disons que ce ne serait pas une mauvaise idée d’aller un de ces jours faire un tour à Ischia. Quand je dis "un de ces jours", il faut que ce soit bientôt, parce que nous n’allons pas nous éterniser ici, nous devons penser à descendre vers le sud.

 

De cette jetée, nous avons une très belle vue sur le quai en face où s’entassent pêle-mêle des bâtiments constituant un palais. C’est superbe, même si l’ensemble est en assez mauvais état. Mais des grues sont là, sans doute pour le restaurer. J’ignore de quand datent ces constructions, j’ignore même si, en fait, il s’agit réellement d’un palais, mais c’est immense et si, après réfection, le propriétaire ne s’y installe pas pour y vivre et lui donner une âme, j’espère au moins que ce ne sera pas livré à une banque ou à une compagnie d’assurances. Je vois un peu partout en Italie, mais surtout depuis la Toscane (moins dans le nord) tant de magnifiques bâtiments qui se délabrent faute d’entretien, c’est-à-dire, je suppose, faute de crédits, que je ne comprends pas pourquoi ne se développe pas, pour les sauver, le système des paradores espagnols, initié un peu avant la guerre civile, repris et développé par Franco, continué avec l’actuelle démocratie (et donc sans lien aucun avec une idéologie ou un système politique), qui installe des hôtels confortables, à un tarif qui en fait des entreprises rentables capables d’autofinancer leur entretien, dans de vieux châteaux, dans des monastères désaffectés, dans des bâtiments historiques.

 

Il nous reste à remonter vers notre volcan. C’est moins plaisant qu’à l’aller parce que nous prenons la route normale, où la circulation est intense.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:09

530a Volcan Solfatara

 

 

N’ayant guère envie de partir loin vers de nouvelles découvertes, et puisque nous sommes dans un environnement naturel agréable, nous bornerons notre promenade du jour à une ascension (en pente raide, mais aisée quand même parce que par une route) sur la crête de notre volcan Solfatara pour voir à quoi il ressemble vu d’en haut. La photo permet d’apprécier comment une petite partie du cratère, isolée du reste par des arbres, est réservée au camping. Non loin du centre mais un peu décalé vers la gauche, presque à la limite des arbres, on distingue vaguement une petite tache bleue : c’est la piscine du camping.

 

530b Campeggio Vulcano Solfatara

 

Progressant sur la crête on tourne autour du cratère et la piscine s’est maintenant déplacée vers la droite. Elle n’est plus cachée par les arbres. Sur le pourtour on aperçoit quelques chaises longues, quelque parasols. Et puis derrière, des camping-cars sont installés. Le nôtre, sur cette photo, est celui qui est le plus à droite, juste en face de l’angle des arbustes et des arbres qui délimitent l’espace de la piscine.

 

530c Notre installation à Solfatara

 

Un bon coup de zoom permet de voir comment nous sommes installés. Nous disposons d’autant d’espace que nous souhaitons, notre emplacement est ombragé ce qui n’est pas fait pour aider à charger les batteries avec le capteur solaire installé sur le toit, mais tant pis puisque nous avons le branchement sur le 240 volts, nous préférons nous protéger de la chaleur. Nombre d’autres campeurs, au contraire, préfèrent un espace bien dégagé vers le ciel parce qu’ils captent la télévision par satellite et leur antenne parabolique ne doit pas être gênée par les arbres : ces espaces dégagés sont aussi prévus dans le plan.

 

530d1 Pozzuoli, Solfatara, un chat ami

 

530d2 Pozzuoli, Solfatara, un chat ami

 

Puisque je parle du camping, je me dois d’ajouter quelques mots au sujet des chats. Plusieurs chats viennent nous rendre visite. Il y a même des conflits de territoire, l’un des visiteurs ayant dû se réfugier haut dans un arbre, attaqué et poursuivi par un autre. Quand ces chats obtiennent de nous quelque chose à manger, ils se précipitent, quoiqu’ils ne soient visiblement pas affamés. C’est de la gourmandise. Il y a même une chatte adulte qui se permet de miauler avec insistance pour réclamer quelque douceur. Puis, rassasiés, ils repartent. Un seul a un comportement que je qualifierai de plus "amical", il ne réclame jamais rien, il ne se jette pas sur la nourriture qu’on lui donne, il en laisse même quelquefois, mais il reste en notre compagnie, il s’installe près de nous, voire sur nos genoux, il ronronne, il nous regarde, de temps à autre il se lève et vient me gratifier d’un petit coup de langue ou d’une caresse de son crâne sur mon bras. Il sera dur de nous en séparer lorsque nous quitterons Pouzzoles.

 

Ce chat-là, c’est celui dont je parlais l’autre jour dans mon article et qui, deux jours après notre arrivée, nous avait déjà adoptés. Il est resté sur mes genoux jusqu’à ce que je finisse mon article et que je le pousse (gentiment) pour me lever. Quand je suis revenu de la salle de bains (ça, c’est un peu emphatique pour notre petit cabinet de toilette, salle de douche), il s’était pelotonné en boule sur le siège, là où j’étais assis précédemment. Je n’ai pas eu le cœur de le jeter dehors, je lui ai fait une petite caresse et bonne nuit, je suis allé rejoindre Natacha qui était déjà couchée.

 

Nous n’avions pour lui aucun "plat" où il puisse faire ses besoins aussi, craignant des saletés nous lui avons jeté un coup d’œil vers quatre heures du matin. Il dormait à pattes fermées. Invité à aller se promener, il n’a pas du tout agréé la proposition et a manifesté le désir de rester. Nous avons donc de nouveau escaladé notre échelle pour regagner notre lit. Mais au matin, plus de chat. Nous avons cherché partout où l’on aurait pu imaginer qu’il puisse se glisser, rien. Nouvelles recherches angoissées, parce que le camping-car n’est quand même pas une demeure immense pleine de recoins et de dessous de meubles. Sans plus de succès. Miracle, ou tour démoniaque, ou intervention d’un esprit malin… quand soudain Natacha m’appelle : nous avions oublié de remonter la vitre de l’une des portières de la cabine de conduite. Bien propres, les vitres sont aussi transparentes que si elles étaient baissées, aussi ne nous sommes-nous rendu compte de rien. Ouf, ni démon, ni esprit malin. Hélas pas de miracle non plus. Et notre ami disparu est bien vite revenu nous rendre visite.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:43

528a Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

 

Notre volcan Solfatara est sur la commune de Pouzzoles. À un ou deux kilomètres de "chez nous", dans la partie haute de la ville antique, au bout du parcours urbain de ce qui s’appelait la via Domitiana (la voie de Domitien, celle qui passait sous l’Arco Felice dont j’ai parlé et que j’ai montré le 26 mai), se trouvent les ruines d’un amphithéâtre romain. Nous ne pouvons manquer d’aller le visiter aujourd’hui. Construit dans les trente dernières années du premier siècle après Jésus-Christ, c’est-à-dire du temps des trois frères empereurs, Vespasien, Titus et Domitien, la famille des Flaviens, il porte la dédicace de "La colonie flavienne de Pouzzoles", précisément fondée dans ces années-là. Ce que nous en voyons ici sur ma photo, ce sont les galeries qui courent tout autour, au rez-de-chaussée, pour desservir des accès directs pour les gradins du bas et les escaliers pour les autres niveaux.

 

Le premier mai, à l’occasion de la procession du sang de saint Gennaro, j’ai parlé du martyre qu’il avait subi. Et c’est là, dans cet amphithéâtre de Pouzzoles dont nous foulons le sol, qu’il a été supplicié.

 

528b1 Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

528b2 Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Avec ses 74,78 mètres de long sur 42 mètres de large, l’arène de l’amphithéâtre de Pouzzoles était la troisième, par la taille, de tout le monde romain, après le Colisée à Rome et l’amphithéâtre de Capoue. En incluant les gradins, les galeries, les salles extérieures qui servaient entre autres de salles de réunion à diverses corporations, l’ensemble mesure 153,80 mètres sur 121,25. L’arène était entièrement recouverte d’une épaisse couche de sable, ce qui avait le double avantage d’amortir (un peu) les chutes et de faciliter le nettoyage. L’entretien en était confié à des esclaves noirs, chargés entre autres d’humidifier le sol pour éviter que la poussière n’incommode les spectateurs et ne perturbe les gladiateurs, mais de façon techniquement modérée, à l’aide d’outres de peau, pour ne pas transformer le sol en bourbier.

 

 

La grande fosse de 42 mètres de long qui court le long de l’axe central de l’arène et que l’on voit ici recouverte d’une grille afin d’éviter que le touriste distrait n’y fasse le grand saut, était destinée à recevoir des machineries et des espèces d’ascenseurs. Par là, on montait des décors, mais aussi on pouvait faire arriver les cages contenant les animaux féroces. Également, les spectacles reconstituaient parfois des scènes de guerre, et les renforts de soldats apparaissaient au cœur de la bataille, introduits dans l’arène à partir du sous-sol par de grands monte-charge. Cette fosse et ses machines permettaient tous les effets : dans sa septième Bucolique, Calpurnius Siculus décrit un gigantesque tourbillon au centre duquel apparaissent soudain des bêtes sauvages, mais aussi la forêt de leur environnement.

 

Il est clair, vu la configuration de cet amphithéâtre, avec sa fosse au centre, qu’il ne s’y est pas déroulé, à l’inverse de ce qui était usuel ailleurs, de naumachies, ces combats navals où de vraies galères se livraient bataille dans un amphithéâtre amplement inondé pour offrir un tirant d’eau suffisant pour ces navires de guerre. En revanche, y ont eu lieu tous les autres types de combats, scènes de guerre, chasses au fauve, luttes bête contre bête, gladiateur contre bête, gladiateur contre gladiateur. Sans nier quoi que ce soit de la violence et de la cruauté de ces combats, je dois à la vérité de dire qu’ils s’achevaient rarement par une mort d’homme, contrairement à ce que l’on raconte habituellement. En effet, les gladiateurs devenaient célèbres, ils avaient leurs supporters, et il aurait été inconcevable, lors de l’affrontement de deux vedettes, que l’on mette à mort l’un des deux combattants, car alors les émeutes du type de celle que j’ai décrite pour Pompéi (lors de la visite de la ville antique les 24 et 25 avril, puis au sujet de la mosaïque qui représente les rixes, au musée de Naples, le 28 avril) auraient été quotidiennes. Il arrivait assez souvent que l’un des combattants soit tué par son adversaire car les armes n’étaient pas mouchetées, mais le pouce renversé demandant la mise à mort, "à froid" après la fin du combat, du gladiateur vaincu était un geste rare, réservé à quelques combattants insuffisamment vaillants, par exemple ayant fui en courant autour de l’arène les coups de leur adversaire. C’était le cas, parfois, de prisonniers de guerre civils, réduits en esclavage, sans expérience du combat et jetés là par leur maître pour s’amuser.

 

528c Pozzuoli, il amfiteatro

 

Tout autour de l’amphithéâtre, sous les gradins, s’ouvraient des salles utilisées par des corporations professionnelles pour les réunions de leurs membres. Des inscriptions ont permis de déterminer, entre autres, la salle réservée aux réunions des joueurs de flûte.

 

528d Pozzuoli, il amfiteatro

 

S’ouvrant sous des arcs en plein cintre dans le mur extérieur, de la même façon que les salles des corporations afin de ne pas rompre la régularité de la façade, des couloirs donnent accès soit aux sièges du rez-de-chaussée, soit à des escaliers vers les rangs de sièges supérieurs.

 

528e Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Pour le visiteur, tous les accès sont interdits. Certes on peut se rendre dans l’arène et tourner autour du bâtiment par l’extérieur, mais il est interdit de monter dans les gradins, le couloir circulaire est fermé, une chaîne empêche d’entrer dans les salles ou de franchir les entrées.

 

 

En extérieur, donc, en désordre et sans aucune explication, on peut voir ces grosses jarres ventrues. Où ont-elles été retrouvées, dans l’amphithéâtre ou ailleurs en ville, aucune notice, aucun panneau ne le dit. Ni ne dit quel fut leur usage. Elles ont la forme des conteneurs de thermopolium, l’urne fixe noyée dans le comptoir, dans laquelle on glissait celle où avait été cuisiné le plat. Si tel a été leur usage, il est miraculeux qu’elles soient encore entières alors que le comptoir autour d’elles n’existe plus.

 

528f Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Ailleurs, des fragments de colonnes, des chapiteaux brisés, de simples pierres de taille, des morceaux de statues jonchent le sol au hasard. C’est ainsi que l’on peut voir ces deux pieds sur leur socle… Sur ma photo, on peut se rendre compte que sont jetés pêle-mêle ces pieds, une pierre non taillée, deux bouts de colonnes aux cannelures différentes, cela à même le sol, avec un peu de mauvaise herbe pour agrémenter le tout. Dommage.

 

529a Vulcano Solfatara

 

529b Vulcano Solfatara

 

Nous repartons donc vers notre volcan. Nous passons d’abord au camping-car faire une provision de papier et d’allumettes, pour réaliser dans le petit édicule antique du volcan notre expérience évoquée avant-hier. Sur la première photo, nous sommes dans l’allée qui, au sein du cratère, va de la partie camping à la partie en activité volcanique. Sur la seconde, nous sommes dans un décor de cratère lunaire (bien que je ne sois encore jamais allé sur la lune, pour comparer. Si nous voulions aller camper là-haut, dans une fusée interplanétaire notre engin de 3,5 tonnes et 7 mètres de long serait un peu encombrant).

 

529c1 Volcan Solfatara, expérience phase 1

 

529c2 Volcan Solfatara, expérience phase 2

 

529c3 Volcan Solfatara, expérience phase 3

 

Et voilà la séquence : Le long de la voûte de l’édifice, l’émanation de vapeur soufrée est discrète, il n’y a pas grand-chose. Puis on met le feu à un bout de papier tire-bouchonné que l’on meut près du sol. Sans doute l’air est-il un peu pauvre en oxygène, parce que notre papier a beau être bien sec, nous ne sommes pas parvenus à y faire apparaître une flamme. Il se consume en rougeoyant. Et l’on peut constater sur la troisième photo que cette consomption a produit son effet. Le dégagement de vapeur est bien plus intense. Que les écologistes se rassurent : après avoir bien éteint notre papier, nous l’avons glissé dans une poche en plastique avec nos allumettes brûlées, et avons remporté le tout vers une boîte à ordures.

 

529c4 Volcan Solfatara, expérience phase 4

 

Il ne reste plus qu’à profiter de l’inhalation naturelle, excellente pour les voies respiratoires et pour la santé de la peau. Ça sent fort, ça brûle un peu, mais ce n’est pas désagréable. Et puis c’est sain, alors on n’a pas à discuter.

 

529d Volcan Solfatara

 

529e Volcan Solfatara

 

J’ai envie de retourner cinq minutes voir les manifestations volcaniques, puisque c’est inclus dans notre séjour au camping. Pas besoin de retourner à l’entrée, de prendre des billets, ce que de toute façon nous ne ferions pas pour juste jeter un petit coup d’œil. En dehors des grandes bouches de solfatares qui continuent de rejeter beaucoup de fumée en sifflant fort, on découvre ici ou là, en marchant, d’autres fumerolles. Et je contemple encore les boues bouillonnantes, qui sont pour moi très spectaculaires. Et nous retournons dans la partie très classique où est établi le camping, accompagnés de la persistante odeur du soufre.

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:11

527a Volcan Solfatara

 

 

 

Il faut continuer le voyage. Bien que nous soyons tristes de quitter Naples comme nous avons été tristes de quitter Rome, nous avons levé le camp de notre installation à Pompéi et nous sommes repassés un peu au nord de Naples, sur la commune de Pozzuoli (en français on a l’habitude de traduire par Pouzzoles). Nous avons établi nos pénates au camping du volcan Solfatara. C’est surprenant : on passe sous un porche extrêmement étroit pour des camping-cars et on entre au creux du cratère du volcan Solfatara. Là, isolé par un rideau d’arbres, on se trouve dans un coin du cratère, à deux pas des manifestations extrêmement surprenantes que je vais montrer. Le camping est vaste, les emplacements sont grands et bien équipés et, en prime, le volcan dégage en permanence une très forte odeur d’œuf pourri due aux vapeurs d’anhydride sulfureux.

 

527b Vulcano Solfatara, telerilevamento (monitoring)

 

La surface du volcan et celle des voisins Champs Phlégréens (où nous comptons aller un de ces jours) se déforme. Elle monte ou elle descend selon les périodes, cela s’appelle le bradyséisme. L’activité volcanique interne provoque ces sortes de vagues lentes en surface. Pour étudier ces déformations, deux radars installés sur des satellites de l’Agence Spatiale Européenne et qui évoluent sur une orbite à une altitude de 800 kilomètres émettent des signaux qui sont recueillis et réfléchis par les deux récepteurs en forme de prisme de cette photo. Sur la surface du cratère, quatre de ces couples de prismes ont été installés. La variation du temps de l’aller et retour du signal émis en micro ondes révèle la variation de la distance du satellite au sol.

 

L’énergie thermique émise par le volcan Solfatara est considérable. Ainsi, alors que les Champs Phlégréens sont considérés comme très actifs, le demi kilomètre carré du Solfatara dégage plus d’énergie thermique que les 90 kilomètres carrés des Champs Phlégréens. Une station de captage a été installée dans le Solfatara et une autre dans le Vésuve. Outre une caméra thermique mesurant l’infrarouge, il y a des capteurs géophysiques et géochimiques. Ainsi, nous campons au cœur d’un véritable laboratoire d’étude de notre planète.

 

527c Volcan Solfatara, le sol

 

Voilà pour la technique. Sur ma première photo, on voit que le sol du volcan est lunaire. Cette grande étendue désolée est impressionnante. Mais si le camping a pu s’installer, c’est parce que pour une raison que j’ignore les caractéristiques d’un arc du cercle du cratère (température et composition chimique) acceptent arbres et herbe. La photo ci-dessus permet de mieux voir ce que l’on a sous les pieds. Phénomène curieux, quand on lève une grosse pierre au-dessus de sa tête et qu’on la laisse retomber de cette hauteur, le sol sonne creux. La roche que l’on trouve ici a reçu son nom générique d’après le nom de la commune où elle a été décrite pour la première fois, c’est la pouzzolane.

 

527d1 Solfatara, la Fangaia (boue bouillonnante

 

Ce que l’on appelle la "Fangaia" est un lac de boue bouillonnante. Cette boue est composée d’un mélange d’argile avec un liquide d’origine météorique et avec la vapeur souterraine condensée. Ces liquides se forment à quelques centaines de mètres sous le niveau du sol et sont à une température comprise entre 170° et 250°C. Ces phénomènes ont été observés tout au long des quinzième, seizième et dix-septième siècles. Et puis, à partir du dix-huitième siècle, ils se sont de plus en plus réduits, tant en superficie du lac bouillonnant qu’en intensité. Je ne sais si les savants ont de cela une explication. Probablement, puisqu’ils sont savants. Mais voilà que depuis le début du vingtième siècle, tout a repris, et cela fait cent ans que de nouveau on peut jouir (gratuitement) des bienfaits thermaux de cette boue.

 

Sur ma photo, hélas, on ne distingue pas des stries noires à la surface des boues. Elles sont dues à des colonies de bactéries capables de résister à des températures supérieures à 90°C. Parmi les différentes espèces de ces bactéries, deux ont pu être isolées qui intéressent particulièrement les scientifiques pour leurs particularités. C’est Bacillus Acidocaldarius et Bacillus Sulfolobus Solfataricus, de leur petit nom pour les intimes.

 

527d2 Solfatara, boue séchée

 

En remontant à la surface, le liquide a perdu assez de degrés pour que les colonies de bactéries, qui résistent à la chaleur mais quand même pas à l’enfer, puissent se sentir bien. Liquide et gaz forment des bulles en surface, puis la boue, en séchant, prend consistance. Lorsqu’elle est complètement sèche, elle a l’aspect que l’on voit sur ma photo ci-dessus. Mais ses effets thérapeutiques sont meilleurs avant séchage que lorsqu’il faut la réhydrater avec une eau commune.

 

527d3

 

Un panneau explicatif est très instructif, il donne la liste des composants chimiques de cette boue. On peut voir la multitude des métaux et autres éléments contenus. Et avec une émanation permanente de 1,32% du soufre, on comprend que le camping sente l’œuf pourri, pourtant on est très loin d’en avoir fini avec cet élément, comme on va le voir.

 

527e Volcan Solfatara

 

Ici, la vapeur sort du sol à une température de 150°C, mieux vaut ne pas mettre la main au-dessus de l’orifice. La pression est élevée, parce qu’en s’échappant elle siffle avec le bruit de la vapeur sortant de la cocotte minute, le même sifflement mais en beaucoup plus fort. Et la coloration jaune donnée à la pierre vient de l’anhydride sulfureux charrié par la vapeur. Ces types d’émanations de vapeurs chargées de soufre sont si caractéristiques de ce volcan qu’on a l’habitude de les appeler solfatares comme nom générique pour tous les endroits dans le monde où le phénomène se produit.

 

Le professeur Louis Ignarro, prix Nobel de médecine, en collaboration avec trois chercheurs de l’université de Naples, a récemment publié aux États-Unis une étude montrant que le H2S produit par deux enzymes dans le tissu caverneux des organes mâles est le vrai responsable de l’érection et de la vasodilatation. Or ce composé se dégage en quantité dans les fumerolles du Solfatara. Pour le maire de Pozzuoli, qui est médecin, ce serait l’explication du taux de natalité très élevé de sa ville, où plus de mille bébés voient le jour chaque année (d'après Google, la population totale est de 83000 habitants, mais pour que ce soit significatif il faudrait aussi connaître l'âge moyen de la population). Cependant il ne suffit pas d’inhaler ces vapeurs pour qu’elles soient efficaces, c’est l’immersion quotidienne dans une atmosphère chargée de ce gaz qui produit un tel résultat, explique l’un de ces chercheurs.

 

527f vulcano Solfatara

 

Il n’y a pas une, mais plusieurs bouches qui dégagent ces fumerolles soufrées. Selon le moment, selon la bouche aussi, les émanations sont plus ou moins intenses. Ici les pierres sont bien jaunes, mais les vapeurs ne sont pas aussi denses.

 

527g1 Solfatara, Bocca Grande

 

527g2 Solfatara, Bocca Grande

 

La plus puissante fumerolle du volcan est nommée Bocca Grande, la Grande Bouche. La vapeur en sort à 160°C et, outre le panneau informatif que je montre sur ma photo, un autre, grand, dit en italien, en français, en anglais et en allemand "Hautes températures de la vapeur et du sol, danger de brûlure. Ne pas s’approcher des fumerolles, ne pas monter sur les pentes, éviter de se presser autour des fumerolles, ne pas dépasser les enceintes". Lisant cela, que me suis-je empressé de faire ? Avec précaution, j’ai approché ma main du sol et puis, une fraction de seconde, j’en ai tâté la température. Très chaud, mais j’ai pu répéter l’opération, supportant la chaleur des pierres pendant une ou deux secondes. Je dois préciser que je me trouvais à une bonne dizaine de mètres de la Bocca Grande. Pour les Anciens, là se trouvait la demeure de Vulcain, le dieu du feu, le forgeron boiteux mari de Vénus, et ils appelaient ce lieu la Forge de Vulcain. Afin de produire du sulfure d’aluminium et potassium alors utilisé comme hémostatique, on construisit en 1700 sur la Bocca Grande une haute tour de maçonnerie où se condensait la vapeur chargée de ce composé. Mais elle fut détruite par l’un des fréquents séismes qui secouent la région, à la suite de quoi une nouvelle fumerolle apparut.

 

527h Volcan Solfatara

 

Le fait de ne pas rester au fond du cratère et de s’approcher des pentes internes du volcan n’empêche pas de voir aussi, ici ou là, une vapeur blanche s’élever. Mais si nous restons quelques jours ici, il paraît que ces vapeurs sont excellentes pour les voies respiratoires ainsi que pour combattre l’acné (mais dans ce domaine, j’ai légèrement passé l’âge de l’adolescence boutonneuse).

 

527i Volcan Solfatara

 

Les Anciens avaient construit ce petit édicule, à la fois pour canaliser des émanations et pour pouvoir mieux les respirer. Elles ne sont guère abondantes au moment de ma photo, elles l’étaient un petit peu plus lorsque nous sommes arrivés ici et sottement je ne me suis pas pressé à les fixer sur ma carte mémoire. Cependant il paraît qu’en plaçant près du sol une petite flamme, par exemple un bout de papier enflammé, on aide à la condensation, ce qui fait apparaître la vapeur plus abondante. Nous reviendrons donc avec un peu de papier et des allumettes pour vérifier ce phénomène.

 

Nous rentrons au camping, à deux pas. Je ne peux éviter d’y ajouter mes commentaires. C’est le meilleur, et de loin, de tous ceux que nous avons fréquentés, à l’exception de l’odeur du volcan, mais est-ce un inconvénient, si l’on profite aussi de ses effets curatifs ? L’entrée du volcan coûte 6 Euros par personne pour les visiteurs, mais elle est gratuite pour les clients du camping. Tout est propre et soigné. Les emplacements ne sont pas vraiment délimités, mais le camping est si vaste que l’on dispose de toute la place souhaitée et personne n’a l’idée d’aller se coller contre un autre camping-car. On a le choix d’un emplacement à l’ombre ou au soleil. Et le camping dispose d’une piscine et d’un sauna alimenté de vapeur naturelle du volcan, tout compris dans le prix de la journée. Et puis c’est impressionnant et merveilleux d’être à l’intérieur d’un cratère de volcan en activité, mais cela présente l’inconvénient que les ondes radio ne passent pas. Recherchant sans cesse un émetteur sans le trouver, nos téléphones portables vident leurs batteries à vitesse grand V et nous n’avons aucune liaison.

 

Dernier détail : Lors de notre installation, nous avons eu la visite d’une jolie chatte venue nous observer et nous jauger. Elle faisait semblant d’être timide, mais n’était nullement effrayée et accueillait favorablement nos caresses. Depuis, elle est repartie sans dire arrivederci, mais c’est un chaton à la robe "de gouttière" qui nous a adoptés. Tandis que j’écris, il est en boule sur mes genoux. Un peu agité, il se redresse souvent pour réclamer des caresses supplémentaires, mais malgré ses efforts pour m’empêcher de terminer la rédaction de mon article, je suis parvenu à ce moment où je vais mettre le point final.

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Published by Thierry Jamard
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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 22:42

524a Naples, San Lorenzo Maggiore

 

 

 

En plein centre Spaccanapoli de la ville ancienne de Naples, l’église San Lorenzo Maggiore est le centre d’un complexe comprenant aussi un cloître, un musée, et des ruines antiques souterraines. Ce sera notre but de visite aujourd’hui.

 

524b Naples, San Lorenzo Maggiore, 5 martyrs au Maroc

 

Dans l’église, une chapelle du bas-côté gauche porte ce retable du quinzième siècle qui représente les cinq martyrs franciscains tués au Maroc le 16 janvier 1220, un sous-diacre, un prêtre et trois convers. L’un a été tué à coups de lance sur le cou, un autre par flèches dans le cou et la gorge, un autre encore a été lapidé et les deux derniers ont été décapités. Je n’en sais pas plus, je n’ai donc aucune explication pour la curieuse chose que deux d’entre eux portent sur la tête. Si celui du milieu tient dans sa main les flèches de son supplice, je ne vois ni pierre pour la lapidation, ni lance, ni sabre, épée ou hache de décapitation. Et si ce que quatre d’entre eux ont en main est la palme du martyr, celui qui a été tué par flèches mériterait lui aussi cette palme.

 

524c Naples, San Lorenzo Maggiore, le cloître

 

Nous sommes ici à l’emplacement de l’ancienne place publique des Grecs, l’agora, devenue à l’époque romaine le forum au prix d’adaptations pour le style de vie de cette nouvelle population aux mœurs différentes. Le forum était bordé du marché, le macellum. Forum et macellum sont aujourd’hui recouverts par l’église et le cloître de San Lorenzo Maggiore. Le cloître a été établi là au quatorzième siècle, puis complètement reconstruit en 1771 ; c’est ce dernier que nous voyons aujourd’hui.

 

524d1 Naples, San Lorenzo Maggiore, salle capitulaire

 

524d2 Naples, San Lorenzo Maggiore, salle capitulaire

 

Du cloître, on a accès à la salle capitulaire, édifiée à l’époque de la domination souabe (après les Normands et avant les Anjou), soit entre 1234 et 1266, et dont les riches décorations ont été réalisées en 1608. Les murs représentent "l’arbre généalogique de la gloire franciscaine", c’est-à-dire les Franciscains qui se sont illustrés d’une façon ou d’une autre dans le domaine religieux ou dans le domaine culturel. On y trouve des cardinaux et des papes, des saints, des missionnaires, des lettrés.

 

C’est dans cette salle capitulaire que l’empereur Charles V (Charles Quint) promulgua le privilège accordé à la ville de Naples et pour les provinces de ce royaume lorsqu’il revint victorieux de la guerre menée à Tunis en 1535. Dans cette salle également de réunissaient les élus de la ville.

 

524d3 Naples, San Lorenzo Maggiore, miniatures

 

Je suis conscient que ma photo n’est pas suffisamment nette. Comme, en plus, elle est trop petite dans cette publication, on n’y voit strictement rien. Je la publie quand même, parce que lorsque j’aurai dit que ce sont de minuscules sculptures de prophètes casées dans des coquilles de noix, on pourra apprécier la finesse du travail. Cela dit, je ne trouve pas que ce soient des œuvres d’art.

 

524e1 Naples, San Lorenzo Maggiore, réfectoire

 

524e2 Naples, San Lorenzo Maggiore, réfectoire

 

De là, nous passons dans la salle Sixte Quint. Cette immense salle de 40 mètres sur 12 qui était peinte de fresques sur toute la surface des murs servait autrefois de réfectoire. Ces fresques, ou ce qui en reste, ont été réalisées dans les premières années du dix-septième siècle par le même artiste qui a décoré la salle capitulaire. La découverte, en 1972, de fenêtres murées et leur emplacement laissent penser que l’église paléochrétienne n’avait pas encore été démolie quand on construisit cette salle à l’époque souabe au temps du roi Philippe III. Les fresques sont divisées en sept sections, au centre de chacune d’entre lesquelles est représentée l’allégorie de l’une des sept vertus théologales entourée de quatre vertus mineures.

 

524e3 Naples, San Lorenzo Maggiore, réfectoire

 

En-dessous, viennent s’appuyer sur les murs des demi-cercles dont, malheureusement, seuls subsistent six, qui représentent des vues de Naples et des environs, ou des événements qui en ont marqué l’histoire. Dans ce grand réfectoire de San Lorenzo, depuis le milieu du quinzième siècle et tous les deux ans les souverains réunissaient les barons du royaume et autres dignitaires pour des États Généraux qui décidaient des orientations futures du royaume. Lorsque les membres de l’assemblée devinrent trop nombreux, il fallut changer le lieu de réunion, mais les Napolitains restent malgré tout très attachés à cette salle Sixte V comme à un symbole important de leur ville.

 

524e4 Naples, San Lorenzo Maggiore

 

Dans le passage, cette plaque décorative représentant la rencontre de Jésus avec la Samaritaine devant un puits ne mérite peut-être pas de longs commentaires, mais à mon avis justifie quand même une minute d’arrêt. "Femme, donne-moi à boire", cite le texte gravé. Je trouve cette représentation intéressante au premier coup d’œil, mais à l’examen il y a un parti pris d’expression du mouvement qui est trop formel dans les mains, les pieds, les vêtements, la bouche ouverte de Jésus pour montrer qu’il parle. Hâtons-nous donc, maintenant, vers les fouilles archéologiques.

 

525a1 Naples, San Lorenzo Maggiore, fouilles archéologique

 

On a vu que Naples avait été créée à la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ ou au début du cinquième par des colons grecs de Cumes, ville datant du huitième siècle. Pour eux, cette implantation est une "ville nouvelle", d’où son nom de "Néa Polis", textuellement Ville Nouvelle. À ces gens de Cumes se sont vite agrégés d’autres Grecs provenant de la proche île d’Ischia et de la plus lointaine patrie d’Athènes. Puis il y a eu la romanisation au quatrième siècle. Les tremblements de terre de 62 et de 64 après Jésus-Christ, puis l’éruption du Vésuve de 79, ont enterré les villes d’Herculanum et de Pompéi qui ont disparu, rayées de la carte. Naples, ville plus grande et moins gravement atteinte, a survécu, mais il a fallu reconstruire la plupart des bâtiments. Ici, comme nous l’avons vu tout à l’heure, nous sommes dans les alentours du forum, et plus particulièrement dans le secteur du marché et des boutiques, tout cela datant des années qui ont suivi les destructions de l’éruption. Et puis la ville a continué à vivre et bien des bâtiments ont continué à sortir de terre, ou à en remplacer d’anciens. Il y a d’abord un niveau datant du Haut Moyen-Âge avec des restes du palais de justice du sixième siècle après Jésus-Christ où les juges étaient des représentants du peuple, Naples ayant conservé, dans son statut de duché byzantin, sa tradition démocratique héritée de son passé grec. Ici, nous sommes à six mètres sous le niveau de la ville médiévale. C’est le quartier du marché, mais il y a aussi, bien sûr, des logements d’habitation, avec une cuisine comme celle que l’on voit sur cette photo.

 

525a2 Naples, San Lorenzo Maggiore, fouilles archéologique

 

Une rue mène à un cryptoportique qui était le siège du marché couvert. Il en reste sept boutiques dont on peut voir les comptoirs où les commerçants étalaient leurs marchandises, creusés de niches où ils gardaient leurs réserves. Ces sept locaux commerciaux sont disposés en enfilade.

 

525b Naples, San Lorenzo Maggiore, fouilles archéologiques

 

Sur cette photo, on voit clairement les murs de la ville romaine et au-dessus les murs du monastère, qui ont donc réutilisé comme fondations les bâtiments antérieurs. L’énorme avantage est celui d’une économie de temps et d’argent pour la construction, sans compter la garantie de solidité offerte par des murs profondément enracinés dans le sol et qui ont fait la preuve, au cours des siècles, de leur résistance au temps et aux phénomènes telluriques. En contrepartie, l’inconvénient est que cela imposait aux architectes des contraintes de plans puisqu’il fallait réutiliser des formes préexistantes.

 

525c1 Naples, San Lorenzo Maggiore, Vierge 16e siècle

 

Nous sommes remontés à la surface et visitons à présent le musée. Cette Madone est une fresque détachée d’un mur de l’église et qui a été réalisée par un Napolitain inconnu entre 1355 et 1365. Ce que je ressens ici est tout le contraire de la Samaritaine. Pas de recherche à tout prix d’un réalisme qui fait passer à côté de la vérité, mais une sensibilité, une foi qui en disent beaucoup plus long. Évidemment, la Vierge a la poitrine sous la gorge, et le téton est long et effilé comme une cartouche de 22 long rifle, évidemment, le visage de Jésus est celui d’un homme de trente-cinq à quarante ans, mais tout cela importe peu, parce que le regard de Marie est si plein d’amour et de tendresse, mais aussi si grave et clairvoyant sur l’avenir de son fils, que l’on ne voit pas ces détails de dessin. Quant à Jésus, il regarde sa mère, mais aussi beaucoup plus loin, son regard n’est déjà plus humain, il embrasse l’univers.

 

525c2 Naples, San Lorenzo Maggiore, saint Michel

 

Ce saint Michel de marbre blanc est une œuvre fin quinzième siècle d’un sculpteur toscan inconnu. Elle était à l’origine au-dessus d’un portail de l’église San Lorenzo a Nilo et, lorsque cette église a été restaurée et que la statue a été déposée, elle a été l’objet d’une tentative de vol heureusement arrêtée à temps. Aussi a-t-on jugé plus prudent de ne pas la remettre en place et de la déposer dans ce musée. Mais ce vol avorté n’était que la dernière des mésaventures de cette statue. En effet, en 1845, elle a subi un énergique nettoyage avec des abrasifs, d’une si redoutable efficacité que la crasse est partie en emportant avec elle l’intégralité de la polychromie d’origine. Pas de doute sur la nature de saint Michel lorsque l’on voit la douceur archangélique de son visage à demi souriant quand, triomphant, ses grandes ailes déployées et les deux pieds sur le monstre, il ne lui donne à mordre que le bout de son bouclier, un bras levé en signe de victoire. Son équipement militaire aussi est très beau, sa cuirasse finement ciselée, ses genouillères en têtes de lions, ses jambières décorées d’écailles. Quelle force, dans cette attitude dynamique !

 

525c3 Naples, San Lorenzo Maggiore, Vierge orante

 

Voici à présent deux Madones très différentes. La première est une Madone orante, une Madone en prière. Ce marbre a dû être réalisé dans les années 1520 à 1530 par un artiste napolitain inconnu. Marie est jeune, le visage plein, elle est recueillie, et le contact avec Dieu la rend légèrement souriante. Malgré tout, je ne la trouve pas très expressive, et il n’y a guère de finesse dans la réalisation, le voile tombe bêtement sans légèreté, son vêtement est juste ébauché.

 

525c4 Naples, San Lorenzo Maggiore, Vierge au calvaire

 

L’autre Madone fait partie d’un groupe représentant le Calvaire, mais les trois statues sont totalement indépendantes les unes des autres. À l’origine, lorsque cet artiste napolitain inconnu les a sculptées vers 1550, elles devaient faire partie de la décoration d’un dessus d’autel ou d’un monument funéraire, mais le chœur de l’église a été entièrement refait, l’autel a été détruit et déjà une description de 1884 les mentionne comme séparés, "provenant peut-être de l’antique enceinte du chœur". Je laisse donc le Christ en croix et saint Jean, et je cadre en gros plan sur le visage de la Vierge. Là non plus il n’y a pas une grande finesse d’exécution du vêtement, mais l’artiste s’est intéressé à Marie elle-même. Ici aussi il y a une prière, mais les mains ne sont pas mollement jointes, elles sont croisées fortement en un geste crispé, et le visage tendu vers la Croix exprime toute la souffrance d’une mère devant la mort de son fils. Les rides entre les sourcils, les muscles des joues contractés, la bouche légèrement arquée vers le bas et retenant les sanglots, le regard éploré, on voit physiquement la profondeur de l’angoisse, de la détresse, d’une femme écrasée de tristesse. Mais, pour relativiser mon jugement et mesurer la part de la subjectivité dans l’évaluation d’une œuvre d’art, une anecdote : Je montre ce soir cette photo à Natacha. Elle ne se souvient pas d’avoir vu cette sculpture, elle suppose qu’avec ce voile sur la tête ce doit être la représentation d’une religieuse, probablement une sainte, et elle y voit la même affectation dans la représentation que dans ces monuments commémorant la Première Guerre Mondiale dans chaque village de France, tout comme la "Grande Guerre Patriotique" de 1940-1945 en Union Soviétique.

 

525d1 Naples, San Lorenzo Maggiore, Vierge jeune

 

Quoique cette "Madone jeune" du dix-huitième siècle représente elle aussi la Vierge, elle n’a rien de commun avec les statues précédentes. Ce n’est pas un personnage de la crèche, quoiqu’elle soit traitée de la même manière, sculptée en bois peint avec des yeux de verre et des vêtements de vrai tissu délicatement brodé. Elle devait plutôt être objet de décoration et de vénération. C’est un admirable travail plein de vie et d’expressivité.

 

525d2 Naples, San Lorenzo Maggiore, personnages crèche

 

Les crèches napolitaines, j’en ai montré précédemment, en plusieurs occasions, des figurines et des objets en situation. Je préfère donc aujourd’hui montrer dans son intégralité une vitrine contenant de nombreux personnages en présentation isolée. Un jeune Maure en turban, les trois Rois Mages, un dignitaire géorgien, un porteur oriental, etc. Toutes ces figurines du dix-huitième siècle sont faites de bois peint et de terre cuite, avec des yeux de verre et des vêtements en tissu.

 

525e Naples, San Lorenzo Maggiore, chasuble

 

Dans une autre salle sont présentés des vêtements sacerdotaux précieux. Cette chasuble, ces deux mitres et ce couvre-calice du dix-huitième siècle qui proviennent d’une manufacture napolitaine sont en filigrane d’argent, ils sont richement brodés sur toute leur surface de fleurs et d’arabesques en fil d’or, tandis que le couvre-calice et les mitres sont, de plus, rehaussés de pierres précieuses et de l’emblème des Franciscains. C’est en fabriquant ce genre d’objets que les canuts de Lyon, dans leur action revendicatrice célèbre, ont dû composer leur chant :

 

          "Pour chanter Veni Creator 

          Il faut une chasuble d’or

          Nous en tissons pour vous, Grands de l’Église

          Mais nous, pauvres canuts, n’avons pas de chemise

          C’est nous les canuts,

          Nous sommes tout nus".

 

526a Naples, San Paolo Maggiore

 

526b Naples, San Paolo Maggiore

 

Il y a tant et tant de choses intéressantes à voir que je suis bien contraint de me limiter. Quand nous avons fini de tout voir, il nous suffit de traverser la petite place pour nous trouver au pied des escaliers imposants montant vers l’église San Paolo Maggiore.

 

526c Naples, San Paolo Maggiore

 

Les deux colonnes qui se dressent fièrement en avant de la façade sont antiques, elles ont été récupérées. Mais leur rôle est purement décoratif, elles ne supportent aucun portique.

 

526d Naples, San Paolo Maggiore

 

À l’intérieur la nef, vaste et majestueuse, est de pur style baroque.

 

526e1 Naples, San Paolo Maggiore

 

526e2 Naples, San Paolo Maggiore

 

Dans le fond de l’église, au-dessus du portail, une grande peinture couvre toute la largeur de la contre-façade. En l’absence de toute notice explicative, de tout livre en vente concernant cette église, je n’ai pas été capable par moi-même d’identifier la scène représentée, mais je trouve intéressant ce détail du sacrifice d’un taureau. Nous sommes dans un temple, comme le prouve un autel juste au centre avec une brebis morte, qui vient d’être sacrifiée. Peut-être est-ce celui de Jérusalem, parce que les costumes reportent à des temps bibliques et évoquent plus particulièrement le peuple juif. Du ciel un rayon lumineux tombe droit sur la brebis, mais nulle trace de Dieu, seuls des anges d’âges divers volent enlacés. Ici et là il y a aussi des soldats, mais ils ne semblent pas vouloir de mal à qui que ce soit, en revanche un roi couronné regarde vers le ciel d’un air effrayé et beaucoup de gens autour de l’autel en font autant. Le sacrifice en cours de ce taureau blanc se situe dans le coin droit, au bas des marches.

 

526f Naples, San Paolo Maggiore

 

Cette petite coupole dans l’un des bas-côtés est surprenante par son emplacement, mais je la trouve belle parce que sa décoration n’est pas chargée à l’excès, et ses ouvertures, au sommet et sur le pourtour dispensent une lumière naturelle dans l’église.

 

526g1 Naples, San Paolo Maggiore, sacristie, Solimena

 

526g2 Naples, San Paolo Maggiore, sacristie, Solimena

 

Quant à la sacristie, elle aussi est typiquement baroque. Chacun de ses petits côtés est décoré d’une grande fresque de Solimena. Ici, nous apercevons la scène de la conversion de saint Paul. Il est indispensable que j’en montre un détail, sans quoi il faudrait me croire sur parole parce que l’on ne peut rien distinguer sur la photo générale.

 

526h Naples, San Paolo Maggiore, sacristie, chute Simon le

 

En fait, c’était le côté opposé que je désirais le plus voir, parce que j’avais lu quelque part qu’il représentait la chute de Simon le Magicien. Or à Rome, le 24 février dernier, dans l’église Santa Francesca Romana, nous avions vu la pierre prétendument creusée par les genoux de saint Pierre en prière pour que dans la compétition de magie imposée par l’empereur et qui l’opposait à Simon le Magicien ce dernier ne soit pas vainqueur. Dans mon article de ce jour-là j’avais cité le passage des Actes des Apôtres évoquant l’histoire. Pour cette raison j’avais donc le plus grand désir de voir la fresque de Solimena montrant la chute de Simon, mais hélas elle est en cours de restauration et des échafaudages enchevêtrés la cachaient cet après-midi. J’ai quand même pu l’entr’apercevoir ce qui m’a permis de ne pas m’effondrer en larmes de déception… Néanmoins, de peur de noyer mon clavier si je ne résiste pas, je conclus ici mon article du jour.

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 23:56

523a1 une rue de Naples 

 

Surprenant, mon titre ? Nous verrons tout à l’heure, au moment du déjeuner, ce que vient faire ici l’ancien président des États-Unis d’Amérique. Pour l’instant, nous nous sommes rendus à Naples ce matin et au fur et à mesure que nous voyons et revoyons cette cité nous nous y attachons de plus en plus.

 

523a2 dans une rue de Naples

 

N’est-ce pas attachant, une ville dont les habitants peuvent avoir la tendresse, la sensibilité de fixer au mur de la rue un petit cadre comme celui-ci, avec la photo d’une dame devant l’étal de légumes dont elle est visiblement la commerçante, avec le texte "À ma mère. Dans ce coin du cœur de Naples, Gelsomina Cammarano a passé sa vie en portant Naples dans son cœur. 1914-2002".

 

523a3 Naples, piazza del ilo

 

Sur notre chemin, la piazza del Nilo représente le dieu du fleuve Nil. Une toute petite place au bord d’une rue, et une grande statue datant de l’Antiquité sur un haut piédestal. Hélas, la tête du crocodile est cassée, comme celle du sphinx. Mais le dieu porte encore, intacte, la corne d’abondance, cette abondance due à la fertilité qu’il apporte par ses crues.

 

523b1 Naples, San Gregorio Armeno

 

Mais notre but ce matin n’est pas de nous promener le nez en l’air pour le seul plaisir de goûter aux charmes de la ville. Cela, nous l’avons fait, nous comptons le refaire cet après-midi, mais d’abord nous allons à San Gregorio Armeno dont le cloître n’est ouvert que le matin.

 

523b2 Naples, San Gregorio Armeno

 

523b3 Naples, San Gregorio Armeno

 

Ce cloître est curieux. En effet, alors que de façon tout à fait normale sa galerie court autour des quatre murs, cette cour est partagée en deux par un bâtiment central, délimitant en fait deux cours, ou plutôt deux jardins plantés d’agrumes, et au milieu de la première partie on peut admirer cette très belle fontaine du dix-huitième siècle. Devant, reposant sur deux petites excroissances de la première marche, deux grandes statues de taille humaine et même un peu plus, représentent le Christ et la Samaritaine. L’effet est surprenant parce que généralement tous les éléments décoratifs des fontaines sont au centre du bassin ou sur le pourtour, et non pas détachés comme ici.

 

523b4 Naples, San Gregorio Armeno

 

Toujours dans cette première partie du cloître, l’accès au bâtiment central est gardé par deux anges au visage sympathique. Mais celui-ci exprime de l’étonnement, peut-être un peu de crainte. Pourtant je ne lui veux aucun mal. À moins qu’il ne s’inquiète de son droit à l’image.

 

523b5 Naples, San Gregorio Armeno 

 

À l’intérieur, on a accès d’en haut à cette petite chapelle qui est celle de la supérieure du couvent, mais on ne peut y pénétrer. C’est dommage mais quand je vois toutes les dégradations, tous les noms gravés sur les fresques, les statues, les murs dès que l’endroit ne dispose pas d’un Cerbère vigilant, je comprends cette contrainte. Nous ne sommes pas ici dans un musée avec ses gardiens dans chaque salle, nous sommes dans un couvent en activité et nous sommes livrés à nous-mêmes pour les visites.

 

523c Napoli, Girolamini

 

Ici l’église des Girolamini. Saint Jérôme, en latin, c’est Hieronymus, en italien Girolamo. Il s’agit donc des Hiéronymites. Nous aurions aimé voir les collections du couvent, mais il est fermé. Tant pis, nous renonçons. Tous ces lieux qui ne sont ouverts que jusqu’à 11h30 ou midi, si l’on veut en voir plusieurs par jour il faut être à l’ouverture, visiter en courant, et se précipiter au suivant avant de s’en faire jeter parce que c’est l’heure de fermeture. À nous, il nous faut au minimum deux bonnes heures pour nous imprégner de l’atmosphère d’un lieu, pour le visiter, pour prendre nos photos.

 

523d1 Naples, Duomo

 

En face, c’est la cathédrale, le Duomo. Nous y sommes déjà venus, nous l’avons bien vu, mais nous nous consolons des Girolamini en allant y faire un tour. Ci-dessus, la sculpture ornant le dessous du maître autel.

 

523d2 Naples, Duomo

 

De part et d’autre de la nef, juste avant le transept, ces orgues sont remarquables.

 

523d3 Naples, Duomo, Innocent XII

 

Le bras gauche du transept recèle aussi un monument au pape Innocent XII (1691-1700). Il ne s’agit pas de sa tombe, parce qu’en fait il est enterré à Saint-Pierre du Vatican. Ce souverain pontife originaire des Pouilles, Antonio Pignatelli, est l’auteur d’une bulle de 1692 condamnant le népotisme. Il a également interdit la vente de charges dans l’administration pontificale ainsi que celle des dignités ecclésiastiques. Au plan international, il a réussi à mettre un terme au différend qui opposait la papauté à Louis XIV. Notre Roi-Soleil entendait imposer la "liberté gauloise" dans l’Église de France dont il voulait être le maître. Aux termes de la négociation, il renonçait à cette indépendance qui risquait de mener à un schisme, mais le pape lui reconnaissait le privilège de nommer les évêques.

 

523e1 Naples, Il Pizzaiolo del Presidente

 

Le moment est venu de reprendre des forces. Sur la devanture d’une pizzeria notre regard est attiré par l’effigie de Clinton, alors que de l’autre côté de la porte une tête est dessinée portant un haut de forme aux couleurs du drapeau américain. C’est que le patron, Ernesto Cacciali, se dit "le pizzaiolo du président". Tout simplement parce que ce spécialiste reconnu de la pizza napolitaine (la seule vraie, celle de l’origine), issu d’une longue lignée de pizzaioli, veut diffuser dans le monde, et particulièrement aux États-Unis dont la population est grosse consommatrice de pizza, la tradition du vrai goût napolitain. Aussi va-t-il dans ce pays pour prodiguer des formations, et reçoit-il en stage de jeunes Américains dans son établissement de Naples. Là-bas, il a rencontré personnellement le président Bill Clinton, qui le considère comme son pizzaiolo personnel. D’où le titre affiché dans ce restaurant. Et il est vrai, j’en suis témoin, que sa pizza est excellente. Et Natacha, qui comme d’habitude "cale" devant les plats un tant soit peu abondants, a voulu demander un "doggy bag" pour emporter ce qu’elle ne pouvait avaler sur place. Ce qui fait qu’elle s’est ensuite baladée tout l’après-midi non pas avec un petit sachet en plastique glissé dans son sac photo, mais avec un grand carton à pizza. Pratique et esthétique !

 

523e2 Naples, Il Pizzaiolo del Presidente

 

Musicien et chanteur, un Napolitain pure souche est descendu dans la salle au sous-sol donner de la voix pendant le repas. Natacha lui a demandé de chanter Santa Lucia, mais il ne se rappelait plus cette chanson célèbre et en a donné avec humour une version très personnelle. À la fin, nous avons souhaité garder en souvenir une photo du chanteur et du garçon fort aimable qui nous avait servis. Toute l’équipe est alors venue pour poser. Sympathique. Nous avons l’adresse Internet de la pizzeria, nous allons leur envoyer nos photos.

 

523f Naples, figurines, Berlusconi

 

Nous repassons par la rue de San Gregorio Armeno. Tout du long, et des deux côtés, des boutiques vendent les personnages des traditionnelles crèches napolitaines de Noël, même en cette période de l’année. Il y a les modèles de personnages les plus rudimentaires, fabriqués en Chine, d’autres tous moulés sur le même modèle mais garantis fabriqués en Italie, et enfin d’autres splendides, fabriqués, peints et habillés à la main dans l’atelier au fond de la boutique pour que l’on puisse à la fois admirer l’habileté de l’artisan et constater que ce sont bien des produits authentiques et des pièces uniques. Mais tout cela n’assurerait sans doute pas hors période de Noël la rentabilité des boutiques de produits industrialisés, aussi y trouve-t-on toutes sortes de personnages qui ne sont pas destinés à des crèches. Ainsi ce Berlusconi sanguinolent après l’attaque dont il a été victime est-il en vente en compagnie de Sarkozy et Carla Bruni, de Maradona, de Mickael Jackson, d’Elvis Presley, et non loin de Joseph, de Marie, de Jésus et des Rois Mages d’un côté, de Scaramouche de l’autre. Très éclectique.

 

523g1 Napoli, piazza Dante

 

Nous avions vu la piazza Dante le premier mai, célébrant la Fête du Travail. Parce que nous allons bientôt quitter notre camping de Pompéi et nous éloigner de Naples, nous retournons aujourd’hui la voir sous son apparence quotidienne. Une pause sur un banc, un tour dans une librairie, nous restons sur cette place un bon moment. Elle est plaisante. Derrière moi, un groupe de très jeunes s’entraîne au football, tandis que sur le côté deux adolescents, un garçon et une fille, tentent de jongler avec trois balles, sérieux, appliqués, mais ont du mal à tenir plus de quelques échanges. La place est si vaste que le trafic dément des voitures est peu perceptible.

 

523g2a San Potito

 

Nous nous dirigeons à présent vers le nord, parce que je cherche la rue Salvatore Tommasi que j’ai repérée sur mon plan de Naples. Pourquoi ? La réponse est dans l’une des Chroniques italiennes de Stendhal intitulée Suora Scolastica. Don Gennarino est amoureux de Rosalinde, et pour l’approcher il courtise sa mère, la princesse de Bissignano. Le duc Vargas del Pardo "avait été touché des grâces naïves de la jeune Rosalinde de Bissignano. […] Mais il prenait du tabac et portait perruque ; ce sont précisément les deux grands sujets d’horreur pour les jeunes filles de Naples et, quoique Rosalinde eût une dot de vingt mille francs peut-être et n’eût dans la vie d’autre perspective que d’entrer au noble couvent de San Petito, situé dans la partie la plus élevée de la rue de Tolède, alors à la mode, et qui servait de tombeau aux jeunes filles de la plus haute noblesse, elle ne put jamais se résoudre à comprendre les regards passionnés du duc del Pardo. Au contraire, elle comprenait fort bien les yeux que lui faisait don Gennaro dans les moments où il n’était pas observé par la princesse de Bissignano. […] Sa coquetterie n’eût jamais pardonné au jeune marquis les fausses idées qu’elle s’était formées. Le vieux général, son mari, fut plus clairvoyant qu’elle […], il comprit fort bien que don Gennarino […] avait entrepris de plaire à sa femme ou à sa fille ; l’un lui convenait aussi peu que l’autre".

 

523g2b San Potito

 

Stendhal écrit Petito, mais très précisément où il le décrit se trouve San Potito, avec un O et non un E. Aucun doute, c’est une erreur. Il donne tant de précisions justes que ce ne peut être par discrétion, pour dérouter le lecteur. Il continue : "Le lendemain, après le déjeuner, il ordonna à sa fille Rosalinde de monter en voiture avec lui et, sans lui adresser une seule parole, la conduisit au noble couvent de San Petito. C’est à ce couvent, alors fort à la mode, qu’appartient cette façade magnifique que l’on voit à gauche dans la partie la plus élevée de la rue de Tolède près le magnifique palais des Studi. Ces murs, d’une immense étendue […]". J’arrête là. Pour qui connaît cette chronique j’ai déjà été trop long, pour qui ne la connaît pas je ne voudrais pas dévoiler la suite.

 

523g3 Naples, musée archéologique 

 

Ce grand bâtiment rose, sur la gauche, c’est le Musée Archéologique National, actuellement installé dans les anciens bâtiments de l’université, pour cela appelés palais des Studi (des études). Pour prendre ma photo, je suis au bout de cette rue Salvatore Tommasi où se trouve le couvent de San Potito. Cette rue est haute, aussi tourne-t-elle à angle droit pour descendre perpendiculairement à cette avenue qui est en face de moi sur la photo. Elle devient donc parallèle à la rue que surplombe l’endroit où je suis, et cette rue était la rue de Tolède autrefois. Maintenant, seule sa première partie, jusqu’à la piazza Dante, porte encore ce nom, mais on se rend compte que, lorsque je dis qu’il n’y a pas de doute sur l’identification du couvent, c’est la pure vérité. On peut donc désormais lire les aventures de Rosalinde et de don Gennaro en en imaginant le décor.

 

523h1 Naples, Santa Lucia

 

Nous ne quitterons pas Naples sans avoir revu sa baie et en particulier son port de Santa Lucia et le Castel dell’Ovo. Nous repartons donc vers ce prolongement de la via Toledo, puis piazza Dante, via Toledo, palazzo Reale, via Santa Lucia. Nous nous arrêtons quelques minutes dans l’église Santa Lucia où vient de s’achever une messe.

 

523h2 Napoli, Santa Lucia

 

La grande mosaïque de l’abside est visiblement moderne. Elle est très belle mais il est amusant de constater que partout ailleurs, l’église est offerte par un pape, que figurent les évangélistes, des saints, et que si l’on y voit des figures de femmes, Marie peut être au centre mais entourée d’hommes, sinon les saintes ont toujours des places secondaires, alors qu’ici, sainte Lucie est grande, bien au centre, et n’est accompagnée que de femmes. J’aime ces couleurs riches mais en même temps sobres, en une sorte de camaïeu.

 

523h3 Napoli, Santa Lucia 

 

Infiniment plus classique est cette statue de sainte Lucie. Je ne raffole pas de son style vestimentaire, cette robe plus courte jaune d’or sur une robe longue bleue traînant à terre, et dans le dos un manteau cape rouge, cela fait perroquet. J’ai quand même choisi cette photo parce que je lui trouve un geste gracieux de la main pour retenir le pan de sa robe (geste inutile parce qu’elle est sûrement plus entravée par sa robe bleue). Son visage fait un peu bobonne plan-plan femme au foyer incapable de s’en détacher, ce qui ne serait pas du goût de son double de la mosaïque de l’abside, mais vue rapidement dans son ensemble cette statue n’est pas laide.

 

523h4 Naples, Santa Lucia

 

Jetons un coup d’œil à ce baptistère avant de ressortir de l’église. Son pied et sa vasque en marbre blanc ont une forme pure, et permettent de donner plus de relief au couvercle richement orné.

 

C’est maintenant Santa Lucia, son port immortalisé par la chanson que le musicien de la pizzeria a oubliée. Le charme de l’endroit est exceptionnel, aussi ne rentrons-nous pas tout de suite à Pompéi.

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Published by Thierry Jamard
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