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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 01:23

470a Roma, vittoria Polverini

 

 

 Depuis la semaine dernière et les élections régionales, les affiches de campagne ont fait place aux remerciements. Le processus électoral, ici, n’est pas le même qu’en France. Chez nous, on élit les conseillers régionaux (ou généraux), et c’est eux, ensuite, qui élisent leur président. Ici au contraire, chacun des candidats annonce, lors de la campagne, qui il souhaite comme président. Renata Polverini bénéficiait d’une large coalition de centre et de droite, tandis qu’en face il y avait une coalition de gauche dans laquelle chacun des candidats désignait sa concurrente. Les écologistes, quant à eux, tout seuls, se vouaient à une troisième personne qui, autant le dire, n’avait aucune chance. Et c’est Renata Polverini qui est la nouvelle présidente, pour qui se prononcent entre autres les candidats du parti de Berlusconi. Sur cette affiche, elle est rayonnante. Le publicitaire a eu la bonne idée de lui donner du relief en mettant sa main hors du cadre.

 

470b Rome, Saint Pantaléon

 

Nous sommes allés près de la piazza Navona parce que nous souhaitions chercher des livres à la librairie des éditions Gangemi et au passage nous avons décidé d’entrer dans cette église San Pantaleone, ou Saint Pantaléon, que nous voyons souvent mais où nous ne sommes jamais entrés.

 

470c Roma, San Pantaleo

 

C’est une petite église qui n’est pas déplaisante, avec ses belles colonnes de porphyre, mais elle ne me laissera pas un souvenir impérissable.

 

470d Roma, San Pantaleo

 

Il me faut quand même faire une mention spéciale pour la très belle voûte en trompe-l’œil. Le sommet, avec Dieu et son rayonnement, n’est pas ce que je préfère, mais l’impression de relief donnée par tous les personnages qui gravitent autour est remarquable.

 

470e Roma, San Pantaleo

 

Allez, avant de sortir encore un petit regard vers le chœur. De part et d’autre, est suspendue cette file de lampes dorées qui ne sont pas laides. Seulement un peu kitsch.

 

470f1 Rome, Pasquino

 

Nous dirigeant juste derrière cette église, nous passons devant Pasquino, qui n’est plus muet. Voici l’une de ses remarques. C’est intitulé "Pensée triste". Puis il dit : "La plus grande faute de B[erlusconi] est d’avoir lobotomisé une grande quantité de citoyens en les transformant en sujets télé-porno-dépendants, adorateurs de l’argent facile et racistes".

 

470f2 Rome, Pasquino

 

Et une autre. "Si la femme (qui le nie ?) a toujours été considérée par l’Église comme à moitié sorcière, elle est encore plus pénalisée par la loi anti-avortement qui la prive de liberté". Voilà donc le genre de choses que l’on peut trouver dans la bouche de Pasquino. Ou plutôt sur le panneau mis à la disposition de qui souhaite le faire parler.

 

470g1 Rome, piazza Navona

 

Depuis que nous sommes à Rome, très souvent nous sommes passés par la piazza Navona, mais jamais jusqu’à ce jour nous n’avons eu l’occasion de la voir dégagée des tentes de vendeurs de toutes sortes de choses après celles du Marché de Noël, puis de palissades de travaux. Vue ainsi, elle montre mieux son origine d’amphithéâtre de Dioclétien et l’on admire mieux la belle façade de Sant’Agnese in Agone, œuvre de Borromini.

 

470g2 Rome, piazza Navona

 

On a coutume de montrer la fontaine des Fleuves, du Bernin, située en plein milieu de cette immense place, au pied de l’obélisque, mais il ne faut pas négliger la fontaine du Maure, qui n’est pas mal non plus.

 

471a1 Rome, éléphant Bernin

 

471a2 Rome, éléphant Bernin

 

De là, nous nous rendons sur le parvis de Santa Maria sopra Minerva. J’ai déjà montré le 15 décembre comment est ornée cette place, avec un éléphant sculpté par le Bernin, surmonté d’un obélisque. Voici l’animal en gros plan. Bonjour... Au revoir.

 

471b Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Ce jour-là, nous avions déjà visité cette église qui a succédé, comme son nom l’indique, à un temple de Minerve, mais puisque nous sommes ici, nous y jetons de nouveau un coup d’œil. 

 471c Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Par exemple, je n’avais pas spécialement remarqué cette peinture sur bois dans la chapelle de l’Annonciation. Elle représente la Vierge de l’Annonciation remettant la dot aux enfants pauvres présentés par le cardinal Torquemada. Au moment où l’archange Gabriel est en train d’annoncer à Marie qu’elle va enfanter le fils de Dieu, avec la colombe du Saint Esprit qui volette autour d’elle, elle ne prête pas attention à cette nouvelle et se préoccupe de donner une bourse aux Lilliputiens que sont ces enfants et le cardinal, tandis que là-haut, à gauche, Dieu le Père, les deux bras en avant, semble prodiguer sa grâce. Surprenant. En fait, je plaisante, mais je trouve ce tableau très plaisant à regarde. Il a été réalisé en 1500.

 

471d1 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

Nous voici, dans le bras droit du transept, dans la chapelle Carafa, décorée de fresques réalisées de 1489 à 1493 par Filippino Lippi. Au-dessus de l’autel, c’est également une Annonciation au cours de laquelle la Vierge est occupée à autre chose. Ici, c’est saint Thomas d’Aquin en train de lui présenter le cardinal Oliviero Carafa qui a acquis cette chapelle.

 

471d2 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

C’est vraiment une fresque merveilleuse. On ne peut qu’admirer la légèreté des ailes de l’ange et leur mouvement, le drapé des vêtements, les couleurs, la composition avec ces personnages qui observent la scène de l’extérieur, et enfin l’expression des visages.

 

471d3 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

Je ne peux résister à l’envie de zoomer pour un gros plan de Marie. Pureté du visage, finesse des doigts, mouvement des cheveux, harmonie du vêtement… Si je n’avais pas épuisé les pièces de monnaie dont je m’étais muni, j’aurais continué indéfiniment à alimenter la minuterie qui éclaire cette chapelle.

 

472a Rome, Panthéon

 

472b Rome, Panthéon

 

À deux pas de là, se trouve le Panthéon. Nous l’avons visité le 15 décembre, mais nous y retournons quelques minutes. Nous allons bientôt (?) quitter Rome, nous voulons revoir les endroits que nous avons aimés ou qui nous ont frappés, et le Panthéon en est.

 

472c Rome, Panthéon, tombe de Raphaël

 

Notamment, nous allons saluer ce grand peintre Raphaël. Au-dessus de sa tombe, ces deux colombes s’embrassent.

 

472d Rome, Panthéon

 

En repartant, vite, une photo de l’arrière du bâtiment. Habituellement, on montre sa façade avec ses admirables colonnes de granit, mais ce gigantesque bâtiment circulaire paraît alors avec un portique plat qui ne permet pas d’en apprécier la forme. Voici une vue qui montre à quel point le panthéon est massif.

 

473a1 Rome, Sant'Agostino, Madone des Pèlerins, Caravaggio

 

Nous retournons piazza Navona, nous la traversons et nous rendons à Sant’Agostino pour revoir notre cher Caravaggio. Cette Madone des Pèlerins, nous l’avons vue en exposition temporaire à la Villa Borghese, puis ici même en reproduction photographique grandeur nature parce qu’elle était encore en exposition. Mais aujourd’hui, c’est la vraie de vraie qui est là sous nos yeux, c’est l’huile sur toile peinte entre 1604 et 1606, et la photo n’est nullement interdite. Un régal.

 

Ce tableau que l’on appelle traditionnellement Madone des Pèlerins a été réalisée comme Madone de Loreto et, à ce titre, on s’attend à voir Marie enveloppée dans sa dalmatique. Bien loin de là, elle est sur le seuil de sa demeure, et elle accueille ces deux pauvres personnages qui viennent lui rendre hommage, à elle et à son fils. En 1642, Baglione, chroniqueur de la vie des artistes de son siècle, dit que ce tableau a été acclamé par le peuple, qui s’y est reconnu.

 

473a2 Rome, Sant'Agostino, Madone des Pèlerins, Caravaggio

 

Mais le temps a passé, et il a été considéré comme scandaleux par une majorité, qui a réclamé qu’on le décroche, voire qu’on le brûle. C’était manquer de respect à la Vierge et à Jésus que de mettre en leur présence ces gens sales, en haillons, et surtout ces deux pieds crasseux. Les commentaires ont surtout mis en exergue ces deux pieds, c’est pourquoi je les montre ici en gros plan. Malgré tout ce remue-ménage, les frères Augustiniens en charge de l’église ont toujours refusé d’enlever ce tableau, un grand merci à eux. Il avait été commandé par le marquis Cavalletti qui avait renoncé à la vie mondaine et avait pris, avec sa femme, le chemin de Loreto comme simple pèlerin, ne s’épargnant aucune peine, aucune souffrance, voyageant nu pieds comme c’était l’usage lors des pèlerinages, pour essayer ainsi de rencontrer la Vierge. Très probablement, quoique nous n’en ayons pas de portrait avec lequel faire des comparaisons, ce couple de pèlerins représente le marquis et sa femme eux-mêmes, et ce serait alors pour bien montrer leurs efforts, leurs souffrances, leur renoncement au monde, que l’artiste aurait placé ces deux pieds au premier plan comme des symboles. Et la Vierge, qui avec un sourire accueillant et bienveillant, comprend leur intention, accepte leur sacrifice et leur offre son fils, son modèle est la petite amie du Caravage.

 

Si j’aime tant ce tableau, je ne pense pas que ce soit un effet de mon admiration habituelle pour le Caravage. Il est si plein d’humanité, de sensibilité, de compassion que je ne peux rester indifférent. Et puis, une force extraordinaire vient de cette composition en diagonale que ce peintre aime tant, la lumière qui unit en ligne droite les pieds, le fond de pantalon usé, le visage du pèlerin, le corps de Jésus, du coin inférieur droit au coin supérieur gauche faisant le lien entre l'offrande de la souffrance et la rencontre du Seigneur.

 

473b Rome, Santa Maddalena

 

Nous passons ensuite devant Santa Maria Maddalena, et aussitôt notre manie de visiter toutes les églises nous pousse à l’intérieur. Dès 1320 il est fait mention à cet endroit d’un petit oratoire et d’un hospice annexé, dépendant de la confraternité de la Bienheureuse Marie-Madeleine. En 1586, l’ensemble est concédé à saint Camille de Lellis qui en fait la maison mère de l’ordre des Ministres des Malades, qu’il a lui-même fondé, et il y meurt en 1614. De 1640 à 1649, l’église d’abord puis le couvent sont reconstruits. L’élégante façade concave a été dessinée en 1696-1697 par l’architecte Giulio Carlo Quadri. Hé oui, malgré ces lignes très particulières, elle n’est pas l’œuvre de mon cher Borromini, déjà mort depuis trente ans, le pauvre. On ne peut évidemment reconnaître les braves gens des sculptures de cette façade. Ce sont, en bas, saint Camille de Lellis et saint Philippe Neri, et en haut Marie-Madeleine et Marthe.

 

473c Rome, Santa Maddalena

 

Cette belle statue en bois du quinzième siècle représente, on s’en douterait, la Maddalena, avec ses longues mèches de cheveux ondulés qui lui retombent sur les épaules. Je lui trouve un air très moderne qui me plaît, avec sa ligne épurée et élégante.

 

473d Rome, Santa Maddalena

 

Plusieurs fresques illustrent la vie de Marie-Madeleine. Ici nous la voyons essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux. Personne ne semble lui prêter attention, tandis qu’à l’arrière-plan Marthe s’active à la cuisine.

 

473e Rome, Santa Maddalena, sacristie

 

Cette sacristie construite de 1738 à 1741 est somptueuse, avec ses dorures partout, et sa voûte contemporaine de la construction (1739). La sacristie est destinée à la préparation des offices, elle n’est pas faite pour recevoir les fidèles, par conséquent cette magnificence résulte d’un pur goût pour l’art, très éloigné de l’utilitarisme actuel.

 

473f Rome, Santa Maddalena

 

Nous repassons dans l’église et, pour sortir, nous nous tournons vers cet orgue et sa décoration d’un baroque foisonnant. On se dirait presque dans l’église de Wies, en Bavière, qui est restée dans ma mémoire comme le sommet de ce style. Je suis loin de n’apprécier que le style dépouillé, mais il y a des limites ici dépassées qui ne sont pas de mon goût.

 

Mais tant pis, parce que la journée m’a (nous a) permis de voir tant et tant de belles choses que nous repartons les pupilles éblouies.

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Published by Thierry Jamard
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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 01:13

469a Rome, le Tibre ou il Tevere

 

 

L’idée nous prend de nous rendre dans le centre de Rome avec le camping-car, mais quand je dis "le centre", je veux dire plus près du centre, en longeant le Tibre, là où les voies sont larges et où la circulation est libre, là aussi où en ce jour de Pâques nous avons des chances de pouvoir stationner. Et c’est avec une vue imprenable que nous cuisinons notre côte de bœuf et que nous déjeunons.

 

469b Rome, île du Tibre

 

Et puis nous allons tranquillement nous promener le long du fleuve. Je ne répète pas dans mon blog ce que j’ai déjà montré plusieurs fois, seulement ces quelques images. Ici, c’est la pointe aval de l’île du Tibre, de l’isola Tiberina. Le 7 mars, j’avais pris en photo le navire d’Esculape bien en face (en expliquant ce que faisait là ce dieu de la médecine), mais aujourd’hui, en regardant cette image prise du pont, je trouve qu’il a davantage l’air d’un bateau avec sa superstructure.

 

469c Rome, Santa Sabina vue de l'autre rive

 

Mais c’est en aval de l’île que la vue est le plus intéressante. La colline de l’Aventin, abrupte, domine le fleuve et nous, de la rive droite, nous reconnaissons les bâtiments que nous n’avons vus que de près et de face. Ici, c’est le monastère et l’église de Sainte Sabine, où nous sommes allés deux fois, le 17 décembre et le 14 janvier. Jamais je n’aurais imaginé un si immense monastère lorsque nous étions en haut de l’Aventin.

 

469d1 Rome, Sant'Alessio vu de l'autre rive

 

469d2 Rome, Sant'Alessio vu de l'autre rive

 

Plus loin, c’est Sant’Alessio, Saint Alexis, qui nous apparaît sur la colline. Le 14 janvier, après être passés à Santa Sabina, nous avions poussé jusqu’au bout de la rue pour voir ce monastère et cette église où est conservé un morceau de l’escalier sous lequel le saint a vécu 17 ans. Et ce complexe lui aussi est tout différent vu d’ici.

 

469e Rome, Ordre de Malte

 

Et enfin, tout au bout de la colline, c’est le gros bâtiment massif de l’Ordre de Malte. Celui-là, nous ne l’avions pas visité parce qu’il n’est pas ouvert au public. Vu d’ici, c’est un beau palazzo, et son drapeau flotte fièrement dans le ciel de Rome.

 

Nous avons aussi quitté le fleuve pour prolonger la promenade, mais ces quartiers ont perdu leur cachet, mieux vaut clore ici la description de la promenade du jour.

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Published by Thierry Jamard
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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 15:05

Aujourd’hui, nous franchissons le Tibre, parce que nous avons à voir au Trastevere le lieu de naissance d’Apollinaire et l’église à laquelle Stendhal a emprunté son nom pour l’une de ses "Chroniques italiennes", San Francesco a Ripa. Nous irons ensuite nous promener par les rues de Rome, nous nous arrêterons un long moment devant le théâtre Argentina et devant l’Area Sacra, mais je n’en parlerai pas ici parce que je l’ai déjà fait longuement le 29 décembre, avec description des temples de la seconde et avec l’aventure de Rossini dans le premier.

 

468a1 Rome, Piazza Mastai, Apollinaire

 

Nous sommes piazza Mastai. Angelica de Kostrowitzky est une jeune fille polonaise noble, fille de l’ancien camérier du pape Pie IX. Elle a 22 ans et tout le monde sait qu’elle est la maîtresse d’un ancien capitaine d’état-major du roi des Deux Siciles, Ferdinand II, du nom de Francesco Flugi d’Aspremont. Lui a 43 ans. Elle habite via Milano, près du Viminale et de la via Nazionale, mais va accoucher au 17 piazza Mastai, le 26 août 1880 à 5h du matin, d’un enfant de sexe masculin qu’elle ne va pas reconnaître et dont, bien sûr, elle ne révélera jamais qui est le père. À la demande de la mère qui veut garder l’anonymat, on donne à l’enfant le nom de Guillaume Albert Dulcigny. Lorsque, le 29 septembre, on va baptiser le bébé en l’église Santi Vito e Modesto, elle dira qu’elle en est la mère mais tardera jusqu’au 2 novembre avant de se décider à le reconnaître officiellement devant notaire en lui donnant les noms de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare. Devenu écrivain et poète, il signera de son premier prénom francisé qui était son prénom initial, et de son dernier prénom, francisé aussi, en guise de nom de famille. Évoquant son enfance romaine, Apollinaire dit qu’il avait toutes sortes de jouets en bois et qu’il faisait tellement de bruit que sa mère se bouchait les oreilles et criait. Il avait un frère de deux ans son cadet et comme lui de père inconnu.

 

La plaque ci-dessus le dit créateur de formes poétiques nouvelles, ce qui est bien vrai, et cite quatre vers :

            "Jeunesse adieu jasmin du temps

            J’ai respiré ton frais parfum

            À Rome sur les chars fleuris

            Chargés de masque set de guirlandes

            Et de grelots du carnaval".

 

468a2 Rome, Piazza Mastai

 

La piazza Mastai a été profondément remaniée. C’est un endroit élégant, mais le bâtiment où Guillaume Apollinaire a vu le jour n’existe plus, il a été remplacé par la Manufacture Nationale des Tabacs.

 

468b Rome, San Francesco a Ripa 

 

Une rue plus loin, au fond d’une petite place, on trouve San Francesco a Ripa. Par elle-même cette église fin dix-septième siècle (1682) ne présente pas un intérêt exceptionnel, mais elle donne son nom, comme je l’ai dit tout à l’heure, à une nouvelle de Stendhal. L’action se passe au temps de Benoît XIII (1724-1730) qui est un Orsini. Il a deux nièces, la comtesse Orsini et la princesse Campobasso, toutes deux très belles. L’Orsini était moins jolie mais plus brillante et accumulait les amants, la Campobasso était plus belle, tendre, pieuse, amoureuse du seul chevalier de Sénecé, neveu de l’ambassadeur de Louis XV auprès du souverain pontife, "mais, lui avait-elle dit, je me méfie de vous, vous êtes Français". Elle était écartelée entre sa piété et son amour. "Je lui sacrifie mon bonheur éternel, se disait-elle ; lui qui est un hérétique, un Français, ne peut rien me sacrifier de pareil".

 

Et en effet, la princesse apprit qu’il allait quotidiennement chez l’Orsini. "Si tu l’aimes, vas-y tous les jours, soit ; mais ne reviens plus ici […]. Ce sera l’arrêt de ma mort et de la vôtre". Monsignor Ferraterra, son confident, qui "voyait la princesse se jetant aux genoux de son oncle pour lui faire donner le chapeau" [de cardinal], entreprit de la faire revenir à la religion : "Pieux, sincère et abhorrant les Français, comme est Sa Sainteté, elle aura une reconnaissance éternelle pour l’agent qui aura fait finir une intrigue aussi contrariante pour lui". Et il parvint à faire promettre à la Campobasso de ne plus revoir le chevalier. Elle voulut se venger et, un soir que Sénecé rentrait chez lui à pied parce que son cocher avait disparu et que son laquais avait été enivré, il se rendit compte en arrivant vers le Corso qu’il était suivi de quatre ou cinq hommes. Son poignard en main, il hâta le pas et parcourut plusieurs rues puis arriva devant "une petite église desservie par des moines de l’ordre de saint François, dont les vitraux jetaient un éclat singulier. Il se précipita vers la porte, et frappa très fort avec le manche de son poignard".

 

468c Rome, San Francesco a Ripa

 

"Un moine ouvrit la porte ; Sénecé se jeta dans l’église ; le moine referma la barre de fer de la porte. Au même moment, les assassins donnèrent des coups de pied à la porte. […] Cette église était éclairée par un millier de cierges au moins […]. Tout le parvis étroit de la petite église de San Francesco a Ripa était occupé par un mausolée magnifique. On chantait l’office des morts. […] Il y avait une inscription […] : ‘Haut et puissant seigneur Jean Norbert de Sénecé, chevalier, mort à Rome". Intrigué, amusé, mais méfiant, il se fit mener à l’extérieur par une porte de l’autre côté. Au moment où il arrivait chez lui, "huit coups de tromblon partant à la fois d’une fenêtre qui donnait sur le jardin, étendirent Sénecé mort[…]. Deux ans après, la princesse Campobasso était vénérée à Rome comme le modèle de la plus haute piété, et depuis longtemps monsignor Ferraterra était cardinal".

 

468d Rome, San Francesco a Ripa

 

Je n’ai pas la légende de ce tableau, mais je pense que l’interprétation n’en est pas douteuse. En effet, on peut supposer que saint François accomplit des miracles. Au premier plan à gauche, un homme, ses deux béquilles à la main et basculées sur son épaule, montre sa jambe à une femme, se tenant en équilibre sans difficulté. C’est donc un miraculé. Et pendant ce temps, au premier plan et au milieu de la scène, une femme aux vêtements brillants dans la lumière, est ce qui accroche le regard en premier lieu. Elle tend vers le saint un bébé mort ou mourant, nu, immobile, rigide, tandis que derrière elle attend son tour un vieillard poussé par une femme sur un siège bas, sa peau est grise, ses jambes sont décharnées, il n’a plus la force de tenir sa tête droite. Derrière la jambe du paralytique guéri, comme dans beaucoup de ces scènes, le peintre a placé un petit chien. Je trouve cette composition intéressante.

 

468e Rome, San Francesco a Ripa

 

L’œuvre d’art la plus célèbre de cette église est sans conteste cette sculpture du Bernin (1598-1680) réalisée à la fin de sa vie, en 1674, l’agonie de la bienheureuse Ludovica Albertoni. Née en 1473 dans une famille noble de Rome, à 21 ans elle est mariée contre son gré à Giacomo Della Cetera, un aristocrate du Trastevere à qui elle donne trois enfants. Il est brutal, elle n’est pas heureuse, elle fréquente assidûment sa paroisse San Francesco a Ripa. Après douze ans de vie commune, son mari meurt en 1506. Son beau-frère, qui est chargé de la succession, la spolie et après une longue procédure en justice elle n’obtient rien. Elle partage alors tout ce qu’elle possède entre ses enfants, elle embrasse la règle du Tiers-Ordre de Saint François et passe le reste de sa vie à s’occuper des malheureux. Au moment du sac de Rome en 1527, elle est surnommée "la mère des pauvres". Après une longue maladie, elle s’éteint saintement dans la soirée du 31 janvier 1533 et, selon son vœu, elle est enterrée dans la chapelle de sainte Anne, en l’église San Francesco a Ripa. En 1606, le sénat romain décrète que "chaque année, au jour de sa fête, il offrira un calice et quatre torches à l’église San Francesco du Trastevere". Puis, par décision de 1625, elle est reconnue co-patronne de la ville de Rome. Elle est également patronne de l’ordre franciscain séculier romain.

 

Dans la représentation de cette statue, la bienheureuse Ludovica Albertoni est censée exprimer toute sa foi et sa dévotion au moment de son agonie. Une main sur le ventre, de l’autre s’étreignant le sein, la tête renversée, les yeux révulsés, la bouche ouverte, je trouve qu’elle évoque tout autre chose. Exactement comme l’Extase de sainte Thérèse d’Avila du même Bernin, dont Gorki disait que "la statue, exposée à tous les croyants, se contorsionne dans une concupiscence que l’Église considère comme pécheresse". Ce n’est pas que je veuille faire du mauvais esprit, je trouve cette statue formellement très belle, mais pour moi elle n’évoque pas la fin dévote, confiante, de quelqu’un qui s’éteint doucement.

 

468f Rome, San Francesco a Ripa

 

Ce tableau de Simon Vouet daté de 1614 représente la Naissance de la Madone. Malgré l’éclairage qui brûle le côté gauche du tableau, je trouve intéressante cette composition qui prend douceur, intimité et chaleur dans l’omniprésence de tissus dans le cadre. Les vêtements volumineux et bouffants de toutes ces femmes, les linges que l’on passe à celle qui s’occupe de Marie, et jusqu’au lourd rideau rouge à gauche, tout cache l’environnement de murs et de meubles. Même le lit sur lequel repose sainte Anne, au fond à droite, est caché. Ne reste de dur que la grande bassine de terre, en plein milieu, dans laquelle vient d’être trempé le nouveau-né, la petite Marie qu’à présent l’on va envelopper dans des serviettes.

 

468g Rome, San Francesco a Ripa

 

Beaucoup plus curieuse est cette Assomption du seizième siècle signée d’un certain Della Cornia. D’un côté, Dieu le Père, chevelure blanche dégarnie, grosse barbe blanche cotonneuse, grand manteau violet flottant au-dessus des nuages, avec sur la tête en guise d’auréole le triangle de la Trinité. De l’autre côté Jésus plus classique, mais alors qu’il est éternel il a beaucoup vieilli entre sa propre mort et l’Assomption de sa mère, ses cheveux généralement représentés en châtain tirant sur le roux sont devenus blancs et sa barbe aussi. Tenant à eux deux une auréole transparente comme une assiette de cristal, ils s’apprêtent à la poser sur la tête de Marie qui n’est pas la femme triomphant de la mort que l’on peint généralement, mais une femme âgée et bien morte, tête inclinée, yeux fermés. Seule sa robe rouge est symbole de vie et de résurrection. Et puis il y a ces angelots totalement étrangers à la scène, qui jouent à cache-cache dans les nuages. Autant dire que je n’admire pas cette œuvre.

 

468h Rome, San Francesco a Ripa

 

Tout aussi curieuse est cette Nativité peinte en 1560 par M. De Vas. Dieu le Père vole à l’horizontale, les bras en avant, sa cape flottant dans son dos, quand je le vois ainsi il évoque irrésistiblement Superman. Ce n’est pas sérieux. En dessous de lui, les ailes grandes ouvertes pour aller plus vite, la blanche colombe du Saint-Esprit ne parvient pas à rivaliser en rapidité et arrive un peu à la traîne. Et puis à la limite de ce cercle lumineux qui représente le ciel et aux bords duquel se pressent, tout blancs, les prophètes et les âmes des morts, deux angelots indiquent la frontière, la banderole qu’ils tendent disant "Æternitas", l’Éternité. Mais la partie inférieure me plaît beaucoup plus. Je trouve intéressant de faire se rencontrer ainsi Adam et Ève, le premier homme et la première femme représentant l’humanité tout entière, et Jésus venant au monde pour racheter leur faute, le péché originel. De l’autre côté, dans l’ombre, c’est un squelette qui tient un papier, c’est la mort dont le Christ est triomphant. Non seulement ce symbolisme fait sortir la Nativité de la crèche rabâchée de façon trop conventionnelle, mais en outre il n’y a pas de complaisance dans la représentation dramatisée des hommes qui se relèvent de leur tombe sous les pieds de la Vierge. La composition est simple, ordonnée, Adam et Ève font une tache claire à droite qui contraste avec la mort, sombre, à gauche, et puis Jésus, qui est le sujet principal du tableau, est situé à l’épicentre.

 

468i Rome, San Francesco a Ripa

 

Un petit coup d’œil vers les prophètes, ici Isaïe, qui sont bien à mon goût.

 

468j Rome, San Francesco a Ripa

 

La lunette de l’une des chapelles est décorée de cette Nativité de la Vierge. Autre interprétation, très différente de celle de Vouet que nous avons vue précédemment. Ici il y a moins d’intention symbolique, et plus de souci du détail réaliste. Ainsi les femmes sont plus attentives au bébé, l’une d’entre elles, une cruche à la main, tâte la température de l’eau, prête à la corriger ; une autre, qui transporte quelque chose de volumineux, je ne sais pas quoi, sur lequel il y a du linge, se penche par-dessus son épaule et regarde ce qu’elle fait ; derrière, trois femmes s’activent autour de sainte Anne, récente accouchée, qui trempe ses doigts dans une cuvette tout en étant tournée de l’autre côté pour s’adresser à l’une d’entre elles. Tout cela se passe dans le décor d’une maison simple, rustique, en bois, au plafond bas au-dessus du lit d’Anne. Jésus est né dans une étable, pas Marie, mais qu’importe, à une époque où les églises sont décorées et entretenues par la noblesse et les cardinaux, où le pouvoir temporel est exercé avec une extrême rigueur par les dignitaires spirituels, mais où le peuple fait preuve d’une grande ferveur, je pense que l’artiste a voulu ainsi exprimer qu’il n’était pas nécessaire d’appartenir à une grande famille pour appartenir à cette du Christ. Et sans doute est-ce l’immense erreur commise par le dix-neuvième siècle d’avoir trop marqué l’Église du sceau de la bourgeoisie, surtout dans les villes, le peuple s’en sentant exclu. Mais là n’est pas mon sujet.

 

468k Rome, via di San Francesco a Ripa

 

Puisque j’ai dévié sur un autre sujet, il est temps de ressortir de cette église et de rentrer jusqu’au métro Repubblica en passant par la piazza Torre Argentina, comme je l’ai dit au début, avec son théâtre et son Area Sacra. En partant, une image de cette rue San Francesco a Ripa qui tombe sur la place où se dresse l’église. C’est une vue typique de Rome. Deux motos, un mur ocre assez dégradé mais chaleureux, une porte ancienne, l’ambiance d’une trattoria… Voilà la Rome que j’aime, celle qui me parle, plus que celle du Colisée envahi de touristes et short et en T-shirt, de faux centurions et de faux gladiateurs qui vous demandent quelques Euros pour figurer sur vos photos, de vendeurs de souvenirs de pacotille, de pauvres diables immigrés sans papiers qui vous plantent sous le nez une rose qui sera flétrie dans une heure, de roulottes de marchands de paninis, sachets de chips et canettes de Coca-Cola. Même si dans ce blog je parle abondamment des lieux visités par les touristes, c’est pour la Rome que nous voyons aujourd’hui que nous nous sommes tant et tant attardés dans cette ville que nous envisageons de quitter –enfin– bientôt avec infiniment de tristesse.

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Published by Thierry Jamard
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 00:46

465a Rome, interview polonaise Vendredi Saint

 

 C’est aujourd’hui Vendredi Saint. Nous allons voir du côté de Saint-Pierre comment se prépare Pâques au Vatican. Les pèlerins polonais pullulent, et il y a là deux cars de télévision polonaise, plus une télé britannique. Ici, interview du journaliste polonais sur ce que pensent ses compatriotes de la religion catholique et comment ils interprètent ce jour de la Passion.

 

465b Rome, place Saint-Pierre

 

Place Saint-Pierre, autour de l’obélisque les oliviers ont remplacé la crèche. Oliviers des Pouilles, terre de paix. Ce n’est pas parce que j’aime les cartes géographiques et que depuis des dizaines d’années situer les Pouilles n’est plus un secret pour moi, que je dois supposer que chacun le sait. Il s’agit du talon de la botte italienne.

 

465c Rome, les vents place St-Pierre

 

Le nez vers le sol parce que je voudrais, une fois de plus, me placer là d’où l’on ne voit qu’un seul rang des colonnes du Bernin, je remarque ces plaques indiquant les vents. Amusantes.

 

465d Rome, chapelet public place St-Pierre

 

Ici, sur la place, un prêtre polonais en surplis mais sans chasuble ni étole récite et fait réciter le chapelet devant une petite statue de la Vierge tenue en équilibre sur une borne par l’un des fidèles. Mais parce que la cérémonie du Chemin de Croix avec Benoît XVI se prépare, nous n’avons pas accès à la basilique, et la moitié de la place est fermée, occupée par des sièges. Nous passons donc notre chemin.

 

465e Rome, murs du Vatican au château St-Ange

 

465f Rome, murs du Vatican au château St-Ange

 

Près du château Saint-Ange, nous passons sous l’une des arches du mur qui relie le Vatican au château. Mes photos montrent le côté qui va vers le Vatican d’abord, puis le côté relié au château Saint-Ange. Le 5 mai 1527, se battant pour Charles Quint, le connétable de Bourbon arrive devant Rome avec une troupe nombreuse, comptant beaucoup d’Allemands luthériens qui haïssent le pape des catholiques. Le pape Clément VII (1523-1534), Jules de Médicis, raconte Stendhal, "donna ordre aux gardes des portes d’empêcher que rien ne sortît de Rome. La route de Naples était encore libre, ainsi que celles de Frascati, de Tivoli, etc. Par Frascati, on pouvait facilement gagner des forêts inaccessibles". Le 6 mai au matin, le connétable est tué, ce qui rend furieux ses soldats. Les Allemands pénètrent d’un côté, les Espagnols de l’autre, et les jeunes gens de la garde nationale de Rome "furent massacrés sans pitié, encore que la plupart eussent jeté leurs armes et demandassent la vie à genoux. […] Pendant que l’on se battait, Clément VII était en prières devant l’autel de sa chapelle au Vatican, détail singulier chez un homme qui avait commencé sa carrière par être militaire. Lorsque les cris des mourants lui annoncèrent la prise de la ville, il s’enfuit du Vatican au château Saint-Ange par le long corridor […] qui s’élève au-dessus des plus hautes maisons. L’historien Paul Jove, qui suivait Clément VII, relevait sa longue robe pour qu’il pût marcher plus vite, et, lorsque le pape fut arrivé au pont qui le laissait à découvert pour un instant, Paul Jove le couvrit de son manteau et de son chapeau violet, de peur qu’il ne fût reconnu à son rochet blanc et ajusté par quelque soldat bon tireur. […] On calcule que, dans cette première journée, sept ou huit mille Romains furent massacrés. Le Borgo et le quartier du Vatican furent immédiatement saccagés ; les soldats tuaient et violaient, ils n’épargnèrent ni les couvents, ni le palais du pape, ni l’église de Saint-Pierre elle-même. [… Les soldats] pénétraient dans les églises, se couvraient des ornements pontificaux, et dans cet état allaient prendre des religieuses qu’ils exposaient nues aux regards de leurs camarades. Les tableaux d’église furent mis en pièces et brûlés, les reliques et les hosties consacrées répandues dans la boue, les prêtres étaient battus de verges et livrés aux huées de la soldatesque. Ces horreurs durèrent sept mois. […] Les soldats espagnols se distinguèrent par leur avidité et leur cruauté. On observa qu’après le premier jour, il arriva rarement qu’un Allemand tuât un Romain". Et voilà donc le récit de Stendhal pour ce tristement célèbre sac de Rome par les armées de Charles Quint. La fuite du pape par le corridor qui court sur le mur que je montre ici m’a donné l’occasion de citer ce passage des Promenades dans Rome.

 

466a Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Nous nous sommes ensuite rendus à quelque distance au nord de la piazza del Popolo, où se trouve la maison et l’atelier du sculpteur norvégien Hendrik Christian Andersen qui, malgré des initiales de prénom et un nom identiques n’a rien à voir avec le Danois Hans Christian Andersen, auteur de ces contes célèbres dont La Petite Sirène. Hendrik est né à Bergen en 1872 dans une famille de condition modeste qui émigre vers Newport (Rhode Island) aux États-Unis alors qu’il n’a encore qu’un an. Avec son aîné Andreas, peintre, il se rend à Paris puis à l’été 1894 ils parcourent l’Italie de Venise à Florence. Retour à Paris, faute d’argent pour continuer. Hendrik s’inscrit à l’École des Beaux Arts et fréquente assidûment le Louvre. En 1896, il va passer un an à Naples où il étudie au Musée Archéologique, puis il s’installe à Rome où il est accueilli par la communauté anglo-américaine. Je passe sur la suite. Il devient célèbre, riche, et construit entre 1922 et 1924 le bâtiment que je montre ci-dessus où il installe son atelier et sa famille. Jusque là sa vie était fébrilement sociale, il passe de la "vie de la cité" à la "vie à la maison". Il mourra en 1940.

 

466b Rome, Hendrik Christian Andersen

 

466c Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Cette grosse maison dont je montre deux détails de façade est maintenant, depuis 1999, un musée où l’on peut voir toutes les œuvres qu’Andersen avait gardées, ses projets, ses études. C’est lui qui au moment de sa mort a souhaité la léguer à l’État italien, sa patrie d’élection, avec la collection de ses œuvres sculptées et graphiques.

 

466d Rome, Hendrik Christian Andersen

 

À vrai dire, je ne suis pas positivement enthousiasmé par ses sculptures monumentales, qui répondent bien au goût de l’époque fasciste. Beaucoup d’entre elles ne dépareraient pas le quartier de l’EUR ou le Foro Italico que j’ai montrés le 13 et le 14 mars. J’ai choisi ici celles que je préfère, et qui ne sont donc pas les plus représentatives de son travail. Je trouve le geste de ce couple assez beau, quoique je n’y ressente ni amour, ni sensualité. C’est plus de la danse qu’un baiser.

 

466e Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Olivia Cushing, jeune femme d’une famille américaine aisée, a épousé Andreas à Boston en 1902, et devient donc la belle-sœur de Hendrik. Veuve un mois après son mariage, elle arrive en 1903 à Rome, s’installe chez son beau-frère, et y mourra subitement de pneumonie en 1917. Durant ces années, elle a presque au jour le jour porté dans son journal les faits et gestes de Hendrik, ses travaux, ses intentions. C’est une personne très sensible et cultivée, auteur de drames allégoriques sur des thèmes historiques ou bibliques. Elle a été la muse d’Hendrik, son inspiratrice, et a financé ses projets au temps où il ne pouvait le faire lui-même. Son buste a été réalisé vers 1910. J’aime ce portrait. Elle n’est pas jolie, elle est belle, elle respire l’intelligence, la finesse et la sensibilité.

 

466f Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Julia Ward (1819-1910), épouse de Samuel Howe, est une femme de grande culture, poétesse, écrivain prolifique, fortement engagée en faveur des droits des femmes, du pacifisme, contre l’esclavage, réformiste. Elle est souvent à Rome à partir des années 1840 où elle vit chez sa fille qui a épousé le peintre John Elliott. C’est dans cette maison qu’Andersen fait la connaissance de Henry James en 1899.Sur ce buste de 1898, Julia Ward a donc près de 80 ans, elle porte une tenue très rigide, presque monacale. Il est remarquable que ce buste, où ne sont épargnées ni les rides, ni les autres marques de l’âge et du temps, exprime pourtant un caractère plein d’allant et de jeunesse. Il y a de la bonté et de la générosité dans ce visage malgré l'absence de regard.

 

466g Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Il me faut quand même montrer, avant de quitter ce musée, les grandes sculptures d’Andersen. Ces deux chevaux dressés, leur cavalier nu présentant un bébé à bout de bras, ne sont pas de mon goût. Quant à l’athlète que l’on aperçoit derrière, qui roule ses muscles en gonflant son corps aux amphétamines, qui dresse la tête comme un cygne en colère qui veut vous attaquer à coups de bec, il aurait sa place sur le stade du Foro Italico mais, franchement, je préfère les sculptures grecques.

 

Quand nous sommes entrés, j’ai demandé si la photo était autorisée. La jeune fille qui était à l’accueil, tout à fait charmante, parlant français, nous informant que l’entrée était libre et gratuite, a répondu qu’elle ne travaille ici que depuis aujourd’hui, mais qu’elle pense qu’il n’y a aucun problème. Mais nous étions depuis une vingtaine de minutes dans ce musée, passant de salle en salle en faisant crépiter nos obturateurs, lorsqu’une autre personne est venue nous dire que nous devions arrêter, que la photo n’était pas autorisée. Je venais de prendre cette dernière vue, et nous avons fini la visite sans images.

 

467a Rome, piazza del Popolo

 

Nous avons ensuite dirigé nos pas vers la piazza del Popolo dont je parlais le 23 mars, et sommes montés vers la villa Borghese, faisant une grande balade dans ce vaste parc public. Ma photo est prise de là-haut, hors champ la porta del Popolo est à droite, les deux églises faussement jumelles qui encadrent le début du Corso sont à gauche. Nous allons jusqu’à l’autre bout du parc, du côté du Musée d’art Moderne.

 

467b Rome, villa Borghese, Pouchkine

 

Là se trouvent des monuments honorant de grands écrivains, dont beaucoup sont poètes mais pas tous, qui ont vécu à Rome et ont aimé cette ville. Nous commençons par Pouchkine (1799-1837), le célèbre auteur d’Eugène Onéguine, tué en duel. Comme Alexandre Dumas, il a du sang noir dans les veines. Certains, même pas toujours racistes d’ailleurs, s’imaginent que jusqu’à la seconde moitié du vingtième siècle un Noir ne pouvait qu’être esclave ou primitif. C’est évidemment faux. Le monument a été offert par la ville de Moscou en l’an 2000.

 

467c Rome, villa Borghese, Gogol

 

Nicolas Gogol (1809-1852), l’auteur des Âmes mortes et du Nez, a dit : "Je ne peux écrire sur la Russie qu’en étant à Rome". Ce monument que je n’aime pas du tout, et qui le représente avec un masque de comédien à la main, date de 2002.

 

467d Rome, villa Borghese, Sienkiewicz

 

Sienkiewicz, ce Polonais qui a trouvé à Rome son inspiration pour écrire Quo Vadis, j’ai eu l’occasion d’en parler amplement lorsque, le 22 janvier, nous sommes allés sur la via Appia voir l’église bâtie sur le lieu où, selon la tradition, saint Pierre aurait rencontré le Christ ressuscité et lui aurait demandé "Domine, quo vadis ?" avant de retourner à Rome et d’y être crucifié.

 

467e Rome, villa Borghese, Shawky

 

Je n’ai vu là aucun grand Français, ni Montaigne, ni Rabelais, ni Du Bellay, ni Montesquieu, ni Balzac, ni George Sand, ni même Zola d’origine italienne, qui pourtant sont célèbres ici et que l’on trouve dans toutes les librairies en traduction italienne, qui ont aimé Rome et ont écrit à son sujet, et Stendhal lui-même est oublié. Peut-être le Gouvernement français est-il trop pingre pour offrir un monument, ou trop vaniteux pour juger utile de célébrer ce que tout le monde célèbre sans lui. Mais en voyant Pouchkine, Gogol, Sienkiewicz, soit un Russe, un Ukrainien, un Polonais, il ne faut pas croire non plus que seule l’Europe de l’est est représentée. La preuve, Ahmed Shawky, qui est un poète arabe.

 

467f Rome, villa Borghese, Ferdovsi

 

De même, le grand poète persan Ferdovsi (935-1025), dont la statue a été offerte à la ville de Rome par la ville de Téhéran. L’inscription ne dit pas l’année. Cela remonte-t-il au temps du shah, est-ce du temps de l’Ayatollah Khomeiny, est-ce plus récent, voilà ce que j’aurais aimé savoir car ce serait très significatif d’un point de vue politique. Il y a encore quelques autres grands écrivains, un Monténégrin, un Inca péruvien… L’espace me manque pour tous les citer.

 

467g1 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

467g2 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Cette fois, nous prenons le bus pour retourner prendre notre métro à San Giovanni, mais il n’est pas encore trop tard, il fait un temps magnifique, aussi en passant devant Santa Croce in Gerusalemme descendons-nous du bus pour ajouter la visite de cette église à notre collection. Les origines en remontent à Constantin et à sainte Hélène, sa mère. Les fresques de la chapelle Saint Sylvestre, aux Quattro Coronati, que j’ai montrées et commentées le 18 mars, racontent la légende de la découverte de la Vraie Croix par sainte Hélène. Elle aurait rapporté cette relique et l’aurait placée dans sa chambre à coucher de ce palais construit par son fils. En fait, des fouilles de 1996 ont prouvé que cette chapelle des reliques n’était pas sa chambre à coucher mais, comme l’indique une cuve baptismale retrouvée là, un lieu dans le palais impérial accordé aux chrétiens pour la pratique de leur culte et pour l’enseignement religieux auprès des reliques qu’Hélène croyait –à tort ou à raison– authentiques.

 

467g3 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ce lieu de culte devenu chapelle, transformé en église au huitième siècle, a été profondément remanié au douzième siècle. Le pape Luc II (1144-1145) en fait une église romane à trois nefs, avec un campanile et un portique en avant de la façade originale du quatrième siècle. Puis, au dix-huitième siècle, Benoît XIV (1740-1758) en change complètement l’aspect en détruisant façade et portique et en ajoutant de ce côté trois travées, avec la façade que nous pouvons voir actuellement. Ces travaux étaient accompagnés d’un grand projet d’urbanisme qui a créé un triangle de larges avenues. Partant de Sainte Marie Majeure qui représente la Nativité, la via Carlo Alberto s’achève en via Santa Croce face à l’église qui contient les instruments de la Passion, le second côté du triangle va de Santa Croce à Saint Jean de Latran la basilique de la Résurrection et de la permanence de l’Église en tant que siège de la papauté, tandis que le troisième côté, la via Merulana, revient à Sainte Marie Majeure. Nativité, Passion, Résurrection, et aussi triangle de la Sainte Trinité. Sur ma photo, on voit la division en trois nefs de Luc II, et le beau sol cosmatesque.

 

467g4 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ici, l’une des fresques de la coupole de l’abside. On voit les deux larrons debout avec leur croix, et Jésus assis sur la sienne sous le regard de Marie. Cette représentation de Jésus au Golgotha est pour le moins inhabituelle, mais intéressante.

 

467g5 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ce Christ est terrible de réalisme. On dit qu’avec un clou planté dans la main le carpe n’est pas assez résistant pour soutenir le poids du corps, l’artiste a donc placé le clou en amont de la jonction du poignet. Lors du chemin de Croix, Jésus est tombé trois fois, et ses genoux sont profondément écorchés, il a été flagellé et son corps est couvert de sang, il est mort et son visage est complètement affaissé sur sa poitrine. Terrible, oui, mais beau.

 

467g6 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

C’est le sujet de cette fresque qui m’a attiré l’œil. La légende dit qu’il s’agit de saint Bernard de Clairvaux induisant l’antipape Victor IV à s’humilier devant le pape Innocent II. L’auteur en est Carlo Maratta (1625-1713). C’est la faction des Frangipane qui avait provoqué l’élection au siège pontifical de ce cardinal Gregorio Papareschi contre son gré. Et devenu pape sous le nom d’Innocent II (1130-1143) il s’est trouvé confronté à l’antipape Anaclet II de la famille Pierleoni. Ce dernier, allié au Normand Roger II, s’empara de Rome, et notre brave Innocent II a dû s’enfuir et rester loin de Rome pour longtemps. Enfin, avec l’aide conjuguée de l’empereur d’Allemagne Lothaire et de saint Bernard de Clairvaux, il a convoqué un concile au Latran en 1139, qui a mis fin au schisme et a contraint le nouvel antipape, Victor IV, à se démettre en s’humiliant devant Innocent II. Cette peinture représente donc la fin du schisme. On voit à gauche le pape sur son trône, à droite l’antipape agenouillé, qui remet sa tiare à une personne située à sa gauche, tandis qu’à sa droite saint Bernard reconnaissable à sa soutane blanche et à son auréole pose la main sur son épaule.

 

467h Rome, face au Latran, St François d'Assise

 

Après avoir quitté l’église Santa Croce, nous visitons le musée des instruments de musique, tout proche, dont je ne ferai pas de commentaire parce que je ne peux rien en montrer, les photos étant interdites. Nous arrivons donc ensuite au Latran, où la statue de saint François d’Assise se dresse, immense, entourée de celles de ses compagnons. Le groupe rappelle le voyage effectué vers le Latran pour l’approbation de leur règle par le pape. Cet Innocent III (1198-1216) élu fort jeune, alors qu’il n’avait que 38 ans, avait, paraît-il, un caractère inflexible lié à une grande intelligence et à un très fin sens politique. Il n’en fallait pas moins face aux difficultés de sa tâche. En effet, le pouvoir du pape était affaibli dans les États Pontificaux, le schisme d’Orient déchirait l’Église, les chrétiens de Byzance étaient sur le point de faire sécession. Pour cela il s’engagea dans deux actions fondamentales, d’une part la convocation d’un concile au Latran qui décida d’une croisade, d’autre part pour réaffirmer les valeurs spirituelles il approuva les ordres mendiants dominicain et franciscain. Ces Franciscains que nous voyons dans ce monument ont vu leur règle approuvée en 1210.

 

Et nous rentrons par le métro dont la station n’est qu’à une centaine de mètres.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 00:01

463a1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

 

L’un des personnages que nous poursuivons dans Rome tout au long de ce séjour qui s’éternise, c’est Borromini. C’est pour lui qu’aujourd’hui nous nous rendons à l’église San Giovanni dei Fiorentini.

 

463a2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Saint Jean des Florentins a été, depuis 1518 et jusqu’à ce qu’elle devienne église paroissiale en 1906, destinée à la forte colonie de ce qu’il fallait appeler des étrangers à l’époque où la papauté possédait et administrait les États Pontificaux, le Grand-Duché de Toscane étant un autre pays, au même titre que le Royaume de Lombardie Vénétie ou que le Royaume des Deux Siciles. La langue que l’on y parlait était de l’italien, certes, mais d’un autre dialecte. Nous avons vu l’autre jour l’église Saint Jérôme des Croates (et à une époque la Croatie était vénitienne), c’est une autre communauté étrangère à Rome et au même titre.

 

463a3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Le saint Jean à qui est consacrée l’église est le Baptiste, comme montré sur cette plaque, fixée dans un mur voisin. "Bâtiment et espace de l’église Saint Jean Baptiste, de la nation des Florentins". Sa peau de chameau ressemblerait plutôt à une gigantesque feuille de vigne, mais disons que ce devait être un chameau original. Brassens chante Dans l'eau de la claire fontaine que “la belle était si petite Qu'une seule feuille a suffi". Peut-être saint Jean Baptiste était-il...

 

463b Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Un premier projet pour cette église a été dessiné par Bramante en 1508, mais n’a pas été retenu, et ont collaboré –excusez du peu– Sansovino, Sangallo le Jeune, Michel-Ange, Della Porta, Pierre de Cortone, Maderno et Borromini… Sa construction va durer de 1518 à 1614.

 

463c Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Je ne suis pas un fanatique des monuments funéraires. Les églises romaines en regorgent et je n’en montre presque jamais. Mais celui-ci est revêtu d’une sculpture qui ne me déplaît pas. Parce que son titulaire a rendu des jugements équitables, la grande figure féminine munie d’une épée symbolise la Justice. Son relief est plus découpé que celui du défunt, elle est en pied alors que lui n’est qu’en buste à l’arrière-plan, son geste est élégant, le drapé de sa robe est souple et harmonieux et son visage, sans avoir des traits très fins, est plutôt joli, selon les canons de la sculpture grecque (nez dans le prolongement du front).

 

463d1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Dans la chapelle de la Vierge de la Miséricorde, de grandes fresques plutôt belles sont hélas en assez piteux état du fait, semble-t-il, de l’humidité. Sur la paroi gauche, c’est la Naissance de la Vierge, par Agostino Ciampelli (1568-1630).

 

463d2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Et sur la paroi de droite c’est la Mort de la Vierge, par Anastasio Fuentebuoni (1572-1642). Ces deux peintres, on ne s’en étonnera pas, sont des Florentins. Je ne les connaissais pas, mais je leur attribue une bonne note.

 

463d3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Quant à cette Vierge à l’Enfant qui décore l’autel de cette chapelle, elle n’était pas destinée à orner cette église. Un peu partout à Rome, sur la façade des maisons, des niches contiennent des statues ou des peintures de Marie, pour lui consacrer la demeure. Cette petite peinture était fixée autrefois au mur d’une maison dans une rue voisine. Pour une raison que j’ignore, peut-être parce qu’on abattait le mur, elle a été transportée sur cet autel. Et elle est attribuée à un peintre très célèbre, Filippino Lippi (1457-1504). Elle est donc plus ancienne que l’église qu’elle orne.

 

463d4 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

463d5 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Cette église contient beaucoup plus de statues et de peintures de Marie que de Jean Baptiste, auquel elle est pourtant consacrée. Voici donc une très belle Vierge, en bois semble-t-il, avec un fin visage juvénile et joufflu et un somptueux drapé de son manteau doré.

 

463e Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Maderno

 

J’ai dit que nous étions sur les traces de Borromini. Dans cette église est enterré son maître, Carlo Maderno.

 

463f Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

Et près de Maderno est enterré Borromini lui-même, dans l’église à laquelle il a travaillé et auprès de celui qu’il a admiré et qui l’a formé.

 

463g Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Cette chapelle est consacrée à Marie-Madeleine. Oui, oui, j’ai fait une photo de ce tableau au-dessus de l’autel, mais je n’ai aucune envie de montrer une œuvre que je n’aime pas. Mais je montre la chapelle parce que son architecture est de Maderno.

 

463h1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Une autre chapelle, consacrée à saint François d’Assise, est décorée sur ses deux côtés par un peintre célèbre et que, d’habitude, j’apprécie : Pomarancio (1540-1597). Et je ne suis pas déçu par ce que je vois ici. Sur le mur de droite, c’est la Prédication de saint François devant le sultan.

 

463h2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Sur le mur de gauche, Saint François demande au pape Honorius III l’approbation de la Règle. En effet, ce pape (1216-1227) approuva la règle des frères mineurs Franciscains en 1223, comme il avait précédemment approuvé celle des Dominicains.

 

463i1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

Et puis il y a une crypte sous cette église. L’étroit escalier qui y mène n’est pas en ligne droite. Pas de doute, il est signé Borromini.

 

463i2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

463i3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

La crypte, qui rappelle un peu celle de San Carlo alle Quattro Fontane, est elle aussi faite de cercles, d’ovales, de diverses combinaisons de lignes courbes, qui ne laissent place à aucune hésitation sur le nom de l’architecte.

 

464a1 Rome, palazzo Spada

 

464a2 Rome, palazzo Spada

 

Quittons cette église. Nous marchons un moment par les rues de Rome, et arrivons au palazzo Spada. Nous avons déjà visité cette galerie où les photos étaient interdites, mais à l’époque nous n’avions pas encore intégré dans notre admiration ce Borromini qui aujourd’hui nous passionne.

 

464a3 Rome, palazzo Spada, perspective Borromini

 

Par ailleurs, la "perspective Borromini" n’est pas accessible, ni de l’intérieur du musée, ni de l’extérieur. Il faut la chercher pour la découvrir à travers deux vitres. En effet, à qui se trouve dans la cour, elle apparaît de l’autre côté d’une bibliothèque dont, par chance, les deux murs sont largement vitrés. Mais la photo est difficile, à cause des reflets.

 

Cette perspective est le fruit d’un savant calcul. Il s’agissait de donner l’impression que cette galerie très courte (neuf mètres seulement) était beaucoup plus ample. Aussi notre architecte dessina-t-il des colonnes de hauteur décroissante et des arcades de plus en plus étroites pour donner l’illusion optique que la perspective était plus longue qu’elle ne l’est en réalité. C’est ce que nous sommes venus voir ici aujourd’hui.

 

464b1 Rome, Santissima Trinità dei Pellegrini

 

Selon notre habitude, nous allons retourner vers le métro à pied pour nous imprégner de cette atmosphère romaine. Nous passons devant l’église de la Très Sainte Trinité des Pèlerins (la Santissima Trinità dei Pellegrini). Son rouge est typique des monuments romains. C’est pour cette raison, entre autres, que le Vittoriano qui dresse une énorme masse blanche visible de partout a fait hurler les puristes, et la controverse a été la même lorsqu’à la fin du vingtième siècle la villa Borghese, institut de France, a été repeinte en blanc, elle qui est également sur une hauteur et bien visible.

 

464b2 Rome, Santissima Trinità dei Pellegrini

 

Sur la façade voisine, cette plaque rappelle que dans cet hospice, le poète Goffredo Mameli (qui a composé l’hymne national italien) et beaucoup d’autres hommes valeureux sont morts des suites des blessures reçues en défendant Rome pour la liberté de l’Italie en 1849. Il s’agit des combats de l’éphémère République romaine contre les troupes françaises venues pour rendre à Pie IX (1846-1878) réfugié à Gaète son pouvoir temporel sur la Ville Éternelle.

 

464c1 Rome, monument Belli

 

464c2 Rome, monument Belli

 

C’est par le monument à Giuseppe Gioacchino Belli (1791-1863) que je terminerai mes commentaires sur cette journée. Il s’agit d’un poète qui a écrit de très nombreux sonnets, plus de deux mille, dans le dialecte romain. Le choix du dialecte s’explique par le fait que sa poésie est engagée socialement et se situe du côté du peuple, dont c’était la langue habituelle, contre le pouvoir aristocratique et religieux. Sa position, et tout particulièrement dans ces années clés du Risorgimento, est clairement marquée. L’inscription dit : "À son poète G. G. Belli, le peuple de Rome, 1913".

 

464c3 Rome, monument Belli

 

Sur la base du monument, derrière, la sculpture de ces personnages montre bien de quel côté il se situait dans une société où les classes sociales étaient très tranchées. Entre autres, je remarque cette femme qui tient son enfant en laisse. Par ailleurs, ce groupe de personnes est rassemblée au pied d’une sculpture qui représente la célèbre statue parlante Pasquino à qui l’on confiait ses pamphlets contre le Gouvernement, ce qui est significatif. Le monument ayant été élevé cinquante ans après la mort de Belli, plus de quarante ans après les événements de 1870 et la prise de Rome, à une époque où la société était égalitaire selon la loi à défaut de l’être selon les conditions économiques, ce choix de représentation est significatif de l’image qu’il a laissée dans l’imaginaire populaire.

 

…Et nous retournons retrouver notre camping-car (populaire) dans notre banlieue (populaire).

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 23:32

462a Lac d'Albano

 

 Nous n’avons pas visité des tas de choses aujourd’hui. Ce serait un jour sans blog si je n’avais ces quelques photos à montrer. En effet, nous sommes partis, en principe, pour visiter plusieurs châteaux romains, ces fameux Castelli Romani. Frascati avec son célèbre vin, Grottaferrata avec son monastère et son église du douzième siècle, Ariccia avec sa piazza di Corte dessinée par le Bernin, Albano Laziale qui est l’Albe qui s’est opposée à Rome dans les premiers temps et qui a opposé ses Curiaces aux Horaces romains, Castel Gandolfo et la résidence d’été des papes…

 

462b Lac d'Albano

 

 

Mais nous n’avons rien vu de tout cela. Je passe sur la difficulté de circulation dans de petites rues moyenâgeuses avec un engin de sept mètres de long et trois mètres de haut, parce que nous avons chaque fois réussi à nous en sortir. Mais le vrai problème est celui du parking. Nulle part nous n’en avons trouvé d’assez vaste pour nous accueillir. Ou bien il nous faut trois places en longueur, ce qui n’existe pas car les maisons sont anciennes et n’ont donc pas de parking, ce qui fait que tout le monde se gare dans la rue, ou bien garés en épi nous bouchons le passage.

 

462c Lac d'Albano

 

 

Il a bien fallu nous rendre à l’évidence : nous ne verrons aucun des Castelli Romani. Aucun. Sur les routes non plus, il n’est presque jamais possible de s’arrêter car lorsqu’il n’y a pas un rail le long de la chaussée, il n’y a pas de bas-côté et, curieusement dans un pays si beau et si visité, les responsables –l’État, les régions, les provinces, les municipalités– ne prévoient presque jamais de terre-pleins là où il y a des panoramas à admirer.

 

462d Lac d'Albano

 

 

Heureusement, tel n’est pas le cas au-dessus du lac d’Albano, lové au creux d’un volcan éteint. Là nous avons pu nous arrêter et longuement contempler le paysage somptueux du lac et des collines qui l’enserrent. Les quatre photos d’aujourd’hui ont été prises de là à des heures différentes. La ville, c’est Albano Laziale (Albe du Latium) qui ne nous aura pas permis de voir le tombeau des Horaces et des Curiaces…

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Published by Thierry Jamard
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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 22:48

 

 

459a1 Rome, Sant'Onofrio

 

Aujourd’hui, nous montons de nouveau sur le mont Janicule, parce que nous désirons voir la tombe du Tasse, à Sant’Onofrio. Sur la grille, se détache, fière sur le ciel, la croix qui est l’emblème de l’Ordre Équestre du Saint Sépulcre de Jérusalem.

 

459a2 Rome, Sant'Onofrio

 

Évidemment, on la voit mieux, cette croix (d’ailleurs, il y en a même deux, une de chaque côté du portail) lorsque l’on est en haut et qu’on en détache la silhouette sur le ciel, plutôt que d’en bas sur fond de mur. Mais voici à quoi ressemble ce monastère, avec l’église juste en face.

 

459a3 Rome, Sant'Onofrio

 

Et, de plus près, la porte de l’église, surmontée d’une fresque et de l’inscription "Ecclesia sancti Honuphrii", église de saint Onuphre, en italien sant’Onofrio.

 

Stendhal : "Lorsqu’il se sentit mourir, le Tasse se fit transporter ici ; il eut raison : c’est sans doute un des plus beaux lieux du monde pour mourir. La vue si étendue et si belle que l’on y a de Rome, cette ville des tombeaux et des souvenirs, doit rendre moins pénible ce dernier pas pour se détacher des choses de la terre, si tant est qu’il soit pénible".

 

459b1 Rome, Sant'Onofrio

 

Cette nef unique, large et courte, donne une impression d’ampleur à cette petite église. Et, comme toujours à Rome, cette richesse de la décoration.

 

459b2 Rome, Sant'Onofrio

 

J’aime bien les peintures des panneaux de l’abside et de sa voûte. Ici, c’est le Couronnement de la Vierge, mais j’aurais pu choisir n’importe laquelle de mes autres photos, tous les panneaux ont la même force d’évocation. On sent que le peintre est un chrétien convaincu. Pas d’emphase, des gestes simples, le recueillement.

 

459c Rome, Sant'Onofrio

 

Et cette coupole de chapelle dédiée à la gloire de saint Jérôme, le patron des Hiéronymites de ce monastère, par le pape Pie IX en 1857. C’est splendide, mais j’y vois plus une splendeur pour le simple plaisir de l’œil, ou pour la gloire liée à l’apposition de sa signature, qu’une expression sincère de la foi. Je préfère infiniment le chœur.

 

459d1 Rome, Sant'Onofrio, Le Tasse

 

Dans le bas de l’église, cette plaque en l’honneur du Tasse.

 

459d2 Rome, Sant'Onofrio, Le Tasse

 

Dans la chapelle latérale, c’est la tombe de l'illutre poète, avec cette statue de grande taille. Ce monument en son honneur ne date que de 1857, il n’existait pas du temps de Stendhal : "Les gens riches de Rome font, dans ce moment-ci, une souscription pour élever un tombeau à ce grand homme. Cette entreprise, et surtout le mode d’exécution, sont regardés comme presque révolutionnaires. Le chef du ministère déplorable de ce pays, M. le cardinal Della Somaglia, n’a pu décemment s’abstenir de souscrire". À cette époque, il n’y avait qu’une plaque avec l’inscription en latin "Torquati Tassi ossa hic jacent. Ne nescius esses hospes. Fratres hujus ecclesiæ posuere. MDV".

 

Stendhal traduit en note : "Les restes de Torquato Tasso reposent ici. Afin que tu pusses le savoir, ô étranger, les frères de cette église ont écrit ces mots. 1505". Il ajoute son commentaire : "Cette épitaphe saisit les âmes nobles, parce qu’elle est fille de la nécessité, non de l’esprit. Les moines de ce couvent étaient dérangés par les questions des étrangers qui accouraient chez eux de toutes les parties de l’Italie, ils aimaient la Tasse eux-mêmes ; ils firent placer cette inscription".

 

459d3 Rome, Sant'Onofrio, Le Tasse

 

Au bas du monument, une frise évoque les obsèques du poète. Les personnages représentés portent l’indication de leur nom, en dessous. Mais comme le monument a été réalisé plusieurs siècles après l’événement, la ressemblance n’est pas garantie.

 

459e Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Puis nous passons au cloître. Calme, tranquillité, une taille très réduite, de lourdes arcades basses, beaucoup de plantes vertes, le lieu est admirablement plaisant. Selon Stendhal, on l’a vu, si le Tasse a souhaité être enterré ici, c’est pour la vue qu’on y a de Rome. Je pencherais plutôt pour le cloître. Un poète a besoin de calme et de recueillement, et c’est ce que l’on trouve ici.

 

459f1 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Sur les murs, tout autour, des fresques racontent la vie de sant’Onofrio. On voit d’abord le roi de Perse souhaitant vivement une descendance qui ne lui venait pas, et pria Dieu. Enfin, Dieu lui donna satisfaction, mais le Diable suggéra au roi que l’enfant à naître était adultérin, et lui recommanda de le jeter dans le feu dés sa naissance. C’est ce que représente cette scène, où l'on voit le bébé à genoux au milieu des flammes, et les mains jointes pour prier.

 

459f2 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Mais miraculeusement le bébé ne brûla pas. Baptisé, envoyé dans un monastère d’Égypte, Onuphre perdu dans le désert vécut trois ans du lait d’une chèvre, comme le montre la fresque ci-dessus dont je préfère cadrer ce détail en gros plan. Les fresques suivantes continuent avec ce récit légendaire. En fait, ce que l’on sait de vrai sur ce personnage est réduit à bien peu de chose. Il serait un fils naturel du roi de Perse, consacré à Dieu dans un monastère d’Égypte. Attiré par la vie d’ermite, il part vivre dans le désert, exclusivement de dattes et de l’eau d’une oasis, d’où le surnom d’Onuphre l’Anachorète qui lui est donné. Il y reste 70 ans. Quand ses vêtements du début, en haillons, tombent en poussière, il reste nu –parce que, dit-il, on est toujours à nu devant le Seigneur–, s’enveloppant seulement dans sa barbe et ses cheveux, jamais taillés et devenus extrêmement longs.

 

459f3 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Je reviens aux fresques. Quand le moment de sa fin fut arrivé, Dieu fit qu’il fût découvert par un vieux noble égyptien du nom de Paphnutius. Onuphre lui annonça qu’il était envoyé par Dieu pour l’ensevelir, et mourut. Paphnutius se désolait, en se demandant comment enterrer l’anachorète, mais voilà que s’approchèrent deux lions venus du fond du désert, donnant l’impression de pleurer. Ils se couchèrent près du défunt et se mirent à lui lécher les pieds.

 

459f4 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Ce que voyant, Paphnutius leur montra l’endroit où devait être enterré Onuphre, et de leurs griffes les lions creusèrent la tombe. Il ne s’agit pas de mon interprétation des images, mais de l’intention du peintre parce que sous chacune des fresques figure une légende, à gauche en latin et à droite en italien.

 

459g1 Rome, Sant'Onofrio, Goethe

 

Ressortons de ce sympathique cloître. Dehors, sur les murs, sont fixées plusieurs plaques. J’ai déjà parlé le 10 décembre de celle de Chateaubriand qui évoquait son souhait d’être enterré là. Aujourd’hui, j’y ajoute celle de Goethe. Je ne parle pas allemand, aussi peut-être vais-je commettre un ou deux gros contresens en en proposant une traduction. Mais tant pis, le germaniste qui me lira(it) sera(it) capable de corriger de lui-même, et le non-germaniste ne se rendra compte de rien ! "À Johann Wolfgang von Goethe, le plus grand poète allemand. Comme il le dit dans le Voyage en Italie, il a visité Sant’Onofrio le 2 février 1787 et a écrit l’émouvante pièce de théâtre Torquato Tasso".

 

459g2 Rome, Sant'Onofrio, Patricius

 

Cette plaque est très récente, puisqu’elle a été posée il y a deux ans. En latin, elle dit : "Frane Petrić, illustre philosophe et homme de lettres de la Sérénissime République de Venise, né le 25 avril 1529 dans l’Île le Cherso, aujourd'hui Cres en Croatie, qui est mort à Rome le 7 février 1597, attend ici la résurrection. L’Académie des Sciences et des Lettres de Croatie a posé cette pierre en son honneur le 7 février 2008". C’est un platonicien virulent ennemi de l’aristotélisme. Il voyagea pas mal mais passa les cinq dernières années de sa vie à Rome, titulaire de la chaire de philosophie platonicienne à laquelle l’avait invité le pape Clément VIII. Il devint membre du Conseil de Saint Jérôme au Collège Illyrien de Saint Jérôme (nous sommes ici chez les Hiéronymites), et a été enterré dans l’église de Sant’Onofrio aux côtés du Tasse, ici même.

 

460a1 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Quittant Sant’Onofrio, nous ne pouvons résister à contempler l’inoubliable panorama que l’on a sur Rome du sommet du Janicule. C’est vrai, Stendhal n’exagère pas. Puis nous continuons notre chemin le long de la promenade sur la crête, et passons au pied de la statue d’Anita Garibaldi. Garibaldi avait été en exil au Brésil. Il y avait rencontré cette jeune et belle Brésilienne du nom d’Ana Maria de Jesus Ribeiro née en 1821 et l’avait épousée. C’est une excellente cavalière qui l’initie à l’équitation. Ensemble, ils vont lutter pour la liberté au Brésil et en Uruguay. Puis en 1847 ils ont quitté l’Amérique du sud pour l’Italie. Son comportement a été d’une vraie patriote italienne aux côtés de son mari. Elle est morte de la fièvre typhoïde, à Ravenne, le 4 août 1849.

 

460a2 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Sur la base du monument, tout autour, on peut admirer (comme moi) ou détester des sculptures de bronze évoquant des épisodes de son action. Ici, on ne la voit pas (sur la photo originale, on entr’aperçoit son visage à moitié caché par le premier cavalier, mais ici la photo est trop petite), elle est sur la face suivante, à gauche, elle entraîne cette troupe de combattants qu’elle guide à travers les pampas.

 

460a3 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Ici nous sommes en Italie, à Ravenne, en 1849. Garibaldi porte Anita mourante.

 

460a4 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Pour ce gros plan sur Anita, nous faisons un retour dans le temps. Nous sommes au Brésil et Anita a été faite prisonnière. Du général qui a admiré son courage et sa détermination, elle a obtenu la faveur d’être autorisée à aller chercher son mari blessé sur le champ de bataille. On la voit ici soulevant un tissu qui recouvre un blessé ou un mort, simulant la recherche. En fait elle sait où il se cache, elle saute sur un cheval et au grand galop échappe à l’ennemi et à sa prison. Elle va rejoindre Garibaldi.

 

460b Rome, Janicule, Garibaldi

 

Un peu plus loin sur le Janicule, C’est Garibaldi en personne que l’on voit à cheval. C’est un grand militaire, c’est un héros, mais ce n’est pas un cavalier émérite que l’on peut représenter sur un cheval cabré, ou lancé au grand galop crinière au vent, comme on peut le faire pour sa femme.

 

460c1 Rome, Janicule, Porta San Pancrazio

 

Nous arrivons à la Porta San Pancrazio. C’est le pape Barberini aux abeilles, Urbain VIII qui, en 1643, construisit un mur, et ses nécessaires portes, depuis la Porta Portese près du Tibre jusqu’aux Murs Vaticans.

 

460c2 Rome, Janicule, Porta San Pancrazio

 

En 1849, le pape est encore investi du pouvoir civil sur Rome et les États Pontificaux. Des mouvements populaires réclament liberté et démocratie, le pape se réfugie à Gaète. Le 9 février, une assemblée élue au suffrage universel proclame la République. Adoptant le drapeau tricolore vert, blanc, rouge, elle remet le pouvoir à un triumvirat, dont fait partie Mazzini. Éphémère République… Une armée française débarque à Civitavecchia et, s’élançant sur la via Aurelia, arrive à Rome et attaque le Janicule. C’est Garibaldi qui est chargé de la défense de la République. Les Français sont repoussés le 30 avril. Mais ils assiègent Rome, et lancent une attaque décisive le 3 juin. Ils bombardent la Porta San Pancrazio, qui s’effondre, ensevelissant ses défenseurs. L’image ci-dessus, qui reproduit une lithographie d’époque, montre l’armée française franchissant la porte. Porte qui sera reconstruite en 1854 comme on la voit aujourd’hui, mais avec deux arches latérales qui ont été détruites récemment pour laisser le passage aux voitures.

 

460c3 Rome, Janicule, Porta San Pancrazio

 

Le grand écrivain, poète, philosophe russe Joseph Brodsky, lorsqu’il a séjourné à Rome, aimait s’asseoir à la terrasse de ce Bar Gianicolo (le nom du Janicule, en italien), face à la Porta San Pancrazio.

 

460c4 Rome, Janicule, Fontaine Paola

 

Plus loin, c’est la Fontana Paola, la Fontaine Pauline, du nom du pape Paul V (1605-1621) qui l’a fait construire. Je l’ai déjà montrée le 10 décembre, je ne recommence pas. Seulement un gros plan sur un jeu d’eau (pour m’amuser).

 

460d1 Rome, S Pietro in Montorio

 

Continuons notre chemin. Nous arrivons à l’église San Pietro in Montorio. Hé oui, je sais, en tant que Français je n’ai pas à être fier de ce que le pays qui se dit le Pays de la Liberté a fait contre la République de Rome. Ni de ce que cela a coûté en hommes et en ouvrages du passé, comme le montre cette gravure.

 

460d2 Rome, S Pietro in Montorio

 

Évidemment, c’est triste. Évidemment il n’y a pas à plaisanter sur la guerre. Mais je trouve amusante cette manière de fixer au mur un boulet de canon de calibre 140 tiré en juin 1849 par l’artillerie française sur cette église construite par Maderno.

 

460d3 Rome, S Pietro in Montorio

 

460d4 Rome, S Pietro in Montorio

 

L’église, heureusement, a pu être restaurée. Même si ce n’est pas à proprement parler un joyau de Rome, c’est néanmoins un beau bâtiment, comme on peut en juger par cette coupole d’une chapelle latérale.

 

460d5 Rome, S Pietro in Montorio

 

Il s’y trouve aussi un bel ensemble de peintures, comme cette flagellation de Jésus. Sur ma photo, trop sombre, et avec un coup de lumière en bas à droite, on peut difficilement juger, mais sous la douleur le Christ est près de perdre connaissance, et ses bourreaux continuent de s’acharner sur lui. J’aime aussi la façon dont le peintre, en habillant l’un de ces hommes d’un simple tissu autour des reins, comme l’est le supplicié lui-même, a montré l’injustice de cette flagellation entre deux hommes semblables l’un à l’autre.

 

460e Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Près de l’église, Bramante a élevé ce que l’on appelle il Tempietto. Ce petit bâtiment circulaire d’une grande élégance a été élevé en l’honneur de saint Pierre. L’église a elle-même été consacrée au premier pape.

 

460f1 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante 

À l’intérieur, saint Pierre siège en majesté, avec ses grosses clés à la main. De si grosses et pesantes clés pour ouvrir les portes du Paradis, qui selon toute vraisemblance sont faites de légers nuages…

 

460f2 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Ce bas-relief représente la crucifixion de Pierre la tête en bas. J’aime bien cette interprétation symbolique parce que synthétique, avec l’empereur assis sur son trône à gauche, entouré de ses soldats, les buccins ou les trompettes sur la droite, en arrière-plan de chaque côté les cavaliers manifestant la puissance impériale, tout à droite des femmes représentant le badaud peuple venu voir une exécution de chrétien, et enfin, à la gauche de la croix du condamné, le bourreau, nu, avec le marteau dont il a crucifié saint Pierre.

 

460f3 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Avant de ressortir, je montre cette image du sol. Nous ne sommes plus à l’époque des Cosmates (Bramante a vécu de 1444 à 1514), mais on fait encore des sols somptueux inspirés de leur art.

 

460f4 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Ressortons de ce "temple" circulaire. Du côté opposé à l’entrée, on trouve ce double escalier qui descend dans une sorte de crypte.

 

460f5 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

L’espace circulaire est exactement de mêmes dimensions que l’étage supérieur. C’est une autre petite chapelle joliment décorée elle aussi. Le plafond en coupole est baroque, le marbre du sol harmonise les couleurs, et en même temps le lieu ne comporte que cet autel dont la statue n’en a que plus de relief.

 

460g Rome, Janicule, Académie espagnole

 

Par une ruelle étroite qui descend en tournant, on arrive au niveau bas du Trastevere. Et de là, en relevant la tête, on apprécie la masse de cet institut espagnol de Rome qui est situé en bordure du mont Janicule, derrière l’église San Pietro in Montorio, et qui cache la résidence de l’ambassadeur d’Espagne.

 

461a Rome, S. Maria della Scala

 

Je ne peux, à chaque fois, montrer mon église chérie, Santa Maria in Trastevere. Celle-ci, Santa Maria della Scala, est loin de la valoir. Ce nom de Sainte Marie de l’Escalier lui vient de ce qu’elle a été construite à la place d’un oratoire dédié à la Madone et situé au pied d’un escalier. C’est le pape Clément VIII (1592-1605) qui a décidé de sa construction, et qui l’a attribuée aux Carmélites Déchaussés en 1597. L’église et le couvent deviennent rapidement le principal centre de diffusion du Carmel de Thérèse en Italie, en France, aux Pays-Bas, en Pologne, en Perse et en Inde. L’architecte en a été Francesco da Volterra (mort en 1588), à ne pas confondre avec le célèbre peintre Daniele da Volterra (1509-1566).

 

461b Rome, S. Maria della Scala

 

Dans l’église, il n’y a rien de très remarquable à mon goût. J’aime bien cette Vierge à l’Enfant, quoiqu’elle porte sa couronne sur sa tête comme une femme africaine porte sa cruche d’eau. Mais l’expression de son visage, le geste délicat de sa main, l’Enfant Jésus qui comme un vrai bébé regarde les fleurs à ses pieds et s’en amuse, tout cela en fait une statue qui n’est pas désagréable à regarder.

 

461c1 Rome, S. Maria della Scala, ste Thérèse

 

En 1617, l’église reçoit le pied droit de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Je n’aime pas cette façon de débiter en morceaux le corps des saints pour que chacun ait son bout de relique. On vante le jugement de Salomon qui a reconnu la vraie mère de l’enfant lorsqu’elle a préféré donner le bébé à la fausse mère plutôt que de le voir partagé entre elles deux, mais on se comporte comme la fausse mère à l’égard des saints, et vas-y que je te donne le pied droit si tu me laisses les vertèbres lombaires, non je préfère l’humérus gauche quoique ce soit plus encombrant, etc. Bref, le pied de sainte Thérèse est sous cet autel dans un reliquaire, et l’on expose une statue de la sainte dans des vêtements de tissu pour donner l’impression qu’on la voit dans son cercueil.

 

461c2 Rome, S. Maria della Scala, copie Jésus Prague

 

Au-dessus de ce même autel, dans une niche de bois doré, est placée une copie du Petit Jésus de Prague. Mais alors que l’original, à Prague, est vêtu de riches habits qui lui ont été offerts par des souverains et différentes personnes et est souvent changé de tenue, cette copie est tout d’une pièce, corps et manteau, et n’a pas le charme de celui de Prague. À vrai dire, j’ai bien en mémoire celui de Prague, qui m’a beaucoup impressionné, et sans le panneau explicatif je n’aurais pas pensé à lui associer celui-ci.

 

461d Rome, Porta Settimiana

 

À présent, nous sommes tout en bas, au niveau du Tibre, et nous passons sous la Porta Settimiana, qui perce l’enceinte d’Aurélien et date de l’extrême fin du quinzième siècle.

 

461e Rome, le Tibre

 

Dans la via della Lungara, ancienne via Aurelia, de l’autre côté de la porte, nous entrons visiter la galerie du palais Corsini. Il y a quelques belles œuvres intéressantes, mais comme la photo y est interdite et que je n’ai pas envie de décrire des œuvres que je ne peux montrer, comme d’autre part mon article d’aujourd’hui est déjà bien long (mais nous avons fait pas mal de chemin et avons vu ou revu beaucoup de choses), je vais arrêter là, au moment où, nous dirigeant vers le métro, nous franchissons le Tibre sous la belle lumière du soir romain.

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 22:22

Le 28 février, nous étions allés à Palestrina et nous nous étions promis d’y revenir. Voilà, c’est fait. Et même, puisqu’il y a au pied de la ville, près d’un escalator qui permet d’accéder intra muros sans s’user les semelles, un parking avec équipement (rudimentaire) pour camping-cars, nous sommes arrivés hier 24 au soir et passons une seconde nuit pour avoir le temps, en deux jours, de faire le tour de la ville. Comme je vais être, une fois de plus, trop bavard, je vais entrecouper mon laïus d’images qui ne seront pas toujours en rapport. Tant pis.

 

456a1 Palestrina, Porta del Sole

 

Ci-dessus, la Porta del Sole, qui porte le même nom que la Puerta del Sol à Madrid, mais qui ici désigne une vraie porte de ville, et n’a pas la même ampleur.

 

Palestrina, l’ancienne Prænesta, Préneste, avec sa position dominante, a été un lieu habité depuis fort longtemps, ce qui a permis de lui donner des origines mythiques. Ce serait Télégonos, le fils d’Ulysse et de la magicienne Circé, qui l’aurait créée. La guerre de Troie datant du treizième siècle avant Jésus-Christ, c’est effectivement lointain. Et il est vrai que l’on trouve des traces d’habitats de la seconde moitié du second millénaire, ce qui correspond à la légende. Et puis il y a à Préneste de claires influences asiatiques du monde grec oriental, suivies de marques étrusques, osques, ombriennes.

 

Mais la création de Préneste en tant que cité organisée date du neuvième siècle, et son apogée se situe aux huitième et septième siècles. Grâce à cette position dominante que j’ai évoquée, perchée sur son acropole, la ville contrôle les routes de communication tyrrhéniennes. Et puis est venue Rome, qui l’a concurrencée. Préneste s’est alors engagée dans la Ligue Latine pour lutter contre l’influence grandissante de Rome, mais au terme de la guerre menée par Rome contre la Ligue Latine en 340-338, c’est Rome qui a gagné et qui a annexé les vaincus.

 

456a2 Palestrina

 

Tant pis si cette image montre la Palestrina médiévale alors que j’en suis encore à l’Antiquité. Cela coupe mon pavé de texte.

 

Marius, consul en 107, a été vainqueur en 105 du roi numide Jugurtha (la Numidie est en gros l’Algérie actuelle). Sylla, consul en 88, a été cette année-là vainqueur des "alliés" rebelles. Voilà présentés mes deux protagonistes. Marius, alors, fomente une émeute contre Sylla qui est chassé de Rome, mais qui revient vers la ville avec ses légions et proscrit Marius. Chassé-croisé.

 

Mais en 87, Sylla part pour l’Orient reconquérir la Grèce et l’Asie Mineure occupées par Mithridate, roi du Pont (nord de la Turquie d’Asie). Notre ami Marius, qui représente le parti populaire, en profite pour rentrer dare-dare à Rome et pour proscrire à son tour ce Sylla représentant le parti aristocratique, c’est-à-dire le parti du Sénat, incluant ses partisans dans cette proscription. Justice immanente, Marius meurt en 86. Entre temps, Sylla reconquiert la Grèce en 86, soumet Mithridate en 85, rentre à Rome enfin en 82, où il se proclame dictateur à vie. Ah, les dictateurs, ces charmantes personnes ! Il s’empresse de massacrer ses adversaires. Préneste, qui en 90 avait obtenu la dignité de "Municipium cum suffragio", avait pris le parti de Marius, et après la mort de celui-ci son fils fait de la ville son point d’appui principal. Quand, vaincu, Marius le Jeune se suicide, Sylla entre en vainqueur dans Préneste, la ville est rasée et ses habitants massacrés, et les vétérans du dictateur s’installent dans la ville basse. Le dictateur augmente le pouvoir du sénat et réduit celui des tribuns de la plèbe. Heureusement, la justice immanente va frapper une seconde fois, il meurt en 79. Fin de l’épisode (pour Préneste). La ville va reprendre des couleurs quand les empereurs Tibère (14-37 après Jésus-Christ) puis Hadrien (117-138) décident d’y résider.

 

456a3 Palestrina, tempio della Fortuna Primigenia

 

Ce qui est le plus marquant dans la Préneste antique, c’est son gigantesque temple dédié à la Fortuna Primigenia. Quand je dis "gigantesque", je pèse mon mot. C’est sans conteste l’un des plus grands temples païens. Après les injures du temps et les bombes de la Seconde Guerre Mondiale (hé oui), il est difficile de se faire une idée de ce que fut ce temple dont les ruines occupent la totalité de la ville installée sur l’acropole et sur ses pentes. Seule la ville moderne de Palestrina, construite au-delà des pieds de la colline, échappe à l’emprise du temple. Par exemple, sur cette photo, nous sommes juste au pied de la colline, et nous voyons les boutiques installées dans le niveau inférieur du sanctuaire.

 

456a4 Palestrina, tempio della Fortuna Primigenia

 

Ici, nous sommes dans un niveau intermédiaire, mais on se rend compte que malheureusement le monument a beaucoup souffert.

 

456a5 Palestrina, tempio della Fortuna Primigenia

 

Autre vue de l’un des niveaux intermédiaires.

 

456a6 Palestrina, Fortuna Primigenia

 

Et tout en haut, dans sa niche, la statue de la déesse Fortune.

 

456b1 Palestrina, palazzo Colonna Barberini

 

On l’aperçoit cette statue, toute petite sur ma photo, intégrée dans ce palazzo. On voit aussi comment le dernier niveau du temple avec ses murs en arches (comme en bas où se sont installées les boutiques) a été adapté pour faire partie de l’escalier d’accès au palazzo. Après l’Antiquité, nous voici arrivés à une autre époque de la vie de la cité, qui n’est désormais plus Préneste, mais Palestrina.

 

En 1400, Nicolas Colonna prend Rome. Le pape Boniface IX (1389-1404) se réfugie au château Saint-Ange. Mais l’hostilité populaire oblige Colonna à rentrer chez lui à Palestrina. Le pape l’excommunie. Au bénéfice d’un traité de paix (avec le pape, en général on dit plutôt maintenant un concordat), Colonna est réhabilité. Mais il n’a pas oublié ses ambitions et en 1405, fort d’une alliance avec le roi de Naples, il réoccupe Rome et le pape Innocent VII (1404-1406) se réfugie à Viterbo. Par crainte religieuse ou par calcul politique en sentant le vent tourner, le roi de Naples revient sur son alliance et se tourne vers le pape. Colonna se retire de Rome.

 

Comme une préfiguration de nos incessantes alternances politiques en France dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, le roi de Naples, en 1414, occupe une grande partie du Latium et Colonna est bien obligé de lui jurer fidélité. Et puis en 1417 Oddon Colonna est élu pape sous le nom de Martin V. Fin des luttes. Quand il meurt, en 1431, est élu à sa place Eugène IV (1431-1447), un allié des Orsini, les ennemis jurés des Colonna. Stendhal : "Les guerres acharnées des Colonna contre les Orsini avaient chassé les agriculteurs de la campagne de Rome, déjà dépeuplée par les barbares, lors de la chute de l’Empire d’Occident. Voilà l’origine de cette solitude des environs de Rome, qui contribue tant à sa beauté, et fait l’étonnement des voyageurs. Non seulement les soldats des Orsini tuaient les hommes et les animaux qu’ils trouvaient sur les terres des Colonna, mais encore ils arrachaient les vignes et brûlaient les oliviers. L’année suivante, les Colonna usaient de représailles sur les terres des Orsini". Charmante époque. Quoi ? Comment ? Les tranchées de 14-18 ont retourné prés, champs et forêts de l’est de la France ? Et les bombes ont détruit Palestrina le 22 janvier 1944, puis Pompéi et beaucoup de ses antiquités, puis Montecassino et son monastère ? Bon, bon, d’accord, je mets le pluriel à "charmantes époques" et je passe à la suite des événements. Évidemment Eugène IV, à peine élu, exige la restitution de tous les acquis des Colonna de ces dernières années de papauté.

 

456b2 Palestrina, palazzo Colonna Barberini

 

Furax, Étienne Colonna fait en 1433 avec son armée une incursion à Rome, qu’il occupe. Le cardinal Vitelleschi avec ses troupes reconquiert la place, et Laurent Colonna se retire en exil à Terracina, une ville sur la côte à 100 ou 120 kilomètres au sud de Rome. Vitelleschi fait raser Palestrina. Fin du deuxième épisode. Beaucoup plus tard, deux siècles, en 1630 François Colonna, ruiné, vend pour 775000 écus Palestrina à Charles Barberini, le frère d’Urbain VIII. Et voilà l’explication de ce blason qui orne la façade du palais, avec les abeilles des Barberini à gauche, et la colonne des Colonna à droite.

 

456b3 Palestrina, palazzo Colonna Barberini

 

Le palais abrite un musée. Avant l’entrée, dans un sous-sol, on peut voir quelques objets intéressants, comme ce fragment de mosaïque. En soi il est petit, incomplet et pas d’une beauté extrême, mais il vaut le coup d’œil parce qu’en bas à gauche un vieillard à cheveux blancs montre du doigt une femme nue, et tout comme dans une moderne bande dessinée il dit dans une bulle "Qu’elle est belle, par Zeus olympien !". "Dia ton olympion", j’ai parlé le 2 mars de l’étymologie du nom de Zeus. Le voilà, Dia, à l’accusatif (un lapsus, l’autre jour, m’a fait dire génitif. C’est idiot mais cela ne change rien pour le radical *di-).

 

Dans le musée, extrêmement riche mais où toute photo est interdite, deux pièces sont particulièrement marquantes. L’une d’entre elles est une sculpture représentant la triade capitoline, Jupiter au centre entouré de Minerve et de Junon, assis sur un banc et accompagné chacun de son attribut, l’aigle, la chouette, le paon. C’est le seul exemplaire qui nous soit parvenu presque entier. Or il a été découvert par des fouilleurs clandestins, arrêtés in extremis près de la frontière suisse par les carabiniers de la section spécialisée sur les biens culturels. La sculpture allait être vendue pour 50 milliards de lires à un collectionneur américain.

 

L’autre pièce admirable est la mosaïque du Nil. Cette mosaïque de très grandes dimensions (5,85 mètres sur 4,31 mètres) qui ornait le temple de la Fortuna Primigenia et date de 80 avant Jésus-Christ a été endommagée et restaurée plusieurs fois lors de transferts vers Rome, et retour, mais on peut l’observer à loisir et commodément parce qu’elle est maintenant disposée à la verticale sur un mur. Elle représente une crue du Nil, depuis son origine tout en haut jusqu’à son embouchure en bas. Personnages, animaux, bateaux, constructions, accompagnés parfois de légendes sont à la fois remarquablement instructifs sur la vie en Égypte au premier siècle avant Jésus-Christ, très décoratifs et extrêmement amusants. On peut rester des heures à admirer chaque détail.

 

457a1 Palestrina, Sant'Agapito

 

Revenons en ville. J’ai décrit, lors de notre première visite, la cathédrale Sant’Agapito. Cette fois-ci, je vais en montrer un détail du portail qui représente la décollation du jeune martyr qui a résisté à l’asphyxie.

 

457a2 Palestrina, Sant'Agapito

 

Saint Thomas met son doigt dans le côté de Jésus pour être sûr que c’est bien lui qui a ressuscité et apparaît dans le temple. Je n’aime pas trop l’expression que le peintre a donnée aux protagonistes de cette scène.

 

457a3 Palestrina, Sant'Agapito

 

Comme on peut s’y attendre dans cette ville qui a appartenu depuis le dix-septième siècle à la famille Barberini, le blason familial aux abeilles est en bonne place dans la cathédrale.

 

457b1 Palestrina, Sant'Antonio

 

Un peu plus haut s’élève l’église Sant’Antonio, prise depuis le site archéologique.

 

457b2 Palestrina, Sant'Antonio

 

Cette petite église nous change de la grandeur et de la splendeur des églises de Rome.

 

457b3 Palestrina, Sant'Antonio

 

J’ignore si cette Vierge est ancienne ou non, mais je la trouve bien banale.

 

457b4 Palestrina, Sant'Antonio

 

En revanche, au-dessus de l’autel (on l’aperçoit vaguement sur ma photo de la nef) il y a cette icône que j’aime bien. Là, pas de doute, elle est ancienne. Le style, les planches de bois qui se disjoignent légèrement, tout le montre. Ce n’est pas la raison pour laquelle je l’apprécie, je l’aime parce que j’aime le visage de la Vierge, la position de Jésus, sa main sous le menton de sa mère, et puis pour une fois je ne trouve pas ridicules les anges qui tiennent l’auréole de Marie.

 

457c1 Palestrina Santa Rosalia

 

Nous voici maintenant tout en haut, au même niveau et dans la même rue que le palazzo Colonna Barberini, à quelques dizaines de mètres de là. C’est l’église Sainte Rosalie que nous ne visiterons pas parce qu’elle est fermée. En 1656 et 1657 une terrible peste a ravagé tout le Latium, la plupart des villes ont été décimées à commencer par Rome, mais Palestrina a été épargnée. Sainte Rosalie avait été invoquée, aussi le prince Taddeo Barberini (qui fut aussi préfet de Rome) construisit-il cette église à elle dédiée en action de grâce et qui fut inaugurée en 1660. Il y a été enterré et sur sa tombe a été placée la "Pietà de Palestrina" de Michel-Ange, sculptée entre 1547 à 1559 (soit un siècle avant la mort du prince, survenue en 1647), mais nous ne perdons rien à ce que l’église soit fermée parce que cette pietà a été transférée en 1938 à Florence, à la Galerie de l’Académie.

 

457c2 Palestrina Santa Rosalia

 

Bien sûr, on ne peut manquer de trouver des abeilles sur le mur extérieur de l’église. Il y en a quatre, que l’on distingue vaguement sur ma photo de la façade.

 

458a Palestrina, Pierluigi

 

Venons-en maintenant à l’enfant illustre de Palestrina, à Pierluigi, le Prince de la Musique. Nous avons pu visiter sa maison et ce qui y a été placé, que l’on pourrait appeler un petit musée Pierluigi, avec une bibliothèque, une médiathèque, des souvenirs. La visite est guidée, mais le guide n’a rien d’un gardien de musée. C’est le responsable des lieux et comme les visiteurs ne sont pas légion il abandonne son bureau pour des visites individuelles. Si l’on ajoute à cela que c’est un homme courtois, sympathique, ouvert, cultivé et passionné, cela fait un cocktail rendant la visite aussi agréable qu’instructive.

 

458b1 Palestrina, maison de Pierluigi

 

L’autre fois, j’avais montré une photo d’une façade de sa maison. La voici telle qu’on peut la voir aujourd’hui de la rue.

 

458b2 Palestrina, maison de Pierluigi

 

Sur cette gravure ancienne on reconnaît le corps de bâtiment élevé de plan carré, à gauche sur la photo et à droite sur la gravure.

 

458b3 Palestrina, maison de Pierluigi

 

Dans l’étroite cour intérieure, le puits utilisé à l’époque a été conservé. C’était un privilège d’avoir son puits personnel, car on est en hauteur et la nappe phréatique n’est pas facile à atteindre. Mais le père de Pierluigi était marchand de biens, et assez aisé.

 

Giovanni est né en l’année sainte 1525. En 1527, lors du sac de Rome par Charles Quint, sa grand-mère juge bon de rédiger son testament, dans lequel elle n’oublie pas le petit Giovanni. Enfant, il chante dans le chœur de la cathédrale de Palestrina, dont l’évêque est le cardinal Del Monte (un nom à retenir) qui le remarque, apprécie ses dons et le nomme maître de chapelle en 1544 alors qu’il n’a encore que 19 ans. Il se marie en 1547. Et en 1550, coup de théâtre. Le cardinal Del Monte (hé oui, j’avais recommandé de retenir ce nom) est élu pape et devient Jules III, le deux cent vingt-et-unième chef de l’Église.

 

458c Palestrina, Pierluigi

 

Il appelle Pierluigi comme maître de chapelle au Vatican, à la Sixtine. Splendide promotion. Sauf que Jules III meurt en 1555 et que Paul IV (1555-1559) le déloge de là parce qu’il est marié et que le nouveau pape ne trouve pas correct qu’un homme marié ait accès à la Sixtine. Curieuse idée, mais c’est ainsi. Ci-dessus, gravure représentant une cérémonie à la chapelle Sixtine. Il sera maître de chapelle à Saint Jean de Latran. Et en 1557 Marcantonio Colonna met à sac Palestrina.

 

458d1 Palestrina, Pierluigi

 

En 1580, la femme de Pierluigi meurt. Il va se faire prêtre, il reçoit la tonsure. Mais l’amour, ah l’amour, il renonce à se faire ordonner et dès 1581, consolé de la perte de sa femme l’année précédente, il se remarie et Virginie remplace Lucrèce à ses côtés. Il meurt dans les honneurs en 1594. Exit Giovanni Pierluigi, mais ses œuvres resteront.

 

458d2 Palestrina, Pierluigi

 

Je terminerai sur Pierluigi et sur nos deux jours à Palestrina avec cette photo d’un manuscrit du Maître. On lit très bien, sur la première ligne, "Joannes Petrus Aloysius Prenestinus in Basilica Vaticana Musicæ prefectus". Il se nomme lui-même Jean Pierre Louis de Préneste, parce que j’ai oublié de dire que c’est à partir de lui que le prénom double, Pierluigi, soit Pierre Louis, est devenu nom de famille. J’ajoute la dernière phrase, qui me plaît : "Ut re mi fa sol la ascendunt, sic pervia cœlos transcendit volitans nomen ad astra tuum ", soit "Ut, ré, mi, fa, sol, la montent [sur la portée], de même à travers les cieux ton nom, en voletant, se dirige en montant vers les astres". Cette formule a plus de gueule qu’un "Veuillez agréer, Monseigneur, je vous prie, l’expression…" et cela me permet de terminer cet article en beauté.

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 14:44

Nous n’allons rien découvrir de bien nouveau aujourd’hui. Nous allons vers le Capitole et le Vittoriano, cet immense et horrible monument blanc au centre de Rome, que les Romains ont surnommé "la Machine à Écrire".

 

454a1 Rome, colonne Trajane

 

454a2 Rome, colonne Trajane

 

Nous arrivons donc près du marché de Trajan, et de sa fameuse colonne Trajane, dont l’immense spirale de 200 mètres de long rappelle les hauts faits de l’empereur dans ses guerres contre les Daces (actuelle Roumanie). Et il est vrai que Trajan a très certainement été l’un des meilleurs empereurs romains, sinon le meilleur.

 

454b1 Rome, Vittoriano, Victor Emmanuel II

 

De là, nous gagnons le Vittoriano tout proche. Nous y sommes accueillis par l’énorme statue tout là-haut de Victor Emmanuel II, le roi de Lombardie et Vénétie qui a été le premier souverain de l’Italie réunifiée grâce à l’action militaire de Garibaldi (entre autres) et à l’action politique de Cavour.

 

454b2 Rome, Vittoriano, altare della Patria

 

Au pied du bâtiment, face à l’immense piazza Venezia d’où Mussolini avait l’habitude de haranguer le peuple, se trouve l’Autel de la Patrie, avec son Soldat Inconnu et sa flamme qui ne s’éteint jamais, comme sous l’Arc de Triomphe de Paris.

 

454c Rome, piazza Venezia vue du Vittoriano

 

Je ne montre pas une fois de plus le Vittoriano dont j’ai déjà plusieurs fois affiché la photo dans mon blog et qui ne vaut vraiment pas le coup d’œil. Cela me rappelle la vieille plaisanterie qui voulait que l’on demande de quel endroit l’on a la plus belle vue sur Paris et que, quelle que soit la réponse, on réponde "Non. C’est de la Tour Montparnasse. Parce que, de la Tour Montparnasse, on ne voit pas la Tour Montparnasse". Je suis tenté de dire la même chose pour Rome, avec le Vittoriano. Ici, du haut des marches, on voit la piazza Venezia avec son insensé cortège de bus et sa belle perspective. Juste en face, c’est l’extrémité du Corso, qui a commencé piazza del Popolo. Du côté gauche, le bâtiment qui fait l’angle entre le Corso et la piazza est le palazzo Bonaparte où a vécu la mère de Napoléon de la fin de l’Empire jusqu’à sa mort.

 

454d1 Rome, museo Risorgimento

 

À l’intérieur se tient le musée du Risorgimento. Nous y étions déjà entrés, mais pour une trop courte visite. Les objets, tableaux, sculptures, documents relatifs aux événements du dix-neuvième siècle italien sont très nombreux et pour la plupart intéressants. Je vais n’en sélectionner ici que quelques uns. Ci-dessus, c’est un tableau de Girolamo Induno (1825-1890), "Ricciotti Garibaldi présente à son père le drapeau prussien du 61e régiment Poméranie". Il s’agit de l’un des épisodes de la Campagne des Vosges (1871) à laquelle Garibaldi a pris part pour aider les Français dans la guerre qui nous opposait à l’Autriche et qui avait éclaté à la chute de Napoléon III.

 

454d2 Rome, museo Risorgimento, Garibaldi

 

Le 29 août 1862, Garibaldi a été blessé d’une balle dans le pied. On le voit ici, sur cette gravure, adossé à un arbre tandis que son médecin, sa boîte de chirurgien ouverte près de lui, lui prodigue ses soins. Il convient de remarquer aussi entre cette boîte et le sabre de cavalier posés au sol, la botte ôtée du pied blessé, parce que…

 

454d3 Rome, museo Risorgimento, Garibaldi

 

…parce que cette botte est exposée au musée. Avec le trou provoqué par le projectile.

 

454d4 Rome, museo Risorgimento, Cavour

 

Assez parlé de Garibaldi. Certes, son action a été courageuse et décisive, mais trop souvent on oublie l’action diplomatique et politique du comte de Cavour. Ci-dessus, son masque mortuaire en plâtre. Et puis le courage… Je cite de mémoire Saint-Exupéry, en espérant ne pas changer ses mots : "J’ai enfin compris pourquoi Platon place le courage au dernier rang des vertus. Ce n’est pas fait de bien beaux sentiments : un peu de rage, un peu de vanité beaucoup d'entêtement et un plaisir sportif vulgaire. On croise les bras sur sa chemise ouverte et on respire bien. C’est plutôt agréable. Quand ça se produit la nuit, il s’y mêle le sentiment d’avoir fait une immense bêtise. Jamais plus je n’admirerai un homme qui ne serait que courageux". Mais Garibaldi n’était pas QUE courageux.

 

454d5 Rome, museo Risorgimento, Victor Emmanuel II

 

Et voici Victor Emmanuel II. Un petit rappel. Il est né en 1820 à Turin. Il participe comme officier à la première guerre d’indépendance, monte sur le trône en 1849 et traite avec Radetzky. En 1855, lors de la guerre de Crimée, sur les conseils de Cavour il envoie des soldats piémontais aux côtés de la France et de l’Angleterre contre la Russie. Lors de la seconde Guerre d’Indépendance contre l’Autriche, il obtient ainsi l’aide de Napoléon III en échange de la promesse de lui donner Nice et la Savoie. Puis, peu à peu, les différents États sont annexés ou s’unissent et en mars 1861 il est proclamé roi d’Italie. Ne manquent plus que la Vénétie qui rejoindra le royaume en 1866, et Rome le 20 septembre 1870. Il meurt à Rome en 1878 et est enterré dans le Panthéon.

 

454e Rome, museo Risorgimento, Europe 1815

 

Voici la mosaïque que constituait l’Italie en 1848, soit telle qu’elle était lorsque Victor Emmanuel II coiffa sa couronne. Il y avait du pain sur la planche. Les États Pontificaux sont au milieu, en jaune, à l’est et au sud du Grand Duché de Toscane. On voit aussi que le nord est occupé par le royaume d'Autriche-Hongrie.

 

454f1 Rome, toit du Vittoriano

 

Sur le flanc du Vittoriano, on peut, pour 7 Euros (sans gratuité pour les moins de 18 ans ni les plus de 65 ans, hélas), prendre un ascenseur qui vous hisse sur le toit du bâtiment. Là, on domine toute la ville avec vue sur 360°. Mais d’abord, je montre l’une des deux sculptures qui se détachent sur le ciel, le Quadrige de l’Unité, de Carlo Fontana. Lui fait face le Quadrige de la Liberté, de Paolo Bartolini.

 

454f2 Rome, toit du Vittoriano

 

Et voici un exemple de la vue que l’on a de là-haut. Le mont sur la droite est le Palatin, au pied duquel s’étend le forum. Au bout du forum, apparaissant en bien petit sur ma photo, c’est l’Arc de Titus, celui dont je parlais le 21 mars au sujet des Juifs obligés lors de l’intronisation des papes de se trouver sous ses sculptures représentant leur esclavage. Et puis, à gauche, on distingue le Colisée.

 

455a1 Rome, Capitole, Marc Aurèle

 

Et maintenant, une fois redescendus de là-haut, un petit tour au Capitole, jeter un coup d’œil à la statue de Marc-Aurèle, empereur de 161 à 180.

 

455a2 Rome, Capitole, Marc Aurèle

 

Ou plutôt, sur la place, c’est une copie. L’original est dans le musée. Je lui ai donc, ci-dessus, tiré le portrait à l’intérieur du musée. Il faut dire qu’à ma collection de statues parlantes romaines, il me manque Marforio, qui est le plus célèbre après Pasquino et qui n’est visible qu’avec un ticket d’entrée. Comme nous avons déjà visité longuement les Musées Capitolins et que pour mon âge l’entrée est gratuite, Natacha m’attend à la sortie. Impossible, passant dans tant de salles (l’entrée se fait par le Palais des Conservateurs, et Marforio est au Palazzo Nuovo, de l’autre côté de la place, où l’on accède après avoir traversé par le niveau inférieur), de ne pas m’arrêter en chemin, ou même de faire quelques (petits) détours. Natacha s’est étonnée de m’avoir attendu trois quarts d’heure pour faire une photo de Marforio…

 

455b Rome, musée Capitole

 

Je ne me suis pourtant pas attardé, puisque j’ai pris cette photo au cinquantième de seconde. Ce n’est rien, un cinquantième de seconde. Il s’agit d’une pierre votive dédiée à la déesse Céleste pour avoir effectué un heureux voyage sans encombres, aller et retour. Elle date du troisième siècle de notre ère et provient du temple de Céleste qui se trouvait sur le Capitole. Entre les "pieds de l’aller" et les "pieds du retour", au dessus d’une colombe gravée, figurent les mots "[C]aelesti Triun[f]ali, Iovinus [v]otum suum [r]estituit ", soit "À Céleste victorieuse, Jovinus offre [ceci] pour l’accomplissement de son vœu".

 

455c1 Rome, Marforio

 

455c2 Rome, Marforio

 

Je passe sous silence deux ou trois (ou un peu plus) choses qui ont attiré mon regard au passage, ainsi qu’un (petit) détour par la pinacothèque pour dire bonjour au Caravage et à son tableau La Bonne aventure que j’ai montré ici le 5 février et qui m’a attiré comme un aimant. Et le voici, notre Marforio. Mais il a beau être célèbre, ce géant languissamment étendu, il ne peut être aussi bavard que son compère Pasquino depuis que se sont fermées sur lui les portes du musée. Il a beau être dans la cour juste en face d’une sortie, sortie n’est pas entrée, on ne peut lui adresser la parole… ni la lui donner.

 

455d Rome, Santissimo Nome di Maria

 

Repassant devant la colonne Trajane, nous nous trouvons au pied de cette église du Santissimo Nome di Maria, l’église du Très Saint Nom de Marie. Tant de fois nous sommes passés devant elle sans nous y arrêter que nous décidons d’y jeter un coup d’œil.

 

455e Rome, Santissimo Nome di Maria

 

La richesse et la beauté de l’intérieur ne peuvent nous surprendre, car à Rome toutes les églises sont riches et belles. Rien de particulièrement remarquable, donc.

 

455f Rome, Santissimo Nome di Maria

 

La coupole, lumineuse, brillante, couverte d’or, attire cependant le regard.

 

455g Rome, Santissimo Nome di Maria

 

Je terminerai avec cette Vierge à l’Enfant, en marbre, qui date de 1550 et provient de l’église qui a précédé celle-ci, dédiée à saint Bernard. Les spécialistes estiment qu’elle a des caractères qui pourraient être attribués à Sansovino (1486-1570). Pour ma part, je suis bien incapable de le dire, mais elle me plaît. Son corps et même son visage sont un peu lourds, mais elle ne manque pas de grâce et j’aime son air absorbé par les gestes de son bébé. Quant à Jésus, une jambe jetée sur le genou de sa mère, l’autre jambe dans son giron, il se cambre en s’accrochant au bord de la robe pour tenter de découvrir le sein qu’il a envie de téter. Il y a là de la sensibilité, de l’invention, une statue qui ne ressemble pas à toutes les autres. En un mot, ce n’est pas une Immaculée Conception en robe bleue. Et je la trouve très moderne pour une Vierge du seizième siècle.

 

C’est sur ces réflexions (profondes et circonstanciées) que nous repartons vers notre métro et notre banlieue.

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 01:54

451a Rome, Anonyme, piazza del Popolo e il Pincio

 

On ne compte plus le nombre de fois où nous sommes passés par la piazza del Popolo. Notamment, le soir, souvent nous poussons jusque là la promenade avant de reprendre le métro. Mais jamais, dans ce blog, je ne me suis attardé à en parler autrement qu’en passant. Voici donc pour commencer une gravure (d’un anonyme) qui en donne une vue générale avec son obélisque, ses deux églises faussement jumelles dont je vais parler tout à l’heure, une grande statue qui n’existe plus aujourd’hui mais qui est représentée dans l’axe de l’obélisque, et à gauche, dominant la place, le Pincio. Les prés et les champs qui s’étendent sur la droite de cette vue sont aujourd’hui complètement urbanisés.

 

451b Rome, Flaminio

 

Dans le passé le visiteur, sauf s’il venait de Naples ou de la Sicile situés au sud, ou s’il arrivait par la mer et le port d’Ostie situé à l’ouest, entrait à Rome par le Nord. De Venise, Florence, Milan, Gênes, de France, d’Allemagne, de Pologne, de Russie, d’Angleterre, tous les voyageurs entraient dans Rome par la Porta del Popolo. Je ne sais si ceci, avec son pendant de l’autre côté de la route et une forte grille fixée sur son flanc et destinée à clore l’accès, est un octroi, une douane, mais on voit la Porta del Popolo derrière.

 

451c Rome, Flaminio

 

Franchissons ce lieu, et nous arrivons à la porte elle-même, et au mur qui clôt la ville.

 

451d Rome, Santa Maria del Popolo, vue de Flaminio

 

Juste derrière le mur, on aperçoit la silhouette de l’église Santa Maria del Popolo, où nous avons entendu un concert l’autre soir et qui contient deux remarquables Caravaggio, le Supplice de saint Pierre et la Conversion de saint Paul. Cette église donne sur la piazza.

 

451e Rome, piazza del Popolo

 

Cette vue est prise de derrière le mur qui clôt la ville et la piazza sur la droite. Une rue contourne la place juste au pied du mur, mais sur son autre côté le trottoir monte à plusieurs mètres de haut, permettant cette vue sur la piazza et sur le Pincio. On aperçoit aussi les deux églises au fond de la place.

 

452a Rome, Santa Maria di Montesanto

 

À l’opposé de la porte, la place s’ouvre sur trois rues en patte d’oie, que l’on appelle "il Tridente", le Trident. Droit en face, c’est ce fameux Corso, en diagonale vers la droite la via della Ripetta et en diagonale vers la gauche la via del Babuino. Chacun des deux angles est gardé par une église. Commençons par celle de gauche, Santa Maria di Montesanto, entre le Corso et la via del Babuino. Elle date du dix-septième siècle, et le Bernin (1598-1680) y a collaboré.

 

452b Rome, Santa Maria di Montesanto

 

On peut voir que l’église a une forme arrondie et que tout du long rayonnent des chapelles.

 

452c Rome, Santa Maria di Montesanto

 

Voûte baroque de la chapelle du Très Saint Crucifix. Aux murs, des toiles du dix-septième siècle ont été achetées en 1802 par le prince de Salerne, et sont aujourd’hui au musée Condé de Chantilly. Par quel miracle ? Peut-être bien fruit d’un vol au temps de Napoléon. L’histoire ne le dit pas, j’espère que ce n’est pas le cas.

 

452d1 Rome, Santa Maria di Montesanto

 

452d2 Rome, Santa Maria di Montesanto

 

Dans la chapelle des Âmes du Purgatoire se trouve ce tableau signé Riccardo Tommasi Ferroni et daté de 1981. Il s’agit du Dîner à Emmaüs. Je ne connais pas ce peintre, mais j’aime énormément son tableau. Le Christ est un peu soixante-huitard, il bénit le pain et le poisson posés sur des feuilles de quotidien déployées sur la table, autour de lui les jeunes sont cool, en marcel, jeans et baskets, ou bandana dans les cheveux, en pose relâchée, le violon posé au sol, tandis que derrière les adultes sont en tenue Renaissance et que Jésus porte la longue robe de l’Antiquité. Avec ces trois époques, le tableau prend des allures universelles. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de représenter Jésus en personnage pontifiant, ses disciples tenus à distance. S’il disait "laissez venir à moi les petits enfants", on peut supposer qu’il aimait jouer avec eux. Pourquoi alors ses disciples, tout en lui manifestant le plus grand respect, sans aucun doute, auraient-ils avalé leur parapluie quand ils étaient à table avec lui ? Le respect, pour moi, n’est pas systématiquement lié au formalisme.

 

452e Rome, Santa Maria di Montesanto

 

Il me semble intéressant de montrer ce plan de l’église.

 

453a Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Puis de passer immédiatement au plan de l’autre église, celle de droite, Santa Maria dei Miracoli. Également dix-septième siècle, également Le Bernin. Le dessin de ces deux églises est très habile. En effet, l’angle que fait la via del Babuino avec le Corso n’est pas exactement le même que celui que fait la via della Ripetta avec le Corso, et en profondeur non plus l'espace n'était pas identique. Il s’agissait alors de construire deux églises qui donnent la parfaite impression d’être jumelles, mais sans l’être réellement pour s’intégrer dans deux espaces différents. Voilà pourquoi je donne ici à comparer leur apparence d’une part, leur plan d’autre part.

 

453b Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Cela dit, je ne trouve pas que l’intérieur de l’une ou de l’autre soit d’un intérêt exceptionnel.

 

453c Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Toutefois, sous l’autel cette sculpture représentant la Cène est assez belle.

 

453d Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Dans la chapelle de la Madone de Betharram, est placée cette reproduction de la Vierge de… Betharram. Je crois connaître l’original mais je n’en suis même pas sûr, ce qui veut dire que je ne l’ai absolument pas dans l’œil, et que je ne peux dire si la copie est bonne. Il s’agit d’un marbre du début du vingtième siècle.

 

453e Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Dans l’une des chapelles se trouve santa Candida, ou sainte Candide. La notice explique que c’est une vierge et martyre sur qui l’on a très peu d’informations. Au temps de Dioclétien, en 303, un groupe de 270 chrétiens furent embarqués sur un bateau sans rames ni voiles et lancés sur le Tibre. Après trois jours de navigation au gré du fleuve, leur bateau s’est trouvé arrêté sur un rivage de l’île de Ponza. Là le gouverneur chercha à les faire apostasier, d’abord avec des promesses, puis des menaces d’atroces supplices, mais aucun ne céda. Tous périrent donc. La tradition dit que "Candide, la belle jeune fille" fut lacérée avec des pointes de fer puis son corps fut jeté à la mer, mais il fut ensuite rejeté sur le rivage, miraculeusement intact. Le pape Hadrien I (772-795) lui consacra une église hors les murs de la Porta Portense et y fit déposer ses reliques. Puis le pape Pascal I (817-824) les fit transférer dans l’église de Sainte Praxède, où son nom figure dans une longue liste de reliques. Et puis là s’arrêtent les explications. Comment sainte Candide est arrivée ici, ce n’est pas dit. À moins qu’elle n’y soit pas et qu’il n’y ait qu’une statue la représentant. Je l’ignore.

 

Et voilà ce que je peux dire aujourd’hui sur cette piazza del Popolo et sur ses deux églises.

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Published by Thierry Jamard
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