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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 03:21

500a Naples, Château de Capodimonte

 

 Quoique nous n’ayons, aujourd’hui, ni l’envie ni l’intention de visiter des musées, nous nous rendons à Naples et montons sur la colline de Capodimonte où le palais royal domine la ville. Mais nous y reviendrons un autre jour pour visiter le musée qui y est installé.

 

500b Naples, Château de Capodimonte

 

La construction de ce palais a été entreprise en 1738 et s’est étalée sur cent ans. Charles de Bourbon, qui a accédé au trône en 1734, envisage une complète réorganisation de la cité. Le roi est passionné de chasse, et l’endroit est à l’époque boisé et très giboyeux. Par ailleurs, sa mère, Elisabetta Farnese, dernière descendante de l’illustre famille dont le nom a particulièrement brillé à la Renaissance, a hérité de magnifiques collections d’œuvres d’art auxquelles il convient de trouver un espace digne de les accueillir. Vingt ans après la pose de la première pierre on peut déjà voir les tableaux qui ont été transférés de Parme à Naples lors de l’accès de Charles au trône des Deux-Siciles.

 

500c Naples, Château de Capodimonte

 

Peu à peu, au fil des progrès de la construction du château et de l’acquisition de nouvelles œuvres, le musée se développe, et de façon d’autant plus intéressante qu’il est constitué de collections privées, et donc extrêmement variées quant aux genres selon le goût les acheteurs et quant aux époques. Voilà pourquoi nous comptons bien revenir ici.

 

500d Naples, Château de Capodimonte

 

Mais pour l’instant nous nous tournons vers les jardins, notre intention est de nous promener et de jouir du paysage vu d’en haut.

 

500e Naples, parc du château de Capodimonte

 

Les anciens jardins et la propriété sont devenus un parc public, à l’écart de la ville et de sa circulation, protégé un tant soit peu de ses gaz d’échappement et de sa poussière. Aussi est-il envahi par les sportifs qui, coudes au corps et suant sang et eau ou trottinant doucement et comme par obligation, s’adonnent au jogging, par des chiens qui ont amené ici leurs maîtres au bout de leur laisse pour leur promenade hygiénique, par d’autres chiens aussi qui, ayant lâché leurs maîtres en liberté (oui, les adultes non tenus en laisse sont tolérés dans le parc), s’élancent à la poursuite infructueuse des pigeons, par quelques familles avec enfants qui jouent au ballon sur les pelouses librement accessibles au public. Le parc suit les ondulations de la colline et alterne espaces herbus (qui ne sont pas vraiment des pelouses de gazon anglais, mais plutôt quelque chose de naturel comme dans le bois de Vincennes) et espaces boisés rappelant les lieux de chasse du roi.

 

500f Naples, parc du château de Capodimonte

 

Mais en bordure de la colline une autre partie du parc ressemble davantage à un jardin, avec vraies pelouses et une belle fontaine qui se dresse parmi des palmiers clairsemés. Et tout au bord abrupt de la colline un belvédère permet de voir le magnifique panorama de la baie de Naples.

 

500g1 Vue sur Naples, de Capodimonte

 

En regardant vers la droite, au sommet d’une autre colline, l’aristocratique Vomero, se dresse le château Saint-Elme, avec au pied, dans le vallon, le quartier espagnol.

 

500g2 Naples, castel Sant'Elmo vu de Capodimonte

 

Un coup de zoom pour passer de 24 à 200mm, et je cadre sur ce Castel Sant’Elmo, que les Espagnols ont refait au seizième siècle et qui a longtemps été une prison. Et en effet, son architecture n’a rien de particulièrement riant et accueillant.

 

500h Vue sur Naples, de Capodimonte

 

En face, droit devant, apparaît dans la brume la montagneuse île d’Ischia tandis qu’au premier plan s’étale la vieille ville de Naples.

 

500i Vue sur Naples, de Capodimonte

 

Alors qu’ici sur le continent il fait beau, on voit courir dans le ciel de gros cumulus blancs tout bourgeonnants comme sur ma photo du Vomero, et sur la mer le ciel est complètement bouché. Il doit même pleuvoir sur Ischia, parce que le soleil se réfracte à travers le prisme des gouttes de pluie pour nous offrir le spectacle d’un bel arc-en-ciel. Après une nouvelle promenade dans le parc nous revenons sur le belvédère pour contempler le coucher du soleil qui, ici, ne s’est pas couvert de nuages et puis nous allons chercher le bus qui nous ramènera vers le musée archéologique. Nous marchons dans les rues, jetons un coup d’œil à la galerie Umberto I qui justifiera une visite de jour, puis nous regagnons la gare. Retour à Pompéi.

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 03:14

499a Côte Amalfitaine

 

 Tout le monde vante la côte Amalfitaine. Nous allons donc voir à quoi elle ressemble (ci-dessus, en route vers Sorrento, point de départ vers cette côte sud de la péninsule, nous disons à bientôt à notre ami le Vésuve, de l’autre côté de la baie sur la côte nord).

 

499b Côte Amalfitaine

 

Mais, hélas, la route qui longe la côte est interdite aux camping-cars sauf de minuit à 6h du matin, ce qui n’est guère commode pour ceux qui ne vivent pas au rythme des veilleurs de nuit. Quant aux vrais veilleurs de nuit, ils travaillent à ce moment-là. Et puis on n’y voit pas très clair à ces heures nocturnes.

 

499c Côte Amalfitaine

 

D’autre part, il est quasiment impossible de stationner. Aussi avons-nous passé une belle journée de route… avec seulement quelques échappées.

 

499d Costiera amalfitana

 

Mais ces échappées sont belles à couper le souffle. Comme on le voit sur cette photo, les falaises impressionnantes sont non seulement merveilleuses à voir, mais, du haut des falaises, on a aussi une vue imprenable sur la mer et la côte entière, comme depuis ces maisons, véritables nids d’aigles, agrippées à la roche face à la mer.

 

499e Costiera amalfitana

 

Je ne montrerai donc aujourd’hui que ces quelques photos, maigre moisson, mais nous avons décidé d’y retourner un de ces jours, en louant une petite voiture pour avoir accès à toutes les routes, pour trouver plus facilement à nous garer, pour enfin profiter pleinement de ces paysages exceptionnels.

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 02:52

498a gare de Pompéi Circumvesuviana

 

 Le samedi qui précède le premier dimanche de mai, Naples fête san Gennaro (saint Janvier), le patron protecteur de la ville. C’est donc cette année le premier mai, en même temps que la Fête du Travail qui, en Italie comme partout ailleurs, est jour férié. Ces deux événements concomitants nous donnent envie d’aller voir comment ça se passe. Nous prenons le train à Pompéi et, afin de ne pas gaspiller une minute, pour occuper l’attente du train sur le quai comme pour meubler le temps du trajet nous emportons chacun un livre.

 

498b Napoli, San Gennaro

 

498c Napoli, San Gennaro

 

Nous ne savons pas exactement quel trajet va suivre la procession, mais comme san Gennaro est célébré dans la cathédrale, nous supposons que c’est de là qu’elle va partir. Par ailleurs, un peu partout en Italie mais de plus en plus quand on arrive vers le sud, les gens passent leur temps à parler dans leur portable, à voix bien haute, de sorte que l’on peut suivre toutes les conversations, or un homme devant moi crie à son correspondant qu’il va attendre l’arrivée de la procession à Santa Chiara, et il lui donne rendez-vous devant l’entrée. Nous nous dirigeons donc vers une petite rue entre ces deux églises, et en effet nous voyons arriver la procession. Bannières, drapeaux, oriflammes passent devant nous en grand nombre, portés par des laïcs ou par des religieux en grande tenue de leur ordre ou de leur confrérie.

 

498d Napoli, San Gennaro

 

498e Napoli, San Gennaro

 

De temps à autre, nous partons en courant, prenons une rue parallèle et revenons sur le chemin de la procession après avoir pris un peu d’avance pour mieux revoir le défilé des bannières.

 

498f Napoli, San Gennaro

 

Une foule nombreuse marche à la suite des bannières, notamment ces religieuses en foulard jaune. Je ne sais ce qu’il signifie, parce que l’on voit aussi sur ma photo une laïque avec ce foulard et même, derrière, on aperçoit une jeune fille, en T-shirt rose, bras nus, avec ce même foulard autour du cou.

 

498g1 San Alfonso M. de Liguori

 

498g2 Sant'Antonio Abate

 

Si la foule des fidèles suit, nous pensons que c’est la queue de la procession et nous nous préparons à partir vers Santa Chiara par une rue parallèle pour voir leur entrée, mais pas du tout, ce n’est pas fini, voici les statues de laiton et d’argent, celles de la chapelle de San Gennaro, dans le Duomo, qui arrivent, chacune portée par quatre hommes. Elles sont nombreuses. Ici, ce sont San Alfonso M. de Liguori et Sant’Antonio Abate.

 

498h Naples, saint Janvier

 

Et puis, dans leur grand uniforme, les membres du Comité de San Gennaro. Belle allure !

 

498i Naples, saint Janvier

 

Moins beau, moins élégant, mais bien visible de loin, l’uniforme des chevaliers de l’Ordre de Malte. Je ne savais pas qu’ils avaient troqué leur belle tenue d’autrefois contre cette combinaison.

 

498j1 Naples, saint Janvier, l'évêque

 

498j2 Naples, saint Janvier, le cardinal

 

Voici maintenant l’archevêque, puis le cardinal entouré de nombreux prêtres et évêques. Il semble apprécié, ce cardinal, car il est très applaudi.

 

498k Naples, le sang de saint Janvier

 

Pour clore la procession voici l’ampoule qui contient le sang de san Gennaro. Ce dénommé Janvier est né à Naples au troisième siècle, probablement en 272, dans une famille patricienne. À l’époque des persécutions de Dioclétien contre les chrétiens, au début du quatrième siècle, il est évêque de Bénévent (environ 70 ou 80 km au nord-est de Naples). Apprenant que quatre fidèles très pieux ont été emprisonnés sur ordre de Draconzius, gouverneur romain de la province de Campanie, il va leur porter son secours moral et spirituel, sans penser à sa propre sécurité. Les gardes avertissent le gouverneur, qui le convoque. L’entrevue se passe plutôt bien quoique Gennaro ait clairement confessé sa religion, mais le successeur de Draconzius, Timothée, le fait jeter en prison avec le diacre et le lecteur qui l’accompagnaient lors des visites. Tous trois sont transférés à Nola où Timothée a sa résidence, et au terme de terribles tortures et d’un jugement sommaire Gennaro doit être brûlé vif. Mais, ô miracle, il sort indemne de la fournaise. Étiré aux quatre membres pour le désarticuler, Gennaro se remet sur pied sans dommage à la moindre de ses jointures. Livré à des fauves dans l’amphithéâtre, il voit les bêtes se prosterner à ses pieds. Timothée, alors, convaincu que Gennaro usait de magie et d’enchantements le condamne avec ses deux compagnons à la peine capitale. Mais au moment même où il prononce la sentence, le préfet devient aveugle. Gennaro, alors, pris de pitié pour lui malgré sa férocité, prie le Seigneur de lui rendre la vue. Dieu l’entend et rend la vue à Timothée qui, nullement repentant ni reconnaissant, les fait immédiatement décapiter tous trois près des solfatares de Pouzzoles. C’est le 19 septembre 305.

 

L’ancienne nourrice de Gennaro, la pieuse Eusebia, récupère du sang du martyr dans deux ampoules à parfum, comme c’était l’usage chez les chrétiens, le corps étant enterré dans un endroit secret pour éviter les profanations de la part des païens. En 313 Constantin promulgue l’édit de Milan autorisant la liberté de culte, mais ce n’est que le 13 avril 431 que les restes de saint Gennaro sont transférés dans une catacombe. Et là, on constate que le sang, desséché dans l’ampoule, redevient liquide. Nous avons vu, mardi dernier dans la crypte de la cathédrale, ses ossements rapportés en 1497 par le cardinal Carafa. Le sang est dans la chapelle du Trésor.

 

Saint Gennaro est fêté trois fois dans l’année, aujourd’hui en commémoration de son transfert dans la catacombe, le 19 septembre jour de son exécution et le 16 décembre, date à laquelle en 1632 il a été institué patron de Naples en action de grâce pour avoir épargné sa ville lors de l’éruption du Vésuve du 16 décembre 1631. Et chaque fois qu’il est sorti en procession, le sang séché se liquéfie, sinon cela annonce de terribles catastrophes. En 1799, alors que les Français occupaient Naples, le sang ne s’est pas liquéfié (quoique, lorsque l’aide de camp du général français Macdonald menaça de faire fusiller l’évêque si le sang ne se liquéfiait pas dans les dix minutes, le miracle se produisit au bout de seulement cinq minutes, mais les Français durent évacuer la ville dès le 7 mai suivant…). En 1849, alors que se faisait l’unification de l’Italie, pas de liquéfaction. Même chose tout près de nous, en 1976. En revanche, le 6 mai 2000, le sang était déjà partiellement liquide quand l’évêque ouvrit le coffre où sont gardées les deux ampoules. Des scientifiques sceptiques, et qui pour certains "bouffent du curé", ont constaté le prodige sans pouvoir l’expliquer. L’Église ne le compte pourtant pas dans la liste des miracles officiellement reconnus.

 

Aujourd’hui, au début de la procession, ceux qui portaient cette sorte d’ostensoir qui présente l’ampoule oscillaient un peu en marchant mais le sang ne bougeait pas, et la foule était consternée. À Naples, semble-t-il, on est très sensible aux présages et aux superstitions. Les gens murmuraient en faisant des têtes d’enterrement. Plusieurs fois, courant en avant, nous avons vu passer l’ampoule. Puis, soudain, des cris, un tonnerre d’applaudissements, des rires. Nous étions à une cinquantaine de mètres avant l’ampoule et, quand elle est passée devant nous, le sang bougeait, léchait les flancs de l’ampoule. C’est là que j’ai pris la photo ci-dessus.

 

498L Napoli, il sangue di san Gennaro

 

Il arrive même, paraît-il, que le sang se mette à bouillir. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais au moment d’entrer dans l’église Santa Chiara, on distingue quelques bulles qui se forment dans l’ampoule. Pour moi, la croyance dans les manifestations fantastiques ne relèvent pas de la foi mais de la superstition, prier devant une ampoule de sang n’est rien d’autre que du fétichisme, et tout cela n’est pas loin du paganisme. Je n’aime pas tous ces miracles extravagants. Mais… j’ai vu de mes yeux le sang figé d’abord, qui s’est liquéfié ensuite. Qu’en penser ?

 

498m Naples, saint Janvier

 

En entrant dans l’église, chaque délégation est allée déposer sa lourde statue dans une chapelle latérale. Deux barrières revêtues de drap bleu délimitaient une allée dans la nef réservée au clergé, même si certains laïcs ont réussi à forcer le barrage. Puis a eu lieu une célébration. Tout un tas de gens n’en ont pas suivi un mot et sont allés dans la chapelle où était entreposée la statue de leur saint préféré (chacun avait ses adeptes, aucun n’était délaissé, même si certains avaient plus de succès que d’autres), posaient dévotement leur main sur le vêtement du saint, ou sur sa main, ou sur son front, puis se signaient et baisaient respectueusement ensuite la main qui avait touché la statue. Alors là, qu’on ne me dise pas que ce n’est pas du fétichisme. Saint Antoine Abbé, ou saint Emiddio, ou sainte Claire ne peuvent protéger un fidèle ou exaucer son vœu s’il n’a pas touché le métal de leur statue ? Pas très charitable, pour des saints.

 

498n1 Naples, 1er mai

 

Décidément, j’ai beaucoup parlé de cette cérémonie mi-prodigieuse, mi-folklorique. Il est temps de passer à autre chose. C’est la Fête du Travail, et traditionnellement les syndicats sont très actifs ce jour-là. Cette affiche dit que "La lutte unit mais ne divise pas. Unité entre tous les mouvements".

 

498n2 Naples, 1er mai

 

En nous promenant nous tombons au hasard piazza Dante, où sont installés un podium et des sièges. De très importantes forces de police et de carabiniers sont massées sur le pourtour de la place, mais la foule est calme.

 

498n3 Napoli, 1 Maggio

 

Sur la scène, il y a des discours, mais aussi des chanteurs. Notamment l’un d’eux, plein d’humour (que malheureusement nous ne comprenions pas toujours), plein de punch, a interprété des chansons du répertoire napolitain arrangées par lui. C’est un carabinier, à qui nous avons posé la question, qui nous a dit qu’il s’appelait Luca Sepe. Comme nous l’avons trouvé excellent, c’est après l’avoir entendu que nous avons décidé de quitter la fête et de retourner prendre notre train pour Pompéi.

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 01:16

Le week-end dernier, nous avons parcouru les ruines de Pompéi. Pour compléter cette visite, il convient de nous rendre au Musée Archéologique de Naples où ont été transférés de nombreux éléments en provenance des trois villes tuées par l’éruption du Vésuve de 79 après Jésus-Christ. Pour ma part, comme je le disais, j’ai été non seulement très intéressé, mais aussi touché par la présence des habitants que je ressentais (non, je ne crois pas aux fantômes, je veux dire que la ville m’a donné l’impression d’un cadavre encore chaud) ; mais il est vrai que, tous les objets retrouvés dans les maisons et qui font la vie quotidienne, et un très grand nombre de fresques, ont déserté la ville pour être enfermés entre les murs du musée. Sans doute cela est-il responsable du fait que Goethe a été fort déçu de ne trouver que peu d’intérêt à ce qu'il appelle "ces maisons de poupées".

 

495a1 Naples, musée archéologique, taureau Farnèse

 

Au musée, commençons par les sculptures, et tout d’abord par ce groupe du Taureau Farnèse, copie réalisée au début du troisième siècle de notre ère d’après un original grec d’époque hellénistique que Pline l’Ancien (dont je racontais la mort l’autre jour) attribue à deux artistes de Rhodes qui l’auraient sculpté entre 160 et 150 avant Jésus-Christ à partir, dit-il, d’un seul bloc de marbre ("ex eodem lapide" ). Ces Romains, ils étaient plus forts pour recycler les inventions et les créations des autres que pour imaginer eux-mêmes. Le béton des Étrusques, les tonneaux et le savon des Gaulois, et partout dans les musées, quand il ne s’agit pas de bustes d’empereurs, on lit "copie d’un original grec du … siècle".

 

Lyrcos, roi de Thèbes, avait, à leur naissance, exposé sur la montagne pour les livrer à la mort ses petits-neveux, les jumeaux Zéthos et Amphion, et retenait prisonnière sa nièce, leur mère, Antiope. Or Antiope, très belle, avait été aimée de Zeus (les jumeaux étaient donc des demi-dieux). Dircé, la femme de Lyrcos, était jalouse de cette beauté, jalouse qu’elle ait reçu les faveurs du maître des dieux, jalouse que son mari la retienne, aussi la traitait-elle comme une esclave, avec la plus grande dureté, et lui faisait-elle subir bien des avanies. Mais une nuit, les liens qui la retenaient prisonnière se défirent miraculeusement, elle s’enfuit, retrouva ses fils qui la reconnurent, et qui décidèrent de la venger. Ils tuèrent Lyrcos et attachèrent Dircé vivante à un taureau qui la traîna en déchirant son corps sur les rochers. C’est le sujet de la tragédie d’Euripide, Antiope.

 

495a2 Naples, musée archéologique, taureau Farnèse 

Le pape Paul III Farnèse (1534-1549) avait fait réaliser des fouilles dans les thermes de Caracalla à Rome. Une gravure de Stéphane du Pérac datant de 1575 représente les ruines d’une des palestres, et ce groupe figure au centre de la cour. En effet, il est destiné à être vu aussi bien de face que de profil ou de dos. Mais il est en pièces, brisé (alors que, comme l’original, il avait été sculpté dans un seul bloc). Lors de la dernière restauration, en 1990-1991, on a remarqué une cavité dans le groupe, et un trou qui laissent penser qu’un tuyau était relié à ce trou pour faire une fontaine. Les animaux placés au pied de la sculpture seraient alors en train de s’y abreuver. Les fragments ayant été transportés au palais Farnèse, l’œuvre y est restaurée une première fois dès 1579. Après la mort de Paul III, on remise le taureau. En 1788, il est transféré à Naples par bateau pour orner la nouvelle villa publique édifiée par Vanvitelli, et on le place au centre d’une avenue, sur un haut podium, où il subit maintes dégradations. C’est à la suite de vives protestations du monde de la culture qu’en 1826 on le transférera au musée.

 

495b Naples, musée archéologique, amazone

 

Je serai beaucoup plus bref pour les autres œuvres. Ici, une Amazone à cheval, copie du 2ème siècle après Jésus-Christ d’un original grec du 2ème siècle avant. Les Amazones sont ce peuple de femmes descendant d’Arès le dieu de la guerre, ne vivant qu’entre elles, n’admettant d’hommes que comme esclaves pour les basses besognes, vaillantes guerrières habiles au maniement de l’arc, et qui s’unissent à des étrangers pour perpétuer leur race mais sans garder aucun lien ensuite avec le père de leurs enfants. Quand elles avaient un fils elles le tuaient, une fille elles lui enlevaient un sein afin qu’elles ne soient pas gênées par cette excroissance pour bander leur arc. Par cette particularité physique, on explique l’étymologie du mot amazone : le A privatif (=sans, pas de) est accolé au mot grec mazôn (=sein), ce sont donc "celles qui n’ont pas de sein". Mais devant la beauté plastique de son modèle, je suppose que l’artiste n’a pas eu le courage d’amputer sa statue. Visiblement elle a été touchée, elle va s’effondrer, son cheval se cabre, je trouve cette œuvre splendide, elle m’a retenu longtemps en admiration.

 

495c Naples, musée archéologique, cuisson du sanglier

 

Cette sculpture s’intitule "La Cuisson du sanglier", c’est une copie du premier siècle de notre ère d’un original hellénistique. Je l’ai choisie parce que je trouve amusante et intéressante cette scène. L’homme tente de faire entrer le sanglier dans le chaudron tandis que le gamin souffle sur le feu pour l’activer. C’est un très curieux mélange de réalisme (la marmite, le feu, le garçon, les attitudes) et d’irréalisme (le chaudron est beaucoup trop petit, l’animal a gardé sa tête et ses poils…). Et pourtant cela ne choque pas.

 

495d Naples, musée archéologique, Sapho

 

Et maintenant, trois bronzes provenant de la Villa dei Pisoni, dans les ruines d’Herculanum. Voici d’abord la poétesse Sapho, celle qui s’entourait de jeunes filles sur son île de Lesbos pour les former à la poésie. J’avais autrefois écrit une petite étude sur son œuvre, aussi avais-je envie de choisir de publier cette sculpture, sur laquelle le panonceau ne donne aucune explication. C’est Sapho, un point c’est tout. Mais quelle beauté dans ce bronze, quelle vie dans ce regard ! On sent de la bonté, de la disponibilité, de la générosité dans ce visage lisse qui rayonne d’intelligence.

 

Pour cette photo et pour les suivantes, j’ai éliminé le fond, un visiteur en T-shirt rouge qui tue la sculpture, les éclairages, fenêtres, plinthes que le cerveau, sur place, élimine de l’image captée sur la rétine et transmise par le nerf optique, mais que la photo retient impitoyablement. Mais c’est trop long à faire pour toutes les statues, alors tant pis pour celles qui précèdent…

 

495e Naples, musée archéologique, coureur

 

Dans cette salle, il y a aussi deux athlètes, deux coureurs en plein effort, penchés en avant, équilibrant leur course du mouvement de leurs bras. Je cadre sur la tête de l’un d’eux, tendue vers la victoire. On voit que rien ne compte pour lui que le poteau qu’il faut atteindre le premier. Il n’a pas d’autre pensée.

 

495f Naples, musée archéologique

 

Et puis un visage dont l’expression est encore plus étonnante, où l’on sent une grande force de caractère, une volonté froide et sans états d’âme. C’est sans doute ce qui l’a fait identifier à Scipion l’Africain, celui qui, très jeune, se proposa pour aller guerroyer en Espagne parce que personne d’autre n’osait y aller, celui qui conquit l’Andalousie puis toute l’Espagne, celui qui lors de la seconde guerre punique poursuit Hannibal qui fait retraite vers Carthage et remporte la grande victoire de Zama en octobre 202 avant Jésus-Christ au terme de terribles combats. Mais le visage a beau aller avec la personnalité du personnage et ressembler à un Scipion que j'ai vu au musée du Capitole à Rome, les spécialistes sont revenus sur l’interprétation passée, et il paraît que ce serait plutôt un prêtre d’Isis.

 

495g Naples, musée archéologique, Hippocrate

 

Des bustes de marbre, il y en a à la pelle. Ils s’égrènent par centaines à travers les salles. Des empereurs romains, mais aussi des poètes comme Homère ou Pindare, des auteurs de théâtre comme Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, des philosophes comme Socrate, Platon, Aristote, des orateurs comme Lysias, Eschine, Isocrate, des historiens comme Hérodote, Thucydide, Polybe… Ne sachant qui choisir parmi eux, je fais un clin d’œil à mon cher beau-frère Sacha, médecin-chef tout là-bas du côté d’Arkhangelsk, en lui offrant son confrère Hippocrate, copie romaine du premier siècle de notre ère d’un original grec du deuxième siècle avant Jésus-Christ.

 

495h Naples, musée archéologique, barbare prisonnier

 

Mais ce n’est pas tout pour la sculpture. Je vais encore ajouter quelques œuvres qui m’ont particulièrement plu. D’abord ce barbare prisonnier, un marbre du second siècle après Jésus-Christ, et –s’il vous plaît– un original. Pas une copie.

 

495i Naples, musée archéologique, barbare agenouillé

 

Original également, ce barbare agenouillé du premier siècle de notre ère, avec la tête et les mains, c’est-à-dire ce qui de son corps est apparent, en marbre noir, et qui sert de support à une tablette. Les traits sont européens, et d’ailleurs ce noir n’a rien de celui d’une peau humaine, les cheveux, les sourcils, la moustache sont du même noir, cela fait que cette sculpture ne peut être comparée avec une cire du Musée Grévin ou de Madame Tussauds. Et pourtant, quand je regarde cet homme, j’ai l’impression qu’il va bouger, se relever, dire quelque chose. Je trouve cette œuvre étonnante de vie et de réalisme.

 

495j1 Naples, musée archéologique, Isis

 

495j2 Naples, musée archéologique, Isis

 

En cherchant bien des originaux parmi les œuvres qui m’ont frappé, je trouve encore celui-ci. C’est une Isis du deuxième siècle de notre ère composée de deux marbres. Je la trouve splendide dans son grand drapé d’un noir brillant, avec sa peau si blanche qui en émerge, et puis son visage est si beau, si pur… Je dis bien, cette statue est un original romain ; mais sa beauté répond aux canons grecs. En effet, elle a le "nez grec", dans le prolongement du front, presque sans brisure de la ligne. Et puis je fais grâce à mes lecteurs du gros plan que j’ai fait de son pied (d’ailleurs il n’est pas très beau, son gros orteil est boudiné, et le plus petit se recourbe en-dessous comme si elle avait trop porté des chaussures étroites), mais lui aussi est grec, avec un –comment dire, ce n’est pas un index puisqu’il ne montre personne, ni un majeur puisqu’il n’est pas le plus long– un deuxième et un troisième orteils presque égaux.

 

495k1 Naples, musée archéologique, Vénus Callipyge

 

495k2 Naples, musée archéologique, Vénus Callipyge

 

Cette statue est une copie réalisée dans la première moitié du second siècle après Jésus-Christ, quant à l’original copié on n’en sait pratiquement rien de sûr. Sa provenance, il peut être de Grande Grèce ou d’Asie Mineure. Sa date, c’est une création hellénistique située approximativement vers le second ou le troisième siècle avant Jésus-Christ. Son sujet, c’est une Vénus, ou une hétaïre, ou une danseuse… Mais la tradition l’appelle la Vénus Callipyge. En grec Kalli- = beau et Pygè = la fesse. C’est donc une Vénus aux belles fesses, ainsi appelée parce que, à la différence des autres Vénus qui pourtant sont complètement nues (la Vénus accroupie, par exemple) et dont l’anatomie est loin d’être repoussante, celle-ci est vêtue mais ostensiblement dévoile cette partie de son individu et se retourne pour se contempler avec satisfaction (et il y a de quoi être satisfaite, en effet). La pose est admirable, le bras gauche relevant haut un pan de ce lourd vêtement qui retombe pesamment, l’autre main attirant l’autre pan vers le devant pour bien dégager son derrière, la tête gracieusement renversée, la jambe repliée, tout est beau dans cette statue.

 

495L Naples, musée archéologique, sarcophage

 

Ce sarcophage date des alentours de l’an 150 de notre ère. Je l’ajoute ici pour en terminer avec les sculptures, parce que je trouve amusants ces petits Amours ailés en train de se livrer à une course de chars dans le cirque.

 

496a Naples, musée archéologique, habillage

 

Mais c’est assez avec les sculptures, sinon je n’en finirai pas. Voici le département des fresques. Celle-ci, qui représente des femmes à la toilette, provient d’Herculanum. Certes le vêtement ne se rencontre pas de nos jours dans la rue, mais je trouve cependant cette scène frappante de modernité, l’attention de la mère à la coiffure de sa fille, la table de toilette, le regard de chacune de ces quatre femmes.

 

496b Naples, musée archéologique, Europe

 

Le week-end dernier, 24 et 25 avril, j’ai raconté la légende d’Europe au sujet du nom donné à un bateau sur un graffiti à Pompéi. En la voyant ici aujourd’hui j’ai immédiatement pensé que je me devrais de la montrer dans mon article de blog. Ce que je fais. La légende dit que Zeus prend l’aspect d’un taureau d’un blanc éblouissant, ou d’un blanc de neige, je ne me rappelle pas exactement, quoi qu’il en soit je ne le trouve pas si blanc que cela, ici ! Mais Europe est déjà sur son dos, ses amies caressent cet animal si doux, c’est à ce moment-là qu’il va s’élancer vers la mer et nager jusqu’en Crète.

 

496c Naples, musée archéologique, théâtre

 

Ceci est une représentation théâtrale. Les acteurs (parce que même les rôles de femmes étaient interprétés par des hommes) sont juchés sur des cothurnes, ces hautes semelles qui les font paraître moins petits sur la scène vus de loin et d’en haut sur les gradins du théâtre. Sans doute est-ce une représentation d’Augè. Un jour qu’il était ivre à la suite d’un grand banquet, Héraklès viole cette fille du roi de Tégée, en Arcadie, sans savoir qui elle est. Lorsque le roi apprend que sa fille a mis au monde un enfant dans ces conditions, il décide de la tuer, et confie Augè et son fils, Télèphe, à un navigateur chargé de les jeter par-dessus bord quand il serait au large. Mais l’homme n’accomplit pas sa mission et les vend à des marchands d’esclaves qui les emmènent en Mysie. Là, le roi qui était célibataire et sans enfant épouse Augè et adopte Télèphe. Sur le bras de la femme de droite, on aperçoit une poupée emmaillotée dont seule émerge la tête, ce serait donc Augè portant le petit Télèphe.

 

496d1 Naples, musée archéologique, nature morte

 

Cette nature morte provient d’Herculanum. Un pain rond, deux figues. Cela représente le repas le plus frugal. C’était soit du pain sur lequel on versait un peu d’huile d’olive et que l’on mangeait avec un oignon, soit du pain sec et des figues. La deuxième solution devait préserver une haleine plus fraîche...

 

496d2 Naples, musée archéologique, lapin

 

Cette fresque-ci vient de Pompéi. Un lapin et des figues. Le lapin veut manger les fruits, c’est le symbole de celui qui va manger avant de devenir nourriture à son tour.

 

496e1 Naples, musée archéologique, bagarre à Pompéi

 

496e2 Naples, musée archéologique, bagarre à Pompéi

 

496e3 Naples, musée archéologique, bagarre à Pompéi

 

Dans mon article du week-end dernier j’ai parlé de la bagarre qui avait opposé les spectateurs partisans de Pompéi aux partisans de Nocera en 59 après Jésus-Christ dans l’amphithéâtre de Pompéi, j’ai parlé des morts et des nombreux blessés, j’ai parlé de la sanction imposée par Néron, à savoir la fermeture temporaire de l’amphithéâtre, et j’ai dit que le musée de Naples possédait une fresque représentant l’événement. Cet après-midi j’ai donc recherché cette fresque. La voici. Quoiqu’elle ne soit pas en très bon état, on arrive à voir le vélum qui recouvrait l’amphithéâtre, sur la droite de la fresque la grande palestre, au premier plan la vaste place du parvis, devant les deux escaliers qui forment un triangle sur le façade (et qui existent toujours) et où les marchands ambulants poursuivent leur négoce, et puis les participants à la rixe armés de bâtons, et qui continuent à frapper des hommes à terre. J’ai oublié de dire que l’organisateur de ce spectacle avait été exilé, ainsi que les provocateurs.

 

496f Naples, musée archéologique, boulangers

 

Je vous présente Terentius Neo et sa femme, couple de boulangers de Pompéi. Des trois villes détruites par l’éruption de 79, c’est sans doute le seul et unique portrait à la ressemblance qui nous soit parvenu, épargné par la catastrophe. Bien d’autres fresques sont peintes d’après modèles, bien sûr, mais pour représenter un dieu, ou pour décorer un mur, tandis que cette fresque-ci fait office de ce qui, aujourd’hui, serait une photo dans un cadre sur le buffet. Et ce genre de portrait m’émeut, parce que je les imagine vivants, parce que j’ai foulé le sol de leur demeure et de leur boutique, et parce qu’ils sont peut-être l’un ou l’autre de ces moulages de plâtre d’où émerge un os d’orteil ou un bout de crâne.

 

497a Naples, musée archéologique, camées

 

Quittant les fresques, je passe par une section qui comporte des centaines de camées d’une finesse incroyable. J’en ai choisi ici trois de styles différents. Le premier, c’est Dionysos et Ariane. On se rappelle que grâce à la pelote de fil qu’Ariane, la fille de Minos et de Pasiphaé, a donnée à Thésée, il a pu retrouver son chemin pour ressortir du labyrinthe en Crète. Pour fuir la colère de Minos et par amour pour Thésée, elle s’embarque avec lui mais lui, amoureux d’une autre, l’abandonne pendant son sommeil sur une plage de l’île de Naxos. Quand elle s’éveille, c’est pour voir au loin sur la mer disparaître la voile de Thésée. Mais Dionysos, qui passait par là avec son cortège, la voit, s’éprend d’elle, l’épouse et l’emmène vivre avec lui sur l’Olympe. Ce camée représente la rencontre du dieu avec Ariane. Camée sur calcédoine.

 

Le second camée représente Omphale. Omphale est une reine de Lydie à qui Héraklès échut comme esclave. Mais, elle tombe amoureuse de son nouvel esclave, et tout le temps qu’il restera avec elle se passe dans la mollesse, il revêt une longue robe et reste aux pieds de sa maîtresse à filer le lin sur le rouet d’Omphale. Camée sur agate.

 

Le troisième camée est une chasse à l’ours. L’un des chasseurs, blessé, est à terre, l’autre est à cheval et attaque l’ours avec sa lance. Tout cela représenté sur une si petite surface manifeste une remarquable technique en même temps qu’un talent certain. Il n’est pas étonnant qu’en grec le même mot tekhnè désigne à la fois l’art, l’artisanat et la technique. Camée sur calcédoine.

 

497b Naples, musée archéologique, clés antiques

 

Certains éléments du cadre de vie à l’époque de l’éruption semblent très loin de nous, très dépassés, mais d’autres sont étonnamment modernes. Bien sûr nous avons des clés de sûreté qui n’ont rien à voir avec cela, mais aujourd’hui bien des clés de portes intérieures, de placards, etc., ne sont pas fondamentalement différentes de ce que nous voyons ici.

 

497c Naples, musée archéologique, robinets antiques

 

L’eau courante arrivait dans les maisons, du moins dans les maisons riches, par des canalisations de bronze. On voit ici des robinets d’arrêt montés sur les tuyauteries.

 

497d Naples, musée archéologique, speculum

 

La médecine, la chirurgie, n’étaient pas, comme on le croit trop souvent, de la magie liée à la religion et au culte d’Esculape. Déjà au milieu du premier siècle avant Jésus-Christ, la première naissance par extraction du bébé par ouverture chirurgicale avait été réalisée sur la femme de Jules César, d’où le nom de césarienne donné à l’opération. Les instruments présentés ci-dessus sont un spéculum vaginal et un spéculum anal.

 

497e Naples, musée archéologique, vase

 

497f Naples, musée archéologique, coupe

 

497g Naples, musée archéologique, vase

 

Je terminerai notre visite de ce merveilleux musée par ces objets de la vie quotidienne. Ils montrent la maîtrise que possèdent les Romains des techniques de travail du verre. Coloré, soufflé, taillé, ils sont capables de lui donner toutes les apparences et toutes les formes les plus harmonieuses. Sans doute les objets les plus recherchés ne se trouvaient-ils pas dans toutes les maisons, seuls les ménages aisés en possédaient, néanmoins ce vase, cette petite coupe, cette aiguière n’étaient pas des bibelots de luxe montrés dans une vitrine, ils étaient utilisés couramment, quotidiennement. Et, montrant le lien qui nous unit à près de deux mille ans de distance, ils me serviront de conclusion.

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 01:39

494a1 Naples

 

 

Pour notre première visite de Naples où nous allons passer quelques semaines, nous pensons qu’il est bon de prendre l’ambiance de la ville en nous baladant à travers les rues, entre la gare centrale (nous avons laissé à Pompéi notre camping-car) et le Duomo, c’est-à-dire la cathédrale, non pas par les grandes artères mais dans le dédale des vieilles rues. Parce que Naples est très ancienne. C’est d’abord une ville grecque dont le nom, néa (nouvelle) et polis (ville), signifie "Ville Nouvelle", comme en Biélorussie Novogrudok, comme en Russie Novgorod, comme toutes les Villeneuve de France et comme, là où j’ai dirigé le lycée Descartes de Champs-sur-Marne, la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée. Cette vieille ville grecque, c’est l’actuel cœur de Naples, le quartier que l’on appelle Spaccanapoli.

 

494a2 Naples, porte de San Gennaro (16e siècle)

 

La ville de Naples est placée sous la protection de san Gennaro (saint Janvier). Et cette porte du seizième siècle, qui marquait l'entrée de la ville à cette époque, s’appelle Porta de San Gennaro. Dans sa partie supérieure elle est ornée d’une fresque du dix-septième siècle.

 

494a3a Naples, lycée Casanova

 

494a3b Naples, lycée Casanova

 

Impossible, passant devant un lycée, de ne pas m’arrêter à regarder. Celui-ci est un établissement classique, expérimental, avec une section pour adultes, je suppose que c’est quelque chose comme nos GRETA. Il est curieux que dans cette belle ville, un peuple aussi artiste que celui qui l’a construite ne se soucie pas davantage de l’apparence de ses écoles (quel que soit par ailleurs la qualité de l’enseignement qui est dispensé), car l’œil se forme par ce qu’il voit au quotidien plus encore que par ce qu’on lui montre dans les musées ou dans la salle de classe.

 

494a4 Naples, façade

 

À droite, nous longeons le Musée Archéologique National, et en face apparaît une belle façade de ce rouge typique de la ville. Sur une fenêtre sans carreaux (que l’on ne voit pas sur ma photo), un panonceau annonce que l’appartement est à vendre. S’il est en mauvais état il ne doit pas être trop cher, et il est idéalement situé (quoique la rue soit bruyante), cela donne envie…

 

494a5 Naples, motos

 

Motos et scooters sont omniprésents à Naples. Et comme, bien entendu, personne ne respecte les lois ni les règlements, on circule à plusieurs sur des engins à un seul siège, et sans casque pour faire bonne mesure. Puis on se lance dans le trafic, on se faufile à toute vitesse, on zigzague. Il n’est pas rare de voir sur un scooter le père, la mère et un enfant, voire deux dont un bébé. Je frémis à la pensée de ce qui pourrait leur arriver.

 

494b1 Naples, Duomo, le dôme

 

Arrivant à la cathédrale par derrière, de la place de l’église Pio Monte di Misericordia, nous avons une belle vue sur son dôme, avec en premier plan cette colonne qui trône au milieu de la place.

 

494b2 Naples, Duomo, façade

 

494b3 Naples, Duomo, tympan

 

Nous voici à présent sur la façade de l’église. Le Duomo a été construit au quatorzième siècle sur une ancienne basilique du quatrième siècle consacrée à Santa Restituta ; et lui, est consacré à Notre Dame de l’Assomption. Le tympan du grand portail représente une Vierge à l’Enfant.

 

494c Naples, Duomo, nef

 

Grande, haute, belle, la nef n’est pourtant pas exceptionnelle. En dehors de son plafond, on n’y relève pas d’éléments de décoration spécialement recherchés comme il y en a ailleurs.

 

494d Naples, Duomo, baptistère

 

En revanche, ce qui attire l’attention dès l’entrée, ce sont ces beaux fonts baptismaux, avec au sommet cette sculpture du baptême de Jésus par saint Jean Baptiste. La forme élancée, le demi dôme posé sur deux colonnes légères, le double escalier semi-circulaire derrière, tout cela est harmonieux.

 

494e Naples, Duomo, Perugino

 

Dans le bras droit du transept, je suis tombé en arrêt devant cette Assomption. Et en lisant ensuite le panonceau, je n’ai pas été étonné, elle est du Pérugin. Je ne suis pas assez versé dans les arts pour avoir reconnu la patte du Maître, mais j’avais bien senti que ce n’était pas l’œuvre d’un barbouilleur de second rang.

 

494f Naples, Duomo, fresque

 

494g Naples, Duomo, fresque

 

Dans le bas-côté gauche, une chapelle conserve ces restes de fresques. Il semble que des travaux soient en cours pour les remettre en valeur comme elles le mériteraient, car je trouve ce qu’il en reste très beau.

 

494h1 Naples, Duomo, chapelle de san Gennaro

 

Mais ce qui accroche le regard, c’est du côté droit la chapelle du trésor de San Gennaro. Elle est construite dans un style baroque foisonnant, extrêmement riche. La foule s’y presse, moitié fidèles agenouillés et priant avec foi, moitié touristes ébahis par cette chapelle hors du commun. Elle date de 1527, offerte en action de grâce au saint qui avait délivré la ville de la peste (c'est en cette même année 1527 que, dans les voisins États Pontificaux, les troupes impériales de Charles Quint mettaient Rome à sac).

 

494h2 Naples, Duomo, chapelle de san Gennaro

 

494h3 Naples, Duomo, chapelle de san Gennaro

 

Tout autour, brillant sous la flamme vacillante des centaines de cierges qui leur sont offerts, le buste-reliquaire de san Gennaro en laiton, les statues de saints et de saintes en argent, en bronze ou en marbre, ornent le pourtour de cette chapelle. On les sort en procession lors des célébrations de saint Gennaro.

 

494h4 Naples, Duomo, coupole de chapelle

 

Quant à la coupole, elle a été peinte à fresque par Giovanni Lanfranco (1592-1647) et représente Le Paradis. Une sorte de vent fait voler les cheveux de Jésus et les pans de son vêtement blanc qui vont se confondre avec les nuages. Curieusement il est représenté très humain et torse nu, alors qu’ici il est dans sa gloire, et il me donne même l’impression d’être un gourou contemporain, une sorte de hippie des années 60. Ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas cette peinture qui sort de l’habituel, avec le traditionnel tribunal autour d’un Jésus qui a l’air d’un empereur autocrate.

 

494i1 Naples, Duomo, basilique de Santa Restituta

 

D’autre part, sur le côté gauche de la nef on accède à cette, comment dire ? Cette autre église, ou cette très vaste chapelle. C’est la basilique primitive de Sainte Restituta qui date du quatrième siècle et a été fortement remaniée au dix-septième siècle.

 

494i2 Naples, Duomo, basilique de Santa Restituta

 

L’une des chapelles de cette basilique, sur la gauche, est ornée de cette splendide mosaïque de Vierge à l’Enfant.

 

494j1 Naples, duomo, crypte

 

494j2 Naples, duomo, crypte

 

En revenant dans la cathédrale, un escalier permet de descendre dans la crypte, sous l’autel ; C’est le cardinal Oliviero Carafa, au seizième siècle, qui l’a voulue pour accueillir les restes de saint Gennaro. L’architecte Tommaso Malvito qui l’a construite est également le sculpteur qui a représenté le cardinal en prière devant les reliques.

 

494j3 Naples, duomo, crypte

 

Sous l’autel, rassemblés dans un vase lombard en terre, les ossements de san Gennaro sont exposés à la dévotion du public.

 

494j4 Naples, duomo, crypte

 

Murs, plafonds, toute cette crypte est couverte de bas-reliefs. Je me suis longtemps demandé, sans trouver de réponse, ce que représente ce marbre. On dirait une balance, le double visage de Janus pouvant se déplacer sur une règle graduée pour indiquer le poids. Le crochet supérieur serait alors pour tenir ou fixer la balance, il n’est pas pointu. Mais pourquoi deux crochets inférieurs, pourquoi celui de gauche du même côté que le Janus de contrepoids, cela je ne le comprends pas. Sinon, il s’agirait sans doute du Jugement Dernier, l’âme du défunt serait pesée pour le bien et pour le mal qu’elle a fait de son vivant, et Janus symboliserait le temps, la face vieille regardant l’âme, son passé, sa vie terrestre, la face jeune regardant vers l’éternité où le temps ne compte pas, où l’on ne vieillit pas. Mais peut-être cette interprétation est-elle complètement fausse. Si quelqu’un comprend autre chose et peut expliquer le double crochet inférieur, je suis preneur.

 

494k1 Naples, métro ligne 2, station Museo

 

Et voilà. Nous allons rentrer. Nous revenons vers la station de métro Museo, le plan indiquant qu’il s’agit d’une correspondance et que l’on peut aller par les couloirs de cette station de la ligne 1 à la station Cavour de la ligne 2 qui nous ramènera à la gare centrale. Comme, à Paris, les deux stations de métro Châtelet et Les Halles sont toutes deux accessibles via le RER Châtelet-Les Halles. Magnifiques, quelques reproductions grandeur nature de statues du musée archéologique décorent la station.

 

494k2 Naples, métro

 

494k3 Naples, métro

 

Puis un tapis roulant ultra moderne et d’un brillant impeccable nous mène loin, très loin, vers la station Cavour. Nous prenons ce métro à grande distance, qui est plutôt un train, un peu comme notre RER, et nous voici dans la station Garibaldi, tout aussi moderne. C’est plus agréable que le métro de Rome.

 

494k4 Naples, station Garibaldi de la Circumvesuviana

 

À la station centrale, place Garibaldi, on prend des trains de grande ligne, mais sur le côté il y a une gare secondaire de la Circumvesuviana. Le nom est clair, c’est la ligne qui contourne le Vésuve. Le train vient d’une autre gare, un tout petit peu plus loin dans Naples en direction de la baie, et il dessert entre autres Herculanum, Pompéi, Stabies, Sorrento. Malheureusement, sur cette ligne, les trains sont vieux et inconfortables, nous n’avons pas droit aux rames modernes comme celle que l’on aperçoit là.

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 23:58

À Pompéi, nous voici plongés au cœur de la vie quotidienne de la province romaine au temps de l’apogée de l’Empire, en 79 après Jésus-Christ. Je suis conscient que je vais être trop long dans cet article, mais de cette ville engloutie que nous avons mis deux jours entiers à visiter, je ne vois pas comment ne pas publier de nombreuses photos. Quant à l’éruption et comment elle a détruit Pompéi, j’ai retrouvé sur Internet le texte latin de la lettre de Pline le Jeune à son ami l’historien Tacite, racontant la mort de son oncle Pline l’Ancien sur les lieux de la catastrophe. Et là, à la fois le plaisir de me jeter dans une version latine qui me rajeunit et l’intérêt de ce texte historique m’ont conduit à traduire ici de larges extraits de cette lettre.

 

Par la langue que parlent les peuples on peut identifier leur appartenance ethnique, et c’est ce qui m’a passionné dans mes études (lointaines) de linguistique. Le peuple indo-européen qui est arrivé sur le territoire de l’Italie appartenait à la branche italo-celtique. Les Celtes ont continué leur route vers l’ouest (Gaulois, Bretons, Gallois, Gaéliques, Galiciens), et les Italiques se sont sédentarisés et Italie. Les Italiques comportaient trois rameaux principaux, les Osques, les Ombriens et les Latins. La langue latine n’a réussi à étouffer les autres langues qu’au fur et à mesure des conquêtes et des assimilations. Or ce sont des Osques qui ont fondé Pompéi au huitième siècle avant notre ère, c’est-à-dire à l’époque où Romulus, selon la légende, a fondé Rome (en l’an 753). La ville était active, elle entretenait des contacts notamment avec les colonies grecques d’Italie, particulièrement Cumes, dont elle subit l’influence culturelle. Et puis en 80 avant Jésus-Christ les Romains sont arrivés et ont investi la cité, où des familles de diverses conditions se sont installées, tandis que des riches y avaient une résidence secondaire. Désormais il fallait parler latin, même si l’on descendait d’une vieille famille locale.

 

142 ans se sont écoulés depuis la conquête romaine. Nous sommes en 62 après Jésus-Christ, et voilà qu’un violent tremblement de terre jette à bas bien des édifices, endommage les rues et les équipements. On se met à l’ouvrage, on répare, on reconstruit. Ce n’est pas encore fini en 79, dans cette ville en effervescence qui compte environ vingt-cinq mille habitants (le nombre précis est difficile à déterminer, parce que seuls étaient recensés officiellement les citoyens, mais ni les étrangers, ni les esclaves, ni les affranchis). Et c’est alors que, le 24 août, le Vésuve se met à cracher des cendres qui vont recouvrir Pompéi, Herculanum, Stabies. À Pompéi, il y a près de sept mètres d’épaisseur. Humains comme animaux sont tués instantanément, intoxiqués d’abord, puis asphyxiés et ensevelis. Pompéi, Herculanum, Stabies, ces trois villes sont rayées de la carte, et même à tel point que l’on oublie totalement leur existence. Quand, creusant un canal à la fin du seizième siècle, on met au jour deux inscriptions en latin, on ne fait aucun lien avec la catastrophe de 79. En 1748, des fouilles sont entreprises mais, jusqu'à ce qu'une inscription très claire désigne la ville de Pompéi, on se demandait si ce n'était pas Stabies.

 

Vingt-sept ans après l’éruption, Tacite, le grand historien, s’adresse à une source sûre pour écrire son livre, il demande à Pline le Jeune de lui raconter la fin de son oncle, Pline l’Ancien, qui a péri victime du Vésuve. Voici la réponse du neveu au sujet de son oncle Pline l’Ancien : "Il était à l’époque à Misène, avec la flotte qu’il commandait. Le neuvième jour avant les Calendes de septembre [le 24 août] vers la septième heure [vers une heure de l’après-midi, heure légale française], ma mère souhaitait qu’il observe un nuage qui, lui semblait-il, était de taille et de forme très inhabituelles. Il venait de prendre un peu le soleil et, après un bain d’eau froide et un repas léger, il était retourné à ses livres. Il se lève aussitôt et monte sur une éminence d’où il pouvait avoir une meilleure vue de ce phénomène inhabituel. Un nuage s’élevait, mais à cette distance on ne pouvait dire de quelle montagne ; on sut par la suite que c’était du mont Vésuve. Quant à son apparence, la meilleure comparaison est avec un pin parasol, car il s’élevait comme un très haut tronc puis s’étalait au sommet comme des branches […]. Il était parfois brillant et parfois sombre et sale, selon qu’il était plus ou moins rempli de terre et de cendres. Un homme aussi instruit et savant que mon oncle trouvait que ce phénomène valait la peine d’être étudié. Il fit préparer une chaloupe et me proposa de l’accompagner. Je lui dis que je préférais travailler, et il est vrai que lui-même m’avait donné de quoi écrire. Il était en train de sortir, quand il reçoit un mot de Rectina, la femme de Cascus, effrayée par le danger qui menace (en effet, sa villa étant au pied du volcan, la seule issue était par la mer), elle le suppliait de l’arracher à un tel risque. Lui, alors, change son projet et, ce qu’il avait entrepris dans un but d’étude, il le poursuit par courage. Il fait appareiller des quadrirèmes [navires à quatre rangs de rameurs] où il embarque en personne pour porter secours, non pas seulement à Rectina mais à beaucoup de gens (car la côte, agréable, était très peuplée). Il met le cap en toute hâte vers le lieu d’où les autres s’enfuient, en droite ligne, si peu terrorisé qu’il dictait et notait tout ce qui se passait et tout ce qu’il voyait. Déjà la cendre tombait sur les navires, de plus en plus chaude et de plus en plus dense à mesure qu’ils approchaient, et aussi des pierres ponces et des cailloux noircis, brûlés, éclatés par le feu, déjà la mer se retirait et des morceaux de montagne obstruaient le rivage. Un moment, il s’est demandé s’il allait faire demi-tour, mais bien vite il dit à son pilote qui le lui conseillait : ‘Le sort sourit aux audacieux. Dirige-toi vers chez Pomponianus’. Celui-ci était à Stabies [aujourd’hui Castellamare di Stabia]".

 

Ce Pomponianus est effrayé et Pline, pour le rassurer, se baigne puis dîne en feignant la décontraction et va dormir. De la pièce voisine, on l’entend ronfler comme un sonneur. Finalement on va le réveiller parce que sa porte menace d’être bloquée par l’accumulation des cendres. Délibération : les tremblements de terre, violents et rapprochés, mettent à mal les maisons, mais en rase campagne les chutes de pierres sont également très dangereuses. Choix de la seconde solution, la tête protégée par des oreillers.

 

"Ailleurs, il fait déjà jour mais ici c’est une nuit plus noire et plus dense que toutes les nuits, cependant éclairée de nombreuses torches et autres feux. On décida d’aller vers le rivage et de voir de près la solution qu’offrirait la mer, mais elle continuait d’être agitée et hostile. Là, couché sur une toile étendue au sol, il réclame et boit de l’eau froide une fois puis une autre fois. Ensuite, des flammes, et une odeur de soufre annonciatrice d’autres flammes, font fuir les autres et l’obligent à se lever. S’appuyant sur deux esclaves, il se redresse et aussitôt tombe mort, suffoqué, je suppose, par une fumée trop épaisse car il avait par nature le souffle court et des problèmes respiratoires. Quand on recommença à voir clair –ce qui n’arriva que le troisième jour [deux jours après]–, on trouva son corps entier et intact, couvert des vêtements dont il s’était habillé : il avait plus l’air de se reposer que d’être mort. Pendant ce temps, ma mère et moi étions à Misène, mais cela n’a rien à voir avec cette histoire, et tu n’as pas demandé autre chose que comment il est mort".

 

492a Pompéi, forum

 

À partir du dix-huitième siècle, en 1748 comme je le disais tout à l’heure, on a commencé à dégager l’épaisse couche de cendres qui avait enseveli Pompéi, qui s’était solidifiée et finalement avait protégé ce qu’elle recouvrait. Ici, le forum, grande place publique qui constitue un lieu de rencontre, de promenade, de réunions publiques, et sur lequel ouvrent toutes sortes de bâtiments, temples, services publics, boutiques, etc. Ma photo, ici, est prise depuis le pied du temple de Jupiter qui se dresse au-dessus du forum à son extrémité nord.

 

492b1 Pompéi, temple d'Apollon

 

492b2 Pompéi, temple d'Apollon

 

Donnant sur le flanc ouest du forum, se trouve le temple d’Apollon. On y a replacé deux statues, copies dont les originaux sont au musée de Naples. Devant ce séduisant athlète, Apollon représenté en archer, je suppose que mademoiselle est célibataire ? Ce temple date de l’époque indépendante de Pompéi (575-550)et était alors le principal sanctuaire de la ville. Au deuxième siècle, avec les Romains, a été entrepris un grand renouvellement de l’urbanisme et le temple d’Apollon a été profondément remanié.

 

492c Pompéi, basilique

 

Également sur le côté ouest du forum, la basilique date du deuxième siècle avant Jésus-Christ, en tant qu’élément de la "monumentalisation" de la cité. Par basilique, du grec basileus, le roi, il ne faut pas comprendre un édifice religieux, mais un bâtiment de services publics. Les basiliques au sens chrétien ont pris ce nom parce qu’on les a construites sur ce plan à trois nefs. Dans la partie dont le toit s’est effondré, en premier plan, avaient lieu les tractations économiques, tandis qu’au fond siégeaient les juges, comme dans nos tribunaux.

 

492d1 Pompéi, le marché

 

492d2 Pompéi, le marché

 

Sur le flanc est, s’étend le marché et ses échoppes, dont on voit ici la façade sur le forum, mais qui s’ouvrait sur un espace carré bordé de boutiques.. Quelques unes des enseignes sont encore visibles, comme celle de ces porteurs d’eau, à moins qu’elle n’évoque une livraison de vin ou d’huile.

 

492e1 Pompéi, rue

 

En empruntant cette large rue, nous sortons du forum par le nord-ouest. Le bâtiment sur la droite est donc le temple de Jupiter. Cet arc a dû être construit en l’honneur de l’un des premiers empereurs (la dynastie des Julio-claudiens), antérieur à Néron dont l’arc était de l’autre côté mais avait été abattu à la mort de cet empereur dont la mémoire a été condamnée par le sénat.

 

492e2 Pompéi, rue

 

492e3 Pompéi, rue

 

Évidemment, toutes les rues n’étaient pas aussi larges et nobles. Mais pour que les piétons marchent à l’abri des voitures, il y avait systématiquement des trottoirs, et l’on pouvait repérer de loin où il y avait des carrefours parce qu’alors il y avait ces grosses pierres en travers de la route pour que les piétons n’aient pas à patauger dans l’eau lors des fortes pluies qui parfois s’abattent sur la région. Les chars respectant l’écartement standard de leurs roues, soit 1,432 mètre (mesure reprise par les chemins de fer d’Europe de l’ouest, sauf l’Espagne), franchissaient ces passages piétons sans problème. On voit qu’une rue était très fréquentée à la profondeur des ornières creusées dans la pierre. Sur l’autre photo, la petite rue zigzaguante sympathique, il est curieux que ce passage piéton soit d’un seul tenant, car si les roues du char passent de part et d’autre sans problème, où le cheval passe-t-il ? À moins qu’il n’enjambe, au pas, l’obstacle… Cette disposition est exceptionnelle.

 

492e4 Pompéi, fontaine de la rue de Mercure

 

De très nombreux angles de rues sont équipés de fontaines. Le robinet est moderne, bien sûr, mais la fontaine est ancienne. Toutes sont sculptées de motifs différents, pour indiquer le nom de la rue. Par conséquent, celle-ci est située à l’entrée de la rue de Mercure (le dieu est reconnaissable à son casque ailé et à son caducée).

 

492f1 Pompéi, le théâtre

 

À Pompéi il y a deux théâtres construits l’un près de l’autre, l’un grand, l’autre petit. Celui-ci est le petit théâtre, en fait un odéon, c’est-à-dire une salle de concert et de déclamations de poètes, ce qui explique que la cavea, l’espace semi-circulaire qui sert de scène, soit si petite. Pour en améliorer l’acoustique, il était couvert. Sa capacité était de 800 spectateurs.

 

492f2 Pompéi, l'amphithéâtre

 

L’amphithéâtre est situé non pas à l’extérieur de la ville, mais tout au bout, sous les murs. Les touristes ne le visitent pas beaucoup, ils y discutent, s’y reposent, y cassent la croûte. Dans l’Antiquité sa capacité était de vingt mille places. Les combats soulevaient les passions et entraînaient aussi des bagarres, un peu comme de nos jours avec les hooligans. En 59 de notre ère, une rencontre avait lieu entre l’équipe de Pompéi et celle de Nocera. À la simple rivalité sportive s’ajoutait la haine entre les deux villes, parce que Pompéi, de longue date province romaine, s’était vu amputer une partie de son territoire au bénéfice de Nocera quand celle-ci, peu avant cette fameuse rencontre, était à son tour devenue province romaine. Aussi, dans le feu de l’action, les supporters des deux équipes en sont-ils venus aux mains. Bagarre rangée, au terme de laquelle il y a eu des morts et des blessés. Une fresque transférée au musée de Naples représente l’événement. Du coup, Néron (54-68) décida la fermeture de l’amphithéâtre de Pompéi pour dix ans à titre de sanction. Mais la femme de Néron, Poppée, intervint, et à la suite du tremblement de terre de 62 l’empereur se laissa fléchir et les jeux reprirent dans l’amphithéâtre.

 

492g1 Pompéi, la Taverne de Phébus

 

Taverne de Phébus. Nous continuons, après les spectacles, à évoluer dans la vie quotidienne. Une taverne, avec sa table de consommation, nous dirions son "zinc", donne une allure très contemporaine à la ville.

 

492g2a Pompéi, thermopolium de Lucius Vetutius Placidus

 

Mais voici un thermopolium. Une inscription nous indique même le nom de son propriétaire, Lucius Vetutius Placidus. Les Romains, et donc au premier siècle après Jésus-Christ les Pompéiens, déjeunaient rarement à la maison, ils prenaient généralement un petit quelque chose sur le pouce, en ville. De nos jours, à Rome, un peu partout on voit "tavola calda", table chaude. C’est un genre de cafétéria où des plats préparés sont maintenus au chaud et servis à la demande. Le thermopolium fonctionne selon le même principe. Dans ces cuves on place des récipients en terre cuite contenant des plats cuisinés maintenus au chaud, et les clients consomment debout ici même ou en marchant dans la rue. Il y a aussi, derrière, une salle où l'on peut s'asseoir à une table. C’est l’un des meilleurs exemples de ce type d’établissement, avec le logement à l’arrière, que l’on ait retrouvé. La caisse a été abandonnée par le propriétaire qui s’est enfui, sans doute pensant revenir après l’éruption. Elle contenait 374 as et 1237 quadrants (l’as fait 9 grammes de bronze au début de l’Empire). Cela représente 170 sesterces.

 

492g2b Pompéi, thermopolium de Lucius Vetutius Placidus

 

Le lararium, en français le laraire, est consacré aux divinités protectrices du foyer, les dieux lares. Ici, il est surmonté de cette fresque, où deux serpents, censés apporter fertilité et prospérité, se rencontrent face à un autel de sacrifice. Au-dessus, le génie du foyer, entouré à droite et à gauche des lares, effectue un sacrifice, tandis qu’à l’extrême gauche on reconnaît Mercure et à l’extrême droite Bacchus. Ces dieux n’ont pas été choisis au hasard car nous sommes dans un restaurant, or Mercure est le dieu du commerce et Bacchus celui du vin…

 

492h1 Pompéi, boulangerie

 

492h2 Pompéi, meule à blé

 

492h3 Pompéi, four

 

Autre commerce de bouche, la boulangerie (les photos 2 et 3 n’ont pas été prises dans la même boulangerie que la photo n°1). On voit ici des meules. Dans les trous des côtés, on fixait une sangle dont l’extrémité était tirée par un âne pour faire tourner la partie supérieure sur la partie inférieure. Par l’ouverture du sommet on versait le grain et en bas on récupérait la farine. Et l’on cuisait le pain dans ces fours à bois qui sont strictement identiques à ceux que l’on utilise encore aujourd’hui dans les pizzerias napolitaines.

 

492i1 Pompéi, lupanar

 

Dans la vie quotidienne des Pompéiens, un autre "commerce" avait sa place. C’est le lupanar, composé de plusieurs petites cellules équipées chacune d’un lit en maçonnerie comme celui-ci. Il est évident qu’il était revêtu de plusieurs épaisseurs de tissu pour en améliorer quelque peu le confort.

 

492i2 Pompéi, lupanar

 

492i3 Pompéi, lupanar

 

492i4 Pompéi, lupanar

 

Pour les clients en mal d’imagination ou d’enthousiasme, des fresques étaient là pour leur donner des idées ou pour inciter leur ardeur. De nos jours, les touristes se pressent pour visiter ce bâtiment et ricanent en voyant ces fresques. Dans notre société pourtant libérée elles sont quelque peu choquantes même si l’on s’en amuse. Mais il ne faut pas oublier que cette morale concernant le corps est un apport du christianisme, et l’usage de ce lieu par des personnages respectables, la vue de ces images, n’étonnaient ni ne heurtaient personne. Ce lupanar est le plus grand et le mieux organisé de Pompéi, mais c’était loin d’être le seul, car on en compte 25 dans la ville. Une passe coûtait entre 2 et 8 as, c’est-à-dire trois fois rien car pour un as on pouvait se payer un verre de vin ordinaire. La femme, une esclave grecque ou orientale, ne recevait rien pour son service, tout était pour le patron. Il ne versait aucun salaire et se contentait d’assurer le vivre et le couvert à ses esclaves.

 

492i5 Pompéi, inscription électorale

 

Autre élément de la vie, les élections. Par exemple celle, annuelle, des deux juges "duoviri jure dicundo". On ne placardait pas d’affiches électorales, mais on achetait le droit d’utiliser des murs privés. Ici, on peut lire (mais, n’ayant pas déchiffré sans l’aide de mon livre ce qui est écrit, j’ai bêtement coupé la partie droite sur ma photo et ne me suis aperçu de mon erreur que ce soir, trop tard) : "Holconium Priscum II-vir[um] I[ure] D[icundo] D[ignum[ R[ei] P[ublicæ] O[ro] V[os] F[aciatis]". Je construis ma phrase : "Oro vos faciatis 2-virum jure dicundo Holconium Priscum, dignum rei publicæ", ce qui donne en français "Je vous demande de nommer duovir pour la juridiction Holconius Priscus, qui est digne de l’État".

 

492j1 Pompéi, nécropole de Porta Nocera

 

Hélas, il faut aussi penser à la fin de la vie. Passée la Porta Nocera, le long de la route qui mène à cette ville (dont j’ai parlé au sujet de l’amphithéâtre) il y a une nécropole puisqu’il était interdit d’ensevelir en ville et que l’usage était d’utiliser le bord des routes. Cette tombe comportait, dans chacune de ses niches, le portrait de l’un des membres de la famille enterré là. Les tombes pouvaient être de taille très variable, et celle-ci est très grande. Elle allaient aussi de la plus pauvre, une simple enceinte, à la plus riche, un monument sculpté et décoré.

 

492j2 Pompéi, nécropole de Porta Nocera

 

Celle-ci comporte une inscription intéressante. "Passant, s’il ne t’est pas déplaisant de t’attarder un peu sache que celui que j’avais espéré être un ami m’a jeté dans un procès avec des accusateurs mais je rends grâces aux dieux et je suis libéré de tout mal dans mon innocence. Que ni les dieux pénates, ni ceux des enfers ne reçoivent ce menteur".

 

493a1 Pompéi, fresque

 

Venons-en aux fresques. Nous sommes ici dans ce que l’on a appelé la Villa des Mystères parce que ces murs représentent une scène d’initiation à des mystères dionysiaques avec des personnages grandeur nature. Les spécialistes déduisent cela de la représentation du dieu sur le mur perpendiculaire, mais n’ont pas d’explication du détail de ce que font les participants. Cette fresque décorait le triclinium, c’est-à-dire la salle à manger. Le style en est de la fin de la République ou du début de l’Empire.

 

493a2 Pompéi, maison de la chasse antique

 

Dans la maison dite de la Chasse antique, on voit un chien s’attaquant à un gros animal qui ressemble à un bœuf, un autre qui poursuit un cerf. Ici, le chasseur affronte un ours. Il s’agit d’esquisses très simplifiées, mais pleines de vie, de mouvement.

 

493b Pompéi, fresque

 

493c Pompéi, fresque

 

493d Pompéi, fresque

 

J'ajoute quelques autres fresques dont je ne suis pas capable de donner le sujet, mais qui sont intéressantes pour la qualité du dessin, pour les coloris, pour l’expression des personnages, et qui sont suffisamment bien conservées pour donner une idée de la décoration des maisons. Dans ma collection de photos, je les ai également choisies parce qu’elles sont de styles différents.

 

493e Pompéi, fresque

 

Ce faune dansant est un type de décoration en forme de frise. En effet, le dessin est petit (ma photo, qui n’est pas bien grande, l’agrandit déjà un peu), et des cadres successifs délimitent des sujets sur fond uni, sans décor.

 

493f1 Pompéi, maison de Vénus dans une conque

 

493f2 Pompéi, maison de Vénus dans une conque

 

493f3 Pompéi, maison de Vénus dans une conque

 

Cette maison est celle de Vénus dans une coquille. Elle a été très endommagée par l’une des nombreuses bombes lâchées sur Pompéi en 1943. Pourtant, ces Pompéiens-là étaient morts depuis longtemps et ne se réclamaient ni du nazisme, ni du fascisme, ni de la Résistance. Cette très grande fresque, qui recouvre tout un mur et qui par chance a été épargnée, est surprenante. Vénus apparaît mollement allongée dans une conque, avec des bracelets aux chevilles et aux poignets, un collier, dans une pose alanguie peu naturelle au plan physique mais très évocatrice, et qui rappelle étrangement des dessins indiens. Une cape, gonflée par le vent comme une voile, l’entraîne vers la ville, dont elle est la protectrice. Elle est entourée d’Amours ailés chevauchant des dauphins, et de chaque côté de cette scène marine on trouve des jardins fleuris, où des oiseaux volent ou sont posés sur la barrière basse du premier plan, comme les deux ci-dessus. Ailleurs, d’autres oiseaux s’abreuvent à une fontaine. L’effet de cette peinture, sur le mur du péristyle au fond du jardin visible de partout dans la maison, est absolument splendide.

 

493g1 Pompéi, maison du Navire Europe

 

493g2 Pompéi, maison du Navire Europe

 

Nous voici dans la maison du Navire Europe. Avant de justifier ce nom, je dois dire que c’est une villa dotée d’un grand jardin sur deux niveaux. Les recherches ont fait trouver dans le sol les racines de 416 plantes tuées lors de l’éruption de 79. Ce sont pour la plupart des pieds de jeune vigne (on a aussi retrouvé un pressoir), mais il y a également des oliviers et des arbres fruitiers, noyers, amandiers, figuiers.

 

La maison s’organise tout entière autour d’un péristyle dont le mur du fond est recouvert d’un enduit sans fresque ni peinture. Et quelqu’un s’était amusé à y graver un dessin de grand navire marchand. L’auteur du graffiti était doué pour le dessin, car il est de qualité, net, précis, finement détaillé avec tous ses cordages. J’aurais voulu le montrer ici en entier, mais il est derrière une vitre réfléchissante, et puisque ce n’est pas de la couleur rien n’empêche d’utiliser le flash en ne se mettant pas en face pour éviter la réflexion, mais cela grille la partie la plus proche et laisse dans le noir l’autre extrémité. Comme on le voit par l'image de la proue, le dessin est fouillé. Et sur le flanc, vers la poupe, on peut lire EVROPA. Ce navire est donc nommé Europe, non pas pour évoquer le continent, mais plutôt du nom de l’héroïne grecque originaire de Tyr. Zeus, séduit par sa beauté, avait pris l’apparence d’un taureau blanc avec des cornes ressemblant à un croissant de lune. Europe, admirant ce taureau qui s’approchait d’elle avec un air engageant, osa monter sur son dos. Aussitôt, le taureau se jeta à la mer avec elle qui se cramponnait et hurlait de peur, et il nagea jusqu’en Crète où, sous des platanes, il s’unit à elle. De ces amours, elle donnera naissance à Minos, le roi de Crète. Sans doute est-ce à cette légende marine et à cette traversée mythique que fait référence le nom de ce bateau.

 

493g3 Pompéi, maison du Navire Europe

 

493g4 Pompéi, maison du Navire Europe

 

493g5 Pompéi, maison du Navire Europe

 

Une main malhabile, ou peut-être plusieurs mains, ont rajouté des petits personnages. Si petits que, pendant tout le temps que j’ai passé à examiner chaque centimètre carré du dessin, aucun des nombreux touristes qui ont défilé devant ne les a vus, et moi-même, malgré mon examen minutieux, j’ai mis longtemps à les distinguer. Le premier (désolé, ma photo est un peu floue) ressemble beaucoup à un shadok. Le visage du second est de même style, mais il a un corps comme en dessinent les très jeunes enfants. Le troisième, lui, est d’un style très différent. Il donne l’impression d’avoir été dessiné par un adulte, mais un adulte sans aucun talent. L’homme est étendu sur un lit, avec un oreiller non pas sous la nuque mais sous tout le buste et il repose dessus tout rigide, creusant un pont des pieds à la tête.

 

493h1 Pompéi, seuil de maison

 

Fresques et dessins, je m’en tiendrai là. Sur le seuil de cette maison dite du Faune, le propriétaire a fait inscrire en formule d’accueil l’équivalent de "bonjour" ou "salut". J’ai dit tout à l’heure qu’avec l’arrivée des Romains il a fallu parler latin. Oui, mais lorsque les vrais Pompéiens se retrouvaient entre eux, en famille, entre amis, et même avec les commerçants, ils parlaient encore osque ou grec. Le fait d’inscrire une formule de bienvenue en langue latine en avant de sa porte d’entrée, visible de la rue par tout passant, signifie que le propriétaire était un Romain, ou qu’il voulait manifester son amitié pour les Romains. Mais, même si l’on n’est pas latiniste et même si l’on n’est pas chrétien, on connaît les paroles "Je vous salue, Marie" en français et "Ave Maria" en latin. Ave, sans H.

 

493h2 Pompéi, mosaïque de sol

 

Cette maison dite de Méléagre comporte une partie ancienne dont le sol est d’époque républicaine, en mortier de chaux et de terre cuite pilée, et une partie plus récente, postérieure au séisme de 62, en mosaïque blanche et noire. Ces deux événements successifs, le tremblement de terre de 62 qui a entraîné beaucoup de travaux de rénovation, et l’éruption volcanique de 79 qui a figé soudainement et définitivement la ville, permettent d’avoir une idée des modes décoratives et des techniques à une époque précise, cet intervalle de dix-sept petites années.

 

493h3 Pompéi, volet de fenêtre

 

Souvent, on a tendance à rejeter l’Antiquité dans un passé où la vie était rudimentaire. Et puis lorsque l’on y regarde de plus près on se rend compte que si la voiture, l’électricité, les ordinateurs et le téléphone portable n’existaient évidemment pas, les structures mêmes des villes et des maisons n’ont que très peu changé. Ce volet de fenêtre pourrait avoir été posé la semaine dernière. Imaginons-le propre et en bon état, et l’on pourra trouver le même modèle chez Lapeyre.

 

493i Pompéi, lararium

 

J’ai peu parlé de la religion. Chez le tenancier du thermopolium, on a vu une fresque évoquant les dieux lares, protecteurs de la maison. La plupart du temps, ils étaient représentés par une statue placée dans un petit oratoire qui pouvait se situer dans l’atrium. En voici un exemple.

 

493j1 Pompéi, victime de l'éruption de 79

 

493j2 Pompéi, victime de l'éruption de 79

 

493j3 Pompéi, victime de l'éruption de 79

 

Les cendres sont tombées très rapidement en même temps que des gaz toxiques asphyxiaient les gens. On a vu comment Pline est mort subitement. D’autres ont pu être assommés par des pierres crachées par le volcan. Pline a été retrouvé intact, comme s’il dormait. Ceux qui, comme lui, sont morts subitement, mais qui ont été recouverts par les cendres ont franchi les siècles à l’endroit où ils étaient tombés et dans la même position. Les cendres chaudes ont consumé leurs corps sans les brûler, puis le temps a fait son œuvre, tandis que les cendres s’étaient solidifiées, gardant en creux les formes des corps et renfermant tout au plus les squelettes. Les fouilleurs ont, avant de dégager les cendres, injecté du plâtre dans ces cavités, ce qui nous permet aujourd’hui de voir des moulages parfaits de ces hommes et de ces femmes qui ont été victimes de la catastrophe. Du plâtre, émerge ici ou là un crâne ou quelque autre os.

 

Parce que, quelque passionnante que soit la reconstitution de la vie au premier siècle de notre ère dans le sud de l’Italie, on ne peut oublier le drame humain qu’a représenté cette éruption, c’est sur la mort de cette population que je souhaite terminer cet article. On voit deux hommes au sol, le premier se débat, le second suffoque. Quant au troisième, il est assis, recroquevillé, on voit qu’il étouffe et tente de se protéger le nez ou les yeux. La mort l’a saisi ainsi. Tout au long de ces deux journées de visite de Pompéi, en parcourant leurs rues, en visitant leurs maisons, j’ai été poursuivi par les fantômes de ces personnes dont la vie imprègne encore si fortement les lieux.

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Published by Thierry Jamard
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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 00:13

Nous sommes, depuis la nuit dernière, à Montecassino. L’église Saint Germain avait été construite au début du neuvième siècle, mais elle a été détruite dans les bombardements de mars 1944. Or elle avait été le décor d’un événement historique. Le 23 juillet 1230, en présence des plus hauts dignitaires de l’Empire Germanique et des États Pontificaux, l’empereur Frédéric II et le cardinal Di Santa Sabina, représentant le souverain pontife Grégoire IX, ont signé une paix qui mettait fin à une longue rivalité et lutte entre ces deux puissances de premier plan en Europe. Il ne reste rien de cette église.

 

489a Montecassino, amphithéâtre antique

 

Montecassino. Une longue histoire. La ville existait déjà dans l’Antiquité, comme en témoignent des ruines telles que cet amphithéâtre du premier siècle de notre ère. Nous sommes aujourd’hui les seuls visiteurs de ce site où, fait exceptionnel pour les extérieurs, même les photos de plein air sont interdites. Deux gardes nous suivent à cinq pas, s’arrêtant quand nous nous arrêtons, faisant trois pas en arrière quand nous revenons de trois pas. Ils ne comprennent pas ce que nous disons, problème de langue, sinon ils pourraient sans hausser le ton participer à notre conversation. C’est assez désagréable. Je pourrais les comparer à des policiers en filature très maladroite de malfaiteurs, je préfère les prendre pour les gardes du corps consciencieux de personnages très importants… Mais ils ont beau être deux, ils ne peuvent se séparer, convivialité de la cigarette oblige, et puis étant italiens, ils ont besoin de discuter le coup. Aussi Natacha et moi devons-nous nous éloigner un peu l’un de l’autre, l’un fixant sur sa carte mémoire les images d’endroits d’où l’autre tient écartée l’attention de nos gardes du corps.

 

489b Montecassino, rue antique

 

Ah, ça y est, j’ai compris, ils ont peur que nous transmettions aux Ponts et Chaussées de France leur technique pour la construction de nos autoroutes ! Soyons sérieux. Nous nous promenons un peu, l’endroit est agréable, mais il n’y a pas mille choses à voir. Nous retournons bientôt au camping-car et, comme ces ruines romaines sont sur la route qui monte en lacets vers le monastère, nous poursuivons notre route.

 

490a Montecassino, cimetière polonais

 

Les Soviétiques n’aimaient pas trop les Polonais. En avril 1943, les Nazis découvrent à Katyn un charnier où avaient été jetés les corps de 4000 officiers polonais exécutés sur ordre de Staline en 1940. Vengeance de 1920, haine de ces bourgeois, peur de l'élite, désir d’attirer la sympathie des militants communistes ? Il a emporté son secret et ses motivations dans la tombe. Mais le 21 juin 1941 l’Allemagne déclare la guerre à l’Union Soviétique. Les Alliés coopéreront avec Staline s’il libère les prisonniers de guerre polonais et que se constitue sur son territoire un corps d’armée polonais en lien avec le gouvernement polonais en exil à Londres. Ce qu’il accepte en août (mais n’exécute que partiellement, gardant des prisonniers). C’est alors que l’on se rend compte que manquent des milliers d’officiers, mais à l’époque personne n’a imaginé le massacre de Katyn, et l’explication officielle des Soviétiques a été qu’ils s’étaient évadés via la Mandchourie.

 

490b Montecassino, cimetière polonais

 

Wladyslaw Anders est un officier polonais né en 1892. Il étudie à Saint-Pétersbourg parce que à l’époque la Pologne en tant qu’État n’existe pas, elle est partagée entre l’Autriche, la Prusse et la Russie. Mais il prend part aux combats contre les Bolcheviques et est admis à l’École de Guerre à Paris. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, combattant du côté allemand, il est gravement blessé le 29 septembre 1939, et il est fait prisonnier par les Russes. Son séjour en hôpital puis ses 22 mois de prison l’ont sauvé du massacre de Katyn. Le 22 août 1941, le Kremlin le nomme commandant de l’armée polonaise. Il parvient à emmener en Perse ses troupes ainsi que près de quarante mille civils arrachés aux camps de travail. Avec les forces d’Irak et d’Iran, il est à la tête d’une armée de cinquante mille hommes. Au printemps 1944, il débarque à Tarente. L’armée allemande occupe Montecassino, dont elle a fait son rempart sur la route de Rome depuis qu’elle a perdu Naples, elle y a massé des forces considérables. Anders est chargé de l’assaut. Du 11 au 18 mai, tandis que les Alliés pilonnent la colline et la ville, détruisant le monastère fondé par saint Benoît au sixième siècle, l’un des plus grands de toute la chrétienté, il se bat au prix de sacrifices en hommes terribles mais parvient à ouvrir la route de Rome. Les troupes Alliées pourront ainsi faire leur jonction. Lorsque, en 1970, Anders meurt d’un arrêt cardiaque, il a demandé dans son testament à être enterré à Montecassino, auprès de ses hommes.

 

490c Montecassino, cimetière polonais

 

Ici reposent, avec le général Anders, 1051 soldats polonais. Ce sont les survivants qui ont eu l’honneur de participer à la réalisation de ce cimetière. Il a été inauguré le premier septembre 1945. Il est situé sur les lieux mêmes des combats. En parcourant les tombes, on voit d’où venaient ces soldats et ce que l’Histoire avait fait de leur pays. La partie de la Biélorussie où est née et où a vécu Natacha était polonaise jusqu’en 1939, date à laquelle elle a été rattachée à l’Union Soviétique. C’est ainsi que l’on voit ici des soldats de Grodno et de Novogrudok.

 

490d Montecassino, cimetière polonais

 

Tout en haut, a été dessinée en buissons une gigantesque croix. Puis s’étend le champ des tombes portant pour la plupart une croix catholique, mais quelques unes portant une croix orthodoxe. Encore plus bas, au bout de l’allée qui monte de la route au cimetière, brûle la flamme du souvenir. Elle est particulièrement fleurie, j’ignore si c’est permanent, mais je suppose que c’est plutôt en raison du deuil national lié à l’accident d’avion qui a coûté la vie au président polonais et à près de cent personnes qui se rendaient, précisément, sur le lieu du massacre des officiers polonais à Katyn. C’était le 10 avril, il y a douze jours.

 

491a Monastère de Montecassino

 

Le monastère, lui, complètement détruit, a été reconstruit à l’identique. Ou presque. Il couronne de nouveau le mont Cassin, Montecassino.

 

491b Monastère de Montecassino

 

Nous nous garons au parking réservé aux camping-cars parce que nous nous sommes fait virer du parking commun bien qu’il soit presque vide parce que les visiteurs, en cette saison, viennent en car et qu’il y a pour eux un parking réservé. Les tarifs sont tels que maintenant je comprends pourquoi un certain nombre d’entre eux débarquent leur chargement humain et repartent. Il y a plus bas une aire libre. Si j’avais su j’aurais moi aussi été avare de mes 8 Euros.

 

Ce monastère, c’est un monde. C’est gigantesque. Ici, en comparant ce soir "à la maison" ce que nous avons vu avec les photos de notre livre, on voit que si tout a été reconstruit, les voûtes de ce portique étaient couvertes de bas-reliefs de stuc, qui n’ont pas été refaites.

 

491c1 Monastère de Montecassino

 

491c2 Monastère de Montecassino

 

De là, on passe dans cette cour. De cette position dominante, la vue est splendide au bout de la terrasse. Nous traversons et montons le grand escalier.

 

491d1 Monastère de Montecassino

 

L’église n’est pas encore là. On arrive ici dans une nouvelle cour ordonnée autour d’un puits. Le long des murs, sous les portiques, des statues sont placées dans des niches.

 

491d2 Monastère de Montecassino

 

Parmi elles, je remarque ce Robert Guiscard dont j’ai parlé le 27 février et le 18 mars au sujet du sac de Rome de 1084. Né en 1015 en Normandie, du côté de Coutances, il est le fils de Tancrède, seigneur de Hauteville-la-Guichard. Il va se lancer à la conquête de l’Italie et en 1077 il installe sa capitale à Salerne, non loin de Naples qui, alors, n’était pas la grande ville qu’elle est devenue. C’est en voyant la puissance de ce redoutable conquérant que le pape Grégoire VII (1073-1085) a cru pouvoir s’en faire l’allié qui le sauverait face à l’empereur germanique Henri IV. Et en effet, Robert Guiscard a volé à son secours et l’a libéré de ce château Saint-Ange où il s’était réfugié mais dont il ne pouvait plus sortir. L’empereur a dû se retirer. Parfait. Mais on ne devient pas, au onzième siècle, le conquérant de l’Italie avec un passé d’enfant de chœur et en demandant l’autorisation de prendre une ville. Il faut être un aventurier et s’entourer de soudards. Et que font des aventuriers et des soudards quand ils sont les plus forts ? Mais après le sac de Rome en 1084, l’année suivante, en 1085, sont morts et le pape Grégoire VII et le conquérant Robert Guiscard. Le feu de Dieu les aurait-il foudroyés ? Guiscard est enterré dans le fief qu’il s’était choisi en Basilicate, à Venosa.

 

491e Montecassino (palazzo reale Napoli), Mattei

 

Parce que je suis très en retard dans la publication de mes articles, je peux rajouter ici quelque chose que je n’avais pas encore vu en visitant Montecassino. C’est ce tableau de Pasquale Mattei (1813-1879) représentant La Procession du Corpus Christi dans l’église de Montecassino, peint en 1858 et que j’ai vu le 13 mai au Palazzo Reale de Naples. Une telle splendeur, j’aurais pu le craindre, n’allait pas être refaite après les bombardements de 1944 qui n’ont pas laissé pierre sur pierre, ou peu s’en faut. On va voir, en reprenant le cours de ce que j’ai écrit le 22 avril, que mes craintes étaient infondées.

 

491f1 Monastère de Montecassino

 

491f2 Monastère de Montecassino

 

À présent, nous entrons dans l’église. Une pure splendeur. En lisant que tout avait été détruit pendant la Seconde Guerre Mondiale, je m’attendais à trouver une église haute et noble, certes, mais nue. Après tout, l’argent, il faut le trouver, et les moines de Fossanova ou de Casamari peuvent prier depuis des siècles dans des églises austères et dépouillées. Seul le plafond de la voûte laisse penser que, probablement, entre les guirlandes dorées il devait y avoir des fresques ou des sculptures. Mais la beauté, le brillant, la richesse de l’ornementation laissent pantois.

 

491f3 Monastère de Montecassino

 

Cet ange doré faisant office de chandelier est l’un des exemples de la beauté du mobilier qui s’ajoute à celle du bâtiment.

 

491f4 Monastère de Montecassino, st Benoît

 

Dans le chœur, derrière et sous l’autel, se trouvent les tombes de saint Benoît et de sainte Scholastique. Mais ce sont des cénotaphes, parce que leurs deux corps ont été transférés en France, à Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret) pour lui, à Juvigny-sur-Loison (Meuse) pour elle.

 

Saint Benoît est né dans une famille noble romaine dans le dernier quart du cinquième siècle, sans doute vers 480. Il a abandonné ses études vers 500 et a vécu une vie d’ermite dans une caverne du côté de Subiaco, dans le Latium, à environ 80 ou 100 kilomètres plein est de Rome, mais parce que trop de gens le considéraient comme saint et venaient le rencontrer, cela contrariait son humilité et troublait sa retraite, aussi vers 530 s’établit-il avec quelques disciples au sommet du mont Cassin, là où avait été un temple d’Apollon. Il estimait nécessaire de mener une vie dirigée par une règle, qu’il rédigea et acheva en 540. La vie monastique selon cette règle eut un tel succès que très vite se créèrent un peu partout des monastères bénédictins, mais tous ne l’ont pas interprétée de façon semblable, ainsi l’ordre Cistercien insiste-t-il sur le travail manuel tandis que Cluny met l’accent sur la liturgie. Saint Benoît est mort probablement en 547.

 

Sainte Scholastique est la sœur de saint Benoît. Et même sa jumelle, selon la tradition. Elle a adhéré aux idées de son frère et a établi, au pied de ce mont Cassin au sommet duquel était son frère, un monastère de femmes vivant selon la même règle bénédictine. Une fois par an, elle rencontrait son frère à mi-pente du mont et ils discutaient spiritualité. Morte en 543, elle a ensuite été placée auprès de son frère lorsque son tour à lui est venu de mourir en 547.

 

491g1 Monastère de Montecassino, crypte

 

491g2 Monastère de Montecassino, crypte

 

La crypte est tout aussi splendide, peut-être même encore plus. Elle est toute en or et cet espace plus confiné, moins brillamment éclairé, donne une impression encore plus précieuse.

 

491g3 Monastère de Montecassino, crypte

 

L’un des plafonds de cette crypte est couvert de blasons. Il n’est pas dit qui ils représentent, mais je suppose que ce sont les Pères Abbés qui ont été les supérieurs du monastère. Toutefois j’y vois le nom de Léon XIII qui, à ma connaissance, n’a jamais été moine bénédictin…

 

491h1 Montecassino, musée

 

L’abbaye de Montecassino comporte aussi un musée. Dès l’entrée, on voit ce fragment de pavement, et d’autres, datant de 1071 et provenant des ruines de la basilique après son bombardement. On ne peut regretter que tous les moyens aient été mis en œuvre pour débarrasser l’Europe et le monde de la peste nazie mais aux pertes humaines innombrables dont nous avons évoqué une partie tout à l’heure (et qui sont évidemment plus graves que les pertes matérielles), se sont ajoutées ces destructions d’un patrimoine inestimable.

 

491h2 Montecassino, musée

 

Parmi les nombreux tableaux que nous avons pu voir, je choisis celui-ci parce qu’il représente la naissance de saint Jean-Baptiste, ce qui n’est pas un sujet très fréquent, et parce que j’aime bien la façon dont l’artiste, Sebastiano Conca (1679-1764), a peint la scène. Au fond à droite, Élisabeth est en compagnie d’une femme qui s’occupe d’elle. Je ne sais ce qu’est en train d’écrire le vieux Zacharie, mais en tant que père je préférerais le voir s’occuper de son fils. Il est saisi sur le vif, se retournant pour écouter ce que lui dit la femme penchée sur son épaule. Les autres personnages, toutes des femmes parce que les naissances sont censées concerner les seules femmes, s’activent autour du bébé. Celle qui tient Jean sur ses genoux tâte la température de l’eau de sa main droite, et puis deux petites filles se penchent sur le nouveau-né. Tout cela est vivant, naturel, humain.

 

491h3 Montecassino, musée

 

Après ce tableau, si je veux choisir de montrer une statue, mon choix va se porter sur celle qui représente ce même Jean-Baptiste. C’est une belle statue en bois du quinzième siècle.

 

491h4a Montecassino, musée

 

491h4b

 

La pharmacie du monastère était riche de magnifiques porcelaines anciennes. Pots, assiettes, vases, coupelles, tasses. Mais la guerre est passée par là et ces objets si fragiles ne pouvaient pas résister là où les murs s'effondraient. Et pourtant, l’étiquette explicative dit que ces quelques objets des dix-septième et dix-huitième siècles ont pu être retrouvés dans les décombres. La finesse du dessin de cette assiette est extraordinaire.

 

491h5 Montecassino, manuscrit Hrabanus onzième siècle

 

Peinture, sculpture, porcelaine, ce musée comporte de tout. Le moins passionnant n’est pas la collection de livres enluminés. Mais il y a aussi ce livre manuscrit exceptionnel. C'est une copie d'un livre de Hrabanus Maurus et date du début du onzième siècle, en tous cas d’avant 1023. Intitulé De Origine rerum (De l’Origine des choses), c’est une histoire naturelle. Ce moine bénédictin (780-856) est un savant, un théologien, un poète. Il est né en Allemagne, a étudié à Tours auprès d’Alcuin, est devenu archevêque de Mayence. Ce nom, "Maurus", ne signifie pas qu’il ait des origines mauresques, mais c’est son maître Alcuin qui l’a appelé ainsi d’après saint Maur, le disciple préféré de saint Benoît, au vu de ses qualités de théologien.

 

491h6 Montecassino, cofanetto Embriaghi

 

Poursuivant notre visite de salle en salle, nous voyons de nombreux objets, dont ce coffret en ivoire ciselé. L’étiquette dit qu’il est de 1370-1373, de l’atelier Embriaghi.

 

491h7 Montecassino, Nativité de Botticelli

 

Nous terminerons notre visite par une œuvre remarquable en exposition temporaire. Il s’agit d’une Nativité par Botticelli. Je préfère cadrer sur ce détail de la peinture. Les traits, les expressions, sont si merveilleux qu’ils se passent de tout commentaire. Et justifient que nous nous en allions en gardant cette image gravée sur nos rétines.

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 03:53

 

488a1 Casamari

 

L’abbaye de Fossanova nous a tellement plu que nous avons encore parcouru les rues avant de faire route vers une autre abbaye cistercienne, celle de Casamari. La photo ci-dessus montre le portique d’entrée sur le domaine.

 

488a2 Casamari

 

488a3 Casamari

 

Ci-dessus, la même entrée, vue de l’intérieur. Dans l’Antiquité, un noble romain du nom de Caius Marius (on prononce Gaius, bien sûr, comme je l’ai expliqué le 18 décembre) avait ici sa propriété, et sa maison était désignée par "Maison de Marius", soit "Casa Marii", d’ou le nom du monastère qui n’a rien à voir avec le nom de Marie mère de Jésus. Le domaine, lui, un bourg avec ses habitations, ses commerces, ses fermes, avait nom Cereatæ Marianæ, comme attesté par une inscription antique découverte en 1843 :

 

488a4 Casamari

 

"Felici Victorio, V[iro] E[gregio], patrono, pro meritis. Ordo Cereatinorum Marianorum". Soit : "Au commandant Félix Victorius, homme remarquable, en vertu de ses mérites. L’ordre des habitants de Cereatæ Marianæ".Rien ne dit où est conservée cette plaque. J'ai reproduit ici une mauvaise image placardée à l'entrée du site.

 

Dès 1035, des moines bénédictins viennent bâtir sur les restes de ce gros village, précisément là où s’était élevé un temple du dieu Mars, une première abbaye. Mais un siècle plus tard, ils sont en proie à une grave crise morale, en même temps qu’ils se débattent dans de grosses difficultés économiques.

 

488b1 Casamari

 

Or, précisément à cette même période, le charismatique Bernard de Cîteaux donne un lustre exceptionnel à son abbaye française. Casamari passe alors, en 1149, entre les mains de moines cisterciens qui, immédiatement, construisent une église que dès 1151 le pape Eugène III (1145-1153), qui avait lui-même été Abbé cistercien, est venu consacrer. Cette gravure, qui est encadrée et accrochée à un mur du monastère, porte pour toute légende le nom de l’abbaye, mais ni date, ni nom d’artiste.

 

488b2 Casamari

 

488b3 Casamari

 

Malgré tous les travaux et aménagements effectués au cours des siècles, et même si le point de vue de la gravure est différent et que l’environnement a complètement changé, on ne peut douter en voyant cette façade et ce porche que l’église date du douzième siècle. Elle a fière allure, au haut de ces marches. Au fond de ce porche, le portail est surmonté d’un très bel arc en plein cintre, presque aussi large que la hauteur du portail.

 

488b4 Casamari

 

Les vantaux du lourd portail portent les symboles des quatre évangélistes, tandis que le tympan est décoré d’une profusion de feuillages.

 

488c Casamari

 

De chaque côté de ce portail, les colonnes sont surmontées de très beaux chapiteaux, mais nous sommes dans une abbaye cistercienne, pas dans une église de ville. Par conséquent on ne doit pas s’attendre à y trouver des diables, des sirènes, des scènes de l’Ancien ou du Nouveau Testament.

 

488d1 Casamari

 

Quand nous pénétrons dans l’église, nous retrouvons l’ambiance de ces abbatiales, dont la beauté est austère mais toute empreinte de noblesse et de grandeur.

 

488d2 Casamari

 

Toutefois on peur constater que les moines n’ont pas poussé le dépouillement jusqu’au bout. Je dirais même que ce baldaquin est presque incongru, là en plein milieu, seul élément de décoration dans une vaste église sans statues, sans autre mobilier que des bancs, aux fenêtres en verre transparent sans vitraux.

 

488e Casamari, sur une fontaine

 

Nous ressortons de l’église pour aller voir les bâtiments du monastère. Dans le parc, une fontaine. Et sur cette fontaine… des abeilles. Hé oui, nous sommes encore dans le Latium, les États Pontificaux, et cet Urbain VIII qui nous a poursuivis (ou, pour être honnête, que nous avons traqué) partout dans Rome, le voilà ici aussi, à Casamari.

 

488f1 Casamari

 

488f2 Casamari

 

Nous voici à présent dans le cloître. Rien à voir avec celui de Fossanova que nous avons visité hier. Rien, sauf ces colonnettes d’aspect très varié que je disais d’inspiration lombarde, et pour lesquelles je réitère ce jugement.

 

488f3 Casamari

 

Sur l’un des murs du cloître, un cadre de plâtre près duquel pend la corde d’une cloche, entoure des instructions peintes à fresque. Ce sont les "signaux pour les religieux chargés d’un emploi". Le monastère est encore aujourd’hui occupé par des Cisterciens, mais comme il n’y avait personne dans les parages je n’ai pas pu demander si ces signaux sont encore en usage de nos jours.

 

488g Casamari, salle capitulaire

 

Nous avons vu hier que le chapitre était la salle de réunion quotidienne des moines, nous avons vu aussi comment s’y déroulaient les séances. C’est bien sûr la même chose ici, à part qu’il n’y a pas de banquettes de pierre le long des murs et que par conséquent les participants prennent place sur des chaises. Cette salle est du treizième siècle.

 

488h1 Casamari, réfectoire

 

488h2 Casamari, réfectoire

 

Nous sommes, ici également, dans la partie du monastère qui a été construite au treizième siècle. Quelques sets oubliés sur les dernières tables avant le crucifix, ainsi que –ce qui ne peut se voir sur la photo– quelques miettes de pain, trahissent l’usage de cette salle. C’est le réfectoire. Quand j’évoque ces miettes de pain sur une table, c’est un tout petit détail en passant, parce que les lieux sont entretenus parfaitement, on se mire dans le sol, et on pourrait, comme à l’armée, passer la main gantée de blanc sur les chapiteaux ou les dessus de portes, le gant resterait immaculé.

 

488i Casamari

 

Dans le couloir devant l’entrée d’une salle où j’aperçois quelques personnes penchées sur leurs tables, bureau ou bibliothèque, je ne sais, cette Vierge ne porte aucune indication de date ni de provenance. En dehors des couvre-chefs qu’elle et l’Enfant Jésus portent en équilibre sur le sommet de leurs crânes, je trouve très belle cette statue, les couleurs ne sont pas agressives, la position de la main droite de Marie exprime un geste d’accueil généreux, le visage est fin.

 

Après notre visite du monastère de Casamari, nous dirigeons nos roues vers Montecassino. Mais nous souhaitons avoir notre temps, aussi allons-nous passer la nuit dans la ville, et nous monterons demain matin là-haut où est niché ce monastère. Ce sera le troisième que nous visiterons en trois jours…

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 03:16

486a Sperlonga

 

 Ainsi donc, hier soir nous nous sommes installés pour la nuit à deux pas de chez Tibère (14-37 après Jésus-Christ). Cette plage, ce village, nous les avons vus à la nuit lors de notre promenade. Voici à quoi cela ressemble de jour. Très différent, mais pas mal non plus…

 

486b Sperlonga, villa de Tibère

 

 

486c Sperlonga, villa de Tibère

 

 

Sur le domaine de la villa de Tibère, il y a un petit musée où sont rassemblées les statues qui se trouvaient sur les lieux, et notamment celles qui décoraient la grotte dont je vais parler plus loin, ainsi que la copie grandeur nature de ce que l’on a pu reconstituer, à partir de fragments, de ce qu’a été un grand groupe représentant Ulysse et ses compagnons se libérant du Cyclope. Je ne montrerai rien de tout cela, la photo y étant interdite. Pourquoi là et pas au palazzo Massimo de Rome, pas au musée du Capitole, mystère. Mais c’est ainsi. Mais à la sortie du musée on se trouve sur le site lui-même. Comme on le voit, il ne reste plus que la base des murs, sauf dans quelques endroits où il en subsiste à peine un peu plus. Mais on peut se rendre compte de l’importance qu’a pu avoir ce palais par l’évaluation de son emprise au sol.

 

486d Sperlonga, villa de Tibère, restes de sol en mosaïqu

 

 

Et puisque je parle du sol, voici un petit bout de mosaïque. Ici, pas de grands sujets mythologiques, de scènes de chasse ou de bataille, mais de très fins dessins géométriques. C’est moins spectaculaire, mais ce n’est pas désagréable à l’œil.

 

Avant de continuer, quelques mots de Tibère. Il est né en pleins troubles de la guerre civile et a passé sa première enfance en Grèce. Dans sa vie publique il fut un vaillant général, exerça dès très jeune toutes sortes de magistratures. Marié à une Agrippine (autre que la mère de Néron) qu’il aimait, il a été contraint par l’empereur Auguste de divorcer alors qu’elle était enceinte, pour épouser Julie, fille d’Auguste, qui ne lui plaisait pas, ce qui le décida à faire chambre à part. Puis, tant pour en être débarrassé que pour se mettre en réserve de l’Empire comme Pompidou a été "en réserve de la République", il part pour Rhodes mais son beau-père, furieux de se sentir abandonné, lui refuse le retour pendant bien des années. Julie, cette traînée, le trompant à tour de bras (et pas seulement avec les bras…), Auguste décide de les divorcer de sa propre autorité. Quand Tibère rentre après huit ans d’exil, peu à peu il renoue avec les honneurs, il est adopté par Auguste, et devient empereur à sa suite. C’est –au début– un bon empereur, juste, libéral, qui refuse de châtier le crime de lèse-majesté, disant que dans un régime qui se veut libre, on doit disposer de la liberté de pensée et de parole, et que dans le cas contraire on risque de déférer des personnes au tribunal par pure vengeance personnelle. Mais ses déboires conjugaux, la mort de ses deux fils, son long exil, l’ont rendu misanthrope et, après un temps où il ne met pas les pieds hors de Rome, il part s’installer ici à Sperlonga et n’en bouge plus. Parce qu’il adore se gaver de concombre, il s’occupe en en cultivant dans sa propriété, quand il ne se livre pas à ses vices. Il est alcoolique, il est avare, il plonge dans la débauche en usant de contrainte avec femmes, hommes, très très jeunes garçons, il est d’une rare cruauté, inventant lui-même de nouveaux types de supplices. Et ce faisant, il néglige complètement sa charge d’empereur.

 

486e Sperlonga, villa de Tibère, grotte au fond

 

 

486f1 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

Voici un autre fragment de mur avec des arcades, derrière lequel on entr’aperçoit l’entrée d’une grotte. Sur la seconde de ces photos, tout au sommet de la grotte, sous la verdure, en y regardant bien on distingue vaguement une statue. C’est une copie dont l’original a été placé dans le musée.

 

486f2 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

486f3 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

L’été, à Rome, il fait très chaud. Et ici encore plus puisqu’on est encore plus au sud. Mais, de même que l’on peut garder le vin dans les caves parce que la température y est plus constante, ou que les habitations troglodytes dispensent de chauffage l’hiver et de climatisation l’été, de la même façon les grottes, quoiqu’elles soient ouvertes sur l’atmosphère extérieure, permettent de se préserver de la chaleur dans une large mesure. Et Tibère avait fait équiper celle-ci d’un bassin recueillant l’eau de mer, il l’avait fait aménager pour y inviter à dîner. Un jour qu’il était à table avec ses convives, tout plein de gros morceaux de roche se sont détachés de la paroi au-dessus de lui, plusieurs des convives et des esclaves périrent écrasés, mais lui fut miraculeusement épargné.

 

487a1 Abbaye de Fossanova

 

 

487a2 Abbaye de Fossanova

 

 

Après une longue visite du musée, des ruines et de la grotte, puis un bon déjeuner, nous sommes partis, oh pas bien loin vers le nord-ouest, pour visiter l’abbaye de Fossanova. La façade de cette abbaye cistercienne remonte à la première moitié du treizième siècle, alors que la construction de l’église abbatiale elle-même a commencé au douzième siècle, en 1163.

 

487a3 Abbaye de Fossanova

 

 

487a4 Abbaye de Fossanova

 

 

Le portail donne l’impression d’avoir été bricolé dans cette façade. C’est qu’en réalité les plans ont été modifiés en cours de réalisation. En fait, je trouve belle cette église (la première de l’ordre cistercien en Italie) vue d’un peu loin, plutôt que détaillée de façade.

 

487b Abbaye de Fossanova

 

 

Mais dès que l’on entre, on est frappé par l’élévation de la voûte, l’envolée des colonnes, l’ampleur de cette nef aux lignes pures et dépouillées. Splendide. Mais quelle différence avec tout ce que nous avons vu ces derniers temps : à Rome, ce sont des églises paléochrétiennes, parfois très remaniées, parfois rebâties sur leurs fondations à la même époque où a été construite Fossanova, mais cela leur donne un style, une apparence, qui n’ont rien à voir avec cette architecture importée de Bourgogne.

 

487c1 Abbaye de Fossanova

 

 

487c2 Abbaye de Fossanova

 

 

Passons dans le cloître. J’aime ces endroits calmes, où la vie semble au ralenti, et à la réalisation desquels un soin particulier a toujours été apporté.

 

487c3 Abbaye de Fossanova

 

 

Et par exemple, alors que les colonnettes de trois côtés, romans, sont simplement cylindriques, sur le quatrième côté qui est gothique, ou prégothique, c’est d’inspiration lombarde que sont traités les fûts des colonnettes, toutes différentes, très travaillées.

 

487c4 Abbaye de Fossanova

 

 

Dans le cloître, en face du réfectoire, cette fontaine permettait aux moines de se laver les mains avant de passer à table. Évidemment, la grille n’existait pas auparavant. L’endroit est vraiment très joli.

 

487d1 Abbaye de Fossanova

 

 

487d2 Abbaye de Fossanova

 

 

Cette porte est réservée à l’entrée des moines dans l’église. Elle est surmontée dans son tympan d’une fresque du quatorzième siècle, malheureusement assez abîmée, représentant la Madone et l’Enfant Jésus, comme on le voit. Elle est encadrée de sainte Lucie et de sainte Apollonie.

 

487e Abbaye de Fossanova

 

 

Voici le réfectoire. Sur ma photo, on voit au sol de vastes plaques de verre. Elles permettent au visiteur de voir des fragments de murs d’une villa d’époque romaine qui ont été conservés pour servir de fondations à cette salle. Je ne les montre pas parce que, en photo, on voit de vulgaires murs… Sur la droite, près de la statue de la Vierge que l’on aperçoit, les marches permettaient d’accéder à cette plate-forme qui servait de chaire pour les lectures de l’Ancien ou du Nouveau Testament qui accompagnaient systématiquement la durée des repas. Cette salle date de 1208, et pour son inauguration le pape Innocent III (1198-1215) y a pris son repas avec les moines.

 

487f Abbaye de Fossanova

 

 

La salle capitulaire romane date de l’origine, au douzième siècle, avec quelques embellissements du treizième siècle. Chaque jour, le Père Abbé y tenait une réunion de tous les religieux, qui prenaient place sur la banquette de pierre le long des murs de la salle. Les convers, c’est-à-dire les non religieux, n’étaient pas autorisés à y pénétrer, mais pouvaient assister aux séances en se tenant dans le cloître, sous les fenêtres. On commençait par donner lecture de l’une des règles de saint Benoît, puis on discutait des problèmes de gestion du monastère et l’on répartissait les tâches du jour.

 

487g1 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

Ce bâtiment à part dont ma photo ne montre que l’édifice de l’extrémité parce que c’est la partie qui comporte la chapelle, est l’infirmerie des moines.

 

487g2 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

487g3 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

On appelle l’ensemble du bâtiment le "bloc de saint Thomas" depuis que saint Thomas d’Aquin y est mort. On voit ici la chapelle de l’infirmerie et une cellule. Thomas, né à Aquino, enseignait à l’université à Paris quand, en 1272, il a été appelé à aller enseigner à Naples, et Paris a dû s’incliner malgré le vif désir de le garder. Fin 1273, début 1274, il tombe gravement malade et devient quasiment aphasique. Néanmoins, lorsque le pape Grégoire X (1271-1275) réclame sa participation au concile de Lyon, il se met en route. Il avait fait un peu plus de la moitié du chemin entre Naples et Rome quand, faisant étape à l’abbaye de Fossanova, son état a empiré. Admis dans ce bâtiment de l’infirmerie, dans cette cellule, il y est mort le 7 mars 1274. Me rappelant avoir vu, à Toulouse, que sa tombe était dans l’église des Jacobins, j’ai posé la question de savoir pourquoi, s’il était mort ici à Fossanova, il n’y avait pas été enterré. Il y a bien été enterré mais en 1369, à la requête de son ordre, les Dominicains, puissants en France, son corps a été ramené à Toulouse, m’a-t-on répondu avec un geste qui en disait long.

 

487h1 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

487h2 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

Comme c’est la règle pour les abbayes cisterciennes, celle-ci a été établie dans un lieu retiré, sur un vaste espace. Hors de l’ensemble constitué par l’église abbatiale et le monastère proprement dit, que ne pouvaient quitter les religieux cloîtrés, on rencontre de nombreux bâtiments affectés au travail. Ils sont de ce splendide rouge sur lequel se détache le blanc de la pierre pour les encadrements de portes. Le monastère se devait de vivre en complète autarcie, ce qui implique que l’on y pratiquait l’agriculture, l’élevage, le tissage, la couture, etc. Ces locaux spécialisés servaient donc de granges, d’étables, de greniers à blé, d’ateliers pour toutes sortes d’activités. Il y avait aussi un moulin, qui a hélas disparu. Néanmoins, c’est l’un des plus grands complexes de bâtiments de travail monastiques que l’on puisse voir, à la fois parce qu’ils ont été presque tous conservés et parce que, le monastère étant de grande taille, ils étaient nombreux et vastes.

 

487h3 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

C’est sur cette image que je terminerai pour Fossanova, parce que j’aime bien ce mur tout rouge, un peu dégradé pour le rendre vivant, et en opposition avec l’arc de ce qui a dû être une porte murée.

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 23:57

485a Côte entre Latina et Terracina

 

 Et voilà. Nous avons, cette fois-ci, réussi à tenir notre résolution et à nous arracher de Rome. Avant-hier 17 nous avons effectué nos préparatifs, nous avons passé un moment dans notre Mac Donald’s habituel où nous avons fait nos adieux au personnel dont certains membres, sympa, étaient presque devenus des amis (de quatre à six visites par semaine pendant cinq mois et demi…), et hier 18 nous sommes partis. Oh, pas bien loin, jusqu’à Latina, à une centaine de kilomètres, mais c’était histoire de dire que nous en avions fini avec nos visites et nos balades dans Rome. Et aujourd’hui, nous avons filé vers la côte, que nous avons longée. Ce fut, jusqu’au vingtième siècle, une zone marécageuse malsaine, mais les aménagements d’assèchement en ont fait un lieu splendide. Même Léonard de Vinci, cet ingénieur génial et inventif, n’était pas parvenu à trouver une méthode d’assainissement. La volonté fasciste des années 30 y est parvenue.

 485b Côte entre Latina et Terracina

 

La côte s’étend sur des kilomètres, rectiligne, entre mer et étangs d’assèchement, entre mer et dunes de sable. C’est beau, c’est tranquille, nous avons flâné lentement, nous arrêtant de temps à autre pour regarder, prendre des photos ou même aller tâter l’eau.

 

485c Côte entre Latina et Terracina

 

Quand l’heure de nous restaurer est arrivée, nous nous sommes garés sur ce petit parking et avons déjeuné là, près de la mer. Il faisait bon, mais nous nous sommes attablés à l’intérieur du camping-car à cause du vent. Un restaurant avec vue imprenable. Nous avons été un peu surpris de voir des voitures entrer sur ce parking sous notre nez et en ressortir aussitôt, à vive allure, comme si, s’apercevant soudain de notre présence, le conducteur nous fuyait comme la peste. En fait, nous avons remarqué qu’il y avait là, pour protéger sans doute le promeneur qui descendait de voiture et voulait traverser sur ce passage piétons, un ralentisseur en travers de la route, ce que l’on appelle communément un "gendarme couché". Ces intrépides conducteurs italiens, pour éviter le ralentisseur et poursuivre leur sévère excès de vitesse, sans sourciller le contournaient hardiment par le parking.

 

485d1 église de Sabaudia

 

Après un tranquille déjeuner et un bon bol d’air dans une promenade digestive sur la plage, nous sommes remontés en voiture et avons atteint Sabaudia, un peu plus loin près de la côte. La ville elle-même est une création artificielle de l’époque mussolinienne, larges rues se coupant à angle droit, bâtiments modernes sans intérêt. Sur ordre du Duce, les architectes du Mouvement Italien pour l’Architecture Rationnelle ont asséché le marais et dessiné cette ville. Menée tambour battant, l’opération n’a duré que quelques mois : au bout de 253 jours très exactement depuis le tout début des travaux, le 15 avril 1934, le roi Victor-Emmanuel III et la reine Hélène de Monténégro inauguraient la ville-nouvelle lors d’une grande et magnifique cérémonie. Sabaudia, en latin, c’est le nom de la Savoie, donné en l’honneur du roi, issu de la Maison de Savoie. Nous voyons ici l’église de l’Annunziata qui ne brille pas par sa beauté ni son intérêt. Sur sa façade, au-dessus du portail du centre, une grande mosaïque représente, derrière l’Annonciation, en arrière-plan, une scène agricole. C’est que Mussolini a lancé en 1925 la Bataille du blé qui a entraîné la création de milliers d’exploitations agricoles et a permis de stopper les massives importations de céréales qui pesaient si lourd dans la balance commerciale italienne, tout en favorisant le retour au pays de grandes vagues d’expatriés. La création de Sabaudia étant devenue une nécessité pour la nouvelle population des alentours, il fallait célébrer cette victoire sur la façade de son église principale.

 

485d2 église de Sabaudia, Mussolini

 

Et que remarque-t-on dans ce coin agricole de la mosaïque ? Dans la benne d’un tracteur, une grosse gerbe de blé dans les bras, l’un des moissonneurs est à l’effigie du Duce, pour bien montrer le lien entre la cité, sa vie religieuse, la victoire agricole et Mussolini. Les adeptes du régime proclamaient que qui était contre la religion était contre ce régime. Un prêtre que nous avons interrogé à ce sujet et sur ce qu’il pensait de Mussolini nous a répondu de manière assez vague. Oui, bien sûr, Mussolini s’est mal comporté vis-à-vis de ceux qui n’étaient pas d’accord, oui il était sans doute trop autoritaire, mais il a aussi sauvé l’économie du pays, et puis les accords du Latran, c’est lui, car sans cela le pape, depuis 1870, n’avait plus de résidence officielle, etc. De toute façon, en interrogeant ce prêtre nous n'avons eu qu’une opinion, cet homme n’était pas censé représenter officiellement la pensée de l’Église catholique. Et je n’ai pas posé la question à Benoît XVI...

 

485e Sperlonga

 

Nous passons par Terracina. Après une difficile navigation à travers les ruelles de cette vieille cité perchée sur un éperon et une infructueuse recherche de parking ("No parking for you. Go away" – "Merci pour l’accueil. Arrivederci"), nous arrivons à Sperlonga, où l’empereur Tibère avait une résidence. Juste en face de l’entrée du site archéologique, une aire permet de se garer et de passer la nuit. Et comme la résidence impériale était maritime, un chemin sur le côté nous mène en cinquante mètres à la plage d’où l’on a vue sur la ville. Nous avons été trop citadins tous ces derniers mois, nous nous offrons ce soir une autre longue promenade sur la plage avant d’aller dormir en attendant les visites de demain.

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Published by Thierry Jamard
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  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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