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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 22:38

522a1 Sorrento

 

 

522a2 Sorrente

 

Avant-hier, nous avons pris en charge la voiture de location à Sorrento le matin, aujourd’hui nous devons la rendre dans les quarante-huit heures, c’est-à-dire à 9h. Aussi partons-nous pour Sorrento, avec l’intention de mettre à profit notre arrivée assez tôt dans cette ville en nous y embarquant pour Capri. Mais, négligeant de demander notre chemin, nous descendons vers la mer là où il n’y a qu’un petit port de pêcheurs, l’embarquement sur le ferry vers Capri se faisant dans un autre port, de l’autre côté de la falaise, aussi devons-nous regagner la ville haute et redescendre de l’autre côté. Juste à temps pour prendre nos billets et courir vers le bateau qui devrait avoir levé l’ancre il y a sept ou huit minutes mais qui, heureusement, est en retard d’un quart d’heure, ce qui nous évite de perdre une heure et demie avant le bateau suivant.

 

Ainsi, mis à part que nous avons bien chaud après cette course à travers la ville, montant et descendant sans cesse, nous n’avons pas à regretter notre erreur de parcours, car nous avons pu découvrir ce petit port de pêche joli et typique où, de plus, nous avons remarqué un restaurant de poisson de prix raisonnable qui semble agréable et sympathique, où nous pourrons dîner ce soir en rentrant de Capri.

 

522b1 Vers Capri

 

522b2 Vers Capri

 

Nous voilà partis. Ce matin à Sorrento, comme on a pu le voir sur mes photos du port, il y avait quelques nuages, des portions de ciel gris, mais aussi un peu de bleu. Largement "de quoi tailler une culotte de gendarme", comme on disait. Lorsque nous avons embarqué, le ciel était plus chargé, et puis voilà que la pluie se met à tomber en trombes, et les nuages bas et noirs sont si épais que l’on a presque l’impression que c’est la nuit, ou une éclipse de soleil. Évidemment, sa ça continue comme ça, la promenade dans l’île risque d’être un peu compromise, mais qu’il est donc beau, ce contraste entre l’écume blanche soulevée par notre bateau et le paysage noyé de pluie ! Sur la première photo, nous regardons vers l’arrière, vers Sorrento. Sur la seconde, prise en me penchant par-dessus le bastingage vers la proue, on voit comment l’étrave de ce navire rapide fend les flots en rejetant des gerbes d’écume. Et il semble que vers Capri le ciel se dégage un peu.

 

522c arrivée sur Capri, Marina Grande

 

Lorsque nous approchons de la Marina Grande pour y aborder, la pluie a cessé et même un timide petit rayon de soleil vient se briser sur la blancheur du pont de cette vedette. Nous allons pouvoir profiter de cette île des parfums. Hélas, comme un musée, les parfums dans la nature nous disent "NO PHOTO !". Un parfum se sent mais ne peut se représenter à l’écran ou sur papier. Je ne sais pas non plus les décrire.

 

Quand, en 1380, le Père prieur de la chartreuse Saint Jacques fut surpris par la soudaine annonce de la venue à Capri de la reine Jeanne d’Anjou, il se hâta de faire un énorme bouquet des plus belles fleurs de l’île. Au bout de trois jours, les fleurs fanées furent jetées, mais au moment de renverser l’eau du vase le prieur remarqua que l’eau avait acquis une fragrance qui lui était inconnue. Il alla alors vers le Père spécialiste en alchimie et lui demanda d’analyser cela. L’alchimiste parvint à isoler et déterminer quel était ce parfum : celui du "garofilum silvestre caprese". Tel fut le premier parfum élaboré –fortuitement– à Capri. Et voilà qu’en 1948 le Père prieur de cette même chartreuse tombe un peu par hasard sur des documents où étaient notées les formules du parfum. L’autorisation du pape dûment sollicitée et accordée, il confie les documents à un chimiste de Turin , qui crée le plus petit laboratoire au monde, paraît-il, qu’il appelle Carthusia, c’est-à-dire Chartreuse, en anglais. Aujourd’hui, les parfums renommés de Capri sont réalisés exclusivement avec des plantes cueillies à Capri (sur base de romarin pour les hommes et de garofilum pour les femmes), selon les méthodes artisanales de l’origine, et jusqu’à l’emballage est effectué à la main.

 

522d1 Capri, la côte

 

522d2 Capri, la côte

 

Si ces parfums ne peuvent se sentit en photo, en revanche les paysages peuvent se montrer. Il faudrait plus de talent que je n’en ai pour faire ressortir la beauté de la côte. La ville, elle, est tellement encombrée de touristes et tellement envahie de boutiques de haut luxe qu’elle manque de charme. Entre le port et la ville perchée là-haut il y a un funiculaire, c’est amusant de découvrir ainsi une première vue de l’île, mais les nombreux clients des hôtels quatre ou cinq étoiles, après avoir tenté de reconnaître leurs valises parmi toutes celles, identiques parce que provenant du même Louis Vuitton, font embarquer leurs encombrants bagages sur un véhicule de leur hôtel et prennent un taxi. L’ambiance très "nouveau riche" n’est pas agréable.

 

522d3 Capri, Mafalda de Savoie

 

Ici, comme hier à Ravello, nous trouvons de nombreuses plaques commémorant le séjour de personnages célèbres, mais leur état n’a rien à voir avec la musique, la peinture, le cinéma ou autres arts, comme à Ravello. Je passe sur les onze années qu’a vécues ici l’empereur Tibère à la fin de son règne, mais je ne peux laisser dans l’ombre celle-ci, émouvante, touchante, et qui rappelle une fois de plus la barbarie de l’idéologie nazie. La "douce princesse" Mafalda de Savoie a été martyrisée et est morte dans le camp d’extermination de Buchenwald le 28 août 1944. Et parce que, trop souvent encore, on entend accuser les Allemands, je vais entonner une fois de plus mon couplet habituel que ceux qui me connaissent entendent comme un refrain : Il est aisé d’accuser les Allemands, quand il y a eu en Allemagne autant d’opposants au régime nazi qu’il y a eu en France de résistants, et quand les "collabos" français, dont la sauvagerie équivalait bien à celle des occupants, étaient aussi nombreux que les tortionnaires dans les rangs d’en face. Il est vain et injuste d’accuser un peuple quand c’est l’idéologie qui est coupable, et ceux qui la portent. Fin de mon couplet. Mais quand je ne le dis pas j’ai l’impression de trahir les amis que j’ai là-bas en Allemagne et qui sont de purs humanistes, honnêtes et charitables.

 

522e Capri, Krupp

 

Tiens, tant que je parle des Allemands, je peux évoquer Friedrich Krupp. Il arrive à Capri en 1898, tombe amoureux de l’île et propose d’y construire une route entre la Marina Piccola (une marina, c’est sur la côte, évidemment) et la chartreuse (qui est en haut). En 1902 la route est achevée. Ce Krupp-là n’a pas eu à choisir de faire ou non travailler son industrie au profit du régime, de l’idéologie et de la guerre des Nazis car, né en 1854, il est mort l’année même de l’inauguration de la route à laquelle on a donné son nom. Et c’est alors, en 1902, qu’il s’est écrié : "Comme j’étais heureux à Capri, ma seconde patrie !"

 

522f Capri, Lénine

 

Dans un tout autre registre, le tovaritch Vladimir Ilitch a dû faire un séjour prolongé hors de son pays, et pourquoi pas à Capri ? Après tout, quitte à s’exiler, mieux vaut choisir un endroit qui aide à oublier sa peine. Et puis, cette vue doit enchanter le touriste basé à l’hôtel dans le parc duquel est implanté le monument lorsque, jetant un coup d’œil à sa Rolex, coup d’œil bref parce que le reflet du soleil sur l’or est éblouissant, il voit qu’il a le temps, avant le dîner, de faire un tour dans les jardins et qu’en se promenant pour s’ouvrir l’appétit il rencontre le camarade Lénine. J’ignore la couleur du conseil municipal de Capri, mais une plaque rappelant que, "dans cette villa maintenant devenue hôtel, V. I. Lénine a résidé de… à…" n’aurait pas le même sens que "à Lénine, Capri". C’est une offrande, un hommage. Mais quand j’ai entendu un type, à l’arrivée du bateau, héler un membre de l’équipage et lui intimer "Faites porter ces valises à l’hôtel X…" sans lui jeter un regard, sans un s’il vous plaît, quand j’ai vu ces regards méprisants pour la valetaille, voire pas de regard du tout, ce qui finalement est moins insultant car personnellement je préférerais être considéré comme un meuble que comme un moustique assoiffé, je me dis que le vote des résidents permanents de l’île, employés d’hôtels et restaurants maltraités par les clients, vendeurs dans des boutiques où leurs moyens ne leur permettent pas d’acquérir le moindre objet, etc., doit être majoritairement d’extrême gauche. Simple supposition car, je le répète, j’ignore la tendance de l’équipe dirigeante de la ville.

 

522g1 Capri, Gorki

 

522g2 Capri, Gorki

 

Autre résident célèbre de Capri. "Dans cette villa ont vécu de février 1911 à décembre 1913 Maxime Gorki et Maria Feodorovna Andreieva". Comme tout le monde, j’avais une petite idée de qui est Gorki, mais il y a deux ou trois ans j’ai lu un gros livre qui lui était consacré. Je savais qu’il avait été un proche de Staline, mais il paraît qu’il en était un ami assez intime, écoutant avec lui des disques d’opéras, dont le camarade Staline était friand et fin connaisseur. Quand on sait de quelle façon Staline a fait exécuter de sang froid des milliers d’opposants ou de simples dissidents, et puis aussi des gens qui n’en avaient rien à faire de la politique, seulement pour que chacun à travers le pays se sente menacé et que règne partout la peur, comment dans les années 30 il a volontairement, consciemment affamé l’Ukraine faisant ainsi périr de faim plus de deux millions d’habitants, on peut s’étonner que Gorki ait pu être l’ami d’un tel homme. Car s’il n’atteint pas le niveau d’un Cervantes, d’un Dostoïevski ou d’un Proust, il n’en est pas moins un grand écrivain, ce qui suppose non seulement du talent et du style, mais aussi de la sensibilité. Sensible et ami de l’un des plus grands criminels de l’Histoire…

 

522h Capri, la chartreuse (certosa)

 

Nous avons vu qu’en 1380 la reine Jeanne d’Anjou était venue à Capri, donnant l’occasion de découvrir un parfum. Son secrétaire, Giacomo Arcucci, comte de Minervino et Altamura, était originaire de Capri, aussi eut-il envie d’y faire construire une chartreuse en l’an 1371. Et elle prit le nom de San Giacomo (saint Jacques), comme le prénom de son commanditaire. Mais en 1556 deux corsaires, Kair-Eddin (surnommé Barberousse) et Dragut Rais, la saccagent puis y mettent le feu. En la réparant on en profite pour l’agrandir et pour créer un second cloître, plus grand (sur la photo). Nous sommes venus à Capri aujourd’hui parce que nous étions à Sorrento ce matin pour rendre notre Toyota de location, mais le lundi n’est pas un bon jour en Italie : c’est le jour de fermeture des musées et monuments, comme le mardi en France. Nous ne visiterons donc pas la chartreuse San Giacomo.

 

522i1 Anacapri

 

Autre agglomération réputée de l’île, Anacapri. Nous prenons un bus pour nous y rendre. La route en corniche est à couper le souffle de beauté. Mais on a déjà le souffle coupé par la conduite du chauffeur qui fonce sur une route étroite avec des virages serrés et sans protection côté précipice. Pour qui a le cœur bien accroché, c’est un trajet à faire absolument. Et en bus ou à vélo, surtout pas au volant d’une voiture, pour pouvoir regarder sans perdre une miette du paysage… et sans prendre le risque d’aller voir de trop près!

 

Tout le monde restant agglutiné à Capri, Anacapri est beaucoup plus calme et authentique. On peut se promener en regardant autour de soi. Ici doit habiter un philosophe, parce qu’il a inscrit sur le bas de sa porte, en grec, le gnôthi sauton (connais-toi toi-même) de Socrate, et de l’autre côté, en latin, le carpe diem (cueille le jour) d’Horace.

 

522i2 Anacapri

 

Ailleurs, sur une petite place sympathique, est accolé au mur un long banc de carreaux de céramique représentant des scènes de vendange. Ici, j’ai choisi le pressage du raisin au pied. Une petite maison blanche, à gauche le vignoble, à droite un olivier et un cactus, le décor local typique est planté. Tandis qu’une femme apporte les grappes dans un grand panier qu’elle porte sur sa tête, un homme piétine le raisin dans la cuve. Par un orifice dans le bas, le jus exprimé s’écoule dans une autre cuve, plus petite, en maçonnerie. Dans cette cuve, je ne vois nulle bassine que l’on puisse retirer lorsqu’elle est pleine, et il doit être bien difficile, ensuite, d’en pomper le jus. Je suppose donc que le fond doit être percé d’un trou qui communique directement avec la cave, en sous-sol. Mais, à défaut de pouvoir interroger à ce sujet un vieux vigneron ayant connu les méthodes d’autrefois, je reste dans l’ignorance du processus, dont je ne sais que ce qu’en montre le carrelage.

 

522i3 Anacapri

 

Dans un cadre typique, la présence d’autochtones sur la photo n’est pas un inconvénient, au contraire. Je n’attends pas d’eux qu’ils soient déguisés en costumes du dix-neuvième siècle. Mais une foule de touristes en short rouge et chemise à palmiers dénature la photo. C’est pourquoi je ne montre pas de photos des rues de Capri. En revanche, à Anacapri, je peux choisir librement dans ma collection, et je trouve que cette rue, avec son cactus le long du mur, ses ruelles étroites et disposées de façon irrégulière, ses murs blanchis à la chaux, évoque bien dans mon souvenir ce que j’ai vu et ressenti.

 

522i4 Benoît XVI à Anacapri

 

Cette plaque est vraiment placée ici pour garnir le mur, parce que ce qu’elle raconte est une anecdote sans intérêt ni importance. Je me demande même comment on a pu s’en souvenir entre la date où le fait "prophétique" a eu lieu et la réalisation de la "prophétie". Elle dit : "Sur cette place, deux jeunes d’Anacapri, au matin du dimanche 12 septembre 1992, ont prophétiquement appelé ‘pape’ le cardinal Joseph Ratzinger, auteur de l’œuvre Tournant pour l’Europe, vainqueur de la 9ème édition du prix Capri-Saint-Michel, et élu le 19 avril 2005 sous le nom de Benoît XVI". C’est précisément pour son inanité que j’ai eu envie de publier cette photo.

 

522i5 Anacapri, Sainte Marie de Constantinople

 

C’est en ce lieu que, peu après l’an mil, s’est installée la première communauté de paysans d’Anacapri. Ce n’est qu’au quatorzième siècle qu’a été construite cette église Sainte Marie de Constantinople, qui est restée jusqu’en 1599 la première et seule paroisse du pays. Je ne sais si c’est dû à ce jour du lundi ou à l’heure (il est 16h30), mais la grille est fermée. Nous ne visiterons pas.

 

522j1 Anacapri, nef de Sainte Sophie

 

En revanche, nous visiterons l’église Sainte Sophie. Je ne peux montrer à quoi elle ressemble de l’extérieur parce qu’elle disparaît sous des échafaudages et des bâches de travaux. Elle a été construite en 1510, comme attesté, paraît-il, par une pierre de cette façade que nous n’avons pas vue.

 

522j2 Anacapri, sainte Sophie

 

Dans le bas de l’église, au mur, j’aime bien cette icône. Rien n’en dit l’histoire, mais elle est rédigée en langue grecque avec des caractères dont j’identifie mal la provenance, parce qu’ils sont partiellement grecs, partiellement cyrilliques. En grec, mais aussi en biélorusse, en bulgare ou en ukrainien le I est comme en français, alors qu’en russe c’est И. On trouve aussi le Λ grec (=L) alors qu’en cyrillique c’est Л. Je ne parle pas du П (=P), du Ф (=PH ou F) ni du Г (=G) qui sont identiques dans les deux alphabets. Mais à côté de ces deux caractères qui sont grecs on trouve le С cyrillique (=S) alors qu’en grec cette lettre s’écrit Σ. Et, je le répète, la langue est grecque. Autour de sainte Sophie sont rassemblées les trois vertus théologales. Derrière elle, la tenant par les épaules, c’est la Foi. La toute petite lui tenant la main droite, c’est la Charité (ou l’Amour du cœur). Et puis, de taille moyenne et lui donnant la main de l’autre côté, c’est l’Espérance. Que ce ne soit pas en italien ou en latin signifie que c’est une icône ancienne, mais son aspect est tout à fait récent, c’est donc sans doute la copie d’une icône de la Sainte Sophie de Constantinople, ou de Kiev, ou de Novgorod puisque, je crois, il y a des églisesconsacrées à cette sainte dans ces trois villes.

 

522j3 Anacapri, Sainte Sophie, ange chandelier

 

Cet ange est destiné à porter le cierge pascal dans la cérémonie du feu nouveau, dans la nuit du Samedi Saint. C’est une œuvre napolitaine de la première moitié du dix-huitième siècle. Je trouve admirable la finesse de cette sculpture sur bois. Au cours du temps, dit une notice, des insectes xylophages avaient attaqué la statue, il a fallu les éliminer en chambre à gaz, puis traiter le bois rendu friable et poreux.

 

522j4 Anacapri, Sainte Sophie, pietà

 

Beaucoup plus ancienne est cette Pietà, puisqu’elle date de la seconde moitié du quinzième siècle, œuvre polychrome et dorée d’un maître du nord du pays qui l’a sculptée sur bois. Elle aussi, comme l’ange candélabre, était très attaquée par les insectes et a dû être traitée en chambre à gaz puis avec des produits de consolidation mais, pire encore que les insectes, sont les hommes qui dans le passé ont voulu la restaurer en la peinturlurant. Le sang parsemait le corps du Christ et la carnation de la Vierge était généreusement maquillée. Le travail de nettoyage de cette peinture additionnelle était une tâche extrêmement délicate, afin de ne pas abîmer la peinture originale. Et là où sous cette mauvaise restauration la peinture originale manquait et le bois était nu, malgré ses défauts la restauration précédente a été conservée.

 

Cette Pietà me plaît énormément. Le Christ posé sur ses genoux, yeux fermés, bouche entrouverte, bras pendant, est impressionnant et émouvant. Quant à Marie, ce visage rond et plein n’est pas usuel, et d’ailleurs sous le vêtement on voit que son corps est un peu grassouillet. J’aime le mouvement de son voile autour de sa tête penchée. Son expression n’est pas vraiment de tristesse, comme souvent. Mains jointes, elle est en prière, dans son regard il y a de la ferveur et de la spiritualité.

 

522j5 Anacapri, Sainte Sophie, saint Michel

 

Ce saint Michel est une sculpture napolitaine sur bois du dix-septième siècle. Aucun commentaire ne dit s’il a dû subir, comme les deux statues précédentes, des travaux de restauration. Au premier coup d’œil, c’est une belle statue, et c’est ce que j’ai pensé en prenant ma photo. Et puis en le regardant mieux, ce soir, je choisis de le publier maintenant par opposition avec les statues précédentes, et particulièrement avec la Pietà. Ce dragon doré est beau, mais sa tête dressée n’exprime ni l’agonie de la bête frappée, ni l’agressivité d’une dernière tentative pour dévorer l’archange. Saint Michel, lui, a un visage inexpressif. Que pense-t-il, je n’en sais rien. Il n’exprime pas la joie de la victoire au nom de Dieu sur le dragon diabolique, pas plus que la satisfaction plus humaine du chasseur remportant un trophée, rien. Son regard est vide. La sculpture de son vêtement et de ses chaussures est très fine et leur peinture polychrome est très belle, cela est extrêmement réussi et esthétique, mais il est dommage que ce soient les éléments matériels et statiques qui soient dignes d’attention, et que ce qui est vivant, c’est-à-dire le dragon et l’archange, soient aussi dénués d’expressivité.

 

522k1 Anacapri, église Saint Michel

 

Puisque je viens de parler de saint Michel, cela me sert de transition vers cette église San Michele. À l’attention de qui n’a aucune notion de la prononciation de l’italien, je précise que ce nom se prononce Mikélé, le H accolé à un C ou à un G devant E ou I ayant la même fonction que le U en français (accueil, orgueil, pour que l’on ne prononce pas akseil, orjeil). Quant au E, il n’est jamais muet. Mais ce Michele avec un E final est bel et bien un masculin.

 

522k2 Anacapri, église Saint Michel

 

Dés que l’on pénètre dans l’église, on remarque qu’elle n’a rien de traditionnel. D’abord par la forme : ce n’est pas l’habituelle nef rectangulaire avec ou sans transept, avec ou sans bas-côtés eux aussi rectangulaires. C’est un polygone complexe, fait d’un hexagone et d’un trapèze un peu plus petit accolés. Derrière l’hexagone, se situe le chœur, très petit, juste assez grand pour contenir le bel autel de marbre sculpté daté de 1719, avec une abside plate. Chacun des côtés ouvre sur une chapelle latérale. C’est un pur exemple d’architecture napolitaine du dix-huitième siècle. On remarque aussi, dès le premier coup d’œil, le sol décoré.

 

522k3 Anacapri, église Saint Michel

 

Au pied de l’autel, ces carreaux de céramique représentent un pélican, la poitrine ouverte, avec ses petits autour de lui. On connaît cette légende, dont d’ailleurs j’ai déjà parlé le 8 février à propos d’une grille du baptistère San Giovanni, en citant Musset. Le pélican qui, revenant bredouille de sa pêche, offre son propre corps en nourriture à ses enfants est donc le symbole de Jésus s’offrant en sacrifice ("ceci est mon corps livré pour vous") pour le rachat des péchés du monde. Le dessin est beau, mais il est clair que l’artiste n’a jamais vu de sa vie un pélican. S’il n’y avait la poitrine ouverte et les petits qui y dirigent leur bec, je n’aurais pas compris de quoi il s’agissait.

 

522k4 Anacapri, église Saint Michel, carrelage

 

Sur le côté, un étroit escalier métallique en colimaçon permet d’accéder à la tribune de l’orgue, d’où l’on a une vue plongeante sur l’église. De là, non seulement on comprend la forme de l’architecture, mais on voit aussi le sol décoré dont je parlais tout à l’heure. Ces carreaux de céramique représentent le Paradis Terrestre, d’où sont chassés Adam et Ève par l’ange. On remarque que, pour ne pas abîmer le sol, un étroit chemin de planches a été ménagé tout autour du carrelage, permettant de s’approcher pour mieux apprécier les détails. Je vais en montrer à présent quelques uns.

 

522k5 Anacapri, église Saint Michel, carrelage

 

C’est d’abord l’arbre qui porte les fruits de la connaissance du bien et du mal, la fameuse pomme défendue. Le serpent s’enroule autour du tronc. Il est hélas impossible sur ma photo de voir l’œil méchant du serpent, gueule ouverte. J’aime aussi la petite chouette perchée sur une branche. Et puis tous les animaux ont des bouilles amusantes.

 

522k6a Anacapri, église Saint Michel, carrelage

 

Le sujet principal, c’est bien sûr Adam et Ève. Adam s’enfuit, on le chasse, il n’a plus d’espoir de jouir de ce jardin paradisiaque. Ève, elle, présente un visage contrit, elle joint les mains en signe de prière, elle demande pardon et espère obtenir le droit de rester. Toute la composition est naïve et la représentation des animaux aussi, je ne sais donc pas trop comment interpréter l’attitude d’Ève. Je lui trouve un air bien hypocrite. Même, le mot qui convient est faux-cul. Dans un siècle où le féminisme n’était pas le souci premier des hommes, il est possible que l’artiste ait voulu lui faire porter la plus grande part de la faute. C’est elle qui se laisse tenter par le démon, c’est elle qui accepte la pomme mais lâchement elle la fait croquer par Adam, et puis au moment de se faire chasser elle plaide sa cause, en fait moi je n’ai rien fait, je n’ai pas goûté au fruit défendu. Je n’écarte pas cette hypothèse, mais en tenant compte de la naïveté du dessin, peut-être n’y a-t-il rien là qui puisse émouvoir les féministes, au contraire il est possible qu’elle se repente sincèrement et demande pardon tout en reconnaissant sa faute.

 

522k6b Anacapri, église Saint Michel, carrelage

 

La Genèse cadre sur le premier homme et la première femme, sur le démon tentateur, l’ange apparaît aussi comme personnage secondaire chargé d’exécuter la sentence divine, mais Dieu est au centre du récit. Or ici il n’est pas représenté. Le dernier personnage à présenter est donc l’ange. Il apparaît sur son nuage, le vêtement flottant dans le vent, les ailes déployées (pas comme notre saint Michel de tout à l’heure, avec ses ailes pendant lamentablement alors qu’il vient de terrasser le dragon), le glaive de feu levé, et il pointe un doigt accusateur en direction de la sortie. Mais en même temps son visage est très doux et presque souriant. Je le trouve très joli.

 

522k7 Anacapri, église Saint Michel, carrelage

 

Je prends à présent deux scènes d’animaux, presque au hasard. Je commence par ce sanglier dont un carreau a été remplacé semble-t-il, en adaptant mal les couleurs. C’est très moderne cette présentation qui fait déborder (très légèrement) le dessin sur le cadre, un bout de groin, un bout d’oreille.

 

522k8 Anacapri, église Saint Michel, carrelage

 

Les animaux mythiques comme la licorne voisinent avec une majorité d’animaux réels, même s’ils sont peu ressemblants à la réalité. Comme, précédemment, pour le pélican, les animaux inconnus de l’artiste font la part belle à son imagination. En effet, le sanglier, l’ours sont assez réalistes. La licorne est dessinée sur le modèle d’un cheval, auquel il a suffi de rajouter une corne et une sorte de barbe aux commissures des lèvres. À l’inverse, le petit animal accroupi qui tend une poire à l’ours est censé, je suppose, représenter un singe, mais avec une drôle de tête sur un drôle de corps. J’arrête là parce que je ne peux pas tout montrer, mais de même les grands fauves lui sont inconnus, ce qui donne une allure cocasse au lion.

 

Il nous reste à reprendre le bus pour descendre vers Capri, puis de Capri vers la Marina Grande et le bateau –le dernier de la soirée– qui va nous ramener à Sorrento. Une fois arrivés, nous nous rendons au petit port de pêche, là où nous avons repéré un restaurant sympathique. Il est bondé, il nous faut attendre pour qu’une table se libère. Nous ne sommes pas mal situés, sur la terrasse qui occupe un pan de quai, sous l’abri de la toile. Mais des tables ont été installées un peu partout en dehors de cette tonnelle pour accueillir les clients. Depuis ce matin, depuis notre traversée vers Capri et le violent orage qui a obscurci le ciel comme en pleine nuit, nous avons eu beau temps, à part quelques gouttes pendant cinq minutes alors que par chance nous étions justement à l’abri à siroter un café. Pas un cheveu mouillé, donc. Mais ce soir on venait de nous apporter notre poisson grillé quand a éclaté de nouveau un orage, aussi brutal et violent que celui du matin. Sous la toile de la tonnelle, nous étions protégés, mais les pauvres clients installés un peu partout sur le quai se sont précipitamment réfugiés, leur assiette à la main, dans la salle intérieure, assis par terre, ou un peu plus loin sous la protection très relative d’un porche. Notre table était trop grande pour nous et, près de nous, trois personnes, un homme et deux jeunes femmes, tentaient de manger debout sous la tonnelle. Du geste, nous les avons donc invités à s’asseoir, chacune de ces dames a pris place à côté de nous et lui s’est installé en bout de table. Nous avons appris qu’ils étaient des Américains de Philadelphie. Près de Natacha, c’était une photographe professionnelle, Jessica Griffin, assez renommée (je viens de consulter son site Internet), qui a reçu plusieurs prix. Près de moi, sa web designer. Et lui, professeur de littérature anglaise, vient d’épouser la semaine dernière à Florence la photographe, après de longues et difficiles recherches d’un pasteur presbytérien en Italie.

 

Nous sommes restés à discuter un peu puis nous nous sommes dirigés vers la ville haute et la gare pour regagner nos Pénates qui nous attendaient, installés dans leur autel du camping-car à Pompéi. Mais nous avions bavardé longtemps, il y a un trajet non négligeable du port à la gare, et au guichet l’homme nous annonce que le dernier train est parti depuis déjà un bon moment. Une nuit à l’hôtel sans brosse à dents, sans linge de rechange ? Beurk ! Et puis nos Pénates risquent de s’inquiéter. Pas de panique, nous rassure l’employé, il y a un bus qui part dans une heure pour Naples en suivant le même itinéraire que le train, et qui passe donc par Pompéi.

 

Plantés devant l’arrêt de bus, nous patientons. Une petite dame s’approche et demande, en italien, si c’est bien là l’arrêt du bus pour Naples. Elle est volubile, assez excitée, elle sent un peu l’alcool… Quand elle sait que je suis français (Natacha s’est amusée à ne pas dire d’où elle vient), elle mêle à son italien très fluide trois mots d’anglais et beaucoup de russe. En effet, c’est une Russe de Saint-Pétersbourg, infirmière qui a pris sa retraite il y a cinq ans pour venir ici s’occuper de personnes âgées. Ce travail est très en-dessous de sa qualification mais lui permet, pendant quelques années, de gagner beaucoup plus qu’en Russie et, en menant une vie frugale, d’économiser pour vivre un peu mieux lors de son retour au pays. Ignorant totalement que Natacha est russophone, elle ne s’étonne pourtant pas que je comprenne (un peu) ce qu’elle me dit en russe. De temps à autre, elle me demande "Ty ponimaîch ?" – "Da, da, khorocho". Elle n’aime pas les Italiens, elle les trouve hâbleurs, prétentieux, désordonnés, dragueurs mais impuissants quand ils doivent passer à l’acte. Entre le pouce et l’index, elle me montre une distance de trois centimètres : "Ils l’ont grande comme ça, ty ponimaîch ?" Quand enfin arrive notre bus, elle s’assied, nous déclare "Ty i tvoia jena, ia vas lioubliou" (toi et ta femme, je vous aime) et tombe dans un profond sommeil. Arrivés à Pompéi, nous ne lui dirons pas au revoir parce qu’elle ronfle et dort à poings fermés.

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Published by Thierry Jamard
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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 23:26

 

521a1 Ravello, vue

 

521a2 Ravello, vue

 

Pour compléter notre visite de la Côte Amalfitaine, nous reprenons notre petite Toyota IQ de louage, mais cette fois-ci nous y allons directement, c’est-à-dire que dès Pompéi nous prenons l’autoroute vers Salerne puis notre GPS nous indique de la quitter pour couper à travers la montagne droit sur Ravello. "Droit", c’est une façon de parler, parce que la route tourne, tourne, nous faisant traverser des paysages fabuleux. Une fois arrivés, nous avons un peu de mal à nous garer, même avec notre minuscule voiture, mais tant mieux parce que la place que nous trouvons est tout en haut de la ville, permettant des vues plongeantes de toute beauté.

 

521b1 Ravello, Wagner

 

"Le jardin magique de Klingsor est trouvé !" s’est écrié Richard Wagner, installé dans la villa Rufolo (dont je parlerai tout à l’heure). Peut-être faut-il en conclure que si Wagner n’était pas allé à Ravello nous n’aurions pas eu l’occasion de connaître son Parsifal…

 

521b2 Rabello, Escher

 

Il n’est pas le seul artiste à avoir trouvé ici l’inspiration. Pour preuve cette plaque signalant que Escher a séjourné plusieurs fois dans cette auberge à partir de 1923 et, dit le texte, c’est là qu’il a perfectionné son style "que l’on ne peut confondre", et que je qualifierais de paranormal... Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’un lieu enchanteur accroche l’œil d’un graveur comme lui ou d’un peintre au moins autant que l’œil et l’oreille d’un musicien.

 

521b3 Ravello, Lawrence

 

Musicien, peintre, on peut allonger la liste avec D. H. Lawrence, qui entre 1926 et 1927 a séjourné à Ravello à plusieurs reprises, pour y écrire L’Amant de Lady Chatterley, "son chef-d’œuvre", dit la plaque.

 

521b4 Ravello, Huston

 

Continuons la série des arts avec le cinéma. Cette plaque dit que "Dans cette maison, en 1953, a eu son siège l’organisation du film Beat the Devil, et se réunissaient avec le metteur en scène John Huston les acteurs Humphrey Bogart, Jennifer Jones, Gina Lollobrigida, Peter Lorre, le dialoguiste Truman Capote, le photographe Robert Capa". Du beau monde, en effet.

 

521b5 Ravello, Greta Garbo

 

Et ce n’est pas tout. Même si nous n’avons passé que peu de temps dans les rues de Ravello, parce que nous avons consacré l’essentiel de notre journée aux deux villas réputées –Cimbrone et Rufolo–, à la cathédrale et à l’exposition d’un peintre (dont je parlerai aussi dans un moment), les quelques rues que nous avons empruntées nous ont permis de trouver la trace de toutes ces célébrités. Et puis dans la villa Cimbrone une plaque évoque une star : "Ici au printemps 1938 la divine Greta Garbo, se soustrayant à la clameur de Hollywood, connut avec Léopold Stokowski des heures de bonheur secret".

 

521c Ravello, San Giovanni del Toro

 

Nous passons devant cette très belle église du onzième siècle, San Giovanni del Toro, mais (étonnant, pour un dimanche) elle est fermée. Dommage car, paraît-il, elle contient quelques merveilles comme des colonnes antiques, une chaire du onzième siècle également, et donc contemporaine de sa construction, des fresques du quatorzième siècle… Frustrés, nous poursuivons notre route.

 

521d1 Ravello monastère François d'Assise

 

521d2 Ravello fonts baptismaux

 

C’est saint François d’Assise qui, dit-on, aurait fondé ce monastère et cette église, où a vécu le bienheureux Bonaventure de Potenza. Ce qui y a retenu mon attention est beaucoup plus moderne, ce sont les fonts baptismaux. Petits, on dirait un bénitier, mais qu’importe j’aime bien cette statue d’un saint Jean Baptiste tout jeune dans son vêtement en peau de chameau, et dont le geste est très moderne, dégagé de l’onction grave dont on pare habituellement le personnage. Le sculpteur Silvio Amelio l’a réalisé, dit une plaque, en l’honneur du bienheureux Bonaventure, en l’an 2000.

 

521e Ravello, villa Cimbrone

 

Villa Cimbrone. Une entrée relativement modeste, quoique calme et douce, pour cette somptueuse villa fin dix-neuvième siècle, début vingtième, sur sept hectares de parc. Déjà, lors du Bas Empire romain, l’endroit était habité. Puis, depuis le onzième siècle, d’illustres personnages dont certains liés à la famille d’Anjou qui régnait sur le pays se sont succédé sur ce domaine idéalement situé. Mais au dix-neuvième siècle, abandonné depuis longtemps et en piteux état il a cependant séduit un voyageur anglais riche et cultivé, Lord Grimthorpe, venu là pour essayer de guérir d’une profonde dépression due à la perte de sa femme, qu’il adorait. En 1904 il achète le domaine et se met à l’œuvre pour en faire, déclare-t-il, "le plus bel endroit du monde".

 

521f1 Ravello, villa Cimbrone

 

Du bâtiment principal part une longue allée qui traverse tout le parc, dont l’agencement a voulu très astucieusement adapter les essences méditerranéennes et des essences exotiques à l’art anglais du paysage. Mais aussi cet homme cultivé a réinterprété la villa romaine antique en parsemant le parc de statues, de petits temples, etc. Et l’allée, enfin, débouche sur un belvédère appelé la Terrasse de l’Infini. Perché tout là-haut sur la falaise et faisant face à l’immensité de l’horizon marin, cette terrasse est réellement quelque chose d’unique.

 

521f2 Ravello, villa Cimbrone, la crypte

 

Je ne peux tout montrer, je vais donc devoir effectuer une sévère (et cruelle) sélection. En sous-sol, on découvre cette crypte qui, du fait de la déclivité du terrain, ouvre quand même sur l’extérieur. Comment diable cette salle aux croisées d’ogives peu marquées, évoquant le début du gothique, peut-elle se trouver là ? Tout simplement parce qu’elle est moderne, construite entre 1907 et 1911. Lord Grimthorpe était originaire de Malton, dans le Yorkshire, ville qui possède une belle abbaye cistercienne, aussi a-t-il souhaité faire construire cette crypte sur le modèle qu’il admirait dans son pays d’origine.

 

J’ai beaucoup entendu parler, autrefois, du Groupe de Bloomsbury, ce cercle londonien, et je savais qu’il avait été actif dans les parages, mais ce n’est qu’aujourd’hui que je découvre qu’il se réunissait ici. Et cette crypte était le lieu de prédilection pour les réunions.

 

521f3 Ravello, villa Cimbrone, statue de Cérès

 

Je parlais des statues qui donnent un aspect antique. Cette statue de Cérès se dresse dans une sorte de petit temple situé juste avant la Terrasse de l’Infini, dos à la mer. On admire dans les musées les innombrables œuvres de l’Antiquité romaine qui sont des copies de sculptures grecques. Je trouve cette sculpture moderne copie d’antique aussi belle que les œuvres romaines des musées. Un drapé élégant à défaut d’être pur, un port altier, le tout dans un décor de rêve…

 

521f4 Ravello, villa Cimbrone, David et Goliath

 

Le goût de Lord Grimthorpe le portait aux antiquités grecques et romaines, mais je trouve intéressant que, dans ce style d’inspiration, il ait introduit des thèmes liés à d’autres cultures, d’autres croyances, en particulier, bien sûr, à la Bible. Ici, nous avons un David, fluet et jeunot, devant la tête de Goliath qu’il vient de vaincre. David est clairement d’inspiration grecque, il pourrait aussi bien être Ganymède ou, avec des ailes aux talons, Hermès, en revanche la tête de Goliath évoquerait plutôt, à mon avis, un visage de Christ. C’est curieux, d’ailleurs, parce que Goliath symbolise le vilain, le méchant, et David est le juste, à l’origine de la lignée de Jésus.

 

 

521f5 Ravello, villa Cimbrone, la grotte d'Ève

 

Dans une grotte enfouie dans la forêt, on découvre cette Ève. Autre évocation biblique. On remonte très loin, puisque jusqu’à la Genèse. Partout où il n’y a pas de gardien, des crétins gravent leur nom ou des slogans sur les fresques, les statues, les monuments. Alors pour la protéger la grotte est fermée par une épaisse vitre derrière une grille. Hélas cette vitre est en deux morceaux, et la jointure ne peut être évitée sur la photo compte tenu des contraintes : passer l’appareil de biais entre deux barreaux, mettre le flash parce que la grotte est dans la pénombre, éviter les reflets sur la vitre, à la fois ceux de la lumière naturelle et ceux que provoque le flash, et la meilleure position que j’aie trouvée fait que la jonction entre les vitres coupe les deux pieds d’Ève. Il n’empêche, cette statue est splendide. Non seulement le corps est celui d’une très belle femme, mais tout dans la position, dans le visage, dans le regard, exprime l’inquiétude plus que le remords après la faute. Sans doute, cela ne sert pas la cause des féministes, mais si l’on envisage la statue d’un point de vue esthétique plutôt que militant, c’est à mon avis une remarquable œuvre d’art.

 

521f6a Ravello, villa Cimbrone, tea-room

 

521f6b Ravello, villa Cimbrone, tea-room

 

Ce petit bâtiment, c’est le tea-room. Chez des sujets britanniques, cela s’impose. C’est un agréable petit bâtiment, à la fois ouvert sur le parc et protégé aussi bien des ardeurs du soleil que du risque d’averse. Devant, délimitant son parvis, quatre colonnettes sont sculptées, de haut en bas et sur tout leur pourtour, de figures en relief. Les colonnes elles-mêmes sont antiques, d’époque romaine, tandis que les sculptures datent du Moyen-Âge. Les spécialistes pensent que la construction et les objets de son parvis (outre les colonnes, il y a un puits, deux daims de bronze, une conque du douzième siècle ornée de monstres marins, etc.) ont une signification ésotérique, comme c’était la mode en ce début de vingtième siècle. On a vu que dans la crypte se réunissaient des membres du Cercle de Bloomsbury, mais les dissidents, les rebelles, se réunissaient dans ce tea-room.

 

521g1 Ravello, villa Rufolo, cloître

 

521g2 Ravello, villa Rufolo, cloître

 

Passons maintenant à la villa Rufolo dont l’entrée, à la différence de celle de la villa Cimbrone, est située en plein cœur de la ville, tout près de la cathédrale. Mais en parcourant le parc, on se rend compte que l’on arrive sur un haut surplomb, Ravello étant construite à flanc de montagne. On est à 340 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce complexe monumental a connu son époque de splendeur au treizième siècle, au temps où la famille Rufolo y disposait de "plus de pièces qu’il n’y a de jours dans l’année". Le temps et l’abandon ont détruit une partie des bâtiments, tandis qu’au tournant des dix-neuvième et vingtième siècles Francis Neville Reid, un riche industriel écossais qui en était devenu le propriétaire sauvait ce qui pouvait l’être et ajoutait de nouveaux bâtiments. C’est ainsi que l’on trouve, semée au gré des époques, une superposition d’éléments d’architecture arabe, sicilienne, normande dans un parc romantique dessiné au dix-neuvième siècle. Nous commençons notre visite par le cloître mauresque, qui en fait est plutôt une cour étroite autour de laquelle court, en rez-de-chaussée comme en étage, un portique. Les photos ci-dessus en montrent d’abord les deux niveaux, puis la finesse du décor en étage.

 

521g3 Ravello, villa Rufolo, le théâtre 

 

Traversant les jardins, on descend jusqu’au niveau le plus bas de la villa, qui nous fait revenir dans le secteur du cloître, mais bien au-dessous. Là se situe cette salle qui constitue le théâtre.

 

521g4 Ravello, villa Rufolo, vue du belvédère 

 

Les jardins que l’on a traversés n’ont pas l’ampleur de ceux de la villa Cimbrone, mais ils ne manquent pas d’intérêt, plantés d’espèces exotiques, de palmiers, de cyprès, et aboutissant au belvédère que j’ai évoqué en parlant de ce surplomb en bout de parc. Depuis 1953 se déroule chaque été le festival de Ravello, le plus ancien festival d’Italie après le Mai de Florence. Des sièges sont disposés dans le jardin au niveau du belvédère, tandis que la scène est chaque année construite au-dessus du vide, jusqu’à cette année en bois, réclamant un long, dur et dangereux travail de montage puis de démontage par une équipe de menuisiers, et à partir de cet été en tubes métalliques autorisant une installation et un retrait plus rapides, plus aisés et plus sûrs. Mais l’emplacement reste le même, donnant aux spectateurs la vue de l’orchestre, ou des danseurs, sur fond de ciel. Je suppose que c’est surprenant. Hélas, nous avons beau avancer très lentement dans notre voyage, il ne nous sera pas possible d’être encore dans les parages fin juin quand commencera le festival.

 

521h1 Pino Latronico à Ravello

 

521h2 Ravello, exposition Pino Latronico

 

Il faut ressortir pour accéder à la chapelle de la villa, désormais ouvrant directement sur la rue et ayant complètement perdu non seulement son usage religieux mais également son aspect, car elle a été transformée en salle d’exposition, accueillant essentiellement de l’art contemporain. Nous allons donc y jeter un coup d’œil, et nous avons la chance de tomber sur des œuvres originales, intéressantes, pleines d’humour en même temps que de créativité. Et l’artiste, Pino Latronico, est là. À une jeune femme qui lui a posé une question, il explique ses intentions, ses méthodes, son travail. J’écoute, c’est passionnant, quoique je ne comprenne pas tout, hélas. Puis Natacha et moi essayons de nous adresser à lui, de converser, mais quand on ne possède pas une langue étrangère il est encore plus difficile de s’exprimer que de comprendre. Mais lui, patient, gentil, disponible, essaie aussi de son côté de nous comprendre et de nous répondre. Puis il nous donne à chacun un catalogue de son exposition et il accepte de mettre à chacun un petit mot de dédicace. Et il y ajoute un dessin, à la fois en virtuose et en humoriste. Merci, et bravo, Monsieur Latronico. Du grand art et beaucoup d’humanité.

 

521i Ravello, duomo

 

Quittant l’exposition et la chapelle Rufolo, nous nous trouvons sur la place du Duomo. Le petit guide de visite remis à l’entrée de la villa au moment de l’achat des billets se conclut en disant que, quittant la villa, "on emporte en soi la même fascination qui a enchanté des Anjou à Boccace, de Gregorovius à Wagner, de Neville Reid à Lawrence, de Jacqueline Kennedy à Hillary Clinton, de Gore Vidal à Maurice Béjart".

 

521j1 Ravello, duomo 

 

Dans le Duomo (la cathédrale), il n’y a pas cette profusion d’or que l’on a pris l’habitude d’admirer ailleurs. Néanmoins, on peut remarquer, à droite, une très belle chaire plantée sur de hauts pieds… sans escalier d’accès.

 

 

521j2 Ravello, duomo

 

Sur le côté gauche, fait face à la chaire un ambon lui aussi en marqueterie de marbre, comme un peu inspiré du travail des Cosmates à Rome. Il est, de plus, décoré de part et d’autre de monstres marins avalant un homme, par les pieds à gauche, seuls la tête et le torse émergeant de la gueule du monstre, dans l’autre sens à droite, où l’on n’aperçoit que deux jambes humaines. Ce ne peut être que l’histoire de Jonas, mais je ne m’explique pas bien cette double représentation. À moins que d’un côté Jonas ne soit avalé, et de l’autre recraché. Ce qui suppose qu’il s’est retourné à l’intérieur de l’estomac, gymnastique malaisée dans un espace aussi étroit. Mais laissons là ces considérations bassement pratiques, pour apprécier le dessin, à la fois élégant et amusant.

 

521j3 Ravello, duomo, icône Vierge de Constantinople

 

Ne quittons pas la cathédrale sans avoir admiré, dans le bras gauche du transept, cette merveilleuse icône. Près d’elle, une note explique que c’est l’œuvre d’un artiste inconnu de Constantinople qui l’a réalisée au début du douzième siècle. Puis elle a été envoyée de Constantinople à Kiev, en Ukraine, cadeau de mariage de l’empereur Constantin au prince de Kiev pour son mariage, en 1131. Mais peu d’années après, le prince André Bogoljubski s’en empara et la transporta à Vladimir. Et puis, Moscou ayant échappé à une invasion en 1395, cette représentation de la Vierge fut transférée solennellement dans cette ville en action de grâces pour son intercession. Natacha me dit l’avoir vue à Moscou, dans la galerie Tretiakov. La note parle de son histoire comme si nous avions l'authentique sous les yeux, et il est certain qu'elle semble originale. Ce qu'elle ne précise pas , c’est si l’icône a été prêtée par Moscou pour un temps, ou si à une date et pour un motif non précisés, une copie ancienne a été donnée à la cathédrale de Ravello, ou encore si –ce qui est l’hypothèse la plus vraisemblable– ce n’est qu’une copie tout à fait moderne de l’original. Mais si tel est le cas, la copie étant de qualité, on peut cependant apprécier pleinement la beauté de l’œuvre.

 

 

En effet, j’aime beaucoup cette icône où Marie, le visage grave et songeur, plein de spiritualité, exprime toute sa tendresse à l’Enfant Jésus en appuyant sa joue contre la sienne, mais on voit qu’elle est en même temps marquée par la tristesse de savoir qu’elle le perdra. Richesse extrême du regard. Jésus, lui, n’est pas non plus le bébé souriant que l’on représente souvent, il est sérieux, mais il regarde sa mère avec une intensité émouvante et par sa main gauche qui apparaît sur le cou de Marie on voit qu’il a passé son bras autour d’elle. De sa main gauche ouverte, Marie montre la voie que Jésus va suivre. Dans cette représentation d’une image très conventionnelle, l’artiste a réussi à rendre à la fois toute l’humanité de cette tendresse, de cette complicité entre une mère et son enfant, tout le drame de l’annonce de la Passion et de la mort du Christ, et enfin toute la spiritualité de la signification de cette vie et de cette mort suivie de la Résurrection. Marie est revêtue du maphorion, ce grand manteau que portaient les femmes mariées en Palestine à l’époque de Jésus lorsqu’elles sortaient en public, tandis que Jésus porte la simple tunique longue, le chiton qui venait de l’usage grec, retenu à la taille par une ceinture.

 

 

C’est ainsi que nous allons conclure notre visite de la Côte Amalfitaine. Nous nous rendons ensuite à Salerne, où il y aurait des merveilles à voir, mais il est déjà un peu tard, et nous sommes pris dans de terribles bouchons en ce retour de week-end du dimanche soir. Il va nous falloir plus d’une heure pour nous en dépêtrer. Et puis de toute façon, nous avons beau être dans notre baby voiture de louage, nous n’avons pas vu une seule place de stationnement, tout le long des rues les voitures étant garées en double, voire en triple file. Nous reprenons donc l’autoroute en direction de notre camping de Pompéi, non sans plus de vingt minutes de queue au péage. Mais qu’importe, nous préférons penser à tout ce que nous avons vu, œuvres de la nature et œuvres humaines.

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Published by Thierry Jamard
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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 22:02

Cette merveilleuse côte Amalfitaine, qui est interdite aux camping-cars (discrimination illégale selon la législation européenne, si une camionnette de même longueur et de même poids est autorisée et si les occupants du camping-car ne se comportent pas en campeurs mais roulent sur la route comme n’importe quel automobiliste), nous devons pourtant la voir de près. Nous avons donc loué une petite voiture.

 

 518a Notre Toyota IQ samedi et dimanche

 

À présent, une page de pub. Une petite Toyota IQ, chez Hertz à Sorrento, c’est 72 Euros par jour, quel que soit le jour de la semaine. En consultant le site de

(ou en remplaçant le .com par .fr pour tomber directement sur la page en français), j’ai trouvé cette voiture ("Fiat Panda ou équivalent") pour… 56 Euros ce week-end (deux jours). 144–56=88 Euros d’économie. Et comme cette entreprise allemande n’a pas un seul véhicule à louer, elle sous-traite avec les grands loueurs, si bien que cette voiture était louée par Hertz de Sorrento. La même, avec le même contrat. Fin de la page de pub. Non rémunérée.

 

518b1 La Côte Amalfitaine

 

La péninsule ferme la baie de Naples au sud. Au bout de cette côte, regardant vers Naples et le nord, c’est Sorrento, où nous nous rendons par le train, Circumvesuviana. Amalfi, qui donne son nom à la côte, est au milieu de la côte sud de cette péninsule extrêmement montagneuse. Et pour suivre toute cette côte d’ouest en est nous commençons par franchir la montagne. Ce n’est pas encore la côte, mais c’est déjà magnifique.

 

 

518b2 La Côte Amalfitaine

 

Mais nous voici maintenant en vue de la mer. La route se déroule tout là-haut au bord de la falaise, permettant des échappées qui valent le coup d’œil. Il n’est malheureusement pas toujours possible de s’arrêter, même avec cette toute petite voiture, parce que la route est étroite, en lacets, sans bas-côté et sans parkings panoramiques pour touristes admiratifs. Mais quand même, de loin en loin, il y a une petite aire de stationnement où se trouve déjà la camionnette d’un vendeur de fruits. Double avantage : possibilité d’admirer le paysage en prenant des photos et rafraîchissement de fruits agréables.

 

518c Arrivée sur Praiano

 

Longtemps avant l’entrée dans Positano, les bords de la route sont occupés par des voitures en stationnement (interdit et dangereux). Pas une seule place. Nous sommes contraints de continuer notre route sans nous arrêter. C’est quand même trop bête. Nous voici maintenant à Praiano. Et là, dans une petite rue en forte montée, des places de stationnement dont beaucoup sont libres sont peintes sur le sol et elles sont parfaitement légales parce qu’il y a des parcmètres. Cela vaut la peine de mettre quelques Euros dedans et d’être tranquille.

 

518d1 Praiano, église San Gennaro

 

Sur une vaste place en contrebas de la route, l’église de Praiano est consacrée à San Gennaro, le saint patron de Naples dont le sang se liquéfie quand il sort en procession, et qui est vénéré un peu partout dans les environs.

 

518d2 Praiano, église San Gennaro

 

De face, on ne voit pas ce dôme de l’église, typique des églises de cette côte, décoré d’écailles en terre vernissée. Mais en y regardant bien, on l’aperçoit sur ma photo précédente, quand on voit la ville d’en haut.

 

518d3a Praiano, église San Gennaro

 

518d3b Praiano, église San Gennaro

 

Les lourdes portes de bronze sont décorées de scènes de la vie de San Gennaro. En voici deux. Sur la première, où le saint est livré dans l’amphithéâtre à des lions affamés, on voit les fauves se coucher docilement à ses pieds. J’ai du mal à imaginer que pour son supplice ses bourreaux l’aient laissé porter sa mitre d’évêque ! Et d’ailleurs, je n’ai pas la moindre idée de la date à laquelle cet ornement est devenu l’attribut épiscopal, mais je ne suis pas sûr du tout qu’il ait existé à l’époque de san Gennaro.

 

Sur la seconde photo, il est évidemment mort puisqu’un angelot porte les ampoules contenant le sang recueilli lors de sa décapitation. Lui avance, de dos, sa mitre sur la tête et sa crosse à la main.

 

518d3c Praiano, église San Gennaro

 

Sur chacun des deux battants de chacune des deux portes latérales est fixé un buste d’évangéliste. C’est surprenant mais c’est une idée intéressante et originale. Mais tous quatre se ressemblent fort, et ils sont privés de leurs symboles, l’aigle, le bœuf, le lion et l’homme. Il a fallu que l’artiste grave leur nom sous leur effigie. Peu importe, ça me plaît bien.

 

518d4 Praiano, église San Gennaro

 

La région a une spécialité de carrelages, c’est pourquoi le cloître de Santa Chiara en est tout revêtu, c’est pourquoi les dômes des églises de cette côte en sont ornés, et ici nous voyons que le sol de l’église en est également décoré.

 

518d5 Praiano, église San Gennaro

 

Ceci semble être une chaire, mais elle est en bois, elle est mobile, et le plus curieux est qu’elle n’est pourvue d’aucun escalier, d’aucune échelle. Comment le prêtre y accède-t-il pour prêcher, c’est un mystère. D’ailleurs, même si l’on y applique une échelle, ce ne doit pas être commode car, pas plus que d’escalier, cette chaire ne dispose d’une porte.

 

519a1 Positano

 

519a2 Positano

 

Parce qu’il est trop bête de venir ici pour la seconde fois et, pour la seconde fois, de repartir sans avoir vu Positano, laissant là notre petite Toyota nous prenons un bus qui nous y ramène, sept kilomètres en arrière. La ville est lovée dans un creux de la montagne, et s’étage presque verticalement vers la mer.

 

519a3 Positano

 

Il est surprenant de voir les immeubles s’entasser les uns au-dessus de autres, serrés, et vus d’ici on ne comprend pas bien comment on peut y avoir accès, tant l’espace horizontal entre eux est inexistant, ou presque. On remarque aussi le dôme de l’église, avec ses tuiles vernissées.

 

519b Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

Nous visiterons bientôt Pæstum, un peu plus au sud, anciennement Poseidonia. Or, au dixième siècle, les Sarrasins sont là, ils dévastent Poseidonia et en terrorisent les habitants. Pour sauver leur peau, certains s’enfuient et trouvent refuge dans ce pli de la montagne où ils s’installent, donnant naissance à Positano. Il y avait là une abbaye bénédictine dont l’église était dédiée à Santa Maria Assunta, Sainte Marie Montée aux Cieux, ou Sainte Marie de l’Assomption. L’amplifiant, les habitants de Positano en firent leur église. Et puis à l’époque baroque, comme en témoigne ce dôme, elle a été complètement reconstruite. Entre temps, la paroisse avait absorbé une autre église, aujourd’hui détruite, dédiée à San Vito, aussi l’église actuelle porte-t-elle les deux noms.

 

519c Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

La nef, les bas-côtés, l’abside, le chœur, et jusqu’au dallage, il ne subsiste rien de l’église médiévale.

 

519d Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

519e Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

Le sud du pays a connu une grande vogue des Vierges à l’Enfant (Vergine con Bambino). Celle-ci, au-dessus du maître-autel, Madonna Regina con Bambino, n’est pas aussi antique que pourraient le laisser penser la position hiératique de face et la profusion de l’or. Par ailleurs, le tissu des vêtements retombe en plis plus souples et plus doux que ce n’était l’usage dans les icônes les plus anciennes.

 

 Quant à ce tableau, que n’accompagne aucune légende explicative, je le trouve amusant. En effet, il s’agit d’une sorte d’intronisation de la Madone de l’icône, que l’on reconnaît très bien. C’est une Madone Reine, aussi est-elle comme une reine, sous un dais, sur une estrade haute de cinq marches. L’officiant qui la couronne, quoiqu’en blanc, ne doit pas être le pape, car il est coiffé non de la tiare mais d’une mitre, et un prêtre (en soutane noire) tient à la main une crosse à laquelle il n’a pas droit, ce doit donc être celle de l’évêque officiant. À gauche, on voit quelques religieuses, des femmes et, tenant à la main des fleurs de lys qu’elles vont ensuite déposer aux pieds de la Madone, des petites filles et des jeunes filles. À droite, il y a aussi quelques femmes, un chœur de petits garçons qui ont la bouche ouverte et qui sont donc manifestement en train de chanter un cantique et, en dehors des prêtres, tout à droite, un seul homme, comme il y en a également un, et un seul, à gauche près du pilier. La dévotion masculine semble bien limitée dès qu’est passé l’âge d’être un enfant de chœur habillé de rouge.

 

520a Amalfi selon Renato Fucini

 

Nous reprenons le bus pour Praiano, en perdant beaucoup de temps parce que nous l’attendons cinquante minutes au milieu d’une foule qui se densifie de minute en minute, si bien que lorsqu’il arrive enfin il ne pourra entasser, serrés comme des sardines en boîte, que la moitié des candidats au voyage. Heureusement pour nous, nous avons pu y accéder. Reprenant la voiture, nous montons vers Amalfi. Parking plein, aucune place. Finalement, c’est sur le port, à quelque distance, que nous trouvons un parking offrant encore quelques places libres. Mais malheureux touristes de l’été lorsque les grandes foules se déplacent pour les vacances, je suppose qu’ils n’ont plus qu’à repartir sans avoir vu Amalfi.

 

Là, à l’entrée de la ville, cette plaque nous convainc qu’Amalfi, c’est comme le Paradis terrestre : "Le jour du Jugement, pour les Amalfitains qui entreront au Paradis, sera un jour comme tous les autres" (Renato Fucini).

 

520b1 Amalfi

 

520b2 Amalfi

 

Amalfi est, elle aussi, une petite ville lovée au creux de la montagne, descendant en étages vers la mer, avec son petit port. C’est joli, coquet, élégant. Et l’ambiance est riche, très riche.

 

520c Amalfi, ruelle

 

La ville elle-même est ancienne et typique, elle a conservé nombre de ses rues du Moyen-Âge, ruelles, escaliers, passages couverts comme des tunnels. Elle était autrefois traversée par la rivière Canneto, mais dès l’époque angevine, dans les années 70 du treizième siècle, elle a été couverte et au-dessus d’elle se sont constituées une rue et une vaste place.

 

520d1 Amalfi, duomo

 

520d2 Amalfi, duomo

 

520d3 Amalfi, duomo

 

Un bâtiment très intéressant d’Amalfi est son Duomo, la cathédrale Sant’Andrea qui date du neuvième siècle, même si elle a été remaniée et agrandie par la suite. Son escalier monumental la situe bien haut, dominant la place et la ville. Sa façade en vaste portique, tant par ses formes architecturales que par sa polychromie, est très orientale d’aspect. Non seulement le passage des Sarrasins n’a pas été sans laisser de traces, mais la côte de la région en général, et Amalfi en particulier, ont depuis toujours tissé des liens d’échanges commerciaux et culturels avec tout le bassin méditerranéen, et en ont subi de multiples influences artistiques et architecturales.

 

Le campanile, lui, est resté inchangé depuis les origines de la cathédrale.

 

520e Amalfi, duomo

 

On pénètre usuellement dans le Duomo par une porte latérale sous le portique, mais au centre, le grand portail de bronze qui reste fermé est magnifique. Sa porte date du onzième siècle, et elle vient de Constantinople. Entre les dévots qui caressent le Christ qui y est représenté avant de se signer et les touristes qui veulent toucher cet endroit poli par les contacts, innombrables sont les mains qui, jour après jour, effacent peu à peu son effigie qui disparaît "d’une marche invisible et sûre", comme dit Sully Prudhomme.

 

520f1 Amalfi, duomo

 

520f2 Amalfi, duomo

 

Lorsque l’on entre, ce n’est pas tant la nef en elle-même qui surprend, mais surtout l’or de son plafond. Il en ruisselle, au point qu’il en éteint presque les fresques qui y sont insérées.

 

520g1 Amalfi, duomo

 

On remarque encore dans cette cathédrale un très bel ambon de marbre qui supporte un grand aigle de saint Jean, les ailes largement déployées. Dans le chœur comme dans les bas-côtés il y a quelques peintures intéressantes, mais qui ne m’ont pas réellement impressionné. Donc, je passe.

 

520g2 Amalfi, duomo

 

En revanche, cette Pietà a retenu mon attention. Je ne peux pas dire que j’en adore le style, avec ce Christ tout sanguinolent, mais je trouve que dans le genre réaliste son auteur a mis toute la gomme. Jésus a été flagellé, frappé, giflé, il est tombé trois fois, aussi est-il logique, si l’on n’opte pas pour une représentation stylisée, de représenter son corps meurtri. Les plaies sanguinolentes, les bleus, les écorchures, apparaissent sur tout son corps, son visage est tuméfié. Comme, en outre, on ne se l’imagine pas trop en bon vivant, aimant la bonne chère et sirotant avec délices son verre de vin quoiqu’il ait jugé souhaitable, lors des noces de Cana, de changer l’eau en un excellent vin, comme, par ailleurs, une semaine auparavant il terminait quarante jours de retraite dans le désert, il devait, lors de sa Passion, être mince et svelte, aussi le sculpteur l’a-t-il représenté extrêmement maigre et efflanqué, les côtes saillant sous la peau, les jambes, les cuisses, les bras presque décharnés. Cela en fait une image impressionnante. Quant à Marie, tout en noir jusqu’à sa couronne de Reine des Cieux, mais en habit de cour que je situe, au jugé, fin seizième, début dix-septième siècle (ce pourrait être la tenue de la Reine Margot, je pense), elle ne porte pas son fils sur ses genoux, mais elle le veille, elle est éplorée, son mouchoir à la main, et elle s’adresse à Dieu, on voit comment elle lève les yeux vers le ciel, et ses bras sont ouverts en signe de prière et d’imploration. Son visage est ravagé par la douleur. Je trouve tout cela remarquablement exprimé.

 

520h Amalfi, acteur célèbre

 

En ressortant de la cathédrale, nous redescendons sur la place et nous nous attablons à la terrasse d’un bar pour nous rafraîchir. Sur l’escalier du Duomo et en bas sur la place, ont été installés des projecteurs, ainsi que de grosses boîtes qui, avec leur nom de "fog" et quelque chose, doivent être des machines à produire de la fumée. Enfin, au bas des marches, deux hommes sont en train de monter une grosse caméra sur son trépied. Et tandis que nous sirotons notre citron pressé, un couple s’approche, passe auprès de notre table pour aller s’installer à une table à l’intérieur, mais soudain une nuée de jouvencelles venues je ne sais d’où se jettent sur lui, délaissant complètement la femme qui l’accompagne. Lui, souriant, aimable, patient, accepte de se prêter à leur jeu et se laisse photographier, à coup de petit appareil numérique ou de téléphone portable, en compagnie de l’une ou de l’autre. Son visage me dit quelque chose, mais je suis incapable de mettre un nom dessus. Nous posons la question au garçon quand il vient se faire payer, il nous dit que c’est une vedette de la télévision, mais qu’il ne se rappelle pas son nom. Ce soir, sur Google, j’ai cherché des images d’acteurs italiens, et je ne l’ai reconnu nulle part. Nous resterons donc sur notre faim. Si j’ai le bonheur que quelqu’un me lise et l’identifie…

 

520i1 Amalfi, film à la cathédrale

 

Nous restons un peu à regarder, parce que maintenant notre acteur, qui s’est passé de boire au café, ou alors peut-être un espresso au zinc en un instant, part retrouver les techniciens. Et nous assistons à des répétitions. Un homme qui a passé un bon moment à bricoler quelque chose dans le clocher redescend en rappel, non sans effectuer quelques figures de danse aérienne. Il tournoie dans l’air, il court de gauche à droite à l’horizontale sur la façade, il fait des pirouettes.

 

520i2 Amalfi, film à la cathédrale

 

Sur les marches, un homme en échasses est tenu à la taille par deux fortes cordes et derrière lui, de part et d’autre, un homme et une femme tiennent l’autre extrémité des cordes et les agitent avec violence, comme pour déséquilibrer celui qui descend l’escalier sur ses échasses.

 

Nous restons un moment à regarder, mais vu la disposition du système d’éclairage, il est probable que ce n’est pas pour compléter ou pour équilibrer la lumière naturelle, mais bien plutôt pour commencer à tourner à la nuit. Aussi décidons-nous de rentrer sans attendre la réalisation des prises de vues. Demain, nous reviendrons. Pas ici exactement, mais tout près, à Ravello, pour finir notre visite de la Côte Amalfitaine.

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 01:02

517a Cumes, la côte

 

 

À l’âge du bronze tardif et à l’âge du fer, cet endroit où nous sommes aujourd’hui était habité d’un village de cabanes. Mais au huitième siècle, en Grèce, les structures aristocratiques de la société ne permettant pas aux classes sociales nouvelles, agriculteurs enrichis, commerçants, navigateurs, de trouver la place qu’ils revendiquent, une grave crise sociale se fait jour, qui pousse certains à l’expatriation pour y rechercher leur accomplissement personnel. Ainsi, en 730 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire un quart de siècle après la fondation légendaire de Rome par Romulus (753), des Grecs de l’île d’Eubée (cette immense île toute en longueur, parallèle à la côte est, de Delphes à Athènes) viennent établir en cet endroit une colonie, KUMÈ. C’est le tout début de l’installation de colons grecs à l’ouest de la Grèce proprement dite, Cumes étant la deuxième colonie par ordre chronologique. Le choix de l’emplacement est dû au fait que les Grecs d’Eubée connaissaient l’endroit. En effet, on a trace d’un comptoir qu’ils avaient établi en 770 pour échanger des produits de luxe de leur artisanat contre le fer de l’île d’Ischia. Excellents navigateurs, les Grecs ont de toute façon systématiquement établi leurs colonies sur des côtes. Cette base maritime-ci leur permet de faire voile aisément vers l’ouest et le nord pour commercer.

 

Ils ont alors de nombreux contacts avec les Étrusques, contacts parfois belliqueux parce que les Étrusques auraient bien aimé étendre leur puissance vers le sud, Cumes, Naples… En 421, la ville est prise par les Osques Samnites.

 

517b Cumes, la ville d'époque romaine

 

Les Romains voulant lutter contre les envahisseurs, les Grecs de Cumes se font leurs alliés, ce qui leur vaut, en 334, d’obtenir la citoyenneté romaine (sans toutefois le droit de vote). C’est un honneur, c’est un avantage, mais c’est le début de l’assimilation et de la romanisation. L’empereur Auguste fait de Cumes un bastion contre les pirates qui écument la Méditerranée. Ma photo ci-dessus montre quelques ruines de la cité d’époque romaine.

 

517c Cumes, Arco Felice

 

La ville est desservie par la via Domitiana, la route de Domitien, dont il reste quelques dizaines de mètres seulement, précisément là où les enjambe cet arc, l’Arco Felice, ici vu du haut de l’acropole, mais la circulation automobile passe dessous, foulant les pavés romains et créant un embouteillage permanent parce que le trafic est intense et que l’arche est trop étroite pour que s’y croisent deux véhicules. Au sixième siècle de notre ère, Cumes est devenue un important centre chrétien, où s’opposèrent violemment Goths et Byzantins. Elle fut dominée par les Lombards, et de là tomba sous la coupe du Duc de Naples. En 915, ce sont les Sarrasins qui y font une incursion, et Cumes devient un repaire de pirates, jusqu’à ce qu’en 1207 les armées napolitaines y mettent un terme.

 

517d Cumes, accès au site

 

Nous pénétrons sur le site archéologique de l’acropole. On traverse d’abord un couloir creusé dans la roche dans l’Antiquité, en direction de ce que l’on appelle l’Antre de la Sibylle.

 

517e1 Cumes, antre de la Sibylle

 

L’Antre de la Sibylle, c’est cette longue galerie à section hexagonale, presque en trapèze tant les angles des côtés se rapprochent des 180°. De loin en loin, la paroi de droite est percée d’ouvertures qui permettent d’éclairer l’intérieur. Découvert et fouillé en 1925, ce couloir a été identifié comme le lieu décrit par les littératures grecque puis romaine où la Sibylle résidait et officiait, mais depuis on s’est rendu compte que cette interprétation, qui était romantique et évocatrice, devait hélas être abandonnée. C’est vers la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ ou au tout début du cinquième que les urbanistes ont creusé dans le tuf cette voie qui reliait commodément le port au forum. Les paléochrétiens lui ôtèrent ce rôle de chemin de transit, et creusèrent à son extrémité des niches (photos ci-dessous) pour en faire des sépultures. Et puis au cours de la guerre gréco-gothique, au sixième siècle, un éboulement de la voûte a fait abandonner puis oublier le lieu jusqu’à sa redécouverte au vingtième siècle.

 

517e2 Cumes, antre de la Sibylle

 

517e3 Cumes, antre de la Sibylle

 

La Sibylle est une vierge, prophétesse d’Apollon. Mais apprendre d’Apollon le secret de la divination n’est pas sans risques. On se souvient que Cassandre, la fille du roi de Troie Priam, devait accorder ses faveurs au dieu s’il lui apprenait la divination. Mais, une fois instruite, elle s’enfuit à toutes jambes. Dépité, Apollon lui jeta un sort qui fit que les révélations de Cassandre, qui prédisaient la vérité car il n’était pas possible de lui enlever ce savoir acquis, n’étaient crues de personne. Maintenant, c’est la Sibylle de Cumes qui demande au dieu, en échange de son travail à son service dans cet antre, de lui donner l’éternité. Vœu accordé. Mais elle avait oublié de demander la jeunesse qui va avec, de sorte qu’au bout de mille ans elle est toute ratatinée et percluse. Le Satiricon, de Pétrone, est un roman qui montre les bas-fonds de Rome, ses mœurs dépravées, ses croyances ridicules, et il ne faut donc pas prendre tout à fait au sérieux la description qui y est donnée de la Sibylle de Cumes desséchée, minuscule, enfermée dans une bouteille et implorant la venue de la mort.

 

Dans l’Énéide, Virgile raconte qu’Énée ayant quitté Troie après le désastre et l’incendie de sa ville et ayant abordé en Campanie se serait rendu à Cumes pour consulter la Sibylle dans son antre. Elle aurait prophétisé à son emplacement habituel, dans les chambres situées au bout de la galerie (photos ci-dessus), et lui aurait prédit son rôle d’ancêtre d’une grande civilisation : Rome. Mais on a vu tout à l’heure que ces chambres étaient en réalité largement postérieures et faisaient office de cimetière.

 

517f1 Cumes, disque divinatoire

 

Ma photo reproduit un placard explicatif situé sur le site. L’objet représenté appartient à une collection privée. Ce petit disque de bronze mesure 8,2 centimètres de diamètre, pèse 39,4 grammes et date du milieu du septième siècle avant Jésus-Christ, ce qui en fait la plus ancienne trace d’inscription grecque de Cumes, et l’une des plus anciennes pour tout le domaine grec depuis la disparition de l’écriture syllabique dite linéaire B des civilisations mycénienne ou crétoise, d’où son exceptionnel intérêt archéologique. L’inscription portée dessus, en spirale, a été gravée de droite à gauche (comme l’écriture sémitique). Je ne suis pas bon pour le déchiffrement épigraphique, mais là ce n’est pas difficile. Le texte dit, en grec de dialecte ionien comme en Eubée "Héra ne [te] permet pas de consulter de nouveau l’oracle". À cette époque encore, un panier contenait des disques comme celui-ci. Que ce soit à Delphes ou à Cumes, le consultant y plongeait la main et en retirait un, dont le choix lui avait été inspiré par le dieu, en principe Apollon, mais on voit que Héra, qui met son nez partout, pouvait aussi s’en mêler. Dessus il lisait la réponse à sa question, qui était souvent (à la différence d’ici) rédigée en langage "sibyllin". Ce n’est que plus tard, et progressivement, que la méthode du tirage de "sorts" a été remplacée par le dieu lui-même qui, descendant dans le corps de la Pythie de Delphes ou dans celui de la Sibylle de Cumes, les faisait entrer en transe et parlait par leur bouche, proférant des paroles tout aussi "sibyllines", sinon plus encore, que celles qui étaient gravées sur les sorts. Les prêtres, ensuite, se chargeaient de les interpréter et de les expliquer.

 

517f2 Cumes, calendrier lunaire

 

Très intéressante trace archéologique aussi, que ces marques gravées dans la paroi extérieure du prétendu Antre de la Sibylle. En effet, gravés de gauche à droite, vingt bâtons verticaux sont suivis de neuf autres, juste en-dessous et gravés de droite à gauche comme c’était le cas très fréquent sur tablette d’argile afin de ne pas lever la main en fin de ligne, une ligne sur deux étant de gauche à droite, alternant avec une ligne de droite à gauche. Cette méthode était appelée "boustrophédon", où, même non helléniste, on peut reconnaître le bœuf dans bou, et l’idée de tourner dans la strophe (en poésie, à la fin de chaque strophe on recommence avec la suivante, quand on apostrophe quelqu’un c’est pour le faire se retourner, une catastrophe c’est lorsque le destin se renverse, etc.). En écrivant boustrophédon, on fait donc comme les bœufs traçant des sillons dans un champ et qui tournent en arrivant à la limite pour tracer le sillon suivant dans l’autre sens. Ne pas lever la main de la tablette se comprend, mais lorsqu’il s’agit de gravure sur pierre cela manifeste seulement une habitude de scribe.

 

Ces 29 marques représentent un mois lunaire synodique de 29 jours. L’année, de 12 mois, faisait 348 jours. Ailleurs, mais nous n’y avons pas eu accès, un autre calendrier lunaire, sidéral celui-là, compte treize mois. Près de lui est gravée une forme de fuseau symbolisant une vulve, dont le rythme menstruel suit le rythme lunaire et qui symbolise la fécondité, en accord avec le culte d’Isis rendu autrefois à proximité. Découverts en 1972 pour celui de ma photo et en 1992 et 1995 pour les autres gravures, ces calendriers datent du dernier tiers du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

517g1 Cumes, voie romaine

 

517g2 Cumes, voie romaine

 

En cheminant sur cette agréable voie romaine et en traversant un belvédère d’ou j’ai pu prendre la photo de la côte de Cumes que je publie en tête du présent article, on arrive au sommet de l’acropole.

 

517h1 Cumes, temple de Jupiter

 

Là se dressent quelques ruines du temple de Jupiter. Les énormes blocs de la base sont d’époque grecque, mais les restes de murs sont d’époque romaine. Puis les paléochrétiens en ont fait une église qui, désaffectée dès le Haut Moyen-Âge, n’a pas permis que l’édifice soit maintenu en état.

 

517h2 Cumes, temple de Jupiter

 

On peut cependant voir encore cette curieuse construction que l’on pourrait prendre pour le baptistère paléochrétien, mais il n’en est rien parce que d’une part les pierres qui en constituent la base ont été appareillées à l’époque grecque, et parce que d’autre part c’est un puits trop profond pour cet usage et qui ne comporte aucun accès sur sa périphérie, ce qui suppose que l’on ne pouvait y accéder que par un orifice au milieu du toit dont des traces ont été détectées.

 

517h3 Cumes, temple de Jupiter

 

Encore une vue de ce temple de Jupiter, avant de prendre en sens inverse le chemin vers l’antre de la Sibylle et la sortie.

 

517i1 Cumes, temple d'Apollon

 

517i2 Cumes, temple d'Apollon

 

Tout à l’heure en montant, nous n’avions pas prêté attention au fait que derrière quelques pierres sur le côté du chemin se cachait le temple d’Apollon. Pas de temple d’Apollon alors que la Sibylle est là auprès (car, même si ce que nous avons vu comme étant son antre ne l’était pas réellement, il est sûr qu’une Sibylle, quelque part à Cumes, était l’interprète du dieu Apollon pour prédire l’avenir), ce serait un comble. Ce temple aussi a été transformé en église paléochrétienne, puis désaffecté, abandonné, et à présent seuls en restent quelques vestiges en piteux état.

 

517i3 Cumes, temple d'Apollon

 

En revanche, à la différence de ce que nous avons vu dans le temple de Jupiter, ceci est un baptistère. On voit la différence : il n’est pas fermé, il n’est pas profond. Mais je le trouve bien vaste, et je me demande si l’on n’y pratiquait pas de baptêmes collectifs.

 

Après avoir foulé, à Cumes, le sol du sanctuaire du dieu de la divination, il ne nous reste plus qu’à repartir. Nous explorons un peu, en camping-car, les environs pour nous fixer les idées, avec l’intention bien ferme de revenir, en nous basant dans les environs, pour approfondir notre visite des Champs Phlégréens.

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 00:19

516a1 Herculanum

 

 

L’éruption du Vésuve en 79 avant Jésus-Christ a détruit Pompéi (que nous avons visitée les 24 et 25 avril), Stabies (là où Pline l’Ancien a trouvé la mort, actuellement Castellammare di Stabia), et aussi Herculanum. C’est là que nous nous rendons aujourd’hui. Sur la photo ci-dessus, on voit que la ville moderne s’est construite en harmonie avec la ville antique que pourtant elle ne connaissait pas puisqu’elle était enfouie.

 

516a2 Herculanum

 

516a3 Ercolano

 

Enfouie sous les cendres volcaniques. À la différence de Pompéi, qui se trouvait à quelques kilomètres de la mer, Herculanum se développait jusqu’à la plage. Elle était donc pratiquement au niveau de la mer. Maintenant, elle est à 14 mètres sous le niveau de la route et de la ville. Quatorze mètres d’épaisseur de cendres volcaniques, de pierres, de scories vomies par le Vésuve. En creusant un puits, au dix-huitième siècle, on a découvert le théâtre. Mais on n’a pas fouillé. Plus tard, quand des fouilles ont été entreprises, elles ont été menées là où on supposait se trouver le centre de la ville. Mais c’est long, c’est difficile, c’est très coûteux, de sorte que le théâtre n’est toujours pas dégagé. Et même dans le centre ville, on voit la façade de la basilique (où siégeaient les juges), mais le corps de bâtiment est toujours sous sa chape de cendres.

 

Sur mes photos, on voit à la fois que la ville est profondément située sous le niveau actuel sur lequel j’évolue, appareil en main, et aussi que les rues sont très modernes, avec trottoirs, pavement plus régulier qu’à Pompéi, etc. On voit aussi que la couche de cendres qui s’est révélée protectrice a été ici beaucoup plus épaisse qu’à Pompéi parce que les bâtiments ont été nettement mieux conservés. À Pompéi des multitudes de fresques (situées en rez-de-chaussée), de lampes à huile, de poteries, de matériel de cuisine, de monnaies, d’objets divers tels qu’instruments de chirurgie, outils d’ouvriers et d’artisans, ou autres, ont été retrouvés et enrichissent le Musée Archéologique National de Naples. Herculanum, ville beaucoup plus petite et moins peuplée, n’a pas fourni autant d’objets de la vie quotidienne, mais elle montre mieux au visiteur le cadre de vie des Romains du premier siècle après Jésus-Christ.

 

516a4 Ercolano

 

Encore une vue prise d’en haut. Sur la gauche, on voit cinq échoppes donnant sur la rue, et sur leur toit en terrasse une cour, avec en son centre une statue d’un personnage qui semble être un empereur. Il n’est pas possible d’approcher suffisamment pour que je puisse tenter de l’identifier. Descendons maintenant dans la ville ancienne.

 

516b1 Herculanum, thermopolium

 

516b2 Herculanum, thermopolium

 

Comme à Pompéi, on rencontre ici un thermopolium, ce genre de restaurant qui fonctionne comme une cafétéria en proposant des plats cuisinés maintenus au chaud dans de grandes jarres de terre cuite. Il y a même plusieurs établissements de ce genre, et j’ai trouvé intéressant de prendre une photo de cet autre thermopolium qui est brisé, parce qu’il permet de voir la forme de ces cuves. Le plat était préparé et conservé dans un autre récipient plus petit que l’on glissait dans celui-ci, et dont le col évasé l’empêchait de tomber au fond. Le second récipient bouchait le trou du premier, et la couche d’air maintenue entre les deux fonctionnait selon le principe de la bouteille Thermos actuelle.

 

516b3 Herculanum, Prix du vin

 

Nous voyons ici la façade d’un bar. Le patron a peint sur le mur le prix des consommations à la cruche, à lire en "as" comme unité de monnaie. Les couleurs symbolisent le type de vin, mais je ne suis pas capable de dire comment. La troisième cruche, à coup sûr, propose un vin rouge à 4 as (avec quatre bâtons, et non un bâton et un V, mais cette graphie était fréquente). La dernière à droite est très bon marché, 2 as seulement, et si c’était aujourd’hui je dirais que c’est de l’eau minérale parce qu’elle semble contenir un liquide incolore, mais je n’ai pas souvenir d’avoir lu dans un texte latin que l’on vendait de l’eau minérale, l’eau des canalisations étant toujours de l’eau de source captée et acheminée par aqueduc en pente continue puisque l’on ne disposait pas de pompes pour la puiser dans les lacs ou les rivières et la faire remonter sur la rive et dans les maisons. Quant à la première cruche, grise, dont le prix est abîmé, peu lisible, et la seconde, bleue, à 3 as, à chacun d’imaginer ce qu’elles pouvaient contenir.

 

516b4 Herculanum, Blanchisserie

 

Nous voici à présent dans une blanchisserie. Le linge était mis à tremper dans ces grandes jarres avec une décoction contenant de l’urine dont l’acide était censé manger les taches. Plaisant. Nous sommes très précisément à la fin du règne de Vespasien (69-79 après Jésus-Christ), celui qui a décidé de prélever une taxe sur le liquide recueilli dans les toilettes publiques par les blanchisseurs et qui, lorsqu’on lui a objecté que ce n’était pas une élégante façon de collecter des fonds, a répondu que "l’argent n’a pas d’odeur". Cette cuve a donc été remplie avec un produit sur lequel le patron du lieu a dû payer une taxe.

 

516c Herculanum, WC privés

 

Ce n’est pas volontaire si j’enchaîne ici avec les lieux d’aisance. Mais j’en ai fini avec les commerces, je passe à l’agencement des maisons, et la photo sur ce thème que j’ai chronologiquement prise la première est celle-ci. La plupart des gens fréquentaient les latrines publiques, et cela pour bien des raisons. D’abord, c’était un lieu de rencontre, les orifices sur lesquels on s’asseyait étaient percés les uns à côté des autres sans séparation, de sorte que c’était convivial, si je peux m’exprimer ainsi, et que les gens s’y rendaient de conserve pour y discuter le coup. D’autre part, c’était malodorant, et mieux valait ne pas subir cet inconvénient chez soi. Et enfin le système d’évacuation (sans chasse d’eau) était aléatoire. Par conséquent, on trouve rarement des WC dans les maisons privées, même riches puisque le coût n’était pas le seul élément à freiner leur diffusion. Ces cabinets de ma photo, dans une maison particulière, sont donc une rareté. En revanche, pour un simple petit pipi il y avait une évacuation prévue, presque toujours… dans la cuisine. Les normes d’hygiène n’étaient pas encore ce qu’elles sont, et la méthode HACCP n’était pas en vigueur !

 

516d Herculanum, Four domestique

 

Et donc, près du lieu de ma photo précédente, on trouve ce four. Nous avons déjà vu à Pompéi des fours de boulanger. Il y en a aussi ici à Herculanum. Mais celui-ci est petit, il appartient à une maison particulière.

 

516e Herculanum, support lampe huile

 

À une époque où l’éclairage public n’était pas prévu, en tous cas pas à Herculanum, et où, bien évidemment, on n’avait pas de lampe de poche électrique, se déplacer la nuit pouvait poser des problèmes. Ainsi, ce propriétaire a-t-il placé près de sa porte une petite colonne destinée à supporter la lampe à huile qui permettait de mettre sa clé dans la serrure, ou d’accueillir ses invités. Pour moi, quand j’ai vu ce petit support, je l’ai ressenti comme un bout de la vie des habitants du lieu. Ce n’est pas un objet usuel placé dans la vitrine d’un musée, c’est une intention personnelle d’un individu.

 

516f Herculanum, Puits sur citerne de l'impluvium

 

Les immeubles de rapport, "insulæ", étaient répartis en appartements, souvent autour d’une cour. Les demeures privées individuelles étaient également construites autour d’une pièce centrale, l’atrium, généralement couverte d’un toit dont les pentes sont convergentes vers le centre qui, lui, n’est pas couvert, créant un trou, "compluvium", c’est-à-dire "endroit où se concentre la pluie". Cette eau de pluie était ainsi recueillie dans un bassin au dessous, "impluvium", c’est-à-dire "endroit où est gardée la pluie". Le trop plein s’écoule dans une citerne sous le sol, et un puits comme celui de ma photo permet de puiser l’eau ainsi stockée. Il n’y avait pas de poulie pour remonter le récipient plein d’eau, aussi la corde glissait-elle contre le rebord de pierre du puits, sur la face intérieure plus que sur la margelle. Même sur ma photo de petite taille, on voit les cannelures creusées par les passages répétés de la corde. Je ne parle pas, bien sûr, des cannelures du fût, qui sont décoratives, mais des sillons des bords intérieurs.

 

516g1 Herculanum, cordes

 

Dans l’une des maisons, on a retrouvé cette corde tressée, bien proprement enroulée. Je comprends que l’on ne puisse pas laisser sur place tous les objets que l’on retrouve, pour les mettre à l’abri, à la fois des variations atmosphériques et des voleurs ou des vandales, mais ce que l’on peut laisser sur place a une signification tout autre, bien plus forte, que l’objet transporté dans un musée et présenté sous vitrine avec un éclairage dirigé et une petite étiquette explicative.

 

516g2 Herculanum, lit

 

Il en va de même de ce lit qui est conservé dans la maison où ont vécu les propriétaires, où ils ont dormi, où ils sont morts. La maison n’a pas brûlé, mais les cendres brûlantes ont consumé tout ce qui était en tissu. Reste l’armature métallique du lit, dans la chambre à coucher.

 

516g3 Herculanum, amphores

 

Selon leur forme, les amphores contenaient du vin, de l’huile, de l’eau, des grains. Beaucoup ont été retrouvées intactes lors des fouilles, et ont été laissées à Herculanum, seulement regroupées ici ou là. Les unes, à fond pointu, étaient destinées à être partiellement enterrées pour leur assurer la stabilité, elles servaient à stocker les produits, et d’autres, plus petites, sont à fond plat pour être posées sur une table et pour verser commodément leur contenu.

 

516h1 Herculanum, poutre calcinée

 

Si la maison où l’on a retrouvé le lit avait brûlé, la chaleur de l’incendie aurait fait fondre le métal lui-même et l’on n’aurait rien retrouvé. En revanche, cette maison-ci a pris feu. Les cendres étaient très chaudes, et certaines particules étaient incandescentes. Certains incendies se sont donc déclarés ici ou là. Voici une poutre calcinée, non pas en combustion lente comme le charbon de bois, mais dans le feu.

 

516h2 Herculanum, tuyauteries

 

À très faible profondeur couraient ces canalisations de plomb. On voit une dérivation vers une maison. Dans les corps retrouvés, les savants ont effectué toutes sortes d’investigations, et ils ont identifié fréquemment des traces de saturnisme. On sait aujourd’hui que c’est le plomb qui provoque cette maladie, et c’est pourquoi l’alimentation en eau de nos robinets se fait par tuyaux de cuivre. Mais le fait que dans les vieilles maisons on trouve encore des canalisations d’eau en plomb démontre clairement qu’il aura fallu attendre le vingtième siècle pour faire le lien entre plomb et saturnisme.

 

516i1 Herculanum, tableau nature morte

 

Parmi les peintures décoratives retrouvées, je choisis de montrer cette fresque, parce qu’une nature morte est une pure intention d’artiste, tandis que derrière les représentations mythologiques il y a une intention religieuse, derrière les paysages il y a le désir d’évoquer un lieu, etc. Le touriste photographie sa femme faisant un grand sourire artificiel sur fond de tour de Pise, les rochers battus par la mer sur la côte bretonne, pas la coupe contenant tomates, poivrons, aulx qu’il aura spécialement garnie, plaçant à côté d’elle sur le meuble un poivron et une tête d’ail pour équilibrer la composition.

 

516i2 Herculanum, mosaïque

 

Si l’animal représenté ici est une biche, sans aucun doute c’est la déesse Diane qui est auprès d’elle et l’apprivoise. Mais peut-être est-ce une chèvre parce qu’elle a des cornes bien que son corps ressemble davantage à celui d’une biche. Or cette femme n’est pas en tenue de paysanne. Qu’importe, après tout, parce que je trouve cette œuvre agréable à regarder, élégante, jolie.

 

516i3 Ercolano

 

Cette fois-ci, nous sommes à coup sûr dans un sujet mythologique. Lequel, je ne sais pas, mais ces personnages ne sont pas dans la vie réelle. Je n’aime pas cette décoration tellement chargée, aux couleurs criardes, et si je l’ai choisie ici c’est pour montrer que certains Romains pouvaient avoir des goûts kitsch.

 

516i4 Ercolano

 

516i5 Ercolano

 

Ces niches décorées étaient destinées à recevoir des statues de divinités. Au sommet de ce monument, des masques très expressifs tels que celui-ci complétaient la décoration. Il est rare que les sculptures aient conservé des traces de leur polychromie. En effet, pour peindre une fresque, on applique la couleur sur l’enduit encore humide, de sorte que les pigments pénètrent à l’intérieur. Au contraire, la peinture appliquée sur la pierre ne constituera jamais qu’une couverture qui reste extérieure, et que les ans, les contacts, l’atmosphère, détériorent et finissent par éliminer. Mais ici, sous la cendre volcanique…

 

516k1 Ercolano, terme uomini

 

Nous arrivons aux thermes pour hommes. Dès la première salle, une vasque permet des ablutions sommaires.

 

516k2 Herculanum, thermes hommes

 

Dans cette salle, des séparations sont prévues sur la tablette en béton qui court autour des murs. C’est là que chacun peut déposer ses vêtements et ses effets personnels.

 

516k3 Herculanum, thermes hommes

 

516k4 Herculanum, thermes hommes

 

Enfin, nous passons aux bains proprement dits, avec une salle pour les bains chauds et une salle pour les bains froids.

 

516k5 Ercolano terme donne

 

Les thermes pour femmes sont situés ailleurs, dans d’autres bâtiments. Mais comme chez les hommes nous voyons ici un vestiaire, avec des séparations pour que chacune, à défaut de casier individuel, retrouve aisément ses affaires.

 

516k6 Herculanum, thermes femmes

 

Dans l’une des salles des thermes pour femmes, ce beau banc de pierre repose sur des pieds qui, détail amusant, sont en forme de pieds de femme.

 

516k7a Herculanum, thermes femmes

 

Enfin, nous nous trouvons dans une salle dont le sol est fait de cette somptueuse mosaïque aux formes géométriques de grecques entrelacées et de carrés emboîtés.

 

516k7b Herculanum, thermes femmes

 

516k7c Herculanum, thermes femmes

 

516k7d Herculanum, thermes femmes

 

Dans chaque carré est figuré un symbole. Relevons-en quelques uns. La première de mes photos montre le trident de Neptune, le dieu de la mer. Lui-même, ou son trident, ou ses noces avec Amphitrite, sont des sujets récurrents dans les thermes, lieux aquatiques par excellence, quoique l’eau en soit douce. Sur ma seconde photo, cette hélice représente le soleil. Après le bain fantasmé dans la mer, ces dames rêvent de s’étendre au soleil pour une douce sieste. Quant à ma troisième photo… oh, shocking ! L’imagination de ces dames ne les porte pas qu’à la mer et au soleil. Il faut croire qu’elles connaissaient déjà cette chanson, par leurs surfs sur YouTube. À tout hasard, je vous en communique le lien… Mais moi, profondément choqué (comme on peut l’imaginer), je préfère mettre un terme à cet article.

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 23:51

 

515a1 Sorrento, chiesa del Carmine

 

 

Le train que nous prenons à Pompéi à une centaine de mètres de notre camping pour aller à Naples, c’est la Circumvesuviana qui vient de Sorrento, et à Pompéi nous sommes à peu près à mi-distance entre les deux terminus. Eh bien aujourd’hui nous prenons ce train en direction de Sorrento pour voir à quoi ressemble cette ville au bout d’une grande presqu’île qui ferme la baie de Naples au sud. Ceci est, dans une encoignure de rue, l’église du Carmen (chiesa del Carmine).

 

 

515a2 Sorrento, chiesa del Carmine

 

 

Un détail de la façade, cette Vierge à l’Enfant. Les visages ne sont pas jolis, la sculpture n’est pas fine, mais il y a de la tendresse dans cette façon qu’a Jésus de prendre dans sa main le visage de sa mère pour coller sa joue contre la sienne.

 

515b Sorrento, chiesa del Carmine

 

 

Un petit tour à l’intérieur, juste pour voir à quoi il ressemble, et nous repartons.

 

515c Sorrento, Le Tasse

 

 

Sorrento est la ville du Tasse, où il est né en 1544, où il a passé des années de sa vie. Nous nous rappelons cependant qu’il n’y est pas mort et qu’il n’y a pas été enterré puisque le 27 mars nous étions dans le monastère où il a fini ses jours (en 1595) et où se trouve sa sépulture, à Rome. Mais dans la ville qui lui a donné naissance il n’est pas étonnant de trouver sa statue en place d’honneur en plein centre de la cité.

 

515d1 Sorrento, Le Tasse

 

 

515d2 Sorrento, Il Tasso

 

 

On peut encore voir sa maison un peu en retrait du centre, en un emplacement merveilleux au sommet de la falaise, un côté face à la mer, l’autre sur une jolie petite place. Aujourd’hui, c’est devenu un hôtel. Sans aucun doute, aux nécessaires dispositions naturelles du génie la vue quotidienne d’un tel panorama dès l’enfance doit ajouter l’inspiration poétique. Après tout, je peux rêver que si, au lieu de rentrer dans notre camping-car ce soir, nous décidions de résider dans cet hôtel, je publierais peut-être la semaine prochaine les premières pages de mes œuvres, qui graveraient mon nom dans le marbre de l’éternité. Pour ne pas faire d’ombre à Torquato Tasso je préfère rentrer ce soir à Pompéi avec ma modestie.

 

515e Sorrento, Il Tasso

 

 

Dans une rue non loin, le mur porte cette plaque qui dit que "Dans cette maison qui appartenait autrefois à la famille Sersale, a habité pendant quelques mois de l’année 1577 Torquato Tasso, fuyant, dédaigné des princes et de la fortune, réconforté par l’affection de sa sœur Cornelia".

 

515f Sorrento, Ibsen

 

 

Je voulais en finir avec les traces laissées par Le Tasse dans cette ville avant de revenir au bâtiment où il est né. Parce que sur un mur de ce même hôtel, mais sur la façade opposée à celle des balcons sur la mer et qui donne sur une petite rue, une plaque évoque un tout autre personnage, le dramaturge norvégien Ibsen (1828-1906) : "Ici, sous le soleil, Henrik Ibsen, se lamentant sur les destinées obscures de l’homme, a écrit Les Spectres en l’an 1881". Je me rappelle que cet auteur que j’aime beaucoup depuis que, petit adolescent, je l’ai découvert en lisant Maison de poupée et un peu plus tard Peer Gynt, est né à Skien et a vécu à Grimstad. En établissant notre itinéraire à travers l’Europe, j’ai prévu dans le sud de la Norvège d’aller de Kristiansand à Heddal et Kongsberg, sans décider encore si nous passerions par la grand-route traversant les deux villes d’Ibsen ou si nous prendrions la route touristique, splendide paraît-il, qui part droit vers le nord. Mais j’ignorais totalement le séjour du grand homme en Italie et, qui plus est, à Sorrento précisément.

 

515g Sorrento, cathédrale

 

 

Ensuite, nous arrivons à la cathédrale du quinzième siècle.

 

515h Sorrento, cathédrale

 

 

Sa nef longue et étroite, flanquée de deux bas-côtés, est couverte d’une voûte décorée de très belles peintures, mais ce n’est pas ce qui en fait l’originalité.

 

515i1 Sorrento, cathédrale

 

 

515i2 Sorrento, cathédrale

 

 

515i3 Sorrento, cathédrale

 

 

En effet, Sorrento ayant une spécialité en marqueterie, les panneaux du portail d’entrée sont décorés de scènes d’une extrême finesse, toutes en marqueterie. Dans les boutiques qui se pressent en rangs serrés dans la ruelle commerçante qui retient les touristes comme des mouches sur un papier collant, on peut acheter des tableaux de toutes dimensions réalisés par des ébénistes du coin, plus artisans qu’artistes. Ceux de la cathédrale sont de meilleur niveau.

 

515j Sorrento, cathédrale

 

 

À l’intérieur, le Chemin de Croix lui-même est réalisé en marqueterie. Visiblement il n’est pas du même artiste que le portail, l’auteur de ces stations étant plus coloriste. Les teintes sont plus riches, elles s’opposent plus fortement, donnant plus de relief au dessin. Il est vrai aussi que, même si le portail est partiellement protégé du soleil par le porche sous lequel il est situé, la lumière a pu le décolorer, tandis que le Chemin de Croix, fixé à des murs noyés dans la relative pénombre des bas-côtés, n’a pas risqué de subir l’action des rayons trop lumineux.

 

515k1 Sorrento

 

 

515k2 Sorrento

 

 

Comme je le disais, Sorrento est construite au bout d’une longue presqu’île, sur un promontoire rocheux. La première de ces deux photos est prise de la place où est situé l’hôtel du Tasse, en me penchant au-dessus de la rambarde. On se rend compte combien haute est la falaise et à quel point elle est verticale. La seconde photo est prise plus loin en ville, là où la rue principale franchit sur un viaduc une autre rue qui mène au port. Pour aller de la ville haute vers le niveau de la mer, il a fallu creuser à vif dans la roche, ce qui fait que les constructions, de part et d’autre, sont accrochées en haut d’une paroi verticale et se regardent au-dessus d’un précipice.

 

515k3 Le Vésuve, vu de Sorrento

 

 

Nous nous sommes arrêtés un moment à prendre un pot sur la terrasse du bar d’un restaurant qui surplombe la mer. N’arrivant pas à comprendre, en regardant ma carte, quelle île nous avions devant nous avec ce gros cône volcanique, Capri devant être cachée à nos regards, sur la gauche, par la pointe de la presqu’île, et Ischia elle-même devant être nettement plus à gauche, j’ai posé la question au garçon. Non, ce n’est pas une île, mais la côte basse, de part et d’autre du volcan, est noyée dans le nuage. La baie de Naples est profonde et, en face de nous, c’est le Vésuve, avec un seul cône parce que sous cet angle le premier cache le second. Chaque jour plus surprenante, cette merveilleuse baie de Naples.

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 23:30

514a Christ voilé, Naples, Cappella Sansevero

 

 Nous nous rendons à la chapelle Sansevero pour voir une sculpture merveilleuse, le Christ voilé. Et, évidemment, photo interdite. Mais il est, à mon avis, si exceptionnel que je ne peux faire l’impasse. Je ne peux que scanner la photo que nous achetons et qui, pour le prix où elle est vendue, est de très mauvaise qualité. Pour le fond noir, plein de taches et de grain, je l’ai retouché pour le faire en noir uni, mais je ne peux modifier la statue.

 

Cette œuvre de Giuseppe Sanmartino réalisée en 1753 et sculptée dans le marbre donne l’impression, même de près, que la pierre du voile est transparente. Posé au milieu de la salle (la chapelle n’est plus lieu de culte, on a seulement la sensation d’être dans une salle de musée), ce Christ semble réel. Il est impressionnant. Sa position, la tête renversée sur le coussin, le visage tourné sur le côté, visage qui a trouvé la sérénité du repos de la mort après les souffrances de la Passion, cela vous plonge dans le drame calme de la situation. Combien de temps je suis resté en contemplation devant cette sculpture, je ne saurais le dire, longtemps, très longtemps, c’est le genre d’œuvre qui vous marque.

 

Il y a aussi d’autres choses intéressantes à voir, et parmi elles j’ai été frappé par une autre statue voilée, d’un autre sculpteur (Antonio Corradini) et antérieure au Christ voilé (1752),qui est une représentation symbolique de la Pudeur. Mais puisque je ne peux la montrer, je tourne la page.

 

514b1 Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Il y a quelques jours, en passant devant le théâtre San Carlo où, le 14 mai, il y a à peine une semaine, nous avons assisté à la représentation de La Veuve joyeuse, nous sommes tombés en arrêt devant cette affiche. Le programme "Musique et autre dans le foyer" proposait, pour ce soir 20 mai, un "apéritif spectacle" intitulé Voyage à travers les langues d’Europe, parce que les œuvres interprétées sont de Puccini, Mozart, Wagner, Bizet, Prokofiev, Dvorak, Gershwin, Verdi. Un large échantillon d’Europe, en effet. Convaincu que, même au foyer, le prix devait être coquet puisqu’il y avait apéritif, je me suis contenté d’imaginer les chœurs dans mon oreille. Natacha, elle, est allée quand même demander le tarif. Tarif unique, non placé, 12 Euros. Pas un centime de plus.

 

514b2 Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Nous avons sauté sur l’occasion et, ce soir, nous sommes de nouveau dans ce beau théâtre, mais au foyer, c’est-à-dire la vaste salle fumoir et bar, dont une partie a été équipée d’une estrade en guise de scène, quelques rangées de chaises en face (fort peu, en considération du prix si modique et de la population de l’agglomération napolitaine), les deux autres tiers de la salle permettant de prendre l’apéritif. Le sommelier servait le mousseux (disons le champagne italien, c’est plus élégant) sans compter, un garçon passait avec des plats d’amuse-gueule et d’autres plats étaient disposés sur le comptoir du bar. Les gens se servaient abondamment, nous les avons imités parce que c’était très bon. Et puis nous sommes allés nous asseoir de l’autre côté.

 

514c Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

514d Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Le chef d’orchestre, directeur des chœurs, Salvatore Caputo, est excellent. Extrêmement simple et direct, il commentait en quelques mots, avant chaque œuvre, ce que nous allions entendre. À la fin, Natacha est allée lui parler, et puis je suis allé la rejoindre auprès de lui, il est très sympathique, très naturel, et il a beau être un artiste de haute qualité il ne joue pas les divas. Bravo.

 

La pièce est grande pour un foyer, mais fort petite pour une salle de concert. Les voix, dans cet espace, prenaient une ampleur incroyable, c’était splendide. Natacha et moi avons été tous les deux enthousiasmés. Par ce que nous avons entendu, pas pour avoir eu un bon apéritif dans un cadre agréable pour pas cher. Enfin... pas seulement.

 

514e Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

J’ai parlé des chœurs, de leur directeur, je dois aussi citer un personnage essentiel, c’est le pianiste. Il s’appelle Riccardo Fiorentino.

 

514f Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Et puis deux morceaux ont été interprétés par des solistes, la soprano Margherita De Angelis et la mezzo-soprano Annamaria Napolitano (qui a interprété le morceau français, la Carmen de Bizet).

 

514g1 Naples, Pausilippe

 

514g2 Napoli, Posilippo

 

Après le concert, nous étions bien, alors nous n’avons pas voulu rentrer tout de suite, nous sommes allés traîner près de la mer, du côté du port de Santa Lucia et du Castel dell’Ovo. De là, on a une vue splendide sur la baie et, vers le nord, sur la pointe qui ferme la baie, du côté des Champs Phlégréens. Nous y sommes restés jusqu'à la nuit noire. Ce que l’on voit, c’est l’agréable et aristocratique Pausilippe. Ce nom ne peut manquer de faire vibrer en moi les vers de Gérard de Nerval :

 

          Je suis le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé,

          Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie

          Ma seule étoile est morte et mon luth constellé

          Porte le soleil noir de la mélancolie.

 

          Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,

          Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

          La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé

          Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

 

Dois-je citer ici les deux dernières strophes ? Elles font allusion aux Champs Phlégréens que nous visiterons probablement avant de quitter Naples et sa région. Mais aussi elles font allusion à cette petite presqu’île où nous sommes, celle du Castel dell’Ovo, au creux de laquelle a été retrouvé le corps noyé de la sirène Parthénope, qui avait aimé Ulysse mais n’avait pas été aimée en retour et qui, de désespoir, s’était jetée à la mer. Tant pis, je me répéterai concernant l’Achéron.

 

          Suis-je Amour ou Phébus ? Lusignan ou Biron ?

          Mon front est rouge encor du baiser de la reine.

          J’ai rêvé dans la grotte où nage la Sirène

 

          Et j’ai, deux fois vainqueur, traversé l’Achéron,

          Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

          Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

 

J’adore ce sonnet. J’ai, en son temps, travaillé à décrypter toutes les allusions assez hermétiques qu’il contient, vers par vers, mot par mot. C’est fabuleux, passionnant, mais cela lui retire aussi, peut-être, de son charme. Aussi, ne craignez rien, je ne le ferai pas ici et j’en reviens à des considérations plus prosaïques. En effet, le retour vers la gare n’ayant aucun charme, nous avons préféré prendre le bus.

 

514h1 Naples, Slowacki

 

514h2 Naples, Slowacki

 

Mais ce bus, nous l’avons attendu longtemps, environ une demi-heure, ce qui nous a laissé amplement le temps de découvrir, sur le mur en face de l’arrêt, la plaque ci-dessus, qui dit en italien et en polonais que "ici, en 1836, a habité le poète polonais Jules Slowacki". Natacha exultait parce qu’elle l’apprécie énormément, elle exultait plus que moi car (oserai-je l’avouer ?) jusqu’à ce soir où elle m’en a cité des extraits et où elle m’a parlé de lui, il n’était pour moi qu’un nom que je situais vaguement "quelque part dans le dix-neuvième siècle". Autant dire que son séjour à Naples… Je suis donc, pour ma part, resté essentiellement ce soir sur la musique que je garde dans mes oreilles pour accompagner l’autre musique, celle des vers de Nerval, tandis que Natacha la partage avec ses souvenirs de Slowacki.

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 23:57

 

511a1 Naples, lycée Victor Emmanuel II

 

Hier, rue Saint Sébastien, nous sommes passés devant la porte fermée du lycée d’État Victor Emmanuel II. Beau portail ancien, mais qui ne paie pas de mine parce que le mur est sale et que sa peinture s’écaille, parce que la porte disparaît sous les tags. Mais aujourd’hui le portail était ouvert sur une cour en bien meilleur état et sur un porche où nous avons lu quatre grandes plaques de marbre.

 

511a2 Naples, lycée Victor Emmanuel II

 

Il est dit que dans le couvent des sœurs dominicaines fermé en 1807 par le roi Joseph Bonaparte a été installé en 1808 le collège royal de musique de Saint Sébastien. Ici, Vincenzo Bellini, élève de la Grande École de Musique Napolitaine de 1819 à 1826, composa ses premières œuvres. Et puis par un décret du 15 septembre 1826, le roi François I de Bourbon a transféré ailleurs cette école de musique.

 

Le 30 octobre 1860, il a été décidé d’ouvrir un gymnase (au sens allemand du terme, soit ce que nous appelons un lycée) dans ce qui fut la maison et le collège des pères jésuites. Le premier lycée-gymnase laïc de la ville et du Midi (Mezzogiorno) de l’Italie unie a été inauguré le 10 mars 1861 par le Conseiller à l’Instruction Publique, dans l’église de Saint Sébastien. Que le premier lycée laïc soit inauguré à l’église par le représentant de l’État paraît surprenant…

 

En un jour de fonctionnement scolaire et sans invitation, nous n’osons pas nous aventurer plus loin. D’autant que moi, avec mon petit sac à dos, mon polo, et tous deux avec nos appareils photo, ne pourrions être pris pour une famille d’élève venue se renseigner sur son travail et son comportement.

 

511b1 Naples, Santa Chiara

 

Nous étions venus à Santa Chiara le premier mai lors de la célébration de saint Gennaro, le patron de Naples dont le sang s’est liquéfié, mais étant donné la cérémonie nous n’avions pas pu la visiter. Lacune réparée aujourd’hui. Le roi Robert d’Anjou, sur les instances de sa femme Sancie de Majorque, fait construire ce complexe qui sera occupé dès l’origine (il a été consacré en 1340) par des religieux des deux sexes, à savoir des Clarisses et des Frères Mineurs. Le Gesù Nuovo est presque en face de Santa Chiara et nous avons vu hier qu’une énorme bombe incendiaire avait touché cette église mais n’avait pas explosé. Santa Chiara a été victime du même bombardement en 1943, mais avec beaucoup moins de chance parce que l’église a brûlé, et les fresques du merveilleux Giotto dont ses murs étaient couverts ont disparu dans l’incendie. La façade du bâtiment est presque la seule partie restée intacte. Les Jésuites du Gesù rendent grâce à Dieu d’avoir épargné leur église, sans doute alors Jésus était-il en froid, là-haut dans le Ciel, avec la vilaine sainte Claire, s’il a décidé d’y dévier les bombes incendiaires.

 

511b2 Naples, Santa Chiara

 

Comme on le voit sur la photo, l’église est un immense espace rectangulaire sans abside et à nef unique, avec dix chapelles s’ouvrant sur chacun des côtés de la nef. Ce choix d’architecture est caractéristique des églises du Midi. Le mur du chœur étant plat, il dégage une vaste surface sur laquelle on peut adosser des sépultures.

 

511c Naples, Santa Chiara, tombeau de Robert le Sage

 

511d Naples, Santa Chiara, tombeau de Robert le Sage

 

C’est ainsi que le roi qui a construit cette église, Robert d’Anjou dit Robert le Sage, a son monument funéraire derrière l’autel, sur le mur du fond. Ce monument a été sculpté en 1343-1345.

 

511e Naples, Santa Chiara, sépulcre de Marie de Valois

 

Sur le côté droit se trouve la sépulture de Marie de Valois, réalisée en 1333-1338. En effet, cette église a été choisie pour être celle de la dynastie des Bourbons, branche d’Anjou, qui ont longtemps régné sur les Deux-Siciles. Elle a vu leurs couronnements, elle contient leurs restes. Nombreux sont ceux qui sont enterrés dans la première chapelle à droite du chœur, ainsi que dans la crypte.

 

512a Naples, Santa Chiara, cloître

 

Si l’église ne manque pas d’intérêt, en particulier pour la signification historique qu’elle porte, c’est surtout pour son cloître qu’elle vaut la visite. Même s’il est extrêmement désagréable d’y être suivi presque pas à pas par un gardien, comme si l’on voulait recouvrir de tags les fresques des murs ou emporter les carrelages décoratifs pour les coller au-dessus de son évier. Ce n’est même pas pour vous lancer un "No photo !" agressif, parce que la photo y est complètement légale et absolument autorisée.

 

Sur la photo ci-dessus, on sent l’ambiance de ce cloître, et l’on voit comment sont peints à fresque les voûtes et les murs, et on aperçoit comment côté jardin, sous les colonnades, les murets sont revêtus de carrelages.

 

512b Naples, Santa Chiara, cloître

 

512c Naples, Santa Chiara, cloître

 

Je ne montre ici que deux détails de fresques. Sur l’une, c’est saint François d’Assise qui prend la patte de son frère le loup, lequel avec lui est doux comme un agneau. Sur l’autre, c’est saint Onuphre (sant’Onofrio) dans le désert, là où il a vécu seulement vêtu de sa barbe et de ses cheveux. Nous avons vu son histoire lorsque nous avons visité le monastère qui lui est consacré à Rome, sur le Janicule, le 27 mars dernier.

 

512d Naples, Santa Chiara, cloître

 

512e Naples, Santa Chiara, cloître

 

Je me suis limité pour la nombre des peintures, parce que c’est moins original que ces carrelages, dont j’ai envie de montrer de nombreuses scènes. Ici, c’est la vie de tous les jours, sur la première vue on a une arche naturelle qui enjambe une calme rivière, sur le bord de laquelle un pêcheur trempe sa ligne, de même qu’un autre juché au sommet de l’arche, tout à droite et en haut de la photo. Deux autres sont en barque à rames près de la berge.

 

La seconde photo représente un paysage de collines plus accidenté, un chien qui bondit devant un chasseur fusil sur l’épaule, un homme qui se promène en donnant la main à son jeune fils, à gauche deux autres discutent.

 

512f Naples, Santa Chiara, cloître

 

Ici, nous sommes dans une atmosphère beaucoup plus exotique. Je ne sais pas où exactement ni pourquoi, mais on distingue, devant une grande tente au tissu à larges rayures colorées, un homme en djellaba parlant avec deux hommes à la peau brune et vêtus d’un pagne minimum. Les arbres, eux, n’ont pas l’air exotiques. Peut-être s’agit-il d’une représentation de la région où nous sommes, mais à l’époque de la domination sarrasine. Simple hypothèse de ma part.

 

512g Naples, Santa Chiara, cloître

 

Des îlots montagneux, une terre ravinée, un seul arbre bien maigre et couché par le vent, j’ai l’impression que nous sommes loin de Naples vers le nord et que ces îles montagneuses ne sont pas Ischia ou Capri. Mais sans doute cette galère vient-elle apporter d’Italie son chargement humain ou ses denrées manufacturées.

 

512h Naples, Santa Chiara, cloître

 

Nous sommes revenus en Campanie. Au loin, derrière la maison, on reconnaît les hauts cyprès effilés du midi méditerranéen. Les vêtements sont ceux d’ici à la campagne dans les siècles passés. Un gamin grimpe au mât de cocagne, tandis que plusieurs hommes le montrent du doigt et qu’un autre enfant, assis au sol, le regarde avec admiration ou envie.

 

512i Naples, Santa Chiara, cloître

 

Le Vésuve a enseveli ses alentours à de nombreuses reprises ; au nord de Naples, aux Champs Phlégréens, une haute colline a surgi de terre en 1538 suite à de violents tremblements de terre et à une éruption volcanique ; quand la terre bouge d’énormes quartiers de falaises s’effondrent dans la mer, les raz de marée sont la conséquence de ces mouvements multiples et provoquent des naufrages. Cette vue montre un navire en train de sombrer dans d’immenses vagues tandis qu’un bloc de falaise se détache et tombe dans la mer, au pied d’un château moyenâgeux. Sur la côte, deux hommes contemplent le désastre. Ces carreaux sont hélas en assez mauvais état.

 

512j Naples, Santa Chiara, cloître

 

Mais ce n’est pas tout. Un cloître, c’est un portique autour d’un jardin, mais il y a jardin et jardin. Celui-ci est coupé par deux allées qui se croisent à angle droit en son centre, pour dessiner symboliquement une croix. Et ces allées sont bordées de colonnes et de murets, le tout également décoré de carrelages. Tout du long, sous les murets et à la croisée des allées, des bancs permettent de se reposer (pas pour les visiteurs).

 

512k Naples, Santa Chiara, cloître

 

Voici une scène de village. Plusieurs maisons, une table dressée sur laquelle quelqu’un apporte des plats, un musicien avec sa mandoline, un homme et une femme qui dansent, et là-haut, sur le toit, un chat noir se promène et observe la scène.

 

512L Naples, Santa Chiara, cloître

 

Ailleurs, c’est un jardin bien ordonné, des carrés délimités, au fond une fontaine. Là, les gens travaillent. Cela ressemble à un jardin de plantes médicinales comme on les représente dans les monastères au Moyen-Âge, et comme c’est la mode de les reconstituer. Sauf erreur, il y en a un à Villandry, dans ce château de la Loire.

 

512m Naples, Santa Chiara, cloître

 

Mais ce que je trouve le plus amusant –et là je préfère cadrer sur un petit détail de la scène pour que ce soit bien visible– c’est cette religieuse au bord du bassin d’une fontaine qui apporte dans un panier de la nourriture pour des chats. Eux sont nombreux, l’un s’agrippe indiscrètement à sa robe, un autre est dressé sur ses pattes de derrière pour attraper au vol ce qu’elle leur lance, trois sont en train de manger au sol ce qu’ils ont pris, tandis qu’un retardataire arrive en courant.

 

Ces scènes, faites des petits riens de la vie quotidienne, des travaux agricoles, des moments de détente ou de fête, de personnages ou de lieux exotiques, d’aventures ou de catastrophes, sont toutes remplies de détails saisis sur le vif, de mouvement, parfois d’humour, et le tout est varié, coloré, ce sont de véritables petits tableaux. Nous restons là… jusqu’à ce qu’on nous mette dehors.

 

513a1 Naples, San Domenico Maggiore

 

San Domenico Maggiore. Nous sommes déjà passés plusieurs fois devant cette église, nous avons même pris un café à une terrasse installée sur la place, face à un bâtiment de l’université, mais nous n’avons pas visité l’intérieur.

 

513a2 Naples, San Domenico Maggiore

 

Pourtant, rien qu’à voir sa façade, on se rend compte qu’elle est originale. Cette grosse tour hexagonale, son entrée sur le côté au haut d’un escalier, décalée par rapport à la nef, le panneau en bas qui dit qu’elle a été construite de 1283 à 1324, tout cela nous incite à aller la voir de plus près. Et puisqu’elle ne ferme pas aussi tôt que le cloître de Santa Chiara, allons-y.

 

513b Naples, San Domenico Maggiore

 

L’unique entrée de l’église est donc latérale. On accède d’abord à cette chapelle, qui sur son flanc droit donne sur le bas du bas-côté gauche de l’église.

 

513c Naples, San Domenico Maggiore

 

513d Naples, San Domenico Maggiore

 

Et l’on débouche dans la nef. De l’extérieur, on a l’impression que c’est une petite église. Il n’en est rien. Au bout, l’architecture de l’abside est typiquement dans le style de la période angevine, et dans le chœur l’autel –qui date de 1652– est flanqué de deux chaires. Le violent tremblement de terre de 1688 a fortement endommagé l’autel et les chaires, et la restauration qui a suivi a donné lieu à une décoration nouvelle, qui n’a pas tenté de restituer l’ancienne, d’où un style mixte.

 

513e Naples, San Domenico Maggiore

 

513f Naples, San Domenico Maggiore

 

Au-dessus de l’autel de cette chapelle on aperçoit le crucifix, ou plutôt la représentation peinte de Jésus crucifié, dont je mets aussi une photo en gros plan. Voici le texte d’un panonceau d’information placé devant lui (je le reproduis textuellement, en italien, parce que sa traduction tombe sous le sens) : "Prodigiosa immagine di Gesù crocifisso che parlò a san Tommaso d’Aquino".

 

513g Naples, San Domenico Maggiore

 

Pietro Cavallini (1273-1321), peintre romain arrivé à Naples en 1308, a pris leçon pour construire son langage pictural sur Giotto, et il a certainement connu l’activité de Cimabue à Rome. En 1309, le cardinal Brancaccio lui commande la décoration à fresque de la chapelle qu’il a acquise dans cette église. Sur la fresque que j’ai choisie pour cette photo, on voit la "Crucifixion de saint André et le préfet Ægeas étranglé par le démon". Après avoir vu à Rome tant de représentations de ce supplice sur des "croix de saint André" en X, je suis étonné de cette croix de forme traditionnelle, comme celle du Christ et des deux larrons, ou même celle de saint Pierre qui était identique mais tête en bas. Cela dit, l’atmosphère dramatique est excellemment rendue avec cette grande robe noire dont est revêtu André ligoté sur sa croix, cette terre noire et ce ciel sombre, ce gros rocher marron foncé, et le démon, bien sûr. Le soldat, à droite, avec sa tunique claire, sa cape de couleur vive, rappelle les teintes de la vie, celle du bâtiment, et aussi celle des anges qui accueillent le saint au Paradis. Mais il est effrayé de ce qui se passe, il est le bourreau ou celui qui a commandé les bourreaux sur ordre du préfet. L’expressivité du personnage est remarquable. Je le cite lui, parce qu’il est plus difficile de rendre, en peinture, ce genre de sentiment que la souffrance du supplicié, ou la mort du préfet étranglé.

 

513h Naples, San Domenico Maggiore, sacristie

 

Terminons notre visite de San Domenico Maggiore avec un petit coup d’œil à la sacristie, qui est traitée comme une chapelle, avec un autel.

 

513i Naples, Goethe dans galerie Umberto

 

Après cette visite, nous retournons vers un quartier que nous connaissons bien pour y être allés souvent et que nous aimons bien, celui du théâtre San Carlo et du palais royal. Nous avons aussi à aller dans la galerie Umberto I parce que là se trouve une boutique de notre marque de carte SIM et nous allons pouvoir acheter des unités pour notre téléphone italien. Bien souvent nous avons traversé cette galerie, mais jamais encore nous n’avions remarqué une plaque située très haut et qui dit que là, dans des rues désormais démolies et qui faisaient face au Vésuve, se trouvait la maison où Goethe a habité en 1787. Il a donc fallu détruire ces rues pour ouvrir cette galerie un siècle plus tard (l’inauguration date de 1890). Nous avons visité deux fois l’appartement de Goethe à Rome, nous foulons aujourd’hui cette galerie là où il a habité à Naples, voilà une belle conclusion pour notre journée.

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 01:31

Nous allons, aujourd’hui, faire quelques allées et venues par les rues de Naples. Nous avons quitté Pompéi après le déjeuner, puis nous avons pris notre temps pour marcher à travers la ville, ce qui fait que nous ne visiterons pas les monuments devant lesquels nous passons, le cloître de Santa Chiara et la chapelle Sansevero. Pour ces visites, nous reviendrons un autre jour.

 

510a Naples, place Bellini, murs grecs

 

Passant place Bellini, nous voyons ces fragments de murs sous le niveau du sol de la place. Ce sont des restes des murs grecs qui entouraient la ville au quatrième siècle avant Jésus-Christ. Nous sommes donc ici en bordure de la Naples grecque, Spaccanapoli.

 

510b1 Naples, via San Sebastiano

 

Nous avons beau entrer maintenant dans la Naples plus récente, puisque cette via San Sebastiano se trouve au-delà de la piazza Bellini et de ses murailles, ce n’en est pas moins un quartier très ancien comme peut en témoigner l’étroitesse de la rue et son tracé courbe. Mais je lui trouve un aspect très sympathique. De toute façon, Naples est, à mon avis, une ville qu’il faut apprivoiser –ou par laquelle il faut se laisser apprivoiser– car, lorsque l’on débarque, on est choqué par les ordures répandues sur le sol, par les containers qui débordent (alors que la grève des éboueurs, qui a duré longtemps, est finie et bien finie), par les façades décrépies, par la circulation démente, par le bruit… Et puis, peu à peu, on est pris par le charme de la ville, et on finit par l’adorer. Je déconseille un petit voyage de deux ou trois jours, on en reviendrait déçu. Mais si l’on y séjourne une semaine, on en reviendra enthousiasmé.

 

510b2 Napoli, strada San Sebastiano

 

J’ai dit que cette rue s’appelait via San Sebastiano. Erreur. Ici, beaucoup de rues portent encore le nom de strada et non de via. À Rome, je n’ai pas vu une seule "strada", pas plus qu’à Gênes ou à Florence. À Naples, c’est au contraire fréquent, même si les deux plans dont nous disposons ne connaissent pas ce mot. Uniformisation oblige.

 

510c1 Naples, piazza San Domenico Maggiore

 

510c2 Naples, piazza San Domenico Maggiore

 

Nous voici à présent piazza San Domenico Maggiore. Au centre se dresse ce… ce monument. Je ne sais si l’on peut parler d’obélisque, ou de colonne. Il est dédié à saint Dominique.

 

510c3 Naples, piazza San Domenico Maggiore

 

Sur ce monument, quelques inscriptions. Mais surtout des sculptures, nombreuses, baroques, comme celle-ci.

 

510d Naples, Gesù Nuovo

 

Dépassant l’ensemble de Santa Chiara, nous arrivons sur la place de l’église du Gesù Nuovo. Ici se dressait le palais Sanseverino, construit au quinzième siècle. Puis, sur son emplacement, a été édifiée cette église, en en conservant la façade. Elle est très originale, en péperin, la pierre gris sombre du pays, taillée en pointes de diamant.

 

510e Napoli, Gesù Nuovo

 

En revanche, l’intérieur –qui ne manque pas de noblesse– ne brille pas par son originalité.

 

510f Napoli, Gesù Nuovo

 

Les murs de la sacristie sont intégralement revêtus d’ex-voto représentant les parties du corps guéries à force de prières (cela, nous l’avons déjà vu ailleurs à Naples), mais on voit sur ma photo un gros objet sombre qui en cache une partie et qui surmonte une plaque. Cette plaque dit que le 4 août 1943 cette énorme bombe incendiaire est tombée sur la chapelle Saint Ignace et sur la sacristie, mais qu’elle n’a pas explosé. Et les Jésuites, dont c’est l’église (ce dont on se serait douté, vu le nom), ajoutent leur gratitude à Dieu d’avoir épargné leur Jésus Nouveau et disent qu’ils méditent sur la folie de la guerre et sur la sainteté de la paix.

 

510g1 Naples, bâtiments universitaires, piazza San Domeni

 

510g2 Naples, bâtiments universitaires, piazza San Domeni

 

Ayant trouvé fort sympathique cette piazza San Domenico Maggiore avec son obélisque et son animation, nous y revenons pour nous attabler à la terrasse d’un café qui s’étale sur le pavé de la place. Cette animation, cette vie, sont données par cette foule d’étudiants qui sortent de ce grand bâtiment rouge et qui, au lieu de rentrer chez eux, restent à discuter entre eux devant la porte. Cela crée une ambiance jeune très sympathique. Une plaque indique "Université des études de Naples ‘l’Orientale’, palazzo Corigliano". Ce nom signifie-t-il que l’on y étudie les langues orientales ou n’est-ce que l’appellation du bâtiment, je l’ignore.

 

510h1 Naples, Degas, calatà Trinità Maggiore

 

510h2 Naples, Degas, calatà Trinità Maggiore

 

Et puis nous repartons vers Santa Chiara, le Gesù Nuovo, et nous allons finir notre promenade en descendant vers la mer, via la calatà Trinità Maggiore et la via Toledo. Et, au début de la calatà, cette plaque sur l’immeuble ci-dessus dit : "Ici, dans le monumental palais des Pignatelli de Monteleone, que le grand-père René Hilaire, parisien devenu napolitain, avait acquis pour sa famille, plusieurs fois a séjourné EDGAR DEGAS, gloire de la peinture moderne". Le reste est en français. N’ayant absolument pas souvenir d’avoir vu quelque part que Degas avait séjourné à Naples, en rentrant ce soir je me suis précipité sur Internet pour chercher des tableaux réalisés ici, car il me semble inconcevable qu’un grand peintre comme lui séjourne quelque part assez longtemps sans prendre ses pinceaux. Et en effet, j’ai trouvé une Vue de Naples, qui est conservée à la Bibliothèque Nationale à Paris. Cela confirme mon inculture, hélas. Mais je suis heureux de me cultiver, comme quoi il n’est jamais trop tard pour apprendre.

 

Après avoir contemplé la mer, nous regagnons la gare centrale, puis Pompéi.

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 01:02

En France, les rois ont résidé dans ce qui est aujourd’hui le Palais de Justice de Paris, puis au Louvre, c’est-à-dire au cœur de leur capitale. Mais il y a eu aussi Fontainebleau, Saint-Germain où est né le futur Louis XIV, et bien sûr Versailles. De même, à Naples, il y a les palais qui se trouvent au sein de la ville, mais également Caserte. Il convenait aussi de disposer d’une résidence assez éloignée du Vésuve pour pouvoir s’y replier rapidement en toute sécurité. C’est là que nous nous rendons aujourd’hui.

 

509a1 Caserta, course cycliste

 

509a2 Caserta, course cycliste

 

Lorsque nous quittons l’autoroute, selon le GPS nous devons aller tout droit et nous arriverons bientôt au château, mais des policiers interdisent la grande rue qui traverse la ville, et nous dévient vers de petites rues où notre véhicule de sept mètres de long et plus de deux mètres de large a bien du mal à se faufiler entre les voitures qui –Italie oblige– se garent des deux côtés, en toute illégalité. Et puis finalement cette déviation improvisée nous fait retomber sur la rue principale un peu plus loin. Des motards de carabiniers, excédés par les erreurs de leurs collègues de la police municipale, nous font signe de les suivre, et vite, vite, vite. Puis ils montrent une espèce de cour où nous devons nous garer de toute urgence. En fait, il s’agit d’une course cycliste, et pas n’importe laquelle : c'est le Giro d'Italia. Notre parking pourri est juste après une courbe, et de l’entrée nous avons une vue sur la venue des coureurs, sur leur virage, puis ils passent devant nous à deux mètres et enfin nous pouvons les suivre de dos. L’endroit est idéal. Hélas, je ne suis pas un passionné de cyclisme ; aussi suis-je incapable de reconnaître les coureurs. Ce soir, sur Internet, je trouve quelques photos de l’épreuve et quelques photos de coureurs, mais j’aurais bien voulu savoir qui était en tête, le maillot rouge à manches blanches, hélas il n’est sur aucune des images que j’ai trouvées. Pour qui aime ce sport, je mets une photo de l’échappée au moment où les coureurs se penchent pour prendre le virage et une du peloton qui suit à environ 2 minutes (je n’ai pas eu le réflexe de chronométrer).

 

509b1 Caserta, palais royal

 

509b2 Caserta, palais royal

 

Natacha, qui n’avait absolument rien à faire des coureurs, a préféré préparer le déjeuner. Un peu tôt, mais au moins ce sera fait, et elle aura mis à profit cet arrêt obligé. Car l’attente des coureurs, la course, la caravane du tour, tout cela a bien duré 45 minutes avant que l’on puisse repartir. Et nous voici devant ce château. Intelligemment, la municipalité (ou l’État ?) a prévu un parking souterrain à proximité immédiate, assez haut pour accueillir bus de tourisme et camping-cars.

 

C’est Charles de Bourbon (Charles V de Sicile, Charles VII de Naples, Charles III d’Espagne… tous ces numéros-là pour un seul homme, mais rien que des impairs) qui a construit ce palais, dont l’architecte a été le fameux Vanvitelli. C’est que depuis Versailles, bien des souverains ont voulu copier Louis XIV. Il y a eu, évidemment, Pierre le Grand à Saint-Pétresbourg, mais le royaume de Naples aussi a voulu son Versailles. Et puis le royaume des Deux-Siciles est lié à celui d’Espagne, et Charles pensait aussi au palais royal de Madrid. La construction s’est étalée de 1752 à 1780.

 

509c1 Caserta, palais royal

 

Les jardins sont réputés splendides, aussi prenons-nous notre billet groupé château et jardins. Nous commençons la promenade, mais le parc est immense, il y a plusieurs kilomètres à parcourir avant d’arriver aux fontaines. Nous marchons, mais un petit bus électrique passe à notre portée, nous le prenons pour gagner du temps. Et voilà qu’il commence à pleuvoir. Quand, dix minutes plus tard, il nous dépose au bout du parc, ce sont des trombes d’eau qui se déversent sur nous. Et avec un vent qui fait qu’aucun parapluie ni aucun imperméable ne peut nous protéger. En regardant ma photo de près, on voit les traînées de pluie, très denses et très obliques.

 

509c2 Caserta, palais royal

 

Trempés comme des soupes, nous renonçons à aller jusqu’à la grande cascade, qui doit en effet être magnifique lorsqu’elle n’est pas entr’aperçue à travers un épais rideau de pluie. Et pour la photo, c’est bien difficile. Nous essayons de nous abriter sous les arbres (malgré la violence, ce n’est pas un orage, il n’y a ni éclairs, ni tonnerre, donc pas de danger d’être foudroyé), mais le déluge transperce le feuillage, et ça dure, ça dure…

 

509c3 Caserte, palais royal

 

Enfin, le petit bus électrique se décide à repasser. Nous nous y précipitons. Il y a déjà trois personnes trempées qui s’y trouvent (il est minuscule, il ne comporte que six places). En arrivant, nous retirons nos imperméables trop perméables et nos pull-overs pour que nos chemises sèchent plus facilement. Fin de l’épisode jardins.

 

509d Caserte, palais royal, chapelle

 

La chapelle royale. Rien à voir avec la magnificence de la chapelle de Montecavallo à Rome, par exemple. Ni même, pour l’ampleur, avec la chapelle du palais de Naples où nous étions jeudi dernier (le 13). Mais les marbres du sol sont particulièrement somptueux.

 

509e1 Caserta, palazzo reale

 

 509e2 Caserta, palazzo reale

 

Nous empruntons le grand escalier pour accéder aux appartements. En haut, deux beaux lions de marbre nous attendent. Ils sont impressionnants. Aujourd’hui, il y a des classes avec leurs enseignants. Plusieurs gamins, sous l’œil de leur instituteur qui ne juge pas bon de les en empêcher, et devant les gardiens indifférents, montent sur le dos des lions, les chevauchent en leur donnant des coups de talon comme pour les éperonner, et se font photographier dessus par des gamines en admiration devant ces mâles qui affrontent des fauves. Je trouve que c’est peu de respect pour des œuvres d’art. Et tout à l’heure, en rentrant, quand nous avons commenté notre journée avec l’homme de l’accueil (nous sommes ici depuis si longtemps, vingt-six jours, que nous ne sommes plus des clients anonymes), il nous a dit "Oh, c’est amusant, justement mon fils était à Caserte cet après-midi avec son école". J’ignore s’il était concerné par ce jeu sur le lion...

 

509f Caserta, palais royal

 

Dans l’une des premières salles que nous visitons, nous voyons cette sculpture qui confirme la théorie freudienne de la puissance mâle. Le vainqueur met le pied sur sa victime, et l’homme terrassé tourne la tête pour regarder sous la jupette du puissant qui lui dit : "Hein, tu vois que je suis un mec !"

 

509g1 Caserta, palais royal

 

La salle du trône a été commencée en 1827, les travaux ont été interrompus lors de la mort du roi, ils ne reprendront qu’en 1839. La fresque du plafond, extrêmement longue et étroite parce que la salle est extrêmement longue (quoique pas si étroite que ça), représente la pose de la première pierre du palais. Elle date de 1844. Année de la naissance de Verlaine.

 

509g2 Caserta, palais royal, Achille et Hector

 

Parce que nous sommes dans le salon de Mars, la fresque du plafond se doit de représenter une scène en relation avec le dieu de la guerre. En 1815, Antonio Galiano y peint La Mort d’Hector et le triomphe d’Achille. Légende grecque, par conséquent mieux vaudrait parler du dieu grec Arès plutôt que du dieu romain Mars. Passons sur ce détail. De 1808 à 1815, les Bourbons se sont exilés à Palerme, parce que le royaume de Naples est tombé aux mains des Français, et c’est Joachim Murat qui assume les fonctions de roi de Naples, c’est lui qui a fait, à Naples, la piazza del Plebiscito et la façade du palazzo reale, et c’est aussi à lui que l’on doit cette salle.

 

509h Caserta, palais royal

 

Je montre les fresques des voûtes, mais pas leur environnement. Or les plafonds, autour des peintures centrales, ruissellent d’or. Ci-dessus, c’est une retombée de plafond sur les murs, dans un angle de la pièce.

 

509i Caserta, palais royal, salle de bains

 

Nous sommes dans les appartements de la reine. La coiffeuse avec un petit miroir, une belle baignoire de pierre, c’est certes beau mais pas exceptionnellement luxueux comme on aurait pu s’y attendre. Mais c’est un lieu intime, et il est évidemment plus chaleureux avec une certaine simplicité de décor que perdu dans un luxe excessif.

 

509j Caserta, palais royal, bibliothèque

 

Il y a trois bibliothèques en enfilade. Celle-ci est la première. Elle date de 1784, et nous la voyons aujourd’hui conforme à l’inventaire de 1799. On remarque, au-dessus des meubles de bibliothèque, des "vases à l’étrusque", comme dit l’inventaire, de formes diverses et (ce qui ne peut se voir sur ma photo) de décors variés.

 

509k1 Caserta, palais royal, crèche

 

509k2 Caserta, palais royal, crèche

 

509k3 Caserta, palais royal, crèche

 

N’oublions pas que nous sommes en Campanie, tout près de Naples, aussi ne pouvons-nous couper à la crèche. Ici aussi c’est très beau, plein de détails pris sur le vif. Je choisis ces trois images parce qu’elles sont significatives de la variété des sujets. On y voit le goût de l’exotisme avec ce cavalier africain dans son magnifique costume. On y voit le désir de montrer les productions régionales et, la Région étant bordée par la mer, bien des gens y vivent du produit de la pêche, aussi cet étal d’un marchand de poisson n’a-t-il pas été oublié. On y voit des scènes de genre, comme cette jeune femme sur son balcon, la traditionnelle corde à linge tendue devant la façade, et des draps jetés dessus. Et toujours, pour reproduire la réalité de la vie, des animaux familiers, un chat tenté par les poissons du marchand, un petit chien sur le balcon.

 

Il y a bien des salles à traverser, bien des tableaux à admirer, beaucoup de choses à voir. Nous avons passé l’après-midi entier et nous sommes quasiment les derniers à sortir. Pour rentrer à Pompéi, nous devons prendre l’autoroute de Naples, contourner la ville, et continuer en direction de Salerne. Or l’autoroute, entre Caserte et Naples, longe un grand centre commercial Carrefour, et un village de magasins d’usine. Natacha aime bien aller à Troyes, et moi aussi d’ailleurs c’est souvent là que je m’habille. Voyant ce centre, son cœur bat la chamade (une Troyes napolitaine !), nous devons absolument nous y arrêter. Le centre est tout neuf, il vient d’ouvrir. La présentation est très sympa, très jolie, très attrayante, mais en fait les prix ne sont pas très intéressants. À Troyes, il m’arrive de payer un costume de marque à 20% de son prix parisien. Ici, ce sont les rabais annoncés qui sont de 15 à 20%. Finalement, nous ne nous arrêterons qu’à la boutique Lindt pour déguster un chocolat chaud délicieux, à l’orange pour Natacha, à la cannelle pour moi, et pour repartir avec un sachet de chocolats.

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