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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:41

Après plusieurs visites à la basilique des Santi Quattro Coronati et à son monastère, je vais enfin en parler aujourd’hui, et aussi en montrer beaucoup de photos parce que, si ce n’est pas l’un des hauts lieux touristiques de Rome, c’est néanmoins l’un des lieux qui m’ont le plus marqué.

 

Nous sommes sur une excroissance du mont Cœlius. À la base et sur les flancs, à l’époque de la République, ce sont des constructions populaires modestes, mais au sommet la position dominante voit s’installer de riches maisons. L’une d’entre elles devient un "titre" où se réunissent régulièrement les chrétiens. Quand ? Difficile à dire, mais en tous cas après Constantin et la liberté de culte. En 595 un premier document signale que participe au synode de Grégoire le Grand un certain "Fortunatus, prêtre du titre des Quatre Saints Couronnés". Un titre, le même semble-t-il, existait déjà en 499 appelé "Émilien". Quant à l’église, il en est question au septième et au huitième siècles, mais probablement n’est-ce qu’une façon de parler d’une simple salle du titre adaptée à cette fonction et consacrée comme église. Toutefois, a été retrouvé un fragment du pavement du septième siècle dans une nef latérale devenue aujourd’hui réfectoire.

 

Ce qui est sûr, c’est qu’une première vraie église a été bâtie ici par le pape saint Léon IV (847-855). Les Normands de Robert Guiscard la ravagèrent en 1084. Sans cesse, je suis amené à parler des saccages de 1084. C’est sans aucun doute très bien, que Grégoire VII (1073-1085), opposé à l’empereur germanique Henri IV dans la Querelle des Investitures, assiégé dans le château Saint-Ange, soit délivré et réinstallé au Latran, mais le vandalisme des troupes de son sauveur normand est un lourd tribut à payer pour Rome, sans compter d’innombrables Romains tués ou vendus comme esclaves… Gregorovius écrit que "l’édifice fut réduit en cendres" et les travaux effectués en 1912-1914 ont en effet mis au jour tout plein de marbres brûlés, ce qui signifie que même les murs de l’église se sont effondrés, comme tout le quartier, du Latran au Colisée.

 

445a Rome, Santi Quattro Coronati

 

 

445b Rome, Santi Quattro Coronati

 

 

Le pape Pascal II (1099-1118) va reconstruire l’église, mais en la fortifiant pour lui donner les moyens de se défendre et, surtout, constituer une protection pour le Latran. C’est face à la poursuite de la Querelle des Investitures et à deux antipapes que Pascal II parvint à mener les travaux à San Clemente et aux Quattro Coronati.

 

445c1 Rome, Santi Quattro Coronati

 

445c2 Roesler, SS Quattro Coronati à Rome

 Je laisse aux guides touristiques le soin de parler des agrandissements, réductions, restaurations qui se sont succédé. Un seul point : la chapelle Saint Sylvestre qui m’impressionne tant est due au cardinal Étienne, titulaire de Santa Maria in Trastevere, en 1246. De la petite place qui sert de parvis, nous voyons d’abord le campanile du neuvième siècle qui a échappé à la destruction. L’aquarelle de Roesler est à rapprocher de ma première photo, où l’on reconnaît la tour ronde et le long mur suivi d’une tour carrée.

 

445d1 Rome, SS Quattro Coronati, 1ère cour

 

  Franchissant le portail d’entrée en croisée d’ogive, on se trouve dans une première cour. Je dis "première" parce que sur ma photo on peut distinguer, après le grand portique au fond, un carré de lumière au sol : il y aura une seconde cour.

 

445d2 Rome, SS Quattro Coronati, 1ère cour

 

Sur cette vue, on se retourne vers le portail d’entrée. On voit donc que cette cour est bordée au fond et à droite (à gauche si on se retourne…) par un portique. Tout autour de cette cour (et de la seconde) sont les bâtiments du monastère créé en 1116 par le pape Pascal II pour qu’une petite communauté de moines qu’il y installa prenne en charge la basilique.

 

Mais très vite, dès 1138, l’état de la basilique laisse à désirer, et par une bulle du 21 mai le pape Innocent II (1130-1143) donne le couvent à des Bénédictins de Sainte Croix de Sassovivo, en Ombrie, qui en font le lieu d’hébergement de leur abbé lorsqu’il vient à Rome rencontrer le pape au Latran tout proche, et pour toutes sortes d’autres personnages de passage. Là a été reçu le roi Sigismond de Hongrie en 1433. Il n’empêche : tout le temps où la papauté a résidé en Avignon, de 1309 à 1377, le complexe conventuel et basilical a été bien oublié.

 

De nouveau en piteux état au milieu du seizième siècle, le monastère est confié en 1562 aux sœurs Augustiniennes pour y transférer, à l’air sain et –à l’époque– campagnard les orphelins jusqu’alors hébergés au cœur de la ville, sur l’île du Tibre, avec mission de les former "non seulement aux usages et vertus chrétiens, mais encore à tous les exercices domestiques et qui accompagnent le gouvernement d’une famille".

 

445e1 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

445e2 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

Maintenant nous passons dans la deuxième cour. J’ai dit que je ne raconterais pas l’histoire des évolutions architecturales. Disons seulement que cette cour remplace les dernières travées de la nef de la basilique d’origine.

 

445e3 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

D’ailleurs, dans le mur latéral de cette cour, on peut voir les colonnes d’origine, qui séparaient la nef principale du bas-côté. On peut également se rendre compte que ces chapiteaux disparates sont, en partie du moins, de réemploi.

 

445f1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Et nous voici devant la porte d’entrée dans la basilique, sous le porche de la seconde cour. Au-dessus de cette porte, une fresque de la fin du seizième siècle représente les Quatre Saints Couronnés à qui est dédiée cette église. Le moment est donc venu pour moi de dire qui ils sont. Et cela, c’est difficile. En effet, presque dès le début, personne ne sait exactement, parce qu’il y a deux versions. Et dans le doute, les fresques du complexe représentent tantôt les uns, tantôt les autres. Mais ce qui est sûr, c’est que s’ils sont dits "couronnés", c’est parce que leur martyre leur vaut cette couronne. Et aussi qu’ils sont du temps de l’empereur Dioclétien (284-305).

 

445f2 Rome, SS Quattro Coronati

 

445f3 Rome, SS Quattro Coronati

 

L’une des séries concerne quatre soldats de la garde d’honneur de Dioclétien. Lors d’une cérémonie dans les thermes de Trajan, les soldats durent sacrifier au dieu Esculape, dieu de la médecine, pour la santé de leur empereur mais ces quatre-là, convertis au christianisme, refusèrent de se joindre à leurs camarades. Ils furent mis à mort par flagellation avec des fouets munis de billes de plomb. Évidemment, seule la première fresque est au-dessus de la porte, à l’extérieur, mais puisque je traite de ce sujet j’ajoute des photos prises à l’intérieur de l’église.

 

445g1 Rome, SS Quattro Coronati

 

L’autre série, curieusement, parle de cinq martyrs, mais dans l’iconographie on n’en représente que quatre, pour se conformer à l’appellation de la basilique. Ceux-là sont des sculpteurs sur pierre qui, avec de nombreux autres, travaillent pour Dioclétien dans les carrières de l’ouest de la Pannonie (Slovénie actuelle) sur des blocs que des esclaves carriers viennent d’extraire. Chargés de faire une représentation du soleil, ils l’exécutent avec zèle. Mais ensuite, satisfait de leur œuvre, l’empereur leur demande de réaliser une statue d’Esculape pour sa propre santé. Ce que nos cinq chrétiens refusent. Ils sont alors sommés de sacrifier au dieu soleil devant leur propre sculpture devenue objet de culte, ce qu’ils n’avaient pas prévu. Or Tertullien (environ 150 – environ 222) avait distingué "le simple ornement", œuvre d’art, de "ce qui tient à l’idolâtrie". Ils refusent donc.

 

445g2 Rome, SS Quattro Coronati

 

445g3 Rome, SS Quattro Coronati

 

Le tribun Lampadius, chargé de l’affaire, doit les exécuter par les "scorpions", des verges épineuses, mais meurt subitement. Dioclétien furieux que, pense-t-il, ils aient jeté un sort sur son tribun et voulant venger la douleur de la veuve, fait jeter les cinq sculpteurs dans le fleuve Sava (celui qui baigne Ljubljana), enfermés dans des caisses de plomb. Quarante-deux jours après, le chrétien Nicodème retrouve les caisses dans le fleuve et rapporte les corps dans sa maison. C’est ce que l’on aperçoit très difficilement en arrière-plan de la dernière photo. Comment les corps sont venus à Rome, ce n’est pas dit.

 

445h Rome, SS Quattro Coronati

 

Depuis que nous voyons l’histoire de ces saints couronnés, nous avons donc pénétré dans la basilique. Stendhal : "Nous remarquons dans ces petites églises antiques des tableaux qui, dans les galeries Doria ou Borghèse, n’attireraient pas notre attention. On est touché facilement en présence de ces colonnes qui virent les martyrs des premiers siècles ; on oublie les excès de leurs successeurs et l’émeute de Nogent-le-Rotrou, le 27 décembre 1828. Les jours où l’on a le malheur de se souvenir de l’Inquisition, il ne faut pas entrer dans ces petites églises peu ornées : elles feraient horreur. Le crime a besoin d’être caché sous de pompeux ornements".

 

Ce tabernacle n’est pas sur l’autel principal, il a été déplacé dans le bas-côté gauche. Il date d’Innocent VIII (1454-1492). Les peintures latérales, saint Pierre à gauche avec ses clés, saint Paul à droite avec son épée, ont été ajoutées au dix-septième siècle.

 

445i1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Depuis que nous sommes à Rome, nous reconnaissons au premier coup d’œil les œuvres des Cosmates. Et il est évident que ce pavement est cosmatesque, avec ses marbres de différentes couleurs, et avec ses huit entrelacés.

 

445i2 Rome, SS Quattro Coronati

 

Et, comme toujours avec les Cosmates, le sol des bas-côtés est fait de rectangles représentant tous des figures différentes. Mais ici, nous avons la preuve manifeste, avec ce marbre gravé retaillé de travers, que certaines parties sont faites de dalles de réemploi.

 

445j1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Je n’ai pas l’explication de ce que représente cette fresque du bas-côté gauche, avec ce pape en bateau et ses deux compagnons. Tous trois sont auréolés, ils sont donc saints. J’aime cette image, où l’on aperçoit les poissons dans la mer, et la naïveté du dessin avec ces trois personnages dans un bateau qui serait trop petit pour un seul d’entre eux, mais ils sont en même temps si expressifs…

 

445j2 Rome, SS Quattro Coronati

 

Ici, nous sommes passés dans le bas-côté droit. Cette peinture terrible représente saint Barthélémy qui, comme on sait, a été écorché vif. Il porte sa peau en écharpe sur l’épaule, et tient dans la main le couteau qui a servi à son horrible supplice.

 

445j3 Rome, SS Quattro Coronati

 

J’aime infiniment mieux cette autre peinture que nos deux livrets sur l’église, complets et savants, appellent une pietà. Pour moi, une pietà représente le Christ descendu de la croix et reposant sur les genoux de sa mère. Mais peu importe, je trouve splendide ce Christ du quatorzième siècle au visage si doux, avec un demi-sourire dans la mort. Le peintre a voulu montrer la souffrance en constellant son corps de gouttes de sang. Et derrière, les anges tiennent le suaire qui va l’envelopper, celui de gauche est un peu abîmé, mais quelle expression de pitié et de tristesse sur le visage de celui de droite ! Merveilleuse sensibilité de l’artiste.

 

445k Rome, SS Quattro Coronati, chapelle Sta Barbara

 

Sur le côté, une chapelle est consacrée à sainte Barbara. Même si la plupart de ses fresques ont hélas disparu (on voit ici au milieu une Vierge à l’Enfant, et en haut on aperçoit un épisode de la vie de sainte Barbara), la chapelle n’a pas été détruite lors du sac de Rome par les Normands en 1084. En effet, elle est antérieure à cette catastrophe, puisqu’offerte par Léon IV au neuvième siècle. La disparition des fresques qui recouvraient la voûte, les parois, les absidioles est due à l’humidité et au temps, mais elles dataient, elles, du douzième siècle.

 

446a Rome, SS Quattro Coronati

 

Et puis il y a le cloître. Cosmatesque, lui aussi. Il date du début ou du milieu du treizième siècle.

 

446b Rome, SS Quattro Coronati

 

On distingue au centre cette fontaine qui a été réalisée en 1913 en superposant deux vasques médiévales qui se trouvaient abandonnées dans le monastère.

 

448a Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Mais ce qui constitue à mon avis le clou de la visite c’est la chapelle San Silvestro (je suis triste que mon cher Bibendum ne donne aucune étoile aux Quattro Coronati dans leur ensemble et seulement une timide petite étoile pour cette merveilleuse chapelle). Il ne s’agit nullement d’une chapelle latérale de la basilique, mais c’est un oratoire auquel on accède à partir du parloir ouvert sur la seconde tour. On sonne, une religieuse cloîtrée apparaît derrière une grille et demande, très modestement, un petit Euro par personne, moyennant quoi elle appuie sur un bouton qui ouvre la porte, en face, de cette chapelle. Et là, je suis resté ébloui. À hauteur de vue, les murs déroulent comme une bande dessinée l’histoire de saint Sylvestre I, trente-troisième pape de janvier 314 à sa mort le 31 décembre 335. Il a donc assumé ses fonctions pontificales après l’édit de Milan (313) établissant la liberté de culte dans tout l’Empire. Par conséquent son histoire telle que racontée est enjolivée et déformée, comme on va le voir. Il aurait baptisé Constantin au baptistère de San Giovanni à Rome, alors qu’en réalité il était mort depuis deux ans lorsque Constantin a été baptisé sur son lit de mort, en 337, à la résidence impériale de Nicomédie (actuelle Izmit, en Turquie). En revanche, on peut à bon droit lui attribuer la consécration de cinq basiliques ou lieux de culte : San Giovanni in Laterano, le baptistère de San Giovanni, Saint-Pierre du Vatican, Saint Laurent hors les Murs, Santa Croce in Gerusalemme. Il a été enterré à la catacombe de Priscilla, sur la via Salaria puis, comme on l'a vu hier, transporté dans la basilique qui porte son nom, en centre ville.

 

448b1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

448b2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

De chaque côté de l’entrée du presbyterium, c’est-à-dire du chœur, sur les flancs de l’arche, se font face les représentations en pied des deux héros de cette fresque. Je montre ici le détail de leurs visages, saint Sylvestre d’abord, Constantin ensuite. Et maintenant, désolé, je ne suis pas capable de couper dans la "bande dessinée", cela va être long…

 

448c1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Constantin est atteint de la lèpre. La peau de son visage et de ses mains est constellée de marques rouges qui figurent les atteintes de la maladie. En face de lui, un groupe nombreux de femmes avec leurs enfants tentent de le rassurer.

 

448c2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Une nuit, dans son sommeil, l’empereur a un songe. Il voit au pied de son lit les saints apôtres Pierre et Paul qui lui conseillent de faire appel à Sylvestre. Comme on le voit, il dort avec sa robe brodée d’empereur, avec sa couronne sur la tête, avec un serviteur qui l’évente. Et il est toujours marqué par sa lèpre.

 

448c3 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

À son réveil, Constantin, ému par son rêve, envoie trois messagers à cheval. Ils se dirigent vers le mont Soratte où Sylvestre s’est réfugié dans un ermitage pour fuir les persécutions des chrétiens. Le dessin est minutieux : le premier a une robe verte et une chasuble rouge, le second une robe rouge et une chasuble verte, le dernier une robe verte et une chasuble blanche.

 

448c4 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Les trois émissaires gravissent le mont Soratte vers l’ermitage où les reçoit Sylvestre avec deux de ses acolytes. Et l’on reconnaît les vêtements des messagers, qui sont toujours dans le même ordre qu’à cheval.

 

448d1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Nous sommes à Rome maintenant, où Sylvestre a accepté de se rendre en compagnie de ses deux acolytes. Constantin lui a raconté son rêve et la raison pour laquelle il lui a demandé de venir mais, païen, il n’a pas identifié les deux hommes qui lui sont apparus. Dans ce récit, Sylvestre pense reconnaître l’intervention de Pierre et de Paul. Il montre leur image à Constantin, qui confirme que c’est bien eux qu’il a vus. Je trouve bidonnant que Sylvestre se balade avec en poche les photos des apôtres.

 

448d2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Dieu a envoyé à Constantin cette maladie pour lui donner l’occasion de Le rencontrer. Si l’empereur se convertit, il sera guéri. Constantin subit ici le baptême par immersion. Des serviteurs tiennent l’un sa robe impériale, l’autre sa couronne, et lui est nu dans le baptistère tandis que Sylvestre lui administre le sacrement du baptême. On voit que la peau de l’empereur, immédiatement, avant même qu’il sorte de la cuve baptismale, est redevenue normale.

 

448d3 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Sylvestre siège sur un trône. Constantin ploie le genou devant lui et lui remet la tiare pontificale. Il lui a en outre proposé la couronne impériale, que le pape a refusée et qui est donc, non pas sur la tête de Constantin, mais dans les mains d’un personnage juché en haut à droite dans un palais. Une inscription très difficilement lisible (et qui n’est pas sur ma photo) dit qu’il s’agit du Capitole. Un autre personnage tend au pape une ombrelle rayée rouge et or. Enfin, on voit que l’empereur tire par la bride un cheval blanc, qui va se retrouver sur la "vignette" suivante. L’empereur donne la tiare, le pape la couronne, et quelques siècles plus tard on va se retrouver avec la querelle des investitures, qui doit couronner qui, au cours de laquelle on ne manquera pas de faire référence à ces événements.

 

448d4 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Cette fois-ci, l’empereur a remis sa couronne sur sa tête, mais il a invité Sylvestre, tiare en tête, à monter sur le destrier blanc qu’il lui a amené et qu’il conduit par la bride, lui-même marchant à pied en signe d’hommage. De l’autre main, il montre un palais, qui est sans doute le Latran, et dont il lui fait cadeau. On tient au-dessus du pape l’ombrelle qui lui a été donnée, tandis que le cortège est précédé de deux dignitaires portant l’un la Croix, l’autre l’épée, symboles des deux pouvoirs, le spirituel et le temporel.

 

448e Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Sur la gauche, la fresque est détériorée. J’ai donc coupé ma photo. On perd la représentation du pape Sylvestre, c’est dommage. En face de lui, le rabbin Zambai. Ils débattent au sujet de la prééminence du christianisme sur le judaïsme, ou l’inverse. Entre eux, deux juges. Dans le groupe qui entoure le rabbin, on distingue une femme qui porte une couronne sur la tête. C’est Hélène, la mère de l’empereur, qui n’est pas encore convertie au christianisme et choisit le camp des Juifs. Les Juifs, suivant la coutume de l’Ancien Testament, ont sacrifié un taureau, que l’on voit le mufle à terre. Par la seule puissance de la voix et, évidemment, avec l’aide de Dieu qui se range à ses côtés, Sylvestre ressuscite le taureau, que l’on aperçoit à l’extrême gauche de l’image.

 

448f Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Hélène, future sainte Hélène, est maintenant convertie. Elle est partie pour la Terre Sainte. On sait que c’est elle qui a rapporté de Jérusalem la Scala Santa en face du Latran, et la colonne de la flagellation, à Santa Prassede. Ici, nous sommes sur le Golgotha. On voit un ouvrier, pioche en main, qui vient de déterrer trois croix. Pour distinguer celle du Christ de celles des deux larrons, elle les approche l’une après l’autre d’un mort. Seule la Vraie Croix va le ressusciter. Ce mort, c’est l’homme que l’on voit au premier plan, étendu mais en train de se relever. Son visage et ses mains ont repris leur apparence vivante, mais la peau de ses jambes est verte, corrompue par la mort et pas encore revenue à la vie.

 

Et voilà la fin de cette frise. Il y avait autrefois une dernière image, mais elle est complètement endommagée et on ne voit plus ce qu’elle représente. Il s’agissait du pape saint Sylvestre rapportant la Vraie Croix à Rome. Hélène aurait gardé le fragment rapporté dans son palais, et après sa mort son fils Constantin aurait transformé en église cette partie du palais. C’est l’église Santa Croce in Gerusalemme où l’on peut voir ce fragment de croix.

 

Il a fallu s’arracher à cette chapelle San Silvestro et quitter les Santi Quattro Coronati. Dur, dur.

 

Cette basilique des Quatre Saints Couronnés est à mi-chemin de San Giovanni in Laterano et du Colisée. Le métro, en arrivant, nous a laissés à San Giovanni, nous nous rendons facilement à pied ce soir au Colisée et, de là, en longeant le forum, à la basilique des saints Côme et Damien qui a pris la place du temple de Romulus et que nous avons déjà visitée le 24 février. Et puis nous continuons notre promenade dans Rome en nous rendant au Corso.

 

449a Rome, exposition Edward Hopper

 

En effet, nous désirons beaucoup voir l’exposition temporaire Edward Hopper. Nous avons déjà eu l’occasion de voir une exposition à Paris il y a quelque temps, mais ici les œuvres exposées sont, paraît-il, différentes. Natacha est contente de le voir, mais ne raffole pas de lui. Moi, au contraire, j’aime beaucoup. Mais évidemment il n’est pas question que je montre ici des tableaux de lui parce que, comme on peut s’en douter, la photo est interdite. Alors juste quelques mots. Cet Américain d’origine anglaise, galloise, néerlandaise est né le 22 juillet (tiens, comme ma grande sœur) 1882 (oh, pas du tout comme elle !). Il effectue son premier voyage à Paris en 1906, en 1907 il continue sur Londres, Amsterdam, Berlin, Bruxelles. Il revient à Paris en 1909 et, en 1910, il effectue son dernier voyage à l’étranger en revenant à Paris et en allant en Espagne. Il meurt en 1967. Nous verrons bon nombre de tableaux représentant des vues de Paris.

 

449b Rome, exposition Edward Hopper

 

L’un de ses tableaux les plus célèbres (et à la suite de son exposition parisienne, j’avais lu un roman qui s’en était inspiré) s’intitule The Nighthawks (Les Noctambules). Il n’était pas aux cimaises à Rome aujourd’hui, mais avant l’accès aux salles, on pouvait voir cette reconstitution à l’aide de mannequins grandeur nature qui rend parfaitement l’atmosphère du tableau tel qu’il est dans ma mémoire.

 

Très intéressant aussi à voir, certaines ébauches de ses tableaux sur lesquelles il a porté des indications sur les couleurs et nuances à employer, et à côté le tableau réalisé. On peut ainsi voir comment il l’a composé et ce qu’il a voulu y montrer. Mais puisque je ne peux, moi, montrer cela, j’en resterai là. Retour au bercail.

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Published by Thierry Jamard
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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 21:16

443 Rome, piazza di Spagna

 

 

Aujourd’hui nous allons visiter une seule église avant d’aller flâner en ville, mais il y a tant à dire à son propos... Descendant du métro à la station Spagna, je succombe, je prends cette photo de l’escalier qui monte de la piazza Spagna à l’église de la Trinità dei Monti.

 

444a1 Rome, San Silvestro in Capite

 

444a2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Cette église que nous allons visiter, San Silvestro in Capite, se trouve au cœur de la ville. Certes, aujourd’hui la physionomie des lieux a bien changé, et la ville s’est amplement étendue en créant de nouveaux quartiers, mais au Moyen-Âge et encore à la Renaissance le voyageur arrivant du nord par la via Flaminia franchissait l’arc de Domitien et prenait, juste en face, la via Lata (la "rue Large", aujourd’hui plus étroite et nommée "Corso"). Après quelques centaines de mètres, il voyait sur sa droite la basilique de San Lorenzo in Lucina, et un peu plus loin, il avait à sa gauche l’église et le monastère de San Silvestro in Capite. Le monastère, c’était ce grand bâtiment accolé au flanc droit de l’église.

 

444b1 Rome, la poste, ex-monastère

 

Je dis bien "c’était" parce que lorsqu’en 1870 Rome a été confisquée à la papauté et est devenue la capitale de l’Italie unifiée, les congrégations religieuses ont été expulsées et, en 1876, ce monastère de Clarisses est devenu la poste centrale de Rome. C’est là, entre autres, qu’arrive le courrier en poste restante. Hé oui, si l’on en doute voici une photo de l’intérieur qui permet d’apprécier les colonnades du cloître, les fresques du plafond… et les panneaux des services postaux.

 

444b2 Rome, la poste, ex-monastère

 

D’ailleurs, dès le porche d’entrée, on est accueilli par quelques objets fixés aux murs qui montrent que le lieu est autre qu’un bâtiment moderne fonctionnel.

 

444b3 Rome, la poste, ex-monastère

 

444b4 Rome, la poste, ex-monastère

 

Sur la photo montrant que c’était bien la poste, on a pu apercevoir les plafonds. En voici deux photos en gros plan. Nos bureaux de poste ne sont pas tous ornés de cette façon, hélas.

 

444b5 Rome, la poste, ex-monastère

 

Allez, encore une image de la poste, monastère dont je vais parler tout à l’heure, en même temps que de la création de l’église.

 

444c Rome, San Silvestro in Capite

 

Nous franchissons le porche de l’église et nous trouvons dans l’atrium, une petite cour étroite parsemée de plaques et de statues.

 

444d Rome, San Silvestro, tête de st Jean-Baptiste

 

L’église s’appelle "in Capite". Lorsque le nom apparaît au début, c’est souvent aussi "de Capo" ou "de Capite". Soit "Saint Sylvestre à la Tête". Et cette tête est celle de saint Jean Baptiste. Désolé, je vais être long, mais cela demande des explications. On se rappelle que Jean-Baptiste avait dénoncé le coupable mariage du tétrarque de Galilée et de Pérée Hérode Antipas avec sa belle-sœur Hérodiade (la femme de son demi-frère), ce qui lui avait valu d’être jeté en prison dans la forteresse de Machærus, en Pérée, sur la Mer Morte, et de susciter en prime la rancune tenace d’Hérodiade. Lorsque, séduit par la danse des sept voiles dont s’était dévêtue Salomé, la fille d’Hérodiade, Hérode lui avait promis de lui donner ce qu’elle demanderait, poussée par sa mère elle avait réclamé la tête de Jean-Baptiste, qui en conséquence lui avait été servie sur un plateau.

 

444k2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Le tableau ci-dessus montre Salomé offrant à Hérode la tête de Jean-Baptiste, mais selon les évangiles de saint Matthieu et de saint Marc, c’est le contraire. "À l’instigation de sa mère, elle dit : Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste. Le roi fut attristé ; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu’on la lui donne, et il envoya décapiter Jean dans la prison. Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère" (Mathieu, XIV, 8-11). "Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère" (Marc, VI, 28).

 

Bref, Hérodiade, craignant que la tête de ce saint homme ne se ressoude à son corps si on les enterrait ensemble, cacha la tête dans le palais d’Hérode. Les disciples de Jean, eux, rendirent compte à Jésus de ce qui s’était passé et emportèrent le corps loin, à Sébaste, en Samarie, où ils l’enterrèrent. Beaucoup plus tard, au quatrième siècle, deux moines visitant les Saints Lieux trouvent la tête dans le palais d’Hérode et l’emportent dans un sac en peau de chameau. Mais ici, tout se complique parce que deux récits très différents se juxtaposent, entraînant des conséquences.

 

Le premier récit est simple. Ils emportent la tête de Jean à Tarse, en sud Turquie actuelle. L’empereur Valens (364-368) l’apprend et la fait apporter à Constantinople dans une voiture tirée par des mules, lesquelles refusent catégoriquement d’avancer une fois arrivées à environ 25 kilomètres de Chalcédoine. C’est considéré comme un signe miraculeux, et on garde la relique au village de Cosilaon. Mais l’empereur Théodose le Grand (378-395) s’y rend en personne, en 391, enveloppe la tête dans un manteau de pourpre impériale et l’apporte dans ses propres mains à Constantinople, puis construit dans le district d’Hebdomon une grande église et en février 392 y dépose la relique.

 

Selon l’autre récit, beaucoup plus compliqué, pendant le voyage des deux moines, un potier d’Emesa (Homs, en Syrie actuelle) se joint à eux, leur dérobe le sac pendant leur sommeil et rentre chez lui à Emesa. À sa mort, la relique est transmise à sa fille, et passe ainsi de génération en génération jusqu’à revenir à un moine d’un monastère voisin qui fait passer pour siens les miracles opérés par Jean. Découvert, il est expulsé, mais la tête reste enterrée là dans le monastère. En 452 ou 453, le Supérieur découvre la tête et construit une nouvelle église dans son monastère pour y accueillir la relique. Puis, en 761, une église magnifique est construite à Emesa même et la tête de Jean y est transférée. À partir de là, les sources sont moins sûres. En 761 Syrie, Palestine, Mésopotamie sont occupées par les Sarrasins et la Grèce était prise dans les conflits avec les Iconoclastes (les briseurs d’images, dont je parlerai tout à l’heure). Et parce que ceux-ci, soutenus par le pouvoir impérial, détruisaient aussi les reliques, des moines d’Emesa fuirent avec la tête dans une ville nommée Comana. Or deux villes portent ce nom, l’une en Arménie, l’autre en Cappadoce… Ils restèrent là jusqu’à la fin des Iconoclastes, en 843. Le patriarche Ignace accompagné de l’empereur Michel rapportent alors la tête à Constantinople, dans la chapelle du palais impérial, le 28 mai 850.

 

Ici, les deux versions se retrouvent, la tête de saint Jean Baptiste est à Constantinople, mais pas à la même date. Dans la seconde version, elle y est encore lors du sac de la ville par les Croisés en 1204. Des Français découvrent la tête dans les ruines du palais et l’emportent. Depuis, on peut voir la tête de saint Jean-Baptiste dans la cathédrale d’Amiens.

 

Mais selon l’autre version, quant le pape saint Paul I (757-767) fonde à Rome un monastère, il y héberge des moines grecs de Constantinople qui apportent avec eux la précieuse relique en pleine période des Iconoclastes et la déposent dans leur nouveau monastère. C’est-à-dire ici dans l’église de San Silvestro, où je l’ai vu de mes yeux et l’ai photographié ci-dessus.

 

Saint Jean-Baptiste a donc ainsi deux crânes, l’un à Amiens et l’autre à Rome. Après tout, on a bien pu montrer le crâne de Voltaire enfant, lui qui n’avait rien d’un saint… Pour marquer son avantage, San Silvestro fait valoir que le nom "de Capo" ou "in Capite" apparaît dans des documents datés, sans aucun doute possible, de 1192, soit 12 ans avant le sac de Constantinople et donc la prise d’un crâne par les Croisés. Depuis, la tête a été conservée dans un reliquaire. En 1527, c’est le sac de Rome par Charles Quint. Les soldats volèrent la riche décoration du couvercle, mais ne s’embarrassèrent pas d’une boîte avec un vieux crâne, que les religieuses du couvent gardèrent jalousement. Il y a quelques années, on a ouvert le précieux reliquaire, on y a trouvé ce crâne rempli de plâtre et de cire, enveloppé dans un tissu de lin datant du huitième siècle au plus tard. Ce tissu du huitième siècle qui correspond à la date d’arrivée à San Silvestro, le nom qui apparaît plusieurs années avant le sac de Constantinople, ces deux éléments tendent à accréditer la version selon laquelle la vraie tête de saint Jean Baptiste serait à Rome plutôt qu’à Amiens. Ou même qu’à Saint-Jean-d’Angély, selon une version qui aurait fait préférer cette ville à Amiens par les Croisés.

 

444e1 Rome, San Silvestro in Capite

 

Venons-en à l’église elle-même. De nouveau, par avance je m’excuse platement pour la longueur des détails historiques que je vais devoir donner. Ou plutôt, pour être franc, que j’ai envie de donner. J’ai évoqué les Lombards, j’ai évoqué les Iconoclastes, j’y reviens maintenant.

 

En 568, les Lombards occupent le nord de l’Italie, avec Pavie pour capitale. Ils envisagent de gagner le sud peu à peu et de prendre Rome. Leur progression va nécessiter plus d’un siècle.

 

Pendant ce temps, alors qu’ils arrivent aux portes de Rome, en 730 l’empereur de Constantinople Léon III dit l’Isaurien (717-741) interdit les représentations sacrées et leur vénération. C’est le début de l’iconoclase. Le patriarche ayant refusé de signer le décret, il est déposé et remplacé par un autre, nommé par l’empereur. Le pape Grégoire II (715-731) informe Léon III que toute décision religieuse et toute nomination de patriarche relèvent de la seule autorité du pape, et il le déclare hérétique. Sous le pape suivant Grégoire III (731-741), un concile décide de l’excommunication de fait de quiconque détruirait des représentations religieuses. L’empereur riposte en confisquant les possessions papales de Calabre et de Sicile. Et la situation s’est poursuivie sous le pape Zacharie (741-752).

 

444e2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Le pape Étienne II ou Stéphane II ou Stefano en italien (26 mars 752 – 26 avril 757), souhaitant un allié militaire puissant et chrétien contre les Lombards quitte Rome le 14 octobre 753, franchit les Alpes (c’est la première fois dans l’histoire de la papauté que cela se produit) et rencontre en personne le roi franc Pépin le Bref (750-768), à Ponthion (du côté de Vitry-le-François), le 6 janvier 754. Parce que c’est la mauvaise saison et que ce long voyage est éprouvant, Pépin invite Étienne à passer l’hiver à Saint-Denis. Sensible à l’argument, d’autant qu’il tombe gravement malade, le pape accepte l’invitation du roi, s’installe à l’abbaye de Saint-Denis et rencontre plusieurs fois Pépin jusqu’à l’entrevue officielle et décisive de Quierzy, près de Laon, à Pâques 754, où Pépin le Bref promet formellement et publiquement sa protection au souverain pontife. Entre temps, échange de bons procédés, le pape a oint solennellement dans l’abbaye royale de Saint-Denis le roi, sa femme et ses deux fils. On peut aisément imaginer qu’Étienne II a l’intention, outre de contenir les Lombards, de disposer d’un appui pour se libérer de l’emprise de l’empereur de Constantinople et de créer ce qui serait plus tard les États Pontificaux.

 

En août 754, Pépin le Bref défait les Lombards à Pavie, accompagné d’Étienne II et de Fulrad, le supérieur, ou Père Abbé, de l’abbaye de Saint-Denis. Étienne, satisfait et riche d’une amitié personnelle pour Pépin et pour Fulrad, est de retour à Rome fin octobre 754 après une absence d’un an. Fulrad, lui, à son retour à Saint-Denis y reconstruit l’église abbatiale.

 

Étienne tombe très gravement malade en avril 757. Son frère prend le relais dès ce moment mais il ne sera couronné qu’après la mort d’Étienne, sous le nom de Paul I (29 mai 757 – 28 juin 767). Il sera canonisé saint Paul Premier. Le noble Romain propriétaire d’une Villa ici même où je me trouve aujourd’hui a eu le rare privilège d’être le père de deux papes…

 

444e3 Rome, San Silvestro in Capite

 

Certes, les Lombards ont été vaincus. Certes, Pépin maintient sa protection pour Paul, avec qui les excellentes relations se poursuivent. Mais ces satanés Lombards ont pillé les environs de Rome, dévastant les cimetières paléochrétiens des catacombes. Il s’agit de sauver ce qui peut l’être. Un document de 761 signé Paul I dit en parlant de nombreuses reliques : "Je les ai apportées dans la ville de Rome et dans l’église que je viens de construire depuis ses fondations, à l’intérieur des murs, c’est-à-dire dans la maison qui m’est revenue en héritage de mes parents et où, comme c’est bien connu, je suis né et ai été élevé. Et par décision spéciale, j’ai décidé d’y établir un monastère de moines en l’honneur et sous le nom des saints Étienne, pape et martyr, et Sylvestre, pape et confesseur du Christ, dont les corps vénérables reposent à cet endroit". Ce transfert de reliques eut lieu le 19 juillet 761 pour saint Sylvestre et le 17 août 761 pour saint Étienne.

 

Quand Paul I choisit les reliques qu’il place dans son église, il ne le fait pas au hasard. Saint Étienne I (254-257)est évidemment un hommage à son frère aîné, ce frère étant également celui qui, par ses liens amicaux et politiques, a su donner à Rome son indépendance politique par rapport à l’Empire, aussi comprend-on qu’il ait voulu lui associer saint Sylvestre I (314-335) qui, au temps de Constantin, avait au contraire lié la religion à l’Empire pour lui permettre de se développer au grand jour hors du martyre. Parmi les autres reliques que Paul I a rapportées du cimetière de Saint Calixte figurent celles de saint Denis, pape de 259 à 268, en référence évidente à cet autre saint Denis, le Parisien qui a donné son nom à l’abbaye où Étienne II a longuement séjourné.

 

Et voilà (ouf !) pour les origines de cette église et de ce monastère, pour leur nom et leur emplacement.

 

444f1 Rome, San Silvestro in Capite p.87

 

La splendide peinture de la voûte représente l’Assomption de la Vierge. Le plafond est bien haut, les figures sont bien petites, il est difficile depuis la nef d’en apprécier les détails. En voici donc trois, agrandis.

 

444f2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Je peux supposer que ce sont là les Tables de la Loi, et que par conséquent il s’agit de Moïse redescendu du Sinaï.

 

444f3 Rome, San Silvestro in Capite

 

Comment, dans cette église qui abrite (très probablement) le crâne de saint Jean Baptiste, ne pas le représenter ? C’est lui, ici, sur un nuage, près de la Vierge, et représenté aussi grand qu’elle au milieu de ces petits angelots.

 

444f4 Rome, San Silvestro in Capite

 

Et puis légèrement en-dessous, et donc proche en dignité, le pape saint Sylvestre, grave, les mains jointes, tourné vers la Vierge en un geste de prière ou de supplication. Lui qui a permis le développement de l’Église, on peut penser qu’il demande son intercession pour que cesse l’iconoclase qui divise les croyants et affaiblit le christianisme. Ce que je trouve le plus excellent dans cette scène, c’est le petit ange, sous ses pieds, qui joue avec sa tiare et veut s’en coiffer avec un air fripon, tandis qu’un autre, qui semble un peu plus âgé et sérieux, veut l’en empêcher, à moins qu’il ne veuille la lui prendre pour s’en coiffer lui-même. C’est quelque chose que j’aime beaucoup dans ces peintures qui traitent de sujets sérieux, mais qui savent toujours y insérer un détail plein d’humour. C’est comme dans le travail, j’ai toujours aimé les gens sérieux à condition qu’ils ne se prennent pas au sérieux…

 

444g Rome, San Silvestro in Capite

 

Dans le bas de l’église à droite on trouve cette "Madone de l’Espérance" pour ceux qui luttent contre les difficultés et les désillusions de la vie. Je trouve très belle cette statue.

 

444h Rome, San Silvestro in Capite

 

Je ne sais pas qui représente cette peinture de plafond, mais en dehors de la sainte qui s’élève vers les cieux de manière bien conventionnelle, j’aime bien la composition, les couleurs, et ces nuées d’angelots.

 

444i1 Rome, San Silvestro in Capite p.99

 

444i2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Ici, nous voyons une Vierge à l’Enfant avec saint Antoine de Padoue et saint Étienne I. En dehors du petit air penché de saint Antoine, que je n’aime pas trop alors qu’il est en train de recevoir une fleur de Lys de la part de Jésus, cette toile de 1695-1696 est assez belle, avec cette Vierge berçant l’Enfant Jésus dans ses bras et ce que j’aime surtout c’est saint Étienne, que je montre en gros plan. Près de lui, au sol, sa tiare papale est posée sur une branche de palmier représentant son martyre. Les couleurs sont belles, éclatantes, la robe rouge de la Vierge et son manteau bleu, la cape dorée d’Étienne. J’aime aussi cette composition en diagonale qui me fait dire que saint Antoine est en dehors de la ligne de force du tableau.

 

444j Rome, San Silvestro in Capite p.91

 

Dans la chapelle de l’Immaculée Conception, une fresque de 1596 représente l’Adoration des Mages. Les Mages sont arrivés le 6 janvier, Jésus a donc tout juste deux semaines. Je le trouve bien avancé pour son âge… Mais j’aime bien cette composition complexe, tous ces personnages, et celui du premier plan bien détaché des autres, non pas en distance mais par la position, prosterné jusqu’à terre et présentant du doigt son présent. L’arrière-plan n’est pas négligé, ce sont des montagnes escarpées. J’ajoute une précision que je ne suis pas assez expert pour avoir trouvée moi-même : le peintre, Morazzone, est du nord de l’Italie, et la prééminence de la couleur sur la forme est la conséquence de son intérêt tout particulier pour la peinture vénitienne.

 

444k1 Rome, San Silvestro in Capite

 

Ce tableau est du premier quart du dix-septième siècle. Ici, la Vierge et Jésus ont à leurs pieds quatre hommes. Au premier plan à gauche, il n’est pas difficile de reconnaître saint Jean Baptiste, mais pour les trois autres les spécialistes ne sont pas d’accord. Certains voient, dans le saint de premier plan en chasuble rouge, le pape saint Denis à qui est dédié l’autel de cette chapelle. Derrière lui à droite, sans auréole donc pas –ou pas encore– saint, ce serait saint Philippe Neri, canonisé en 1622 ce qui veut dire que le tableau serait antérieur à cette date. Et derrière, à gauche, avec quelques fleurs de lys sur sa tunique et sur sa couronne, certains y ont vu le roi de France saint Louis IX. J’ai un livre sur cette église, par une certaine Eileen Kane, docteur en histoire de l’art, qui pense que tout cela est faux. Pour elle, les deux personnages en chasuble de papes, à droite, qui se ressemblent, dont le premier est saint avec son auréole mais pas le second, seraient les deux frères, saint Paul I et Étienne II, dont c’est l’église construite sur le domaine familial. Quant à ce personnage de la Maison de France, tout à gauche, elle voit sur lui une corde à nœuds et une tunique de franciscain, il ne serait donc pas le roi de France mais saint Louis de Toulouse (que j’avoue ne pas connaître). Il est vrai que ces hypothèses sont assez convaincantes.

 

444k3 Rome, San Silvestro in Capite

 

Dans le même bras droit du transept que le tableau précédent, figurent aussi la présentation de la tête de Jean Baptiste par Salomé à Hérode, que j’ai montrée au début, et cette procession ci-dessus. Ces deux tableaux, des peintures à l’huile sur toile, sont récentes. Elles sont l’œuvre de Virginio Monti, actif de 1875 à 1925. Je reviens un instant sur Salomé et Hérode. Derrière, penchée sur la table où elle s’appuie sur un coude, on voit Hérodiade très calme et satisfaite de cet horrible présent. Salomé, quant à elle, n’est nullement émue de la terrible chose qu’elle porte dans ses mains, elle sourit en regardant le tétrarque. En revanche, Hérode est fortement troublé, cela se voit dans son visage, dans sa position.

 

Le tableau ci-dessus représente une procession dans les rues de Rome avec la tête de saint Jean Baptiste. Peut-être est-ce la procession à laquelle fait allusion un prêtre de la basilique Saint-Pierre dans son journal au mois d’avril 1411 : à l’époque du Grand Schisme, le peuple de Rome et le clergé rendirent hommage au nouveau pape, l’antipape Jean XXIII lorsque, élu par le concile de Pise, il entra dans Rome. À cette occasion, quatre archevêques portèrent la relique à travers les rues de la ville.

 

444L Rome, San Silvestro in Capite

 

Vite en passant, une vue du pied de ce magnifique lutrin du chœur.

 

444m Rome, San Silvestro in Capite

 

Dans le bois de la chaire est sculpté ce visage de Christ imprimé sur un linge. D’habitude, on montre le voile de sainte Véronique, qui a essuyé le visage du Christ lors de sa Passion, voile conservé à Saint-Pierre du Vatican. Ceci n’évoque pas un Christ souffrant sur le Chemin de la Croix, mais ce que l’on appelle "l’image d’Edessa". Un texte du troisième siècle trouvé en Syrie raconte que le roi Abgar V Oukhama dont la capitale était à Edessa en Mésopotamie était atteint de la lèpre. Ayant entendu parler de ce Jésus qui prêchait et accomplissait des miracles, il lui envoya son secrétaire, qui était aussi peintre, avec une lettre demandant à Jésus de venir à Edessa, mais le secrétaire avait mission, au cas où Jésus refuserait, d’en faire au moins le portrait et de le lui rapporter. Quand il arriva, tant de monde entourait Jésus qu’il essaya immédiatement de peindre mais le visage rayonnait d’une gloire si inexprimable qu’il n’y parvenait pas. Jésus le vit, comprit ce qu’il avait entrepris, réclama de l’eau, se lava le visage, le sécha d’un linge sur lequel son visage s’imprima. Puis il fit une lettre pour Abgar expliquant qu’il ne pourrait aller le voir mais que dès que son prêche serait terminé il lui enverrait l’un de ses disciples. Quand Abgar vit le visage de Jésus sur le voile, sa lèpre guérit soudainement mais laissa des traces. Après la Pentecôte, Jésus lui dépêcha son disciple Thaddée, le roi se convertit et, lors de son baptême, les dernières traces de sa lèpre disparurent. Puis il plaça dans un niche sur une porte de la ville d’Edessa l’image sacrée. En 944 l’empereur de Byzance l’acheta et la plaça dans son palais. Elle en a disparu dans le sac de Constantinople en 1204 par les Croisés. Mais les moines grecs qui sont venus s’installer à San Silvestro l’auraient trouvée et apportée dans leurs bagages. Toujours est-il qu’elle a été vénérée dans cette église pendant des siècles. En 1870, à la veille de la prise de Rome pour en faire la capitale de l’Italie unifiée, le pape trouva plus prudent de transférer la relique au Vatican, ou elle se trouve actuellement mais non exposée au public. Et c’est à ce voile que se réfère la sculpture ci-dessus.

 

444n1 Rome, San Silvestro in Capite

 

444n2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Nous terminerons cette longue visite par la "confession", cette sorte de demi-crypte sous l’autel qui contient les reliques de saints. Il n’est pas possible de descendre, mais on peut admirer cette belle réalisation qui date du début du vingtième siècle. Elle se situe exactement là où était la confession datant du Moyen-Âge et en a la même forme, mais elle est nettement plus profonde du fait de la recherche de reliques de martyrs à laquelle on a procédé en excavant. Par ailleurs, son auteur a tenté (et, semble-t-il, il y est parvenu) de créer un espace dans l’esprit du Moyen-Âge.

 

Nous sommes restés longtemps dans cette église, nous informant de tout puis, considérant que nous avions beaucoup vu et beaucoup appris, nous avons passé le reste de la journée à nous promener tranquillement dans les rues de Rome.

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Published by Thierry Jamard
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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 23:36

447a McDo Rome Anagnina

 

 

Je suis terriblement en retard dans mes publications, mais je ne veux pas attendre pour mon sujet d’aujourd’hui.

 

Arrivés à Rome le 4 novembre, nous en sommes repartis seulement aujourd’hui, 18 avril. Soit un séjour de 5 mois et demi, ou 166 jours. Et pendant tout ce temps, pour nous connecter à Internet, nous avons utilisé les services de McDo. Pas n’importe lequel : pratiquement toujours le même, celui qui était proche de notre "base", dans le centre commercial Anagnina.

 

Nos visites dans le centre ville nous retiennent jusqu’à la soirée. Ensuite, métro, bus et nous arrivons tard. Du coup, nous restons tard, nous sommes systématiquement parmi les tout derniers clients. Donc les casse-pieds de service.

 

Et pourtant, toujours, nous avons été accueillis avec le sourire. On nous connaît, on nous salue gentiment d’un petit geste de connivence. Et comme le tout est dans un cadre agréable, toujours très propre même quand les clients jettent au sol frites et papiers, que la partie Mc Caffè propose un large choix de pâtisseries, nous sommes vite devenus accros.

 

447b McDo Rome Anagnina

 

Hier, pour notre dernière visite à cet établissement, nous étions tristes, nous avions l’impression de quitter des amis. Natacha, qui ne se sépare jamais de son appareil photo, a pu en retenir ces quelques souvenirs. Et si toute l’équipe est sympathique, efficace, accueillante, je tiens –nous tenons– à remercier tout particulièrement Yanitsa (au milieu), grâce à qui la salle est si bien tenue, Annamaria (à droite) qui connaît nos goûts, nos habitudes et n’a presque pas besoin de nous demander ce que nous voulons, et aussi Elia qui n’était malheureusement plus là quand nous avons dit que nous partions, mais qui justement nous avait servis hier soir et qui, elle aussi, a la gentillesse de ne pas nous traiter en clients lambda.

 

447c McDo Rome Anagnina

 

Allez, encore une photo pour dire à tous un grand MERCI et… à un de ces quatre, peut-être ?

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Published by Thierry Jamard
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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 00:05

438a Rome, via dei Condotti

 

 

Lorsque nous avons visité l’Ara Pacis Augustæ, nous avons vu deux églises qu’il nous a semblé intéressant de visiter. Nous y revenons donc aujourd’hui. Mais, descendus du métro à la station Spagna, je ne peux m’empêcher de prendre, du haut du célèbre escalier, cette photo de la via dei Condotti.

 

438b Rome, via della Croce, E. Vigée-Lebrun

 

438c Rome, via della Croce, E. Vigée-Lebrun

 

Passant par la via della Croce, nous nous étonnons que sur la façade de ce bâtiment, ou dans sa cour, ne figure aucune plaque. Pourtant, c’est là qu’a logé Élisabeth Vigée-Lebrun, qui est un peintre assez célèbre et une personnalité connue.

 

438d Rome, s. Rocco e S. Girolamo dei Croati

 

Nous y voici. Juste en face de l’Ara Pacis (qui est dissimulé par le bus et l’arbre, à l’extrême gauche), ces deux églises sont reliées par un mur percé d’arches. À gauche, San Rocco (Saint Roch) et à droite San Girolamo dei Croati (Saint Jérôme des Croates).

 

439a Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Nous allons commencer notre visite par San Rocco. Et, c’est essentiel, il faut d’abord dire qui est ce saint. À Montpellier, un couple de nobles propriétaires terriens –Jehan, le consul de la ville et son épouse Dame France Libère– eurent sur le tard un fils unique qui naquit en 1340, la peau de son flanc droit marquée d’une croix rouge. Ses parents l’appelèrent Roch. L’université de Montpellier comportait depuis 1141 une faculté de médecine réputée (c’est là qu’au seizième siècle étudiera Rabelais), et Roch y apprit entre autres à soigner les bubons d’un coup de lancette. Il était encore très jeune quand ses vieux parents moururent. Il vendit alors tous leurs biens, en distribua l’argent aux pauvres et partit en pèlerinage en Italie, accompagné de son chien fidèle. À cette époque, plusieurs villes d’Italie étaient frappées par la peste noire. Il y soigna les malades, et arriva à Rome. Là, il guérit aussi plusieurs personnes, dont un cardinal.

 

439b Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Reparti, il attrapa lui-même la peste à Plaisance au contact de malades. Pour ne contaminer personne, il se retira seul dans les bois avec son chien qui, quotidiennement, allait chercher un quignon de pain chipé chez un seigneur du coin et le lui apportait. Lequel seigneur remarqua le manège du chien, le suivit et trouva Roch. De ce jour, c’est lui qui apporta de la nourriture et qui soigna Roch. Guéri, il voulut rentrer à Montpellier, mais alors qu’il traversait Milan en proie à une guerre civile, on le prit pour un espion et on le jeta en prison, où il mourut cinq ans plus tard de misère, en 1379.

 

439c Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Lorsqu’on découvrit sur son corps la croix rouge, on l’identifia, car jamais il n’avait voulu dire qui il était. Sinon, vu sa réputation, on l’aurait sorti de sa prison. Depuis on le prie pour guérir les maladies de peau.

 

439d Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Ces quelques photos donnent une idée de la façon dont se présente cette église. La façade baroque œuvre de Giuseppe Valadier, la nef, un grand espace dans le transept et la chaire, le bas-côté avec ses fresques.

 

439e Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Dans cette chapelle latérale, une peinture moderne (1912) représente un sujet original. En effet, il n’est pas courant de représenter saint Joseph avec l’Enfant Jésus. Je ne peux pas dire que je raffole de ce tableau, mais je le trouve intéressant, et finalement pas désagréable à regarder.

 

439f Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Et puis voici une statue de saint Roch avec sa coquille de pèlerin de saint Jacques, même s’il n’est pas allé à Compostelle, et avec sa maladie de peau sur la jambe.

 

439g Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Enfin, pour finir avec cette église, cette jolie statue de l’Enfant Jésus dans un grand manteau rouge. Et puis toutes ces croix, une sur son globe terrestre, une sur une chaîne à son cou, et celle qui couronne son immense couvre-chef. En fait, je trouve amusante cette représentation.

 

440a Rome, San Girolamo dei Croati

 

Ensuite, nous nous rendons à San Girolamo dei Croati. Sur un plan de Rome plus ancien, elle figure sous le nom de San Girolamo dei Illirici. L’Illyrie, qui occupait dans l’Antiquité ce qui est aujourd’hui l’ouest de la Croatie, la Slovénie et l’Albanie, a été peuplée dès le vingtième siècle avant Jésus-Christ par des peuples indo-européens, les Dalmates et les Pannoniens. Du temps où la Yougoslavie était un unique pays, l'église était donc attribuée aux Illyriens, et aujourd’hui où il n’est pas question de mettre dans le même panier les Croates, les Serbes, les Monténégrins et autres, elle est attribuée aux Croates.

 

440b Rome, San Girolamo dei Croati

 

Eusebius Sophronius Hieronymus de son nom latin, appelé Jérôme en français ou Girolamo en italien, est né en 340 à Stridon (en Dalmatie, actuellement en Slovénie, près de Ljubljana) de parents chrétiens. À vingt ans il part étudier à Rome la rhétorique et la philosophie, apprend le grec, puis séjourne en Gaule, à Trèves, à Aquilée (en Vénétie) et, en 373, va traverser la Thrace et l’Asie Mineure pour aller vivre en ermite à quelque distance d’Antioche. Il est ordonné prêtre dans cette ville par l’évêque Paulin en 378. C’est un lettré, il a appris l’hébreu, il part pour Constantinople travailler avec Grégoire de Nazianze, puis se rend à Rome. Le pape saint Damase I (366-384) l’appelle auprès de lui en 383, le prend pour secrétaire et lui demande de traduire la bible en latin. Mais le pape meurt l’année suivante et Jérôme repart pour la Terre Sainte, séjourne en Égypte, et fin 388 il rentre en Palestine, se retire dans une cellule d’un monastère à Bethléem, et passe les dernières années de sa vie à traduire l’Ancien Testament (Vulgate) et à rédiger des commentaires de la Bible, jusqu’à sa mort le 30 septembre 419. On l’enterre d’abord à Jérusalem, puis on transporte ses restes à Rome, dans la basilique Sainte Marie Majeure. C’est l’un des Pères de l’Église, généralement représenté avec un chapeau de cardinal, et il est considéré comme le saint patron des traducteurs et des bibliothécaires.

 

440c Rome, San Girolamo dei Croati

 

Le chœur est décoré de cette grande peinture (on l’aperçoit déjà sur ma première photo de la nef) qui représente l’ordination de Jérôme par l’évêque Paulin. Au premier plan à droite, le lion traditionnellement présent dans les tableaux de saint Jérôme. Puisqu’il a mené pendant un temps une vie d’ermite, on le figure dans le désert, et là on lui attribue la même aventure qu’avec le lion d’Androclès (dont j’ai parlé le 27 décembre), à savoir qu’il aurait soigné la patte d’un lion où s’était fichée une épine. Guéri, le lion l’aurait accompagné partout.

 

440d1 Rome, San Girolamo dei Croati

 

440d2 Rome, San Girolamo dei Croati

 

Dans cette chapelle figurait une icône du treizième siècle, œuvre de Filippo Bracci, représentant la Madone, salut du peuple romain, mais hélas l’humidité l’a gravement endommagée, si bien qu’au dix-huitième siècle (en 1745) elle a été remplacée par la copie que l’on peut voir aujourd’hui, intitulée la Vierge à l’étoile. Rien ne dit où ni comment Bracci a pris son inspiration, mais je trouve cette Vierge fortement marquée par l’Arménie.

 

440e1 Rome, San Girolamo dei Croati

 

440e2 Rome, San Girolamo dei Croati

 

Dans cette même chapelle de la Vierge à l’étoile, cette fresque du milieu du dix-neuvième siècle, mais de facture très classique, représente la Nativité de Marie. Le couple de Joachim et Anne était âgé et n’espérait plus cette naissance. Joachim pouvait rendre grâce à Dieu lorsqu’il a appris la grossesse de sa femme, puis lorsqu’il a vu que la naissance s’était bien passée, mais je le préférerais ici en admiration devant son bébé. En revanche, j’aime beaucoup cette femme âgée tenant tendrement le bébé sur ses genoux, tout étonnée encore de ce qui arrive, et puis ces femmes qui s’activent autour d’elle avec leurs cruches, leurs serviettes, et cette Marie en bébé rayonnant, elle est potelée, elle est craquante. Je voudrais que la femme qui tient Marie sur ses genoux soit Anne, tout porterait à le croire dans cette scène du premier plan, mais en fond on aperçoit une femme étendue qui joint les mains en prière, et je pense que c’est plutôt elle que le peintre a représentée en accouchée, tandis que des femmes, plutôt amies que servantes vu leur habillement, prennent en charge le petit bébé.

 

440f1 Rome, San Girolamo dei Croati

 

440f2 Rome, San Girolamo dei Croati

 

Nous sommes dans une église de Croates. La langue serbo-croate est slave (les Serbes et les Croates d’aujourd’hui démontrent que leurs langues sont différentes, qu’elles présentent chacune leurs particularités et, de part et d’autre, que leur langue est infiniment supérieure à celle des autres), et par conséquent il est logique que l’on trouve ici des représentations des deux grands saints qui ont créé l’écriture utilisée pour nombre de langues slaves. Sous leurs portraits, réalisés en 1589-1590, AREPS figure "archiepiscopus", archevêque.

 

440g Rome, le Tibre

 

Lorsque nous finissons nos visites de ces églises, la lumière sur le Tibre est si belle que je ne peux résister au plaisir de le photographier.

 

440h1 Rome, Locanda dell'Orso

 

440h2 Rome, Locanda dell'Orso

 

Non loin de là se trouve l’hôtel qui a pris la succession de la Locanda dell’Orso dont j’ai parlé le 7 janvier, mais à l’époque ma photo était défigurée par des guirlandes de Noël et Nouvel An. Si je montre cette vieille hôtellerie, c’est parce que Rabelais avec le cardinal Du Bellay en 1534, Montaigne en 1580, y ont séjourné.

 

440h3 Rome, Locanda dell'Orso par Roesler

 

Sans remonter si loin, on peut voir cette même hôtellerie sur l’aquarelle de Roesler au dix-neuvième siècle.

 

441a Rome, musée Napoléon

 

Nous décidons de finir la journée en visitant le musée Napoléon, tout proche. C’est un musée municipal, et à ce titre les Parisiens jouissent de l’entrée gratuite. Ce musée est très riche, ma moisson de photos est abondante, je dois donc n’en choisir que quelques unes. Et ce choix se doit de commencer par Napoléon lui-même, avec ce marbre de David d’Angers (1788-1856).

 

441b Rome, musée Napoléon, Letizia Ramolino

 

441c Rome, musée Napoléon, Letizia Ramolino

 

La mère de Napoléon, Letizia Ramolino (qui, dans ma mémoire, est liée à son "Pourrrvou qué ça dourrre !") est allée vivre à Rome quand… ça n’a plus duré pour son fiston (je montrerai dans quelques jours le palazzo Bonaparte où elle a vécu alors jusqu’à sa mort en 1836. J’en ai parlé le 21 février au sujet de sa sépulture dans l’église Santa Maria in Via Lata). Il me faut donc la montrer elle aussi, sur ce tableau de 1813 par Robert Lefèvre (1756-1830) et dans ce marbre exécuté en 1805 d’après Antonio Canova (1757-1822).

 

441d Rome, musée Napoléon, les Français à Rome

 

Sur cette gravure on voit l’armée française faisant son entrée à Rome en 1798. L’arrivée sur Rome par le nord se faisait par la piazza del Popolo (j’emploie l’imparfait parce que maintenant la ville s’est amplement développée dans toutes les directions, et quand on arrive piazza del Popolo on a déjà traversé plusieurs quartiers de la ville), et l’on reconnaît parfaitement ici l’obélisque au centre de cette vaste place, et en face on voit le Trident, ces trois rues qui partent en patte d’oie, séparées par ces deux églises symétriques. À gauche, cette statue sur un toit trahit la présence d’une autre église, c’est la grande Santa Maria del Popolo.

 

441e Rome, musée Napoléon, œuvres d'art envoyées en Fr

 

Cette gravure n’est pas à l’honneur de la France. Cette longue caravane de voitures chargées, c’est le départ des œuvres d’art de Rome pour le Musée National de Paris. Certaines, au temps de la Restauration ou encore plus tard sont retournées à Rome, mais aujourd’hui encore le Louvre en comporte un bon nombre. Pour être politique et historique, un vol n’en est pas moins un vol. Le fait de ne pas être le seul voleur (les nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale ont volé non seulement les Juifs, mais bien des œuvres d’art de musées français, les Soviétiques ont aussi enrichi l’Ermitage de Léningrad) ne rend pas l’acte plus moral.

 

441f Rome, musée Napoléon, Zénaïde et Charlotte

 

Parce que, le même jour que pour Letizia Ramolino, j’ai parlé de Zénaïde Bonaparte enterrée avec elle, je profite de cette occasion pour montrer le tableau qu’en a fait David (1748-1825) en 1821 en compagnie de sa sœur Charlotte.

 

441g Rome, musée Napoléon, Chateaubriand

 

Le 29 avril 1829, alors qu’il est ambassadeur de France à Rome, Chateaubriand reçoit dans les jardins de la villa Médicis, Institut de France, la grande duchesse Hélène de Russie. La fête est grandiose, et il dira que c’est la réception la plus grandiose et la plus réussie qu’il ait eu l’occasion d’organiser. Le tableau est de Louis Dupré (1789-1837).

 

441h Rome, musée Napoléon, Eugénie de Montijo

 

Pour finir, je fais un bond dans le temps. Louis-Napoléon Bonaparte, le Prince Président élu en 1848 contre Lamartine, a proclamé le Second Empire le 2 décembre 1851. Il est marié à Eugénie de Montijo. C’est cette impératrice qui est représentée à une date postérieure à 1854 sur cette gravure de Friedrich Weber (1813-1882) réalisée d’après un tableau de Winterhalter (1805-1837).

 

Et voilà. Notre programme du jour est terminé. Nous ressortons du musée et nous dirigeons vers la piazza del Popolo (dont je parlais tout à l’heure et qui était en gravure) pour prendre notre métro. Mais parce que l’église Santa Maria qui est sur cette place contient deux magnifiques Caravaggio, nous décidons d’entrer leur jeter un coup d’œil en passant, juste cinq minutes. Mais…

 

442a Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

…mais devant le chœur il y a un piano, et une pianiste se fait les doigts. Un concert gratuit, sans réservation, se prépare. Nous ne pouvons pas rentrer dans notre banlieue comme ça, comment manquer un concert dans un tel cadre ? On nous prie de passer derrière le chœur, là où en tant que visiteur on n’a pas accès.

 

442b Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

442c Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

Nous ne comprenons pas grand chose parce que c’est en italien, mais il y a une représentation guitare et jeu théâtral d’un épisode biblique, par cette jeune femme et ce jeune homme. Le jeu est intéressant, visiblement de qualité.

 

442d Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

Quand la représentation est finie, nous sommes invités à repasser côté nef pour la suite, mais nous tardons un peu et partons dans les derniers, pour avoir le temps de bien contempler et de prendre quelques photos.

 

442e Rome, S. Maria del Popolo

 

Par exemple, à la base de la voûte, je tombe en admiration devant cette représentation de saint Ambroise. La finesse du dessin, la richesse des ors et la somptuosité du décor qui joue sur le bleu et le rouge, accordés au vêtement du saint, cela est merveilleux.

 

442f Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

Mais il nous faut bien repasser vers la nef et laisser se refermer cette partie réservée. C’est maintenant le concert de piano. À parler franchement, j’ai joui du décor de cette église transformée en salle de concert plus que des morceaux joués par cette pianiste. Et je n’ai pas regretté, loin de là, d’avoir prolongé notre programme de la journée de cette façon inattendue.

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 22:16

Mussolini et ses "faisceaux rénovés" ont pris le pouvoir en Italie en 1922. En permanence, il était fait référence à la grandeur de Rome qui devait égaler ce qu’elle avait été au temps d’Auguste. Et parce que la Rome impériale avait édifié le mausolée d’Hadrien (le château Saint-Ange) et les thermes de Caracalla, le pouvoir fasciste se devait de construire du grandiose. Si grandiose que je le trouve foncièrement ridicule. En divers endroits, on peut voir les effets de cette architecture. Par exemple dans un immeuble, via Vittorio près de Santa Maria della Concezione, ou surtout via dei Pontifici, à l’ouest du Corso, près du mausolée d’Auguste.

 

Mais ce style éclate surtout en deux points particuliers, le quartier de l’EUR et le Foro Italico. Nous consacrons donc notre samedi à l’EUR et notre dimanche au Foro Italico.

 

436a Rome, EUR, obélisque

 

Envisageant d’organiser une exposition universelle à Rome en 1943, Mussolini a décidé en 1937 de la construction ex nihilo d’un quartier qui serait à la fois une vitrine et le début de l’expansion de Rome vers la mer, vers Ostie, par la via Ostiense. Le quartier a été baptisé ESPOSIZIONE UNIVERSALE di ROMA, soit les initiales E.U.R. mais, stoppé en 1941 par la guerre, il n’a pas été complètement abandonné pour autant, parce que repris pour l’Année Sainte de 1950 puis pour les Jeux Olympiques de 1960. Et pourtant, plus de Mussolini à l'époque.

 

Il s’organise de part et d’autre du grand axe Christophe Colomb, au milieu duquel est dressé un obélisque qui pourrait prétendre à être digne de l’Antiquité… s’il était taillé dans un seul bloc, et non pas constitué d’un empilement de tranches. Sur le terre-plein, à la droite de l’obélisque, on distingue quelque chose qui est bien plus haut que les voitures.

 

436b1 Rome, EUR

 

C'est un géant enterré qui surgit du sol. Rome ressuscitée, je suppose. À la fois terrible et grotesque. Et je ne crois pas être seul de mon avis, à en croire les touristes que j’ai vus le prendre en photo avec des commentaires et un intérêt qui ne doivent pas être ceux qu’attendait le créateur.

 

436b2 Rome, EUR

 

Ce taxi qui commence à quitter son emplacement va-t-il se laisser happer par cette main géante prête à se refermer sur ce qui passera à sa portée ?

 

436c Rome, EUR

 

Mais il faut pénétrer dans le quartier. Ici, c’est le génie du sport qui nous fait le salut fasciste. En fait, le salut romain de l’Antiquité, récupéré par les fascistes.

 

436d1 Rome, EUR

 

Sous le portique d’un grand immeuble, une frise verticale en bas-relief représente les diverses étapes de l’existence de Rome. Ici (on est à peu près à mi-hauteur), on voit comment des obélisques ont été dressés dans la ville des papes, par exemple sur la place Saint-Pierre.

 

436d2 Rome, EUR

 

Quant au bas de la fresque, le point d’arrivée et point culminant, il représente le Duce à cheval, dans une attitude ô combien martiale. Derrière lui, les travailleurs. Devant, les soldats, les femmes, les enfants. On en pleure d’émotion.

 

436e Rome, EUR

 

Plus loin, dans un espace jardin, cette statue monumentale. Comme elle n’a pas de légende, j’en ignore la signification mais je peux seulement dire qu’elle me rappelle le style de statues que j’ai vues dans des pays ex-communistes. Je ne suis pas sûr que la comparaison aurait fait plaisir au Duce, mais pour moi elle veut dire que les différences de mentalité entre les dictatures, qu’elles soient de droite ou de gauche, sont finalement très minces. Malgré toutes les imperfections de nos démocraties occidentales, je les préfère encore aux dictatures de tous bords que l’on a vu fleurir au cours des siècles sur tous les continents, et qui n'ont pas encore disparu de la surface de la planète.

 

436f Rome, EUR

 

En passant, une photo d’une sculpture représentant la force du lion dévorant un centaure.

 

436g1 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

Nous voici au bâtiment sans doute le plus célèbre de l’EUR, le Palazzo della Civiltà del Lavoro, le Palais de la Civilisation du Travail. Rien que le titre est magnifique. Travail, Famille, Patrie… cela me rappelle quelque chose. Pas à vous ? Énorme, immense, gigantesque, monumental, ce sont toujours les mêmes adjectifs qui me viennent à l’esprit quand je veux décrire ce que je vois ici. Autant la couleur traditionnelle de la Rome ancienne est le rouge, soit de la brique, soit de l’enduit, autant ce quartier est blanc. Et ce cube tout blanc, avec son motif d’arches qui se répète à l’infini sur chaque façade, en impose par sa masse puissante symbolisant la place du Travail dans la société.

 

436g2 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

Sur le fronton, fièrement, on exalte "un peuple de poètes, d’artistes, de héros, de saints, de penseurs, de savants, de navigateurs et de migrants". Victor Hugo ou Paul Verlaine, Renoir ou Monet, Vercingétorix ou Jean Moulin, saint Louis ou Jeanne d’Arc, Montaigne ou Descartes, Pierre et Marie Curie, Jacques Cartier, les habitants du Québec ou de la Louisiane, les migrants du Maghreb ou d’Afrique Noire… la France aussi répond à cette définition. Je propose –respectueusement– à notre Président Monsieur Sarkozy de la graver sur le panthéon (de Paris) à la place de la phrase actuelle. "Grands hommes", ce n’est pas suffisant et "Patrie reconnaissante", c’est plat et trop court, comparé à cela.

 

436g3 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

436g4 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

Sur ma photo d’ensemble du bâtiment, on a pu distinguer que les niches du bas contenaient des statues. Il y en a ainsi sur chacun des quatre côtés. Ces statues symbolisent les arts de tous types dans lesquels excelle l’Italie.

 

436h Rome, EUR, palais des congrès

 

Un autre grand monument de l’EUR est le palais des congrès. L’architecture en est intéressante, mais elle se veut si imposante… si immense…

 

436i1 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

Ce quartier nouveau comporte aussi son église construite de 1939 à 1941. C’est Saints Pierre et Paul (Santi Pietro e Paolo). Elle domine tout le quartier et se situe au sommet de ce vaste escalier.

 

436i2 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

436i3 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

Sur ma photo de l’église on distingue mal leur masse blanche sur le fond blanc de l’église, mais en haut de l’escalier, de part et d’autre, se dressent les statues monumentales de saint Pierre et de saint Paul.

 

436i4 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

436i5 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

Les portes de bronze sont, elles, très belles à mon avis. Elles représentent des étapes de la vie de ces deux saints. Ici, la crucifixion tête en bas de saint Pierre et la décapitation de saint Paul.

 

Il y a encore bien des choses à voir dans ce quartier, en particulier le Palais des Sports, mais nous décidons de rentrer puisque demain nous verrons une réalisation sportive de l’époque. En retournant vers le camping-car nous traversons un quartier animé, avec toutes sortes de boutiques et de restaurants. Parce que nous ne sommes pas, comme on aurait pu le penser, dans un décor de cinéma. Il y a des gens qui vivent ici. J’ignore si le taux de dépression ou de suicide est plus important qu’ailleurs.

 

__________________________

 

L’EUR est plein sud de Rome. Aujourd’hui, dimanche 14, nous sommes plein nord, au Foro Italico avec son complexe sportif composé d’un stade olympique et d’un stade dit "dei Marmi", c’est-à-dire "des Marbres". La première pierre a été posée le 5 février 1928. Nous sommes donc également à l’époque fasciste de Mussolini, mais dix ans avant l’EUR.

 

437a Rome, Stadio dei Marmi

 

Tout autour du stade des Marbres, 60 statues de sportifs représentent les diverses disciplines, mais sur la base de chacun d’eux figure le nom d’une ville d’Italie, sans oublier, bien sûr, la Sardaigne et la Sicile. C’est une société virile et forte, il n’y a pas une seule sportive parmi les statues.

 

437b Rome, Stadio dei Marmi

 

N’a-t-il pas fière allure, ce représentant de Bergame ?

 

437c Rome, Stadio dei Marmi

 

En revanche, ce skieur de l’Aquila ne doit pas avoir chaud, tout nu dans la neige. Il va se geler les miches. Déjà que le marbre n'est pas chaud...

 

437d Rome, Stadio dei Marmi

 

Ce représentant de Trieste n’est pas prêt à faire des cadeaux à ses adversaires. Comme dans ces civilisations où les guerriers revêtent des masques terrifiants pour effrayer leurs ennemis, il faut montrer même dans le sport que l’on est sûr de sa force et de sa supériorité. De plus, bien des gens font du sport un objet de fierté nationale, et dans les dictatures c’est encore plus vrai parce que plus institutionnalisé.

 

437e Rome, Stadio dei Marmi

 

Au milieu de l’un des grands côtés du stade, se trouve le podium, monumental comme il se doit. Et de part et d’autre il est décoré d’un couple de lutteurs en bronze qui, il faut l’avouer, ont de l’allure. Aïe, quand il va retomber sur le dos, il ne va pas se faire de bien.

 

437f Rome, Stadio dei Marmi

 

Ici, c’est un gros plan sur l’autre couple de lutteurs.

 

437g Rome, Stadio dei Marmi

 

Et pour finir avec ce stade, cette vue en contre-plongée d’un discobole représentant la ville de Sienne. On voit bien dans ces cuisses musculeuses quelle puissance a voulu exprimer le sculpteur.

 

 

437h Rome, stade olympique 

Du stade olympique, je ne montrerai que cette vue. Quoiqu’immense et pouvant accueillir cent mille spectateurs, il ne présente pas, me semble-t-il, d’autre caractéristique que son gigantisme. Et voilà pour l’architecture mussolinienne. Dans nos prochaines visites nous reviendrons à du plus classique, mais il nous a semblé intéressant de savoir à quoi ressemblaient ces projets.

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 21:59

Il y a, au Museo di Roma, une exposition temporaire sur les festivités de la semaine du Carnaval, autour du Mardi Gras, avec la traditionnelle course de chevaux libres sur le Corso. Or, comme je l’ai dit l’autre jour, nous avons manqué l’édition 2010 mais il serait intéressant de voir comment cela se passait, du Moyen-Âge à nos jours. De plus, c’est un musée municipal romain et, à ce titre, les Parisiens ont l’entrée gratuite. Pourquoi, alors, s’en priver ?

 

435a Rome, Pasquino

 

Puisque ce musée se tient près de la piazza Navona, dans le Palazzo Braschi à l’angle duquel est placée l’illustre statue parlante de Pasquino, nous allons jusqu’à lui, qui depuis notre arrivée est emmailloté sous des bâches pour raison politique (pour lui rendre la parole, dit l’affiche, c’est facile, il suffit de dire la vérité), sûr –hélas– qu’il n’a aucune chance d’être découvert avant les élections régionales de la fin du mois. Et encore. Mais, ô miracle, la statue s’offre toute nue à nos yeux ébahis.

 

435b Rome, Pasquino

 

Le 27 décembre, pensant avoir quitté Rome avant qu’il ne soit dévoilé, j’avais parlé de lui. Je disais que cette statue du troisième siècle avant Jésus-Christ avait fait partie d’un groupe représentant Ménélas, le roi de Sparte au temps de la guerre de Troie, portant Patrocle, l’écuyer d’Achille, mort au combat. Sur ma photo, c’est Ménélas que l’on voit, et devant lui apparaît le ventre de Patrocle. Personne n’avait voulu de cette statue trouvée piazza Navona au quinzième siècle dans un si piteux état. Alors elle a été placée là et y est restée. Les Romains, pour déjouer la censure, en ont fait une statue parlante : ils lui confiaient en cachette des billets portant slogans et épigrammes, dont le contenu une fois découvert au matin faisait en un clin d’œil le tour de Rome. Nous appelons cela le téléphone arabe. Il serait tout aussi bien nommé téléphone romain. Ou “pasquinade”.

 

435c Rome, Pasquino par Pinelli

 

J’avais scanné dans notre livre de gravures d’Achille Pinelli cette représentation de Pasquino, avec l’intention de la publier dans mon blog avant de quitter Rome, pour le cas où je ne pourrais le photographier au naturel. Je peux donc l’ajouter ici à ma présentation de la plus célèbre statue parlante de Rome.

 

435cc Rome, Pasquino

 

Et l'on voit qu'il en avait assez d'être muet, le Pasquino. Les “coups de gueule”, plus ou moins gentils, se sont vite multipliés sur le panneau qui est censé être sa voix. Il y a par exemple une protestation contre la loi anti avortement et pour la liberté des femmes, d'autres sont plus directement politico politiciennes. Les étrangers ne se privent pas de le faire parler, mais je ne suis pas capable de comprendre ce qu'il dit en allemand ou en japonais.

 

435d Rome, Museo di Roma

 

Satisfaits, nous pouvons nous rendre au musée. Nous l’avons visité en détail le 6 janvier. La photo y est autorisée pour les collections permanentes, pas pour les expositions temporaires. Alors, même si nous avons plaisir à repasser par des salles connues, je ne vais pas recommencer à en publier mes photos. Aujourd’hui, je me limiterai à trois. Celle-ci, avec ses monstres marins à figure humaine, a été prise dans l’escalier, ce bas-relief fait partie de la décoration du palais lui-même.

 

435e Rome, Museo di Roma

 

Ce marbre sculpté en 1782 par Giovanni Pierantoni représente le pape Pie VI (1775-1799) visitant la salle des Muses du musée Pio-Clementino, l’un des grands musées du Vatican. Il est en compagnie de Giovanni Battista Visconti et du fils de celui-ci, Ennio Quirinio, qui sont les responsables des collections. Pas peu fier, le Giovanni Battista ! Je rappelle que nous sommes au palazzo Braschi, or le pape Pie VI est un Braschi ; nous sommes donc chez lui en ce moment.

 

435f Rome, Museo di Roma, Panthéon par Caffi

 

Je terminerai avec cette peinture à l’huile sur toile représentant la place du Panthéon par Ippolito Caffi. Le tableau a été réalisé aux alentours de 1837, lors de l’un des premiers séjours de Caffi à Rome. On sait qu’il fréquentait là les premiers photographes, et il paraît que ses toiles de cette époque méritent d’être rapprochées de photos… que malheureusement le musée ne présente pas et qui pourtant seraient de nature à satisfaire la curiosité gourmande des visiteurs. Déçu, je m’arrête là.

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 21:45

Pour Natacha, qui traque les relations entre les personnalités originaires de l’ancienne "grande Pologne" (qui incluait la Lituanie, la Biélorussie, une grande part de l’Ukraine) et de Russie avec les pays d’Europe occidentale, il est important d’aller voir où ces personnes ont vécu ou ont travaillé. Aujourd’hui, nous partons donc munis d’une liste d’adresses. Pour moi, ce n’est pas la même chose, et je prends la journée d’aujourd’hui comme une bonne balade dans Rome.

 

434a Walter Scott à Rome

 

Mais, scrutant les murs des rues pour l’aider à dénicher ce qu’elle cherche, il arrive que sur un immeuble voisin on trouve une plaque qui m’amuse ou m’intéresse, et qui ne fait pas partie de son programme. C’est ainsi que nous tombons par hasard sur Walter Scott qui a passé ici la dernière année de sa vie en 1832.

 

434b James Joyce à Rome

 

Ici, c’est James Joyce qui, à l’âge de 24 ans, a passé d’août à décembre 1906 dans cet immeuble.

 

434c Brulov à Rome

 

Le grand peintre russe Karl Brullov (1799-1852) a travaillé pendant 12 ans dans cet immeuble, de 1823 à 1835. C’est lui qui est l’auteur de la grande toile des Derniers jours de Pompéi. Lui, faisait partie de la liste de Natacha.

 

434d Sienckiewicz à Rome

 

Sienckiewicz aussi, fait partie de la liste de Natacha, mais il est bien évident qu’il m’intéresse aussi, avec son Quo Vadis dont j’ai parlé lors de notre balade via Appia Antica le 22 janvier. Il a habité en 1893 dans cette auberge, aujourd’hui l’Hôtel d’Angleterre (Albergo d’Inghilterra)

 

434e Rome, âmes du purgatoire

 

434f Rome, âmes du purgatoire

 

Il s’agissait de voir, de la rive droite, des immeubles en bordure du Tibre sur la rive gauche. Cela nous a fait passer devant une petite église néogothique, il Sacro Cuore del Suffragio, qui ne nous aurait pas attirés spécialement s’il ne s’y était trouvé un (tout petit) musée des témoignages visibles des âmes du purgatoire. Oui oui oui. Après être apparus en rêve, parfois de nombreuses années après leur mort, ces gens qui purgeaient leurs péchés en purgatoire ont laissé des marques concrètes, preuves que ces rêves n’étaient pas de simples fictions. Sur ce livre, ces trois doigts avaient apparu le matin alors qu’ils n’y étaient pas la veille au soir. Quant à cette paume accompagnée d’une croix…

 

Voilà. C’est sur cette visite que nous sommes rentrés, concluant la promenade du jour.

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 22:22

Natacha, ces temps-ci, est plongée dans la lecture d’Iwaszkiewicz, cet auteur polonais qui a vécu à Rome. Or l’autre jour, descendant du bus au Largo Torre Argentina, nous allons regarder l’affiche du théâtre, et que voyons-nous ? On donne Les Demoiselles de Wilko, une pièce d’Iwaszkiewicz !

 

431 Le Signorine di Wilno

 

Natacha n’en croyait pas ses yeux et son cœur s’est mis à battre si fort que le sol en a tremblé sous ses pieds et que nos voisins sur le trottoir ont commencé à paniquer, pensant à un séisme. Nous sommes donc entrés et avons pris une place pour cet après-midi à 17 heures. Une place seulement, parce que moi je ne partage pas son enthousiasme, ce qu’elle me dit du sujet ne me tentant pas tellement et d’autre part parce que ne connaissant pas l’œuvre et ne captant qu’un mot de ci de là en italien je préfère me balader pendant ce temps-là.

 

431a Rome, Gogol

 

Évidemment, avant 17 heures nous disposons de pas mal de temps dans le centre de Rome et, comme il fait beau, nous allons nous balader à pied. Nous marchons le nez en l’air, scrutant les plaques posées sur les murs des bâtiments. Ici, la communauté russe de Rome a fait poser cette plaque qui dit que dans cette maison, entre 1838 et 1842, Nicolas Vassilievitch Gogol a écrit Les Âmes mortes. La traduction italienne, un peu différente, dit "son chef d’œuvre", sans préciser le titre, mais surtout elle dit "le grand écrivain russe Nicolas Gogol". Or Gogol était ukrainien. Si le russe, l’ukrainien et le biélorusse sont des dialectes d’une même langue, ils n’en sont pas moins très différents l’un de l’autre et correspondent à des peuples différents. Ce n’est pas la Russie qui a créé l’Ukraine, mais c’est la "Rous" de Kiev –en Ukraine– qui a créé la Russie. Si la Russie des tsars a colonisé l’est de l’Ukraine alors que la Pologne, puis l’Union Soviétique à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, en ont colonisé l’ouest, l’Ukraine n’en a pas moins une identité propre. Mais Gogol l’Ukrainien est allé vivre à Saint-Pétersbourg et a écrit en langue russe. Il n’empêche : les Italiens qui, en 1901, ont traduit le texte écrit en russe par la communauté russe, ils ont jugé bon d’ajouter une nationalité qui n’est pas exacte.

 

431b Rome, Andersen

 

La Suède a bien, dans le passé, envahi le Danemark, mais sur cette plaque Andersen est qualifié de Danois…Bon, soyons de bonne foi : il n’a pas décidé d’aller vivre à Stockholm, ni d’écrire en langue suédoise.

 

431c Rome, Piranèse et Thorvaldsen

 

Ici, outre Luigi Canina que j’avoue ne pas connaître, ont vécu l’architecte et graveur vénitien Piranèse (1720-1778) et le sculpteur danois Thorvaldsen (1770-1844). Lorsque l’on est attentif aux murs, la promenade dans le centre de Rome révèle sans cesse des maisons ou des appartements où ont vécu, un an ou une vie, des célébrités du monde entier.

 

432a1 Rome, Trinità dei Monti

 

Nous arrivons à l’église de la Trinité (Trinità dei Monti). Nous l’avons déjà visitée rapidement, cette église, et parce que j’en ai déjà montré une photo de façade le 9 novembre, cette fois-ci je la présente avec son obélisque. Soyons avertis dès le début : "Il y a ici quelques bons tableaux anciens, nous dit Stendhal, et une foule de croûtes modernes. Les artistes allemands viennent dans cette église se moquer de nous, car la plupart de ces croûtes sont françaises".

 

Saint François de Paule était un ermite de Calabre qui voulut créer un nouvel ordre monacal, que l’on appela les Minimes, dont la règle interdisait de manger viande, œufs, produits lactés comme pour un carême perpétuel. Louis XI, malade, espérait de lui une guérison miraculeuse et parvint à le faire venir en France en 1483. Il ne put guérir le roi, mais resta en France comme conseiller des successeurs Charles VIII et Louis XII jusqu’à sa mort en 1507, à Tours.

 

Le cardinal Jean Bilhères de Lagraulas, ambassadeur de France (celui qui commanda à Michel-Ange la magnifique Pietà de son tombeau, dans la basilique Saint Pierre) obtint que soit concédée à des religieux français la vente d’un terrain sur cette colline et ses flancs. En 1495, le pape Alexandre VI (1492-1503) autorisa d’y construire un couvent pour des Minimes. Pour construire l’église du couvent, le cardinal Guillaume Briçonnet, nouvel ambassadeur de France et archevêque de Narbonne, fit venir des pierres de Narbonne. Voilà qui explique pourquoi la Trinità tranche par sa couleur sur les autres constructions de Rome. Lors du sac de Rome par les troupes de Charles Quint le 6 mai 1527, la Trinità dei Monti a été l’objet d’un acharnement tout particulier prenant des allures d’expédition punitive, les relations franco-espagnoles étant à l’époque plus que tendues et cette église représentant un centre de propagande française. En revanche, l’Académie de France de la villa Médicis au bout de la rue a été épargnée, non seulement parce qu’elle ne s’est installée dans ces murs qu’en 1803, mais surtout parce que la villa elle-même n’a été construite qu’en 1570. Ne pas exister est une bonne raison pour ne pas être saccagée…

 

432a2 Pinelli, Santa Trinità dei Monti

 

La vue qu’en donne Achille Pinelli est infiniment plus sympa que ma photo. Je ne chercherai pas à lui faire concurrence. Mais il a cet avantage que de son temps le parvis n’était pas, dès qu’il fait beau, envahi par des peintres et caricaturistes dont la prolifération rappelle celle de la place du Tertre à Paris mais dont le talent n’est pas celui des plus grands. Aussi vaut-il mieux, de nos jours, s’empresser de pénétrer dans l’église. Mais je continue mon histoire. La piazza di Spagna est toute proche, juste en bas. Des Espagnols voulaient entrer aux Minimes, les Français voulaient se réserver l’accès à ce couvent, et les rivalités politiques de l’époque n’aidaient pas à résoudre le problème. Le pape Alexandre VII (1655-1667) décida d’en réserver l’accès aux seuls sujets français admis dans l’ordre des Minimes.

 

À la même époque (1660), grâce à un don et grâce au soutien du pape, les Minimes font construire l’escalier monumental d’accès à l’église, inauguré en 1725. Il deviendra public en 1870 lorsque Rome sera capitale de l’Italie et non plus propriété de la papauté.

 

Suite aux tourmentes révolutionnaires, où le couvent a été loué par appartements et l’église utilisée comme atelier d’artistes (notamment pour Ingres), il n’y avait plus de Minimes français pour y résider. La Mère Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur, installa un pensionnat de jeunes filles. Du temps où j’étais proviseur à Champs-sur-Marne, j’étais voisin d’un établissement privé de Noisy-le-Grand nommé Sophie Barat. Quoique d’une certaine façon nous ayons été concurrents, nous avons toujours entretenu de bonnes relations, mais j’ignorais qui était cette Sophie Barat, et surtout que je croiserais sa route ici, à Rome.

 

432a3 Rome, Trinità dei Monti

 

Au début le style de l’église se voulait en "gothique tardif" mais à part la croisée du transept il a nettement évolué vers les canons à l’honneur à la Renaissance. De part et d’autre de la nef à vaisseau unique se multiplient les chapelles.

 

432b Rome, Trinità dei Monti, pietà

 

Dans la première chapelle à gauche, qui est la chapelle Borghese, on est frappé par cette belle Pietà. Il s’agit d’une copie en plâtre d’un original du sculpteur allemand Wilhelm Theodor Achtermann (1799-1884) réalisé pour la cathédrale de Munster. Cet original ayant été détruit dans les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale sur l’Allemagne, il ne reste plus que ce plâtre à Rome.

 

432c1 Rome, Trinità dei Monti, Déposition

 

Dans la chapelle Bonfil, se trouve aujourd’hui (après bien des vicissitudes) la fameuse Descente de Croix de Daniel de Volterra, qui a été réalisée après 1546. "À je ne sais quelle invasion des Napolitains, raconte Stendhal, vers 1799, je crois, on plaça un bataillon dans cette église ; ils abîmèrent cette fresque. En 1811, je la vis chez le célèbre Palmaroli, restaurateur de tableaux, dans l’ancien palais de France, au Corso, vis-à-vis le palais Doria. Le général Miollis, gouverneur des États romains, le pressait de rendre le tableau, qui devait être envoyé à Paris. Palmaroli répondait que son travail n’était pas fini ; il l’a fait durer de 1808 à 1814. Il disait à ses amis : ‘On n’a déjà enlevé que trop de tableaux à notre pauvre Rome, tâchons de sauver celui-ci’. Il y a réussi". Palmaroli avait transposé la fresque sur toile, à la fois pour restaurer la peinture et pour la rendre transportable. Mais les produits fixants qu’il a utilisés ont, avec le temps, altéré les couleurs, et une restauration de 2002 a rendu à l’œuvre son aspect alors qu’elle était devenue gris-brun. Le long temps passé dans l’atelier du restaurateur n’a pas suffi parce que, alors que cette Descente de Croix était entreposée à la voisine Académie de France, l’ambassadeur –René de Chateaubriand– a voulu l’envoyer à Charles X pour la placer au Louvre… Mais elle a finalement réintégré l’église au milieu du dix-neuvième siècle.

 

432c2 Rome, Trinità dei Monti, Déposition

 

Il est vrai que ce tableau est merveilleux. Sur le détail ci-dessus, on voit comment est peinte l’affliction des Saintes Femmes, sans parler de l’extraordinaire soyeux du tissu. La tresse roulée en chignon, ici, révèle une chevelure particulièrement longue, je peux donc supposer qu’il s’agit de Marie-Madeleine.

 

432d Rome, Trinità dei Monti

 

Cette circoncision du milieu du seizième siècle est attribuée avec beaucoup de vraisemblance à Pierre Malet, peintre originaire d’Avignon et auteur d’une Adoration des Mages dans la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence. L’influence de Raphaël est manifeste, et d’ailleurs l’homme qui tend la tête, sur le bord droit de la scène est copié du Triomphe de l’Eucharistie de Raphaël.

 

Sur la droite, au-delà de la scène de la circoncision, le personnage en noir est Pierre Marciac, chanoine de Besançon et commanditaire de cette chapelle. Aprèsle sac de 1527, il paie 134 écus pour la restauration. En 1534, il paiera 400 écus de plus pour obtenir la concession de la chapelle qui, désormais, portera son nom et lui sera réservée. Il meurt en 1540.

 

Ayant voyagé à Rome en 1580-1581, Montaigne est donc un quasi contemporain de ce tableau. Il a assisté à une circoncision et la détaille par le menu. "Un homme tient en ses mains une fiole pleine de vin et un verre. Il y a aussi un brasier à terre, auquel brasier ce ministre chauffe premièrement ses mains, et puis […] il lui prend son membre, et retire à soi la peau qui est au-dessus, d’une main, poussant de l’autre le gland, et le membre au dedans. Au bout de cette peau qu’il tient vers ledit gland, il met un instrument d’argent qui arrête là cette peau, et empêche que la tranchant, il ne vienne à offenser le gland et la chair. Après cela, d’un couteau il tranche cette peau, laquelle on enterre soudain dans la terre qui est là dans un bassin parmi les autres apprêts de ce mystère. Après cela le ministre vient à belles ongles, à froisser encore quelque autre petite pellicule qui est sur ce gland et la déchire à force, et la pousse en arrière au-delà du gland. Il semble qu’il y ait beaucoup d’effort en cela et de douleur ; toutefois ils n’y trouvent nul danger, et en est toujours la plaie guérie en quatre ou cinq jours. Le cri de l’enfant est pareil aux nôtres qu’on baptise. Soudain que ce gland est ainsi découvert, on offre hâtivement du vin au ministre qui en met un peu à la bouche, et s’en va ainsi sucer le gland de cet enfant, tout sanglant, et rend le sang qu’il en a retiré, et incontinent reprend autant de vin jusqu’à trois fois. Cela fait, on lui offre, dans un petit cornet de papier, d’une poudre rouge qu’ils disent être du sang de dragon, de quoi il sale et couvre toute cette plaie, et puis enveloppe bien proprement le membre de cet enfant à tout des linges taillés tout exprès".

 

432e1 Rome, Trinità dei Monti, vierges sages et folles

 

Alexandre Maximilien Seitz a peint Les Vierges sages et les vierges folles en 1858. Sous la fresque figure, en latin, la phrase de l’évangile "Veillez, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre seigneur va venir". L’une des vierges sages, celle qui est juste devant l’ange en rouge, regarde le Seigneur avec des yeux de merlan frit, moi je craindrais un peu qu’elle soit hypocrite, mais à part cela je trouve ce tableau pas mal du tout, avec les vierges folles en train de roupiller à l’arrière-plan, leur flacon de vin renversé, et dans l’ombre bien sûr puisque leurs lampes ont épuisé leur huile.

 

432e2 Rome, Trinità dei Monti, fils prodigue

 

La même année 1858, le même Seitz a peint cette fresque du Retour du fils prodigue. Le vieux père, avec sa grande barbe blanche comme un Père Noël, accueille les bras ouverts son fils ruiné, qui arrive presque nu, seulement vêtu d’une peau de chameau, comme Jean-Baptiste. Derrière, un serviteur apporte un beau vêtement, et à gauche on voit une série de jarres de vin alignées. J’aime bien le regard perplexe de la femme, à droite, le geste plein de miséricorde et de tendresse du père, le fils dont l’attitude exprime la honte et le repentir. Tout au fond à gauche, on voit des serviteurs qui s’activent à apporter des plats, et à gauche, à mi-hauteur, d’autres tiennent un animal roux qui, à vrai dire, ressemble à un gros chien, mais qui doit plutôt être le veau gras que l’on va tuer. J’aime aussi le paysage baigné dans la brume de l’ultraviolet, le ciel, tout.

 

432f Rome, Trinità dei Monti, sibylle Tiburtina

 

Revenons à la chapelle où nous avons vu la Circoncision, dont l’entrée est encadrée par des sibylles. J’ai choisi celle de droite, la sibylle de Tibur, c’est-à-dire Tivoli, où nous sommes allés plusieurs fois, à une trentaine de kilomètres de Rome. C’est elle qui aurait prédit à Auguste qu’un homme "plus grand que lui" viendrait, et que ce jour-là une source d’huile jaillirait du sol. C’était la source d’huile du Trastevere et la naissance de Jésus-Christ. L’ombre portée sur le fond de faux marbre est censée être générée par la lumière qui émane de Jésus.

 

432g1 Rome, Trinità dei Monti

 

Cette chapelle a été attribuée à Aldobrandino Orsini. Sa fille Hélène en a commandé la décoration à Daniel de Volterra qui, comme pour la Descente de Croix, y a réalisé en 1545 des fresques splendides, inspirées de Michel-Ange. Lors de l’occupation française, au début du dix-neuvième siècle, "nous" avons voulu détacher ces fresques pour les emporter "chez nous". Résultat, elles ont été détruites et perdues. La peinture actuelle, de style nazaréen, date de 1830 et a été réalisée par Phillip Veit. C’est une Immaculée Conception.

 

432g2 Rome, Trinità dei Monti

 

Je ne raffole pas vraiment de la composition de cette peinture, mais en concentrant mon regard sur le détail du visage de la Vierge, j’aime beaucoup cette douceur juvénile, toute pleine de la candeur que suppose la conception immaculée, l’absence de péché originel (et non la virginité, comme on l’entend souvent dire). Ce tableau, qui était tout frais quand Stendhal a visité l'église, fait sans doute partie des“croûtes françaises” qu'il y a vues. À mon avis, le voyage d'Allemagne est bien long pour venir s'en moquer.

 

432h1 Rome, Trinità dei Monti

 

432h2 Rome, Trinità dei Monti, Michel-Ange

 

Ici, nous sommes dans la chapelle de Lucrèce della Rovere. Et nous retrouvons Daniel de Volterra pour cette fresque de l'Assomption de la Vierge, réalisée en 1548-1550. On sait que cet artiste admirait plus que tout Michel-Ange, et on a vu qu’il s’inspirait de son style. C’est particulièrement frappant dans cette peinture. Ce qui est amusant, c’est que si l’on observe l’apôtre à droite qui tend le bras vers la Vierge en nous regardant, et que je montre en gros plan, il n’y a aucun doute sur la ressemblance, c’est Michel-Ange en personne que Volterra a mis en scène. Je rappelle qu’il était encore en vie, puisqu’il mourra en 1563. Je cite Vasari : "Daniel manquait de place pour toutes ces figures et voulait réaliser une composition d’un genre nouveau ; il fit comme si l’autel était le sépulcre de la Vierge et plaça les apôtres tout autour". Pour ma part, je trouve remarquable ce décor peint en trompe-l’œil qui représente ces colonnes et le large oculus vers le ciel par où s’élève la Vierge.

 

432i1 Rome, Trinità dei Monti

 

432i2 Rome, Trinità dei Monti

 

432i3 Rome, Trinità dei Monti

 

Dans une autre chapelle (la chapelle Guerrieri), l’entablement présente quinze scènes de la Passion, en grisaille, d’un artiste non identifié, qui a travaillé dans le second quart du seizième siècle. J’ai choisi le Jardin des Oliviers, puis la scène où, après le baiser de Judas, Jésus est livré (on voit le couteau qui va trancher l’oreille du serviteur du grand prêtre), et enfin la flagellation de Jésus –parce qu’à Sainte Praxède, le 12 février, nous avons vu la colonne censée être celle à laquelle Jésus a été attaché pour être flagellé.

 

432j Rome, Trinità dei Monti

 

Normalement, nous n’aurions dû avoir accès qu’à l’église. Mais un jeune homme d’une extrême gentillesse, qui tenait la vente des livres et cartes postales, nous a autorisés à aller voir et photographier le cloître.

 

432k1 Rome, Trinità dei Monti, Chilpéric

 

À l’époque de la querelle pour la nationalité des Minimes, les Français ont voulu clairement marquer leur propriété en peignant au haut des murs du cloître les portraits de tous les rois de France, depuis l’origine, avec Pharamond, le légendaire ancêtre des Mérovingiens, et jusqu’à Henri IV (ces fresques datent de 1616). Puis, en 1823, les pensionnaires de l’Académie de France y ont ajouté tous les autres rois jusqu’à la Restauration. C’est ainsi que l’on peut voir (ci-dessus) Chilpéric, vingt-deuxième roi, qui a régné neuf ans, de 741 à 750.

 

432k2 Rome, Trinità dei Monti, Pépin le Bref

 

Voici Pépin le Bref, vingt-troisième roi, qui a régné 18 ans, de 750 à 768.

 

432k3 Rome, Trinità dei Monti, Charlemagne

 

C’est Charlemagne qui lui a succédé, et qui porte par conséquent le numéro vingt-quatre. Il a régné fort longtemps, 46 ans, de 768 à 814. Roncevaux, c’était en 778, je crois. Et ici, à Rome, dans la basilique Saint Pierre, de roi il a été fait empereur le 25 décembre 800. Il a une belle barbe blanche, mais elle n’est pas vraiment fleurie… Et s’il est vrai que c’est lui qui a inventé l’école, je dois lui rendre un culte puisque c’est grâce à lui que pendant 42 ans (quatre de moins que lui) j’ai pu travailler à l’Éducation Nationale et, ce qui est encore mieux, y prendre du plaisir puisque je regrette d’avoir dû décrocher.

 

432k4 Rome, Trinità dei Monti, Hugues Capet

 

Je fais maintenant un grand bond dans le temps pour en arriver à celui qui a fondé la dernière dynastie de monarques en France, Hugues Capet (les Révolutionnaires appelleront Louis XVI "Louis Capet" pour lui refuser le titre de roi). C’est le trente-sixième roi, qui a régné 9 ans de 987 à 996.

 

432k5 Rome, Trinità dei Monti, saint Louis

 

Cela en fait beaucoup, mais tant pis, je ne peux manquer de montrer saint Louis, Louis IX, d’abord parce qu’un saint dans la famille cela fait chic, et puis parce que j’ai eu l’occasion de parler deux fois de l’église Saint Louis des Français à Rome. Il court avec le dossard numéro 44, et règne un nombre d’années équivalent, quarante quatre ans, de 1226 à 1270. Je confesse humblement que, sans l’inscription qui figure sous son portrait, je l’aurais fait mourir (un peu) plus tôt. Pendant tout ce temps, son chêne, au bois de Vincennes, a eu le temps d’en fabriquer, des tonnes de glands.

 

432L1 Rome, Trinità dei Monti, salle réception

 

Mais ce n’est pas tout. Ce jeune homme, quand nous en avons fini avec le cloître (et il nous avait laissés libres de nous promener aussi longtemps que nous le voulions, de prendre toutes les photos que nous souhaitions), nous a proposé de pousser la visite. Il nous a montré cette magnifique salle de réfectoire, d’autant plus surprenante dans son luxe que les Minimes devaient y jeûner toute l’année. Décorée en 1694, elle a été restaurée en 2000 par le Sénat français.

 

432L2 Rome, Trinità dei Monti, salle réception

 

Le côté droit de la salle ouvre sur l’extérieur par des fenêtres, tandis que pour leur faire face et donner de l’ampleur, le côté gauche est décoré de fresques en trompe-l’œil. Et c’est d’autant plus remarquable que, non seulement l’illusion est parfaite, mais de plus les sujets sont traités avec humour, comme ce jeune garçon enjambant la balustrade.

 

432m Rome, Trinità dei Monti, vue sur piazza Spagna

 

Revenu dans l’escalier, je m’arrête un instant devant une fenêtre pour prendre cette vue inhabituelle de l’esplanade, cette mauvaise copie de la place du Tertre, de l’escalier de la Trinità, de la piazza di Spagna, et dans le fond, de la via dei Condotti où, sur la droite, se trouve le fameux Caffè Greco fréquenté par Goethe, Stendhal, Berlioz, Andersen et bien d’autres célébrités.

 

Notre cicérone nous montrera aussi une ravissante chapelle où se trouve la représentation d’une Vierge objet d’une grande dévotion. Il nous laissera là, nous disant que nous pouvions faire des photos si nous le voulions, mais il nous demandait de ne pas les publier. Vœu que, bien évidemment, je respecte.

 

432n Rome, Trinità dei Monti, école française

 

Sophie Barat, je l’ai dit, a fondé un pensionnat de jeunes filles. Cette école occupe de très beaux bâtiments dans un parc arboré. Le rêve. Ayant vu tout cela, nous avons eu plaisir à rester un peu ensuite à converser avec notre guide.

 

432o1 avec Bashal à la Trinità

 

432o2 avec Bashal à la Trinità

 

Nous avons appris qu’il s’appelle Bashal, qu’il vient du Kenya. Je lui ai donné l’adresse de mon blog –tout en le prévenant que j’étais très en retard dans sa publication– et je voudrais ici le remercier très chaleureusement de son accueil, de sa gentillesse et, outre le fait que grâce à lui nous avons pu visiter tout un tas de choses et récolter une belle moisson de photos, je le remercie aussi que nous ayons pu faire sa connaissance et parler un peu avec lui. Il ne parle pas français (ce sont les Anglais qui ont marqué ce pays), mais j’espère néanmoins qu’il verra et comprendra le plaisir que nous avons eu à cette visite grâce à lui, mais aussi au plaisir que nous avons eu à le rencontrer et à le connaître.

 

Merci Natacha pour les photos, mais j'aurais préféré ne pas y figurer...

 

433a Rome, Pie di Marmo

 

Après cette longue et intéressante visite, nous avons marché par les rues de Rome en attendant l’heure de la séance pour Natacha, à 17h. Personne ne sait pourquoi ce pied en marbre d’une statue romaine gigantesque se trouve ici, dans cette petite rue, sans qu’on en ait retrouvé le corps. Mais il a donné à la rue son nom, via Piè di Marmo.

 

433b1 Rome, Cloaca Maxima

 

433b2 Rome, Cloaca Maxima

 

Pendant le théâtre, je vais me promener longuement sur les berges du Tibre. C’est bon, aussi, de marcher sans rien visiter, de se dégourdir les jambes, de regarder le fleuve, la ville, les gens. Petite halte, cependant, devant ce débouché d’égout dans le fleuve. Une passerelle, comme on le voit, permet de longer l’eau, mais avec sa balustrade barre la vue sur cette bouche. J’ai cherché mon point de vue sur l’autre rive, sur le pont… Ce n’est pas par amour pour les eaux usées que j’ai voulu à tout prix prendre cette photo, mais parce qu’il s’agit de la cloaca maxima, ce collecteur général du réseau d’égouts de la ville qui date de l’Antiquité. Nous nous trouvons sur la rive gauche, juste sous le temple de Vesta, après le ponte Palatino en aval de l’île.

  

433c1 Rome, île du Tibre

 

433c2 Rome, navire d'Esculape

 

C’est Ovide qui raconte dans les Métamorphoses que pour combattre la peste de 294 avant Jésus-Christ, on se rendit à Épidaure en Grèce, chez Esculape le dieu médecin. Mais là, le dieu lui-même apparut sous la forme d'un grand serpent qui embarqua de sa propre autorité sur les navires romains, leur assura des vents favorables jusqu’à l’embouchure du Tibre, et choisit d’accoster directement sur l'île du Tibre. En son honneur, les Romains lui construisirent un sanctuaire, élevèrent un obélisque, renforcèrent en travertin les contours de l’île, lui donnant des allures de grand bateau amarré dans le Tibre. Le Moyen-Âge a vu réutiliser toutes ces pierres pour divers usages, seuls quelques fragments de l'obélisque central sont parvenus jusqu’à nous et sont conservés au Musée National de Naples, et ce fragment du “navire d'Esculape” (deuxième photo).

Et puis nous nous sommes retrouvés à la sortie du théâtre et avons ainsi conclu notre journée.

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Published by Thierry Jamard
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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 22:52

  

Entre le pied du Capitole et le Tibre, là où il enserre son île entre ses deux bras, les Juifs, nombreux à Rome depuis l'Antiquité, se sont installés là au treizième siècle, quittant peu à peu le Trastevere qui était précédemment le secteur de leur plus forte implantation. En 1556, le pape Paul IV (1555-1559), de l’illustre famille napolitaine des Carafa, fut élu à presque 80 ans parce que son énergie à combattre le protestantisme, mais aussi les déviations du catholicisme, étaient connus des cardinaux. Il a fait grand et impitoyable usage de l’Inquisition contre des chrétiens, quant aux Juifs il a fait dresser des murailles autour de ce quartier qu’ils habitaient pour les enfermer dans un Ghetto, ouvert seulement du lever au coucher du soleil.

 

Stendhal le dit à sa façon : "6 décembre 1827.– Nous venons de visiter les antiquités du quartier des juifs. C’est le pape Paul IV, Carafa (ce vieillard napolitain qui de bonne foi se croyait infaillible, et craignait d’être damné s’il ne suivait pas les mouvements secrets qui lui ordonnaient de persécuter), qui commença à vexer les juifs (1556). Il les obligea d’habiter le Ghetto, ce quartier sur les bords du Tibre, près du Ponte Rotto, maintenant si sale et si misérable. Les juifs furent forcés de rentrer dans le Ghetto à vingt-quatre heures (c’est-à-dire au coucher du soleil) ; Paul IV voulut qu’ils vendissent leurs possessions, et ne leur permit d’autre négoce que celui des vieilles hardes. Ils furent astreints à porter un chapeau jaune […]. Malgré toutes ces vexations, et bien d’autres qui me feraient passer pour jacobin si je les rapportais, telle est l’admirable énergie avec laquelle ce peuple malheureux tient encore à la loi de Moïse".

 

Vingt-quatre heures, dit Stendhal, le coucher du soleil. Les Romains du dix-neuvième siècle comptaient encore les heures comme du temps de Jules César : ils divisaient en 12 parts égales entre elles la durée du jour (du lever au coucher du soleil) et en 12 parts égales entre elles la durée de la nuit (du coucher au lever du soleil). Ainsi, au solstice d’été, en juin, les heures de jour étaient très longues et les heures de nuit très courtes, puis les unes raccourcissaient progressivement au profit des autres, et la proportion s’inversait jusqu’au solstice d’hiver, en décembre. Stendhal, encore : "Les ventiquattro

(les vingt-quatre heures) changent tous les quinze jours. Le parti rétrograde tient beaucoup à cette façon peu commode de faire sonner les horloges ; l’autre manière s’appelle alla francese".

 

428a Rome, Teatro di Marcello

 

Le 20 novembre, puis le 29 décembre, j’ai parlé de ce teatro di Marcello qui est sur la bordure du ghetto. Je ne vais pas recommencer, ni à raconter les anecdotes de son inauguration, ni à expliquer son histoire. Mais aujourd’hui –enfin– nous sommes descendus tout près, j’en profite donc pour ajouter quelques images.

 

428b Rome, Teatro di Marcello

 

Sur ces deux photos, on voit ce qui reste du théâtre d’origine en pierre blanche, la petite portion qui en a été refaite, et au-dessus le palais des Savelli construit au seizième siècle.

 

428c Rome, Teatro di Marcello

 

Cette galerie qui court le long du théâtre, avec son plafond voûté, me rappelle un peu Nîmes.

 

428d Rome, Teatro di Marcello

 

Encore une image en contre-plongée pour montrer cet impressionnant théâtre surmonté de son château Renaissance.

 

428e Rome, Teatro di Marcello

 

Le théâtre, une fois abandonné au début du quatrième siècle, a servi de magasin de matériaux de construction, particuliers comme officiels se servant librement en pierres. Lorsque l’on en a fait une forteresse au douzième siècle, puis un palais au seizième, on n’a ni arasé, ni comblé, on a imbriqué les nouvelles constructions dans ce qui restait en place des anciennes, ce qui donne cet intéressant montage.

 

429a Portico d'Ottavia

 

En 146 avant Jésus-Christ a été construit le portique de Metellus, le plus ancien quadriportique de Rome. L’empereur Auguste le fit refaire entre 27 et 23 avant Jésus-Christ et le dédia à sa sœur Octavie (Portico d’Ottavia, en italien). La dernière restauration, à laquelle appartiennent les restes d’aujourd’hui, date du début du troisième siècle, sous les empereurs Septime-Sévère et Caracalla. Dans son ensemble, la construction était immense, 132 sur 140 mètres. Il s’y trouvait un complexe comprenant un temple de Jupiter et un temple de Junon, une bibliothèque latine et une bibliothèque grecque, et un grand nombre de statues.

 

429b Portico d'Ottavia

 

Aujourd’hui, il est dommage de constater qu’il n’en reste pas grand chose. Ce qui ne l’empêche pas d’être impressionnant et d’attirer le regard de nombreux touristes.

  

 429c Portico d'Ottavia

 

Une grande partie, en arrière, est occupée par une église, Sant’Angelo in Pescheria. J’en parlerai un peu plus loin.

 

429d Portico d'Ottavia

 

Il reste, en direction du teatro di Marcello (c’est lui que l’on aperçoit sous la dernière arche, sur la droite), ces quelques arches. Cet aménagement, destiné à donner accès à l’église, est bâclé et du plus mauvais effet dans ce site antique. Dommage. Car ce n'est pas fait pour les handicapés, puisque cela débouche sur un escalier (aux marches très basses) ; on peut faire mieux, dans un tel site, que cette allée de planches et ces protection de sécurité qui n’ont rien de provisoire.

 

429e-Portique-d-Octavie.jpg

 

Le temps et les déprédations ont mis à mal le peu qui reste du splendide portique de l’origine. Voici comment il faut étayer l’une des colonnes…

 

429f Roesler, poissonniers au portique d'Ottavia

 

Nous sommes, comme je le disais au début de cet article, dans le quartier qui a été le ghetto juif. Sous le portique, sans mesure de protection (esthétique ou pas), se tenaient des marchands de poisson, d’où le nom de l’église, Saint Ange en Pêcherie. Ici, l’on peut voir la représentation qu’en donne Ettore Roesler Franz (1845-1907).

 

429g Rome, ghetto

 

429h Rome, ghetto

 

Lors de la république romaine de Mazzini en 1848, les murs du ghetto sont abattus, puis en 1870 quand l’Italie est unifiée et que Rome en devient la capitale il ne reste plus aucune restriction à l’encontre des Juifs. Lorsque l’assainissement du quartier a été décidé en 1885, quasiment tout a été rasé, et puis la guerre et la Shoah ont fait disparaître les Juifs, par l’émigration pour quelques uns, par la mort pour la plupart, mais peu à peu le quartier s’est repeuplé, et l’on y trouve nombre de restaurants, tous Kasher, et des boutiques de tissu, confection, passementerie, qui étaient l’une des activités majeures des habitants du ghetto.

 

429i Rome, synagogue

 

La visite de la synagogue n’est pas à notre programme d’aujourd’hui, mais avec le musée qui lui est associé c’est un lieu qu’il est important de connaître. L’an passé, à Budapest, nous avions effectué la visite parallèle, et ce ne peut qu’être un enrichissement complémentaire à Rome.

 

430a Rome, Sant'Angelo in Pescheria

 

J’ai dit que je reviendrais sur l’église Sant’Angelo in Pescheria. Peu longtemps parce qu’elle n’a pas retenu longtemps mon attention. En revanche elle a bien plu à Natacha pour plusieurs des peintures qui s’y trouvent. À elle donc, si elle le souhaite, d’en parler, mais elle a décidé de ne pas tenir de blog… Cette église s’est installée au huitième siècle dans le portique d’Octavie.

 

430b Rome, Sant'Angelo in Pescheria

 

Ce tableau ne me déplaît pas. À l’évidence, il représente la pêche miraculeuse, saint Pierre qui s’est jeté à l’eau pour rejoindre Jésus quand il l’a identifié, les autres apôtres arrivant avec la barque. Pierre, tellement humain (ce n’est pas saint Paul !), qui en fait plus que les autres mais qui reniera Jésus, qui se repentira. Qui fuit Rome, qui est tout surpris de rencontrer Jésus (“Domine, quo vadis ?”), mais qui y retournera et y sera crucifié. Avec ses peurs humaines, et son courage qui revient par fidélité et amour. Il arrive ici à Jésus non pas avec le sourire de l’ami qui retrouve celui qu’il aime, mais avec le visage grave de la conscience de la signification de cette apparition. Mais en même temps la scène est pleine de réalisme, cet oiseau blanc qui regarde ce qui se passe, une aigrette je crois (mais je ne suis pas fort en zoologie), la tempête sur l’eau et dans le ciel où une lueur commence juste à apparaître, la voile gonflée qui montre que le vent reste fort, le filet à moitié immergé parce que trop lourd, tout est remarquablement décrit.

 

430c Rome, fontana delle Tartarughe

 

Tout près se trouve cette place Mattei avec sa fontaine des Tortues que nous avions déjà vue le 29 décembre. Elle est si typique et amusante que j’en montre encore aujourd’hui une photo.

 

430d Rome, en ville, humour

 

Et voilà. La promenade est finie pour aujourd’hui. Mais dans l’après-midi, nous avons vu un petit affichage sur une porte donnant sur un étroit passage devant de l’herbe. Le propriétaire du lieu demande avec humour "Vous êtes aimablement priés de ramasser les excréments de vos chiens. Merci". Je dois cependant dire que si, généralement, les gens jettent négligemment sur le trottoir leur paquet de cigarettes ou leur Kleenex, en revanche il n’y a pas de crottes de chiens, ou très peu, infiniment moins qu’à Paris, et souvent on voit les propriétaires de chiens attendre patiemment, un papier et un sac plastique à la main, que "l’opération" soit finie pour tout ramasser et aller le jeter dans une poubelle. Il faut croire qu’il y a des exceptions, et que ces exceptions se baladent devant cette porte…

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Published by Thierry Jamard
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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 23:16

 425a Rome, Nostra Signora del Sacro Cuore di Gesù

 

Aujourd’hui nous nous promenons dans Rome. Pensant aller donner un coup d’œil à l’ancienne université de la Sapienza, nous nous arrêtons en face pour savoir à quoi ressemble Nostra Signora del Sacro Cuore di Gesù. Un oratoire avait été établi au dixième siècle par des moines bénédictins sur les ruines du cirque de Domitien (284-305), aujourd’hui piazza Navona. De 1450 à 1458, s’est formée une sorte d’enclave espagnole dans ce secteur, avec logements pour les pèlerins, hospice, hôpital, et l’oratoire a été agrandi et transformé en église. Quand, au dix-huitième siècle, diminue l’influence des Espagnols, l’église est abandonnée. Les œuvres d’art qui ne sont pas expédiées en Espagne sont volées, et en 1829 on utilise le bâtiment comme dépôt de bois. En 1870, Rome est prise et les biens du clergé sont nationalisés. En 1878 le bâtiment, qui n’est plus une église, est vendu aux enchères. Le pape Léon XIII (1878-1903) prête au fondateur des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus une somme d’argent et exige qu’il se porte acquéreur. Cela dit, je n’en dirai guère plus, parce que je n’ai pas été enthousiasmé par cette église.

 

425b Rome, relève devant le sénat

 

Un instant nous nous arrêtons parce que l’on procède à la relève de la garde au Palazzo Madama, le sénat. À vrai dire, ce n’est pas extrêmement pittoresque. J’attends plus de la relève à Athènes.

 

425c Rome, relève devant le sénat

 

Mais il est amusant d’observer comment certains, affectant un air martial, prennent leur rôle au sérieux, alors que d’autres, tout en restant tout à fait corrects, regardent qui les photographie.

 

425d1 Rome, Sapienza

 

Lorsque nous étions venus ici la dernière fois, il faisait nuit. Nous voici donc revenus de jour dans cette ancienne université de la Sapienza. Mussolini en a construit une autre, pour la remplacer, non loin de la gare centrale Termini. Et maintenant il s’en est ajouté une seconde de l’autre côté du Grande Raccordo Anulare, le “GRA”, autoroute périphérique de Rome. Ici, ce sont maintenant des archives. L’église, au fond, avec sa façade concave enchâssée entre les bâtiments, est une œuvre typique de Borromini. C’est Sant’Ivo alla Sapienza.

 

425d2 Rome, Sapienza

 

Et cela, n’est-ce pas typique de l’art de Borromini ? Le dôme s’achève par une élégante tour lanterne qui s’enroule en spirale. Comme il n’y a pas trois niveaux à cette spirale et que ce n’est pas une basilique, sans doute n’est-ce pas voulu, mais pour moi cela évoque la tiare des papes.

 

425d3 Rome, Sapienza

 

Comme on le voit, tout est en courbes et en contre courbes. Je trouve cela merveilleusement harmonieux. J’ai eu l’occasion de dire combien cela a été détesté par ses contemporains, j’ai déjà cité les violentes critiques soulevées, je ne recommence pas.

 

425d4 Rome, Sapienza

 

Avant de partir, un coup d’œil à la cour. Nous aurions voulu visiter l’intérieur de l’église, en forme d’abeille paraît-il, pour honorer la famille Barberini et les trois abeilles de son blason, mais elle n’est ouverte que le dimanche matin le temps de la messe, et par conséquent il n’est pas possible d’en effectuer une visite. Dommage.

 

425e1 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Passant devant San Luigi dei Francesi, nous constatons que la façade n’en est plus cachée par des palissades de travaux. Jusqu’à ce jour, nous n’avions pu la voir que de l’intérieur (ce qui n’est pas si mal, avec ses deux merveilleux Caravage).

 

425e2 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Sur la façade, on peut voir cette statue de notre saint roi national, Louis IX.

 

425e3 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Et à l’intérieur, on peut voir cette représentation du roi au fond d’une chapelle latérale. Je ne suis pas en admiration devant ce tableau, mais il représente celui à qui l’église est consacrée, alors il me faut bien le montrer…

 

425e4 Rome, San Luigi dei Francesi

 

De même, cette toile de Nicolas Pinson (les Nicolas peintres sont-ils tous des oiseaux ? Nicolas Pinson, Nicolas Poussin…). C’est Catherine de Médicis présentant à saint Louis le plan de l’église. Je ne tombe pas en pâmoison devant ce tableau.

 

425e5 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Je préfère m’arrêter quelques instants, dans la rue suivante –qui s’appelle rue Jeanne d’Arc–, devant ces fleurs de lys royales accompagnant un texte qui dit que c’est le bâtiment d’une église et d’un hôpital de Louis des Français.

 

426a Rome, Ara Pacis Augustae

 

Mais le clou de notre journée, c’est l’Autel de la Paix d’Auguste, Ara Pacis Augustæ. Quand, après vingt années de guerre civile, enfin Octave prend en seul maître les rênes du pouvoir et devient l’empereur Auguste (de 27 avant Jésus-Christ à 14 après) il établit une paix durable, en l’honneur de quoi le sénat fait construire, en l’an 9 avant Jésus-Christ, un gigantesque autel à la paix à peu près là où se trouve l’église San Lorenzo in Lucina, près du Corso. Oublié, pillé, détruit, morceau par morceau cet autel sera retrouvé entre le seizième siècle et le dix-neuvième siècle, les pièces du puzzle seront dispersées entre collections privées et musées ; et puis il sera reconstitué près du Tibre en 1970 pour fêter les 100 ans de l’unité italienne.

 

426b Rome, Ara Pacis Augustae

 

Ce très beau bâtiment a été conçu par Richard Meier, l’architecte du célèbre musée d’art moderne de Barcelone. L’autel, ainsi exposé à la lumière du jour entre ces flancs de vitres, est particulièrement en valeur. De plus les passants, sans systématiquement prendre un billet d’entrée et visiter tout le monument, peuvent jouir du spectacle de cette œuvre d’art de l’Antiquité enchâssée dans une œuvre d’art contemporaine.

 

426c Rome, Ara Pacis Augustae

 

Non seulement les décorations de l’autel sont très belles, mais de plus elles sont instructives parce qu’elles reproduisent la vie à Rome dans les années qui avoisinent le changement d’ère. Ici, on voit les préparatifs du sacrifice d’une brebis. L’homme qui l’amène tient à la main un couperet. Voyant dans la main de celui qui suit un oiseau, je suppose qu’il s’agit d’un haruspice qui va en interpréter les entrailles.

 

426d1

 

Une frise représente la cérémonie de dédicace de l’autel. On y voit tout plein de gens dont beaucoup peuvent être identifiés et l’on peut ainsi comprendre dans quel ordre avançaient les divers personnages dans ce type de procession. Je suis resté longtemps à détailler toute la frise. J’aurais envie de tout montrer mais il me faut être raisonnable, je me limiterai donc à trois photos (et encore, trois photos, c’est peut-être déjà déraisonnable).

 

Ici, six personnages apparaissent au premier plan, trois hommes, un enfant, une femme, un homme. Le premier est le flamen dialis, le prêtre de Jupiter. En français, on transcrit flamine. Allons-y pour ma marotte, l’analyse du mot. Le F latin vient généralement d’un B aspiré indo-européen. Par ailleurs, le R roulé est très proche du L, comme on peut le constater par le rapprochement du français BLANC avec le portugais BRANCO. Le sanscrit, la langue sacrée de l’Inde, est également une langue indo-européenne, dans laquelle les consonnes sont bien conservées, mais où les voyelles ont évolué vers le son A. Et voilà, ces flamines qui sont les prêtres de la religion romaine, leur nom est le même que celui des brahmanes de l’Inde… Quant à l’adjectif dialis, il serait trop long et trop technique de démontrer que les mots dies (le jour), dieu, Zeus, Jove (en anglais, "by Jove"), Jupiter, et dia (le génitif de Zeus, en langue grecque ancienne), reposent tous sur la même racine indo-européenne *dyew-. Par conséquent, “dialis” signifie “de Jupiter”.

 

Les licteurs sont des genres de gardes mobiles. Le second personnage est un flaminius lictor, soit le garde du corps du flamine.

 

Vient ensuite Agrippa. Ce monsieur est l’amiral de la flotte du futur Auguste, à l’époque encore Octave, qui en 36 avant Jésus-Christ a été vainqueur, à Nauloque, de la flotte de Sextus Pompée qui avait pris Sicile et Sardaigne. Il a donc grandement contribué à la victoire finale d’Octave sur ses concurrents.

 

L’enfant qui tient un pan de la toge d’Agrippa, c’est Caius César. Je ne dirai pas une fois de plus comment et pourquoi le C de ce prénom se prononce G ! Cet arrière-petit-fils du grand Jules était né en 20 avant Jésus-Christ et mourra en 4 de notre ère. Au moment de cette cérémonie, en l’an 9, il a donc 11 ans. Je trouve qu’il fait bien jeune pour son âge, je lui donnerais environ 7 ans, pas plus.

 

Derrière lui vient Livia, la femme de l’empereur. Auguste est né en 63, Livia en 57. Sur la "photo" elle a donc 48 ans. De son premier mariage, elle avait un fils, Tibère, et les historiens savent qu’elle a cherché à intriguer pour que l’héritage d’Auguste, son second mari, passe à Tibère. Par ailleurs Ovide, le poète auteur de l’Art d’aimer, a été exilé à Tomes (Constantza, sur la Mer Noire, dans l’actuelle Roumanie), officiellement pour la licence de son livre, en fait pour des raisons inconnues, et l’on a supposé que par sa femme il aurait appris les intrigues de l’impératrice, et ne se serait pas montré très discret. D'où cette punition si sévère de la relégation jusqu'à sa mort.

 

Enfin, le personnage à droite est identifié (avec un point d’interrogation) comme Tibère, né en 42 de ce premier mariage de Livia, et qui sera le successeur d’Auguste. Il régnera de 14 à 37 après Jésus-Christ. C’est donc lui qui était empereur lors de la vie adulte de Jésus et de sa Passion.

 

426d2 Rome, Ara Pacis Augustae

 

Germanicus, né en 15 avant Jésus-Christ, au centre, est entre ses parents, Antonia Minor (36 avant-38 après) à gauche et Drusus Maior (38 avant-9 avant) à droite. Cette Antonia est une arrière-petite-fille de Jules César, et Drusus est un frère de Tibère. Ce mariage n’aurait donc rien de consanguin puisqu’officiellement ils ne sont de lointains "cousins" que par les deux mariages de Livie. Mais dans la réalité, il se pourrait bien qu’avant son divorce elle ait déjà eu des relations avec Octave, son futur second mari, et que Drusus soit le fils d’Octave qui était lui-même un petit-fils de Jules César. Drusus serait alors un arrière-petit-fils, au même titre que son épouse Antonia. Oh là là, que c’est compliqué, ces histoires de famille !

 

Germanicus a un cousin germain, le fils de Tibère qui est le frère de son père Drusus. Ce neveu de Drusus (Maior) s’appelle lui aussi Drusus (Minor). Germanicus et Drusus Minor (qui mourra empoisonné en 23) s’illustreront en 14 après Jésus-Christ, l’année de la mort d’Auguste, en mâtant les révoltes de légions en Germanie (Pays-Bas et ouest de l’Allemagne) et en Pannonie (ouest de la Hongrie et nord de la Croatie).

 

Sur cette représentation, Germanicus aurait 6 ans. Or je ne peux lui donner plus de trois ou quatre ans.

 

426d3 Rome, Ara Pacis Augustae

 

Le bébé représenté ici est donné pour Lucius Cæsar, né en 17 avant Jésus-Christ, avec un gros point d’interrogation. Octave Auguste s’est marié trois fois. Cette Livia dont nous avons parlé était sa troisième femme. De la première, Claudia, il n’a pas eu d’enfant. De la seconde, Scribonia, il a eu une fille, Julia, qui a été mère de cinq enfants, dont le premier était ce Caius César de ma première image, le troisième était ce petit Lucius César, et la quatrième était Agrippine (Maior), qui a épousé Germanicus. Cette fois-ci, la consanguinité a dû produire ses effets, parce qu’ils ont engendré Caligula, qui deviendra fou et, empereur, finira assassiné à 29 ans, et Agrippine (Minor), monstrueuse débauchée et criminelle, qui empoisonnera l’empereur Claude pour mettre à sa place son fils de 17 ans, Néron, charmant garçon qui, à son tour, fera assassiner sa mère en 59 après avoir empoisonné Britannicus pour premier acte d’empereur en 54.

 

Le Lucius César de notre image est donc l’oncle d’Agrippine l’empoisonneuse et le grand-oncle de l’empereur Néron. Toutes ces scènes, sur l’autel de la paix d’Auguste, sont censées en représenter la procession d’inauguration en l’an 9 avant Jésus-Christ. Mais en voyant Caius César je placerais cette sculpture vers 13, en voyant Germanicus vers 11 ou 12, et parce que Lucius César ne porte pas plus de deux ans avec ses fesses à l’air, ce serait vers 15. La frise a été sculptée, à l’évidence, avant la cérémonie d’inauguration, et par conséquent les représentations sont théoriques. Mais, parce que je reconnais le visage de Tibère tel que je l’ai vu sur des bustes, je suppose que l’artiste a quand même représenté les personnages tels qu’il les voyait.

 

426d4 Rome, Ara Pacis Augustae

 

Sur ma première photo de l’intérieur, montrant l’autel dans son ensemble, on pouvait voir la très belle décoration de volutes végétales de la façade. J’avais envie d’en montrer ici un détail. Les botanistes en ont identifié chacune des espèces, qui sont innombrables. Ces sculptures ont donc été exécutées d’après modèles avec une extrême finesse et une extrême précision. Elles constituent une authentique œuvre d’art.

 

426e Rome, Ara Pacis Augustae

 

Le bâtiment construit par Richard Meier comporte également des salles d’exposition. Entre autres sont exposés des objets retrouvés sur le site de l’autel lors des fouilles systématiques entreprises en 1937-1938 pour mettre au jour les fragments qui n’avaient pas été déjà récupérés au cours des siècles. Ces objets sont indépendants de l’autel, n’ont rien à voir avec lui, et lui sont donc postérieurs. Ici, le groupe de Pan, Silène et un singe a été retrouvé dans la terre qui recouvrait l’escalier d’accès à l’Autel de la Paix. C’est très vraisemblablement un sujet de décoration de jardin (comme les nains de jardin actuels) datant de la fin du deuxième siècle de notre ère, mais inspiré d’un sujet de style hellénistique tardif, soit du deuxième siècle avant notre ère.

 

427 Rome, dans la rue

 

En sortant, nous avons vu de l’autre côté de la rue, tout au long de la grille du site du mausolée d’Auguste, de petits sujets humoristiques constituant un "musée en plein air". L’auteur, qui avait laissé là ses œuvres, suggérait qu’on lui laisse une pièce sur le sol. Ici, il a posé un Kleenex sur la trompe d’un éléphant, qui est enrhumé. Ailleurs, quelques coups de crayon dans le style de Picasso étaient légendés "Picasso à moitié prix". Et c’est donc sur cette touche d’humour que nous avons terminé notre journée.

 

Je suis très en retard, de presque un mois, pour publier cet article. Et en le relisant longtemps après l'avoir rédigé, je me dis que si, d'après mes explications, on cherche à s'y retrouver les relations de famille entre Auguste, Livie, Germanicus, Drusus, Agrippine et les autres, on doit attraper un sacré mal de tête et ne pas être plus avancé après qu'avant. Ma seule consolation est que sans doute pas un seul de mes lecteurs n'aura essayé de comprendre.

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