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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 12:50

La Villa Gregoriana, à Tivoli, est un parc célèbre, et cette célébrité n’est pas d’hier, car depuis la Renaissance nombreux sont les voyageurs de tous pays à l’avoir visitée et admirée. Par exemple Montaigne dont je rapporterai tout à l’heure les mots, ou Goethe : "J’ai été à Tivoli où j’ai admiré l’une des plus grandes visions offertes par la nature. Ces cascades, en même temps que les ruines et tout l’ensemble du paysage sont parmi les choses dont la connaissance vous rend profondément plus riche intérieurement". Revenus hier soir de Tarquinia, nous nous rendons aujourd’hui à Tivoli.

 

481a Tivoli Gregoriana, villa de Manlius Vopiscus

 

Ce parc s’étend sur les deux rives d’une profonde vallée. Suivant des sentiers qui serpentent dans la forêt, avec parfois des vues qui se dégagent entre les arbres, nous parvenons à une clairière sur les bords de laquelle se dressent les ruines d’une villa antique. Cette villa de Manlius Vopiscus date de la fin du second siècle avant notre ère ou du début du premier. La résidence elle-même n’existe plus, et nous ne voyons plus aujourd’hui que les restes de la cave. L’une de ces pièces était la réserve des vivres et communiquait avec l’étage supérieur, tandis qu’une autre, suppose-t-on, était un vivier où l’on élevait des poissons, alimenté avec l’eau d’un canal artificiel via un aqueduc.

 

481b Tivoli Gregoriana, tunnel de Miollis

 

De l’autre côté de la vallée, on franchit ce tunnel. C’est l’un des premiers aménagements du parc. Parce que pour relier certains points les visiteurs devaient s’agripper à des cordes sur le flanc de la vallée abrupte, en 1809-1813 –au temps du gouvernement français–, le général Miollis, gouverneur, fit percer ce tunnel ouvert sur le côté à la fois pour prodiguer de la lumière et pour permettre la vue sur le paysage.

 

481c1 Tivoli, grande cascade par Piranèse

 

Et puis il y a la grande cascade. Déjà en 105 après Jésus-Christ, Pline le Jeune décrit un fleuve magnifique mais furieux : "L’Aniene, la plus délicieuse des rivières, comme retenu et léché par les villas qui bordent ses rives, […] a ridé les monts, a abattu les constructions et a coulé sur leurs ruines englouties, […] le malheur s’est déchaîné, les murs des villas se sont écroulés et les monuments se sont effondrés". Montaigne ne voit, lui, que la beauté de la rivière qui "prend un merveilleux saut, descendant des montagnes et se cachant dans un trou de rocher, cinq ou six cents pas, et puis se rendant à la plaine où elle se joue fort diversement". Ci-dessus, la vue qu’en donne le Piranèse.

 

481c2 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

481c3 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

481c4 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

Les dégâts causés par la rivière sont très importants tout au cours des siècles. Diverses tentatives pour les limiter ont été menées jusqu’à la fin du seizième siècle, et puis il y a eu une terrible crue en 1826 qui a décidé le gouvernement pontifical (nous sommes dans les États de l’Église) à envisager une solution définitive. Un concours international a été lancé mais aucun des 23 projets présentés n’était satisfaisant parce que les solutions n’étaient que trop partielles. Finalement, l’ingénieur Clemente Foschi proposa un double percement du mont Catillo, sur environ 300 mètres, pour faire passer l’eau de l’autre côté de la ville. Le 9 juin 1832, le pape Grégoire XVI décida de cette réalisation, en même temps que d’un vaste parc public sur tout cet espace, créant ainsi ce qu’aujourd’hui on appelle du nom de ce pape la Villa Gregoriana. Cette opération donna naissance à la grande cascade (ci-dessus) qui se jette de 120 mètres de haut, et qui n’a rien à voir avec celle du Piranèse, ni apparence, ni emplacement.

 

481d1 Tivoli Villa Gregoriana

 

La vallée présente toutes sortes de paysages. Ci-dessus, on voit l’eau s’écouler toute calme, comme celle d’une rivière tranquille.

 

481d2 Tivoli Villa Gregoriana

 

481d3 Tivoli Villa Gregoriana

 

481d4 Tivoli Villa Gregoriana

 

Ailleurs, ce sont d’autres cascades, mais aucune n’a l’ampleur de la chute d’eau principale. Cela ne les empêche pas, à défaut d’être impressionnantes, d’offrir un spectacle magnifique. Il faut aussi imaginer, parce que mes photos ne peuvent en rendre compte, à la fois le bruit de l’eau et l’atmosphère d’humidité noyée dans la végétation. C’est vraiment une promenade très agréable.

 

481e Tivoli Villa Gregoriana

 

Pour en finir avec la rivière Aniène et ses divers aspects, je montre ici comment elle se précipite dans un trou, une grotte profonde et sombre.

 

481f1 Tivoli Gregoriana, temple de la Sibylle, Piranèse

 

Venons-en aux temples illustrés par cette gravure du Piranèse. Ils sont contemporains de la villa de Manlius Vopiscus dont je viens de parler, soit l’époque de la République, second ou premier siècle avant Jésus-Christ. Montaigne : " Il y a quelques antiquités en la ville de Tivoli, comme deux Thermes qui portent une forme très antique, et le reste d’un temple où il y a encore plusieurs piliers entiers : lequel temple ils disent avoir été le temple de leur ancienne Sibylle. Toutefois sur la corniche de cette église, on voit encore cinq ou six grosses lettres qui n’étaient pas continuées ; car la suite du mur est encore entière. Je ne sais pas si au devant il y en avait, car cela est rompu, mais en ce qui se voit, il n’y a que Ce… Ellius L. F. Je ne sais ce que ce peut être". Pour ma part je n’ai pas vu cette inscription, ce qui m’évite de lui chercher une explication, mais sur l’architrave c’est le nom de l’architecte qui figure, un certain Lucius Gellius. Le temple rond est généralement attribué à Vesta ou à la Sibylle, tandis que le temple rectangulaire est attribué à la Sibylle ou à Tiburnus, le dieu de Tibur, actuelle Tivoli (la route nationale 5 qui relie Rome et Tivoli s’appelle Via Tiburtina). Le plus vraisemblable place la Sibylle dans le temple circulaire et Tiburnus dans l’autre.

 

481f2 Tivoli Gregoriana, tempio della Sibilla

 

Ma photo montre des différences sensibles dans l’apparence du temple de Tiburnus. Il a perdu son toit, les colonnes et le fronton de sa façade, ainsi qu’un clocher qui, de toute évidence, n’était pas antique. C’est que ces deux temples païens avaient été transformés en églises chrétiennes, Santa Maria Rotonda chez la Sibylle et Saint Georges chez Tiburnus.

 

481f3 Tivoli Gregoriana, tempio della Sibilla, Piranesi

 

481f4 Tivoli Gregoriana, temple de la Sibylle

 

Construits, comme on le voit, sur l’extrême bord d’une falaise abrupte, ces deux temples se seraient probablement effondrés en partie, puis les voisins leur auraient emprunté des pierres pour construire leurs maisons, le pape ou un cardinal auraient réutilisé leurs colonnes pour orner un palais, et ils auraient ainsi disparu si leur utilisation en lieux de culte ne les avait protégés en assurant leur maintenance et leur mise en sécurité.

 

481g1 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g2 Tivoli Gregoriana, tempio di Vesta

 

Pour en finir avec les vues générales de près, voici comment les temples apparaissent, vus de l’autre versant de la vallée.

 

481g3 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g4 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

Et maintenant quelques détails de ces temples. Commençons par le temple de la Sibylle. Il a conservé les vieux pavés de la rue d’autrefois et l’on peut voir les décorations de bucranes reliés par des guirlandes. Il reste dix des dix-huit colonnes d’origine.

 

481g5 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g6 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

Quant le soleil descend et dore la pierre, elle prend des couleurs vraiment très belles. Juste avant la sortie de la Villa Gregoriana, au pied de ces temples, de petites tables et des chaises font une buvette bien sympathique et, parce que nous n’avions pas envie de mettre déjà un terme à notre promenade, nous nous sommes assis à siroter un café, jusqu’à l’heure de fermeture du parc. Ce moment nous a permis de voir le soleil décliner et illuminer la pierre blanche de ce temple et de ses belles colonnes cannelées aux chapiteaux corinthiens.

 

481h1 Tivoli Gregoriana, temple de Tiburnus

 

Très différent est le temple de Tiburnus, massif, monobloc, sans rien d’élégant. De plus, la pierre tendre utilisée pour sa construction fait que cette colonne, à l’image du reste, est en piteux état.

 

481h2 Tivoli Gregoriana, temple de Tiburnus

 

L’intérieur lui-même, entre ses murs écrêtés et à ciel ouvert, n’est plus qu’un espace vide, à l’exception de l’autel antique.

 

481h3 Tivoli Gregoriana, tempio di Tiburno

 

Observons bien cette colonne cannelée qui se maintient sur le parvis, en meilleur état que sa sœur jumelle.

 

481h4 Tivoli Gregoriana, tempio di Tiburno

 

Observons-la bien parce que les autres colonnes, celles des murs, ne sont nullement des colonnes engagées entre des pans de murs. Les murs sont continus, d’un seul pan, et seulement des excroissances verticales simulent des colonnes. L'usure du temps révèle ces petits secrets d'architecte qui donnaient un aspect plus riche à des constructions assez banales.

 

Parce que la découverte de cette astuce ingénieuse m’a fait plaisir et que les grilles vont fermer, c’est sur cette remarque que je vais clore l’article d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 23:58

Nous sommes partis hier de Rome en direction du nord, avec l’intention de passer la nuit à Tarquinia, à environ 90 kilomètres, pour nous rendre dès le matin à la nécropole étrusque, sans être obligés de partir très tôt et de nous trouver aux abords de la capitale dans les embouteillages créés par les gens qui se rendent à leur travail. Nous sommes passés à proximité du lac de Bracciano, mais à proximité seulement parce que nous n’avons pas réussi à y accéder et à nous y garer.

 

Selon la légende, Tarquinia daterait du treizième siècle. Ce qui est sûr, c’est qu’on a retrouvé dans ce secteur des traces de la civilisation villanovienne datant des alentours de l’an 1000 avant notre ère. Puis les Étrusques se sont installés et ont organisé la cité appelée Tarcxuna, qui au sixième siècle a atteint le faîte de sa puissance, commerçant très activement avec le monde grec, dont on a retrouvé ici un grand nombre de poteries. Et puis les Romains sont arrivés avec leurs phalanges, leurs centuries, ils ont fait sonner leurs buccins et ont dominé les Étrusques à partir du quatrième siècle, jusqu’à ce qu’ils soient complètement assimilés. Quant à la ville de Tarquinia, tout comme les régions basses de Rome, elle souffrait de la malaria, jusqu’à pratiquement faire disparaître sa population.

 

479a1 Tarquinia, urne funéraire étrusque

 

Nous voici donc aujourd’hui à la nécropole étrusque de Tarquinia. Nous pouvons d’abord voir des urnes funéraires comme celle-ci. Il y en a de plusieurs formes.

 

479a2 Tarquinia, nécropole étrusque

 

Le défunt était enterré dans une tombe à tumulus, une modeste levée de terre recouverte d’herbe. La tombe était généralement utilisée pour plusieurs défunts d’une même famille. D’ores et déjà, on peut donc imaginer une tombe plus grande que ce qu’il en apparaît, et pouvant être rouverte.

 

479b1 Tarquinia, tombe du chasseur

 

C’est en effet le cas. Lorsque les tombes ont été fouillées, les archéologues ont placé dessus de petits édicules qui les protègent et qui, munis d’une porte et d’un escalier, permettent aux visiteurs de descendre voir comment les tombes étaient constituées et décorées. Tout de suite, je précise que, tout à la fois pour isoler les fragiles fresques des variations de température et d’humidité comme pour leur éviter les idiots graffitis de visiteurs, au bas de l’escalier une porte vitrée est fermée à clé. Toutes mes photos sont donc prises à travers une vitre, qui provoque parfois des reflets, ce dont je m’excuse par avance et une fois pour toutes.

 

Dans cette tombe dite du chasseur (environ 510-500 avant Jésus-Christ), on voit que la forme architecturale est celle d’une tente de chasse, et ce n’est pas un hasard parce que la peinture est faite pour renforcer cette impression. En brun-rouge, sont figurés les mâts et armatures, qui dans la réalité étaient en bois, et sur lesquels était tendue une lourde toile à carreaux. La toile des côtés, au contraire, est légère et transparente, et laisse voir un paysage de collines ondulées.

 

479b2 Tarquinia, tombe du chasseur

 

Sur trois côtés de la tombe est disposée une haute banquette de pierre, et dans le fond les quatre trous dans cette banquette étaient destinés à recevoir les quatre pieds d’un lit funéraire. À noter que la chasse était l’activité favorite de la noblesse citadine. Cette tombe est donc, à n’en pas douter, celle d’un aristocrate.

 

479c Tarquinia, tombe de Charon

 

Très différente est la décoration de cette autre tombe, d’ailleurs beaucoup plus tardive (vers 150-125 avant J.-C.). Une fausse porte est peinte sur le mur, gardée par deux personnages qui sont les démons de la mort et que les Étrusques appellent Charun, c’est-à-dire le Charon des Grecs, le conducteur des âmes (ce qui, en grec, se dit psychopompe).

 

479d1 Tarquinia, tombe des léopards

 

La tombe dite des léopards (aux alentours de 470 avant J.-C.) nous montre que la forme des tombes est toujours sensiblement la même. Malgré le reflet, on voit quand même les deux léopards qui se font face de part et d’autre d’un arbrisseau. Au-dessous, la paroi du fond représente une scène de banquet en l’honneur du ou des morts enterrés là. Chez les Étrusques, comme plus tard chez les Romains, les repas se prennent étendu, appuyé sur un coude.

 

479d2 Tarquinia, tombe des léopards

 

Les jeunes esclaves qui font le service sont nus. Le dessin n’est pas d’un graphisme parfait, les proportions des corps ne sont pas exactes et la façon de représenter le buste de face, la tête et les jambes de profil rappelle les peintures égyptiennes (antérieures de plus d’un millénaire), mais l’artiste a su exprimer la vie, le mouvement, il a joué de manière remarquable avec les couleurs. À noter cet usage de représenter les femmes à la peau claire, et les hommes bronzés.

 

479d3 Tarquinia, tombe des léopards

 

Ce gros plan est pris juste à gauche de l’image précédente. C’est le même esclave, que l’on voit cruche à la main, et s’adressant à l’autre convive. Il porte les cheveux longs, comme l’homme de droite, alors qu’ici l’homme qu’il sert a les cheveux plus courts. Ces fresques permettent donc aussi de voir quelle est la mode.

 

479e Tarquinia, tombe des jeux funéraires

 

On se souvient que dans l’Iliade Homère raconte comment, se voyant refuser par Agamemnon la captive troyenne Briséis, Achille furieux se retire sous sa tente et ne prend plus part à la guerre, comment son écuyer Patrocle part alors au combat et y est tué, comment Achille lui offre des funérailles grandioses en organisant des jeux sportifs. Des jeux, des compétitions, des spectacles, cette coutume funéraire se retrouve chez les Étrusques. Sur cette fresque, on voit à gauche un joueur de flûte double, au milieu une femme faisant tenir en équilibre sur sa tête un lourd candélabre, à droite sans doute un jongleur. En dehors de ma photo, le mort est représenté assis, en spectateur de ce qui est offert en son honneur.

 

479f Tarquinia, tombe des lionnes

 

La tombe des lionnes, des alentours de 520 avant J.-C., est celle d’une famille aristocratique. Elle a été ainsi appelée par les archéologues en raison de ces deux animaux tachetés que j’aurais plutôt pris pour des femelles de léopards et qui se regardent dans le fronton du mur de fond, gueule ouverte, dans une attitude menaçante.

 

479g Tarquinia, tombe de la chasse et de la pêche

 

Très naturellement, on a appelé cette sépulture (entre 520 et 510 avant J.-C.) tombe de la chasse et de la pêche. En effet, on distingue nettement, sur le rocher à droite, un homme muni d’une fronde qui essaie d’abattre des oiseaux, qui volent nombreux partout dans le ciel, et sur le bateau un homme penché en avant avec un filet dans les mains et qui essaie d’y attraper l’un des poissons qui bondissent hors de l’eau. Le style rappelle celui des petits maîtres ioniens. Sur le fond blanc du mur, l’artiste n’a utilisé que deux couleurs, du bleu et du rouge, et il a tracé les contours en noir. Ainsi, ses oiseaux sont bleus, blancs, rouges, annonce historique des couleurs du drapeau de la république française. Vraiment très forts, ces Étrusques.

 

Lorsque, finie la visite de toutes les tombes de la nécropole, nous sommes passés à la librairie, j’ai vu la représentation d’un jeune plongeur, d’ailleurs hyper célèbre (mais je ne me rappelais pas qu’elle était de Tarquinia), dont il était dit qu’il était dans cette tombe-ci. J’y suis donc retourné en courant, et j’ai regardé partout. Hélas, il est caché par le mur, car cette tombe comporte deux salles en enfilade, la porte vitrée arrêtant le visiteur se trouve devant la première salle, et l’on ne voit la seconde, avec la scène que je montre ici, que dans la largeur de l’ouverture entre les deux salles. Je n’ai donc pu ni le photographier, ce plongeur, ni le voir de mes yeux. Dommage. D’autant plus dommage, même, que nous devons aller à Pæstum où il y a une "tombe du plongeur" de trente ou quarante ans plus récente, et que la comparaison aurait été bien intéressante.

 

479h1 Tarquinia, tombe de la fustigation

 

479h2 Tarquinia, tombe de la fustigation

 

Les scènes osées ne sont pas rares dans la peinture grecque ni dans les fresques de Pompéi, mais à Tarquinia celle-ci est unique. Les trois personnages sont nus, celui de gauche, une baguette à la main, fustige l’arrière-train de la jeune femme, celui de droite lève la main pour lui administrer la fessée, tandis que ce à quoi elle est occupée, ce n’est pas la peine de le dire, c’est assez clair (surtout sur la seconde photo), mais heureusement pour la morale la fresque est corrompue juste à l’endroit nécessaire… Sur le gros plan, on voit que la femme regarde l’homme, on voit dans l’œil de l’homme ce qu’il ressent, on remarque aussi sa coiffure avec deux très fines tresses. Et l’on apprécie la finesse et la précision du dessin. Cette tombe est datée des environs de 490 avant J.-C.

 

479i1 Tarquinia, tombe 5636 arrivée aux enfers

 

Cette tombe-ci est beaucoup plus tardive, elle doit être de la seconde moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ, et donc près de trois cents ans après les tombes vues précédemment. C’est l’arrivée aux enfers du mort enseveli ici, précédé d’un enfant qui le guide. Et il y a aussi quatre autres personnages dans cette scène. Les deux qui lui font face sont des défunts de sa famille ou de proches amis qui viennent l’accueillir au seuil du séjour des morts, qui sera sa nouvelle résidence. Et en effet à l’extrême gauche on remarque la porte des enfers. Ces quatre personnages sont vêtus de blanc, ce sont des humains. On a même le nom du défunt enterré là, car une inscription indique que c’est la tombe de la famille Arnthuna.

 

479i2 Tarquinia, tombe 5636 arrivée aux enfers

 

Juste devant la porte, assis sur un rocher ou sur une grosse pierre, c’est Charon, le nautonier des enfers, qui attend le nouvel arrivant. Il ne participe pas à l’accueil, il n’est qu’un employé, un fonctionnaire.

 

479i3 Tarquinia, tombe 5636 arrivée aux enfers

 

Et, fermant la marche, cette femme est Vanth, la divinité féminine de la mort chez les Étrusques, qui porte un flambeau dans sa main gauche pour éclairer le fort sombre chemin vers l’au-delà, tandis que de sa main droite posée sur l’épaule du défunt elle le conduit vers l’Hadès. Ces deux divinités portent une tenue sombre. En dehors de l’évident intérêt de la scène pour illustrer les croyances des Étrusques, j’ai adoré la tenue de Vanth, en mini-robe. Hilarant. Et quelle modernité jusque dans la coupe de cette robe, sans manches, au col en V ! Même la silhouette, aux jambes longues, à la taille haute, aux lignes minces, est en tous points contemporaine. Je suis sûr que si une fille ainsi faite et portant la copie conforme de cette robe allait danser un soir d’été à Saint-Tropez, personne ne se douterait qu’elle a œuvré aux enfers il y a deux mille deux cent cinquante ans.

 

480a Aqueduc près de Tarquinia

 

Il y aurait tellement à montrer sur cette nécropole… Le choix m’arrache le cœur, mais il faut bien que je me limite. Nous sommes restés longtemps à tout examiner, de tombe en tombe, puis nous sommes revenus au camping-car. Pour retourner en ville, il a fallu faire demi-tour, ce qui nous a menés un peu plus loin sur la route, assez pour avoir l’occasion de voir dans la nature cet aqueduc. Pline l’Ancien, l’auteur de l’Histoire Naturelle, cette immense somme scientifique, celui qui est mort en 79 dans l’éruption du Vésuve qui a enseveli Pompéi parce qu’il avait voulu aller examiner le volcan de trop près, a écrit : "Si l’on avait à recenser avec précision la grande quantité d’eau dans les bâtiments publics, les bains, les piscines, les canaux, les maisons privées, les jardins, les villas de banlieue, et si l’on avait à prendre en compte la distance parcourue par l’eau, les arches élevées pour la porter, les montagnes qui ont dû être creusées de tunnels, les vallées qui ont dû être franchies par des remblais, on devrait admettre qu’il n’y a pas, dans le monde entier, d’ouvrage plus digne d’admiration".

 

480b Tarquinia

 

La ville moderne de Tarquinia est plus qu’un gros bourg. Mais quand je dis moderne, c’est par opposition à antique parce que, comme on peut le constater, elle est plus moyenâgeuse que contemporaine. Et si, sur ma photo prise de loin, on ne voit qu’une seule tour haute et étroite, lorsque l’on est en ville on en rencontre d’autres en grand nombre. Cela rappelle San Gimignano (25 et 26 octobre), mais ce n’est qu’une évocation parce que l’atmosphère de la ville de Toscane est assez différente de celle du Latium, et de plus les tours de San Gimignano sont visibles de loin et donnent un aspect très particulier à la ville, tandis que de loin Tarquinia n’a rien de très original.

 

480c Tarquinia, statue près musée archéologique

 

Nous arrivons devant le musée archéologique. Cette sculpture, offerte en 1990 par son auteur Emilio Greco, est intitulée "Mémoire de l’été".

 

480d1 Tarquinia, musée archéologique

 

Le musée est installé dans le palazzo Vitelleschi, édifié de 1436 à 1439. Il porte le nom du cardinal Giovanni Vitelleschi, commissaire militaire pontifical qui a fait raser Palestrina en 1437 comme je l’ai raconté le 28 février et le 25 mars. Trois ans pour construire ce grand palais, c’est très bref, mais l’architecte a réutilisé pour le soubassement des constructions existantes, et remontant au douzième siècle pour les plus anciennes, au quatorzième pour les plus récentes : une maison-tour fortifiée et une série d’habitations. Cela explique aussi le plan irrégulier du palais. Le musée y est établi depuis 1924.

 

480d2 Tarquinia, musée archéologique

 

480d3 Tarquinia, musée archéologique

 

Décidément, je ne comprendrai pas la réglementation anti-photo. Nous sommes ici dans un musée national. La règle devrait donc être nationale. Mais parfois la photo est libre, et même on voit certains touristes qui utilisent le flash qui risque d’abîmer les couleurs d’un tableau ou d’une fresque mais sans s’attirer la moindre réflexion des gardiens, et parfois la photo est strictement interdite, comme c’est le cas ici. Je montre toutefois ces deux détails de sarcophages exposés dans la cour, où l’entrée est libre, la billetterie n’étant située qu’au fond de cette cour, et des panneaux incitant même les touristes de passage à pénétrer pour voir au moins le bâtiment.

 

Il m’est cependant impossible de ne pas faire allusion aux merveilleux chevaux ailés qui sont le clou de ce musée. Je place donc ici un lien hypertexte vers une image d’eux.

 

480e Tarquinia, dans la rue

 

Après la visite du musée, nous allons nous balader en ville. Je remarque au passage cette terre cuite placardée sur le mur d’une demeure. "Dans cette maison, même le chat est nerveux". Des gens qui ont de l’humour.

 

480f Tarquinia, hôtel de ville

 

Une mention pour le bâtiment qui abrite les services municipaux. Je n’ai malheureusement aucune information à son sujet. Qui l’a construit et quand, quelle était sa destination première, etc., mes questions restent sans réponse. Cela ne m’empêche pas de le trouver intéressant. Ce grand escalier extérieur plaqué contre la façade, ces portiques, me rappellent le style catalan mais, comme je ne vois pas trop ce que feraient ici les Catalans, ce ne doit être qu’une coïncidence.

 

480g1 Tarquinia, chiesa dell'Annunziata

 

480g2 Tarquinia, chiesa dell'Annunziata

 

Cette belle église romane du douzième siècle est la chiesa dell’Annunziata. On distingue autour de la rosace de très fines et jolies sculptures.

 

480h1 Tarquinia, duomo

 

Puis nous arrivons, au cours de notre balade un peu au hasard des rues, au Duomo, c’est-à-dire à la cathédrale.

 

480h2 Tarquinia, duomo

 

480h3 Tarquinia, duomo

 

Le chœur du quinzième siècle est décoré de fresques du Pastura. Là encore, je reste sans aucune information, mais il me paraît clair que ma première photo représente le mariage de Marie et de Joseph (quoique Marie porte nettement plus que les quinze ans qu’elle avait alors), et que la seconde représente la Visitation. En tous cas, nul doute, les deux personnages qui arrivent sur la seconde fresque et qui sont accueillis sur le seuil d’une maison sont bien les deux mêmes que ceux qui s’approchent l’un de l’autre en présence d’un prêtre sur la première fresque. Ils n’ont même pas changé de tenue, ce qui n’est ni hygiénique, ni élégant, à moins qu’ils ne soient allés chez le teinturier entre temps. Les teintes sont vives, les expressions sont naturelles, la vie est bien restituée, il y a du mouvement, bref j’aime bien ces peintures.

 

480i Tarquinia, Santa Maria in Castello

 

Au bout de la ville, enclavée dans les murailles de fortifications auxquelles elle participe, Santa Maria in Castello est une belle église romane du douzième siècle, construite de 1121 à 1208. Nous ne la visiterons pas car elle est fermée et sur la porte un écriteau explique que dans la nuit du Samedi Saint des imbéciles l’ont détériorée et qu’elle ne peut plus rester ouverte au public. Évidemment, je désapprouve violemment les vols, mais au moins les voleurs ont-ils en vue un bénéfice, la jouissance d’un objet d’art ou le profit de sa vente. Il va de soi que je considère que, quelles que soient les opinions et les croyances que l’on a, on doit respecter celles des autres quelle que soit leur religion, mais au moins les sacrilèges ont-ils la satisfaction d’assouvir leur haine et leur intolérance. Mais les vandales qui détruisent l’éclairage, qu’ont-ils en tête ? Ils ne tirent de leur acte ni avantage matériel, ni succès moral. Les autres, je ne les excuse pas mais je comprends leurs motivations. Ceux-là, non. Je ne les comprends pas du tout.

 

480j1 Tarquinia

 

480j2 Tarquinia

 

Je disais que cette église faisait partie des fortifications qui enserraient la ville au Moyen-Âge. Voilà deux vues de ces murailles, de ces bastions et de la rue qui les suit à l’intérieur. La ville est calme, presque assoupie, aussi ces massives défenses donnent-elles une curieuse impression. Mais j’aime beaucoup les cités fortifiées et celle-ci ne fait pas exception.

 

480j3 Tarquinia

 

Au début je disais que Tarquinia était hérissée de nombreuses et hautes tours, un peu comme San Gimignano. Avant que nous regagnions notre camping-car et rentrions à Rome, il faut quand même que j’en montre une. Celle qui se dresse à côté du Duomo est plutôt un campanile, quoiqu’elle soit indépendante de l’église et appartienne à un édifice civil (ce serait plutôt quelque chose comme un beffroi), et à côté de Santa Maria in Castello ma photo ne montre qu’un tronçon de tour. Alors en voici une autre, dans toute sa hauteur et bien dégagée.

 

Retour à Rome, pour un dernier petit tour.

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Published by Thierry Jamard
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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 14:36

Hier nous nous sommes rendus à Montecavallo, aux écuries du Quirinal où a lieu l’exposition temporaire Caravaggio. La queue sur le trottoir a représenté une attente somme toute raisonnable d’un peu moins d’une heure avant d’accéder aux caisses. Quelles merveilles nous avons vues ! Mais de façon égoïste, sans pouvoir en faire profiter d’autres par photo interposée, comme on pouvait s’y attendre. Passons donc à la suite.

 

478a Rome, San Vitale

 

Aujourd’hui, au programme nous avons le Palais des Expositions, sur la via Nazionale. Mais juste à côté, profond sous l’avenue –ce qui témoigne de la nette surélévation du niveau du sol au cours des siècles– il y a l’église San Vitale.

 

478b Rome, San Vitale

 

Je ne dispose d’aucune documentation à son sujet mais rien qu’à voir son niveau d’enfoncement et le style de son portique, on se rend compte que c’est un très veux bâtiment, que ses dimensions modestes ou je ne sais quelle autre raison ont protégée de lourdes modifications.

 

478c Rome, San Vitale

 

Malgré des travaux qui cachent les fresques du mur de droite, on se rend bien compte de l’aspect général de l’église avec sa nef unique, ses fresques recouvrant murs et abside, son plafond à caissons.

 

478d Rome, San Vitale

 

La fresque de la voûte de l’abside représente un épisode de la Passion, Jésus tombe sur le chemin du calvaire. Un homme a posé sa main sur Jésus, et visiblement c’est pour lui intimer l’ordre de se relever, parce que de l’autre main il brandit une corde dont il va le frapper. Un autre homme prend la croix à deux mains, et on peut penser que ce n’est pas pour que Jésus se relève plus vite mais sans doute au contraire est-ce Simon de Cyrène qui va être requis pour l’aider jusqu’au Golgotha et va ainsi soulager sa peine. Je profite de cette occasion, puisque notre voyage nous a menés vers Avignon, pour évoquer la tradition qui veut que Simon, bien que requis par les Romains et non pas volontaire, ait été converti à l’enseignement de Jésus et que l’un de ses fils, Rufus, se soit fait missionnaire et se soit rendu en Avignon où il aurait été à l’origine d’une première communauté de chrétiens et serait le saint Ruf que l’on honore là-bas.

 

478e Rome, San Vitale

 

478f Rome, San Vitale

 

Sur le mur de gauche, on peut voir des fresques représentant le martyre de saint Vital. Sur l’une, il est supplicié dans une machine de torture qui l’étire jusqu’à disjoindre toutes ses articulations, et sur l’autre, il est enterré vif par lapidation. Il semble même que ce soit une femme, la personne qui brandit au-dessus de sa tête une grosse pierre pour la jeter sur le saint. Sur ces deux fresques, la scène est survolée par un ange qui porte la palme du martyre attribuée au supplicié.

 

478g Rome, San Vitale

 

478h Rome, San Vitale

 

Il y a aussi, sous le porche et à l’intérieur, des sculptures modernes, mais qui ne sont pas intégrées à la décoration de l’église, un peu comme s’il s’agissait d’une exposition temporaire (on en aperçoit une, sur ma photo de la nef, à droite devant les bâches de travaux). Là encore, aucune explication n’est donnée. Les deux détails ci-dessus appartiennent à un même groupe, qui représente la chevauchée de la Mort en compagnie de trois autres cavaliers, une femme et deux hommes. Sous les sabots de son cheval, un petit être ailé qui semble être un démon tente de s’enfuir en volant au ras du sol. C’est carrément macabre, mais j’aime bien la ligne de l’œuvre.

 

478i Rome, San Vitale

 

Ailleurs, c’est cette femme dont le style n’a rien à voir avec la sculpture de la Mort. La facture en est beaucoup plus classique, comme un pastiche d’une sculpture du quinzième siècle, à la nudité près. Peut-être s’agit-il d’Ève… dont elle porte le costume. Mais elle porte aussi une longue chevelure, comme Marie-Madeleine, qui est très souvent représentée et honorée à Rome. Je pencherais plutôt pour la première interprétation, mais si la seconde est la bonne, sa nudité est alors censée représenter la pécheresse, les tableaux de Marie-Madeleine repentante étant suffisamment nombreux.

 

Nous nous sommes donc rendus ensuite au Palais des Expositions pour voir les œuvres du peintre italien De Chirico. L’autre jour, Natacha était tiède face aux tableaux de Hopper, alors que moi j’aimais beaucoup. Ici, au contraire, c’est moi qui suis resté complètement froid face à une peinture que je ne comprends pas et dont le graphisme ne provoque en moi aucune émotion, alors que Natacha n’était pas loin de la pâmoison. Mais à l’étage, il y avait une exposition du photographe italien Mimmo Jodice que je connaissais, bien sûr, par le magazine Photo, mais dont je n’avais jamais (je crois) vu d’œuvres en grand format, et puis voir de nombreuses photographies regroupées permet de mieux pénétrer les techniques et le point de vue de l’artiste. Un très grand artiste. Mais bien sûr, pour De Chirico comme pour Jodice, je serai aussi égoïste que pour Le Caravage hier parce que, comme hier, la photo était interdite. Et ici je le comprends mieux, à cause des droits d’auteur, l’un étant mort il y a trop peu de temps pour qu’il soit tombé dans le domaine public, l’autre étant encore vivant, et pour de nombreuses années encore j’espère.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 02:24

 

477a Romacavalli, carabiniers

 

Aujourd’hui, demain et dimanche, au nouveau parc des expositions près de l’aéroport de Fiumicino, Rome célèbre le cheval dans ce ROMACAVALLI qui est à la fois un salon du cheval avec présentation de chevaux, d’élevages, de races, avec stands d’accessoires, avec concours d’obstacles, jeux divers, et une belle fête qui se conclut chaque soir par un spectacle. Tout ce que l’Italie compte de cavaliers est appelé à participer, comme les carabiniers ou le service des forêts.

 

477b Romacavalli

 

Ce cheval était en présentation. Son propriétaire l’a fait tourner et retourner dans le petit enclos pour faire apprécier ses qualités. Je suis incapable de juger si c’est un bon cheval, mais je lui trouve l’air bien sympa.

 

477c Romacavalli, stand sanitaire

 

En nous promenant dans les stands, nous découvrons toutes sortes de choses, comme ce système qui sert à quoi ? Sans doute pour chevaux amateurs de drogues pour leur permettre de sniffer tout en courant. Il y a aussi des camions qui sont de véritables monstres, derrière la cabine il y a une partie camping-car ultra luxueuse, avec salle de douche en acajou, chambre à coucher, puis une petite porte donne sur une galerie qui surplombe la partie arrière aménagée en van. Il est ainsi possible d’aller voir comment vont les chevaux sans descendre parmi eux. Mais au bout de la galerie, un escalier permet aussi d’accéder à eux sans passer par l’extérieur. On raconte qu’un client qui avait demandé au vendeur de Rolls combien il y avait de chevaux sous le capot s’était vu répondre "Many enough, Sir". Le vendeur de ce camion, à la question du prix, m’a répondu "Suffisamment cher", calquant son attitude sur celle de son collègue de chez Rolls. Je n’en sais donc pas plus. Et je n’en montre pas la photo, parce que de l’extérieur c’est un gros et beau camion, mais sans plus.

 

477d Romacavalli, chevaux de poste

 

J’ai regardé quelques minutes un concours d’obstacles, mais le niveau des cavaliers ne m’a pas paru époustouflant, alors j’ai pensé avoir d’autres occasions d’assister à des concours hippiques et j’ai préféré aller dans d’autres pavillons. Natacha et moi nous sommes retrouvés ici, attirés par la même chose. Une présentation de diverses races de chevaux, non pas individuellement dans un petit enclos, mais par élevages, dans le manège improvisé. Ici, un splendide cheval de poste. Cet homme qui mène le cheval porte une chemise propre, un gilet à l’écusson de l’élevage, il est correct, mais ce qui est décevant c’est que pour d’autres présentations n’a pas été respectée la tradition d’un certain niveau de tenue dans ce genre de manifestation. Certains groupes de chevaux étaient amenés par des personnes en tenues disparates, jeans troués, cheveux crasseux pas peignés depuis quinze jours, vêtements couverts de taches, etc. Sans doute suis-je trop traditionaliste, mais je préfère plus de soin pour plus de respect vis-à-vis du public.

 

477e Romacavalli, attelage

 

Il y a eu aussi des chevaux attelés. L’un des cochers a même fait preuve d’une habileté extraordinaire, menant son cheval bride abattue avec une précision diabolique, virant au ras des tribunes. Il est surprenant que le bouillant peuple italien, expansif, bruyant, communicatif, extraverti, manifeste assez peu son enthousiasme pour les performances. Ce n’est pas parce que j’ai assisté aujourd’hui à ces présentations puis au gala (dont je vais parler par la suite) que je peux généraliser, bien sûr. Il faudrait que j’assiste à des représentations théâtrales, à des concerts, à divers spectacles pour savoir si c’est une attitude générale, un usage différent du nôtre. Mais j’ai été étonné, aujourd’hui, de la faiblesse d’applaudissements fort peu nourris la plupart du temps. Et je dis cela parce que, au contraire, ce cocher a été applaudi. Modérément, mais applaudi. Pas les autres.

 

477f Romacavalli, cow-boys

 

Nous sommes ensuite restés assez longtemps à regarder des équipes de deux ou trois cow-boys qui devaient faire entrer ces taurillons dans l’enclos. Ici, ils en placent quatre, bravo, parce que la plupart des concurrents se donnaient beaucoup de mal, et au bout du compte pas un seul bovin ne pénétrait. Ou parfois un tout au plus. Ces taurillons ont fort bien compris ce que l’on attend d’eux, et ils se disent que si les hommes veulent exercer sur eux leur volonté de puissance très nietzschéenne, eh bien eux aussi ils ont le droit d’exprimer leur résistance à la volonté, et ils se massent dans le coin opposé en un tas compact.

 

477g Romacavalli, Léonard de Vinci

 

Beaucoup de mouvement. Plus statique est cette exposition sur un mur de panneaux. Ce sont des dessins, des schémas, des esquisses de Léonard de Vinci. Non seulement c’est intéressant, mais en outre mon dernier lycée ayant été à la gloire de Léonard de Vinci je ne peux manquer ici de l’évoquer. Près de ce panneau, une étiquette découpée de travers dit que ce sont des études de cavaliers au galop et autres figures (1503-1505), qui sont conservées à Windsor.

 

477h1 Romacavalli, attente d'un officiel

 

Passant d’un pavillon à un autre sur la passerelle haute, nous avons vu des préparatifs, avec service de sécurité, qui semblaient annoncer quelque chose d’officiel. Curieux et badaud, j’ai voulu entraîner en bas Natacha, qui a pensé qu’elle serait tout aussi bien en haut. Je l’ai abandonnée alors et ai foncé vers l’escalier le plus proche, juste à temps pour prendre cette rangée d’un détachement d’honneur (sur l’original de ma photo, qui supporte l’agrandissement, on peut lire sur le tapis de selle les mots brodés en fil doré "Reparto d’Onore").

 

477h2 Romacavalli, accueil visite officielle

 

J’ai foncé derrière les chevaux et me suis posté au bout de l’allée, juste en face d’un cortège de voitures officielles qui arrivaient, et d’où est sorti ce Monsieur avec son écharpe tricolore. Hélas, je n’ai pas été capable de l’identifier. Nous écoutons la radio mais ne voyons jamais la télévision, de sorte qu’à part Berlusconi nous ne connaissons pas les personnalités politiques italiennes. J’ai bien demandé aux gardes de sécurité, mais ils ne m’ont pas répondu, se contentant de me regarder d’un air mauvais. Il faut dire que pour prendre mes photos, sans cesse je repassais devant eux, tandis qu’ils tentaient de me repousser derrière eux. Natacha, elle, l’a manqué et a regretté de ne pas m’avoir suivi…

 

477i1 Romacavalli, le gala

 

Et voilà. J’arrête là mon tour de Romacavalli pour en venir à la conclusion de la journée par le gala. Le premier numéro était sans rapport avec les chevaux, mais très spectaculaire. Le principe de danse aérienne dans ou autour d’un drap n’est pas nouveau, mais cette danseuse était vraiment excellente. C’était extrêmement acrobatique et gracieux en même temps, léger.

 

477i2 Romacavalli, le gala

 

Ce type d’exercice est traditionnel de la part des cavaliers de la puszta hongroise, debout sur un ou sur deux chevaux. C’est très acrobatique.

 

477i3 Romacavalli, le gala

 

Ici, il s’agissait pour cet homme de blanc vêtu de se faire obéir rien qu’à la voix par de nombreux chevaux. Lui-même était à cheval, mais les autres chevaux étaient complètement libres, sans bride ni rien, et ils entraient les uns après les autres et devaient venir s’aligner, puis tourner tous ensemble en ligne. L’un d’entre eux a un peu renâclé, mais j’ai trouvé que l’intérêt de ce numéro était plutôt dans la beauté de ces chevaux, lancés crinière au vent, comme s’ils étaient sauvages.

 

477i4 Romacavalli, le gala

 

Pendant le déroulement d’un autre numéro, il y a eu pour servir de décor ce char agricole et ces gens déguisés en paysans du dix-neuvième siècle. J’ai bien aimé.

 

477i5 Romacavalli, le gala

 

Impressionnants ces chevaux frisons avec leur queue touffue et ces panaches de poils au bas des jambes. Pour ce numéro de cavalier médiéval, le choix de cette race de chevaux est judicieux, à mon avis. La vue de ce cheval et de ce guerrier était plus frappante que ce qu’ils ont fait.

 

477i6 Romacavalli, le gala

 

Sur leurs chevaux lancés au galop à une vitesse incroyable, ces cavaliers se sont livrés à des exercices de voltige étourdissants. On n’avait même pas le temps de voir ce qu’ils faisaient, où ils étaient.

 

477j1 Romacavalli, le gala, Camargue

 

477j2 Romacavalli, le gala, Camargue

 

477j3 Romacavalli, le gala, Camargue

 

Il y a eu aussi des Français. De Camargue, sur de petits chevaux camarguais. Une école, je crois, car les cavaliers étaient très jeunes, une vingtaine d’années à peine, des garçons et des filles. Peut-être est-ce un effet de chauvinisme involontaire et inconscient, mais j’ai trouvé qu’ils étaient les meilleurs. Ils étaient moins rapides que les précédents, mais d’une précision extraordinaire. Ils touchaient le sol du pied exactement au rythme du cheval. Cette jeune fille s’est, d’un seul mouvement souple et sans hésitation, étendue sur le dos de sa monture, et s’y est maintenue sans bouger d’un centimètre, comme soudée à la selle, malgré le galop du cheval. Tous ont été aussi excellents, chevauchant dans toutes les positions tout en maîtrisant à la perfection leurs beaux petits Camarguais à la longue crinière flottante.

 

477j4 Romacavalli, le gala, Camargue

 

477j5 Romacavalli, le gala, Camargue

 

Mais le clou a été l’homme adulte, vraisemblablement le professeur. Mes photos ne rendent pas compte de son talent. Je n’ai pas réussi à saisir au vol son admirable virtuosité. Mais je tiens quand même à le montrer, pour l’applaudir dans mon blog. Il est capable, touchant du pied le sol près du flanc droit de son cheval, au rythme de seulement deux pas de galop, de toucher le sol près du flanc gauche, et l’instant d’après de se retrouver debout sur la croupe, ou chevauchant à l’envers, ou… je ne peux décrire cela. Il faudrait l’avoir vu pour le comprendre. Et je finis sur des images qui ne sont pas significatives, et en disant que je ne peux non plus décrire par des mots ce que j’ai vu. Mieux vaut donc me taire et clore là cet article.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 01:36

475a Rome, Piazza di Spagna

 

 

C’est immanquable, nous descendons du métro à la station Spagna. Le mois d’avril est déjà bien entamé, et le grand escalier qui monte de la piazza à la Trinité des Monts, qui sur toutes les cartes postales, dans tous les livres, est couvert de fleurs, n’est encore couvert que de touristes. Je crains bien que nous ne quittions Rome sans l’avoir vu fleuri.

 

475b Rome, Chiesa Nuova

 

Nous parcourons quelques kilomètres à travers la Rome que nous aimons avant d’arriver à proximité du Tibre, dans le creux de la boucle qu’il fait vers l’ouest, devant l’église qui autrefois était Santa Maria in Vallicella et qui, reconstruite, est appelée Chiesa Nuova, l’Église Nouvelle. Nous l’avons vue le 6 décembre, il y a longtemps, et maintenant non seulement notre regard a évolué et justifie une nouvelle visite, mais de plus nous aimons revoir ce qui nous a plu. Mais je ne parlerai pas de nouveau de cette œuvre du Caravage envoyée au Vatican et remplacée ici par une copie du dix-huitième siècle.

 

475c Rome, Chiesa Nuova

 

Je préfère parler de ce que je n’avais pas évoqué alors. Et montrer cette photo de la nef, qui (pour une raison que je ne comprends pas) n’a rien à voir avec celle que j’avais publiée alors, pourtant prise du même endroit à peu près. Disons que l’une complète l’autre. Ou que la seconde corrige mon regard de la première.

 

475d Rome, Chiesa Nuova

 

En particulier, je n’avais pas commenté (peut-être même pas remarqué) l’admirable voûte avec ses dorures et sa fresque qui –ce n’est pas toujours le cas– s’harmonise remarquablement avec l’ensemble de l’église. Saint Philippe Néri a créé une congrégation en 1575, et le pape Grégoire XIII (1572-1585) lui attribua Santa Maria in Vallicella. L’église de l’époque était petite et en mauvais état. Un jour, pendant la messe, Philippe Néri a vu la Vierge qui lui apparaissait, soutenant la voûte pour l’empêcher de s’effondrer et de l’écraser. Philippe alors dessina une nouvelle église et en entreprit la construction, c’est la Chiesa Nuova. La fresque de la voûte représente la Vision de saint Philippe, exécutée par Pierre de Cortone (1596-1669) en 1664-1665.

 

475e1 Rome, Chiesa Nuova

 

Obnubilé par la Descente de croix du Caravage, je n’avais rien dit du tableau ci-dessus, dont le peintre n’est pas aussi renommé. C’est Pulzone (1550-1599). Sans tomber en extase d’admiration, j’ai plaisir cependant à le regarder. La composition n’a rien de personnel ou de révolutionnaire, le peintre ne fait pas preuve d’originalité, mais il a bien rendu la souffrance du Christ mort. La Vierge enveloppée dans son grand manteau bleu est partagée entre la douleur et la foi, on voit que son deuil est noyé dans la prière. De l’autre côté, saint Jean, "le disciple que Jésus aimait", tout jeune, celui qui la veille au soir s’appuyait sur l’épaule de son maître lors du dernier repas, est éploré, il écarte les bras dans un geste à la fois de désarroi et de prière.

 

475e2 Rome, Chiesa Nuova

 

Et puis il y a Marie-Madeleine. Qu’elle ait été la maîtresse du Christ comme certains veulent le montrer, ou sa femme, voire la mère de ses enfants, ou qu’elle ait été une femme qu’il a relevée, qui l’a admiré et aimé, ce n’est pas le problème. Ce qui compte c’est cette admiration, cet amour, et ici l’effondrement de la douleur face à la perte de celui qui remplit sa vie. Ses yeux rougis ont épuisé leurs larmes, de même qu’autrefois elle a essuyé les pieds de Jésus de ses longs cheveux, de même au pied de la croix elle s’appuie avec tendresse sur ces pieds blessés et une dernière fois les caresse de ses cheveux. Je montre ce détail du tableau parce que je le trouve bouleversant, très beau, et que c’est lui qui fait sortir cette œuvre d’une certaine médiocrité. Rares sont les gestes d’amour vrai ou de tendresse émue dans la peinture religieuse.

 

475f Rome, Chiesa Nuova

 

J’ignore de quand date cette icône, tout ce que je sais c’est qu’elle est très ancienne et provient de l’église antérieure. Les couronnes d’or de Marie et de Jésus sont plus récentes. Quant à la peinture d’angelots dans laquelle elle est enchâssée, je ne suis pas sûr que son style soit en accord avec celui de l’icône. Ces gros angelots très colorés tuent la représentation de la Madone dont les couleurs ont dû dès l’origine être assez éteintes et qui à présent sont atténuées par l’âge. Alors je regarde d’abord avec plaisir cette danse d’anges et puis je tâche de concentrer mon attention sur l’ovale du centre en faisant abstraction de son environnement, et j’éprouve de nouveau un plaisir esthétique devant cette représentation épurée et sensible.

 

476a1 Rome, en ville

 

Il y a encore bien des choses à remarquer dans cette église, des œuvres de Rubens, de Guido Reni… il faudrait aussi s’approcher des œuvres de Pierre de Cortone… Ce sera pour notre prochain voyage à Rome qui, quand nous aurons fini notre tour d’Europe et aurons repris un petit air de France, sera sûrement l’une de nos premières destinations. En attendant, nous voici repartis vers la place d’Espagne. Parallèle à la via del Babuino, derrière, la petite et calme (mais oui, calme, cela existe à Rome, même dans ce quartier) rue Margutta a des airs de province, et aligne ses galeries d’art. Sur le côté, je remarque une fontaine sur laquelle est gravé d’un côté "Rome, an 5" et sur l’autre "1927". Ce qui signifie, en clair, que Rome est née en 1922, avec l’arrivée du fascisme.

 

476a2 Rome, via del Babuino et New-York, Madison Avenue

 

La rue s’achève par un angle droit qui fait retomber dans la via del Babuino. Là, une plaque sur un mur rappelle le jumelage de cette rue peuplée d’antiquaires et de marchands d’art avec Madison Avenue, à New-York, jumelage qui remonte au 16 octobre 2002.

 

476b1 Rome, restaurant musée Canova

 

En repartant, dans cette rue du Babouin, vers la place d’Espagne, on voit sur la droite la sculpture antique qui a donné son nom à la rue, accolée au mur d’un vieux restaurant à l’air étrange. Il est installé dans l’atelier du grand sculpteur Canova (1757-1822) tellement admiré par Stendhal. Cet atelier qu’il a laissé à l’élève en qui il a trouvé le plus de talent, Adamo Tadolini. Celui-ci, et les générations suivantes, y ont travaillé, et y ont laissé des œuvres qui, la plupart du temps, ne sont pas originales, mais sont des plâtres d’étude, souvent des copies de statues antiques ou classiques. En 1967, l’atelier a été vendu et transformé en musée restaurant.

 

476b2 Rome, restaurant musée Canova

 

Un coup d’œil au menu nous permet de voir que les prix sont plus que raisonnables, aussi décidons-nous d’y dîner. Dès l’entrée, nous nous trouvons face à cette gigantesque statue équestre. En-dessous, derrière son petit comptoir, une jeune femme semble toute perdue.

 

476b3 Rome, restaurant musée Canova

 

On nous installe en haut, sur la mezzanine. Cette table nous convient parfaitement, nous avons vue sur tout plein de statues et, tout en étant au calme, nous voyons l’animation et la vie au rez-de-chaussée. On est prié de noter que sur notre table, la bouteille est très raisonnablement un litre d’eau minérale. Bon, d’accord, ne me torturez pas davantage, j’avoue, il y a aussi du vin hors champ.

 

476b4 Rome, restaurant musée Canova

 

Ci-dessus, une autre vue de notre petite mezzanine. Sur les étagères, les bouteilles de vin voisinent avec de petites sculptures. Le cadre est chaud et plaisant, avec ses lambris sombres, ses tableaux, ses miroirs.

 

476b5 Rome, restaurant musée Canova

 

Et voilà la vue intéressante que l’on a sur la salle du bas, avec ses petites tables disséminées parmi les sculptures. Si l’on ajoute à cela que le chef, sans être Paul Bocuse, se défend correctement, surtout pour un prix serré, on peut recommander l’adresse pour un dîner original et agréable. Par ailleurs si, en entrant, notre impression n’a pas été très favorable parce que la serveuse sollicitée par la jeune femme de l’accueil pour nous placer a refusé tout net sans daigner nous jeter un coup d’œil en protestant qu’elle avait trop de travail, en revanche une autre serveuse qui nous a pris en charge a été tout à fait plaisante, efficace, souriante. C’est donc sur une note très positive que nous concluons cette soirée.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 02:02

Dans l’appartement qu’a habité Goethe sur le Corso et que nous avions visité le 26 novembre, a lieu ces temps-ci une exposition temporaire des œuvres de Piranesi, autrement dit du Piranèse. Nous nous y rendons donc, à la fois pour revoir les objets ayant appartenu à Goethe ou qui sont ses œuvres graphiques, ou ses représentations, et aussi bien sûr pour voir les gravures du Piranèse.

 

Jean-Baptiste Piranèse est né à Venise en 1720. Son frère lui apprend le latin et l’initie à la littérature antique. Puis, de 1735 à 1740, il étudie à Venise l’architecture avec son oncle, et le sculpteur Carlo Zucchi lui enseigne les techniques de la gravure à l’eau-forte et lui donne les bases de l’art de la vue. Suivant à Rome l’ambassadeur de Venise, il entre à l’atelier de Giuseppe Vasi. En 1743-1744, il publie une série de ruines antiques mélancoliques puis, pour raisons financières il doit rentrer à Venise mais en 1747 il retourne s’installer définitivement à Rome où, sur le Corso, il se fait le représentant d’un marchand d’art. En 1761 il entre à l’Accademia San Luca, crée sa maison d’édition et déménage son atelier. De 1761 à 1777 il voyage pour travailler sur des paysages archéologiques à Tivoli, Pæstum, Herculanum, Pompéi, Naples. Il meurt en 1778 au terme d’une longue maladie.

 

Il a laissé 1020 eaux-fortes, et ses ouvrages les plus célèbres sont sans conteste ses Vues de Rome, ainsi que les images d’architecture fantastique et grotesque des Prisons, et son premier recueil, Architecture et perspective.

 

474a Rome, Piranèse, Porto di Ripetta

 

Je ne vais pas de nouveau montrer d’images de l’appartement de Goethe, et de cette visite je vais seulement retenir dans cet article quelques œuvres du Piranèse. Ici, nous avons le port de la Ripetta, à peu près là où est aujourd’hui l’Ara Pacis, et l’église que l’on aperçoit tout à gauche est San Girolamo dei Croati, que l’on reconnaît bien (j’en ai publié la façade le 16 mars). Il n’est plus question de port en ce lieu, qui est méconnaissable.

 

474b Roma, Piranesi, Tempio di Cibele

 

Près de Santa Maria in Cosmedin et de la Bocca della Verità, ce temple rond a bien changé. On l’appelle habituellement temple de Vesta, à coup sûr c’est impropre et il s’agit très probablement d’un temple d’Hercule, et Piranèse l’appelle temple de Cybèle. Quoi qu’il en soit, comme on peut s’en rendre compte en le comparant avec la photo que j’en ai montrée le 27 décembre, son toit a été refait en en supprimant le petit clocheton qui n’avait rien d’antique, et surtout les murs qui reliaient les colonnes ont été abattus, les colonnes ont été dégagées, et je ne sais si le mur circulaire intérieur a seulement été dégagé ou s’il a été reconstruit en retrait. Par ailleurs, les lieux sont beaucoup plus champêtres qu’ils ne le sont de nos jours.

 

474c1 Rome, Piranèse, le forum

 

Et je voudrais terminer cette exposition par cinq vues que je trouve assez spectaculaires. Il s’agit du Forum, qui jusqu’au dix-neuvième siècle était enfoui sous six à sept mètres de terre, de boue, d’alluvions apportées par les crues du Tibre. Sur cette image, on le voit transformé en terrain vague fréquenté par des vaches.

 

474c2 Rome, Piranèse, le forum (détail)

 

Cette image est un gros plan d’un détail de la précédente (en bas à gauche). On peut voir que sur le niveau de l’époque une fontaine a été aménagée pour servir d’abreuvoir aux bestiaux. Ici et là apparaissent des fragments de fûts de colonnes ou quelques pierres renversées.

 

474d1 Rome,Piranèse, Arc de Septime-Sévère

 

Les trois dernières gravures que je vais montrer portent sur l’Arc de Septime-Sévère, toujours au Forum. Ici, nous sommes dos au Colisée, tout au bout du Forum, l’église à droite est Saints Luc et Martin, la colonne à gauche est la Colonna di Foca. L’arc disparaît profondément sous la terre.

 

474d2 Rome,Piranèse, forum

 

Nous sommes passés de l’autre côté de l’arc. On reconnaît la colonne, juste derrière elle se dressent deux bâtiments plus récents qui n’ont rien à voir avec le Forum antique et qui ont été abattus, et dans le fond on distingue le clocher de Santa Francesca Romana et, plus loin encore, la silhouette du Colisée.

 

474d3 Rome,Piranèse, Arc de Septime-Sévère (détail)

 

Ceci est une photo d’un détail de la même gravure, pour montrer à quel point cet arc est englouti et aussi, sur le côté, toutes les constructions "modernes" qui recouvrent les ruines que l’on peut voir aujourd’hui. Hélas, ces maisons ont dû utiliser bien des pierres arrachées aux monuments antiques. Et cela a duré jusqu’à une époque récente.

 

Stendhal : "M. Demidoff, cet homme singulier, si riche et si bienfaisant […] faisait jouer au palais Ruspoli des vaudevilles du Gymnase. Malheureusement, il se trouva un jour qu’un des personnages d’un de ces vaudevilles s’appelait Saint-Ange, et l’on remarqua dans la pièce cette exclamation : Pardieu ! Ces circonstances offensèrent beaucoup S. E. Mgr Della Genga, cardinal vicaire (chargé par le pape Pie VII des fonctions d’évêque de Rome). Plus tard, sous le règne de Léon XII, les acteurs de M. Demidoff, étourdis comme des Français, eurent le tort de donner des vaudevilles, dont un des personnages s’appelait Saint-Léon. Enfin, une fois, une représentation donnée le jeudi ne finit qu’à minuit et un quart, empiétant ainsi un quart d’heure sur le vendredi, jour consacré par la mort de Jésus-Christ. Ces motifs attirèrent sur M. Demidoff toutes les vexations de la police (dans ce pays elle a encore les formes terribles de l’Inquisition) ; et le Russe bienfaisant, qui faisait vivre plusieurs centaines de pauvres, et donnait deux jolies fêtes par semaine, alla s’établir à Florence.

 

"Pendant qu’il habitait le palais Ruspoli, M. Demidoff disait un jour en ma présence que, voulant laisser un monument de son séjour à Rome, il pourrait bien faire enlever les dix ou douze pieds de terre qui couvrent le pavé du Forum, depuis le Capitole jusqu’à l’arc de Titus. Le gouvernement mettait à sa disposition cinq cents galériens, que M. Demidoff devait payer à raison de cinq sous par jour. Il comptait que, pendant l’hiver, il aurait autant de paysans des Abruzzes qu’il en voudrait, en les payant dix sous par jour. On calcula tous les frais le crayon à la main ; la dépense totale ne devait pas s’élever à plus de 200 000 francs, y compris un canal pour conduire les eaux pluviales dans la Cloaca Maxima (vers l’arc de Janus Quadrifons). Rome fut bien vite instruite de ce projet capital pour elle ; il manqua, parce que le personnage d’un vaudeville s’appelait Saint-Léon ; et l’on s’étonne de la haine du peuple de Rome !"

 

Léon XII mourut en 1829. Et le Forum attendit sous sa chape de terre.

 

474e Rome, Vittoriano

 

L’appartement de Goethe est au début du Corso, tout près de la porta del Popolo. Nous allons maintenant à l’autre extrémité du Corso et débouchons piazza Venezia, face au monstrueux Vittoriano. Chaque fois, j’évite de le montrer. Bon, aujourd’hui, il me faut bien en passer par là.

 

474f Rome, palazzo Bonaparte

 

En fait, il faut arriver là et traverser la moitié de la place pour, en se retournant, avoir une vue sur le palazzo Bonaparte. C’est ce palais que nous voyons à l’angle gauche du Corso. Il a été construit en 1657 par la puissante famille d’Aste. En 1818, c’en est fini de l’Empire depuis trois ans. Finie, l’épopée Napoléonienne. Lætitia Ramolino épouse Bonaparte, la mère de Napoléon, avait beau avoir répété son fameux "Pourvou qué ça doure", ça ne dure plus. Elle achète le palais pour en faire sa résidence.

 

474g Rome, palazzo Bonaparte

 

Elle va y vivre jusqu’à sa mort, le 2 février 1836. Elle y avait amassé bien des souvenirs de ses enfants, en particulier de Napoléon, qui aujourd’hui ont été transférés au musée Napoléon que nous avons visité le 16 mars. Elle a été enterrée à sa paroisse, dans l’église Santa Maria in Via Lata, toute proche, sur le Corso (visitée le 12 février). Nous avons vu son tombeau, mais c’est devenu un cénotaphe depuis que sa dépouille a été transportée à Ajaccio.

 

474h Rome, palazzo Bonaparte

 

À la mort de Letizia (la forme italienne de Lætitia), le palais est revenu aux princes Bonaparte qui l’ont vendu en 1905. Aujourd’hui, et depuis 1972, il est occupé au rez-de-chaussée par un bar, et le reste par les bureaux d’une compagnie d’assurances. Sic transit gloria mundi… Mais sur la façade, veille toujours l’aigle de Napoléon qui rappelle la grandeur passée.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 01:23

470a Roma, vittoria Polverini

 

 

 Depuis la semaine dernière et les élections régionales, les affiches de campagne ont fait place aux remerciements. Le processus électoral, ici, n’est pas le même qu’en France. Chez nous, on élit les conseillers régionaux (ou généraux), et c’est eux, ensuite, qui élisent leur président. Ici au contraire, chacun des candidats annonce, lors de la campagne, qui il souhaite comme président. Renata Polverini bénéficiait d’une large coalition de centre et de droite, tandis qu’en face il y avait une coalition de gauche dans laquelle chacun des candidats désignait sa concurrente. Les écologistes, quant à eux, tout seuls, se vouaient à une troisième personne qui, autant le dire, n’avait aucune chance. Et c’est Renata Polverini qui est la nouvelle présidente, pour qui se prononcent entre autres les candidats du parti de Berlusconi. Sur cette affiche, elle est rayonnante. Le publicitaire a eu la bonne idée de lui donner du relief en mettant sa main hors du cadre.

 

470b Rome, Saint Pantaléon

 

Nous sommes allés près de la piazza Navona parce que nous souhaitions chercher des livres à la librairie des éditions Gangemi et au passage nous avons décidé d’entrer dans cette église San Pantaleone, ou Saint Pantaléon, que nous voyons souvent mais où nous ne sommes jamais entrés.

 

470c Roma, San Pantaleo

 

C’est une petite église qui n’est pas déplaisante, avec ses belles colonnes de porphyre, mais elle ne me laissera pas un souvenir impérissable.

 

470d Roma, San Pantaleo

 

Il me faut quand même faire une mention spéciale pour la très belle voûte en trompe-l’œil. Le sommet, avec Dieu et son rayonnement, n’est pas ce que je préfère, mais l’impression de relief donnée par tous les personnages qui gravitent autour est remarquable.

 

470e Roma, San Pantaleo

 

Allez, avant de sortir encore un petit regard vers le chœur. De part et d’autre, est suspendue cette file de lampes dorées qui ne sont pas laides. Seulement un peu kitsch.

 

470f1 Rome, Pasquino

 

Nous dirigeant juste derrière cette église, nous passons devant Pasquino, qui n’est plus muet. Voici l’une de ses remarques. C’est intitulé "Pensée triste". Puis il dit : "La plus grande faute de B[erlusconi] est d’avoir lobotomisé une grande quantité de citoyens en les transformant en sujets télé-porno-dépendants, adorateurs de l’argent facile et racistes".

 

470f2 Rome, Pasquino

 

Et une autre. "Si la femme (qui le nie ?) a toujours été considérée par l’Église comme à moitié sorcière, elle est encore plus pénalisée par la loi anti-avortement qui la prive de liberté". Voilà donc le genre de choses que l’on peut trouver dans la bouche de Pasquino. Ou plutôt sur le panneau mis à la disposition de qui souhaite le faire parler.

 

470g1 Rome, piazza Navona

 

Depuis que nous sommes à Rome, très souvent nous sommes passés par la piazza Navona, mais jamais jusqu’à ce jour nous n’avons eu l’occasion de la voir dégagée des tentes de vendeurs de toutes sortes de choses après celles du Marché de Noël, puis de palissades de travaux. Vue ainsi, elle montre mieux son origine d’amphithéâtre de Dioclétien et l’on admire mieux la belle façade de Sant’Agnese in Agone, œuvre de Borromini.

 

470g2 Rome, piazza Navona

 

On a coutume de montrer la fontaine des Fleuves, du Bernin, située en plein milieu de cette immense place, au pied de l’obélisque, mais il ne faut pas négliger la fontaine du Maure, qui n’est pas mal non plus.

 

471a1 Rome, éléphant Bernin

 

471a2 Rome, éléphant Bernin

 

De là, nous nous rendons sur le parvis de Santa Maria sopra Minerva. J’ai déjà montré le 15 décembre comment est ornée cette place, avec un éléphant sculpté par le Bernin, surmonté d’un obélisque. Voici l’animal en gros plan. Bonjour... Au revoir.

 

471b Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Ce jour-là, nous avions déjà visité cette église qui a succédé, comme son nom l’indique, à un temple de Minerve, mais puisque nous sommes ici, nous y jetons de nouveau un coup d’œil. 

 471c Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Par exemple, je n’avais pas spécialement remarqué cette peinture sur bois dans la chapelle de l’Annonciation. Elle représente la Vierge de l’Annonciation remettant la dot aux enfants pauvres présentés par le cardinal Torquemada. Au moment où l’archange Gabriel est en train d’annoncer à Marie qu’elle va enfanter le fils de Dieu, avec la colombe du Saint Esprit qui volette autour d’elle, elle ne prête pas attention à cette nouvelle et se préoccupe de donner une bourse aux Lilliputiens que sont ces enfants et le cardinal, tandis que là-haut, à gauche, Dieu le Père, les deux bras en avant, semble prodiguer sa grâce. Surprenant. En fait, je plaisante, mais je trouve ce tableau très plaisant à regarde. Il a été réalisé en 1500.

 

471d1 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

Nous voici, dans le bras droit du transept, dans la chapelle Carafa, décorée de fresques réalisées de 1489 à 1493 par Filippino Lippi. Au-dessus de l’autel, c’est également une Annonciation au cours de laquelle la Vierge est occupée à autre chose. Ici, c’est saint Thomas d’Aquin en train de lui présenter le cardinal Oliviero Carafa qui a acquis cette chapelle.

 

471d2 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

C’est vraiment une fresque merveilleuse. On ne peut qu’admirer la légèreté des ailes de l’ange et leur mouvement, le drapé des vêtements, les couleurs, la composition avec ces personnages qui observent la scène de l’extérieur, et enfin l’expression des visages.

 

471d3 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

Je ne peux résister à l’envie de zoomer pour un gros plan de Marie. Pureté du visage, finesse des doigts, mouvement des cheveux, harmonie du vêtement… Si je n’avais pas épuisé les pièces de monnaie dont je m’étais muni, j’aurais continué indéfiniment à alimenter la minuterie qui éclaire cette chapelle.

 

472a Rome, Panthéon

 

472b Rome, Panthéon

 

À deux pas de là, se trouve le Panthéon. Nous l’avons visité le 15 décembre, mais nous y retournons quelques minutes. Nous allons bientôt (?) quitter Rome, nous voulons revoir les endroits que nous avons aimés ou qui nous ont frappés, et le Panthéon en est.

 

472c Rome, Panthéon, tombe de Raphaël

 

Notamment, nous allons saluer ce grand peintre Raphaël. Au-dessus de sa tombe, ces deux colombes s’embrassent.

 

472d Rome, Panthéon

 

En repartant, vite, une photo de l’arrière du bâtiment. Habituellement, on montre sa façade avec ses admirables colonnes de granit, mais ce gigantesque bâtiment circulaire paraît alors avec un portique plat qui ne permet pas d’en apprécier la forme. Voici une vue qui montre à quel point le panthéon est massif.

 

473a1 Rome, Sant'Agostino, Madone des Pèlerins, Caravaggio

 

Nous retournons piazza Navona, nous la traversons et nous rendons à Sant’Agostino pour revoir notre cher Caravaggio. Cette Madone des Pèlerins, nous l’avons vue en exposition temporaire à la Villa Borghese, puis ici même en reproduction photographique grandeur nature parce qu’elle était encore en exposition. Mais aujourd’hui, c’est la vraie de vraie qui est là sous nos yeux, c’est l’huile sur toile peinte entre 1604 et 1606, et la photo n’est nullement interdite. Un régal.

 

Ce tableau que l’on appelle traditionnellement Madone des Pèlerins a été réalisée comme Madone de Loreto et, à ce titre, on s’attend à voir Marie enveloppée dans sa dalmatique. Bien loin de là, elle est sur le seuil de sa demeure, et elle accueille ces deux pauvres personnages qui viennent lui rendre hommage, à elle et à son fils. En 1642, Baglione, chroniqueur de la vie des artistes de son siècle, dit que ce tableau a été acclamé par le peuple, qui s’y est reconnu.

 

473a2 Rome, Sant'Agostino, Madone des Pèlerins, Caravaggio

 

Mais le temps a passé, et il a été considéré comme scandaleux par une majorité, qui a réclamé qu’on le décroche, voire qu’on le brûle. C’était manquer de respect à la Vierge et à Jésus que de mettre en leur présence ces gens sales, en haillons, et surtout ces deux pieds crasseux. Les commentaires ont surtout mis en exergue ces deux pieds, c’est pourquoi je les montre ici en gros plan. Malgré tout ce remue-ménage, les frères Augustiniens en charge de l’église ont toujours refusé d’enlever ce tableau, un grand merci à eux. Il avait été commandé par le marquis Cavalletti qui avait renoncé à la vie mondaine et avait pris, avec sa femme, le chemin de Loreto comme simple pèlerin, ne s’épargnant aucune peine, aucune souffrance, voyageant nu pieds comme c’était l’usage lors des pèlerinages, pour essayer ainsi de rencontrer la Vierge. Très probablement, quoique nous n’en ayons pas de portrait avec lequel faire des comparaisons, ce couple de pèlerins représente le marquis et sa femme eux-mêmes, et ce serait alors pour bien montrer leurs efforts, leurs souffrances, leur renoncement au monde, que l’artiste aurait placé ces deux pieds au premier plan comme des symboles. Et la Vierge, qui avec un sourire accueillant et bienveillant, comprend leur intention, accepte leur sacrifice et leur offre son fils, son modèle est la petite amie du Caravage.

 

Si j’aime tant ce tableau, je ne pense pas que ce soit un effet de mon admiration habituelle pour le Caravage. Il est si plein d’humanité, de sensibilité, de compassion que je ne peux rester indifférent. Et puis, une force extraordinaire vient de cette composition en diagonale que ce peintre aime tant, la lumière qui unit en ligne droite les pieds, le fond de pantalon usé, le visage du pèlerin, le corps de Jésus, du coin inférieur droit au coin supérieur gauche faisant le lien entre l'offrande de la souffrance et la rencontre du Seigneur.

 

473b Rome, Santa Maddalena

 

Nous passons ensuite devant Santa Maria Maddalena, et aussitôt notre manie de visiter toutes les églises nous pousse à l’intérieur. Dès 1320 il est fait mention à cet endroit d’un petit oratoire et d’un hospice annexé, dépendant de la confraternité de la Bienheureuse Marie-Madeleine. En 1586, l’ensemble est concédé à saint Camille de Lellis qui en fait la maison mère de l’ordre des Ministres des Malades, qu’il a lui-même fondé, et il y meurt en 1614. De 1640 à 1649, l’église d’abord puis le couvent sont reconstruits. L’élégante façade concave a été dessinée en 1696-1697 par l’architecte Giulio Carlo Quadri. Hé oui, malgré ces lignes très particulières, elle n’est pas l’œuvre de mon cher Borromini, déjà mort depuis trente ans, le pauvre. On ne peut évidemment reconnaître les braves gens des sculptures de cette façade. Ce sont, en bas, saint Camille de Lellis et saint Philippe Neri, et en haut Marie-Madeleine et Marthe.

 

473c Rome, Santa Maddalena

 

Cette belle statue en bois du quinzième siècle représente, on s’en douterait, la Maddalena, avec ses longues mèches de cheveux ondulés qui lui retombent sur les épaules. Je lui trouve un air très moderne qui me plaît, avec sa ligne épurée et élégante.

 

473d Rome, Santa Maddalena

 

Plusieurs fresques illustrent la vie de Marie-Madeleine. Ici nous la voyons essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux. Personne ne semble lui prêter attention, tandis qu’à l’arrière-plan Marthe s’active à la cuisine.

 

473e Rome, Santa Maddalena, sacristie

 

Cette sacristie construite de 1738 à 1741 est somptueuse, avec ses dorures partout, et sa voûte contemporaine de la construction (1739). La sacristie est destinée à la préparation des offices, elle n’est pas faite pour recevoir les fidèles, par conséquent cette magnificence résulte d’un pur goût pour l’art, très éloigné de l’utilitarisme actuel.

 

473f Rome, Santa Maddalena

 

Nous repassons dans l’église et, pour sortir, nous nous tournons vers cet orgue et sa décoration d’un baroque foisonnant. On se dirait presque dans l’église de Wies, en Bavière, qui est restée dans ma mémoire comme le sommet de ce style. Je suis loin de n’apprécier que le style dépouillé, mais il y a des limites ici dépassées qui ne sont pas de mon goût.

 

Mais tant pis, parce que la journée m’a (nous a) permis de voir tant et tant de belles choses que nous repartons les pupilles éblouies.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 01:13

469a Rome, le Tibre ou il Tevere

 

 

L’idée nous prend de nous rendre dans le centre de Rome avec le camping-car, mais quand je dis "le centre", je veux dire plus près du centre, en longeant le Tibre, là où les voies sont larges et où la circulation est libre, là aussi où en ce jour de Pâques nous avons des chances de pouvoir stationner. Et c’est avec une vue imprenable que nous cuisinons notre côte de bœuf et que nous déjeunons.

 

469b Rome, île du Tibre

 

Et puis nous allons tranquillement nous promener le long du fleuve. Je ne répète pas dans mon blog ce que j’ai déjà montré plusieurs fois, seulement ces quelques images. Ici, c’est la pointe aval de l’île du Tibre, de l’isola Tiberina. Le 7 mars, j’avais pris en photo le navire d’Esculape bien en face (en expliquant ce que faisait là ce dieu de la médecine), mais aujourd’hui, en regardant cette image prise du pont, je trouve qu’il a davantage l’air d’un bateau avec sa superstructure.

 

469c Rome, Santa Sabina vue de l'autre rive

 

Mais c’est en aval de l’île que la vue est le plus intéressante. La colline de l’Aventin, abrupte, domine le fleuve et nous, de la rive droite, nous reconnaissons les bâtiments que nous n’avons vus que de près et de face. Ici, c’est le monastère et l’église de Sainte Sabine, où nous sommes allés deux fois, le 17 décembre et le 14 janvier. Jamais je n’aurais imaginé un si immense monastère lorsque nous étions en haut de l’Aventin.

 

469d1 Rome, Sant'Alessio vu de l'autre rive

 

469d2 Rome, Sant'Alessio vu de l'autre rive

 

Plus loin, c’est Sant’Alessio, Saint Alexis, qui nous apparaît sur la colline. Le 14 janvier, après être passés à Santa Sabina, nous avions poussé jusqu’au bout de la rue pour voir ce monastère et cette église où est conservé un morceau de l’escalier sous lequel le saint a vécu 17 ans. Et ce complexe lui aussi est tout différent vu d’ici.

 

469e Rome, Ordre de Malte

 

Et enfin, tout au bout de la colline, c’est le gros bâtiment massif de l’Ordre de Malte. Celui-là, nous ne l’avions pas visité parce qu’il n’est pas ouvert au public. Vu d’ici, c’est un beau palazzo, et son drapeau flotte fièrement dans le ciel de Rome.

 

Nous avons aussi quitté le fleuve pour prolonger la promenade, mais ces quartiers ont perdu leur cachet, mieux vaut clore ici la description de la promenade du jour.

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 15:05

Aujourd’hui, nous franchissons le Tibre, parce que nous avons à voir au Trastevere le lieu de naissance d’Apollinaire et l’église à laquelle Stendhal a emprunté son nom pour l’une de ses "Chroniques italiennes", San Francesco a Ripa. Nous irons ensuite nous promener par les rues de Rome, nous nous arrêterons un long moment devant le théâtre Argentina et devant l’Area Sacra, mais je n’en parlerai pas ici parce que je l’ai déjà fait longuement le 29 décembre, avec description des temples de la seconde et avec l’aventure de Rossini dans le premier.

 

468a1 Rome, Piazza Mastai, Apollinaire

 

Nous sommes piazza Mastai. Angelica de Kostrowitzky est une jeune fille polonaise noble, fille de l’ancien camérier du pape Pie IX. Elle a 22 ans et tout le monde sait qu’elle est la maîtresse d’un ancien capitaine d’état-major du roi des Deux Siciles, Ferdinand II, du nom de Francesco Flugi d’Aspremont. Lui a 43 ans. Elle habite via Milano, près du Viminale et de la via Nazionale, mais va accoucher au 17 piazza Mastai, le 26 août 1880 à 5h du matin, d’un enfant de sexe masculin qu’elle ne va pas reconnaître et dont, bien sûr, elle ne révélera jamais qui est le père. À la demande de la mère qui veut garder l’anonymat, on donne à l’enfant le nom de Guillaume Albert Dulcigny. Lorsque, le 29 septembre, on va baptiser le bébé en l’église Santi Vito e Modesto, elle dira qu’elle en est la mère mais tardera jusqu’au 2 novembre avant de se décider à le reconnaître officiellement devant notaire en lui donnant les noms de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare. Devenu écrivain et poète, il signera de son premier prénom francisé qui était son prénom initial, et de son dernier prénom, francisé aussi, en guise de nom de famille. Évoquant son enfance romaine, Apollinaire dit qu’il avait toutes sortes de jouets en bois et qu’il faisait tellement de bruit que sa mère se bouchait les oreilles et criait. Il avait un frère de deux ans son cadet et comme lui de père inconnu.

 

La plaque ci-dessus le dit créateur de formes poétiques nouvelles, ce qui est bien vrai, et cite quatre vers :

            "Jeunesse adieu jasmin du temps

            J’ai respiré ton frais parfum

            À Rome sur les chars fleuris

            Chargés de masque set de guirlandes

            Et de grelots du carnaval".

 

468a2 Rome, Piazza Mastai

 

La piazza Mastai a été profondément remaniée. C’est un endroit élégant, mais le bâtiment où Guillaume Apollinaire a vu le jour n’existe plus, il a été remplacé par la Manufacture Nationale des Tabacs.

 

468b Rome, San Francesco a Ripa 

 

Une rue plus loin, au fond d’une petite place, on trouve San Francesco a Ripa. Par elle-même cette église fin dix-septième siècle (1682) ne présente pas un intérêt exceptionnel, mais elle donne son nom, comme je l’ai dit tout à l’heure, à une nouvelle de Stendhal. L’action se passe au temps de Benoît XIII (1724-1730) qui est un Orsini. Il a deux nièces, la comtesse Orsini et la princesse Campobasso, toutes deux très belles. L’Orsini était moins jolie mais plus brillante et accumulait les amants, la Campobasso était plus belle, tendre, pieuse, amoureuse du seul chevalier de Sénecé, neveu de l’ambassadeur de Louis XV auprès du souverain pontife, "mais, lui avait-elle dit, je me méfie de vous, vous êtes Français". Elle était écartelée entre sa piété et son amour. "Je lui sacrifie mon bonheur éternel, se disait-elle ; lui qui est un hérétique, un Français, ne peut rien me sacrifier de pareil".

 

Et en effet, la princesse apprit qu’il allait quotidiennement chez l’Orsini. "Si tu l’aimes, vas-y tous les jours, soit ; mais ne reviens plus ici […]. Ce sera l’arrêt de ma mort et de la vôtre". Monsignor Ferraterra, son confident, qui "voyait la princesse se jetant aux genoux de son oncle pour lui faire donner le chapeau" [de cardinal], entreprit de la faire revenir à la religion : "Pieux, sincère et abhorrant les Français, comme est Sa Sainteté, elle aura une reconnaissance éternelle pour l’agent qui aura fait finir une intrigue aussi contrariante pour lui". Et il parvint à faire promettre à la Campobasso de ne plus revoir le chevalier. Elle voulut se venger et, un soir que Sénecé rentrait chez lui à pied parce que son cocher avait disparu et que son laquais avait été enivré, il se rendit compte en arrivant vers le Corso qu’il était suivi de quatre ou cinq hommes. Son poignard en main, il hâta le pas et parcourut plusieurs rues puis arriva devant "une petite église desservie par des moines de l’ordre de saint François, dont les vitraux jetaient un éclat singulier. Il se précipita vers la porte, et frappa très fort avec le manche de son poignard".

 

468c Rome, San Francesco a Ripa

 

"Un moine ouvrit la porte ; Sénecé se jeta dans l’église ; le moine referma la barre de fer de la porte. Au même moment, les assassins donnèrent des coups de pied à la porte. […] Cette église était éclairée par un millier de cierges au moins […]. Tout le parvis étroit de la petite église de San Francesco a Ripa était occupé par un mausolée magnifique. On chantait l’office des morts. […] Il y avait une inscription […] : ‘Haut et puissant seigneur Jean Norbert de Sénecé, chevalier, mort à Rome". Intrigué, amusé, mais méfiant, il se fit mener à l’extérieur par une porte de l’autre côté. Au moment où il arrivait chez lui, "huit coups de tromblon partant à la fois d’une fenêtre qui donnait sur le jardin, étendirent Sénecé mort[…]. Deux ans après, la princesse Campobasso était vénérée à Rome comme le modèle de la plus haute piété, et depuis longtemps monsignor Ferraterra était cardinal".

 

468d Rome, San Francesco a Ripa

 

Je n’ai pas la légende de ce tableau, mais je pense que l’interprétation n’en est pas douteuse. En effet, on peut supposer que saint François accomplit des miracles. Au premier plan à gauche, un homme, ses deux béquilles à la main et basculées sur son épaule, montre sa jambe à une femme, se tenant en équilibre sans difficulté. C’est donc un miraculé. Et pendant ce temps, au premier plan et au milieu de la scène, une femme aux vêtements brillants dans la lumière, est ce qui accroche le regard en premier lieu. Elle tend vers le saint un bébé mort ou mourant, nu, immobile, rigide, tandis que derrière elle attend son tour un vieillard poussé par une femme sur un siège bas, sa peau est grise, ses jambes sont décharnées, il n’a plus la force de tenir sa tête droite. Derrière la jambe du paralytique guéri, comme dans beaucoup de ces scènes, le peintre a placé un petit chien. Je trouve cette composition intéressante.

 

468e Rome, San Francesco a Ripa

 

L’œuvre d’art la plus célèbre de cette église est sans conteste cette sculpture du Bernin (1598-1680) réalisée à la fin de sa vie, en 1674, l’agonie de la bienheureuse Ludovica Albertoni. Née en 1473 dans une famille noble de Rome, à 21 ans elle est mariée contre son gré à Giacomo Della Cetera, un aristocrate du Trastevere à qui elle donne trois enfants. Il est brutal, elle n’est pas heureuse, elle fréquente assidûment sa paroisse San Francesco a Ripa. Après douze ans de vie commune, son mari meurt en 1506. Son beau-frère, qui est chargé de la succession, la spolie et après une longue procédure en justice elle n’obtient rien. Elle partage alors tout ce qu’elle possède entre ses enfants, elle embrasse la règle du Tiers-Ordre de Saint François et passe le reste de sa vie à s’occuper des malheureux. Au moment du sac de Rome en 1527, elle est surnommée "la mère des pauvres". Après une longue maladie, elle s’éteint saintement dans la soirée du 31 janvier 1533 et, selon son vœu, elle est enterrée dans la chapelle de sainte Anne, en l’église San Francesco a Ripa. En 1606, le sénat romain décrète que "chaque année, au jour de sa fête, il offrira un calice et quatre torches à l’église San Francesco du Trastevere". Puis, par décision de 1625, elle est reconnue co-patronne de la ville de Rome. Elle est également patronne de l’ordre franciscain séculier romain.

 

Dans la représentation de cette statue, la bienheureuse Ludovica Albertoni est censée exprimer toute sa foi et sa dévotion au moment de son agonie. Une main sur le ventre, de l’autre s’étreignant le sein, la tête renversée, les yeux révulsés, la bouche ouverte, je trouve qu’elle évoque tout autre chose. Exactement comme l’Extase de sainte Thérèse d’Avila du même Bernin, dont Gorki disait que "la statue, exposée à tous les croyants, se contorsionne dans une concupiscence que l’Église considère comme pécheresse". Ce n’est pas que je veuille faire du mauvais esprit, je trouve cette statue formellement très belle, mais pour moi elle n’évoque pas la fin dévote, confiante, de quelqu’un qui s’éteint doucement.

 

468f Rome, San Francesco a Ripa

 

Ce tableau de Simon Vouet daté de 1614 représente la Naissance de la Madone. Malgré l’éclairage qui brûle le côté gauche du tableau, je trouve intéressante cette composition qui prend douceur, intimité et chaleur dans l’omniprésence de tissus dans le cadre. Les vêtements volumineux et bouffants de toutes ces femmes, les linges que l’on passe à celle qui s’occupe de Marie, et jusqu’au lourd rideau rouge à gauche, tout cache l’environnement de murs et de meubles. Même le lit sur lequel repose sainte Anne, au fond à droite, est caché. Ne reste de dur que la grande bassine de terre, en plein milieu, dans laquelle vient d’être trempé le nouveau-né, la petite Marie qu’à présent l’on va envelopper dans des serviettes.

 

468g Rome, San Francesco a Ripa

 

Beaucoup plus curieuse est cette Assomption du seizième siècle signée d’un certain Della Cornia. D’un côté, Dieu le Père, chevelure blanche dégarnie, grosse barbe blanche cotonneuse, grand manteau violet flottant au-dessus des nuages, avec sur la tête en guise d’auréole le triangle de la Trinité. De l’autre côté Jésus plus classique, mais alors qu’il est éternel il a beaucoup vieilli entre sa propre mort et l’Assomption de sa mère, ses cheveux généralement représentés en châtain tirant sur le roux sont devenus blancs et sa barbe aussi. Tenant à eux deux une auréole transparente comme une assiette de cristal, ils s’apprêtent à la poser sur la tête de Marie qui n’est pas la femme triomphant de la mort que l’on peint généralement, mais une femme âgée et bien morte, tête inclinée, yeux fermés. Seule sa robe rouge est symbole de vie et de résurrection. Et puis il y a ces angelots totalement étrangers à la scène, qui jouent à cache-cache dans les nuages. Autant dire que je n’admire pas cette œuvre.

 

468h Rome, San Francesco a Ripa

 

Tout aussi curieuse est cette Nativité peinte en 1560 par M. De Vas. Dieu le Père vole à l’horizontale, les bras en avant, sa cape flottant dans son dos, quand je le vois ainsi il évoque irrésistiblement Superman. Ce n’est pas sérieux. En dessous de lui, les ailes grandes ouvertes pour aller plus vite, la blanche colombe du Saint-Esprit ne parvient pas à rivaliser en rapidité et arrive un peu à la traîne. Et puis à la limite de ce cercle lumineux qui représente le ciel et aux bords duquel se pressent, tout blancs, les prophètes et les âmes des morts, deux angelots indiquent la frontière, la banderole qu’ils tendent disant "Æternitas", l’Éternité. Mais la partie inférieure me plaît beaucoup plus. Je trouve intéressant de faire se rencontrer ainsi Adam et Ève, le premier homme et la première femme représentant l’humanité tout entière, et Jésus venant au monde pour racheter leur faute, le péché originel. De l’autre côté, dans l’ombre, c’est un squelette qui tient un papier, c’est la mort dont le Christ est triomphant. Non seulement ce symbolisme fait sortir la Nativité de la crèche rabâchée de façon trop conventionnelle, mais en outre il n’y a pas de complaisance dans la représentation dramatisée des hommes qui se relèvent de leur tombe sous les pieds de la Vierge. La composition est simple, ordonnée, Adam et Ève font une tache claire à droite qui contraste avec la mort, sombre, à gauche, et puis Jésus, qui est le sujet principal du tableau, est situé à l’épicentre.

 

468i Rome, San Francesco a Ripa

 

Un petit coup d’œil vers les prophètes, ici Isaïe, qui sont bien à mon goût.

 

468j Rome, San Francesco a Ripa

 

La lunette de l’une des chapelles est décorée de cette Nativité de la Vierge. Autre interprétation, très différente de celle de Vouet que nous avons vue précédemment. Ici il y a moins d’intention symbolique, et plus de souci du détail réaliste. Ainsi les femmes sont plus attentives au bébé, l’une d’entre elles, une cruche à la main, tâte la température de l’eau, prête à la corriger ; une autre, qui transporte quelque chose de volumineux, je ne sais pas quoi, sur lequel il y a du linge, se penche par-dessus son épaule et regarde ce qu’elle fait ; derrière, trois femmes s’activent autour de sainte Anne, récente accouchée, qui trempe ses doigts dans une cuvette tout en étant tournée de l’autre côté pour s’adresser à l’une d’entre elles. Tout cela se passe dans le décor d’une maison simple, rustique, en bois, au plafond bas au-dessus du lit d’Anne. Jésus est né dans une étable, pas Marie, mais qu’importe, à une époque où les églises sont décorées et entretenues par la noblesse et les cardinaux, où le pouvoir temporel est exercé avec une extrême rigueur par les dignitaires spirituels, mais où le peuple fait preuve d’une grande ferveur, je pense que l’artiste a voulu ainsi exprimer qu’il n’était pas nécessaire d’appartenir à une grande famille pour appartenir à cette du Christ. Et sans doute est-ce l’immense erreur commise par le dix-neuvième siècle d’avoir trop marqué l’Église du sceau de la bourgeoisie, surtout dans les villes, le peuple s’en sentant exclu. Mais là n’est pas mon sujet.

 

468k Rome, via di San Francesco a Ripa

 

Puisque j’ai dévié sur un autre sujet, il est temps de ressortir de cette église et de rentrer jusqu’au métro Repubblica en passant par la piazza Torre Argentina, comme je l’ai dit au début, avec son théâtre et son Area Sacra. En partant, une image de cette rue San Francesco a Ripa qui tombe sur la place où se dresse l’église. C’est une vue typique de Rome. Deux motos, un mur ocre assez dégradé mais chaleureux, une porte ancienne, l’ambiance d’une trattoria… Voilà la Rome que j’aime, celle qui me parle, plus que celle du Colisée envahi de touristes et short et en T-shirt, de faux centurions et de faux gladiateurs qui vous demandent quelques Euros pour figurer sur vos photos, de vendeurs de souvenirs de pacotille, de pauvres diables immigrés sans papiers qui vous plantent sous le nez une rose qui sera flétrie dans une heure, de roulottes de marchands de paninis, sachets de chips et canettes de Coca-Cola. Même si dans ce blog je parle abondamment des lieux visités par les touristes, c’est pour la Rome que nous voyons aujourd’hui que nous nous sommes tant et tant attardés dans cette ville que nous envisageons de quitter –enfin– bientôt avec infiniment de tristesse.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 00:46

465a Rome, interview polonaise Vendredi Saint

 

 C’est aujourd’hui Vendredi Saint. Nous allons voir du côté de Saint-Pierre comment se prépare Pâques au Vatican. Les pèlerins polonais pullulent, et il y a là deux cars de télévision polonaise, plus une télé britannique. Ici, interview du journaliste polonais sur ce que pensent ses compatriotes de la religion catholique et comment ils interprètent ce jour de la Passion.

 

465b Rome, place Saint-Pierre

 

Place Saint-Pierre, autour de l’obélisque les oliviers ont remplacé la crèche. Oliviers des Pouilles, terre de paix. Ce n’est pas parce que j’aime les cartes géographiques et que depuis des dizaines d’années situer les Pouilles n’est plus un secret pour moi, que je dois supposer que chacun le sait. Il s’agit du talon de la botte italienne.

 

465c Rome, les vents place St-Pierre

 

Le nez vers le sol parce que je voudrais, une fois de plus, me placer là d’où l’on ne voit qu’un seul rang des colonnes du Bernin, je remarque ces plaques indiquant les vents. Amusantes.

 

465d Rome, chapelet public place St-Pierre

 

Ici, sur la place, un prêtre polonais en surplis mais sans chasuble ni étole récite et fait réciter le chapelet devant une petite statue de la Vierge tenue en équilibre sur une borne par l’un des fidèles. Mais parce que la cérémonie du Chemin de Croix avec Benoît XVI se prépare, nous n’avons pas accès à la basilique, et la moitié de la place est fermée, occupée par des sièges. Nous passons donc notre chemin.

 

465e Rome, murs du Vatican au château St-Ange

 

465f Rome, murs du Vatican au château St-Ange

 

Près du château Saint-Ange, nous passons sous l’une des arches du mur qui relie le Vatican au château. Mes photos montrent le côté qui va vers le Vatican d’abord, puis le côté relié au château Saint-Ange. Le 5 mai 1527, se battant pour Charles Quint, le connétable de Bourbon arrive devant Rome avec une troupe nombreuse, comptant beaucoup d’Allemands luthériens qui haïssent le pape des catholiques. Le pape Clément VII (1523-1534), Jules de Médicis, raconte Stendhal, "donna ordre aux gardes des portes d’empêcher que rien ne sortît de Rome. La route de Naples était encore libre, ainsi que celles de Frascati, de Tivoli, etc. Par Frascati, on pouvait facilement gagner des forêts inaccessibles". Le 6 mai au matin, le connétable est tué, ce qui rend furieux ses soldats. Les Allemands pénètrent d’un côté, les Espagnols de l’autre, et les jeunes gens de la garde nationale de Rome "furent massacrés sans pitié, encore que la plupart eussent jeté leurs armes et demandassent la vie à genoux. […] Pendant que l’on se battait, Clément VII était en prières devant l’autel de sa chapelle au Vatican, détail singulier chez un homme qui avait commencé sa carrière par être militaire. Lorsque les cris des mourants lui annoncèrent la prise de la ville, il s’enfuit du Vatican au château Saint-Ange par le long corridor […] qui s’élève au-dessus des plus hautes maisons. L’historien Paul Jove, qui suivait Clément VII, relevait sa longue robe pour qu’il pût marcher plus vite, et, lorsque le pape fut arrivé au pont qui le laissait à découvert pour un instant, Paul Jove le couvrit de son manteau et de son chapeau violet, de peur qu’il ne fût reconnu à son rochet blanc et ajusté par quelque soldat bon tireur. […] On calcule que, dans cette première journée, sept ou huit mille Romains furent massacrés. Le Borgo et le quartier du Vatican furent immédiatement saccagés ; les soldats tuaient et violaient, ils n’épargnèrent ni les couvents, ni le palais du pape, ni l’église de Saint-Pierre elle-même. [… Les soldats] pénétraient dans les églises, se couvraient des ornements pontificaux, et dans cet état allaient prendre des religieuses qu’ils exposaient nues aux regards de leurs camarades. Les tableaux d’église furent mis en pièces et brûlés, les reliques et les hosties consacrées répandues dans la boue, les prêtres étaient battus de verges et livrés aux huées de la soldatesque. Ces horreurs durèrent sept mois. […] Les soldats espagnols se distinguèrent par leur avidité et leur cruauté. On observa qu’après le premier jour, il arriva rarement qu’un Allemand tuât un Romain". Et voilà donc le récit de Stendhal pour ce tristement célèbre sac de Rome par les armées de Charles Quint. La fuite du pape par le corridor qui court sur le mur que je montre ici m’a donné l’occasion de citer ce passage des Promenades dans Rome.

 

466a Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Nous nous sommes ensuite rendus à quelque distance au nord de la piazza del Popolo, où se trouve la maison et l’atelier du sculpteur norvégien Hendrik Christian Andersen qui, malgré des initiales de prénom et un nom identiques n’a rien à voir avec le Danois Hans Christian Andersen, auteur de ces contes célèbres dont La Petite Sirène. Hendrik est né à Bergen en 1872 dans une famille de condition modeste qui émigre vers Newport (Rhode Island) aux États-Unis alors qu’il n’a encore qu’un an. Avec son aîné Andreas, peintre, il se rend à Paris puis à l’été 1894 ils parcourent l’Italie de Venise à Florence. Retour à Paris, faute d’argent pour continuer. Hendrik s’inscrit à l’École des Beaux Arts et fréquente assidûment le Louvre. En 1896, il va passer un an à Naples où il étudie au Musée Archéologique, puis il s’installe à Rome où il est accueilli par la communauté anglo-américaine. Je passe sur la suite. Il devient célèbre, riche, et construit entre 1922 et 1924 le bâtiment que je montre ci-dessus où il installe son atelier et sa famille. Jusque là sa vie était fébrilement sociale, il passe de la "vie de la cité" à la "vie à la maison". Il mourra en 1940.

 

466b Rome, Hendrik Christian Andersen

 

466c Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Cette grosse maison dont je montre deux détails de façade est maintenant, depuis 1999, un musée où l’on peut voir toutes les œuvres qu’Andersen avait gardées, ses projets, ses études. C’est lui qui au moment de sa mort a souhaité la léguer à l’État italien, sa patrie d’élection, avec la collection de ses œuvres sculptées et graphiques.

 

466d Rome, Hendrik Christian Andersen

 

À vrai dire, je ne suis pas positivement enthousiasmé par ses sculptures monumentales, qui répondent bien au goût de l’époque fasciste. Beaucoup d’entre elles ne dépareraient pas le quartier de l’EUR ou le Foro Italico que j’ai montrés le 13 et le 14 mars. J’ai choisi ici celles que je préfère, et qui ne sont donc pas les plus représentatives de son travail. Je trouve le geste de ce couple assez beau, quoique je n’y ressente ni amour, ni sensualité. C’est plus de la danse qu’un baiser.

 

466e Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Olivia Cushing, jeune femme d’une famille américaine aisée, a épousé Andreas à Boston en 1902, et devient donc la belle-sœur de Hendrik. Veuve un mois après son mariage, elle arrive en 1903 à Rome, s’installe chez son beau-frère, et y mourra subitement de pneumonie en 1917. Durant ces années, elle a presque au jour le jour porté dans son journal les faits et gestes de Hendrik, ses travaux, ses intentions. C’est une personne très sensible et cultivée, auteur de drames allégoriques sur des thèmes historiques ou bibliques. Elle a été la muse d’Hendrik, son inspiratrice, et a financé ses projets au temps où il ne pouvait le faire lui-même. Son buste a été réalisé vers 1910. J’aime ce portrait. Elle n’est pas jolie, elle est belle, elle respire l’intelligence, la finesse et la sensibilité.

 

466f Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Julia Ward (1819-1910), épouse de Samuel Howe, est une femme de grande culture, poétesse, écrivain prolifique, fortement engagée en faveur des droits des femmes, du pacifisme, contre l’esclavage, réformiste. Elle est souvent à Rome à partir des années 1840 où elle vit chez sa fille qui a épousé le peintre John Elliott. C’est dans cette maison qu’Andersen fait la connaissance de Henry James en 1899.Sur ce buste de 1898, Julia Ward a donc près de 80 ans, elle porte une tenue très rigide, presque monacale. Il est remarquable que ce buste, où ne sont épargnées ni les rides, ni les autres marques de l’âge et du temps, exprime pourtant un caractère plein d’allant et de jeunesse. Il y a de la bonté et de la générosité dans ce visage malgré l'absence de regard.

 

466g Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Il me faut quand même montrer, avant de quitter ce musée, les grandes sculptures d’Andersen. Ces deux chevaux dressés, leur cavalier nu présentant un bébé à bout de bras, ne sont pas de mon goût. Quant à l’athlète que l’on aperçoit derrière, qui roule ses muscles en gonflant son corps aux amphétamines, qui dresse la tête comme un cygne en colère qui veut vous attaquer à coups de bec, il aurait sa place sur le stade du Foro Italico mais, franchement, je préfère les sculptures grecques.

 

Quand nous sommes entrés, j’ai demandé si la photo était autorisée. La jeune fille qui était à l’accueil, tout à fait charmante, parlant français, nous informant que l’entrée était libre et gratuite, a répondu qu’elle ne travaille ici que depuis aujourd’hui, mais qu’elle pense qu’il n’y a aucun problème. Mais nous étions depuis une vingtaine de minutes dans ce musée, passant de salle en salle en faisant crépiter nos obturateurs, lorsqu’une autre personne est venue nous dire que nous devions arrêter, que la photo n’était pas autorisée. Je venais de prendre cette dernière vue, et nous avons fini la visite sans images.

 

467a Rome, piazza del Popolo

 

Nous avons ensuite dirigé nos pas vers la piazza del Popolo dont je parlais le 23 mars, et sommes montés vers la villa Borghese, faisant une grande balade dans ce vaste parc public. Ma photo est prise de là-haut, hors champ la porta del Popolo est à droite, les deux églises faussement jumelles qui encadrent le début du Corso sont à gauche. Nous allons jusqu’à l’autre bout du parc, du côté du Musée d’art Moderne.

 

467b Rome, villa Borghese, Pouchkine

 

Là se trouvent des monuments honorant de grands écrivains, dont beaucoup sont poètes mais pas tous, qui ont vécu à Rome et ont aimé cette ville. Nous commençons par Pouchkine (1799-1837), le célèbre auteur d’Eugène Onéguine, tué en duel. Comme Alexandre Dumas, il a du sang noir dans les veines. Certains, même pas toujours racistes d’ailleurs, s’imaginent que jusqu’à la seconde moitié du vingtième siècle un Noir ne pouvait qu’être esclave ou primitif. C’est évidemment faux. Le monument a été offert par la ville de Moscou en l’an 2000.

 

467c Rome, villa Borghese, Gogol

 

Nicolas Gogol (1809-1852), l’auteur des Âmes mortes et du Nez, a dit : "Je ne peux écrire sur la Russie qu’en étant à Rome". Ce monument que je n’aime pas du tout, et qui le représente avec un masque de comédien à la main, date de 2002.

 

467d Rome, villa Borghese, Sienkiewicz

 

Sienkiewicz, ce Polonais qui a trouvé à Rome son inspiration pour écrire Quo Vadis, j’ai eu l’occasion d’en parler amplement lorsque, le 22 janvier, nous sommes allés sur la via Appia voir l’église bâtie sur le lieu où, selon la tradition, saint Pierre aurait rencontré le Christ ressuscité et lui aurait demandé "Domine, quo vadis ?" avant de retourner à Rome et d’y être crucifié.

 

467e Rome, villa Borghese, Shawky

 

Je n’ai vu là aucun grand Français, ni Montaigne, ni Rabelais, ni Du Bellay, ni Montesquieu, ni Balzac, ni George Sand, ni même Zola d’origine italienne, qui pourtant sont célèbres ici et que l’on trouve dans toutes les librairies en traduction italienne, qui ont aimé Rome et ont écrit à son sujet, et Stendhal lui-même est oublié. Peut-être le Gouvernement français est-il trop pingre pour offrir un monument, ou trop vaniteux pour juger utile de célébrer ce que tout le monde célèbre sans lui. Mais en voyant Pouchkine, Gogol, Sienkiewicz, soit un Russe, un Ukrainien, un Polonais, il ne faut pas croire non plus que seule l’Europe de l’est est représentée. La preuve, Ahmed Shawky, qui est un poète arabe.

 

467f Rome, villa Borghese, Ferdovsi

 

De même, le grand poète persan Ferdovsi (935-1025), dont la statue a été offerte à la ville de Rome par la ville de Téhéran. L’inscription ne dit pas l’année. Cela remonte-t-il au temps du shah, est-ce du temps de l’Ayatollah Khomeiny, est-ce plus récent, voilà ce que j’aurais aimé savoir car ce serait très significatif d’un point de vue politique. Il y a encore quelques autres grands écrivains, un Monténégrin, un Inca péruvien… L’espace me manque pour tous les citer.

 

467g1 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

467g2 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Cette fois, nous prenons le bus pour retourner prendre notre métro à San Giovanni, mais il n’est pas encore trop tard, il fait un temps magnifique, aussi en passant devant Santa Croce in Gerusalemme descendons-nous du bus pour ajouter la visite de cette église à notre collection. Les origines en remontent à Constantin et à sainte Hélène, sa mère. Les fresques de la chapelle Saint Sylvestre, aux Quattro Coronati, que j’ai montrées et commentées le 18 mars, racontent la légende de la découverte de la Vraie Croix par sainte Hélène. Elle aurait rapporté cette relique et l’aurait placée dans sa chambre à coucher de ce palais construit par son fils. En fait, des fouilles de 1996 ont prouvé que cette chapelle des reliques n’était pas sa chambre à coucher mais, comme l’indique une cuve baptismale retrouvée là, un lieu dans le palais impérial accordé aux chrétiens pour la pratique de leur culte et pour l’enseignement religieux auprès des reliques qu’Hélène croyait –à tort ou à raison– authentiques.

 

467g3 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ce lieu de culte devenu chapelle, transformé en église au huitième siècle, a été profondément remanié au douzième siècle. Le pape Luc II (1144-1145) en fait une église romane à trois nefs, avec un campanile et un portique en avant de la façade originale du quatrième siècle. Puis, au dix-huitième siècle, Benoît XIV (1740-1758) en change complètement l’aspect en détruisant façade et portique et en ajoutant de ce côté trois travées, avec la façade que nous pouvons voir actuellement. Ces travaux étaient accompagnés d’un grand projet d’urbanisme qui a créé un triangle de larges avenues. Partant de Sainte Marie Majeure qui représente la Nativité, la via Carlo Alberto s’achève en via Santa Croce face à l’église qui contient les instruments de la Passion, le second côté du triangle va de Santa Croce à Saint Jean de Latran la basilique de la Résurrection et de la permanence de l’Église en tant que siège de la papauté, tandis que le troisième côté, la via Merulana, revient à Sainte Marie Majeure. Nativité, Passion, Résurrection, et aussi triangle de la Sainte Trinité. Sur ma photo, on voit la division en trois nefs de Luc II, et le beau sol cosmatesque.

 

467g4 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ici, l’une des fresques de la coupole de l’abside. On voit les deux larrons debout avec leur croix, et Jésus assis sur la sienne sous le regard de Marie. Cette représentation de Jésus au Golgotha est pour le moins inhabituelle, mais intéressante.

 

467g5 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ce Christ est terrible de réalisme. On dit qu’avec un clou planté dans la main le carpe n’est pas assez résistant pour soutenir le poids du corps, l’artiste a donc placé le clou en amont de la jonction du poignet. Lors du chemin de Croix, Jésus est tombé trois fois, et ses genoux sont profondément écorchés, il a été flagellé et son corps est couvert de sang, il est mort et son visage est complètement affaissé sur sa poitrine. Terrible, oui, mais beau.

 

467g6 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

C’est le sujet de cette fresque qui m’a attiré l’œil. La légende dit qu’il s’agit de saint Bernard de Clairvaux induisant l’antipape Victor IV à s’humilier devant le pape Innocent II. L’auteur en est Carlo Maratta (1625-1713). C’est la faction des Frangipane qui avait provoqué l’élection au siège pontifical de ce cardinal Gregorio Papareschi contre son gré. Et devenu pape sous le nom d’Innocent II (1130-1143) il s’est trouvé confronté à l’antipape Anaclet II de la famille Pierleoni. Ce dernier, allié au Normand Roger II, s’empara de Rome, et notre brave Innocent II a dû s’enfuir et rester loin de Rome pour longtemps. Enfin, avec l’aide conjuguée de l’empereur d’Allemagne Lothaire et de saint Bernard de Clairvaux, il a convoqué un concile au Latran en 1139, qui a mis fin au schisme et a contraint le nouvel antipape, Victor IV, à se démettre en s’humiliant devant Innocent II. Cette peinture représente donc la fin du schisme. On voit à gauche le pape sur son trône, à droite l’antipape agenouillé, qui remet sa tiare à une personne située à sa gauche, tandis qu’à sa droite saint Bernard reconnaissable à sa soutane blanche et à son auréole pose la main sur son épaule.

 

467h Rome, face au Latran, St François d'Assise

 

Après avoir quitté l’église Santa Croce, nous visitons le musée des instruments de musique, tout proche, dont je ne ferai pas de commentaire parce que je ne peux rien en montrer, les photos étant interdites. Nous arrivons donc ensuite au Latran, où la statue de saint François d’Assise se dresse, immense, entourée de celles de ses compagnons. Le groupe rappelle le voyage effectué vers le Latran pour l’approbation de leur règle par le pape. Cet Innocent III (1198-1216) élu fort jeune, alors qu’il n’avait que 38 ans, avait, paraît-il, un caractère inflexible lié à une grande intelligence et à un très fin sens politique. Il n’en fallait pas moins face aux difficultés de sa tâche. En effet, le pouvoir du pape était affaibli dans les États Pontificaux, le schisme d’Orient déchirait l’Église, les chrétiens de Byzance étaient sur le point de faire sécession. Pour cela il s’engagea dans deux actions fondamentales, d’une part la convocation d’un concile au Latran qui décida d’une croisade, d’autre part pour réaffirmer les valeurs spirituelles il approuva les ordres mendiants dominicain et franciscain. Ces Franciscains que nous voyons dans ce monument ont vu leur règle approuvée en 1210.

 

Et nous rentrons par le métro dont la station n’est qu’à une centaine de mètres.

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