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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 00:46

465a Rome, interview polonaise Vendredi Saint

 

 C’est aujourd’hui Vendredi Saint. Nous allons voir du côté de Saint-Pierre comment se prépare Pâques au Vatican. Les pèlerins polonais pullulent, et il y a là deux cars de télévision polonaise, plus une télé britannique. Ici, interview du journaliste polonais sur ce que pensent ses compatriotes de la religion catholique et comment ils interprètent ce jour de la Passion.

 

465b Rome, place Saint-Pierre

 

Place Saint-Pierre, autour de l’obélisque les oliviers ont remplacé la crèche. Oliviers des Pouilles, terre de paix. Ce n’est pas parce que j’aime les cartes géographiques et que depuis des dizaines d’années situer les Pouilles n’est plus un secret pour moi, que je dois supposer que chacun le sait. Il s’agit du talon de la botte italienne.

 

465c Rome, les vents place St-Pierre

 

Le nez vers le sol parce que je voudrais, une fois de plus, me placer là d’où l’on ne voit qu’un seul rang des colonnes du Bernin, je remarque ces plaques indiquant les vents. Amusantes.

 

465d Rome, chapelet public place St-Pierre

 

Ici, sur la place, un prêtre polonais en surplis mais sans chasuble ni étole récite et fait réciter le chapelet devant une petite statue de la Vierge tenue en équilibre sur une borne par l’un des fidèles. Mais parce que la cérémonie du Chemin de Croix avec Benoît XVI se prépare, nous n’avons pas accès à la basilique, et la moitié de la place est fermée, occupée par des sièges. Nous passons donc notre chemin.

 

465e Rome, murs du Vatican au château St-Ange

 

465f Rome, murs du Vatican au château St-Ange

 

Près du château Saint-Ange, nous passons sous l’une des arches du mur qui relie le Vatican au château. Mes photos montrent le côté qui va vers le Vatican d’abord, puis le côté relié au château Saint-Ange. Le 5 mai 1527, se battant pour Charles Quint, le connétable de Bourbon arrive devant Rome avec une troupe nombreuse, comptant beaucoup d’Allemands luthériens qui haïssent le pape des catholiques. Le pape Clément VII (1523-1534), Jules de Médicis, raconte Stendhal, "donna ordre aux gardes des portes d’empêcher que rien ne sortît de Rome. La route de Naples était encore libre, ainsi que celles de Frascati, de Tivoli, etc. Par Frascati, on pouvait facilement gagner des forêts inaccessibles". Le 6 mai au matin, le connétable est tué, ce qui rend furieux ses soldats. Les Allemands pénètrent d’un côté, les Espagnols de l’autre, et les jeunes gens de la garde nationale de Rome "furent massacrés sans pitié, encore que la plupart eussent jeté leurs armes et demandassent la vie à genoux. […] Pendant que l’on se battait, Clément VII était en prières devant l’autel de sa chapelle au Vatican, détail singulier chez un homme qui avait commencé sa carrière par être militaire. Lorsque les cris des mourants lui annoncèrent la prise de la ville, il s’enfuit du Vatican au château Saint-Ange par le long corridor […] qui s’élève au-dessus des plus hautes maisons. L’historien Paul Jove, qui suivait Clément VII, relevait sa longue robe pour qu’il pût marcher plus vite, et, lorsque le pape fut arrivé au pont qui le laissait à découvert pour un instant, Paul Jove le couvrit de son manteau et de son chapeau violet, de peur qu’il ne fût reconnu à son rochet blanc et ajusté par quelque soldat bon tireur. […] On calcule que, dans cette première journée, sept ou huit mille Romains furent massacrés. Le Borgo et le quartier du Vatican furent immédiatement saccagés ; les soldats tuaient et violaient, ils n’épargnèrent ni les couvents, ni le palais du pape, ni l’église de Saint-Pierre elle-même. [… Les soldats] pénétraient dans les églises, se couvraient des ornements pontificaux, et dans cet état allaient prendre des religieuses qu’ils exposaient nues aux regards de leurs camarades. Les tableaux d’église furent mis en pièces et brûlés, les reliques et les hosties consacrées répandues dans la boue, les prêtres étaient battus de verges et livrés aux huées de la soldatesque. Ces horreurs durèrent sept mois. […] Les soldats espagnols se distinguèrent par leur avidité et leur cruauté. On observa qu’après le premier jour, il arriva rarement qu’un Allemand tuât un Romain". Et voilà donc le récit de Stendhal pour ce tristement célèbre sac de Rome par les armées de Charles Quint. La fuite du pape par le corridor qui court sur le mur que je montre ici m’a donné l’occasion de citer ce passage des Promenades dans Rome.

 

466a Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Nous nous sommes ensuite rendus à quelque distance au nord de la piazza del Popolo, où se trouve la maison et l’atelier du sculpteur norvégien Hendrik Christian Andersen qui, malgré des initiales de prénom et un nom identiques n’a rien à voir avec le Danois Hans Christian Andersen, auteur de ces contes célèbres dont La Petite Sirène. Hendrik est né à Bergen en 1872 dans une famille de condition modeste qui émigre vers Newport (Rhode Island) aux États-Unis alors qu’il n’a encore qu’un an. Avec son aîné Andreas, peintre, il se rend à Paris puis à l’été 1894 ils parcourent l’Italie de Venise à Florence. Retour à Paris, faute d’argent pour continuer. Hendrik s’inscrit à l’École des Beaux Arts et fréquente assidûment le Louvre. En 1896, il va passer un an à Naples où il étudie au Musée Archéologique, puis il s’installe à Rome où il est accueilli par la communauté anglo-américaine. Je passe sur la suite. Il devient célèbre, riche, et construit entre 1922 et 1924 le bâtiment que je montre ci-dessus où il installe son atelier et sa famille. Jusque là sa vie était fébrilement sociale, il passe de la "vie de la cité" à la "vie à la maison". Il mourra en 1940.

 

466b Rome, Hendrik Christian Andersen

 

466c Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Cette grosse maison dont je montre deux détails de façade est maintenant, depuis 1999, un musée où l’on peut voir toutes les œuvres qu’Andersen avait gardées, ses projets, ses études. C’est lui qui au moment de sa mort a souhaité la léguer à l’État italien, sa patrie d’élection, avec la collection de ses œuvres sculptées et graphiques.

 

466d Rome, Hendrik Christian Andersen

 

À vrai dire, je ne suis pas positivement enthousiasmé par ses sculptures monumentales, qui répondent bien au goût de l’époque fasciste. Beaucoup d’entre elles ne dépareraient pas le quartier de l’EUR ou le Foro Italico que j’ai montrés le 13 et le 14 mars. J’ai choisi ici celles que je préfère, et qui ne sont donc pas les plus représentatives de son travail. Je trouve le geste de ce couple assez beau, quoique je n’y ressente ni amour, ni sensualité. C’est plus de la danse qu’un baiser.

 

466e Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Olivia Cushing, jeune femme d’une famille américaine aisée, a épousé Andreas à Boston en 1902, et devient donc la belle-sœur de Hendrik. Veuve un mois après son mariage, elle arrive en 1903 à Rome, s’installe chez son beau-frère, et y mourra subitement de pneumonie en 1917. Durant ces années, elle a presque au jour le jour porté dans son journal les faits et gestes de Hendrik, ses travaux, ses intentions. C’est une personne très sensible et cultivée, auteur de drames allégoriques sur des thèmes historiques ou bibliques. Elle a été la muse d’Hendrik, son inspiratrice, et a financé ses projets au temps où il ne pouvait le faire lui-même. Son buste a été réalisé vers 1910. J’aime ce portrait. Elle n’est pas jolie, elle est belle, elle respire l’intelligence, la finesse et la sensibilité.

 

466f Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Julia Ward (1819-1910), épouse de Samuel Howe, est une femme de grande culture, poétesse, écrivain prolifique, fortement engagée en faveur des droits des femmes, du pacifisme, contre l’esclavage, réformiste. Elle est souvent à Rome à partir des années 1840 où elle vit chez sa fille qui a épousé le peintre John Elliott. C’est dans cette maison qu’Andersen fait la connaissance de Henry James en 1899.Sur ce buste de 1898, Julia Ward a donc près de 80 ans, elle porte une tenue très rigide, presque monacale. Il est remarquable que ce buste, où ne sont épargnées ni les rides, ni les autres marques de l’âge et du temps, exprime pourtant un caractère plein d’allant et de jeunesse. Il y a de la bonté et de la générosité dans ce visage malgré l'absence de regard.

 

466g Rome, Hendrik Christian Andersen

 

Il me faut quand même montrer, avant de quitter ce musée, les grandes sculptures d’Andersen. Ces deux chevaux dressés, leur cavalier nu présentant un bébé à bout de bras, ne sont pas de mon goût. Quant à l’athlète que l’on aperçoit derrière, qui roule ses muscles en gonflant son corps aux amphétamines, qui dresse la tête comme un cygne en colère qui veut vous attaquer à coups de bec, il aurait sa place sur le stade du Foro Italico mais, franchement, je préfère les sculptures grecques.

 

Quand nous sommes entrés, j’ai demandé si la photo était autorisée. La jeune fille qui était à l’accueil, tout à fait charmante, parlant français, nous informant que l’entrée était libre et gratuite, a répondu qu’elle ne travaille ici que depuis aujourd’hui, mais qu’elle pense qu’il n’y a aucun problème. Mais nous étions depuis une vingtaine de minutes dans ce musée, passant de salle en salle en faisant crépiter nos obturateurs, lorsqu’une autre personne est venue nous dire que nous devions arrêter, que la photo n’était pas autorisée. Je venais de prendre cette dernière vue, et nous avons fini la visite sans images.

 

467a Rome, piazza del Popolo

 

Nous avons ensuite dirigé nos pas vers la piazza del Popolo dont je parlais le 23 mars, et sommes montés vers la villa Borghese, faisant une grande balade dans ce vaste parc public. Ma photo est prise de là-haut, hors champ la porta del Popolo est à droite, les deux églises faussement jumelles qui encadrent le début du Corso sont à gauche. Nous allons jusqu’à l’autre bout du parc, du côté du Musée d’art Moderne.

 

467b Rome, villa Borghese, Pouchkine

 

Là se trouvent des monuments honorant de grands écrivains, dont beaucoup sont poètes mais pas tous, qui ont vécu à Rome et ont aimé cette ville. Nous commençons par Pouchkine (1799-1837), le célèbre auteur d’Eugène Onéguine, tué en duel. Comme Alexandre Dumas, il a du sang noir dans les veines. Certains, même pas toujours racistes d’ailleurs, s’imaginent que jusqu’à la seconde moitié du vingtième siècle un Noir ne pouvait qu’être esclave ou primitif. C’est évidemment faux. Le monument a été offert par la ville de Moscou en l’an 2000.

 

467c Rome, villa Borghese, Gogol

 

Nicolas Gogol (1809-1852), l’auteur des Âmes mortes et du Nez, a dit : "Je ne peux écrire sur la Russie qu’en étant à Rome". Ce monument que je n’aime pas du tout, et qui le représente avec un masque de comédien à la main, date de 2002.

 

467d Rome, villa Borghese, Sienkiewicz

 

Sienkiewicz, ce Polonais qui a trouvé à Rome son inspiration pour écrire Quo Vadis, j’ai eu l’occasion d’en parler amplement lorsque, le 22 janvier, nous sommes allés sur la via Appia voir l’église bâtie sur le lieu où, selon la tradition, saint Pierre aurait rencontré le Christ ressuscité et lui aurait demandé "Domine, quo vadis ?" avant de retourner à Rome et d’y être crucifié.

 

467e Rome, villa Borghese, Shawky

 

Je n’ai vu là aucun grand Français, ni Montaigne, ni Rabelais, ni Du Bellay, ni Montesquieu, ni Balzac, ni George Sand, ni même Zola d’origine italienne, qui pourtant sont célèbres ici et que l’on trouve dans toutes les librairies en traduction italienne, qui ont aimé Rome et ont écrit à son sujet, et Stendhal lui-même est oublié. Peut-être le Gouvernement français est-il trop pingre pour offrir un monument, ou trop vaniteux pour juger utile de célébrer ce que tout le monde célèbre sans lui. Mais en voyant Pouchkine, Gogol, Sienkiewicz, soit un Russe, un Ukrainien, un Polonais, il ne faut pas croire non plus que seule l’Europe de l’est est représentée. La preuve, Ahmed Shawky, qui est un poète arabe.

 

467f Rome, villa Borghese, Ferdovsi

 

De même, le grand poète persan Ferdovsi (935-1025), dont la statue a été offerte à la ville de Rome par la ville de Téhéran. L’inscription ne dit pas l’année. Cela remonte-t-il au temps du shah, est-ce du temps de l’Ayatollah Khomeiny, est-ce plus récent, voilà ce que j’aurais aimé savoir car ce serait très significatif d’un point de vue politique. Il y a encore quelques autres grands écrivains, un Monténégrin, un Inca péruvien… L’espace me manque pour tous les citer.

 

467g1 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

467g2 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Cette fois, nous prenons le bus pour retourner prendre notre métro à San Giovanni, mais il n’est pas encore trop tard, il fait un temps magnifique, aussi en passant devant Santa Croce in Gerusalemme descendons-nous du bus pour ajouter la visite de cette église à notre collection. Les origines en remontent à Constantin et à sainte Hélène, sa mère. Les fresques de la chapelle Saint Sylvestre, aux Quattro Coronati, que j’ai montrées et commentées le 18 mars, racontent la légende de la découverte de la Vraie Croix par sainte Hélène. Elle aurait rapporté cette relique et l’aurait placée dans sa chambre à coucher de ce palais construit par son fils. En fait, des fouilles de 1996 ont prouvé que cette chapelle des reliques n’était pas sa chambre à coucher mais, comme l’indique une cuve baptismale retrouvée là, un lieu dans le palais impérial accordé aux chrétiens pour la pratique de leur culte et pour l’enseignement religieux auprès des reliques qu’Hélène croyait –à tort ou à raison– authentiques.

 

467g3 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ce lieu de culte devenu chapelle, transformé en église au huitième siècle, a été profondément remanié au douzième siècle. Le pape Luc II (1144-1145) en fait une église romane à trois nefs, avec un campanile et un portique en avant de la façade originale du quatrième siècle. Puis, au dix-huitième siècle, Benoît XIV (1740-1758) en change complètement l’aspect en détruisant façade et portique et en ajoutant de ce côté trois travées, avec la façade que nous pouvons voir actuellement. Ces travaux étaient accompagnés d’un grand projet d’urbanisme qui a créé un triangle de larges avenues. Partant de Sainte Marie Majeure qui représente la Nativité, la via Carlo Alberto s’achève en via Santa Croce face à l’église qui contient les instruments de la Passion, le second côté du triangle va de Santa Croce à Saint Jean de Latran la basilique de la Résurrection et de la permanence de l’Église en tant que siège de la papauté, tandis que le troisième côté, la via Merulana, revient à Sainte Marie Majeure. Nativité, Passion, Résurrection, et aussi triangle de la Sainte Trinité. Sur ma photo, on voit la division en trois nefs de Luc II, et le beau sol cosmatesque.

 

467g4 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ici, l’une des fresques de la coupole de l’abside. On voit les deux larrons debout avec leur croix, et Jésus assis sur la sienne sous le regard de Marie. Cette représentation de Jésus au Golgotha est pour le moins inhabituelle, mais intéressante.

 

467g5 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

Ce Christ est terrible de réalisme. On dit qu’avec un clou planté dans la main le carpe n’est pas assez résistant pour soutenir le poids du corps, l’artiste a donc placé le clou en amont de la jonction du poignet. Lors du chemin de Croix, Jésus est tombé trois fois, et ses genoux sont profondément écorchés, il a été flagellé et son corps est couvert de sang, il est mort et son visage est complètement affaissé sur sa poitrine. Terrible, oui, mais beau.

 

467g6 Rome, Santa Cruce in Gerusalemme

 

C’est le sujet de cette fresque qui m’a attiré l’œil. La légende dit qu’il s’agit de saint Bernard de Clairvaux induisant l’antipape Victor IV à s’humilier devant le pape Innocent II. L’auteur en est Carlo Maratta (1625-1713). C’est la faction des Frangipane qui avait provoqué l’élection au siège pontifical de ce cardinal Gregorio Papareschi contre son gré. Et devenu pape sous le nom d’Innocent II (1130-1143) il s’est trouvé confronté à l’antipape Anaclet II de la famille Pierleoni. Ce dernier, allié au Normand Roger II, s’empara de Rome, et notre brave Innocent II a dû s’enfuir et rester loin de Rome pour longtemps. Enfin, avec l’aide conjuguée de l’empereur d’Allemagne Lothaire et de saint Bernard de Clairvaux, il a convoqué un concile au Latran en 1139, qui a mis fin au schisme et a contraint le nouvel antipape, Victor IV, à se démettre en s’humiliant devant Innocent II. Cette peinture représente donc la fin du schisme. On voit à gauche le pape sur son trône, à droite l’antipape agenouillé, qui remet sa tiare à une personne située à sa gauche, tandis qu’à sa droite saint Bernard reconnaissable à sa soutane blanche et à son auréole pose la main sur son épaule.

 

467h Rome, face au Latran, St François d'Assise

 

Après avoir quitté l’église Santa Croce, nous visitons le musée des instruments de musique, tout proche, dont je ne ferai pas de commentaire parce que je ne peux rien en montrer, les photos étant interdites. Nous arrivons donc ensuite au Latran, où la statue de saint François d’Assise se dresse, immense, entourée de celles de ses compagnons. Le groupe rappelle le voyage effectué vers le Latran pour l’approbation de leur règle par le pape. Cet Innocent III (1198-1216) élu fort jeune, alors qu’il n’avait que 38 ans, avait, paraît-il, un caractère inflexible lié à une grande intelligence et à un très fin sens politique. Il n’en fallait pas moins face aux difficultés de sa tâche. En effet, le pouvoir du pape était affaibli dans les États Pontificaux, le schisme d’Orient déchirait l’Église, les chrétiens de Byzance étaient sur le point de faire sécession. Pour cela il s’engagea dans deux actions fondamentales, d’une part la convocation d’un concile au Latran qui décida d’une croisade, d’autre part pour réaffirmer les valeurs spirituelles il approuva les ordres mendiants dominicain et franciscain. Ces Franciscains que nous voyons dans ce monument ont vu leur règle approuvée en 1210.

 

Et nous rentrons par le métro dont la station n’est qu’à une centaine de mètres.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 00:01

463a1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

 

L’un des personnages que nous poursuivons dans Rome tout au long de ce séjour qui s’éternise, c’est Borromini. C’est pour lui qu’aujourd’hui nous nous rendons à l’église San Giovanni dei Fiorentini.

 

463a2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Saint Jean des Florentins a été, depuis 1518 et jusqu’à ce qu’elle devienne église paroissiale en 1906, destinée à la forte colonie de ce qu’il fallait appeler des étrangers à l’époque où la papauté possédait et administrait les États Pontificaux, le Grand-Duché de Toscane étant un autre pays, au même titre que le Royaume de Lombardie Vénétie ou que le Royaume des Deux Siciles. La langue que l’on y parlait était de l’italien, certes, mais d’un autre dialecte. Nous avons vu l’autre jour l’église Saint Jérôme des Croates (et à une époque la Croatie était vénitienne), c’est une autre communauté étrangère à Rome et au même titre.

 

463a3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Le saint Jean à qui est consacrée l’église est le Baptiste, comme montré sur cette plaque, fixée dans un mur voisin. "Bâtiment et espace de l’église Saint Jean Baptiste, de la nation des Florentins". Sa peau de chameau ressemblerait plutôt à une gigantesque feuille de vigne, mais disons que ce devait être un chameau original. Brassens chante Dans l'eau de la claire fontaine que “la belle était si petite Qu'une seule feuille a suffi". Peut-être saint Jean Baptiste était-il...

 

463b Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Un premier projet pour cette église a été dessiné par Bramante en 1508, mais n’a pas été retenu, et ont collaboré –excusez du peu– Sansovino, Sangallo le Jeune, Michel-Ange, Della Porta, Pierre de Cortone, Maderno et Borromini… Sa construction va durer de 1518 à 1614.

 

463c Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Je ne suis pas un fanatique des monuments funéraires. Les églises romaines en regorgent et je n’en montre presque jamais. Mais celui-ci est revêtu d’une sculpture qui ne me déplaît pas. Parce que son titulaire a rendu des jugements équitables, la grande figure féminine munie d’une épée symbolise la Justice. Son relief est plus découpé que celui du défunt, elle est en pied alors que lui n’est qu’en buste à l’arrière-plan, son geste est élégant, le drapé de sa robe est souple et harmonieux et son visage, sans avoir des traits très fins, est plutôt joli, selon les canons de la sculpture grecque (nez dans le prolongement du front).

 

463d1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Dans la chapelle de la Vierge de la Miséricorde, de grandes fresques plutôt belles sont hélas en assez piteux état du fait, semble-t-il, de l’humidité. Sur la paroi gauche, c’est la Naissance de la Vierge, par Agostino Ciampelli (1568-1630).

 

463d2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Et sur la paroi de droite c’est la Mort de la Vierge, par Anastasio Fuentebuoni (1572-1642). Ces deux peintres, on ne s’en étonnera pas, sont des Florentins. Je ne les connaissais pas, mais je leur attribue une bonne note.

 

463d3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Quant à cette Vierge à l’Enfant qui décore l’autel de cette chapelle, elle n’était pas destinée à orner cette église. Un peu partout à Rome, sur la façade des maisons, des niches contiennent des statues ou des peintures de Marie, pour lui consacrer la demeure. Cette petite peinture était fixée autrefois au mur d’une maison dans une rue voisine. Pour une raison que j’ignore, peut-être parce qu’on abattait le mur, elle a été transportée sur cet autel. Et elle est attribuée à un peintre très célèbre, Filippino Lippi (1457-1504). Elle est donc plus ancienne que l’église qu’elle orne.

 

463d4 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

463d5 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Cette église contient beaucoup plus de statues et de peintures de Marie que de Jean Baptiste, auquel elle est pourtant consacrée. Voici donc une très belle Vierge, en bois semble-t-il, avec un fin visage juvénile et joufflu et un somptueux drapé de son manteau doré.

 

463e Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Maderno

 

J’ai dit que nous étions sur les traces de Borromini. Dans cette église est enterré son maître, Carlo Maderno.

 

463f Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

Et près de Maderno est enterré Borromini lui-même, dans l’église à laquelle il a travaillé et auprès de celui qu’il a admiré et qui l’a formé.

 

463g Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Cette chapelle est consacrée à Marie-Madeleine. Oui, oui, j’ai fait une photo de ce tableau au-dessus de l’autel, mais je n’ai aucune envie de montrer une œuvre que je n’aime pas. Mais je montre la chapelle parce que son architecture est de Maderno.

 

463h1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Une autre chapelle, consacrée à saint François d’Assise, est décorée sur ses deux côtés par un peintre célèbre et que, d’habitude, j’apprécie : Pomarancio (1540-1597). Et je ne suis pas déçu par ce que je vois ici. Sur le mur de droite, c’est la Prédication de saint François devant le sultan.

 

463h2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Sur le mur de gauche, Saint François demande au pape Honorius III l’approbation de la Règle. En effet, ce pape (1216-1227) approuva la règle des frères mineurs Franciscains en 1223, comme il avait précédemment approuvé celle des Dominicains.

 

463i1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

Et puis il y a une crypte sous cette église. L’étroit escalier qui y mène n’est pas en ligne droite. Pas de doute, il est signé Borromini.

 

463i2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

463i3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

La crypte, qui rappelle un peu celle de San Carlo alle Quattro Fontane, est elle aussi faite de cercles, d’ovales, de diverses combinaisons de lignes courbes, qui ne laissent place à aucune hésitation sur le nom de l’architecte.

 

464a1 Rome, palazzo Spada

 

464a2 Rome, palazzo Spada

 

Quittons cette église. Nous marchons un moment par les rues de Rome, et arrivons au palazzo Spada. Nous avons déjà visité cette galerie où les photos étaient interdites, mais à l’époque nous n’avions pas encore intégré dans notre admiration ce Borromini qui aujourd’hui nous passionne.

 

464a3 Rome, palazzo Spada, perspective Borromini

 

Par ailleurs, la "perspective Borromini" n’est pas accessible, ni de l’intérieur du musée, ni de l’extérieur. Il faut la chercher pour la découvrir à travers deux vitres. En effet, à qui se trouve dans la cour, elle apparaît de l’autre côté d’une bibliothèque dont, par chance, les deux murs sont largement vitrés. Mais la photo est difficile, à cause des reflets.

 

Cette perspective est le fruit d’un savant calcul. Il s’agissait de donner l’impression que cette galerie très courte (neuf mètres seulement) était beaucoup plus ample. Aussi notre architecte dessina-t-il des colonnes de hauteur décroissante et des arcades de plus en plus étroites pour donner l’illusion optique que la perspective était plus longue qu’elle ne l’est en réalité. C’est ce que nous sommes venus voir ici aujourd’hui.

 

464b1 Rome, Santissima Trinità dei Pellegrini

 

Selon notre habitude, nous allons retourner vers le métro à pied pour nous imprégner de cette atmosphère romaine. Nous passons devant l’église de la Très Sainte Trinité des Pèlerins (la Santissima Trinità dei Pellegrini). Son rouge est typique des monuments romains. C’est pour cette raison, entre autres, que le Vittoriano qui dresse une énorme masse blanche visible de partout a fait hurler les puristes, et la controverse a été la même lorsqu’à la fin du vingtième siècle la villa Borghese, institut de France, a été repeinte en blanc, elle qui est également sur une hauteur et bien visible.

 

464b2 Rome, Santissima Trinità dei Pellegrini

 

Sur la façade voisine, cette plaque rappelle que dans cet hospice, le poète Goffredo Mameli (qui a composé l’hymne national italien) et beaucoup d’autres hommes valeureux sont morts des suites des blessures reçues en défendant Rome pour la liberté de l’Italie en 1849. Il s’agit des combats de l’éphémère République romaine contre les troupes françaises venues pour rendre à Pie IX (1846-1878) réfugié à Gaète son pouvoir temporel sur la Ville Éternelle.

 

464c1 Rome, monument Belli

 

464c2 Rome, monument Belli

 

C’est par le monument à Giuseppe Gioacchino Belli (1791-1863) que je terminerai mes commentaires sur cette journée. Il s’agit d’un poète qui a écrit de très nombreux sonnets, plus de deux mille, dans le dialecte romain. Le choix du dialecte s’explique par le fait que sa poésie est engagée socialement et se situe du côté du peuple, dont c’était la langue habituelle, contre le pouvoir aristocratique et religieux. Sa position, et tout particulièrement dans ces années clés du Risorgimento, est clairement marquée. L’inscription dit : "À son poète G. G. Belli, le peuple de Rome, 1913".

 

464c3 Rome, monument Belli

 

Sur la base du monument, derrière, la sculpture de ces personnages montre bien de quel côté il se situait dans une société où les classes sociales étaient très tranchées. Entre autres, je remarque cette femme qui tient son enfant en laisse. Par ailleurs, ce groupe de personnes est rassemblée au pied d’une sculpture qui représente la célèbre statue parlante Pasquino à qui l’on confiait ses pamphlets contre le Gouvernement, ce qui est significatif. Le monument ayant été élevé cinquante ans après la mort de Belli, plus de quarante ans après les événements de 1870 et la prise de Rome, à une époque où la société était égalitaire selon la loi à défaut de l’être selon les conditions économiques, ce choix de représentation est significatif de l’image qu’il a laissée dans l’imaginaire populaire.

 

…Et nous retournons retrouver notre camping-car (populaire) dans notre banlieue (populaire).

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 23:32

462a Lac d'Albano

 

 Nous n’avons pas visité des tas de choses aujourd’hui. Ce serait un jour sans blog si je n’avais ces quelques photos à montrer. En effet, nous sommes partis, en principe, pour visiter plusieurs châteaux romains, ces fameux Castelli Romani. Frascati avec son célèbre vin, Grottaferrata avec son monastère et son église du douzième siècle, Ariccia avec sa piazza di Corte dessinée par le Bernin, Albano Laziale qui est l’Albe qui s’est opposée à Rome dans les premiers temps et qui a opposé ses Curiaces aux Horaces romains, Castel Gandolfo et la résidence d’été des papes…

 

462b Lac d'Albano

 

 

Mais nous n’avons rien vu de tout cela. Je passe sur la difficulté de circulation dans de petites rues moyenâgeuses avec un engin de sept mètres de long et trois mètres de haut, parce que nous avons chaque fois réussi à nous en sortir. Mais le vrai problème est celui du parking. Nulle part nous n’en avons trouvé d’assez vaste pour nous accueillir. Ou bien il nous faut trois places en longueur, ce qui n’existe pas car les maisons sont anciennes et n’ont donc pas de parking, ce qui fait que tout le monde se gare dans la rue, ou bien garés en épi nous bouchons le passage.

 

462c Lac d'Albano

 

 

Il a bien fallu nous rendre à l’évidence : nous ne verrons aucun des Castelli Romani. Aucun. Sur les routes non plus, il n’est presque jamais possible de s’arrêter car lorsqu’il n’y a pas un rail le long de la chaussée, il n’y a pas de bas-côté et, curieusement dans un pays si beau et si visité, les responsables –l’État, les régions, les provinces, les municipalités– ne prévoient presque jamais de terre-pleins là où il y a des panoramas à admirer.

 

462d Lac d'Albano

 

 

Heureusement, tel n’est pas le cas au-dessus du lac d’Albano, lové au creux d’un volcan éteint. Là nous avons pu nous arrêter et longuement contempler le paysage somptueux du lac et des collines qui l’enserrent. Les quatre photos d’aujourd’hui ont été prises de là à des heures différentes. La ville, c’est Albano Laziale (Albe du Latium) qui ne nous aura pas permis de voir le tombeau des Horaces et des Curiaces…

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Published by Thierry Jamard
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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 22:48

 

 

459a1 Rome, Sant'Onofrio

 

Aujourd’hui, nous montons de nouveau sur le mont Janicule, parce que nous désirons voir la tombe du Tasse, à Sant’Onofrio. Sur la grille, se détache, fière sur le ciel, la croix qui est l’emblème de l’Ordre Équestre du Saint Sépulcre de Jérusalem.

 

459a2 Rome, Sant'Onofrio

 

Évidemment, on la voit mieux, cette croix (d’ailleurs, il y en a même deux, une de chaque côté du portail) lorsque l’on est en haut et qu’on en détache la silhouette sur le ciel, plutôt que d’en bas sur fond de mur. Mais voici à quoi ressemble ce monastère, avec l’église juste en face.

 

459a3 Rome, Sant'Onofrio

 

Et, de plus près, la porte de l’église, surmontée d’une fresque et de l’inscription "Ecclesia sancti Honuphrii", église de saint Onuphre, en italien sant’Onofrio.

 

Stendhal : "Lorsqu’il se sentit mourir, le Tasse se fit transporter ici ; il eut raison : c’est sans doute un des plus beaux lieux du monde pour mourir. La vue si étendue et si belle que l’on y a de Rome, cette ville des tombeaux et des souvenirs, doit rendre moins pénible ce dernier pas pour se détacher des choses de la terre, si tant est qu’il soit pénible".

 

459b1 Rome, Sant'Onofrio

 

Cette nef unique, large et courte, donne une impression d’ampleur à cette petite église. Et, comme toujours à Rome, cette richesse de la décoration.

 

459b2 Rome, Sant'Onofrio

 

J’aime bien les peintures des panneaux de l’abside et de sa voûte. Ici, c’est le Couronnement de la Vierge, mais j’aurais pu choisir n’importe laquelle de mes autres photos, tous les panneaux ont la même force d’évocation. On sent que le peintre est un chrétien convaincu. Pas d’emphase, des gestes simples, le recueillement.

 

459c Rome, Sant'Onofrio

 

Et cette coupole de chapelle dédiée à la gloire de saint Jérôme, le patron des Hiéronymites de ce monastère, par le pape Pie IX en 1857. C’est splendide, mais j’y vois plus une splendeur pour le simple plaisir de l’œil, ou pour la gloire liée à l’apposition de sa signature, qu’une expression sincère de la foi. Je préfère infiniment le chœur.

 

459d1 Rome, Sant'Onofrio, Le Tasse

 

Dans le bas de l’église, cette plaque en l’honneur du Tasse.

 

459d2 Rome, Sant'Onofrio, Le Tasse

 

Dans la chapelle latérale, c’est la tombe de l'illutre poète, avec cette statue de grande taille. Ce monument en son honneur ne date que de 1857, il n’existait pas du temps de Stendhal : "Les gens riches de Rome font, dans ce moment-ci, une souscription pour élever un tombeau à ce grand homme. Cette entreprise, et surtout le mode d’exécution, sont regardés comme presque révolutionnaires. Le chef du ministère déplorable de ce pays, M. le cardinal Della Somaglia, n’a pu décemment s’abstenir de souscrire". À cette époque, il n’y avait qu’une plaque avec l’inscription en latin "Torquati Tassi ossa hic jacent. Ne nescius esses hospes. Fratres hujus ecclesiæ posuere. MDV".

 

Stendhal traduit en note : "Les restes de Torquato Tasso reposent ici. Afin que tu pusses le savoir, ô étranger, les frères de cette église ont écrit ces mots. 1505". Il ajoute son commentaire : "Cette épitaphe saisit les âmes nobles, parce qu’elle est fille de la nécessité, non de l’esprit. Les moines de ce couvent étaient dérangés par les questions des étrangers qui accouraient chez eux de toutes les parties de l’Italie, ils aimaient la Tasse eux-mêmes ; ils firent placer cette inscription".

 

459d3 Rome, Sant'Onofrio, Le Tasse

 

Au bas du monument, une frise évoque les obsèques du poète. Les personnages représentés portent l’indication de leur nom, en dessous. Mais comme le monument a été réalisé plusieurs siècles après l’événement, la ressemblance n’est pas garantie.

 

459e Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Puis nous passons au cloître. Calme, tranquillité, une taille très réduite, de lourdes arcades basses, beaucoup de plantes vertes, le lieu est admirablement plaisant. Selon Stendhal, on l’a vu, si le Tasse a souhaité être enterré ici, c’est pour la vue qu’on y a de Rome. Je pencherais plutôt pour le cloître. Un poète a besoin de calme et de recueillement, et c’est ce que l’on trouve ici.

 

459f1 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Sur les murs, tout autour, des fresques racontent la vie de sant’Onofrio. On voit d’abord le roi de Perse souhaitant vivement une descendance qui ne lui venait pas, et pria Dieu. Enfin, Dieu lui donna satisfaction, mais le Diable suggéra au roi que l’enfant à naître était adultérin, et lui recommanda de le jeter dans le feu dés sa naissance. C’est ce que représente cette scène, où l'on voit le bébé à genoux au milieu des flammes, et les mains jointes pour prier.

 

459f2 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Mais miraculeusement le bébé ne brûla pas. Baptisé, envoyé dans un monastère d’Égypte, Onuphre perdu dans le désert vécut trois ans du lait d’une chèvre, comme le montre la fresque ci-dessus dont je préfère cadrer ce détail en gros plan. Les fresques suivantes continuent avec ce récit légendaire. En fait, ce que l’on sait de vrai sur ce personnage est réduit à bien peu de chose. Il serait un fils naturel du roi de Perse, consacré à Dieu dans un monastère d’Égypte. Attiré par la vie d’ermite, il part vivre dans le désert, exclusivement de dattes et de l’eau d’une oasis, d’où le surnom d’Onuphre l’Anachorète qui lui est donné. Il y reste 70 ans. Quand ses vêtements du début, en haillons, tombent en poussière, il reste nu –parce que, dit-il, on est toujours à nu devant le Seigneur–, s’enveloppant seulement dans sa barbe et ses cheveux, jamais taillés et devenus extrêmement longs.

 

459f3 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Je reviens aux fresques. Quand le moment de sa fin fut arrivé, Dieu fit qu’il fût découvert par un vieux noble égyptien du nom de Paphnutius. Onuphre lui annonça qu’il était envoyé par Dieu pour l’ensevelir, et mourut. Paphnutius se désolait, en se demandant comment enterrer l’anachorète, mais voilà que s’approchèrent deux lions venus du fond du désert, donnant l’impression de pleurer. Ils se couchèrent près du défunt et se mirent à lui lécher les pieds.

 

459f4 Rome, cloître de Sant'Onofrio

 

Ce que voyant, Paphnutius leur montra l’endroit où devait être enterré Onuphre, et de leurs griffes les lions creusèrent la tombe. Il ne s’agit pas de mon interprétation des images, mais de l’intention du peintre parce que sous chacune des fresques figure une légende, à gauche en latin et à droite en italien.

 

459g1 Rome, Sant'Onofrio, Goethe

 

Ressortons de ce sympathique cloître. Dehors, sur les murs, sont fixées plusieurs plaques. J’ai déjà parlé le 10 décembre de celle de Chateaubriand qui évoquait son souhait d’être enterré là. Aujourd’hui, j’y ajoute celle de Goethe. Je ne parle pas allemand, aussi peut-être vais-je commettre un ou deux gros contresens en en proposant une traduction. Mais tant pis, le germaniste qui me lira(it) sera(it) capable de corriger de lui-même, et le non-germaniste ne se rendra compte de rien ! "À Johann Wolfgang von Goethe, le plus grand poète allemand. Comme il le dit dans le Voyage en Italie, il a visité Sant’Onofrio le 2 février 1787 et a écrit l’émouvante pièce de théâtre Torquato Tasso".

 

459g2 Rome, Sant'Onofrio, Patricius

 

Cette plaque est très récente, puisqu’elle a été posée il y a deux ans. En latin, elle dit : "Frane Petrić, illustre philosophe et homme de lettres de la Sérénissime République de Venise, né le 25 avril 1529 dans l’Île le Cherso, aujourd'hui Cres en Croatie, qui est mort à Rome le 7 février 1597, attend ici la résurrection. L’Académie des Sciences et des Lettres de Croatie a posé cette pierre en son honneur le 7 février 2008". C’est un platonicien virulent ennemi de l’aristotélisme. Il voyagea pas mal mais passa les cinq dernières années de sa vie à Rome, titulaire de la chaire de philosophie platonicienne à laquelle l’avait invité le pape Clément VIII. Il devint membre du Conseil de Saint Jérôme au Collège Illyrien de Saint Jérôme (nous sommes ici chez les Hiéronymites), et a été enterré dans l’église de Sant’Onofrio aux côtés du Tasse, ici même.

 

460a1 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Quittant Sant’Onofrio, nous ne pouvons résister à contempler l’inoubliable panorama que l’on a sur Rome du sommet du Janicule. C’est vrai, Stendhal n’exagère pas. Puis nous continuons notre chemin le long de la promenade sur la crête, et passons au pied de la statue d’Anita Garibaldi. Garibaldi avait été en exil au Brésil. Il y avait rencontré cette jeune et belle Brésilienne du nom d’Ana Maria de Jesus Ribeiro née en 1821 et l’avait épousée. C’est une excellente cavalière qui l’initie à l’équitation. Ensemble, ils vont lutter pour la liberté au Brésil et en Uruguay. Puis en 1847 ils ont quitté l’Amérique du sud pour l’Italie. Son comportement a été d’une vraie patriote italienne aux côtés de son mari. Elle est morte de la fièvre typhoïde, à Ravenne, le 4 août 1849.

 

460a2 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Sur la base du monument, tout autour, on peut admirer (comme moi) ou détester des sculptures de bronze évoquant des épisodes de son action. Ici, on ne la voit pas (sur la photo originale, on entr’aperçoit son visage à moitié caché par le premier cavalier, mais ici la photo est trop petite), elle est sur la face suivante, à gauche, elle entraîne cette troupe de combattants qu’elle guide à travers les pampas.

 

460a3 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Ici nous sommes en Italie, à Ravenne, en 1849. Garibaldi porte Anita mourante.

 

460a4 Rome, Janicule, Anita Garibaldi

 

Pour ce gros plan sur Anita, nous faisons un retour dans le temps. Nous sommes au Brésil et Anita a été faite prisonnière. Du général qui a admiré son courage et sa détermination, elle a obtenu la faveur d’être autorisée à aller chercher son mari blessé sur le champ de bataille. On la voit ici soulevant un tissu qui recouvre un blessé ou un mort, simulant la recherche. En fait elle sait où il se cache, elle saute sur un cheval et au grand galop échappe à l’ennemi et à sa prison. Elle va rejoindre Garibaldi.

 

460b Rome, Janicule, Garibaldi

 

Un peu plus loin sur le Janicule, C’est Garibaldi en personne que l’on voit à cheval. C’est un grand militaire, c’est un héros, mais ce n’est pas un cavalier émérite que l’on peut représenter sur un cheval cabré, ou lancé au grand galop crinière au vent, comme on peut le faire pour sa femme.

 

460c1 Rome, Janicule, Porta San Pancrazio

 

Nous arrivons à la Porta San Pancrazio. C’est le pape Barberini aux abeilles, Urbain VIII qui, en 1643, construisit un mur, et ses nécessaires portes, depuis la Porta Portese près du Tibre jusqu’aux Murs Vaticans.

 

460c2 Rome, Janicule, Porta San Pancrazio

 

En 1849, le pape est encore investi du pouvoir civil sur Rome et les États Pontificaux. Des mouvements populaires réclament liberté et démocratie, le pape se réfugie à Gaète. Le 9 février, une assemblée élue au suffrage universel proclame la République. Adoptant le drapeau tricolore vert, blanc, rouge, elle remet le pouvoir à un triumvirat, dont fait partie Mazzini. Éphémère République… Une armée française débarque à Civitavecchia et, s’élançant sur la via Aurelia, arrive à Rome et attaque le Janicule. C’est Garibaldi qui est chargé de la défense de la République. Les Français sont repoussés le 30 avril. Mais ils assiègent Rome, et lancent une attaque décisive le 3 juin. Ils bombardent la Porta San Pancrazio, qui s’effondre, ensevelissant ses défenseurs. L’image ci-dessus, qui reproduit une lithographie d’époque, montre l’armée française franchissant la porte. Porte qui sera reconstruite en 1854 comme on la voit aujourd’hui, mais avec deux arches latérales qui ont été détruites récemment pour laisser le passage aux voitures.

 

460c3 Rome, Janicule, Porta San Pancrazio

 

Le grand écrivain, poète, philosophe russe Joseph Brodsky, lorsqu’il a séjourné à Rome, aimait s’asseoir à la terrasse de ce Bar Gianicolo (le nom du Janicule, en italien), face à la Porta San Pancrazio.

 

460c4 Rome, Janicule, Fontaine Paola

 

Plus loin, c’est la Fontana Paola, la Fontaine Pauline, du nom du pape Paul V (1605-1621) qui l’a fait construire. Je l’ai déjà montrée le 10 décembre, je ne recommence pas. Seulement un gros plan sur un jeu d’eau (pour m’amuser).

 

460d1 Rome, S Pietro in Montorio

 

Continuons notre chemin. Nous arrivons à l’église San Pietro in Montorio. Hé oui, je sais, en tant que Français je n’ai pas à être fier de ce que le pays qui se dit le Pays de la Liberté a fait contre la République de Rome. Ni de ce que cela a coûté en hommes et en ouvrages du passé, comme le montre cette gravure.

 

460d2 Rome, S Pietro in Montorio

 

Évidemment, c’est triste. Évidemment il n’y a pas à plaisanter sur la guerre. Mais je trouve amusante cette manière de fixer au mur un boulet de canon de calibre 140 tiré en juin 1849 par l’artillerie française sur cette église construite par Maderno.

 

460d3 Rome, S Pietro in Montorio

 

460d4 Rome, S Pietro in Montorio

 

L’église, heureusement, a pu être restaurée. Même si ce n’est pas à proprement parler un joyau de Rome, c’est néanmoins un beau bâtiment, comme on peut en juger par cette coupole d’une chapelle latérale.

 

460d5 Rome, S Pietro in Montorio

 

Il s’y trouve aussi un bel ensemble de peintures, comme cette flagellation de Jésus. Sur ma photo, trop sombre, et avec un coup de lumière en bas à droite, on peut difficilement juger, mais sous la douleur le Christ est près de perdre connaissance, et ses bourreaux continuent de s’acharner sur lui. J’aime aussi la façon dont le peintre, en habillant l’un de ces hommes d’un simple tissu autour des reins, comme l’est le supplicié lui-même, a montré l’injustice de cette flagellation entre deux hommes semblables l’un à l’autre.

 

460e Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Près de l’église, Bramante a élevé ce que l’on appelle il Tempietto. Ce petit bâtiment circulaire d’une grande élégance a été élevé en l’honneur de saint Pierre. L’église a elle-même été consacrée au premier pape.

 

460f1 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante 

À l’intérieur, saint Pierre siège en majesté, avec ses grosses clés à la main. De si grosses et pesantes clés pour ouvrir les portes du Paradis, qui selon toute vraisemblance sont faites de légers nuages…

 

460f2 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Ce bas-relief représente la crucifixion de Pierre la tête en bas. J’aime bien cette interprétation symbolique parce que synthétique, avec l’empereur assis sur son trône à gauche, entouré de ses soldats, les buccins ou les trompettes sur la droite, en arrière-plan de chaque côté les cavaliers manifestant la puissance impériale, tout à droite des femmes représentant le badaud peuple venu voir une exécution de chrétien, et enfin, à la gauche de la croix du condamné, le bourreau, nu, avec le marteau dont il a crucifié saint Pierre.

 

460f3 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Avant de ressortir, je montre cette image du sol. Nous ne sommes plus à l’époque des Cosmates (Bramante a vécu de 1444 à 1514), mais on fait encore des sols somptueux inspirés de leur art.

 

460f4 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

Ressortons de ce "temple" circulaire. Du côté opposé à l’entrée, on trouve ce double escalier qui descend dans une sorte de crypte.

 

460f5 Rome, Janicule, Tempietto de Bramante

 

L’espace circulaire est exactement de mêmes dimensions que l’étage supérieur. C’est une autre petite chapelle joliment décorée elle aussi. Le plafond en coupole est baroque, le marbre du sol harmonise les couleurs, et en même temps le lieu ne comporte que cet autel dont la statue n’en a que plus de relief.

 

460g Rome, Janicule, Académie espagnole

 

Par une ruelle étroite qui descend en tournant, on arrive au niveau bas du Trastevere. Et de là, en relevant la tête, on apprécie la masse de cet institut espagnol de Rome qui est situé en bordure du mont Janicule, derrière l’église San Pietro in Montorio, et qui cache la résidence de l’ambassadeur d’Espagne.

 

461a Rome, S. Maria della Scala

 

Je ne peux, à chaque fois, montrer mon église chérie, Santa Maria in Trastevere. Celle-ci, Santa Maria della Scala, est loin de la valoir. Ce nom de Sainte Marie de l’Escalier lui vient de ce qu’elle a été construite à la place d’un oratoire dédié à la Madone et situé au pied d’un escalier. C’est le pape Clément VIII (1592-1605) qui a décidé de sa construction, et qui l’a attribuée aux Carmélites Déchaussés en 1597. L’église et le couvent deviennent rapidement le principal centre de diffusion du Carmel de Thérèse en Italie, en France, aux Pays-Bas, en Pologne, en Perse et en Inde. L’architecte en a été Francesco da Volterra (mort en 1588), à ne pas confondre avec le célèbre peintre Daniele da Volterra (1509-1566).

 

461b Rome, S. Maria della Scala

 

Dans l’église, il n’y a rien de très remarquable à mon goût. J’aime bien cette Vierge à l’Enfant, quoiqu’elle porte sa couronne sur sa tête comme une femme africaine porte sa cruche d’eau. Mais l’expression de son visage, le geste délicat de sa main, l’Enfant Jésus qui comme un vrai bébé regarde les fleurs à ses pieds et s’en amuse, tout cela en fait une statue qui n’est pas désagréable à regarder.

 

461c1 Rome, S. Maria della Scala, ste Thérèse

 

En 1617, l’église reçoit le pied droit de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Je n’aime pas cette façon de débiter en morceaux le corps des saints pour que chacun ait son bout de relique. On vante le jugement de Salomon qui a reconnu la vraie mère de l’enfant lorsqu’elle a préféré donner le bébé à la fausse mère plutôt que de le voir partagé entre elles deux, mais on se comporte comme la fausse mère à l’égard des saints, et vas-y que je te donne le pied droit si tu me laisses les vertèbres lombaires, non je préfère l’humérus gauche quoique ce soit plus encombrant, etc. Bref, le pied de sainte Thérèse est sous cet autel dans un reliquaire, et l’on expose une statue de la sainte dans des vêtements de tissu pour donner l’impression qu’on la voit dans son cercueil.

 

461c2 Rome, S. Maria della Scala, copie Jésus Prague

 

Au-dessus de ce même autel, dans une niche de bois doré, est placée une copie du Petit Jésus de Prague. Mais alors que l’original, à Prague, est vêtu de riches habits qui lui ont été offerts par des souverains et différentes personnes et est souvent changé de tenue, cette copie est tout d’une pièce, corps et manteau, et n’a pas le charme de celui de Prague. À vrai dire, j’ai bien en mémoire celui de Prague, qui m’a beaucoup impressionné, et sans le panneau explicatif je n’aurais pas pensé à lui associer celui-ci.

 

461d Rome, Porta Settimiana

 

À présent, nous sommes tout en bas, au niveau du Tibre, et nous passons sous la Porta Settimiana, qui perce l’enceinte d’Aurélien et date de l’extrême fin du quinzième siècle.

 

461e Rome, le Tibre

 

Dans la via della Lungara, ancienne via Aurelia, de l’autre côté de la porte, nous entrons visiter la galerie du palais Corsini. Il y a quelques belles œuvres intéressantes, mais comme la photo y est interdite et que je n’ai pas envie de décrire des œuvres que je ne peux montrer, comme d’autre part mon article d’aujourd’hui est déjà bien long (mais nous avons fait pas mal de chemin et avons vu ou revu beaucoup de choses), je vais arrêter là, au moment où, nous dirigeant vers le métro, nous franchissons le Tibre sous la belle lumière du soir romain.

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 22:22

Le 28 février, nous étions allés à Palestrina et nous nous étions promis d’y revenir. Voilà, c’est fait. Et même, puisqu’il y a au pied de la ville, près d’un escalator qui permet d’accéder intra muros sans s’user les semelles, un parking avec équipement (rudimentaire) pour camping-cars, nous sommes arrivés hier 24 au soir et passons une seconde nuit pour avoir le temps, en deux jours, de faire le tour de la ville. Comme je vais être, une fois de plus, trop bavard, je vais entrecouper mon laïus d’images qui ne seront pas toujours en rapport. Tant pis.

 

456a1 Palestrina, Porta del Sole

 

Ci-dessus, la Porta del Sole, qui porte le même nom que la Puerta del Sol à Madrid, mais qui ici désigne une vraie porte de ville, et n’a pas la même ampleur.

 

Palestrina, l’ancienne Prænesta, Préneste, avec sa position dominante, a été un lieu habité depuis fort longtemps, ce qui a permis de lui donner des origines mythiques. Ce serait Télégonos, le fils d’Ulysse et de la magicienne Circé, qui l’aurait créée. La guerre de Troie datant du treizième siècle avant Jésus-Christ, c’est effectivement lointain. Et il est vrai que l’on trouve des traces d’habitats de la seconde moitié du second millénaire, ce qui correspond à la légende. Et puis il y a à Préneste de claires influences asiatiques du monde grec oriental, suivies de marques étrusques, osques, ombriennes.

 

Mais la création de Préneste en tant que cité organisée date du neuvième siècle, et son apogée se situe aux huitième et septième siècles. Grâce à cette position dominante que j’ai évoquée, perchée sur son acropole, la ville contrôle les routes de communication tyrrhéniennes. Et puis est venue Rome, qui l’a concurrencée. Préneste s’est alors engagée dans la Ligue Latine pour lutter contre l’influence grandissante de Rome, mais au terme de la guerre menée par Rome contre la Ligue Latine en 340-338, c’est Rome qui a gagné et qui a annexé les vaincus.

 

456a2 Palestrina

 

Tant pis si cette image montre la Palestrina médiévale alors que j’en suis encore à l’Antiquité. Cela coupe mon pavé de texte.

 

Marius, consul en 107, a été vainqueur en 105 du roi numide Jugurtha (la Numidie est en gros l’Algérie actuelle). Sylla, consul en 88, a été cette année-là vainqueur des "alliés" rebelles. Voilà présentés mes deux protagonistes. Marius, alors, fomente une émeute contre Sylla qui est chassé de Rome, mais qui revient vers la ville avec ses légions et proscrit Marius. Chassé-croisé.

 

Mais en 87, Sylla part pour l’Orient reconquérir la Grèce et l’Asie Mineure occupées par Mithridate, roi du Pont (nord de la Turquie d’Asie). Notre ami Marius, qui représente le parti populaire, en profite pour rentrer dare-dare à Rome et pour proscrire à son tour ce Sylla représentant le parti aristocratique, c’est-à-dire le parti du Sénat, incluant ses partisans dans cette proscription. Justice immanente, Marius meurt en 86. Entre temps, Sylla reconquiert la Grèce en 86, soumet Mithridate en 85, rentre à Rome enfin en 82, où il se proclame dictateur à vie. Ah, les dictateurs, ces charmantes personnes ! Il s’empresse de massacrer ses adversaires. Préneste, qui en 90 avait obtenu la dignité de "Municipium cum suffragio", avait pris le parti de Marius, et après la mort de celui-ci son fils fait de la ville son point d’appui principal. Quand, vaincu, Marius le Jeune se suicide, Sylla entre en vainqueur dans Préneste, la ville est rasée et ses habitants massacrés, et les vétérans du dictateur s’installent dans la ville basse. Le dictateur augmente le pouvoir du sénat et réduit celui des tribuns de la plèbe. Heureusement, la justice immanente va frapper une seconde fois, il meurt en 79. Fin de l’épisode (pour Préneste). La ville va reprendre des couleurs quand les empereurs Tibère (14-37 après Jésus-Christ) puis Hadrien (117-138) décident d’y résider.

 

456a3 Palestrina, tempio della Fortuna Primigenia

 

Ce qui est le plus marquant dans la Préneste antique, c’est son gigantesque temple dédié à la Fortuna Primigenia. Quand je dis "gigantesque", je pèse mon mot. C’est sans conteste l’un des plus grands temples païens. Après les injures du temps et les bombes de la Seconde Guerre Mondiale (hé oui), il est difficile de se faire une idée de ce que fut ce temple dont les ruines occupent la totalité de la ville installée sur l’acropole et sur ses pentes. Seule la ville moderne de Palestrina, construite au-delà des pieds de la colline, échappe à l’emprise du temple. Par exemple, sur cette photo, nous sommes juste au pied de la colline, et nous voyons les boutiques installées dans le niveau inférieur du sanctuaire.

 

456a4 Palestrina, tempio della Fortuna Primigenia

 

Ici, nous sommes dans un niveau intermédiaire, mais on se rend compte que malheureusement le monument a beaucoup souffert.

 

456a5 Palestrina, tempio della Fortuna Primigenia

 

Autre vue de l’un des niveaux intermédiaires.

 

456a6 Palestrina, Fortuna Primigenia

 

Et tout en haut, dans sa niche, la statue de la déesse Fortune.

 

456b1 Palestrina, palazzo Colonna Barberini

 

On l’aperçoit cette statue, toute petite sur ma photo, intégrée dans ce palazzo. On voit aussi comment le dernier niveau du temple avec ses murs en arches (comme en bas où se sont installées les boutiques) a été adapté pour faire partie de l’escalier d’accès au palazzo. Après l’Antiquité, nous voici arrivés à une autre époque de la vie de la cité, qui n’est désormais plus Préneste, mais Palestrina.

 

En 1400, Nicolas Colonna prend Rome. Le pape Boniface IX (1389-1404) se réfugie au château Saint-Ange. Mais l’hostilité populaire oblige Colonna à rentrer chez lui à Palestrina. Le pape l’excommunie. Au bénéfice d’un traité de paix (avec le pape, en général on dit plutôt maintenant un concordat), Colonna est réhabilité. Mais il n’a pas oublié ses ambitions et en 1405, fort d’une alliance avec le roi de Naples, il réoccupe Rome et le pape Innocent VII (1404-1406) se réfugie à Viterbo. Par crainte religieuse ou par calcul politique en sentant le vent tourner, le roi de Naples revient sur son alliance et se tourne vers le pape. Colonna se retire de Rome.

 

Comme une préfiguration de nos incessantes alternances politiques en France dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, le roi de Naples, en 1414, occupe une grande partie du Latium et Colonna est bien obligé de lui jurer fidélité. Et puis en 1417 Oddon Colonna est élu pape sous le nom de Martin V. Fin des luttes. Quand il meurt, en 1431, est élu à sa place Eugène IV (1431-1447), un allié des Orsini, les ennemis jurés des Colonna. Stendhal : "Les guerres acharnées des Colonna contre les Orsini avaient chassé les agriculteurs de la campagne de Rome, déjà dépeuplée par les barbares, lors de la chute de l’Empire d’Occident. Voilà l’origine de cette solitude des environs de Rome, qui contribue tant à sa beauté, et fait l’étonnement des voyageurs. Non seulement les soldats des Orsini tuaient les hommes et les animaux qu’ils trouvaient sur les terres des Colonna, mais encore ils arrachaient les vignes et brûlaient les oliviers. L’année suivante, les Colonna usaient de représailles sur les terres des Orsini". Charmante époque. Quoi ? Comment ? Les tranchées de 14-18 ont retourné prés, champs et forêts de l’est de la France ? Et les bombes ont détruit Palestrina le 22 janvier 1944, puis Pompéi et beaucoup de ses antiquités, puis Montecassino et son monastère ? Bon, bon, d’accord, je mets le pluriel à "charmantes époques" et je passe à la suite des événements. Évidemment Eugène IV, à peine élu, exige la restitution de tous les acquis des Colonna de ces dernières années de papauté.

 

456b2 Palestrina, palazzo Colonna Barberini

 

Furax, Étienne Colonna fait en 1433 avec son armée une incursion à Rome, qu’il occupe. Le cardinal Vitelleschi avec ses troupes reconquiert la place, et Laurent Colonna se retire en exil à Terracina, une ville sur la côte à 100 ou 120 kilomètres au sud de Rome. Vitelleschi fait raser Palestrina. Fin du deuxième épisode. Beaucoup plus tard, deux siècles, en 1630 François Colonna, ruiné, vend pour 775000 écus Palestrina à Charles Barberini, le frère d’Urbain VIII. Et voilà l’explication de ce blason qui orne la façade du palais, avec les abeilles des Barberini à gauche, et la colonne des Colonna à droite.

 

456b3 Palestrina, palazzo Colonna Barberini

 

Le palais abrite un musée. Avant l’entrée, dans un sous-sol, on peut voir quelques objets intéressants, comme ce fragment de mosaïque. En soi il est petit, incomplet et pas d’une beauté extrême, mais il vaut le coup d’œil parce qu’en bas à gauche un vieillard à cheveux blancs montre du doigt une femme nue, et tout comme dans une moderne bande dessinée il dit dans une bulle "Qu’elle est belle, par Zeus olympien !". "Dia ton olympion", j’ai parlé le 2 mars de l’étymologie du nom de Zeus. Le voilà, Dia, à l’accusatif (un lapsus, l’autre jour, m’a fait dire génitif. C’est idiot mais cela ne change rien pour le radical *di-).

 

Dans le musée, extrêmement riche mais où toute photo est interdite, deux pièces sont particulièrement marquantes. L’une d’entre elles est une sculpture représentant la triade capitoline, Jupiter au centre entouré de Minerve et de Junon, assis sur un banc et accompagné chacun de son attribut, l’aigle, la chouette, le paon. C’est le seul exemplaire qui nous soit parvenu presque entier. Or il a été découvert par des fouilleurs clandestins, arrêtés in extremis près de la frontière suisse par les carabiniers de la section spécialisée sur les biens culturels. La sculpture allait être vendue pour 50 milliards de lires à un collectionneur américain.

 

L’autre pièce admirable est la mosaïque du Nil. Cette mosaïque de très grandes dimensions (5,85 mètres sur 4,31 mètres) qui ornait le temple de la Fortuna Primigenia et date de 80 avant Jésus-Christ a été endommagée et restaurée plusieurs fois lors de transferts vers Rome, et retour, mais on peut l’observer à loisir et commodément parce qu’elle est maintenant disposée à la verticale sur un mur. Elle représente une crue du Nil, depuis son origine tout en haut jusqu’à son embouchure en bas. Personnages, animaux, bateaux, constructions, accompagnés parfois de légendes sont à la fois remarquablement instructifs sur la vie en Égypte au premier siècle avant Jésus-Christ, très décoratifs et extrêmement amusants. On peut rester des heures à admirer chaque détail.

 

457a1 Palestrina, Sant'Agapito

 

Revenons en ville. J’ai décrit, lors de notre première visite, la cathédrale Sant’Agapito. Cette fois-ci, je vais en montrer un détail du portail qui représente la décollation du jeune martyr qui a résisté à l’asphyxie.

 

457a2 Palestrina, Sant'Agapito

 

Saint Thomas met son doigt dans le côté de Jésus pour être sûr que c’est bien lui qui a ressuscité et apparaît dans le temple. Je n’aime pas trop l’expression que le peintre a donnée aux protagonistes de cette scène.

 

457a3 Palestrina, Sant'Agapito

 

Comme on peut s’y attendre dans cette ville qui a appartenu depuis le dix-septième siècle à la famille Barberini, le blason familial aux abeilles est en bonne place dans la cathédrale.

 

457b1 Palestrina, Sant'Antonio

 

Un peu plus haut s’élève l’église Sant’Antonio, prise depuis le site archéologique.

 

457b2 Palestrina, Sant'Antonio

 

Cette petite église nous change de la grandeur et de la splendeur des églises de Rome.

 

457b3 Palestrina, Sant'Antonio

 

J’ignore si cette Vierge est ancienne ou non, mais je la trouve bien banale.

 

457b4 Palestrina, Sant'Antonio

 

En revanche, au-dessus de l’autel (on l’aperçoit vaguement sur ma photo de la nef) il y a cette icône que j’aime bien. Là, pas de doute, elle est ancienne. Le style, les planches de bois qui se disjoignent légèrement, tout le montre. Ce n’est pas la raison pour laquelle je l’apprécie, je l’aime parce que j’aime le visage de la Vierge, la position de Jésus, sa main sous le menton de sa mère, et puis pour une fois je ne trouve pas ridicules les anges qui tiennent l’auréole de Marie.

 

457c1 Palestrina Santa Rosalia

 

Nous voici maintenant tout en haut, au même niveau et dans la même rue que le palazzo Colonna Barberini, à quelques dizaines de mètres de là. C’est l’église Sainte Rosalie que nous ne visiterons pas parce qu’elle est fermée. En 1656 et 1657 une terrible peste a ravagé tout le Latium, la plupart des villes ont été décimées à commencer par Rome, mais Palestrina a été épargnée. Sainte Rosalie avait été invoquée, aussi le prince Taddeo Barberini (qui fut aussi préfet de Rome) construisit-il cette église à elle dédiée en action de grâce et qui fut inaugurée en 1660. Il y a été enterré et sur sa tombe a été placée la "Pietà de Palestrina" de Michel-Ange, sculptée entre 1547 à 1559 (soit un siècle avant la mort du prince, survenue en 1647), mais nous ne perdons rien à ce que l’église soit fermée parce que cette pietà a été transférée en 1938 à Florence, à la Galerie de l’Académie.

 

457c2 Palestrina Santa Rosalia

 

Bien sûr, on ne peut manquer de trouver des abeilles sur le mur extérieur de l’église. Il y en a quatre, que l’on distingue vaguement sur ma photo de la façade.

 

458a Palestrina, Pierluigi

 

Venons-en maintenant à l’enfant illustre de Palestrina, à Pierluigi, le Prince de la Musique. Nous avons pu visiter sa maison et ce qui y a été placé, que l’on pourrait appeler un petit musée Pierluigi, avec une bibliothèque, une médiathèque, des souvenirs. La visite est guidée, mais le guide n’a rien d’un gardien de musée. C’est le responsable des lieux et comme les visiteurs ne sont pas légion il abandonne son bureau pour des visites individuelles. Si l’on ajoute à cela que c’est un homme courtois, sympathique, ouvert, cultivé et passionné, cela fait un cocktail rendant la visite aussi agréable qu’instructive.

 

458b1 Palestrina, maison de Pierluigi

 

L’autre fois, j’avais montré une photo d’une façade de sa maison. La voici telle qu’on peut la voir aujourd’hui de la rue.

 

458b2 Palestrina, maison de Pierluigi

 

Sur cette gravure ancienne on reconnaît le corps de bâtiment élevé de plan carré, à gauche sur la photo et à droite sur la gravure.

 

458b3 Palestrina, maison de Pierluigi

 

Dans l’étroite cour intérieure, le puits utilisé à l’époque a été conservé. C’était un privilège d’avoir son puits personnel, car on est en hauteur et la nappe phréatique n’est pas facile à atteindre. Mais le père de Pierluigi était marchand de biens, et assez aisé.

 

Giovanni est né en l’année sainte 1525. En 1527, lors du sac de Rome par Charles Quint, sa grand-mère juge bon de rédiger son testament, dans lequel elle n’oublie pas le petit Giovanni. Enfant, il chante dans le chœur de la cathédrale de Palestrina, dont l’évêque est le cardinal Del Monte (un nom à retenir) qui le remarque, apprécie ses dons et le nomme maître de chapelle en 1544 alors qu’il n’a encore que 19 ans. Il se marie en 1547. Et en 1550, coup de théâtre. Le cardinal Del Monte (hé oui, j’avais recommandé de retenir ce nom) est élu pape et devient Jules III, le deux cent vingt-et-unième chef de l’Église.

 

458c Palestrina, Pierluigi

 

Il appelle Pierluigi comme maître de chapelle au Vatican, à la Sixtine. Splendide promotion. Sauf que Jules III meurt en 1555 et que Paul IV (1555-1559) le déloge de là parce qu’il est marié et que le nouveau pape ne trouve pas correct qu’un homme marié ait accès à la Sixtine. Curieuse idée, mais c’est ainsi. Ci-dessus, gravure représentant une cérémonie à la chapelle Sixtine. Il sera maître de chapelle à Saint Jean de Latran. Et en 1557 Marcantonio Colonna met à sac Palestrina.

 

458d1 Palestrina, Pierluigi

 

En 1580, la femme de Pierluigi meurt. Il va se faire prêtre, il reçoit la tonsure. Mais l’amour, ah l’amour, il renonce à se faire ordonner et dès 1581, consolé de la perte de sa femme l’année précédente, il se remarie et Virginie remplace Lucrèce à ses côtés. Il meurt dans les honneurs en 1594. Exit Giovanni Pierluigi, mais ses œuvres resteront.

 

458d2 Palestrina, Pierluigi

 

Je terminerai sur Pierluigi et sur nos deux jours à Palestrina avec cette photo d’un manuscrit du Maître. On lit très bien, sur la première ligne, "Joannes Petrus Aloysius Prenestinus in Basilica Vaticana Musicæ prefectus". Il se nomme lui-même Jean Pierre Louis de Préneste, parce que j’ai oublié de dire que c’est à partir de lui que le prénom double, Pierluigi, soit Pierre Louis, est devenu nom de famille. J’ajoute la dernière phrase, qui me plaît : "Ut re mi fa sol la ascendunt, sic pervia cœlos transcendit volitans nomen ad astra tuum ", soit "Ut, ré, mi, fa, sol, la montent [sur la portée], de même à travers les cieux ton nom, en voletant, se dirige en montant vers les astres". Cette formule a plus de gueule qu’un "Veuillez agréer, Monseigneur, je vous prie, l’expression…" et cela me permet de terminer cet article en beauté.

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 14:44

Nous n’allons rien découvrir de bien nouveau aujourd’hui. Nous allons vers le Capitole et le Vittoriano, cet immense et horrible monument blanc au centre de Rome, que les Romains ont surnommé "la Machine à Écrire".

 

454a1 Rome, colonne Trajane

 

454a2 Rome, colonne Trajane

 

Nous arrivons donc près du marché de Trajan, et de sa fameuse colonne Trajane, dont l’immense spirale de 200 mètres de long rappelle les hauts faits de l’empereur dans ses guerres contre les Daces (actuelle Roumanie). Et il est vrai que Trajan a très certainement été l’un des meilleurs empereurs romains, sinon le meilleur.

 

454b1 Rome, Vittoriano, Victor Emmanuel II

 

De là, nous gagnons le Vittoriano tout proche. Nous y sommes accueillis par l’énorme statue tout là-haut de Victor Emmanuel II, le roi de Lombardie et Vénétie qui a été le premier souverain de l’Italie réunifiée grâce à l’action militaire de Garibaldi (entre autres) et à l’action politique de Cavour.

 

454b2 Rome, Vittoriano, altare della Patria

 

Au pied du bâtiment, face à l’immense piazza Venezia d’où Mussolini avait l’habitude de haranguer le peuple, se trouve l’Autel de la Patrie, avec son Soldat Inconnu et sa flamme qui ne s’éteint jamais, comme sous l’Arc de Triomphe de Paris.

 

454c Rome, piazza Venezia vue du Vittoriano

 

Je ne montre pas une fois de plus le Vittoriano dont j’ai déjà plusieurs fois affiché la photo dans mon blog et qui ne vaut vraiment pas le coup d’œil. Cela me rappelle la vieille plaisanterie qui voulait que l’on demande de quel endroit l’on a la plus belle vue sur Paris et que, quelle que soit la réponse, on réponde "Non. C’est de la Tour Montparnasse. Parce que, de la Tour Montparnasse, on ne voit pas la Tour Montparnasse". Je suis tenté de dire la même chose pour Rome, avec le Vittoriano. Ici, du haut des marches, on voit la piazza Venezia avec son insensé cortège de bus et sa belle perspective. Juste en face, c’est l’extrémité du Corso, qui a commencé piazza del Popolo. Du côté gauche, le bâtiment qui fait l’angle entre le Corso et la piazza est le palazzo Bonaparte où a vécu la mère de Napoléon de la fin de l’Empire jusqu’à sa mort.

 

454d1 Rome, museo Risorgimento

 

À l’intérieur se tient le musée du Risorgimento. Nous y étions déjà entrés, mais pour une trop courte visite. Les objets, tableaux, sculptures, documents relatifs aux événements du dix-neuvième siècle italien sont très nombreux et pour la plupart intéressants. Je vais n’en sélectionner ici que quelques uns. Ci-dessus, c’est un tableau de Girolamo Induno (1825-1890), "Ricciotti Garibaldi présente à son père le drapeau prussien du 61e régiment Poméranie". Il s’agit de l’un des épisodes de la Campagne des Vosges (1871) à laquelle Garibaldi a pris part pour aider les Français dans la guerre qui nous opposait à l’Autriche et qui avait éclaté à la chute de Napoléon III.

 

454d2 Rome, museo Risorgimento, Garibaldi

 

Le 29 août 1862, Garibaldi a été blessé d’une balle dans le pied. On le voit ici, sur cette gravure, adossé à un arbre tandis que son médecin, sa boîte de chirurgien ouverte près de lui, lui prodigue ses soins. Il convient de remarquer aussi entre cette boîte et le sabre de cavalier posés au sol, la botte ôtée du pied blessé, parce que…

 

454d3 Rome, museo Risorgimento, Garibaldi

 

…parce que cette botte est exposée au musée. Avec le trou provoqué par le projectile.

 

454d4 Rome, museo Risorgimento, Cavour

 

Assez parlé de Garibaldi. Certes, son action a été courageuse et décisive, mais trop souvent on oublie l’action diplomatique et politique du comte de Cavour. Ci-dessus, son masque mortuaire en plâtre. Et puis le courage… Je cite de mémoire Saint-Exupéry, en espérant ne pas changer ses mots : "J’ai enfin compris pourquoi Platon place le courage au dernier rang des vertus. Ce n’est pas fait de bien beaux sentiments : un peu de rage, un peu de vanité beaucoup d'entêtement et un plaisir sportif vulgaire. On croise les bras sur sa chemise ouverte et on respire bien. C’est plutôt agréable. Quand ça se produit la nuit, il s’y mêle le sentiment d’avoir fait une immense bêtise. Jamais plus je n’admirerai un homme qui ne serait que courageux". Mais Garibaldi n’était pas QUE courageux.

 

454d5 Rome, museo Risorgimento, Victor Emmanuel II

 

Et voici Victor Emmanuel II. Un petit rappel. Il est né en 1820 à Turin. Il participe comme officier à la première guerre d’indépendance, monte sur le trône en 1849 et traite avec Radetzky. En 1855, lors de la guerre de Crimée, sur les conseils de Cavour il envoie des soldats piémontais aux côtés de la France et de l’Angleterre contre la Russie. Lors de la seconde Guerre d’Indépendance contre l’Autriche, il obtient ainsi l’aide de Napoléon III en échange de la promesse de lui donner Nice et la Savoie. Puis, peu à peu, les différents États sont annexés ou s’unissent et en mars 1861 il est proclamé roi d’Italie. Ne manquent plus que la Vénétie qui rejoindra le royaume en 1866, et Rome le 20 septembre 1870. Il meurt à Rome en 1878 et est enterré dans le Panthéon.

 

454e Rome, museo Risorgimento, Europe 1815

 

Voici la mosaïque que constituait l’Italie en 1848, soit telle qu’elle était lorsque Victor Emmanuel II coiffa sa couronne. Il y avait du pain sur la planche. Les États Pontificaux sont au milieu, en jaune, à l’est et au sud du Grand Duché de Toscane. On voit aussi que le nord est occupé par le royaume d'Autriche-Hongrie.

 

454f1 Rome, toit du Vittoriano

 

Sur le flanc du Vittoriano, on peut, pour 7 Euros (sans gratuité pour les moins de 18 ans ni les plus de 65 ans, hélas), prendre un ascenseur qui vous hisse sur le toit du bâtiment. Là, on domine toute la ville avec vue sur 360°. Mais d’abord, je montre l’une des deux sculptures qui se détachent sur le ciel, le Quadrige de l’Unité, de Carlo Fontana. Lui fait face le Quadrige de la Liberté, de Paolo Bartolini.

 

454f2 Rome, toit du Vittoriano

 

Et voici un exemple de la vue que l’on a de là-haut. Le mont sur la droite est le Palatin, au pied duquel s’étend le forum. Au bout du forum, apparaissant en bien petit sur ma photo, c’est l’Arc de Titus, celui dont je parlais le 21 mars au sujet des Juifs obligés lors de l’intronisation des papes de se trouver sous ses sculptures représentant leur esclavage. Et puis, à gauche, on distingue le Colisée.

 

455a1 Rome, Capitole, Marc Aurèle

 

Et maintenant, une fois redescendus de là-haut, un petit tour au Capitole, jeter un coup d’œil à la statue de Marc-Aurèle, empereur de 161 à 180.

 

455a2 Rome, Capitole, Marc Aurèle

 

Ou plutôt, sur la place, c’est une copie. L’original est dans le musée. Je lui ai donc, ci-dessus, tiré le portrait à l’intérieur du musée. Il faut dire qu’à ma collection de statues parlantes romaines, il me manque Marforio, qui est le plus célèbre après Pasquino et qui n’est visible qu’avec un ticket d’entrée. Comme nous avons déjà visité longuement les Musées Capitolins et que pour mon âge l’entrée est gratuite, Natacha m’attend à la sortie. Impossible, passant dans tant de salles (l’entrée se fait par le Palais des Conservateurs, et Marforio est au Palazzo Nuovo, de l’autre côté de la place, où l’on accède après avoir traversé par le niveau inférieur), de ne pas m’arrêter en chemin, ou même de faire quelques (petits) détours. Natacha s’est étonnée de m’avoir attendu trois quarts d’heure pour faire une photo de Marforio…

 

455b Rome, musée Capitole

 

Je ne me suis pourtant pas attardé, puisque j’ai pris cette photo au cinquantième de seconde. Ce n’est rien, un cinquantième de seconde. Il s’agit d’une pierre votive dédiée à la déesse Céleste pour avoir effectué un heureux voyage sans encombres, aller et retour. Elle date du troisième siècle de notre ère et provient du temple de Céleste qui se trouvait sur le Capitole. Entre les "pieds de l’aller" et les "pieds du retour", au dessus d’une colombe gravée, figurent les mots "[C]aelesti Triun[f]ali, Iovinus [v]otum suum [r]estituit ", soit "À Céleste victorieuse, Jovinus offre [ceci] pour l’accomplissement de son vœu".

 

455c1 Rome, Marforio

 

455c2 Rome, Marforio

 

Je passe sous silence deux ou trois (ou un peu plus) choses qui ont attiré mon regard au passage, ainsi qu’un (petit) détour par la pinacothèque pour dire bonjour au Caravage et à son tableau La Bonne aventure que j’ai montré ici le 5 février et qui m’a attiré comme un aimant. Et le voici, notre Marforio. Mais il a beau être célèbre, ce géant languissamment étendu, il ne peut être aussi bavard que son compère Pasquino depuis que se sont fermées sur lui les portes du musée. Il a beau être dans la cour juste en face d’une sortie, sortie n’est pas entrée, on ne peut lui adresser la parole… ni la lui donner.

 

455d Rome, Santissimo Nome di Maria

 

Repassant devant la colonne Trajane, nous nous trouvons au pied de cette église du Santissimo Nome di Maria, l’église du Très Saint Nom de Marie. Tant de fois nous sommes passés devant elle sans nous y arrêter que nous décidons d’y jeter un coup d’œil.

 

455e Rome, Santissimo Nome di Maria

 

La richesse et la beauté de l’intérieur ne peuvent nous surprendre, car à Rome toutes les églises sont riches et belles. Rien de particulièrement remarquable, donc.

 

455f Rome, Santissimo Nome di Maria

 

La coupole, lumineuse, brillante, couverte d’or, attire cependant le regard.

 

455g Rome, Santissimo Nome di Maria

 

Je terminerai avec cette Vierge à l’Enfant, en marbre, qui date de 1550 et provient de l’église qui a précédé celle-ci, dédiée à saint Bernard. Les spécialistes estiment qu’elle a des caractères qui pourraient être attribués à Sansovino (1486-1570). Pour ma part, je suis bien incapable de le dire, mais elle me plaît. Son corps et même son visage sont un peu lourds, mais elle ne manque pas de grâce et j’aime son air absorbé par les gestes de son bébé. Quant à Jésus, une jambe jetée sur le genou de sa mère, l’autre jambe dans son giron, il se cambre en s’accrochant au bord de la robe pour tenter de découvrir le sein qu’il a envie de téter. Il y a là de la sensibilité, de l’invention, une statue qui ne ressemble pas à toutes les autres. En un mot, ce n’est pas une Immaculée Conception en robe bleue. Et je la trouve très moderne pour une Vierge du seizième siècle.

 

C’est sur ces réflexions (profondes et circonstanciées) que nous repartons vers notre métro et notre banlieue.

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 01:54

451a Rome, Anonyme, piazza del Popolo e il Pincio

 

On ne compte plus le nombre de fois où nous sommes passés par la piazza del Popolo. Notamment, le soir, souvent nous poussons jusque là la promenade avant de reprendre le métro. Mais jamais, dans ce blog, je ne me suis attardé à en parler autrement qu’en passant. Voici donc pour commencer une gravure (d’un anonyme) qui en donne une vue générale avec son obélisque, ses deux églises faussement jumelles dont je vais parler tout à l’heure, une grande statue qui n’existe plus aujourd’hui mais qui est représentée dans l’axe de l’obélisque, et à gauche, dominant la place, le Pincio. Les prés et les champs qui s’étendent sur la droite de cette vue sont aujourd’hui complètement urbanisés.

 

451b Rome, Flaminio

 

Dans le passé le visiteur, sauf s’il venait de Naples ou de la Sicile situés au sud, ou s’il arrivait par la mer et le port d’Ostie situé à l’ouest, entrait à Rome par le Nord. De Venise, Florence, Milan, Gênes, de France, d’Allemagne, de Pologne, de Russie, d’Angleterre, tous les voyageurs entraient dans Rome par la Porta del Popolo. Je ne sais si ceci, avec son pendant de l’autre côté de la route et une forte grille fixée sur son flanc et destinée à clore l’accès, est un octroi, une douane, mais on voit la Porta del Popolo derrière.

 

451c Rome, Flaminio

 

Franchissons ce lieu, et nous arrivons à la porte elle-même, et au mur qui clôt la ville.

 

451d Rome, Santa Maria del Popolo, vue de Flaminio

 

Juste derrière le mur, on aperçoit la silhouette de l’église Santa Maria del Popolo, où nous avons entendu un concert l’autre soir et qui contient deux remarquables Caravaggio, le Supplice de saint Pierre et la Conversion de saint Paul. Cette église donne sur la piazza.

 

451e Rome, piazza del Popolo

 

Cette vue est prise de derrière le mur qui clôt la ville et la piazza sur la droite. Une rue contourne la place juste au pied du mur, mais sur son autre côté le trottoir monte à plusieurs mètres de haut, permettant cette vue sur la piazza et sur le Pincio. On aperçoit aussi les deux églises au fond de la place.

 

452a Rome, Santa Maria di Montesanto

 

À l’opposé de la porte, la place s’ouvre sur trois rues en patte d’oie, que l’on appelle "il Tridente", le Trident. Droit en face, c’est ce fameux Corso, en diagonale vers la droite la via della Ripetta et en diagonale vers la gauche la via del Babuino. Chacun des deux angles est gardé par une église. Commençons par celle de gauche, Santa Maria di Montesanto, entre le Corso et la via del Babuino. Elle date du dix-septième siècle, et le Bernin (1598-1680) y a collaboré.

 

452b Rome, Santa Maria di Montesanto

 

On peut voir que l’église a une forme arrondie et que tout du long rayonnent des chapelles.

 

452c Rome, Santa Maria di Montesanto

 

Voûte baroque de la chapelle du Très Saint Crucifix. Aux murs, des toiles du dix-septième siècle ont été achetées en 1802 par le prince de Salerne, et sont aujourd’hui au musée Condé de Chantilly. Par quel miracle ? Peut-être bien fruit d’un vol au temps de Napoléon. L’histoire ne le dit pas, j’espère que ce n’est pas le cas.

 

452d1 Rome, Santa Maria di Montesanto

 

452d2 Rome, Santa Maria di Montesanto

 

Dans la chapelle des Âmes du Purgatoire se trouve ce tableau signé Riccardo Tommasi Ferroni et daté de 1981. Il s’agit du Dîner à Emmaüs. Je ne connais pas ce peintre, mais j’aime énormément son tableau. Le Christ est un peu soixante-huitard, il bénit le pain et le poisson posés sur des feuilles de quotidien déployées sur la table, autour de lui les jeunes sont cool, en marcel, jeans et baskets, ou bandana dans les cheveux, en pose relâchée, le violon posé au sol, tandis que derrière les adultes sont en tenue Renaissance et que Jésus porte la longue robe de l’Antiquité. Avec ces trois époques, le tableau prend des allures universelles. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de représenter Jésus en personnage pontifiant, ses disciples tenus à distance. S’il disait "laissez venir à moi les petits enfants", on peut supposer qu’il aimait jouer avec eux. Pourquoi alors ses disciples, tout en lui manifestant le plus grand respect, sans aucun doute, auraient-ils avalé leur parapluie quand ils étaient à table avec lui ? Le respect, pour moi, n’est pas systématiquement lié au formalisme.

 

452e Rome, Santa Maria di Montesanto

 

Il me semble intéressant de montrer ce plan de l’église.

 

453a Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Puis de passer immédiatement au plan de l’autre église, celle de droite, Santa Maria dei Miracoli. Également dix-septième siècle, également Le Bernin. Le dessin de ces deux églises est très habile. En effet, l’angle que fait la via del Babuino avec le Corso n’est pas exactement le même que celui que fait la via della Ripetta avec le Corso, et en profondeur non plus l'espace n'était pas identique. Il s’agissait alors de construire deux églises qui donnent la parfaite impression d’être jumelles, mais sans l’être réellement pour s’intégrer dans deux espaces différents. Voilà pourquoi je donne ici à comparer leur apparence d’une part, leur plan d’autre part.

 

453b Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Cela dit, je ne trouve pas que l’intérieur de l’une ou de l’autre soit d’un intérêt exceptionnel.

 

453c Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Toutefois, sous l’autel cette sculpture représentant la Cène est assez belle.

 

453d Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Dans la chapelle de la Madone de Betharram, est placée cette reproduction de la Vierge de… Betharram. Je crois connaître l’original mais je n’en suis même pas sûr, ce qui veut dire que je ne l’ai absolument pas dans l’œil, et que je ne peux dire si la copie est bonne. Il s’agit d’un marbre du début du vingtième siècle.

 

453e Rome, Santa Maria dei Miracoli

 

Dans l’une des chapelles se trouve santa Candida, ou sainte Candide. La notice explique que c’est une vierge et martyre sur qui l’on a très peu d’informations. Au temps de Dioclétien, en 303, un groupe de 270 chrétiens furent embarqués sur un bateau sans rames ni voiles et lancés sur le Tibre. Après trois jours de navigation au gré du fleuve, leur bateau s’est trouvé arrêté sur un rivage de l’île de Ponza. Là le gouverneur chercha à les faire apostasier, d’abord avec des promesses, puis des menaces d’atroces supplices, mais aucun ne céda. Tous périrent donc. La tradition dit que "Candide, la belle jeune fille" fut lacérée avec des pointes de fer puis son corps fut jeté à la mer, mais il fut ensuite rejeté sur le rivage, miraculeusement intact. Le pape Hadrien I (772-795) lui consacra une église hors les murs de la Porta Portense et y fit déposer ses reliques. Puis le pape Pascal I (817-824) les fit transférer dans l’église de Sainte Praxède, où son nom figure dans une longue liste de reliques. Et puis là s’arrêtent les explications. Comment sainte Candide est arrivée ici, ce n’est pas dit. À moins qu’elle n’y soit pas et qu’il n’y ait qu’une statue la représentant. Je l’ignore.

 

Et voilà ce que je peux dire aujourd’hui sur cette piazza del Popolo et sur ses deux églises.

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Published by Thierry Jamard
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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 00:49

450a Marathon de Rome

 

Nous souhaitons, aujourd’hui, visiter la synagogue et le musée juif. Nous descendons du métro à Barberini pour prendre un bus, mais le trafic est bloqué : nous sommes en plein Marathon de Rome. Eh bien nous irons à pied, admirant le courage de ces coureurs dont certains ne sont pas jeunes du tout.

 

450b1 Rome, synagogue

 

Dans les églises de Pologne, il offense Dieu de prendre des photos. À Rome comme à Paris, les touristes photographes ne sont pas considérés comme impies. De même, à Budapest on nous a laissés dans la synagogue en nous disant que nous pouvions rester aussi longtemps que nous voulions pour prendre nos photos, après nous avoir montré, dans le musée, ce qu’il était intéressant de photographier, mais ici à Rome tout est interdit. Je ne peux donc montrer que le bâtiment imposant, le "Temple Majeur" inauguré en 1904.

 

Les Juifs sont installés à Rome deux siècles avant les premiers chrétiens. Il ne s’agit donc nullement de la diaspora, et ils seront la seule communauté juive d’Europe à n’avoir jamais bougé. Les premiers chrétiens de Rome sont eux-mêmes des Juifs. Lorsqu’intervient, en 313, l’édit de Milan de Constantin instituant la liberté de culte, les chrétiens sont largement dominants en nombre, et les relations entre les deux communautés varieront selon les époques. Un antipape, Anaclet II, de la famille Pierleoni, est d’origine juive, or pour être antipape il n’en prétend pas moins à avoir autorité sur l’Église des chrétiens. Le pape Jean-Paul II, en avril 1986, visitera la synagogue, et le pape Benoît XVI vient d’en faire autant. Tout cela est positif, mais d’un autre côté ce n’est qu’en 1870 avec la brèche dans la Porta Pia qu’enfin est proclamée l’égalité des droits.

 

Le roi Wisigoth Sisebut se convertit au christianisme aryen et, en 613, publie un édit obligeant les Juifs d’Espagne à se faire baptiser, et ce furent les premiers baptêmes forcés mais, en dépit du pape saint Grégoire le Grand (590-604) qui s’était opposé à cette pratique en disant que la conversion devait résulter d’un désir spontané pour être valide, elle s’est perpétuée en s’appuyant sur le fait que le baptême est irréversible.

 

À l’instigation de saint Ignace de Loyola, le pape Paul III (1534-1549) créa en 1543 la Maison des Catéchumènes, où était dispensé un enseignement intense du christianisme et où parfois les jeunes étaient mis d’autorité et contre la volonté de leurs parents, où aussi entraient volontairement les personnes désireuses de vivre hors du ghetto et d’acquérir les mêmes droits que les chrétiens. Mais selon les années, seuls 3,5 à 5% des membres de la communauté juive décidaient de se faire baptiser soit, entre 1614 et 1798, seulement 1126 Juifs et 1085 Musulmans romains.

 

 450b2 Rome, Arc de Titus

 

Depuis le Moyen-Âge avec Calixte II en 1119, lors de l’investiture d’un nouveau pape, a lieu la cérémonie de "possession solennelle", censée rappeler l’entrée de Jésus à Jérusalem (dimanche des Rameaux). À cette occasion, le pape se rendait de sa résidence du Vatican ou, après 1724, du Quirinal, à sa cathédrale Saint Jean de Latran, où avait lieu l’investiture. Mais comme souverain temporel il allait à cheval, en une brillante procession, à travers la Rome monumentale. C’était une prise de possession et un rite de vœux de la population. Tout du long, des panneaux éphémères, en bois ou carton, artistiquement ornés, exprimaient les vœux. Les Juifs, bien sûr, devaient prendre part à cette procession qui symbolisait l’acceptation de la soumission au nouveau souverain.

 

En 1553, le pape Jules III (1550-1555) brûla le Talmud… En 1555, le pape Paul IV (1555-1559) créa le Ghetto… Au dix-huitième siècle, la section de trajet assignée aux Juifs pour l’acclamation et la décoration était comprise entre l’Arc de Titus (extrémité est du forum) et le Colisée. J’ai mis ici une photo prise un autre jour de l’intérieur de l’Arc de Titus, sous lequel les Juifs devaient se tenir. Il est décoré avec le défilé des Juifs réduits en esclavage après la destruction du temple de Jérusalem, et le Colisée aurait été construit par les Juifs pris comme butin de guerre et réduits en esclavage. Le choix de cette partie de la procession est donc particulièrement infamant.

 

Toutefois, le Traité de Westphalie (1648), la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), l’invasion des États Pontificaux par Bonaparte (15 février 1798) puis l’emprisonnement du pape par Napoléon, ainsi que sur cette période la montée de la bourgeoisie ont grandement affaibli le pouvoir temporel du pape. Ainsi, au dix-neuvième siècle, la pratique de la "Possession solennelle" par le nouveau pape s’est simplifiée jusqu’à effectuer le trajet en voiture, sans aucun apparat. Et puis il y a eu 1870, quand le pape a perdu Rome. Plus de possession…

 

450c1 Rome, Capitole

 

De la synagogue, nous nous sommes rendus au Capitole, et à cette place dessinée par Michel-Ange.

 

450c2 Rome, Capitole

 

De part et d’autre de l’escalier monumental qui y mène, la Cordonata de Michel-Ange, ces magnifiques Dioscures sont extrêmement célèbres. Ce sont des statues datant de la fin de l’Empire, qui ont été trouvées abattues au sol sur le Champ de Mars au seizième siècle, en piteux état, et qui heureusement ont retrouvé ici leur noblesse et leur beauté.

 

450d1 Rome, Scalinata Aracœli

 

Tout près se trouve ce gigantesque Vittoriano blanc et, collée à lui, Santa Maria in Aracœli.

 

 450d2 Rome, Scalinata Aracœli

 

Sous la façade nue et sévère de l’église (dont toutefois la partie supérieure était autrefois ornée de mosaïques) se dresse cet escalier lui aussi très austère de 124 marches, appelé la Scalinata. En 1346, une terrible épidémie de peste s’est abattue sur Rome et sur l’Italie (ce n’est pas celle que soigna saint Roch dont j’ai parlé le 16 mars puisque, né en 1340, il était trop jeune à l’époque). Depuis 1309 les papes résident en Avignon et en leur absence Rome, déchirée entre les factions d’aristocrates, sombre dans l’anarchie. Un certain Cola di Rienzo, un notaire passionné par l’Antiquité romaine et qui veut que sa Ville retrouve sa grandeur d’autrefois (n’est-ce pas aussi le rêve de Mussolini ?), est élu tribun en 1347. En 1348, il inaugure l’escalier construit en action de grâce à la Madone pour la fin de l’épidémie. Déguisé en empereur romain, il harangue le peuple, et est fait sénateur. Mais la puissante famille Colonna le fait assassiner. C’est un Colonna qui sera pape sous le nom de Martin V (1417-1431), et c’est un autre Colonna, Marcantonio, qui offrira après 1571 le plafond de l’église, comme je vais l’expliquer dans un instant.

 

450e Rome, S. Maria in Aracœli

 

Au début de notre séjour à Rome, le 20 novembre, nous avons déjà visité cette église. Mais je n’en avais presque rien dit, après bien d’autres visites notre œil n’est plus le même, aussi décidons-nous de retourner à Santa Maria in Aracœli. En latin, Ara = autel, et cœli = du ciel. Sainte Marie de l’Autel du Ciel. Ici s’élevait au premier siècle avant Jésus-Christ un temple de Junon. Quand l’empereur Auguste, au faîte de sa gloire, demanda à la sibylle de Tibur (actuelle Tivoli), appelée à Rome dans ce temple de Junon, si un jour il existerait au monde un homme plus grand que lui, elle fit apparaître sous ses yeux la Vierge et l’Enfant Jésus. Junon est la femme de Jupiter, le roi des dieux, et cela fait d’elle la déesse du ciel et pour cette raison un autel lui avait été élevé. Compte tenu du miracle d’Auguste avec la sibylle, on a plus tard voulu ici une église dédiée à la nouvelle Reine du Ciel, Marie. L’église primitive a été confiée par Grégoire le Grand à des moines grecs, l’église actuelle date du huitième siècle.

 

Les séances plénières du Parlement de Rome se tenaient dans le Palais des Sénateurs, mais les conseils majeurs et mineurs, comportant les délégations du peuple des treize régions de la Ville se tenaient dans cette vaste église.

 

450f1 Rome, S. Maria in Aracœli

 

Voici le plafond offert par Marcantonio Colonna en action de grâce après la victoire de Lépante. Le 7 octobre 1571, la flotte de la Sainte Ligue (États Pontificaux, Venise, Naples, Gênes, Malte, l’Espagne) commandée par Don Juan d’Autriche, un fils bâtard de Charles Quint, affronte dans le Golfe de Corinthe, en Grèce, près de Lépante (l’actuelle Naupacte) la flotte turque commandée par Ali Pacha. Derrière le Crucifix brandi par Don Juan, la Sainte Ligue remporte une victoire écrasante. Mais Cervantes, l’auteur de Don Quichotte, y perd son bras gauche. Évidemment, quand nous serons en Grèce à cet endroit j’aurai l’occasion d’en reparler.

 

450f2 Rome, S. Maria in Aracœli

 

Nous avons le nez en l’air, voyons donc ce détail du plafond, cette Vierge entourée de tout cet or.

 

450g1 Rome, S. Maria in Aracœli

 

450g2 Rome, S. Maria in Aracœli

 

450g3 Rome, S. Maria in Aracœli

 

Afin d’éviter le torticolis, à présent nous regardons vers le sol. Il est dû aux Cosmates, et c’est l’un des mieux conservés de toutes les églises de Rome. Il est splendide.

 

450h Rome, S. Maria in Aracœli, Pinturicchio

 

Dans cette chapelle de saint Bernardin de Sienne, les murs sont recouverts de fresques représentant la vie du saint, réalisées par le Pinturicchio (1454-1513) vers 1485. Ci-dessus, la fresque du mur de gauche montre la scène des funérailles.

 

450i1 Rome, S. Maria in Aracœli Bambino Gesù

 

450i2 Rome, S. Maria in Aracœli, Bambino Gesù

 

Parce que je suis en retard dans mon blog, j’ai pu retourner photographier le Santo Bambino, aujourd’hui "en visite" dans une autre paroisse. Cette statue est considérée comme miraculeuse, elle a le pouvoir de guérir. Enfin, disons –selon qu’y est lié du fétichisme ou de la foi– que c’est la statue ou Jésus qui guérit. Souvent, les deux sont très intriqués l’un dans l’autre, mais ici la distinction est essentielle car hélas ce n’est plus qu’une copie depuis qu’en 1994 l’original a été volé. Les fidèles sont innombrables à continuer d’honorer la copie.

 

450j1 Rome, S. Maria in Aracœli, Paul III

 

450j2 Rome, S. Maria in Aracœli , Grégoire XIII

 

De part et d’autre de la nef, deux grandes statues, œuvres caractéristiques de la Contre Réforme, représentent les papes Paul III Farnèse (1534-1549) qui, à travers le concile de Trente, a jeté les bases de la "nouvelle" Église catholique, et Grégoire XIII (1572-1585) qui a réformé le calendrier. En effet, avec le calendrier Julien (de Jules César), il y avait une année bissextile tous les quatre ans sans exception, ce qui supposait une année de 365 jours et 6 heures. Or l’année n’est que de 365 jours, 5 heures et 48 minutes. L’erreur était donc de 12 minutes par an, soit 120 minutes (2 heures) tous les 10 ans et 24 heures tous les 120 ans. Ce n’est pas rien, en seize siècles. Aussi Ce Grégoire XIII décida-t-il de rattraper en un instant le retard accumulé. Les gens se sont endormis le 4 octobre 1582 au soir et se sont réveillés le 15 octobre au matin, du moins ceux qui ont adopté immédiatement la réforme. En effet, en France, Henri III a un peu tardé, il est passé du 9 au 20 décembre de la même année 1582. Mais les anglicans ont refusé de suivre le pape et l’Angleterre adoptera le calendrier grégorien en 1752, alors que les Espagnols, très catholiques, l’ont suivi, ce qui fait que Shakespeare et Cervantes, tous deux morts le même jour (le 22 avril 1616 pour nous), n’ont pas été déclarés morts à la même date. Par ailleurs, la fête des saints étant fixée au lendemain de leur mort, sainte Thérèse d’Avila, morte le 4 au soir, est fêtée chaque année le 15 octobre. J’ajoute que pour ne pas troubler l’ordre des jours de la semaine et maintenir la régularité de la célébration du dimanche, jour du Seigneur, tous les 7 jours, on est passé du jeudi 4 au vendredi 15 octobre.

 

Et puis je ne résiste pas (c’est ça, un vieux prof) au désir de commenter le mot "bissextile". Dans l’Antiquité romaine, les dates se décomptent en reculant par rapport à un jour fixe. Par exemple le premier jour du mois s’appelant les calendes, le 31 mars sera appelé la veille des calendes d’avril, le 28 février la veille des calendes de mars. Dans le calcul, on décompte le jour de départ et le jour d’arrivée, ce qui veut dire que le 30 mars, 2 jours avant le premier avril, sera (le 30-le 31-le 01) le troisième jour avant les calendes d’avril. C’est ainsi que l’on dit "dans huit jours" pour une semaine de sept jours, et de même "dans quinze jours" pour deux semaines. C’est ainsi également que Jésus, mort sur la Croix le vendredi est ressuscité "le troisième jour", le dimanche, en fait deux jours plus tard. Dans le calendrier julien, le 24 février est le "sixième jour avant les calendes de mars". Sixième se dit sextilis en latin. Et tous les quatre ans, il y avait un deuxième sixième jour, un bis-sextilis. D’ou le nom d’année bissextile. Et tant que j’en suis au calendrier, les dates repères sont les calendes pour le premier jour, les nones le 5 du mois et les ides le 13, sauf en mars, mai, juillet et octobre où nones et ides sont le 7 et le 15 respectivement. Né le 21 juillet, je peux dire le douzième jour avant les calendes de septembre. Natacha, le 4 janvier, la veille des nones de janvier. Cette année, les vacances de printemps commencent le 3 avril en zone B, le 10 en zone A et le 17 en zone C, soit le troisième jour avant les nones d’avril en zone B, le quatrième jour avant les ides d’avril en zone A et le seizième jour avant les calendes de mai en zone C.

 

450k1 Rome, S. Maria in Aracœli 

450k2 Rome, S. Maria in Aracœli

 

En haut de la nef, de part et d’autre, on trouve de beaux ambons, pour la lecture de l’évangile d’un côté, de l’épître de l’autre. Ils sont signés Lorenzo di Cosma, et Giacomo di Cosma (son fils), qui les ont réalisés au douzième siècle.

 

450k3 Rome, S. Maria in Aracœli

 

Leur travail est remarquable de finesse. Sur mes photos, on peut remarquer les minces colonnettes qui les ornent. Ci-dessus, je montre en très gros plan un détail de l’une d’entre elles où l’on peut admirer la minutie de la composition.

 

450L Rome, S. Maria in Aracœli

 

À l’honneur sur le maître autel, cette icône du dixième siècle représente la Madone de l’Aracœli. Elle est peinte sur bois de hêtre et fait l’objet d’une grande vénération. Et pour ma part je la trouve très belle.

 

450m1 Rome, S. Maria in Aracœli

 

Cette représentation du mariage de la Vierge est manifestement moderne. Jusqu’en 1974 le sujet était traité sur un tableau maniériste du dix-septième siècle d’influence napolitaine et flamande, où Joseph passait l’anneau au doigt de Marie devant le prêtre lourdement vêtu d’une chasuble brodée d’or, avec en arrière-plan Joachim et Anne, ainsi que deux garçons dont l’un qui regarde droit dans les yeux le visiteur du tableau et qui a une apparence tout à fait contemporaine de l’œuvre est à n’en pas douter le peintre lui-même. Mais ce tableau a été volé en 1974, et je ne le connais que par la photo de mon livre. Il a été remplacé par celui-ci, signé d’un inconnu Y. C. Carrillo. L’interprétation est radicalement différente, même si, comme sur l’autre, Marie tend son annulaire droit, ce qui n’est pas la coutume catholique. Et si je déplore le vol parce qu’il fait disparaître une œuvre du passé, je ne regrette pas le remplacement par cette peinture contemporaine. Marie est si jolie, si douce, si convaincue aussi, ses doigts sont si fins. Et puis j’aime la lumière, le paysage esquissé à l’arrière-plan, tout.

 

450m2a Rome, S. Maria in Aracœli

 

450m2b Rome, S. Maria in Aracœli

 

Rien à voir avec cette Madone du Refuge des Pécheurs, une œuvre de l’école de Sienne datant du quinzième siècle. Dans sa chemise transparente, Jésus nous regarde en coin. La façon dont il se tourne vers nous, le traitement du tissu, la tendresse entre mère et fils, cela se veut réaliste. Mais Jésus touche le menton de sa mère de la main gauche, sa main droite est en l’air, ses pieds ne reposent sur rien, et il n’est assis que sur le bord du bras de Marie. Ce n’est que par le soutien du Saint-Esprit s’il ne tombe pas. Bien sûr je plaisante et cette composition ne me gêne pas car je n’ai que faire du réalisme physique dans ce genre de représentation, mais seulement je me rappelle que ce genre de critique (si les statues se relèvent elles vont se fracasser le crâne sur le plafond de leur niche) a coûté la vie à Apollodore de Damas. Mais j’en ai déjà parlé le 15 novembre et le 24 février, c’est assez.

 

450m3 Rome, S. Maria in Aracœli, st Antoine par Gozzoli

 

La chapelle de saint Antoine de Padoue est décorée par Benozzo Gozzoli (1420-1497), collaborateur de Fra Angelico. Je ne suis pas un inconditionnel de Gozzoli, alors que j’adore Fra Angelico.

 

450n1 Rome, S. Maria in Aracœli, Donatello

 

450n2 Rome, S. Maria in Aracœli, Donatello

 

La pierre tombale de Giovanni Crivelli est appliquée au mur. À l’origine, elle était au sol et les pas des fidèles et des visiteurs ont beaucoup effacé ses reliefs, et ont complètement fait disparaître la signature, pourtant illustre puisqu’il s’agit de Donatello (1386-1466).

 

450o Rome, S. Maria in Aracœli, Barberini

 

Les abeilles d’Urbain VIII Barberini sont omniprésentes à Rome. Ici, elles sont sous forme de vitrail. Fort beau, d’ailleurs.

 

450p Rome, S. Maria in Aracœli, extérieur

 

Ressortons de l’église par la porte latérale, côté droit. À l’extérieur, au-dessus de la porte, cette belle mosaïque est une œuvre des Cosmates. Le sol, les ambons, cette mosaïque… Et c’est par elle que nous terminerons cette journée.

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:41

Après plusieurs visites à la basilique des Santi Quattro Coronati et à son monastère, je vais enfin en parler aujourd’hui, et aussi en montrer beaucoup de photos parce que, si ce n’est pas l’un des hauts lieux touristiques de Rome, c’est néanmoins l’un des lieux qui m’ont le plus marqué.

 

Nous sommes sur une excroissance du mont Cœlius. À la base et sur les flancs, à l’époque de la République, ce sont des constructions populaires modestes, mais au sommet la position dominante voit s’installer de riches maisons. L’une d’entre elles devient un "titre" où se réunissent régulièrement les chrétiens. Quand ? Difficile à dire, mais en tous cas après Constantin et la liberté de culte. En 595 un premier document signale que participe au synode de Grégoire le Grand un certain "Fortunatus, prêtre du titre des Quatre Saints Couronnés". Un titre, le même semble-t-il, existait déjà en 499 appelé "Émilien". Quant à l’église, il en est question au septième et au huitième siècles, mais probablement n’est-ce qu’une façon de parler d’une simple salle du titre adaptée à cette fonction et consacrée comme église. Toutefois, a été retrouvé un fragment du pavement du septième siècle dans une nef latérale devenue aujourd’hui réfectoire.

 

Ce qui est sûr, c’est qu’une première vraie église a été bâtie ici par le pape saint Léon IV (847-855). Les Normands de Robert Guiscard la ravagèrent en 1084. Sans cesse, je suis amené à parler des saccages de 1084. C’est sans aucun doute très bien, que Grégoire VII (1073-1085), opposé à l’empereur germanique Henri IV dans la Querelle des Investitures, assiégé dans le château Saint-Ange, soit délivré et réinstallé au Latran, mais le vandalisme des troupes de son sauveur normand est un lourd tribut à payer pour Rome, sans compter d’innombrables Romains tués ou vendus comme esclaves… Gregorovius écrit que "l’édifice fut réduit en cendres" et les travaux effectués en 1912-1914 ont en effet mis au jour tout plein de marbres brûlés, ce qui signifie que même les murs de l’église se sont effondrés, comme tout le quartier, du Latran au Colisée.

 

445a Rome, Santi Quattro Coronati

 

 

445b Rome, Santi Quattro Coronati

 

 

Le pape Pascal II (1099-1118) va reconstruire l’église, mais en la fortifiant pour lui donner les moyens de se défendre et, surtout, constituer une protection pour le Latran. C’est face à la poursuite de la Querelle des Investitures et à deux antipapes que Pascal II parvint à mener les travaux à San Clemente et aux Quattro Coronati.

 

445c1 Rome, Santi Quattro Coronati

 

445c2 Roesler, SS Quattro Coronati à Rome

 Je laisse aux guides touristiques le soin de parler des agrandissements, réductions, restaurations qui se sont succédé. Un seul point : la chapelle Saint Sylvestre qui m’impressionne tant est due au cardinal Étienne, titulaire de Santa Maria in Trastevere, en 1246. De la petite place qui sert de parvis, nous voyons d’abord le campanile du neuvième siècle qui a échappé à la destruction. L’aquarelle de Roesler est à rapprocher de ma première photo, où l’on reconnaît la tour ronde et le long mur suivi d’une tour carrée.

 

445d1 Rome, SS Quattro Coronati, 1ère cour

 

  Franchissant le portail d’entrée en croisée d’ogive, on se trouve dans une première cour. Je dis "première" parce que sur ma photo on peut distinguer, après le grand portique au fond, un carré de lumière au sol : il y aura une seconde cour.

 

445d2 Rome, SS Quattro Coronati, 1ère cour

 

Sur cette vue, on se retourne vers le portail d’entrée. On voit donc que cette cour est bordée au fond et à droite (à gauche si on se retourne…) par un portique. Tout autour de cette cour (et de la seconde) sont les bâtiments du monastère créé en 1116 par le pape Pascal II pour qu’une petite communauté de moines qu’il y installa prenne en charge la basilique.

 

Mais très vite, dès 1138, l’état de la basilique laisse à désirer, et par une bulle du 21 mai le pape Innocent II (1130-1143) donne le couvent à des Bénédictins de Sainte Croix de Sassovivo, en Ombrie, qui en font le lieu d’hébergement de leur abbé lorsqu’il vient à Rome rencontrer le pape au Latran tout proche, et pour toutes sortes d’autres personnages de passage. Là a été reçu le roi Sigismond de Hongrie en 1433. Il n’empêche : tout le temps où la papauté a résidé en Avignon, de 1309 à 1377, le complexe conventuel et basilical a été bien oublié.

 

De nouveau en piteux état au milieu du seizième siècle, le monastère est confié en 1562 aux sœurs Augustiniennes pour y transférer, à l’air sain et –à l’époque– campagnard les orphelins jusqu’alors hébergés au cœur de la ville, sur l’île du Tibre, avec mission de les former "non seulement aux usages et vertus chrétiens, mais encore à tous les exercices domestiques et qui accompagnent le gouvernement d’une famille".

 

445e1 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

445e2 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

Maintenant nous passons dans la deuxième cour. J’ai dit que je ne raconterais pas l’histoire des évolutions architecturales. Disons seulement que cette cour remplace les dernières travées de la nef de la basilique d’origine.

 

445e3 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

D’ailleurs, dans le mur latéral de cette cour, on peut voir les colonnes d’origine, qui séparaient la nef principale du bas-côté. On peut également se rendre compte que ces chapiteaux disparates sont, en partie du moins, de réemploi.

 

445f1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Et nous voici devant la porte d’entrée dans la basilique, sous le porche de la seconde cour. Au-dessus de cette porte, une fresque de la fin du seizième siècle représente les Quatre Saints Couronnés à qui est dédiée cette église. Le moment est donc venu pour moi de dire qui ils sont. Et cela, c’est difficile. En effet, presque dès le début, personne ne sait exactement, parce qu’il y a deux versions. Et dans le doute, les fresques du complexe représentent tantôt les uns, tantôt les autres. Mais ce qui est sûr, c’est que s’ils sont dits "couronnés", c’est parce que leur martyre leur vaut cette couronne. Et aussi qu’ils sont du temps de l’empereur Dioclétien (284-305).

 

445f2 Rome, SS Quattro Coronati

 

445f3 Rome, SS Quattro Coronati

 

L’une des séries concerne quatre soldats de la garde d’honneur de Dioclétien. Lors d’une cérémonie dans les thermes de Trajan, les soldats durent sacrifier au dieu Esculape, dieu de la médecine, pour la santé de leur empereur mais ces quatre-là, convertis au christianisme, refusèrent de se joindre à leurs camarades. Ils furent mis à mort par flagellation avec des fouets munis de billes de plomb. Évidemment, seule la première fresque est au-dessus de la porte, à l’extérieur, mais puisque je traite de ce sujet j’ajoute des photos prises à l’intérieur de l’église.

 

445g1 Rome, SS Quattro Coronati

 

L’autre série, curieusement, parle de cinq martyrs, mais dans l’iconographie on n’en représente que quatre, pour se conformer à l’appellation de la basilique. Ceux-là sont des sculpteurs sur pierre qui, avec de nombreux autres, travaillent pour Dioclétien dans les carrières de l’ouest de la Pannonie (Slovénie actuelle) sur des blocs que des esclaves carriers viennent d’extraire. Chargés de faire une représentation du soleil, ils l’exécutent avec zèle. Mais ensuite, satisfait de leur œuvre, l’empereur leur demande de réaliser une statue d’Esculape pour sa propre santé. Ce que nos cinq chrétiens refusent. Ils sont alors sommés de sacrifier au dieu soleil devant leur propre sculpture devenue objet de culte, ce qu’ils n’avaient pas prévu. Or Tertullien (environ 150 – environ 222) avait distingué "le simple ornement", œuvre d’art, de "ce qui tient à l’idolâtrie". Ils refusent donc.

 

445g2 Rome, SS Quattro Coronati

 

445g3 Rome, SS Quattro Coronati

 

Le tribun Lampadius, chargé de l’affaire, doit les exécuter par les "scorpions", des verges épineuses, mais meurt subitement. Dioclétien furieux que, pense-t-il, ils aient jeté un sort sur son tribun et voulant venger la douleur de la veuve, fait jeter les cinq sculpteurs dans le fleuve Sava (celui qui baigne Ljubljana), enfermés dans des caisses de plomb. Quarante-deux jours après, le chrétien Nicodème retrouve les caisses dans le fleuve et rapporte les corps dans sa maison. C’est ce que l’on aperçoit très difficilement en arrière-plan de la dernière photo. Comment les corps sont venus à Rome, ce n’est pas dit.

 

445h Rome, SS Quattro Coronati

 

Depuis que nous voyons l’histoire de ces saints couronnés, nous avons donc pénétré dans la basilique. Stendhal : "Nous remarquons dans ces petites églises antiques des tableaux qui, dans les galeries Doria ou Borghèse, n’attireraient pas notre attention. On est touché facilement en présence de ces colonnes qui virent les martyrs des premiers siècles ; on oublie les excès de leurs successeurs et l’émeute de Nogent-le-Rotrou, le 27 décembre 1828. Les jours où l’on a le malheur de se souvenir de l’Inquisition, il ne faut pas entrer dans ces petites églises peu ornées : elles feraient horreur. Le crime a besoin d’être caché sous de pompeux ornements".

 

Ce tabernacle n’est pas sur l’autel principal, il a été déplacé dans le bas-côté gauche. Il date d’Innocent VIII (1454-1492). Les peintures latérales, saint Pierre à gauche avec ses clés, saint Paul à droite avec son épée, ont été ajoutées au dix-septième siècle.

 

445i1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Depuis que nous sommes à Rome, nous reconnaissons au premier coup d’œil les œuvres des Cosmates. Et il est évident que ce pavement est cosmatesque, avec ses marbres de différentes couleurs, et avec ses huit entrelacés.

 

445i2 Rome, SS Quattro Coronati

 

Et, comme toujours avec les Cosmates, le sol des bas-côtés est fait de rectangles représentant tous des figures différentes. Mais ici, nous avons la preuve manifeste, avec ce marbre gravé retaillé de travers, que certaines parties sont faites de dalles de réemploi.

 

445j1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Je n’ai pas l’explication de ce que représente cette fresque du bas-côté gauche, avec ce pape en bateau et ses deux compagnons. Tous trois sont auréolés, ils sont donc saints. J’aime cette image, où l’on aperçoit les poissons dans la mer, et la naïveté du dessin avec ces trois personnages dans un bateau qui serait trop petit pour un seul d’entre eux, mais ils sont en même temps si expressifs…

 

445j2 Rome, SS Quattro Coronati

 

Ici, nous sommes passés dans le bas-côté droit. Cette peinture terrible représente saint Barthélémy qui, comme on sait, a été écorché vif. Il porte sa peau en écharpe sur l’épaule, et tient dans la main le couteau qui a servi à son horrible supplice.

 

445j3 Rome, SS Quattro Coronati

 

J’aime infiniment mieux cette autre peinture que nos deux livrets sur l’église, complets et savants, appellent une pietà. Pour moi, une pietà représente le Christ descendu de la croix et reposant sur les genoux de sa mère. Mais peu importe, je trouve splendide ce Christ du quatorzième siècle au visage si doux, avec un demi-sourire dans la mort. Le peintre a voulu montrer la souffrance en constellant son corps de gouttes de sang. Et derrière, les anges tiennent le suaire qui va l’envelopper, celui de gauche est un peu abîmé, mais quelle expression de pitié et de tristesse sur le visage de celui de droite ! Merveilleuse sensibilité de l’artiste.

 

445k Rome, SS Quattro Coronati, chapelle Sta Barbara

 

Sur le côté, une chapelle est consacrée à sainte Barbara. Même si la plupart de ses fresques ont hélas disparu (on voit ici au milieu une Vierge à l’Enfant, et en haut on aperçoit un épisode de la vie de sainte Barbara), la chapelle n’a pas été détruite lors du sac de Rome par les Normands en 1084. En effet, elle est antérieure à cette catastrophe, puisqu’offerte par Léon IV au neuvième siècle. La disparition des fresques qui recouvraient la voûte, les parois, les absidioles est due à l’humidité et au temps, mais elles dataient, elles, du douzième siècle.

 

446a Rome, SS Quattro Coronati

 

Et puis il y a le cloître. Cosmatesque, lui aussi. Il date du début ou du milieu du treizième siècle.

 

446b Rome, SS Quattro Coronati

 

On distingue au centre cette fontaine qui a été réalisée en 1913 en superposant deux vasques médiévales qui se trouvaient abandonnées dans le monastère.

 

448a Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Mais ce qui constitue à mon avis le clou de la visite c’est la chapelle San Silvestro (je suis triste que mon cher Bibendum ne donne aucune étoile aux Quattro Coronati dans leur ensemble et seulement une timide petite étoile pour cette merveilleuse chapelle). Il ne s’agit nullement d’une chapelle latérale de la basilique, mais c’est un oratoire auquel on accède à partir du parloir ouvert sur la seconde tour. On sonne, une religieuse cloîtrée apparaît derrière une grille et demande, très modestement, un petit Euro par personne, moyennant quoi elle appuie sur un bouton qui ouvre la porte, en face, de cette chapelle. Et là, je suis resté ébloui. À hauteur de vue, les murs déroulent comme une bande dessinée l’histoire de saint Sylvestre I, trente-troisième pape de janvier 314 à sa mort le 31 décembre 335. Il a donc assumé ses fonctions pontificales après l’édit de Milan (313) établissant la liberté de culte dans tout l’Empire. Par conséquent son histoire telle que racontée est enjolivée et déformée, comme on va le voir. Il aurait baptisé Constantin au baptistère de San Giovanni à Rome, alors qu’en réalité il était mort depuis deux ans lorsque Constantin a été baptisé sur son lit de mort, en 337, à la résidence impériale de Nicomédie (actuelle Izmit, en Turquie). En revanche, on peut à bon droit lui attribuer la consécration de cinq basiliques ou lieux de culte : San Giovanni in Laterano, le baptistère de San Giovanni, Saint-Pierre du Vatican, Saint Laurent hors les Murs, Santa Croce in Gerusalemme. Il a été enterré à la catacombe de Priscilla, sur la via Salaria puis, comme on l'a vu hier, transporté dans la basilique qui porte son nom, en centre ville.

 

448b1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

448b2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

De chaque côté de l’entrée du presbyterium, c’est-à-dire du chœur, sur les flancs de l’arche, se font face les représentations en pied des deux héros de cette fresque. Je montre ici le détail de leurs visages, saint Sylvestre d’abord, Constantin ensuite. Et maintenant, désolé, je ne suis pas capable de couper dans la "bande dessinée", cela va être long…

 

448c1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Constantin est atteint de la lèpre. La peau de son visage et de ses mains est constellée de marques rouges qui figurent les atteintes de la maladie. En face de lui, un groupe nombreux de femmes avec leurs enfants tentent de le rassurer.

 

448c2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Une nuit, dans son sommeil, l’empereur a un songe. Il voit au pied de son lit les saints apôtres Pierre et Paul qui lui conseillent de faire appel à Sylvestre. Comme on le voit, il dort avec sa robe brodée d’empereur, avec sa couronne sur la tête, avec un serviteur qui l’évente. Et il est toujours marqué par sa lèpre.

 

448c3 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

À son réveil, Constantin, ému par son rêve, envoie trois messagers à cheval. Ils se dirigent vers le mont Soratte où Sylvestre s’est réfugié dans un ermitage pour fuir les persécutions des chrétiens. Le dessin est minutieux : le premier a une robe verte et une chasuble rouge, le second une robe rouge et une chasuble verte, le dernier une robe verte et une chasuble blanche.

 

448c4 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Les trois émissaires gravissent le mont Soratte vers l’ermitage où les reçoit Sylvestre avec deux de ses acolytes. Et l’on reconnaît les vêtements des messagers, qui sont toujours dans le même ordre qu’à cheval.

 

448d1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Nous sommes à Rome maintenant, où Sylvestre a accepté de se rendre en compagnie de ses deux acolytes. Constantin lui a raconté son rêve et la raison pour laquelle il lui a demandé de venir mais, païen, il n’a pas identifié les deux hommes qui lui sont apparus. Dans ce récit, Sylvestre pense reconnaître l’intervention de Pierre et de Paul. Il montre leur image à Constantin, qui confirme que c’est bien eux qu’il a vus. Je trouve bidonnant que Sylvestre se balade avec en poche les photos des apôtres.

 

448d2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Dieu a envoyé à Constantin cette maladie pour lui donner l’occasion de Le rencontrer. Si l’empereur se convertit, il sera guéri. Constantin subit ici le baptême par immersion. Des serviteurs tiennent l’un sa robe impériale, l’autre sa couronne, et lui est nu dans le baptistère tandis que Sylvestre lui administre le sacrement du baptême. On voit que la peau de l’empereur, immédiatement, avant même qu’il sorte de la cuve baptismale, est redevenue normale.

 

448d3 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Sylvestre siège sur un trône. Constantin ploie le genou devant lui et lui remet la tiare pontificale. Il lui a en outre proposé la couronne impériale, que le pape a refusée et qui est donc, non pas sur la tête de Constantin, mais dans les mains d’un personnage juché en haut à droite dans un palais. Une inscription très difficilement lisible (et qui n’est pas sur ma photo) dit qu’il s’agit du Capitole. Un autre personnage tend au pape une ombrelle rayée rouge et or. Enfin, on voit que l’empereur tire par la bride un cheval blanc, qui va se retrouver sur la "vignette" suivante. L’empereur donne la tiare, le pape la couronne, et quelques siècles plus tard on va se retrouver avec la querelle des investitures, qui doit couronner qui, au cours de laquelle on ne manquera pas de faire référence à ces événements.

 

448d4 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Cette fois-ci, l’empereur a remis sa couronne sur sa tête, mais il a invité Sylvestre, tiare en tête, à monter sur le destrier blanc qu’il lui a amené et qu’il conduit par la bride, lui-même marchant à pied en signe d’hommage. De l’autre main, il montre un palais, qui est sans doute le Latran, et dont il lui fait cadeau. On tient au-dessus du pape l’ombrelle qui lui a été donnée, tandis que le cortège est précédé de deux dignitaires portant l’un la Croix, l’autre l’épée, symboles des deux pouvoirs, le spirituel et le temporel.

 

448e Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Sur la gauche, la fresque est détériorée. J’ai donc coupé ma photo. On perd la représentation du pape Sylvestre, c’est dommage. En face de lui, le rabbin Zambai. Ils débattent au sujet de la prééminence du christianisme sur le judaïsme, ou l’inverse. Entre eux, deux juges. Dans le groupe qui entoure le rabbin, on distingue une femme qui porte une couronne sur la tête. C’est Hélène, la mère de l’empereur, qui n’est pas encore convertie au christianisme et choisit le camp des Juifs. Les Juifs, suivant la coutume de l’Ancien Testament, ont sacrifié un taureau, que l’on voit le mufle à terre. Par la seule puissance de la voix et, évidemment, avec l’aide de Dieu qui se range à ses côtés, Sylvestre ressuscite le taureau, que l’on aperçoit à l’extrême gauche de l’image.

 

448f Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Hélène, future sainte Hélène, est maintenant convertie. Elle est partie pour la Terre Sainte. On sait que c’est elle qui a rapporté de Jérusalem la Scala Santa en face du Latran, et la colonne de la flagellation, à Santa Prassede. Ici, nous sommes sur le Golgotha. On voit un ouvrier, pioche en main, qui vient de déterrer trois croix. Pour distinguer celle du Christ de celles des deux larrons, elle les approche l’une après l’autre d’un mort. Seule la Vraie Croix va le ressusciter. Ce mort, c’est l’homme que l’on voit au premier plan, étendu mais en train de se relever. Son visage et ses mains ont repris leur apparence vivante, mais la peau de ses jambes est verte, corrompue par la mort et pas encore revenue à la vie.

 

Et voilà la fin de cette frise. Il y avait autrefois une dernière image, mais elle est complètement endommagée et on ne voit plus ce qu’elle représente. Il s’agissait du pape saint Sylvestre rapportant la Vraie Croix à Rome. Hélène aurait gardé le fragment rapporté dans son palais, et après sa mort son fils Constantin aurait transformé en église cette partie du palais. C’est l’église Santa Croce in Gerusalemme où l’on peut voir ce fragment de croix.

 

Il a fallu s’arracher à cette chapelle San Silvestro et quitter les Santi Quattro Coronati. Dur, dur.

 

Cette basilique des Quatre Saints Couronnés est à mi-chemin de San Giovanni in Laterano et du Colisée. Le métro, en arrivant, nous a laissés à San Giovanni, nous nous rendons facilement à pied ce soir au Colisée et, de là, en longeant le forum, à la basilique des saints Côme et Damien qui a pris la place du temple de Romulus et que nous avons déjà visitée le 24 février. Et puis nous continuons notre promenade dans Rome en nous rendant au Corso.

 

449a Rome, exposition Edward Hopper

 

En effet, nous désirons beaucoup voir l’exposition temporaire Edward Hopper. Nous avons déjà eu l’occasion de voir une exposition à Paris il y a quelque temps, mais ici les œuvres exposées sont, paraît-il, différentes. Natacha est contente de le voir, mais ne raffole pas de lui. Moi, au contraire, j’aime beaucoup. Mais évidemment il n’est pas question que je montre ici des tableaux de lui parce que, comme on peut s’en douter, la photo est interdite. Alors juste quelques mots. Cet Américain d’origine anglaise, galloise, néerlandaise est né le 22 juillet (tiens, comme ma grande sœur) 1882 (oh, pas du tout comme elle !). Il effectue son premier voyage à Paris en 1906, en 1907 il continue sur Londres, Amsterdam, Berlin, Bruxelles. Il revient à Paris en 1909 et, en 1910, il effectue son dernier voyage à l’étranger en revenant à Paris et en allant en Espagne. Il meurt en 1967. Nous verrons bon nombre de tableaux représentant des vues de Paris.

 

449b Rome, exposition Edward Hopper

 

L’un de ses tableaux les plus célèbres (et à la suite de son exposition parisienne, j’avais lu un roman qui s’en était inspiré) s’intitule The Nighthawks (Les Noctambules). Il n’était pas aux cimaises à Rome aujourd’hui, mais avant l’accès aux salles, on pouvait voir cette reconstitution à l’aide de mannequins grandeur nature qui rend parfaitement l’atmosphère du tableau tel qu’il est dans ma mémoire.

 

Très intéressant aussi à voir, certaines ébauches de ses tableaux sur lesquelles il a porté des indications sur les couleurs et nuances à employer, et à côté le tableau réalisé. On peut ainsi voir comment il l’a composé et ce qu’il a voulu y montrer. Mais puisque je ne peux, moi, montrer cela, j’en resterai là. Retour au bercail.

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Published by Thierry Jamard
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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 21:16

443 Rome, piazza di Spagna

 

 

Aujourd’hui nous allons visiter une seule église avant d’aller flâner en ville, mais il y a tant à dire à son propos... Descendant du métro à la station Spagna, je succombe, je prends cette photo de l’escalier qui monte de la piazza Spagna à l’église de la Trinità dei Monti.

 

444a1 Rome, San Silvestro in Capite

 

444a2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Cette église que nous allons visiter, San Silvestro in Capite, se trouve au cœur de la ville. Certes, aujourd’hui la physionomie des lieux a bien changé, et la ville s’est amplement étendue en créant de nouveaux quartiers, mais au Moyen-Âge et encore à la Renaissance le voyageur arrivant du nord par la via Flaminia franchissait l’arc de Domitien et prenait, juste en face, la via Lata (la "rue Large", aujourd’hui plus étroite et nommée "Corso"). Après quelques centaines de mètres, il voyait sur sa droite la basilique de San Lorenzo in Lucina, et un peu plus loin, il avait à sa gauche l’église et le monastère de San Silvestro in Capite. Le monastère, c’était ce grand bâtiment accolé au flanc droit de l’église.

 

444b1 Rome, la poste, ex-monastère

 

Je dis bien "c’était" parce que lorsqu’en 1870 Rome a été confisquée à la papauté et est devenue la capitale de l’Italie unifiée, les congrégations religieuses ont été expulsées et, en 1876, ce monastère de Clarisses est devenu la poste centrale de Rome. C’est là, entre autres, qu’arrive le courrier en poste restante. Hé oui, si l’on en doute voici une photo de l’intérieur qui permet d’apprécier les colonnades du cloître, les fresques du plafond… et les panneaux des services postaux.

 

444b2 Rome, la poste, ex-monastère

 

D’ailleurs, dès le porche d’entrée, on est accueilli par quelques objets fixés aux murs qui montrent que le lieu est autre qu’un bâtiment moderne fonctionnel.

 

444b3 Rome, la poste, ex-monastère

 

444b4 Rome, la poste, ex-monastère

 

Sur la photo montrant que c’était bien la poste, on a pu apercevoir les plafonds. En voici deux photos en gros plan. Nos bureaux de poste ne sont pas tous ornés de cette façon, hélas.

 

444b5 Rome, la poste, ex-monastère

 

Allez, encore une image de la poste, monastère dont je vais parler tout à l’heure, en même temps que de la création de l’église.

 

444c Rome, San Silvestro in Capite

 

Nous franchissons le porche de l’église et nous trouvons dans l’atrium, une petite cour étroite parsemée de plaques et de statues.

 

444d Rome, San Silvestro, tête de st Jean-Baptiste

 

L’église s’appelle "in Capite". Lorsque le nom apparaît au début, c’est souvent aussi "de Capo" ou "de Capite". Soit "Saint Sylvestre à la Tête". Et cette tête est celle de saint Jean Baptiste. Désolé, je vais être long, mais cela demande des explications. On se rappelle que Jean-Baptiste avait dénoncé le coupable mariage du tétrarque de Galilée et de Pérée Hérode Antipas avec sa belle-sœur Hérodiade (la femme de son demi-frère), ce qui lui avait valu d’être jeté en prison dans la forteresse de Machærus, en Pérée, sur la Mer Morte, et de susciter en prime la rancune tenace d’Hérodiade. Lorsque, séduit par la danse des sept voiles dont s’était dévêtue Salomé, la fille d’Hérodiade, Hérode lui avait promis de lui donner ce qu’elle demanderait, poussée par sa mère elle avait réclamé la tête de Jean-Baptiste, qui en conséquence lui avait été servie sur un plateau.

 

444k2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Le tableau ci-dessus montre Salomé offrant à Hérode la tête de Jean-Baptiste, mais selon les évangiles de saint Matthieu et de saint Marc, c’est le contraire. "À l’instigation de sa mère, elle dit : Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste. Le roi fut attristé ; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu’on la lui donne, et il envoya décapiter Jean dans la prison. Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère" (Mathieu, XIV, 8-11). "Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère" (Marc, VI, 28).

 

Bref, Hérodiade, craignant que la tête de ce saint homme ne se ressoude à son corps si on les enterrait ensemble, cacha la tête dans le palais d’Hérode. Les disciples de Jean, eux, rendirent compte à Jésus de ce qui s’était passé et emportèrent le corps loin, à Sébaste, en Samarie, où ils l’enterrèrent. Beaucoup plus tard, au quatrième siècle, deux moines visitant les Saints Lieux trouvent la tête dans le palais d’Hérode et l’emportent dans un sac en peau de chameau. Mais ici, tout se complique parce que deux récits très différents se juxtaposent, entraînant des conséquences.

 

Le premier récit est simple. Ils emportent la tête de Jean à Tarse, en sud Turquie actuelle. L’empereur Valens (364-368) l’apprend et la fait apporter à Constantinople dans une voiture tirée par des mules, lesquelles refusent catégoriquement d’avancer une fois arrivées à environ 25 kilomètres de Chalcédoine. C’est considéré comme un signe miraculeux, et on garde la relique au village de Cosilaon. Mais l’empereur Théodose le Grand (378-395) s’y rend en personne, en 391, enveloppe la tête dans un manteau de pourpre impériale et l’apporte dans ses propres mains à Constantinople, puis construit dans le district d’Hebdomon une grande église et en février 392 y dépose la relique.

 

Selon l’autre récit, beaucoup plus compliqué, pendant le voyage des deux moines, un potier d’Emesa (Homs, en Syrie actuelle) se joint à eux, leur dérobe le sac pendant leur sommeil et rentre chez lui à Emesa. À sa mort, la relique est transmise à sa fille, et passe ainsi de génération en génération jusqu’à revenir à un moine d’un monastère voisin qui fait passer pour siens les miracles opérés par Jean. Découvert, il est expulsé, mais la tête reste enterrée là dans le monastère. En 452 ou 453, le Supérieur découvre la tête et construit une nouvelle église dans son monastère pour y accueillir la relique. Puis, en 761, une église magnifique est construite à Emesa même et la tête de Jean y est transférée. À partir de là, les sources sont moins sûres. En 761 Syrie, Palestine, Mésopotamie sont occupées par les Sarrasins et la Grèce était prise dans les conflits avec les Iconoclastes (les briseurs d’images, dont je parlerai tout à l’heure). Et parce que ceux-ci, soutenus par le pouvoir impérial, détruisaient aussi les reliques, des moines d’Emesa fuirent avec la tête dans une ville nommée Comana. Or deux villes portent ce nom, l’une en Arménie, l’autre en Cappadoce… Ils restèrent là jusqu’à la fin des Iconoclastes, en 843. Le patriarche Ignace accompagné de l’empereur Michel rapportent alors la tête à Constantinople, dans la chapelle du palais impérial, le 28 mai 850.

 

Ici, les deux versions se retrouvent, la tête de saint Jean Baptiste est à Constantinople, mais pas à la même date. Dans la seconde version, elle y est encore lors du sac de la ville par les Croisés en 1204. Des Français découvrent la tête dans les ruines du palais et l’emportent. Depuis, on peut voir la tête de saint Jean-Baptiste dans la cathédrale d’Amiens.

 

Mais selon l’autre version, quant le pape saint Paul I (757-767) fonde à Rome un monastère, il y héberge des moines grecs de Constantinople qui apportent avec eux la précieuse relique en pleine période des Iconoclastes et la déposent dans leur nouveau monastère. C’est-à-dire ici dans l’église de San Silvestro, où je l’ai vu de mes yeux et l’ai photographié ci-dessus.

 

Saint Jean-Baptiste a donc ainsi deux crânes, l’un à Amiens et l’autre à Rome. Après tout, on a bien pu montrer le crâne de Voltaire enfant, lui qui n’avait rien d’un saint… Pour marquer son avantage, San Silvestro fait valoir que le nom "de Capo" ou "in Capite" apparaît dans des documents datés, sans aucun doute possible, de 1192, soit 12 ans avant le sac de Constantinople et donc la prise d’un crâne par les Croisés. Depuis, la tête a été conservée dans un reliquaire. En 1527, c’est le sac de Rome par Charles Quint. Les soldats volèrent la riche décoration du couvercle, mais ne s’embarrassèrent pas d’une boîte avec un vieux crâne, que les religieuses du couvent gardèrent jalousement. Il y a quelques années, on a ouvert le précieux reliquaire, on y a trouvé ce crâne rempli de plâtre et de cire, enveloppé dans un tissu de lin datant du huitième siècle au plus tard. Ce tissu du huitième siècle qui correspond à la date d’arrivée à San Silvestro, le nom qui apparaît plusieurs années avant le sac de Constantinople, ces deux éléments tendent à accréditer la version selon laquelle la vraie tête de saint Jean Baptiste serait à Rome plutôt qu’à Amiens. Ou même qu’à Saint-Jean-d’Angély, selon une version qui aurait fait préférer cette ville à Amiens par les Croisés.

 

444e1 Rome, San Silvestro in Capite

 

Venons-en à l’église elle-même. De nouveau, par avance je m’excuse platement pour la longueur des détails historiques que je vais devoir donner. Ou plutôt, pour être franc, que j’ai envie de donner. J’ai évoqué les Lombards, j’ai évoqué les Iconoclastes, j’y reviens maintenant.

 

En 568, les Lombards occupent le nord de l’Italie, avec Pavie pour capitale. Ils envisagent de gagner le sud peu à peu et de prendre Rome. Leur progression va nécessiter plus d’un siècle.

 

Pendant ce temps, alors qu’ils arrivent aux portes de Rome, en 730 l’empereur de Constantinople Léon III dit l’Isaurien (717-741) interdit les représentations sacrées et leur vénération. C’est le début de l’iconoclase. Le patriarche ayant refusé de signer le décret, il est déposé et remplacé par un autre, nommé par l’empereur. Le pape Grégoire II (715-731) informe Léon III que toute décision religieuse et toute nomination de patriarche relèvent de la seule autorité du pape, et il le déclare hérétique. Sous le pape suivant Grégoire III (731-741), un concile décide de l’excommunication de fait de quiconque détruirait des représentations religieuses. L’empereur riposte en confisquant les possessions papales de Calabre et de Sicile. Et la situation s’est poursuivie sous le pape Zacharie (741-752).

 

444e2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Le pape Étienne II ou Stéphane II ou Stefano en italien (26 mars 752 – 26 avril 757), souhaitant un allié militaire puissant et chrétien contre les Lombards quitte Rome le 14 octobre 753, franchit les Alpes (c’est la première fois dans l’histoire de la papauté que cela se produit) et rencontre en personne le roi franc Pépin le Bref (750-768), à Ponthion (du côté de Vitry-le-François), le 6 janvier 754. Parce que c’est la mauvaise saison et que ce long voyage est éprouvant, Pépin invite Étienne à passer l’hiver à Saint-Denis. Sensible à l’argument, d’autant qu’il tombe gravement malade, le pape accepte l’invitation du roi, s’installe à l’abbaye de Saint-Denis et rencontre plusieurs fois Pépin jusqu’à l’entrevue officielle et décisive de Quierzy, près de Laon, à Pâques 754, où Pépin le Bref promet formellement et publiquement sa protection au souverain pontife. Entre temps, échange de bons procédés, le pape a oint solennellement dans l’abbaye royale de Saint-Denis le roi, sa femme et ses deux fils. On peut aisément imaginer qu’Étienne II a l’intention, outre de contenir les Lombards, de disposer d’un appui pour se libérer de l’emprise de l’empereur de Constantinople et de créer ce qui serait plus tard les États Pontificaux.

 

En août 754, Pépin le Bref défait les Lombards à Pavie, accompagné d’Étienne II et de Fulrad, le supérieur, ou Père Abbé, de l’abbaye de Saint-Denis. Étienne, satisfait et riche d’une amitié personnelle pour Pépin et pour Fulrad, est de retour à Rome fin octobre 754 après une absence d’un an. Fulrad, lui, à son retour à Saint-Denis y reconstruit l’église abbatiale.

 

Étienne tombe très gravement malade en avril 757. Son frère prend le relais dès ce moment mais il ne sera couronné qu’après la mort d’Étienne, sous le nom de Paul I (29 mai 757 – 28 juin 767). Il sera canonisé saint Paul Premier. Le noble Romain propriétaire d’une Villa ici même où je me trouve aujourd’hui a eu le rare privilège d’être le père de deux papes…

 

444e3 Rome, San Silvestro in Capite

 

Certes, les Lombards ont été vaincus. Certes, Pépin maintient sa protection pour Paul, avec qui les excellentes relations se poursuivent. Mais ces satanés Lombards ont pillé les environs de Rome, dévastant les cimetières paléochrétiens des catacombes. Il s’agit de sauver ce qui peut l’être. Un document de 761 signé Paul I dit en parlant de nombreuses reliques : "Je les ai apportées dans la ville de Rome et dans l’église que je viens de construire depuis ses fondations, à l’intérieur des murs, c’est-à-dire dans la maison qui m’est revenue en héritage de mes parents et où, comme c’est bien connu, je suis né et ai été élevé. Et par décision spéciale, j’ai décidé d’y établir un monastère de moines en l’honneur et sous le nom des saints Étienne, pape et martyr, et Sylvestre, pape et confesseur du Christ, dont les corps vénérables reposent à cet endroit". Ce transfert de reliques eut lieu le 19 juillet 761 pour saint Sylvestre et le 17 août 761 pour saint Étienne.

 

Quand Paul I choisit les reliques qu’il place dans son église, il ne le fait pas au hasard. Saint Étienne I (254-257)est évidemment un hommage à son frère aîné, ce frère étant également celui qui, par ses liens amicaux et politiques, a su donner à Rome son indépendance politique par rapport à l’Empire, aussi comprend-on qu’il ait voulu lui associer saint Sylvestre I (314-335) qui, au temps de Constantin, avait au contraire lié la religion à l’Empire pour lui permettre de se développer au grand jour hors du martyre. Parmi les autres reliques que Paul I a rapportées du cimetière de Saint Calixte figurent celles de saint Denis, pape de 259 à 268, en référence évidente à cet autre saint Denis, le Parisien qui a donné son nom à l’abbaye où Étienne II a longuement séjourné.

 

Et voilà (ouf !) pour les origines de cette église et de ce monastère, pour leur nom et leur emplacement.

 

444f1 Rome, San Silvestro in Capite p.87

 

La splendide peinture de la voûte représente l’Assomption de la Vierge. Le plafond est bien haut, les figures sont bien petites, il est difficile depuis la nef d’en apprécier les détails. En voici donc trois, agrandis.

 

444f2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Je peux supposer que ce sont là les Tables de la Loi, et que par conséquent il s’agit de Moïse redescendu du Sinaï.

 

444f3 Rome, San Silvestro in Capite

 

Comment, dans cette église qui abrite (très probablement) le crâne de saint Jean Baptiste, ne pas le représenter ? C’est lui, ici, sur un nuage, près de la Vierge, et représenté aussi grand qu’elle au milieu de ces petits angelots.

 

444f4 Rome, San Silvestro in Capite

 

Et puis légèrement en-dessous, et donc proche en dignité, le pape saint Sylvestre, grave, les mains jointes, tourné vers la Vierge en un geste de prière ou de supplication. Lui qui a permis le développement de l’Église, on peut penser qu’il demande son intercession pour que cesse l’iconoclase qui divise les croyants et affaiblit le christianisme. Ce que je trouve le plus excellent dans cette scène, c’est le petit ange, sous ses pieds, qui joue avec sa tiare et veut s’en coiffer avec un air fripon, tandis qu’un autre, qui semble un peu plus âgé et sérieux, veut l’en empêcher, à moins qu’il ne veuille la lui prendre pour s’en coiffer lui-même. C’est quelque chose que j’aime beaucoup dans ces peintures qui traitent de sujets sérieux, mais qui savent toujours y insérer un détail plein d’humour. C’est comme dans le travail, j’ai toujours aimé les gens sérieux à condition qu’ils ne se prennent pas au sérieux…

 

444g Rome, San Silvestro in Capite

 

Dans le bas de l’église à droite on trouve cette "Madone de l’Espérance" pour ceux qui luttent contre les difficultés et les désillusions de la vie. Je trouve très belle cette statue.

 

444h Rome, San Silvestro in Capite

 

Je ne sais pas qui représente cette peinture de plafond, mais en dehors de la sainte qui s’élève vers les cieux de manière bien conventionnelle, j’aime bien la composition, les couleurs, et ces nuées d’angelots.

 

444i1 Rome, San Silvestro in Capite p.99

 

444i2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Ici, nous voyons une Vierge à l’Enfant avec saint Antoine de Padoue et saint Étienne I. En dehors du petit air penché de saint Antoine, que je n’aime pas trop alors qu’il est en train de recevoir une fleur de Lys de la part de Jésus, cette toile de 1695-1696 est assez belle, avec cette Vierge berçant l’Enfant Jésus dans ses bras et ce que j’aime surtout c’est saint Étienne, que je montre en gros plan. Près de lui, au sol, sa tiare papale est posée sur une branche de palmier représentant son martyre. Les couleurs sont belles, éclatantes, la robe rouge de la Vierge et son manteau bleu, la cape dorée d’Étienne. J’aime aussi cette composition en diagonale qui me fait dire que saint Antoine est en dehors de la ligne de force du tableau.

 

444j Rome, San Silvestro in Capite p.91

 

Dans la chapelle de l’Immaculée Conception, une fresque de 1596 représente l’Adoration des Mages. Les Mages sont arrivés le 6 janvier, Jésus a donc tout juste deux semaines. Je le trouve bien avancé pour son âge… Mais j’aime bien cette composition complexe, tous ces personnages, et celui du premier plan bien détaché des autres, non pas en distance mais par la position, prosterné jusqu’à terre et présentant du doigt son présent. L’arrière-plan n’est pas négligé, ce sont des montagnes escarpées. J’ajoute une précision que je ne suis pas assez expert pour avoir trouvée moi-même : le peintre, Morazzone, est du nord de l’Italie, et la prééminence de la couleur sur la forme est la conséquence de son intérêt tout particulier pour la peinture vénitienne.

 

444k1 Rome, San Silvestro in Capite

 

Ce tableau est du premier quart du dix-septième siècle. Ici, la Vierge et Jésus ont à leurs pieds quatre hommes. Au premier plan à gauche, il n’est pas difficile de reconnaître saint Jean Baptiste, mais pour les trois autres les spécialistes ne sont pas d’accord. Certains voient, dans le saint de premier plan en chasuble rouge, le pape saint Denis à qui est dédié l’autel de cette chapelle. Derrière lui à droite, sans auréole donc pas –ou pas encore– saint, ce serait saint Philippe Neri, canonisé en 1622 ce qui veut dire que le tableau serait antérieur à cette date. Et derrière, à gauche, avec quelques fleurs de lys sur sa tunique et sur sa couronne, certains y ont vu le roi de France saint Louis IX. J’ai un livre sur cette église, par une certaine Eileen Kane, docteur en histoire de l’art, qui pense que tout cela est faux. Pour elle, les deux personnages en chasuble de papes, à droite, qui se ressemblent, dont le premier est saint avec son auréole mais pas le second, seraient les deux frères, saint Paul I et Étienne II, dont c’est l’église construite sur le domaine familial. Quant à ce personnage de la Maison de France, tout à gauche, elle voit sur lui une corde à nœuds et une tunique de franciscain, il ne serait donc pas le roi de France mais saint Louis de Toulouse (que j’avoue ne pas connaître). Il est vrai que ces hypothèses sont assez convaincantes.

 

444k3 Rome, San Silvestro in Capite

 

Dans le même bras droit du transept que le tableau précédent, figurent aussi la présentation de la tête de Jean Baptiste par Salomé à Hérode, que j’ai montrée au début, et cette procession ci-dessus. Ces deux tableaux, des peintures à l’huile sur toile, sont récentes. Elles sont l’œuvre de Virginio Monti, actif de 1875 à 1925. Je reviens un instant sur Salomé et Hérode. Derrière, penchée sur la table où elle s’appuie sur un coude, on voit Hérodiade très calme et satisfaite de cet horrible présent. Salomé, quant à elle, n’est nullement émue de la terrible chose qu’elle porte dans ses mains, elle sourit en regardant le tétrarque. En revanche, Hérode est fortement troublé, cela se voit dans son visage, dans sa position.

 

Le tableau ci-dessus représente une procession dans les rues de Rome avec la tête de saint Jean Baptiste. Peut-être est-ce la procession à laquelle fait allusion un prêtre de la basilique Saint-Pierre dans son journal au mois d’avril 1411 : à l’époque du Grand Schisme, le peuple de Rome et le clergé rendirent hommage au nouveau pape, l’antipape Jean XXIII lorsque, élu par le concile de Pise, il entra dans Rome. À cette occasion, quatre archevêques portèrent la relique à travers les rues de la ville.

 

444L Rome, San Silvestro in Capite

 

Vite en passant, une vue du pied de ce magnifique lutrin du chœur.

 

444m Rome, San Silvestro in Capite

 

Dans le bois de la chaire est sculpté ce visage de Christ imprimé sur un linge. D’habitude, on montre le voile de sainte Véronique, qui a essuyé le visage du Christ lors de sa Passion, voile conservé à Saint-Pierre du Vatican. Ceci n’évoque pas un Christ souffrant sur le Chemin de la Croix, mais ce que l’on appelle "l’image d’Edessa". Un texte du troisième siècle trouvé en Syrie raconte que le roi Abgar V Oukhama dont la capitale était à Edessa en Mésopotamie était atteint de la lèpre. Ayant entendu parler de ce Jésus qui prêchait et accomplissait des miracles, il lui envoya son secrétaire, qui était aussi peintre, avec une lettre demandant à Jésus de venir à Edessa, mais le secrétaire avait mission, au cas où Jésus refuserait, d’en faire au moins le portrait et de le lui rapporter. Quand il arriva, tant de monde entourait Jésus qu’il essaya immédiatement de peindre mais le visage rayonnait d’une gloire si inexprimable qu’il n’y parvenait pas. Jésus le vit, comprit ce qu’il avait entrepris, réclama de l’eau, se lava le visage, le sécha d’un linge sur lequel son visage s’imprima. Puis il fit une lettre pour Abgar expliquant qu’il ne pourrait aller le voir mais que dès que son prêche serait terminé il lui enverrait l’un de ses disciples. Quand Abgar vit le visage de Jésus sur le voile, sa lèpre guérit soudainement mais laissa des traces. Après la Pentecôte, Jésus lui dépêcha son disciple Thaddée, le roi se convertit et, lors de son baptême, les dernières traces de sa lèpre disparurent. Puis il plaça dans un niche sur une porte de la ville d’Edessa l’image sacrée. En 944 l’empereur de Byzance l’acheta et la plaça dans son palais. Elle en a disparu dans le sac de Constantinople en 1204 par les Croisés. Mais les moines grecs qui sont venus s’installer à San Silvestro l’auraient trouvée et apportée dans leurs bagages. Toujours est-il qu’elle a été vénérée dans cette église pendant des siècles. En 1870, à la veille de la prise de Rome pour en faire la capitale de l’Italie unifiée, le pape trouva plus prudent de transférer la relique au Vatican, ou elle se trouve actuellement mais non exposée au public. Et c’est à ce voile que se réfère la sculpture ci-dessus.

 

444n1 Rome, San Silvestro in Capite

 

444n2 Rome, San Silvestro in Capite

 

Nous terminerons cette longue visite par la "confession", cette sorte de demi-crypte sous l’autel qui contient les reliques de saints. Il n’est pas possible de descendre, mais on peut admirer cette belle réalisation qui date du début du vingtième siècle. Elle se situe exactement là où était la confession datant du Moyen-Âge et en a la même forme, mais elle est nettement plus profonde du fait de la recherche de reliques de martyrs à laquelle on a procédé en excavant. Par ailleurs, son auteur a tenté (et, semble-t-il, il y est parvenu) de créer un espace dans l’esprit du Moyen-Âge.

 

Nous sommes restés longtemps dans cette église, nous informant de tout puis, considérant que nous avions beaucoup vu et beaucoup appris, nous avons passé le reste de la journée à nous promener tranquillement dans les rues de Rome.

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Published by Thierry Jamard
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