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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 23:36

447a McDo Rome Anagnina

 

 

Je suis terriblement en retard dans mes publications, mais je ne veux pas attendre pour mon sujet d’aujourd’hui.

 

Arrivés à Rome le 4 novembre, nous en sommes repartis seulement aujourd’hui, 18 avril. Soit un séjour de 5 mois et demi, ou 166 jours. Et pendant tout ce temps, pour nous connecter à Internet, nous avons utilisé les services de McDo. Pas n’importe lequel : pratiquement toujours le même, celui qui était proche de notre "base", dans le centre commercial Anagnina.

 

Nos visites dans le centre ville nous retiennent jusqu’à la soirée. Ensuite, métro, bus et nous arrivons tard. Du coup, nous restons tard, nous sommes systématiquement parmi les tout derniers clients. Donc les casse-pieds de service.

 

Et pourtant, toujours, nous avons été accueillis avec le sourire. On nous connaît, on nous salue gentiment d’un petit geste de connivence. Et comme le tout est dans un cadre agréable, toujours très propre même quand les clients jettent au sol frites et papiers, que la partie Mc Caffè propose un large choix de pâtisseries, nous sommes vite devenus accros.

 

447b McDo Rome Anagnina

 

Hier, pour notre dernière visite à cet établissement, nous étions tristes, nous avions l’impression de quitter des amis. Natacha, qui ne se sépare jamais de son appareil photo, a pu en retenir ces quelques souvenirs. Et si toute l’équipe est sympathique, efficace, accueillante, je tiens –nous tenons– à remercier tout particulièrement Yanitsa (au milieu), grâce à qui la salle est si bien tenue, Annamaria (à droite) qui connaît nos goûts, nos habitudes et n’a presque pas besoin de nous demander ce que nous voulons, et aussi Elia qui n’était malheureusement plus là quand nous avons dit que nous partions, mais qui justement nous avait servis hier soir et qui, elle aussi, a la gentillesse de ne pas nous traiter en clients lambda.

 

447c McDo Rome Anagnina

 

Allez, encore une photo pour dire à tous un grand MERCI et… à un de ces quatre, peut-être ?

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Published by Thierry Jamard
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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 00:05

438a Rome, via dei Condotti

 

 

Lorsque nous avons visité l’Ara Pacis Augustæ, nous avons vu deux églises qu’il nous a semblé intéressant de visiter. Nous y revenons donc aujourd’hui. Mais, descendus du métro à la station Spagna, je ne peux m’empêcher de prendre, du haut du célèbre escalier, cette photo de la via dei Condotti.

 

438b Rome, via della Croce, E. Vigée-Lebrun

 

438c Rome, via della Croce, E. Vigée-Lebrun

 

Passant par la via della Croce, nous nous étonnons que sur la façade de ce bâtiment, ou dans sa cour, ne figure aucune plaque. Pourtant, c’est là qu’a logé Élisabeth Vigée-Lebrun, qui est un peintre assez célèbre et une personnalité connue.

 

438d Rome, s. Rocco e S. Girolamo dei Croati

 

Nous y voici. Juste en face de l’Ara Pacis (qui est dissimulé par le bus et l’arbre, à l’extrême gauche), ces deux églises sont reliées par un mur percé d’arches. À gauche, San Rocco (Saint Roch) et à droite San Girolamo dei Croati (Saint Jérôme des Croates).

 

439a Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Nous allons commencer notre visite par San Rocco. Et, c’est essentiel, il faut d’abord dire qui est ce saint. À Montpellier, un couple de nobles propriétaires terriens –Jehan, le consul de la ville et son épouse Dame France Libère– eurent sur le tard un fils unique qui naquit en 1340, la peau de son flanc droit marquée d’une croix rouge. Ses parents l’appelèrent Roch. L’université de Montpellier comportait depuis 1141 une faculté de médecine réputée (c’est là qu’au seizième siècle étudiera Rabelais), et Roch y apprit entre autres à soigner les bubons d’un coup de lancette. Il était encore très jeune quand ses vieux parents moururent. Il vendit alors tous leurs biens, en distribua l’argent aux pauvres et partit en pèlerinage en Italie, accompagné de son chien fidèle. À cette époque, plusieurs villes d’Italie étaient frappées par la peste noire. Il y soigna les malades, et arriva à Rome. Là, il guérit aussi plusieurs personnes, dont un cardinal.

 

439b Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Reparti, il attrapa lui-même la peste à Plaisance au contact de malades. Pour ne contaminer personne, il se retira seul dans les bois avec son chien qui, quotidiennement, allait chercher un quignon de pain chipé chez un seigneur du coin et le lui apportait. Lequel seigneur remarqua le manège du chien, le suivit et trouva Roch. De ce jour, c’est lui qui apporta de la nourriture et qui soigna Roch. Guéri, il voulut rentrer à Montpellier, mais alors qu’il traversait Milan en proie à une guerre civile, on le prit pour un espion et on le jeta en prison, où il mourut cinq ans plus tard de misère, en 1379.

 

439c Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Lorsqu’on découvrit sur son corps la croix rouge, on l’identifia, car jamais il n’avait voulu dire qui il était. Sinon, vu sa réputation, on l’aurait sorti de sa prison. Depuis on le prie pour guérir les maladies de peau.

 

439d Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Ces quelques photos donnent une idée de la façon dont se présente cette église. La façade baroque œuvre de Giuseppe Valadier, la nef, un grand espace dans le transept et la chaire, le bas-côté avec ses fresques.

 

439e Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Dans cette chapelle latérale, une peinture moderne (1912) représente un sujet original. En effet, il n’est pas courant de représenter saint Joseph avec l’Enfant Jésus. Je ne peux pas dire que je raffole de ce tableau, mais je le trouve intéressant, et finalement pas désagréable à regarder.

 

439f Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Et puis voici une statue de saint Roch avec sa coquille de pèlerin de saint Jacques, même s’il n’est pas allé à Compostelle, et avec sa maladie de peau sur la jambe.

 

439g Rome, San Rocco ou Saint Roch

 

Enfin, pour finir avec cette église, cette jolie statue de l’Enfant Jésus dans un grand manteau rouge. Et puis toutes ces croix, une sur son globe terrestre, une sur une chaîne à son cou, et celle qui couronne son immense couvre-chef. En fait, je trouve amusante cette représentation.

 

440a Rome, San Girolamo dei Croati

 

Ensuite, nous nous rendons à San Girolamo dei Croati. Sur un plan de Rome plus ancien, elle figure sous le nom de San Girolamo dei Illirici. L’Illyrie, qui occupait dans l’Antiquité ce qui est aujourd’hui l’ouest de la Croatie, la Slovénie et l’Albanie, a été peuplée dès le vingtième siècle avant Jésus-Christ par des peuples indo-européens, les Dalmates et les Pannoniens. Du temps où la Yougoslavie était un unique pays, l'église était donc attribuée aux Illyriens, et aujourd’hui où il n’est pas question de mettre dans le même panier les Croates, les Serbes, les Monténégrins et autres, elle est attribuée aux Croates.

 

440b Rome, San Girolamo dei Croati

 

Eusebius Sophronius Hieronymus de son nom latin, appelé Jérôme en français ou Girolamo en italien, est né en 340 à Stridon (en Dalmatie, actuellement en Slovénie, près de Ljubljana) de parents chrétiens. À vingt ans il part étudier à Rome la rhétorique et la philosophie, apprend le grec, puis séjourne en Gaule, à Trèves, à Aquilée (en Vénétie) et, en 373, va traverser la Thrace et l’Asie Mineure pour aller vivre en ermite à quelque distance d’Antioche. Il est ordonné prêtre dans cette ville par l’évêque Paulin en 378. C’est un lettré, il a appris l’hébreu, il part pour Constantinople travailler avec Grégoire de Nazianze, puis se rend à Rome. Le pape saint Damase I (366-384) l’appelle auprès de lui en 383, le prend pour secrétaire et lui demande de traduire la bible en latin. Mais le pape meurt l’année suivante et Jérôme repart pour la Terre Sainte, séjourne en Égypte, et fin 388 il rentre en Palestine, se retire dans une cellule d’un monastère à Bethléem, et passe les dernières années de sa vie à traduire l’Ancien Testament (Vulgate) et à rédiger des commentaires de la Bible, jusqu’à sa mort le 30 septembre 419. On l’enterre d’abord à Jérusalem, puis on transporte ses restes à Rome, dans la basilique Sainte Marie Majeure. C’est l’un des Pères de l’Église, généralement représenté avec un chapeau de cardinal, et il est considéré comme le saint patron des traducteurs et des bibliothécaires.

 

440c Rome, San Girolamo dei Croati

 

Le chœur est décoré de cette grande peinture (on l’aperçoit déjà sur ma première photo de la nef) qui représente l’ordination de Jérôme par l’évêque Paulin. Au premier plan à droite, le lion traditionnellement présent dans les tableaux de saint Jérôme. Puisqu’il a mené pendant un temps une vie d’ermite, on le figure dans le désert, et là on lui attribue la même aventure qu’avec le lion d’Androclès (dont j’ai parlé le 27 décembre), à savoir qu’il aurait soigné la patte d’un lion où s’était fichée une épine. Guéri, le lion l’aurait accompagné partout.

 

440d1 Rome, San Girolamo dei Croati

 

440d2 Rome, San Girolamo dei Croati

 

Dans cette chapelle figurait une icône du treizième siècle, œuvre de Filippo Bracci, représentant la Madone, salut du peuple romain, mais hélas l’humidité l’a gravement endommagée, si bien qu’au dix-huitième siècle (en 1745) elle a été remplacée par la copie que l’on peut voir aujourd’hui, intitulée la Vierge à l’étoile. Rien ne dit où ni comment Bracci a pris son inspiration, mais je trouve cette Vierge fortement marquée par l’Arménie.

 

440e1 Rome, San Girolamo dei Croati

 

440e2 Rome, San Girolamo dei Croati

 

Dans cette même chapelle de la Vierge à l’étoile, cette fresque du milieu du dix-neuvième siècle, mais de facture très classique, représente la Nativité de Marie. Le couple de Joachim et Anne était âgé et n’espérait plus cette naissance. Joachim pouvait rendre grâce à Dieu lorsqu’il a appris la grossesse de sa femme, puis lorsqu’il a vu que la naissance s’était bien passée, mais je le préférerais ici en admiration devant son bébé. En revanche, j’aime beaucoup cette femme âgée tenant tendrement le bébé sur ses genoux, tout étonnée encore de ce qui arrive, et puis ces femmes qui s’activent autour d’elle avec leurs cruches, leurs serviettes, et cette Marie en bébé rayonnant, elle est potelée, elle est craquante. Je voudrais que la femme qui tient Marie sur ses genoux soit Anne, tout porterait à le croire dans cette scène du premier plan, mais en fond on aperçoit une femme étendue qui joint les mains en prière, et je pense que c’est plutôt elle que le peintre a représentée en accouchée, tandis que des femmes, plutôt amies que servantes vu leur habillement, prennent en charge le petit bébé.

 

440f1 Rome, San Girolamo dei Croati

 

440f2 Rome, San Girolamo dei Croati

 

Nous sommes dans une église de Croates. La langue serbo-croate est slave (les Serbes et les Croates d’aujourd’hui démontrent que leurs langues sont différentes, qu’elles présentent chacune leurs particularités et, de part et d’autre, que leur langue est infiniment supérieure à celle des autres), et par conséquent il est logique que l’on trouve ici des représentations des deux grands saints qui ont créé l’écriture utilisée pour nombre de langues slaves. Sous leurs portraits, réalisés en 1589-1590, AREPS figure "archiepiscopus", archevêque.

 

440g Rome, le Tibre

 

Lorsque nous finissons nos visites de ces églises, la lumière sur le Tibre est si belle que je ne peux résister au plaisir de le photographier.

 

440h1 Rome, Locanda dell'Orso

 

440h2 Rome, Locanda dell'Orso

 

Non loin de là se trouve l’hôtel qui a pris la succession de la Locanda dell’Orso dont j’ai parlé le 7 janvier, mais à l’époque ma photo était défigurée par des guirlandes de Noël et Nouvel An. Si je montre cette vieille hôtellerie, c’est parce que Rabelais avec le cardinal Du Bellay en 1534, Montaigne en 1580, y ont séjourné.

 

440h3 Rome, Locanda dell'Orso par Roesler

 

Sans remonter si loin, on peut voir cette même hôtellerie sur l’aquarelle de Roesler au dix-neuvième siècle.

 

441a Rome, musée Napoléon

 

Nous décidons de finir la journée en visitant le musée Napoléon, tout proche. C’est un musée municipal, et à ce titre les Parisiens jouissent de l’entrée gratuite. Ce musée est très riche, ma moisson de photos est abondante, je dois donc n’en choisir que quelques unes. Et ce choix se doit de commencer par Napoléon lui-même, avec ce marbre de David d’Angers (1788-1856).

 

441b Rome, musée Napoléon, Letizia Ramolino

 

441c Rome, musée Napoléon, Letizia Ramolino

 

La mère de Napoléon, Letizia Ramolino (qui, dans ma mémoire, est liée à son "Pourrrvou qué ça dourrre !") est allée vivre à Rome quand… ça n’a plus duré pour son fiston (je montrerai dans quelques jours le palazzo Bonaparte où elle a vécu alors jusqu’à sa mort en 1836. J’en ai parlé le 21 février au sujet de sa sépulture dans l’église Santa Maria in Via Lata). Il me faut donc la montrer elle aussi, sur ce tableau de 1813 par Robert Lefèvre (1756-1830) et dans ce marbre exécuté en 1805 d’après Antonio Canova (1757-1822).

 

441d Rome, musée Napoléon, les Français à Rome

 

Sur cette gravure on voit l’armée française faisant son entrée à Rome en 1798. L’arrivée sur Rome par le nord se faisait par la piazza del Popolo (j’emploie l’imparfait parce que maintenant la ville s’est amplement développée dans toutes les directions, et quand on arrive piazza del Popolo on a déjà traversé plusieurs quartiers de la ville), et l’on reconnaît parfaitement ici l’obélisque au centre de cette vaste place, et en face on voit le Trident, ces trois rues qui partent en patte d’oie, séparées par ces deux églises symétriques. À gauche, cette statue sur un toit trahit la présence d’une autre église, c’est la grande Santa Maria del Popolo.

 

441e Rome, musée Napoléon, œuvres d'art envoyées en Fr

 

Cette gravure n’est pas à l’honneur de la France. Cette longue caravane de voitures chargées, c’est le départ des œuvres d’art de Rome pour le Musée National de Paris. Certaines, au temps de la Restauration ou encore plus tard sont retournées à Rome, mais aujourd’hui encore le Louvre en comporte un bon nombre. Pour être politique et historique, un vol n’en est pas moins un vol. Le fait de ne pas être le seul voleur (les nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale ont volé non seulement les Juifs, mais bien des œuvres d’art de musées français, les Soviétiques ont aussi enrichi l’Ermitage de Léningrad) ne rend pas l’acte plus moral.

 

441f Rome, musée Napoléon, Zénaïde et Charlotte

 

Parce que, le même jour que pour Letizia Ramolino, j’ai parlé de Zénaïde Bonaparte enterrée avec elle, je profite de cette occasion pour montrer le tableau qu’en a fait David (1748-1825) en 1821 en compagnie de sa sœur Charlotte.

 

441g Rome, musée Napoléon, Chateaubriand

 

Le 29 avril 1829, alors qu’il est ambassadeur de France à Rome, Chateaubriand reçoit dans les jardins de la villa Médicis, Institut de France, la grande duchesse Hélène de Russie. La fête est grandiose, et il dira que c’est la réception la plus grandiose et la plus réussie qu’il ait eu l’occasion d’organiser. Le tableau est de Louis Dupré (1789-1837).

 

441h Rome, musée Napoléon, Eugénie de Montijo

 

Pour finir, je fais un bond dans le temps. Louis-Napoléon Bonaparte, le Prince Président élu en 1848 contre Lamartine, a proclamé le Second Empire le 2 décembre 1851. Il est marié à Eugénie de Montijo. C’est cette impératrice qui est représentée à une date postérieure à 1854 sur cette gravure de Friedrich Weber (1813-1882) réalisée d’après un tableau de Winterhalter (1805-1837).

 

Et voilà. Notre programme du jour est terminé. Nous ressortons du musée et nous dirigeons vers la piazza del Popolo (dont je parlais tout à l’heure et qui était en gravure) pour prendre notre métro. Mais parce que l’église Santa Maria qui est sur cette place contient deux magnifiques Caravaggio, nous décidons d’entrer leur jeter un coup d’œil en passant, juste cinq minutes. Mais…

 

442a Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

…mais devant le chœur il y a un piano, et une pianiste se fait les doigts. Un concert gratuit, sans réservation, se prépare. Nous ne pouvons pas rentrer dans notre banlieue comme ça, comment manquer un concert dans un tel cadre ? On nous prie de passer derrière le chœur, là où en tant que visiteur on n’a pas accès.

 

442b Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

442c Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

Nous ne comprenons pas grand chose parce que c’est en italien, mais il y a une représentation guitare et jeu théâtral d’un épisode biblique, par cette jeune femme et ce jeune homme. Le jeu est intéressant, visiblement de qualité.

 

442d Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

Quand la représentation est finie, nous sommes invités à repasser côté nef pour la suite, mais nous tardons un peu et partons dans les derniers, pour avoir le temps de bien contempler et de prendre quelques photos.

 

442e Rome, S. Maria del Popolo

 

Par exemple, à la base de la voûte, je tombe en admiration devant cette représentation de saint Ambroise. La finesse du dessin, la richesse des ors et la somptuosité du décor qui joue sur le bleu et le rouge, accordés au vêtement du saint, cela est merveilleux.

 

442f Rome, S. Maria del Popolo, concert

 

Mais il nous faut bien repasser vers la nef et laisser se refermer cette partie réservée. C’est maintenant le concert de piano. À parler franchement, j’ai joui du décor de cette église transformée en salle de concert plus que des morceaux joués par cette pianiste. Et je n’ai pas regretté, loin de là, d’avoir prolongé notre programme de la journée de cette façon inattendue.

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Published by Thierry Jamard
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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 22:16

Mussolini et ses "faisceaux rénovés" ont pris le pouvoir en Italie en 1922. En permanence, il était fait référence à la grandeur de Rome qui devait égaler ce qu’elle avait été au temps d’Auguste. Et parce que la Rome impériale avait édifié le mausolée d’Hadrien (le château Saint-Ange) et les thermes de Caracalla, le pouvoir fasciste se devait de construire du grandiose. Si grandiose que je le trouve foncièrement ridicule. En divers endroits, on peut voir les effets de cette architecture. Par exemple dans un immeuble, via Vittorio près de Santa Maria della Concezione, ou surtout via dei Pontifici, à l’ouest du Corso, près du mausolée d’Auguste.

 

Mais ce style éclate surtout en deux points particuliers, le quartier de l’EUR et le Foro Italico. Nous consacrons donc notre samedi à l’EUR et notre dimanche au Foro Italico.

 

436a Rome, EUR, obélisque

 

Envisageant d’organiser une exposition universelle à Rome en 1943, Mussolini a décidé en 1937 de la construction ex nihilo d’un quartier qui serait à la fois une vitrine et le début de l’expansion de Rome vers la mer, vers Ostie, par la via Ostiense. Le quartier a été baptisé ESPOSIZIONE UNIVERSALE di ROMA, soit les initiales E.U.R. mais, stoppé en 1941 par la guerre, il n’a pas été complètement abandonné pour autant, parce que repris pour l’Année Sainte de 1950 puis pour les Jeux Olympiques de 1960. Et pourtant, plus de Mussolini à l'époque.

 

Il s’organise de part et d’autre du grand axe Christophe Colomb, au milieu duquel est dressé un obélisque qui pourrait prétendre à être digne de l’Antiquité… s’il était taillé dans un seul bloc, et non pas constitué d’un empilement de tranches. Sur le terre-plein, à la droite de l’obélisque, on distingue quelque chose qui est bien plus haut que les voitures.

 

436b1 Rome, EUR

 

C'est un géant enterré qui surgit du sol. Rome ressuscitée, je suppose. À la fois terrible et grotesque. Et je ne crois pas être seul de mon avis, à en croire les touristes que j’ai vus le prendre en photo avec des commentaires et un intérêt qui ne doivent pas être ceux qu’attendait le créateur.

 

436b2 Rome, EUR

 

Ce taxi qui commence à quitter son emplacement va-t-il se laisser happer par cette main géante prête à se refermer sur ce qui passera à sa portée ?

 

436c Rome, EUR

 

Mais il faut pénétrer dans le quartier. Ici, c’est le génie du sport qui nous fait le salut fasciste. En fait, le salut romain de l’Antiquité, récupéré par les fascistes.

 

436d1 Rome, EUR

 

Sous le portique d’un grand immeuble, une frise verticale en bas-relief représente les diverses étapes de l’existence de Rome. Ici (on est à peu près à mi-hauteur), on voit comment des obélisques ont été dressés dans la ville des papes, par exemple sur la place Saint-Pierre.

 

436d2 Rome, EUR

 

Quant au bas de la fresque, le point d’arrivée et point culminant, il représente le Duce à cheval, dans une attitude ô combien martiale. Derrière lui, les travailleurs. Devant, les soldats, les femmes, les enfants. On en pleure d’émotion.

 

436e Rome, EUR

 

Plus loin, dans un espace jardin, cette statue monumentale. Comme elle n’a pas de légende, j’en ignore la signification mais je peux seulement dire qu’elle me rappelle le style de statues que j’ai vues dans des pays ex-communistes. Je ne suis pas sûr que la comparaison aurait fait plaisir au Duce, mais pour moi elle veut dire que les différences de mentalité entre les dictatures, qu’elles soient de droite ou de gauche, sont finalement très minces. Malgré toutes les imperfections de nos démocraties occidentales, je les préfère encore aux dictatures de tous bords que l’on a vu fleurir au cours des siècles sur tous les continents, et qui n'ont pas encore disparu de la surface de la planète.

 

436f Rome, EUR

 

En passant, une photo d’une sculpture représentant la force du lion dévorant un centaure.

 

436g1 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

Nous voici au bâtiment sans doute le plus célèbre de l’EUR, le Palazzo della Civiltà del Lavoro, le Palais de la Civilisation du Travail. Rien que le titre est magnifique. Travail, Famille, Patrie… cela me rappelle quelque chose. Pas à vous ? Énorme, immense, gigantesque, monumental, ce sont toujours les mêmes adjectifs qui me viennent à l’esprit quand je veux décrire ce que je vois ici. Autant la couleur traditionnelle de la Rome ancienne est le rouge, soit de la brique, soit de l’enduit, autant ce quartier est blanc. Et ce cube tout blanc, avec son motif d’arches qui se répète à l’infini sur chaque façade, en impose par sa masse puissante symbolisant la place du Travail dans la société.

 

436g2 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

Sur le fronton, fièrement, on exalte "un peuple de poètes, d’artistes, de héros, de saints, de penseurs, de savants, de navigateurs et de migrants". Victor Hugo ou Paul Verlaine, Renoir ou Monet, Vercingétorix ou Jean Moulin, saint Louis ou Jeanne d’Arc, Montaigne ou Descartes, Pierre et Marie Curie, Jacques Cartier, les habitants du Québec ou de la Louisiane, les migrants du Maghreb ou d’Afrique Noire… la France aussi répond à cette définition. Je propose –respectueusement– à notre Président Monsieur Sarkozy de la graver sur le panthéon (de Paris) à la place de la phrase actuelle. "Grands hommes", ce n’est pas suffisant et "Patrie reconnaissante", c’est plat et trop court, comparé à cela.

 

436g3 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

436g4 Rome, EUR, palazzo civiltà del Lavoro

 

Sur ma photo d’ensemble du bâtiment, on a pu distinguer que les niches du bas contenaient des statues. Il y en a ainsi sur chacun des quatre côtés. Ces statues symbolisent les arts de tous types dans lesquels excelle l’Italie.

 

436h Rome, EUR, palais des congrès

 

Un autre grand monument de l’EUR est le palais des congrès. L’architecture en est intéressante, mais elle se veut si imposante… si immense…

 

436i1 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

Ce quartier nouveau comporte aussi son église construite de 1939 à 1941. C’est Saints Pierre et Paul (Santi Pietro e Paolo). Elle domine tout le quartier et se situe au sommet de ce vaste escalier.

 

436i2 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

436i3 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

Sur ma photo de l’église on distingue mal leur masse blanche sur le fond blanc de l’église, mais en haut de l’escalier, de part et d’autre, se dressent les statues monumentales de saint Pierre et de saint Paul.

 

436i4 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

436i5 Rome, EUR, SS Pierre et Paul

 

Les portes de bronze sont, elles, très belles à mon avis. Elles représentent des étapes de la vie de ces deux saints. Ici, la crucifixion tête en bas de saint Pierre et la décapitation de saint Paul.

 

Il y a encore bien des choses à voir dans ce quartier, en particulier le Palais des Sports, mais nous décidons de rentrer puisque demain nous verrons une réalisation sportive de l’époque. En retournant vers le camping-car nous traversons un quartier animé, avec toutes sortes de boutiques et de restaurants. Parce que nous ne sommes pas, comme on aurait pu le penser, dans un décor de cinéma. Il y a des gens qui vivent ici. J’ignore si le taux de dépression ou de suicide est plus important qu’ailleurs.

 

__________________________

 

L’EUR est plein sud de Rome. Aujourd’hui, dimanche 14, nous sommes plein nord, au Foro Italico avec son complexe sportif composé d’un stade olympique et d’un stade dit "dei Marmi", c’est-à-dire "des Marbres". La première pierre a été posée le 5 février 1928. Nous sommes donc également à l’époque fasciste de Mussolini, mais dix ans avant l’EUR.

 

437a Rome, Stadio dei Marmi

 

Tout autour du stade des Marbres, 60 statues de sportifs représentent les diverses disciplines, mais sur la base de chacun d’eux figure le nom d’une ville d’Italie, sans oublier, bien sûr, la Sardaigne et la Sicile. C’est une société virile et forte, il n’y a pas une seule sportive parmi les statues.

 

437b Rome, Stadio dei Marmi

 

N’a-t-il pas fière allure, ce représentant de Bergame ?

 

437c Rome, Stadio dei Marmi

 

En revanche, ce skieur de l’Aquila ne doit pas avoir chaud, tout nu dans la neige. Il va se geler les miches. Déjà que le marbre n'est pas chaud...

 

437d Rome, Stadio dei Marmi

 

Ce représentant de Trieste n’est pas prêt à faire des cadeaux à ses adversaires. Comme dans ces civilisations où les guerriers revêtent des masques terrifiants pour effrayer leurs ennemis, il faut montrer même dans le sport que l’on est sûr de sa force et de sa supériorité. De plus, bien des gens font du sport un objet de fierté nationale, et dans les dictatures c’est encore plus vrai parce que plus institutionnalisé.

 

437e Rome, Stadio dei Marmi

 

Au milieu de l’un des grands côtés du stade, se trouve le podium, monumental comme il se doit. Et de part et d’autre il est décoré d’un couple de lutteurs en bronze qui, il faut l’avouer, ont de l’allure. Aïe, quand il va retomber sur le dos, il ne va pas se faire de bien.

 

437f Rome, Stadio dei Marmi

 

Ici, c’est un gros plan sur l’autre couple de lutteurs.

 

437g Rome, Stadio dei Marmi

 

Et pour finir avec ce stade, cette vue en contre-plongée d’un discobole représentant la ville de Sienne. On voit bien dans ces cuisses musculeuses quelle puissance a voulu exprimer le sculpteur.

 

 

437h Rome, stade olympique 

Du stade olympique, je ne montrerai que cette vue. Quoiqu’immense et pouvant accueillir cent mille spectateurs, il ne présente pas, me semble-t-il, d’autre caractéristique que son gigantisme. Et voilà pour l’architecture mussolinienne. Dans nos prochaines visites nous reviendrons à du plus classique, mais il nous a semblé intéressant de savoir à quoi ressemblaient ces projets.

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 21:59

Il y a, au Museo di Roma, une exposition temporaire sur les festivités de la semaine du Carnaval, autour du Mardi Gras, avec la traditionnelle course de chevaux libres sur le Corso. Or, comme je l’ai dit l’autre jour, nous avons manqué l’édition 2010 mais il serait intéressant de voir comment cela se passait, du Moyen-Âge à nos jours. De plus, c’est un musée municipal romain et, à ce titre, les Parisiens ont l’entrée gratuite. Pourquoi, alors, s’en priver ?

 

435a Rome, Pasquino

 

Puisque ce musée se tient près de la piazza Navona, dans le Palazzo Braschi à l’angle duquel est placée l’illustre statue parlante de Pasquino, nous allons jusqu’à lui, qui depuis notre arrivée est emmailloté sous des bâches pour raison politique (pour lui rendre la parole, dit l’affiche, c’est facile, il suffit de dire la vérité), sûr –hélas– qu’il n’a aucune chance d’être découvert avant les élections régionales de la fin du mois. Et encore. Mais, ô miracle, la statue s’offre toute nue à nos yeux ébahis.

 

435b Rome, Pasquino

 

Le 27 décembre, pensant avoir quitté Rome avant qu’il ne soit dévoilé, j’avais parlé de lui. Je disais que cette statue du troisième siècle avant Jésus-Christ avait fait partie d’un groupe représentant Ménélas, le roi de Sparte au temps de la guerre de Troie, portant Patrocle, l’écuyer d’Achille, mort au combat. Sur ma photo, c’est Ménélas que l’on voit, et devant lui apparaît le ventre de Patrocle. Personne n’avait voulu de cette statue trouvée piazza Navona au quinzième siècle dans un si piteux état. Alors elle a été placée là et y est restée. Les Romains, pour déjouer la censure, en ont fait une statue parlante : ils lui confiaient en cachette des billets portant slogans et épigrammes, dont le contenu une fois découvert au matin faisait en un clin d’œil le tour de Rome. Nous appelons cela le téléphone arabe. Il serait tout aussi bien nommé téléphone romain. Ou “pasquinade”.

 

435c Rome, Pasquino par Pinelli

 

J’avais scanné dans notre livre de gravures d’Achille Pinelli cette représentation de Pasquino, avec l’intention de la publier dans mon blog avant de quitter Rome, pour le cas où je ne pourrais le photographier au naturel. Je peux donc l’ajouter ici à ma présentation de la plus célèbre statue parlante de Rome.

 

435cc Rome, Pasquino

 

Et l'on voit qu'il en avait assez d'être muet, le Pasquino. Les “coups de gueule”, plus ou moins gentils, se sont vite multipliés sur le panneau qui est censé être sa voix. Il y a par exemple une protestation contre la loi anti avortement et pour la liberté des femmes, d'autres sont plus directement politico politiciennes. Les étrangers ne se privent pas de le faire parler, mais je ne suis pas capable de comprendre ce qu'il dit en allemand ou en japonais.

 

435d Rome, Museo di Roma

 

Satisfaits, nous pouvons nous rendre au musée. Nous l’avons visité en détail le 6 janvier. La photo y est autorisée pour les collections permanentes, pas pour les expositions temporaires. Alors, même si nous avons plaisir à repasser par des salles connues, je ne vais pas recommencer à en publier mes photos. Aujourd’hui, je me limiterai à trois. Celle-ci, avec ses monstres marins à figure humaine, a été prise dans l’escalier, ce bas-relief fait partie de la décoration du palais lui-même.

 

435e Rome, Museo di Roma

 

Ce marbre sculpté en 1782 par Giovanni Pierantoni représente le pape Pie VI (1775-1799) visitant la salle des Muses du musée Pio-Clementino, l’un des grands musées du Vatican. Il est en compagnie de Giovanni Battista Visconti et du fils de celui-ci, Ennio Quirinio, qui sont les responsables des collections. Pas peu fier, le Giovanni Battista ! Je rappelle que nous sommes au palazzo Braschi, or le pape Pie VI est un Braschi ; nous sommes donc chez lui en ce moment.

 

435f Rome, Museo di Roma, Panthéon par Caffi

 

Je terminerai avec cette peinture à l’huile sur toile représentant la place du Panthéon par Ippolito Caffi. Le tableau a été réalisé aux alentours de 1837, lors de l’un des premiers séjours de Caffi à Rome. On sait qu’il fréquentait là les premiers photographes, et il paraît que ses toiles de cette époque méritent d’être rapprochées de photos… que malheureusement le musée ne présente pas et qui pourtant seraient de nature à satisfaire la curiosité gourmande des visiteurs. Déçu, je m’arrête là.

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 21:45

Pour Natacha, qui traque les relations entre les personnalités originaires de l’ancienne "grande Pologne" (qui incluait la Lituanie, la Biélorussie, une grande part de l’Ukraine) et de Russie avec les pays d’Europe occidentale, il est important d’aller voir où ces personnes ont vécu ou ont travaillé. Aujourd’hui, nous partons donc munis d’une liste d’adresses. Pour moi, ce n’est pas la même chose, et je prends la journée d’aujourd’hui comme une bonne balade dans Rome.

 

434a Walter Scott à Rome

 

Mais, scrutant les murs des rues pour l’aider à dénicher ce qu’elle cherche, il arrive que sur un immeuble voisin on trouve une plaque qui m’amuse ou m’intéresse, et qui ne fait pas partie de son programme. C’est ainsi que nous tombons par hasard sur Walter Scott qui a passé ici la dernière année de sa vie en 1832.

 

434b James Joyce à Rome

 

Ici, c’est James Joyce qui, à l’âge de 24 ans, a passé d’août à décembre 1906 dans cet immeuble.

 

434c Brulov à Rome

 

Le grand peintre russe Karl Brullov (1799-1852) a travaillé pendant 12 ans dans cet immeuble, de 1823 à 1835. C’est lui qui est l’auteur de la grande toile des Derniers jours de Pompéi. Lui, faisait partie de la liste de Natacha.

 

434d Sienckiewicz à Rome

 

Sienckiewicz aussi, fait partie de la liste de Natacha, mais il est bien évident qu’il m’intéresse aussi, avec son Quo Vadis dont j’ai parlé lors de notre balade via Appia Antica le 22 janvier. Il a habité en 1893 dans cette auberge, aujourd’hui l’Hôtel d’Angleterre (Albergo d’Inghilterra)

 

434e Rome, âmes du purgatoire

 

434f Rome, âmes du purgatoire

 

Il s’agissait de voir, de la rive droite, des immeubles en bordure du Tibre sur la rive gauche. Cela nous a fait passer devant une petite église néogothique, il Sacro Cuore del Suffragio, qui ne nous aurait pas attirés spécialement s’il ne s’y était trouvé un (tout petit) musée des témoignages visibles des âmes du purgatoire. Oui oui oui. Après être apparus en rêve, parfois de nombreuses années après leur mort, ces gens qui purgeaient leurs péchés en purgatoire ont laissé des marques concrètes, preuves que ces rêves n’étaient pas de simples fictions. Sur ce livre, ces trois doigts avaient apparu le matin alors qu’ils n’y étaient pas la veille au soir. Quant à cette paume accompagnée d’une croix…

 

Voilà. C’est sur cette visite que nous sommes rentrés, concluant la promenade du jour.

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 22:22

Natacha, ces temps-ci, est plongée dans la lecture d’Iwaszkiewicz, cet auteur polonais qui a vécu à Rome. Or l’autre jour, descendant du bus au Largo Torre Argentina, nous allons regarder l’affiche du théâtre, et que voyons-nous ? On donne Les Demoiselles de Wilko, une pièce d’Iwaszkiewicz !

 

431 Le Signorine di Wilno

 

Natacha n’en croyait pas ses yeux et son cœur s’est mis à battre si fort que le sol en a tremblé sous ses pieds et que nos voisins sur le trottoir ont commencé à paniquer, pensant à un séisme. Nous sommes donc entrés et avons pris une place pour cet après-midi à 17 heures. Une place seulement, parce que moi je ne partage pas son enthousiasme, ce qu’elle me dit du sujet ne me tentant pas tellement et d’autre part parce que ne connaissant pas l’œuvre et ne captant qu’un mot de ci de là en italien je préfère me balader pendant ce temps-là.

 

431a Rome, Gogol

 

Évidemment, avant 17 heures nous disposons de pas mal de temps dans le centre de Rome et, comme il fait beau, nous allons nous balader à pied. Nous marchons le nez en l’air, scrutant les plaques posées sur les murs des bâtiments. Ici, la communauté russe de Rome a fait poser cette plaque qui dit que dans cette maison, entre 1838 et 1842, Nicolas Vassilievitch Gogol a écrit Les Âmes mortes. La traduction italienne, un peu différente, dit "son chef d’œuvre", sans préciser le titre, mais surtout elle dit "le grand écrivain russe Nicolas Gogol". Or Gogol était ukrainien. Si le russe, l’ukrainien et le biélorusse sont des dialectes d’une même langue, ils n’en sont pas moins très différents l’un de l’autre et correspondent à des peuples différents. Ce n’est pas la Russie qui a créé l’Ukraine, mais c’est la "Rous" de Kiev –en Ukraine– qui a créé la Russie. Si la Russie des tsars a colonisé l’est de l’Ukraine alors que la Pologne, puis l’Union Soviétique à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, en ont colonisé l’ouest, l’Ukraine n’en a pas moins une identité propre. Mais Gogol l’Ukrainien est allé vivre à Saint-Pétersbourg et a écrit en langue russe. Il n’empêche : les Italiens qui, en 1901, ont traduit le texte écrit en russe par la communauté russe, ils ont jugé bon d’ajouter une nationalité qui n’est pas exacte.

 

431b Rome, Andersen

 

La Suède a bien, dans le passé, envahi le Danemark, mais sur cette plaque Andersen est qualifié de Danois…Bon, soyons de bonne foi : il n’a pas décidé d’aller vivre à Stockholm, ni d’écrire en langue suédoise.

 

431c Rome, Piranèse et Thorvaldsen

 

Ici, outre Luigi Canina que j’avoue ne pas connaître, ont vécu l’architecte et graveur vénitien Piranèse (1720-1778) et le sculpteur danois Thorvaldsen (1770-1844). Lorsque l’on est attentif aux murs, la promenade dans le centre de Rome révèle sans cesse des maisons ou des appartements où ont vécu, un an ou une vie, des célébrités du monde entier.

 

432a1 Rome, Trinità dei Monti

 

Nous arrivons à l’église de la Trinité (Trinità dei Monti). Nous l’avons déjà visitée rapidement, cette église, et parce que j’en ai déjà montré une photo de façade le 9 novembre, cette fois-ci je la présente avec son obélisque. Soyons avertis dès le début : "Il y a ici quelques bons tableaux anciens, nous dit Stendhal, et une foule de croûtes modernes. Les artistes allemands viennent dans cette église se moquer de nous, car la plupart de ces croûtes sont françaises".

 

Saint François de Paule était un ermite de Calabre qui voulut créer un nouvel ordre monacal, que l’on appela les Minimes, dont la règle interdisait de manger viande, œufs, produits lactés comme pour un carême perpétuel. Louis XI, malade, espérait de lui une guérison miraculeuse et parvint à le faire venir en France en 1483. Il ne put guérir le roi, mais resta en France comme conseiller des successeurs Charles VIII et Louis XII jusqu’à sa mort en 1507, à Tours.

 

Le cardinal Jean Bilhères de Lagraulas, ambassadeur de France (celui qui commanda à Michel-Ange la magnifique Pietà de son tombeau, dans la basilique Saint Pierre) obtint que soit concédée à des religieux français la vente d’un terrain sur cette colline et ses flancs. En 1495, le pape Alexandre VI (1492-1503) autorisa d’y construire un couvent pour des Minimes. Pour construire l’église du couvent, le cardinal Guillaume Briçonnet, nouvel ambassadeur de France et archevêque de Narbonne, fit venir des pierres de Narbonne. Voilà qui explique pourquoi la Trinità tranche par sa couleur sur les autres constructions de Rome. Lors du sac de Rome par les troupes de Charles Quint le 6 mai 1527, la Trinità dei Monti a été l’objet d’un acharnement tout particulier prenant des allures d’expédition punitive, les relations franco-espagnoles étant à l’époque plus que tendues et cette église représentant un centre de propagande française. En revanche, l’Académie de France de la villa Médicis au bout de la rue a été épargnée, non seulement parce qu’elle ne s’est installée dans ces murs qu’en 1803, mais surtout parce que la villa elle-même n’a été construite qu’en 1570. Ne pas exister est une bonne raison pour ne pas être saccagée…

 

432a2 Pinelli, Santa Trinità dei Monti

 

La vue qu’en donne Achille Pinelli est infiniment plus sympa que ma photo. Je ne chercherai pas à lui faire concurrence. Mais il a cet avantage que de son temps le parvis n’était pas, dès qu’il fait beau, envahi par des peintres et caricaturistes dont la prolifération rappelle celle de la place du Tertre à Paris mais dont le talent n’est pas celui des plus grands. Aussi vaut-il mieux, de nos jours, s’empresser de pénétrer dans l’église. Mais je continue mon histoire. La piazza di Spagna est toute proche, juste en bas. Des Espagnols voulaient entrer aux Minimes, les Français voulaient se réserver l’accès à ce couvent, et les rivalités politiques de l’époque n’aidaient pas à résoudre le problème. Le pape Alexandre VII (1655-1667) décida d’en réserver l’accès aux seuls sujets français admis dans l’ordre des Minimes.

 

À la même époque (1660), grâce à un don et grâce au soutien du pape, les Minimes font construire l’escalier monumental d’accès à l’église, inauguré en 1725. Il deviendra public en 1870 lorsque Rome sera capitale de l’Italie et non plus propriété de la papauté.

 

Suite aux tourmentes révolutionnaires, où le couvent a été loué par appartements et l’église utilisée comme atelier d’artistes (notamment pour Ingres), il n’y avait plus de Minimes français pour y résider. La Mère Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur, installa un pensionnat de jeunes filles. Du temps où j’étais proviseur à Champs-sur-Marne, j’étais voisin d’un établissement privé de Noisy-le-Grand nommé Sophie Barat. Quoique d’une certaine façon nous ayons été concurrents, nous avons toujours entretenu de bonnes relations, mais j’ignorais qui était cette Sophie Barat, et surtout que je croiserais sa route ici, à Rome.

 

432a3 Rome, Trinità dei Monti

 

Au début le style de l’église se voulait en "gothique tardif" mais à part la croisée du transept il a nettement évolué vers les canons à l’honneur à la Renaissance. De part et d’autre de la nef à vaisseau unique se multiplient les chapelles.

 

432b Rome, Trinità dei Monti, pietà

 

Dans la première chapelle à gauche, qui est la chapelle Borghese, on est frappé par cette belle Pietà. Il s’agit d’une copie en plâtre d’un original du sculpteur allemand Wilhelm Theodor Achtermann (1799-1884) réalisé pour la cathédrale de Munster. Cet original ayant été détruit dans les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale sur l’Allemagne, il ne reste plus que ce plâtre à Rome.

 

432c1 Rome, Trinità dei Monti, Déposition

 

Dans la chapelle Bonfil, se trouve aujourd’hui (après bien des vicissitudes) la fameuse Descente de Croix de Daniel de Volterra, qui a été réalisée après 1546. "À je ne sais quelle invasion des Napolitains, raconte Stendhal, vers 1799, je crois, on plaça un bataillon dans cette église ; ils abîmèrent cette fresque. En 1811, je la vis chez le célèbre Palmaroli, restaurateur de tableaux, dans l’ancien palais de France, au Corso, vis-à-vis le palais Doria. Le général Miollis, gouverneur des États romains, le pressait de rendre le tableau, qui devait être envoyé à Paris. Palmaroli répondait que son travail n’était pas fini ; il l’a fait durer de 1808 à 1814. Il disait à ses amis : ‘On n’a déjà enlevé que trop de tableaux à notre pauvre Rome, tâchons de sauver celui-ci’. Il y a réussi". Palmaroli avait transposé la fresque sur toile, à la fois pour restaurer la peinture et pour la rendre transportable. Mais les produits fixants qu’il a utilisés ont, avec le temps, altéré les couleurs, et une restauration de 2002 a rendu à l’œuvre son aspect alors qu’elle était devenue gris-brun. Le long temps passé dans l’atelier du restaurateur n’a pas suffi parce que, alors que cette Descente de Croix était entreposée à la voisine Académie de France, l’ambassadeur –René de Chateaubriand– a voulu l’envoyer à Charles X pour la placer au Louvre… Mais elle a finalement réintégré l’église au milieu du dix-neuvième siècle.

 

432c2 Rome, Trinità dei Monti, Déposition

 

Il est vrai que ce tableau est merveilleux. Sur le détail ci-dessus, on voit comment est peinte l’affliction des Saintes Femmes, sans parler de l’extraordinaire soyeux du tissu. La tresse roulée en chignon, ici, révèle une chevelure particulièrement longue, je peux donc supposer qu’il s’agit de Marie-Madeleine.

 

432d Rome, Trinità dei Monti

 

Cette circoncision du milieu du seizième siècle est attribuée avec beaucoup de vraisemblance à Pierre Malet, peintre originaire d’Avignon et auteur d’une Adoration des Mages dans la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence. L’influence de Raphaël est manifeste, et d’ailleurs l’homme qui tend la tête, sur le bord droit de la scène est copié du Triomphe de l’Eucharistie de Raphaël.

 

Sur la droite, au-delà de la scène de la circoncision, le personnage en noir est Pierre Marciac, chanoine de Besançon et commanditaire de cette chapelle. Aprèsle sac de 1527, il paie 134 écus pour la restauration. En 1534, il paiera 400 écus de plus pour obtenir la concession de la chapelle qui, désormais, portera son nom et lui sera réservée. Il meurt en 1540.

 

Ayant voyagé à Rome en 1580-1581, Montaigne est donc un quasi contemporain de ce tableau. Il a assisté à une circoncision et la détaille par le menu. "Un homme tient en ses mains une fiole pleine de vin et un verre. Il y a aussi un brasier à terre, auquel brasier ce ministre chauffe premièrement ses mains, et puis […] il lui prend son membre, et retire à soi la peau qui est au-dessus, d’une main, poussant de l’autre le gland, et le membre au dedans. Au bout de cette peau qu’il tient vers ledit gland, il met un instrument d’argent qui arrête là cette peau, et empêche que la tranchant, il ne vienne à offenser le gland et la chair. Après cela, d’un couteau il tranche cette peau, laquelle on enterre soudain dans la terre qui est là dans un bassin parmi les autres apprêts de ce mystère. Après cela le ministre vient à belles ongles, à froisser encore quelque autre petite pellicule qui est sur ce gland et la déchire à force, et la pousse en arrière au-delà du gland. Il semble qu’il y ait beaucoup d’effort en cela et de douleur ; toutefois ils n’y trouvent nul danger, et en est toujours la plaie guérie en quatre ou cinq jours. Le cri de l’enfant est pareil aux nôtres qu’on baptise. Soudain que ce gland est ainsi découvert, on offre hâtivement du vin au ministre qui en met un peu à la bouche, et s’en va ainsi sucer le gland de cet enfant, tout sanglant, et rend le sang qu’il en a retiré, et incontinent reprend autant de vin jusqu’à trois fois. Cela fait, on lui offre, dans un petit cornet de papier, d’une poudre rouge qu’ils disent être du sang de dragon, de quoi il sale et couvre toute cette plaie, et puis enveloppe bien proprement le membre de cet enfant à tout des linges taillés tout exprès".

 

432e1 Rome, Trinità dei Monti, vierges sages et folles

 

Alexandre Maximilien Seitz a peint Les Vierges sages et les vierges folles en 1858. Sous la fresque figure, en latin, la phrase de l’évangile "Veillez, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre seigneur va venir". L’une des vierges sages, celle qui est juste devant l’ange en rouge, regarde le Seigneur avec des yeux de merlan frit, moi je craindrais un peu qu’elle soit hypocrite, mais à part cela je trouve ce tableau pas mal du tout, avec les vierges folles en train de roupiller à l’arrière-plan, leur flacon de vin renversé, et dans l’ombre bien sûr puisque leurs lampes ont épuisé leur huile.

 

432e2 Rome, Trinità dei Monti, fils prodigue

 

La même année 1858, le même Seitz a peint cette fresque du Retour du fils prodigue. Le vieux père, avec sa grande barbe blanche comme un Père Noël, accueille les bras ouverts son fils ruiné, qui arrive presque nu, seulement vêtu d’une peau de chameau, comme Jean-Baptiste. Derrière, un serviteur apporte un beau vêtement, et à gauche on voit une série de jarres de vin alignées. J’aime bien le regard perplexe de la femme, à droite, le geste plein de miséricorde et de tendresse du père, le fils dont l’attitude exprime la honte et le repentir. Tout au fond à gauche, on voit des serviteurs qui s’activent à apporter des plats, et à gauche, à mi-hauteur, d’autres tiennent un animal roux qui, à vrai dire, ressemble à un gros chien, mais qui doit plutôt être le veau gras que l’on va tuer. J’aime aussi le paysage baigné dans la brume de l’ultraviolet, le ciel, tout.

 

432f Rome, Trinità dei Monti, sibylle Tiburtina

 

Revenons à la chapelle où nous avons vu la Circoncision, dont l’entrée est encadrée par des sibylles. J’ai choisi celle de droite, la sibylle de Tibur, c’est-à-dire Tivoli, où nous sommes allés plusieurs fois, à une trentaine de kilomètres de Rome. C’est elle qui aurait prédit à Auguste qu’un homme "plus grand que lui" viendrait, et que ce jour-là une source d’huile jaillirait du sol. C’était la source d’huile du Trastevere et la naissance de Jésus-Christ. L’ombre portée sur le fond de faux marbre est censée être générée par la lumière qui émane de Jésus.

 

432g1 Rome, Trinità dei Monti

 

Cette chapelle a été attribuée à Aldobrandino Orsini. Sa fille Hélène en a commandé la décoration à Daniel de Volterra qui, comme pour la Descente de Croix, y a réalisé en 1545 des fresques splendides, inspirées de Michel-Ange. Lors de l’occupation française, au début du dix-neuvième siècle, "nous" avons voulu détacher ces fresques pour les emporter "chez nous". Résultat, elles ont été détruites et perdues. La peinture actuelle, de style nazaréen, date de 1830 et a été réalisée par Phillip Veit. C’est une Immaculée Conception.

 

432g2 Rome, Trinità dei Monti

 

Je ne raffole pas vraiment de la composition de cette peinture, mais en concentrant mon regard sur le détail du visage de la Vierge, j’aime beaucoup cette douceur juvénile, toute pleine de la candeur que suppose la conception immaculée, l’absence de péché originel (et non la virginité, comme on l’entend souvent dire). Ce tableau, qui était tout frais quand Stendhal a visité l'église, fait sans doute partie des“croûtes françaises” qu'il y a vues. À mon avis, le voyage d'Allemagne est bien long pour venir s'en moquer.

 

432h1 Rome, Trinità dei Monti

 

432h2 Rome, Trinità dei Monti, Michel-Ange

 

Ici, nous sommes dans la chapelle de Lucrèce della Rovere. Et nous retrouvons Daniel de Volterra pour cette fresque de l'Assomption de la Vierge, réalisée en 1548-1550. On sait que cet artiste admirait plus que tout Michel-Ange, et on a vu qu’il s’inspirait de son style. C’est particulièrement frappant dans cette peinture. Ce qui est amusant, c’est que si l’on observe l’apôtre à droite qui tend le bras vers la Vierge en nous regardant, et que je montre en gros plan, il n’y a aucun doute sur la ressemblance, c’est Michel-Ange en personne que Volterra a mis en scène. Je rappelle qu’il était encore en vie, puisqu’il mourra en 1563. Je cite Vasari : "Daniel manquait de place pour toutes ces figures et voulait réaliser une composition d’un genre nouveau ; il fit comme si l’autel était le sépulcre de la Vierge et plaça les apôtres tout autour". Pour ma part, je trouve remarquable ce décor peint en trompe-l’œil qui représente ces colonnes et le large oculus vers le ciel par où s’élève la Vierge.

 

432i1 Rome, Trinità dei Monti

 

432i2 Rome, Trinità dei Monti

 

432i3 Rome, Trinità dei Monti

 

Dans une autre chapelle (la chapelle Guerrieri), l’entablement présente quinze scènes de la Passion, en grisaille, d’un artiste non identifié, qui a travaillé dans le second quart du seizième siècle. J’ai choisi le Jardin des Oliviers, puis la scène où, après le baiser de Judas, Jésus est livré (on voit le couteau qui va trancher l’oreille du serviteur du grand prêtre), et enfin la flagellation de Jésus –parce qu’à Sainte Praxède, le 12 février, nous avons vu la colonne censée être celle à laquelle Jésus a été attaché pour être flagellé.

 

432j Rome, Trinità dei Monti

 

Normalement, nous n’aurions dû avoir accès qu’à l’église. Mais un jeune homme d’une extrême gentillesse, qui tenait la vente des livres et cartes postales, nous a autorisés à aller voir et photographier le cloître.

 

432k1 Rome, Trinità dei Monti, Chilpéric

 

À l’époque de la querelle pour la nationalité des Minimes, les Français ont voulu clairement marquer leur propriété en peignant au haut des murs du cloître les portraits de tous les rois de France, depuis l’origine, avec Pharamond, le légendaire ancêtre des Mérovingiens, et jusqu’à Henri IV (ces fresques datent de 1616). Puis, en 1823, les pensionnaires de l’Académie de France y ont ajouté tous les autres rois jusqu’à la Restauration. C’est ainsi que l’on peut voir (ci-dessus) Chilpéric, vingt-deuxième roi, qui a régné neuf ans, de 741 à 750.

 

432k2 Rome, Trinità dei Monti, Pépin le Bref

 

Voici Pépin le Bref, vingt-troisième roi, qui a régné 18 ans, de 750 à 768.

 

432k3 Rome, Trinità dei Monti, Charlemagne

 

C’est Charlemagne qui lui a succédé, et qui porte par conséquent le numéro vingt-quatre. Il a régné fort longtemps, 46 ans, de 768 à 814. Roncevaux, c’était en 778, je crois. Et ici, à Rome, dans la basilique Saint Pierre, de roi il a été fait empereur le 25 décembre 800. Il a une belle barbe blanche, mais elle n’est pas vraiment fleurie… Et s’il est vrai que c’est lui qui a inventé l’école, je dois lui rendre un culte puisque c’est grâce à lui que pendant 42 ans (quatre de moins que lui) j’ai pu travailler à l’Éducation Nationale et, ce qui est encore mieux, y prendre du plaisir puisque je regrette d’avoir dû décrocher.

 

432k4 Rome, Trinità dei Monti, Hugues Capet

 

Je fais maintenant un grand bond dans le temps pour en arriver à celui qui a fondé la dernière dynastie de monarques en France, Hugues Capet (les Révolutionnaires appelleront Louis XVI "Louis Capet" pour lui refuser le titre de roi). C’est le trente-sixième roi, qui a régné 9 ans de 987 à 996.

 

432k5 Rome, Trinità dei Monti, saint Louis

 

Cela en fait beaucoup, mais tant pis, je ne peux manquer de montrer saint Louis, Louis IX, d’abord parce qu’un saint dans la famille cela fait chic, et puis parce que j’ai eu l’occasion de parler deux fois de l’église Saint Louis des Français à Rome. Il court avec le dossard numéro 44, et règne un nombre d’années équivalent, quarante quatre ans, de 1226 à 1270. Je confesse humblement que, sans l’inscription qui figure sous son portrait, je l’aurais fait mourir (un peu) plus tôt. Pendant tout ce temps, son chêne, au bois de Vincennes, a eu le temps d’en fabriquer, des tonnes de glands.

 

432L1 Rome, Trinità dei Monti, salle réception

 

Mais ce n’est pas tout. Ce jeune homme, quand nous en avons fini avec le cloître (et il nous avait laissés libres de nous promener aussi longtemps que nous le voulions, de prendre toutes les photos que nous souhaitions), nous a proposé de pousser la visite. Il nous a montré cette magnifique salle de réfectoire, d’autant plus surprenante dans son luxe que les Minimes devaient y jeûner toute l’année. Décorée en 1694, elle a été restaurée en 2000 par le Sénat français.

 

432L2 Rome, Trinità dei Monti, salle réception

 

Le côté droit de la salle ouvre sur l’extérieur par des fenêtres, tandis que pour leur faire face et donner de l’ampleur, le côté gauche est décoré de fresques en trompe-l’œil. Et c’est d’autant plus remarquable que, non seulement l’illusion est parfaite, mais de plus les sujets sont traités avec humour, comme ce jeune garçon enjambant la balustrade.

 

432m Rome, Trinità dei Monti, vue sur piazza Spagna

 

Revenu dans l’escalier, je m’arrête un instant devant une fenêtre pour prendre cette vue inhabituelle de l’esplanade, cette mauvaise copie de la place du Tertre, de l’escalier de la Trinità, de la piazza di Spagna, et dans le fond, de la via dei Condotti où, sur la droite, se trouve le fameux Caffè Greco fréquenté par Goethe, Stendhal, Berlioz, Andersen et bien d’autres célébrités.

 

Notre cicérone nous montrera aussi une ravissante chapelle où se trouve la représentation d’une Vierge objet d’une grande dévotion. Il nous laissera là, nous disant que nous pouvions faire des photos si nous le voulions, mais il nous demandait de ne pas les publier. Vœu que, bien évidemment, je respecte.

 

432n Rome, Trinità dei Monti, école française

 

Sophie Barat, je l’ai dit, a fondé un pensionnat de jeunes filles. Cette école occupe de très beaux bâtiments dans un parc arboré. Le rêve. Ayant vu tout cela, nous avons eu plaisir à rester un peu ensuite à converser avec notre guide.

 

432o1 avec Bashal à la Trinità

 

432o2 avec Bashal à la Trinità

 

Nous avons appris qu’il s’appelle Bashal, qu’il vient du Kenya. Je lui ai donné l’adresse de mon blog –tout en le prévenant que j’étais très en retard dans sa publication– et je voudrais ici le remercier très chaleureusement de son accueil, de sa gentillesse et, outre le fait que grâce à lui nous avons pu visiter tout un tas de choses et récolter une belle moisson de photos, je le remercie aussi que nous ayons pu faire sa connaissance et parler un peu avec lui. Il ne parle pas français (ce sont les Anglais qui ont marqué ce pays), mais j’espère néanmoins qu’il verra et comprendra le plaisir que nous avons eu à cette visite grâce à lui, mais aussi au plaisir que nous avons eu à le rencontrer et à le connaître.

 

Merci Natacha pour les photos, mais j'aurais préféré ne pas y figurer...

 

433a Rome, Pie di Marmo

 

Après cette longue et intéressante visite, nous avons marché par les rues de Rome en attendant l’heure de la séance pour Natacha, à 17h. Personne ne sait pourquoi ce pied en marbre d’une statue romaine gigantesque se trouve ici, dans cette petite rue, sans qu’on en ait retrouvé le corps. Mais il a donné à la rue son nom, via Piè di Marmo.

 

433b1 Rome, Cloaca Maxima

 

433b2 Rome, Cloaca Maxima

 

Pendant le théâtre, je vais me promener longuement sur les berges du Tibre. C’est bon, aussi, de marcher sans rien visiter, de se dégourdir les jambes, de regarder le fleuve, la ville, les gens. Petite halte, cependant, devant ce débouché d’égout dans le fleuve. Une passerelle, comme on le voit, permet de longer l’eau, mais avec sa balustrade barre la vue sur cette bouche. J’ai cherché mon point de vue sur l’autre rive, sur le pont… Ce n’est pas par amour pour les eaux usées que j’ai voulu à tout prix prendre cette photo, mais parce qu’il s’agit de la cloaca maxima, ce collecteur général du réseau d’égouts de la ville qui date de l’Antiquité. Nous nous trouvons sur la rive gauche, juste sous le temple de Vesta, après le ponte Palatino en aval de l’île.

  

433c1 Rome, île du Tibre

 

433c2 Rome, navire d'Esculape

 

C’est Ovide qui raconte dans les Métamorphoses que pour combattre la peste de 294 avant Jésus-Christ, on se rendit à Épidaure en Grèce, chez Esculape le dieu médecin. Mais là, le dieu lui-même apparut sous la forme d'un grand serpent qui embarqua de sa propre autorité sur les navires romains, leur assura des vents favorables jusqu’à l’embouchure du Tibre, et choisit d’accoster directement sur l'île du Tibre. En son honneur, les Romains lui construisirent un sanctuaire, élevèrent un obélisque, renforcèrent en travertin les contours de l’île, lui donnant des allures de grand bateau amarré dans le Tibre. Le Moyen-Âge a vu réutiliser toutes ces pierres pour divers usages, seuls quelques fragments de l'obélisque central sont parvenus jusqu’à nous et sont conservés au Musée National de Naples, et ce fragment du “navire d'Esculape” (deuxième photo).

Et puis nous nous sommes retrouvés à la sortie du théâtre et avons ainsi conclu notre journée.

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 22:52

  

Entre le pied du Capitole et le Tibre, là où il enserre son île entre ses deux bras, les Juifs, nombreux à Rome depuis l'Antiquité, se sont installés là au treizième siècle, quittant peu à peu le Trastevere qui était précédemment le secteur de leur plus forte implantation. En 1556, le pape Paul IV (1555-1559), de l’illustre famille napolitaine des Carafa, fut élu à presque 80 ans parce que son énergie à combattre le protestantisme, mais aussi les déviations du catholicisme, étaient connus des cardinaux. Il a fait grand et impitoyable usage de l’Inquisition contre des chrétiens, quant aux Juifs il a fait dresser des murailles autour de ce quartier qu’ils habitaient pour les enfermer dans un Ghetto, ouvert seulement du lever au coucher du soleil.

 

Stendhal le dit à sa façon : "6 décembre 1827.– Nous venons de visiter les antiquités du quartier des juifs. C’est le pape Paul IV, Carafa (ce vieillard napolitain qui de bonne foi se croyait infaillible, et craignait d’être damné s’il ne suivait pas les mouvements secrets qui lui ordonnaient de persécuter), qui commença à vexer les juifs (1556). Il les obligea d’habiter le Ghetto, ce quartier sur les bords du Tibre, près du Ponte Rotto, maintenant si sale et si misérable. Les juifs furent forcés de rentrer dans le Ghetto à vingt-quatre heures (c’est-à-dire au coucher du soleil) ; Paul IV voulut qu’ils vendissent leurs possessions, et ne leur permit d’autre négoce que celui des vieilles hardes. Ils furent astreints à porter un chapeau jaune […]. Malgré toutes ces vexations, et bien d’autres qui me feraient passer pour jacobin si je les rapportais, telle est l’admirable énergie avec laquelle ce peuple malheureux tient encore à la loi de Moïse".

 

Vingt-quatre heures, dit Stendhal, le coucher du soleil. Les Romains du dix-neuvième siècle comptaient encore les heures comme du temps de Jules César : ils divisaient en 12 parts égales entre elles la durée du jour (du lever au coucher du soleil) et en 12 parts égales entre elles la durée de la nuit (du coucher au lever du soleil). Ainsi, au solstice d’été, en juin, les heures de jour étaient très longues et les heures de nuit très courtes, puis les unes raccourcissaient progressivement au profit des autres, et la proportion s’inversait jusqu’au solstice d’hiver, en décembre. Stendhal, encore : "Les ventiquattro

(les vingt-quatre heures) changent tous les quinze jours. Le parti rétrograde tient beaucoup à cette façon peu commode de faire sonner les horloges ; l’autre manière s’appelle alla francese".

 

428a Rome, Teatro di Marcello

 

Le 20 novembre, puis le 29 décembre, j’ai parlé de ce teatro di Marcello qui est sur la bordure du ghetto. Je ne vais pas recommencer, ni à raconter les anecdotes de son inauguration, ni à expliquer son histoire. Mais aujourd’hui –enfin– nous sommes descendus tout près, j’en profite donc pour ajouter quelques images.

 

428b Rome, Teatro di Marcello

 

Sur ces deux photos, on voit ce qui reste du théâtre d’origine en pierre blanche, la petite portion qui en a été refaite, et au-dessus le palais des Savelli construit au seizième siècle.

 

428c Rome, Teatro di Marcello

 

Cette galerie qui court le long du théâtre, avec son plafond voûté, me rappelle un peu Nîmes.

 

428d Rome, Teatro di Marcello

 

Encore une image en contre-plongée pour montrer cet impressionnant théâtre surmonté de son château Renaissance.

 

428e Rome, Teatro di Marcello

 

Le théâtre, une fois abandonné au début du quatrième siècle, a servi de magasin de matériaux de construction, particuliers comme officiels se servant librement en pierres. Lorsque l’on en a fait une forteresse au douzième siècle, puis un palais au seizième, on n’a ni arasé, ni comblé, on a imbriqué les nouvelles constructions dans ce qui restait en place des anciennes, ce qui donne cet intéressant montage.

 

429a Portico d'Ottavia

 

En 146 avant Jésus-Christ a été construit le portique de Metellus, le plus ancien quadriportique de Rome. L’empereur Auguste le fit refaire entre 27 et 23 avant Jésus-Christ et le dédia à sa sœur Octavie (Portico d’Ottavia, en italien). La dernière restauration, à laquelle appartiennent les restes d’aujourd’hui, date du début du troisième siècle, sous les empereurs Septime-Sévère et Caracalla. Dans son ensemble, la construction était immense, 132 sur 140 mètres. Il s’y trouvait un complexe comprenant un temple de Jupiter et un temple de Junon, une bibliothèque latine et une bibliothèque grecque, et un grand nombre de statues.

 

429b Portico d'Ottavia

 

Aujourd’hui, il est dommage de constater qu’il n’en reste pas grand chose. Ce qui ne l’empêche pas d’être impressionnant et d’attirer le regard de nombreux touristes.

  

 429c Portico d'Ottavia

 

Une grande partie, en arrière, est occupée par une église, Sant’Angelo in Pescheria. J’en parlerai un peu plus loin.

 

429d Portico d'Ottavia

 

Il reste, en direction du teatro di Marcello (c’est lui que l’on aperçoit sous la dernière arche, sur la droite), ces quelques arches. Cet aménagement, destiné à donner accès à l’église, est bâclé et du plus mauvais effet dans ce site antique. Dommage. Car ce n'est pas fait pour les handicapés, puisque cela débouche sur un escalier (aux marches très basses) ; on peut faire mieux, dans un tel site, que cette allée de planches et ces protection de sécurité qui n’ont rien de provisoire.

 

429e-Portique-d-Octavie.jpg

 

Le temps et les déprédations ont mis à mal le peu qui reste du splendide portique de l’origine. Voici comment il faut étayer l’une des colonnes…

 

429f Roesler, poissonniers au portique d'Ottavia

 

Nous sommes, comme je le disais au début de cet article, dans le quartier qui a été le ghetto juif. Sous le portique, sans mesure de protection (esthétique ou pas), se tenaient des marchands de poisson, d’où le nom de l’église, Saint Ange en Pêcherie. Ici, l’on peut voir la représentation qu’en donne Ettore Roesler Franz (1845-1907).

 

429g Rome, ghetto

 

429h Rome, ghetto

 

Lors de la république romaine de Mazzini en 1848, les murs du ghetto sont abattus, puis en 1870 quand l’Italie est unifiée et que Rome en devient la capitale il ne reste plus aucune restriction à l’encontre des Juifs. Lorsque l’assainissement du quartier a été décidé en 1885, quasiment tout a été rasé, et puis la guerre et la Shoah ont fait disparaître les Juifs, par l’émigration pour quelques uns, par la mort pour la plupart, mais peu à peu le quartier s’est repeuplé, et l’on y trouve nombre de restaurants, tous Kasher, et des boutiques de tissu, confection, passementerie, qui étaient l’une des activités majeures des habitants du ghetto.

 

429i Rome, synagogue

 

La visite de la synagogue n’est pas à notre programme d’aujourd’hui, mais avec le musée qui lui est associé c’est un lieu qu’il est important de connaître. L’an passé, à Budapest, nous avions effectué la visite parallèle, et ce ne peut qu’être un enrichissement complémentaire à Rome.

 

430a Rome, Sant'Angelo in Pescheria

 

J’ai dit que je reviendrais sur l’église Sant’Angelo in Pescheria. Peu longtemps parce qu’elle n’a pas retenu longtemps mon attention. En revanche elle a bien plu à Natacha pour plusieurs des peintures qui s’y trouvent. À elle donc, si elle le souhaite, d’en parler, mais elle a décidé de ne pas tenir de blog… Cette église s’est installée au huitième siècle dans le portique d’Octavie.

 

430b Rome, Sant'Angelo in Pescheria

 

Ce tableau ne me déplaît pas. À l’évidence, il représente la pêche miraculeuse, saint Pierre qui s’est jeté à l’eau pour rejoindre Jésus quand il l’a identifié, les autres apôtres arrivant avec la barque. Pierre, tellement humain (ce n’est pas saint Paul !), qui en fait plus que les autres mais qui reniera Jésus, qui se repentira. Qui fuit Rome, qui est tout surpris de rencontrer Jésus (“Domine, quo vadis ?”), mais qui y retournera et y sera crucifié. Avec ses peurs humaines, et son courage qui revient par fidélité et amour. Il arrive ici à Jésus non pas avec le sourire de l’ami qui retrouve celui qu’il aime, mais avec le visage grave de la conscience de la signification de cette apparition. Mais en même temps la scène est pleine de réalisme, cet oiseau blanc qui regarde ce qui se passe, une aigrette je crois (mais je ne suis pas fort en zoologie), la tempête sur l’eau et dans le ciel où une lueur commence juste à apparaître, la voile gonflée qui montre que le vent reste fort, le filet à moitié immergé parce que trop lourd, tout est remarquablement décrit.

 

430c Rome, fontana delle Tartarughe

 

Tout près se trouve cette place Mattei avec sa fontaine des Tortues que nous avions déjà vue le 29 décembre. Elle est si typique et amusante que j’en montre encore aujourd’hui une photo.

 

430d Rome, en ville, humour

 

Et voilà. La promenade est finie pour aujourd’hui. Mais dans l’après-midi, nous avons vu un petit affichage sur une porte donnant sur un étroit passage devant de l’herbe. Le propriétaire du lieu demande avec humour "Vous êtes aimablement priés de ramasser les excréments de vos chiens. Merci". Je dois cependant dire que si, généralement, les gens jettent négligemment sur le trottoir leur paquet de cigarettes ou leur Kleenex, en revanche il n’y a pas de crottes de chiens, ou très peu, infiniment moins qu’à Paris, et souvent on voit les propriétaires de chiens attendre patiemment, un papier et un sac plastique à la main, que "l’opération" soit finie pour tout ramasser et aller le jeter dans une poubelle. Il faut croire qu’il y a des exceptions, et que ces exceptions se baladent devant cette porte…

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 23:16

 425a Rome, Nostra Signora del Sacro Cuore di Gesù

 

Aujourd’hui nous nous promenons dans Rome. Pensant aller donner un coup d’œil à l’ancienne université de la Sapienza, nous nous arrêtons en face pour savoir à quoi ressemble Nostra Signora del Sacro Cuore di Gesù. Un oratoire avait été établi au dixième siècle par des moines bénédictins sur les ruines du cirque de Domitien (284-305), aujourd’hui piazza Navona. De 1450 à 1458, s’est formée une sorte d’enclave espagnole dans ce secteur, avec logements pour les pèlerins, hospice, hôpital, et l’oratoire a été agrandi et transformé en église. Quand, au dix-huitième siècle, diminue l’influence des Espagnols, l’église est abandonnée. Les œuvres d’art qui ne sont pas expédiées en Espagne sont volées, et en 1829 on utilise le bâtiment comme dépôt de bois. En 1870, Rome est prise et les biens du clergé sont nationalisés. En 1878 le bâtiment, qui n’est plus une église, est vendu aux enchères. Le pape Léon XIII (1878-1903) prête au fondateur des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus une somme d’argent et exige qu’il se porte acquéreur. Cela dit, je n’en dirai guère plus, parce que je n’ai pas été enthousiasmé par cette église.

 

425b Rome, relève devant le sénat

 

Un instant nous nous arrêtons parce que l’on procède à la relève de la garde au Palazzo Madama, le sénat. À vrai dire, ce n’est pas extrêmement pittoresque. J’attends plus de la relève à Athènes.

 

425c Rome, relève devant le sénat

 

Mais il est amusant d’observer comment certains, affectant un air martial, prennent leur rôle au sérieux, alors que d’autres, tout en restant tout à fait corrects, regardent qui les photographie.

 

425d1 Rome, Sapienza

 

Lorsque nous étions venus ici la dernière fois, il faisait nuit. Nous voici donc revenus de jour dans cette ancienne université de la Sapienza. Mussolini en a construit une autre, pour la remplacer, non loin de la gare centrale Termini. Et maintenant il s’en est ajouté une seconde de l’autre côté du Grande Raccordo Anulare, le “GRA”, autoroute périphérique de Rome. Ici, ce sont maintenant des archives. L’église, au fond, avec sa façade concave enchâssée entre les bâtiments, est une œuvre typique de Borromini. C’est Sant’Ivo alla Sapienza.

 

425d2 Rome, Sapienza

 

Et cela, n’est-ce pas typique de l’art de Borromini ? Le dôme s’achève par une élégante tour lanterne qui s’enroule en spirale. Comme il n’y a pas trois niveaux à cette spirale et que ce n’est pas une basilique, sans doute n’est-ce pas voulu, mais pour moi cela évoque la tiare des papes.

 

425d3 Rome, Sapienza

 

Comme on le voit, tout est en courbes et en contre courbes. Je trouve cela merveilleusement harmonieux. J’ai eu l’occasion de dire combien cela a été détesté par ses contemporains, j’ai déjà cité les violentes critiques soulevées, je ne recommence pas.

 

425d4 Rome, Sapienza

 

Avant de partir, un coup d’œil à la cour. Nous aurions voulu visiter l’intérieur de l’église, en forme d’abeille paraît-il, pour honorer la famille Barberini et les trois abeilles de son blason, mais elle n’est ouverte que le dimanche matin le temps de la messe, et par conséquent il n’est pas possible d’en effectuer une visite. Dommage.

 

425e1 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Passant devant San Luigi dei Francesi, nous constatons que la façade n’en est plus cachée par des palissades de travaux. Jusqu’à ce jour, nous n’avions pu la voir que de l’intérieur (ce qui n’est pas si mal, avec ses deux merveilleux Caravage).

 

425e2 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Sur la façade, on peut voir cette statue de notre saint roi national, Louis IX.

 

425e3 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Et à l’intérieur, on peut voir cette représentation du roi au fond d’une chapelle latérale. Je ne suis pas en admiration devant ce tableau, mais il représente celui à qui l’église est consacrée, alors il me faut bien le montrer…

 

425e4 Rome, San Luigi dei Francesi

 

De même, cette toile de Nicolas Pinson (les Nicolas peintres sont-ils tous des oiseaux ? Nicolas Pinson, Nicolas Poussin…). C’est Catherine de Médicis présentant à saint Louis le plan de l’église. Je ne tombe pas en pâmoison devant ce tableau.

 

425e5 Rome, San Luigi dei Francesi

 

Je préfère m’arrêter quelques instants, dans la rue suivante –qui s’appelle rue Jeanne d’Arc–, devant ces fleurs de lys royales accompagnant un texte qui dit que c’est le bâtiment d’une église et d’un hôpital de Louis des Français.

 

426a Rome, Ara Pacis Augustae

 

Mais le clou de notre journée, c’est l’Autel de la Paix d’Auguste, Ara Pacis Augustæ. Quand, après vingt années de guerre civile, enfin Octave prend en seul maître les rênes du pouvoir et devient l’empereur Auguste (de 27 avant Jésus-Christ à 14 après) il établit une paix durable, en l’honneur de quoi le sénat fait construire, en l’an 9 avant Jésus-Christ, un gigantesque autel à la paix à peu près là où se trouve l’église San Lorenzo in Lucina, près du Corso. Oublié, pillé, détruit, morceau par morceau cet autel sera retrouvé entre le seizième siècle et le dix-neuvième siècle, les pièces du puzzle seront dispersées entre collections privées et musées ; et puis il sera reconstitué près du Tibre en 1970 pour fêter les 100 ans de l’unité italienne.

 

426b Rome, Ara Pacis Augustae

 

Ce très beau bâtiment a été conçu par Richard Meier, l’architecte du célèbre musée d’art moderne de Barcelone. L’autel, ainsi exposé à la lumière du jour entre ces flancs de vitres, est particulièrement en valeur. De plus les passants, sans systématiquement prendre un billet d’entrée et visiter tout le monument, peuvent jouir du spectacle de cette œuvre d’art de l’Antiquité enchâssée dans une œuvre d’art contemporaine.

 

426c Rome, Ara Pacis Augustae

 

Non seulement les décorations de l’autel sont très belles, mais de plus elles sont instructives parce qu’elles reproduisent la vie à Rome dans les années qui avoisinent le changement d’ère. Ici, on voit les préparatifs du sacrifice d’une brebis. L’homme qui l’amène tient à la main un couperet. Voyant dans la main de celui qui suit un oiseau, je suppose qu’il s’agit d’un haruspice qui va en interpréter les entrailles.

 

426d1

 

Une frise représente la cérémonie de dédicace de l’autel. On y voit tout plein de gens dont beaucoup peuvent être identifiés et l’on peut ainsi comprendre dans quel ordre avançaient les divers personnages dans ce type de procession. Je suis resté longtemps à détailler toute la frise. J’aurais envie de tout montrer mais il me faut être raisonnable, je me limiterai donc à trois photos (et encore, trois photos, c’est peut-être déjà déraisonnable).

 

Ici, six personnages apparaissent au premier plan, trois hommes, un enfant, une femme, un homme. Le premier est le flamen dialis, le prêtre de Jupiter. En français, on transcrit flamine. Allons-y pour ma marotte, l’analyse du mot. Le F latin vient généralement d’un B aspiré indo-européen. Par ailleurs, le R roulé est très proche du L, comme on peut le constater par le rapprochement du français BLANC avec le portugais BRANCO. Le sanscrit, la langue sacrée de l’Inde, est également une langue indo-européenne, dans laquelle les consonnes sont bien conservées, mais où les voyelles ont évolué vers le son A. Et voilà, ces flamines qui sont les prêtres de la religion romaine, leur nom est le même que celui des brahmanes de l’Inde… Quant à l’adjectif dialis, il serait trop long et trop technique de démontrer que les mots dies (le jour), dieu, Zeus, Jove (en anglais, "by Jove"), Jupiter, et dia (le génitif de Zeus, en langue grecque ancienne), reposent tous sur la même racine indo-européenne *dyew-. Par conséquent, “dialis” signifie “de Jupiter”.

 

Les licteurs sont des genres de gardes mobiles. Le second personnage est un flaminius lictor, soit le garde du corps du flamine.

 

Vient ensuite Agrippa. Ce monsieur est l’amiral de la flotte du futur Auguste, à l’époque encore Octave, qui en 36 avant Jésus-Christ a été vainqueur, à Nauloque, de la flotte de Sextus Pompée qui avait pris Sicile et Sardaigne. Il a donc grandement contribué à la victoire finale d’Octave sur ses concurrents.

 

L’enfant qui tient un pan de la toge d’Agrippa, c’est Caius César. Je ne dirai pas une fois de plus comment et pourquoi le C de ce prénom se prononce G ! Cet arrière-petit-fils du grand Jules était né en 20 avant Jésus-Christ et mourra en 4 de notre ère. Au moment de cette cérémonie, en l’an 9, il a donc 11 ans. Je trouve qu’il fait bien jeune pour son âge, je lui donnerais environ 7 ans, pas plus.

 

Derrière lui vient Livia, la femme de l’empereur. Auguste est né en 63, Livia en 57. Sur la "photo" elle a donc 48 ans. De son premier mariage, elle avait un fils, Tibère, et les historiens savent qu’elle a cherché à intriguer pour que l’héritage d’Auguste, son second mari, passe à Tibère. Par ailleurs Ovide, le poète auteur de l’Art d’aimer, a été exilé à Tomes (Constantza, sur la Mer Noire, dans l’actuelle Roumanie), officiellement pour la licence de son livre, en fait pour des raisons inconnues, et l’on a supposé que par sa femme il aurait appris les intrigues de l’impératrice, et ne se serait pas montré très discret. D'où cette punition si sévère de la relégation jusqu'à sa mort.

 

Enfin, le personnage à droite est identifié (avec un point d’interrogation) comme Tibère, né en 42 de ce premier mariage de Livia, et qui sera le successeur d’Auguste. Il régnera de 14 à 37 après Jésus-Christ. C’est donc lui qui était empereur lors de la vie adulte de Jésus et de sa Passion.

 

426d2 Rome, Ara Pacis Augustae

 

Germanicus, né en 15 avant Jésus-Christ, au centre, est entre ses parents, Antonia Minor (36 avant-38 après) à gauche et Drusus Maior (38 avant-9 avant) à droite. Cette Antonia est une arrière-petite-fille de Jules César, et Drusus est un frère de Tibère. Ce mariage n’aurait donc rien de consanguin puisqu’officiellement ils ne sont de lointains "cousins" que par les deux mariages de Livie. Mais dans la réalité, il se pourrait bien qu’avant son divorce elle ait déjà eu des relations avec Octave, son futur second mari, et que Drusus soit le fils d’Octave qui était lui-même un petit-fils de Jules César. Drusus serait alors un arrière-petit-fils, au même titre que son épouse Antonia. Oh là là, que c’est compliqué, ces histoires de famille !

 

Germanicus a un cousin germain, le fils de Tibère qui est le frère de son père Drusus. Ce neveu de Drusus (Maior) s’appelle lui aussi Drusus (Minor). Germanicus et Drusus Minor (qui mourra empoisonné en 23) s’illustreront en 14 après Jésus-Christ, l’année de la mort d’Auguste, en mâtant les révoltes de légions en Germanie (Pays-Bas et ouest de l’Allemagne) et en Pannonie (ouest de la Hongrie et nord de la Croatie).

 

Sur cette représentation, Germanicus aurait 6 ans. Or je ne peux lui donner plus de trois ou quatre ans.

 

426d3 Rome, Ara Pacis Augustae

 

Le bébé représenté ici est donné pour Lucius Cæsar, né en 17 avant Jésus-Christ, avec un gros point d’interrogation. Octave Auguste s’est marié trois fois. Cette Livia dont nous avons parlé était sa troisième femme. De la première, Claudia, il n’a pas eu d’enfant. De la seconde, Scribonia, il a eu une fille, Julia, qui a été mère de cinq enfants, dont le premier était ce Caius César de ma première image, le troisième était ce petit Lucius César, et la quatrième était Agrippine (Maior), qui a épousé Germanicus. Cette fois-ci, la consanguinité a dû produire ses effets, parce qu’ils ont engendré Caligula, qui deviendra fou et, empereur, finira assassiné à 29 ans, et Agrippine (Minor), monstrueuse débauchée et criminelle, qui empoisonnera l’empereur Claude pour mettre à sa place son fils de 17 ans, Néron, charmant garçon qui, à son tour, fera assassiner sa mère en 59 après avoir empoisonné Britannicus pour premier acte d’empereur en 54.

 

Le Lucius César de notre image est donc l’oncle d’Agrippine l’empoisonneuse et le grand-oncle de l’empereur Néron. Toutes ces scènes, sur l’autel de la paix d’Auguste, sont censées en représenter la procession d’inauguration en l’an 9 avant Jésus-Christ. Mais en voyant Caius César je placerais cette sculpture vers 13, en voyant Germanicus vers 11 ou 12, et parce que Lucius César ne porte pas plus de deux ans avec ses fesses à l’air, ce serait vers 15. La frise a été sculptée, à l’évidence, avant la cérémonie d’inauguration, et par conséquent les représentations sont théoriques. Mais, parce que je reconnais le visage de Tibère tel que je l’ai vu sur des bustes, je suppose que l’artiste a quand même représenté les personnages tels qu’il les voyait.

 

426d4 Rome, Ara Pacis Augustae

 

Sur ma première photo de l’intérieur, montrant l’autel dans son ensemble, on pouvait voir la très belle décoration de volutes végétales de la façade. J’avais envie d’en montrer ici un détail. Les botanistes en ont identifié chacune des espèces, qui sont innombrables. Ces sculptures ont donc été exécutées d’après modèles avec une extrême finesse et une extrême précision. Elles constituent une authentique œuvre d’art.

 

426e Rome, Ara Pacis Augustae

 

Le bâtiment construit par Richard Meier comporte également des salles d’exposition. Entre autres sont exposés des objets retrouvés sur le site de l’autel lors des fouilles systématiques entreprises en 1937-1938 pour mettre au jour les fragments qui n’avaient pas été déjà récupérés au cours des siècles. Ces objets sont indépendants de l’autel, n’ont rien à voir avec lui, et lui sont donc postérieurs. Ici, le groupe de Pan, Silène et un singe a été retrouvé dans la terre qui recouvrait l’escalier d’accès à l’Autel de la Paix. C’est très vraisemblablement un sujet de décoration de jardin (comme les nains de jardin actuels) datant de la fin du deuxième siècle de notre ère, mais inspiré d’un sujet de style hellénistique tardif, soit du deuxième siècle avant notre ère.

 

427 Rome, dans la rue

 

En sortant, nous avons vu de l’autre côté de la rue, tout au long de la grille du site du mausolée d’Auguste, de petits sujets humoristiques constituant un "musée en plein air". L’auteur, qui avait laissé là ses œuvres, suggérait qu’on lui laisse une pièce sur le sol. Ici, il a posé un Kleenex sur la trompe d’un éléphant, qui est enrhumé. Ailleurs, quelques coups de crayon dans le style de Picasso étaient légendés "Picasso à moitié prix". Et c’est donc sur cette touche d’humour que nous avons terminé notre journée.

 

Je suis très en retard, de presque un mois, pour publier cet article. Et en le relisant longtemps après l'avoir rédigé, je me dis que si, d'après mes explications, on cherche à s'y retrouver les relations de famille entre Auguste, Livie, Germanicus, Drusus, Agrippine et les autres, on doit attraper un sacré mal de tête et ne pas être plus avancé après qu'avant. Ma seule consolation est que sans doute pas un seul de mes lecteurs n'aura essayé de comprendre.

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 00:18

À une centaine de kilomètres au sud de Rome, un gros promontoire porte le nom de Monte Circeo. Homère fait vivre la magicienne Circé dans une île appelée Aea, mais la tradition assimile le premier à la seconde. Ulysse y aborde et, ne sachant qui habite là, envoie ses compagnons en reconnaissance. Ils sont reçus avec faste, et lors d’un somptueux banquet d’accueil Circé, qui a versé un philtre dans leur vin, les touche de sa baguette et ils se transforment en animaux, porcs, lions, chiens, "chacun selon sa nature profonde" précise la légende. Mais l’un des émissaires qui, par méfiance, était resté caché en observation, revient en hâte raconter ce qui s’est passé à Ulysse qui y va à son tour, mais dûment muni d’un philtre fourni par le dieu Hermès. Circé le reçoit de même que précédemment ses compagnons, mais il verse en cachette son philtre à lui dans son vin et, quoique buvant, il ne se transforme pas en animal. Il menace de son épée Circé qui, effrayée, rend leur apparence humaine aux compagnons d’Ulysse et va partager sa vie, et sa couche, avec lui pendant un an. En commun, ils auront un fils, Télégonos. Et Ulysse rentre chez lui, à Ithaque, retrouver sa femme Pénélope.

 

Voulant connaître son père, Télégonos devenu adulte se rend à Ithaque. Là, il razzie du bétail, et en tue le propriétaire qui voulait le défendre. Cet homme était Ulysse. Quand Télégonos apprend qu’il vient de tuer son père, il est accablé, et veut l’enterrer chez Circé, à Aea. Il emporte donc le corps de son père, et sa belle-mère, la veuve Pénélope, le suit. Ce Télégonos va fonder deux villes, Tusculum (Cicéron écrira les Tusculanes, dialogues philosophiques censés se dérouler à Tusculum. Le Mac Donald’s que nous fréquentons se trouve sur la via Tuscolana, qui mène à cette ville) et Préneste. Aujourd’hui, cette ville s’appelle Palestrina.

 

Le hic, c’est que la Guerre de Troie et donc la vie d’Ulysse se situent au treizième siècle avant Jésus-Christ, alors que, semble-t-il, Préneste daterait du neuvième ou du dixième siècle. Mais passons. Quand le roi étrusque de Rome, Tarquin le Superbe, qui était un vilain monsieur qui avait fait des choses pas bien du tout à Lucrèce, a été chassé de Rome, Préneste s’est rangée aux côtés de la Ligue Latine qui s’est opposée à la jeune République romaine. La défaite de la Ligue au quatrième siècle sonnera le glas de l’indépendance de Préneste.

 

Mais pourquoi donc parlé-je de Préneste / Palestrina ? Hé bien aujourd’hui nous avions des projets très très matériels de lessive dans une laverie automatique, que nous avons trouvée fermée. Et comme la circulation, dans l’autre sens, était bloquée, plutôt que de revenir nous avons remis à plus tard nos passionnants projets de lessive et avons continué sur cette route, qui nous a menés à Palestrina, à une quarantaine de kilomètres de Rome.

 

424a1 Palestrina, Saint-Agapit

 

Nous avions organisé autrement notre journée, de sorte que nous arrivons bien tard. Et il y a tant à voir qu’il nous faudra revenir. À cette occasion, j’en dirai plus sur cette ville et sur son rôle dans l’histoire. Et nous visiterons des sites exceptionnels. Pour aujourd’hui, ce sera la cathédrale Saint Agapit. Nous avons vu hier, à propos de Santo Stefano Rotondo, quel martyre (asphyxie par la fumée) a subi cet adolescent de quinze ans à qui est consacrée cette église. Comme il avait résisté à l’asphyxie, plus destinée à le supplicier qu’à le tuer, il a ensuite été décapité. Cette église lui a été consacrée parce qu’il était natif de Préneste et qu’il y a subi son supplice, le 18 août 274, sous l’empereur Aurélien.

 

424a2 Palestrina, Saint-Agapit

 

Au sixième siècle avant Jésus-Christ il y avait là un ensemble centré sur un temple dédié à la déesse Fortuna Primigenia. Au cinquième siècle de notre ère, ce bâtiment civil romain sera converti en église chrétienne. Au douzième siècle, l’évêque qui en a la charge est un homme qui vient du nord de l’Italie, où il a vu de grandes cathédrales. Il veut donc lui donner de l’ampleur. Il y ajoute un chevet, des nefs latérales, un campanile. En 1298, les Colonna dont c’est la ville étant en lutte avec la papauté, le pape Boniface VIII (1294-1303) de la grande famille des Caetani ordonne la destruction de Palestrina, mais la basilique cathédrale y survit. En revanche, après le pape Martin V (1417-1431) qui était un Colonna, du temps du pape Eugène IV (1431-1447) qui est pourtant un Vénitien, le cardinal Giovanni Vitelleschi, commissaire militaire pontifical, débarque à Palestrina en 1437, ravage la ville et abat le campanile, qui sera bien vite reconstruit. Charmantes manières, pleines de l’onction cardinalice, n’en doutons pas.

 

424b Palestrina, Saint-Agapit

 

Sur le mur, une Vierge moderne "Reine de la Paix" a été placée en 1957 pour commémorer le cinquantième anniversaire de la création de l’Association Paix et Travail de Palestrina.

 

424c Palestrina, Saint-Agapit

 

Sur ma photo de la nef, on peut avoir une idée d’ensemble de cette cathédrale. On aperçoit la décoration de l’abside et du chœur.

 

424d1 Palestrina, Saint-Agapit

 

La décoration de l’abside a été refaite au dix-neuvième siècle par Domenico Bruschi (1840-1910). Jésus, qui siège en majesté, accueille saint Agapit qui lui est présenté par un ange. Je ne raffole pas de cette représentation dont je trouve les couleurs, bien dans le goût des décors religieux de l’époque, trop criardes.

 

424d2 Palestrina, Saint-Agapit

 

La peinture du chœur est, je trouve, plus classique, bien que du même peintre. Il s’agit de la condamnation de saint Agapit au supplice. J’aime bien la "couleur locale" et la composition.

 

424e Palestrina, Saint-Agapit

 

Encore un petit tour pour jeter un coup d’œil à la chaire, en noyer, qui date de 1650.

 

424f Palestrina, Saint-Agapit

 

Et encore ce lutrin qui me plaît énormément, avec le bœuf de saint Luc et l’aigle de saint Jean. Il est figuré comme un livre relié, ouvert (les évangiles).

 

424g Palestrina, Saint-Agapit

 

Avant de sortir, je voudrais montrer cette étrange Pietà. Voir Jésus adulte nu n’est pas courant. Par ailleurs, je ne suis pas sûr d’identifier les deux autres personnages. S’il s’agit d’une pietà, c’est Marie qui le soutient, et l’autre personnage peut éventuellement être saint Jean, qui était très jeune, mais pas à ce point. Ou alors saint Agapit. Ce n’est pas la même époque, mais qu’importe pour le symbole. Hélas, il n’est donné aucune explication.

 

424h1 Palestrina, Pierluigi

 

Sur la place de l’église, on peut voir ce grand monument en l’honneur de "Giovanni Pierluigi da Palestrina, Prince de la musique".

 

424h2 Palestrina, Pierluigi

 

Un peu plus loin, la maison où est né en 1525 ce grand musicien célèbre pour sa musique polyphonique. Il est même considéré pour l’Italie, et peut-être au niveau mondial, comme le plus grand de la Renaissance. Il est mort en 1594.

 

424i Palestrina

 

Nous terminons la journée par un petit tour en ville, au moment où le soleil décline sur l’horizon. Palestrina étant située sur une colline assez élevée, on a une large vue sur la plaine environnante, et les couleurs du soleil couchant sont somptueuses. Espérons que lors de notre prochaine visite nous jouirons d’un temps qui nous permettra d’en profiter pleinement…

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Published by Thierry Jamard
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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 23:09

418a Rome, San Clemente

 

Aujourd’hui, nous avons un programme très chargé. Le Monte Celio (le mont Cœlius) situé à l’ouest de Saint Jean de Latran porte plusieurs églises remarquables. Le 8 février, nous y étions venus et nous y avions vu trop sommairement la basilique de San Clemente et la basilique des Quattro Santi Coronati, nous promettant d’y revenir. J’avais préféré ne pas parler de ces églises à l’époque, pour le faire en une seule fois lorsque notre visite serait plus documentée. Le moment est venu de présenter San Clemente. Stendhal : "Vous aurez besoin du souvenir de cette église si jamais la curiosité vous porte à étudier sérieusement la grande machine de civilisation et de bonheur éternel, nommée christianisme. L’église de Saint Clément est, sous ce rapport, la plus curieuse de Rome". Cela dit sous sa seule responsabilité.

 

418b Rome, San Clemente

 

Le portail qui donne sur la place est de type défensif pour des époques, et notamment la querelle des investitures (le pape investit-il l’empereur, ou est-ce le contraire) de 1073 à 1085, où aristocratie et papauté étaient en opposition, ce qui signifiait presque un état de guerre. Je rends maintenant la parole à Stendhal : "Le vestibule en avant des églises, où s’arrêtaient, en 417, les pécheurs indignes de se mêler aux autres fidèles, est aujourd’hui à Saint Clément un petit portique de quatre colonnes (ouvrage du IXe siècle)".

 

418c Rome, San Clemente

 

Passé le portail, on se trouve dans cette cour du douzième siècle, unique atrium médiéval de Rome conservé jusqu’à nos jours. On aperçoit sur la gauche un petit campanile qui date de 1600, le campanile antérieur était à droite. "Vient ensuite une cour, continue Stendhal, environnée de portiques, où se plaçaient les chrétiens qui se trouvaient dans une position morale un peu moins mauvaise".

 

Avant d’entrer je vais parler de saint Clément. Il s’agit d’un esclave juif né à Rome, puis affranchi, disciple de saint Pierre et de saint Paul, collaborateur de saint Paul (lettre aux Philippiens, IV, 3 : "Je te prie de leur venir en aide, elles qui ont combattu pour l'Évangile avec moi, avec Clément, et mes autres collaborateurs"), devenu le quatrième pape (89-97) mais en secret puisqu’en ce premier siècle le christianisme est interdit. Il est cependant repéré et l’empereur Nerva le fait arrêter, il est jugé et envoyé aux travaux forcés dans des mines, en Crimée. Avec la suite de l’histoire je me demande si ces mines ne sont pas les mines de sel de Heroyske, à l’entrée ouest de la péninsule de Crimée. Là, tout en travaillant avec obéissance, il procède à de nombreuses conversions parmi les autres captifs et même parmi les soldats qui les gardent. Les Romains du lieu qui résistaient à la conversion exigent qu’il sacrifie aux dieux païens et, comme il refuse, ils se débarrassent de lui en lui attachant au cou une lourde ancre de bateau et en le jetant à la mer. Certains disent la Mer Noire, qui en effet baigne cette côte de Crimée, mais d’autres disent la Mer d’Azov, qui baigne la côte est. Le débat, d’ailleurs, n’a pas de sens, les deux mers portant à l’époque le nom global de Pont Euxin. Toujours est-il que ces événements sont historiques, attestés par des documents officiels d’époque.

 

La suite est évidemment légendaire. Un jour, la mer s’est retirée loin, et a découvert une tombe construite sous la mer par les anges. Dans cette tombe, on trouve le corps de saint Clément, que l’on va enterrer dans une île voisine. À partir de ce prodige, chaque année, une fois par an à date fixe, la mer s’est retirée, permettant à une foule nombreuse d’aller se recueillir sur cette tombe miraculeuse. Un jour un enfant a traîné un peu trop, s’est laissé surprendre par la marée et a été englouti. Mais l’année suivante, quand la mer s’est retirée, il a été retrouvé sain et sauf dans la tombe de saint Clément.

 

Nous revenons aux faits réels. Les saints Cyrille et Méthode, ces deux frères grecs qui avaient appris le slavon pour évangéliser les peuples des territoires où se parlaient diverses versions de cette langue et qui avaient adapté leur alphabet grec en ce que l’on appelle du nom de l’un d’eux l’alphabet cyrillique, se rendirent en 861 à Kherson, chez les Khazars. Cette ville est sur la Mer Noire, entre Odessa et la Crimée. Recherchant les reliques de saint Clément sur tous les îlots du secteur (et c’est ce qui me fait penser que Clément était dans une mine à l’ouest de la Crimée), un jour Cyrille est tombé sur un corps enterré avec une ancre et a été convaincu que c’était celui de saint Clément. Après une autre mission, en 863, en Moravie où l’empereur les a envoyés à la demande de Michel III de Russie, ils rentrent à Rome le 14 décembre 867 avec les reliques. La basilique dédiée à saint Clément, nous allons le voir, existait depuis longtemps, c’est donc logiquement là que l’on a enterré ces reliques.

 

Le 12 février, avant d’entrer dans l’église de Sainte Praxède, nous avons vu une plaque sur un monastère disant que les saints Cyrille et Méthode avaient vécu là de 867 à 869. On peut préciser que c’était depuis la mi-décembre 867 et jusqu’à la mort de Cyrille, le 12 février 869. Méthode voudrait enterrer son frère dans sa terre natale, en Grèce. Le pape Hadrien II (867-872) ne veut pas priver Rome d’un si illustre mort. À la suite d’une négociation, Méthode accepte, à condition qu’il repose auprès de Clément qu’il a vénéré, recherché, retrouvé, rapporté à Rome.

 

418d Rome, San Clemente

 

Et l’on arrive dans la basilique. Elle date du douzième siècle. Voici son histoire. Des fouilles, entreprises depuis 1857, ont permis de retrouver des niveaux inférieurs à la basilique actuelle. Celle-ci constitue le quatrième niveau. Tout en bas, à l’époque républicaine ont été construites des maisons particulières. Nous sommes à 20 mètres sous le niveau actuel. En 64 après Jésus-Christ, le grand incendie de Néron les détruit. On comble alors jusqu’à hauteur de ce qui reste de murs, et on construit, au deuxième niveau, de part et d’autre d’une étroite ruelle, d’un côté une insula (un immeuble de rapport de plusieurs étages autour d’une cour intérieure), de l’autre une maison privée qui devient un "titre", soit un lieu concédé par son propriétaire au culte chrétien. On a retrouvé des documents qui parlent du "titre de Clément".

 

En 313, l’empereur Constantin laisse la liberté de culte. À une date imprécise, mais de toute façon antérieure à 384, sur un niveau supérieur au titre est construite une première basilique rectangulaire, dédiée à saint Clément. Dans la cour de l’insula s’était établi, à la fin du deuxième siècle, un autel au dieu Mithra. Lorsqu’en 395 le culte de Mithra est interdit, la basilique acquiert le terrain et sur l’emplacement de cet immeuble ajoute une abside à l’église.

 

Les siècles passent. Le pape saint Grégoire VII (1073-1085), empêtré dans la querelle des investitures, appelle à l’aide les Normands de Robert Guiscard. Ces braves soldats volent à son secours mais ravagent Rome en 1084. Suite à ces dommages, mais aussi du fait de l’usure du temps, la basilique n’est plus bien solide. Sous le pontificat de Pascal II (1099-1118), le cardinal Anastase, titulaire de la basilique, décide de la combler et d’en construire une nouvelle par-dessus. C’est cette basilique que nous visitons (1099-1125). Selon la description qu’en donne Stendhal, "l’église proprement dite est partagée en trois nefs, par deux groupes de colonnes enlevées au hasard à divers édifices païens".

 

Toute photo est interdite. Mais comme nous avons acheté légalement deux livres dans cette église, je n’ai pas de scrupule à prendre en cachette quelques photos. Ici, on peut voir, au centre et très proches l’un de l’autre, les deux ambons de marbre pour la lecture de l’épître et de l’évangile. Sous la grande mosaïque dorée de l’abside, le mur est décoré de ce que l’on appelle la schola cantorum, qui a été récupérée de la basilique inférieure avant son comblement.

 

418e Rome, San Clemente

 

Et puis il y a cette merveilleuse mosaïque du douzième siècle, mais dont le style, les couleurs, l’inspiration sont clairement du quatrième ou du cinquième siècle. Il est donc certain qu’il s’agit soit d’une copie, soit même d’un remaniement de la mosaïque de la basilique inférieure qui a disparu. Des éléments ont pu être réemployés, mais elle n’a pas été purement et simplement transportée, parce que l’abside de la nouvelle basilique était plus petite que celle de la basilique inférieure. Sur la croix du Christ, douze colombes représentent les apôtres. De part et d’autre, Marie et saint Jean. Et puis de grandes arabesques sur fond doré.

 

418f Rome, San Clemente

 

Typique des représentations paléochrétiennes est cette croix jaillissant de l’Arbre de Vie, dont elle constitue le tronc, et qui est plantée sur la colline du paradis d’où "un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras" (Pischon, Guihon, Tigre et Euphrate) et arrosait le paradis (cf. Genèse, II, 10-14) et le monde entier. Il y a un peu partout des oiseaux qui figurent les âmes, et puis s’abreuvant dans le fleuve il y a deux cerfs et derrière eux deux phénix parce que cet oiseau que le mythe fait renaître de ses cendres symbolise la résurrection de Jésus ainsi que l’immortalité de l’âme. En regardant de près ma photo, on peut distinguer le phénix de droite, situé en plein centre de l’image. En-dessous, encadrant l’agneau pourvu d’une auréole et qui représente le Christ, les autres agneaux sont le peuple de l’humanité. Souvent, nous avons vu douze agneaux autour du Christ symbolisant les douze apôtres, mais ici, non seulement ils sont plus de douze, mais en outre ils feraient double emploi avec les colombes de la croix.

 

418g Rome, San Clemente

 

Bien évidemment, la photo est tout aussi interdite dans la basilique inférieure que dans la basilique supérieure, mais comment résister à la tentation, quand on peut encore voir la cour de l’immeuble avec son autel au dieu Mithra ? Hélas, ma photo est trop sombre (justice immanente…) pour que l’on puisse y distinguer, au pied du dieu sacrifiant le taureau, le chien, le serpent et le scorpion qui sont les forces du mal et voudraient empêcher le sacrifice d’où doivent naître les forces de la vie.

 

418h Rome, San Clemente

 

Il y a bon nombre de fresques merveilleuses, mais là un flash aurait été nécessaire et, outre que ce n’est guère discret, sa brillante lumière pourrait endommager les fragiles couleurs et cela, pour rien au monde je ne voudrais en prendre le risque. Mais aucun risque avec saint Cyrille et saint Méthode offerts en 1875 par le peuple Bulgare. C’est sur cette image que nous quitterons la basilique de saint Clément.

 

Nous nous rendons ensuite à la basilique des Quattro Santi Coronati dont nous poursuivons la visite commencée le 8 février. Et nous y viendrons pour la troisième fois ce soir, tout en fin de journée, parce qu’une présentation artistique nous ouvrira sans doute les portes du cloître. Mais parce que cette fois-ci encore nous ne visiterons pas la chapelle de Saint Sylvestre et ses fresques, il nous faudra y venir un de ces jours une quatrième fois. Et c’est cette prochaine fois que j’en parlerai.

 

419a Rome, Trinitaires

 

Passons donc à la suite. Sur ce mont Cœlius, nous nous trouvons face à cet insigne des Trinitaires que nous avons déjà vu à San Carlo alle Quattro Fontane et à San Crisogono. Mais ici il est d’origine, il date du treizième siècle. Ces Pères, qui avaient ici un hôpital, ont eu une action très importante à Rome. Efficace, je n’en sais rien, il est probable qu’il était bien souvent difficile d’obtenir l’affranchissement d’un esclave, ou de soulager ses peines qui, vraisemblablement, étaient ignorées. Et sans doute est-ce face à cette difficulté que les Trinitaires ont dû être nombreux. Ceci est leur maison mère.

 

419b Rome, entrée villa Celimontana

 

Du nom italien du mont Cœlius, le Monte Celio, vient le nom d’un château et de son parc devenu jardin public, la Villa Celimontana. L’entrée du parc est gardée par deux cariatides. Après nos visites de la matinée, nous y avons passé un petit moment avant d’aller casser une mauvaise croûte dans une gargote.

 

419c1 Rome, Arc de Dolabella et acqueduc de Néron

 

419c2 Rome, Roesler, Arco di Dolabella

 

C’est également dans ces parages que l’on peut voir l’arc dit de Dolabella mais qui en fait porte les signatures des deux consuls, Publius Cornelius Dolabella et Caius Junius Silanus (pour la prononciation du C en G dans le prénom Caius, voir ce que j’en dis le 18 décembre). Ces messieurs ont exercé leur charge de consuls au premier siècle de notre ère.

 

Au-dessus de l’arc, les arches que l’on aperçoit sont des restes de l’aqueduc de Néron qui amenait l’eau vers le Palatin. L’aquarelle ci-dessus est de Ettore Roesler Franz (fin du dix-neuvième siècle).

 

420a Rome, Santa Maria in Domnica

 

Devant l’église Santa Maria in Domnica, cette belle fontaine de la Navicella est constituée d’une imitation de barque antique en réalité sculptée au seizième siècle, montée en fontaine à cet emplacement en 1931. La présence de cette barque, même sans la fontaine, fait aussi appeler cette église Santa Maria della Navicella.

 

420b1 Rome, Santa Maria in Domnica

 

420b2 Rome, Vasi, Santa Maria in Domnica

 

Nous voici donc à l’église Santa Maria in Domnica. Non, non, je n’ai pas oublié un I en dactylographiant, c’est Domnica aujourd’hui, même si les inscriptions anciennes en latin disent Dominica. Sur la gravure de Vasi, je la trouve assez élégante, mais vue de face sur ma photo, elle a l’air d’une petite gare de province. C’est à la Renaissance que le pourtant célèbre Sansovino (qui ne connaissait pas les gares de province ni de capitale) a créé ce portique, la façade initiale ne comportant que quatre colonnes.

 

420c1 Rome, Santa Maria in Domnica

 

420c2 Rome, Santa Maria in Domnica

 

Là était auparavant une diaconie, chargée de l’approvisionnement de la communauté chrétienne. L’église, pratiquement telle que nous la voyons aujourd’hui, l’a remplacée au neuvième siècle. Déjà, sur cette vue générale, on aperçoit la mosaïque de l’abside du neuvième siècle, la schola cantorum, l’arc triomphal.

 

420d1 Rome, Santa Maria in Domnica

 

Je trouve merveilleuses ces mosaïques du haut Moyen-Âge, et d’abord par leur variété. La Vierge est encore très raide, dans le style byzantin, mais on sent malgré tout dans la foule des anges qui l’entourent que le dessin évolue vers plus de souplesse et de mouvement. Par ailleurs, les couleurs sont plus brillantes et renouent avec l’art de l’Antiquité.

 

420d2 Rome, Santa Maria in Domnica

 

Les grands yeux de Marie, ses pommettes bien rouges, modèrent le hiératisme de sa position. Quant à Jésus, avec son visage d’homme et ses doigts fins, il me plaît vraiment beaucoup.

 

420d3 Rome, Santa Maria in Domnica

 

Mais le plus amusant est le pape Pascal I. D’abord, nous notons que son visage s’inscrit sur un carré bleu, ce qui indique qu’il est vivant. Comme il a régné de 817 à 824, on peut en conclure que la mosaïque a été réalisée dans la fourchette de ces deux dates. Ici il se fait représenter tout petit et à genoux, mais il ne regarde pas la Madone et le Christ, il nous regarde comme pour la photo de famille. Je le trouve désopilant. Cela dit, cette mosaïque est loin de valoir, à mes yeux, celle de Santa Maria in Trastevere qui est plus tardive.

 

420e Rome, Santa Maria in Domnica

 

Je ne peux quitter cette église sans montrer au moins une image des fresques de la schola cantorum. Les scènes sont peintes avec une vie extraordinaire. Le mendiant qui tend la main, l’homme qui lui fait la charité mais de loin et avec un regard sévère, en arrière une femme avec un linge sur le bras qui, peut-être, fait la lessive, tout en bas à droite l’enfant qui tête sa mère, posé sur son bras à côté d’elle, tout nous montre la société contemporaine du peintre.

 

421a Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Et nous arrivons à Santo Stefano Rotondo, c’est-à-dire Saint Étienne le Rond. Cela ne se voit pas sur ma photo, mais cette basilique est parfaitement circulaire, sur le modèle du Saint Sépulcre de Jérusalem.

 

421b2 Neuvy St Sépulchre

 

En France, dans l’Indre je crois (mais je n’ai pas sous la main de carte de France pour confirmer), je connais une église toute ronde qui voulait également se conformer au plan du Saint Sépulcre de Jérusalem, même si un bâtiment rectangulaire y a été adjoint. C’est à Neuvy-Saint-Sépulchre. Les deux photos jointes ci-dessus, je les ai prises là-bas le 22 mai dernier.

 

421b1 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Mais l’atmosphère à Santo Stefano est totalement différente, et d’abord par son ampleur. La basilique a bien été construite pour ce qu’elle est, mais cette forme est si surprenante, si exceptionnelle, que diverses hypothèses ont été émises : ancien temple païen, marché couvert… Mais elles ont été démenties. Deux monnaies à l’effigie de l’empereur Libius Sévère (461-465) trouvées dans les fondations, et la consécration par le pape saint Simplice I (468-483) montrent bien par la concordance des dates que la construction a été réalisée dans le but d’être consacrée comme basilique chrétienne. Elle est née de la volonté conjointe de l’empereur Libius Sévère et du pape saint Léon I (440-460). Il s’agissait d’un quartier résidentiel où avaient habité la mère de Marc-Aurèle, Commode avant d’être empereur, Sainte Hélène la mère de Constantin, Philippe l’Arabe. Tout près, se trouvait une caserne de pompiers de l’empereur Trajan (98-117). L’époque de la basilique est celle de la chute de l’Empire Romain d’Occident (476).

 

Il y avait trois nefs concentriques, mais au douzième siècle le toit était en très mauvais état, et l’argent manquait pour tout réparer. Alors le pape Innocent II (1130-1143) décida de supprimer la nef extérieure, et de murer entre les colonnes de la seconde nef, faisant ainsi passer le diamètre de 65,80m à 46m. De la troisième nef, ont juste été conservés trois petits secteurs qui apparaissent aujourd’hui comme des excroissances : le vestibule d’entrée, la chapelle de saints Primus et Félicien, la chapelle de saint Étienne (Stéphane) roi de Hongrie. Tout était revêtu de marbres et de mosaïques, dont il ne reste rien. Ce qui fait dire à Tullia Carratù, une spécialiste auteur d’une monographie sur cette basilique, qu’il s’agit là de la "perte définitive d’une structure unique de l’architecture paléochrétienne occidentale".

 

421c Rome, Santo Stefano Rotondo

 

À l’époque de la construction, il y avait à Rome un dépôt de matériaux, les uns neufs, les autres de réemploi, récupérés sur des bâtiments désaffectés. Santa Sabina et Sainte Marie Majeure y ont puisé. On trouve à Santo Stefano des colonnes antiques, comme celle de cette photo, et d’autres qui ont été taillées au quatrième ou au cinquième siècle.

 

421d1 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Au seizième siècle, Pomarancio est chargé de peindre sur les murs du douzième siècle qui ferment la deuxième nef la représentation de scènes de martyres. Il réalise ainsi 34 fresques. Pour Charles Dickens, dans ses Pictures from Italy (1846), c’est "un panorama d’horreur et de boucherie tel, que pas un homme ne pourrait l’imaginer dans ses rêves […]. Des hommes à la barbe grise sont bouillis, frits, grillés, coupés, brûlés, dévorés par des fauves, livrés à des chiens, enterrés vivants, mis en pièces sous les sabots de chevaux, taillés menu à la hache, des femmes ont la poitrine arrachée avec des pinces de fer, la langue coupée, les oreilles arrachées, la mâchoire brisée, le corps distendu sur une grille, ou écorché sur un poteau, ou qui grésille au milieu du feu – et ce sont là des sujets parmi les plus doux".

 

421d2 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Stendhal : "C’est contre les murs intérieurs de la nef que sont ces affreuses peintures du Pomarancio […]. En entrant j’ai vu près de la porte un saint dont la tête est écrasée entre deux meules de moulin ; l’œil est chassé de son orbite, et… Le reste est trop affreux pour que je l’écrive […]. Nos compagnes de voyage n’ont pu supporter la vue des tableaux qui couvrent l’enceinte du mur concave tout à l’entour de l’église ; ces dames sont allées nous attendre à la Navicella. Nous avons eu le courage d’examiner ces fresques avec détail".

 

421d3-1 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

À l’époque de Maximin, de nombreux chrétiens ont été martyrisés en Afrique. À gauche, une main coupée (en attendant la suite).

 

421d3-2 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Ceci est un détail de la scène précédente, où l’on coupe la langue d’un chrétien (sur la droite). Un autre, derrière, a déjà subi ce même supplice si l'on en croit le sang qui lui coule de la bouche.

 

421d4 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Je pense que cette image se passe de commentaires. On voit combien d’autres martyrs, morts à présent et accumulés à l’arrière-plan, ont connu les mêmes supplices.

 

421d5 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Et en gros plan pour que l’on saisisse bien l’horreur.

 

421d6 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Du temps de Dioclétien, saint Vit, sainte Crescentia et saint Modeste sont placés dans une baignoire où est versé du plomb fondu.

 

421d7 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Saint Agapit, un adolescent de quinze ans, pendu par les pieds, est asphyxié à la fumée. C’est à l’époque de l’empereur Valérien.

 

421d8 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Du temps de l’empereur Alexandre Sévère, le pape saint Calixte Premier (217-222), celui qui a créé la catacombe qui porte son nom et où ont été ensevelis tous les papes du troisième siècle –sauf lui–, est précipité d’une fenêtre dans un puits. La scène se passe là où il a créé un lieu de culte, qui sera ensuite transformé en la basilique Santa Maria in Trastevere.

 

421d9 Rome, Santo Stefano Rotondo

 

Sous Aurélien, sainte Marguerite voit tout son corps déchiré avec des dents de fer, tandis qu’on brandit devant elle une statue d’un dieu du paganisme qu’elle refuse d’honorer.

 

Mais c’est assez d’horreurs. Avant de quitter cette basilique, deux choses. D’une part rappeler que j’ai raconté la vie de ce santo Stefano / saint Étienne lors de notre visite de Saint Laurent hors les Murs le 17 janvier, des fresques en représentant des épisodes. Lorsqu’en 415 son corps a été retrouvé, son culte s’est d’abord répandu en Afrique grâce à saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Annaba, en Algérie), avant de se diffuser ensuite dans tout le monde romain.

 

L’autre chose, c’est qu’une bulle du pape Nicolas V (1447-1455) datée d’août 1454 attribue la charge liturgique et économique de la basilique aux moines hongrois de l’ordre des ermites de saint Paul qui sont des Augustiniens. Mais le seizième siècle connaît la domination turque sur la Hongrie, ce qui entraîne un partiel abandon de l’église et du monastère. En 1580, le Collegium Germanicum, jésuite, et le Collegium Hungaricum décident de se fondre en un seul, qui subsiste jusqu’à nos jours. C’est cette nouvelle communauté unifiée qui a confié au Pomarancio ces terribles fresques.

 

422a1 Rome, SS Giovanni e Paolo

 

Nous nous rendons ensuite à la toute proche basilique des saints Jean et Paul (Santi Giovanni e Paolo). Montaigne y décrit la vue superbe sur Rome que l’on a depuis cet endroit du mont Cœlius, parmi les vignes.

 

422a2 Rome, Vasi, SS Giovanni e Paolo

 

On peut penser qu’entre le seizième siècle de Montaigne et le dix-huitième de Giuseppe Vasi, peu de choses avaient changé.

 

Ce saint Jean-là et ce saint Paul-là sont deux officiers romains du quatrième siècle. Convertis au christianisme, ils sont martyrisés sous Julien l’Apostat (361-363). Ils ont vécu dans une maison dont, aujourd’hui, des restes peuvent se voir sous cette église, comme je vais en parler un peu plus loin.

 

422b Rome, campanile sur temple de Claude

 

Près de leur maison et, ensuite, de l’église, se trouvait l’un des rares temples païens du quartier. Il était dédié au divin Claude, c’est-à-dire l’empereur Claude (41-54 après Jésus-Christ) divinisé après sa mort. Le précepteur puis conseiller de son successeur Néron (54-68), le philosophe Sénèque, écrivit en 54, pour faire plaisir au nouvel empereur, un pamphlet à son sujet, intitulé "L’Apocoloquintose du Divin Claude", soit, en grec, "La Transformation en citrouille" de l’empereur à sa mort. Les gros blocs de pierre que l’on voit ici en sont des restes qui ont servi de fondations à un campanile situé de l’autre côté de la place de l’église, en face du portail d’entrée.

 

422c Rome, campanile SS Giovanni e Paolo

 

On peut apprécier la finesse de cette construction du douzième siècle, qui contraste avec sa base antique très massive.

 

422d Rome, SS Giovanni e Paolo

 

Le long du flanc gauche de cette basilique, le Clivo di Scauro (ce Scaurus est l’homme qui a fait percer cette ruelle au deuxième siècle avant Jésus-Christ) est enjambé de façon pittoresque par les contreforts de la reconstruction de l’église au douzième siècle. En effet, dès le quatrième siècle une église avait été bâtie en ce lieu, mais comme on l’a vu Grégoire VII a eu le tort de faire venir les Normands pour le secourir, et en 1084 cette église-ci a, elle aussi, été très gravement endommagée par eux. Telle qu’on la voit aujourd’hui, elle date du douzième siècle.

 

422e Rome, SS Giovanni e Paolo

 

Le chevet roman, avec ses colonnettes, est unique à Rome. Il évoque plutôt les églises romanes de Lombardie. Je le trouve à la fois imposant et élégant.

 

422f Rome, SS Giovanni e Paolo

 

Revenons sous le porche d’entrée. Le portail central est encadré de deux magnifiques lions médiévaux. La sculpture est un peu endommagée, mais il semble bien que ce lion soit en train de manger un enfant en nous regardant. Mais, bof, après ce que nous venons de voir à Santo Stefano, rien ne peut plus nous étonner.

 

422g Rome, SS Giovanni e Paolo

 

Je ne peux pas dire si la visite de cette église vaut la peine, parce que nous sommes tombés en plein pendant une messe. Alors, comme il y a un grand espace désert entre le dernier rang de fidèles et le bas de l’église, je me suis autorisé à prendre une photo de la nef, et puis bien vite et bien discrètement nous nous sommes éclipsés.

 

423 Rome, Case Romane

 

J’ai évoqué la maison de Jean et de Paul sur laquelle a été construite la basilique qui leur est consacrée. La basilique, en fait, est construite sur tout un groupe de maisons qui ont été fouillées et qui sont ouvertes à la visite (musée des "maisons romaines", soit "Case Romane"). Mais, évidemment, quoique la visite soit payante et que nous acquérions en outre le livret qui est en vente, la photo est interdite. Mais, ô miracle, sans que je le veuille (qui en douterait ?), ma carte mémoire a fixé l’image d’une fresque. Il y en a bien d’autres, magnifiques, mais le miracle ne s’est pas reproduit. Peut-être parce que la personne qui nous surveillait en nous suivant partout devait être une mécréante que les saints protecteurs de ces lieux n’ont pas voulu gratifier de la vue d’un tel miracle.

 

Après cette visite, nous sommes retournés aux Santi Quattro Coronati, comme je l’ai dit, mais –comme je l’ai dit aussi– j’en parlerai une autre fois.

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Published by Thierry Jamard
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