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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 21:49

299 Hall musées du Vatican

 

Programme pour aujourd’hui : les musées du Vatican. Pour une seule entrée à 14 Euros (sans réduction pour les vieux) on accède à je ne sais combien de salles et de musées, dont la fameuse chapelle Sixtine, mais aussi aux antiquités égyptiennes, grecques, romaines, de Mésopotamie, à la galerie des cartes géographiques, aux peintures de Raphaël, à la pinacothèque, aux antiquités chrétiennes, à la galerie d’art religieux, à la galerie d’art moderne… Ouverture à 10h, fermeture à 17h30. Avec une petite coupure d’à peine une demi-heure à la cafétéria des musées (sympa et de prix très raisonnable), cela fait sept bonnes heures pour voir le tout. Et ce n’est pas de trop ! Nous nous sommes donc pointés dès l’ouverture dans ce grand hall moderne d’inspiration qui rappelle la pyramide du Louvre –en très différent pourtant.

 


300 Vatican, la Corse

 

Nous avons commencé en traversant la galerie des cartes géographiques. Ce sont des fresques couvrant les murs d’une grande galerie. Elles représentent les provinces d’Italie une à une et s’achèvent, en face à face, avec l’Italie antique et l’Italie moderne. Ces deux dernières sont présentées de façon normale, mais les autres partant de la latitude de Rome, tout ce qui est situé plus au nord est peint "les pieds en l’air", comme cette Corse (qui n’est devenue française que juste à temps pour que Napoléon naisse français). Pour le reste, notre parcours n’ayant suivi aucun ordre logique, je vais classer nos visites selon la chronologie de l’histoire.

 

301a

 

Nous sommes en Égypte, en 2250 avant Jésus-Christ. La notice est sobre, elle se contente de dire "Fragment de relief tombal, scène de vie animale sur les rives du Nil". Je l’ai choisie pour ce musée, parce que je la trouve à la fois vivante et amusante, et d’un graphisme très moderne.

 

301b

 

Mais quand on pense à l’Égypte ancienne, on pense immédiatement (moi, du moins) aux pyramides, qui renferment des momies. Je me devais donc de placer ici cette momie impressionnante.

 

302

 

Changeons de pays, changeons de civilisation. "Cadavres flottant sur une rivière. Du palais nord d’Assurbanipal à Ninive. Période néo-assyrienne, seconde moitié du règne d’Assurbanipal, 648-631 avant Jésus-Christ".

 

303a

 

De l’antiquité grecque, le musée présente une pléthore de bustes et de statues. Dans un coin des salles, et selon un ordre numérique fort désordonné, une très brève indication est donnée, mais certains numéros sont absents. Si, comme c’est généralement le cas, on n’est pas capable d’identifier la personne représentée, tant pis. Mais ici, tout Français de mon âge ayant fait du latin a appris par cœur dans la grammaire de Petitmangin l’exemple de la proposition infinitive : Dicunt Homerum caecum fuisse, On dit qu’Homère était aveugle. Un barbu aveugle, pas de doute, c’est bien lui. De même, plus loin en voyant un homme avec un haut casque planté sur le crâne, je n’ai pas eu de doute, c’était Périclès qui cachait sa tête d’œuf dont il avait honte sous cette parure de guerrier. Mais je n’ai même pas eu à aller voir si je m’étais trompé, son nom était gravé en grec sur le socle.

 

303b

 

L’une des statues les plus célèbres du Vatican, c’est ce Laocoon et ses fils. Je me rappelle qu’étant élève j’avais traduit cette légende dans Virgile et que, lors d’une balade en famille dans le parc de Versailles où se trouve une copie de cette statue, j’avais été tout fier d’en donner l’interprétation. Je recommence ici (avec moins de naïve fierté) : Ce prêtre d’Apollon avait fait l’amour à sa femme devant la statue du dieu, ce qui est sacrilège. Lors des événements qui ont décidé de la chute de Troie, sur les conseils d’Ulysse un immense cheval au ventre truffé de guerriers dissimulés est offert, comme un cadeau, aux Troyens. Ils auraient dû se méfier des Grecs ("Timeo Danaos, et dona ferentes"), mais ont eu le tort de croire que leurs ennemis se rembarquaient et ont chargé Laocoon de sacrifier un taureau à Poséidon pour qu’il envoie une tempête aux Grecs et fasse couler leurs bateaux. C’est alors qu’Apollon a choisi de se venger du sacrilège en envoyant deux serpents géants qui se sont emparés des fils de Laocoon. Il s’est porté au secours de ses enfants, mais les serpents les ont étouffés tous les trois et sont ensuite allés se lover aux pieds de la statue d’Athéna dans son temple troyen. On connaît la suite, le cheval a été tiré au cœur de la citadelle et la nuit, quand les guerriers troyens étaient au plumard et ronflaient comme des sonneurs, les guerriers grecs sont sortis et ont pris possession de Troie. Fin de la guerre. Cette splendide statue du premier siècle avant Jésus-Christ, sculptée par un groupe d’artistes de Rhodes, a été découverte par des paysans.

 

303c

 

Nous voici dans les antiquités romaines, au quatrième siècle de notre ère. Cet énorme sarcophage de porphyre rouge représentant des scènes de guerre où des cavaliers frappent des prisonniers barbares était sans doute destiné à l’empereur Constantin (ou à son prédécesseur), mais pour une raison inconnue c’est la mère de Constantin, sainte Hélène, morte en 335, qui y a été ensevelie (Constantin, lui, est mort en 337). En 1154, ce sarcophage a été transporté à Saint Jean de Latran et a été utilisé pour le pape Anastase IV. Il n’a échoué ici au Vatican qu’en 1777.

 

303d

 

Un peu plus tôt, fin du troisième siècle. Ce sarcophage chrétien est daté entre 280 et 300. Il représente la scène biblique de Jonas jeté par-dessus bord dans la gueule d’un monstre marin qui va l’avaler tout cru et tout entier, ce qui lui permettra de survivre à l’événement.

 

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Cette flagellation de Jésus nous fait faire un grand bond dans l’Histoire, puisqu’elle nous transporte au seizième siècle, date de cet émail peint provenant de Limoges, notre bonne vieille Limoges française. N’est-ce pas qu’il est beau, notre art français ?

 

304b

 

Une salle est consacrée à l’Immaculée Conception, dogme proclamé par le pape au milieu du dix-neuvième siècle (1854 je crois), selon l’apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous à Lourdes. Ainsi, Marie aurait été conçue sans le péché originel. Toutes sortes d’objets et de livres sont rassemblés ici. Une grande vitrine est bordée de quatre représentations de peuples des différents continents. Ici, l’Amérique. Le texte dit "Les peuples d’Amérique se souviendront de ton nom". Le même texte exactement (les peuples d’Asie, d’Europe, d’Afrique) souligne les autres représentations.

 

305a

 

Parmi les joyaux du Vatican, il y a évidemment la chapelle Sixtine avec son Jugement Dernier monumental de Michel-Ange et tout autour des fresques admirables de Botticelli, Le Pérugin, Pintoricchio et consorts, mais la photo y est strictement interdite et soigneusement contrôlée, aussi me contenterai-je de dire qu’en effet c’est admirable, et que nous en sommes ressortis avec un torticolis à force de nous être démanché le cou et une paralysie des mandibules à force de béer de la bouche. Ce qui fait baver, bien sûr, nos vêtements comme ceux de tous les visiteurs ressortant trempés de cette contemplation. Je ne devrais d’ailleurs pas plaisanter là-dessus, parce qu’il est parfaitement vrai que j’en béais d’admiration. Mais un autre joyau est cet ensemble de salles peintes par Raphaël. Quand on a tant vu de reproductions de cette École d’Athènes dans un tas de livres, quelle émotion de la voir en grand format, et en original, de la main de l’artiste !

 

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305c

 

Autre fresque très célèbre, dans une autre salle, c’est le Couronnement de Charlemagne par Léon III à St Pierre de Rome, dans la nuit de Noël 800. Mais en réalité, le premier gros plan ci-dessus montre que Léon III a plutôt les traits de Léon X (heureusement que le commentaire le dit, parce que je ne connais pas leurs tronches), et Charlemagne ceux de François Premier (là, je m’en rends compte. Il n’a même pas la barbe fleurie). Je trouve intéressantes les mimiques des évêques pendant la cérémonie.

 

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L’autre jour, dans l’église Santa Maria in Vallicella, nous avions vu une remarquable Déposition de Croix, copie d’un Caravage dont l’original avait été transféré au dix-septième siècle au Vatican. Eh bien voici l’original. Nous avions admiré la copie, nous sommes restés en contemplation devant l’original.

 

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Ici, saint Nicolas de Bari sauve le navire du naufrage, tableau daté de 1424-1425. On voit le monstre marin à vague forme humaine, en bas à gauche. Le saint arrive dans une nuée dorée. Cette représentation est involontairement d’une naïveté désarmante (et désopilante). Il s’agit d’une œuvre d’un certain Gentile da Fabriano (Fabriano 1370 – Parme 1427).

 

306c

 

Je ne connais ni le peintre Hercule de Roberti (1450-1496), ni le saint dont il est question, ni quels miracles ont été accomplis (le tableau représente les miracles de saint Vincent Ferreri), mais j’aime cette représentation un peu naïve, colorée, représentant une scène transposée au quinzième siècle.

 

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Dans les salles de Pie VII ont été représentés des événements de sa vie et de son pontificat. Je préfère choisir ici ce qui se réfère à ses démêlés avec Napoléon, qui l’a humilié et l’a fait prisonnier. Devant ces images, je ne peux oublier ces excellentes pages de Vigny, dans Servitude et Grandeur Militaires, où il décrit l’empereur tentant de séduire le Saint Père avec des mots aimables et des promesses, et le pape se contentant, en guise de réponse, de dire calmement en italien "Commediante". L’empereur, furieux, l’insulte, tempête, le menace, et Pie VII recroquevillé sur son siège, à la fin de la colère, prononce simplement "Tragediante". Que ceux qui ne connaissent pas ce texte merveilleux le recherchent sur Internet. Je ne le sais pas par cœur, je ne l’ai pas sous la main, et de toute façon même si j’en disposais il est trop long pour que je le reproduise ici.

 

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Passons à la galerie d’art moderne. J’ai choisi ce tableau de Max Ernst daté de 1914 et intitulé Crucifix parce que je trouve cette interprétation particulièrement intéressante. Elle renouvelle ces Christ de douleur, certes, mais conventionnellement bien régulièrement verticaux sur leur croix, les bras bien horizontaux, et ce n’est que sur les Dépositions que parfois leur corps sans vie s’abandonne. Ici, le visage est jeune, le corps est torturé, cela évoque le supplice de la crucifixion, même si la fixation par des liens sur les avant-bras n’est pas conventionnelle. Mais elle permet de crisper cette main dans l’espace. La croix elle-même n’est que vaguement tracée, et les couleurs du fond, dramatiques, évoquent un orage. À droite, au niveau du ventre du Christ, un arc de cercle délimite un visage dissimulé dans la tempête, le regard tourné vers le haut, vers le Christ. Dieu le Père ? Ou le Destin ? Ou la face du Monde ?


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Voyage pour le concile œcuménique
. Cette grande toile de 130x150 centimètres datée de 1972 est une œuvre de Fernando Botero, ce peintre Colombien né en 1932 à Medellin. Paysage champêtre, bois à droite, prés à vaches à gauche, champs à l’arrière-plan, montagnes à l’horizon, un petit lac derrière les bois, un clocher qui émerge des collines… Tout y est, tout est représenté. Et puis ce cardinal tout de rouge vêtu, avec sa mitre et sa crosse, rondouillard, qui avance au beau milieu du tableau sur ce petit sentier, cette grosse boule qui fait tache dans le calme de la nature, je le trouve tellement drôle ! J’aime bien la peinture naïve, genre Douanier Rousseau, et ce Voyage plein d’humour en est une excellente illustration.

 

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L’autre jour (le 25 novembre), à la Galerie Borghese, nous avons vu –mais sans avoir le droit de le photographier– un tableau de Francis Bacon (Dublin 1909 – Madrid 1992) donnant sa propre interprétation d’une œuvre de Velasquez qui l’obsédait, le portrait du pape Innocent X. Ici, la photo est autorisée, et est exposée une étude pour ce tableau, intitulée Study for Velasquez Pope II, 1961. Voici donc à quoi ressemble cette étude, assez proche de ce que j’ai en mémoire du tableau définitif.

 

Longue et fatigante, mais passionnante journée. Après avoir piétiné dans ces musées, cela fait du bien de marcher pour regagner notre station de métro. Est-il besoin de dire que nous n’avons même pas senti la dureté des sièges de ce métro ?

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Published by Thierry Jamard
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 22:41

Aujourd’hui, je vais devoir décrire une journée très chargée. Nous nous sommes rendus au Vatican place Saint-Pierre, puis nous avons visité de fond en comble le château Saint-Ange (Castello Sant’Angelo), et enfin nous nous sommes baladés dans le quartier du Parione, de l’autre côté du Tibre, avant de revenir place Saint-Pierre et de regagner le métro qui nous a ramenés à "notre" banlieue. De ce fait, nous sommes passés plusieurs fois aux mêmes endroits au jour et de nuit, nous avons vu les mêmes monuments d’en bas et du sommet du château Saint-Ange, aussi me semble-t-il préférable, au sujet d’un même lieu, de regrouper photos et commentaires.  

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La banlieue où se trouve notre parking habituel est à quelque distance en bus du terminus du métro A, puis il y a 21 stations jusqu’à celle qui est la plus proche du Vatican, et enfin 800 mètres à parcourir à pied. Le dimanche matin, les transports publics ne sont pas aussi fréquents qu’en semaine, aussi a-t-il fallu nous y prendre avec une avance raisonnable pour être arrivés Place Saint-Pierre à temps pour voir le pape. Déjà, le dernier quart d’heure dans le métro, nous étions serrés comme des sardines en boîte. La quasi totalité de la foule se rendait comme nous au Vatican. Nous sommes heureusement arrivés assez tôt place Saint-Pierre, nous laissant porter par le flot humain, pour pouvoir accéder à un endroit suffisamment central d’où l’on voyait la fenêtre où le Saint Père devait apparaître. Peu à peu, nous avons vu les quelques espaces vides se combler, puis l’avenue d’accès se bloquer. Début décembre… Qu’est-ce que ça doit être quand l’été bat son plein, ou à Noël, ou pour la bénédiction Urbi et Orbi du premier janvier !

 

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À midi très précisément, à la fenêtre où un quart d’heure auparavant avait été placé un ornement violet, apparaissait Benoît XVI qui a salué la foule, puis il a lu l’évangile de saint Luc, et enfin il s’est adressé en français, en anglais, en espagnol, en allemand, en polonais et en italien aux différents groupes constitués dont il avait connaissance, notamment l’association italienne des familles nombreuses, et il a lancé un appel en faveur de la protection de l’environnement. C’est sûr, en ce moment même où je rédige mon blog, c’est la nuit, et les voitures ne cessent de passer, dans de terribles rugissements de moteurs, à des vitesses qui en France sont prohibées même sur autoroute –ici aussi, mais personne ne s’en soucie–, alors que nous sommes en zone urbaine. Il a été applaudi, puis s’est retiré.


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Et la foule s’en est allée en troupeau par la Via della Conciliazione, vers le Tibre, vers les marchands d’attrape-touristes, vers le château Saint-Ange, tandis que d’autres s’agglutinaient en une longue file d’attente pour pénétrer dans la basilique. Plutôt que de perdre notre temps à faire la queue, nous avons pensé préférable de revenir un jour de semaine pour pénétrer dans la basilique, et nous sommes restés un moment sur la place.

 

 

 

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C’est vrai qu’elle a de la gueule, cette colonnade su Bernin. Une double rangée de puissantes colonnes trace, sur chacun des côtés, un demi-cercle. Près du centre de chacun des cercles, il y a une belle fontaine, et près de ces fontaines un cercle sur le sol situe précisément le centre, d’où selon les calculs du Bernin la première rangée de colonnes cache exactement la seconde. Pour ce faire, non seulement l’écartement entre les colonnes de la seconde rangée est plus important qu’entre celles de la première puisque sur un même rayon on s’éloigne du centre, mais aussi le diamètre des colonnes de la première rangée est supérieur pour cacher complètement les colonnes de la seconde rangée. Sans doute mes explications ne sont-elles pas claires, mais je conclurai en disant : chapeau !

 

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Je parle de la basilique, il me faut quand même la montrer, même si nous ne l’avons pas visitée. Le mieux, c’est peut-être cette vue depuis le château Saint-Ange, à défaut d’une vue d’avion. Au bas des marches, à droite il y a une grande statue de saint Paul, tandis qu’à gauche, saint Pierre veille sur son église, ses clés à la main.

 

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Bon, il est grand, il a l’autorité, comme le lui a dit Jésus "tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église", mais justement il est en pierre et ça le rendrait moins agile pour courir après un malfrat. On lui a donc adjoint quelques gardes suisses plus légers, mais je ne suis pas sûr que leur vêtement leur permette une efficacité maximum. Après tout, je ne suis pas chargé de la sécurité, ce n’est pas mon problème. Et il est vrai qu’en treillis kaki ils seraient moins photographiés.

 

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Ma photo ci-dessus est une accusation d’insulte envers le Bernin, dont la colonnade est traitée comme de la racaille. Enfin, comme notre Sarkozy national traite la racaille. Cette belle plaque, hélas peu ou pas lisible sur mon blog, précise que c’est grâce au Kärcher qu’en 1998 a été nettoyé ce monument. Afin que nul ne l’ignore, elle est rédigée en italien, en allemand et en anglais, comme les plaques de l’UNESCO signalant les lieux répertoriés au patrimoine mondial de l’humanité. Un grand merci, donc, à Alfred Kärcher GMBH. Avant, la pierre était noire ou teintée, maintenant elle est blanche. Comme nos banlieues, selon le vœu du Gouvernement.

 

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La foule ayant fini de s’écouler dans l’avenue, et nous-mêmes ayant terminé notre tour de la place, nous nous dirigeons vers le Tibre. Juste en face du château Saint-Ange, le fleuve est traversé par le pont qui, de façon originale et totalement imprévue, s’appelle le Ponte Sant’Angelo. Trois de ses arches, au centre, datent –comme la base du château– de l’empereur Hadrien, les autres arches ayant été rebâties au dix-septième siècle.

 

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Et le Bernin, encore lui, a été chargé de la décoration. Ces splendides anges sont de lui. Comme on s’en rend compte sur mes photos du pont, il y en a beaucoup. Comme je ne peux pas les montrer tous, je choisis ce gros plan d’un visage particulièrement expressif, et cette photo de nuit qui isole le sujet sur le fond sombre.

 

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À l’origine, à cet emplacement l’empereur Hadrien a voulu construire son mausolée. C’est la base, carrée, du monument actuel, qui a été commencée de son vivant en 135 après Jésus-Christ, mais il est mort en 138 avant que tout soit achevé, c’est donc son successeur Antonin le Pieux qui s’est chargé de terminer la grandiose sépulture de son père adoptif, en 139. En plein centre du mausolée se trouve cette salle carrée de 8x8 mètres dite salle des urnes parce que sur trois de ses côtés sont creusées des niches dans lesquelles étaient déposées les urnes funéraires des empereurs romains, depuis Hadrien jusqu’en l’an 211 (Septime Sévère, le prédécesseur de Caracalla).

 

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Puis au Moyen-Âge les papes ont connu des périodes politiquement difficiles, et ont fait renforcer et élever le bâtiment, faisant de lui un château fort. C’est ainsi que le pied est païen et le sommet, avec l’ange, est chrétien.

 

293d-Ch-teau-St-Ange--abeille-d-Urbain-VIII.jpg

 

Si l’autre jour (mercredi 2 décembre) nous n’avions pas visité le musée du palais Barberini, je serais passé devant cette abeille sans rien remarquer. Mais depuis cette visite je suis (un tout petit peu) moins bête. Entre ces deux époques, on trouve la trace de ce cardinal Barberini, le pape Urbain VIII. Waouh ! Piccolomini à Tivoli, Barberini au château Saint-Ange, ma culture m’éblouit moi-même.

 

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294b-Ch-teau-St-Ange---la-nuit-copie-1.jpg

 

Voilà pour en finir avec le bâtiment deux photos du château. On voit que l’intérieur est une véritable ville avec des constructions diverses, et puis il y a cette masse imposante qui s’élève dans la nuit, la base carrée d’Hadrien, la structure circulaire des papes. C’est impressionnant. Pas étonnant que ce château exerce un tel attrait sur les touristes.

 

295a-Rome-vue-du-ch-teau-St-Ange.jpg

 

Évidemment, de là-haut, on a une vue sur toute la ville. Des tables d’orientation, sur trois côtés de la terrasse, permettent de se repérer et de reconnaître un très grand nombre de monuments. Ici, l’énorme masse blanche à gauche est le monument à Victor Emmanuel III, en superposition duquel on voit le gros dôme rose de l’église du Gesù (Jésus), célèbre église des jésuites. Un peu sur la droite, se détachant sur les collines du fond, la tour du palais du Capitole. Les deux gros dômes en avant-plan sont San Salvatore in Lauro et Santa Agnese in Agone sur la piazza Navona, là où sainte Agnès a été martyrisée. À l’extrême gauche, un énorme dos de tortue gris est le Panthéon.

 

295b-Rome-vue-du-ch-teau-St-Ange.jpg

 

Sue cette photo on voit le Tibre coulant sous deux ponts, le plus proche est le pont Victor Emmanuel II et le second, en aval puisque le fleuve s’écoule vers le fond de la photo, est le pont Prince Amédée. Il est surprenant que, comme on le voit, ni Romains ni touristes ne se promènent sur les berges du Tibre qui sont parfaitement accessibles par des escaliers, puisque Natacha et moi y sommes descendus, alors qu’à Paris les berges de la Seine sont très fréquentées quand il fait aussi beau et doux qu’aujourd’hui.

 

296-Les-carabiniers-brigade-des-arts.jpgDans le château, plusieurs salles sont consacrées à une exposition d’œuvres d’art, dont celles que nous n’avons pas vues hier au musée d’art moderne parce qu’elles avaient été prêtées aux carabiniers, destination qui nous avait étonnés. En fait, tout s’explique. Il s’agit de fêter le quarantième anniversaire de la création du commando de carabiniers pour la tutelle du patrimoine culturel. Et ils exposent plusieurs dizaines de chefs d’œuvre qui avaient été volés et qu’ils ont récupérés. Un Renoir qui vient de Turin, deux Van Gogh (Le Jardinier et l’Arlésienne) et un Cézanne (Le Cabanon de Jourdan) que nous n’avons pu voir hier, et pour cause, à la Galleria Nazionale d’Arte Moderna de la Villa Borghese, un merveilleux Raphaël intitulé La Muette qui figure sur l’affiche ci-contre, des vases étrusques à figure rouge ou à figure noire du septième siècle avant Jésus-Christ qui évoquent à s’y méprendre leurs jumeaux grecs, etc.

 

Dans une petite salle d’un bâtiment en face de l’exposition, un film, assez bien fait, montre leur extraordinaire répertoire informatique complet de toutes les œuvres d’art de tous les musées d’Italie et même des collections privées, avec photos et description minutieuse (en anglais…) et un index multi-entrées qui permet de trouver instantanément les informations souhaitées. Il montre également leurs méthodes ; par exemple, on les voit en hélicoptère survolant par surprise un champ de fouilles où opéraient de façon clandestine des amateurs d’antiquités. Il y a aussi un historique de leur commando, je préfère dire en français de leur brigade, de leur création en 1969 avec (si je me rappelle bien) seulement 16 hommes, jusqu’à ce jour avec 300 membres, parmi lesquels des chercheurs universitaires, des scientifiques de diverses branches, des spécialistes de l’histoire de l’art. Belle efficacité.

 

Jouxtant cette salle de projection du film, qui passe alternativement en italien et en anglais, une autre petite salle où siège derrière une table un carabinier dans sa belle tenue, et où sur les murs de grands panneaux résument ce qui est dit dans le film. Pour garder un souvenir de cette visite, mais surtout pour conserver des informations précises (par exemple, pour que je puisse dire qu’ils étaient 16 à l’origine, sans ajouter "si je me rappelle bien"), Natacha a souhaité photographier ces panneaux. Avec un aimable sourire à l’adresse du carabinier de service, elle lui a demandé si elle pouvait photographier ces panneaux. Horrifié, il a répondu "No, no, no photo !!!" avec un grand geste du bras. Pour des œuvres récentes pour lesquelles les auteurs ou leurs descendants ont encore des droits, c’est normal. Pour les œuvres anciennes, du Caravage ou à plus forte raison des Étrusques, c’est difficile à comprendre. Mais quand il s’agit de panneaux explicatifs dont le texte n’a strictement rien de secret, dont toute la presse s’est faite l’écho, qui est tout à l’honneur de ceux qui sont concernés et, pour comble, dont parle le propre site des carabiniers
(voir http://www.carabinieri.it/Internet/Cittadino/Informazioni/Eventi/2009/Marzo/20090311.htm)
alors là les bras m’en tombent. Il semble que dans ce pays plus qu’ailleurs (et même là où la religion interdit la représentation humaine, dès lors qu’il s’agit de photographier des tableaux ou des panneaux de texte) on ait tendance à attribuer un effet maléfique à la photo, le mauvais œil, quelque chose comme cela. Un peu plus tôt, alors que nous étions en train de contempler la merveilleuse Muette de Raphaël, un touriste a voulu la photographier. La femme carabinier préposée à cette salle s’est jetée sur l’appareil et avec une célérité digne de son entraînement militaire en a caché l’objectif avec la main, réellement affolée à l’idée que cet objet, volé puis retrouvé, serait volé une seconde fois sur une petite carte mémoire informatique.

 

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Bon, j’ai assez déblatéré, je vais me calmer. Après les cinq heures passées au Castello Sant’Angelo, nous sommes allés nous promener dans le quartier du Parione qui, comme je le disais au début, est situé de l’autre côté du Tibre. Notamment nous sommes descendus sur la berge et avons pu voir d’en bas les ponts et le château. Dans une rue, sous un porche, une plaque informative appelle l’attention sur une inscription très ancienne, puisqu’elle marque la crue du Tibre de 1277. Sur ma photo le texte n’est pas très lisible, et j’avoue que même sur place je n’ai pas été capable de bien comprendre ce qui était écrit. En revanche, on voit très bien la ligne qui marque le niveau atteint par l’eau.

 

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298b-Santa-Maria-in-Vallicella.jpg

 

Ce quartier est entièrement conservé comme il était au seizième siècle. Le pavage des étroites rues est irrégulier, les trottoirs sont absents, les maisons sont toutes d’époque. Si ce n’étaient les voitures omniprésentes, et qui circulent sans cesse dans les rues pourtant réservées, on se croirait vraiment parachuté dans le passé. Plus loin, sur une place, l’église Santa Maria in Vallicella, toute blanche, dresse sa silhouette. Nous n’avons pas visité, parce que nous étions entrés depuis à peine cinq minutes qu’un office a commencé, et il va de soi que nous n’allions pas troubler le recueillement des fidèles avec nos déambulations et nos appareils photo.

 

298c-Santa-Maria-in-Vallicella--Caravaggio.jpg

 

Nous avons eu d’autant moins le temps de progresser dans notre visite que, dès le bas de l’église, dans une chapelle, nous sommes tombés en arrêt devant une magnifique Déposition de Croix. Pas étonnant que notre attention ait été attirée : quand nous en avons détaché les yeux, nous avons remarqué un petit écriteau disant qu’il s’agissait d’une œuvre du Caravage. Hélas, cet écriteau disait aussi que ce n’était qu’une copie, l’original ayant été transféré au musée du Vatican. La copie date quand même de 1797. Pour mémoire, le Caravage a vécu de 1571 à 1610.

 

Nous avons ensuite retraversé le pont Saint-Ange, nous sommes retournés place Saint-Pierre admirer la colonnade du Bernin à la lumière artificielle, puis nous avons regagné la station de métro pour savourer nos visites de la journée dans notre banlieue, devant un dîner bien gagné.

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Published by Thierry Jamard
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 23:25

Hier, nous avons pris comme d’habitude le bus qui passe devant notre parking pour nous rendre à la station de métro Anagnina, terminus de la ligne A, et de là dans le centre de Rome. Hélas, trois fois hélas, nous avons dû reprendre le bus en sens inverse, une grève bloquant les métros jusqu’à 16h30. Par manque de personnel, la sécurité n’était paraît-il pas assurée. Et comme la radio que nous écoutons pendant le petit déjeuner et qui nous répète sans cesse que nous sommes sur 105,3 donne toutes les 20 minutes des nouvelles de la circulation, nous savions qu’il n’aurait servi à rien de nous rendre dans le centre par la route. Tant pis, nous ne sommes pas à un jour près, les visites ont été remises au lendemain. C’est-à-dire aujourd’hui.

 

Lors de notre précédente visite à la Villa Borghese, ce grand parc public, nous nous sommes longuement promenés dans les allées, puis nous avons visité, en deux heures montre en main avec des cerbères nous chassant ensuite, la Galerie Borghese avec sa Pauline Bonaparte, ses Caravage et ses Francis Bacon. Mais il restait deux musées qui nous attiraient, le musée étrusque et la Galleria Nazionale d’Arte Moderna. C’est cette dernière qui est au programme d’aujourd’hui. Mais comme elle ne se trouve pas près d’une entrée du parc et qu’il fait beau, nous prenons notre temps pour passer dans des endroits que nous ne connaissons pas encore. Entre autres un joli lac, sur une île duquel a été construit au dix-huitième siècle un faux temple d’Esculape.

 

 

Aïe aïe aïe. Il n’y a que trois jours, le 2 décembre, je commentais les confusions et les fusions entre dieux grecs et dieux romains. Le nom officiel du temple le rattache au romain Esculape. Mais la statue porte un vêtement grec, et sur le fronton est gravé en caractères grecs "Asklépiôi Sôtêri" (à Asclépios Sauveur). Lorsque, dans un passé qui se perd dans la nuit des temps, j’étudiais à la Sorbonne, je suivais, hors de tout programme et pour le seul plaisir, un séminaire de religion grecque. Je me rappelle l’étude faite par Fernand Robert, grand spécialiste d’Épidaure où était tout particulièrement célébré Asclépios, sur les conditions de la naissance de ce demi-dieu. Apollon, comme Zeus, collectionne les amours terrestres, mais il connaît plus de déboires que son père, par exemple avec cette Cassandre qui lui a échappé par tromperie. Cette fois, il s’est épris de la belle Coronis, fille du roi de Thessalie, qui se retrouve enceinte de ses œuvres, comme on dit joliment. Les amours divines ne sont jamais stériles. Et puis salut, il retourne sur l’Olympe avec les autres dieux, ou peut-être à Delphes pour faire prononcer des oracles à sa pythie préférée. Seulement voilà, Coronis n’est pas entrée au couvent après cette étreinte (peut-être parce que les couvents n’existaient pas encore), et comme elle n’est pas de bois elle a couché avec un mortel du nom d’Ischys. Mais rien ne pouvant échapper à un dieu de la divination comme Apollon, il l’a évidemment appris (en dehors de lui, on sait que le cocu est toujours le dernier au courant), et il s’est fâché tout rouge. Quoi ? Une relation sexuelle avec un mortel alors qu’elle porte dans son ventre l’enfant d’un dieu ? C’est impensable. Il ne pouvait que tuer l’infidèle. On porta donc le corps de la défunte Coronis sur le bûcher. Mais il ne pouvait se concevoir de brûler le fils d’Apollon, aussi le dieu se précipita-t-il au milieu des flammes pour arracher du ventre de sa mère qui commençait à se consumer l’enfant vivant. Cet enfant, c’est Asclépios, né d’une opération chirurgicale, ce qui lui a conféré le don de la médecine, avec toutefois les leçons du centaure Chiron. Il était tellement habile qu’il parvint même à ressusciter de nombreux morts, parmi lesquels Hippolyte, le fils du roi Thésée (cf. la Phèdre de Racine). Des ressuscités à la pelle, ça risque de bouleverser l’ordre du monde. Aussi Zeus se résolut-il à le foudroyer (c’était pourtant son petit-fils, à travers Léto). Voilà pourquoi de nos jours les médecins ne parviennent pas à arrêter la pandémie de grippe A. Asclépios, transformé en la constellation du Serpentaire, rigole bien là-haut en nous traitant d’ignorants.

 

 

En revenant sur terre, nous sommes passés, dans cette Villa Borghese de Rome, devant le musée Pietro Canonica (1869-1959), ce sculpteur célèbre (paraît-il, mais inconnu de moi, ô honte). Devant, deux sculptures, dont ce cheval portant un canon sur son dos. Nous passons notre chemin.

 

 

Finalement, nous arrivons au musée d’art moderne. Sur la façade monumentale (mais qu’est-ce qui n’est pas monumental à Rome), une frise de ces belles têtes de lion. Je m’empresse de mettre cette photo, parce qu’à l’intérieur, hélas, fini, les photos sont interdites. Je ne peux donc pas montrer les œuvres du dix-neuvième siècle italien, développées à l’époque où en France fleurissait l’impressionnisme, ni les produits du futurisme proclamé à Paris, dans le Figaro, par Marinetti, ni la peinture dite métaphysique de Chirico, ni l’art officiel grandiose de l’ère Mussolini, et encore moins, mais pour une autre raison, un Cézanne, un Renoir et deux Van Gogh : ils sont partis pour une exposition temporaire au château Saint-Ange en l’honneur des Carabiniers. M’en fiche, nous irons un de ces quatre au château Saint-Ange, puisque les carabiniers sont artistes. Je ne montre donc rien, mais ce musée vaut la peine. Et puis il accueille une exposition temporaire concernant une certaine Palma Bucarelli, photos, documents, journaux et magazines, et aussi présentés sur des mannequins des robes et manteaux qui ont appartenu à cette femme du monde qui a fréquenté les plus grands. Cette femme née en 1910 et morte en 1998 a été critique d’art et superintendante de ce musée entre 1942 et 1975. Sa devise, reprise comme titre de l’exposition, était "le musée comme avant-garde".

 

Après une longue visite de ce musée, nous avons méprisé les bus qui traversent la Villa Borghese et sommes revenus à pied à travers le parc obscur jusqu’à la Piazza del Popolo. Oh, et puis si nous marchions encore un peu ? Un bout de la très animée Via del Corso (où se trouve la maison de Goethe), puis par la petite Via della Croce nous arrivons Piazza di Spagna (où se trouve la maison de Keats). Là, il est quand même temps de prendre le métro vers le terminus Anagnina, près duquel nous attend le camping-car.

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 23:20

Hier soir nous sommes allés pour la nuit à Tivoli, parce que nous souhaitions aujourd’hui voir la Villa Gregoriana, sa grande cascade de la rivière Aniene, sa grotte de la Sirène, sa cascade de la grotte de Neptune, son temple de Vesta du deuxième siècle avant Jésus-Christ…

 

Seulement voilà : la Villa Gregoriana avait réduit ses horaires à la seule matinée à la mi-octobre, et elle est complètement fermée de décembre à avril. Je sais bien que nous ne progressons pas vite dans notre voyage, mais en avril nous aurons sans doute quand même quitté Rome ! Par conséquent, puisque nous sommes à Tivoli, nous allons passer la journée à nous promener en ville.

 

 

Il est difficile de ne pas évoquer ce château massif qui trône à l’orée de la vieille ville, tout près de l’esplanade qui honore Garibaldi. C’est une forteresse bâtie sur la colline appelée Rocca Pia dans la seconde moitié du quinzième siècle, par le pape Pie II.

 

 

Juste derrière, on peut accéder à l’amphithéâtre du deuxième siècle de notre ère. Il n’en reste presque rien, les murs sont détruits à cinquante centimètres du sol, et parce que, je suppose, il sert à des représentations ou des concerts, il est envahi de sièges en plastique empilés qui font très peu "époque". Je préfère, dans ces conditions, ne pas publier les quelques photos inintéressantes que j’en ai faites. En revanche, ces ruines ont été pour moi une illustration de la méthode de construction que les Romains appelaient opus reticulatum, ce que l’on traduit en français par appareil réticulé. On voit ci-dessus que le mur est construit avec des pierres irrégulières tenues par du ciment (partie supérieure de la photo), mais en façade, pour être plus décoratif, on dispose en losange des briques cubiques.

 

 

J’ignore si la municipalité de Tivoli est de droite ou de gauche, et donc j’ignore si c’est elle qui a placé la plaque ci-dessus, si elle l’a vue apparaître avec satisfaction, ou si elle n’a pu s’opposer à sa mise en place sur une façade privée. La ville semblerait à première vue assez bourgeoise, mais il y a beaucoup de quartiers anciens mal entretenus où apparemment les loyers doivent être modérés, accueillant des populations modestes peut-être plus favorables à la gauche. Quoi qu’il en soit, le texte n’y va pas avec le dos de la cuiller. Pour le cas où il serait peu lisible en petit sur le blog, ou pour qui n’est pas trop familiarisé avec les langues latines autres que le français, je le traduis : "À Fabrizio Ceruso, révolutionnaire antifasciste de Tivoli tué le 8-9-1974 à 19 ans par la violence répressive de l’état bourgeois alors qu’il défendait les maisons occupées des travailleurs à San Basilio. Il restera toujours dans les luttes des ouvriers, dans la colère prolétarienne, une stimulation pour ceux qui luttent pour le communisme. Tivoli, le 8-9-1977".

 

 

Quand je parle de quartiers mal entretenus, je n’exagère pas. Ceci était un palais. Une plaque dit qu’il s’agit du Palazzo Bandini-Piccolomini, du seizième siècle. Or le 27 octobre dernier nous étions à Pienza, d’où était originaire un certain Eneo Silvio Piccolomini (1405-1464) devenu le pape Pie II dont je disais que c’était un humaniste distingué. Et puis aujourd'hui même, plus haut, je l'évoquais au sujet du château fort de Tivoli. Nous retrouvons ici le nom de sa famille, un siècle plus tard, près de la capitale des états pontificaux, sur un grand palais situé à 500 mètres du château fort. Mais aujourd’hui, dans quel état il est, ce palais !

 

 

 

Je termine avec deux photos (une église, une ruelle) prises en ville lors de notre longue balade. En effet, en cette période le jour a beau se lever tard et se coucher tôt, si les photos sont prises de nuit c’est que nous avons bien marché. Mais aussi le devoir nous appelle. Nous connaissons à Tivoli, pour l’avoir déjà fréquentée, une laverie libre-service qui ferme à 22h, et un bon sac de linge nous lance des appels. Lavage, séchage, et au moment où nous sortons de la laverie, la lumière s’éteint. 22 heures ? Déjà ? Vite, le plein d’eau au robinet de notre parking, et retour à Rome.

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 21:01

Le 2 décembre, cela me rappelle 1804, le sacre de Napoléon, et 1805, Austerlitz et son soleil. Et aussi 1851, le coup d’état du Prince-Président qui devient Napoléon III. Après trois jours de sale temps, pluie et vent, le soleil brille de nouveau dans un ciel pur. Nous en profitons pour aller dans le centre de Rome, près de la fontaine de Trevi, au Palazzo Barberini qui présente des collections de peintures.

 

 

Le palais, qui a été construit par le cardinal Barberini, devenu le pape Urbain VIII en 1623, est en grands travaux. Il faut dire que certaines parties que l’on voit à travers les échafaudages sont en bien piteux état. La façade principale, celle qui est visible de la rue, est due au Bernin. Elle est complètement propre et restaurée.

 

 

La façade arrière, en revanche, a besoin d’un bon toilettage, mais une fois restaurée elle ne manquera pas de chic. En attendant, c’est l’intérieur, escaliers, nombreuses salles, qui est en cours de réfection. Seule, une petite partie des collections est exposée. Nous faisons d’abord un tour dans les jardins, où nous pouvons voir partout l’emblème de la famille Barberini, l’abeille.

 

 

Les jardins eux-mêmes sont assez pauvres en leur état actuel, d’autant plus que l’automne est déjà bien avancé. Mais on voit malgré tout que le climat est plus clément qu’en Île-de-France, parce qu’à Versailles il faut rentrer les orangers pour l’hiver alors qu’ici à Rome on les a laissés en plein air. Les statues, qui sont des copies de l’Antiquité et n’ont donc guère plus de quatre cents ans, sont mutilées, bras cassés, visages usés par les intempéries. Natacha pourtant a eu plaisir à se promener un peu dans ce parc. Moi, j’ai eu une impression de décrépitude qui m’a mis mal à l’aise.

 

 

Venons-en à l’intérieur. Hélas, avec ou sans flash, avec ou sans trépied, toute photo est interdite dans le musée. J’ai donc laissé mon appareil dans un casier du vestiaire. Je me limite ici à montrer le calicot fixé à la grille du domaine donnant sur la rue, au moins peut-on y distinguer l’un des fleurons de l’exposition : la Fornarina, de Raphaël. En italien, "il forno" c’est le four, "il fornaro" c’est le boulanger et ce nom peut signifier "la petite boulangère", "la fille du boulanger". En effet, cette Margherita Luti qui a été le modèle de Raphaël pour plusieurs tableaux (la Donna velata, Sainte Catherine d’Alexandrie, etc.) est fille de boulanger. Vasari, peintre et architecte, qui raconte la vie et l’œuvre de ses presque contemporains (il n’avait que 8 ans à la mort de Léonard de Vinci, 9 ans à celle de Raphaël), dit que le peintre et son modèle étaient amoureux l’un de l’autre, et que si la Fornarina est son dernier tableau c’est parce que Raphaël avait, une certaine nuit, abusé du sexe, et se sentant fatigué le lendemain, n’avait pas osé dire à son médecin la vraie cause de son état. D’où un remède inapproprié qui l’a tué. Allez, une fois n’est pas coutume : je cède à la tentation d’aller chercher sur Internet les deux images dont j’ai besoin et je les colle ensemble ci-dessous.

 

 

À gauche, c’est le célèbre tableau. À droite, un tableau d’Ingres qui se réfère à cette idylle et représente Raphaël et Margherita Luti. Est-ce vrai ou pas, peu importe. Mais on remarque le bracelet qui enserre le bras au point de faire des plis sur la peau. Il porte, très clairement lisible sur l’original, le nom de Raphaël Urbinas. Et puis il y a un anneau passé sur la seconde phalange de l’annulaire gauche, comme une promesse de mariage en cours de réalisation. La Femme voilée, Sainte Catherine, sont des tableaux où le modèle est très réservé. Ici, non seulement elle est largement dévoilée, elle montre sa poitrine en faisant semblant de (mal) retenir un voile, mais son regard est plutôt polisson.

 

Je ne commenterai pas les autres œuvres que nous avons vues, et surtout je m’abstiendrai d’aller piller Internet pour montrer ce que je n’ai pas pu photographier. Je me contenterai de citer deux œuvres, un Henri VIII d’Angleterre par Holbein qui est criant de vérité, mais qui est aussi très marquant parce que c’est lui que j’ai vu en reproduction dans tous mes livres d’histoire quand j’étais élève. Et puis Érasme par un certain Metsys que j’avoue ne pas connaître, mais ce tableau aussi exprime merveilleusement ce que je peux imaginer d’Érasme d’après ses œuvres.

 

Les photos sont interdites dans le musée, mais pas dans le bâtiment avant que l’on se présente au contrôle ni dès lors que l’on a passé la sortie du vestiaire. Sous le nez d’un gardien, j’ai pris cette photo d’une statue qui orne le grand escalier sans qu’il y trouve à redire.

 

Les Grecs de l’Antiquité et les Romains ayant de très, très lointains ancêtres indo-européens communs, leurs dieux se ressemblent. Par exemple, malgré les apparences, Zeus et Jupiter portent le même nom (Zeus vient de Dyew-s, et Jupiter, Jov-pater, de Dyow-[père] où l’on reconnaît le mot jour, dies en latin). Aussi, les Romains dont la civilisation est postérieure à la civilisation grecque, ont assimilé leurs dieux aux dieux grecs et leur ont attribué les légendes nées en Grèce. Sur cette photo, on voit paraît-il Latone. Je connais la légende concernant son "correspondant" grec, Léto, à travers Homère et Hésiode. Désolé, c’est donc cette version que je vais raconter ici, avec les noms latins.

 

Latone a été séduite par Jupiter (Zeus) dont la femme, Junon (Héra), ne supporte pas les perpétuelles infidélités. Elle se venge de sa rivale en tentant de l’empêcher d’accoucher, mais Latone donne quand même le jour à ses jumeaux, Apollon et Diane (Artémis). Plus tard, alors qu’elle veut les laver dans le fleuve Xanthe, aussi appelé Scamandre dans l’Iliade (il coule près de Troie, c’est-à-dire en Turquie d’Asie, tout près de l’Hellespont), Junon donne aux paysans l’ordre d’agiter l’eau pour la rendre boueuse et qu’elle soit ainsi impropre à la toilette. Trop, c’est trop. Latone s’énerve, appelle des loups pour chasser les paysans, puis elle les transforme en grenouilles. Bien fait pour eux. Je pense que c’est cet épisode de Latone souhaitant baigner ses jumeaux que représente cette sculpture de Domenico Pieratti (1600-1656) seulement légendée "Latona e i figli", c’est-à-dire "Latone et ses enfants". Je n’ai pas en mémoire d’autre épisode mythologique au sujet de cette déesse. Elle est éplorée, se demande ce qu’elle va faire. La colère viendra ensuite.

 

Envisageant demain la visite de la Villa Gregoriana à Tivoli, nous nous rendons ce soir (tard, après avoir fait le plein de GPL) dans cette ville dont nous avons déjà visité la Villa Adriana le 15 novembre et la Villa d'Este le 17. Ainsi, nous éviterons les embouteillages du matin.

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 00:55

Sachant que nous pouvons très probablement nous garer sans problèmes près de la gare Termini, là où nous avions laissé le camping-car dimanche dernier pour aller aux Thermes de Dioclétien, nous retournons au même endroit et retrouvons exactement la même place le long du trottoir. Notre but est l’église Santa Maria Maggiore. 

 

 

Mais en face de l’église, nous nous trouvons devant à une manifestation. Évidemment, nous sommes assez badauds pour nous approcher et voir de quoi il s’agit. C’est une manifestation pour les droits des femmes. Certains panneaux ou calicots portent, avec des termes vengeurs, des noms que nous ne connaissons pas, peut-être concernent-ils des hommes politiques réactionnaires, ou bien des coupables de viols ou autres violences envers des femmes qui n’ont pas été châtiés ou pas assez sévèrement. Ici, on voit un panneau disant "Libre de circuler de jour et de nuit", et un autre "Quand une femme dit non, c’est non".

 

 

Et puis, toujours dans le cadre des droits des femmes, d’autres militent pour le droit à l’homosexualité. Sur ce calicot, il est dit "Coordination lesbiennes romaines" et pour les deux O ce sont deux symboles féminins qui ont été entrecroisés. Il y a aussi dans le cortège quelques hommes. L’un d’entre eux, en marge du cortège, colle sur les murs des petits papiers appelant à s’unir aux femmes. Un autre distribue un prospectus aux hommes qui, sur le trottoir, regardent. Il m’en donne un. Il y est dit que nous sommes tous concernés par les violences faites aux femmes, même si nous-mêmes ne les pratiquons pas, il faut les démasquer quand nous en avons connaissance, il faut prendre le parti des femmes.

 

 

 

Lorsque nous allons vers la basilique Santa Maria Maggiore, il est possible de profiter de ce que la circulation est coupée dans la rue pour se planter en plein milieu et prendre ses photos de l’église, mais sur la place la circulation reste intense. Elle est encadrée par deux palais, celui de droite date de 1605, et pour respecter l’unité celui de gauche, pourtant construit bien après, de 1721 à 1743, a repris le même dessin de façade.

 

L’église d’origine est un très vieil édifice du cinquième siècle qui remplace une église primitive dont la légende raconte que le pape Libère et Giovanni Patricio eurent simultanément le même songe. La Vierge leur apparut et leur demanda de construire en son honneur un sanctuaire là où le lendemain la neige tomberait. Or c’était l’été. Mais le lendemain, 5 août 356, la neige tomba sur l’Esquilin. Patricio dessina le plan de l’église, le pape finança la construction. Mais au cours des siècles l’édifice a été sans cesse agrandi et remanié. La façade date de 1743-1750, alors que le campanile date de 1377. Il n’empêche que la structure de base a près de 1600 ans.
 

 

 

Tout le long de la nef centrale, et sur le plafond de l’abside, les mosaïques sont d’origine. Avec leurs allures byzantines, elles datent du cinquième siècle. Incroyable et magnifique. Ma photo ci-dessus montre le motif central de l’abside, qui a été transformé au treizième siècle quand l’abside a été reconstruite. À l’origine, il n’y avait que des feuillages, des oiseaux, des rinceaux. Les personnages ont été ajoutés par Jacopo Torriti. Il s’agit visiblement du Couronnement de la Vierge. La photo ci-contre prise de la nef permet de voir le chœur et les mosaïques. On aperçoit, sur l’abside, le motif circulaire que je présente en plus gros plan ci-dessus.

 

En-dessous, un gros plan sur les anges qui se trouvent sous le cercle du Couronnement. Il est très difficile de les distinguer sur la photo ci-contre, que j’ai dû réduire en "poids" dans le cadre de ce blog, et même sur la photo originale. Tout cela ne s’éclaire qu’en mettant une pièce dans une machine qui se trouve tout dans le bas de l’église et l’illumination ne dure que deux minutes. Alors si l’on veut tout observer et admirer, non seulement cela coûte une (petite) fortune, mais de plus on ne cesse de courir de l’abside à l’entrée et de l’entrée à l’abside. Sauf si un autre amateur a mis une pièce.

 

 

 

 

Sur cette même photo prise de la nef, on aperçoit une sorte de crypte qui ne serait qu’à demi enterrée. Le terme de "crypte", qui signifie "caché" en grec, est donc totalement impropre. Pardon de l’avoir employé. C’est le Baldaquin avec ses colonnes de porphyre décorées de bronze qui, lui, date du dix-neuvième siècle et protège la prière dans cette chapelle semi-enterrée. D’en haut, par la balustrade, on voit de dos le pape Pie IX en prière devant une urne en argent qui contiendrait des fragments du berceau du Christ. Seul problème, je croyais que Jésus était né dans une étable, et que la mangeoire de l’âne et du bœuf lui avait servi de berceau. Ah, d’accord, ça doit être des fragments de la mangeoire… J’ajoute un gros plan sur le visage du pape en prière.

 

Natacha et moi étions en bas en contemplation quand un homme, d’un geste autoritaire, a fait signe aux quelques personnes qui se trouvaient là de remonter. Puis sans un mot d’explication il a fixé un cordon de velours sur des supports pour empêcher d’approcher du chœur. Pourquoi ? Ce n’était pas l’heure de fermeture de l’église. C’est désagréable et irritant, ce genre de chose.

 

 

Pour retourner au camping-car, nous avons traversé le hall de la gare Termini. Sachant que les trains italiens ne respectent pas les horaires, je me suis planté devant celui qui devait partir le premier, un train pour Naples prévu à 18h15. Sur ma photo on voit l’horaire prévu, et on voit aussi sur le même panneau indicateur, en plus petit, une montre qui indique qu’il est déjà 18h20. Sur le quai, une autre horloge indique la même heure. À la portière, le contrôleur discute calmement. Sur le quai, un voyageur va tranquillement chercher une voiture plus en tête. En réalité, le train est parti à 18h23. Plus loin, nous n’avons pas attendu le départ d’un train prévu pour 18h20 et qui, à 25, était toujours à quai. Comment arriveraient-ils à l’heure s’ils ne partent pas à temps ? Avec le lièvre et la tortue, La Fontaine est français.

 

Assez médit, je risque d’aller griller en enfer. Retour en banlieue pour la nuit.

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 00:42

 

Puisque nous avons visité hier l’appartement de Goethe, ne nous arrêtons pas en si bon chemin littéraire. Aujourd’hui, nous retournons piazza di Spagna voir l’appartement où a vécu le grand poète anglais John Keats et où il est mort.

 

Né le 31 octobre 1795, orphelin de père à 9 ans et de mère à 15 ans, atteint de tuberculose, il a 24 ans lorsqu’une grave hémorragie fait décliner sa santé. Accompagné de son ami Joseph Severn, il s’embarque pour Naples où il débarque le 21 octobre 1820, et il arrive à Rome en novembre. Les deux amis emménagent dans cet appartement trouvé par le médecin de Keats. En Italie, le jeune malade n’écrit plus, mais il adore le spectacle des escaliers de la piazza et leur animation, ainsi que la fontaine de marbre en forme de bateau sculptée par le Bernin. Il n’en profitera guère, car bientôt son état ne lui permet plus de quitter son lit, et il meurt au bout de quelques mois, le 23 février 1821, à 25 ans. On enterre ce protestant dans le cimetière non catholique de Rome. Son ami Joseph Severn fera de lui ce portrait en 1822, de mémoire.

 

La photo ci-dessus montre le salon de l’appartement. On peut aussi visiter sa chambre, meublée comme de son temps, mais ce n’est qu’un ré-aménagement parce que la loi pontificale imposait de brûler, après la mort d’un tuberculeux, ses meubles, ses draps, son linge, ses tentures, les objets de sa chambre et jusqu’à son papier peint. De plus, en 1903, l’immeuble était promis à la démolition. Diplomates et écrivains anglais et américains lancèrent alors un appel international, et l’immeuble fut racheté et un musée "Keats and Shelley" y fut ouvert en 1909, quoique Shelley n’y eût jamais mis les pieds. Il était dans le nord de l’Italie au moment de la mort de Keats.

 

 

Puisque nous sommes dans un mémorial des poètes romantiques, je montre ici deux images concernant Shelley. Il s’est noyé sur la côte de Toscane en 1822. Le tableau ci-dessus, exécuté par un peintre non identifié, représente la découverte de son corps sur une plage auprès d’un bateau au mât brisé et à la voile flottante dans le vent.

 

 

Une fois découvert, Shelley a été brûlé. Le tableau ci-dessus, du Français Louis-Édouard Fournier, est censé représenter cette crémation. Les trois hommes représentés au premier plan sont Trelawny, Leigh Hunt et Byron, et tout à gauche, sur le bord du tableau, Mary Shelley est agenouillée. Le corps de Shelley est encore beau. En fait, ce tableau est de pure imagination. Le corps du poète était si décomposé qu’il était à peine identifiable et qu’on l’a immédiatement enterré dans le sable de la plage, très peu profondément. Le jour de la crémation, il a fallu le rechercher pendant une heure en faisant une tranchée d’une dizaine de mètres. Et Mary Shelley n’était pas là, Leigh Hunt était resté dans sa voiture et Byron a très vite regagné son bateau.

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 00:31

 

 

Hier, dans le parc de la Villa Borghese, nous avons vu le monument élevé à la mémoire de Goethe. Aujourd’hui, nous nous rendons Via del Corso où, au n°18, il a habité un appartement qui se visite et abrite un musée. Dans ce musée il y a quelques souvenirs de lui, par les fenêtres on peut voir, presque inchangées, les rues qu’il aimait observer (ci-dessus, la seconde image est une aquarelle de Johann Tischbein de 1787 intitulée Goethe à sa fenêtre), quelques gravures représentent des vues de Rome rapportées par son père qui, lui-même, avait visité l’Italie, avait publié un livre sur son voyage, et Goethe disait que les récits de son père ainsi que la vue de ces gravures avaient depuis son enfance éveillé en lui le désir de voir Rome et l’Italie.

 

Montrer ici des photos de livres, ou même des reproductions de gravures, ne me paraît pas le plus intéressant. Ce que j’ai le plus aimé, ce sont les dessins qui l’évoquent. Il y a quelques jours, j’avais ajouté à mes photos du Capitole un dessin fait par Goethe. Je venais de visiter cette Casa di Goethe au moment où je rédigeais, avec une semaine de retard, mon article de blog sur le Capitole. Ce que je montre aujourd’hui, ce ne sont pas des dessins faits par lui, mais des dessins qui le montrent dans sa vie Romaine. Ci-contre en train de lire par le même Tischbein, tout en haut Friedrich Bury a représenté Goethe et ses amis romains (1786-1788).

 

 

Il a raconté lui-même comment il avait fait ce voyage. À Weimar, il avait des fonctions officielles, il était ministre d’État, ce qui lui causait bien des obligations qui lui pesaient de plus en plus. Fin août 1786, venant de fêter son trente-septième anniversaire, il a formé dans le plus grand secret le projet de ce voyage tant souhaité. Sa confidente depuis des années, Charlotte von Stein, a été peinée et choquée de ne pas avoir été tenue au courant. Son "employeur", le duc Charles Auguste, n’a été prévenu que quelques jours avant son départ, sans aucune précision sur la destination ni la durée de ce voyage. Pourtant, généreux, il a offert à Goethe des "congés payés" avant la lettre. C’est ainsi que Goethe est parti pour deux ans, se faisant passer, durant le voyage, pour un homme d’affaires de Leipzig, du nom de Jean-Philippe Möller. Pendant tout ce temps, il a tenu un journal, destiné à être plus tard adressé à Charlotte. La Casa di Goethe présente plusieurs pages de ce journal, ainsi que des lettres manuscrites.

 

Avant de quitter Goethe, je ne dois pas oublier de donner le titre du dessin ci-dessus (1786-1787) : Le Maudit second oreiller. Goethe dans son appartement romain. La tête de femme, sur la planche à droite posée sur une pile de livres, est un plâtre qui est exposé dans le musée. Il est amusant de voir le chat de Goethe, et de le voir lui, sommairement installé, et dans des attitudes qui le sortent de l’image sérieuse que j’avais de lui jusqu’à ce jour.

 

 

En sortant de là, nous nous sommes dirigés vers la Piazza di Spagna, dont j’ai parlé au début de notre séjour à Rome. Nous avons cassé une croûte sur les marches qui montent vers l’église française Trinità dei Monti, au milieu de la foule des touristes amusants à observer. En bas, juste en face, partent deux rues s’éloignent en V. Celle de gauche est la Via dei Condotti. Là se trouve, sur le trottoir de droite, le Caffè Greco, ainsi nommé parce que fondé par un Grec en 1760. Parmi les personnages illustres qui l’ont fréquenté, je citerai Andersen, celui des contes, qui habitait au-dessus, et Stendhal qui habitait dans la rue, un peu plus loin. Et Goethe aussi, qui n’habitait pas loin. On cite aussi, toutes époques confondues, Liszt, Wagner, Berlioz, Mendelssohn ; Baudelaire, Gogol, Mark Twain, Anatole France, Schopenhauer…

 

Natacha et moi sommes allés y prendre un café, pour ajouter nos noms à la liste de célébrités (!), malgré le risque encouru. En effet, le pape Léon XII a interdit, en 1824, de se rendre au café sous peine de trois mois de galères. Cela a obligé le cafetier à barricader sa porte et à servir ses clients à travers une étroite fente. Précisons quand même que maintenant on ne va plus aux galères et que nous avons pu entrer par la porte.

 

 

Nous avons fini la journée en remontant l’escalier pour visiter l’église de la Sainte Trinité des Monts, mais il s’y célébrait une messe, nous n’avons donc pas joué les touristes qui distraient les fidèles, nous avons toutefois écouté de très belles voix interprétant des cantiques avant de nous éclipser et de diriger nos pas vers le Pincio où se trouve une entrée du parc de la Villa Borghese auprès de la Villa Médicis, siège de l’Académie de France (ci-dessus, la fontaine sur la place devant la Villa Médicis). C’est Colbert qui, à la demande de Louis XIV, créa cette académie, destinée à recevoir de jeunes talents français triés sur le volet qui pourraient approfondir leur connaissance de l’art antique, Renaissance, baroque. Cette sélection est à l’origine de la création du grand prix de Rome. Au dix-neuvième siècle, les peintres Vernet et Ingres en furent successivement les directeurs. Mon fidèle Bibendum dit que "Berlioz, élève original, passait souvent la nuit assis sur un banc du Pincio ou errant dans la Villa Borghese". Il ajoute que, de nos jours, aux 12 artistes de la première génération du temps de Louis XIV, succèdent environ 25 pensionnaires pour un ou deux ans.

 

Et voilà. Nous avons repris le métro pour regagner notre triste et sale parking de banlieue…

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 00:23

 

Mercredi 25 novembre. Nous allons, aujourd’hui, consacrer notre journée à la Villa Borghese, ce grand parc public du nord de Rome où se trouvent aussi des musées, dont la Galerie Borghese qui présente en ce moment une exposition Caravage / Bacon.

 

Le métro nous dépose à Flaminio, et nous accédons au parc par les escaliers, sur le côté gauche de la piazza del Popolo. De l’esplanade Napoleone I on a une très belle vue sur Rome, parsemée de dômes. Moi qui croyais que Napoléon avait laissé de mauvais souvenirs aux Italiens, je ne manque pas d’être étonne de voir que cette belle esplanade du célèbre parc porte son nom. Et puis, plus loin, une pléiade de bustes parsèment les bords des allées, pratiquement que des noms italiens, dont je confesse avec honte (pas trop de honte quand même) que j’en ignore 90%, mais parmi eux figure celui de notre empereur national.

 

Intéressante, à défaut d’être belle, cette curieuse horloge hydraulique. La plaque dit : "Hydrochronomètre imaginé et construit en 1867 par le Père Dominicain Jean-Baptiste Embriaco". Elle n’ajoute pas que cette ingénieuse horloge a été présentée à l’exposition universelle de Paris.

 

 

Plus loin, un immense monument célèbre Goethe, qui a vécu un temps à Rome. Je ne montre pas sa statue, qui est comme toutes les statues de grands hommes, mais je préfère cibler sur l’un des trois groupes beaucoup plus originaux et intéressants qui ornent la base du monument. Vu les visages, je suppose qu’il s’agit du Docteur Faust et de Méphistophélès.

 

 

Longtemps, nous nous promenons à travers les allées. Près du petit temple de Diane, construit en 1789 (tiens, cette date me dit quelque chose… sans rapport avec Diane…) mais qui abritait autrefois en son centre une statue antique de la déesse chasseresse, nous nous asseyons pour reprendre des forces en mangeant les sandwiches préparés par Natacha avec le bon "prosciutto" italien. Reprenant notre marche, nous passons devant cette fontaine dite des Chevaux Marins. De curieux sabots, des nageoires en forme d’ailes, une queue de poisson, ces chevaux ne manquent pas d’allure.

 

Et puis nous arrivons à la Galerie Borghese. Photo interdite, et il est même interdit d’avoir sur soi un appareil photo, il doit être déposé à la consigne. La réservation de la visite est obligatoire, il y a une entrée toutes les deux heures, et l’on n’a pas le droit de rester plus de deux heures. Nous aurons notre entrée à 17h, la dernière de la journée. Et toutes ces exigences pour un prix non négligeable. Pour Natacha, c’est 13,50€. Pour moi, entrée gratuite vu mon âge, mais frais de réservation 7,00€. Dingue !

 

Évidemment, Bacon, c’est de la peinture moderne, les visages seraient curieux si on les croisait tels quels dans la rue, mais je trouve ces œuvres intéressantes, elles expriment quelque chose. Et le Caravage est aussi un grand peintre, cette exposition présente des tas de choses qui valent le coup d’œil, mais ce que je ne comprends pas, c’est le pourquoi du rapprochement entre ces deux peintres si différents, sans un mot d’explication pour le profane que je suis et que sont, j’en suis convaincu, un bon nombre des visiteurs. On se contente de nous dire que "l’accueil de Bacon et du Caravage côte à côte signifie tisser une toile de potentielles références esthétiques croisées". Me voilà renseigné.

 

Francis Bacon était obsédé par Velasquez et son portrait du pape Innocent X. Aussi en a-t-il fait une représentation selon sa propre vision, qui est fort intéressante. Puisque je n’ai pu la photographier, si l’on est intéressé on peut la trouver, je pense, sur Internet. Ce tableau de Velasquez est à Rome, dans une galerie privée, mais elle n’a pas été placée en regard de son interprétation par Francis Bacon. On nous invite seulement à aller la voir sur place, disant qu’une réduction sera offerte sur présentation du billet de la galerie Borghese…

 

Quant au Caravaggio, j’ai été très diversement impressionné par ses œuvres. Il y a une Vierge à l’Enfant qui marche sur le serpent, avec près d’elle une sainte Anne âgée, ridée, merveilleusement expressive. C’est la Madone des Palefreniers, ainsi appelée parce que, commandée par le pape pour la basilique Saint-Pierre elle n’y resta que deux jours et fut reléguée dans l’église Santa Maria dei Palefrenieri avant de rejoindre la collection du cardinal Borghese. En effet, on estimait que Dieu seul pouvait venir à bout du démon, et Marie a beau être la mère de Dieu, elle a beau être sainte, elle ne peut écraser le serpent.

 

Il y a une Judith en train de trancher la gorge d’Holopherne. Lui il est à la fois surpris, effrayé, les yeux exorbités, mais ce que j’ai trouvé remarquable, c’est l’expression de Judith. On sent à la fois l’effort physique pour trancher cette gorge, mais il y a surtout dans ses yeux et dans tout son visage un mélange d’effroi et de volonté. Quant à la vieille, dans son dos, c’est la haine qu’elle exprime. On voit qu’elle voudrait être à la place de Judith, qu’elle n’aurait ni peur, ni répulsion, ni hésitation. Sa main est vide, mais elle est prête à faire le geste par substitution.

 

Autre tableau admirable, une Adoration dont je ne sais plus le nom. D’habitude, après avoir pris mes photos, je photographie aussi l’écriteau donnant titre, date, etc. Mais sans photo, je n’ai que ma mémoire. Elle est ici défaillante. Mais je me rappelle fort bien que la Vierge et l’Enfant Jésus ne m’ont pas enthousiasmé, étant très conventionnels. En revanche, en traçant une diagonale de l’ange supérieur droit à l’angle inférieur gauche, ce qui est à la droite du tableau, un homme et une femme, expriment une admiration humble, on voit la plante du pied sale de l’homme agenouillé… J’arrête là, il faut voir le tableau.

 

Hors de cette exposition temporaire, il y a bien sûr la partie permanente. Je citerai seulement, en passant, quelques sculptures marquantes : une Pauline Bonaparte, par Canova, étendue mollement sur un lit de repos, le fameux David du Bernin, et puis j’ai adoré l’Enlèvement de Proserpine, également par le Bernin.

 

Mais puisqu’on nous a jetés dehors un peu avant 19h afin d’être sûr que tout serait fermé à l’heure, je préfère arrêter là.

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 22:47

 

Avant-hier, nous n’avons pu voir tous les trésors que recèle le Palazzo Massimo. Je sais bien que notre billet pour les musées valable jusqu’à ce soir comporte encore le Palazzo Altemps et la Crypte Balbi, mais comment résister à la tentation de revoir la salle à manger de Livie, et de découvrir ce qui a été sauvé de la villa Farnèse, ainsi qu’une collection de mosaïques ? Natacha et moi décidons donc d’un commun accord qu’il n’est "absolument pas possible" de ne pas retourner au Palazzo Massimo.

 

Au lieudit Pietra Papa, sur les rives du Tibre, ont été découverts entre 1939 et 1940 les restes d’un établissement de bains (Rome en a compté jusqu’à près de 900 au quatrième siècle de notre ère) faisant partie d’une villa de banlieue –villa au sens romain du terme, c’est-à-dire ensemble de village. Ces bâtiments et leurs peintures ont été datés du second quart du deuxième siècle. Les briques, quant à elles, portent un sceau de 123 après Jésus-Christ. Elles ont donc été stockées quelque temps avant usage, probablement le temps de sécher. On voit ici un poulpe enserrant dans ses tentacules une murène et une langouste.

 

 

Lorsque, au dix-neuvième siècle, le gouvernement pontifical voulut construire à Rome une grande gare pour le chemin de fer, en face des Thermes de Dioclétien, les travaux ont mis au jour de nombreux objets et restes de constructions datant de l’époque impériale. Puis, de 1947 à 1949, les travaux pour la construction de la nouvelle gare et pour le creusement de la ligne B du métro ont fait de nouveau découvrir un extraordinaire complexe de bâtiments constituant un quartier à part entière daté de l’époque d’Hadrien (117-138 après Jésus-Christ), édifié selon un plan d’urbanisme homogène. Rues, maisons privées, bains publics, boutiques, entrepôts desservis par des allées spéciales, systèmes d’égouts, etc. Mais en ce vingtième siècle de l’après-guerre il fallait construire vite, alors on a détruit pas mal de choses et on a bâti à la va-vite, sans plan d’urbanisme, à la place de ces richesses archéologiques.

 

Dans la "Villa della Farnesina" on a par exemple mis au jour des chambres à coucher telles que celles-ci. Dans ce musée, trois chambres sont ainsi présentées dans leur intégralité, avec leurs peintures murales et leurs stucs de plafond.


 

 

 

Comme on le voit, ce sont des scènes intimes de la vie quotidienne qui sont représentées sur les murs. C’est également pour nous une source d’informations sur la vie à Rome sous l’Empire. Précisons toutefois que cette villa Farnesina logeait des membres de la famille impériale. Tout le monde à Rome ne disposait pas du même luxe.

 

 

 

Ici, nous voyons un panneau mural du quatrième siècle représentant l’enlèvement d’Hylas par les Nymphes, avec un gros plan sur l’expression de deux personnages. Héraklès, lors de sa guerre contre les Dryades, avait tué leur roi et, remarquant la grande beauté de son fils Hylas, il en était tombé amoureux et l’avait enlevé. Au cours de l’expédition des Argonautes, lors d’une escale en Mysie, il était allé couper un arbre pour remplacer une rame cassée et avait chargé Hylas d’aller puiser de l’eau à une source dans la forêt. Là, les nymphes le trouvèrent, elles aussi, si beau qu’elles l’enlevèrent à leur tour, pour lui donner l’immortalité. C’est cet enlèvement qui est représenté ici. La mosaïque n’est pas composée comme d’habitude de petits cubes de pierre de taille régulière, mais la technique évoque plutôt pour moi l’art du vitrail, avec des fragments taillés en fonction des formes et des couleurs du dessin.

 

 

 

Cette fois-ci, la technique de cette mosaïque de sol est plus traditionnelle. Elle se trouvait sans doute dans un établissement de bains de la première moitié du deuxième siècle, sur une rive du Tibre. C’est une scène située dans un paysage du Nil, avec ses crocodiles et ses hippopotames. Nous sommes à l’époque d’Hadrien, qui a passé la moitié de son règne à parcourir son empire, des confins de l’Écosse à la province du Pont et à la Syrie, en Asie, de l’Espagne à l’actuelle Algérie, de Germanie en Égypte. Dans sa villa de Tivoli, nous avons vu une sculpture de crocodile sur les bords d’une pièce d’eau. Ces sujets exotiques sont donc à la mode à cette époque.

 

 

Au sous-sol du Palazzo Massimo, sont regroupés des objets antiques. Aussi bien des objets de la vie quotidienne que des objets précieux ou des insignes du pouvoir. Par exemple des cuillères, des poteries, mais aussi un sceptre.

 

Et puis il y a cette petite poupée articulée qui a été trouvée dans la tombe de cette enfant de huit ans environ dont le corps s’est trouvée momifiée par les conditions naturelles du sol, non par une intervention technique comme c’était le cas pour les Égyptiens. À la fois émouvant et terrible, ce corps noirci, ces dents blanches qui ressortent, ce reste de cheveux, cette paupière fermée et cet autre œil creux mais qui donne l’impression de vous regarder sous son sourcil levé. Pour l’émotion, on y ajoute sa poupée, et quelques bibelots et bijoux qui se trouvaient aussi dans sa tombe.

 

À la sortie du musée, sur les marches, un couple nous demande en anglais si ce musée vaut le coup. On peut imaginer notre réponse enthousiaste ! Nous restons quelques minutes à discuter avec eux. Il est uruguayen, elle est péruvienne et ils vivent aux environs de Washington. Il était logique qu’ils rencontrent une Biélorusse et un Français en Italie… Ce sont des gens charmants et intéressants, on aurait plaisir à les revoir plus longtemps, hélas nos routes divergent. Mais nous avons leur adresse e-mail, alors, qui sait, peut-être un jour…

 

 

 

Il fait beau, alors pourquoi prendre le métro ? Pour gagner du temps, d’accord, mais nous préférons aller à pied, pour prendre le pouls de la ville. Notre but est le Palazzo Altemps, qui est recommandé par nos guides et qui fait partie des lieux compris dans le billet que nous avons pris dimanche aux Thermes de Dioclétien.

 

Un coup d’œil au plan de Rome permet de voir que la distance est raisonnable, mais surtout que l’itinéraire fait passer à proximité de la Fontaine de Trevi. Là encore, foule. Or aujourd’hui, aussi bien en fin de matinée qu’à l’heure du déjeuner ou en début d’après-midi, le fabuleux Palazzo Massimo était presque désert, tout comme dimanche après-midi et soir. Or, franchement, cette célèbre fontaine ne casse pas des briques. Elle a pour elle d’être monumentale, puisqu’elle est aussi grande que le palais contre lequel elle s’appuie. Je crois que sa réputation est en grande partie due au bain en robe du soir qu’y prend Anita Ekberg dans la Dolce Vita de Fellini. Ici, tout le monde se fait photographier le dos à la fontaine, lançant par-dessus son épaule une pièce de monnaie dans le bassin. Ne cédant pas à cette tradition, nous nous sommes contentés de nous asseoir quelques minutes pour croquer des gâteaux secs que nous avions emportés. Nous avons quand même remarqué que l’église qui apparaît dans le dos des touristes, dédiée aux saints Vincent et Anastase, a été construite par le cardinal de Mazarin, selon l’inscription gravée sur son fronton.

 

 

Nous voici arrivés au Palazzo Altemps. Beau bâtiment, organisé autour d’une cour. Je préfère ma photo faite le soir à la lumière artificielle à celle faite à notre arrivée, elle met mieux en valeur les galeries.

 

Il se trouve dans ce musée de très nombreuses sculptures, agréablement présentées de manière aérée, je veux dire dans de grandes et belles salles. Ce n’est pas un entassement d’œuvres d’art accumulées au hasard. Là encore, je ne peux pas tout montrer, d’autant plus qu’à part quelques très belle pièces j’ai été moins séduit que par le Massimo. Ci-contre, j’ai choisi un buste d’Antinous, parce que nous avons visité la Villa Adriana, or on sait qu’Hadrien était homosexuel et qu’Antinous avait suscité chez lui un très grand amour. Lorsqu’il avait été retrouvé noyé en Égypte, l’empereur était resté inconsolable. Alors puisque nous sommes depuis quelques jours entrés dans l’intimité d’Hadrien, je me devais de placer ici Antinous, d’autant plus que je trouve ce marbre très beau.

 

Je me dispense aussi de montrer un Zeus splendide et quelques sculptures représentant des scènes de la mythologie.

 

 

De même, je ne montre pas cette belle représentation d’Électre adulte avec son frère Oreste encore enfant, plus petit qu’elle. Mais je place ici ce gros plan de la main de la grande sœur sur le bras de son petit frère. C’est lui qui, plus tard, l’aidera à venger son père, et je trouve qu’on voit dans ce geste à la fois de la tendresse et de la confiance, en plus du beau dessin de la main.

 

 

Le palais lui-même est très intéressant. Peintures murales, fresques aux plafonds, grandes cheminées sculptées, et aussi cette chapelle toute décorée de fresques.

 

 

Certaines représentations me rappellent une anecdote. La peinture impressionniste a beau vouloir reproduire des "impressions" plutôt que la réalité photographique, elle s’est attachée à ce que les tableaux, à travers ces impressions, évoquent une réalité. Regardant les tableaux de la Renaissance représentant les apôtres, il critiquait sévèrement ces interprétations du Nouveau Testament. Il disait que les apôtres étaient des hommes rudes, des pêcheurs, et qu’ils ne faisaient "sûrement pas ces yeux de merlan frit". Comment ne pas me rappeler ces paroles devant ce saint que je ne sais pas identifier ?

 

Laissons là le saint aux yeux de merlan frit, la chapelle et le Palazzo Altemps. Il est un peu tard, mais nous avons encore le temps de jeter un coup d’œil à la crypte Balbi, qui n’est pas bien loin.

 

Mais en arrivant, nous apprenons que l’on ne peut y descendre seul, il faut attendre la visite dans 45 minutes. En attendant, il y a en étages une exposition d’objets du Moyen-Âge romain. Or c’est assez rare, car qui pense à Rome évoque instantanément l’Antiquité, ou le Vatican et la cité des papes, et l’on fait alors un énorme bond dans le temps pour se retrouver à l’époque de la chapelle Sixtine. Mais entre la chute de l’empire et la Renaissance, rien. Ce musée comble cette lacune.

 

On y voit un fauteuil tout en contre-plaqué sur lequel sont fixés de tout petits fragments d’ivoire. Difficile de se représenter le siège complet à partir de cet objet. Il y a aussi des décorations de harnachement de cheval, dont on peut comprendre la place et l’usage par leur représentation sur un dessin de cheval.

 

Il y a toute une collection de lampes à huile en terre cuite comme celles de l’Antiquité, mais je préfère montrer celle-ci qui est plus particulière, et qui est datée entre le sixième et le huitième siècle.

 

 

 

 

Enfin, nous sommes introduits dans la crypte avec un petit groupe de touristes de langue anglaise. Notre guide n’est pas trop aimable, elle autorise les photos mais sans flash. Pour des peintures, c’est une évidence. Pour des pierres et des briques humides, c’est absurde. DE plus, elle n’est pas capable de donner la moindre explication. Tout ce qu’elle dit, en nous guidant au pas de charge, c’est "Ici, nous sommes du côté de la rue des Botteghe oscure", "là, nous sommes tournés vers la rue parallèle". Passionnant. Alors, nous regardons sans comprendre. Pour ma seconde photo, elle a dit que c’était un égout. Ah bon.

 

Alors, au revoir Crypte Balbi. Nous prenons l’air en faisant un bon bout de chemin à pied vers une station de métro, histoire de voir la ville de nuit. Notamment, nous traversons le Tibre vers l’île par le vieux Ponte Fabricio, puis vers l’autre rive, le Trastevere, par le Ponte Cestio. Et nous le retraversons un peu plus loin parce que notre métro est de l’autre côté. Voilà une journée bien remplie, qui nous a ravis.

 


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