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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 22:56

 

 

 

Aujourd’hui, nous avons décidé de nous éloigner un peu de Rome. Aussi hier au soir sommes-nous partis en direction d’Ostie, pour passer la nuit dans une rue à l’écart de la grand-route, à quelques kilomètres seulement de notre but. Il ne me fait pas plaisir de ne plus avoir vingt ans, mais c’est une consolation que les musées et sites nationaux ou romains municipaux soient gratuits pour les citoyens de l’Union Européenne âgés de 65 ans. J’ai donc, depuis presque quatre mois, le droit d’économiser 6,50€ pour la visite d’Ostie.

 

Ostia, ce port de la Rome antique, est désormais à plus de deux kilomètres de la côte du fait de l’ensablement dû à l’estuaire du Tibre. La station balnéaire du Lido di Ostia est entièrement construite sur ce rivage nouveau. Le port antique, né au quatrième siècle avant Jésus-Christ, a commencé à décliner au quatrième siècle de notre ère quand Rome, qui justifiait son activité, a elle-même décliné, sans compter la malaria qui a décimé sa population. Mais pendant ses huit siècles d’activité Ostia a été une ville importante, comptant jusqu’à cent mille habitants sous l’empire. Certains hauts bâtiments étaient connus depuis toujours, au dix-neuvième siècle le poète polonais Mickiewicz a visité Ostia avec une amie russe installée à Rome (dixit Natacha), mais c’est à partir de 1909 que des fouilles systématiques ont été entreprises –et continuent–, mettant au jour des quartiers entiers. Hélas, au cours des siècles, bien des choses ont disparu, jusqu’aux matériaux utilisés pour la construction.

 

 

Les trois photos ci-dessus représentent des mosaïques des thermes de Neptune, sur les sols des bassins. Il s’agit des noces du dieu de la mer, Neptune, avec Amphitrite. Vue d’ensemble de l’une des mosaïques, détail du visage de Neptune sur une autre mosaïque, puis sur le sol de la palestre deux athlètes luttant. Plus loin se trouve, à l’angle de la grand-rue et d’une rue latérale, la taverne d’un certain Fortunatus. La mosaïque du sol est assez dégradée, de sorte qu’il est un peu difficile de déchiffrer ce qui y est inscrit, de plus elle est incomplète et pour la compléter je dois me fier à ce que disent les archéologues qui en ont retrouvé des morceaux épars, et enfin du fait des jeux du soleil ma photo est mauvaise. Mais parce que je la trouve amusante et qu’elle est le reflet de la vie, je ne peux me dispenser de la présenter dans mon blog. Elle dit : "Dicit Fortunatus vinum cratera quod sitis bibe" [Fortunatus dit : au cratère, bois du vin à la mesure de ta soif].

 

 

 

Le théâtre est assez bien conservé. Ci-dessus, ces masques de pierre décoraient, paraît-il, la façade côté rue, mais comme leurs supports ont disparu ils ont été replacés sur ces bases de colonnes, ce qui les rend plus accessibles à la vue pour les touristes. Je les trouve impressionnants. L’autre photo, ci-contre, a été prise depuis le temple de Cérès, derrière la scène, au milieu de la place des Corporations. Cette vaste place qui entourait le temple était bordée de portiques où 70 corporations étaient représentées. Ces corporations étaient celles de métiers de divers pays. Le Guide Vert Michelin dit qu’il y en avait d’Arles et de Narbonne. J’ai donc fait le tour de la place, déchiffrant consciencieusement toutes les inscriptions, en vain. J’aurais pourtant tellement aimé mettre ici la photo du nom gravé dans la pierre ou rédigé en mosaïque d’une de nos villes françaises…

 

 

 

Au musée, les photos sont interdites. Tant pis. Il s’y trouve pourtant quelques statues intéressantes, par exemple Mithra et un taureau, le culte de cette divinité d’origine orientale étant très fortement implanté à Ostia. Mais devant le mur du musée, je note deux choses. D’une part, plusieurs sarcophages, dont celui-ci, ci-dessus, qui représente un petit garçon, à gauche il est en vie et défend sa grappe de raisin contre un oiseau, à droite je ne sais si l’on doit interpréter qu’il dort ou qu’il est mort. C’est de toute façon émouvant. D’autre part, de grands panneaux, rédigés les uns en italien, d’autres en espagnol, d’autres enfin en français, font état de recherches conjointes sur les problèmes d’adduction et d’évacuation de l’eau par l’université de Rome sur le site d’Ostie, par l’université se Séville sur le site d’Italica et par l’École Française de Rome sur un site du département de la Vienne, Saint-Romain-en-Gal.

 

À côté, les restes d’une petite synagogue et, dans ce qui devait être un magasin, de grandes jarres partiellement enterrées qui avaient contenu des réserves d’huile d’olive.

 

 

 

Poursuivant notre chemin sur le Decumanus Maximus, ou rue principale, nous arrivons à l’échoppe de poissonnier ci-dessus. On aperçoit, au-delà du pied de la table, une seconde mosaïque représentant un dauphin. C’est cette mosaïque que je montre ci-contre en gros plan. Son inscription est plus lisible que celle de la taverne de Fortunatus dont je parlais tout à l’heure, et je la trouve encore plus savoureuse. Sans doute en guerre contre un concurrent situé en face ou contre le tenancier de la taverne à côté, le poissonnier a fait inscrire "Inbide calco te" [Envieux, je te marche dessus]. Excellent, non ?

 

Des temples, le forum, d’autres thermes, des "insulae" (immeubles d’appartements), une cité-jardin, on n’en finit pas de se plonger dans la vie quotidienne des Romains de l’Antiquité. Et je n’en finirais pas de placer des photos. Je vais donc m’arrêter là, non sans avoir quand même ajouté (ci-dessous) la basilique chrétienne, édifiée là dans la seconde moitié du quatrième siècle, quand cette religion a pu s’implanter officiellement grâce à l’édit de Milan (313) promulgué par l’empereur Constantin assurant la liberté de culte, puis grâce à la conversion de l’empereur qui, au terme de son cheminement, s’est fait baptiser sur son lit de mort, en 337, ses successeurs étant eux-mêmes chrétiens.

 

 


C’est après cette visite que, chassés par les coups de sifflet impératifs d’un gardien impatient de fermer le site à 17 heures précises, nous sommes rentrés sur Rome, et avons passé la nuit sur un petit parking d’une zone résidentielle, dont nous avions sauvegardé les coordonnées dans le GPS après y avoir passé au calme la nuit du 6 au 7.

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Published by Thierry Jamard
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 22:28

 

Si, depuis quelques jours, je n’ai pas publié de blog, ce n’est pas, comme précédemment, pour des problèmes de connexion Internet : j’ai rattrapé mon retard, j’ai mis à jour ce que j’avais à raconter. Mais ces derniers jours, depuis que nous sommes arrivés à Rome, c’est la première fois depuis notre départ que, vraiment, nous pouvons arrêter notre course, nous poser et nous livrer à des activités domestiques. Entre autres, nous avons passé des heures et des heures au Mac Do situé dans la zone commerciale près du métro Anagnina (sortie 22 du Grande Raccordo Anulare, le G.R.A., au sud de Rome), pour enfin nous consacrer à Internet. Ici, nous avons des prises électriques qui nous permettent de ne pas nous limiter à l’autonomie de nos batteries, et surtout un comptoir bar où l’on peut obtenir du café dans des tasses de faïence et déguster de vrais gâteaux de pâtissier, pas mauvais du tout. Et une mention pour le personnel, très sympa.

 


Mais nous ne sommes pas à Rome pour cela, aussi aujourd’hui sommes-nous partis de notre parking de nuit, situé au nord de Rome, très loin de ce McDo, près du Ministero degli Affari Esterni, le Ministère des Affaires Étrangères, un secteur créé ou remodelé par Mussolini, pour prendre un bus puis un métro vers le centre, piazza del Popolo (ci-dessus), dont l’obélisque vient de Hiérapolis en Égypte, rapportée par Jules César dans ses bagages. Ne prenant jamais l’avion, il n’était pas limité en poids. Nous sommes entrés dans l’église Santa Maria del Popolo (ci-contre, l’une des chapelles latérales), couverte de fresques (encore !) et de tableaux.

 


 

 

Une anecdote au sujet de la construction de cette église. Là se trouvait la tombe de Néron, cet empereur coupable de multiples assassinats dans sa propre famille (sa mère Agrippine, sa femme Octavie, deux autres proches…), et –disait-on– de l’incendie de Rome en 64 de notre ère (à la suite de quoi, pour se disculper d’avoir voulu dégager le terrain pour construire sa villa dorée, il avait cherché des coupables et avait accusé les chrétiens, commençant avec les persécutions, dont la condamnation à mort de saint Paul). La chronique dit que sur sa tombe avait été planté un noyer. Or à Rome, là sur ce qui deviendra la Piazza del Popolo, poussait un noyer, et les nuées de noirs corbeaux qui y nichaient étaient interprétées comme les métamorphoses des démons néroniens. Aussi les habitants du quartier étaient-ils effrayés. Le pape Pascal II s’arma d’une hache et abattit lui-même le noyer (un bas-relief à l’entrée du chœur le représente), jeta dans le Tibre les ossements trouvés dans la tombe, puis fit édifier sur l’emplacement de la tombe une chapelle transformée par la suite en cette grande église.

 

Parmi les œuvres que l’on peut voir ici, j’ai remarqué en particulier, dans une chapelle sur la droite, cette Nativité par Pinturicchio (au-dessus) et surtout cette crucifixion de saint Pierre (ci-dessus), par le Caravage. Le jeu des ombres et des lumières, le travail des bourreaux, le visage de saint Pierre, tout cela est impressionnant. Ce n’est d’ailleurs pas une scène qui semble spécialement inspirée d’une intention religieuse, mais plutôt d’une description réaliste et dramatique.

 


 

 

Nous avons ensuite suivi la via del Corso, rue étroite mais élégante, que les dames de qualité se devaient d’arpenter au dix-huitième siècle si elles voulaient être à la mode. Ensuite, nous avons obliqué vers la Piazza di Spagna, la place d’Espagne, qui a pris ce nom lorsque le royaume d’Espagne y a placé son ambassade. Il paraît qu’il ne faisait pas bon pour un homme, à l’époque, de s’y promener la nuit, parce qu’il était sûr de s’y faire enlever pour être enrôlé de force dans l’armée espagnole. Ci-dessus, l’église de la Trinité (la chiesa della Trinità) et le monastère voisin, appartenaient à la France (l’église est encore française). Or elle se trouve au haut du célèbre escalier qui débouche sur la piazza di Spagna. Aussi, un coin de cette place a-t-elle été appelée Piazza di Francia pour que les Français puissent la traverser sans être considérés comme empiétant sur le territoire espagnol.

 


Aujourd’hui, pour fêter le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, un concert public a été donné en bas, Piazza di Spagna –excellent–, puis sur un large écran placé en haut des escaliers, a été donné un film documentaire, excellent lui aussi, racontant l’histoire de la construction du mur, les victimes des tentatives de franchissement, mais aussi les succès et les moyens employés, puis la destruction du mur, et donnant toutes sortes d’informations sur la Stasi, la police politique. Et tout cela avec des images de l’époque.

 

 

C’était évidemment émouvant, marquant, et de plus, parce que cela a été le point de départ de l’émancipation de tous les pays de l’est et que cela a abouti finalement à l’explosion de l’Union Soviétique, cela a eu un retentissement capital pour la vie de Natacha. À l’aspect historique et humain s’ajoute donc pour nous un aspect personnel. Je n’ai regretté que deux choses. La première, c’est que ce film, certes sur Berlin et les deux Allemagne, ne dise pas un mot à la fin sur le fait que ce n’était pas un cas isolé, mais que cela concernait bien d’autres pays qui, quoique pas eux-mêmes coupés en deux, étaient isolés du reste du monde, et qu’eux aussi ont été libérés dans les mois qui ont suivi. Et mon deuxième regret est pédagogique. Hé oui, c’est une déformation professionnelle. C’est bien de montrer les exactions du passé, mais il ne faut pas les considérer comme un passé révolu. Et de nos jours, le mur de Berlin, le mur de la honte, s’est déplacé mais il existe encore. Quiconque me connaît sait qu’il n’y a pas en moi un milligramme d’antisémitisme, mais être contre la politique d’Israël n’est pas être contre les Juifs, comme j’ai pu condamner la politique de Pinochet et aimer les Chiliens, comme je ne confonds jamais les Allemands et les Nazis, les Espagnols et les Franquistes, etc. Et l’État d’Israël a construit un mur, et le maintient, pour isoler les Palestiniens. J’aurais aimé voir ce film l’évoquer. Mais cela ne l’empêche pas d’être excellent.

 


 

 

Après la fin du film, nous avons pris le métro vers le Colisée. Nous nous sommes promis d’y retourner de jour, et aussi de visiter le forum, mais nous avions envie de le voir de nuit. C’est impressionnant, ce gigantisme. Devant lui était placée une grande affiche représentant une tête de l’empereur Vespasien (celui des vespasiennes, de la taxe sur leur utilisation, et de "l’argent n’a pas d’odeur", qui l’a fait construire mais qui n’a pas vécu assez longtemps pour l’inaugurer, inauguration qui a coûté la vie à 4000 gladiateurs…), avec son titre, "le divin Vespasien", puisque les empereurs étaient des dieux, honorés comme tels dans des temples.

 


Comme je viens de le dire, à cette heure (vers 21h) il ne pouvait être question de visiter le forum. Mais d’en bas, entre le Colisée et l’arc de Constantin, on peut pénétrer dans l’allée (réservée à la sortie des visiteurs) et apercevoir ces colonnes (ci-dessous). Il avait plu depuis le matin, la pluie s’est heureusement arrêtée une heure ou deux avant le concert et n’a pas repris, ni pendant le concert, ni pendant le film, et ici les colonnes se détachent sur un ciel où courent encore quelques nuages. C’est curieux, elles donnent l’impression de cheminées d’usines dans un complexe industriel. Peut-être ne devrais-je pas tenir ce genre de propos iconoclastes…

 

 

 

Notre petit tour terminé, nous sommes rentrés. Après 22h nous ne craignions pas de ne plus avoir de métro, mais entre l’endroit où nous quittons le métro pour prendre le bus et le parking où nous avons laissé le camping-car il y a plusieurs kilomètres et nous pensions que le service de bus pouvait s’arrêter plus tôt. Cette distance est faisable à pied, mais nous n’avions pas dîné et préférions nous assurer d’un retour motorisé. Ainsi s’est donc terminée notre journée.

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Published by Thierry Jamard
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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 22:37

Arrivant de Viterbo hier soir, nous avons trouvé commode de nous installer sur le parking de la gare de Tarquinia, d’abord à un endroit où nous pouvions faire tourner notre bruyant groupe électrogène sans déranger personne, puis pour la nuit à l'autre bout, là où garés en long près d’un trottoir nous ne risquions pas de gêner la circulation des nombreuses voitures de voyageurs (à 80 ou 90 kilomètres de Rome, sans doute bien des gens travaillant à la capitale y résident-ils), alors qu’en épi notre engin dépasse largement sur la voie.

 

Quand, ce matin, nous nous sommes rendus sur les lieux de cette célèbre nécropole étrusque, sur une colline en face de la ville, comptant y contempler les peintures murales, admirables à la fois pour leur beauté plastique et pour ce qu’elles révèlent de la vie quotidienne des Étrusques, quelle n’a pas été notre déception de nous entendre dire qu’il faudrait revenir le lendemain. Nous n’allions pas passer la journée à ne rien faire dans ce bled, nous sommes donc partis vers Rome bien tristes et frustrés.

 

En chemin, nous sommes sortis de la grand-route à Cività Vecchia, port sans grand intérêt, et nous avons suivi la côte jusqu’à ce que, sur la commune de Santa Severa, nous trouvions une promenade accueillante en bordure de mer, et particulièrement calme puisque se terminant en impasse. Nous y avons mis le groupe électrogène un peu loin pour qu’il ne nous gêne pas, ni les voisins puisqu’il n’y en avait pas… Cela nous a permis de cuisiner normalement et confortablement et de déjeuner avec vue directe sur la mer. Il n’a pas plu, mais le vent était particulièrement violent, soulevant de belles vagues. À l’abri de notre maison roulante, nous sommes restés là tout l’après-midi, sortant de loin en loin faire une petite balade sur la plage déserte, tant l’endroit était agréable. Tâtée du bout des doigts, la mer n’était pas froide du tout. Il était près de sept heures du soir quand j’ai proposé à Natacha que nous allions nous baigner. Idée qui ne l’a pas enchantée. Parce que d’une part je n’avais pas envie de me baigner seul, parce que d’autre part notre réserve d’eau douce aurait été insuffisante pour rincer mon eau salée après mon bain, pour nos ablutions du soir, pour la vaisselle et pour nos douches du lendemain, j’ai renoncé à cette idée.

 


 


Mais je montre une photo de ce que, de là où nous étions, nous pouvions voir, et en particulier ce coucher de soleil qui a enflammé le ciel. Après cela, il ne nous restait plus qu’à poursuivre notre route vers Rome. Dans l’espoir de trouver une aire où nous pourrions compléter notre réserve d’eau, nous sommes partis vers divers lieux touristiques, accumulant les kilomètres sans résultat. Finalement, c’est sur le parking d’une station-service que nous avons passé la nuit. Cette station-service Esso est située sur ce qui s’appelle le Grande Raccordo Anulare, une autoroute qui ceinture la ville d’assez loin, un peu comme la A86 à Paris, notre Boulevard Périphérique étant à Rome (et dans bien des villes) la Tangenziale. Sur la plupart des panneaux indicateurs, cette autoroute circulaire est appelée par ses initiales, G.R.A., ce qui est assez obscur pour le touriste non averti.

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Published by Thierry Jamard
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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 22:18

 

Notre visite d’aujourd’hui a porté sur Viterbo. C’est, encore une fois, une ville ancienne entourée de hauts remparts, avec tout un tas de petites ruelles, de vieilles églises, de vieilles maisons, de fontaines, etc. Elle était déjà une cité importante au temps des Étrusques. Même si nous n’y avons effectué aucune visite de musée ni même d’église, nous avons eu plaisir à marcher dans les rues toute la journée. Ci-dessus, la casa Poscia date du quatorzième siècle.

 

 


 

 

Et puis lorsqu’on arrive sur la piazza San Lorenzo, c’est l’apothéose. Non seulement la cathédrale (ci-contre) qui date de 1192 est flanquée d’un campanile gothique dont la base est sévère mais dont la moitié supérieure est percée de fenêtres en ogive et construite en "tranches" de couleurs alternées, mais surtout (ci-dessus, les deux photos) il s’y trouve le palazzo dei Papi, le palais des Papes, qui date du treizième siècle. D’après mon guide Michelin, c’est "l’un des plus intéressants édifices de l’architecture civile du Moyen Âge dans le Latium". À le contempler, je suis tout prêt à croire Bibendum.

Sur cette même place il y a aussi une intéressante fontaine, et de l'autre côté, près du portique que l'on voit ici éclairé, une maison bâtie sur un soubassement d’énormes blocs de pierre. C’est une construction du treizième siècle qui a utilisé à une hauteur d’environ 1,50 mètre les fondations d’un bâtiment étrusque.


J'ajouterai encore que l'on peut descendre sous cette arche du palais des papes, et que de là on a une vue superbe. Cette piazza San Lorenzo, sans voitures, sans touristes en cette saison et à cette heure, est réellement comme au Moyen Âge. 




 

Plus loin, nous passons sur la piazza della Morte, elle aussi ornée d’une fontaine où Natacha s’est rafraîchi les mains. Quand je dis qu’elle s’est rafraîchie, c’est une façon de parler car s’il est loin de faire froid pour la saison on ne transpire quand même pas, surtout lorsque le soleil est couché et que la nuit est tombée. Disons qu’elle est allée tâter l’eau et que j’en ai profité pour shooter. Le nom de la place vient du fait que le monastère qui borde l’un de ses côtés et dont la partie la plus ancienne remonte à 1107 a été occupé, à partir de la moitié du seizième siècle, par la Confrérie de la prière et de la mort. Seule la dernière partie du nom de la confrérie est entrée dans la toponymie.

 

Parmi les autres curiosités qui ont retenu notre attention, l’église ci-contre, chiesa di Santa Maria Nuova. Elle a été reconstruite au douzième siècle en style roman, à l’emplacement d’une construction préexistante dont il est fait mention en 1080. Ce qui a donné à cette église antérieure une existence particulièrement brève. La notice explicative apposée dans la rue, et qui est pourtant très prolixe, décrivant par exemple l’influence lombarde dans l’architecture, ne dit rien des raisons de cette durée éphémère. Peut-être l’église a-t-elle brûlé, ce qui était fréquent à cette époque, surtout lorsqu'il y avait une charpente de bois et non une voûte de pierre, peut-être aussi s’est-elle effondrée, comme cela s’est produit plusieurs fois à Beauvais, peut-être tout simplement le style a-t-il été modifié par une refonte des façades sans pour autant détruire l’édifice précédent. D'ailleurs, c'est ce qui a été fait quelques siècles plus tard, lorsque les ouvertures ont été agrandies.

 

Toujours est-il que j’ai été frappé par cette chaire en plein air, plaquée sur l’extérieur du mur, à l’angle de deux rues. Elle date du treizième siècle, et a été marquée par les prédications de saint Thomas d’Aquin. Le texte dit "è ancora visibile il pulpito duecentesco reso celebre dalle predicazioni di S. Tommaso d’Aquino".


 
En fin de journée, nous sommes retournés au camping-car et nous avons gagné Tarquinia, dans l’intention de visiter demain la nécropole étrusque située aux portes de cette ville.

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:55

 

 

Notre grand parking avec électricité et sanitaires était très bien placé. Quelques pas et, à son extrémité, la gare. On traverse la gare, et on débouche sur le funiculaire qui, pour un Euro la course, nous emmène tout là-haut, en ville. Et de plus, le billet est encore valide un quart d’heure pour prendre le bus qui nous emmène (à une allure folle, fonçant à 70 kilomètres à l’heure dans une rue sans trottoirs si étroite qu’il n’y a pas vingt centimètres de chaque côté entre le bus et le mur des maisons. Et si quelqu’un sortait à l’improviste ? Et si un touriste, sans méfiance, débouchait à l’angle ? Aucun doute, il n’y a pas de place pour le bus et le piéton. Alors, puisqu’il ne pourrait pas piler sur place… Sans compter que, plus tard dans la journée, j’ai vu une voiture s’aventurer là en sens interdit, à toute allure aussi bien entendu.

 

Toujours est-il que nous débarquons sur la grande place, face à la cathédrale. La façade de ce Duomo est, paraît-il, la plus riche de tout le gothique italien. Et quand on voit la multiplicité des statues de marbre ou de bronze, des sculptures en bas-relief, des mosaïques de couleurs, les colonnades, la rosace inscrite dans un carré, etc., on est en effet convaincu qu’il est impossible de faire plus orné et plus coloré.

 

 


 


 

 

Le flanc, au contraire, est massif, nu, sa seule décoration tient à l’alternance des pierres noires et blanches, comme un mille feuilles. Les photos que j’en montre ici représentent, outre la façade et le flanc (ça, c’est assez explicite), la grande rosace centrale, le lion de saint Marc (sur ma première photo, on distingue ces bronzes des quatre évangélistes, sur les piliers à chaque extrémité et de part et d’autre du portail central), des bas-reliefs représentant Dieu en chirurgien, ouvrant le flanc d’Adam endormi, puis en extrayant Ève sous le regard de deux anges (ces sculptures innombrables recouvrent les piliers, sous les bronzes des évangélistes), et enfin deux anges de bronze constituant les poignées du portail central. La raie noire verticale entre eux ne provient pas d’un montage de deux photos, mais c’est la jonction entre les deux vantaux.

 

À l’intérieur, le plus intéressant, ce sont les fresques de l’Apocalypse, commencées en 1447 par Fra Angelico et Gozzoli (excusez du peu), et finies de 1499 à 1504 par Signorelli. Mais pour y accéder, dans une chapelle sur la droite, et sous l’œil vigilant d’un cerbère qui veille à ce qu’on ne les vole pas sur support magnétique (ni argentique), il faut prendre un billet groupé avec d’autres musées. En avant. Mais je ne peux évidemment pas en montrer de photos.

 

L’une des visites groupées est constituée par le Palazzo dei Papi. Oh, la belle statue de la Vierge ! Je la prends en photo, et voilà que se rue sur moi, telle une furie, un garde qui me dit m’avoir vu, sur son écran de contrôle, prendre une photo dans ce musée. C’est interdit ici aussi. La police peut saisir ma carte mémoire. Il veut que j’efface immédiatement la photo. Et tout cela avec un visage haineux, un ton de chien enragé, comme si l’on venait de tenter de l’assassiner. Pas de photo là non plus, donc, ni dans les autres musées pourtant intéressants. Nous revenons à pied jusqu’à la gare du funiculaire, à la fois pour ne pas poireauter à l’arrêt de bus, pour prendre un peu l’air et nous dégourdir les jambes, et pour voir la ville.

 

Ensuite, nous partons vers Viterbo, que nous visiterons demain.

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:38

 

 

Aujourd’hui, après une nuit passée à proximité, nous sommes à Spoleto. Les guides nous disent de voir la cathédrale, alors nous allons la voir (elle donne sur la sympathique place ci-dessus). Mais elle est fermée jusqu’au début de l’après-midi. Il fait beau, il fait bon, nous faisons un petit tour et puis nous paressons, tels des lézards, au soleil sur la place.

 

Nous ne regrettons pas d’avoir patienté. L’intérieur de la cathédrale recèle une foule de choses intéressantes. Il est aussi à noter que c’est là qu’en 1232 le pape Grégoire IX a prononcé la canonisation de saint Antoine de Padoue. Je ne montre pas la statue du saint, qui est peut-être ancienne, peut-être récente, mais qui me donne l’impression d’être une de ces horreurs en plâtre que l’on voit partout. En l’absence d’écriteau informatif, je ne l’ai pas photographiée. Je vais donc commencer ici avec une chapelle à gauche, où se trouvent ces hauts-reliefs d’un tabernacle. On y reconnaît, bien sûr, une Nativité. Ces sculptures datent de 1545-1554.

 

 

Filippo Lippi qui, je le disais dans une page de mon blog il y a déjà un certain temps mais je ne sais plus dans quelle ville c’était, a eu les honneurs à Paris d’une exposition au musée du Luxembourg, a vécu et est mort à Spoleto. Il est enterré dans cette cathédrale, qu’il a très abondamment décorée de fresques, entre 1467 et 1469. Décidément, partout où nous passons, il y a des fresques, encore des fresques, toujours des fresques. Je n’en peux plus de les décrire. Toutes sont plus belles les unes que les autres. Ci-dessus et ci-contre, parmi toutes les scènes qui racontent l’histoire de Marie, l’Annonciation, et le détail du visage de la Vierge. C’est peint sur la voûte du chœur, on se tord le cou, on plisse les yeux pour bien voir, et finalement on perd les détails, qui n’apparaissent que sur la photo au téléobjectif. Un conseil pour les futurs visiteurs, se munir de jumelles. Des Annonciations, il y en a partout, par tous les peintres, il serait intéressant d’en faire le sujet d’une exposition pour que l’on puisse voir non seulement les différences de style selon la personnalité de l’artiste, mais aussi l’évolution de l’interprétation du sujet dans le temps. Moi, en tous cas, qui les vois successivement, j’aimerais aussi pouvoir les voir simultanément.

 

 

Encore deux détails de ces fresques de Filippo Lippi. Ci-dessus, l’Enfant Jésus, potelé, grassouillet, prêt à enfoncer son pouce dans sa bouche, est peint avec un réalisme surprenant. Et puis l’histoire de Marie, qui a commencé avec sa mère sainte Anne à sa naissance, se poursuit avec divers épisodes, son couronnement, la Dormition ci-contre, et enfin son Assomption. Dans cette Dormition, elle a la pâleur de la mort, et si l’on reconnaît le visage du jour de l’Annonciation elle est vieillie, changée, et pourtant pas enlaidie. Ces peintres, sur leurs échafaudages, ne pouvaient bien sûr pas avoir leur modèle posant sous leurs yeux, mais je suppose qu’ils ne peignaient pas de mémoire, ils devaient avoir fait des croquis d’après nature, qu’ils emportaient là-haut. S’il en est ainsi, je pense que Lippi a utilisé la même femme pour modèle, et il a su remarquablement la vieillir entre les deux scènes. Je débloque peut-être complètement, mais telles sont mes réflexions. Et de toute façon je reste en admiration devant ces fresques.

 

 


Je retourne à la chapelle dont j’ai montré une délicate sculpture du tabernacle, pour montrer (ci-dessus) une lettre autographe de saint François d’Assise à Frère Léon. Ce Frate Leone est l’un de ses compagnons, son confesseur. Auprès de cette lettre est affichée la transcription de plusieurs lettres et j’avoue ne pas savoir laquelle est celle-ci parce que je suis incapable d’en déchiffrer le graphisme. Par ailleurs, ces lettres sont en latin, et quoique j’aie la prétention d’être encore capable de les comprendre et de les traduire depuis si longtemps que je n’étudie plus le latin et que je ne l’enseigne plus, malgré tout il me faut un certain temps, je ne lis plus (ou pas) le latin aussi couramment que le français (ou que l’espagnol).

 

Dans le bas de l’église, sur la gauche, derrière une vitre, un grand Christ attire l’attention. C’est l’unique œuvre que l’on peut à coup sûr attribuer à Alberto Sozio. Bon, très bien, mais ce Sozio je ne le connaissais pas avant de lire cela, et comme on ne donne pas ses dates je reste aussi bête qu’avant. C’est d’autant plus regrettable (que je reste bête, oui, mais ici je voulais dire "regrettable que l’on ne connaisse pas la date de l’œuvre") qu’il est précisé que cette croix d’autel est l’un des plus anciens crucifix peints sur bois. Les pectoraux et les abdominaux sont très marqués, les deux pieds sont cloués séparément, le visage est calme, ce n’est pas un Christ de douleur. Je le trouve assez oriental, peut-être byzantin, dans la présentation, le graphisme, l’expression. La suite de notre voyage, en Grèce, Bulgarie, etc. qui ont fait partie de l’Empire byzantin, confirmera ou infirmera mon impression. Affaire à suivre.

 

 

 

Laissons là le Duomo. En ville, nous avons vu aussi l’église San Gregorio Maggiore qui date de 1146. Elle était fermée, mais sous le portique qui couvre l’entrée il y a une belle fresque (encore une…) représentant le Massacre des Saints Innocents. Et puis il ne faut pas oublier que Spoleto est une ville très ancienne qui a un passé dans l’Antiquité. On peut entre autres vestiges y voir un théâtre romain. Il n’est pas merveilleusement bien conservé, il ne vaut pas celui d’Orange, mais pour qui, comme nous, passe par Spoleto, il mérite un coup d’œil.

 

Il y avait encore dans notre programme la ville de Todi, enfermée dans trois enceintes concentriques, une étrusque, une romaine et une médiévale. Mais comme on ne peut pas tout voir, nous préférons profiter encore un peu de Spoleto, faire l’impasse sur Todi et nous rendre à Orvieto, à pied d’œuvre pour les visites de demain.

 

Arrivant à Orvieto, nous suivons les flèches qui indiquent le parking réservé aux camping-cars. Là, on vous réclame 18 Euros pour 24 heures, mais on vous offre, pour le prix, une connexion électrique et les sanitaires. Nous nous y installons pour la nuit.

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:25

 

 

Assise est toute proche de Pérouse. Heureusement, parce que ce matin nous avons dû revenir à Pérouse. En effet, hier soir j’ai voulu mettre du gazole, mais toutes les pompes (sauf sur autoroute) sont accessibles en libre service avec des billets de banque, ma carte de crédit n’étant pas acceptée. Je donne 50 euros à la machine. Elle avale mon billet, affiche un crédit de 50 Euros à la pompe n° 3 que j’ai sélectionnée, mais après rien ne se passe. Une automobiliste complaisante qui parle anglais, nous sauve. Il faut aller chercher un ticket que la machine accepte de cracher. Sur le ticket, il est dit qu’il n’y a plus de gazole et que nous serons remboursés en échange de ce ticket, en nous présentant le lendemain entre 7h et midi. Charmant. Et si nous devions nous trouver le lendemain à 500 kilomètres pour un mariage à 10h, nous aurions perdu nos sous ? Bref, cela nous a retardés, mais nous ne sommes pas tombés en panne de carburant et en avons reçu pour notre argent. Sur ce, nous sommes allés à Assise. Ci-dessus, on voit l’immense basilique San Francesco sur la gauche de la photo. Ci-contre, le parvis de l’église basse. En effet, elle est construite comme deux églises superposées, un peu à la manière de la Sainte Chapelle de Paris (mais en gigantesque).

 

En haut, il y a également un parvis qui débouche sur de petites rues anciennes, et de l’autre côté, c’est-à-dire côté chœur, se trouve le cloître ci-contre. Dans la basilique haute comme dans la basilique basse, il y a des fresques magnifiques des treizième et quatorzième siècles, et aussi des gardes qui pourchassent les photographes. Giotto, Maso, Lorenzetti, Cimabue, tous ces grands noms réunis là, en haut comme en bas. Sans doute la loi italienne maintient-elle les droits sur la création artistiques pendant mille ans et les héritiers de Giotto et consorts sont-ils intéressés à la reproduction de leurs œuvres ? Plus sérieusement, je trouve choquant idéologiquement que dans cette église qui n’est pas transformée en musée et reste ouverte au culte l’accès aux offices soit réservé aux ressortissants du diocèse. Mais c’est ainsi.

 
Par ailleurs, en descendant des marches à partir de la basilique inférieure, on accède à une chapelle qui n’est pas à proprement parler une crypte, au bout de laquelle se trouve, en lieu et place de l’autel, une sorte de rond-point avec au centre une construction dans laquelle est le tombeau de saint François. La dévotion des gens les amène parfois à s’agenouiller et prier simplement, d’autres s’accrochent à la grille et s’y frappent le front, d’autres encore lancent des exclamations bruyantes, immédiatement rappelés à l’ordre par des haut-parleurs ("Silence, s’il vous plaît"), d’autres enfin viennent observer le spectacle et tenter de prendre des photos mais se font immédiatement harponner par un garde.

 

Et puis, à l’entrée basse, à l’entrée haute et au tombeau de saint François, dans chacun de ces points stratégiques, est placé un kiosque avec un prêtre, qui jette sur les images, livres, médailles que vous avez achetés aux marchands du temple, une bénédiction accompagnée d’un coup de goupillon (je n’ai pas vu si le goupillon était sec, ou inondait les images), et cela moyennant finance. Je n’ai pas demandé s’il était possible d’acheter aussi des indulgences. Mais que tout cela est choquant ! Ou plutôt je dois être trop rigoriste, ou trop idéaliste, parce que des milliers de personnes défilent ici et trouvent tout cela parfaitement normal.

 
Par ailleurs, cette ville ancienne aux ruelles étroites est transformée, comme tant de lieux touristiques, et en toute première place le Mont Saint-Michel, en un immense piège à touristes, bourré de boutiques où l’on vend des T-shirts Saint-François, des magnets, des assiettes souvenir d’Assise, toutes sortes d’objets plus kitsch les uns que les autres. Ici, je mets une photo prise dans la devanture de l’une de ces boutiques. Le bibelot de gauche dit "Frère Gigino conseille du porcelet et du vin" et celui de droite "Le jeûne (les régimes), les frères s’y mettent demain".

 

Peut-être ai-je (très légèrement) laissé transparaître que je n’avais pas été enthousiasmé par Assise, sa basilique et l’ambiance Disney World de la ville, même si je suis longtemps resté en contemplation admirative devant ces fresques dont je n’ai pas été autorisé à emporter un souvenir photographique. Natacha aussi a admiré les fresques, puis est repartie avec un avis plus que mitigé sur l’ambiance locale.

 
Nous sommes partis vers Spello, une petite ville toute proche, qui a gardé toute son authenticité. La boutique où nous avons acheté notre pain quotidien n’est pas faite pour les touristes, on vous y sert avec le sourire, en prenant son temps pour vous faire choisir le genre de pain que vous désirez, même si déambulent dans les rues nombre de touristes. Nous voyons une église ancienne, Sant’Andrea (qui remonte à 1025), nous entrons, apercevons dans le fond une peinture qui semble intéressante. Un vieux prêtre passe par là, nous dit d’attendre, disparaît dans la sacristie et allume les lumières sur le tableau. C’est un Pinturicchio. On prend les photos que l’on veut. Ma photo ci-contre est sombre, mais ce n’est pas sa faute, c’est moi qui ai mal réglé. Je la mets quand même en hommage à sa gentillesse (et aussi parce qu’elle me plaît). Il y a aussi au-dessus du maître autel un grand crucifix de Giotto.

 

Plus loin, l’église Santa Maria Maggiore est encore ouverte et allumée. Là aussi, on peut voir tout plein de fresques sur les murs et la voûte, et les photographier à loisir. Ici à gauche, une Nativité par Pinturicchio. Ailleurs, c’est le Pérugin. Magnifique. Ce n’est pas aussi riche qu’Assise, loin de là, mais on y sent plus de foi, plus de sincérité. C’est plus authentique.

 
Spello nous a réconciliés avec cette journée. Nous nous attardons un peu, puis partons pour un endroit calme dans une banlieue de Spoleto, proche elle aussi (il n’y a que 35 kilomètres entre Spello et Spoleto), pour être à pied d’œuvre pour les visites de demain.

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 23:02

Ayant passé la nuit à Pérouse, et envisageant d’y passer une seconde nuit, nous consacrons notre matinée de jeudi à des courses dans un supermarché découvert au hasard de recherches d’une laverie libre-service parce que le linge sale s’accumule et parce que le linge propre risque de manquer à court terme si nous ne voulons pas nous résoudre à porter deux fois la même chose. Nous repartons vers le camping-car chargés comme des mulets de nos achats et en repartons tout aussi chargés de notre linge à laver. Quant à l’après-midi, parce que nous avons épuisé nos batteries d’ordinateur et comptons bien retourner au McDo le soir, nous le passons sur une petite route de campagne, loin de tout, à faire tourner notre groupe électrogène sans risquer de déranger le voisinage (autre que campagnols et asticots), et je peux rédiger mon blog pour les deux dernières journées.

 

Si l’on intercale un déjeuner entre la lessive et l’escapade champêtre et bruyante, si l’on ajoute au bout un dîner et un séjour Internet au McDo, on a une journée de jeudi remplie, mais sans activité de découverte. En fait, quelle est notre situation ? Comment s’appelle-t-elle ? Si nous sommes touristes professionnels, nous avons droit à un jour de congé par semaine et un maximum de 35 heures par semaine. Nous faisons bien plus. Si je suis un retraité parti faire du tourisme, j’ai le droit –le devoir– de rester "à la maison" une grande partie de mon temps. Par conséquent, ce jeudi, journée "off".

 

 

Vendredi. Aujourd’hui nous allons visiter Pérouse. Le parking est en bas, dans la vallée, et la ville, comme la plupart de celles que nous avons visitées dans les alentours, est perchée sur la colline. Et pas question de tenter d’y aller avec notre véhicule. Nous nous armons donc de courage et entreprenons l’ascension. Du courage, il en faut, non seulement pour grimper les rues abruptes, mais pour affronter les conducteurs italiens, nous qui n’avons pas de trottoirs pour nous protéger. Arrivés là-haut, nous pouvons contempler la ville accrochée à flanc de colline (photo du haut). Puis nous nous rendons à la cathédrale San Lorenzo (ci-dessus), énorme masse sévère. Mais elle est fermée, nous ne verrons pas l’intérieur.

 

 


Devant San Lorenzo, une belle fontaine polygonale en marbre représente toutes sortes de scènes sur chacun de ses côtés. La louve romaine allaitant les jumeaux Romulus et Rémus, ou des travaux des champs, etc. Ici, sur mes photos, c’est un boucher équarrissant un porc, tandis qu’un homme lui apporte une carcasse d’un autre animal, qui tente un chien. Et c’est une illustration de deux fables de La Fontaine –ou plutôt, ici, de Phèdre ou d’Ésope–, le Renard et la cigogne, et le Loup et l’agneau. Je suppose que ces sculptures sont des originaux, mais après avoir vu dans les musées bien des fois des sculptures dont on indique que ce sont les originaux des copies qui ont été mises en place sur les monuments, je commence à avoir des doutes partout. Et ici même, sur l’une des façades du Palais des Prieurs, il y a un énorme aigle et un énorme lion en bronze, et puis quand on entre dans le hall on trouve les mêmes qui sont les originaux. Ce Palazzo dei Priori, c’est lui que je montre ci-contre. Il comporte des administrations publiques, et aux second et troisième étages, la Galleria Nazionale dell’Umbria, le musée national d’Ombrie. Nous l’avons visité avec d’autant plus de plaisir que l’entrée des citoyens européens de plus de 65 ans est gratuite…

 

 

Ci-dessus, un coffre de mariage en peuplier peint et doré qui représente l’histoire de Lucrèce à laquelle Tarquin le Superbe, le dernier roi étrusque de Rome, a fait violence pour la violer. Il date du milieu du quinzième siècle.

 

 

Fra Angelico, celui qui a peint l’Annonciation dont j’ai amplement parlé au sujet de Cortone et qui a peint aussi les cellules du couvent de Florence, est l’auteur de ce tableau datant de 1447-1448, qui raconte la vie de saint Nicolas, trois scènes en une. À gauche, sa naissance, au milieu sa prédication, à droite son miracle. Ici, ce n’est pas un boucher qui tue trois enfants partis glaner, mais un père qui veut prostituer ses trois filles parce qu’il est veuf et pauvre. Il dort sur une chaise, les trois enfants sont dans le même lit, et saint Nicolas jette de l’or par la fenêtre pour les sauver de cette ignominie.

 

 

La sculpture ci-dessus m’a beaucoup plu. Son titre –ce n’est pas original– est la Madone et l’Enfant Jésus, d’Agostino d’Antonio di Duccio, datée de 1457-1461. Le visage de la Vierge est doux, Jésus a une bonne bouille d’enfant, alors que si souvent aux quatorzième ou au quinzième siècle il est représenté avec un visage presque adulte sur un petit corps, et puis il semble être trop conscient de son rôle de Sauveur. Ici, il est souriant, voire rigolard, capable plus tard de changer à Cana l’eau en vin pour que l’on puisse se réjouir. Je ne vois pas pourquoi, hors de ses prédications ou, évidemment, de sa passion, Jésus devrait toujours avoir un air compassé.

 

 

 

Le nom de ce Benedetto Bonfigli, auteur de l’Annonciation (1453), ne me dit rien, je l’avoue à ma grande honte (feinte), et je ne crois pas avoir déjà vu des tableaux de lui, car je m’en souviendrais sûrement. Ses personnages sont si pleins de grâce, si délicats… j’adore. C’est, je crois, le concile de Byzance, qui a dû se séparer au bout de dix ans sans avoir résolu, avec ses discussions... byzantines, le problème de savoir le sexe des anges. Eh bien, je trouve que Gabriel a plutôt l’air d’être une Gabrielle dans ce tableau. Les deux photos ci-dessus représentent l’ensemble, puis le détail du visage de l’archange. Dans le cadre de ce blog, les photos sont trop petites pour que l’on voie bien, mais au premier plan, un homme accompagné d’un bœuf écrit sur un parchemin qui s’enroule sur les cornes de l’animal, et il tient sur ses genoux un livre blanc. Ce ne peut être que saint Luc rédigeant son évangile "sur le vif", comme un reporter d’une agence de presse.

 

 

Les deux images ci-dessus représentent le même san Girolamo, c’est-à-dire saint Jérôme. Salut, p’tit frère (puisque c’est ton patron). Mais je préfère ta tronche par le Perugin "Saint Jérôme pénitent" (1512) à gauche, plutôt que par Pinturicchio "Saint Jérôme en prière dans le désert" (1495-1496) à droite. Sa prière ne le met pas de bonne humeur, semble-t-il. C’est un saint très populaire dans la peinture italienne, on le voit partout. Facile à reconnaître, il a toujours l’un ou plusieurs de ses attributs favoris, le lion, le crâne, la pierre dans la main et un immense galure rouge ridicule. Trois de ses attributs à gauche, quatre à droite, on ne peut pas s’y tromper.

 

Et voilà pour Pérouse. Notre parking servant au marché du samedi matin, il est interdit de 6h à 15h. Comme il n’est pas question que nous mettions le réveil à 5h pour être prêts au départ à temps, nous allons nous installer pour la nuit dans un petit village proche, sur un parking non aménagé, genre petit terrain vague, dans un espace d’entreprises industrielles, en compagnie d’un semi-remorque et d’une camionnette.

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 22:40

 

 

C’est à Montepulciano que nous avons passé la nuit. Nous en repartons un peu tard, parce qu’il a fallu effectuer quelques opérations techniques, comme faire le plein d’eau, rechercher une station service pour remplir le réservoir de notre groupe électrogène, une autre qui nous fournisse un succédané de burette pour y mettre de l’huile car nous ne l’avons pas encore mis en service et nous avons envie d’être autonomes pour recharger les batteries de nos ordinateurs, de nos téléphones, de nos appareils photo, pour utiliser notre four, notre plaque de cuisson à induction, et puis le sèche-cheveux, la cafetière, le presse-agrumes, puisque maintenant nous ne fréquentons plus les campings et leur connexion électrique.

 
Cela fait, nous quittons Montepulciano (photo ci-dessus) et nous rendons à Cortona (photo ci-contre). Nous n’irons pas y voir la prétendue tombe de Pytrhagore. En effet, Pythagore a vécu et est en Calabre, le "pied" de la "botte" italienne, sa ville étant Crotona (Crotone). Du fait de la ressemblance des noms de Cortona et Crotona, une tombe étrusque du quatrième siècle avant Jésus-Christ (pourtant Pythagore a vécu au sixième siècle) a été identifiée, il y a très longtemps déjà, comme celle du mathématicien. Voilà pourquoi nous ne nous y rendrons pas.

 


 

 

En revanche, nous avons aimé déambuler dans les rues de la vieille ville où est né Signorelli dont nous avons admiré les fresques dans plusieurs villes, et qui s’est tué accidentellement en tombant de l’échafaudage sur lequel il était monté pour décorer une villa privée, près de Cortone. De la ville aussi, l’architecte Boccador ("Bouche d’Or", ainsi surnommé pour la blondeur de ses moustaches) que François 1er a installé en France à 25 ans et qui a notamment construit l’Hôtel de Ville de Paris. Nous avons aussi fait un tout à la cathédrale (ci-dessus), intéressante, mais surtout, juste en face, nous avons visité le Musée Diocésain.

 
Ce musée qui ferme tard, à 19h, nous a permis de rester longtemps devant certaines œuvres, comme le tableau ci-contre peint en 1512 par ce Luca Signorelli dont je parlais à l’instant. Il s’agit de la Communion des Apôtres. Je ne connaissais pas cette représentation symbolique de la Cène. Mais j’ai choisi de montrer ici ce tableau, non seulement parce qu’il est l’œuvre d’un enfant de la cité, mais surtout pour la peinture psychologique des personnages. Je montre ci-dessous deux détails pris en gros plan. Le visage hypocrite de Judas, son regard fourbe de côté, sa mâchoire serrée, son poil ébouriffé alors que Jésus et les autres apôtres sont coiffés. Et par ailleurs le geste discret par lequel il glisse l’hostie consacrée dans sa besace. C’est le genre de tableau qui mérite que l’on s’y arrête, que l’on en regarde chaque détail, la composition avec Jésus au centre tenant la patène et offrant, avec un air remarquablement serein, l’hostie à des apôtres dévots et recueillis.

 

 

 

Je devrais arrêter avec ce musée, mais je ne résiste pas à la tentation d’ajouter cette Annonciation de Fra Angelico. Je n’étais pas bien grand, j’avais peut-être dix ou onze ans, quand j’ai reçu à la fin de l’année scolaire, lors de la distribution des prix, un petit livre montrant des fresques de Fra Angelico. Ce livre, je l’ai encore, bien sûr. Je l’ai, à l’époque, puis au cours des ans, bien souvent regardé. Aussi avais-je beaucoup apprécié lors de notre séjour à Florence avec Natacha en 2008 la visite de San Marco, où il a décoré de fresques chaque cellule. Ici, ce n’est pas une fresque mais un tableau peint en 1436, où il a utilisé des feuilles d’or pour mettre en relief les auréoles (d’ailleurs, il y a bien le mot "or" dans le mot "auréole"), les ailes de l’archange Gabriel, et les paroles d’annonciation qu’il prononce. Le jeu d’ombres et la perspective sont remarquables avec cette lumière qui vient de derrière nous à droite. Je trouve amusante cette colombe du Saint-Esprit qui volette là-haut, au-dessus de la tête de Marie, dans un halo d’or.

 
Dans la journée, nous sommes aussi montés sur une terrasse de la ville haute pour admirer le paysage. De là, on peut apercevoir le lac Trasimène, tout au fond, que nous irons longer le soir en nous dirigeant vers notre prochaine étape, Pérouse. J’en prendrai des photos de nuit, mais il n’y a, sur lui ni sur ses berges, aucune lumière, et j’ai eu la flemme d’aller chercher le pied dans le coffre, d’installer l’appareil, si bien que mes photos sont soit noires, soit complètement floues. Alors va pour la photo de loin.

 

 
Je vais essayer de rappeler mes souvenirs d’histoire romaine. Lors de la seconde guerre punique, à la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ, le chef carthaginois Hannibal traverse les Alpes avec ses éléphants, si je me rappelle bien par le Grand-Saint-Bernard, et tend un piège aux Romains sur cette rive marécageuse du lac Trasimène en l’an 217. Les Romains du consul Flaminius sont écrasés. Les pertes romaines sont de 16000 légionnaires, les pertes carthaginoises de 1500 hommes. Je ne sais pas si, dans toute l’histoire romaine, il y a eu défaite plus cuisante. Voilà pourquoi , après cette vision de loin, je suis sorti de la 4-voies pour aller sur les lieux mêmes de la bataille. Mais les rives marécageuses sont asséchées et bitumées…

 
Arrivés à Pérouse, nous suivons les flèches qui indiquent un parking où les camping-cars sont les bienvenus. L’ayant repéré et y ayant dîné, nous allons au McDo essayer Internet. Pas de prise de courant, donc durée limitée sur batterie, mais hourrah ! Ça marche, on peut se connecter à Internet. J’ai le temps de poster un article, puis nous revenons à notre parking pour la nuit.

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 16:04

 

 

Nous avons passé la nuit pas trop loin du monastère de Monte Oliveto Maggiore, la maison mère des olivétains, congrégation bénédictine fondée en 1313 par le bienheureux Bernard Tolomei de Sienne. Les bâtiments en sont perdus en pleine nature, au milieu d’une forêt de cyprès poussant dans un repli de terrain parmi des collines érodées qui semblent faites de sable. Déjà, l’environnement est impressionnant. Nous ne nous sommes pas levés spécialement tôt, il y avait quand même un peu de trajet par des petites routes étroites en lacets, et nous sommes restés en contemplation devant le paysage pendant un certain temps, prenant des photos et nous promenant. Ensuite, nous avons déjeuné, et nous sommes allés vers le monastère. Entre ma photo du paysage de collines ravinées et ce bâtiment du monastère, je ne résiste pas à l’envie de placer cette macro photo d’une araignée qui avait tissé sa toile dans les bois que nous avons traversés entre la route et l’entrée d’abord, puis entre le porche d’entrée du domaine et les bâtiments proprement dits.

 

 

 

Nous allions commencer à regarder les fresques qui ornent les quatre murs du cloître, quand un petit monsieur, un laïc de l’abbaye, nous aborde et nous propose de nous ouvrir les bâtiments du réfectoire, de la bibliothèque, de la pharmacie, ainsi que le musée. Il faut souligner combien c’est sympathique, cet accueil. Dans tant de musées, mais aussi de lieux religieux, d’églises, on vous taxe à l’entrée, puis on vous empêche de prendre des photos, et à la sortie les marchands du temple vous attendent pour vous vendre hors de prix leurs cartes postales et leurs bouquins, voire leurs colifichets et objets kitsch. Là, on vous souhaite la bienvenue, on vous ouvre les portes, vous pouvez laisser une offrande après une visite gratuite mais personne n’est là pour guetter si dans le tronc votre don fait gling-gling-gling ou seulement gling, ou même ne fait rien du tout. Vous brandissez votre appareil photo, personne ne vous dit rien. J’ai l’impression que ces braves moines bénédictins sont plus proches de l’esprit de l’Évangile que les évêques de certaines cathédrales.

 





Nous avons ainsi pu voir ce magnifique réfectoire tout décoré de fresques, et sur chaque table une bouteille d’eau minérale. Est-ce tout ce qu’ils boivent, quand ils fabriquent des liqueurs fortes ? Après tout, peut-être leur apporte-t-on du vin avec la nourriture. Ce serait plus conforme à ce que l’on apprend de l’abbaye de Thélème chez Rabelais.

 

Je ne montre pas de photos de la pharmacie, intéressante, certes, mais qui ne vaut pas celle des hospices de Beaune. La bibliothèque, elle, est un très vaste hall à colonnes. J’ai eu beaucoup d’intérêt à regarder les titres des livres qui s’y trouvent. Il y a beaucoup de très anciens livres sur la vie de saint Benoît ou d’autres saints, il y a aussi du plus que classique, comme la correspondance de Cicéron ou des œuvres de Virgile, les lettres de Pline le Jeune (je me rappelle avoir traduit une lettre où, procurateur en Asie Mineure, il demande à l’empereur Trajan ce qu’il doit faire des chrétiens, nombreux dans cette province, et la réponse de Trajan qui dit que, s’ils ne s’opposent pas au pouvoir et ne font rien de répréhensible il n’y a qu’à les laisser tranquilles), et puis saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, etc. Quant au musée, il contient quelques toiles intéressantes mais je préfère me réserver pour les fresques.

 

 


Ces fresques du cloître représentent la vie, l’œuvre et la mort de saint Benoît, le patron des bénédictins. Comme je l’ai dit, on peut prendre des photos librement. Je ne m’en suis pas privé. J’ai pris à chaque fois la scène dans son ensemble, puis tel ou tel détail intéressant. Je n’infligerai pas au lecteur de mon blog la présentation de mes 88 photos de ces fresques, mais le choix a été difficile pour moi et malgré tout en voici pas mal… Les scènes sont toutes sous-titrées, en langue italienne évidemment, mais avec mon français, mon espagnol, mon latin, et l’aide de l’image, je peux en proposer une traduction sans craindre de commettre des contresens (sauf un mot qui m’échappe, on va le voir). Ci-dessus, Comment le démon brise la clochette. On voit le diable qui vole, en haut à gauche, une pierre à la main.

 

 

Plus loin, Comment Benoît accomplit la construction de douze monastères. La fresque montre saint Benoît en architecte et chef de chantier, sur la construction d’un monastère. On voit à l’œuvre un charpentier, un tailleur de pierre, des maçons, et le saint donnant des ordres d’un air sévère.

 

 
Comment Benoît libère un moine possédé en le frappant. Brandissant des verges, tenant de l’autre main la tête du moine possédé, saint Benoît le frappe. On voit le dos du moine strié de rouge, et le démon obligé de s’en aller, mais accrochant au passage un autre moine pour tenter de l’entraîner avec lui.

 

 

 
Comment Benoît fait récupérer avec un manche [uno roncone] qui était tombé au fond du lac. "Roncone", le voilà le mot qui m’échappe. Mais cela n’empêche pas d’apprécier la fresque, saint Benoît agenouillé au bord du lac, un manche à la main, essayant de repêcher quelque chose, un autre moine près de lui le conseillant, un troisième en face de lui l’aidant d’un geste peu empressé. Et puis derrière, au fond, le monastère, sur la gauche une scène d’un moine recevant une bénédiction, et sur la droite, près d’un pont, en tout petit, des baigneurs, qui valent la peine d’être vus. J’en donne ici un détail agrandi au téléobjectif.

 

 
Comment Florent envoie de mauvaises femmes au monastère. Dans une scène précédente, ce méchant Florent a tenté d’empoisonner Benoît. Maintenant, il veut amener la tentation au monastère, avec ces femmes de mauvaise vie. Corps légèrement dénudés par des robes échancrées, tissus transparents, déhanchements et gestes gracieux sont confrontés à un groupe de moines, Benoît en tête. Là-haut, au balcon, mains en avant comme saint Benoît, il y en a un qui redoute ce danger. En revanche, en bas, le jeune moine qui tient l’âne semble attiré, et un autre plus loin, tête découverte, le regard vers Benoît, se demande que faire. Et puis la scène comporte le petit chien au milieu, l’enfant traîné par la main à droite, le paysage au fond… J’aime cette vie, ce naturel, ce goût des détails, cette expressivité.

 

 

 
Comment Benoît obtient de la farine en abondance et en nourrit les moines. La vie quotidienne, au réfectoire. Chaque moine a dans son assiette deux poissons et devant lui un petit pain rond. En haut à droite une chaire, et on distingue un livre tenu à la main, on fait une lecture de la Bible ou du Nouveau Testament pendant le repas. Et puis au premier plan, toujours ce réalisme de la vie, un chat et un chien se disputent un bout de poisson. Malgré ma photo du détail au téléobjectif, on distingue mal ce qu’on voit au naturel, à savoir que l’objet du différend est une tête de poisson d’où émerge un morceau d’arête dorsale. Regard du chat, expression des deux animaux…

 

Natacha et moi aimons ces fresques, nous aimons l’ambiance de ce monastère, l’accueil (je me répète), tout. Nous restons donc plus qu’il ne serait raisonnable si nous voulons finir un jour notre tour d’Europe. mais enfin nous partons et nous dirigeons vers Pienza. Ce n’est pas bien loin, il n’y a pas mille choses à voir, mais un pape humaniste, Pie II, de son nom laïc Eneo Silvio Piccolomini (1405-1464), en est originaire. Ce poète et diplomate a eu l’idée d’appliquer à son village natal un urbanisme planifié, premier du genre à la Renaissance. Il a demandé à l’architecte Bernardo Rossellino, élève du célèbre Alberti, de créer au centre une place qui en ferait la cité idéale, réunissant dans un même espace le pouvoir religieux et le pouvoir temporel. C’est ainsi que la cathédrale et le palazzo pubblico se font face, sur un côté s’élève le palais épiscopal et sur l’autre côté le palazzo Piccolomini. C’est de là que j’ai pris ma photo, avec ce puits en premier plan.

 


Détail amusant, à la fin du dix-neuvième siècle, la municipalité a décidé que, puisqu’il est nécessaire de choisir entre la guerre et l’amour, il fallait faire le choix du second, et elle a renommé ses rues via dell’Amore (de l’amour), via del Bacio (du baiser), via Buia (sombre), via della Fortuna (de la chance), vicolo Cieco (ruelle aveugle), etc.

 

Mais tout cela nous ne l’avons pas vu dès notre arrivée, parce qu’après avoir laissé le camping-car aux portes du village, nous arrivions vers le centre, quand des hommes nous ont fait signe d’être silencieux et nous ont recommandé de ne pas prendre de photos au flash. Nous approchant, nous avons vu que de puissants projecteurs éclairaient, via un immense écran blanc, le Palazzo Pubblico, et que la place était encombrée de tout un tas de matériels techniques, que des hommes et des femmes s’agitaient autour, que de nombreux badauds s’agglutinaient, et que des gens en costume du quinzième siècle attendaient de jouer un rôle. Nous sommes tombés en plein tournage d’un film. Nous avons assisté à une scène, rejouée maintes et maintes fois. Les figurants en costume se contentaient de passer à l’arrière plan. L’action concernait un prêtre qui attrapait par le bras un jeune garçon en haillons qui se débattait et finalement s’échappait en courant, criant "Je l’ai tué ! Je l’ai tué !". Il jouait remarquablement et, à chaque fois, il finissait sa course devant l’écran de contrôle, demandant à revoir la scène qui venait d’être tournée. Ayant tout notre temps devant nous, nous sommes restés jusqu’à la fin. Ce n’est que lorsque la réalisatrice a dit "Grazie Signore e Signori" pour congédier les figurantes et les figurants que nous avons commencé notre petit tour en ville.

 


Il aurait fallu que nous demandions le titre du film, ou du téléfilm (?), et sa date de parution. Il aurait été amusant de voir comment cette scène d’une minute à peine s’insérait dans une histoire. Mais tous ces gens étaient très occupés et nous ne parlons italien ni l’un ni l’autre.

 

 


C’est sur la commune de Montepulciano que nous avons trouvé un parking équipé d’une prise d’eau pour camping-cars. Nous avons décidé d’y passer la nuit.

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Published by Thierry Jamard
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