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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 22:35

 

 

 

Après une nuit de plus sur notre parking de Tivoli, nous prenons de nouveau le train pour Rome, puis le métro vers le Colisée. Nous avons prévu aujourd’hui de visiter le Marché de Trajan. Le forum républicain étant devenu trop petit, César, puis Auguste, puis Trajan ont chacun leur tour créé des extensions. De cette dernière il reste un champ de fûts de colonnes, des soubassements de murs, mais surtout cette immense colonne dont j’ai parlé précédemment et un remarquable ensemble de bâtiments appelé généralement "Marché de Trajan", mais comportant en réalité beaucoup plus qu’un marché. Il est constitué en bas d’un immense hémicycle de boutiques sur deux niveaux (photo 1), sur lequel court une rue pavée, la Via Biberatica, elle-même bordée de boutiques (photo 2). La photo ci-contre a été prise dans l’allée couverte du niveau haut du premier hémicycle.

 

Le modernisme de ce marché est surprenant. De nos jours, avec les moyens de transport modernes, on offre du poisson frais dans les poissonneries, c’est-à-dire pêché la veille, objet d’une criée sur le port le soir, transporté la nuit et arrivé à Paris le matin. Mais les Romains de l’antiquité mangeaient du poisson encore plus frais, parce qu’on le transportait vivant dans des jarres emplies d’eau de mer, et on le conservait dans des viviers de la poissonnerie. Il frétillait encore dans le panier de la ménagère.

 

 

Et il y avait de tout. Je parle des poissonneries parce que l’on y vend des produits qui ne supportent pas d’être défraîchis, mais il était possible d’y trouver des produits exotiques. Les fouilles ont permis d’identifier, par exemple, des traces de fruits et de légumes de pays tropicaux.

 

Assez pour la qualité de ce que l’on peut acheter. Sur le plan architectural aussi, ces bâtiments sont remarquables. On a vu plus haut l’allée couverte qui permettait d’aller d’un local à l’autre sans souffrir des intempéries en hiver ou du soleil d’été. Dans cette série de locaux ont été retrouvées des jarres ayant contenu du vin et de l’huile. Les boutiques du niveau bas étaient petites et fraîches, on y vendait fruits, légumes, fleurs. En bordure de la Via Biberatica, sur l’hémicycle supérieur, on vendait des épices. Puis le grand bâtiment (deuxième photo, au premier plan) comportait les grains et céréales. Au dernier étage, tout en haut, avaient lieu les distributions gratuites de blé pour les plus pauvres. Générosité sociale (socialiste ?) ou exploitation capitaliste pour s’assurer la fidélité des masses ? Chacun peut avoir son interprétation. Les deux sans doute se partagent la vérité parce que cette pratique, bien antérieure à Trajan et à son marché, était soutenue autant par les aristocrates que par les candidats populaires à l’époque républicaine. Mais évidemment, lorsqu’est venu le temps des empereurs, il n’y avait plus d’élections et par conséquent plus de candidats.

 

 

Nous sommes restés longtemps, tant pour visiter que pour paresser un peu au soleil. Mais nous avons aussi profité des quelques objets exposés dans la grande galerie, dont cette tête du philosophe Chrysippe, un bronze de 75 après Jésus-Christ découvert lors de fouilles dans le Temple de la Paix effectuées en 1998-2000. Hé oui, on trouve encore bien des choses de nos jours dans le sous-sol de Rome.

 

 

Après ce Marché de Trajan, nous sommes allés dans le bâtiment gigantesque (mais qu’est-ce qui n’est pas gigantesque à Rome ?) du Vittoriano, occupé par la Municipalité, qui y a installé des musées en entrée libre. Nous sommes passés assez rapidement au Musée National du Risorgimento, ce renouveau de l’esprit national italien au dix-neuvième siècle, qui a mené à la réunification et à l’indépendance de l’Italie. Dehors, les Autrichiens (avec l’aide de Napoléon III, aide prodiguée en échange de Nice et de la Savoie), et réduit au Vatican, le Pape. Cela, c’est l’œuvre de Cavour le diplomate et de Garibaldi le soldat.

 

Parmi tous les documents et le matériel présentés, j’ai choisi cet extrait de journal de l’époque, peu lisible sur ma photo parce que c’est trop petit, mais je ne peux résister au plaisir de le publier ici. Pour la France : Intelligence, courage, rapidité, élégance, spontanéité, explosivité, désinvolture. Pour l’Italie : Toutes les forces, toutes les faiblesses du GÉNIE. Pour l’Allemagne, la liste est longue, je choisis : Esprit grégaire, pesanteur, ruse, brutalité, pédantisme professionnel… et je finis, en italien parce que les mots sont savoureux, avec costipazione di camelote industriale. Gâtés, nos amis allemands.

 

 

 

Ensuite, nous sommes passés à une exposition temporaire sur Catherine de Médicis. Une présentation adroite, montrant son portrait (ici à deux âges différents), des témoignages de différents personnages sur son physique et sur son tempérament, des objets de son temps.

 

 

Également figurent dans cette exposition des livres et plusieurs lettres d’elle, manuscrites, ou des lettres adressées à elle. Cette lettre en italien traite de problèmes techniques, d’autres sont plus personnelles, comme une lettre en français s’inquiétant de la santé de ses enfants.

 

À un autre étage encore se trouve un Musée National de l’Émigration Italienne. On y voit de très nombreux documents depuis l’unité en 1870 jusqu’à 2005, journaux d’époque, livres, photos, affiches, statistiques. Pour attirer de la main d’œuvre dans des pays qui en manquaient, toutes sortes de pratiques ont été utilisées, notamment le mensonge publicitaire.

 

 

 

Les deux photos ci-dessus représentent des cartes postales envoyées des États-Unis présentés comme un pays de cocagne où les cornichons sont à la dimension d’un wagon de marchandises et où, dans l’Ohio, des saumons d’un mètre de long se pêchent par cinq en un coup de filet. On pourrait penser qu’il s’agit d’humour Mais il paraît que pas du tout, c’était fait pour tromper les candidats à l’émigration, et ça marchait parfois, la pauvreté rendant crédule.

 

De 1876 à 2005, 5 800 706 migrations vers les États-Unis ont été recensées, 4 436 965 vers la France, 3 007 361 vers l’Argentine, etc. 11 173 865 venaient du sud, Rome, Naples, Pouilles, Calabre, Sicile. J’arrête avec les chiffres, mais je les trouve faramineux.

 

Avant de conclure avec notre retour en train vers notre parking de Tivoli, j’ajoute encore une photo. Elle reproduit un dessin publié dans une revue du dix-neuvième siècle. C’est la représentation des locaux où la police des frontières entassait pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, les candidats à l’émigration. Cette page me rappelle des images de Sangatte montrées à la télévision française Ou les Africains parqués à Ceuta. Les années passent, mais les choses ne changent pas forcément radicalement.


 

 

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Published by Thierry Jamard
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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 22:40

 

 

 



 

 

Le programme d’aujourd’hui nous amène sur le Capitole. Que je le précise tout de suite, nous n’y avons pas vu d’oies, nous n’y avons pas entendu le moindre cacardement, l’arrivée du Gaulois que je suis (même si je n’en ai pas l’air) n’étant pas signalée aux Romains. J’ai eu plus de chance que Brennus, quoique pour mon ego l’anonymat ne soit pas la panacée. Bref, passons.

 

Ci-dessus, je donne quatre vues de la Place du Capitole (Piazza del Campidoglio). Sur la première on voit de face le Palazzo dei Conservatori, alors que dans mon dos une façade identique cache le Palazzo Nuovo, ces deux bâtiments reliés en souterrain présentant –dans ce qui s’appelle de façon originale et inattendue "Musées du Capitole"– des collections intéressantes ; sur la seconde, on voit la même chose… depuis la terrasse du Vittoriano, un énorme bâtiment dédié à Victor Emmanuel II, le premier roi d’Italie, dans lequel prennent place musées et services municipaux ; et la troisième est prise le soir, avant de rentrer au camping-car, mais cette fois-ci on a à droite le Palazzo dei Conservatori, à gauche le Palazzo Nuovo et en face, derrière une statue de Marc-Aurèle (copie, dont l’original est au musée, à quelques pas de là), le Palazzo Senatorio. Quant à l’esquisse que représente la quatrième, elle a été réalisé par Goethe le 17 août 1787. Heureusement que je suis en retard dans mon blog et que je peux ajouter en dernière minute une photo prise le 27 novembre dans la maison où il a vécu… Je parlerai de ce musée dans l’article du 27.

 

La photo de gauche, elle, ne présente strictement aucun intérêt graphique, j’en conviens, mais sur le plan historique elle est marquante : en effet, c’est la fameuse roche Tarpéienne d’où les traîtres à la patrie de l’ancienne Rome étaient précipités dans le vide et, comme le Capitole est une colline passablement escarpée, la peine capitale était exécutée à coup sûr. Aujourd’hui, de façon moins brutale, elle permet une belle vue sur Rome. À côté sur la piazza, et en bas, même en ce mois de novembre, les touristes grouillent, mais ici nous n’avons croisé qu’un homme d’affaires italien sa mallette à la main, et une brave dame avec un sac à provisions chargé.

 

 

 

Le dos du Vittoriano est constitué par un gigantesque monument intitulé Autel de la Patrie, où est honoré le soldat inconnu. C’est si grandiose, si mussolinien, que je préfère ne pas le représenter. En revanche, j’aime bien, au pied du Capitole du côté de la roche Tarpéienne, le théâtre de Marcellus. De façon curieuse, la base romaine a été conservée sur deux niveaux, et une construction du seizième siècle est venue ajouter deux étages pour en faire un palais. Cet immense théâtre de quinze mille places a été commencé par César et achevé par Auguste à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. Stendhal, paraît-il, l’aimait beaucoup. Moi aussi. Que honneur pour moi. Il a écrit plusieurs livres sur ses voyages en Italie, il faudrait quand même que je les lise.

 

 

Ne suivant aucun ordre logique, mais plutôt la séquence chronologique de notre promenade, j’en viens à une petite exposition photographique dont l’affiche nous a attiré l’œil : "Nudo per Stalin", ou le rôle du corps au temps du stalinisme. C’était à la fois l’apologie du sport, le corps glorifié, mais collectivement (on voit d’immenses foules de jeunes, en rangées et colonnes impeccables, effectuant les mêmes mouvements avec en ensemble parfait), et l’interdiction du nu en tant que tel, expression esthétique individuelle, qui faisait risquer très gros au photographe, mais dont bien des photos figuraient dans cette exposition. Ici, le titre dit "Parade sportive à Kiev, 1935". Jolies barboteuses.

 

 

 

Après cette exposition, nos pas nous ont ramenés vers la Via dei Fori Imperiali, et là nous nous sommes arrêtés un moment près de la colonne Trajane. L’empereur Trajan (le deuxième après les 12 César, au début du deuxième siècle de notre ère) avait voulu une colonne racontant par le menu et par ordre chronologique, en une gigantesque spirale de 200 mètres de long enroulée sur un fût de 38 mètres de haut, ses exploits guerriers. Et il souhaitait être enterré en-dessous. Son vœu a été exaucé, mais sans qu’il la voie terminée, parce qu’il est mort lors d’une campagne loin de Rome. À propos de son successeur Hadrien, j’ai eu l’occasion de dire que son architecte, Apollodore de Damas, celui qui a construit cette colonne, avait eu l’impudence de se moquer des goûts architecturaux du nouvel empereur, ce qui lui avait coûté la vie. On voit ici la colonne, ainsi qu’un gros plan sur un détail d’une scène.

 

 

Nous sommes remontés sur la colline du Capitole et avons jeté un coup d’œil sur l’église Santa Maria in Aracœli, très simple d’extérieur mais immense et magnifique à l’intérieur. Je me contente de cette photo de la nef, j’ai précédemment montré suffisamment de fresques et autres peintures (ici, il y a entre autres merveilles un tableau de Pintoricchio).

 

 
Les musées du Capitole fermant à 20 heures, nous avons choisi d’effectuer d’abord toutes ces promenades au jour et au soleil, pour nous y rendre quand il faisait sombre et plus froid. Ces musées sont d’abord des palais richement décorés. Je commence donc par cette peinture qui représente l’enlèvement des Sabines et qui décore un mur du palais. Ces Romains étaient de charmantes gens : ces soldats n’étant que des hommes, ils sont allés se servir en femmes chez leurs voisins les Sabins.

 

 

Comment n’aurais-je pas été ému en voyant l’original de la Louve du Capitole, que la Rome antique, suivie en cela par l’Italie de la Renaissance et par l’Italie moderne, a reproduite un peu partout, et que nos livres montrent en photo à profusion ? Eh bien c’est elle, elle est là, sous mes yeux.

 

 

 

Nous avons vu, bien sûr, l’original monumental de la statue de Marc-Aurèle dont la copie trône au centre de la Piazza del Campidoglio, mais aussi une multitude d’autres œuvres de l’Antiquité parmi lesquelles j’ai aimé particulièrement cette Aphrodite dite "de style pudique" en raison de son geste, et cette Amazone, marbre grec antique copiant un original en bronze de 440-430 avant Jésus-Christ.

 

Et voilà. Quand on nous a mis à la porte, nous sommes retournés faire un petit tour de photos de nuit, et avons regagné la gare, d’où le train nous a ramenés à Tivoli et au parking où nous attendait le camping-car.

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Published by Thierry Jamard
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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 21:12

 

 

 

Aujourd’hui, puisqu’hier lundi la villa d’Este n’était pas ouverte à la visite, nous sommes revenus à Tivoli pour voir cet endroit réputé. Au seizième siècle, le cardinal d’Este avait été comblé d’honneurs par François Premier à la cour de France, mais parce que le successeur Henri II ne l’avait pas à la bonne il a décidé de se consoler en s’aménageant une bicoque à Tivoli, avec un jardinet au pied. De la route, nous avons essayé de voir l’aspect du parc, mais rien n’est visible. En revanche, on peut entr’apercevoir la construction depuis une terrasse, place Garibaldi, en ville (première photo ci-dessus).

 

Bien sûr c’est un grand palais, mais en fait il ne paie pas tellement de mine vu de l’extérieur. Il est sobre et austère. L’entrée se situe sur une petite place, près de l’église Santa Croce. Sur la deuxième photo ci-dessus, on peut voir l’église et, sur la droite, la porte d’entrée de la villa. J’ai choisi cette photo pour montrer que je n’exagère pas quand je dis que l’aspect extérieur semble assez modeste pour ce genre de palais. Mais dès que l’on entre, on se rend compte que le blason (ci-contre et ci-dessous) est justifié. C’est l’habitation d’un grand seigneur.

 



 

Ce blason, on le retrouve partout. Sur les plafonds dorés des pièces d’apparat, et dans les jardins sur les fontaines il apparaît en mosaïque, ou sculpté dans la pierre, ou peint. Ses quatre quartiers comportent deux aigles et deux trios de fleurs de lys disposés en diagonale.

 

 

Les appartements sont répartis sur deux étages. On entre par l’étage supérieur, celui des appartements privés su cardinal d’Este. La photo ci-dessus est prise dans la chapelle. En l’absence de toute explication affichée, voyant une parturiente dans un lit et un petit bébé dont s’occupent des femmes, je peux supposer qu’il s’agit de sainte Anne donnant le jour à Marie. Dans une chapelle, une naissance : on ne peut imaginer que la naissance de Jésus, mais il n’y a pas de lit, c’est une crèche avec de la paille, ou bien c’est la naissance de Marie.

 

 

En descendant d’un étage, on trouve les pièces de réception, bien plus somptueusement décotées. Ici, on voit Moïse dans le désert, faisant jaillir de l’eau pour abreuver son peuple en frappant le rocher de sa baguette. On se rappelle l’épisode. Dieu lui avait dit de frapper le rocher, mais Moïse, pour plus de sûreté, a frappé trois fois. Pour ce manque de confiance en son Dieu, il a pu traverser le désert et arriver jusqu’à voir la Terre Promise, mais il est mort avant de pouvoir y pénétrer.

 

 

C’est beau, c’est riche, c’est intéressant, mais le plus spectaculaire, ce sont les jardins, non pour des parterres fleuris ou des ifs taillés, mais pour des fontaines. La rivière qui baigne Tivoli, l’Aniène, a été utilisée pour alimenter une foule de fontaines magnifiques et toutes différentes. C’est pourquoi le cardinal d’Este a choisi de faire peindre un Moïse, et pourquoi moi j’ai souhaité montrer cette photo : comme Moïse, il a fait jaillir l’eau dans cet endroit…

 

Nous commençons la visite en descendant encore un escalier qui mène à une première terrasse, puis on descend une allée et on débouche sur le première fontaine, celle du Bûcheron (Fontana del Bicchierone), ci-dessus. Tout près se situe la Rometta dont je parlerai plus tard, quand nous remonterons.

 

 

 

 

Nous parcourons ensuite l’allée des Cent Fontaines (Viale delle Cento Fontane), qui s’étage sur trois niveaux. La première image permet de voir qu’au niveau supérieur l’eau jaillit alternativement de jets verticaux ou de fins éventails, comme sur le détail de la seconde image. Au deuxième niveau, elle tombe en petites cascades plus conventionnelles, et en bas ce sont des têtes d’animaux divers ou des têtes humaines qui crachent l’eau. L’effet est surprenant. Il vaut la peine de s’arrêter à chacune de ces sculptures qui présentent des physionomies expressives amusantes.

 

 

À l’autre bout de cette allée des Cent Fontaines, se situe la Fontana dell’Ovato, qui reçoit directement les eaux de l’Aniène et à partir de laquelle sont construites toutes les conduites et toutes les machines qui alimentent la villa.

 

 

Encore plus loin, quelque chose de très extraordinaire a été créé par Claude Venard. C’est la Fontaine de l’Orgue (Fontana dell’Organo), conçue pour que l’eau, non seulement actionne le mécanisme qui envoie l’air dans les tuyaux, mais encore agisse sur les notes pour jouer automatiquement les mélodies. Hélas, dès le dix-septième siècle, le mécanisme ne fonctionnait plus et, au lieu de le réparer, il a été définitivement mis hors d’état de marcher un jour, par la création d’une nouvelle fontaine en cascade. De la terrasse de cette fontaine on a une vue splendide sur les trois bassins de viviers où étaient entretenus les poissons dont se nourrissaient le cardinal et ses hôtes.

 

 

Sur le côté des jardins, dans une allée derrière des haies, on trouve la Fontaine Mère Nature (Fontana Madre Natura) qui nous alimente généreusement à travers le symbole de ses nombreux seins déversant chacun un jet d’eau censé être le lait nourricier. Parlant de cette fontaine, j’ajoute une remarque toute personnelle. Certes ici c’est un symbole. Mais ailleurs des sphinx à la poitrine avantageuse déversent aussi de l’eau. Ici ou là, des déesses dévoilent leurs avantages. Déjà, à l’intérieur de la villa, les femmes, sur les tableaux, montraient sans retenue des formes qui ne permettaient pas de les prendre pour des hommes. D’où mon impression que cette partie de l’anatomie féminine préoccupait tout particulièrement le cardinal. Qu’a-t-il fait de cette préoccupation ? Ce mondain a-t-il assouvi ses fantasmes ? J’avoue tout ignorer de sa biographie et être parfaitement indifférent à ses pulsions. Ce n’était qu’une remarque en passant.

 

 

J’ai évoqué les viviers vus de la terrasse. À présent je suis en bas, et j’ai un vivier en premier plan, dans lequel se reflète, au fond, la Fontaine de l’Orgue, ainsi que la cascade qui l’a détruit et qui tombe depuis le niveau de cette terrasse. On aperçoit aussi, de chaque côté, des jeux d’eau, comme il y en aura à Versailles. Je sais, je sais, ma photo n’est pas belle parce que la lumière "grille" la fontaine en arrière plan. Mais au naturel le spectacle est beau, alors j’espère que l’on pourra en imagination se le représenter à partir de cette mauvaise photo. En voyant ces bassins, ces fontaines, ces jeux d’eau, je me suis dit qu’en France je n’en ai pas vu d’aussi grands, aussi riches, aussi multiples avant Versailles. Rien de comparable à Fontainebleau ou dans les parcs des châteaux de la Loire. D’où l’idée que peut-être l’inspiration de Versailles a-t-elle été prise à Tivoli.

 

 

 

Il y a tant et tant de fontaines que je ne peux toutes les citer, les montrer, les décrire. Alors, nous voilà de retour à la Rometta qui montre au sommet une figure allégorique de Rome ; en-dessous cette traditionnelle louve romaine, et plus bas encore, comme flottant sur un bassin, une barque de pierre symbolisant le Tibre crache aussi de l’eau.

 

Ayant vu l’essentiel de Tivoli, nous repartons sur Rome, et ce grand parking tranquille (et gratuit) du Ministère des Affaires Étrangères qui nous a déjà accueillis. Il est à huit ou dix minutes à pied du bus n°2 et du tramway qui arrivent au métro Flaminio et à la Piazza del Popolo. Nous y passons la nuit.

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 20:36

 

Aujourd’hui nous nous sommes rendus à Tivoli, à quelque trente kilomètres de Rome. Tivoli, c’est l’ancienne Tibur de l’Antiquité, dont la fondation remonte plus loin que celle de Rome, et où officiait une célèbre sibylle. La Strada Statale n°5 qui y conduit suit l’ancienne voie romaine, naturellement appelée Via Tiburtina, dont le nom est resté jusqu’à nos jours.

 

La légende veut que l’empereur Auguste, au faîte de sa puissance, ait fait venir cette sibylle au Capitole pour lui demander si un autre homme, un jour, serait plus puissant que lui. Et elle aurait fait apparaître aux yeux d’Auguste la Vierge et l’Enfant Jésus. Puis, elle prédit que le jour où cet homme naîtrait, une source d’huile sourdrait et, le jour de la naissance de Jésus, au Trastevere, de l’huile (du pétrole ?) aurait jailli.

 

Au deuxième siècle de notre ère, de 118 à 136, l’empereur Hadrien fit construire une luxueuse villa, qui constitue une vraie ville avec ses jardins et ses pièces d’eau. Le mot "villa" n’est évidemment pas à prendre dans son sens français, mais au sens latin d’ensemble d’habitation pour un propriétaire, ses esclaves, ses fermes, ses terres. On écrit aujourd’hui "Adriana" sans H, selon l’orthographe de l’italien. Ci-dessus et ci-dessous, des bâtiments des thermes. Il y avait ses thermes privés, puis les grands thermes destinés au personnel et enfin des thermes exposés au soleil pour être chauffés de façon écologique…

 

 


 

On peut voir le raffinement de la construction, sa légèreté esthétique. Pourtant, Hadrien se piquait d’architecture, et se mêlait d’imposer ses avis, en cela raillé par l’architecte de son prédécesseur Trajan, Apollodore de Damas, qui trouvait ridicules les choix de l’empereur. Une moquerie, deux moqueries, puis lorsque l’empereur a jugé que la coupe était pleine, il l’a fait exécuter.

 

 

Voici un petit bout de sol en mosaïque qui a été conservé. D’autres portions de sol dallées de marbre peuvent aussi être vus ici ou là.

 

 

Un espace magnifique, cerné de palais et dont subsistent des colonnes du portique est la Piazza d’Oro. On peut voir ici un chapiteau corinthien de bel effet. Mais de même que l’usage de la brique au lieu du marbre attendu est commun à tous ces bâtiments, de même les colonnes que l’on croit en marbre sont en fait, comme on peut le voir sur le pied de colonne brisé ci-dessous, en brique avec un enduit de ciment. Mais après tout, puisque l’impression est la même…

 

 

Un endroit impressionnant où je suis allé deux fois, la première au début, et puis l’autre juste avant de partir parce que je souhaitais le graver dans ma mémoire, c’est le théâtre maritime (Teatro Marittimo) qui en réalité n’a probablement jamais été un théâtre, mais cette pièce circulaire entourée d’eau comme une île a dû être une petite bibliothèque où Hadrien se retirait pour s’éloigner du monde et entretenir sa misanthropie.

 

 

 

Peu avant le coucher du soleil, lorsque la lumière favorise les effets de miroir, cet endroit ne manque pas de charme. Et puis le public n’étant pas admis à y pénétrer, les personnages en costume du vingt-et-unième siècle ne font pas tache dans le paysage. D’ailleurs, en cette saison, sans doute parce que les touristes de Rome ne sont là que pour quelques jours, débarqués d’avion, et que Tivoli n’est pas tout près, il n’y a pas grand monde aujourd’hui dans cette Villa Adriana.

 

 

 

L’un des endroits phares de cette villa, et cela malgré les barrières et grillages de travaux qui l’entourent, est le Canope. Ici, je cite mon guide Michelin : "Cette création d’Hadrien évoque le canal bordé de temples et de jardins qui reliait Alexandrie à la ville de Canope connue pour ses fêtes et son temple de Sérapis. La forme architecturale qu’alloua Hadrien au canal rappelle la physionomie de l’Égypte : un long couloir (la vallée du Nil) qui s’ouvre sur une exèdre (le delta du fleuve)". Merci Bibendum. Et puis j’ajoute quelques mots des explications offertes par le panneau placé là (qui ont le bon goût d’être données en quatre langues, dont le français) : "En guise de toile de fond au Canope […] se trouve le Serapeum (grec Serapeion) […]. Il s’agit d’une audacieuse réalisation architectonique de l’exèdre : la voûte, un aggloméré de ciment, a été édifiée au moyen de reliefs concaves et convexes". Puis le texte fait état "d’une certaine ressemblance de structure de plan avec les temples consacrés au culte de Sérapis et d’Isis". Voilà donc pour les explications. Je rédige moi-même quand je rappelle mes souvenirs ou que je donne mes propres interprétations, mais lorsque je ne sais pas et que je découvre, je dois "rendre à César ce qui est à César" et, s’agissant de l’Antiquité, l’expression est particulièrement bien adaptée. César n’est pas que Jules, tous ses successeurs ont pris ce titre, que l’on retrouve dans l’empire germanique (le Kaiser) et dans l’empire russe (le Csar, ou Tsar). Va pour Hadrien César.

 

 

Sur les bords du Canope, on peut voir de belles statues, mais aussi des sculptures amusantes comme ce crocodile. S’il convient d’illustrer l’Égypte et son Nil, mieux vaut un crocodile qu’un pingouin ou un élan… Mais tout comme les colonnes que j’ai évoquées plus haut à propos de la Piazza d’Oro, les sculptures du Canope ne sont pas en marbre ou en une autre pierre. C’est du ciment armé, comme on peut le voir dans la blessure de cette jambe. C’est une chance pour les Romains qu’ils aient hérité la connaissance du ciment de leurs prédécesseurs les Étrusques, ils peuvent ainsi faire de remarquables voûtes et mouler des statues. Les Grecs, eux, malgré leur génie inventif, ne connaissaient que les plafonds plats. Pour les statues, en revanche, ce n’est pas une tare qu’elles soient en marbre ou en bronze.

 

Hadrien voulait retrouver dans cette villa des évocations des différents pays constituant son empire, et qu’il avait voulu visiter, estimant qu’il ne pouvait gouverner des peuples qui lui étaient inconnus. De là cette allusion à l’Égypte, de là les statues grecques. Et ces bibliothèques étaient nécessaires à cet empereur cultivé, dont nous avons aussi vu la "salle des philosophes" ainsi nommée parce qu’elle fut décorée de statues de philosophes. Hélas, on ne peut plus voir aujourd’hui que leurs niches, la villa ayant été pillée par les grands musées du monde (mon guide cite Rome, Londres, Berlin, Dresde, Stockholm et Saint-Pétersbourg qui se sont approprié plus de 300 œuvres), jusqu’à ce que le gouvernement italien entreprenne des fouilles et la réhabilitation du site à partir de 1870.

 

L’entrée et la sortie du site font longer le Pécile (évocation d’un portique d’Athènes), dont le portique a disparu, qui était orienté de telle façon que quelle que soit l’heure de la journée l’un de ses côtés soit protégé du soleil ; mais il reste cette belle pièce d’eau (ci-dessous), encore plus belle à mon goût au coucher du soleil, c’est-à-dire quand les gardes nous ont aimablement mais fermement invités à quitter les lieux.

 

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:45

 

 

 

Du Palatin, on a une vue à la fois belle et très instructive sur le forum. Instructive parce qu’on peut situer les monuments les uns par rapport aux autres, et parce que la "vue d’avion" est différente de la vue d’en bas. Je commence par trois photos qui représentent la via Sacra, cette rue qui traverse tout le forum et que fréquentaient les Romains, pour se promener, pour se rencontrer, pour se montrer ou tout simplement pour se rendre dans l’un ou l’autre des lieux publics qui la bordent.

 

Elle a une valeur toute particulière pour moi, parce qu’elle me rappelle ces vers d’Horace que j’ai appris par cœur dans le passé, que je trouve amusants (on pourrait les intituler “Un casse-pieds”), que j’aime et que j’ai toujours gardés dans un coin de ma mémoire (je ne résiste pas à les citer en latin. La traduction qui suit est de moi) :

 

Ibam forte via Sacra sicut meus est mos,
nescio quid meditans nugarum, totus in illis.
Accurrit quidam notus mihi nomine tantum
arreptaque manu : "Quid agis, dulcissime rerum ?
– Suaviter, ut nunc est, inquam, et cupio omnia quae vis."
Cum adsectaretur : "Numquid vis ?" occupo. At ille :
"Noris nos, inquit, docti sumus." […]


[…] "Hinc quo nunc iter est tibi ? – Nil opus est te
circumagi : quemdam volo visere non tibi notum ;
trans Tiberim longe cubat is prope Caesaris hortos.
– Nil habeo quod agam et non sum piger ; usque sequar te."


Je marchais au hasard sur la Voie Sacrée comme j’en ai l’habitude,

Pensant à je ne sais quelles fadaises, tout entier dans mes réflexions.

Vient à moi un quidam que je ne connaissais que de nom.

Il me saisit la main, et : "Comment va, mon très cher ?

– Fort bien, pour l’instant, dis-je, et je te souhaite tout ce que tu désires".

Comme il me suivait je prends les devants : "Tu as besoin de quelque chose ?" Mais lui :

"Tu me connais, dit-il, je suis un homme cultivé…" […]


[…] "Et maintenant, où vas-tu ? – Il ne te sert à rien

D’insister : tu ne connais pas la personne que je vais voir ;

Il habite de l’autre côté du Tibre, loin, près des jardins de César.

– Je n’ai rien de spécial à faire et je suis courageux ; je vais t’accompagner jusque là"

 

Eh bien voilà, c’est sur cette rue, dans ce cadre, qu’avait l’habitude de se promener Horace (dont, à présent, je me rappelle qu’au sujet de l’abbaye de Lavaudieu en Auvergne j’ai déjà cité un vers. Impossible de cacher plus longtemps que j’aime cet auteur…).

 

 

À présent, voici une photo des rostres, d’où parlaient les orateurs, d’où les politiciens haranguaient le peuple. Hélas, on ne peut s’en approcher de face, si bien que cette photo de côté, et d’en bas, n’est guère évocatrice. Pourtant c’est là que Cicéron a prononcé ses Philippiques, et c’est là aussi qu’après l’avoir égorgé et lui avoir coupé la tête et les mains ses assassins ont exposé ces trophées. J’ignore pourquoi cet endroit est isolé du public par des barrières.

 

 

Ici, ce gros bâtiment rose, c’est la Curie, où se tenaient les séances du Sénat. Cette curie date de Dioclétien, qui l’a fait reconstruire au troisième siècle. Elle n’a donc d’importance que symbolique, puisque les sénateurs n’avaient plus le pouvoir de s’opposer aux décisions de l’empereur, alors que du temps de la République c’est eux qui détenaient une grande partie du pouvoir politique.

 

 

Cet édifice rond est le temple de Romulus, fils de l’empereur Maxence, mort en 307. Pas le fondateur de Rome, un millénaire avant. Il date du quatrième siècle et ses portes de bronze sont d’époque. Derrière, c’est l’église Saints Côme et Damien. J’ai lu quelque part qu’ils auraient habité dans la maison voisine ; d’après le guide Michelin, cette maison aurait été un lupanar. On interprétera donc ce que l’on voudra.

 

 

Il faut bien que j’en finisse avec les visites d’aujourd’hui. Je ne montrerai donc ni le temple de Saturne, ni le temple de Vesta, ni mille autres merveilles qui rappellent tant et tant de souvenirs de lectures et de traductions, et je me contenterai de cette photo de la prison Mamertine. Elle sert de base à l’église Saint Joseph des Charpentiers. C’est là que notre héros national Vercingétorix a été incarcéré lorsque Jules César l’a ramené dans son triomphe, puis qu’il a été étranglé quelques années plus tard. On dit aussi –mais c’est peut-être une légende– que saint Pierre et saint Paul y ont été enfermés avant leur exécution.

 

J’ai dit que j’arrêtais là. J’ai déjà été bien trop long. Nous reviendrons dans les parages pour les forums (les fora ?) impériaux, pour le Capitole, pour la chiesa del Gesù, etc.

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:33

Sortant du Colisée et de son exposition, nous nous sommes rendus au mont Palatin. Intéressante, cette visite aussi, mais bof ! elle ne valait pas la précédente, ni la suivante au forum. Ce "bof" est sincère, certes, mais il est là aussi pour justifier une cuistrerie. En effet, comment ne pas citer ici Du Bellay et son "Heureux qui, comme Ulysse" ?

 


Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,


Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin,

Plus mon petit Liré que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

 


 

Ce mont Palatin est chargé d’histoire et de splendides palais y ont été construits. Tout près de l’entrée du public sur la via degli Fori Imperiali, on commence la visite en rencontrant une monumentale arche de l’aqueduc de Rome. Le stade, ci-dessus, est impressionnant, par ses dimensions et par la vie qu’il évoque.

 

 

 

Les photos suivantes, qui montrent le palais d’Auguste et un fragment de son dallage, permettent de voir que l’état général des bâtiments ne laisse que difficilement imaginer la vie des Romains de l’Antiquité. Il n’empêche : on peut apprécier la richesse de la construction quand on voit les couleurs très variées des marbres employés pour le dallage.

 

 

J’ai également beaucoup aimé ces colonnes aux chapiteaux corinthiens se détachant sur le bleu du ciel. Il n’est peut-être pas intéressant de les montrer, mais je le fais parce que… ça me fait plaisir !

 

 

En revanche, la photo ci-dessus me paraît essentielle, grâce aux informations données par le Guide Vert Michelin. Ce que je savais, c’est que ce Mont Palatin est considéré comme la Rome primitive, puisque selon la légende, son fondateur Romulus l’aurait entourée d’un sillon pour délimiter symboliquement "sa" ville au milieu du huitième siècle avant Jésus-Christ, en 753, puis aurait tué son jumeau Rémus qui, par jeu, avait franchi le sillon. Or il se trouve que les archéologues, en 1949, ont découvert sur le Palatin, et précisément là où Romulus était censé avoir installé ses "cabanes" (de pierre), des blocs de pierre constituant des éléments de cabanes datant précisément du huitième siècle. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais elle est troublante. C’est pourquoi il est essentiel pour moi de montrer ces fouilles.

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:18

 


Il y a quelques jours, nous nous étions rendus de nuit au Colisée (Colosseo, en italien) parce que nous souhaitions en avoir une vue aux lumières. Aujourd’hui, nous y sommes retournés de jour afin de le voir à la lumière du jour et de pouvoir y pénétrer. De notre banlieue, par bus et métro, nous étions à pied d’œuvre à 9h30, par un beau soleil, un ciel pur, une température printanière. Nous avons été accueillis sur le parvis par des Romains, gladiateurs ou centurions, casqués, armés de terribles glaives en plastique, fumant (des Gauloises ?) et ayant revêtu des collants noirs par crainte d’un petit matin frisquet, qui nous proposaient moyennant finances (pas en sesterces, ils sont déjà passés à l’Euro) une photo en leur compagnie. Nous avons décliné leur offre et nous sommes agrégés à la queue pour prendre nos tickets groupant le Colisée, une exposition temporaire sur les trois empereurs flaviens, le mont Palatin et le forum. Un ticket à 12 Euros pour la jeune, un ticket gratuit pour le vieux.

 


 

 

C’est vrai qu’il est impressionnant, ce colosse. Gigantesque. Même en cette saison, il y a beaucoup de touristes. Ça fait curieux, sur les photos de ce bâtiment de l’Antiquité, une touriste en pantalon, son anorak rouge sur le bras, ce type en short bariolé, cet autre en T-shirt. Je propose que pour le prix du ticket d’entrée on fournisse à chaque touriste, selon le temps, une tunique, une toge ou un pallium avec obligation de le revêtir, ainsi les photos feraient plus couleur locale.

 

 

 


Il est émouvant aussi de penser à ce qui s’y est passé. Même si les sacrifiés n’avaient été que des animaux, que de sang versé ! Mais quand on imagine les humains… Des gladiateurs, dont beaucoup étaient des esclaves ou des prisonniers et n’avaient pas le choix de se battre ou non, ou des hommes libres qui y trouvaient gloire et argent, volontaires ou non, près de 50% des combattants périssaient là pour la plus grande joie des spectateurs. Pour se rasséréner, certains se disent –ou on leur dit– que la mort n’avait pas chez les Anciens la même signification que pour nous dans notre civilisation. Soit. Il n’empêche que si l’on condamnait à mort les criminels ou ceux qui étaient jugés comme tels, c’est bien que la mort n’était pas considérée comme une récompense ni comme une joie. Quant aux hommes et aux femmes livrés aux fauves, qui se faisaient déchiqueter et dévorer, leurs souffrances étaient atroces, et les spectateurs s’en repaissaient. Les dessins ci-dessus sont des graffiti gravés par des spectateurs pendant les combats. Les murs où ils se trouvent sont protégés du public qui, n’en doutons pas, ajouterait ses propres tags, "Chiara te amo" par exemple, ce ne sont donc ici, hélas, que des photos les reproduisant.

 

 

Les archéologues ont retrouvé des ossements variés, dont les deux ci-dessus, présentés dans l’exposition temporaire sur les trois empereurs flaviens, puisque c’est le premier, Vespasien, qui décida en 72, trois ans après son accession au pouvoir, de la construction du Colisée, et Titus, son successeur, qui l'inaugura en 80 par des jeux qui durèrent 100 jours, au cours desquels 5000 animaux périrent. À gauche, il s’agit d’une mâchoire inférieure de sanglier, et à droite d’un crâne d’ours. On voit donc quelle variété était offerte en spectacle, parfois c’était le combat de deux animaux d’espèces différentes, parfois le combat d’un homme contre un animal, parfois aussi un condamné livré sans défense, ou avec un minimum permettant de faire durer le supplice, à une bête sauvage.


Les gladiateurs professionnels jouissaient d’un grand prestige auprès des femmes. Ou de certaines femmes. Je me rappelle une satire de Juvénal qui était au programme de ma licence. Malheureusement, je ne la sais pas par cœur, mais j’en ai retrouvé sur Internet la traduction (par Henri Clouard) :

"La femme d'un sénateur, Eppia, a suivi une troupe de gladiateurs jusqu'à Pharos, jusqu'au Nil, jusqu'aux murailles de la trop fameuse Alexandrie ; les mœurs monstrueuses de Rome ont été scandaliser Canope. Sa maison, son mari, sa sœur, Eppia a tout oublié, elle ne se soucie plus de sa patrie ; elle a laissé ses enfants dans les pleurs, et je vais t'étonner plus encore, elle a renoncé aux Jeux et à Pâris. Elle avait pourtant grandi dans l'opulence familiale, dormi dans la plume d'un berceau passementé d'or ; elle n'en brava pas moins la mer ; elle avait déjà bravé l'honneur, qui est facile à balancer pour ces petites maîtresses. Les flots tyrrhéniens, les eaux ioniennes qu'on entend de loin retentir, toutes ces mers successives, elle les affronta intrépide. S'il faut courir un péril pour une juste cause, les femmes sont glacées de peur, leurs jambes tremblent et fléchissent : elles ne montrent une âme forte, elles n'ont de l'audace que pour se déshonorer. Pour obéir à son époux, une femme trouve dur de s'embarquer, elle ne supporte pas l'odeur de la sentine, elle voit tout tourner : mais une femme qui suit son amant a le cœur solide. Celle-là vomit sur son mari, celle-ci dîne avec les matelots, va et vient sur la poupe, s'amuse à tripoter les rudes cordages. Or quelle est la beauté qui fait brûler Eppia ? quelle jeunesse ? Qu'a-t-elle eu à contempler pour pouvoir endurer son surnom de gladiatrice ? Eh bien, c'est Sergiolus qui déjà se rasait le menton, qui avait le bras cassé, qui en était à l'espoir de la retraite ; en outre, sa figure ne manquait pas de défauts, grosse bosse en plein nez, meurtrissures du casque, œil chassieux. Mais c'était un gladiateur ; les gladiateurs sont des Hyacinthes ; ils passent avant enfants et patrie, avant une sœur et un mari. Le fer, voilà ce qu'elles aiment. Ce même Sergius, s'il avait reçu son congé, n'aurait plus été pour Eppia qu'un Veienton".

 


Cette exposition est très intéressante. Elle ne se limite pas à montrer des ossements d’animaux. Elle présente, à travers des statues, des maquettes, des dessins et des textes, les trois empereurs flaviens et la vie à leur époque. Et c’est plus particulièrement Vespasien qui est à l’honneur (ci-contre). Il faut dire que sa personnalité est intéressante. Il est issu du peuple mais son intelligence et son courage l’ont mené jusqu’au commandement suprême de l’armée au Moyen Orient, et c’est ainsi qu’à la suite de la période troublée qui a suivi Néron et son suicide, lors de "l’année des trois empereurs", 68-69, où en quelques mois se sont succédé Galba, Othon et Vitellius, il a été proclamé imperator. Ce travailleur infatigable, toujours resté fidèle à ses origines et toujours pensant à la condition des plus modestes, a été un empereur populaire. Je me rappelle que, dans ses Vies des douze César, Suétone raconte qu’il aimait toujours plaisanter, même quand il traitait des sujets sérieux. C’est ainsi que, cherchant à alimenter les finances de l’État, il institua une taxe sur les toilettes publiques. À un conseiller qui lui faisait remarquer qu’il était sans doute choquant de tirer des bénéfices d’endroits malodorants, il répondit pour trancher le débat mais avec humour : "L’argent n’a pas d’odeur". Après leur mort, les empereurs étaient divinisés, des temples leur étaient dédiés et un culte leur était rendu ; aussi Vespasien quand il sentit sa fin approcher, malade, alité, déclinant, eut-il ce mot fort spirituel pour dire qu’il se sentait mal : "Je sens que je suis en train de devenir un dieu…"

 

Je me limite ici à mes (vieux) souvenirs de lecture. Nous ne nous sommes pas attardés à lire les nombreux panneaux de l’exposition, nous les avons photographiés afin de pouvoir les lire au calme plus tard. Tant pis si je prive les lecteurs de mon blog de détails intéressants.

 

Mais avant de quitter le Colisée et les empereurs Vespasien et Titus qui l’ont bâti et inauguré, j’ajoute un autre souvenir littéraire. Il s’agit de vers de Lamartine :

 

Un jour, seul dans le Colisée,

Ruine de l’orgueil romain,

Sur l’herbe de sang arrosée

Je m’assis, Tacite à la main.


Je lisais les crimes de Rome,

Et l’empire à l’encan vendu,

Et, pour élever un seul homme,

L’univers si bas descendu. […]


Sur la muraille qui l’incruste,

Je recomposais lentement

Les lettres du nom de l’Auguste

Qui dédia le monument.


J’en épelais le premier signe

Mais, déconcertant mes regards,

Un lézard dormait sur la ligne

Où brillait le nom des Césars.


Seul héritier des sept collines,

Seul habitant de ces débris,

Il remplaçait sous ces ruines

Le grand flot des peuples taris. […]


Consul, César, maître du monde,

Pontife, Auguste, égal aux dieux,

L’ombre de ce reptile immonde

Éclipsait ta gloire à mes yeux !


La nature a son ironie.

Le livre échappa de ma main.

Ô Tacite, tout ton génie

Raille moins fort l’orgueil humain !

 

Eh bien, soit. Après avoir vu le Colisée, je ne prendrai plus Tacite en main (du moins tant que nous serons en camping-car, privé de ma bibliothèque et de mes Guillaume Budé). Mais ce matin je n’aurais pu dire, comme Lamartine "Un jour, seul dans le Colisée". Seul, mais avec un bon millier de touristes de toutes nationalités. Je préfère ne pas penser aux mois d’été.

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 22:56

Aujourd’hui, je ne vais pas parler de nos activités, qui n’ont rien de passionnant à raconter. Seulement quelques réflexions sans publication de photos.


Les Italiens sont des gens charmants. Oh certes on peut trouver des personnes extrêmement désagréables comme ce type du musée d’Orvieto, mais c’est l’exception, et une exception très rare. Presque toujours, on vous accueille avec le sourire, on cherche à vous aider, on va chercher quelqu’un qui pourra répondre en anglais ou en français, on téléphone pour vous, on vous rend service. C’est un pays où les relations interpersonnelles sont chaleureuses et agréables.


Mais prenez le plus charmant des Italiens, ou la plus charmante des Italiennes, posez-lui les fesses sur un siège de voiture et glissez-lui un volant entre les mains, vous en faites le prototype du goujat. Homme ou femme, jeune ou vieux, dans une élégante Alfa-Romeo ou dans une vieille Fiat Panda pourrie, dans un massif 4x4 Audi ou dans une petite crotte de camion type Smart, sur une moto ou dans un semi-remorque de 38 tonnes, c’est la même chose. Le conducteur italien ignore l’autre et ignore la loi.


Quelques exemples. Sur l’autoroute, des panneaux lumineux informent : "Retrait de permis en cas de conduite sur la bande d’arrêt d’urgence". Mais sans cesse vous êtes doublé par la droite par de grosses motos ou des voitures qui empruntent cette bande à 150 ou 180 kilomètres à l’heure. Tout à l’heure, j’ai vu une voiture de police qui l’empruntait à toute allure, suivie par voitures et motos sans intervention à leur encontre.


Les Italiens, c’est connu, adorent discuter. Seuls dans leur voiture, ils ne peuvent trouver d’interlocuteur que par téléphone. Ils sont donc tous (enfin, disons 75% d’entre eux) avec une main sur le volant et l’autre tenant le portable plaqué à leur oreille. Mais la main dédiée au volant se libère souvent pour effectuer tous les gestes qui ponctuent nécessairement les discussions des Italiens. Pourtant, des panneaux lumineux récurrents rappellent que l’on perd 5 points de permis si l’on téléphone sans utiliser l’oreillette.


Ce soir, je suivais à 110 kilomètres à l’heure une longue file de voitures, veillant un éventuel flash de radar pour l’un de mes prédécesseurs afin de rapidement me mettre en règle avec les panneaux de limitation à 50 kilomètres à l’heure, répétés tous les 500 mètres et assortis d’un avertissement "Contrôle électronique de la vitesse". Les panneaux de signalisation et les menaces de contrôle n’émeuvent personne.


Pas plus les bus publics que les véhicules particuliers ne respectent les panneaux de stop. On franchit ces carrefours sans marquer le moindre ralentissement et sans tenir compte de qui arrive. C’est au culot. Freine au dernier moment celui qui s’est laissé impressionner. Ce que je dis du stop est également vrai de l’insertion sur l’autoroute en venant d’une bretelle.


Les routes sont pour la plupart dans un état pitoyable, les lignes blanches sont souvent effacées, même sur les "SS" Strade Statali (routes nationales). Mais peu importe : que la ligne soit discontinue, continue, ou même double, qu’il y ait des panneaux d’interdiction ou non, on dépasse si on a envie de dépasser. Si une voiture débouche inopinément en sens inverse, on se rabat sous vos roues sans vergogne, c’est à vous de vous adapter.


Ce soir encore, une voiture me suivait depuis près d’un kilomètre sur une route étroite, et ne pouvait me doubler parce qu’en face le flot était indiscontinu. Arrivé à un rond-point, je le contourne par la droite, comme on le fait si l’on n’est pas britannique, mais la voiture qui me suivait, excédée de ne rouler qu’à la vitesse réglementaire de 90 kilomètres à l’heure, a contourné le rond-point par la gauche avec un grand coup d’accélérateur, pour se retrouver devant moi au débouché dans la voie en face.


Je n’exagère rien. C’est la jungle. Et quand on laisse s’insérer quelqu’un avec un geste et un sourire, le conducteur s’insère sans un regard et sans le moindre remerciement. Et puis tous ces gens laissent leur voiture le long du trottoir ou au garage, et instantanément redeviennent non seulement des gens civilisés mais les plus charmants du monde. Il faudrait ne jamais conduire en Italie, et ce serait le pays idyllique. Quoique... Quoique... Quand on n'est pas automobiliste on est piéton, à la merci des voitures. Il faut un vrai courage ou une bonne dose d'inconscience pour s'élancer à la traversée d'une rue.

Je ne voudrais pas que cet article laisse penser que je mésestime ce peuple. Au contraire. J’aime beaucoup les Italiens (les Italiennes). Le peuple, pas les conducteurs.

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 22:56

 

 

 

Aujourd’hui, nous avons décidé de nous éloigner un peu de Rome. Aussi hier au soir sommes-nous partis en direction d’Ostie, pour passer la nuit dans une rue à l’écart de la grand-route, à quelques kilomètres seulement de notre but. Il ne me fait pas plaisir de ne plus avoir vingt ans, mais c’est une consolation que les musées et sites nationaux ou romains municipaux soient gratuits pour les citoyens de l’Union Européenne âgés de 65 ans. J’ai donc, depuis presque quatre mois, le droit d’économiser 6,50€ pour la visite d’Ostie.

 

Ostia, ce port de la Rome antique, est désormais à plus de deux kilomètres de la côte du fait de l’ensablement dû à l’estuaire du Tibre. La station balnéaire du Lido di Ostia est entièrement construite sur ce rivage nouveau. Le port antique, né au quatrième siècle avant Jésus-Christ, a commencé à décliner au quatrième siècle de notre ère quand Rome, qui justifiait son activité, a elle-même décliné, sans compter la malaria qui a décimé sa population. Mais pendant ses huit siècles d’activité Ostia a été une ville importante, comptant jusqu’à cent mille habitants sous l’empire. Certains hauts bâtiments étaient connus depuis toujours, au dix-neuvième siècle le poète polonais Mickiewicz a visité Ostia avec une amie russe installée à Rome (dixit Natacha), mais c’est à partir de 1909 que des fouilles systématiques ont été entreprises –et continuent–, mettant au jour des quartiers entiers. Hélas, au cours des siècles, bien des choses ont disparu, jusqu’aux matériaux utilisés pour la construction.

 

 

Les trois photos ci-dessus représentent des mosaïques des thermes de Neptune, sur les sols des bassins. Il s’agit des noces du dieu de la mer, Neptune, avec Amphitrite. Vue d’ensemble de l’une des mosaïques, détail du visage de Neptune sur une autre mosaïque, puis sur le sol de la palestre deux athlètes luttant. Plus loin se trouve, à l’angle de la grand-rue et d’une rue latérale, la taverne d’un certain Fortunatus. La mosaïque du sol est assez dégradée, de sorte qu’il est un peu difficile de déchiffrer ce qui y est inscrit, de plus elle est incomplète et pour la compléter je dois me fier à ce que disent les archéologues qui en ont retrouvé des morceaux épars, et enfin du fait des jeux du soleil ma photo est mauvaise. Mais parce que je la trouve amusante et qu’elle est le reflet de la vie, je ne peux me dispenser de la présenter dans mon blog. Elle dit : "Dicit Fortunatus vinum cratera quod sitis bibe" [Fortunatus dit : au cratère, bois du vin à la mesure de ta soif].

 

 

 

Le théâtre est assez bien conservé. Ci-dessus, ces masques de pierre décoraient, paraît-il, la façade côté rue, mais comme leurs supports ont disparu ils ont été replacés sur ces bases de colonnes, ce qui les rend plus accessibles à la vue pour les touristes. Je les trouve impressionnants. L’autre photo, ci-contre, a été prise depuis le temple de Cérès, derrière la scène, au milieu de la place des Corporations. Cette vaste place qui entourait le temple était bordée de portiques où 70 corporations étaient représentées. Ces corporations étaient celles de métiers de divers pays. Le Guide Vert Michelin dit qu’il y en avait d’Arles et de Narbonne. J’ai donc fait le tour de la place, déchiffrant consciencieusement toutes les inscriptions, en vain. J’aurais pourtant tellement aimé mettre ici la photo du nom gravé dans la pierre ou rédigé en mosaïque d’une de nos villes françaises…

 

 

 

Au musée, les photos sont interdites. Tant pis. Il s’y trouve pourtant quelques statues intéressantes, par exemple Mithra et un taureau, le culte de cette divinité d’origine orientale étant très fortement implanté à Ostia. Mais devant le mur du musée, je note deux choses. D’une part, plusieurs sarcophages, dont celui-ci, ci-dessus, qui représente un petit garçon, à gauche il est en vie et défend sa grappe de raisin contre un oiseau, à droite je ne sais si l’on doit interpréter qu’il dort ou qu’il est mort. C’est de toute façon émouvant. D’autre part, de grands panneaux, rédigés les uns en italien, d’autres en espagnol, d’autres enfin en français, font état de recherches conjointes sur les problèmes d’adduction et d’évacuation de l’eau par l’université de Rome sur le site d’Ostie, par l’université se Séville sur le site d’Italica et par l’École Française de Rome sur un site du département de la Vienne, Saint-Romain-en-Gal.

 

À côté, les restes d’une petite synagogue et, dans ce qui devait être un magasin, de grandes jarres partiellement enterrées qui avaient contenu des réserves d’huile d’olive.

 

 

 

Poursuivant notre chemin sur le Decumanus Maximus, ou rue principale, nous arrivons à l’échoppe de poissonnier ci-dessus. On aperçoit, au-delà du pied de la table, une seconde mosaïque représentant un dauphin. C’est cette mosaïque que je montre ci-contre en gros plan. Son inscription est plus lisible que celle de la taverne de Fortunatus dont je parlais tout à l’heure, et je la trouve encore plus savoureuse. Sans doute en guerre contre un concurrent situé en face ou contre le tenancier de la taverne à côté, le poissonnier a fait inscrire "Inbide calco te" [Envieux, je te marche dessus]. Excellent, non ?

 

Des temples, le forum, d’autres thermes, des "insulae" (immeubles d’appartements), une cité-jardin, on n’en finit pas de se plonger dans la vie quotidienne des Romains de l’Antiquité. Et je n’en finirais pas de placer des photos. Je vais donc m’arrêter là, non sans avoir quand même ajouté (ci-dessous) la basilique chrétienne, édifiée là dans la seconde moitié du quatrième siècle, quand cette religion a pu s’implanter officiellement grâce à l’édit de Milan (313) promulgué par l’empereur Constantin assurant la liberté de culte, puis grâce à la conversion de l’empereur qui, au terme de son cheminement, s’est fait baptiser sur son lit de mort, en 337, ses successeurs étant eux-mêmes chrétiens.

 

 


C’est après cette visite que, chassés par les coups de sifflet impératifs d’un gardien impatient de fermer le site à 17 heures précises, nous sommes rentrés sur Rome, et avons passé la nuit sur un petit parking d’une zone résidentielle, dont nous avions sauvegardé les coordonnées dans le GPS après y avoir passé au calme la nuit du 6 au 7.

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 22:28

 

Si, depuis quelques jours, je n’ai pas publié de blog, ce n’est pas, comme précédemment, pour des problèmes de connexion Internet : j’ai rattrapé mon retard, j’ai mis à jour ce que j’avais à raconter. Mais ces derniers jours, depuis que nous sommes arrivés à Rome, c’est la première fois depuis notre départ que, vraiment, nous pouvons arrêter notre course, nous poser et nous livrer à des activités domestiques. Entre autres, nous avons passé des heures et des heures au Mac Do situé dans la zone commerciale près du métro Anagnina (sortie 22 du Grande Raccordo Anulare, le G.R.A., au sud de Rome), pour enfin nous consacrer à Internet. Ici, nous avons des prises électriques qui nous permettent de ne pas nous limiter à l’autonomie de nos batteries, et surtout un comptoir bar où l’on peut obtenir du café dans des tasses de faïence et déguster de vrais gâteaux de pâtissier, pas mauvais du tout. Et une mention pour le personnel, très sympa.

 


Mais nous ne sommes pas à Rome pour cela, aussi aujourd’hui sommes-nous partis de notre parking de nuit, situé au nord de Rome, très loin de ce McDo, près du Ministero degli Affari Esterni, le Ministère des Affaires Étrangères, un secteur créé ou remodelé par Mussolini, pour prendre un bus puis un métro vers le centre, piazza del Popolo (ci-dessus), dont l’obélisque vient de Hiérapolis en Égypte, rapportée par Jules César dans ses bagages. Ne prenant jamais l’avion, il n’était pas limité en poids. Nous sommes entrés dans l’église Santa Maria del Popolo (ci-contre, l’une des chapelles latérales), couverte de fresques (encore !) et de tableaux.

 


 

 

Une anecdote au sujet de la construction de cette église. Là se trouvait la tombe de Néron, cet empereur coupable de multiples assassinats dans sa propre famille (sa mère Agrippine, sa femme Octavie, deux autres proches…), et –disait-on– de l’incendie de Rome en 64 de notre ère (à la suite de quoi, pour se disculper d’avoir voulu dégager le terrain pour construire sa villa dorée, il avait cherché des coupables et avait accusé les chrétiens, commençant avec les persécutions, dont la condamnation à mort de saint Paul). La chronique dit que sur sa tombe avait été planté un noyer. Or à Rome, là sur ce qui deviendra la Piazza del Popolo, poussait un noyer, et les nuées de noirs corbeaux qui y nichaient étaient interprétées comme les métamorphoses des démons néroniens. Aussi les habitants du quartier étaient-ils effrayés. Le pape Pascal II s’arma d’une hache et abattit lui-même le noyer (un bas-relief à l’entrée du chœur le représente), jeta dans le Tibre les ossements trouvés dans la tombe, puis fit édifier sur l’emplacement de la tombe une chapelle transformée par la suite en cette grande église.

 

Parmi les œuvres que l’on peut voir ici, j’ai remarqué en particulier, dans une chapelle sur la droite, cette Nativité par Pinturicchio (au-dessus) et surtout cette crucifixion de saint Pierre (ci-dessus), par le Caravage. Le jeu des ombres et des lumières, le travail des bourreaux, le visage de saint Pierre, tout cela est impressionnant. Ce n’est d’ailleurs pas une scène qui semble spécialement inspirée d’une intention religieuse, mais plutôt d’une description réaliste et dramatique.

 


 

 

Nous avons ensuite suivi la via del Corso, rue étroite mais élégante, que les dames de qualité se devaient d’arpenter au dix-huitième siècle si elles voulaient être à la mode. Ensuite, nous avons obliqué vers la Piazza di Spagna, la place d’Espagne, qui a pris ce nom lorsque le royaume d’Espagne y a placé son ambassade. Il paraît qu’il ne faisait pas bon pour un homme, à l’époque, de s’y promener la nuit, parce qu’il était sûr de s’y faire enlever pour être enrôlé de force dans l’armée espagnole. Ci-dessus, l’église de la Trinité (la chiesa della Trinità) et le monastère voisin, appartenaient à la France (l’église est encore française). Or elle se trouve au haut du célèbre escalier qui débouche sur la piazza di Spagna. Aussi, un coin de cette place a-t-elle été appelée Piazza di Francia pour que les Français puissent la traverser sans être considérés comme empiétant sur le territoire espagnol.

 


Aujourd’hui, pour fêter le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, un concert public a été donné en bas, Piazza di Spagna –excellent–, puis sur un large écran placé en haut des escaliers, a été donné un film documentaire, excellent lui aussi, racontant l’histoire de la construction du mur, les victimes des tentatives de franchissement, mais aussi les succès et les moyens employés, puis la destruction du mur, et donnant toutes sortes d’informations sur la Stasi, la police politique. Et tout cela avec des images de l’époque.

 

 

C’était évidemment émouvant, marquant, et de plus, parce que cela a été le point de départ de l’émancipation de tous les pays de l’est et que cela a abouti finalement à l’explosion de l’Union Soviétique, cela a eu un retentissement capital pour la vie de Natacha. À l’aspect historique et humain s’ajoute donc pour nous un aspect personnel. Je n’ai regretté que deux choses. La première, c’est que ce film, certes sur Berlin et les deux Allemagne, ne dise pas un mot à la fin sur le fait que ce n’était pas un cas isolé, mais que cela concernait bien d’autres pays qui, quoique pas eux-mêmes coupés en deux, étaient isolés du reste du monde, et qu’eux aussi ont été libérés dans les mois qui ont suivi. Et mon deuxième regret est pédagogique. Hé oui, c’est une déformation professionnelle. C’est bien de montrer les exactions du passé, mais il ne faut pas les considérer comme un passé révolu. Et de nos jours, le mur de Berlin, le mur de la honte, s’est déplacé mais il existe encore. Quiconque me connaît sait qu’il n’y a pas en moi un milligramme d’antisémitisme, mais être contre la politique d’Israël n’est pas être contre les Juifs, comme j’ai pu condamner la politique de Pinochet et aimer les Chiliens, comme je ne confonds jamais les Allemands et les Nazis, les Espagnols et les Franquistes, etc. Et l’État d’Israël a construit un mur, et le maintient, pour isoler les Palestiniens. J’aurais aimé voir ce film l’évoquer. Mais cela ne l’empêche pas d’être excellent.

 


 

 

Après la fin du film, nous avons pris le métro vers le Colisée. Nous nous sommes promis d’y retourner de jour, et aussi de visiter le forum, mais nous avions envie de le voir de nuit. C’est impressionnant, ce gigantisme. Devant lui était placée une grande affiche représentant une tête de l’empereur Vespasien (celui des vespasiennes, de la taxe sur leur utilisation, et de "l’argent n’a pas d’odeur", qui l’a fait construire mais qui n’a pas vécu assez longtemps pour l’inaugurer, inauguration qui a coûté la vie à 4000 gladiateurs…), avec son titre, "le divin Vespasien", puisque les empereurs étaient des dieux, honorés comme tels dans des temples.

 


Comme je viens de le dire, à cette heure (vers 21h) il ne pouvait être question de visiter le forum. Mais d’en bas, entre le Colisée et l’arc de Constantin, on peut pénétrer dans l’allée (réservée à la sortie des visiteurs) et apercevoir ces colonnes (ci-dessous). Il avait plu depuis le matin, la pluie s’est heureusement arrêtée une heure ou deux avant le concert et n’a pas repris, ni pendant le concert, ni pendant le film, et ici les colonnes se détachent sur un ciel où courent encore quelques nuages. C’est curieux, elles donnent l’impression de cheminées d’usines dans un complexe industriel. Peut-être ne devrais-je pas tenir ce genre de propos iconoclastes…

 

 

 

Notre petit tour terminé, nous sommes rentrés. Après 22h nous ne craignions pas de ne plus avoir de métro, mais entre l’endroit où nous quittons le métro pour prendre le bus et le parking où nous avons laissé le camping-car il y a plusieurs kilomètres et nous pensions que le service de bus pouvait s’arrêter plus tôt. Cette distance est faisable à pied, mais nous n’avions pas dîné et préférions nous assurer d’un retour motorisé. Ainsi s’est donc terminée notre journée.

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Published by Thierry Jamard
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