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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 23:55

Dans mon article Santorin, daté du 19 au 21 septembre 2011, j’avais déjà montré quelques objets des collections de ce musée, mais parlant dans un même article de la géologie et de la géographie physique de l’île, de son histoire, de ses paysages, de son tourisme, de ses deux musées, je ne m’étais étendu sur aucun de ces sujets. Il convenait donc aujourd’hui de refaire une visite de ce musée, et d’en rendre compte ici.

 

Préhistorique, cela veut dire antérieur à l’histoire, c’est évident. Mais dans la conscience, le mot évoque une époque où l’humanité était dans les langes, où les hommes chassaient le mammouth, traînaient les femmes par les cheveux et dessinaient sur les parois des cavernes. Or ce que l’on appelle l’histoire, ce sont les événements et les faits de société consignés par écrit. Tout ce qui est antérieur aux relations écrites, voire aux écrits déchiffrés, est donc préhistorique. Quand, au dix-septième siècle avant Jésus-Christ, l’explosion du volcan de Santorin a enseveli sous ses cendres une civilisation extrêmement avancée et raffinée, cette civilisation n’a laissé que des écrits de linéaire A non déchiffré à ce jour: c’est donc de la préhistoire, et tout ce qui provient du site d’Akrotiri (voir mon article Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014) relève de ce musée où nous sommes.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

La situation de Santorin sur une faille a provoqué bien des catastrophes sismiques, et pas seulement celle qui a définitivement mis fin à la civilisation d’Akrotiri. À chaque fois, la ville se reconstruisait sur les ruines de celle qui l’avait précédée. C’est ainsi que les archéologues ont pu trouver ces deux statuettes de marbre.

 

Celle de gauche est datée du cycladique I / II, vers 2800-2700 avant Jésus-Christ, et elle est dite de type Plastiras. Ne connaissant rien aux différents types de statuettes cycladiques, j’indique ici ce que je lis sur la notice à l’intention de qui verra les différences de style…

 

Celle de droite, dite de style Spedos, est plus récente, ou du moins située dans une fourchette beaucoup plus large du cycladique II, soit 2700-2300.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Même si le sol d’Athènes, par exemple, regorge de vestiges antiques, même si à chaque coup de pioche pour construire quelque chose de nouveau, on risque de tombes sur un fragment de mur antique, sur une canalisation, sur une poterie, sur une monnaie, les marques des dix-neuvième au vingt-et-unième siècles y sont de loin les plus nombreuses. Cela explique pourquoi les archéologues, à Akrotiri, ont trouvé relativement peu de vestiges antérieurs à la première catastrophe du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, presque tout datant de ce dix-septième siècle, entre le premier tremblement de terre et l’explosion qui a mis une fin définitive à la vie de la cité. Je n’aurai donc pas à le répéter pour chaque objet, à partir d’ici tout ce que je vais décrire dans le présent article date du dix-septième siècle.

 

On sait que les Mycéniens, à partir du seizième siècle, aussi bien à Mycènes et à Tirynthe qu’à Thèbes ou en Crète, ont utilisé le linéaire B, une écriture syllabique déchiffrée dans les années 1950, et révélant que ces signes étaient du grec. En revanche, le linéaire A, celui de ces tablettes d’Akrotiri que montrent mes photos, n’est toujours pas déchiffré.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Ces sceaux proviennent d’Akrotiri. Les deux premiers, en haut, sont en pierre, celui du bas est en terre cuite. À droite, le musée l’a reproduit en plâtre, afin que l’on distingue mieux ce qu’il représente, le bras du cocher, les rênes, le train arrière du cheval et sa queue. Il est clair qu’il ne s’agit nullement de l’empreinte du sceau, puisqu’il est dans les deux cas en relief convexe.

 

Le fabricant d’une jarre pouvait la marquer de son sceau avant de la cuire, mais ici la plupart étaient frappés sur un petit morceau de terre cuite attaché par une ficelle à l’objet ou au récipient. C’était peut-être pour en marquer le propriétaire, ou plus probablement pour indiquer la nature ou l’origine du produit qui y était enfermé: l’équivalent de l’étiquette sur nos boîtes de conserve.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Ceci, c’est une collection de poids de plomb de différentes formes, de différents types. La grande quantité de poids trouvés à Akrotiri, de quelques grammes jusqu’à quinze kilos, prouve d’une part que le commerce était très actif dans la cité, mais aussi et surtout que les habitants avaient adopté le système de poids de la Crète voisine avec des multiples d’une même unité.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Qui dit poids dit aussi instrument pour les utiliser. Il a été retrouvé non pas une balance complète, mais des plateaux de bronze qui, vu leur position à côté de poids, ne peuvent être que les plateaux d'une balance. Il n’est pas fait allusion au reste de la balance. Je me demande si le pied et le fléau n’étaient pas faits de bois, et si les plateaux n’étaient pas suspendus par des ficelles, tous matériaux périssables qui ont disparu alors que les plateaux, seuls éléments métalliques avec les poids, ont subsisté. Simple supposition…

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Autre instrument technique, la scie. Ci-dessus, une lame de scie en bronze. Pour que l’on voie mieux la finesse des dents, j’en ai fait une photo en gros plan. Pour couper les arbres on utilise une hache, qui est un outil moins sophistiqué, pour faire les planches utilisées dans la confection de meubles j’imaginais des scies avec des dents plus grossières, et celle que nous voyons dans ce musée permet de réaliser de vrais travaux d’ébénisterie.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Ce que nous voyons ici est une paire de chenets. Parce que leur dos est creusé de petites encoches à distance régulière, le musée a supposé qu’ils étaient destinés à recevoir des brochettes. On voit que, même s’ils étaient utilisés pour la cuisine, leur face en forme d’animal ne négligeait pas l’esthétique. Par ailleurs, ils sont lourds et, pour en faciliter le transport, ils sont munis de poignées.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Comment appeler cet objet de bronze? Une cuillère? Une louche? De toutes façons, il n’est pas destiné à la table, ni à la cuisine, c’est un brûle-encens. Là encore, aucune explication supplémentaire n’est donnée, laissant au visiteur le soin d’imaginer ce qu’il veut. Or on imagine un brûle-parfum posé sur un support, non pas porté à la main au bout d’un manche, et uniquement porté par ce manche parce que, dépourvu de pieds, ce foyer métallique brûlerait le meuble sur lequel il serait posé. Ce qui m’amène à imaginer que, peut-être, cet encens était destiné à brûler lors de cérémonies religieuses au cours desquelles il était porté dans des processions.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Revenons à la cuisine avec cette poêle, ou cette sauteuse de bronze. En grec, le musée dit seulement ταψί, c’est-à-dire un plat, sans autre précision, tandis que dans la traduction anglaise il dit baking pan, et donc plat à four. Et moi, en regardant bien cet ustensile de cuisine, je ne saurais dire s’il est plus destiné au four ou au feu ouvert. Sans doute est-il polyvalent.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Quelques poteries, à présent. La plupart de celles qui ont été trouvées à Akrotiri étaient intactes, et là où elles étaient lorsque les cendres du volcan sont venues les recouvrir. On peut ainsi assez aisément comprendre quel était l’usage de chacune d’entre elles, utilitaire ou rituel. Toutefois, certains ustensiles pouvaient avoir ce double usage, selon les circonstances. Les deux premières poteries que je présente ici sont rituelles. Le rite le plus fréquent nécessitait en effet un récipient pour liquides, puisqu’il consistait en libations.

 

La troisième des poteries que je présente, avec son double corps décoré de dauphins mais sa seule bouche est une passoire, paraît-il. Dans ces conditions, le filtre doit être amovible, parce que sinon je ne vois pas bien quelle peut être son efficacité. Je n’ai pas pu, derrière la vitre, me pencher au-dessus de la bouche pour voir comment est l’intérieur.

 

Une notice intéressante explique que les ustensiles destinés à un usage domestique répondent à trois besoins différents: la préparation, le service et le stockage. Concernant le stockage, nous avons vu tout à l’heure qu’un sceau pouvait indiquer le contenu d’un récipient, mais dans mon article sur Le site d’Akrotiri évoqué plus haut nous avons vu une jarre décorée de plantes aquatiques, et j’avais alors expliqué que cela signifiait sans doute qu’elle avait contenu une réserve d’eau douce.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Les mesures de poids et de volume, communs avec ceux de Crète, sont déjà une preuve de l’intensité des échanges avec la grande île, mais en outre on a trouvé à Akrotiri un bon nombre d’objets importés, comme cette grande jarre peinte originaire de Cnossos ou de l’est de la Crète, ou encore ce vase de pierre typiquement minoen. Environ 15% de la vaisselle d’Akrotiri provient de Crète, la production locale représentant la presque totalité des 85% restants, seuls quelques rares éléments provenant du Dodécanèse, de Grèce continentale, d’Asie mineure, de Syrie, d’autres Cyclades, de Chypre. Les productions locales utilisaient des matériaux de moindre qualité, ce qui donnait des poteries plus épaisses et moins brillantes que celles qui étaient importées de Crète, elles étaient donc moins prisées même lorsque les artisans locaux s’efforçaient de copier les modèles crétois. Le musée dit que c’est bien là une marque de la mentalité de parvenus qui règne à Akrotiri.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Je n’ai pas pu déposer auprès de cette petite aiguière un quelconque objet dont la taille est connue pour en donner l’échelle, mais cet objet de bronze est un vase miniature.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Il est dit que ce calice de marbre blanc a été trouvé à Akrotiri, mais il n’est pas dit d’où il provient. La forme en calice est traditionnelle en Crète pour les libations, et je sais que cette forme a été adoptée à Akrotiri, aussi est-il sans doute difficile de dire si le vase est originaire de Crète, ou s’il n’est qu’une copie du style en usage chez les voisins crétois. Seule, peut-être, pourrait donner une indication l’analyse du marbre pour savoir où se trouve la carrière dont il a été extrait.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Malgré les apparences, nous n’avons pas quitté le domaine des récipients, parce que mes deux photos ci-dessus représentent des rhytons destinés à un usage rituel pour des libations. Ni sur le taureau de ma première photo, ni sur la tête de lionne de ma seconde photo, je ne vois l’ouverture par laquelle on remplissait le rhyton; quant à l’ouverture par laquelle le liquide (le vin) s’écoulait, je vois bien un tout petit trou dans la gueule de la lionne, mais absolument rien dans le taureau. Pourtant l’étiquette du musée ne laisse aucun doute sur la nature de ces deux intéressants objets. Je suis tout particulièrement séduit par la tête de la lionne.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Le musée présente aussi quelques objets en faïence élaborés à Akrotiri, comme cette fleur dont on ne dit pas si elle était uniquement décorative, ou si elle avait un usage que je serais bien en peine de déterminer.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Et puis il y a ces fameuses fresques, si merveilleuses. L’explosion du volcan date de la fin du dix-septième siècle, mais au milieu du siècle il y avait déjà eu un tremblement de terre destructeur, et la ville s’était reconstruite. Certains murs étaient restés debout, ce qui fait que les archéologues ont parfois trouvé, sur des murs anciens, des fresques du début du dix-septième siècle. C’est le cas de ce fragment qui représente de l’osier. Ainsi on a la preuve que deux, voire trois générations d’artistes ont perfectionné leur technique de la fresque monumentale pour orner les demeures. C’est aussi la preuve que les habitants d’Akrotiri avaient, dès le début de ce siècle ou même un peu avant, le goût de cet habillage des murs de leurs demeures.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

En revanche, cette fresque date de la dernière période d’Akrotiri. Cet homme aux traits africains face à un palmier, et avec une grosse boucle d’oreille en or, est représenté au tiers de la taille humaine, ce qui en est le seul exemple à Akrotiri, mais correspond au standard crétois.

 

Il y a quelques autres superbes fresques exposées dans le musée, mais entre les fragments épars qui en ont été récupérés, des dessinateurs ont très largement suppléé aux vides, ce qui en fait des œuvres dont la part supposée est plus importante que la part originale. Je préfère ne pas les publier ici, quoiqu’elles soient de toute beauté, et tellement significatives d’une civilisation qui, la technicité mise à part, n’a rien à envier à la nôtre quoiqu’elle la précède de trois mille sept cents ans.

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Published by Thierry Jamard
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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 23:55
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Après le dramatique accident qui a causé la mort d’un touriste, les consolidations nécessaires ont été effectuées et le site archéologique d’Akrotiri a enfin été rouvert au public après de nombreuses années. Il s’agit d’une ville qui, vers 1600 avant Jésus-Christ, quand le volcan de Santorin a explosé, a été ensevelie sous les cendres, comme le sera dix-sept siècles plus tard Pompéi. Les cendres ont miraculeusement isolé la ville du contact de l’air et de l’humidité, ce qui fait que de merveilleuses fresques ont survécu pendant plus de trois millénaires et demi. Elles ne sont plus sur le site, car une fois dégagées elles ne tarderaient pas à se désintégrer, mais elles ont été transférées en lieu sûr, quelques-unes à Athènes (mon article Athènes, musée archéologique national, daté du 8 mars 2011), d’autres sont restées à Santorin (mon article Santorin daté 19 au 21 septembre 2011), d’autres encore sont dans des réserves où les visiteurs ne sont pas admis… Mais nous pouvons voir ce que le terrible séisme n’a pas détruit. C’est sous ce grand bâtiment que se trouvent les ruines de cette ville.

 

C’est en 1967 que le professeur Spyridon Marinatos, ce grand archéologue dont en plusieurs endroits de Grèce nous avons pu voir les résultats de fouilles, s’attaque à la tâche de dégager le site d’Akrotiri. Dès le début, il avait préconisé la protection de l’ensemble du site qu’il allait dégager sous une couverture unique plutôt que la construction de petits toits indépendants pour chacun des bâtiments qu’il allait mettre au jour. À cette époque, on a jugé que le plus simple, le plus rapide à mettre en place, et le plus léger était une structure en cornières métalliques emboîtées façon Meccano, et une couverture en fibrociment ondulé, d’autant plus qu’au fur et à mesure de l’extension du secteur fouillé il était facile d’en étendre la protection dans toutes les directions. Les années ont passé, la conjugaison de l’air marin humide et salé et des cendres volcaniques acides ont commencé à ronger la structure, et en même temps on découvrait les effets gravement cancérigènes de l’amiante dont était composé le fibrociment. Trente ans après la mise en place de cette toiture, on a dû la remplacer.

 

C’était précisément l’époque où l’Union Européenne promouvait les énergies renouvelables. L’architecte Fintikakis a alors imaginé de combiner protection écologique et énergie renouvelable pour assurer l’éclairage et la ventilation en même temps que le confort pour ceux qui travaillent là comme pour les visiteurs. Il est parti du principe d’Aristote selon lequel tous les corps naturels résultent de l’alliance des quatre éléments fondamentaux, la terre (froide et sèche), l’eau (froide et humide), l’air (chaud et humide), le feu (chaud et sec). On retrouve donc maintenant ces quatre éléments dans le bâtiment qui recouvre le champ de fouilles. Une couche de terre recouvre le toit, assurant une excellente isolation et une harmonisation avec le paysage naturel environnant. L’eau: les quelque douze mille mètres carrés de surface de toiture (le texte dit 3 acres) recueillent les eaux de pluie pour alimenter les besoins des fouilles. L’île est dotée d’un climat très sec, mais du fait de l’énorme surface de récupération des eaux pluviales cela s’avère suffisant. L’air: les longues rangées de fenêtres orientées au nord s’ouvrent automatiquement le soir pour renouveler l’air et laisser entrer la fraîcheur, tandis que dans la journée elles éclairent le site sans jamais être frappées par le soleil. En outre, le verre spécial dont sont faites les vitres filtre les rayons lumineux (représentant le quatrième élément, le feu). On espère ainsi satisfaire à l’évocation historique et philosophique, aux contraintes scientifiques, à l’écologie, aux préoccupations sociales de confort…

 

Toutefois, les fouilles du professeur Marinatos n’ont pas été sans conséquences. Dans The Greek Islands, Lawrence Durrell écrit: “Les superstitions locales donnent la sensation que quelque chose d'avant la grande explosion et la disparition de toute une culture s'est perpétué mystérieusement. Les fantômes surpassent encore les vampires en nombre, et l'ironie n'est pas de mise à leur propos. Voici, d'après Voyage to Atlantis de Mavor, ce qu'en dit un paysan […]: Cet été, ma famille n'a pas pu travailler dans les champs à cause des fantômes. Dans la montagne qui est sortie de la mer il y a des fantômes à l'endroit où on creuse en ce moment. Je les ai vus moi-même. Un matin que j'allais cueillir des tomates juste avant l'aube, il y avait un grand fantôme enveloppé d'une grande lumière blanche qui se protégeait avec un bouclier. Il y en avait beaucoup, ils remuaient tous et pourtant ils avaient l'air d'être solidement à leur poste. Ils sont partis vers la mer, du côté opposé au soleil, pour échapper à la lumière qui marche vers l'ouest”.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

La première installation humaine stable sur le site d’Akrotiri remonte au milieu du cinquième millénaire avant Jésus-Christ. Un coup d’œil à la carte affichée sur le site permet de comprendre ce choix d’établissement. L’île principale est le grand fragment est du volcan et l’extrémité sud offre des baies profondes bien abritées. Les populations qui se sont établies ici disposaient donc de mouillages sûrs pour leurs embarcations qui n’étaient pas armées pour résister à des mers trop fortes. D’autre part, on est là à une centaine de kilomètres (puisque c’est en mer, je devrais dire une soixantaine de milles) de la côte crétoise, ce qui facilitait les échanges. On comprend aisément comment a pu se développer ici une grande civilisation cosmopolite et commerçante. Ce qui n’était au début qu’un petit village néolithique (derrière ce mot, il ne faut pas voir des gens vêtus de peaux de bêtes, ne s’exprimant que par des grognements inarticulés et peignant des bisons sur les murs de cavernes, mais des hommes et des femmes capables de se bâtir des habitations, de confectionner des poteries de formes recherchées, d’utiliser toutes sortes d’outils) a évolué tout au long de l’âge du bronze au troisième millénaire en développant un centre proto-urbain et un port pouvant commercer avec l’environnement au sein de la mer Égée. Un grave séisme est venu détruire ce premier établissement, qui s’est reconstruit sur ses ruines, approximativement de 2100 à 1650 avant Jésus-Christ. Dans cette période, le commerce s’est encore développé, les échanges sont allés bien au-delà de l’Égée, en méditerranée orientale, et les contacts avec l’Égypte étaient intenses. Et puis aux alentours de 1650 une nouvelle catastrophe naturelle, un séisme de grande ampleur, a de nouveau détruit la ville. La reconstruction qui est alors intervenue prouve le dynamisme, mais aussi la richesse de la ville. Les riches habitants avaient envie de montrer leur statut social en ornant les murs de leurs demeures de superbes fresques. Et voilà que, peu avant la fin de ce dix-septième siècle, un nouveau tremblement de terre a abattu bien des bâtiments, et très peu de temps après une éruption majeure, avec explosion du volcan, a tout noyé sous une épaisse couche de pierres ponces et de cendres, pour le malheur des habitants, mais pour la joie des archéologues d’aujourd’hui qui dégagent les trésors ainsi conservés, témoins d’une époque brillante de la civilisation de Santorin.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Non seulement le visiteur peut dès l’entrée trouver toutes les informations de situation, mais en outre une grande maquette représente l’ensemble de la superficie fouillée, avec tous les détails, y compris les colonnes de soutènement ajoutées lors des fouilles, et même avec de petites silhouettes de personnages pour symboliser les lieux publics.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

On tombe d’abord sur un grand bâtiment qui marquait l’entrée de la ville. Il s’élevait sur trois niveaux et comportait de vastes espaces intérieurs, avec des murs peints de fresques. Considérant la découverte d’un bassin lustral, les espaces pouvant accueillir nombre de personnes, l’étonnante absence de toute vaisselle, de tout ustensile de cuisine, et au contraire la présence d’accessoires de cérémonies, les archéologues pensent qu’il devait s’agir d’un bâtiment destiné à des rituels. D’après les programmes iconographiques sur les murs, on comprend que les participants étaient séparés selon leur sexe, ce qui laisse penser que les cérémonies étaient des rites de passage, pour les jeunes de la société locale.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Cet autre grand bâtiment de vingt mètres de long était lui aussi sur trois niveaux et même, du fait de la pente du terrain, il devait y avoir un quatrième niveau, en-dessous, du côté où le sol était plus bas. Les dimensions de la construction, les larges escaliers, la décoration murale représentant une procession montant les marches, tout cela fait penser à un bâtiment administratif, peut-être le service responsable de la construction et de la maintenance des installations publiques telles que le pavage des rues et le système d’approvisionnement en eau et d’écoulement des eaux usées.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Continuant à me promener dans les ruines, je vois alterner tantôt des constructions agglutinées les unes aux autres, tantôt des espaces où se succèdent les restes de grandes salles alignées. Il n’est pas toujours aisé de savoir l’usage de chacun des bâtiments.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Nous sommes seuls ici sur ce site qui, en cette saison, n’attire personne (alors qu’à Théra la foule se presse déjà dans les rues, et je crains qu’en été ce soient la mer et le ciel bleu qui aient plus d’attrait que les civilisations du passé…). Mais peu avant de quitter Athènes, je parlais avec des touristes allemands dans le tram, et c’est cette conversation qui m’a inspiré les mots que j’ai écrits plus haut au sujet des hommes des cavernes vêtus de peaux de bêtes. Ils n’imaginaient pas qu’avant l’époque classique (qu’ils situaient d’ailleurs vaguement “quelques siècles avant notre ère”) on ait pu construire de vraies maisons. Je pense que si j’avais pu les prendre par la main et les emmener à Akrotiri, ils seraient tombés à la renverse d’ébahissement. Après l’éruption, un torrent s’est déversé ici, déposant la boue qu’il avait arrachée sur son passage des deux côtés de son lit, cette boue a séché et a merveilleusement conservé les peintures murales de fleurs et de portraits, qui sont actuellement au musée préhistorique de Santorin, et que je vais montrer un peu plus bas. Loin des cavernes qu’imaginaient mes interlocuteurs du tram, nous voyons ici de vrais bâtiments en dur, aux murs revêtus de crépi, avec des portes et des fenêtres. Pas de grandes différences avec ce qu’un séisme laisserait de nos jours en France ou en Allemagne. Sauf le fait que le soleil étant ardent, les ouvertures étaient plus petites que dans nos pays où l’on a moins besoin de se protéger de la chaleur. Et puis il est vrai aussi que la climatisation n’existait pas. J’ajoute que c’est aussi dans ces bâtiments qu’ont été retrouvés des meubles de bois dont l’empreinte en plâtre a été réalisée, et que l’on peut voir au musée: j’ai montré un guéridon sculpté dans mon article de septembre 2011.

 

C’est dans ce bâtiment que l’on a retrouvé ces doubles cornes d’un modèle que nous avons vu souvent lors de nos visites de sites archéologiques et de musées en Crète. Ces cornes de consécration étaient probablement situées au-dessus de l’entrée principale des bâtiments.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Ce que je montre ici ne provient pas de cet ensemble de bâtiments de la place centrale de la ville, mais puisque je viens de parler des meubles qui se trouvaient dans les maisons, en voici un exemple. Et aussi un petit bassin avec évacuation de l’eau, à interpréter comme un évier ou un lavabo.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

C’est peu à peu, en s’agrégeant en mitoyenneté, que ce complexe s’est construit. Vu ainsi d’en-haut, on se rend compte qu’il y avait une réelle conception architecturale, des couloirs desservant les pièces, les unes étant contiguës mais avec leur accès individuel, les autres étant indépendantes.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

La voierie d’Akrotiri comportait un réseau très évolué. Une rue principale traversait la ville de part en part, sur un axe nord-sud (première photo). Tout du long, y confluaient des rues secondaires (une rue pavée sur ma seconde photo). Nombreuses aussi étaient les places sur lesquelles donnaient les entrées de maisons, ce qui simplifiait l’accès et le déchargement des animaux qui effectuaient les transports de charges. Il y avait aussi nombre d’impasses qui n’étaient pas destinées à la circulation, mais qui permettaient de procurer de la lumière aux pièces donnant sur les flancs des bâtiments, et par où aussi, peut-être, s’écoulaient les eaux usées.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

La ville étant peuplée devait avoir d’énormes besoins d’eau, mais nulle part n’ont été mises au jour de citernes comme on en trouve dans des établissements mycéniens et qui auraient pu recueillir les eaux pluviales des périodes humides. En revanche, dans les maisons on a retrouvé nombre de jarres ornées de plantes aquatiques, ce qui indiquait qu’elles contenaient de l’eau. Mais c’était de l’eau apportée là dans des outres de peau, eau douce probablement, eau de mer parfois aussi peut-être, mais de toute façon ce n’était pas de l’eau potable. De nos jours, il y a des sources d’eau fraîche au pied du mont du Prophète Élie, une colline située à quelque distance, et un petit bout de canalisation déterré laisse penser que si ces sources existaient là avant le bouleversement géologique survenu au cours des âges, peut-être l’eau potable en était-elle amenée jusqu’à l’entrée de la ville, où une fontaine permettait à la population de s’approvisionner.

 

Concernant l’évacuation des eaux usées, on est mieux renseigné. Les destructions causées par les séismes ont à plusieurs reprises conduit à reconstruire sur les ruines. Le niveau de base s’est donc élevé puisque l’on édifiait au-dessus des gravats. Cela a permis de construire les rues au-dessus de petits canaux de collecte et d’évacuation tracés dans les décombres (dernière photo ci-dessus). Les fouilles, aujourd’hui, les mettent au jour, mais dans la dernière phase, dans la seconde moitié du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, ils couraient sous la surface de la rue. Par ailleurs, les archéologues ont identifié, dans l’épaisseur des murs des maisons, un système sophistiqué de plaques de pierre permettant la descente des eaux usées tout en constituant des pièges à odeurs pour éviter les remontées malodorantes, et le musée en offre (photo ci-dessus) un schéma.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Autre grand bâtiment sur trois niveaux, mais celui-là était très probablement une maison d’habitation, car au rez-de-chaussée ainsi qu’au premier étage on a retrouvé un grand nombre de jarres au fond desquelles restaient un peu d’orge, un peu de farine d’orge, quelques graines, et il y avait aussi des ustensiles de cuisine et de table.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Cette maison se caractérise par une architecture que l’on n’a jusqu’à présent, dans l’état actuel d’avancement des fouilles, retrouvée dans aucune autre sur le site d’Akrotiri. L’entrée est située dans le coin sud-ouest du bâtiment, où logiquement se trouve également l’escalier principal, mais ce qui est inhabituel c’est que l’escalier de service (celui de ma photo) a été construit au centre du bâtiment, contre le puits de lumière carré sur lequel donnent des pièces de chaque étage, desservies par un étroit couloir.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Les fresques ci-dessus, qui ont été transportées au musée préhistorique de Santorin où je les ai photographiées, ornaient les murs de pièces du troisième étage de cette maison. Et en raison des fresques représentant ces deux femmes de ma photo qui se trouvaient dans la pièce à laquelle les archéologues ont donné le numéro 1, ce bâtiment est appelé la Maison des Femmes. Ce qui ne signifie nullement que seules des femmes y vivaient. Ces belles fleurs bleues, qui sont paraît-il des fleurs de papyrus beaucoup plus grandes que nature, ornaient également cette même salle.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Ce secteur d’Akrotiri n’a pas encore été entièrement fouillé. Jusqu’à présent cependant plusieurs bâtiments ont été en grande partie dégagés, et l’on y a retrouvé quelques-unes des fresques les plus remarquables, qui ont été transportées soit au musée local soit, pour d’autres, au musée archéologique national d’Athènes. Je ne suis pas en mesure, ici, de commenter les bâtiments, mais les ruines font apparaître des constructions si évoluées, si modernes, que j’en montre cependant une poutre de bois noyée dans un mur, et plusieurs escaliers. Toutes ces maisons, en effet, étaient sur deux ou trois niveaux, et parfois plus quand la pente du terrain permettait de doter un souterrain de fenêtres.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

“Quelques-unes des fresques les plus remarquables”, disais-je. C’est dans l’une des pièces du premier étage d’un bâtiment dont les fouilles sont assez avancées, et auquel appartient le dernier escalier que j’ai montré, que l’on a pu récupérer des fragments d’une grande fresque de singes. Le musée en représente de grandes reconstitutions, mais la majeure partie de ces reconstitutions a été peinte par eux sur le mur et seuls ici ou là quelques morceaux de fresque complètent le dessin. J’en conclus que l’imagination a dû jouer une grande part dans ces représentations. Je préfère donc ici ne montrer qu’un petit fragment authentique photographié au musée. Petit, mais remarquable.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

De la même façon, je reste en admiration devant la perfection de la taille de ces pierres et devant la précision de leur assemblage. Nous sommes dans un secteur qui a beaucoup souffert des conditions naturelles, mais ces segments de murs sont très beaux.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Une place de la ville est appelée Place du Moulin parce que, dans une pièce de l’un des bâtiments qui la bordent, a été retrouvée une installation de moulin. Le gros bloc de constructions est constitué, en réalité, d’au moins quatre bâtiments construits les uns après les autres et qui se sont agrégés. Sur ma troisième photo, on voit que de chaque côté du linteau de la large fenêtre il y a des trous carrés: y étaient insérées les jambes d’un auvent qui protégeait la fenêtre. Le toit était en terrasse, et au-dessus de la fenêtre des conduits en terre cuite permettaient à l’eau de pluie de s’écouler un peu en avant de la façade et non le long de murs. Considérant que la taille de la fenêtre et sa position évoquaient plutôt une vitrine, et confortés dans cette opinion par la nature des poteries et des vaisselles de pierre trouvées à l’intérieur, les archéologues en ont conclu qu’il s’agissait d’une boutique vendant ce genre d’objets.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Là encore, des constructions, au moins quatre, se sont agrégées les unes aux autres peu à peu. À l’étage supérieur, on a retrouvé des jarres placées dans les portes de la grande salle et les spécialistes pensent que c’était pour les protéger du séisme. C’est exprimé ainsi, sans plus d’explications… je ne comprends pas bien en quoi elles étaient mieux protégées à l’étage… Au rez-de-chaussée, on a trouvé une grande quantité de vaisselle de terre cuite et de pierre, ainsi qu’un squelette de porc. L’explication de cet animal en cet endroit, dans la maison, est que très probablement il avait été tué et suspendu au plafond, prêt à être découpé pour être cuisiné lorsqu’est survenue la catastrophe.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Tout un immense mur intérieur du site est recouvert de photos et d’explications. On nous montre l’équipe qui a travaillé là, pour la “photo de famille”, ou à table, ou sur le terrain, les outils à la main. Ce que je vais montrer maintenant, ce sont des photos que j'ai prises sur ces panneaux. Ci-dessus, le lieu où ont été rassemblées les poteries qui ont été sorties de terre. Il y a aussi cette photo de cordes et de filets que le temps n’a pas réussi à complètement ronger. Je ne montre pas ici des morceaux de bois qui pour l’archéologue sont fort intéressants mais qui, sur la photo, ne sont que des taches noires…

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Le professeur Marinatos avait souhaité, dès le départ, que tout soit prévu sur place, non seulement pour l’hébergement des fouilleurs et des scientifiques, mais aussi pour la restauration des objets exhumés. Il y a ainsi tout un tas d’ateliers spécialisés. Ici, nous voyons une personne qui travaille dans l’atelier de restauration des métaux.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014
Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Sous les murs de maisons effondrées, beaucoup de récipients de terre cuite ont été brisés. Les fouilleurs dégagent les morceaux un par un, soigneusement, les répertorient pour savoir précisément où chacun d’eux a été retrouvé, parce que cela rendra possible (je n’ose pas dire plus facile!) le gigantesque puzzle au terme duquel seront reconstitués les pots, les plats, les jarres, les vases, les ustensiles que l’on admire aujourd’hui au musée préhistorique de Santorin.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Ces travaux de reconstitution ont donné lieu à cette amusante photo d’un archéologue à l’œuvre, mais ici les morceaux plus grands s’ajustent (un peu) plus facilement.

Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014

Et pour terminer, cette image qui montre comment on fixe ensemble les morceaux pendant que la colle est en train de prendre. Mais, je le répète, je n’ai pas assisté à tout cela, je ne fais que reproduire ici les photos affichées sur le mur du site. Mes photos à moi, ce sont toutes celles des ruines.

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 23:55

Nous avons lu, ici ou là on nous a dit, qu’il fallait absolument visiter le monastère du Prophète Élie (η μονή του Προφήτου Ηλία, soit i moni tou Profitou Ilia). Inutile de le répéter, nous y courons. Ce sont deux frères de Pyrgos, Gabriel et Joachim Belonias, qui en 1711 ont créé ce monastère sur un mont à proximité de l’Ancienne Théra.

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Ils se sont installés sur cette colline volcanique, à une altitude de 567 mètres (oui, la montée est rude car nous sommes tout près de la mer), là où il y avait deux chapelles, l’une dédiée au Prophète Élie et l’autre à la Présentation de Jésus au Temple. Construire un monastère, cela coûte évidemment très cher, et dans la Grèce sous pouvoir ottoman les conditions de vie sont, dit le panneau explicatif, difficiles. Il est possible que beaucoup de gens aient été pauvres, mais il y avait aussi des Grecs riches. Nous avons vu les armateurs de Spetses et d’Hydra (voir mes articles à chacun de ces deux noms, datés du 4 et du 5 avril 2012), nous allons bientôt voir Andros avec, aussi, de riches armateurs, il y avait en diverses provinces des propriétaires terriens produisant des fruits pour l’exportation, bref il existait au dix-huitième siècle en Grèce une catégorie sociale qui disposait de moyens. Je ne suis donc pas d’accord avec ce qui est écrit, mais le fait est que les frères se sont tournés vers les habitants originaires de Santorin qui étaient allés s’établir à Constantinople et y menaient des affaires lucratives.

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014
Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Quand on arrive sur le jardin terrasse, on se rend compte que les lieux sont très agréables, avec une vue magnifique. Du moins d’un côté, parce que la vue sur la mer doit survoler l’aérodrome, qui n’est pas des plus esthétiques, hélas.

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014
Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Et puis aux abords du monastère poussent en abondance ces grosses fleurs jaunes très jolies et que je n’avais jamais vues ailleurs, autant que je me souvienne.

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Les fleurs, c’est bien pour l’environnement, mais ici il y a aussi moins bien. Le monastère a fermé en 1982 et, quand il a rouvert en 1998, il avait été investi par les militaires pour qui cette position élevée était très favorable à l’installation d’antennes. Il a fallu dix ans aux moines pour obtenir qu’on les enlève, mais leur effet est encore sensible, et justifie la présence du panneau que je montre sur ma photo:

 

“ATTENTION, DANGER DE MORT.

Radiation cancérigène incontrôlée du radar militaire voisin.

ON PRIE

les pèlerins du saint monastère et les visiteurs de l’île ayant un pacemaker, de même que les petits enfants, de ne pas approcher dans un rayon de cinq cents mètres. Danger de rayonnement”.

 

Et voilà. C’est charmant, non?

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014
Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Laissons là les rayonnements cancérigènes des installations militaires, et voyons ces jolies petites mosaïques modernes qui décorent de loin en loin le mur du chemin d’accès.

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014
Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Nous nous dirigeons à présent vers le monastère, et franchissons son mur d’enceinte sous le campanile qui surmonte la porte.

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014
Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014
Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Et nous y voilà. Nous allons vers la porte, mais nous la trouvons close. Nous la poussons fort, non, elle est bien fermée. Pas de sonnette. Nous frappons fortement sur le bois de la porte. Eh bien, décidément, c’est fermé. Notre visite du monastère tourne court. Nous allons redescendre bredouilles.

Le monastère du Prophète Élie à Santorin. 10 avril 2014

Pourtant, je n’ai pas la berlue. Ce n’est pas un site Internet farfelu ou pas mis à jour, qui nous a informés des horaires. C’est écrit ici même, dans l’enceinte du monastère. Il est ouvert tous les jours (c’est dit en grec καθημερινά et en anglais daily) jusqu’au coucher du soleil (έως τη δύση του ηλίου, to sunset time). Ma photo de la porte close, je l’ai prise à 17h48. Le 10 avril, à cette heure-là, le soleil n’est pas près de se coucher. Je consulte le site www.sunrise-and-sunset.com et j’y vois, pour le 10 avril 2014 en Grèce, que le soleil se couche à 19h46 (heure locale) à Santorin et à 19h55 à Athènes. Alors, pourquoi fermé? Je l’ignore, mais quelle que soit la raison, la frustration est bien là…

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 23:55
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

Dans mon précédent article, nous nous sommes un peu promenés dans les villages de Santorin. Cette fois-ci, nous sommes à l’opposé de Mégalochori par rapport à Pyrgos. Nous allons découvrir l’église de la Panagia Épiscopi, dominant un site grandiose. Bâtie vers l’an 1100 sur décision de l’empereur byzantin Alexis Premier Comnène pour en faire la cathédrale de l’île (siège de l’évêque d’où son nom “Épiscopi” qui signifie “épiscopale”), elle est l’église la plus ancienne de Santorin. Certes, nous avons vu dans l’Ancienne Théra puis à Périssa des églises paléochrétiennes antérieures de six siècles à celle-ci, mais dans quel état! L’église de la Panagia Épiscopi a résisté dans sa structure à tous les séismes, même si celui de juillet 1956 l’a fait beaucoup souffrir et a nécessité une longue rénovation qui s’est prolongée jusqu’en 1986, et nous pouvons la voir aujourd’hui presque comme elle était il y aura bientôt un millénaire.

 

Les tremblements de terre n’ont pas été les seules épreuves subies par la Panagia Épiscopi, qui a connu en 1915 un incendie où ont été consumée la plupart des livres précieux qu’elle contenait, des documents anciens, des habits sacerdotaux, épargnant heureusement les fresques et les icônes. Et puis, en 1982, pendant les travaux, elle a subi un vol d’importance, vingt-six icônes portables ont disparu, et avec elles trois fresques encadrées qui ont été détachées du mur. À ce jour aucune de ces pièces de grande valeur n’a été retrouvée.

La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

Avant d’entrer, nous remarquons cette grande cuve sur la terrasse près de l’église. Nous allons effectuer la visite seuls, sans personne à qui nous pourrions poser des questions, aussi en suis-je réduit à chercher tout seul une réponse à mes questions. S’agit-il de fonts baptismaux? Chez les Orthodoxes, le baptême se fait par immersion, non pas en versant un peu d’eau sur le front du catéchumène, cela pourrait donc convenir pour baptiser un bébé, mais en plein air, hors de l’église? Après tout, peut-être, le symbolisme serait alors que l’enfant nouvellement baptisé entre dans la communauté des chrétiens, il pénètre alors dans l’église (avec une minuscule) et dans l’Église (avec une majuscule) puisque le mot église vient du mot grec εκκλησία qui signifie assemblée, ou plus précisément vient du latin ecclesia qui, lui, est directement emprunté au grec.

La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

Face à nous en entrant, nous voyons d’abord cette belle iconostase travaillée surmontée d’aigles en bois. Selon la tradition, dans la partie supérieure quatorze icônes représentent les moments-clés de la vie de Jésus (elles sont post-byzantines), tandis que de part et d’autre de la porte royale il y a à gauche une Vierge à l’Enfant et à droite un Christ bénissant. La partie inférieure de bois sculpté, très ancienne, date de l’origine de l’église, au tournant des onzième et douzième siècles.

La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

À présent, quelques détails de cette église de dimensions modestes (seulement 14x11,10m.) mais qui comporte de très belles choses et dont l’ancienneté est émouvante. Par exemple, ici nous voyons le remarquable travail du marbre.

La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

Nulle part je n’ai lu qui était enseveli là. Aucun de mes livres n’en parle, et sur Internet je n’ai pas trouvé un seul site qui s’y intéresse, pas une seule photo. Difficile de comprendre comment personne ne trouve belle cette peinture…

La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

Et puis il y a ces merveilleuses fresques. L’Islam interdit la représentation humaine. En effet, il est dit dans la Genèse que Dieu créa l’homme à son image, et il est impensable de reproduire le visage de Dieu. Je suis d’ailleurs très étonné de voir, sur des sites touristiques où la foule se presse, des hommes à longue barbe et en djellaba, des femmes en foulard et robe noire enveloppante, parfois même en niqab, ce qui laisse penser qu’ils sont musulmans, prenant des photos où il est matériellement impossible que n’apparaissent pas des êtres humains. Mais après tout c’est leur problème, cela ne fait de mal à personne et je ne suis pas musulman. Bref, quand les Ottomans ont pris possession de l’île conquise pour eux par Barberousse en 1537, ils ont recouvert de plâtre toutes ces fresques qui offensaient leurs convictions. Ils avaient fait de même à Sainte-Sophie de Constantinople après sa conquête en 1453, mais dans certains autres lieux ils ont purement et simplement détruit les fresques, parfois aussi ils ont creusé les yeux pour supprimer le regard censé exprimes l'âme. Heureusement, ici, on a pu récupérer les fresques sous le plâtre.

 

La première de mes photos, c’est évident, représente un Christ; la seconde, une Dormition de la Vierge; et si je lis bien ce qui est inscrit autour du personnage de la troisième photo, il s’agit de saint Épiphane.

La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

Pour terminer, voyons le remarquable travail du bois sculpté. Ici, c’est le pied de la chaire épiscopale.

La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014
La Panagia Épiscopi, à Santorin. Mercredi 9 avril 2014

Le plus surprenant, le plus admirable, est sans doute le travail de l’iconostase. Il s’agit de sculptures réalisées au dix-septième siècle. Ce n’est donc pas ce que l’on était censé voir à l’origine.

 

J’ai montré principalement ce qui appartenait à l’église qui, à la fin du onzième siècle et au début du douzième, remplaçait une basilique primitive. Volontairement je me suis abstenu de publier les ajours architecturaux résultant des luttes absurdes entre catholiques et orthodoxes. En effet, longtemps les deux cultes se sont partagé l’usage de cette église puis, à deux reprises, sur requête du patriarche de Constantinople, le sultan a publié un firman attribuant l’église aux orthodoxes, puis une chapelle a été adjointe au dix-septième siècle pour l’usage des catholiques. Ce qui m’intéressait c’était le bâtiment original.

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 23:55

En visitant les sites archéologiques d’Akrotiri et de Théra (deux futurs articles) et aussi en visitant les vignobles, nous nous sommes déjà rendus hors de la capitale de l’île de Santorin. Dans le présent article, nous allons faire un petit tour dans cette même “province”, mais hors des sites archéologiques et de la vigne.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Nous allons commencer par Pyrgos, qui dévale de la colline, au centre de l’île. C’est un petit village sympathique qui a su garder son authenticité malgré les nuées de touristes qui s’abattent toujours plus nombreux sur Santorin. J’ai lu quelque part qu’il y avait 48 églises et chapelles (dont, paraît-il, 33 églises)… Or, au recensement de 2001, Pyrgos comptait 732 habitants. Une église ou chapelle pour quinze… En 1956, un terrible tremblement de terre a très sérieusement endommagé un grand nombre d’entre elles, et certaines ont été restaurées. En parcourant le bourg, nous allons en voir quelques-unes.

 

Pyrgos est un bourg fortifié, l’une des cinq forteresses construites par les Vénitiens dans l’île pendant son occupation. En grec, le mot pyrgos (πύργος), c’est une tour (la Tour Eiffel se dit ο Πύργος του Άιφελ), et par dérivation, à partir de la tour de défense, c’est le château fort, la forteresse. Pyrgos est en effet un village médiéval fortifié, coiffé par son “petit Kastro”, son Kasteli. Je lis, un peu partout dans les guides et livres en français, Kastelli, avec deux L. Que, pour maintenir le son S plutôt que Z entre deux voyelles, on transcrive un seul sigma par deux S, je le comprends; mais pour L? Je fais ici à titre d’exemple un copier-coller de Wikipédia en grec: Ο Πύργος ήταν ένα από τα πέντε καστέλια του νησιού (Pyrgos était l’une des cinq forteresses de l’île); ou, plus loin: Μέσα στο καστέλι του Πύργου (à l’intérieur de la forteresse de Pyrgos). Kasteli avec un seul L.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Je ne parlerai du Kasteli que tout à l’heure, mais je commence par une église qui se trouve à l’intérieur de l’enceinte de la forteresse, parce qu’elle est l’une des plus anciennes de Pyrgos et même de l’île de Santorin. C’est la Théotokaki, une église de la Vierge que l’on appelle aussi Koimêsis (que l’on prononce Kimississ), c’est-à-dire église de la Dormition. Certaines sources font remonter ses origines au dixième siècle, et dans l’état où nous la voyons elle est des années 1400.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Autre église du Kasteli, celle-ci est de 1660-1661 et elle a pour nom Εισόδια της Θεοτόκου (Isodia tis Théotokou, Entrée de la Mère de Dieu, autrement dit église de la Présentation de Marie au temple).

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Nous sommes donc redescendus (provisoirement) du Kasteli. Cette église, avec ce joli clocher, c’est Agios Nikolaos (Saint-Nicolas).

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

L’église que je montre ici est dédiée à saint Spyridon. En dehors de son nom, qui est inscrit sur la façade, je n’ai trouvé aucune information sur cette église, si ce n'est de nombreux articles qui parlent des célébrations qui y ont lieu.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Ici, nous voyons l’église de la Sainte-Trinité. Cette église était le catholicon d’un petit monastère. En très mauvais état à la suite du séisme de 1956 (il n’en restait debout que le mur nord et une partie du sanctuaire), elle a été restaurée en 1975 et héberge maintenant un musée ecclésiastique que nous n’avons pas visité. Il paraît qu’il s’y trouve une collection d’icônes, des sculptures, des vêtements liturgiques, etc.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Sur une stèle près de cette église on peut voir cette plaque (cf. ma photo du flanc de l’église), et une explication. C’est la représentation de Liza Patiniotou Marinou (1905-1997), qui est à l’origine de la restauration à la suite du tremblement de terre, ainsi que de la collecte et de l’installation des collections du musée.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Puisque je viens de parler d’une personne qui s’est illustrée à Pyrgos, j’en profite pour montrer ce haut d’un monument aux morts, situé devant l’église Saint Nicolas. Le texte gravé dit “Tombés pour la patrie, 1912-1921”. Chez nous, la Première Guerre Mondiale, c’est 1914-1918, et c’est déjà suffisamment affreux et suffisamment long. Ici, il y a eu d’abord les Guerres Balkaniques, et ensuite la guerre gréco-turque. En marge des atrocités de la guerre en elle-même, il y a eu les dissensions politiques, le roi étant favorable au côté allemand, son premier ministre Vénizélos au côté des Alliés, ce qui l’a amené à faire sécession et à créer un gouvernement parallèle à Thessalonique avant de revenir au pouvoir.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Une grande église, un haut clocher… mais nulle part je n’ai trouvé soit son nom, soit sa date, rien. En la cherchant parmi les centaines d’images proposées par Google, on ne la voit pratiquement jamais, quand parfois elle apparaît on ne lui donne pas de nom et même sur un site j’ai vu que c’était devenu un hôtel de luxe. Ce dont je doute fort, car je pense que les croix qui se dressent au sommet du dôme et du campanile auraient été ôtées.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

La petite ville de Pyrgos est restée, je le disais tout à l’heure, très typique et authentique. Il y a certes des rues modernes que hantent les voitures, mais les rues ne sont pas toutes de larges avenues, comme le prouve cette photo.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

De même, montant vers le Kasteli, qui par mesure de sécurité ne comportait qu’une seule entrée, la rue en escalier est fort étroite.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Le moyen, dans ces conditions, de procéder au ramassage des ordures ménagères? Eh bien on a recours au seul “véhicule” qui puisse monter des marches, franchir des passages étroits et s’accommoder de lourdes charges, c’est le brave âne, que l’on dit têtu mais qui ne rechigne pas devant ce travail ingrat.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Encore quelques images de l’architecture si particulière, si originale, de Pyrgos. Au sujet de Santorin, on a coutume de montrer des images de la capitale, Théra, ou surtout d’Oia, dont je vais parler (très brièvement) dans un instant, mais à mon avis Pyrgos est encore beaucoup plus typique et intéressant.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Ceci, c’est la vue que l’on a depuis les hauteurs de Pyrgos. Et bien entendu, on ne peut manquer de trouver dans le paysage une chapelle.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Hé oui, les chapelles sont omniprésentes dans le paysage de Santorin. De Grèce en général, mais sans doute encore plus dans celui de Santorin. Celle-ci date de 1872 et elle est dédiée à la Fanéroméni (c’est-à-dire à [la Vierge de] l’Apparition).

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Puisque j’ai dit que je parlerais très brièvement de Oia, nous y voilà. D’abord le nom: puisque le grec moderne ne prononce plus OI en OY’ comme autrefois, mais que ces deux lettres sont devenues un simple I, on prononce ce nom IYA, en faisant porter l’accent tonique sur le I.

 

Tous les guides, et la rumeur publique, chantent les louanges des couchers de soleil à Oia. Nous sommes allés pour y voir un coucher de soleil. C’est vrai que c’est magnifique, exceptionnel, mais à la vue des milliers de touristes qui prenaient tous la même photo au même moment, j’ai renoncé à le faire moi-même. À quoi bon publier une image que chacun a déjà sur son smartphone ou sur sa carte mémoire, ou qu’il peut trouver à l’infini sur Google? Dans mon article de ce blog Santorin. Du lundi 19 au mercredi 21 septembre 2011, j’avais montré des images de la ville, je me limite donc ici à ces deux seules photos.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

En roulant à travers l’île, il arrive que l’on voie encore des corps de moulins à vent. Ils ne sont plus en fonctionnement depuis longtemps, ils n’ont plus leurs ailes, ils sont en très mauvais état, mais ils sont bien décoratifs dans le paysage, campés sur les collines, là où le vent souffle le plus fort.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Nous sommes ici à Périssa, petite ville en bord de mer, et nous voyons une basilique paléochrétienne construite à la fin du cinquième siècle puis dans la deuxième moitié du sixième siècle et consacrée à sainte Irène (Αγία Ειρήνη, Agia Irini). Encore une fois, c’est le hasard qui a permis sa découverte en 1992: travaillant à étayer les restes d’une église des huitième, neuvième siècles (mes quatrième et cinquième photos), les chercheurs sont tombés sur cette basilique à trois nefs d’une longueur de vingt-cinq mètres. Son sol, situé à deux mètres sous le sol actuel, ne pourra pas être dégagé avant plusieurs années.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

En dehors de cette intéressante basilique, Périssa est surtout une station balnéaire, avec sa grande plage de sable noir volcanique.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

La plage finit au pied d’une falaise qui, tout au bout, est baignée dans la mer. Je n’ai vu personne agrippé à cette falaise, mais elle doit être fréquentée par des alpinistes, parce qu’un panneau bilingue anglais/grec met en garde contre les risques:

L’escalade est une activité dangereuse par nature comportant certains risques, y compris mais pas exclusivement le risque de blessure grave ou de mort

Vous êtes responsable de votre propre sécurité

Une chute de pierre peut être extrêmement dangereuse pour les gens en-dessous

Les jeunes de moins de dix-huit ans doivent être surveillés par un adulte

L’escalade de nuit n’est pas autorisée

Il est interdit de conduire dans ce secteur quand il y a des alpinistes

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Nous sommes arrivés à Mégalochori dans la soirée du 10. Nous avons fait un petit tour en ville, mais nous avons décidé de revenir au matin pour mieux visiter. Ce qui explique mes photos de jour et mes photos de nuit. Original et esthétique, ce clocher qui enjambe la rue. Pendant toute la promenade du matin, nous avons profité de la compagnie de ce sympathique chien qui ne nous a pas quittés. Nous n’avions rien à lui donner à manger, il trottait devant nous sans attendre de caresses, il était là par pure amitié, par ce que les Grecs appellent la “philoxénia” qu’ils cultivent depuis l’antiquité.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

La principale église de Mégalochori est celle des Isodia tis Théotokis (la Présentation de Marie). Une grande et belle église à dômes dont la façade n’est pas exceptionnelle mais est ornée de cette Vierge à l’Enfant.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Juste en face de l’église, on voit ce fronton sculpté. Quoique l’on ait trouvé sous le sol de ce village des preuves d’un habitat qui remonte au moins à deux mille ans avant Jésus-Christ, le village actuel de Mégalochori remonte au dix-septième siècle (de notre ère!), et en sont témoins de nombreuses maisons de cette époque. La culture de la vigne et la production du recherché Vinsanto ont fait la richesse des habitants de ce petit bourg (aujourd’hui, il s’y trouve la troisième plus importante cave de l’île) où chaque producteur s’est construit son αρχοντικό (archontiko), que je traduirais par “riche demeure”. Ce n’est généralement pas un manoir isolé, le terme d’hôtel particulier ne correspond pas exactement à la réalité, mais c’est une confortable grande maison de ville élégamment meublée et décorée.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

La Municipalité soigne l’apparence de la ville, qui est bien entretenue et ornée de plantations, comme en témoigne cette place.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

En quête de… ce que je vais montrer ensuite, nous sommes sortis du village. Je me suis arrêté quelques instants devant cette mignonne petite chapelle comme on en trouve beaucoup dans l’île.

Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014
Pyrgos, Oia, Perissa, Mégalochori à Santorin. Du 9 au 11 avril 2014

Ce que je souhaitais trouver (mais ce n’est nulle part indiqué) c’est ce cube de pierre de taille (enfin, presque cubique, 4,18x3,59m.) qu’une croix au-dessus de la porte désigne comme une chapelle, Agios Nikolaos Marmaritis, soit Saint-Nicolas-de-Marbre. En quittant Mégalochori vers le sud, on le trouve sur la gauche de la route juste avant d’entrer dans Emporio, le village voisin. Une bien curieuse chapelle, en vérité, et ce n’est guère étonnant si l’on sait que c’est en réalité un monument antique, antérieur au christianisme. C’est au troisième siècle avant Jésus-Christ qu’a été construit ce temple miniature dédié à la déesse Basileia, selon une inscription à l’intérieur (où nous n’avons pas pu pénétrer), et que ceux qui l’ont édifié ont utilisé comme tombe familiale. Puis, lors de la christianisation de l’île, au quatrième siècle, on en a fait une chapelle.

 

Suite à une découverte publiée en 1884 par un archéologue allemand, il est généralement admis que la déesse vénérée au cinquième siècle sur l’Acropole d’Athènes –et par suite dans les Cyclades, quoique Santorin et Milo soient les deux seules Cyclades à ne jamais avoir intégré la Ligue de Délos chapeautée par Athènes– sous le nom de Basileia était celle que l’on appelait la Grande Mère ou la Mère des Dieux, c’est-à-dire la déesse phrygienne Cybèle. Mais Diodore de Sicile raconte que la Titanide Basileia “éleva tous ses frères, et leur prodigua les soins d'une mère. Aussi fut-elle surnommée la Grande mère. […] Plus tard, pour avoir des enfants qui pussent lui succéder dans la royauté, elle épousa Hypérion, celui de ses frères qu'elle aimait le plus. Elle en eut deux enfants, Hélios et Séléné, tous deux admirables de beauté et de sagesse”. Sur ce blog, dans mon article Le site de Delphes daté du 23 mars 2014, je racontais cette même histoire, en parlant de Theia, non de Basileia: il semble que seul Diodore lui donne ce nom, mais ce qui nous intéresse ici, c’est qu’il l’appelle la Grande Mère, comme Cybèle.

 

Et voilà comment, quoique les visites que je raconte ici nous fassent aller de l’époque paléochrétienne à l’époque contemporaine, je viens de me retrouver nageant dans la mythologie antique juste avant de terminer!

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 23:55

En septembre 2011, nous sommes déjà venus à Santorin. Un touriste ayant été tué, il y a bien des années, par l’effondrement d’une ruine sur le site archéologique d’Akrotiri, j’avais beaucoup regretté de ne pouvoir visiter ces vestiges extrêmement intéressants du deuxième millénaire avant Jésus-Christ car les travaux de mise en sécurité étaient toujours en cours, et je l’avais dit dans l’article de mon blog. Or une correspondante, lisant cela, m’a fort gentiment écrit pour m’informer que le site était rouvert. Pouvions-nous, dans ces conditions, ne pas revenir à Santorin? Nous avons décidé de consacrer le printemps et l’été de cette année à la visite d’îles grecques, et c’est par Santorin que nous commençons la série.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

La nuit a été courte, parce que nous avons dû nous rendre du camping d’Athènes au port du Pirée, puis aller nous embarquer sur le ferry. La première photo ci-dessus, prise alors que le navire commence à s’éloigner du quai, est prise à 06h26. Puis nous traversons tout le port, passons devant ce navire de guerre, et gagnons le large en polluant le Pirée avec notre fumée noire.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Nous faisons une escale à Ios à 13h30. Sept heures que nous sommes à bord. Pas question de descendre à terre, l’escale est de courte durée. Nous observons le mouvement depuis le pont supérieur.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Et voilà, nous sommes arrivés. Cette inscription nous souhaite, en grec, “Bienvenue à Santorin”, et c’est signé “Municipalité de Théra”. Dans la plupart des îles grecques, la capitale de l’île porte le nom de l’île tout entière, ou très souvent aussi elle est appelée “Chora”, ce qui veut dire “Pays”, mais ici, Santorin (en grec, on prononce Sadorini), c’est l’île, et sa capitale s’appelle Théra (en grec, le TH se prononce un peu comme en anglais, et l’ancien êta, c’est-à-dire le E long ouvert, est devenu I. On dit donc Thira). Et puis, pour les appentis hellénistes qui ont peut-être remarqué que ΣΤΗ (STI) est féminin, précisons qu’en grec les noms d’îles sont féminins, même ceux qui se terminent en –OS comme Paros ou Andros.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Nous avions réservé une chambre à NECTARIOS VILLA, dans cette grande maison rose, et la bienvenue affichée au port a été confirmée à l’arrivée dans le logement. C’est avec un gâteau et un café que la propriétaire nous a accueillis. Et comme l’endroit, en outre, est agréable, c’est une adresse à recommander.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Puisque j’ai déjà amplement présenté Santorin dans mon article de 2011, je me contente d’un bref rappel. C’est un ancien volcan qui a explosé, le centre du cratère est toujours actif, et la ville est juchée sur le rebord de l’ancien cône. La pente est très abrupte entre Théra et son port.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Pour passer de l’un à l’autre, la solution la plus simple, la plus économique, et la plus fatigante consiste à s’armer de courage et à suivre le chemin qui grimpe dur, avec des marches ici ou là. La route à voitures monte rude, elle aussi. Mais il est infiniment plus confortable et reposant de céder à la paresse et d’utiliser le téléphérique. Par endroits, lors du trajet, on peut voir que la falaise est à pic, et c’est alors qu’elle révèle ses strates géologiques de toutes les couleurs, mais le noir de la lave prédomine.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Lorsque les brochures touristiques ou les affiches parlent de Santorin, ou même d’ailleurs de n’importe quelle île de la mer Égée, on ne peut manquer de trouver une photo de l’architecture typique de Santorin. Cet enchevêtrement de maisons blanches et de ruelles étroites est typique, et c’est vrai qu’il vaut le coup d’œil, mais ce n’est pas la seule chose à voir…

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Car on peut regarder vers la ville de Théra, on peut aussi, de la ville, regarder vers la mer, vers le centre du cratère, vers cette île qui reste le foyer actif du volcan et que l’on appelle la Caldera (les géographes utilisent ce mot espagnol qui veut dire la Chaudière). C’est splendide.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Tout à l’heure, je présentais le téléphérique comme l’alternative à la montée à pied. Le mot alternative signifiant qu’il n’y a que deux solutions est impropre, car il y en a une troisième, c’est l’âne taxi (et même une quatrième toute bête et banale, le bus). L’âne était le moyen ancien traditionnel, aujourd’hui avec la vague touristique il reprend du service.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Oh là là, il couche les oreilles, celui-là, en signe de mécontentement. Je ne lui ai rien fait, moi! Ah, si, peut-être, il veut sans doute protester parce que je bafoue son droit à l’image, en le photographiant sans son consentement. Et pire, aujourd’hui je publie sa photo sur le net.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

“Attention”, dit cette affiche, “Ne stationnez pas ici, Entrée – Sortie de voiture”. Et en anglais “No parking”. Un peu de grec: la sortie se dit exodos, d’où le mot français exode. Autre remarque, en français nous utilisons un mot bâtard, une automobile, avec le préfixe grec auto “soi-même” et le radical latin mobile, autrement dit un engin qui se meut par soi-même (sans le secours d’une traction animale). Les Grecs, eux, utilisent deux éléments de leur langue, auto et kinito (équivalent du latin mobile, cf. cinéma[tographe] = écriture qui bouge, ou kinésithérapie = soin par le mouvement), soit αυτοκίνητο (prononcé aftokínito). Cela dit, je pense que l’interdiction de stationner ne s’adresse pas qu’aux ânes!

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

En passant dans la rue principale, on a d’en haut une vue plongeante sur cette église de Théra. Elle n’est, à vrai dire, pas spécialement belle, et quand on s’en approche elle est assez massive et lourde, mais on remarque ces icônes peintes sur la porte.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Comme la plupart des villes de Grèce, Théra compte un nombre impressionnant d’églises. Et ce qui est caractéristique, la plupart d’entre elles sont ornées d’un ou de plusieurs dômes peints en bleu vif.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Sur un mur, cette plaque est, selon ce que dit une autre plaque en-dessous (elle est en grec et en allemand, et ne parlant pas un mot de cette dernière langue je traduis ici du grec quoique mon niveau soit loin d’être excellent), “en mémoire reconnaissante au philhellène et Théraien [habitant de Théra] Friedrich Hiller von Gaertringen, 03/08/1864-25/10/1947, qui dans les années 1895-1903 a, sur ses propres ressources, effectué des fouilles sur les lieux antiques de l’île”.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Au hasard d’une promenade en ville, j’ai remarqué ces deux amusantes sculptures. Elles sont situées dans un espace commercial tout moderne auquel elles donnent un peu de vie et de personnalité.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Tout à l’heure, j’ai parlé de la Caldera, cet îlot volcanique qui a émergé au centre de l’ancien cratère et qui est toujours actif et peut, un de ces jours, cracher de la lave et des cendres. Mes photos montrent que ce n’est pas une terre riante et accueillante. Mais elle est magnifique à voir dans sa sauvagerie.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Ma deuxième et ma troisième photos ci-dessus sont presque identiques, j’ai hésité à les montrer toutes les deux, mais parce que la lumière et les nuages y sont différents, tant pis, je les mets. Mes photos sont prises de Théra, et montrent d’abord la pointe gauche de la Caldera, puis sa pointe droite.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Quittons Théra pour quelques autres vues, comme ces moulins sur une colline. Hélas, comme un peu partout, ils ont perdu leurs ailes et leur fonction, mais ils ont heureusement été conservés et ils ponctuent agréablement le paysage.

Quittons Théra pour quelques autres vues, comme ces moulins sur une colline. Hélas, comme un peu partout, ils ont perdu leurs ailes et leur fonction, mais ils ont heureusement été conservés et ils ponctuent agréablement le paysage.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Nous nous rendons dans la région de la petite ville de Pyrgos. Santorin est réputée pour ses excellents vins, et nous sommes ici en plein vignoble, qui était déjà cultivé à l'époque d'Akrotiri (voir mon prochain article Le site d'Akrotiri à Santorin) il y a plus de trois mille six cents ans et qui a été développé sur ces terrasses à perte de vue, du niveau de la mer à une altitude de trois cents mètres, sur environ mille cinq cents hectares (je lis: 3706 acres). Quand ici on parle cépages, je ne reconnais aucun de ceux que je connais. Pas de chardonnay, de pinot, de sauvignon, de cabernet, mais du Mantilaria, du Mavrotragano (vins rouges), de l’aidini, de l’assyrtiko, de l’athiri, du nykteri (vins blancs). Parmi eux, l'assyrtiko représente 80% de la production de vin de l'île. Le vin phare de Santorin est le Vinsanto, un vin blanc doux de grappes séchées nombre de jours au soleil, puis mûri plusieurs années en fûts de chêne.

 

Je lis dans Wikipédia que “entre la Camargue et les laves volcaniques d'Agde, le rivage est uniquement composé de sables d'origine marine et éolienne. Ils sont dépourvus d’argile et de limon. Ici, le phylloxéra n'attaque pas les ceps de vigne”. Ici à Santorin, le sol ne contient pas d’argile, c’est un sol très maigre composé de sables volcaniques (pierre ponce, schiste), aussi le phylloxéra qui, dans le dernier quart du dix-neuvième siècle, a détruit la quasi-totalité du vignoble mondial, a-t-il épargné les vignes de cette île, qui sont toujours plantées de ceps natifs non greffés, quasiment les seuls d'Europe.

Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014
Vues de Santorin. Du 6 au 11 avril 2014

Cépages originaux, résistance au phylloxéra, la vigne de Santorin possède une autre caractéristique, elle est taillée en ce que les gens du pays appellent la kouloura. Le climat de Santorin est sec, et comme en outre le sol est sableux, les eaux de pluie s’infiltrent rapidement. D’autre part, les vents sont parfois violents. La taille en kouloura, qui enroule la vigne sur elle-même au ras du sol selon une technique très difficile à maîtriser, offre une très faible prise au vent car les grappes se développent à l'intérieur de ce nid, et protège l’humidité de la nuit au ras du sol: en l'absence de pluies, c'est la brume de mer qui, couvrant la terre à l'aurore, apporte l'humidité. C’est pourquoi sous d’autres climats et sur d’autres terrains, cette taille serait inappropriée, mais ici elle fait merveille. Comme partout ailleurs, la viticulture de Santorin se modernise, elle se mécanise, sauf en ce qui concerne la kouloura, la taille et l’enroulement continuant de se faire à la main, par des viticulteurs hautement qualifiés. D'autre part, ailleurs la vigne est cultivée à flanc de coteau; ici, afin de limiter au maximum le ruissellement de l'eau, le coteau est taillé en terrasses afin que le sol y soit plat. Enfin, la chaleur du soleil d'été et les puissants vents étésiens évitent le développement de maladies comme le mildiou ou le botrytis.

 

La France étant un pays réputé pour sa vitiviniculture, c’est sur ces petites explications concernant le vin que je me devais de terminer cet article.

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 23:55
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Le “Foyer” de Néa Smyrni, en grec Εστία (Estia, grec ancien Hestia), est en réalité un centre culturel municipal qui comprend une bibliothèque et un musée, en relation avec l’origine de cet arrondissement d’Athènes qui s’est créé dans les années 1920 pour accueillir les Grecs expulsés de Smyrne, aujourd’hui Izmir, en Asie Mineure, lors du dramatique “échange de populations”, Grecs de Turquie, Turcs de Grèce. Nous nous préparons à partir visiter, ce printemps et cet été, un grand nombre d’îles grecques, mais auparavant nous tenons à compléter notre connaissance de cette ville où nous avons résidé.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

C’est d’abord la bibliothèque que nous avons explorée. On voit qu’elle est installée dans une grande salle et, puisque son but n’est pas de prêter des romans ou des livres de culture générale, mais de fournir des livres et documents permettant de se plonger dans le passé des Grecs d’Asie Mineure ainsi que dans les années de leur installation en Grèce au vingtième siècle, le fonds documentaire est très riche mais limité à ce seul sujet, en revanche ceux qui fréquentent cette bibliothèque y viennent pour travailler, d’où un nombre important de tables par rapport à la superficie occupée par les rayonnages.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ici, je ne montrerai pas une ribambelle de dos de livres. Il est plus significatif, dans le cadre de mon blog, de consulter la collection de cartes postales. Celles-ci montrent la Smyrne d’avant le départ des Grecs. Une vue du mont Pagus, l’aqueduc qui enjambe la rivière Mélès, près de Smyrne, et puis “le travail des figues”, dit la carte postale. Je ne sais si cela signifie que les femmes trient, ou calibrent, ou pèsent, ou vendent les figues, mais c’est une intéressante image de la vie de la cité de Smyrne.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Très typique, parce que ce n’est pas ce que l’on peut voir de Lille à Perpignan ni de Brest à Strasbourg, ce sont ces animaux. Sur ces cartes, il est écrit “caravane de chameaux”, “campement de chameaux” et “bazar aux chameaux”. Le bât qu’ils portent dissimulant complètement leurs dos sur chacune de ces photos, je ne suis pas suffisamment connaisseur pour savoir si ce sont réellement des chameaux à deux bosses, ou plutôt des dromadaires à une seule bosse. Dans l’explication donnée par la bibliothèque, le texte grec dit καμιλός, et la traduction anglaise camel, par conséquent chameau, tout comme ce qui est imprimé sur la carte elle-même. Il est expliqué que ces caravanes d’animaux attachés les uns aux autres parcouraient de grandes distances en transportant des marchandises de prix pour ces commerçants orientaux. D’autre part, la carte parle en français de “bazar”, mais le mot grec imprimé en face, αγορά, se traduit généralement par “marché”.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Le port de Smyrne. Le même dans deux situations opposées. Nous le voyons d’abord serein, en pleine activité. La légende de la carte postale dit “Les quais et mouvement du port”. Les diverses communautés, turque, grecque, arménienne, juive, arabe, vivent en relative harmonie. Chacune a son quartier, mais ce ne sont pas des ghettos. Et le port, quant à lui, connaît des mouvements incessants, exporte aussi bien la production artisanale ou industrielle locale que les produits apportés de plus ou moins loin par les caravanes. La ville est riche et florissante. Et puis il y la Première Guerre Mondiale. L’Empire Ottoman est du mauvais côté, celui du perdant, et se voit amputé de grandes parties de son territoire, notamment au profit de la Grèce, qui investit Smyrne avec son armée et son administration. Il faut dire que les îles de l’Égée, tout comme les côtes de l’Asie Mineure, sont grecques depuis 2500 ans, 3000 ans, voire plus.

 

Le sultan s’est vu contraint de signer, mais l’un de ses officiers, Mustapha Kemal, refuse cette paix qu’il juge indigne (après tout, le général de Gaulle a fait de même en 1940) et passe à l’attaque de reconquête. Je n’entrerai pas ici dans le détail des opérations, c’est hors de mon sujet, mais ici à Smyrne, qui deviendra Izmir, les Turcs de Mustapha Kemal (qui, lorsqu’il aura détrôné le sultan et pris le pouvoir, se fera appeler Atatürk, “le Père des Turcs”) repoussent les Grecs, prennent Smyrne, et la seconde carte postale ci-dessus montre des “unités militaires turques sur le quai, derrière les biens abandonnés par les Grecs qui ont essayé de s’échapper, ou qui y sont arrivés”. Scène dramatique, en violent contraste avec la précédente.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

La conclusion de cela continue dans la tragédie. Ce sont des milliers de réfugiés, des milliers de morts, soit tués par des militaires, soit noyés en tentant de s’enfuir sur des barques, voire à la nage, et puis c’est l’immense incendie qui embrase la ville au matin du 14 septembre 1922. Cette grande cité commerçante que fut Smyrne ne sera plus qu’un amas de ruines et de cendres. Izmir sera reconstruite, j’espère que nous aurons l’occasion de nous y rendre un jour; je lui consacrerai alors un (ou plusieurs) article(s).

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Chrysostome Kalafatis (1867-1922), un Grec originaire du nord-ouest de l’Asie Mineure ottomane, non loin de la mer de Marmara. Il est de religion orthodoxe et devient prêtre. En 1902, le patriarche de Constantinople le nomme métropolite de Drama (Grèce continentale, Macédoine, nord-ouest de Kavala). Le métropolite orthodoxe est l’équivalent de l’évêque catholique. Les populations grecques doivent à son activisme social la construction d’écoles et d’hôpitaux. Il bâtit aussi des églises, ce que les Ottomans ont toujours toléré (en prohibant les cloches), mais il est trop philhellène au goût des autorités, qui le chassent de là en 1907. Alors le patriarche de Constantinople, en 1910, le nomme métropolite de Smyrne. Nouvelle action sociale en faveur des Grecs, nouvelle expulsion. Cette fois, il doit se rendre à Constantinople. Quand, en 1919, la Grèce a pris possession de Smyrne légalement, en vertu du traité de Sèvres, Chrysostome revient et reprend ses fonctions de métropolite. Nous venons de voir avec les cartes postales précédentes ce qui s’est passé à Smyrne en 1922. Quelques jours avant l’incendie, le gouverneur turc Nureddin Pacha lance la populace turque contre lui. Ce qui suit, je le prends dans une traduction donnée par Wikipédia d’un livre anglais qui cite des observateurs français: “La foule s'empara du métropolite Chrysostome et l'emmena […] un peu plus loin, devant la boutique d'un coiffeur italien du nom d'Ismaël. […Les Turcs] s'arrêtèrent et le Métropolite fut introduit dans le salon de coiffure. Ils commencèrent à le frapper à coups de poings et de bâtons et à lui cracher au visage. Ils le criblèrent de coups de couteaux. Ils lui coupèrent la barbe, ils l'énucléèrent, ils lui coupèrent le nez et les oreilles. Les soldats français furent écœurés par ce qu'ils virent et cherchèrent à intervenir mais leur commandant avait l'ordre de rester strictement neutre. Un revolver à la main, il interdit à ses hommes de porter secours au Métropolite. Chrysostome fut ensuite conduit dans une petite rue du district d'Iki Cheshmeli, où il succomba finalement à ses terribles blessures”. Voilà pourquoi l’Église orthodoxe l’a canonisé comme martyr, et en grec on parle de “l’ethno-martyr Chrysostome”.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Lorsque nous sommes revenus de France via Prague, j’ai publié un article Athènes et Néa Smyrni où je montrais la reproduction à Néa Smyrni, par les Grecs chassés de Smyrne, du célèbre campanile dû à l’architecte Latris en 1856, ce clocher qu’ils avaient connu dans leur ville natale et qu’ils chérissaient. C’est ce campanile que représente la carte postale de Smyrne, et à titre de comparaison je publie ensuite, de nouveau, ma photo de celui de Néa Smyrni.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Quand la Municipalité d’Athènes a mis à la disposition des réfugiés de Smyrne le terrain qui est devenu l’arrondissement de la Nouvelle Smyrne (Néa Smyrni), il a fallu que ces gens qui avaient une pratique religieuse orthodoxe puissent avoir leur lieu de prière. On a construit de toute urgence cette chapelle de bois, en attente de mieux.

 

La première photo ci-dessus, que j’ai reproduite à partir d’un livre de la bibliothèque, date de 1930. Mais ils voulaient leur église dédiée comme à Smyrne à Agia-Fotini (Sainte-Photine), que l’on peut traduire par Sainte-Claire, mais cette sainte Claire n’est pas celle d’Assise, elle n’a rien à voir avec elle, ce serait selon l’Église orthodoxe la Samaritaine que Jésus avait rencontrée près du puits de Jacob. La seconde photo est elle aussi tirée d’un livre. Elle représente, dans les années 1930, la nouvelle église Agia Fotini en construction à Néa Smyrni. Au premier plan, on distingue la chapelle provisoire qui continuera à remplir son office jusqu’à ce que la grande église soit achevée.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Terminant notre visite de la bibliothèque, nous prenons rendez-vous pour visiter le musée le lendemain. Là, nous trouvons des icônes en très grand nombre, et beaucoup d’entre elles sont d’une grande qualité. Ce sont celles qui ont pu être sauvées d’Asie Mineure après les événements de 1922. Traditionnellement, on représente sainte Anne, la mère de Marie, apprenant à lire à sa fille. Peut-être est-ce le sujet de cette icône, mais je trouve un air bien masculin à l’enfant, surtout en des temps où l’on avait l’habitude de laisser pousser les cheveux des filles, ce qui m’amène à me demander s’il ne s’agirait pas plutôt de Marie et de l’Enfant Jésus.

 

Ce musée est passionnant, mais il n’est pas spécifiquement destiné à la visite de touristes, aussi les informations y sont-elles très réduites, et même souvent totalement absentes. La dame qui nous accompagne est extrêmement sympathique, et ses connaissances sont immenses, elle peut dater chaque icône et signaler ses caractéristiques, son auteur, mais parce que je n’ai pas pu noter par écrit toutes ces informations j’avoue ne plus être capable, au moment de rédiger, de me remémorer tout cela, et c’est bien dommage.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Pour cette raison, je montre encore trois belles icônes, sans chercher à les commenter. J’en dirai seulement le sujet. Celui de la première est évident, sur la seconde la roue du supplice nous indique qu’il s’agit de sainte Catherine d’Alexandrie, quant à la troisième c’est parce qu’on me l’a dit, et non grâce à ma perspicacité, si je sais qu’elle représente la découverte du tombeau d’Alexandre le Grand.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Musicien, compositeur, musicologue, professeur, Constantin Psachos est né près de Constantinople, et il a un temps vécu à Smyrne. C’est à ce titre de Grec de l’Empire Ottoman qu’il a sa place dans ce musée, c’est aussi parce que sa première femme était une Grecque de Smyrne. Il est mort en 1949, et le musée donne sa naissance en 1869. Coup d’œil à Wikipédia: il y est dit que dans son autobiographie qu'il se déclare né en 1876, mais qu’il serait plus probablement né en 1866. Et s’il est vrai qu’en 1887 il a été chantre à Galata (quartier de Constantinople), il devait à l’époque avoir plus de 11 ans. 18 ou 21 ans (né en 1869 ou 1866) serait plus vraisemblable. Il étudie à Constantinople la théologie et la musique byzantine. C’est de 1892 à 1895 qu’il a chanté à Smyrne. On le retrouve à Athènes en 1904, envoyé par le patriarche de Constantinople et transporté sur un navire de guerre sur ordre du roi Georges 1er pour ouvrir et diriger une école de musique byzantine.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ce buste, c’est celui de Dominikos Théotokopoulos, connu sous le nom du Greco, ce grand peintre crétois qui a travaillé en Italie puis surtout en Espagne.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ce dessin au crayon sur papier est de Giannoulis Chalepas (1851-1938). Le musée se contente de donner le nom et les dates de l’artiste, mais n’indique aucun titre. Le sculpteur représenté regarde une statue sur une haute base, et au pied de cette base est inscrit un mot qui signifie “la Décadence”.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Autre dessin au crayon sur papier, celui-là porte un titre (inutile parce qu’évident), Nu féminin. Il est d’Athanase Apartis (1899-1972).

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Autre œuvre d’art du même Athanase Apartis, ce bronze d’un nu féminin. Le titre Accouchement attire l’attention sur le fait qu’un bébé apparaît entre les jambes de cette femme.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Celle-ci est une peinture à l’huile et s’intitule Maisons. L’auteur en est Kostas Plakotaris (1902-1969).

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

“Quelle lamentation a atteint les dix-sept enfants dans cette mauvaise barque”, dit la légende. Cela doit faire allusion à une histoire connue, ou à un événement. Je ne connais ni l’auteur du dessin, ni le contexte dans lequel il a été créé.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ce dessin est placé auprès du précédent, dans un même cadre. De plus, je dois avouer que mon niveau de connaissance du grec moderne ne m’a pas permis d’être sûr de bien comprendre la légende, je préfère donc ne pas en donner une traduction qui risque d’être fausse. Toutefois, malgré les lacunes béantes de mes informations au sujet de ces deux dessins, je les publie parce que je les trouve excellents graphiquement.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Hier dans la bibliothèque, nous avons vu un portrait du métropolite de Smyrne, l’ethno-martyr Chrysostome. Aujourd’hui dans le musée, nous en voyons quelques reliques, comme son stylo en or, sa montre de gousset, et une décoration yougoslave reçue en 1920, alors qu’il était métropolite de Drama.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Le musée est aussi ethnographique en ceci qu’il montre des meubles et des éléments du décor privé et de la vie des Grecs à Smyrne ou plus généralement en Asie Mineure ottomane. Je n’en finirais pas de montrer le mobilier, les vêtements, les bibelots présentés.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Pour terminer, voici une création d’Ilias Lalaounis, qui prend son inspiration de l’une des pièces d’orfèvrerie les plus anciennes que l’on ait trouvée à ce jour en Europe. L’original, qui date d’environ 1800 avant Jésus-Christ, a été découvert en Crète, à Malia, et représente deux abeilles sur un rayon de miel.

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Published by Thierry Jamard
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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 23:55
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Venant d’Athènes, à quelques petits kilomètres avant Delphes, on traverse la petite ville d’Arakhova, ou Arachova, selon que l’on transcrit par KH ou par CH le son qui ressemble à la jota espagnole ou au Ch allemand de achtung! Et, avant l’entrée de la ville, on passe devant l’auberge Hani tou Zemenou, de Zemeno Arachovas, où nous avons passé la nuit avant de visiter Delphes, puis la nuit qui a suivi. Un lieu sympathique à prix doux.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

La Grèce est un pays de montagnes. En dehors de la plaine de Thessalie et de celle de Macédoine, en partant de la mer on s’élève rapidement. Arachova est située dans ce beau site et s’étale à flanc de montagne. Et puis ici, ce n’est pas n’importe quelle montagne, c’est le Parnasse, le domaine des Muses, et qui peut affirmer qu’en se promenant on n’en rencontrera pas une?

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Nous sommes en mars, le tourisme ici ne s’arrête jamais, non seulement parce que Delphes attire les touristes étrangers en toute saison, mais aussi parce que nous sommes ici dans une station de sports d’hiver fréquentée par de nombreux Grecs d’Athènes. Ce qui fait que cette place est toujours animée. Et comme il fait beau, bars et tavernes ont déployé leurs tables en terrasse et la crise économique n’empêche pas de prendre un verre ou de se restaurer.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Je montrais plus haut le site de la ville d’Arachova. La pente étant assez abrupte, pour aménager la route et le terrain des maisons, il a été nécessaire de creuser la montagne de terrasses avec des murs de soutènement. Cela donne à la ville un cachet particulier.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Cette tour de l’horloge municipale est accessible au public, et de là la vue est évidemment magnifique sur la ville et sur la nature environnante.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

En nous promenant dans les rues nous passons devant ce bâtiment. Cherchant à savoir ce qu’il contient, nous découvrons qu’il abrite un musée ethnographique ou, disons, un musée des arts et traditions populaires. Il est clair que nous ne pouvons manquer cela.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

On y trouve quelques œuvres d’art, comme cette peinture à l’huile sur toile (2013) d’Irini Kava, intitulée Toison d’or. Il y a un indéniable talent dans ce tableau.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Peinture, mais aussi sculpture. Ici, cette grande sculpture en bois est de Gianni Kastritsi (2003) et elle est intitulée Le Berger. En tant que création, il n’apporte peut-être pas énormément, mais c’est un objet significatif de l’ethnologie locale.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Le musée ne se limite pas à la Béotie, ni même à la Grèce, il nous montre ici une hutte pastorale traditionnelle “vasalo” de Hongrie (Musée hongrois à ciel ouvert).

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Une série d’affiches en relation avec ce thème montrent, dans divers pays d’Europe, les constructions rudimentaires en bois ou en pierre effectuées par ou pour les bergers, que ce soit une bergerie, un simple abri, une barrière de bois. Leur technique est héritée de peuplades nomades des temps préhistoriques suivant les rythmes de la transhumance. En Grèce et dans les Balkans, c’était le propre des Vlachs et des Sarakatsani.

 

J’en montre ci-dessus quelques exemples en divers points d’Europe. La première affiche concerne la France (Gallia, en grec). En haut, une bergerie des Pyrénées, à Alzen, dans l’Ariège (2009). En bas, la ferme Ariousec pendant la montée de la transhumance avec Sam et Marion (Val d’Azun, 2011).

 

Les images en noir et blanc de la deuxième affiche se rapportent à la Bulgarie. En haut, laiterie dans les Rhodopes centrales, village de Progled, région de Smolyan, au début du 20e siècle. Au milieu, construction de la grange (plévnya) dans les années 1950, village de Stephanovo, région de Troyan, dans le centre de la montagne Stara Planina. En-dessous à gauche, c’est une hutte de berger en bois sur une base en pierre, dans la même montagne Stara Planina, en 1946. Tout en bas à droite, nous ne sommes plus en Bulgarie, mais en Hongrie, c’est également une hutte de berger à Homokmégy, dans la région de Bács-Kiskun.

 

Avec la troisième affiche, nous sommes en Grèce, à Tinos et à Ikaria. Tinos est une Cyclade où nous étions le 15 août 2011 (cf. dans ce blog mon article Île de Tinos). Nous avons programmé pour cet été, normalement en août, de nous rendre dans l’île d’Ikaria en Égée orientale, et ce sera bien évidemment l’objet d’un article de mon blog. Sur cette affiche, en haut nous sommes à Tripotamos, dans l’île de Tinos, en 2013; les bergeries sont aménagées sur des terrasses de pierre sèche à flanc de coteau, ce sont des éléments typiques des paysages des îles grecques. En-dessous à gauche, c’est la cour intérieure d’une petite bergerie à Kampos (île de Tinos, 2013), avec son abreuvoir. À droite, détail de l’entrée des animaux dans une bergerie de Tripotamos. En bas, nous voyons une bergerie à Kosikia dans l’île d’Ikaria, en 2013.

 

Pologne, Estonie, Grande-Bretagne, Roumanie, et ailleurs en Grèce, Crète, Pélion, etc., etc., il y a dans le musée encore bien d’autres affiches qu’il serait fastidieux de montrer toutes ici, mais qui, en grand format sur les panneaux, sont extrêmement instructives et permettent de voir comment des techniques, des modes de vie et des usages qui remontent à un très lointain passé subsistent encore de nos jours.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Ce tableau de Lazare Farmaki est intitulé La Bataille d'Arachova. Nous sommes en 1826, en pleine guerre d’indépendance grecque. En avril, Missolonghi a été prise par les Turcs après un siège héroïque qui a coûté huit mille morts aux Grecs. Maintenant, Athènes est assiégée, et les Grecs envisagent de couper les voies de ravitaillement des Turcs. Un détachement occupe donc la passe d’Arachova. Le 18 novembre 1926, une armée ottomane composée d’Albanais attaque le détachement grec, qui résiste courageusement. Un autre détachement grec vient prendre l’armée ottomane à revers. La bataille dure une semaine, les Ottomans alors proposent de négocier, ce que refusent les Grecs qui veulent une capitulation sans conditions. Les Ottomans ne voient pas d’autre solution que de forcer le passage sans emprunter la passe, en s’élançant dans la montagne du Parnasse. Fin novembre la montagne est enneigée, les Grecs les poursuivent et massacrent la plupart d’entre eux. La bataille s’achève par une grande victoire des Grecs. C’est le 24 novembre 1926. Tel est le sujet de ce tableau.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Comme d’autres villes de la région, Arachova pratique le tissage et la broderie. Le musée montre nombre d’exemples de motifs tissés, ainsi que les petits métiers à tisser artisanaux. La personne qui est là, fort aimable, fait une démonstration, puis fait effectuer un essai à Natacha.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

On pratique également la broderie, disais-je. Le musée montre donc des exemples de très belles réalisations, et montre également le processus en cours. Toutes les explications nécessaires sont données.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

On voit aussi des écheveaux, des rouets, toutes sortes de matériels qui sont encore utilisés dans les maisons particulières pour des travaux absolument artisanaux, voire pour l’usage domestique privé. Je ne poursuivrai pas davantage sur ce musée, mais je pense que les touristes traversant Arachova auront tout intérêt, en plus du petit tour en ville, à visiter ce sympathique musée.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Nous avons pris la route du retour. Elle passe à proximité de Chéronée; les deux fois où, en 2011, nous avons visité Delphes, nous sommes restés sur la route, sans pénétrer dans cette petite ville. Lacune réparée cette fois-ci. Mes photos montrent ici le site merveilleux dans lequel elle se love. Pourquoi voir Chéronée? Mais en raison de la célèbre bataille qui s’y est déroulée en 338 avant Jésus-Christ. J’étais, je crois, en classe de première quand nous avons traduit des passages de Démosthène.

 

Depuis quelques années, alors que les Grecs des différentes cités ne pensent qu’à se quereller, Démosthène, dans ses célèbres Philippiques, appelle Athènes à se méfier des ambitions dévorantes de Philippe II de Macédoine, qui annexe la Thrace et divers autres endroits autour de son royaume. Ce sera long et difficile, mais il obtiendra qu’Athènes fédère autour d’elle une confédération grecque, et même que Thèbes se démette de son alliance avec Philippe. Vers la fin de l’année 339 avant Jésus-Christ Philippe arrive avec son armée. Thèbes bloque le passage par les Thermopyles, peu importe, Philippe passe par la montagne plus à l’ouest. Il occupe Delphes et, le 2 août 338, a lieu l’affrontement. La coalition grecque est tragiquement défaite, et le “Bataillon Sacré” de Thèbes est massacré par les troupes du fils de Philippe, Alexandre que l’on ne surnomme pas encore “le Grand”. Pour l’indépendance des cités grecques cette défaite est catastrophique car si Philippe fait mine de ne pas annexer purement et simplement les territoires, il les met dans un état de dépendance qui les prive d’une réelle autonomie. Voilà pourquoi le nom de Chéronée est si important et justifie un petit détour.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Sur les trois cents Thébains du Bataillon Sacré, deux cent cinquante-quatre sont tombés à Chéronée. Là où on les a enterrés, un grand lion de pierre constitué d’un assemblage de cinq pièces de marbre a été placé. Soit que le sol ait été fragile pour supporter une telle masse, soit qu’il y ait eu un tremblement de terre, soit encore que sa base ait été faite de pierres de mauvaise qualité, à une époque que l’on ne connaît pas le lion s’est effondré et s’est brisé. En 1809, Byron l’a trouvé au sol, en morceaux, partiellement enterré. Quand, en 1818, on a retrouvé la tête dans le sol, on l’a vite recouverte pour la protéger des prédateurs. Car le sultan ottoman Mahmoud II et Ali Pacha, de Ioannina, se disputent pour le transférer, le premier à Constantinople, le second à Ioannina. Mais heureusement le transport pose de tels problèmes de logistique que l’un et l’autre renoncent à leur projet. C’est en 1879, lors de fouilles archéologiques, que deux cent cinquante-quatre squelettes, ceux des héros thébains, ont été mis au jour. En 1902 a été entreprise la restauration du lion, sur un piédestal de trois mètres de haut. Les morceaux manquants ont été remplacés avec de la pierre de la région. La dernière opération remonte à 1998-2000 quand la surface du marbre a été nettoyée et le ciment qui assemble les morceaux remplacé.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Le musée archéologique, près du grand lion de marbre, est fermé. Tant pis, nous ne le visiterons pas. Sur la pelouse, entre la grille d’entrée et le bâtiment du musée, un petit lion de pierre se repose en nous observant. Je le prends en photo entre les barreaux de la grille, avant de quitter Chéronée.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Pour qui n’a pas bien en mémoire l’histoire d’Œdipe, ces trois photos d’un bout de route sont absurdes. Mais pour écrire les pièces de ma trilogie sur Œdipe et Antigone, j’ai relu avec une grande attention, il y a quelques mois à peine, les pièces antiques, et dans Œdipe Roi Sophocle écrit le dialogue suivant:

 

ŒDIPE : Tu as bien dit ceci, Laïos aurait été tué au croisement de deux chemins?

JOCASTE : On l'a dit alors. On le dit toujours.

ŒDIPE : Et en quel pays se place l'endroit où Laïos aurait subi ce sort?

JOCASTE : Le pays est la Phocide, le carrefour est celui où se joignent les deux chemins qui viennent de Delphes et de Daulis.

 

Le carrefour des routes de Delphes et de Daulis… Nous venons de Delphes, et le panneau indique l’acropole de l’ancienne Daulis. C’est là qu’Œdipe a tué Laïos, sans savoir qu’il s’agissait de son père. C’est là que se situe l’un des éléments-clés de la malédiction des Labdacides. C’est à partir de ce meurtre qu’Œdipe va épouser la veuve, Jocaste, qui n’est autre que sa mère. C’est sur cette légende que Freud va fonder sa théorie du “complexe d’Œdipe”. Un coup de frein, je me gare sur le bas-côté et je prends ces photos qui, du même coup, cessent d’être un affreux paysage de route défoncée et de panneau indicateur.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Poursuivant notre route, nous arrivons à Orchomène. N’oublions pas que nous sommes en Béotie, car il existe une autre ville du nom d’Orchomène en Arcadie. Le théâtre antique que nous voyons aujourd’hui n’est pas connu depuis très longtemps, puisque ce sont les fouilles archéologiques de 1970-1973 qui l’ont découvert et mis au jour. Il a été construit à la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ et a fonctionné jusqu’au quatrième siècle de notre ère.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Je n’ai pas trouvé le moyen de prendre mieux la photo de cette tombe à tholos, pourtant très importante pour cette ville. Elle est datée du treizième siècle avant Jésus-Christ, donc d’époque mycénienne, et sa chambre funéraire fait quatorze mètres de diamètre, sur une hauteur équivalente. C’est ce fameux Schliemann, le découvreur de Troie et de Mycènes, qui l’a découverte et dégagée dans sa campagne de 1880-1886. Elle est nommée “tombe de Minyas”, ce qui m’amène à dire qui est ce Minyas, ou plutôt à laisser Pausanias le dire à ma place et bien mieux que moi:

 

“Les Grecs sont forts pour admirer beaucoup plus ce qui est dans les autres pays que dans le leur; en effet, des écrivains célèbres se sont attachés à décrire avec la plus grande exactitude les pyramides de Memphis, et ils n'ont pas daigné faire la moindre mention du trésor de Minyas et des murs de Tirynthe, qui ne sont pas moins dignes d'admiration. Minyas fut père d'Orchoménos, sous le règne duquel la ville prit le nom d'Orchomène, et les habitants du pays celui d'Orchoméniens; ils conservèrent cependant celui de Minyens pour se distinguer des Orchoméniens de l'Arcadie. [...]. Les Minyens parvinrent à un tel degré de considération que Nélée, fils de Créthée, et roi de Pylos, ne dédaigna pas de prendre pour épouse une femme d'Orchomène, Chloris [...]. Le trésor de Minyas, qui est une merveille non moins étonnante que celles qu'on voit dans la Grèce et ailleurs, est un édifice de forme circulaire en marbre, et dont le faite se termine en une pointe qui n'est pas très aiguë; la pierre qui termine ce sommet est, à ce qu'on assure, la clef de tout l'édifice. On remarque aussi à Orchomène les tombeaux de Minyas et d'Hésiode […]. Même à l'époque du siège de Troie, ils avaient encore des richesses assez considérables; Homère lui-même m'en fournit la preuve dans la réponse que fait Achille aux ambassadeurs d'Agamemnon: Pas même s'il me donnait toutes les richesses d'Orchomène. Il est donc évident que les Orchoméniens avaient encore alors de grandes richesses”.

 

Pausanias parle à la fois du trésor de Minyas et du tombeau de Minyas, or je lis sur Internet, dans un site que je ne connais pas et donc dont je ne peux évaluer le sérieux, mais un panneau placé sur le site dit en substance la même chose, que “les archéologues ont mis au jour les restes d'un palais décoré de fresques, ainsi qu'une grande tombe royale (c'est l'un des vestiges les plus parlants du site) connue dès l'Antiquité comme le trésor de Minyas, roi légendaire fondateur de la lignée qui porta son nom”. Alors la tombe et le trésor ne font-ils qu’un? J’ai du mal à mettre en doute Pausanias qui a vu les deux de ses yeux au deuxième siècle de notre ère. Si, donc, le trésor de Minyas n’a pas, ou pas encore, été retrouvé, au moins aurons-nous vu sa tombe à tholos d’époque mycénienne. Le visiteur qui se rendra à Orchomène la verra bien mieux de ses yeux que sur ma photo.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Orchomène n’est pas seulement une ville antique, c’est aussi une ville byzantine, avec cette église de la Panagia Skripou, la Vierge de Skripos. Dans le livre Antiquités helléniques, publié en 1842, je lis “Skripos, l’ancien Orchomène. Il est connu que cette église fut bâtie par le protospathaire Léon sous les empereurs Léon, Constantin et Basil, en 980 après Jésus-Christ, des ruines du temple des Grâces”. Les Grâces, c’est une sorte de traduction en latin des divinités appelées en grec les Charites. Pausanias: “On voit à Orchomène un temple de Dionysos, mais le plus ancien de leurs temples est celui des Charites. Les Orchoméniens ont de la plus grande vénération pour les statues en pierre de ces déesses, qui tombèrent, à ce qu'ils disent, du ciel”.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

En tournant autour de la Panagia Skripou, on remarque de belles sculptures, telles que cet aigle, ou ce cerf poursuivi par un griffon, ou encore ce cadran solaire qui surmonte deux paons. Et puis il y a cette longue inscription qui court tout autour de l’abside et dont je place ici une seule pierre. C’est encore dans le remarquable site de madame Tuan (indiqué ci-contre colonne de droite, plus haut, dans la rubrique “liens”), cette épigraphiste experte, que je trouve la lecture et l’interprétation du texte. Je mets entre deux slashs (/) la partie du texte dont je montre l’image: “Sous Basile, Constantin et Léon, très pieux empereurs des Romains. Toute Sainte Mère de Dieu avec ton Fils unique, viens en aide à ton serviteur Léon, protospathaire impérial et / trésorier, avec son épouse et ses chers enfants / lui qui par dévotion et grande foi a érigé ta sainte église. Amen”.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Toujours autour de l’église, on voit des ruines qui semblent antiques, mais en l’absence d’indications je ne saurais affirmer quoi que ce soit. Il y a aussi le monastère de la Dormition de la Vierge. Mais nous n’avons pas visité ces lieux, je ne m’y étends pas.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Mais puisque cette église est très ancienne, entrons-y pour voir à quoi ressemble l’intérieur, quoiqu’il ait été ravagé par un incendie à la fin du vingtième siècle et ait été l’objet d’une réfection. Sur ce mur, je remarque qu’il est constitué de pierres cylindriques. Pas de doute, en pareil cas il s’agit de colonnettes antiques de récupération.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Aux murs, il n’y a pas que des icônes pieuses. Témoin ce tableau qui représente une guerre moderne. L’inscription dit “En mémoire du miracle du sauvetage des habitants d’Orchomène des massacres des Allemands. 10 septembre 1943”. En quoi a consisté ce miracle, je ne le sais pas.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Ce tableau moderne n’est pas la seule chose à remarquer dans l’église. En effet, les murs sont revêtus de belles fresques qui ont heureusement été sauvées de l’incendie. Les quelques photos ci-dessus en donnent une petite idée.

Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014
Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014

Avant de regagner Athènes, nous nous arrêtons encore sur la route pour prendre ces photos de la citadelle d’Orchomène, que nous n’irons pas voir de plus près.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 23:55

En complément de notre exploration du 20 juin 2011, nous sommes revenus au musée archéologique de Delphes où il y a tant et tant à voir que nous avons encore découvert de nombreuses richesses.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Nous commençons par l’époque mycénienne. Ces terres cuites sont situées entre 1400 et 1050 avant Jésus-Christ. La première, un trône trépied, avec son personnage assis symbolise la puissance divine et, à ce titre, on peut considérer ce siège comme annonciateur du trépied de l’oracle. La seconde, nous dit-on, représente un bovin. A priori, il ne faut donc pas tenir compte des zébrures qui évoqueraient un animal africain ignoré des Mycéniens.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Il ne faut pas oublier que, dans l’antiquité grecque, les sirènes ne sont nullement des femmes à queue de poisson, mais des oiseaux à tête de femme. Ici nous voyons, sculptée dans un coquillage au huitième siècle avant Jésus-Christ et provenant d’un atelier phénicien, une sirène aux ailes ouvertes et avec un visage en bec.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

La lèvre ou l’épaule des vases, ou encore les anses, portaient en général de petites sculptures de bronze représentant des animaux, ou des têtes d’animaux, parfois d’autres sujets comme cette tête à double visage. Ces sculptures sont de l’époque géométrique (huitième et septième siècles avant Jésus-Christ).

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Ces deux têtes de taureaux sont, de même, des décorations de bronze. Celle de gauche provient vraisemblablement d’un grand chaudron, mais elle peut aussi avoir été l’ornement d’un meuble. Elle est de la fin du septième siècle avant Jésus-Christ. Celle de droite, plus ancienne (huitième siècle) décorait un vase, dont l’anse passait au travers de l’anneau fixé au sommet de la tête.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Lors de notre précédente visite, j’avais déjà montré ce “potis thêrôn”, ce “maître des animaux sauvages”, de la deuxième moitié du septième siècle avant Jésus-Christ, mais ici j’ai eu envie de le présenter de nouveau (sans répéter mes commentaires!) pour comparer avec ces bronzes précédents son style influencé par l’Orient: l’artiste grec qui l’a créé vivait en Asie Mineure.

 

Je reproduis ici textuellement l’explication donnée par le musée (en langue française) concernant ces objets et ceux qui vont suivre: “En 1939, plusieurs années après la «Grande fouille», une découverte inespérée est venue s'ajouter aux témoignages des auteurs anciens, surtout à ceux d'Hérodote, sur les offrandes de valeur mythique offertes par les chefs des royaumes d'Orient, comme Gygès et Crésus de Lydie ou Midas de Phrygie. Sous le dallage de la «Voie Sacrée», devant le Portique des Athéniens, les archéologues français ont découvert deux fosses remplies d'objets en matériaux précieux (or, ivoire, argent, bronze) qui datent du VIIIe au Ve s. avant J.-C.: des fragments appartenant à trois statues chryséléphantines au moins, plusieurs feuilles d'argent martelé appartenant à un taureau de grandeur nature, une multitude de plaques d'ivoire en relief, trois magnifiques œuvres de la petite sculpture en bronze du Ve s. avant J.-C., mais aussi des modestes offrandes faites d'armes et de vases, ont été retrouvées mêlés à de la terre, du charbon et des cendres. Les fouilles ont démontré que toutes ces trouvailles étaient des offrandes qui avaient été enterrées après avoir subi de graves dommages vers le milieu du Ve siècle avant J- C., lorsque l'édifice qui les abritait fut détruit. […] La plupart d'entre elles sont issues d'ateliers ioniens et proviennent, semble-t-il, des riches cités d'Ionie (Milet, Éphèse, Samos)”.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Ces sujets ont été sculptés dans des plaques faites d’os d’animaux rares de l’Orient, éléphants ou hippopotames. Elles datent du sixième siècle avant Jésus-Christ et proviennent de placages sur bois, boîtes, meubles ou trône. Elles représentent des scènes de guerre en relation avec les récits mythologiques. En haut, ce sont des scènes de combat, on voit un soldat portant son camarade mort ou blessé. En-dessous, ce cheval était attelé à un char de guerre. En bas, il semble que ce soit un suppliant devant un guerrier, cette plaque serait des alentours de l’an 570 avant Jésus-Christ.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Ces deux kouroi sont surnommés “les Jumeaux d’Argos”. Un kouros est un jeune homme (pluriel: des kouroi), comme une korè est une jeune fille. Ces deux grands marbres similaires provenant d’un atelier argien (le sculpteur argien Polymédès a signé son nom sur la base) et datant des alentours de 580 avant Jésus-Christ représentent vraisemblablement des héros de la mythologie argienne. Ils sont la plus ancienne offrande monumentale de Delphes. Des statues jumelles, c’est extrêmement rare, et les chercheurs en ont tenu compte pour essayer de les identifier: ils peuvent être les Dioscures Castor et Pollux, ou bien deux frères très pieux, Cléobis et Biton, d’Argos, que la cité aurait ainsi voulu honorer.

 

C’est Hérodote qui parle d’eux: “Solon avait piqué la curiosité de Crésus. Le roi lui demanda quel était l’homme le plus heureux qu’il eût vu […]. ‘Cléobis et Biton, répondit Solon. Ces jeunes gens, de race argienne, avaient une fortune suffisante et voici ce qu’était leur force physique: ils avaient tous les deux été vainqueurs aux Grands Jeux, et l’on raconte à leur sujet l’histoire suivante: les Argiens célébraient la fête d’Héra, et il fallait absolument que leur mère fût portée au temple sur un chariot. Or les bœufs n’arrivèrent pas des champs en temps voulu. Pressés par l’heure, les jeunes gens se mirent eux-mêmes sous le joug et traînèrent le chariot sur lequel leur mère avait pris place. Ils firent ainsi quarante-cinq stades pour arriver au sanctuaire. Après cette action qui fut accomplie sous les yeux de toute l’assemblée, ils eurent la fin la plus belle et la divinité montra par eux que mieux vaut pour l’homme être mort que vivant. En effet, les Argiens se pressèrent devant les jeunes gens en les félicitant de leur force, tandis que les Argiennes félicitaient leur mère d’avoir de tels enfants. Et la mère, tout heureuse de leur exploit et du bruit qu’il faisait, debout devant la statue, pria la déesse d’accorder à ses fils, Cléobis et Biton, qui l’avaient tellement honorée, le plus grand bonheur que puisse obtenir un mortel. Après cette prière, les jeunes gens sacrifièrent et prirent part au banquet, puis ils s’endormirent dans le sanctuaire et ils ne se réveillèrent plus. Ce fut là le terme de leur vie. Les Argiens leur élevèrent des statues qu’ils consacrèrent à Delphes, car ils estimèrent qu’ils s’étaient montrés les meilleurs des mortels’. […] Crésus s’en irrita”.

 

Nous avons vu que le stade, dans les mesures de Delphes, mesure 178,35 mètres. Quarante-cinq stades, cela fait donc huit kilomètres. Même si la maman n’avait pas trop d’embonpoint, c’était un exploit. Après un tel effort, leur cœur a lâché, comme pour le coureur de Marathon qui avait trop forcé pour aller annoncer à Athènes la victoire grecque sur les Perses. Quant à Crésus, il espérait que Solon le dirait le plus heureux des hommes, pour ses richesses, pour ses victoires.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Cette colonnette entourée de trois korès supportant une vasque est en marbre de Paros et remonte au premier quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. C’est un périrrhantérion, c’est-à-dire un bassin utilisé dans les rituels.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Dans mon précédent article, au sujet du site du sanctuaire, j’ai montré l’emplacement de la “Colonne des Danseuses”, et j’ai dit que j’y reviendrais dans le musée. Nous y voici. Le fût de cette colonne, qui constitue un monument de treize mètres de haut, est constitué de plusieurs tambours d’où partent de loin en loin de larges feuilles d’acanthe. Au sommet, ces trois korès sont vêtues d’une robe moulante qui flotte au vent et portent sur la tête un curieux petit chapeau. En outre, on nous dit une chose que nous ne voyons pas ici, à savoir que leur main droite supportait la cuve d’un énorme chaudron en bronze sur trépied, dont les pieds pendaient entre leurs corps. Parce qu’elles donnent l’impression de danser dans les airs et que, sur le Parnasse qui est la montagne de Delphes, dansaient les Ménades de Dionysos ici appelées Thyades, la première interprétation de ce monument a été qu’il représentait trois Thyades en train de danser, d’où le nom de “Colonne d’Acanthe aux Danseuses”. Mais sur la base, une inscription nous informe qu’il s’agit d’une offrande des Athéniens à Apollon, et il apparaît que cette offrande date de 330 avant Jésus-Christ, probablement lors de la Pythaïde, qui était la cérémonie de procession des pèlerins de Delphes. Quelle que soit l’interprétation, la légèreté, la grâce, l’élégance de ces sculptures me plaisent infiniment.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Dans la vallée, tout en bas, se trouve la célèbre tholos, avec ses trois colonnes remises sur pied. De ses métopes, on a pu retrouver nombre de fragments, qui se trouvent à présent au musée, comme ce torse féminin en tunique plissée qui exprime l’action violente du corps qui le porte. Au premier moment, j’ai cru y reconnaître Artémis chasseresse. Non, c’est une Amazone.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Cette splendide tête en marbre appartient à une statue dont le reste est perdu. Elle date du quatrième siècle avant Jésus-Christ et, visiblement, l’artiste a été influencé par le style de Praxitèle. Que de douceur dans ce joli visage!

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

– Pharsale: cela évoque, bien sûr, la ville de Thessalie, en Grèce, près de laquelle César a remporté une grande victoire sur Pompée, en 48 avant Jésus-Christ. La Pharsale, c’est aussi le titre d’une célèbre épopée du poète latin Lucain.

– Une amphictyonie (et celle de Delphes est sans doute la plus célèbre) était une assemblée des représentants de diverses cités autour d’un sanctuaire. Les membres d’une amphictyonie sont appelés des amphictyons.

 

Une fois donnés ces préliminaires, je peux en venir à mon sujet. Un certain Daochos II, officier de Pharsale, était amphictyon de sa cité à Delphes de 336 à 332 avant Jésus-Christ, et il a dédié à Apollon des statues en marbre des membres de sa famille. J’en ai retenu ici six, mais six seulement parce que je voulais les présenter à côté les uns des autres et que plus j’en aligne dans le cadre restreint du blog, plus ils sont petits et moins ils sont visibles. Ceux que je présente ici sont, de gauche à droite:

– le chef et ancêtre de la famille, qui est contemporain des Guerres Médiques (490 et 480 avant Jésus-Christ) et a été tétrarque de Thessalie. Il s’appelle Acnonios, fils d’Aparos, et il est le trisaïeul du dédicant.

– suivent deux de ses fils, Agias arrière-grand-père du dédicant, et Agelaos, le plus jeune frère d’Agias. Si Agias est présenté nu et dans cette posture, c’est parce qu’il a été un athlète de renom, spécialiste de pancrace (sport violent alliant la lutte et la boxe), ayant remporté de nombreuses victoires dans les jeux panhelléniques au cinquième siècle. Son frère Agelaos (troisième statue en partant de la gauche) est aussi un athlète, champion à la course.

– la quatrième statue est celle de Daochos I, fils d’Agias et grand-père du dédicant. L’inscription sur la base nous informe que pendant vingt-sept ans il a assumé les fonctions de Tétrarque de Thessalie.

– encore une génération, Sisyphe I est le père du dédicant, et le fils de Daochos I. Lui, c’est un militaire de carrière, et le geste de son bras droit, théâtral, est destiné à nous montrer sa détermination.

– pour la dernière statue, nous sautons une génération, celle du dédicant. Celui que nous voyons ici, c’est Sisyphe II, son fils, le plus jeune de la famille. Ce que l’on voit sous son coude gauche, c’est un hermès.

 

Le vêtement porté par le premier (Acnonios) et le quatrième (Daochos I) est la chlamyde traditionnelle thessalienne. Lysippe (vers 395-vers 305) est un célèbre sculpteur grec originaire de Sicyone, notamment il a été le sculpteur accrédité d’Alexandre le Grand. Or on sait qu’il avait réalisé pour la ville de Pharsale un grand bronze d’Agias dont, malheureusement, il ne nous reste que la base, et sur cette base l’inscription est la même que celle qui figure sur la base du marbre de Delphes. On peut donc supposer que cette statue que nous voyons ici est une reproduction en marbre, plus ou moins fidèle, du bronze de Lysippe. À ce titre, il est un témoignage important pour l’histoire de l’art, parce que des quelque mille cinq cents œuvres de Lysippe, seules cinq à sept de celles que nous possédons lui sont directement attribuées.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Dans mon précédent article, montrant la Base en Fer à Cheval j’avais dit que dans l’article d’aujourd’hui je montrerais la statue dite “du Philosophe” qui était sur l’une des dix-huit bases. Le voilà, ce philosophe. Ou ce “Vieillard de Delphes”, comme on l’appelle aussi parfois. Drapé dans son himation, il fait un geste du bras droit, le regard fixé en avant, comme s’il parlait en public. Cette sculpture du début du troisième siècle avant Jésus-Christ n’est plus idéalisée, comme le voulait l’art précédemment et comme on l’a vu pour la famille de Daochos II, mais il s’agit du portrait réel d’un personnage. Comme le dit le musée, “La tête arrondie, le front haut, les cheveux clairsemés, les joues ridées, les yeux enfoncés sous les sourcils arqués, la moustache, le dos courbé, autant de traits qui composent une physionomie avec des caractères personnels, en un mot un portrait”.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

J’ajoute cette jolie statue d’une petite fille qui sourit et dont la tête a été rapportée. Ce marbre date du début du troisième siècle avant Jésus-Christ, ce qui le rattache à la première période de l’art hellénistique.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Cette figurine en bronze représente un aulète, c’est-à-dire un joueur d’aulos, la double flûte. Issue d’un atelier corinthien, elle est de 500-490 avant Jésus-Christ. On aperçoit, passant sur la tête de l’homme, une sorte de lanière. C’est une bandelette de cuir reliée à la flûte pour la soutenir. En effet, quoique cet instrument ne soit pas pesant, l’aulète doit le tenir pendant très longtemps, car il ne s’agit pas d’en jouer pour un bref concert, mais surtout quand il cesse d’en jouer il n’a pas à le poser quelque part, il le laisse pendre devant lui.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Je n’ai que bien peu d’informations sur ce haut-relief. En revanche, l’explication est intéressante: ce sont Castor et Pollux, les Dioscures, avec leurs cousins, les deux fils d’Apharée. Armés de leurs lances, ils emmènent les bœufs volés dans une razzia.

 

Un mot de la légende à laquelle il est fait allusion. On sait que Zeus, sous l’apparence d’un cygne, avait fécondé Léda qui était la femme du roi de Lacédémone, Tyndare. La nuit suivante, Tyndare avait, lui aussi, fécondé Léda. Et neuf mois plus tard, Léda avait pondu deux œufs (la coquille de l’un d’entre eux a longtemps été conservée au sanctuaire de Sparte, où elle était visible) d’où sont nés de l’un les enfants de Zeus Hélène et Pollux, donc demi-dieux, et de l’autre Clytemnestre et Castor, cent pour cent humains. Tyndare avait deux frères, oncles des quadruplés, Apharée et Leucippos. Apharée avait deux fils Idas et Lyncée, et Leucippos deux filles, Phoebé et Hilaera. Ces deux cousins étaient fiancée à leurs deux cousines, et l’on avait invité Castor et Pollux au mariage. Mais ces deux chauds lapins profitèrent de l’occasion pour enlever les fiancées, qui étaient aussi leurs cousines. J’ignore si Idas et Lyncée leur en ont voulu, mais ils en sont restés là, et Castor et Pollux ont eu, de Phoebé et de Hilaera, des enfants. Puis les quatre cousins ont monté une expédition pour aller de concert voler du bétail en Arcadie, et sur ce relief nous les voyons avec leur butin. Mais les choses vont rapidement se gâter, parce que les cousins n’ont pas pu se mettre d’accord pour le partage des bœufs razziés et ils se sont durement disputés, comme quoi le partage de bœufs revêtait pour eux plus d’importance que le partage de jeunes filles, leurs cousines qui plus est. Dans l’affaire, Castor est tué par Idas, et Lyncée est tué par Pollux. Castor était le jumeau bien-aimé de Pollux, le fils de Zeus, aussi ce dernier foudroya-t-il Idas. Non mais!

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Ces deux bas-reliefs sont des plaques provenant de la frise de l’avant-scène du théâtre, et ils ont été réalisés au premier siècle de notre ère, dans un style classicisant. Il s’agit d’épisodes de la légende d’Héraclès. On peut reconnaître quelques épisodes:

 

– Le centaure. Allant traquer le sanglier d’Érymanthe, Héraclès avait traversé une région où vivant le centaure Pholos, détenteur d’une jarre de vin scellée, don de Dionysos, à ne desceller qu’en présence de tous les centaures. Pholos accueille chaleureusement Héraclès, lui prépare à manger, mais notre héros, repu, demande à boire. Pholos s’excuse, explique que ce n’est pas possible, mais Héraclès lui affirme qu’il n’y a rien à craindre, et ils se mettent à boire. Le nez fin des centaures les alerte vite de ce que la jarre a été ouverte, et ils arrivent pour châtier Héraclès, qui parvient à en tuer douze.

 

– L’Hydre de Lerne a été vaincue grâce aux flèches enflammées décochées par Héraclès qui, en outre, coupait ses têtes tandis que son neveu Iolaos cautérisait les cous avec des brandons pour empêcher les têtes de repousser. Ce sera l’un des Douze Travaux.

 

– Le géant Antée. Dans sa quête des pommes d’or des Hespérides, Héraclès traverse la Libye. Là, Antée, fils de Poséidon et de Gaia, a coutume de tuer les étrangers de passage en les sacrifiant sur l’autel de son père. Il est invulnérable tant que ses pieds reposent sur sa mère Gaia (la Terre) mais en luttant contre lui, Héraclès l’a soulevé de terre, l’a étouffé en l’écrasant contre lui, et l’a ainsi tué. Puis il s’est uni à Iphinoé, la jeune veuve femme d’Antée, et a engendré son fils Palaemon.

 

– Il est difficile de dire ce que représente, sur ma seconde photo, cet homme transportant un camarade mort, car cela peut se rapporter à de multiples légendes.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

En 2011, j’avais déjà montré plusieurs images du célébrissime Aurige de Delphes, mais il est si fameux, et si magnifique, qu’il est moralement impossible de passer devant lui sans le photographier encore et encore, impossible aussi, ensuite, d’écrire au sujet du musée de Delphes sans ajouter de nouvelles photos. Comme il est de tradition de le représenter en pied, ce que j’avais fait moi aussi l’autre fois, je vais essayer de montrer quelques détails. Un gros plan sur son visage, d’un côté puis de l’autre, pour commencer. Même si cela non plus n’est pas original.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Le musée propose, à partir des quelques éléments retrouvés en plus de l’Aurige lui-même, une restitution de ce que pouvait être le groupe en bronze, car évidemment l’Aurige était sur son char et les chevaux étaient également sculptés. Ce qui apparaît en noir, ce sont les fragments de bronze subsistant de l’œuvre, qui date de 480-460 avant Jésus-Christ, les dessins au trait sont des reconstitutions. Le peu qui a été déterré a été sauvé par le tremblement de terre de 373 avant Jésus-Christ, parce que caché à la vue des pilleurs successifs, les Phocidiens qui, occupant le sanctuaire de 356 à 346, ont récupéré les métaux pour financer leur effort de guerre, les empereurs romains qui ont emporté chez eux bien des choses qui, ensuite, ont été détruites par les envahisseurs barbares, et plus tard les habitants des lieux qui ont fondu ce qu’ils trouvaient pour en faire des ustensiles de cuisine, des lampes et autres objets utilitaires.

 

On ne sait pas s’il n’y avait qu’un enfant tenant par la bride un cheval extérieur, ou s’il y avait un cheval de chaque côté, et donc deux garçons. Mais ce qui est sûr c’est que l’Aurige, dans sa position rigide, n’est pas en course, il est en train d’effectuer son tour d’honneur après la victoire.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Je ne peux résister au désir d’ajouter ces quatre photos de détails, les trois premiers de l’homme, le dernier visible sur la représentation du cheval de flanc.

Le musée de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Et pour finir, un document exceptionnel. Exceptionnel, cela ne se voit pas au premier coup d’œil, quand Delphes regorge de textes gravés dans la pierre. Mais cette inscription-ci, qui vient d’un mur extérieur du Trésor des Athéniens, porte la notation musicale d’hymnes à Apollon. Ces inscriptions, précise le musée, “représentent la plus ancienne transcription d’une mélodie”. Les vers sont écrits en alphabet ionien, et entre les vers figurent les indications pour le chœur, et aussi la transcription de la musique instrumentale (cithare, lyre, flûte) au moyen de combinaisons de caractères et de signes de ponctuation. Accompagné de lyres et de flûtes, le chœur psalmodiait ces deux hymnes composés par Athénée et Liménios et gravés ici en 128 avant Jésus-Christ à l’occasion de la Pythaïde, cette cérémonie d’arrivée de la procession des pèlerins venus d’Athènes en l’honneur d’Apollon. Au son de ces hymnes étaient aussi effectués les sacrifices rituels.

 

Si nous avons l’occasion de retourner à Delphes, je suis sûr que j’aurai encore bien des choses à découvrir, et par voie de conséquence bien des choses à montrer. Mais nous en resterons là pour aujourd’hui.

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 23:55

Deux fois déjà au cours de ce long voyage nous nous sommes rendus à Delphes. Un lieu si merveilleux qu’il est difficile de résister à la tentation d’y revenir. Pour cette troisième visite, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà dit, ni montrer les mêmes photos. J’ai donc pris mes vues sous des angles différents, et je ne les commenterai que peu, ce qui me permet d’en montrer beaucoup. Par ailleurs, je consacre cet article au site, étant entendu que mon prochain article complétera ce que nous avons vu précédemment au musée.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

À l’extérieur du site, devant le musée, on peut admirer ces mosaïques. En 1959, alors que l’on creusait pour construire les fondations d’un bâtiment dans la ville moderne, à quelque distance du site antique, on est tombé par hasard sur les ruines d’une basilique paléochrétienne des cinquième et sixième siècles. Les mosaïques de sol, en bon état de conservation, ont été transférées là où nous les voyons aujourd’hui. Ont également été mis au jour des fragments de colonnes ainsi que des pierres antiques réutilisées pour la construction.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

À l’extérieur du site et du musée, on peut voir aussi divers éléments de moindre intérêt qui, eux, ne font l’objet d’aucune description ou explication.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Une restitution de l’agora romaine, que j’avais présentée dans mon article du 13 mars 2011, est proposée par D. Laroche, de l’EFA (École Française d’Athènes, cet établissement de recherche pour lequel travaillent pour un temps des doctorants ayant été très sévèrement sélectionnés et qui bénéficient d’une bourse. Fernand Robert qui, dans les années 1960, a dirigé mon mémoire de maîtrise, avait été, dans les années 1930, membre de l’EFA où il préparait sa thèse de doctorat sur la tholos d’Épidaure tout en faisant des recherches en Asie Mineure pour le compte de l’EFA). Quoique d’époque romaine, construite au quatrième siècle de notre ère, cette grande place n’a pas les fonctions d’un forum, c’est une agora à la grecque. Ce qu’il en reste aujourd’hui n’est que l’un de ses trois portiques, le portique nord. Derrière, il y avait cinq boutiques qui remplissaient le même office que celles de Lourdes, on y trouvait des offrandes, des ex-voto, des souvenirs à rapporter. Avant la création de cette agora, là était l’entrée principale du sanctuaire d’Apollon. Les consultants (les théopropes) entraient par là puis suivaient la Voie Sacrée, tout comme les processions.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

L’architecture mêlant brique et pierre trahit l’époque romaine de ce mur de l’agora. Au sixième siècle après Jésus-Christ, la ville a été christianisée, et cette pierre gravée d’une croix provient d’une église de ce siècle qui n’a pas (ou pas encore) été localisée.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Au-delà de l’entrée du sanctuaire, les villes construisaient leurs “trésors” en forme de petits temples pour y entasser leurs offrandes au dieu. Le plus célèbre, parce que ses pierres ont été retrouvées sur place et qu’il a pu être remonté, est sans conteste le trésor des Athéniens, qui date du sixième siècle avant Jésus-Christ, tout comme le premier temple d’Apollon. Dans mon blog en date du 13 mars 2011, comme un peu partout sur le web, j’en ai publié une photo de la façade. Je préfère donc ici le montrer de dos, puis un gros plan sur sa frise qui a hélas bien souffert des outrages du temps, des couronnes de lauriers gravées dans la pierre avec des textes dédicatoires, et enfin deux vues d’en-haut, avec son toit manquant. Sur la dernière photo, ce que l’on aperçoit en arrière-plan, tout au fond de la vallée, c’est le gymnase que je montrerai mieux tout à l’heure.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Le trésor de Sicyone, dorique, a été construit vers 500 avant Jésus-Christ. Il avait deux colonnes en façade, et reposait sur des fondations de type bastion, de plus de trois mètres de haut. Quand on a fouillé ces fondations, les archéologues se sont rendu compte qu’un édifice antérieur, des alentours de 580, avait la forme d’une tholos, c’est-à-dire circulaire, puis vers 560 était venu s’ajouter un bâtiment rectangulaire avec des colonnes sur son pourtour qui, nous explique-t-on, était peut-être destiné à recevoir le char de Clisthène, tyran de Sicyone, vainqueur de la première course pythique, en 582 avant Jésus-Christ.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Nous voici devant le trésor des Thébains, qui date de la fin du sixième siècle et du début du cinquième. En l’absence d’explications données sur le site, je ne m’aventurerai pas à commenter ces quelques pierres peu lisibles. Mais la vue sur la montagne, en arrière-plan, constitue un paysage grandiose.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Même chose pour le trésor des Béotiens, qui lui est contemporain. À noter que Thèbes est en Béotie, et par conséquent il y a un trésor pour la cité-État de Thèbes, et un autre pour les peuples de dialecte béotien en général. Et puis je note, sur une pierre, une écriture de droite à gauche. Non pas comme la langue arabe ou l’hébreu, mais avec l’alphabet grec retourné, les lettres étant gravées comme vues dans un miroir.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Sur la première de ces photos, nous voyons deux trésors dos à dos. Ce sont, à droite, le trésor de Mégare, qui fait l’objet ensuite de ma seconde photo et qui est de la même époque que les deux trésors précédents, Thébains et Béotiens, et à gauche le trésor de Siphnos. Comme la plupart de ces trésors, ce trésor des Mégariens est fort détruit, néanmoins ce mur donnant sur le chemin a subsisté sur une assez grande hauteur.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

C’est vers 525 avant Jésus-Christ que les Siphniens ont offert ce trésor à Apollon. Aussi bien Hérodote au cinquième siècle avant Jésus-Christ que Pausanias au second siècle de notre ère nous disent qu’il a été construit grâce au prélèvement d’un dixième (la dîme) des revenus de l’exploitation des mines d’or et d’argent de cette petite Cyclade que nous avons visitée il y a deux ans et demi (voir mon article du présent blog daté du 27 au 30 septembre 2011). Cette richesse avait permis de la construire, hormis pour ses fondations, en marbre blanc et transparent, sa frise qui tournait tout autour faisait trente mètres de long, et l’entablement de la façade était soutenu par deux grandes korè. Si l’on s’est reporté à mon blog de septembre 2011, on a pu constater que j’écris le nom de cette île Sifnos, alors qu’ici je l’orthographie Siphnos. C’est parce qu’ici je parle de l’île dans l’antiquité, et dans l’article précité je parle de l’île que nous visitons au vingt-et-unième siècle. En grec ancien, la lettre Φ (phi) était un P aspiré, les lèvres fermées s’ouvraient pour laisser passer un souffle. On a donc l’habitude de transcrire Siphnos, de même que Philippe, philosophie, phénomène, photographie, Aphrodite, etc. Puis, comme dans la plupart des langues, la prononciation s’est relâchée, et puisque les lèvres allaient s’ouvrir, on ne les a pas complètement fermées. Cela a donné un F “bilabial”, c’est-à-dire prononcé entre les deux lèvres, et non pas comme en français entre les incisives supérieures et la lèvre inférieure. Même s’il est légèrement différent, c’est un F quand même, et désormais on transcrit le Φ avec un F. Voilà donc l’explication de ma différence d’orthographe (orthographe avec PH!) qui n’est pas due à de l’inattention de ma part.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Des environs de 700 avant Jésus-Christ est ce trésor des Corinthiens, ce qui en fait le plus ancien des trésors. Le roi Crésus de Lydie n’avait rien de Corinthien, mais il fit déposer ici d’immenses richesses. Crésus, nous raconte Hérodote, craint les Perses, dont la puissance s’accroît. Je lui laisse la parole: “Il envoya des messagers en divers lieux, à Delphes, […] d'autres furent envoyés aux oracles d'Amphiaraos et de Trophonios […]. Ces consultations avaient pour seul but d'éprouver la science des oracles; il avait l’intention, s'il les trouvait véridiques, de les interroger de nouveau pour savoir s'il devait entreprendre de faire la guerre aux Perses. […] Ses Lydiens […] devaient compter les jours depuis leur départ de Sardes et, au centième, consulter les oracles et leur demander ce que faisait en ce moment le roi de Lydie, Crésus […]. Les réponses des autres oracles ne nous sont pas connues, mais à Delphes, dès que les Lydiens furent entrés dans le sanctuaire pour consulter le dieu et lui eurent posé la question prescrite, la Pythie prononça ces mots en vers hexamètres:

            Je sais le nombre des grains de sable et les mesures de la mer,

            Je comprends le muet, j'entends celui qui ne parle point.

            Une odeur est venue jusqu'à moi, l'odeur d'une tortue au cuir épais

            Cuisant dans le bronze, avec la chair d'un agneau;

            Le bronze s'étend sous elle, le bronze la recouvre.

[…] Lorsque Crésus entendit la réponse qui venait de Delphes, il l'accueillit par une prière et la reconnut exacte, et jugea que l'oracle de Delphes était le seul vrai puisqu'il avait découvert ce qu'il avait fait. En effet […] Crésus, au jour convenu, avait arrangé ceci: cherchant une action impossible à deviner comme à conjecturer, il avait découpé en morceaux une tortue et un agneau et les avait fait cuire lui-même dans un chaudron de bronze, sous un couvercle de bronze.

Voilà donc la réponse que Crésus reçut de Delphes. Sur celle que fit l'oracle d'Amphiaraos aux Lydiens quand ils eurent accompli devant le sanctuaire les cérémonies prescrites, je ne puis rien dire (car elle n'a pas été non plus rapportée), si ce n'est que Crésus reconnut aussi la véracité de cet oracle.

Ensuite, Crésus voulut par de grands sacrifices se concilier le dieu de Delphes. […] Le sacrifice achevé, il fit fondre une immense quantité d'or dont on fit des demi-briques de six palmes de long, trois de large, et hautes d'une palme, au nombre de cent dix-sept; quatre étaient d'or pur et pesaient chacune deux talents et demi, les autres, en or blanc, pesaient chacune deux talents. Il fit faire encore un lion d'or fin qui pesait dix talents. Dans l’incendie du temple de Delphes ce lion tomba de son piédestal formé par les demi-briques; il se trouve actuellement dans le Trésor des Corinthiens et pèse six talents et demi (trois talents et demi ont fondu).

[…] Crésus offrit encore quatre jarres d'argent qui sont dans le Trésor des Corinthiens, deux vases pour l'eau lustrale, l'un d'or, l'autre d'argent. Le vase d'or porte une inscription qui le déclare offrande des Lacédémoniens, ce qui est faux: il vient également de Crésus, et l'inscription est l'œuvre d'un Delphien, qui voulait plaire aux gens de Lacédémone (je ne dirai pas son nom, bien que je le sache); la statue du garçon par la main de qui l’eau coule est bien un don des Lacédémoniens, mais aucun des deux vases ne vient d'eux. En outre Crésus envoya beaucoup d'autres offrandes qui ne portent pas son nom et des lingots d'argent de forme ronde, ainsi qu'une statue de femme en or haute de trois coudées qui, disent les Delphiens, représente sa boulangère. Il offrit encore les colliers et les ceintures de sa femme.

Voilà les présents qu'il fit porter à Delphes. Pour Amphiaraos, quand il apprit ses vertus et ses épreuves, il lui consacra un bouclier tout en or et une lance en or massif, la hampe aussi bien que les pointes. On voyait encore les deux objets à Thèbes de mon temps, dans le temple d'Apollon Isménios.

Les Lydiens […] présentèrent les offrandes et consultèrent les oracles en ces termes: Crésus, roi des Lydiens et d'autres nations, persuadé qu'il n'est d'oracles au monde que les vôtres, vous a fait des présents dignes de vos réponses véridiques. Maintenant il vous demande s'il doit faire la guerre aux Perses, et s'il doit s'adjoindre des troupes alliées. Ils posèrent cette question et les deux oracles rendirent des réponses identiques: tous deux déclarèrent à Crésus que, s'il faisait la guerre aux Perses, il détruirait un grand empire.

Lorsque Crésus connut ces réponses, il en ressentit une joie extrême et, plein de l'espoir de renverser la puissance de Cyrus, il envoya de nouveau ses messagers à Pytho distribuer aux Delphiens, dont il avait demandé le nombre, deux statères d'or par homme. En remerciement les Delphiens accordèrent à Crésus et aux Lydiens, à perpétuité, le droit de consulter l'oracle en priorité, de ne payer aucune taxe, de siéger aux premiers rangs dans les Jeux et les spectacles et, pour qui d'entre eux le voudrait, de devenir citoyen de Delphes”.

 

Cet extrait d’Hérodote est bien long mais, outre qu’il explique pourquoi ce trésor des Corinthiens contient tant de richesses qui ne peuvent provenir de Corinthe, il est, je trouve, amusant et évoque comme bon oracle celui d’Amphiaraos (cf. mon récent article sur l’Amphiareio daté du 16 mars 2014). Il a en outre consulté celui de Trophonios (cf. mon précédent article sur Lébadée daté du 22 mars 2014). Ceux d’Asie Mineure et d’Égypte (Ammon) ne lui ont pas donné de réponses crédibles.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Je ne m’étendrai pas en commentaires sur le rocher de la Sibylle, roche tombée de la montagne et conservé là où il avait atterri. Je l’avais déjà montré et commenté. Mais j’ai trouvé intéressant d’en prendre une photo sous cet angle. Bof…

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Ces deux petites constructions semi-circulaires, avec deux autres qui ont disparu, marquaient les quatre angles d’un vaste espace appelé Halos, ce que l’on traduit généralement pas “Aire”. Ces bâtiments permettaient de s’asseoir pour converser, c’est ce type de structure que l’on appelle une exèdre. Je ne reviendrai pas sur l’histoire du site de Delphes, à l’origine dédié à Gaia, la déesse Terre, avec le serpent Python, dont on a la preuve encore à l’époque mycénienne, ni sur l’arrivée des dieux de l’Olympe et l’arrivée à Delphes au huitième siècle d’Apollon qui tue Python et s’installe avec son oracle, mais c’est là, sur l’Aire, que tous les huit ans se déroulait le rituel appelé Septérion au cours duquel un adolescent figurant le dieu détruisait Python. La Voie Sacrée passe là et en 1939, des fouilles sous ses dalles ont permis de découvrir une fosse et de mettre au jour des objets qui y avaient été enterrés et qui sont aujourd’hui au musée: dans mon article du 20 juin 2011, j’avais montré des photos de têtes de statues chryséléphantines d’Apollon, d’Artémis, de Léto, ainsi qu’un bras et une main. Il y avait aussi d’autres objets, tous plus ou moins détruits lors du terrible tremblement de terre de 548 avant Jésus-Christ et que l’on avait pieusement recueillis et placés dans cette fosse.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Au moment où j’ai appuyé sur le déclencheur, une touriste est apparue. J’ai attendu, mais le flot des touristes n’a pas cessé, et j’ai dû me contenter de cette image. Pour respecter le droit à l’image de cette jeune fille, j’ai dû flouter son visage avec Photoshop

 

Ceci, c’est l’emplacement du Pilier de Paul-Émile. En 168 avant Jésus-Christ, voilà plus d’un siècle et demi que le conquérant Alexandre le Grand est mort. Ses diadoques, c’est-à-dire ses généraux, se sont partagé son empire. Celui qui, en cette année 168, est roi de Macédoine, s’appelle Persée, et le consul romain Paul-Émile l’a vaincu à Pydna. Pour célébrer sa victoire, sa statue équestre a été placée sur un pilier d’environ douze mètres de haut dont nous ne voyons plus que la base aujourd’hui.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Deuxième Guerre Médique. En 380 avant Jésus-Christ, la victoire navale grecque à Salamine a porté un rude coup à la flotte perse de Xerxès. En 479, à Platées en Béotie près de Thèbes (mon article Ægosthènes, Platées, Éleuthères, daté 10 juin 2012) l’armée grecque composée des combattants de trente-et-une cités met en déroute l’armée perse comprenant aussi des guerriers thébains, la ville de Thèbes ayant fait alliance avec l’ennemi. Le butin pris sur les Perses à Salamine puis à Platées est richissime, les vainqueurs en prélèvent la dixième partie pour offrir à Apollon, dans son sanctuaire de Delphes, un présent somptueux. Sur la base de pierre que nous voyons sur ma photo ils ont dressé un trépied de bronze figurant trois serpents enlacés, sur les têtes desquels reposait un chaudron en or massif de trois mètres de diamètre. Le chaudron, les Phocidiens l’ont fondu pour en récupérer l’or à l’époque de de la Guerre Sacrée de 354-343. Quant au trépied en forme de serpents, nous l’avons vu à Istanbul, sur l’Hippodrome, où l’empereur Constantin l’avait fait transporter (mon article Istanbul 04: La ville romaine, octobre-décembre 2012, avec photos).

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Il est difficile, dans ces vestiges, de reconnaître un portique, et pourtant ici se trouvait le portique d’Attale Ier (269-197 avant Jésus-Christ), roi de Pergame. Le grand portique qu’il a offert était sur deux niveaux, bordés chacun de onze colonnes doriques. Mais au quatrième siècle de notre ère, ce portique a été transformé en citerne pour alimenter en eau des thermes situés à quelque distance. Et voilà ce qu’il en reste…

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Encore une simple base. Elle supportait depuis 330 avant Jésus-Christ une colonne de onze mètres de haut, décorée de feuilles d’acanthe sur le fût, au sommet de laquelle étaient sculptées trois danseuses surmontées d’un omphalos de pierre. Ces danseuses, inutile que je les décrive maintenant, elles vont figurer dans mon prochain article, car elles sont conservées au musée de Delphes et je les y ai vues et photographiées après cette visite du site.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Les archéologues ont dénommé Base en Fer à Cheval ce bâtiment où dix-huit bases de pierre, disposées en fer à cheval, supportaient au moins dix-huit statues du troisième siècle avant Jésus-Christ, sculptées dans du marbre blanc. Peut-être, nous dit-on, représentent-elles les membres d’une même famille. L’une de ces statues était celle que l’on appelle le Philosophe, qui est aujourd’hui au musée archéologique de Delphes et que je présenterai dans mon prochain article.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Là non plus, il ne reste pas grand-chose de la Leschè des Cnidiens. Cnide, célèbre pour son Aphrodite, œuvre de Praxitèle, premier grand nu féminin intégral dans la statuaire grecque, est une ville située tout au bout d’une longue presqu’île à l’extrême sud-ouest de l’Asie Mineure aujourd’hui turque. Et une leschè, c’est un espace de rassemblement et de discussion. Cette salle de la première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ était rectangulaire et couvrait environ cent quatre-vingts mètres carrés. Ici, je cite le texte proposé par le site (fouillé par des Français, il propose tous ses commentaires en grec, en anglais et en français): “Elle était connue pour son décor de peintures murales par Polygnote. Les thèmes représentés étaient la prise de Troie à droite de l'entrée et la descente d'Ulysse aux enfers à gauche”. Quant à Polygnote (470-440 avant Jésus-Christ), il est originaire de Thasos, cette île tout au nord de la mer Égée, mais a essentiellement travaillé à Athènes avant d’aller effectuer des commandes ici ou là, comme pour cette leschè.

 

Pausanias: “Les Delphiens donnent à cet édifice le nom de Leschè, parce que c'était là qu'on se réunissait anciennement, soit pour parler de choses sérieuses, soit pour faire des contes. [...] En entrant dans cet édifice, toutes les peintures que vous voyez à droite représentent la ville de Troie prise, et le départ des Grecs; on prépare tout ce qui est nécessaire pour le retour de Ménélas; son vaisseau est peint avec son équipage mêlé d'hommes et d'enfants; le pilote Phrontis, tenant des avirons, est au milieu du vaisseau [...]. Briséis est debout, Diomède est au-dessus d'elle, et Iphis est devant eux; tous trois ont l'air de regarder la figure d'Hélène, cette dernière est elle-même assise près d'Eurybates qui était, à ce que je crois, le héraut d'Ulysse; il n'avait pas encore de barbe. Vous voyez ensuite deux servantes d'Hélène, Électre et Panthalis, cette dernière est debout auprès d'elle, et Électre attache la chaussure de sa maîtresse. [...] L'autre portion de tableau, qui est à main gauche, présente la descente d'Ulysse aux enfers pour y consulter l'âme de Tirésias sur les moyens de rentrer sain et sauf dans sa maison. Voici ce que contient ce tableau: On y voit de l'eau qui paraît être celle d'un fleuve. Il est évident que c'est l'Achéron, il est rempli de roseaux, on y remarque des poissons peu apparents, et qui ressemblent plutôt à des ombres qu'à des poissons véritables. Sur ce fleuve est une barque et un nautonier qui tient les rames. [...] Ce qu'il y a de plus remarquable sur la rive de l'Achéron, c'est, au-dessous de la barque de Caron, un fils étranglé par son père envers qui il s'était mal conduit. Les anciens avaient le plus grand respect pour les auteurs de leurs jours [...]. Dans le tableau de Polygnote, auprès de l'homme qui avait maltraité son père, et qui subit pour cela des tourments dans les enfers, vous en voyez un autre qui est puni pour avoir pillé les temples des dieux. La femme qui le châtia connaît bien tous les poisons, et surtout ceux qui peuvent servir à tourmenter les hommes. On avait encore alors un respect singulier pour les dieux, comme le montre la conduite des Athéniens qui, lorsqu'ils eurent pris à Syracuse le temple de Zeus Olympien, ne touchèrent à aucune des offrandes et les laissèrent à la garde du prêtre syracusain”.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Au pied du Mur Polygonal, un ouvrage aux pierres assemblées avec une précision remarquable construit au sixième siècle avant Jésus-Christ pour soutenir la terrasse artificielle sur laquelle s’élève le temple d’Apollon, nous voici devant la base du Sphinx des Naxiens. Dans mon article daté 20 juin 2011, j’avais montré cette gigantesque statue de sphinx au musée de Delphes. À l’origine, elle était située ici, au sommet d’une colonne de douze mètres de haut selon ce que je lis sur le site, ou de neuf mètres quatre-vingt-dix selon l’information dont je disposais en 2011 et dont je ne me rappelle pas l’origine. Bref, disons “au sommet d’une très haute colonne”, pour être sûr de ne pas dire de bêtises!

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Une stoa, je l’ai dit maintes fois, est une allée couverte, un portique. Longue de trente mètres, avec son toit de bois soutenu en façade par sept colonnes monolithes (c’est-à-dire d’une seule pièce de pierre, non pas en tambours superposés) en marbre, et à l’arrière par le Mur Polygonal du temple d’Apollon, elle a été construite entre 510 et 470 avant Jésus-Christ pour y abriter les trophées des victoires navales des Athéniens. Y ont donc été placées les prises de guerre sur les Perses, notamment celles de Marathon en 490 et de Salamine en 480. Sur ma photo, on voit clairement le rôle de soutènement du Mur Polygonal, avec les colonnes du temple d’Apollon au haut de l’image.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Sur cette base, il est écrit “Le peuple de Rhodes à Apollon Pythien”. “Le peuple”, Platon ou un autre auteur d’Athènes, écrivant en dialecte attique, dirait ὁ δῆμος (ho dêmos), mais ici on lit ὁ δᾶμος (ho dâmos), en dialecte dorien. Après la conquête d’Alexandre et l’unification de la Grèce, avec son centre culturel à Alexandrie d’Égypte, si ç’avait été une cité dorienne ou éolienne plutôt qu’ionienne ou attique qui avait unifié la langue (la koïnè), nous parlerions aujourd’hui de damocratie, de damagogie, de damographie plutôt que de démocratie, de démagogie et de démographie

 

Il y a très longtemps que j’ai été frappé de cette terrible maladie philologique qui n’a pas faibli avec les années, mais rassurez-vous, la crise est passée, je laisse (pour un temps!) la philologie de côté et je reviens à mes moutons. Ce présent des Rhodiens au dieu de Delphes, c’était une sculpture en bronze représentant Hélios et son quadrige, au sommet d’une colonne de pierre reposant sur la base que montre ma photo. Ouranos et Gaia (le Ciel et la Terre) ont donné naissance aux Titans, dont Hypérion, et aux Titanides, dont Théia. Hypérion et Théia ont trois enfants, Éos (l’Aurore), Hélios (le Soleil) et Séléné (la Lune). La tête cerclée de rayons de feu, Hélios que l’on représente comme un très bel homme jeune, s’élance du Pays des Indiens, à l’est, avec son quadrige (un char attelé de quatre chevaux), et il parcourt toute la voûte du ciel durant la journée pour arriver, à l’ouest, à l’Océan. Là, ses chevaux se baignent pour se reposer de leur course rapide, et lui-même se repose dans un palais d’or. Puis sous la terre il retourne au Pays des Indiens pour reprendre sa course dans le ciel à la suite du char de sa sœur Éos. Hélios a eu plusieurs femmes, parmi lesquelles le mythe donne soit Rhodè, soit Rhodos, éponyme de l’île de Rhodes. C’est pourquoi ce dieu est particulièrement honoré à Rhodes. D’ailleurs, l’une des sept merveilles du monde, le Colosse de Rhodes qui mesurait plus de trente mètres et avait été réalisé en 292 avant Jésus-Christ était un Hélios en bronze.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Sur cette “Aire”, il y a encore bien d’autres ruines mais celles dont je viens de parler sont, je pense, les principales. Ci-dessus, je montre quelques colonnes renversées qui ont appartenu à un bâtiment que je n’ai pas su identifier sur le plan.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Venons-en au temple d’Apollon. J’en ai précédemment montré des photos dans mon article du 13 mars 2013, mais ici on peut voir comment il s’insère dans ce site grandiose. Sur la seconde photo, je montre le temple avec son autel en premier plan. Sur la troisième c’est l’autel qui a été construit au cinquième siècle avant Jésus-Christ, et sur la quatrième on voit l’inscription de dédicace qui dit que ce sont les habitants de l’île de Chios qui l’ont offert à l’oracle de Delphes.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Montant au-dessus du niveau du temple d’Apollon, nous arrivons au théâtre que j’avais également montré en 2011, mais le voici sous de nouveaux angles. Il s’y déroulait des concours de musique et des concours de théâtre. Tel que nous le voyons, il a l’ampleur de sa dernière réfection au premier siècle de notre ère. Ses trente-cinq rangées de gradins pouvaient accueillir jusqu’à cinq mille spectateurs.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Et tout en haut, le stade. Je l’avais peu montré en 2011, en voici d’autres vues. La montagne est en pente abrupte, aussi pour réaliser le stade la paroi a-t-elle été coupée au cinquième siècle avant Jésus-Christ, permettant de tracer une piste plane. On a ainsi pu, le cinquième jour des Pythia, les fêtes d’Apollon Pythien, organiser des compétitions sportives, et les spectateurs s’asseyaient sur le sol. Ce n’est qu’à l’époque de l’empereur Hadrien (117-138 après Jésus-Christ), amoureux de la Grèce, que des gradins ont été aménagés. En même temps, une entrée a été construite, avec les trois arches que montrent ma seconde et ma troisième photos.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Dans mon article Olympie, les jeux et autres, daté 20 au 22 avril 2011, j’explique que la longueur du stade grec est variable selon le lieu. En effet, ce qui définit la longueur du stade –le stade étant en soi une mesure de distance–, c’est une longueur de six cents pieds. Le problème, c’est que le pied n’a pas la même longueur dans toutes les cités grecques (comme en France, avant l’adoption du système métrique à la Révolution, une livre n’avait pas le même poids partout). Ici à Delphes, il fait 29,725 centimètres, ce qui donne un stade de 178,35 mètres, alors qu’à Olympie le stade est de 192,27 mètres et à Némée de 177 mètres. Pour la course du dolichos, il fallait parcourir vingt-quatre stades. Dans l’antiquité, on mesurait le temps avec des clepsydres, ou avec des cadrans solaires, cela ne permettait en aucun cas de chronométrer des performances sportives, par conséquent on ne pouvait enregistrer de records nationaux ou internationaux, on ne pouvait pas non plus s’autoévaluer lors de l’entraînement. On ne pouvait que se mesurer aux autres concurrents, sur la même piste et simultanément. Voilà pourquoi, après tout, il n’était pas si gênant que tous les stades n’aient pas la même longueur. Le dolichos faisant à Olympie presque quatre cents mètres de plus qu’à Némée, il fallait seulement avoir un peu plus de souffle.

 

Sur ma première et ma troisième photos ci-dessus, on voit les lignes de départ et d’arrivée. Ma dernière photo permet de voir que ces lignes sont constituées de pierres calcaires, avec des rainures rectangulaires. Il semble qu’en largeur il ait été possible de donner le départ à dix-sept ou dix-huit coureurs. La dernière compétition était une course en armes où les concurrents avec le casque sur la tête, les cnémides sur les jambes, le bouclier à la main, s’élançaient pour deux à quatre longueurs de stade.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Partout, à Delphes, on trouve des inscriptions. Le sanctuaire d’Apollon est un livre. Sur le mur de soutènement de la terrasse du temple, figurent de très nombreux actes d’affranchissement d’esclaves. J’ai pris ma photo ci-dessus au stade. Sur le côté droit de mon blog, j’ai mis un lien vers un site remarquable concernant l’épigraphie. Il est fait par un professeur de lettres classiques qui est spécialiste d’épigraphie grecque et a réalisé la transcription et l’interprétation d’un nombre incalculable d’inscriptions. Son site est extrêmement pédagogique, clair, progressif et en même temps ludique. Je suis donc impardonnable de ne pas être capable de traduire cette inscription…

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Nous avons été si longs sur le site en haut de la route puis au musée que nous n’avons pas eu le temps de nous rendre à la partie du site qui est au fond de la vallée, de l’autre côté de la route. J’en avais précédemment montré des images que j’avais commentées, alors aujourd’hui je me suis amusé à en prendre quelques photos de loin sous des angles inhabituels. Ma première photo montre les ruines du gymnase vues d’en haut, et la seconde photo fait apparaître, au bout du gymnase, la célèbre tholos. Les deux autres photos cadrent sur la tholos, d’abord presque cachée par un entremêlement de branchages fleuris en rose, et ensuite au milieu de la verdure qui, bien pauvre dans la partie supérieure du site, ici s’en donne à cœur joie pour se développer.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

La visite du sanctuaire d’Apollon ne serait pas complète si nous ne faisions pas une courte halte devant la fontaine Castalie. La source Castalie jaillit de la roche plus haut dans la falaise, et coulait là où vivait le dragon Python, le fils de Gaia, avant qu’Apollon ne le tue et prenne sa place au sanctuaire. Entre 600 et 590 avant Jésus-Christ, a été construite sur le bord de la route qui arrive au sanctuaire la fontaine Castalie destinée à recueillir les eaux de la source. Avant de pénétrer dans le sanctuaire, aussi bien les prêtres que les pèlerins devaient se purifier dans son eau. C’étaient des têtes de lions en bronze qui crachaient l’eau. Puis, au premier siècle avant Jésus-Christ, une nouvelle fontaine très semblable à la première a été aménagée. Quelques marches, que l’on peut encore voir aujourd’hui (deuxième photo ci-dessus) permettaient de descendre dans le bassin de la fontaine. Je publie une image qui essaie de restituer la fontaine telle qu’elle était dans l’antiquité. Cette image, qui est proposée sur un panneau du site, n’est pas signée.

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Published by Thierry Jamard
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