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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 21:27

Mon blog, je le tiens tous les jours ou presque. Mais les derniers jours en France, la connexion était très mauvaise chez McDo, et depuis que nous sommes en Italie, et que vraisemblablement pour éviter que la mafia utilise Internet pour des communications dangereuses, il faut une adresse fixe en Italie pour obtenir le mot de passe indispensable, envoyé par SMS sur un numéro de portable italien! Presque insoluble. C'est enfin fait, et nous voilà à Pérouse. Je vais essayer de mettre en ligne petit à petit les textes et les images que j'ai préparés. À suivre, donc.

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Published by Thierry Jamard
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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 22:17

Vu l’impossibilité absolue de stationner avec notre engin dans la ville de Nice, nous descendons à pied du camping à la gare, ce qui n’a rien de terrible puisque cela se fait en 25 minutes, et nous prenons le train de Menton à Nice. On s’y retrouve aussi pour le prix. Six ou sept heures de parking, l’essence pour 80 kilomètres aller et retour, l’autoroute dans les deux sens, je suis bien sûr que cela se monte à plus des 18 Euros de billet de train aller et retour pour deux personnes. Sans compter la tranquillité, la liberté de regarder le paysage plutôt que de surveiller les autres véhicules, etc.

 

Je ne vais pas, une fois de plus, montrer les ruelles étroites qui sont le lot de tant de villes et villages de la Côte d’Azur et de la Provence. Je préfère ce monument dédié à Garibaldi, né dans cette ville en 1807 et l’un des acteurs déterminants de la Révolution italienne, en 1860. Le comté de Nice avait été occupé par les troupes françaises révolutionnaires, puis annexé en 1793, et ne retournera au roi de Sardaigne qu’à la chute de l’Empire, en 1814. Garibaldi est donc né Français. La même année que celle de l’unité italienne, 1860, au terme d’un plébiscite dont le résultat est indiscutable (25 743 voix pour et seulement 260 contre), Nice et la Savoie reviennent à la France. Pendant la guerre de 1870, Garibaldi et ses deux fils se battront dans les rangs français. Je ne raffole pas de ce genre de monuments, mais je trouve amusante cette idée de représenter l’Italie renaissante comme un bébé. En fait je ne sais pas si tel est le symbolisme de cette statue, mais en tous cas telle est mon interprétation, et elle me plaît.

 

Nous nous rendons au musée national dit du Message biblique Marc Chagall. Évidemment, les peintures et les vitraux de Chagall sont bien connus, mais je ne connaissais pas ses dessins. Natacha et moi étions déjà venus ici, mais je ne sais pas si les nombreux dessins exposés n’y étaient pas encore ou si, à l’époque, ils ne m’ont pas marqué, mais ils sont très amusants. Entre autres, seize esquisses de recherche destinées à illustrer les sept péchés capitaux. Parce que dans ce musée les photos sont autorisées, je peux en choisir deux ici, mais un peu au hasard parce que tous sont excellents. Ils ne sont pas légendés, mais ce sont visiblement la paresse et la luxure. Plus loin, sur des thèmes divers, il y a encore d’autres dessins du même tonneau.

 

Et puis il y a les tableaux. Celui que je présente ici s’intitule Nu au-dessus de Vitebsk. Vitebsk est la ville natale de Chagall (1887), où il a vécu et où après avoir passé quelques années à Paris il est retourné pour devenir en 1917 directeur de l’école des Beaux-Arts et commissaire des Beaux-Arts de la région. Mais désillusionné dans ce qu’il attendait de la révolution bolchévique, il part s’installer définitivement à Paris en 1922. Néanmoins, cette ville à laquelle il est toujours resté très attaché apparaîtra dans un grand nombre de ses œuvres, peintures, dessins, vitraux, mosaïques. Elle est située dans l’est de l’actuelle Biélorussie, mais avant 1917 elle faisait partie de l’Empire russe, puis après la Révolution d’Octobre elle est passée dans l’Union Soviétique, dans la République Socialiste Soviétique de Russie, et ce n’est qu’en 1939, lorsque le Pacte Germano-Soviétique a fait tomber l’est de la Pologne (avec Grodno, ville de Natacha) dans l’URSS, qu’une République Socialiste Soviétique de Biélorussie a été créée, réunissant en une seule entité l’est de la Pologne et l’ouest de la Russie.

 

Ce tableau était profane, mais évidemment la plupart des tableaux traitent de sujets bibliques qui justifient le nom du musée. Tous sont si intéressants, si originaux aussi, influencés par l’art de l’icône orthodoxe, par les traditions juives, par les recherches pour le renouvellement des règles artistiques, que je ne sais que choisir de montrer. Ici, le sacrifice d’Isaac. Le corps d’Isaac s’abandonne, pour manifester la soumission de l’homme à Dieu. Derrière l’arbre, on aperçoit le bélier qui prendra la place du sacrifié. La religion juive interdisant la représentation de Dieu, Celui-ci est symbolisé par l’ange blanc, derrière l’ange bleu qui va arrêter le bras d’Abraham. En haut à droite, ces personnages préfigurent les malheurs annoncés du peuple juif, et parmi eux le Christ portant sa croix, qui n’est bien sûr pas le Fils de Dieu des chrétiens, mais qui symbolise le Juif sacrifié. Le tableau est séparé en deux parties par une diagonale, la moitié inférieure droite, rouge, jaune, brune, est celle du sacrifice et de la souffrance, et la moitié supérieure gauche, bleue, blanche, est celle de l’espoir et de la volonté divine.

 

Sans doute, dans l’espace de ce blog, n’est-il pas raisonnable de placer encore une autre image de Chagall, mais je ne résiste pas à la tentation. Il a consacré une série de cinq tableaux illustrant le Cantique des Cantiques, qu’il dédie à Vava, sa dernière femme. Je me suis suffisamment étendu sur le tableau précédent, je ne reviendrai pas sur ce goût pour les couleurs fortes, comme ce rouge, qui marque le feu de l’amour. J’ai déjà dit qu’il aimait à représenter sa chère ville de Vitebsk, que l’on peut reconnaître ici. J’évoque seulement à gauche l’ange qui joue de la trompette, Chagall aime beaucoup représenter les anges. Tout en bas, juste au milieu, un homme–sans doute un rabbin– tient en main un chandelier. En plein milieu, beaucoup plus grand que tous les autres personnages du tableau, se détachant en bleu et blanc sur tout ce rouge, le couple enlacé sur un cheval ailé. Bon, c’est vrai, j’exagère avec tout cela. J’arrête. Je ne parlerai même pas des vitraux de Chagall présentés ici.

 

Nous sommes restés très longtemps. Natacha de son côté, moi du mien, de temps à autre nous nous croisions parce que l’un et l’autre, après avoir fait le tour de l’exposition permanente et de l’exposition temporaire concernant l’amitié entre Marc Chagall et Blaise Cendrars, nous revenions sans cesse aux œuvres que nous préférions. Nous nous sommes quand même décidés à nous arracher au musée, et avons fait un petit tour en ville, descendant jusqu’à la Promenade des Anglais avant de retourner vers la gare. Le ballet incessant des avions m’a rappelé que Philippe, mon cher cousin qui habitait Nice, avait raconté qu’un ballet interminable de gigantesques camions avait aplani complètement une colline et transporté ces matériaux dans la mer pour créer de toutes pièces un aérodrome. Ce soir, le ciel s’est assombri, et nous avons même eu, en arrivant à Menton, quelques gouttes de pluie. J’ai eu envie de prendre cette photo à Nice avant de partir, les avions au sol, les nuages qui obscurcissent le ciel, l’avion qui s’apprête à atterrir, la mouette plus bas, la Méditerranée…

 

Et voilà. Nous avons repris notre train et sommes rentrés au camping de Menton. Un miracle que nous soyons arrivés vivants, car les conducteurs immatriculés 06 se lancent à bride abattue dans la montée, se jettent dans les virages en épingles à cheveux en déviant complètement sur la gauche sans savoir ce qui peut venir en face ou qui se déplace à pied sur la chaussée dépourvue de trottoir et de bas-côté. Et, ce qui n’arrange rien, la saison de la chasse est ouverte, peut-être ont-ils envie de placer nos têtes sur une plaque de bois au-dessus de leur cheminée en guise de trophée pour leur chasse 2009.

 

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Published by Thierry Jamard
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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 21:48

Le GPS, auquel au départ de l’hôtel à Saint-Isidore j’ai demandé Eze sur la Moyenne Corniche, nous y a menés par ce qui est sans doute le chemin le plus court, une minuscule route qui grimpe selon une pente extrêmement forte, avec des virages très aigus, jusqu’à la Grande Corniche, pour redescendre ensuite sur la Moyenne Corniche au niveau d’Eze. Nous faisons une longue halte sur une plate-forme de stationnement panoramique. À quelque distance, sur un promontoire dans les bois, une table d’orientation nous informe que la longue presqu’île juste en face est celle de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Sous le fort soleil, elle nous apparaît dans une sorte de brume alors que le temps est très clair.

 

Sur notre gauche, nous apercevons Beaulieu. En poursuivant le chemin dans la pinède, on découvre le port de plaisance de Beaulieu, bien abrité par une longue digue. C’est vraiment un paysage somptueux. On ne va pas y rester toute la journée, parce que nous avons d’autres projets, mais nous en prenons plein les yeux. D’ailleurs, tout au long de la route, des échappées sur la mer continuent de nous éblouir. Nous craignons bien de ne pouvoir nous arrêter à Roquebrune, pour des raisons de stationnement, bien sûr. En fait, par chance, juste avant l’entrée du village, à moins de trente mètres indiquant un accès interdit aux camping-cars, deux places sont libres, c’est ce qu’il me faut pour mes sept mètres de long. Nous allons monter à pied jusqu’au château, tout là-haut.

 

D’une plate-forme au bord de la falaise, on a une belle vue sur la côte. Notamment, ci-dessus, entre les deux pointes c’est Monaco. On distingue, au sommet le plus proche, un énorme bâtiment destiné à exploiter au maximum la surface au sol de cette minuscule principauté. Le village, comme tant d’autres sur la côte, est fait d’escaliers, de ruelles enchevêtrées, d’arches, etc. C’est splendide. Une plaque indique une maison, au bas d’escaliers qui descendent au fond d’une impasse obscure, où a vécu Romain Gary de 1950 à 1957. Et puis à l’entrée de la ville on peut voir une statue de femme réalisée par une certaine Anna Chromy, ce qui semble un nom polonais, et intitulée La France triomphante. C’est peut-être un peu exubérant, mais j’aime bien. Alors j’en montre ici la photo, malgré ces barrières horribles placées là pour je ne sais quelle raison. Je les aurais bien déplacées le temps de la photo, mais elles sont fixées avec du fil de fer. Je n’irai quand même pas jusqu’à m’armer d’une pince coupante.

 

 

Enfin, nous arrivons à Menton, bloquée par des embouteillages terribles, sans doute dus au retour de week-end. Et la réception du camping de Menton ferme à 18h30. Frayeur. Mais nous arrivons juste, juste à temps par une toute petite route en très forte pente et à virages en épingle à cheveux, encore pires que ceux de ce matin. Le camping est tout là-haut, étagé sur des terrasses : pour aller aux sanitaires, on descend 26 marches sur des zig-zags (ma manie de compter), puis on suit un long plan incliné.

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 21:20

Enfin, (mercredi 7) je peux me connecter et poster les articles que j'ai préparés !

Saint-Paul-de-Vence, c’est d’abord un splendide village médiéval perché. C’est aussi l’endroit où Chagall a vécu, est mort, est enterré. Il s’était précédemment installé à Vence, mais le terrain proche de sa maison a été vendu, construit de hauts immeubles qui lui ont caché la vue, les nouveaux habitants plongeaient sans cesse leur regard chez lui. Furieux, il a déménagé vers Saint-Paul. Mais ici, on ne peut voir sa maison, bâtie hors du village ancien, sur un terrain entouré d’arbres et de clôtures, et actuellement habitée par des personnes privées. De musée, point.

 


Nous sommes quand même allés à Saint-Paul-de-Vence ce vendredi 2 octobre. La personne qui tient l’office de tourisme s’est montrée très aimable, très impliquée, et quand elle a su que Natacha avait un projet sur les relations entretenues par les artistes ou scientifiques originaires, comme Chagall, de ce qui est aujourd’hui la Biélorussie, elle s’est donné beaucoup de mal pour trouver tout ce qu’elle avait sur le sujet et pour en faire des photocopies.

 

On peut voir, derrière la chapelle Sainte-Claire, hors du bourg médiéval, des reproductions de toiles plantées là où le peintre plaçait son chevalet, comme pour Van Gogh à Auvers ou Cézanne à Aix-en-Provence. Ci-contre, c’est une œuvre intitulée Couple au-dessus de Saint-Paul. J’avais vu, en exposition ou en reproduction dans des livres, pas mal d’œuvres de Chagall, mais je n’avais jamais vu celle-là. Peut-être parce que, comme le dit le petit écriteau en-dessous, elle appartient à une collection particulière.

 

Saint-Paul-de-Vence, c’est aussi, à quelque distance du bourg, cachée dans les bois, la Fondation Maeght. Il s’y trouve très peu d’œuvres de Chagall, mais elle possède de nombreuses autres œuvres d’art comtemporaines, comme celles de Miró. Nous connaissons déjà, nous y sommes venus, Natacha et moi, en 2001. Si quelques artistes contemporains me touchent ou m’intéressent, la plupart me laissent indifférent. Aussi ai-je préféré laisser Natacha s’y repaître à loisir et pendant ce temps-là aller me promener. Souvent assis derrière le volant, piétinant des heures dans les musées, j’aime aussi de temps à autre me dégourdir les jambes et marcher. Ce que j’ai fait, partie dans les bois, partie autour de la ville haute.

 

Nous sommes en octobre. Beaucoup de campings ont fermé fin septembre, d’autres sont hors de prix ou assez éloignés. Il nous reste de l’eau dans le réservoir, nous passerons la nuit sur un stationnement que nous avons repéré à Cagnes, entre un établissement scolaire et un complexe sportif. Calme assuré jusque vers 7h30 ou 8h.

 

Samedi 3 octobre. Puisque nous n’avons pas eu la possibilité de voir le musée Picasso à Antibes l’autre jour, nous retournons à Antibes. Comme il n’est pas trop tard, il reste quelques places de stationnement dûment marquées au sol, le long de la route qui vient de Villeneuve-Loubet le long de la mer, juste avant le parc limité en hauteur. Ce qui est très positif, c’est qu’en cet endroit assez éloigné du centre passe tous les quarts d’heure une navette gratuite. Ce qui est plus négatif (mais secondaire), c’est que les amortisseurs (dans le bus de l’aller comme dans celui du retour) semblent avoir été démontés pour donner l’impression que l’on roule dans un carrosse du passé, sans suspension. Je me demande même comment, totalement morts, ils peuvent passer les contrôles techniques de sécurité.

 

Nous commençons en traînant dans la braderie, ou le vide grenier, ou la brocante, qui s’étale sur la place Nationale, au cœur de la vieille ville, et dans les rues avoisinantes. Nous y avons trouvé une collection de livres reliés de tous les auteurs couronnés d’un prix Nobel, vendus (les livres, pas les auteurs) un Euro pièce, deux Euros les trois. Nous sommes repartis avec un roman de Bounine, que Natacha rêve de me faire découvrir et qui a vécu à Grasse après la révolution soviétique de 1917. J’avoue qu’il n’est pour moi guère plus qu’un nom. Et puis, nous sommes arrivés au marché, qui s’affiche "Marché provençal". Pour l’illustrer, je mets donc une photo très colorée d’épices variées. Un marchand vend du raisin Italia à 9,50 Euros le kilo alors que j’en ai acheté la veille à Carrefour pour 1,50. Ce n’est sans doute pas la même qualité, mais quand même ! Juste à côté, d’autres commerçants pratiquent des prix normaux. Nous nous offrons quelques fruits confits magnifiques, et –nous le saurons ensuite, à la dégustation– délicieux. Un autre commerçant a installé, sur une classique remorque à bagages, un four à bois à dôme de ciment et grande cheminée de tôle. Il y cuit une spécialité locale, un genre de crêpe épaisse à base de farine de pois chiche. Nous nous en prenons deux parts. C’est bon, mais nous n’en ferions pas notre quotidien.

 

La cathédrale est fermée, mais nous avons largement le temps d’en faire le tour et d’en contempler la façade, les portes aux vantaux sculptés, parce que le musée Picasso situé juste en face n’ouvre qu’à 14h, nous laissant une bonne heure d’attente. Nous faisons aussi une balade sur le front de mer. Enfin, les portes s’ouvrent. D’abord une très grande série de Picasso posant devant ses œuvres. Il aimait un peu trop, à mon goût, se mettre en scène en slip, ou torse nu, et toujours avec un air sévère, pas le moindre sourire. J’ai adoré une grande collection de poteries de Vallauris, et aussi beaucoup de dessins de faunes, de nymphes et de centaures. J’ai été frappé par le fait que faunes et centaures ont des têtes de taille normale, tandis que la tête des nymphes est un cercle tout petit, en tous cas beaucoup plus petit que chacun de leurs seins. Je ne suis ni Freud, ni expert en peinture contemporaine, je n’en tirerai aucune conclusion. À d’autres de le faire et, si possible, de me communiquer leurs conclusions. Pour le reste, j’ai également beaucoup apprécié ce qui est figuratif, même cubiste, et beaucoup moins ce qui ne l’est absolument pas. Dans le musée, on trouve aussi d’autres artistes, comme Nicolas de Staël, que j’adore. Aucune photo autorisée…

 

Pas de photo non plus au Musée Peynet et du dessin humoristique. Hier, à la Fondation Maeght, Natacha a pu acheter, pour 2,50 Euros, le droit de faire autant de photos qu’elle voulait. Eh bien, je me venge en mettant ici une photo de pigeon que j’ai faite pour m’amuser sur le parvis de la cathédrale, en attendant. Revenons-en à Peynet. Raymond Peynet a 38 ans quand, en 1947, il passe en famille des vacances sur la Côte d’Azur et tombe amoureux de la région. Il y achète une ancienne tour sarrazine mais continue de vivre à Paris. En 1976, il s’installe à Antibes. Son œuvre est essentiellement axée sur les célèbres amoureux, mais il a travaillé dans de multiples domaines, la publicité, le décor de théâtre, le dessin humoristique, l’illustration lithographique de livres, etc. Une bonne présentation du personnage et de son œuvre.

 

Nous voulions, ensuite, aller voir Nice. Nous avons tourné deux heures un quart, montre en main, sans trouver ni stationnement le long d’un trottoir, ni parc de stationnement, tous étant souterrains avec hauteur limitée. Un seul était en surface, mais bondé. Nous sommes repartis sans avoir pu mettre le pied à terre. Loin, très loin, dans le quartier de Saint-Isidore, nous allons à Carrefour, puis à McDo, mais il est tard, nous avons juste le temps de voir nos boîtes mail avant la fermeture. Pas de camping… Réserve d’eau au plus bas… WC chimique assez plein… Eh bien, nous nous offrons une nuit à l’hôtel Kyriad.

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Published by Thierry Jamard
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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 23:35

Aujourd’hui, nous déjeunons avant de partir, la matinée ayant été occupée par des tâches ménagères (plusieurs tours de lessive) et des moments cool. Notre après-midi sera consacré à Vence. Nous nous garons sur un parking en ville et nous rendons à pied à la chapelle décorée par Matisse.

 


Ayant subi, à un peu plus de 70 ans, une opération de l’intestin, Matisse avait fait passer une annonce qui, aujourd’hui, serait condamnable parce que discriminatoire, demandant une infirmière "jeune et jolie". La toute jeune fille qui a répondu était encore en cours d’études d’infirmière, et tentait sa chance quoique ne se jugeant pas jolie. Reçue par une secrétaire, jolie elle aussi, elle a été embauchée immédiatement par Henri Matisse. Elle lui faisait ses pansements, elle lui faisait la lecture parfois aussi. Douée pour le dessin, elle travaillait de temps à autre avec lui. Quand il lui a proposé de poser pour lui, elle a estimé qu’elle n’était pas assez belle, à quoi il a répondu que sa beauté était autre. Et elle a (très chastement) posé plusieurs fois pour lui jusqu’à ce que, deux ans plus tard, elle lui annonce sa vocation religieuse et sa décision de prendre le voile. Malgré ses tentatives pour l’en dissuader, Matisse ne l’a pas convaincue de renoncer à ce projet, et elle est devenue Sœur Jacques-Marie.

 

Aussi, quand il a été question de la décoration de la chapelle du couvent, peintures murales et vitraux, a-t-il été fait appel à Matisse pour conseiller son ex-infirmière qui avait commencé à y travailler, et pour collaborer avec elle. Bien vite, il a complètement repris le projet à son compte. Comme religieuse, elle est même redevenue son infirmière par la suite. Aujourd’hui, à Vence, on peut visiter cette chapelle. On peut aussi voir dans un autre bâtiment des chasubles décorées selon des cartons de Matisse, et de nombreuses et très intéressantes esquisses de la fresque du Chemin de Croix qui orne le mur du fond de la chapelle. Mais toute photo est strictement interdite, la famille du peintre étant propriétaire des droits de reproduction. Un jour, un touriste a pris une photo en cachette, et a eu la mauvaise idée de l’envoyer à un journal local, qui l’a publiée. La famille a fait mille ennuis à la religieuse chargée de la visite, qui a même risqué le tribunal. Seules sont possibles les photos de l’extérieur, ce qui est peu. Ma photo, ici, n’est pas représentative des esquisses et de la fresque, si évocatrices.

 

Comme à Grasse, il y a ici une cathédrale. Décidément, il y avait des évêchés partout. Le bâtiment lui-même, quoiqu’ancien, n’est pas très intéressant. Du moins ne m’a-t-il pas beaucoup intéressé. Mais j’y ai quand même été frappé par une Vierge moderne, statue appelée Notre-Dame de l’an 2000. Comme dans beaucoup d’œuvres d’art contemporaines, les lignes sont très épurées, et à travers une attitude et rien d’autre, ni traits de visage, ni plis de vêtement, ni aucune couleur, on ressent une expression et un sentiment. Dans un tout autre registre, deux bustes aux expressions amusantes (ici, celui de saint Véran, évêque de Vence en 451. Mais… si ma mémoire est bonne, 451 c’est l’année des Champs Catalauniques et de la victoire sur Attila). Monseigneur Véran a l’air dégoûté par ce qu’il voit. Par le photographe qui vient l’importuner (pourtant sans flash) ?

 

Par ailleurs, un monsieur absolument charmant, qui a l’air d’aimer sa paroisse et son église, qui s’intéresse à l’art, qui nous a dit avoir été chargé par son curé de s’occuper d’une exposition dont je vais parler plus loin, ayant appris que Natacha était biélorusse, du même pays que Chagall, nous a indiqué une grande mosaïque, dans le fond de la cathédrale, que je n’avais pas remarquée en faisant mon tour rapide et assez peu intéressé je dois l’avouer. Cette mosaïque est intéressante. À vrai dire, je ne sais pas trop ce qu’elle représente. A priori une Nativité, parce qu’on voit nettement l’Enfant Jésus dans son berceau, mais il n’y a ni bœuf ni âne, si l’une des femmes est Marie elle est curieusement au second plan en compagnie d’une autre femme, un homme jeune se penche sur Jésus, il semble que sous ses pieds coule une rivière, et deux adorables anges qui ressemblent à de gros insectes volettent dans le ciel. Natacha se demande s’il ne s’agit pas plutôt de la représentation symbolique du baptême du Christ par Jean-Baptiste malgré l’anachronisme, les anges symbolisant l’Esprit-Saint. Avant d’en finir, j’ajoute un vitrail.

 

Près du portail, un panonceau indiquait une exposition (gratuite) des figures d’un calvaire en bois. Un escalier mène à un étage de la cathédrale, avec un chœur haut et des stalles. Même si ce que j’ai pu apercevoir des stalles dans l’obscurité avait l’air intéressant, ce n’est pas cela le sujet de l’exposition qui, elle, est bien éclairée. Le monsieur dont j’ai parlé accueille les visiteurs et leur donne un A4 imprimé dans le langage qu’on lui indique. Il y a bien sûr le français, l’anglais, etc., mais aussi le polonais, le russe, le hongrois, le serbo-croate, le tchèque, le japonais, le chinois… Et ces statues, quelles merveilles ! En fait de calvaire, c’est plutôt un chemin de croix. Le commentaire dit qu’elles sont en bois fruitier polychrome et datent pour la plupart de la fin du dix-septième siècle et du début du dix-huitième. Hélas, pendant la Révolution, certaines statues ont été brûlées, d’autres ont été mutilées. L’exposition montre celles qui ont pu être sauvées. Elles ne sont pas tout à fait de taille réelle, elles doivent faire un mètre ou un mètre vingt. L’expression des visages est extraordinaire, les gestes sont criants de vérité. Je ne peux, dans mon blog, tout montrer, car même si beaucoup de scènes manquent, il y a malgré tout beaucoup de sujets. On commence avec Jésus au jardin des Oliviers, et on finit avec une mise au tombeau.








 

Voici ce que j’ai choisi ici : la première image est un gros plan du visage de Jésus devant ses juges. La deuxième, Jésus aidé par Simon de Cyrène. Pour la troisième, on revient en arrière chronologiquement, puisqu’il s’agit du visage d’un ange lorsque Jésus est au jardin des Oliviers. En petit, dans mon blog, j’ai préféré cibler sur des gros plans, mais ci-contre je n’ai pas résisté à la tentation de montrer cette descente de croix. Les échelles, les centurions manipulant des cordes, le corps désarticulé de Jésus, la disposition des personnages… tout cela est si beau, si émouvant, si expressif. Il fallait quand même une scène entière pour reproduire un tout petit peu la beauté de ce calvaire.

 

C’est ainsi que s’est achevée notre journée. Nous sommes allés faire un tour à ce traditionnel McDo pour poster l’article d’hier, voir nos mails, et puis nous sommes retournés passer une troisième nuit dans notre très agréable camping.

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 21:03

Ayant manqué, hier, la maison-musée de Renoir, nous nous y rendons aujourd’hui en gardant notre place de camping pour la prochaine nuit.

 

 

Il s’agit d’une maison qu’il s’était fait construire et où chaque année il passait l’hiver de 1907 à sa mort en 1919. Depuis toujours il avait été extrêmement frileux, mais depuis qu’il souffrait de polyarthrite rhumatismale, cette maladie qui l’a torturé pendant ses vingt dernières années jusqu’à le contraindre à l’usage d’un fauteuil roulant, il appréciait le climat plus doux de la Côte d’Azur qui soulageait un petit peu ses douleurs. La plupart des pièces présentent des objets, des meubles, des lustres qui ont été d’abord prêtés par les descendants, puis donnés au musée, mais l’ameublement d’époque est loin d’être complet. En revanche, dans son atelier, il y a beaucoup de souvenirs de Renoir, son chevalet, son fauteuil roulant, sa canne, sa cape, etc. Sa salle de bains, très moderne pour l’époque, est intacte.


Dans cette maison, il y a plusieurs toiles, des dessins, mais aussi quelques sculptures, par lui-même qui s’est mis à cette forme d’art avec l’aide d’un ami, et par d’autres qui ont représenté non seulement Renoir mais aussi sa famille. Les photos étant interdites dans le musée, même sans flash, je ne peux montrer ici ce que nous avons vu, mais elles sont autorisées dans le parc, le grand parc planté de vieux oliviers et d’autres espèces botaniques. Là se trouve cette statue, œuvre de Renoir. D’après son fils Jean, le célèbre cinéaste, Auguste Renoir utilisait comme modèles, aussi bien pour ses toiles que pour cette sculpture, ses jeunes servantes. Je veux bien croire (j’en suis même convaincu en regardant ces tableaux) que le peintre portait sur elles un regard esthétique et plastique et non pas sexuel. Il n’empêche : j’ai du mal à imaginer aussi bien ses pensées à lui que les leurs à elles quand, ensuite, en robe noire et petit tablier de dentelle, elles venaient le servir à table. La même attitude peut-elle se retrouver avant et après avoir posé nues comme des vers pendant plusieurs heures ?

 

Parce que nous y avons l’un et l’autre trouvé beaucoup d’intérêt, nous avons passé beaucoup de temps, tant dans la maison que dans le parc, et puis à la boutique Natacha s’est offert le catalogue bien illustré de ce musée, et moi l’édition Folio du livre de Jean Renoir : Pierre-Auguste Renoir, mon père. Ce devrait être passionnant, si j’en crois les quelques extraits placardés sur les murs de la maison à titre d’explication des lieux. Nous avons fini la journée à Antibes, nous promenant sur le port de plaisance puis dans la vieille ville. Le temps ensuite de retrouver le McDo où nous connecter à Internet, nous disposons d’une grosse demi-heure, pas plus, avant la fermeture.

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Published by Thierry Jamard
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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 20:46

Hier, je disais que, couchés très tard, nous nous lèverions plus tard. Hé non. Dès avant six heures, les conducteurs réaccélèrent à fond après le rond-point voisin. Il y a tant et tant de voitures que vers 7h30 le bruit diminue : un bouchon. Plus de folle accélération. Circulation bloquée. Apparemment, c’est engorgé sur les douze kilomètres jusqu’à Grasse. Nous prenons donc tout notre temps pour effectuer tranquillement toutes les opérations matutinales habituelles, petit déjeuner, douche, vaisselle du dîner et du petit déjeuner, et puis nous lisons, nous préparons notre journée avec les guides touristiques. Il n’est pas moins de dix heures quand, enfin, une circulation normale se rétablit. Que s’est-il passé ? Les voitures sont immatriculées 06, ce ne sont donc pas des touristes. Pas non plus des retraités venus chercher le soleil dans le Midi, pourquoi seraient-ils sur les routes à cette heure matinale ? Je n’imaginais pas que, hors saison, tant de gens puissent déferler des environs pour aller travailler dans une ville somme toute pas si importante. Et je n’imaginais pas que, dans leur ardeur pour aller au travail, ils nous réveilleraient de si bon matin.


 

 


 La journée sera consacrée à Cagnes-sur-Mer. Nous allons d’abord dans le centre ville pour visiter la maison de Renoir. Nous nous garons un peu loin, et faisons ensuite le chemin à pied, pour voir sur le panneau que ce musée est fermé le mardi, comme les musées nationaux. Raté. Alors que, raisonnablement, nous devrions déjà être dans le sud de l’Italie, voire en Grèce, nous décidons de rester un jour de plus. Nous reviendrons demain.

 

Nous allons jeter notre dévolu sur le château. Il est juché au Haut de Cagnes, c’est-à-dire sur la colline aux versants abrupts qui surplombe la ville moderne (première photo). Les rues qui montent à l’assaut sont en pente terriblement raide. C’est un trajet à déconseiller par forte chaleur ou si l’on est un peu fatigué, mais sinon le jeu en vaut la chandelle. Les petites ruelles tortueuses, entrelacées, les façades anciennes, les portes des maisons, tout attire le regard. C’est l’un des lieux les plus impressionnants de notre voyage jusqu’à présent. Soufflant, transpirant, nous arrivons enfin au sommet. Sur la porte du château, un panonceau informe que, pour cause de démontage d’une exposition temporaire, le château est fermé au public les 28, 29 et 30 septembre. Bravo !

 

Mais après tout, nous ne regrettons pas notre ascension. Nous restons un moment à souffler, admirant le paysage qui s’offre à nous d’en haut (photo ci-dessus). Nous tournons autour du château, nous apprêtant à redescendre, quand je vois une petite porte de bois sur laquelle il est dit de pousser fort pour accéder à l’église Saint-Pierre. Je pousse donc fort, et découvre que cette porte donne sur une galerie au fond de l’église. Un petit escalier, sur le côté, permet de descendre au niveau du chœur. Bâtie à flanc de colline, cette église dispose donc d’un accès haut d’un côté, et d’un accès bas de l’autre côté. Outre cette particularité assez rare à ma connaissance, elle est également intéressante par elle-même, et elle est décorée de grandes peintures réalisées et offertes il y a une dizaine d’années par un habitant de ce lieu. Il s’agit de scènes de la passion de Jésus, dans des costumes paysans provençaux traditionnels, sans doute dix-neuvième siècle et, paraît-il, on peut reconnaître les modèles des personnages parmi les habitants du Haut de Cagnes (photo ci-dessous).

 

 

Après cela, nous redescendons vers la ville moderne par le versant opposé. Des maisons sont construites dans la courtine, les rues sont pavées à l’ancienne, et par endroits on a de belles échappées sur la campagne environnante. Et toujours ces passages voûtés sous des bâtiments, des arcs en pierre au débouché des rues, une profusion de fleurs, d’arbustes, et comme l’accès est difficile pour les voitures, elles sont rares, laissant la plupart du temps l’impression que l’on est transporté bien des siècles en arrière.

 

Nous regagnons la voiture, laissée dans un parking original qui me rappelle un sketch de Raymond Devos. Dans ce sketch, les voitures arrivent sur le rond-point, mais toutes les rues qui y convergent étant à sens unique, il est impossible d’en sortir, et elles tournent sans cesse. Là c’est un peu différent : On entre normalement dans le parking, le seul panneau dit que l’on pénètre en zone jaune, au tarif d’un Euro par demi-journée. On prend un ticket au distributeur pour être en règle, tout va bien. Mais quand on revient, on se rend compte que deux panneaux de sens interdit, situés l’un à droite et l’autre à gauche, confirment le sens de la grosse flèche blanche peinte sur le sol : ceci est l’entrée, pas la sortie. Très bien, mais… à l’autre bout, avec une flèche au sol indiquant la sortie, il y a un portique limitant la hauteur à 1,80m. Avec mes trois mètres, je ne peux sortir. Heureusement, nous sommes dans le Midi, ce qui veut dire que l’on s’affranchit aisément des règles. Voyant plusieurs voitures basses s’engager sans hésiter en sens interdit pour s’éviter un détour, je décide de faire de même.

 

Notre camping, cette nuit, est très confortable, et nous avons été accueillis avec beaucoup de gentillesse et d’efficacité. Nous allons nous reposer pour bien profiter des visites de demain.

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 13:39

Le ministère du tourisme donne 3 étoiles pour ce camping de Saint-Vallier. Je lui en donne une quatrième pour la qualité de l’accueil. Que nous appelions à 16h, à 17h ou à 18h, nous tombons sur un répondeur. Nous sommes quand même allés, mais la réception était fermée. Je sonne et re-sonne, personne. Natacha, entendant des voix (pas des voix de saints comme Jeanne d’Arc. D’ailleurs je ne sais pas comment distinguer les voix de saints des autres voix), se dirige vers la maison voisine. Elle m’appelle. Un homme, assis dans le jardinet devant un apéritif, sans se lever, dit que si on veut s’installer on s’installe, et on paiera demain. Oui, mais je voudrais l’électricité. Eh bien je n’ai qu’à chercher un emplacement où il y a une borne. Cela dit, je dois reconnaître que les sanitaires sont impeccables, modernes et très propres. Mais il faut essayer quatre prises de courant avant d’en trouver une qui soit alimentée.

Enfin, ce lundi matin, après les douches, les petits déjeuners, la vaisselle, les rangements, je vais pour payer. Il est 10h30, mais la réception est déserte et fermée à clé. Enfin, je trouve un employé d’entretien qui me dit qu’il va se débrouiller parce que la secrétaire doit être à faire un tour pour tout inspecter. Je paie et demande où faire le plein d’eau et vidanger les eaux usées. Il m’indique où est le robinet, et me dit que la vidange est dans le coin. J’amène le camping-car et fais le plein d’eau, mais impossible de trouver où vidanger, et mon homme a disparu. Voilà pour ma proposition de quatrième étoile.

 


Nous descendons, par la route Napoléon, vers Grasse où l’empereur, qui revient de l’île d’Elbe et pense reprendre son empire pour… plus de cent jours si possible, qui a débarqué à Golfe Juan mais dont les émissaires à Antibes, au lieu de fraterniser avec la garnison, ont été emprisonnés, et qui a jugé en conséquence plus prudent de passer par la montagne, fait à l’entrée de Grasse une halte casse-croûte d’une heure pendant qu’on lui cherche des mulets parce qu’on l’a informé que vers Saint-Vallier il n’y a pas de route mais seulement un chemin muletier. Une stèle indique l’emplacement où Napoléon a posé ses impériales fesses.

 

Le camping-car garé le long d’un trottoir dès l’entrée de la ville, nous allons à pied vers le centre et notre journée va être bien remplie avec la capitale mondiale de la parfumerie. D’abord, le M.I.P., Musée International de la Parfumerie.

 

Dans une pièce obscure, sur un grand écran, nous voyons des images, ville, forêt, fraise, melon, et parallèlement nous percevons des parfums de senteurs correspondantes. Un espace type serre présente des plantes aromatiques, mais aussi on peut toucher et identifier des substances, pas seulement florales mais aussi minérales ou autres.

 

Ailleurs, c’est un musée extrêmement riche de vases à parfums, pots à onguents, accessoires de soins, de toilette et de maquillage, des antiquités égyptienne, grecque, romaine, chinoise, et jusqu’aux époques plus récentes, d’Inde, du Mali, du Japon, d’Europe. Une remarquable collection de flacons de parfums des dix-neuvième et vingtième siècles permet de voir l’évolution des formes et étiquettes. Ailleurs encore, ce sont les alambics et autres éléments de fabrication.



En sortant, nous perdons un peu de temps parce que je dois retourner mettre une pièce dans le parcmètre avant la visite de la parfumerie Fragonard. Pas de lien familial entre le peintre du dix-huitième siècle né à Grasse et où il a passé la plus grande partie de sa vie, et la parfumerie. En fait, la parfumerie a adopté ce nom comme un lycée peut s’appeler Léonard de Vinci sans que son proviseur soit un descendant du peintre.

 

Dans la partie musée, qui est du même type que celui du M.I.P. en moins riche, les photos sont interdites. Nous passons donc rapidement et arrivons à l’étage de l’usine juste au moment où va démarrer une visite guidée. En anglais, mais pourquoi pas ? Là, les photos sont autorisées. Cette partie est très intéressante. Nous apprenons qu’il faut une tonne de fleurs de jasmin pour obtenir un litre d’essence. Notre guide nous explique comment on extrait le parfum des plantes, nous montre comment on filtre finement les dernières impuretés sur des filtres en papier placés dans de grands entonnoirs, nous voyons un atelier de fabrication du savon, les granulés inodores et incolores, le mélange avec les extraits, ici de lavande, donnant couleur et parfum, puis comme sur la photo le laminage de copeaux en nappes, et enfin le moulage du savon définitif.

 

 

 

Avant de finir, nous passons devant le laboratoire de recherche et de création. Un "nez" reçoit une formation de cinq ans d’études puis de sept ans de stage. De quoi se demander s’il a le temps de devenir opérationnel avant de prendre sa retraite. Mais il est vrai qu’un "nez" est capable d’identifier jusqu’à 2000 odeurs différentes. Après la visite, nous débouchons dans une pièce où notre guide nous propose d’identifier, nous qui n’avons pas étudié si longtemps, les composantes de trois parfums féminins et de deux masculins. Dur, dur. Dans "Étoile", on reconnaît du citron, peut-être du jasmin. En fait il y a en senteurs primaires, du citron, de la bergamote, de la pomme et du gingembre. En senteurs secondaires jasmin, gardénia et muguet. En senteurs tertiaires bois de cèdre, ambre, musc. La conjonction de tous les nez de notre petit groupe de touristes est bien loin du compte.

 

 

 

Dans d’autres espaces de cette salle d’expérimentation touristique se vendent parfums, eaux de toilette, laits pour le corps, savons, sels de bain, etc. La visite est gratuite, les prix sont très nettement inférieurs à ceux qui sont pratiqués en parfumerie, mais il n’empêche que, vu le volume des paquets emportés par les visiteurs, la gratuité de la visite est un très bon deal pour Fragonard.

 

Nous passons encore un bon moment à Grasse pour visiter la vieille ville si pittoresque accrochée à la montagne, ses ruelles étroites, et aussi sa cathédrale construite à partir de 1244 qui contient plusieurs grandes toiles de Rubens. À noter aussi qu’une restauration récente de la toiture a révélé la présence de vieilles tuiles plates du treizième siècle, dont très peu d’exemplaires au monde sont parvenus jusqu’à nous.

 

 

Enfin, nous partons pour Cannes, où nous faisons une longue promenade sur la Croisette. Devant le Palais des Festivals, les mains de nombreux acteurs et réalisateurs sont moulées dans le sol.


 
Après cela, nous cherchons un camping, mais ou bien ils sont hors de prix, ou bien ils considèrent finie la saison et sont fermés. Par conséquent, avec l’eau chargée ce matin nous sommes autonomes et nous passerons la nuit en camping sauvage. Mais partout la hauteur est limitée, ou le stationnement le long des trottoirs est interdit aux camping-cars. Sur le front de mer, je veux bien comprendre, pour l’esthétique. Mais dans les rues, là où il y a de la place, la loi devrait interdire aux municipalités d’interdire. Après avoir bien tourné sur trois communes, nous partons pour la "nature". Mais même là, les routes n’ont pas de bas-côtés praticables, le moindre coin de forêt est privé et clos de grillages. Nous parcourons douze kilomètres avant de trouver un bas-côté suffisamment large pour que nous puissions nous y établir sans danger. C’est loin de Grasse, cela semble isolé, nous devrions dormir au calme. Et nous sommes prêts à nous coucher un peu après deux heures du matin. Bah, nous nous lèverons plus tard.

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 22:40

Excellente, cette nuit de camping sauvage sur un parking sans personne. Ce qui me faisait un peu hésiter, c’était la crainte que le passage sans limite de hauteur n’ait été dégagé pour que puisse s’installer là un marché pour ce dimanche matin. Je n’ose imaginer ce que j’aurais ressenti si, me levant ce matin, je m’étais trouvé entouré de camionnettes, d’étals de marchands de fruits et légumes, de présentoirs de fringues… Partout, comme le chantait Gilbert Bécaud au sujet des marchés de Provence, il y aurait eu
                Ces filles du soleil

                Qui rient et qui m’appellent

                Le matin au marché :

         Voici l’estragon et la belle échalote

         Le joli poisson de la Marie-Charlotte

         Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande

                Ou bien quelques œillets

 
En fait, non, pas un chat sur le parking, calme absolu. Et comme j’avais choisi de mettre le camping-car près du fond, très loin de la rue, nous n’entendions même pas les voitures passer. Après un petit déjeuner copieux et une bonne douche chaude, nous voilà repartis sur la corniche. À peine partis, nous voyons un centre commercial pourvu d’un providentiel McDo. C’est de là que j’ai pu rédiger et poster mon article du 26, seulement commencé au brouillon, sans électricité et sans connexion, sur notre table "à la maison".


Après cette pause longue dans l’établissement de l’Ami américain, nous avons un peu roulé et puis cherché un endroit sympa pour déjeuner. Nous avons trouvé une place sur la promenade de Saint-Aygulf, une station balnéaire dépendant de la municipalité de Fréjus. Il faisait beau, chaud, la nature avait produit des tomates et autres produits frais, nous avions une délicieuse huile d’olive artisanale, et logiquement Natacha a préparé une salade de tomates et poivrons, et a été horrifiée que je préfère m’ouvrir une boîte de cassoulet de chez Carrefour. Suite à ce déjeuner, Natacha n’a pu résister à l’appel de la plage et du bain dans la Grande Bleue. Pour moi, je n’avais pas tellement envie de plonger ma carcasse dans une eau un peu trop calme après avoir décrassé tant de gens, et encore moins de me cuire la peau au soleil, sans rien faire, ou en me brûlant les yeux sur un bouquin trop blanc sous le soleil. Je suis donc resté à m’occuper dans le camping-car.

 ?

 
Craignant que son pauvre mari ne s’ennuyât, Natacha n’a guère traîné sur la plage, et elle est vite revenue se changer. Arrivés dans le centre de Fréjus, nous avons visité la cathédrale, bâtie en partie au 10ème siècle, en partie au 12ème siècle, sur une basilique primitive, elle-même ayant réutilisé les fondations d’un temple romain de Jupiter. Hélas, le cloître aux colonnes de marbre blanc et surtout le baptistère de la fin du 4ème siècle ou du début du 5ème, l’un des plus anciens de France, ne sont ouverts qu’aux visites guidées, et nous avons manqué la dernière. Si nous avions su, nous nous serions moins attardés dans la cathédrale, où nous aurions pu aller après. Nous n’avons donc vu ce baptistère qu’à travers la vitre. De la ville romaine créée du temps de César ("Fréjus" vient de "Forum Julii", le forum de Jules) à partir de 59 avant Jésus-Christ, puis développée dès 39 par Octave –le futur empereur Auguste– comme chantier naval et lieu d’entraînement (c’est de là que viendront en 31, lors de la bataille d’Actium, les galères légères qui ont vaincu les lourds vaisseaux de Cléopâtre et d’Antoine, permettant à Octave de devenir empereur), très étendue, nous avons vu l’aqueduc et une partie des remparts. Il aurait fallu aller loin pour voir le théâtre, et à l’autre bout de la ville pour les arènes, et nous avons dû y renoncer pour ne pas nous retrouver sans camping, notre réserve d’eau étant presque complètement épuisée.

Nous sommes donc partis pour Saint-Vallier –où le guide nous indiquait un bon camping–, traversant Grasse sans nous arrêter (ce sera pour demain), et suivant la Route Napoléon.

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 11:52

Partant ce matin du pied de la Sainte-Victoire, nous ne pouvons nous passer de l’admirer encore une fois et d’en prendre encore quelques photos sous une autre lumière, puis nous nous dirigeons vers La Farlède, un village à 12 ou 15 kilomètres au nord de Toulon, non par l’autoroute comme cela semblerait le plus commode, mais à travers la montagne, sur une route étroite mais splendide (que, d’ailleurs, la carte Michelin borde d’une ligne verte pour souligner son pittoresque), par les villages de Saint-Antonin-sur-Bayon, Puyloubier, Pourrières, Saint-Maximin, La Roquebrussanne, Solliès. Plein les yeux.

 


Et La Farlède. Pourquoi ce village ? Certes il n’est pas laid, loin de là, mais ce ne sont pas nos guides qui le recommandent. À la fin de mon article du 21 septembre, je disais que mes amis du GRETA m’avaient offert beaucoup de cadeaux, parmi lesquels (le plus gros, aïe, aïe, aïe) était une "Escapade culturelle" Wonder Box, et que j’avais choisi une nuit avec petit déjeuner à Toulon –ce dont j’ai parlé le 21 septembre– et la visite d’une fabrique d’huile d’olive artisanale. Eh bien il s’agit du Moulin du Partégal, à La Farlède.


 

C’était passionnant. Cette huilerie possède la plus vieille oliveraie de Provence, créée quand Nyons s’est avérée incapable de fournir la demande grandissante d’olives. Certains oliviers y ont de 400 à 600 ans. Quand on les regarde et que l’on pense à tous ces gens de toutes ces générations qu’ils ont vus (qu’ils auraient vus s’ils étaient dotés d’yeux), cela donne le tournis. Par ailleurs, leurs troncs noueux, marqués par le temps et la vie comme de vieilles personnes, sont émouvants. Jusqu’en 1957, l’énorme meule verticale en granit qui tourne sur sa jumelle horizontale était mue par un moulin à eau. Un aqueduc amenait l’eau sur une gigantesque roue à aubes de 10,50 mètres de diamètre, réalisée non en bois comme d’habitude, mais en fer forgé (ma troisième photo). Le débit souvent insuffisant a justifié l’usage désormais, à sa place, d’un moteur électrique.

 

Quant à la fabrication artisanale, elle nous a été expliquée dans les moindres détails. Nous avons vu les résidus de peaux desséchés et réduits en poudre, qui seront épandus au pied des oliviers pour fertiliser la terre, nous avons vu, de même réduits en poudre, les noyaux, qui seront utilisés comme combustible et suffiront à alimenter, eux seuls, la chaudière qui chauffe 37 radiateurs sur 700m². Nous avons appris comment, lorsque la fabrication n’est pas artisanale, elle est le résultat d’un mélange revendu ensuite, absolument identique à lui-même, à diverses marques qui, pour se distinguer, teintent légèrement leurs flacons pour donner l’impression d’huiles différentes. C’est ainsi que, si l’on regarde de près l’étiquette de l’huile Puget, on voit que l’emballeur est référencé "Emb 117P". Très bien. Mais l’huile Lesieur, l’huile Maille et l’huile Carrefour proviennent du même emballeur 117P (première photo ci-dessous). Autrement dit, sous des marques différentes et des prix également très différents, elles sont strictement identiques. Quant à la Carapelli, dont la publicité se réclame de la saveur Toscane, ses olives proviennent du Maghreb.


 

Nous sommes ensuite passés à la dégustation. Dans une petite cuiller de plastique. Pas sur du pain. Attention : si, au marché, on vous fait goûter une huile sur du pain, la saveur d’un pain savamment sélectionné vous trompera sur le vrai goût de l’huile. Nous avons donc testé des huiles provenant de flacons neutres, identiques, et l'on nous a demandé de donner notre avis. Énormes différences d'astringence, d'acidité, de fruité, de puissance du goût, de fluidité sous la langue. Révélation : elles sont faites ici même, avec les mêmes olives, l’une avec cette presse artisanale, désormais interdite par l’Union Européenne, sauf à titre de démonstration ou en vente limitée et encadrée, l’autre avec une presse industrielle qui tourne à 135000 tours par minute au lieu de la meule de granit à 7 tours par minute, dans une salle entièrement carrelée que nous ne serons pas autorisés à visiter parce qu’on y pénètre avec les pieds encapuchonnés dans du plastique, avec un masque, etc. C’est ça le progrès et la sécurité. Mais quelle perte dans la qualité gustative !

 

Nous en sommes ressortis enrichis de ce savoir, intellectuellement intéressant et aussi très utile au consommateur, mais en outre avec en cadeau une bouteille de cette précieuse huile artisanale et un petit bocal de confiture de cerise. Voilà comment j’ai été super gâté par les amis du GTS77 ( cette huilerie du moulin du Partégal à la Farlède et la dégustation de foie gras à Paris rue Pierre Demours) et par les amis de l’Inspection et des établissements ainsi que des proches du lycée (dîner gastronomique au Petit Marguery à Paris et Route des Vins au domaine de Montine). Un grand, grand merci à tous. Et puis toutes ces "activités" étant pour deux personnes, j’ai eu le plaisir d’y être accompagné par Natacha, et elle-même a eu le plaisir d’en profiter et me demande de le dire dans mon blog, le sien (d’ailleurs pas commencé) ne devant être rédigé qu’en russe, ce qui ne le rendra pas forcément accessible à tous les donateurs.

 

Dans un autre domaine, je voudrais aussi remercier Monsieur et Madame PIERLOT à qui j’avais demandé le service de me réexpédier le courrier de la première semaine à l’hôtel de Toulon où nous avons passé la nuit de la Wonder Box de l’huilerie, le lundi 21. L’enveloppe de réexpédition n’était pas encore arrivée au courrier du mardi 22 quand nous sommes partis. Nous avons donc profité de ce que nous étions près de Toulon ce samedi pour passer à l’hôtel récupérer l’envoi qui a mis six jours pour arriver, alors que la grève n’a commencé que le troisième jour à Paris et le quatrième en province… Mais nous avons quand même tout reçu, puisque notre programme nous a fait revenir à Toulon.

 

Maintenant, direction Fréjus par la route de la côte, Hyères, Bormes-les-Mimosas, Le Lavandou, Cavalaire, Saint-Tropez. Nous voudrions nous arrêter pour la nuit et profiter mieux du paysage au matin, mais impossible : les campings sont déjà fermés en cette fin de saison, ou bien inaccessibles parce qu’il est plus de dix-neuf heures, on ne peut même pas se garer un instant pour regarder la carte, tout étant interdit aux camping-cars en hauteur. Enfin, à Cavalaire, nous voyons un immense parking payant du 15 juin au 15 septembre (nous sommes le 26), théoriquement limité à 1,90m (l’arceau de limitation est poussé sur le côté, libérant le passage), et affichant sur un panneau lumineux "complet" en diodes rouges (alors qu’on n’y voit qu’une dizaine de voitures pour cinq ou six cents places au moins). Nous y entrons et décidons d’y passer la nuit. Après tout, nous sommes autonomes, seul nous manque le 220V pour le micro-ondes et la wi-fi pour les ordinateurs. Eh bien nous dînerons froid, chaufferons nos petits déjeuners dans une casserole sur le gaz (notre GPL), et irons demain matin dans un McDo pour vérifier nos e-mails et poster mon blog. Nous avons "chez nous" la douche chaude, les toilettes, le réfrigérateur, un lit confortable… pourquoi ne pas nous en contenter ?

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