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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:55

 

 

Notre grand parking avec électricité et sanitaires était très bien placé. Quelques pas et, à son extrémité, la gare. On traverse la gare, et on débouche sur le funiculaire qui, pour un Euro la course, nous emmène tout là-haut, en ville. Et de plus, le billet est encore valide un quart d’heure pour prendre le bus qui nous emmène (à une allure folle, fonçant à 70 kilomètres à l’heure dans une rue sans trottoirs si étroite qu’il n’y a pas vingt centimètres de chaque côté entre le bus et le mur des maisons. Et si quelqu’un sortait à l’improviste ? Et si un touriste, sans méfiance, débouchait à l’angle ? Aucun doute, il n’y a pas de place pour le bus et le piéton. Alors, puisqu’il ne pourrait pas piler sur place… Sans compter que, plus tard dans la journée, j’ai vu une voiture s’aventurer là en sens interdit, à toute allure aussi bien entendu.

 

Toujours est-il que nous débarquons sur la grande place, face à la cathédrale. La façade de ce Duomo est, paraît-il, la plus riche de tout le gothique italien. Et quand on voit la multiplicité des statues de marbre ou de bronze, des sculptures en bas-relief, des mosaïques de couleurs, les colonnades, la rosace inscrite dans un carré, etc., on est en effet convaincu qu’il est impossible de faire plus orné et plus coloré.

 

 


 


 

 

Le flanc, au contraire, est massif, nu, sa seule décoration tient à l’alternance des pierres noires et blanches, comme un mille feuilles. Les photos que j’en montre ici représentent, outre la façade et le flanc (ça, c’est assez explicite), la grande rosace centrale, le lion de saint Marc (sur ma première photo, on distingue ces bronzes des quatre évangélistes, sur les piliers à chaque extrémité et de part et d’autre du portail central), des bas-reliefs représentant Dieu en chirurgien, ouvrant le flanc d’Adam endormi, puis en extrayant Ève sous le regard de deux anges (ces sculptures innombrables recouvrent les piliers, sous les bronzes des évangélistes), et enfin deux anges de bronze constituant les poignées du portail central. La raie noire verticale entre eux ne provient pas d’un montage de deux photos, mais c’est la jonction entre les deux vantaux.

 

À l’intérieur, le plus intéressant, ce sont les fresques de l’Apocalypse, commencées en 1447 par Fra Angelico et Gozzoli (excusez du peu), et finies de 1499 à 1504 par Signorelli. Mais pour y accéder, dans une chapelle sur la droite, et sous l’œil vigilant d’un cerbère qui veille à ce qu’on ne les vole pas sur support magnétique (ni argentique), il faut prendre un billet groupé avec d’autres musées. En avant. Mais je ne peux évidemment pas en montrer de photos.

 

L’une des visites groupées est constituée par le Palazzo dei Papi. Oh, la belle statue de la Vierge ! Je la prends en photo, et voilà que se rue sur moi, telle une furie, un garde qui me dit m’avoir vu, sur son écran de contrôle, prendre une photo dans ce musée. C’est interdit ici aussi. La police peut saisir ma carte mémoire. Il veut que j’efface immédiatement la photo. Et tout cela avec un visage haineux, un ton de chien enragé, comme si l’on venait de tenter de l’assassiner. Pas de photo là non plus, donc, ni dans les autres musées pourtant intéressants. Nous revenons à pied jusqu’à la gare du funiculaire, à la fois pour ne pas poireauter à l’arrêt de bus, pour prendre un peu l’air et nous dégourdir les jambes, et pour voir la ville.

 

Ensuite, nous partons vers Viterbo, que nous visiterons demain.

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Published by Thierry Jamard
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:38

 

 

Aujourd’hui, après une nuit passée à proximité, nous sommes à Spoleto. Les guides nous disent de voir la cathédrale, alors nous allons la voir (elle donne sur la sympathique place ci-dessus). Mais elle est fermée jusqu’au début de l’après-midi. Il fait beau, il fait bon, nous faisons un petit tour et puis nous paressons, tels des lézards, au soleil sur la place.

 

Nous ne regrettons pas d’avoir patienté. L’intérieur de la cathédrale recèle une foule de choses intéressantes. Il est aussi à noter que c’est là qu’en 1232 le pape Grégoire IX a prononcé la canonisation de saint Antoine de Padoue. Je ne montre pas la statue du saint, qui est peut-être ancienne, peut-être récente, mais qui me donne l’impression d’être une de ces horreurs en plâtre que l’on voit partout. En l’absence d’écriteau informatif, je ne l’ai pas photographiée. Je vais donc commencer ici avec une chapelle à gauche, où se trouvent ces hauts-reliefs d’un tabernacle. On y reconnaît, bien sûr, une Nativité. Ces sculptures datent de 1545-1554.

 

 

Filippo Lippi qui, je le disais dans une page de mon blog il y a déjà un certain temps mais je ne sais plus dans quelle ville c’était, a eu les honneurs à Paris d’une exposition au musée du Luxembourg, a vécu et est mort à Spoleto. Il est enterré dans cette cathédrale, qu’il a très abondamment décorée de fresques, entre 1467 et 1469. Décidément, partout où nous passons, il y a des fresques, encore des fresques, toujours des fresques. Je n’en peux plus de les décrire. Toutes sont plus belles les unes que les autres. Ci-dessus et ci-contre, parmi toutes les scènes qui racontent l’histoire de Marie, l’Annonciation, et le détail du visage de la Vierge. C’est peint sur la voûte du chœur, on se tord le cou, on plisse les yeux pour bien voir, et finalement on perd les détails, qui n’apparaissent que sur la photo au téléobjectif. Un conseil pour les futurs visiteurs, se munir de jumelles. Des Annonciations, il y en a partout, par tous les peintres, il serait intéressant d’en faire le sujet d’une exposition pour que l’on puisse voir non seulement les différences de style selon la personnalité de l’artiste, mais aussi l’évolution de l’interprétation du sujet dans le temps. Moi, en tous cas, qui les vois successivement, j’aimerais aussi pouvoir les voir simultanément.

 

 

Encore deux détails de ces fresques de Filippo Lippi. Ci-dessus, l’Enfant Jésus, potelé, grassouillet, prêt à enfoncer son pouce dans sa bouche, est peint avec un réalisme surprenant. Et puis l’histoire de Marie, qui a commencé avec sa mère sainte Anne à sa naissance, se poursuit avec divers épisodes, son couronnement, la Dormition ci-contre, et enfin son Assomption. Dans cette Dormition, elle a la pâleur de la mort, et si l’on reconnaît le visage du jour de l’Annonciation elle est vieillie, changée, et pourtant pas enlaidie. Ces peintres, sur leurs échafaudages, ne pouvaient bien sûr pas avoir leur modèle posant sous leurs yeux, mais je suppose qu’ils ne peignaient pas de mémoire, ils devaient avoir fait des croquis d’après nature, qu’ils emportaient là-haut. S’il en est ainsi, je pense que Lippi a utilisé la même femme pour modèle, et il a su remarquablement la vieillir entre les deux scènes. Je débloque peut-être complètement, mais telles sont mes réflexions. Et de toute façon je reste en admiration devant ces fresques.

 

 


Je retourne à la chapelle dont j’ai montré une délicate sculpture du tabernacle, pour montrer (ci-dessus) une lettre autographe de saint François d’Assise à Frère Léon. Ce Frate Leone est l’un de ses compagnons, son confesseur. Auprès de cette lettre est affichée la transcription de plusieurs lettres et j’avoue ne pas savoir laquelle est celle-ci parce que je suis incapable d’en déchiffrer le graphisme. Par ailleurs, ces lettres sont en latin, et quoique j’aie la prétention d’être encore capable de les comprendre et de les traduire depuis si longtemps que je n’étudie plus le latin et que je ne l’enseigne plus, malgré tout il me faut un certain temps, je ne lis plus (ou pas) le latin aussi couramment que le français (ou que l’espagnol).

 

Dans le bas de l’église, sur la gauche, derrière une vitre, un grand Christ attire l’attention. C’est l’unique œuvre que l’on peut à coup sûr attribuer à Alberto Sozio. Bon, très bien, mais ce Sozio je ne le connaissais pas avant de lire cela, et comme on ne donne pas ses dates je reste aussi bête qu’avant. C’est d’autant plus regrettable (que je reste bête, oui, mais ici je voulais dire "regrettable que l’on ne connaisse pas la date de l’œuvre") qu’il est précisé que cette croix d’autel est l’un des plus anciens crucifix peints sur bois. Les pectoraux et les abdominaux sont très marqués, les deux pieds sont cloués séparément, le visage est calme, ce n’est pas un Christ de douleur. Je le trouve assez oriental, peut-être byzantin, dans la présentation, le graphisme, l’expression. La suite de notre voyage, en Grèce, Bulgarie, etc. qui ont fait partie de l’Empire byzantin, confirmera ou infirmera mon impression. Affaire à suivre.

 

 

 

Laissons là le Duomo. En ville, nous avons vu aussi l’église San Gregorio Maggiore qui date de 1146. Elle était fermée, mais sous le portique qui couvre l’entrée il y a une belle fresque (encore une…) représentant le Massacre des Saints Innocents. Et puis il ne faut pas oublier que Spoleto est une ville très ancienne qui a un passé dans l’Antiquité. On peut entre autres vestiges y voir un théâtre romain. Il n’est pas merveilleusement bien conservé, il ne vaut pas celui d’Orange, mais pour qui, comme nous, passe par Spoleto, il mérite un coup d’œil.

 

Il y avait encore dans notre programme la ville de Todi, enfermée dans trois enceintes concentriques, une étrusque, une romaine et une médiévale. Mais comme on ne peut pas tout voir, nous préférons profiter encore un peu de Spoleto, faire l’impasse sur Todi et nous rendre à Orvieto, à pied d’œuvre pour les visites de demain.

 

Arrivant à Orvieto, nous suivons les flèches qui indiquent le parking réservé aux camping-cars. Là, on vous réclame 18 Euros pour 24 heures, mais on vous offre, pour le prix, une connexion électrique et les sanitaires. Nous nous y installons pour la nuit.

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Published by Thierry Jamard
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:25

 

 

Assise est toute proche de Pérouse. Heureusement, parce que ce matin nous avons dû revenir à Pérouse. En effet, hier soir j’ai voulu mettre du gazole, mais toutes les pompes (sauf sur autoroute) sont accessibles en libre service avec des billets de banque, ma carte de crédit n’étant pas acceptée. Je donne 50 euros à la machine. Elle avale mon billet, affiche un crédit de 50 Euros à la pompe n° 3 que j’ai sélectionnée, mais après rien ne se passe. Une automobiliste complaisante qui parle anglais, nous sauve. Il faut aller chercher un ticket que la machine accepte de cracher. Sur le ticket, il est dit qu’il n’y a plus de gazole et que nous serons remboursés en échange de ce ticket, en nous présentant le lendemain entre 7h et midi. Charmant. Et si nous devions nous trouver le lendemain à 500 kilomètres pour un mariage à 10h, nous aurions perdu nos sous ? Bref, cela nous a retardés, mais nous ne sommes pas tombés en panne de carburant et en avons reçu pour notre argent. Sur ce, nous sommes allés à Assise. Ci-dessus, on voit l’immense basilique San Francesco sur la gauche de la photo. Ci-contre, le parvis de l’église basse. En effet, elle est construite comme deux églises superposées, un peu à la manière de la Sainte Chapelle de Paris (mais en gigantesque).

 

En haut, il y a également un parvis qui débouche sur de petites rues anciennes, et de l’autre côté, c’est-à-dire côté chœur, se trouve le cloître ci-contre. Dans la basilique haute comme dans la basilique basse, il y a des fresques magnifiques des treizième et quatorzième siècles, et aussi des gardes qui pourchassent les photographes. Giotto, Maso, Lorenzetti, Cimabue, tous ces grands noms réunis là, en haut comme en bas. Sans doute la loi italienne maintient-elle les droits sur la création artistiques pendant mille ans et les héritiers de Giotto et consorts sont-ils intéressés à la reproduction de leurs œuvres ? Plus sérieusement, je trouve choquant idéologiquement que dans cette église qui n’est pas transformée en musée et reste ouverte au culte l’accès aux offices soit réservé aux ressortissants du diocèse. Mais c’est ainsi.

 
Par ailleurs, en descendant des marches à partir de la basilique inférieure, on accède à une chapelle qui n’est pas à proprement parler une crypte, au bout de laquelle se trouve, en lieu et place de l’autel, une sorte de rond-point avec au centre une construction dans laquelle est le tombeau de saint François. La dévotion des gens les amène parfois à s’agenouiller et prier simplement, d’autres s’accrochent à la grille et s’y frappent le front, d’autres encore lancent des exclamations bruyantes, immédiatement rappelés à l’ordre par des haut-parleurs ("Silence, s’il vous plaît"), d’autres enfin viennent observer le spectacle et tenter de prendre des photos mais se font immédiatement harponner par un garde.

 

Et puis, à l’entrée basse, à l’entrée haute et au tombeau de saint François, dans chacun de ces points stratégiques, est placé un kiosque avec un prêtre, qui jette sur les images, livres, médailles que vous avez achetés aux marchands du temple, une bénédiction accompagnée d’un coup de goupillon (je n’ai pas vu si le goupillon était sec, ou inondait les images), et cela moyennant finance. Je n’ai pas demandé s’il était possible d’acheter aussi des indulgences. Mais que tout cela est choquant ! Ou plutôt je dois être trop rigoriste, ou trop idéaliste, parce que des milliers de personnes défilent ici et trouvent tout cela parfaitement normal.

 
Par ailleurs, cette ville ancienne aux ruelles étroites est transformée, comme tant de lieux touristiques, et en toute première place le Mont Saint-Michel, en un immense piège à touristes, bourré de boutiques où l’on vend des T-shirts Saint-François, des magnets, des assiettes souvenir d’Assise, toutes sortes d’objets plus kitsch les uns que les autres. Ici, je mets une photo prise dans la devanture de l’une de ces boutiques. Le bibelot de gauche dit "Frère Gigino conseille du porcelet et du vin" et celui de droite "Le jeûne (les régimes), les frères s’y mettent demain".

 

Peut-être ai-je (très légèrement) laissé transparaître que je n’avais pas été enthousiasmé par Assise, sa basilique et l’ambiance Disney World de la ville, même si je suis longtemps resté en contemplation admirative devant ces fresques dont je n’ai pas été autorisé à emporter un souvenir photographique. Natacha aussi a admiré les fresques, puis est repartie avec un avis plus que mitigé sur l’ambiance locale.

 
Nous sommes partis vers Spello, une petite ville toute proche, qui a gardé toute son authenticité. La boutique où nous avons acheté notre pain quotidien n’est pas faite pour les touristes, on vous y sert avec le sourire, en prenant son temps pour vous faire choisir le genre de pain que vous désirez, même si déambulent dans les rues nombre de touristes. Nous voyons une église ancienne, Sant’Andrea (qui remonte à 1025), nous entrons, apercevons dans le fond une peinture qui semble intéressante. Un vieux prêtre passe par là, nous dit d’attendre, disparaît dans la sacristie et allume les lumières sur le tableau. C’est un Pinturicchio. On prend les photos que l’on veut. Ma photo ci-contre est sombre, mais ce n’est pas sa faute, c’est moi qui ai mal réglé. Je la mets quand même en hommage à sa gentillesse (et aussi parce qu’elle me plaît). Il y a aussi au-dessus du maître autel un grand crucifix de Giotto.

 

Plus loin, l’église Santa Maria Maggiore est encore ouverte et allumée. Là aussi, on peut voir tout plein de fresques sur les murs et la voûte, et les photographier à loisir. Ici à gauche, une Nativité par Pinturicchio. Ailleurs, c’est le Pérugin. Magnifique. Ce n’est pas aussi riche qu’Assise, loin de là, mais on y sent plus de foi, plus de sincérité. C’est plus authentique.

 
Spello nous a réconciliés avec cette journée. Nous nous attardons un peu, puis partons pour un endroit calme dans une banlieue de Spoleto, proche elle aussi (il n’y a que 35 kilomètres entre Spello et Spoleto), pour être à pied d’œuvre pour les visites de demain.

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 23:02

Ayant passé la nuit à Pérouse, et envisageant d’y passer une seconde nuit, nous consacrons notre matinée de jeudi à des courses dans un supermarché découvert au hasard de recherches d’une laverie libre-service parce que le linge sale s’accumule et parce que le linge propre risque de manquer à court terme si nous ne voulons pas nous résoudre à porter deux fois la même chose. Nous repartons vers le camping-car chargés comme des mulets de nos achats et en repartons tout aussi chargés de notre linge à laver. Quant à l’après-midi, parce que nous avons épuisé nos batteries d’ordinateur et comptons bien retourner au McDo le soir, nous le passons sur une petite route de campagne, loin de tout, à faire tourner notre groupe électrogène sans risquer de déranger le voisinage (autre que campagnols et asticots), et je peux rédiger mon blog pour les deux dernières journées.

 

Si l’on intercale un déjeuner entre la lessive et l’escapade champêtre et bruyante, si l’on ajoute au bout un dîner et un séjour Internet au McDo, on a une journée de jeudi remplie, mais sans activité de découverte. En fait, quelle est notre situation ? Comment s’appelle-t-elle ? Si nous sommes touristes professionnels, nous avons droit à un jour de congé par semaine et un maximum de 35 heures par semaine. Nous faisons bien plus. Si je suis un retraité parti faire du tourisme, j’ai le droit –le devoir– de rester "à la maison" une grande partie de mon temps. Par conséquent, ce jeudi, journée "off".

 

 

Vendredi. Aujourd’hui nous allons visiter Pérouse. Le parking est en bas, dans la vallée, et la ville, comme la plupart de celles que nous avons visitées dans les alentours, est perchée sur la colline. Et pas question de tenter d’y aller avec notre véhicule. Nous nous armons donc de courage et entreprenons l’ascension. Du courage, il en faut, non seulement pour grimper les rues abruptes, mais pour affronter les conducteurs italiens, nous qui n’avons pas de trottoirs pour nous protéger. Arrivés là-haut, nous pouvons contempler la ville accrochée à flanc de colline (photo du haut). Puis nous nous rendons à la cathédrale San Lorenzo (ci-dessus), énorme masse sévère. Mais elle est fermée, nous ne verrons pas l’intérieur.

 

 


Devant San Lorenzo, une belle fontaine polygonale en marbre représente toutes sortes de scènes sur chacun de ses côtés. La louve romaine allaitant les jumeaux Romulus et Rémus, ou des travaux des champs, etc. Ici, sur mes photos, c’est un boucher équarrissant un porc, tandis qu’un homme lui apporte une carcasse d’un autre animal, qui tente un chien. Et c’est une illustration de deux fables de La Fontaine –ou plutôt, ici, de Phèdre ou d’Ésope–, le Renard et la cigogne, et le Loup et l’agneau. Je suppose que ces sculptures sont des originaux, mais après avoir vu dans les musées bien des fois des sculptures dont on indique que ce sont les originaux des copies qui ont été mises en place sur les monuments, je commence à avoir des doutes partout. Et ici même, sur l’une des façades du Palais des Prieurs, il y a un énorme aigle et un énorme lion en bronze, et puis quand on entre dans le hall on trouve les mêmes qui sont les originaux. Ce Palazzo dei Priori, c’est lui que je montre ci-contre. Il comporte des administrations publiques, et aux second et troisième étages, la Galleria Nazionale dell’Umbria, le musée national d’Ombrie. Nous l’avons visité avec d’autant plus de plaisir que l’entrée des citoyens européens de plus de 65 ans est gratuite…

 

 

Ci-dessus, un coffre de mariage en peuplier peint et doré qui représente l’histoire de Lucrèce à laquelle Tarquin le Superbe, le dernier roi étrusque de Rome, a fait violence pour la violer. Il date du milieu du quinzième siècle.

 

 

Fra Angelico, celui qui a peint l’Annonciation dont j’ai amplement parlé au sujet de Cortone et qui a peint aussi les cellules du couvent de Florence, est l’auteur de ce tableau datant de 1447-1448, qui raconte la vie de saint Nicolas, trois scènes en une. À gauche, sa naissance, au milieu sa prédication, à droite son miracle. Ici, ce n’est pas un boucher qui tue trois enfants partis glaner, mais un père qui veut prostituer ses trois filles parce qu’il est veuf et pauvre. Il dort sur une chaise, les trois enfants sont dans le même lit, et saint Nicolas jette de l’or par la fenêtre pour les sauver de cette ignominie.

 

 

La sculpture ci-dessus m’a beaucoup plu. Son titre –ce n’est pas original– est la Madone et l’Enfant Jésus, d’Agostino d’Antonio di Duccio, datée de 1457-1461. Le visage de la Vierge est doux, Jésus a une bonne bouille d’enfant, alors que si souvent aux quatorzième ou au quinzième siècle il est représenté avec un visage presque adulte sur un petit corps, et puis il semble être trop conscient de son rôle de Sauveur. Ici, il est souriant, voire rigolard, capable plus tard de changer à Cana l’eau en vin pour que l’on puisse se réjouir. Je ne vois pas pourquoi, hors de ses prédications ou, évidemment, de sa passion, Jésus devrait toujours avoir un air compassé.

 

 

 

Le nom de ce Benedetto Bonfigli, auteur de l’Annonciation (1453), ne me dit rien, je l’avoue à ma grande honte (feinte), et je ne crois pas avoir déjà vu des tableaux de lui, car je m’en souviendrais sûrement. Ses personnages sont si pleins de grâce, si délicats… j’adore. C’est, je crois, le concile de Byzance, qui a dû se séparer au bout de dix ans sans avoir résolu, avec ses discussions... byzantines, le problème de savoir le sexe des anges. Eh bien, je trouve que Gabriel a plutôt l’air d’être une Gabrielle dans ce tableau. Les deux photos ci-dessus représentent l’ensemble, puis le détail du visage de l’archange. Dans le cadre de ce blog, les photos sont trop petites pour que l’on voie bien, mais au premier plan, un homme accompagné d’un bœuf écrit sur un parchemin qui s’enroule sur les cornes de l’animal, et il tient sur ses genoux un livre blanc. Ce ne peut être que saint Luc rédigeant son évangile "sur le vif", comme un reporter d’une agence de presse.

 

 

Les deux images ci-dessus représentent le même san Girolamo, c’est-à-dire saint Jérôme. Salut, p’tit frère (puisque c’est ton patron). Mais je préfère ta tronche par le Perugin "Saint Jérôme pénitent" (1512) à gauche, plutôt que par Pinturicchio "Saint Jérôme en prière dans le désert" (1495-1496) à droite. Sa prière ne le met pas de bonne humeur, semble-t-il. C’est un saint très populaire dans la peinture italienne, on le voit partout. Facile à reconnaître, il a toujours l’un ou plusieurs de ses attributs favoris, le lion, le crâne, la pierre dans la main et un immense galure rouge ridicule. Trois de ses attributs à gauche, quatre à droite, on ne peut pas s’y tromper.

 

Et voilà pour Pérouse. Notre parking servant au marché du samedi matin, il est interdit de 6h à 15h. Comme il n’est pas question que nous mettions le réveil à 5h pour être prêts au départ à temps, nous allons nous installer pour la nuit dans un petit village proche, sur un parking non aménagé, genre petit terrain vague, dans un espace d’entreprises industrielles, en compagnie d’un semi-remorque et d’une camionnette.

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 22:40

 

 

C’est à Montepulciano que nous avons passé la nuit. Nous en repartons un peu tard, parce qu’il a fallu effectuer quelques opérations techniques, comme faire le plein d’eau, rechercher une station service pour remplir le réservoir de notre groupe électrogène, une autre qui nous fournisse un succédané de burette pour y mettre de l’huile car nous ne l’avons pas encore mis en service et nous avons envie d’être autonomes pour recharger les batteries de nos ordinateurs, de nos téléphones, de nos appareils photo, pour utiliser notre four, notre plaque de cuisson à induction, et puis le sèche-cheveux, la cafetière, le presse-agrumes, puisque maintenant nous ne fréquentons plus les campings et leur connexion électrique.

 
Cela fait, nous quittons Montepulciano (photo ci-dessus) et nous rendons à Cortona (photo ci-contre). Nous n’irons pas y voir la prétendue tombe de Pytrhagore. En effet, Pythagore a vécu et est en Calabre, le "pied" de la "botte" italienne, sa ville étant Crotona (Crotone). Du fait de la ressemblance des noms de Cortona et Crotona, une tombe étrusque du quatrième siècle avant Jésus-Christ (pourtant Pythagore a vécu au sixième siècle) a été identifiée, il y a très longtemps déjà, comme celle du mathématicien. Voilà pourquoi nous ne nous y rendrons pas.

 


 

 

En revanche, nous avons aimé déambuler dans les rues de la vieille ville où est né Signorelli dont nous avons admiré les fresques dans plusieurs villes, et qui s’est tué accidentellement en tombant de l’échafaudage sur lequel il était monté pour décorer une villa privée, près de Cortone. De la ville aussi, l’architecte Boccador ("Bouche d’Or", ainsi surnommé pour la blondeur de ses moustaches) que François 1er a installé en France à 25 ans et qui a notamment construit l’Hôtel de Ville de Paris. Nous avons aussi fait un tout à la cathédrale (ci-dessus), intéressante, mais surtout, juste en face, nous avons visité le Musée Diocésain.

 
Ce musée qui ferme tard, à 19h, nous a permis de rester longtemps devant certaines œuvres, comme le tableau ci-contre peint en 1512 par ce Luca Signorelli dont je parlais à l’instant. Il s’agit de la Communion des Apôtres. Je ne connaissais pas cette représentation symbolique de la Cène. Mais j’ai choisi de montrer ici ce tableau, non seulement parce qu’il est l’œuvre d’un enfant de la cité, mais surtout pour la peinture psychologique des personnages. Je montre ci-dessous deux détails pris en gros plan. Le visage hypocrite de Judas, son regard fourbe de côté, sa mâchoire serrée, son poil ébouriffé alors que Jésus et les autres apôtres sont coiffés. Et par ailleurs le geste discret par lequel il glisse l’hostie consacrée dans sa besace. C’est le genre de tableau qui mérite que l’on s’y arrête, que l’on en regarde chaque détail, la composition avec Jésus au centre tenant la patène et offrant, avec un air remarquablement serein, l’hostie à des apôtres dévots et recueillis.

 

 

 

Je devrais arrêter avec ce musée, mais je ne résiste pas à la tentation d’ajouter cette Annonciation de Fra Angelico. Je n’étais pas bien grand, j’avais peut-être dix ou onze ans, quand j’ai reçu à la fin de l’année scolaire, lors de la distribution des prix, un petit livre montrant des fresques de Fra Angelico. Ce livre, je l’ai encore, bien sûr. Je l’ai, à l’époque, puis au cours des ans, bien souvent regardé. Aussi avais-je beaucoup apprécié lors de notre séjour à Florence avec Natacha en 2008 la visite de San Marco, où il a décoré de fresques chaque cellule. Ici, ce n’est pas une fresque mais un tableau peint en 1436, où il a utilisé des feuilles d’or pour mettre en relief les auréoles (d’ailleurs, il y a bien le mot "or" dans le mot "auréole"), les ailes de l’archange Gabriel, et les paroles d’annonciation qu’il prononce. Le jeu d’ombres et la perspective sont remarquables avec cette lumière qui vient de derrière nous à droite. Je trouve amusante cette colombe du Saint-Esprit qui volette là-haut, au-dessus de la tête de Marie, dans un halo d’or.

 
Dans la journée, nous sommes aussi montés sur une terrasse de la ville haute pour admirer le paysage. De là, on peut apercevoir le lac Trasimène, tout au fond, que nous irons longer le soir en nous dirigeant vers notre prochaine étape, Pérouse. J’en prendrai des photos de nuit, mais il n’y a, sur lui ni sur ses berges, aucune lumière, et j’ai eu la flemme d’aller chercher le pied dans le coffre, d’installer l’appareil, si bien que mes photos sont soit noires, soit complètement floues. Alors va pour la photo de loin.

 

 
Je vais essayer de rappeler mes souvenirs d’histoire romaine. Lors de la seconde guerre punique, à la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ, le chef carthaginois Hannibal traverse les Alpes avec ses éléphants, si je me rappelle bien par le Grand-Saint-Bernard, et tend un piège aux Romains sur cette rive marécageuse du lac Trasimène en l’an 217. Les Romains du consul Flaminius sont écrasés. Les pertes romaines sont de 16000 légionnaires, les pertes carthaginoises de 1500 hommes. Je ne sais pas si, dans toute l’histoire romaine, il y a eu défaite plus cuisante. Voilà pourquoi , après cette vision de loin, je suis sorti de la 4-voies pour aller sur les lieux mêmes de la bataille. Mais les rives marécageuses sont asséchées et bitumées…

 
Arrivés à Pérouse, nous suivons les flèches qui indiquent un parking où les camping-cars sont les bienvenus. L’ayant repéré et y ayant dîné, nous allons au McDo essayer Internet. Pas de prise de courant, donc durée limitée sur batterie, mais hourrah ! Ça marche, on peut se connecter à Internet. J’ai le temps de poster un article, puis nous revenons à notre parking pour la nuit.

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 16:04

 

 

Nous avons passé la nuit pas trop loin du monastère de Monte Oliveto Maggiore, la maison mère des olivétains, congrégation bénédictine fondée en 1313 par le bienheureux Bernard Tolomei de Sienne. Les bâtiments en sont perdus en pleine nature, au milieu d’une forêt de cyprès poussant dans un repli de terrain parmi des collines érodées qui semblent faites de sable. Déjà, l’environnement est impressionnant. Nous ne nous sommes pas levés spécialement tôt, il y avait quand même un peu de trajet par des petites routes étroites en lacets, et nous sommes restés en contemplation devant le paysage pendant un certain temps, prenant des photos et nous promenant. Ensuite, nous avons déjeuné, et nous sommes allés vers le monastère. Entre ma photo du paysage de collines ravinées et ce bâtiment du monastère, je ne résiste pas à l’envie de placer cette macro photo d’une araignée qui avait tissé sa toile dans les bois que nous avons traversés entre la route et l’entrée d’abord, puis entre le porche d’entrée du domaine et les bâtiments proprement dits.

 

 

 

Nous allions commencer à regarder les fresques qui ornent les quatre murs du cloître, quand un petit monsieur, un laïc de l’abbaye, nous aborde et nous propose de nous ouvrir les bâtiments du réfectoire, de la bibliothèque, de la pharmacie, ainsi que le musée. Il faut souligner combien c’est sympathique, cet accueil. Dans tant de musées, mais aussi de lieux religieux, d’églises, on vous taxe à l’entrée, puis on vous empêche de prendre des photos, et à la sortie les marchands du temple vous attendent pour vous vendre hors de prix leurs cartes postales et leurs bouquins, voire leurs colifichets et objets kitsch. Là, on vous souhaite la bienvenue, on vous ouvre les portes, vous pouvez laisser une offrande après une visite gratuite mais personne n’est là pour guetter si dans le tronc votre don fait gling-gling-gling ou seulement gling, ou même ne fait rien du tout. Vous brandissez votre appareil photo, personne ne vous dit rien. J’ai l’impression que ces braves moines bénédictins sont plus proches de l’esprit de l’Évangile que les évêques de certaines cathédrales.

 





Nous avons ainsi pu voir ce magnifique réfectoire tout décoré de fresques, et sur chaque table une bouteille d’eau minérale. Est-ce tout ce qu’ils boivent, quand ils fabriquent des liqueurs fortes ? Après tout, peut-être leur apporte-t-on du vin avec la nourriture. Ce serait plus conforme à ce que l’on apprend de l’abbaye de Thélème chez Rabelais.

 

Je ne montre pas de photos de la pharmacie, intéressante, certes, mais qui ne vaut pas celle des hospices de Beaune. La bibliothèque, elle, est un très vaste hall à colonnes. J’ai eu beaucoup d’intérêt à regarder les titres des livres qui s’y trouvent. Il y a beaucoup de très anciens livres sur la vie de saint Benoît ou d’autres saints, il y a aussi du plus que classique, comme la correspondance de Cicéron ou des œuvres de Virgile, les lettres de Pline le Jeune (je me rappelle avoir traduit une lettre où, procurateur en Asie Mineure, il demande à l’empereur Trajan ce qu’il doit faire des chrétiens, nombreux dans cette province, et la réponse de Trajan qui dit que, s’ils ne s’opposent pas au pouvoir et ne font rien de répréhensible il n’y a qu’à les laisser tranquilles), et puis saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, etc. Quant au musée, il contient quelques toiles intéressantes mais je préfère me réserver pour les fresques.

 

 


Ces fresques du cloître représentent la vie, l’œuvre et la mort de saint Benoît, le patron des bénédictins. Comme je l’ai dit, on peut prendre des photos librement. Je ne m’en suis pas privé. J’ai pris à chaque fois la scène dans son ensemble, puis tel ou tel détail intéressant. Je n’infligerai pas au lecteur de mon blog la présentation de mes 88 photos de ces fresques, mais le choix a été difficile pour moi et malgré tout en voici pas mal… Les scènes sont toutes sous-titrées, en langue italienne évidemment, mais avec mon français, mon espagnol, mon latin, et l’aide de l’image, je peux en proposer une traduction sans craindre de commettre des contresens (sauf un mot qui m’échappe, on va le voir). Ci-dessus, Comment le démon brise la clochette. On voit le diable qui vole, en haut à gauche, une pierre à la main.

 

 

Plus loin, Comment Benoît accomplit la construction de douze monastères. La fresque montre saint Benoît en architecte et chef de chantier, sur la construction d’un monastère. On voit à l’œuvre un charpentier, un tailleur de pierre, des maçons, et le saint donnant des ordres d’un air sévère.

 

 
Comment Benoît libère un moine possédé en le frappant. Brandissant des verges, tenant de l’autre main la tête du moine possédé, saint Benoît le frappe. On voit le dos du moine strié de rouge, et le démon obligé de s’en aller, mais accrochant au passage un autre moine pour tenter de l’entraîner avec lui.

 

 

 
Comment Benoît fait récupérer avec un manche [uno roncone] qui était tombé au fond du lac. "Roncone", le voilà le mot qui m’échappe. Mais cela n’empêche pas d’apprécier la fresque, saint Benoît agenouillé au bord du lac, un manche à la main, essayant de repêcher quelque chose, un autre moine près de lui le conseillant, un troisième en face de lui l’aidant d’un geste peu empressé. Et puis derrière, au fond, le monastère, sur la gauche une scène d’un moine recevant une bénédiction, et sur la droite, près d’un pont, en tout petit, des baigneurs, qui valent la peine d’être vus. J’en donne ici un détail agrandi au téléobjectif.

 

 
Comment Florent envoie de mauvaises femmes au monastère. Dans une scène précédente, ce méchant Florent a tenté d’empoisonner Benoît. Maintenant, il veut amener la tentation au monastère, avec ces femmes de mauvaise vie. Corps légèrement dénudés par des robes échancrées, tissus transparents, déhanchements et gestes gracieux sont confrontés à un groupe de moines, Benoît en tête. Là-haut, au balcon, mains en avant comme saint Benoît, il y en a un qui redoute ce danger. En revanche, en bas, le jeune moine qui tient l’âne semble attiré, et un autre plus loin, tête découverte, le regard vers Benoît, se demande que faire. Et puis la scène comporte le petit chien au milieu, l’enfant traîné par la main à droite, le paysage au fond… J’aime cette vie, ce naturel, ce goût des détails, cette expressivité.

 

 

 
Comment Benoît obtient de la farine en abondance et en nourrit les moines. La vie quotidienne, au réfectoire. Chaque moine a dans son assiette deux poissons et devant lui un petit pain rond. En haut à droite une chaire, et on distingue un livre tenu à la main, on fait une lecture de la Bible ou du Nouveau Testament pendant le repas. Et puis au premier plan, toujours ce réalisme de la vie, un chat et un chien se disputent un bout de poisson. Malgré ma photo du détail au téléobjectif, on distingue mal ce qu’on voit au naturel, à savoir que l’objet du différend est une tête de poisson d’où émerge un morceau d’arête dorsale. Regard du chat, expression des deux animaux…

 

Natacha et moi aimons ces fresques, nous aimons l’ambiance de ce monastère, l’accueil (je me répète), tout. Nous restons donc plus qu’il ne serait raisonnable si nous voulons finir un jour notre tour d’Europe. mais enfin nous partons et nous dirigeons vers Pienza. Ce n’est pas bien loin, il n’y a pas mille choses à voir, mais un pape humaniste, Pie II, de son nom laïc Eneo Silvio Piccolomini (1405-1464), en est originaire. Ce poète et diplomate a eu l’idée d’appliquer à son village natal un urbanisme planifié, premier du genre à la Renaissance. Il a demandé à l’architecte Bernardo Rossellino, élève du célèbre Alberti, de créer au centre une place qui en ferait la cité idéale, réunissant dans un même espace le pouvoir religieux et le pouvoir temporel. C’est ainsi que la cathédrale et le palazzo pubblico se font face, sur un côté s’élève le palais épiscopal et sur l’autre côté le palazzo Piccolomini. C’est de là que j’ai pris ma photo, avec ce puits en premier plan.

 


Détail amusant, à la fin du dix-neuvième siècle, la municipalité a décidé que, puisqu’il est nécessaire de choisir entre la guerre et l’amour, il fallait faire le choix du second, et elle a renommé ses rues via dell’Amore (de l’amour), via del Bacio (du baiser), via Buia (sombre), via della Fortuna (de la chance), vicolo Cieco (ruelle aveugle), etc.

 

Mais tout cela nous ne l’avons pas vu dès notre arrivée, parce qu’après avoir laissé le camping-car aux portes du village, nous arrivions vers le centre, quand des hommes nous ont fait signe d’être silencieux et nous ont recommandé de ne pas prendre de photos au flash. Nous approchant, nous avons vu que de puissants projecteurs éclairaient, via un immense écran blanc, le Palazzo Pubblico, et que la place était encombrée de tout un tas de matériels techniques, que des hommes et des femmes s’agitaient autour, que de nombreux badauds s’agglutinaient, et que des gens en costume du quinzième siècle attendaient de jouer un rôle. Nous sommes tombés en plein tournage d’un film. Nous avons assisté à une scène, rejouée maintes et maintes fois. Les figurants en costume se contentaient de passer à l’arrière plan. L’action concernait un prêtre qui attrapait par le bras un jeune garçon en haillons qui se débattait et finalement s’échappait en courant, criant "Je l’ai tué ! Je l’ai tué !". Il jouait remarquablement et, à chaque fois, il finissait sa course devant l’écran de contrôle, demandant à revoir la scène qui venait d’être tournée. Ayant tout notre temps devant nous, nous sommes restés jusqu’à la fin. Ce n’est que lorsque la réalisatrice a dit "Grazie Signore e Signori" pour congédier les figurantes et les figurants que nous avons commencé notre petit tour en ville.

 


Il aurait fallu que nous demandions le titre du film, ou du téléfilm (?), et sa date de parution. Il aurait été amusant de voir comment cette scène d’une minute à peine s’insérait dans une histoire. Mais tous ces gens étaient très occupés et nous ne parlons italien ni l’un ni l’autre.

 

 


C’est sur la commune de Montepulciano que nous avons trouvé un parking équipé d’une prise d’eau pour camping-cars. Nous avons décidé d’y passer la nuit.

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:38

Natacha a lu, dans un auteur polonais qui a vécu chez un ami à San Gemignano, qu’il allait se promener près de l’une des portes de la ville et que, de là, il voyait Certaldo, la ville natale de Boccace. Ce lundi, en fin d’après-midi, nous laissons donc San Gemignano et nous arrivons à Certaldo pour voir ce que nous pouvons glaner sur Boccace dans cette petite ville dont aucun de nos excellents guides, Michelin Vert pour moi et Hachette Voir pour Natacha, ne dit le moindre mot.

 

La ville est noire, tranquille, vide, à tel point qu’on a du mal à se rappeler que l’on est en Italie où jusqu’à présent même dans les petits villages loin des centres touristiques nous n’avons vu que des rues pleines de gens qui discutent à voix haute, qui déambulent, qui créent de l’animation. Apparemment, il n’y aurait que la maison natale de Boccace, fermée à cette heure et qui, de toute façon, ne nous passionne pas. Sur une grande place, au milieu d’un parking, il y a quand même sa statue. C’est déjà ça.

 

Sinon, il nous faut du pain mais, alors qu’il n’est pas si tard, nous n’en trouvons pas. En revanche, ô surprise, une boutique qui annonce "Telefono, Internet point". Enfin, nous allons pouvoir nous connecter, consulter nos mails, à défaut de poursuivre mon blog puisque je n’ai pas sur moi mon ordinateur, laissé dans le camping-car. Mais le type, à notre demande, répond "No Internet. No connexion". Intéressant, pour un "Internet point".

 

Que faire de plus ici ? Nous repartons vite fait. Et puisque, demain, nous devons aller au monastère de Monte Oliveto Maggiore, je mets dans le GPS le nom du village le plus proche, Buonconvento, et en route pour 80 ou 90 kilomètres. Lorsque nous voyons que nous approchons, nous cherchons un endroit où nous poser pour la nuit et trouvons notre bonheur dans la nature, près de Monteroni d’Arbia.

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:15

 

 

Aujourd’hui, nous affrontons la peu accueillante ville de San Gimignano. De mon petit voyage ici avec Emmanuelle et Raphaël et 1998, j’en ai gardé un souvenir excellent, aussi je tiens à ce que Natacha voie cette ville aux 13 tours monumentales. Au Moyen-Âge, il y a eu jusqu’à 70 maisons-tours, mais dès la fin du seizième siècle il n’en restait plus que 25. Quelle est la justification de leur construction, cela reste obscur. Il semble qu’à l’époque de la lutte, au treizième siècle, entre les Guelfes partisans de la prééminence du pouvoir du pape sur le pouvoir séculier, soutenus par la maison de Bavière, et les Gibelins pour qui le pouvoir du pape se limitait au domaine spirituel, soutenus par la maison de Hohenzollern, les deux clans aient rivalisé pour avoir les tours les plus hautes, jusqu’à ce que la municipalité construise une tour aussi haute que la plus haute existante jusqu’alors et interdise de dépasser cet édifice public.

 

Une autre théorie repose sur l’une des sources de la richesse de San Gimignano, spécialisée dans une méthode de teinture des tissus en jaune avec le safran. Les pièces de tissu avaient d’autant plus de valeur qu’elles étaient longues, sans couture. Pour faire sécher de telles longueurs, faute d’espace horizontal, on les suspendait au haut de tours immenses et elles séchaient verticalement. Quoi qu’il en soit, l’effet est spectaculaire.

 

 

 

Le premier jour, nous nous baladons en ville, et puis quand le soir est tombé nous allons au Palazzo del Popolo, où est installée la pinacothèque, et qui possède lui-même une tour à laquelle on peut monter avec le billet d’entrée au musée. Nous nous acquittons donc du prix du billet et entrons. Le bâtiment lui-même ne manque pas d’intérêt, mais en outre il comporte de belles pièces que je me retiens d’évoquer pour éviter l’inflation des superlatifs, de peur de donner au Gouvernement l’envie de les taxer et pour ne pas non plus multiplier les photos. D’autant plus qu’il est interdit de photographier à l’intérieur. Qu’il soit bien entendu que les images que je montre ici ne sont que des dessins réalisés à main levée sur une tablette graphique, puisque je ne saurais avoir enfreint les règlements. La joute de chevaliers de la fresque ci-dessus est située dans la première salle, pour une mise en bouche de qualité.

 

 

 

 

Mais l’une des choses qui a le plus retenu mon attention est une salle revêtue de fresques représentant la vie d’un couple. Parmi les scènes les plus savoureuses figure ce bain que les époux prennent en commun, et sur le côté gauche on voit la servante qui a préparé le bain, en train d’accueillir une visiteuse. Et l’autre scène représente le moment où ils vont au lit. Le lit ressemble à n’importe quel lit que l’on peut voir aujourd’hui, la femme est déjà endormie, et la servante –la même que sur l’autre image, on reconnaît sa robe bicolore, la moitié gauche rouge et la moitié droite noire– invite du geste le mari à la rejoindre. Mari et femme gardent sur la tête ce bonnet qu’ils portaient déjà dans leur tub. Je trouve ces scènes à la fois touchantes d’humanité, saisissantes de réalisme, esthétiquement jolies et amusantes dans leur modernité.

 

Dans le bâtiment du palais du Peuple prend l’escalier qui permet de monter jusqu’au sommet de la tour. Tout en haut, sur la terrasse, pour passer d’un côté à l’autre, il faut courber l’échine en-dessous de l’énorme cloche de bronze suspendue là. D’un côté comme de l’autre, la vue est splendide et très intéressante à la fois sur la ville et sur les environs. Comme je l’ai dit, nous nous sommes rendus dans ce musée-tour lorsqu’il a fait noir, et par conséquent la vue au loin est plus que limitée, mais elle n’en est peut-être que plus surprenante sur la ville à nos pieds. Ci-contre, l’animation sur l’une des grandes places de San Gimignano, et deux autres des hautes tours.

 

À un Euro l’heure sans équipements particuliers, notre camping manque de charme pour la nuit. Nous parcourons quelques kilomètres, et trouvons une zone industrielle accueillante, où nous nous installons.

 
 


Le lendemain lundi, nous retournons à San Gimignano parce que nous n’avons pas visité la Collegiata di Santa Maria Assunta ni l’église Sant’Agostino. Dans la première, les murs sont couverts de fresques et notamment, dans le bas-côté gauche, des scènes de l’Ancien Testament. L’auteur n’est pas des plus célèbres, c’est Bartolo di Fredi, mais de toutes les fresques que j’ai vues jusqu’alors ce sont celles qui m’ont le plus touché, par leur naïveté, la pureté de leur graphisme, par leur humour aussi (à moins que ce ne soit encore que de la naïveté), mais quoique l’entrée soit payante il y a des gardes en kalachnikov (ou peu s’en faut) pour empêcher de prendre des photos. La seconde église, en entrée libre, est décorée de fresques célèbres racontant la vie de saint Augustin. Ces fresques, je les connaissais en reproduction dans des livres, mais pas "en vrai". Je voudrais montrer trois détails d’une fresque célèbre, où le saint, enfant, est conduit à l’école par sa mère. J’y tiens d’abord parce que sa mère est sainte Monique, la patronne de Maman. Tout de blanc vêtue, calme, elle regarde son fils avec sollicitude. Par ailleurs, saint Augustin apparaît en enfant sage et raisonnable qui donne toutes les apparences du futur bon élève. À Natacha, il évoque irrésistiblement Jérôme, et après réflexion il est vrai qu’il a quelque chose de mon petit frère tel que je le revois à cet âge. Et puis je trouve savoureuse la représentation du mauvais garnement qui ne veut pas aller à l’école et que son père, ou son grand frère, amène sur son dos (ci-contre).

 
Suite à cette visite, nous partons plein nord, vers la petite ville de Certaldo, à une douzaine de kilomètres.

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:12

Et voilà, nous avons passé une bonne nuit sur cette aire du joli village de Lucignano, avec l’électricité. Une bonne nuit, mais il n’a pas cessé de pleuvoir. Ce matin, de nouveau le ciel est dégagé, mais le pré est humide et la terre est détrempée. Je me rends compte que sous le poids du véhicule et de tout ce que nous y avons entassé le sol s’est un peu affaissé sous mes roues. Je tente de démarrer, en douceur comme on le fait sur la neige, mais il n’y a rien à faire, je patine et les roues s’enfoncent de plus en plus. Nous sommes bel et bien embourbés. Le voisin suisse, dans l’autre camping-car, vient nous aider de ses conseils… de peu d’utilité. donc IMA, Inter-Mutuelles Assistance, où l’on me dit de ne pas quitter, on me passe l’Italie. "Bonjour, je suis Aurélie, du bureau de Milan. Où êtes-vous ?" Grâce à mon GPS, je peux dire qu’il s’agit de Lucignano, et j’en donne la longitude et la latitude en degrés, minutes et secondes. Elle me répond "Très bien, je vous envoie un dépanneur". Quelques minutes plus tard, je suis rappelé par une voix féminine au fort accent italien mais qui parle très bien français : "Je suis la représentante d’IMA dans votre secteur. J’ai contacté le dépanneur, qui sera auprès de vous dans 1h30". Et voilà comment nous avons été sortis de notre pré sans bourse délier et, finalement, sans perdre trop de temps, car nous avons déjeuné pendant l’attente.

 


 

 

Nous ne sommes pas si près que cela d’Arezzo, de sorte que nous y arrivons un peu tard. Lors de notre précédent voyage avec Natacha, nous avions visité la chiesa di San Francesco, avec ses merveilleuses fresques de Piero della Francesca qui ornent le chœur et racontent l’histoire de la Vraie Croix. Mais on ne pénètre dans le chœur qu’avec un billet qu’il est trop tard pour acheter. Nous nous contentons donc de les contempler de loin, ces fresques, derrière le cordon qui barre l’accès au chœur.

 

Puis nous nous baladons dans la ville, extraordinairement animée. Il est vrai que nous sommes samedi soir, il n’est pas étonnant de voir déambuler des jeunes ; mais aussi nombreux, aussi bruyants, aussi remuants... Nous sommes bien en Italie ! Deux photos seulement aujourd’hui, deux mots à leur propos. La première représente la Piazza Grande, curieusement en pente, même si dans plusieurs villes de Toscane, nous en avons vu d’autres également penchées, mais peut-être pas autant. La deuxième représente Giorgio Vasari, ce grand architecte du seizième siècle dont c’est la ville, également connu comme peintre et sculpteur, et comme critique d’art.

 

Nous restons tard en ville, et puis parce que nous voulons quand même visiter à San Gimignano malgré l’accueil peu chaleureux qui nous a été réservé, nous retournons vers notre camp de Lucignano, en faisant bien attention de rester sur l’allée empierrée qui va vers les équipements d’eau. Notre rouleau de 40 mètres de fil électrique suffit largement à nous raccorder au branchement, et nous passons là notre deuxième nuit avec tout le confort moderne.

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 13:57

Bien sûr, avec mes études sur l’Antiquité classique, j’avais entendu parler de Volterra, mais lorsque, dans la conversation, on évoque l’Italie, on pense à Venise, Rome et le Vatican, Florence, Naples, la Sicile… mais pas Volterra. Et pourtant, quelle ville passionnante ! Ne serait-ce que pour la longueur de son histoire, qui dépasse celle de Rome. C’est, en effet, une cité étrusque, or les Étrusques sont d’anciennes populations qui ont précédé sur le sol d’Italie les Indo-Européens que sont les Italo-Celtes. Ces Italo-Celtes qui ont donné les langues celtes plus à l’ouest (gaulois, breton, gallois, gaélique, galicien) et les langues italiques (latin, osque, ombrien) sur la péninsule. Et cette Étrurie originelle était centrée sur la Toscane, Volterra étant l’un des douze royaumes étrusques.

 

 

 

On se rappelle aussi le règne des Tarquin, ces rois étrusques qui dominèrent Rome jusqu’à ce que les citoyens d’origine latine fichent à la porte Tarquin le Superbe en 509 avant Jésus-Christ et instaurent une république. Du coup, la puissance étrusque a décliné, car ils ne pouvaient plus aller vers le sud sans emprunter la voie de mer, et là ils étaient guettés par les Grecs qui avaient leurs colonies, Naples (Néa-Polis, la Ville-Nouvelle), Tarente, la Sicile. Volterra a été soumise par Rome en 295, Pérouse et Arezzo l’année suivante, en 294. Après, nos braves Étrusques se sont assimilés et ont disparu en tant que tels. Rideau. Je précise quand même que leur puissance reposait surtout sur le commerce, en particulier du vin, et que c’est eux qui, au septième siècle avant Jésus-Christ, ont introduit en Gaule des ceps de vigne et leur savoir-faire, et sont donc à l’origine de la viti-viniculture française. Dans leurs tombes, on a retrouvé des merveilles, et le musée étrusque de Volterra est le plus riche du monde, avec des centaines d’urnes funéraires couvertes de sculptures, comme ce couple, ci-contre, d’un réalisme surprenant. Et bien sûr des objets usuels, comme tous ces outils ci-dessus qui datent du dixième au huitième siècle.

 

Je ne peux résister au plaisir de montrer encore deux images de sculptures sur des urnes funéraires en forme de petits sarcophages (mais ce sont bien des urnes, les corps étant toujours incinérés). Ci-dessus, c’est l’origine de la guerre de Troie, l’enlèvement d’Hélène, la femme du roi de Sparte Ménélas, par Pâris l’un des fils du roi de Troie Priam. Ici, on voit le bateau prêt à l’emmener, mais Sparte est loin de la mer… Eh bien, puisque le couple illégitime a passé sa première nuit à Gytheio, sur la côte, supposons que la scène se passe là. Mais Hélène semble dormir. A-t-il fallu la droguer ou l’assommer parce qu’elle avait changé d’avis, insatisfaite après son expérience sexuelle de la nuit (Hou, Ménélas !) ? Ou au contraire épuisée après une folle nuit a-t-il été impossible de la réveiller (Bravo, Ménélas !) ?

 

L’autre image, ici, représente Ulysse et les sirènes. On sait que leur chant était si attrayant et enchanteur que celui qui l’entendait se jetait à la mer pour les rejoindre, et elles, les vilaines, s’amusaient à le regarder se noyer. Ulysse, pour les entendre sans risque, demanda à ses matelots de l’attacher solidement au mât de son navire, alors qu’eux-mêmes devaient se protéger avec des bouchons de cire dans les oreilles. C'est ce que l'on voit ici, à gauche les sirènes jouant de la musique, Ulysse encordé, les matelots insensibles. Il semblerait que ce sujet, qui revient souvent, aurait une portée philosophique dans l’interprétation qu’en faisaient les Étrusques : par sa volonté, l’homme peut résister aux tentations irrationnelles même en acceptant d’y être soumis. Mais laissons là les Étrusques, sinon je vais afficher ici les 99 photos que j’ai faites dans le musée.

 

 

 

Nous avons aussi visité la cathédrale, le baptistère et le musée d’art sacré de la cathédrale. Dans cette église du douzième siècle, j’ai surtout été frappé par la Cappella della Deposizione, c’est-à-dire au fond d’une chapelle du transept une Descente de Croix d’un terrible réalisme. Non seulement les visages et les positions sont très expressifs, mais les détails sont fouillés. On voit l’homme qui, de ses tenailles, a arraché le clou qui fixait le pied gauche de Jésus à la croix, il a son marteau passé dans sa ceinture, dans son dos. De près, on peut voir aussi (je n’ai pas mis ma photo de gros plan ici) les ongles des pieds de Jésus taillés en carré. L’évêque faisait appel à la générosité publique pour la réalisation de cette Descente de Croix dans un document daté de 1228. On peut en déduire que l’œuvre a été réalisée entre 1228 et 1230 ou 1235. Natacha a mis une pièce dans la machine pour obtenir trois minutes d’éclairage. Un Euro pour trois minutes, cela fait cher du kilowatt-heure ! Cela dit pour plaisanter, parce que cette œuvre vaut la peine d’être regardée… bien plus de trois minutes.

 

 

 

Sur la place, en face de la cathédrale, se dresse un gros bâtiment octogonal (ou hexagonal ? Sur le moment je n’ai pas fait attention, et sur mes photos il est difficile de compter les faces), c’est le baptistère. À l’intérieur, très sobre, on voit une grande vasque de marbre, au centre de laquelle se dresse Jésus au moment de son baptême. En fait, je dis Jésus, et non Jean-Baptiste, parce que le personnage ne porte pas de tunique en poil de chameau, et semble se dévêtir. Sur les murs, de grands tableaux. Ce n’est pas un lieu exceptionnel, mais très intéressant tout de même.

 

Et puis nous sommes allés visiter, sans enthousiasme débordant a priori, le musée d’art sacré… parce que notre ticket du musée étrusque comportait aussi pour le même prix la pinacothèque et le musée d’art sacré. Je ne parlerai pas de la pinacothèque, parce que je suis fâché : photos et même dessins interdits. Rien de tel au musée d’art sacré, qui présente un bon nombre de tableaux de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance, de belles statues, et ce buste reliquaire de saint Octavien (Sant’ Ottaviano), réalisé en argent ciselé et partiellement doré, et qui date du quinzième siècle. La photo ci-dessous est un détail d’une Annonciation qui me plaît particulièrement. J’aime les visages de la Vierge et de l’ange Gabriel, la finesse de leurs doigts, la position des mains, la richesse des dorures. Nous n’avons d’un commun accord pas été déçus de notre visite, bien au contraire. Nous en avons pris plein les yeux.

 

 

 

Parmi les autres églises visitées, je citerai encore San Michele Arcangelo. De nombreux tableaux y sont accrochés aux murs. Ici, je trouve amusant (intéressant) qu’au moment de commencer à téter Jésus nous regarde, et sa Mère aussi. Et puis quelle finesse, quel brillant dans la représentation des tissus de leurs vêtements ! Par elle-même l’église n’est pas mal, mais je ne conseillerais pas d’aller à Volterra si ce n’était que pour elle.

 

Nous nous sommes aussi, bien sûr, beaucoup promenés en ville. L’une des places principales, sinon la place principale, est la Piazza dei Priori, toute cernée de beaux monuments, dont le Palazzo dei Priori, dont je montre ci-dessous une image.

 


 

 

Avant de quitter la ville, nous sommes partis à la recherche d’une église dont Natacha avait lu quelque part qu’elle contenait des fresques. Et nous avons trouvé la chiesa di San Francesco, par laquelle on accède à une chapelle entièrement couverte de fresques. L’entrée est gratuite, il n’y a personne, c’est une église ordinaire, et nulle part il n’est indiqué que les photos sont interdites. La photo ci-contre montre l’abondance des peintures du côté du chœur, mais elles continuent sur les côtés et le fond, sans autre interruption que la porte. C’est fabuleux. Ci-dessous, un détail du massacre des Saints Innocents. Mais par ailleurs, ces peintures révèlent en fait la vie quotidienne du quinzième siècle, quand elles ont été réalisées, car l’artiste a représenté les scènes bibliques dans les costumes, les attitudes et les activités de son temps. Là encore, nous y allions pour jeter un coup d’œil à tout hasard, quelques minutes, et nous sommes restés longtemps, en admiration. Après cela, nous avons dû nous en arracher et nous arracher de Volterra en général, et nous avons regagné notre "maison", pour nous diriger vers San Gemignano.

 




 

Arrivés à San Gemignano, nous voyons une flèche indiquant un parking pour camping-cars à 1700 mètres du dernier carrefour, c’est-à-dire à plus de deux kilomètres du centre, mais pas d’interdiction d’aller vers le parking situé sous les murs de la ville. Je vais, je prends un ticket, je franchis la barrière. Soudain, j’entends des coups redoublés dans la carrosserie, et un homme s’approche :

– No hair, no hair !

– Eh bien oui, je suis dégarni du crâne, et alors ? La ville est interdite aux chauves ?

– No hair, no parking hair.

– Ah, si, capisco, "not here".

– Si, si, no hair, Gobec !

– C’est moi qu’il appelle Gobec ? No, il nome mio è Thierry.

– No, no, Gobec, gobec.

– Ah, you want me to go back ? Vous ne croyiez pas m’appeler par mon nom ? Eh bien nous partons, merci pour l’accueil sympathique. Arrivederci.

 

Nous sommes donc repartis en direction d’Arezzo, nous promettant de revenir à San Gimignano un autre jour. Traversant une petite ville, Lucignano, nous découvrons un panneau indiquant un lieu pour camping-cars. C’est un très grand pré, avec un lieu pour vider les toilettes chimiques, une prise d’eau propre et, ô miracle, des prises de courant 16 ampères offertes gratuitement. Un seul autre camping-car, immatriculé en Suisse, se trouve sur le terrain. Nous nous installons pour une nuit avec tout le confort souhaité.

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