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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 23:55
Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Venant d’Allemagne et nous dirigeant vers la Biélorussie, la route la plus directe passe par Varsovie, ce qui nous permet en outre de dire un petit bonjour à nos amis ici, Lusia, Nikolaas, Marek. Avec notre maison ambulante, nous faisons étape au camping. Il y en a un, très confortable paraît-il (mais nous ne l’avons pas vu), situé en-dehors de la ville. Nous préférons choisir celui qui se trouve intra-muros. Trois cents mètres jusqu’à l’arrêt de bus, un kilomètre plus loin le tramway, il ne faut qu’environ trois quarts d’heure depuis la porte du camping jusqu’au plein centre de la ville. Jusqu’ici tout va bien. Mais dans les lieux, ce n’est plus la même chose. Il faut être tout près de la réception pour recevoir la Wi-Fi, mais alors on est à deux cents mètres des sanitaires. Et les sanitaires… côté hommes, une douche sans porte, deux autres douches fermées mais avec un carrelage de sol qui se balade allègrement. Quand on compte environ quarante camping-cars et caravanes, huit ou dix tentes, cela fait bien peu de places pour une bonne cinquantaine d’hommes. Donc on fait la queue. Et pour la vaisselle, il n’y a que deux éviers pour toutes ces familles. Les emplacements, eux, ne sont pas délimités et, du fait du nombre de clients, on se serre et les places sont plutôt étroites. Pour environ trente Euros par jour –quand on connaît le très, très bas niveau des salaires dans ce pays, pour les personnes de réception et d’entretien–, c’est exagéré.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Très peu d’images pour ce passage à Varsovie, parce que nous n’y restons que peu de temps et n’y visiterons aucun musée, aucun site dont je n’aie pas parlé lors de nos précédents passages (voir mon article Varsovie regroupant novembre 2011 et février 2012). Ce sera pour une autre fois. Mais je ne peux m’empêcher de montrer combien est belle la vieille ville. La Seconde Guerre Mondiale l’avait réduite en cendres, elle a été reconstruite à l’identique en utilisant les photos d’avant-guerre et le souvenir des habitants. Aujourd’hui, pour ce genre de projets, l’Union Européenne met la main à la poche, mais à l’époque, et du temps du pouvoir communiste, le pays a dû se débrouiller seul. Il y a eu une souscription publique pour reconstruire le palais royal; et les gens, même ceux dont les revenus étaient modestes, ont été très nombreux à donner généreusement pour le renouveau de leur pays. Le résultat est là.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Oui, le résultat est là, et il attire les touristes. Un succès bien mérité. Cela dit, en ce début août, on n’est pas vraiment seul dans la vieille ville!

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Mais Varsovie n’est pas seulement tournée vers son passé. C’est une grande ville moderne, avec un dynamisme remarquable. Elle se dote également de bâtiments modernes, comme ce grand stade. Cette architecture n’est pas vraiment de mon goût, mais qu’importe mon goût personnel puisque de grandes compétitions internationales peuvent être accueillies.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Puisque j’ai dit que je n’aurais pas grand-chose à montrer de Varsovie, poursuivons notre route. Après Varsovie, la route normale et directe vers Grodno, en Biélorussie, se dirige vers Białystok. Mais pour cette fois-ci, nous avons décidé de piquer sur le nord-est, d’entrer en Lituanie vers Druskininkai que nous aimons bien (nous n’y sommes plus retournés depuis que j’ai ouvert mon blog, de sorte que je n’en ai encore pas parlé), et là, plein sud à une trentaine de kilomètres, nous serons arrivés à Grodno. Cette route nous fait passer par Augustów, où nous nous arrêtons un petit moment auprès du lac. Lors de la dernière grande glaciation, celle de Würm il y a entre quatorze et vingt-trois mille ans, un vaste glacier a recouvert la région. En se retirant, il a modelé le paysage avec des collines et a laissé de nombreux lacs dont celui-ci.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Il y a également un long canal qui franchit la frontière de Biélorussie. Mais les formalités douanières sont tellement compliquées dans cette “dernière dictature d’Europe” que les petites embarcations de promenade restent chacune dans son pays.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013
Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013
Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Oui, je sais, c’est enfantin de rester dix minutes sur place pour voir ouvrir l’écluse. Eh bien tant mieux, si je rajeunis! Et puis les vaches regardent bien passer les trains, il serait présomptueux de ma part de me croire supérieur à elles.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013
Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013
Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Et nous voici dans l’extrême nord-est de la Pologne, à deux pas de la frontière lituanienne (avec des bottes de sept lieues parcourant 28 kilomètres à chaque pas, ça fait même un petit peu plus d’un pas), la petite ville de Sejny (prononcer Seill’ny), avec ses six milliers d’habitants, mérite que l’on s’y arrête. C’est la ville où a vu le jour Vincas Kudirca (1858-1899), l’auteur de l’hymne national lituanien.

 

Lorsqu’au Haut Moyen-Âge des tribus baltes, Sudoviens et Prussiens (que souvent, à tort, on croit être des Germains), ont déferlé vers le sud et l’ouest le long de la mer Baltique, les Prussiens ont poursuivi leur route tandis que les Sudoviens, aussi appelés Yotvingiens, se sont installés dans la région où nous sommes. Ces peuples, au treizième siècle, sont encore païens. Les chevaliers de l’Ordre Teutonique, cet ordre militaire chrétien né à Jérusalem et qui convertit par les armes ou réduit en esclavage les non-chrétiens considérés comme des sous-hommes, s’attaquent à nos Sudoviens. La violence est telle que le pays est quasiment dépeuplé.

 

Hedwige d’Anjou est l’une des filles de Louis Ier de Hongrie et de Pologne, mais à la mort de son père la noblesse de Pologne qui veut se rendre indépendante de la Hongrie désigne la cadette, Hedwige, “roi de Pologne” (et non “reine”, ce qui aurait signifié seulement “épouse du roi”. Le grand-duc de Lituanie Jogaila Algirdaitis se convertit au christianisme et se fait baptiser du nom de Ladislas pour épouser Hedwige en 1386 Quand la reine meurt quatre jours après avoir donné naissance à une fille, qui elle-même ne vivra même pas trois semaines, Ladislas restera seul roi de Pologne et grand-duc de Lituanie. Lituanie et Pologne sont réunies, la dynastie des Jogaila (en polonais Jagiełło, en français Jagellon) est née.

 

Pour l’ordre teutonique, il ne peut plus être question de conversion puisque le souverain est chrétien, mais de pouvoir: il y a guerre de rivalité. En 1410, à la bataille de Grunwald, plus de treize mille Teutons sont tués, et pour récompenser ses meilleurs chevaliers Ladislas leur donne des terres. Trois d’entre eux –mais peut-être est-ce une légende– reçoivent des terres où ils créent Sejny. On raconte que, parce qu’ils étaient vieux, ils ont choisi un nom en rapport avec le latin senex (vieux), senium (le grand âge), d’autant plus que le lituanien dit senas (vieux). Pour les linguistes, le S initial, Š en lituanien, et le groupe EI (orthographié EJ) prouvent une origine yotvingienne. Bref, que ces terres aient été données à des vétérans ou non, et que le nom soit d’origine latino-lituanienne ou non, Sejny est née au début du quinzième siècle, là où depuis quelques siècles se trouvaient des habitats dispersés.

 

En 1523, le hetman (chef militaire) fait construire un manoir de bois, autour duquel le village se développe. En 1602 Sejny acquiert le statut de ville. Une nouvelle route menant vers Grodno développe le commerce qui enrichit la nouvelle ville. Quand, en 1603, le propriétaire de la ville meurt sans héritier, il lègue par testament tous ses biens aux Dominicains de Vilnius, lesquels entreprennent la construction d’un monastère achevé en 1619, puis d’une église dédiée à la Vierge Marie. C’est celle que nous voyons ci-dessus.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013
Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Le monastère, lui, n’a pas cessé de se développer, et la ville autour de lui. C’est devenu l’un des plus remarquables exemples de monastère fortifié d’Europe Centrale. En ville s’installe une imprimerie, peut-être un hôpital. Mais en 1656, lors de la guerre avec la Suède, les Suédois prennent la ville, la pillent, y mettent le feu et la réduisent en cendres, hormis le monastère. La guerre finie, les moines reviennent, reconstruisent Sejny et tentent, pour la repeupler, d’y faire venir des gens de régions surpeuplées. Et puis voilà le début du dix-huitième siècle avec sa Grande Guerre du Nord qui signifie le retour des pillages et des destructions. Mais en parallèle avec ces destructions, naissent d’autres agglomérations. Des moines créent un monastère là où naîtra la ville de Suwałki, Krasnopol apparaît, et aussi Augustów, d’où nous venons. Nos moines se remettent à l’ouvrage pour reconstruire Sejny, majoritairement en style baroque. Une nouvelle façade est construite pour l’église.

 

1794. Le dernier partage de la Pologne… Sejny est rattachée à la Prusse, et en 1797 perd toute autonomie. Tous les biens du monastère sont confisqués, les bâtiments sont transformés en locaux consacrés à l’éducation. Mais en 1807 la ville est rattachée au duché de Varsovie et après la défaite de Napoléon en 1815 elle est rattachée au royaume de Pologne. En 1818 l’évêché de Wigry transfère son siège à Sejny et un séminaire y est ouvert, qui fonctionnera de 1823 à 1919. La ville est prospère, sa population s’accroît. Mais aux termes du Congrès de Vienne en 1815 après les défaites napoléoniennes, avait été créé un Royaume de Pologne (que les Polonais appelaient Royaume du Congrès), autonome mais rattaché à l’Empire Russe, et auquel appartenait Sejny.

 

En 1830, après la Révolution de juillet en France, survient également en Belgique une révolution, que le tsar envisage de faire mâter par l’armée polonaise, chose impensable et inadmissible pour les patriotes polonais: l’armée se révolte contre le tsar, c’est le “Soulèvement de novembre”, sévèrement réprimé par le tsar, avec entre autres mesures le rétablissement de droits de douane avec la Russie, ce qui donne un sérieux coup de frein à l’économie. Passent un peu plus de trente ans, le tsar veut réquisitionner des Polonais pour les incorporer dans l’armée russe. En janvier 1863, est publié un manifeste qui appelle au boycott de la conscription. C’est le “Soulèvement de janvier” dont la conséquence sera la pendaison des chefs, l’envoi en Sibérie d’un bon nombre de meneurs, et une action de russification à outrance. Ce qui poursuit le déclin de Sejny (entre autres villes).

 

Après la Première Guerre Mondiale, la Pologne acquiert son indépendance, mais la région où nous sommes va être tiraillée entre Pologne et Lituanie, dans une véritable guerre, avant d’être finalement rattachée à la Pologne, et d’y subir la répression. Le monastère n’est plus un séminaire, mais le lycée classique Saint-Casimir. Après la Seconde Guerre Mondiale, le pouvoir communiste s’installe, et le monastère héberge une école, une maison de la culture, une bibliothèque. En 1975, pour la cérémonie du Couronnement de la Mère de Dieu, viennent ici le primat de Pologne Monseigneur Wyszynski et le métropolite de Cracovie, un certain Karol Wojtyła, futur pape Jean-Paul II. En 1989, à la fin du régime communiste en Pologne, l’Église rentre en possession de ses biens, dont le monastère, dont la rénovation est entreprise.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

En 1925, nouveau coup dur pour la ville, l’évêché quitte Sejny. Ci-dessus, une photo du palais de l’évêque, où la plaque porte l’indication 1818-1925. Passons sur la terrible époque de la Seconde Guerre Mondiale, et malgré la pesante main du communisme posée sur le pays pendant les années d’après-guerre l’activité de Sejny reprend, son dynamisme dopé notamment parce que l’URSS transfère vers la Pologne, et cette région en particulier, nombre de Polonais qui vivaient dans des régions désormais intégrées à l’Union Soviétique, comme la Biélorussie et la Lituanie. Évidemment, depuis la libéralisation des années 1990 les échanges se sont accrus, surtout après l’intégration dans l’Union Européenne et l’adoption de l’Euro, faisant de Sejny une petite ville prospère.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Ah, avec une histoire tellement agitée, Sejny a bien besoin d’être protégée! Avec leur goût pour la sculpture, et la sculpture en bois plus particulièrement, les gens du cru ont décoré les abords du monastère, par exemple avec cet ange qui vient d’atterrir, avec ses grandes ailes encore déployées vers le Ciel qui l’a envoyé.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013
Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Tout près, il y a aussi cette chapelle dédiée à sainte Agathe. De loin, je croyais que là-haut cette statue représentait un homme, mais brandissant sa palme du martyre, c’est bien la vierge de Catane à qui on a ôté la vie en la roulant nue sur des braises ardentes (voir mon article Catane: 3 églises pour sainte Agathe, daté du 14 septembre 2010). On attribue à cette sainte le miracle d’avoir arrêté à temps la lave de l’Etna qui coulait vers Catane. Les braises de son supplice, la lave du volcan: on comprend que sur le socle de cette statue soient gravés quelques mots signifiant “Sainte Agathe, patronne des incendies”. Car on a vu comment plusieurs fois dans l’histoire la ville de Sejny a été prise, pillée puis incendiée. Les habitants ont donc choisi Agathe comme sainte patronne de leur ville, afin d’être protégés de nouvelles destructions par le feu. Il existe cependant un corps de sapeurs-pompiers pour donner à Agathe un coup de main en cas de besoin…

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Dans les siècles passés, bien des pays chrétiens ont refusé les Juifs. L’Italie, où se trouvaient les États du pape, l’Espagne d’Isabelle la Catholique, qui les a chassés en 1492-1493, la France “Fille aînée de l’Église”, etc. On sait qu’ils ont été accueillis par le sultan dans l’Empire Ottoman, mais la Pologne et la Lituanie, pays chrétiens, en ont accueilli volontiers un grand nombre qui se sont installés et ont vécu longtemps sans problèmes. Le monastère dominicain a même favorisé et aidé cette installation. À Sejny, une petite communauté juive s’est établie au dix-huitième siècle autour d’une première synagogue en bois. Une synagogue baroque en pierre, la Synagogue Blanche de ma photo ci-dessus, est bâtie en 1885. En 1931, la communauté juive compte 819 personnes, soit vingt-quatre pour cent de la population. Ce sont des commerçants, des artisans et, après la construction du canal d’Augustów, ils se lancent dans le transport du bois.

 

Le 24 septembre 1939, l’URSS s’empare de Sejny et la pille puis, le 13 octobre de la même année, la livre à l’Allemagne en vertu du pacte germano-soviétique. On imagine comment les Nazis s’en sont donné à cœur-joie: il n’y a quasiment plus de Juifs à Sejny, et la synagogue sert de champ de tir d’entraînement. L’Armée Rouge entre dans la ville le 31 août 1944, et à la fin de la guerre les Soviétiques la remettent entre les mains du nouveau pouvoir communiste inféodé à Moscou. La synagogue est transformée en usine d’engrais chimiques, ce qui contribue grandement à sa détérioration. Des travaux de restauration seront entrepris de 1978 à 1987. Aujourd’hui, elle est le siège d’événements culturels.

Varsovie, Augustów, Sejny. 3 et 4 août 2013

Et avant de quitter Sejny, jetons un coup d’œil sur ce bâtiment qui abrite la bibliothèque municipale et un centre culturel.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

lavandine 11/09/2016 14:06

Le camping est a l'image de tous les campings des capitales ou de grandes villes.... cher et au confort minimum.

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