Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 23:55
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Ce samedi 24 mai, nous sommes en train de nous préparer pour aller visiter le musée archéologique de Myrina qui, paraît-il, contient quelques merveilles, parmi lesquelles cette célèbre sirène dont j’ai montré une reproduction dans l’atelier de poterie de Konstantina Despoteri, à Kontopouli (mon premier article sur Limnos), et aussi des céramiques de l’âge du bronze et d’autres des époques archaïque, classique et hellénistique. Bref, nous nous préparons fébrilement, tout excités à la pensée de ce que nous allons voir et admirer. Et soudain, le camping-car se met à danser, comme si nous roulions à vive allure sur une route criblée de nids de poule, ou comme si un ouragan nous secouait violemment. Pas de nids de poule, pas d’ouragan, c’est un fort séisme. Nous sommes ici au bout de la faille nord-anatolienne qui court tout au long des montagnes de la chaîne Pontique, en suivant la côte nord de l’Asie Mineure. Cette Asie Mineure qui est poussée vers le nord-ouest par la plaque d’Arabie. Je disais “fort séisme”, car 6,5 sur l’échelle de Richter, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas non plus ce qu’il y a de pire, et heureusement d’après les informations que nous avons il n’a pas fait de victimes, ni en Grèce, ni en Turquie. 266 blessés quand même en Turquie, mais le séisme n’en est qu’indirectement responsable, car c’est la conséquence de mouvements de panique, des gens qui ont sauté par la fenêtre, d’autres qui sont tombés dans les escaliers, etc. Lorsque je vivais au Chili, j’ai connu bien pire, des centaines de morts, et à la maison je me rappelle les meubles qui couraient d’un mur à l’autre… Bon, allez, c’est fini, on ne va pas attendre pour savoir s’il y aura des répliques, nous partons pour le musée.

 

Las! Las! Le personnel du musée est dehors, dans le petit jardin. Interdiction formelle d’entrer dans le bâtiment. Ce bel hôtel néoclassique a été ébranlé, des plafonds se sont effondrés, ingénieurs et architectes vont venir l’examiner pour savoir s’il peut être réparé, mais il serait dangereux d’y pénétrer, le reste des plafonds peut tomber, voire des murs s’écrouler, à plus forte raison si le séisme connaît des répliques. Même en courant, pour aller vite fait nous chercher un catalogue que nous aurions acheté à défaut de voir les objets eux-mêmes. Et le temps de l’expertise, puis le temps de trouver le financement, et enfin le temps des importants travaux à effectuer, il va se passer des années. Nous aurons quitté Limnos depuis fort longtemps.

 

Mais le pire de tout (puisque personne n’a été tué), c’est qu’en s’effondrant les plafonds ont paraît-il écrasé des vitrines, brisant des céramiques de Poliochni vieilles de cinq à six mille ans.

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Grosse, très grosse frustration, donc, pour le musée archéologique de Myrina. Nous allons compenser avec le sanctuaire d’Artémis. Mais, je ne saurais trop dire comment cela se fait, il est sur le terrain privé d’un hôtel. L’hôtel aurait-il pu obtenir l’autorisation de s’établir sur un site archéologique? Non, je suppose que, plus probablement, il était déjà établi quand les vestiges antiques ont été découverts. Selon le panneau, il est donc possible de le visiter chaque jour sauf le lundi, entre 8h30 et 15h00.

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Mais un gérant d’hôtel n’est pas un archéologue passionné, et le site n’est guère entretenu. Quelques pierres éparses mangées par la végétation… Non, décidément, moi qui étais venu prier Artémis, la vierge chasseresse de Délos, je ne peux guère adresser mes prières qu’à quelques lapins (et encore. Car je n’en ai même pas vu un seul). C’est lamentable.

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Mais heureusement, si le site historique du sanctuaire d’Artémis est décevant, en revanche il n’en va pas de même du site de la ville préhistorique. Parce que les visiteurs ne se pressent pas en grand nombre à l’entrée, le site est fermé, mais un monsieur extrêmement aimable ouvre à la demande, et il nous a accompagnés. Ce qui est agréable, c’est qu’il ne donnait aucunement l’impression de nous surveiller comme si nous étions des vandales prêts à voler un ustensile de cuisine (nous allons en voir dans un instant) ou à graver nos noms dans la pierre; il était là par convivialité, et aussi pour faire quelques commentaires sur ce que nous voyions, car vu le peu de visiteurs il n’y a presque aucun panonceau ou écriteau pour décrire ce que l’on voit.

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Dans le bâtiment, au contraire, on dispose de maquettes permettant de se rendre compte de l’étendue du site et de sa disposition; on est frappé, entre autres, par la densité de l’urbanisme. Le spot est un peu trop violent pour la photo, il contraste trop, mais en regardant “avec les yeux” et non pas à travers un viseur et sur un capteur, c’est beaucoup moins gênant.

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Bien sûr, dans ces conditions, sur le site il est assez difficile d’identifier précisément ce que l’on voit. La plupart des bâtiments devaient être des habitations, mais quant à définir l’usage de chaque pièce… Et même, je ne saurais dire si les plus grands de ces espaces étaient des pièces ou des cours. Sur certains murs (ma seconde photo), il y a un enduit, et il est hors de question de supposer qu’un archéologue ait pu vouloir consolider un mur antique avec un ciment moderne. Certes, Arthur Evans a tout bétonné à Cnossos, en Crète, mais il y a de cela plus de cent ans. Et puis c’était Evans!!! Alors, ici, ou bien c’est un mortier hydraulique et nous sommes devant une citerne, ou bien C’est du plâtre autrefois recouvert de fresques qui ont disparu. À Akrotiri, dans l’île de Santorin, où le site est un peu plus ancien que celui de Myrina, les fresques ont été préservées par les cendres volcaniques qui les ont recouvertes et protégées, tout comme beaucoup plus tard, au premier siècle de notre ère, les fresques de Pompéi. Mais ici ces ruines étaient en plein air, ou recouvertes de terre, donc dans l’humidité des pluies d’hiver. Cela dit, en raison de l’exiguïté de la pièce, je pencherais plutôt pour la citerne.

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Sur ma photo de la maquette du site, on a pu se rendre compte qu’une rue traversait l’agglomération, et qu’il y avait aussi quelques autres rues. Nous en voyons une ici, avec un bon pavage et un caniveau sur le côté.

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Pour le reste, il n’est pas difficile d’identifier un puits, par exemple, mais il est d’autres circonstances où une explication donnée par un archéologue ne serait pas superflue. Par exemple, je serais bien en peine de dire la raison de ce mur avec une grosse excroissance arrondie, et coiffé d’une pierre creusée d’un trou. Un mortier? Un pivot? Et, derrière, ce mur semble assez noir: était-ce un four? Et si oui, four de cuisine? Four de potier?

Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014
Archéologie à Myrina. Du 21 au 31 mai 2014

Comme on peut le voir sur ma première photo ci-dessus, au milieu des ruines de l’agglomération les fouilleurs ont laissé sans aucune protection un récipient trépied sur le sol, là où il a été trouvé. Il est du même type que celui de ma seconde photo, mais ce n’est pas le même. Et ailleurs il y a encore d’autres ustensiles, comme on le voit sur ma troisième photo. Ce sont des témoins de la vie qui se déroulait là à l’époque de la Guerre de Troie.

 

Ce site préhistorique de Myrina n’est pas, c’est vrai, le plus intéressant de ceux qui nous avons vus à travers cette Grèce que nous sillonnons en tous sens depuis plusieurs années, Il vaut néanmoins une petite visite pour se plonger dans la préhistoire de Limnos. Car Limnos, à l’époque, ce n’était pas que Poliochni (mon sixième article sur Myrina).

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche