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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Dans mes articles précédents, nous avons jeté un coup d’œil à la Mytilène contemporaine, puis dans le château nous avons vu la Mytilène byzantine, génoise, ottomane. À présent, rendons-nous au musée archéologique pour voir la Mytilène antique, car ce que nous en avons vu dans le château, le sanctuaire de Déméter et Perséphone, c’était bien peu. Je dis “le” musée archéologique, en réalité il y en a deux tout proches l’un de l’autre, car le musée ancien, celui dont je montre l’élégant bâtiment ci-dessus, était devenu nettement trop exigu pour exposer le produit de toutes les fouilles, non seulement de la capitale, mais de beaucoup d’autres sites, aussi a-t-on construit un élégant bâtiment moderne pour ajouter à l’espace présentant les collections. Commençons par l’ancien musée.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

On remonte d’abord aux temps préhistoriques, avec entre autres ce marteau en os puis ce marteau en pierre. Il y a dans le musée de nombreux panneaux explicatifs qui détaillent l’évolution depuis le septième millénaire avant Jésus-Christ, mais les notices décrivant chaque objet ne sont pas rattachées suffisamment clairement à chacune des époques.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et par exemple, il n’est pas dit précisément à quelle époque se rattache ce hameçon en terre cuite. Je suppose que, parce qu’il est infiniment plus difficile de pêcher avec un hameçon de terre cuite qu’avec un hameçon métallique affuté (je ne suis absolument pas pêcheur, mais cela me semble évident), nous devons être là à une époque antérieure à l’âge du bronze.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ici, au contraire, nous sommes à l’âge du bronze, car ce couteau, ce poignard, ces pinces, cette pointe de flèche sont en bronze. Seul, l’outil tranchant que j’ai placé entre le couteau et le poignard a été taillé dans de l’os mais puisqu’il est présenté sur le même panneau que les autres instruments je suppose qu’il leur est contemporain.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cet objet de terre cuite est un entonnoir. Hélas, je n’ai pas à son sujet plus d’informations que pour les objets précédents. Je ne suis pas sûr qu’il ne soit pas antérieur à l’âge du bronze.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ceci, nous dit-on, est le pied d’une vaisselle de terre cuite gris foncé, décoré de motifs en arête de hareng. Sauf erreur, cet objet est d’époque mycénienne.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Il est très dommage que je ne dispose pas de dates pour ces amusants objets. En effet, le premier est un vase à oreilles en guise de décoration ou de poignée, et en-dessous je montre deux couvercles, à oreilles eux aussi, destinés à ce type de vases.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Quant à ce fragment de poterie, on devine qu’il s’agit d’une passoire. Là encore, aucune explication supplémentaire n’est donnée, et pourtant il y a quelque chose qui m’intrigue: en haut à gauche, on voit que la cassure passe par deux trous de la passoire, et de même à l’extrémité droite la cassure passe par deux trous. C’est logique, les trous sont des points de faiblesse. Mais il semble bien qu’au milieu il y avait un orifice beaucoup plus grand car les bords donnent l’impression d’être lisses, ce qui ne serait pas le cas si la céramique s’était brisée en cet endroit. Si le trou est béant, la passoire ne sert plus à rien, ce que l’on veut égoutter s’échappe par là. Ce grand trou était donc bouché, mais par quoi? Et quel était son usage?

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Deux présentoirs sont couverts de ces figurines féminines. Certaines sont très rudimentaires, les formes sont à peine évoquées, d’autres sont brisées et il n’en reste qu’un fragment peu significatif. J’ai regroupé sur une même image celles que je trouve les plus significatives ou les plus amusantes.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Toutes ces figurines proviennent de la nécropole de l’ancienne Pyrrha que j’évoquerai dans mon article Lesbos 15 concernant les sites antiques de l’est et du nord de l’île, et sont datées du cinquième ou du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Comme on le voit, elles étaient produites en série dans des moules. En haut à gauche, les deux femmes ont un couvre-chef conique (un “polos”) et portent des fruits dans le creux de leur bras gauche; les quatre femmes à droite serrent leur vêtement sur leur poitrine. En dessous, ces deux femmes vêtues d’un chiton et d’un himation peuvent être, nous dit-on, des prêtresses ou des poétesses. Sur la troisième ligne, ces deux figurines sont également dupliquées du même moule et représentent de jeunes hommes nus qui tiennent un miroir à la main.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette figurine de femme au torse nu assise sur une chaise posée sur un petit support qui la surélève, les archéologues pensent qu’elle pourrait bien représenter une Aphrodite. Comme les précédentes elle provient de l’ancienne Pyrrha et date de la même époque.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Encore Pyrrha, encore le cinquième ou le quatrième siècle avant Jésus-Christ pour ce couple sacré installé sur un lit. Le musée dit en grec ιερός ζεύγος, en anglais sacred couple… mais ne donne pas d’autre explication. Chez les Étrusques, à la même époque ou à une époque de très peu antérieure, on a vu ces célèbres sarcophages représentant des époux à demi allongés sur des lits de banquet pour le symposium, cette coutume venue d’Asie Mineure, le vin partagé de la cérémonie funèbre. Or précisément ces Éoliens de Lesbos sont très liés à l’Asie Mineure toute proche, mais ici la femme n’est pas étendue, elle tient en main ce qui peut être un miroir ou une assiette, l’homme a en main non pas une phiale (coupe à libations), ni un kylix (coupe à boire), mais ce qui semble être un fruit. Et de toutes façons cela n’explique pas le terme de couple sacré qu’évoquent aussi bien le texte grec que sa traduction en anglais.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Allez, encore une figurine de Pyrrha (même époque) avant de passer à d’autres lieux, parce que je trouve amusante cette acrobate d’une souplesse remarquable. On remarque que tout le corps des épaules aux fesses est situé en arrière de la tête, pour contrebalancer le poids des jambes, ce qui laisse supposer qu’elle n’est pas en train de tourner sur elle-même pour retomber sur ses pieds, mais qu’elle a trouvé un équilibre pour rester un instant dans cette position.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous voici à une époque un peu plus tardive, l’époque hellénistique, et au sanctuaire d’Aphrodite sur le site de l’actuel orphelinat, au sud de Mytilène. Dans cette figurine d’un jeune homme ailé et nu assis sur une roche, on reconnaît bien sûr Éros, le dieu de l’amour.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette petite terre cuite d’un Héraklès mollement étendu (on le reconnaît à sa peau du lion de Némée, dont on voit une patte pendre près de lui) provient aussi d’un sanctuaire d’Aphrodite, celui qui était situé à l’emplacement du nouveau musée archéologique de Mytilène où nous allons nous rendre tout à l’heure, au nord de la ville.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et puis, de ce même sanctuaire d’Aphrodite, provient cette belle tête de terre cuite, qui a été interprétée comme étant celle d’Ariane, la sœur de Phèdre, filles des légendaires Minos et Pasiphaé, en Crète.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

On ne sait d’où provient cette statuette d’une femme assise sur une chaise et enveloppée dans son chiton et son himation, mais elle est d’époque classique, nul doute que cette position est celle d’une adoratrice d’un dieu ou d’une déesse. Si l’on pouvait identifier dans quel sanctuaire elle se trouvait, on saurait qui est l’objet de ce culte.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

C’est dans un dépôt de la rue Gianni Deli, à Mytilène, qu’a été découverte cette statuette de la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. Quoique n’ayant pas d’ailes, cet enfant tenant son himation en forme de poche où il a placé des fruits n’est autre que le dieu Éros.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

La provenance de cette statuette de terre cuite est inconnue, mais on voit que c’est une femme qui donne le sein à un enfant, autrement dit une kourotrophos. Elle est représentée avec des cheveux crépus et des lèvres très épaisses, presque caricaturales, mais sachant qu’il n’existait pas de racisme chez les Grecs de l’antiquité, je ne sais si le sculpteur a voulu représenter une femme africaine. À moins qu’il n’en ait voulu accentuer les traits pour la rendre plus aisément identifiable.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette femme voilée vêtue d’un chiton et d’un himation est elle aussi de provenance inconnue. Ainsi voilée je ne saurais dire si elle se protège de la poussière levée par le meltem qui souffle parfois violemment en ces régions de l’Égée, ou si elle est en posture d’adoration d’une divinité.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

La plupart de ces figurines, on l’a vu, sont produites en série; il est donc exclu de penser que celles qui représentent des humains et non des divinités ont été réalisées à la ressemblance du défunt avec lequel elles ont été enterrées, mais il n’est pas interdit de supposer qu’elles sont en rapport avec lui, un guerrier, une élégante, une nourrice. Ici, ces trois petits animaux amusants qui ont l’air d’être des singes ont été trouvés dans la tombe d’un enfant, soit qu’ils aient été ses jouets favoris, soit qu’on les ait choisis pour qu’il puisse jouer avec eux dans l’au-delà.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Elles sont intéressantes, les trois femmes de ce bas-relief. Hélas, elles sont présentées là, sans aucune explication, sans aucun commentaire. Pas de date, pas de lieu d’exhumation, pas d’interprétation. Je n’identifie pas ce que tient en main la femme du milieu, mais à la droite et à la gauche du groupe on distingue nettement un poisson. Leur vêtement a un col rond et des manches cousues, ce qui n’est pas ordinaire pour un chiton, et par ailleurs je me demande s’il ne s’agit pas plutôt d’une chemise qui tombe au haut des cuisses et s’achève par cet ondulé identique à celui du bas du vêtement, à moins que le vêtement ne soit plus traditionnellement long, et que cette ligne ondulée, en rapport avec les poissons, ne représente la surface de l’eau, ces femmes marchant donc immergées jusqu’à la ceinture. Par ailleurs, sur la base du bloc sculpté, figure une inscription: ΕΡΜΟΓΕΝ * ΙΣΘΕΑΣ ΝΥΝ ΦΑΣ… que je m’avoue incapable de traduire! D’abord, il y a le début d’un nom d’homme, Hermogène. À la fin, l’adverbe νυν (nyn) signifie “maintenant”, et φάς (phas) est la forme éolienne qui correspond à l’attique φής (phês), “tu dis”. À moins qu’il ne faille lire θεᾶς νύμφας (attique: νύμφης) “de la déesse nymphe”, mais il y a alors entre le nom d’Hermogène et la nymphe les deux lettres IS dont je ne sais que faire. Hé oui, je suis nul en épigraphie!!!

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et puis nous terminerons notre visite de l’ancien musée avec cette stèle funéraire portant en bas-relief cette représentation d’un homme nu portant un thyrse. Il est d’époque romaine, mais de provenance inconnue. Le thyrse, qui évoque le sceptre souverain, est l’emblème de Dionysos. Serait-ce une indication sur un lien entre l’homme enterré sous cette stèle et le culte de Dionysos?

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous nous rendons maintenant au nouveau musée archéologique. On remarque d’abord toute une grande collection d’amphores visiblement trouvées sous la mer parce que de multiples coquillages s’y sont fixés. L’étiquette que l’on voit dit que c’est un don de Triantaphyllia Karantoni et que ces amphores vont du cinquième siècle avant Jésus-Christ au quatrième siècle après.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous voyons ici une grande fresque datant de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ et représentant un repas funèbre. Elle provient de Saint-Athanase à Thessalonique, mais il n’est pas expliqué comment cette fresque de tombe macédonienne se retrouve aujourd’hui ici dans cette île. Le thème de ce repas funéraire se retrouve partout dans le monde grec à partir du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Un homme est à demi étendu sur un lit de table, et devant lui sont disposés des pains de sésame, du miel, du lait et autres aliments. La femme du défunt est généralement auprès de lui, ainsi qu’un jeune esclave prêt à verser du vin dans une coupe. Il peut en outre y avoir des symboles du monde de l’au-delà comme des serpents, ainsi que des personnes venues prier pour le mort. Ici, la scène est plus complexe, avec toutes sortes de personnages, dont une joueuse de flûte.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ce bas-relief sur marbre représente lui aussi un repas funéraire, mais beaucoup plus sobre. Il vient de Thermi près de la côte est de l’île (mon futur quinzième article sur Lesbos) et date de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, c’est-à-dire des premiers temps de l’époque hellénistique. La notice dit qu’il s’agit d’un couple de dieux, mais je ne vois vraiment pas pourquoi ce sont des dieux plutôt que des humains. Peut-être est-ce en raison de la taille des deux personnages sur le lit en comparaison de celle des deux autres personnages qui les servent. Si tel est l’argument, il ne peut justifier l’appellation de “couple sacré” pour le relief que je montrais tout à l’heure dans l’ancien musée archéologique, puisque le couple est seul représenté, et ne peut donc être comparé à la taille d’autres personnages.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Il est fréquent aussi, surtout aux époques hellénistique ou romaine, de représenter le défunt à cheval ou parfois tenant son cheval par la bride. Depuis le début de notre voyage à travers la Grèce, nous en avons vu un peu partout, mais c’est surtout en Thrace que cette représentation héroïsée est traditionnelle. Symbole de l’au-delà, très fréquemment un serpent s’enroule autour du tronc d’un arbre. Nous en avons un exemple avec ce bas-relief de ma première photo ci-dessus qui date du deuxième siècle avant Jésus-Christ, mais dont la provenance est inconnue.

 

Le bas-relief de ma deuxième photo est un cas à part. Si l’on trouve bien le serpent dans les branches de l’arbre, si l’on trouve bien le cheval, sur le cheval c’est une cavalière, et cela c’est absolument exceptionnel. Ce sont toujours les hommes qui sont héroïsés, pas les femmes. Et quand on rend hommage à une femme, ce n’est pas sous l’image d’une cavalière. Le cas aurait été intéressant pour Freud! Provenant d’Eresos (mon futur dixième article sur Lesbos), ce marbre est daté un peu vaguement du premier siècle avant Jésus-Christ ou du premier siècle après.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Je me demande bien comment il est possible, ici dans l’île de Lesbos, de trouver cette fresque, car il est dit qu’elle provient de Pompéi. Quand j’ai lu Πομπηία (ici dans ce nouveau musée archéologique, la plupart des textes sont uniquement en grec, non traduits), cela m’a tellement étonné que j’ai pensé qu’il s’agissait d’un nom ressemblant, et j’ai cherché dans mon dictionnaire. Non, c’est bien Pompéi, la ville d’Italie ensevelie sous les cendres du Vésuve en 79 après Jésus-Christ. D’ailleurs, il est aussi indiqué que cette fresque date du premier siècle, et de plus il est dit qu’elle provient de la Villa des Mystères. Il semble donc bien que c’est une fresque originale et non une copie. Il est dit que c’est une femme (ça je le vois!) en train de servir.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Dans une autre section du musée, il y a de nombreuses céramiques, entières ou souvent en fragments. Ces deux fragments de tasse à boire le vin datent du premier siècle avant Jésus-Christ. On nous dit que ce sont des scènes érotiques… je dirais plutôt pornographiques.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et de même, ici, pour la première de ces deux lampes, qui date également du premier siècle avant Jésus-Christ, il est difficile d’y voir une représentation destinée aux enfants!!! Mais le goût du public a, semble-t-il, changé au premier siècle après Jésus-Christ, avec la seconde de ces lampes (datée entre 50 et 90) qui représente un combat de gladiateurs. C’est plus, comment dire? Plus correct. Il est dit que son style est celui de [Grande-]Bretagne, de Gaule, d’Italie du sud.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Hé non, ce n’est pas l’époque qui a fait changer de goût, c’est plutôt le pays d’origine, car ce manche de lampe qui représente un Priape ithyphallique sur fond de lierre date de 70-100 après Jésus-Christ. Le style est, paraît-il, de Cnide (péninsule à l’extrême sud-ouest de l’Asie mineure aujourd’hui turque). Oui-oui, nous Gaulois, nous sommes des gens réservés. Cela dit, parlons sérieusement: je n’ai pas ciblé volontairement mes photos sur ce genre de sujets, et j’aimerais bien savoir si les céramiques présentées résultent d’un choix délibéré du conservateur du musée, ou si ce qui a été exhumé dans cette île avait cette forte connotation érotique.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette fois-ci, ce n’est pas un fragment mais un bol entier, et son sujet est plus passe-partout, avec cette feuille de vigne et ce coq. Il est du premier siècle après Jésus-Christ.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ce bas-relief dédicatoire sculpté dans le marbre est adressé aux Dioscures et remonte au début de l’époque romaine. Au centre, au-dessus de la tête des chevaux, on distingue deux personnages, ce sont des dieux, Athéna et Sérapis.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Dans un genre totalement différent et à but pédagogique, le musée a reconstitué une cuisine d’une maison romaine. Et il est vrai que lorsque l’on voit des ruines sur un site antique il n’est pas possible d’imaginer la disposition des fours et surfaces de cuisson, alors que dans les musées on trouve tous les accessoires mais pas le mobilier.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

On imagine aisément combien de place occupent les grandes mosaïques de sol, justifiant la construction d’un nouveau musée. Ici, il s’agit du triclinium (grande pièce principale) d’une maison romaine du premier ou du second siècle après Jésus-Christ, que les archéologues ont nommée “Maison de Télèphe”, d’après la légende représentée dans le médaillon central.

 

Cette légende de Télèphe, je l’ai racontée lorsque nous avons vu une grande frise sur ce même sujet: voir mon article Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin, daté du 31 juillet 2013. En bref, disons qu’Héraklès ivre viole Augè, fille d’Aléos, un roi se Thessalie. Comme un oracle avait prédit qu’il serait tué par le fils d’Augè, il ne voit pas d’autre solution que de supprimer Augè mais, pour ne pas se souiller avec son sang, il charge Nauplios d’emmener jusqu’à la côte la jeune femme enceinte et de faire en sorte qu’elle se noie. Nauplios, donc, met Augè dans un coffre qu’il jette à la mer, sans aucun moyen de se diriger, de pêcher, etc. Les courants emportent le coffre, et Augè accouche. Elle survivra jusqu’à ce que le coffre soit jeté sur le rivage d’Asie Mineure, juste en face de l’île de Lesbos. Quelle n’est pas la surprise, sur cette mosaïque, des pêcheurs qui viennent de trouver ce coffre échoué sur la grève et, en l’ouvrant, vient en sortir Augè tenant son fils nouveau-né dans les bras. Tout y est, au premier plan à droite le pêcheur tirant son filet, au milieu un oiseau de mer volant les ailes éployées, à gauche près de la jambe de l’homme la hache qui a servi à briser la porte du coffre. Cette version de la légende est assez différente de celle qui est sculptée sur la frise de Pergame, à Berlin, et que j’avais racontée dans mon blog.

 

Tout autour de ce médaillon central, diverses scènes et divers ornements ajoutent à la splendeur de ce sol.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Disposant de l’espace suffisant, le musée peut consacrer encore une autre salle à ces ruines de murs reconstituées et aux mosaïques qui en couvrent le sol. On voit ici, dans ce qui semble être un couloir, puisqu’il s’agit de mosaïques formant de longs rectangles, une scène de pêche, avec une pieuvre et divers poissons. C’est plein de vie, avec le marin qui rame énergiquement et l’autre marin qui frappe la pieuvre avec son épieu.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette mosaïque trouvée dans le triclinium d’une maison du deuxième siècle après Jésus-Christ célèbre le poète comique Ménandre (vers 343 – vers 292 avant Jésus-Christ), phare de la “Nouvelle comédie”, et Thalie, la muse du théâtre. On ne possède de cet auteur qu’une seule comédie entière, le Dyskolos, les autres ne nous sont connues que par quelques vers, ou par ce qu’en disent d’autres auteurs. J’ai choisi de montrer ici, outre la muse Thalie et Ménandre lui-même, une scène de la comédie Leukadia, parce que nous sommes à Lesbos et qu’elle se rapporte à la poétesse Sappho.

 

Je ne citerai pas le long, long poème du poète latin Ovide, dans les Héroïdes, mais seulement quelques extraits, et je résumerai le reste. Phaon est un vieux nautonier qui fait passer les voyageurs dans sa barque entre Lesbos et l’Asie Mineure. Or un jour Aphrodite se présente incognito, et fort aimablement il lui fait effectuer la traversée gratuitement. Elle, pour le remercier, se fait reconnaître et lui donne un onguent lui permet de devenir un superbe jeune homme. Mais voilà que notre Sappho le rencontre et en tombe amoureuse. Ovide imagine une lettre adressée à Phaon par Sappho: “Il me faut pleurer sur mon amour; l'élégie est un chant plaintif; aucun luth ne convient à mes larmes. […] Ni les femmes de Pyrrha, ni celles de Methymna, ni toutes les beautés de Lesbos ne peuvent me plaire: Anactorie est à mes yeux sans charmes, la blanche Cydno sans charmes aussi, Atthis ne me paraît plus belle comme auparavant. Ainsi de cent autres objets d'un amour criminel. Ingrat, ce qu'ont désiré tant de femmes, tu le possèdes seul. Ta beauté, ton âge, sont faits pour les plaisirs de l'amour. […] Tu trouvais un charme plus qu'ordinaire dans mes jeux lascifs, dans la rapidité de mes mouvements, dans l'agaçant badinage de mes propos et, lorsque nous avions tous deux épuisé la volupté, dans la molle langueur d'un corps fatigué. Les Siciliennes t'offrent maintenant de nouvelles conquêtes. Qu'ai-je à faire à Lesbos, te dis-tu? je veux rester Sicilien”. On le comprend, l’amour de Sappho n’est désormais plus payé de retour. Ces lignes comportent une allusion appuyée à l’homosexualité qu’à tort ou à raison on a prêtée à Sappho. Ovide la qualifie “un amour criminel”.

 

Ovide continue: “Une naïade vient se présenter à mes yeux, elle se présente et dit: Puisque tu brûles d'un feu qui n'est point partagé, il te faut aller vers les rives d'Ambracie [=Arta, sud de l’Épire]. Phébus, du haut de son temple, y voit la mer dans toute son étendue; les peuples la nomment mer d'Actium et de Leucade […]. Dirige-toi promptement vers le sommet de Leucade, et ne crains pas de te précipiter de ce rocher”.

 

On sait que la tradition veut que Sappho se soit suicidée par amour, en se précipitant dans la mer depuis une falaise de l’île de Leucade, en mer Ionienne. Peut-être est-ce une réalité, peut-être est-ce une légende. Cette fois-ci, c’est à Strabon que je vais donner la parole, non pour Sappho elle-même, mais pour cet usage du suicide des malades d’amour: “C'est du haut de ce cap, dominé aujourd'hui encore par le temple d'Apollon-Leucate, que l'on faisait le saut terrible qui, suivant une croyance généralement répandue, pouvait seul guérir du mal d'amour. On connaît les vers de Ménandre à ce sujet:

Sapho est la première, dit-on, qui, dans le délire de la passion, et lasse d'avoir poursuivi en vain de son amour l'insensible Phaon, s'élança du haut de cette roche resplendissante, en invoquant ton nom, ô divin maître.

Ménandre, on le voit, attribue formellement à Sapho l'origine du saut de Leucade […]. De toute antiquité, du reste, il avait été d'usage à Leucade que chaque année, le jour de la fête d'Apollon, on précipitât du haut du cap Leucate, à titre de victime expiatoire, quelque malheureux poursuivi pour un crime capital. On avait soin seulement de lui empenner tout le corps et de l'attacher à des volatiles vivants qui pouvaient, en déployant leurs ailes, le soutenir et amortir d'autant sa chute. De plus, au-dessous du rocher, un grand nombre de pêcheurs dans leurs barques attendaient le moment de la chute, rangés en cercle, et prêts à recueillir la victime et à la transporter loin de Leucade, si le sauvetage réussissait”.

 

Du même coup, on connaît deux vers de cette comédie perdue. Et telle est la légende de Phaon et Sappho (car là, il s’agit bien d’une légende, avec l’onguent donné par Aphrodite.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Comme dans l’ancien musée, il y a ici un très grand nombre de figurines de terre cuite (j’en ai compté approximativement soixante ou soixante-dix), mais ici ce sont majoritairement des têtes, les corps étant perdus. J’en ai retenu surtout ces trois-là, qui sont caractéristiques. À droite, cette femme avec son fichu sur la tête est du second ou du premier siècle avant Jésus-Christ, donc d’époque hellénistique, tout comme son voisin du centre, ce jeune homme à la chevelure un peu ébouriffée, tandis que cette jolie jeune femme à gauche, élégamment coiffée d’un diadème et portant de lourdes boucles d’oreilles, est plus récente, elle est d’époque romaine, entre le premier siècle avant Jésus-Christ et le premier siècle après.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous allons laisser là le musée proprement dit, car je voudrais saluer une initiative pédagogique extrêmement intelligente. Les élèves de l’école primaire ont été amenés à travailler la terre comme dans l’antiquité, et toutes ces poteries de la première photo ci-dessus ont été réalisées par de très jeunes enfants. Pour que l’on voie mieux, j’en montre une en particulier, œuvre de Delmina Chtenelli (Δελμίνα Χτενέλλη, élève de cinquième année d’école primaire. Quelque chose comme notre CM2.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

D’autres élèves (ou les mêmes?) ont réalisé des dessins représentant des mosaïques qu’ils ont vues lors de leur visite du musée. En voici trois, parmi un grand nombre. Cette oie est signée Valia Tedoma-Zervou (Βαλία Τεντόμα-Ζερβού), le cheval a été dessiné par Stavris Charalambos (Σταύρης Χαράλαμπος), et le sujet littéraire, Ménandre, est l’œuvre de Takis Koulioubis (Τάκης Κουλιουμπής). Bravo à ces jeunes élèves.

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Published by Thierry Jamard
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