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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 23:55
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Mesta, dans une vallée au sud-ouest de Chios, est l’un des principaux villages du mastic. J’ai lu dans un blog que le village avait perdu toute sa personnalité en se vendant au tourisme, je ne suis qu’à moitié d’accord parce que, s’il est vrai que certains secteurs sont voués à ce commerce de produits plus ou moins locaux et de colifichets censés rappeler, plus tard, les vacances passées dans cette île, la plus grande partie de la ville a gardé son architecture traditionnelle intacte. Sur cette photo, nous sommes hors de la ville, nous venons de laisser la voiture et allons y pénétrer à pied.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Une porte de ville avec sa grille, et à l’intention des visiteurs une petite plaque qui indique, avec une flèche, είσοδος (isodos, “entrée”). Comme on le voit sur les photos suivantes, une fois entré en ville, on se promène dans des ruelles pavées, souvent très étroites, de loin en loin enjambées par le prolongement des maisons en forme de ponts reliant les deux côtés. Certes, ce n’est pas propre à Mesta, mais il faut reconnaître que l’ensemble a été fort bien protégé. Le tourisme dans cette île n’a pris réellement son essor qu’assez récemment, de sorte qu’on aurait pu craindre un massacre de tout ce qui fait le typique de Mesta. Ce qui n’est pas le cas. Mesta est un bourg byzantin qui remonte sans doute au douzième siècle, même si c’est surtout aux quatorzième et quinzième siècles qu’elle s’est développée grâce à la production du mastic.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Encore deux images de ces aspects typiques, ce large pont, bien plus large que la rue. À sa sortie, aucune charrette ne pourrait passer, seul un cavalier sur son cheval, ou un âne chargé de tout ce que l’on a à transporter, marchandises ou matériaux de construction. Ou encore (seconde photo) ce solide mur à l’aspect moyenâgeux. Mais il est vrai que juste un tout petit peu plus loin, on voit cette même rue enjambée d’une passerelle moderne garnie de fleurs et abritée d’un auvent en tôle ondulée… Cela, ce n’est pas trop couleur locale!

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

De l’autre côté de la ville par rapport à l’endroit où nous avons laissé la voiture, on voit ces remparts de défense qui rappellent l’architecture des châteaux byzantins, génois, ottomans. Or ce n’est pas un château, mais des murs et des tours qui protègent la ville, le mur extérieur de bien des maisons étant utilisé comme rempart intégré dans le mur. Le soir, la récolte de mastic était apportée en ville, et c’est alors qu’il convenait tout particulièrement de se prémunir contre le risque de razzia sur cet or. On voit, près de la porte de la ville, une fontaine pour rafraîchir ceux qui ont passé leur journée de labeur sous le rude soleil.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Ou encore cette autre fontaine un peu plus loin, avec cette amusante sculpture d’une tête de fauve souriant. Mais attention, ses crocs sont quand même bien acérés.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Sous ce bâtiment, près de la porte de la ville, ce grand espace muni d’un banc de pierre. Mais au centre, qu’est-ce? Le dessus de cette table de pierre est percé d’un trou protégé par une grille, et l’on ne voit pas le fond du trou. On dirait bien que c’est un puits, même si sa forme rectangulaire est tout à fait inhabituelle. Mais après tout, pourquoi un puits devrait-il toujours être circulaire? Ce qui me trouble, pourtant, si c’est bien un puits communal, c’est qu’il soit dépourvu de poulie pour faciliter la remontée du seau.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Poursuivons notre balade. Sur cette vieille porte en mauvais état, son propriétaire a eu l’idée, pour en agrémenter la vue, d’y plaquer un tableau dans le style de Modigliani. Inhabituel!

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Je n’ai pas l’habitude de publier des photos de plaques de rues, mais celle-ci est significative. Οδός Μεστούσων Αμερικής (odos Mestouson Amerikis), cela signifie “Rue des Mestiens d’Amérique”. Ce nom a donc été donné en l’honneur de tous les habitants du village qui se sont expatriés vers l’Amérique, principalement l’Amérique du Nord, États-Unis et Canada, soit après le grand gel de 1850 qui a tué leur plantation de lentisques à mastic, soit après le tremblement de terre de 1881 qui a détruit leur maison, soit pour fuir la guerre civile qui a suivi la Seconde Guerre Mondiale. Mais ces départs souvent définitifs ne coupent pas le lien avec la terre natale, ou la terre des ancêtres, et les expatriés ont longtemps continué de correspondre avec les membres de la famille restés dans l’île, y revenant même parfois en visite. Et puis il y a aussi ceux qui reviennent s’y installer, soit fortune faite, soit désespérant de faire fortune…

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Cela, c’est ce qui peut décevoir le visiteur en quête de couleur locale. Cette femme, dont le vêtement local n’a rien de folklorique, est la touche authentique dans un coin de rue où des tables ont été installées pour accueillir le touriste affamé. J’ai vu d’authentiques habitants du village partager un dîner en plein air entre voisins, mais cela n’avait rien de ces tables à nappes en vichy. Et puis je ne sais quelle est cette espèce de cabine moderne que l’on voit derrière la tête de cette femme. Peut-être les toilettes du restaurant improvisé. Cela ressemble à une cabine de douche, mais je doute que c’en soit une!

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Là, au moins, c’est du sérieux. Pas question de jouer à la couleur locale. Des tables, des chaises, en prenant ma photo je n’ai pas fait attention mais en la regardant j’ai l’impression que c’est plutôt un bar parce que devant quatre sièges les guéridons sont bien petits pour placer quatre assiettes et je ne vois personne en train de manger alors que dans les “propriétés” de la photo je lis que je l’ai prise à 20h49.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Rendons-nous, au centre de Mesta, à la nouvelle église des Taxiarques, qui date de la fin du dix-neuvième siècle. De ce côté-ci, on voit le fin travail du sol de l’allée.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Les Taxiarques, depuis le temps que nous visitons la Grèce, nous savons que ce sont les deux grands archanges Gabriel et Michel. De chaque côté de ce portail ils sont mis à l’honneur sur des plaques de marbre.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

En bas, sur la gauche de ma photo, on aperçoit une grille ouverte, qui est celle de la photo précédente, entre les deux marbres des Taxiarques. On entre donc de la rue dans l’enceinte du sanctuaire, où l’on trouve cet escalier coincé entre le portique couvrant l’entrée de l’église au rez-de-chaussée et le mur d’enceinte. De là-haut, on peut apprécier, de ce côté-là aussi, le travail du sol.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

Ces deux constructions abritent également des escaliers accédant à l’étage de l’église. Il est dommage que nous n’ayons pas pu entrer car j’aurais aimé voir comment s’organisait à l’intérieur cette architecture sur deux niveaux. Nous sommes pourtant venus voir cette église à deux reprises, la première fois assez tard il est vrai, mais la seconde fois en tout début d’après-midi.

Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014
Mesta, dans l’île de Chios. Juillet 2014

En tournant autour de l’église, elle révèle sur chacune de ses façades de nouvelles surprises. Ici, la forme des portes et des fenêtres est la même que de l’autre côté, et donc vraisemblablement de la même époque, mais au-dessus de l’une des portes on retrouve les Taxiarques sculptés en bas-relief sur marbre, à gauche saint Michel et à droite saint Gabriel, qui portent l’effigie du Christ en médaillon.

 

Voilà donc un petit aperçu de ce village de Mesta qui a survécu malgré le séisme de 1881 et déjà, auparavant, malgré le massacre de nombre de ses habitants. Quelques-uns avaient pu fuir, mais la plupart avaient été exécutés sommairement, et les autres emmenés pour être réduits en esclavage. Toutefois, certains de ces derniers ont été libérés et ramenés parce que Chios restait dans le giron ottoman; or le mastic était d’une importance économique capitale pour l’Empire, et ces arboriculteurs avaient la technique pour récolter, nettoyer, purifier le mastic et le préparer à ses divers usages, gomme à mâcher, ingrédient cosmétique ou pharmaceutique, parfum de pâtisserie et de confiserie, etc. En outre, cette technique il fallait des bras pour la mettre en œuvre, et la guerre d’indépendance mobilisait déjà beaucoup d’hommes, il aurait fallu dégarnir d’autres régions, et donc diminuer d’autres productions en Anatolie.

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Published by Thierry Jamard
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