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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 01:33

537a Padula, installation

 

Après une nuit entière pour parcourir quelques kilomètres à cause d’une déviation démente, nous ne voulons pas perdre de temps à dormir dans la journée. Nous avons seulement pris notre temps pour reprendre des forces sous une bonne douche et en nous préparant un petit déjeuner consistant, de type "continental". Nous avons à visiter la chartreuse San Lorenzo, car demain nous allons gagner la Calabre. Cette photo montre notre installation rudimentaire mais très calme sur un parking dans le bas de la ville, assez isolée pour que nous puissions mettre en marche notre groupe électrogène sans déranger le voisinage, puisqu’à défaut de camping dans les environs nous sommes privés de connexion électrique.

 

537b1 Padula, chartreuse et ville

 

537b2 Padula, chartreuse vue d'en haut

 

La ville de Padula est construite sur une éminence. Vue ainsi, elle ne paraît pas bien haute, mais quand on monte vers le sommet par ses ruelles en forte pente et ses nombreux escaliers on se rend compte que la colline est plus élevée qu’elle n’en a l’air. Et d’en haut, on a cette vue sur la chartreuse, qui raie ma photo horizontalement par le milieu, à droite le grand cloître, à gauche les autres bâtiments. C’est de là aussi qu’est prise ma photo du camping-car sur le parking (on l’aperçoit aussi sur l’original de la photo de la chartreuse, mais une fois cette photo réduite pour la publication dans le blog, notre "maison" n’est plus qu’une minuscule tache blanche floue). Cette chartreuse est l’une des plus vastes qui soit dans toute l’Europe.

 

537b3 Padula, chartreuse de l'extérieur, église des femme

 

Redescendons dans la ville basse. Voici le mur de clôture du domaine, à l’endroit où s’y encastre l’église des femmes. Il est bien évident qu’hommes et femmes ne sont pas mêlés dans une chartreuse, dont la règle est très stricte. Le mot chartre (comme également le nom de la ville de Chartres) vient du latin carcere[m] à l’accusatif comme presque tous les mots français, qui signifie prison. Les Chartreux sont donc strictement cloîtrés.

 

537c1 Padula, chartreuse, la cour de jour

 

537c2 Padula, chartreuse, la cour de nuit

 

537c3 Padula, chartreuse, la cour de nuit

 

Passant sous le porche, à seulement quelques mètres à gauche de l’église des femmes, on arrive dans la cour. Les bâtiments sont fermés la nuit, bien sûr, mais le portail d’entrée vers la cour reste ouvert. Nous sommes retournés ce soir voir les lieux à la nuit, j’en montre immédiatement les photos (il me semble absurde de suivre l’ordre chronologique). Dans les bâtiments de gauche s’ouvrent des boutiques de souvenirs, une librairie, un petit bar.

 

537c4 Padula, chartreuse, sous le porche

 

Sous le porche d’entrée on peut voir ces stucs peints encadrant des fresques monochromes. C’est esthétique, mais malheureusement en assez mauvais état. Mais au moment de pénétrer plus avant, quelques mots sur le monastère.

 

Saint Bruno, en 1084, a créé en France, dans le massif de la Grande Chartreuse, du côté de Grenoble, son premier monastère. Ne disposant pas de l’information sur la date à laquelle apparaît le nom de cette montagne, je ne peux dire si c’est l’installation d’un ordre cloîtré, nomme Chartreux, qui a déteint sur la toponymie, si c’est le nom du massif qui a donné à saint Bruno l’idée d’emprisonner ses moines et a donné son nom à l’ordre, ou si c’est une pure coïncidence. Tous les monastères de cet ordre doivent respecter la même règle austère et la même architecture générale, qui sépare l’aire de service du couvent proprement dit. En 1306, Thomas Sanseverino, comte de Marsico et connétable du royaume de Naples, fonde la chartreuse de Padula sur 51500 mètres carrés. C’est gigantesque. Par la suite elle a connu des transformations, elle a évolué au cours des siècles, mais elle a subi un premier grand choc quand à l’époque napoléonienne où Murat régnait sur le royaume de Naples, en 1807, elle a dû s'incliner devant la loi qui la faisait fermer. À la Restauration, elle a été rouverte, mais après l’unité italienne de 1860 une autre loi, de 1866, a ordonné la sécularisation des ordres religieux, et de là date sa fermeture définitive, second et dernier choc, irrémédiable. Pendant chacune des deux guerres mondiales, elle a été affectée à des fonctions honteuses de camp de concentration et ce n’est qu’en 1982 qu’elle a été remise entre les mains du service des Biens Culturels, autrement dit dépendant des relais national et régionaux du ministère de la culture.

 

537d1a Chartreuse de Padula, le Grand Cloître

 

Commençons notre visite par les cloîtres. Il y en a plusieurs, mais celui-ci est de très loin le plus grand, celui que l’on voyait sur ma photo prise d’en haut, où il occupait la moitié de la surface des bâtiments. Il mesure 149 mètres de long sur 104 de large et son portique repose sur 84 colonnes.

 

537d1b Chartreuse de Padula, le Grand Cloître

 

537d1c Chartreuse de Padula, le Grand Cloître

 

Tout autour, sur le mur extérieur du portique, entre les arcades et le toit, court une frise qui représente une série de scènes en relation avec la Passion du Christ. Elles ne sont pas toutes différentes les unes des autres, bien au contraire elles se répètent souvent, il y en a toutefois une dizaine ou une douzaine. En voici quatre exemples. Sur la première photo, on voit le coq qui a chanté alors que saint Pierre reniait Jésus pour la troisième fois, et Marie Madeleine, tenant dans la main le vase du parfum qu’elle a versé sur les pieds de Jésus, et traditionnellement représentée avec de longs cheveux dont elle lui a essuyé les pieds. Sur la deuxième photo, c’est la tunique de Jésus, cette tunique tissée d’une seule pièce que les soldats ont préféré tirer au sort plutôt que partager, et le visage de Jésus qui s’est imprimé sur le voile avec lequel Véronique l’a épongé.

 

537d2 Padula, certosa San Lorenzo, chiostro dei ospiti

 

Le cloître des hôtes, qui est celui où s’ouvre l’église (que nous verrons tout à l’heure, après notre petit tour des cloîtres), est de taille et d'architecture plus traditionnelles, avec sa fontaine au centre.

 

537d3 Chartreuse de Padula, cloître du Vieux Cimetière

 

Petit, sombre et frais, envahi par la végétation avec quelques plantes exotiques, c’est le cloître du Vieux Cimetière, avec cette belle balustrade de pierre.

 

537d4a Chartreuse de Padula, cloître des Procurateurs

 

537d4b Chartreuse de Padula, cloître des Procurateurs

 

Encore un autre cloître. Dans celui-ci, appelé le cloître des Procurateurs, on remarque cette belle fontaine, mais aussi le soin apporté aux détails. Ainsi pour l’évacuation des eaux de pluie, au lieu d’une simple grille de fonte, les regards sont fermés par des pierres comme celle-ci.

 

537d5 Certosa di Padula, chiostro

 

Autre détail du soin esthétique apporté, dans le cloître du Vieux Cimetière ce carrelage apparaît à un endroit. Ce n’est pas tout le sol qui est ainsi décoré, mais en une place, là, surgit cette fantaisie.

 

537e chartreuse de Padula, monument funéraire

 

Sue le mur de l’un des cloîtres sont fixées quatre stèles funéraires. Celle-ci a été trouvée un peu plus haut, dans la montagne, dans le mur d’une église rupestre dédiée à saint Michel, San Michele alle Grottelle. Non pas accrochée à la paroi, ni même encastrée, mais dans le mur. Cette église troglodyte décorée de fresques médiévales ne se visite hélas pas, au moins en verrons-nous cette stèle romaine antique dont on ne sait comment elle a atterri là-haut dans une église chrétienne, même si cette église a succédé à d’autres occupants de la grotte, notamment en des temps préhistoriques. Peut-être, pour rendre plus plane une paroi, a-t-elle été utilisée pour boucher un trou. Quoi qu’il en soit, le musée de la chartreuse l’a récupérée en 1962. À propos d’une autre stèle qu’il avait vue au musée Maffeiano de Vérone le 16 septembre 1786 mais qui se présentait de la même façon, Goethe décrit "c’est un homme avec sa femme à son côté, qui regarde par la niche comme par une fenêtre". On la situe dans les 25 dernières années du premier siècle avant Jésus-Christ, autrement dit dans la première partie du règne d’Auguste.

 

537f Chartreuse de Padula

 

Dans un coin du même cloître, deux statues dont les représentations sont très proches mais dont l’une est sculptée plus sommairement et semble plus usée. Je présente donc ici la meilleure des deux qui, comme l’autre, est sans tête, mais dont le traitement est suffisamment net et précis pour laisser voir un anneau à l’annulaire gauche. Elles ont été trouvées en 1899 tout près de la chartreuse, et ont été sculptées dans la même pierre que les colonnes et leurs chapiteaux.

 

Ces statues donnent lieu à une querelle de spécialistes. L’archéologue qui les a découvertes, Giovan Battista Patroni, pensait qu’il s’agissait de portraits de magistrats représentés selon un modèle d’époque grecque, vêtus non de la toge romaine mais de l’himation grec ou du manteau des Samnites de Campanie qui découvre le pied et une partie de la jambe, rappelant, selon lui, l’Eschine du musée de Naples. Un autre archéologue, Filippo Coarelli, est convaincu que son collègue se met le doigt dans l’œil. Pour lui, ces statues qu’il situe en plein milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ sont clairement de style funéraire, et pour lui, ce vêtement est bien la toge romaine, mais celle de ce temps de la République ancienne, plus courte, plus près du corps, et qu’il rapproche de celle d’une statue de bronze du musée de Florence, dont personne ne doute qu’elle porte un vêtement italien.

 

Si je trouve amusantes ces querelles de spécialistes c’est parce que, la plupart du temps, elles s’apparentent plus à des luttes de pouvoir qu’à des désaccords sur le fond. On veut essentiellement discréditer son cher collègue, alors on se creuse la cervelle pour trouver une explication différente de celle qu’il a donnée. J’ai un peu étudié la statuaire antique, mais il serait très prétentieux de ma part de jouer au spécialiste. Je donne ici mon sentiment, rien de plus. Concernant le vêtement, je vois très bien à quelle statue du musée archéologique de Florence Coarelli fait référence. C’est un orateur étrusque, et on sait que les Romains qui, à l’origine de la ville, se vêtaient de peaux, plus évoluées sans doute que celles des hommes préhistoriques mais guère plus (le poète Properce, qui a vécu dans la deuxième moitié du premier siècle avant Jésus-Christ, les décrit "des hommes vêtus de peaux, des hommes au cœur rustique"), ont adopté la toge rectangulaire, courte et étroite des Étrusques lorsque ce sont des rois étrusques qui ont régné sur Rome, et ne créeront la grande toge, ce demi-cercle de plus de 6 mètres de diamètre, que bien plus tard. Notre statue de Padula est en effet vêtue exactement comme cet orateur, qui n’est pas habillé à la grecque. Et, quoique dans l’un et l’autre cas je ne fasse confiance qu’à ma mémoire visuelle parce que je n’en ai pas les photos sous les yeux et que ce soir en rédigeant je ne dispose pas d’Internet, je suis certain que le vêtement de ces statues ressemble beaucoup plus au romain étrusque de Florence qu’au grec de Naples. En revanche, je ne vois pas ce qui peut faire penser de préférence à un rite funéraire. La plupart des statues romaines de personnages civils que j’ai en mémoire, que ce soit dans les monuments des nécropoles ou comme ornements de monuments publics ou de maisons particulières, sont ainsi un peu déhanchées, l’un des genoux très légèrement fléchi pour faire reposer le poids du corps sur l’autre jambe comme il est habituel dans la vie lorsque l’on reste un assez long moment debout et immobile. À mon avis, les affirmations des deux archéologues sont donc aussi plausibles l’une que l’autre, l’une ne pouvant justifier de condamner l’autre.

 

537g Chartreuse de Padula, l'escalier de la bibliothèque

 

Mais assez discuté au sujet de cette statue. Nous passons devant cet extraordinaire escalier en spirale d’une extrême finesse qui s’élève dans une cage circulaire à sa dimension, et qui ne s’appuie sur aucun axe central. Même son arrimage dans le mur n’est, paraît-il, que symbolique, il tient par lui-même dans un merveilleux équilibre. Cet escalier de trente-huit marches monolithiques monte à la bibliothèque de la chartreuse. Mais la bibliothèque ne se visite pas, et même l’escalier ne peut être admiré que d’en bas, il est fermé au public. Quel dommage ! Au sujet de cet escalier aussi existe une controverse. Elle concerne sa date de construction, car aucun document ne l’atteste. Les hypothèses font le grand écart, les unes situant sa construction au quinzième siècle, les autres au dix-huitième. Vu la relative proximité de ces époques par rapport à nous ces imprécisions surprennent le profane que je suis, mais il est vrai que cette architecture est si originale qu’il a suffi, à n’importe quel moment, d’un génie mathématicien et créatif capable de s’abstraire des règles et modes en cours pour imaginer quelque chose qui soit hors du temps. Après tout, quand un Grec, dans l’Antiquité, a créé une machine à vapeur plus de deux mille ans avant Denis Papin, il ne se référait à rien de connu, et aurait pu vivre aussi bien deux cents ans plus tôt ou mille ans plus tard.

 

537g Chartreuse de Padula, l'escalier monumental

 

Eh bien puisque je ne peux gravir celui-ci, je vais montrer un autre escalier qui est, lui, tout à fait accessible. C’est l’escalier dit monumental, et qui porte bien son nom. Il est impressionnant. Il paraît que parfois il s’y donne des concerts.

 

537h1 Chartreuse de Padula, l'église 

537h2 Chartreuse de Padula, l'église

 

L’église du couvent est splendide, toute ornée, richement décorée, elle contient des stalles en marqueterie, mis la photo y est interdite, et un cerbère est là dans chaque partie, pour bien veiller au respect de la règle. Selon sa personnalité, ce cerbère montre les dents et grogne d’un air rogue, ou bien au contraire est fort aimable, attire l’attention sur tel ou tel détail, donne des explications, manifestant du goût et de l’intérêt pour son environnement de travail, mais puisque je ne peux montrer que les photos de la première partie, prises de l’extérieur, avant de franchir la porte, je préfère passer à autre chose.

 

537i1 Chartreuse de Padula, chapelle St-Michel, appartemen

 

Autre chose, et par exemple ce saint Michel doré terrassant le dragon, qui orne la chapelle de l’appartement du prieur. La justification du choix de cet archange pour la décoration, c’est tout simplement que cette chapelle est dédiée à saint Michel.

 

537i2 Chartreuse de Padula, loggia de l'appartement du prie

 

537i3 Chartreuse de Padula, loggia de l'appartement du prie

 

Cette loggia sympathique est le débouché de l’appartement du prieur sur les jardins de la chartreuse. On aperçoit, sur le mur du fond, qu’il était couvert de fresques. Mais le gros plan de ma seconde photo montre dans quel état lamentable elles se trouvent aujourd’hui. Un bâtiment tel que celui-ci utilisé comme centre de détention, puis laissé ouvert à tous vents, a nécessairement subi "des ans l’irréparable outrage" ainsi que les déprédations de qui juge moins important de conserver des œuvres du passé que de laisser trace de son nom en tant que vandale imbécile pour les siècles des siècles.

 

537j1 Chartreuse de Padula, la cuisine

 

537j2 Chartreuse de Padula, la cuisine

 

537j3 Chartreuse de Padula, la cuisine

 

Terminons notre visite par un petit tour aux cuisines. Elles sont particulièrement bien conservées, peut-être parce que même pour préparer une maigre et triste pitance de prisonnier concentrationnaire ce lieu est occupé par des hommes qui s’y adonnent à un travail utile, et aussi parce que pour les déprédateurs il est moins amusant d’écrire sur un mur nu que de dégrader une fresque.

 

538a Chartreuse de Padula, ceinturon de femme, âge du fer

 

Et voilà pour la visite des lieux. Mais la chartreuse recèle aussi un musée archéologique fort intéressant où ont été rassemblés les objets retrouvés soit à Padula même, soit dans la nécropole voisine de Valle Pupina, soit encore lors des fouilles de la toute proche ville antique de Sala Consilina et dans les environs. On remonte au néolithique et on traverse les siècles jusqu’au Moyen-Âge. Ici, nous voyons un ceinturon de bronze ayant appartenu à une femme à l’âge du fer. Ce serait donc une erreur de penser que la croix gravée sur la boucle est une croix chrétienne, il s'en faut d'un gros millénaire pour que ce soit possible.

 

538b Chartreuse de Padula, bracelet 6e siècle avant J.-C

 

Ce bracelet est également une parure féminine, mais il est beaucoup plus récent puisqu’il date du sixième siècle avant notre ère.

 

538c Chartreuse de Padula, vase quadrige 6e siècle

 

Dans une tombe de Valle Pupina a été retrouvée toute une série de vases à figure noire provenant de l’atelier d’artistes athéniens. C’est visiblement la tombe d’un riche collectionneur qui, ayant amassé ces œuvres de valeur, a souhaité être enterré avec elles. Elles permettent d’avancer une date : leur fabrication s’étale sur une vingtaine d’années à la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. C’est l’époque où dans cette région de la Lucanie on se met à la mode des voisins du nord, les Étrusques, qui apprécient particulièrement la poterie athénienne. Ce grand cratère de 51 centimètres de haut sur 51 de diamètre qui représente un quadrige a été reconstitué de 208 fragments, mais aucun morceau du puzzle ne manquait.

 

538d Chartreuse de Padula, lécythe à chouette

 

Ce lécythe de la fin du cinquième siècle ou du début du quatrième a été trouvé à Padula. La représentation d’une chouette évoque la déesse Athéna ou la ville d’Athènes. Ce lien entre des dieux anthropomorphes et leurs représentations animales me rappelle les recherches de mon mémoire de maîtrise, aussi ne pouvais-je manquer de montrer ce récipient.

 

538e1 Chartreuse de Padula, canthare à double face

 

538e2 Chartreuse de Padula, canthare à double face

 

Pour finir avec ce musée, voici un magnifique canthare à double face datant de la seconde moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ et trouvé à Valle Pupina. D’un côté, ce visage de femme est sans doute celui d’une Ménade, si sur l’autre face cette tête d’homme barbu est celle d’un Silène, ces figures caractéristiques du cortège de Dionysos, comme cela peut être suggéré par la partie supérieure du vase. Amusant et très décoratif.

 

538f Padula, fontaine

 

En sortant de la chartreuse, nous faisons un petit tour en ville, parce que nous partons demain et qu’il serait dommage de ne pas voir à quoi ressemble ce bourg ancien. Nous n’avons pas dormi la nuit dernière, nous allons donc nous lever tard demain, d’autant plus tard qu’il est déjà largement plus de minuit au moment où je rédige ces lignes, et si nous voulons avoir le temps de parcourir un certain nombre de kilomètres nous ne pourrons aller nous promener dans les ruelles de Padula auparavant. Ici, une amusante fontaine.

 

538g Padula, Joe Petrosino

 

Voici ce que l’on voit sur le mur d’une ruelle, juste en face de la maison natale de Joe Petrosino. La vie de cet homme, né au dix-neuvième siècle, en 1860, a servi de sujet à un film, à une bande dessinée, à un feuilleton télévisé. Alors qu’il était encore tout petit, ses parents ont émigré aux États-Unis et se sont installés à New-York. Ayant acquis la nationalité américaine, il est devenu policier et s’est particulièrement attaché à traquer la mafia italienne de New-York, s’illustrant par son courage et sa perspicacité. Pendant ce temps, Vito Cascio Ferro était un petit mafieux s’adonnant, à Palerme, aux cambriolages et aux enlèvements. En 1901, suite au rapt d’une baronne, il risquait d’être pris et condamné, aussi s’enfuit-il à New-York où, avec d’autres mafieux arrivés avant lui, il prélevait sa dîme sur des commerçants en échange de sa "protection". Mais "ce diable de Petrosino", comme il l’appelait, lui a mis la main dessus. Sa culpabilité était claire et évidente, mais en 1904 la justice l’a relâché faute de preuves juridiquement valides devant un tribunal américain. Don Vito jugea alors préférable de rentrer au pays, où il s’employa à tisser les liens entre la mafia sicilienne et la Mano Nera américaine. Ce petit malfrat est ainsi devenu le créateur de cette terrible organisation qui sévit encore aujourd’hui, et cela lui a valu le respect de toute la mafia. Giuseppe Petrosino, alias Joe Petrosino, de son côté, a voulu en comprendre les origines et le fonctionnement afin de mieux en venir à bout et il s’est embarqué incognito pour la Sicile en 1909 avec l’intention d’en arracher les racines après avoir réussi à en couper bien des branches. Incognito, oui, mais pas pour ces hommes qui ont des yeux partout, aussi Don Vito l’a-t-il fait exécuter à Palerme, en pleine rue. Pour intéressante et riche que soit son histoire vraie et mouvementée, nous ne visiterons pas sa maison, fermée à cette heure-ci.

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Published by Thierry Jamard
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