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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 09:00

902a1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

902a2 expo ''Psomi'' de Papayannis à Ioannina

 

En grec, le boulanger, “faiseur de pain” est artopoios, le “vendeur de pain” là où il n’est pas boulangé est artopolis, et donc le pain se dit artos. Mais dans la boulangerie, je demande psomi, “du pain”. Comme on le voit sur les photos ci-dessus, la même exposition des œuvres de Theodoros Papagiannis à Ioannina s’appelle Το Ψωμί, “Le Pain” sur la première, alors que sur la seconde qui est bilingue grec-anglais le titre est Άρτος / Bread. L’un ou l’autre mot selon l’affichage. Cela nous a donné une double envie d’aller voir de plus près ce que Papagiannis mettait derrière ce mot. D’autant plus que ce sculpteur, nous en avons déjà vu des œuvres il y a quelques jours, à la pinacothèque Averof de Metsovo (dans mon article de blog sur la pinacothèque, j’ai présenté une de ses sculptures).

 

902b Le sculpteur Theodoros Papagiannis

 

Et, merveille, cet artiste était là. Et comme il parle français j’ai pu m’entretenir avec lui et constater combien c’est un homme intéressant, ouvert, et d’une grande richesse intérieure. Commençons par voir la notice affichée à l’entrée de l’exposition et concernant sa biographie. Il est né en 1942, a étudié à l’École des Beaux-Arts avec Giannis Pappas et il a particulièrement approfondi sa connaissance de l’art grec ancien, en Grèce, en Italie du Sud et en Sicile, en Asie Mineure, à Chypre, en Égypte. En 1970 il est pris comme professeur adjoint auprès de son maître Giannis Pappas à l’école des Beaux-Arts d’Athènes, puis en 1981-1982 on le retrouve à Paris, à l’École Nationale des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (École Olivier de Serres, tout près du boulevard Lefebvre et de la Porte de Versailles) pour étudier matériaux et techniques. En 1996-1997, il passe six mois aux USA pour s’informer sur les programmes éducatifs et sur l’organisation d’ateliers de sculpture à l’École des Beaux-Arts de New-York. Comme on peut le constater, c’est quelqu’un qui se nourrit intellectuellement, culturellement, mais aussi techniquement, de tout ce qu’il peut trouver. On ne peut s’étonner, dans ces conditions, que grâce à son talent créateur et à ses connaissances, ses expositions, individuelles ou collectives, en Grèce ou à l’étranger, soient innombrables. Parmi les nombreux prix et distinctions dont il a fait l’objet, on peut citer le premier prix au concours international de sculpture à l’aéroport de Chicago. Il est professeur émérite de sculpture de l’École des Beaux-Arts, professeur émérite de l’Université de Ioannina dans le département des Arts Plastiques. Et encore, dans le cadre de ce blog, j’ai élagué son C.V.! Avant de continuer, je précise que l’on trouve souvent son nom, Θεοδώρος Παπαγιάννης, transcrit Papayannis. C’est bien le même homme.

 

902c1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

On sait que le 17 novembre 1973 les Colonels, qui avaient instauré une dictature en Grèce, ont fait face à une grande révolte populaire, s’attaquant principalement aux manifestants étudiants qui occupaient le Polytechniko, c’est-à-dire l’Institut Polytechnique de l’Université, contre lequel ils ont fait marcher les chars et auquel ils ont mis le feu. Papagiannis raconte que, le cœur blessé, il a ramassé des débris calcinés de bois dont il a construit des épouvantails pour exorciser les démons. Et avec tout cela et aussi d’autres matériaux recyclés, il a élaboré peu à peu de grands personnages à l’aspect fantastique qu’il appelle “mes fantômes”. Sont-ils dieux ou démons, figures de légendes ou héros de l’histoire, qu’expriment-ils au juste, de quelles profondeurs surgissent-ils, Theodoros Papagiannis avoue l’ignorer, peut-être sont-ce des bienfaiteurs de la nation ou des professeurs, des spectres ou des cauchemars, des ancêtres qui ont fait cette nation et qui, humiliés, brûlés, viennent demander des comptes, peut-être tout cela à la fois, et il invite tout un chacun à y voir ce qu’il veut.

 

Ces fantômes, je vais y venir ensuite, mais ici nous voyons en premier plan le pain qui donne son titre à l’exposition, et des sacs de farine. Et derrière, toute une foule de personnages qui s’avancent. Le pain, c’est la nourriture, c’est la vie, et tout ce peuple est mû de cette façon.

 

902c2 expo ''Psomi'' de Theodoros Papayannis

 

902c3 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

Le nombre de ces petits personnages tous différents est énorme, on se rend compte que quand j’emploie les mots de foule, de peuple, je n’exagère pas. C’est toute l’humanité que l’artiste a voulu représenter.

 

902d1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

902d2 expo ''Psomi'' de Theodoros Papayannis

 

902d3 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

902d4 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

Façonner tant de figurines toutes différentes, chacune avec sa personnalité, chacune exprimant quelque chose de particulier, cela exige une créativité incroyable, mais aussi cela exprime la diversité des êtres humains, tous réunis dans cette marche de la vie.

 

902e1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papayannis

 

902e2 exposition Papayannis à Ioannina

 

Les voilà, les fantômes de Theodoros Papagiannis, ces grands personnages à l’aspect inquiétant, qui veillent, de chaque côté du défilé des figurines. Et il est vrai que, même pour qui n’a pas assisté aux dramatiques événements de 1973, pour qui n’a pas vécu les années 1967-1974 de la dictature, il est impressionnant et émouvant de savoir de quoi sont faits ces personnages, indépendamment même de ce que leur apparence évoque avec force sur la sensibilité artistique du spectateur.

 

902f1 exposition Papayannis à Ioannina

 

902f2a exposition Papayannis à Ioannina

 

902f2b exposition Papagiannis à Ioannina

 

902f3a exposition Papagiannis à Ioannina

 

902f3b exposition Papagiannis à Ioannina

 

J’ai montré plusieurs des petites figurines du peuple en marche, je ne résiste pas à l’envie de montrer aussi quelques-uns des grands personnages, et parce que leurs visages expriment beaucoup, je joins les gros plans de deux d’entre eux. Évidemment, cela me parle, comme je suppose que cela parle à qui les voit sur mes photos –quoiqu’en petit format, et en deux dimensions sur un écran d’ordinateur sans parler de l’écran d’un smartphone–, mais puisque leur auteur souhaite laisser chacun en faire sa propre interprétation, je me garde de donner la mienne.

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Published by Thierry Jamard
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