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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 09:37

Aujourd’hui, nous nous rendons dans l’un des derniers écosystèmes de forêts existant encore en basse altitude, 500-600 mètres au-dessus du niveau de la mer, pour toute la Méditerranée orientale, la forêt de Dadia, un peu au sud-ouest de Soufli, dans cette Thrace du nord-est de la Grèce.

 

852a1 Dadia forest

 

852a2 Forêt de Dadia (Thrace, Grèce)

 

852a3 Forêt de Dadia (Thrace, Grèce)

 

852a4 Forêt de Dadia (Thrace, Grèce)

 

En 1979, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN) et le WWF ont commandé une étude pour cette zone qui était de plus en plus dégradée par les agissements humains, déboisement illimité entre autres. En effet, il y avait une grande activité de production de charbon de bois pour laquelle on coupait des arbres sans prendre la précaution que la coupe n’excède pas le reboisement. Cette étude et l’action des organismes ont obtenu que la forêt soit déclarée zone protégée en 1980. 7250 hectares sont en absolue protection, tandis qu’autour est définie une zone tampon de 28 000 hectares. Au total, soixante-dix pour cent de la zone sont aujourd’hui couverts de forêt.

 

Volcaniques, les sols conviennent parfaitement au pin. Il y a cependant aussi des espaces couverts de feuillus, généralement jeunes mais parmi lesquels on trouve quelques chênes vieux de plus de cinq cents ans, tandis que quelques espaces sont mixtes, résineux et feuillus. Et puis nombre d’oiseaux et de mammifères trouvent un abri dans le couvert de saules, de noisetiers, d’aulnes. Autrefois, tout comme c’était le cas dans les Landes, des godets étaient fixés sur les troncs des pins sous une profonde entaille,

 

“ Car, pour lui dérober ses larmes de résine,

L'homme, avare bourreau de la création,

Qui ne vit qu'aux dépens de ce qu'il assassine,

Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !

 

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,

Le pin verse son baume et sa sève qui bout…”

 

Mais aujourd’hui c’est fini, on n’exploite plus la résine, sa récolte étant plus coûteuse que la production industrielle de synthèse, Théophile Gautier n’aurait plus à se lamenter sur la douleur du pin des Landes. En revanche, pour éviter l’usage de véhicules destructeurs pour les sols, tout comme par le passé on transporte le bois des coupes raisonnées à dos de mule, vers les lieux de production de charbon de bois qui subsistent.

 

Pour ce qui est de la faune, les bergers mettent en pâture moutons et chèvres, ce qui est bon pour maintenir les clairières et les prairies, nécessaires aux vautours et autres rapaces. Mais aussi la faune sauvage est très développée, on a recensé quarante espèces de reptiles et amphibiens (serpents, grenouilles, tortues, lézards, salamandres, tritons) et on trouve de nombreux mammifères, loups, sangliers, renards roux, ours bruns, lièvres, chevreuils, loutres, blaireaux… Hélas, on déplore un braconnage assez sérieux portant sur les chevreuils, et par ailleurs les paysans estimant que renards et loups sont un danger pour leur cheptel, ils disposent des appâts empoisonnés. En outre, quoique les vautours ne se nourrissent que de charognes et qu’ils effectuent un travail très utile, comme nous allons le voir, ils sont aussi considérés bien souvent comme des ennemis, et si l’on prend l’exemple de l’année 1995 on a déploré que sept vautours noirs aient été tués, de façon bien entendu illégale.

 

Sur les trente-huit espèces d’oiseaux de proie répertoriées en Europe, trente-six sont représentées à Dadia, soit quatre-vingt-quinze pour cent. Et vingt-six de ces espèces se reproduisent ici.

 

852b1 tronc de pin des Abbruzes

 

852b2 tronc de pin noir

 

852b3 pin noir

 

Toutes ces informations, et bien d’autres encore, sont fournies par le Centre d’Écotourisme. De plus, ce centre propose d’aller observer des vautours, sans garantie d’en voir cependant, car il ne suffit pas de les siffler pour qu’ils viennent se percher sur votre épaule. Mais nous avons fait la balade, et nous avons eu la chance d’en voir… de loin. La guide nous a montré comment reconnaître le pin des Abruzzes (première photo) et le pin noir (deuxième et troisième photos) dont la ramure étalée à l’horizontale est idéale pour le nid des vautours.

 

852c1 vautours dans la forêt de Dadia

 

852c2 vautours dans la forêt de Dadia

 

852c3 vautours dans la forêt de Dadia

 

852c4 vautours dans la forêt de Dadia

 

Il existe quatre espèces de vautours, et Dadia est le seul endroit d’Europe où vivent ensemble ces quatre espèces. Je disais tout à l’heure que les vautours effectuaient un travail très utile. En effet, ils nettoient l’espace de leur habitat en se nourrissant des charognes. Complètement. Ils ne laissent rien. De plus, ils vivent très bien ensemble parce qu’ils ne mangent pas les mêmes parties de l’animal, chacun a sa spécialité en fonction de sa morphologie, et ceux qui doivent manger en dernier attendent patiemment que ceux qui doivent commencer la tâche aient terminé.

– Le vautour noir (aegypius monachus), au bec puissant, déchire la peau de l’animal et mange les chairs dures

– puis vient le vautour griffon (gyps fulvus) au long cou, qui plonge la tête dans le corps de l’animal et mange les chairs intérieures et les viscères

– ce qui reste est alors éparpillé et aisément accessible au vautour égyptien (neophron percnopterus), au petit bec

– quant au vautour barbu (gypaetus barbatus), il mange les os de la carcasse, qu’il brise en les lâchant de haut sur des pierres.

 

852d1 vautour

 

852d2 vautour

 

L’Espagne et Dadia sont les deux seuls endroits dans toute l’Europe où il reste des vautours noirs. Ces puissants oiseaux d’un mètre de haut et dont l’envergure peut atteindre trois mètres pèsent entre dix et douze kilos. Quand je disais qu’ils ne venaient pas se percher sur votre épaule… cela vaut peut-être mieux. Même si, ne se nourrissant pas d’êtres vivants, et ne chassant pas, ils ne sont pas dangereux. Mais l’espèce est en danger d’extinction. Il y a, au sujet de cet oiseau, quelque chose qui m’étonne. La Fontaine, le fabuliste, était maître particulier triennal des eaux et des forêts du duché de Château-Thierry. À la mort de son père, il a hérité en outre de la charge de maître des eaux et forêts du duché. Il était censé connaître les animaux, mais il écrit au sujet du pigeon qui avait voulu voir du pays

“Mais un certain vautour à la serre cruelle

Vit notre malheureux qui, traînant la ficelle

Et les morceaux du lacs qui l’avait attrapé

          Semblait un forçat échappé.

Le vautour s’en allait le lier quand, des nues

Fond à son tour un aigle aux ailes étendues…”

 

Pas de doute, donc, La Fontaine fait clairement du vautour un prédateur chasseur au même titre que l’aigle. Sans doute faut-il considérer que ce n’est que pour les besoins de la poésie, puisque par ailleurs un renard peut bien convoiter un fromage détenu par un corbeau.

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Published by Thierry Jamard
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miriam 02/08/2013 17:15

avez vous descendu le sentier de l'affut des vautours au centre interprétation. Jolie promenade (45mn)

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