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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 18:14

625a1 Bari, cathédrale San Sabino

 

625a2 Bari, cathédrale Saint Sabin 

  La cathédrale, dédiée à saint Sabin (San Sabino) avait été construite entre 1024 et 1040. Cette première cathédrale ne restera pas bien longtemps debout du fait des événements historiques opposant le roi, Byzance, la population. En 1154, Guillaume I, dit le Mauvais, nomme l’Émir des Émirs gouverneur du royaume, ce qui a le don de mécontenter grandement le peuple. En 1155, Manuel Comnène, empereur de Byzance, charge son général Michel Paléologue de reconquérir les Pouilles. Celui-ci s’empare de Bari mais l’année suivante Guillaume vainc l’armée byzantine et réprime durement la révolte des nobles. Ceux-ci, en 1160, assassinent l’Émir des Émirs, puis en 1161 font Guillaume prisonnier, saccagent son palais, tuent son fils Roger. Le clergé, aidé de la part de la population restée fidèle, le libère. Guillaume le Mauvais justifie alors pleinement son surnom en procédant à une féroce répression. Il saccage Bari, en détruit les monuments, n’épargnant même pas la cathédrale. Il faut la reconstruire. Les travaux commencent en 1170, dans le style roman apulien (l’adjectif apulien est utilisé pour les Pouilles, car l’ancien nom des Pouilles était l’Apulie). Sur la façade, la moitié supérieure de la rosace est entourée d’un bestiaire comme on en voit dans bien des églises du Moyen-Âge.

 

625b1 Bari, cathédrale San Sabino

 

625b2 Bari, cattedrale San Sabino 

Cette massive cathédrale présente une ligne légère grâce aux élégantes arcades de son flanc. La sorte de grosse tour ronde était en réalité le baptistère, mais depuis que l’on ne procède plus aux baptêmes par immersion (partielle), mais seulement en versant un peu d’eau sur le front du baptisé, l’ancien baptistère a été converti en sacristie. Au-delà se dresse ce haut campanile. Le recul inexistant m’a obligé à faire cette photo en contre-plongée accentuant encore la perspective.

 

625b3 Bari, cattedrale San Sabino 

625b4 Bari, cattedrale San Sabino 

625b5 Bari, cathédrale Saint Sabin 

Si la rosace de façade était ouvragée, avec ses animaux, cette fenêtre latérale n’a vraiment rien à lui envier. À la riche sculpture de l’encadrement s’ajoutent toutes sortes de sujets, comme cet éléphant ou ce sphinx. Mais on peut aussi remarquer, sous le sphinx, la décoration du chapiteau de la colonnette.

 

625b6 Bari, cathédrale San Sabino 

Il n’est pas rare dans les constructions du Moyen-Âge que les bâtisseurs utilisent des matériaux de réemploi. Certains entrepreneurs se spécialisaient dans la collecte de matériaux où les bâtisseurs allaient se fournir. C’est ainsi que les temples antiques ont été pillés de leurs colonnes. Ici, ce sont plus simplement des pierres de cimetière, où l’on peut déchiffrer le mot sepulchrum. En effet, après la destruction de la ville par Guillaume le Mauvais, la cathédrale s’est nourrie de ses propres pierres et de pierres de toutes autres destructions locales.

 

625c1 Bari, cathédrale San Sabino 

À l’intérieur, haute, noble, et cependant simple, cette église a gardé son style d’origine, elle n’a rien à voir avec les églises baroques que nous voyons partout depuis un certain temps.

 

625c2 Bari, cathédrale San Sabino 

625c3 Bari, cattedrale San Sabino 

Marques, également, de son époque d’origine, ces chapiteaux qui coiffent les seize colonnes séparant la nef centrale des bas-côtés. Là encore, nous retrouvons le bestiaire médiéval. Et puis, quoique les fresques recouvrant les murs des absides aient presque complètement disparu, il reste cependant cette très belle Vierge à l’Enfant avec son air triste dans sa toute simple robe rouge et avec ce voile byzantin sur la tête.

 

625d1 Bari, cathédrale San Sabino 

625d2 Bari, cattedrale San Sabino 

Toute différente est cette statue de Vierge plus maniérée, dans sa robe à fleurs et son grand manteau bleu étoilé comme un ciel de nuit d’été. Je me demande de quoi est faite cette statue, trop lisse pour être en bois, semble-t-il, d’un style qui n’est pas celui du temps où l’on travaille le plâtre pour autre chose que les stucs plaqués sur les murs. Je me demande si ce n’est pas de ce papier mâché dont on a usé dans le royaume de Naples quand les finances n’étaient pas suffisantes pour commander des œuvres en marbre.

 

625e1 Bari, cathédrale San Sabino, crypte 

625e2 Bari, cathédrale San Sabino, crypte 

Nous voici dans la crypte. Sa structure date de la première cathédrale, celle d’avant la destruction de Guillaume le Mauvais. Contrairement à l’habitude, ici l’on n’a pas pillé des temples antiques ou des villas romaines pour en réutiliser les colonnes. Les piliers et le plafond sont contemporains et de même style.

 

625f1 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

C’est dans la basilique Saint Nicolas et non dans cette cathédrale que le culte de saint Nicolas est le plus fervent. Néanmoins, ici, le devant d’autel de la crypte représente, en argent massif, l’un des miracles qu’il a réalisés, calmant une tempête pour des marins qui l’avaient imploré.

 

625f2 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

625f3 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

Et puis il y a les fresques. Guillaume le Mauvais a détruit la cathédrale mais nous avons vu qu’il n’avait pas été jusqu’à la crypte, et les fresques ont été préservées. Les dommages qu’elles ont subis sont heureusement peu importants et sont dus au temps et à l’humidité, non à l’action des hommes. Je choisis ici cette sainte Ursule dont je dois avouer que sans l’inscription près de sa tête j’aurais été bien incapable de l’identifier. C’est une princesse bretonne de Cornouaille qui a vécu au quatrième siècle. Seul problème, mais de taille, on lui fait rencontrer un personnage né au cinquième siècle, comme on va le voir dans un instant. Bref, elle s’est rendue à Rome en pèlerinage pour obtenir la conversion de son fiancé au christianisme et, passant par Cologne sur le chemin du retour, elle est tombée entre les pattes des Huns qui assiégeaient la ville. Lorsque les guerriers l’amenèrent à leur chef Attila (406-453), il conçut en la voyant le désir ardent de l’épouser, ce qui signifiait aussi qu’elle devait renoncer à sa religion, puisqu’il était le Fléau de Dieu. Il n’en a bien sûr pas été question. J’ajoute à titre personnel que peut-être aussi cette princesse raffinée n’avait nulle envie de se nourrir sa vie durant de viande attendrie sous la selle des chevaux. Furieux, Attila la fit périr sous un flot de flèches de ses archers, elle est sa suite. Je dis sa suite, sans préciser, parce que la légende veut que ce soit le massacre des onze mille vierges. Cela fait beaucoup de monde, même pour la suite d’une princesse. La vérité est sans doute dans l’une des deux explications suivantes. Ou bien l’inscription XI.M.V interprétée comme les mots latins undecim millia virgines, c'est-à-dire en français onze mille vierges, signifierait en fait onze martyres vierges, soit douze avec Ursule. Le nombre est moins faramineux. Ou bien, encore moins faramineux, la servante unique d’Ursule dans ce pèlerinage se serait nommée Undecimille, qui aurait été lu undecim millia, c’est-à-dire onze mille. Mais cette dernière interprétation, qui n’apparaît qu’en 1883 dans un dictionnaire de typographes, me semble artificielle car nulle part je n’ai trouvé trace de ce prénom, et je pencherais plutôt pour les onze vierges martyres.

 

Je n’ai nul besoin d’interprète ni d’inscription, en revanche, pour identifier dans la seconde photo de fresque une Madone, dont le style est clairement byzantin, tant pour les traits de son visage que pour son vêtement. Et puis les fresques byzantines utilisent essentiellement trois couleurs, le rouge, le bleu et le jaune (ou l’or), et l’on ne trouve aucune autre couleur sur ce mur.

 

625f4 Bari, cathédrale Saint Sabin, crypte 

Très différent est le style de cette splendide Madone peinte et habillée d’or. Elle est dite Odegitria, c’est-à-dire Qui montre la voie, car de la main elle montre Jésus. Dans le dialecte local, elle est tantôt désignée comme Madònne d’Odegìtria, et tantôt comme Madònne de Chestandenòbbue, c’est-à-dire Madone de Constantinople. La légende veut qu’elle ait été peinte de mémoire par l’évangéliste saint Luc qui, bien que n’étant pas l’un des douze apôtres, était un disciple de Jésus, et l’a donc fréquenté ainsi que sa mère. Mais l’analyse de l’icône fait apparaître une origine plus récente. Ce qui est vrai et sûr, c’est qu’une icône d’Odegitria existait à Constantinople, dans un grand sanctuaire auquel on accédait par une large avenue symbolisant le Christ Voie. Il y a de fortes probabilités pour que l’Odegitria de Constantinople authentique ait été détruite par les Turcs dès le septième siècle, mais reprenons la tradition légendaire. Quand l’historique empereur de Byzance Léon III l’Isaurien (675-741) décida de la lutte iconoclaste, ordonnant de détruire ou de brûler toutes les représentations religieuses, il aurait désigné nommément l’Odegitria. Deux moines basiliens décidèrent de la soustraire à ce sacrilège et s’en emparèrent puis, déguisés en marins, s’embarquèrent fin janvier 733 en emportant l’icône cachée au fond d’une malle, avec l’intention de la remettre entre les mains du pape Grégoire III (731-741). Pendant la traversée, ils demandèrent à des soldats qui voyageaient avec eux de bien vouloir les escorter jusqu’à Rome. Sur ces entrefaites, une violente tempête ayant contraint le vaisseau à se mettre à l’abri dans le port de Bari le mardi 3 mars 733, les soldats qui avaient découvert que le double fond de la malle contenait l’icône sacrée commencèrent à essayer de convaincre les moines de la laisser à la ville de Bari dont ils étaient originaires. La nouvelle se répandit en ville, l’évêque Léon Bursa intervint en personne et, la conviction ne suffisant pas, il força les deux Basiliens à se défaire de l’icône. Puis il fit porter l’Odegitria en grande procession jusqu’à la cathédrale, où on lui construisit dans la crypte un bel autel que l’évêque fit garder jour et nuit par deux moines basiliens et deux autres ecclésiastiques. Monseigneur Bursa décida en outre que, le premier mardi de mars, chaque année, serait célébrée l’Odegitria. Le 19 septembre 1772 on revêt officiellement l’icône de son manteau précieux.

 

Or, lors d’une campagne de restauration des années 1992-1994, des spécialistes locaux et étrangers ont examiné l’œuvre. Il apparaît qu’une peinture du seizième siècle recouvre une peinture originale de la fin du quinzième. Mais on ne sait rien de l’origine de cette imitation d’icône byzantine, ni ce qui s’est passé entre une description d’Odegitria à Bari faite par un certain abbé Grégoire dans un manuscrit de l’an 892 et l’apparition de ce faux. Fut-il réalisé suite à la disparition de l’original volé ou détruit accidentellement afin de ne pas décevoir la ferveur des fidèles ? Nul ne le sait. Mais depuis la révélation des spécialistes, la ferveur n’a pas tiédi. Toutes ces péripéties, néanmoins, n’enlèvent rien à la beauté de ce tableau.

 

625g1 Bari, cathédrale San Sabino, crypte, Mgr Nicomedo 

Contre un mur de la crypte a été placé ce buste en marbre de Monseigneur Enrico Nicodemo, archevêque de Bari de 1952 à 1973, conciliaire de Vatican II, fervent promoteur de l’œcuménisme avec l’orient. Qu’il ait participé au dépoussiérage de l’Église lors du concile et qu’il ait promu la paix avec les Églises orientales le fait placer haut dans mon estime et justifie que je place une image de son buste dans mon blog. J’ai beau avoir étudié, aimé, enseigné le latin, je trouve indigne d’un culte qui veut n’être pas qu’un signe mais une doctrine de vie de s’exprimer dans une langue que ne comprend qu’une partie infime des fidèles. Car même au temps de Louis XIV ou de Victor Hugo, à la campagne personne ne comprenait le latin. En ville, ni ouvriers, ni artisans, ni commerçants, ni la plupart des bourgeois ne comprenaient le latin (cf. le Bourgeois Gentilhomme). Quant à une doctrine qui prêche l’amour du prochain, qui enseigne un évangile où Jésus pardonne aux pécheurs, les luttes fratricides entre Églises qui ne divergent que sur des détails est incompréhensible. Bravo, Monseigneur Nicodemo, je vous respecte.

 

625g2a Bari, cathédrale San Sabino, crypte, ste Colombe 

625g2b Bari, cathédrale San Sabino, crypte, ste Colombe 

Sur le côté, dans la crypte, est exposée cette vitrine. Alors que j’étais en train de prendre mes photos, deux jeunes hommes s’approchent et me demandent, dans un anglais au fort accent slave, si c’est la sainte elle-même ou une statue. J’étais moi-même en proie au même doute. La couleur marron, l’apparence parcheminée, le défaut sur la joue font penser à une momie réelle. Elle aurait été décapitée, et l’on voit une couture à gros points sur son cou. Mais l’état de conservation, une apparence pas aussi décharnée que d’autres momies comme celle de Ramsès II (passés quelques siècles, il n’y a plus d’évolution du dessèchement), plaident en faveur d’une imitation, sans compter que la suture du cou semble un peu cicatrisée. Quoi qu’il en soit, j’ai un peu discuté avec eux. Ce sont deux Polonais en balade, mais Natacha, qui parle polonais, étant dans la cathédrale supérieure, c’est en anglais que nous avons conversé.

 

Quant à cette jeune fille, c’est sainte Colombe. Née dans une famille noble et païenne de Saragosse nommée Eporita, elle s’enfuit de chez elle et se rend à Vienne, en France, où elle se fait baptiser sous le nom de Colombe. Puis elle poursuit sa route et parvient à Sens, dans ce qui est aujourd’hui le département de l’Yonne. Nous sommes en 273, sous l’empereur Aurélien. Celui-ci veut lui faire épouser son fils, ce qu’elle refuse, désirant rester vierge pour consacrer sa vie au Dieu des chrétiens. L’empereur, alors, la fait jeter dans un bordel, en pâture aux hommes. Or on sait que ces établissements, du moins ceux qui relevaient d’une structure publique, étaient généralement situés dans des locaux sous les amphithéâtres (c’est sous l’amphithéâtre de la piazza Navona, à Rome, que de la même façon sainte Agnès a été placée). La cellule où devait être souillée Colombe était située non loin des cages de fauves destinés aux spectacles et, lorsqu’un homme a voulu s’approcher d’elle, une énorme ourse s’est évadée et est venue la protéger, contraignant l’homme à reconnaître que Colombe adorait le vrai Dieu. Aurélien décida d’en finir et de faire brûler à la fois l’ourse et la jeune fille. Mais de nouveau l’animal s’évada et une pluie providentielle éteignit le brasier préparé pour le supplice. Alors on en vint à la décapitation. Un aveugle qui avait invoqué Colombe et avait recouvré la vue lui offrit une sépulture. Elle a l’ours pour emblème, elle protège les colombes dont elle porte le nom, et on l’invoque en cas de sécheresse pour provoquer la pluie.

 

Tels sont, je crois, les éléments les plus intéressants de cette cathédrale. Mon prochain article concernera le château souabe de Bari.

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Published by Thierry Jamard
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