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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 19:20

Le palais du gouvernement provincial, province de Bari dans la région des Pouilles, est un vaste et beau bâtiment édifié dans les années trente par ce régime fasciste qui voyait grand, au quatrième étage duquel est installée la pinacothèque provinciale. Les guides, apparemment, n’en font pas grand cas. Mon Guide Vert Michelin Puglia (en italien, car je crois que l’édition française n’existe pas) le cite seulement dans le paragraphe consacré au Lungomare (promenade du bord de mer) sans lui accorder la moindre étoile, tout au plus une petite étoile pour un Christ médiéval que, faisant ma mauvaise tête, je ne présenterai pas aujourd’hui par esprit de contradiction. Parce que cette pinacothèque nous a tellement enthousiasmés, Natacha et moi, les quatre petites heures que nous avions prévues ont été insuffisantes et quand on nous a gentiment dit que les portes allaient fermer, nous avons décidé de revenir le lendemain. Je dis gentiment, parce que le personnel n’a rien des gardes-chiourmes que l’on rencontre parfois –souvent– dans les musées, mais ce sont des gens accueillants, sympathiques, avec lesquels on a plaisir à bavarder, même quand on sait que des tableaux merveilleux sont là à deux pas et que l’heure tourne. Je n’ai pas donné l’adresse de mon blog, ils ne sauront sûrement pas que je souhaite les remercier, sauf si un de mes lecteurs passe par là et les en informe.

 

628a1 Bari, Madone en terre cuite, 15e-16e siècle

 

Une pinacothèque c’est, normalement, une galerie de tableaux. Et en effet, ici, on voit des centaines de tableaux. Mais il y a aussi quelques sculptures, et je commence par cette Vierge qui s’apprête à allaiter l’Enfant Jésus. C’est une œuvre en terre cuite de la fin du quinzième siècle ou du début du seizième. J’aime la simplicité naturelle du geste, le demi-sourire de la maman qui voit son bébé approcher sa main.

 

 

628a2 Bari, terre cuite polychrome (19e s.) 

 Autre terre cuite, mais celle-là revêtue d’un vernis polychrome et infiniment plus récente puisqu’elle date de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. La main sur la hanche, la tête de côté, cette femme en vêtements paysans élégants avec sa mandoline à la main est un peu m’as-tu vue mais je trouve que c’est tout à fait réaliste de la part de celle qui, dans une noce de campagne par exemple, se distingue en égayant la fête avec sa musique. L’artiste locale… Quant à la réalisation, elle est fine et délicate. L’échelle est donnée par l’assiette à l’arrière-plan.

 

628a3 Bari, Belliazzi, Il Riposo 

Tout autre est la dimension de ce garçon étendu réalisé grandeur nature, et qui date de la même époque, puisqu’il est de 1875, œuvre du Napolitain Raffaele Belliazzi (1835-1917). C’est une grande terre cuite reposant sur une base en bois. Le réalisme de la scène est surprenant et la précision du détail, la finesse d’exécution sont remarquables. Polychrome, il aurait presque sa place au Musée Grévin. Intitulée Le Repos et présentée en 1877 à l’Exposition Nationale de Naples, cette terre cuite a valu à son auteur la critique qu’elle aurait dû être en marbre. Qu’à cela ne tienne, dès l’année suivante à l’Exposition Universelle de Paris, il présente la même œuvre en marbre, couronnée de la médaille d’or de deuxième classe. Ce jeune garçon avait déjà servi précédemment de modèle à Belliazzi pour deux sujets différents. Le peintre Francesco Netti (dont je vais parler tout à l’heure) s’est inspiré de ce réalisme qui veut dépasser les limites de la sculpture pour donner un réalisme parfait à ses tableaux.

 

 

628a4a Bari, Angelo Viva, papier mâché 

628a4b Bari, Angelo Viva, cartapesta 

Encore une sculpture. La région, ou plus particulièrement Lecce, à environ 150 kilomètres vers le sud-est (nous sommes passés tout près, en remontant d’Otrante à Bari), s’est fait une spécialité de ce type de matériau à la place de la pierre, beaucoup plus chère. Nous aurons l’occasion de voir lors de notre séjour futur à Lecce beaucoup de ces sculptures en ce qu’on appelle en italien la cartapesta, le papier mâché, une pâte de papier appliquée sur une structure qui donne le squelette de l’œuvre, souvent en fil de fer garni de paille ou de tissu. Mais cette Vierge, ici, est très précieuse parce que sur le visage et le buste en papier mâché ont été fixées des mains en bois, et Jésus lui-même est en bois. Les yeux de la mère et de l’enfant sont en cristal coloré, et puis le manteau de Marie est en tissu imprégné de plâtre pour lui donner forme et elle porte des boucles d’oreilles en argent et en ivoire. C’est l’œuvre du Napolitain Angelo Viva (1748-1837). La base, elle, est moderne, en bois revêtu de papier adhésif imitant le marbre.

 

 

628b1 Bari, costume d'homme 18e siècle 

628b2 Bari, costume de femme fin 18e siècle 

Nous quittons la sculpture pour quelque chose qui n’est pas davantage du ressort d’une pinacothèque, mais qui n’en est pas pour autant dénué d’intérêt. C’est une exposition de vêtements du dix-huitième siècle, seconde moitié pour ces costumes trois pièces pour hommes, tout à la fin du siècle (entre 1795 et 1800) pour cette robe de femme. Les uns et les autres sont en soie et toile de lin et ont été réalisés dans un atelier napolitain.

 

628c1a Bari, Vivarini, saint Nicolas

 

628c1b Bari, Vivarini, sainte Catherine d'Alexandrie

 

628c1c Bari, Vivarini, sainte Claire (santa Chiara)

 

Cette fois-ci, nous arrivons enfin à la peinture, mais j’avais vraiment envie de montrer aussi les photos précédentes parce qu’il s’agit d’œuvres que j’aime (sculpture) ou d’objets qui m’intéressent (costumes du dix-huitième siècle). Ces tableaux représentent saint Nicolas de Bari avec sa crosse d’évêque de Myre et les trois boules d’or pour racheter ses petites voisines destinées par leur père pauvre à la prostitution, celui dont j’ai amplement parlé au sujet de la cathédrale et surtout de la basilique, sainte Catherine d’Alexandrie dont j’ai parlé le 3 août au palazzo Abatellis de Palerme et qui porte ici la roue dentée de son supplice par laquelle elle devait être déchiquetée, sainte Claire dont j’ai raconté la vie le 25 septembre au sujet du musée de Messine et qui est la fondatrice des Clarisses dont elle porte l’habit. L’auteur en est le célèbre Vénitien Bartolomeo Vivarini (vers 1430 - après 1491).

 

628c2 Bari, Vivarini, st François d'Assise et 4 autres sai 

C’est le même Vivarini qui a réalisé ce triptyque. Au centre, on reconnaît saint François d’Assise avec ses stigmates. À gauche, saint Antoine de Padoue est derrière l’archange saint Michel qui terrasse le dragon. Et à droite, saint Bernardin de Sienne est accompagné de l’apôtre saint Pierre.

 

628c3, Bari, Maestro di Cassano Murge, saint Michel

 

Voici un autre saint Michel terrassant le dragon, mais par le Maître de Cassano Murge (actif vers 1520). Il fait partie d’un polyptyque, mais c’était cet archange que je voulais montrer à titre de comparaison avec le précédent, plus ancien de quelques décennies seulement. Il est curieux de constater combien le premier paraît presque médiéval quand on le rapproche du second, très Renaissance.

 

628c4a Bari, Détail saint Michel 

628c4b Bari, Détail saint Michel 

Je voudrais aussi montrer ces deux détails. Le saint Michel de Vivarini (monté des deux pieds sur le démon qui enroule sa queue de serpent sur la jambe droite de l’archange et lui saisit le pied gauche dans sa main aux ongles griffus) pèse deux âmes de femmes, et quoique transpercé le diable se saisit de l’âme chargée de péchés. Tandis que l’autre saint Michel est opposé à un démon à cinq doigts parallèles, sans pouce, et donc monstrueux, et lui pèse deux âmes d’homme.

 

628d1 Bari, Bellini, saint Pierre martyr 

Ce peintre est l’un des plus célèbres, c’est le Vénitien Giovanni Bellini (vers 1430/1435 – 29 novembre 1516). Il représente ici saint Pierre martyr, à distinguer bien évidemment de l’apôtre qui a été crucifié la tête en bas. Ce Pierre-ci, né à Vérone vers 1205, est un Dominicain nommé inquisiteur pour Milan et Côme, prieur du couvent de Côme, qui a lutté farouchement contre l’hérésie cathare et à ce titre il en a envoyé un grand nombre grésiller sur le bûcher. "Tu ne tueras point", dit l’un des commandements de Dieu, mais il a été canonisé parce qu’il n’a tué qu’au nom de son intolérance, ce qui est particulièrement méritoire. Par ailleurs sa vie a été ascétique et pieuse et, pour les non cathares, il a été charitable. Évidemment, son action en faveur de la ligne romaine du christianisme lui a valu bien des inimitiés, si bien que le samedi de Pâques 1252 il a été attaqué avec une serpe qui lui a fendu le crâne. Comme il avait encore la force de professer sa foi, il a été achevé d’un coup de couteau au cœur. Tel est le sujet de ce tableau, où il est revêtu de son habit de Dominicain, la Bible qu’il a étudiée et analysée dans une main et la palme du martyre dans l’autre, et où on représente son crâne fendu et son cœur transpercé. Ce tableau, qui a les honneurs à lui tout seul d’une petite salle fermée où l’on n’a pas le droit d’entrer à plus de quatre à la fois est loin d’être mon préféré mais il est si célèbre qu’il me faut bien le montrer…

 

628d2a Bari, Giovanni Maria Scupula, Histoire du Christ et

 

628d2b Bari, Giovanni Maria Scupula, Présentation au templ 

628d2c Bari, Giovanni Maria Scupula, Flagellation 

Beaucoup plus intéressant à mes yeux est ce tableau composé de seize petites scènes de l’Histoire du Christ et de la Vierge. J’en montre deux en plus gros plan, la Présentation de Jésus au temple et la Flagellation. Giovanni Maria Scupula, l’auteur, a vécu à Otrante dans la première moitié du seizième siècle. Le dessin est un peu naïf, le décor des scènes est dépouillé, ce qui donne un aspect très moderne à ces petits tableaux.

 

 

628d3 Bari, Tintoretto, Saint Roch et les pestiférés 

Encore un grand peintre, extrêmement célèbre celui-ci, puisqu’il s’agit du Tintoret (Jacopo Robusti, dit Il Tintoretto, né vers 1518 à Vérone et mort en 1594). Et je devrais être désolé (et avoir un peu honte) de dire que là encore ce Saint Roch et les pestiférés n’est pas ce que je préfère. Le 16 mars dernier, à l’église San Rocco de Rome, je racontais la vie de ce saint, comment il a étudié la médecine à Montpellier, comment il est parti pour Rome, soignant les malades lors des épidémies de peste, et comment on l’a emprisonné sans savoir qui il était. Il est mort de misère dans sa prison en 1379. Ce tableau est une commande de la famille Effrem, sans doute en action de grâce pour avoir obtenu une guérison après l’avoir invoqué. Mais saint Roch n’a pas pu les guérir d’un coup de sa lancette dans leurs bubons parce qu’il était mort depuis deux siècles. Et tel est bien le sujet du tableau. Au fond, on emporte des morts. Devant, un grand nombre de malades de la peste. À droite, saint Roch ne s’occupe pas d’eux matériellement, mais il est tourné vers le Père Éternel qui vole en haut à gauche et il intercède pour eux. Certains critiques, considérant que la luminosité caractéristique de l’art du Tintoret que l’on peut admirer dans la partie supérieure (je n’aime pas le vol de Dieu bras écartés mais j’admire en effet la lumineuse transparence des couleurs) ne se retrouve pas dans la partie inférieure, ont supposé que le tableau est le fruit d’une collaboration du maître avec son fils Domenico ou un autre peintre. Quand on attire ainsi mon attention, je ne peux que remarquer, en effet, la différence, mais je ne suis pas suffisamment expert pour donner un avis, je ne peux que reproduire ce que je lis.

 

 

628e1 Bari, Institution de l'Eucharistie, xylographie sur t 

628e2 Bari, Institution de l'Eucharistie, xylographie sur t 

628e3 Bari, Institution de l'Eucharistie, xylographie sur t 

Cette œuvre de très grandes dimensions (que je ne montre pas dans son intégralité) qui occupe tout un mur d’une salle du musée est intéressante à plusieurs titres. Le premier est la méthode artistique. Il s’agit d’une xylographie sur toile de lin, colorée avec des extraits végétaux. Vu la taille plusieurs parcelles sont cousues ensemble. Par ailleurs, la façon dont est représentée l’Institution de l’Eucharistie, pour donner son titre officiel, autrement dit la Cène, est remarquablement expressive. Cette œuvre est issue de l’atelier de Pieter Wouters (Anvers 1617-1682).

 

628f1 Bari, Lamentation sur le Christ mort, 18e siècle

 

Cette Lamentation sur le Christ mort est d’un peintre inconnu du début du dix-huitième siècle. Le tableau a subi une restauration si brutale et si maladroite que l’identification n’est plus possible. En revanche, je ne crois pas me tromper si je reconnais à gauche Marie Madeleine aux longs cheveux, à droite saint Jean, et au milieu ce doit être Marie quoiqu’elle paraisse bien jeune pour être la mère de Jésus. Mais je pense que ces trois personnes sont les plus propres à se lamenter sur le corps du Christ. Ne sachant qui est le peintre, je ne peux qu’ignorer s’il a vu des toiles de Ribera, mais je trouve qu’il y a une sorte d’inspiration commune. Et, quoique les couleurs et les détails du corps du Christ soient lavés, je trouve très beau et émouvant ce tableau, plein de sincérité et de sensibilité, avec une belle composition en diagonale sur un fond sans décor pour plus de pureté.

 

628f2 Bari, Giuseppe Bonito, l'Évanouissement 

C’est le Napolitain Giuseppe Bonito (1707-1789) qui a peint cet Évanouissement. Autour de la jeune femme peinte très pâle, les uns s’affairent pour la soutenir, pour écarter ses vêtements, pour apporter un petit pot d’eau, d’autres se lamentent, ou expriment leur inquiétude, un autre lève les yeux vers le ciel sans doute pour prier. Je trouve intéressantes toutes ces attitudes, cette étude des différents comportements et sentiments. Sur un plan esthétique, en revanche, je préfère nettement le tableau précédent, même si sujet et style sont si différents que je ne devrais pas être autorisé à les comparer.

 

628g1 Bari, Francesco Netti, La Lecture 

Nous voici au dix-neuvième siècle. Au début, j’ai parlé du réalisme et j’ai dit que j’y reviendrais au sujet de Francesco Netti (1832-1894). Voici La Lecture. Dans un style, et peut-être une technique, qui rappellent l’Impressionnisme, nous sommes face à un tableau dont le réalisme est photographique. C’est le contraire de l’Impressionnisme, qui ne représente pas mais évoque. Quoi qu’il en soit, j’adore ce tableau, cette jeune femme à l’ample jupe dans cet intérieur bourgeois, occupée à regarder les images d’un journal qui peut être l’Illustration et dont le visage exprime l’intérêt tandis qu’elle tient distraitement sa tasse de café. J’étais sur le point de le détacher du mur quand je me suis rappelé que je ne peux le fixer au mur de notre maison ambulante, aucune surface n’étant disponible. Et puis, si je m’étais fait prendre, on ne m’aurait pas laissé l’accrocher au mur en dur de ma prison. Je suis donc parti en le gardant dans un coin de ma mémoire.

 

628g2 Bari, Francesco Netti, En Cour d'Assises

 

C’est le même Francesco Netti qui a peint À la cour d’assises. Ce tableau-ci est daté 1882. En même temps esthétique et documentaire, cette huile qui montre les personnes passionnées par le procès, une majorité de femmes penchées à la galerie, est elle aussi extrêmement réaliste, c’est le fruit d’une observation humaine d’un œil aigu et d’une description précise et soigneuse. Je l’aime aussi beaucoup, même s’il me touche moins que le précédent.

 

628h1 Bari, Zandomeneghi, Jeune fille avec un bouquet de fl 

Federico Zandomeneghi est un peintre italien né à Venise en 1841 mais qui a travaillé à Paris et y est mort en 1917. Évidemment, qui aime Renoir et s’intéresse un peu à lui sait qu’il était l’ami de Paul Durand-Ruel, son marchand de tableaux. Dans le livre de souvenirs écrit par le fils du peintre, le cinéaste Jean Renoir, j’ai pu approfondir ma connaissance de leurs relations. Notamment, à son contact, Renoir a compris que l’art devait passer par les lois du marché. Or voici que je vois que Zandomeneghi avait le même Durand-Ruel comme marchand, et que ce dernier l’avait incité, au tournant du siècle, à accélérer sensiblement son rythme de travail, ce qu’il fit en produisant d’innombrables variantes de portraits féminins dans l’intimité de leur vie quotidienne, son thème favori. Deux autres tableaux proches de celui-ci sont connus, l’un intitulé Les Marguerites représente le même modèle avec un bouquet de fleurs, mais avec les cheveux défaits et sans le paysage de fond, l’autre intitulé Campagne française, qui représente le paysage sans le modèle, mais avec un premier plan très vide, probablement pour recevoir le portrait de jeune fille. Sans doute ces deux autres tableaux sont-ils la préparation de celui que je vois ici à Bari. Ce tableau, Jeune fille avec un bouquet de fleurs daté de 1903 est une huile, mais sa technique est influencée par la pratique du pastel par son auteur. Et voilà une autre œuvre qui me plaît beaucoup.

 

628h2 Bari, Armenise, Édicule sacré sur la lagune, huile

 

 Le support de cette peinture à l’huile est une assiette de porcelaine et l’auteur en est Raffaele Armenise (Bari 1852 – Milan 1925), qui l’intitule Édicule sacré sur la lagune. Nous sommes donc à Venise. Ce qu’à Milan, à Rome, à Naples, à Palerme ou à Bari on trouve sur les murs des maisons ou en divers endroits de la rue, ces petits autels dédiés à un saint, ces statues de la Vierge, ces crucifix devant lesquels les fidèles déposent un petit bouquet de fleurs ou font brûler une bougie, à Venise pouvaient se voir sur un pied émergeant des eaux de la lagune. Le couple que l’on voit ici s’est approché en barque pour nettoyer la vitre du lampadaire et pour remplacer le cierge ou la bougie de l’édicule derrière. Les couleurs atténuées du couchant, la finesse du dessin surtout si l’on considère les très petites dimensions de l’assiette, les attitudes des personnages, tout dans cette peinture est délicat et joli.

 

628h3 Bari, Antonio Piccinni, Un Musulman 

Cette aquarelle d’Antonio Piccinni, né à Trani en 1846 (Trani est une ville des Pouilles non loin de Bari. Nous avons l’intention d’aller y visiter une cathédrale) et mort à Rome en 1920, est intitulée Un Musulman. Évidemment, l’habillement, la barbe, les deux gros pistolets, sont là pour faire couleur locale, mais j’aime la précision du trait et l’expression de l’attitude ainsi que le jeu des couleurs. Au dix-neuvième siècle particulièrement, cet exotisme était prisé. Les peintres français ne se sont pas privés de sujets pris en Algérie ou au Maroc.

 

628h4 Bari, Raffaele Laudati, Rappel

 

En haut de ce dessin au charbon sur papier l’auteur a indiqué le titre, Richiamo (Rappel), et la date Paris 1931 sous la signature illisible, qui est celle de Raffaele Laudati (Altamura 1862 – Naples 1941). Altamura, autre cathédrale que nous visiterons, est située non loin de Bari, direction sud, sud-est. Une scène amusante, prise sur le vif.

 

628h5 Bari, Giorgio De Chirico, Chevaux 

Cette gouache sur papier collé sur carton, Chevaux, est de Giorgio De Chirico 1888-1978). Elle a dû être réalisée dans les années 30. Nous avions vu une exposition des œuvres de ce peintre à Rome, le 11 avril dernier. Je n’avais pas aimé son style. Bien sûr je le connaissais parce qu’il est extrêmement célèbre, mais jamais je n’avais vu d’exposition regroupant tant de tableaux de lui et je n’ai pas compris alors cette accumulation de monuments antiques dans des décors contemporains. Mais ces chevaux, ici, entre la mer et ces quelques fragments de colonnes antiques, sont très beaux avec leurs grandes crinières et leurs queues touffues d’animaux fantastiques. Dans sa jeunesse, il avait écrit : "Et je pense encore à l’énigme du cheval dans son essence de dieu marin. Une fois, j’ai imaginé dans l’obscurité d’un temple, surgissant du rivage de la mer le destrier parlant, prophétique, que le dieu de la mer a donné au roi Argos. Je lai imaginé sculpté en marbre pur et limpide comme un diamant, plié sur les jambes postérieures comme un sphinx, avec toute l’énigme et l’infinie nostalgie des ondes dans ses yeux et dans le mouvement de son encolure blanche".

 

Avec son ciel et sa mer sombres, mais avec des touches de blanc, non seulement avec l’un des chevaux, mais dans les colonnes, les nuages, l’écume des vagues, la réflexion de la lumière sur la robe du cheval bai, cette petite peinture est très forte. Elle appartenait précédemment au MOMA, le Museum Of Modern Art de New-York, qui l’a mise en vente sur le marché de l’art européen où elle a été acquise par un collectionneur italien, romain, Luigi Grieco. Ce monsieur a ainsi acquis en une trentaine d’années une cinquantaine d’œuvres d’art italiennes s’étalant sur une durée de 85 ans, de 1860 à 1945. Gravement malade, il a souhaité en faire don à un musée afin que le public en profite. Mais curieusement, bêtement aussi, les musées n’étaient pas intéressés, manque de place, par exemple. Lors d’un passage en Basilicate, on lui a conseillé d’aller voir à la pinacothèque de Bari, où le courant est tout de suite passé avec la conservatrice. Elle est allée deux fois à Rome pour voir la collection d’abord, pour des formalités de transmission ensuite, et lorsqu’en septembre à la date fixée elle a téléphoné pour prendre le dernier rendez-vous, Luigi Grieco venait de s’éteindre. C’est sa femme Anna qui a achevé les formalités de la donation. Parce que je souhaitais montrer ici des œuvres de diverses époques et de divers styles, je n’ai présenté que deux œuvres de sa collection, la Jeune fille avec un bouquet de fleurs et Chevaux, mais j’ai beaucoup aimé ce qu’il aimait, j’ai aimé tous les tableaux de sa collection. C’est donc sur cela, sur sa générosité et sur son goût que je terminerai cet article au sujet de la pinacothèque provinciale de Bari.

 

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Published by Thierry Jamard
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Frederic Dupont 10/01/2012 12:55

Je serais en vacance l'été prochain à côté de Bari.
Nous ne manquerons pas de passer voir cette pinacotheque que nous ne connaissons pas.

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