Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 23:53
Nous avons passé quelques jours à Pylos et dans les environs. Cette ville est située sur la côte ouest de la Messénie, "doigt" le plus occidental au sud du Péloponnèse. Mais avant toute chose, quelques mots de la façon peu sympathique dont nous avons été accueillis en ville. Une voiture de police guettait sur la place principale et, quand je suis passé à sa portée, un policier m’a fait signe d’arrêter, m’a tendu un papier et m’a dit "No sleep, no sleep". Le papier, rédigé en allemand, rappelle qu’une loi grecque interdit le camping sauvage et que l’amende pour les contrevenants est de près de cent cinquante Euros par personne. Passons sur le fait que garer un camping-car le long d’un trottoir ou sur un parking ne peut être interdit puisque c’est un véhicule comme un autre, et que ce que j’y fais ne regarde que moi (si je dors dans ma voiture, personne ne me dira rien, si je dors dans mon camping-car ce devrait être la même chose). Mais ce que je trouve particulièrement peu accueillant, c’est ce papier rédigé dans une seule langue qui n’est même pas la plus couramment parlée par les touristes, et qui est remis dans ces conditions. Que l’on se contente d’un panneau sur le parking rappelant la loi, en grec et en anglais (et français, italien, allemand, néerlandais si on veut, ce sont les immatriculations de camping-cars le plus souvent rencontrées sur les routes grecques). Bref, passons à mon sujet, c’est plus agréable.
 
Non seulement les paysages sont de toute beauté, mais de plus les lieux sont porteurs d’histoire, aussi bien préhistorique ("histoire préhistorique"… l’expression est osée, mais peu importe), que mycénienne, byzantine, vénitienne, turque, de sorte que je me vois contraint d’y consacrer deux articles. Le premier, celui-ci, concernera la Pylos néolithique (brièvement) et la Pylos mycénienne de Nestor.
 
Je vais en dire tout à l’heure un peu plus au sujet de ce Nestor qui tient une grande place chez Homère, mais d’abord une précision sur la situation de Pylos. Dans l’Odyssée, à la fin du chant II, Télémaque, le fils d’Ulysse, quitte son île d’Ithaque et se rend chez Nestor à Pylos pour s’informer sur son père et son retard à rentrer de Troie : "Et Athéna aux yeux clairs fit souffler un vent favorable, Zéphyr, qui les poussait en résonnant sur la mer sombre. […] Ils déployèrent les voiles blanches retenues par des courroies, et le vent les gonfla par le milieu. Et le flot pourpré résonnait le long de la carène de la nef qui marchait et courait sur la mer […]. Et, toute la nuit, jusqu'au jour, la Déesse fit route avec eux". Fin du chant II. Début du chant III : " Hélios, quittant son beau lac, monta dans [le ciel] […] et ils arrivèrent à Pylos […], entrèrent dans le port, serrèrent les voiles […] et ils parvinrent à l'assemblée où siégeaient les hommes Pyliens. Là était assis Nestor avec ses fils, et, tout autour, leurs compagnons préparaient le repas, faisaient rôtir les viandes et les embrochaient".
 
Je me suis donc livré à un petit calcul. En ligne droite, sur ma carte Michelin au sept cent millième, il y a 25 centimètres à parcourir, ce qui représente 175 kilomètres, ou en divisant par 1,852 quatre-vingt quinze milles nautiques. Athéna les a accompagnés toute la nuit, quand ils sont arrivés on préparait la viande pour le repas, supposons donc que cette navigation d’une nuit et un matin se soit déroulée de 18 heures au lendemain 11 heures, soit pendant dix-sept heures, Télémaque a vogué à 10,3 kilomètres à l’heure soit 5,6 nœuds. Compte tenu des techniques de l’époque, par bon vent et avec un navire relativement léger qui court sur la mer, c’est tout à fait vraisemblable.
 
713a1 Pylos, palais de Nestor
 
Au lieudit Epano Englianos a été découvert et fouillé en 1939 le mieux conservé des palais mycéniens. Mais en outre, en ces lieux et sous les restes mycéniens, il a été trouvé des traces montrant qu’il y avait eu une activité humaine dès 4000-3100 avant Jésus-Christ. Mis au jour et débarrassés de la terre qui les recouvrait et les protégeait, ces vestiges de palais seraient soumis aux intempéries et vite disparaîtraient, aussi sont-ils protégés sous un vaste toit. On a découvert les traces de quatre bâtiments. Ici, sous ce toit, nous sommes dans le palais de Nestor, le bâtiment le plus ancien (sud-ouest) est le palais de Nélée, le père de Nestor, le bâtiment du nord-est est une cave à vin et enfin un bâtiment a été recouvert, à la fin du quatorzième siècle, par le palais de Nestor. Ici, pas de murs cyclopéens, pas de fortifications.
 
713a2 Pylos, palais de Nestor, salle du trône et foyer
 
713a3 Pylos, palais de Nestor, appartement de la reine
 
Ce Nestor, on l’a compris, était le roi de Pylos. Homère parle sans cesse de lui dans l’Iliade. C’est un homme assez âgé mais encore capable de se battre contre les Troyens, un sage. Mais sa sagesse lui est naturelle, elle n’est pas uniquement due à l’expérience que confère l’âge. Souvent, il est consulté avant une prise de décision pendant la Guerre de Troie et son avis est écouté. J’ai résumé à grands traits dans mon dernier article certains événements de l’Iliade, et je disais comment, au chant IX, Agamemnon cherchait à se faire pardonner l’offense qu’il avait fait subir à Achille, en lui offrant de généreux dons. Cette décision, il la prenait après avoir entendu Diomède, mais surtout les sages conseils de Nestor : "Et le cavalier Nestor, se levant au milieu d'eux, parla ainsi : "[Diomède], tu es le plus hardi au combat […]. A la vérité, tu es jeune, et tu pourrais être le moins âgé de mes fils […]. C'est à moi de tout prévoir et de tout dire, car je me glorifie d'être plus vieux que toi. Et nul ne blâmera mes paroles, pas même le Roi Agamemnon […]. Très illustre Atride Agamemnon, roi des hommes, […] je te dirai ce qu'il y a de mieux à faire, car personne n'a une meilleure pensée que celle que je médite maintenant, et depuis longtemps, depuis le jour où tu as enlevé, ô race divine, contre notre gré, la vierge Briséis de la tente d'Achille irrité. Et j'ai voulu te dissuader, et, cédant à ton cœur orgueilleux, tu as outragé le plus brave des hommes, que les Immortels mêmes honorent, et tu lui as enlevé sa récompense. Délibérons donc aujourd'hui, et cherchons comment nous pourrons apaiser Achille par des présents pacifiques et par des paroles flatteuses." Et le Roi des hommes, Agamemnon, lui répondit : "Ô vieillard, tu ne mens point en rappelant mes injustices. J'ai commis une offense, et je ne le nie point. […] Puisque j'ai failli en obéissant à de funestes pensées, je veux maintenant apaiser Achille et lui offrir des présents infinis.""
 
Ici, sur la première photo, nous sommes dans la grande salle du trône, et ce cercle que nous voyons est le foyer. Du trône lui-même il ne reste rien, sans doute était-il en bois incrusté d’ivoire mais son emplacement surélevé est bien visible, le long du mur face au foyer, ainsi que les trous dans lesquels, de son trône, le roi offrait des libations aux dieux. Un autre foyer figure sur la seconde photo, et là nous sommes dans les appartements de la reine. Il était surmonté d’une cheminée, nous la verrons au musée.
 
713a4 Pylos, palais de Nestor, escalier du nord-est
 
Nestor était l’un des plus puissants souverains de l’époque mycénienne. Ce n’est pas un roitelet qui règne sur une ville et quelques champs alentour, son royaume recouvre toute la Messénie (cette presqu’île), vers l’est jusqu’au-delà de Kalamata, là où commence le Magne, et vers le nord jusqu’à deux fois la longueur de la presqu’île. D’ailleurs, alors que le roi des rois, Agamemnon, aligne 100 navires pour partir vers Troie, Nestor en aligne 90. Son palais mesure 30 mètres sur 57. Rien qu’au sol on dénombre 55 pièces, ce qui n’est pas rien, mais en outre cet escalier, ci-dessus, et un autre en un autre endroit, sont la preuve que le palais comportait aussi un étage, mais comme il n’en reste rien il est difficile de dire quel était l’usage des pièces d’en haut. En revanche, en bas, les fouilleurs ont trouvé au sol des fragments de fresques qui se sont brisées en se détachant des murs et en tombant. Néanmoins, certaines parcelles sont parfaitement visibles (il y en a au musée), et des traces ont permis aux archéologues de reconstituer ce que représentaient les scènes. Les sols, eux, n’étaient pas en mosaïques, ils étaient simplement peints.
 
713a5a Pylos, palais de Nestor, cave à huile
 
713a5b Pylos, palais de Nestor, cave à huile
 
713a5c Pylos, palais de Nestor, jarre d'huile
 
Nous voici dans le magasin d’huile, la réserve d’huile d’olive si indispensable en ce pays. Certes il y a chez les Mycéniens de somptueux banquets, et le genre épique qui ne manque jamais d’ajouter au luxe et à la magnificence des rois et des héros nous en donne des descriptions grandioses, mais au quotidien, même dans les milieux aristocratiques, un repas pouvait se composer de pain arrosé d’huile d’olive sur lequel un déposait des rondelles d’oignon et des olives. D'autre part les lampes brûlent à l'huile. Dans le palais où vivent de nombreuses personnes, entourage du roi et serviteurs, on voit quel volume d’huile d’olive il convenait de stocker.
 
713a6 Pylos, palais de Nestor, WC
 
Comment dit-on de façon élégante ? Des lieux d’aisance ? Alors que dans le troisième tiers du dix-septième siècle et au dix-huitième siècle encore, à Versailles, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI utilisaient des chaises percées dans leur chambre à coucher et que beaucoup de gens, des nobles, des courtisans, quand il s’agissait d’un simple pipi se contentaient d’ouvrir une fenêtre, ici au deuxième millénaire avant Jésus-Christ il existait une pièce réservée à ces usages.
 
713a7 Pylos, palais de Nestor, baignoire
 
Ce que j’ai gardé pour la fin de notre visite de ce palais, c’est un objet merveilleux, la seule, l’unique baignoire de l’époque mycénienne retrouvée à ce jour. On savait bien qu’il en existait, on savait que Clytemnestre et Égisthe avaient assassiné Agamemnon dans son bain, mais on n’en avait jamais vu. Et l’on constate que la forme est celle des baignoires contemporaines pour que l’on puisse s’y prélasser, le buste incliné en arrière, le dos appuyé sur l’arrondi.
 
713b1a Pylos, tombe mycénienne près du palais de Nestor
 
713b1b Pylos, tombe mycénienne près du palais de Nestor
 
À quelques centaines de mètres du palais de Nestor, un panneau sur la route indique une tombe à tholos mycénienne. On gare le véhicule et, là, on découvre la construction que montre ma photo (fouilles de 1953). Il faut cependant préciser que le toit s’était effondré et qu’il a été remonté avec les pierres trouvées au sol. Construite vers 1550-1500 avant Jésus-Christ, elle a été utilisée au quinzième siècle et peut-être jusqu’au treizième siècle. Dix-sept corps y ont été enterrés. C’est contre le mur, dans ce rectangle de pierre, que se trouvaient les sépultures. Quoiqu’ayant été pillée dans l’Antiquité, cette tombe contenait néanmoins encore des objets, dont un sceau à griffon, emblème de l’autorité royale. Et s’il y avait ici une tombe royale, cela signifie qu’il se trouvait un établissement humain important autour de 1500 avant Jésus-Christ.
 
713b2 Pylos, tombe mycénienne
 
Un peu plus loin, nouveau panneau. Cette tombe, dans les bois, est en mauvais état, et n’a pas fait l’objet d’une reconstruction, sans doute parce que les matériaux qui la constituaient ont disparu.
 
713b3a Pylos, Voïdokoilia, tombe mycénienne de Thrasymèd
 
713b3b Pylos, Voïdokoilia, tombe mycénienne de Thrasymèd
 
713b3c Pylos, Voïdokoilia, tombe mycénienne de Thrasymèd
 
Nous sommes toujours à Pylos, mais dans un tout autre secteur. Nous sommes sur la côte, sur une belle grande plage bordée de hautes dunes de sable. C’est le lieudit Voïdokoilia. Le parcours est fléché, on chemine un moment parmi les dunes et l’on arrive à une très grande tombe à tholos. Repérée au dix-neuvième siècle, elle n’a été fouillée qu’à partir de 1950. Les archéologues ont pu définir qu’elle avait été utilisée de 1680 à 1060 avant Jésus-Christ. En se fondant sur une description qu’en fait Pausanias, elle a été identifiée comme étant la tombe de Thrasymède, le fils de Nestor. Mais Pausanias, au deuxième siècle de notre ère, soit quelque mille trois cents ans après les héros de la Guerre de Troie, ne pouvait se fonder que sur une tradition locale, évidemment à prendre avec précautions. Cette tombe également avait été pillée dans l’Antiquité, mais bien des objets y ont malgré tout été retrouvés, deux colliers en améthyste, une multitude de pointes de flèches en pierre, etc., ainsi qu’un squelette de bœuf intact, qui constituait sans aucun doute un sacrifice pour le mort. On rapporte que les fouilleurs, en découvrant ce squelette témoin de la cérémonie funéraire, en ont été fortement impressionnés, et je les comprends. De nouvelles fouilles ont été menées en 1977-1979, qui ont révélé que cette tombe avait en fait été construite sur un tumulus, avec jarres funéraires, utilisé de 2050 à 1680, soit précisément la date de la construction de cette tombe. Autrement dit, il n’y a pas eu discontinuité dans l’utilisation funéraire de ce lieu sur une durée de mille ans.
 
713c1 Pylos, Palaiokastro et grotte de Nestor
 
713c2 Pylos, grotte de Nestor
 
713c3 Pylos, grotte de Nestor
 
713c4 Pylos, grotte de Nestor
 
Sur cette même plage, mais à l’autre extrémité cette fois, se dresse un mur de rocs très élevé, au sommet duquel a été construit un château au Moyen-Âge, c’est Palaiokastro, "le Vieux Château", dont j’aurai l’occasion de parler un peu dans mon prochain article. Et, très peu visible sur ma première photo, mais que l’on distingue à mi-hauteur si l’on regarde attentivement, se trouve l’entrée de la grotte que je montre sur ma seconde photo. À l’intérieur, au fond, la deuxième chambre est très sombre, mais avec un éclair de flash et un coup de pouce de Photoshop, on parvient à distinguer les parois. Et la dernière photo montre que l’on est déjà assez haut pour avoir une belle vue du paysage. La tradition lui donne le nom de Grotte de Nestor ; sans s’appuyer sur aucune source légendaire, à ma connaissance, on raconte que c’était l’abri des troupeaux de ce roi mycénien. Là encore, parce que Nestor est le grand homme de Pylos, lorsque l’on rencontre un lieu un peu marquant ou particulier, on le lui attribue. Tant à l’intérieur de cette grotte que sur les collines avoisinantes, ont été trouvées des traces d’existence humaine remontant au milieu du sixième millénaire avant Jésus-Christ.
 
713d1 Pylos, Chora, musée du palais de Nestor
 
Il faut faire quelques kilomètres en voiture pour parvenir au village de Chora où a été créé le musée qui regroupe les trouvailles du palais et des tombes, ou du moins celles que ne s’est pas attribuées le Musée Archéologique National d’Athènes. Car si le Louvre, le British Museum, le Staatliche Museum de Berlin, à la suite d’Auguste, de Néron ou de Constantin, ont volé pas mal de richesses antiques grecques, Athènes, avec son titre de capitale, ne vole pas. Elle centralise. Il est vrai que pour la majorité des touristes Pylos est loin et le circuit traditionnel commence et finit à Athènes. Malgré tout, je regrette un peu que les objets ne restent pas proches du lieu de leur découverte. Ce qui n’empêche pas ce petit musée d’être passionnant et d’une richesse déjà exceptionnelle.
 
713d2 Pylos, musée de Chora, tablette mycénienne, linéai
 
Environ un millier de tablettes écrites en linéaire B ont été retrouvées. D’après la nature des inscriptions qu’elles portent, on comprend que le palais était le centre financier, administratif, politique, et religieux de la Messénie mycénienne. Si ces tablettes dont les inscriptions étaient tracées dans l’argile crue nous sont parvenues, c’est grâce, ici comme ailleurs, à un immense incendie du palais qui les a cuites, vers 1200 avant Jésus-Christ. À la même époque ont également brûlé bien d’autres palais, à Mycènes, à Tirynthe, le Cadméion de Thèbes, etc. à la suite de quoi la civilisation mycénienne a sombré, la Grèce est entrée dans un Moyen-Âge qui ne nous a livré que bien peu d’œuvres d’art, de constructions, de poteries, jusqu’à ce que du neuvième au sixième siècles avant Jésus-Christ ce que l’on appelle l’époque archaïque signifie un renouveau, et même un brillant renouveau, de la civilisation grecque. En littérature, ce seront les poèmes homériques, les œuvres d’Hésiode, entre autres. Alors, que s’est-il passé vers 1200, les historiens n’ont pas de réponse sûre. Depuis l’Antiquité, on parle de l’invasion dorienne, événement lié à la légende des descendants d’Héraklès, ou Héraclides, chassés du Péloponnèse, patrie de leur illustre ancêtre, et qui l’auraient réinvesti par la conquête, par la force. Mais le Cadméion de Thèbes n’est pas dans le Péloponnèse, et de plus ces Doriens qui connaissaient le fer étaient des Grecs puisque leur dialecte est grec, cette invasion n’explique pas pourquoi la civilisation a connu une période d’obscurantisme. Des historiens modernes ont avancé l’hypothèse que la structure sociale mycénienne, avec ses rois tout puissants et leurs grands vassaux, avec cette foule du petit peuple sans pouvoir, avait fait long feu, qu’un peu partout avaient eu lieu des troubles et des soulèvements populaires, peut-être sous l’influence de ces fameux envahisseurs doriens qui voulaient des terres sans se soumettre aux rois en place, et que ces révoltes des populations locales fomentées et aidées par les nouveaux arrivants ont entraîné des émeutes avec incendie de ce qui représentait l’ancien système, les palais royaux. Tout le système politique, économique, culturel, qui reposait sur le roi et son entourage, se serait alors effondré et serait tombé aux mains d’hommes frustes, sans éducation, et qui auraient mis longtemps à organiser de nouveaux états et à voir émerger parmi eux de nouveaux lettrés, de nouveaux artistes, de nouveaux législateurs, à recréer une économie, une industrie, tout le système que nous connaissons pour être celui de la Grèce archaïque, puis classique.
 
Dans le palais de Nestor à Pylos, le bois était omniprésent. Les colonnes qui soutenaient le toit étaient en bois. Les menuiseries des portes et fenêtres, les poutres, les meubles, tout était en bois. Le feu s’est, de toute évidence, propagé extrêmement vite. Or, à la différence de ce qui s’est passé dans les autres palais mycéniens incendiés, on n’a pas retrouvé ici de squelettes humains calcinés, pas plus que des objets de valeur. Ceux qui sont exposés ici dans ce musée ou à Athènes proviennent des tombes à tholos. On pense donc, ou bien que les occupants du palais, devant l’émeute, avaient eu le temps de s’enfuir en emportant tout ce qui pouvait être sauvé, ou bien que les émeutiers les avaient chassés et avaient tout pillé avant de mettre le feu. Mais ces tablettes, sans intérêt pour les pillards, avaient été laissées sur place et avaient cuit pour le plus grand bénéfice des archéologues. Plus jamais personne n’a vécu à cet emplacement. Une nouvelle Pylos, avec le même nom, a été reconstruite à quelques kilomètres de là.
 
713d3 Pylos, musée de Chora, jarres mycéniennes
 
Voici trois belle poteries mycéniennes. Celle du milieu est une jarre trouvée dans le palais où elle avait été abandonnée, les deux autres proviennent de tombes, celle de gauche étant un vase rituel. Je les ai choisies parce que j’admire l’élégance de leur forme et l’harmonie de leur décoration.
 
713d4 Pylos, musée de Chora, poteries mycéniennes
 
713d5 Pylos, musée de Chora, poterie mycénienne
 
Que les fuyards dans leur débâcle n’aient pas jugé bon de s’encombrer de poteries sans grande valeur ou que les pillards n’en aient rien eu à faire, un grand nombre de ces pots ont été abandonnés dans le palais et s’accumulent dans les vitrines. On remarque que beaucoup d’entre elles ont été noircies par l’incendie. Quelques unes, comme sur ma seconde photo, ont une forme plus originale.
 
713d6 Pylos, musée de Chora, table à offrandes
 
Dans la salle du trône, entre une colonne et le foyer, a été retrouvé cet objet de terre cuite recouverte de stuc. Il s’agit d’une table d’offrande où les visiteurs déposaient leurs présents. C’est un objet exceptionnel parce que extrêmement rare.
 
713d7 Pylos, musée de Chora, vaisselle en or
 
Cette tasse en or provient d’une tombe, comme tous les autres objets de valeur. C’est un travail très fin et de toute beauté. Je trouve incroyable cette régularité du dessin, réalisé bien évidemment à la main.
 
713d8 Pylos, musée de Chora, tuyau de cheminée et son cou
 
Précédemment, dans la salle où se trouve le foyer des appartements de la reine, j’ai évoqué la cheminée que l’on pourrait voir au musée. La voilà, avec ce tronc de cône qui en constitue le couvercle.
 
713d9a Pylos, musée de Chora, fresque du palais de Nestor
 
713d9b Pylos, musée de Chora, fresque du palais de Nestor
 
Dans plusieurs vitrines du musée sont présentés, comme je l’annonçais tout à l’heure, des fragments des fresques qui se sont détachées des murs. Intelligemment, on présente pour les accompagner les dessins tels que l’on suppose pouvoir les reconstituer. Ainsi, ci-dessus, on peut voir un fragment avec le bas d’un corps, de la taille jusqu’aux pieds, et d’autre part l’avant-train d’un chien devant lequel, très effacée, on devine une silhouette d’homme. Partant de là et utilisant aussi de très petits morceaux de la fresque, les spécialistes ont pu reconstituer le puzzle de cette scène d’hommes menant des chiens et portant des trépieds. Cette fresque ornait une pièce du premier étage et elle a été retrouvée dans un petit couloir sur lequel donne d’un côté le mégaron de la reine, sur l’autre côté des pièces privées de ses appartements, chambres de ses servantes, dépense.
 
713d9c Pylos, musée de Chora, fresque du palais de Nestor
 
713d9d Pylos, musée de Chora, fresque du palais de Nestor
 
Ici également, une scène a pu être reconstituée. Un corps cambré tenant une lance de la main gauche et, passant en pleine course près de lui, les antérieures terminées par des sabots d’un grand animal, et d’autres fragments laissant penser à une tête de cerf, tout cela induit la conclusion qu’il s’agit d’une chasse au cerf. Cette fresque provient de la petite pièce contiguë au mégaron de la reine où se trouve la baignoire que j’ai montrée tout à l’heure, mais en fait elle décorait non la salle de bains, mais la pièce située au-dessus et qui s’est effondrée.
 
Il y a encore nombre de fragments de fresques et tous ces dessins sont plus intéressants les uns que les autres. Femmes élégantes, combat des Pyliens contre les Arcadiens, griffon et lion, femme assise, etc., mais je ne peux tout montrer et j’ai, comme à mon habitude, été déjà trop long. Il est donc temps de mettre un point final en attendant de parler dans mon prochain article de la Pylos du Moyen-Âge à nos jours.
Par Thierry Jamard
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