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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 22:19
688a1 Départ du Pirée
 
688a2 Départ du Pirée
 
L’île de Délos a surgi de la mer pour permettre à Léto de mettre au monde les enfants qu’elle avait conçus avec Zeus, alors qu’Héra, l’épouse jalouse du roi des dieux avait interdit à toute terre connue d’accueillir sa rivale. Et cette île nouvelle ne pouvait être sous le coup de l’interdiction. Ces enfants étaient les jumeaux divins Apollon et Artémis. Et le mot grec kyklos désignant le cercle (cf. français cycle), les îles Cyclades sont organisées tout autour de ce centre du monde. Il s’agit d’une visite d’autant plus essentielle que l’île, toute petite, regorge de trésors archéologiques. En fait, l’île entière est un musée, elle ouvre le matin à 8h30 et ferme à 15h00, on paie son entrée en débarquant du bateau et personne ne peut y passer la nuit. Et comme elle est située à une demi-heure de bateau de Mykonos on part du Pirée à 7h35, on arrive à Mykonos à 12h50 et du fait que pour le retour le bateau part à 14h15 on n’a manifestement pas le temps de voir Délos, à moins de passer une nuit à Mykonos, de visiter Délos dès le matin et de revenir à temps pour sauter dans le ferry. Tel est notre choix. Mais les guides, annonçant que Délos est ouverte tous les jours de l’année, et même le bureau d’information du port du Pirée le confirmant, tous se trompent, car en cette saison l’île n’est ouverte qu’un seul jour par semaine, et nous ne le saurons que mercredi matin en cherchant à nous embarquer… Tant pis, nous nous contenterons de Mykonos, et nous reviendrons une autre fois parce que l’avion d’Emmanuelle est jeudi 17, elle doit rentrer pour travailler.
 
Nous avons pris des chambres d’hôtel au Pirée pour avoir le temps de dormir avant de nous embarquer car sinon il aurait fallu quitter le camping à 6h après avoir défilé tous les trois sous la douche du camping-car (l’eau du camping est chauffée par le soleil et, tôt le matin, elle est bien froide) et préparé nos petits bagages. Ci-dessus, le ferry quitte le port du Pirée mardi matin. Plus de cinq heures de voyage, c’est déjà une mini-croisière.
 
688b Syros
 
Il fait frais mais beau et nous profitons du trajet en mer. La mer Égée étant toute parsemée d’îles c’est un plaisir de les contempler au passage. Il y a aussi, vers la fin du voyage, deux escales, l’une à Syros que l’on voit sur ma photo ci-dessus, et l’autre à Tinos.
 
688c1 Mykonos
 
688c2 Mykonos
 
Les guides, les dépliants, les sites Internet, tout présente Mykonos comme le Saint-Tropez grec, l’île de tous les plaisirs, le rendez-vous obligé de la jet set grecque et internationale avec ses boutiques de luxe, ses boîtes de nuit, une plage gay, une plage nudiste, une animation qui ne cesse pas, tout le contraire du calme et du naturel que j’aime, loin des foules et du snobisme. Mais en cette saison il n’y a pas grand monde, et la jet set préfère se retrouver aux Seychelles où, près de l’Équateur, il fait chaud toute l’année.
 
688c3 Mykonos
 
688c4 Natacha et Emmanuelle à Mykonos
 
Mardi après-midi, mardi soir, mercredi matin, nous nous promenons donc, déambulant dans ces charmantes ruelles que les habitants repassent chaque année à la chaux pour qu’elles soient d’un blanc éclatant. J’ai même vu quelque part que la loi y obligeait. La loi, c’est peut-être un peu trop général, mais c’est peut-être un arrêt municipal, ou provincial. Je n’ai pas les moyens de vérifier, mais tous les murs sont blancs, les trottoirs, les escaliers, les joints entre les pierres du sol, et la plupart des menuiseries sont bleu foncé, ce qui donne un fort cachet à l’île. Et comme il fait bon au soleil, on peut s’arrêter pour discuter, comme ici Natacha et Emmanuelle.
 
688d1 Mykonos
 
688d2 Mykonos
 
À la nuit tombée également, la promenade est agréable. Le décor et l’ambiance changent complètement. L’île étant loin d’être plate, je suppose que lorsqu’il y a des orages la pluie doit s’écouler vers la mer en torrents dans les rues. Aussi, certaines rues sont équipées d’un vaste caniveau central qui collecte les eaux et leur permet de ruisseler sans inonder. Pour les piétons, de petits ponts sont prévus. Sur les voies romaines, c’étaient de grosses pierres qui permettaient de traverser, ce qui était tout aussi commode pour le commun des mortels (et des immortels aussi). Aujourd’hui on a le bon goût de penser aussi aux invalides, et le système romain n’aurait pas permis la traversée d’un fauteuil roulant, ni celle du dieu boiteux Héphaïstos. Ce mignon petit pont, si, quoique difficilement puisqu’il faut gravir deux marches.
 
688e Marché aux poissons à Mykonos
 
Mercredi matin, nous allons voir sur le port le marché au poisson. Les pêcheurs se chargent eux-mêmes de vendre leur poisson. Je ne comprends pas bien ce qui se passe, ils sont très occupés à vider et à étêter certains poissons qu’ils mettent dans des sacs en plastique. Je me demande si ce ne sont pas des commandes de restaurants qu’ils préparent en attendant le client. N’étant pas en camping-car, nous n’achetons rien.
 
688f1 Oiseau pêcheur à Mykonos
 
Certains n’ont pas besoin d’aller au marché et se servent directement ! En fait, je ne vois pas très bien ce que cette mouette a dans le bec, mais il semble que ce soit un morceau de poisson déjà coupé et jeté à la mer par un pêcheur. Ce que je sais, c’est que ce mets est très convoité. J’ai assisté à une poursuite, une bagarre, et le bout de poisson a plusieurs fois changé de bec.
 
688f2 Mykonos, le pélican rose
 
688f3 Mykonos, les pélicans roses
 
688f4 Mykonos, le pélican rose
 
Un autre amateur de poisson est ce pélican rose. On me dit, sans le voir, qu’il a nom Petros. Mais il y a deux pélicans roses à Mykonos et on ne me donne qu’un seul nom... Ils sont les mascottes de l’île, depuis longtemps. Et comme c’est Petros II je suppose qu’on les remplace quand ils meurent. Sur ma première photo, l’un d’eux est au marché et, sans complexe, évolue entre les jambes bottées des pêcheurs. De temps à autre, l’un d’eux lui gratte la tête, un autre lui donne un petit poisson. Puis il va se promener du côté des tables, en terrasse du café, voir si quelqu’un ne lui donnerait pas quelque chose. Il paraît que quand il a soif, il sait très bien aller à la fontaine et, du bec, ouvrir le robinet. Et quand, en passant, on remarque que le robinet est ouvert, on comprend que Petros est allé se désaltérer et n’a, comme d’habitude, pas refermé le robinet après usage. Lorsque, dans l’après-midi, nous avons vu ces deux pélicans strictement immobiles comme des gardes de palais royal, ne clignant même pas des paupières et installés de cette façon symétrique aux deux bouts d’une grille, nous les avons crus synthétiques. Puisque ce sont des mascottes, on place ici leur effigie. Mais pas du tout, c’est eux, les vrais, en chair, en os et en plumes roses. Chacun de nous trois les a caressés un petit moment, mais ils n’ont pas bronché. Ils sont restés aussi immobiles que si nous ne les avions pas touchés. Drôles d’oiseaux.
 
688g1 Mykonos, église Paraportiani
 
688g2 Mykonos, église Paraportiani
 
688g3 Mykonos, église Paraportiani
 
688g4 Mykonos, église Paraportiani
 
Un autre caractère très marquant de Mykonos, ce sont ses petites églises disséminées partout. On ne fait pas trois pas sans en voir une. Mais celle-ci est tout à fait particulière. D’abord, elle n’est pas petite. Et d’autre part cette église consacrée à la Vierge Paraportiani est l’une des plus anciennes de l’île, très bizarrement constituée de quatre petites églises emboîtées les unes dans les autres, plus une cinquième par-dessus. Et cette architecture complexe donne des formes géométriques intéressantes et originales. J’ai lu quelque part que le nom de Paraportiani venait de paraporti qui signifierait petite porte. Je ne peux pas y croire. D’abord parce que para n’a jamais signifié petit, ni en grec ancien, ni en grec moderne. Ensuite, si porta signifie bien une porte, ce mot ne prend jamais la forme porti. Ses variations sont portas au génitif singulier, et portes, portôn (avec oméga) au pluriel. Je suppose que le sens est plutôt du côté de la porte, auprès de la porte. Et en effet, Bibendum dit, sans pour autant se référer à l’étymologie, qu’elle est bâtie entre la mer et une porte du Kastro, la fortification ancienne.
 
688h1 Mykonos, église Prophète Élie et St Denys d'Égine
 
Cette petite église, avec son minuscule parvis clos d’un muret et d’où émergent deux arbres tout tordus est consacrée au prophète Élie et à saint Denys d’Égine. Celui-là, j’en ignorais l’existence. Et je n’ai pas trouvé grand chose à son sujet. Ce serait un moine originaire de Zante (Zakynthos de son nom grec, l’une des sept îles ioniennes, juste au sud de Corfou). L'archevêque d'Athènes l’aurait nommé évêque d'Égine contre son gré, parce qu’il voulait vivre en ermite, mais par obéissance il aurait assumé cette charge. Il est mort en 1622. Moi, quand j’enseignais, j’aurais voulu des classes de trente hellénistes passionnés, le recteur et mon proviseur ne me donnaient que de petits effectifs, par obéissance je les assumais. J’ai donc mes chances de canonisation. Vous, les jeunes qui me survivrez, vous verrez bien si l’on consacre des églises (ou des lycées) à mon nom.
 
688h2 Mykonos, égl. St Georges et égl. Ste Barbara et St
 
688h3 Mykonos, église Ste Barbara et St Phanourios
 
Quand je disais que tous les trois pas on rencontrait une église… Certes, entre l’église de gauche et celle de droite, les trois pas sont un peu grands, mais quand même, il n’est pas nécessaire de chausser les bottes de sept lieues. Celle de gauche, c’est Saint Georges, des quinzième et seizième siècles. Celle de droite, comme le dit la plaque, est dédiée à sainte Barbara et à saint Phanourios, et tous deux conjointement nous présentent leur église. Évidemment, ce saint Phanourios que je ne connaissais pas m’a intrigué. Et j’ai découvert que c’est un saint reconnu par l’Église orthodoxe. Il y a cinq siècles, dans un monastère de l’île de Rhodes, les moines ont vu des cambrioleurs fouiller et mettre au jour des icônes très vieilles, mais ils n’osèrent pas les affronter et restèrent cachés. Quand les pillards furent partis en emportant ce qui avait de la valeur à leurs yeux, les moines regardèrent les icônes, qui n’avaient pas d’intérêt pour les voleurs. Elles étaient très vieilles et abîmées, une seule était d’une fraîcheur parfaite, ce qui fut interprété comme un signe. Cette icône représentait un saint du nom de Phanourios, et autour de la figure centrale douze scènes évoquaient sa vie et sa mort. Il avait été martyrisé, mais avant de subir le martyre il avait recommandé à ses amis de prier pour le salut de sa mère, qui était païenne. Il promit d’intercéder pour eux s’ils le sollicitaient après avoir confectionné et mangé un gâteau en priant pour l’âme de sa mère. Le patriarche et le Saint Synode firent construire une cathédrale pour recevoir dignement l’icône de saint Phanourios, et depuis, jusqu’à ce jour, la tradition de confectionner ce gâteau appelé phanouropita s’est maintenue. Quand il est cuit on le porte à l’église, le prêtre le bénit, on se signe en priant pour Madame Phanourios mère, et on déguste en commun le gâteau. La recette peut varier, mais neuf ingrédients sont obligatoires, à savoir farine avec levure, sucre, eau, raisins secs, noix, huile d’olive, cannelle, sésame, muscade. D’autres ingrédients peuvent être ajoutés sans que saint Phanourios fâché refuse d’intercéder ou que l’âme de sa mère aille griller en enfer.
 
688h4a Mykonos, église Sainte Hypakois
 
688h4b Mykonos, église Sainte Hypakois
 
688h4c Mykonos, église Sainte Hypakois
 
Encore une autre église. Ouverte celle-ci. Rien, aucune plaque, aucune indication ne dit sa date de construction, son nom, rien. Je relève le nom de la rue, c’est quelquefois significatif. Οδός άγιας Υπακοής. J’ai cherché cette sainte sur Internet. À l’ancienne, avec l’aspiration (esprit rude) initiale et le êta dans la dernière syllabe, Hypakoès, avec la transcription I du êta selon la prononciation moderne, Hypakois, et puis sans aspiration puisque le grec moderne n’en connaît plus aucune, Ypakois, et même avec la transcription I du upsilon, puisqu’il se prononce ainsi, Ipakois. Rien. Introuvable. Inconnue au bataillon. Grande sainte, assurément, mais si l’un de mes lecteurs la connaît je suis preneur des informations. Outre que je souhaite montrer le riche intérieur (première photo), j’aime bien comparer les diverses interprétations de l’Annonciation (deuxième photo), et la fresque de la troisième photo, assez abîmée, est néanmoins assez belle.
 
688i1 Mykonos, moulins à vent
 
Pour finir mon petit tour de Mykonos, je montre trois photos. Sur celle-ci, ces moulins à vent qui ont près de quatre cents ans sont l’une des fiertés de cette île. L’un d’entre eux est, paraît-il, encore en état de marche, et il arrive quand les conditions météorologiques s’y prêtent, que l’on y mette les voiles blanches. Mais peut-être seulement en été lorsqu’il y a suffisamment de touristes pour les admirer, car aujourd’hui il faisait beau et il y avait un peu de vent. Pas beaucoup, il est vrai.
 
688i2 Mykonos
 
Cette photo-ci est plutôt pour le fun, ce petit vélo d’enfant fixé à la fenêtre aux volets clos constitue une image amusante (pour moi), qui m’a arrêté. Passons.
 
688i3 Mykonos, Fedex
 
La majeure partie des rues de l’île sont très étroites, la circulation automobile y est impossible. Beaucoup de gens se déplacent à vélo ou à mobylette, mais on voit aussi, pour transporter des marchandises, un grand nombre de tricycles garnis d’une caisse comme sur cette photo. Ce qui a attiré mon attention en voyant celui-ci, c’est qu’il travaille pour Fedex, poste privée moderne et performante pour qui est prêt à payer ses services à hauteur du service annoncé. Il est bien évident que je ne cherche nullement à remettre en question la qualité des services de Fedex au vu de ce tricycle, qui sans aucun doute dessert les immeubles des ruelles de Mykonos mieux qu’une camionnette moderne, mais j’ai trouvé amusant pour l’œil ce véhicule rudimentaire et vétuste associé à ce label. Et c’est sur cette image que je quitte Mykonos.
 
688j Tinos
 
Comme à l’aller, nous faisons escale à l’île de Tinos. Pour éviter que les personnes qui quittent ici le ferry ne soient bousculés par celles qui y montent, peut-être aussi pour laisser la voie libre aux véhicules qui sortent du bateau, les voyageurs qui souhaitent accéder au ferry sont maintenus derrière des grilles. J’ai été frappé par cette image qui les montre parqués dans une salle exiguë derrière une grille surveillée par un policier ou un employé en uniforme qui donne l’impression d’être un gardien de prison. Ou encore, les passagers sont des animaux de zoo dans leur cage, que le dompteur s’apprête à ouvrir. Quelle que soit la comparaison, elle est peu flatteuse pour eux…
 
688k1 Syros
 
688k2 Syros
 
Et la seconde escale est à Syros, dont j’ai montré une image à l’aller. Ici, c’est une troupe de vendeurs qui attend pour s’embarquer. À bord, pendant le trajet vers Le Pirée, ils vont passer par tout le bateau pour proposer leurs produits locaux. Sauf erreur, les eaux territoriales sont une zone marine qui s’étend jusqu’à douze milles marins de 1852 mètres, soit 22,224 kilomètres des terres, sauf bien sûr lorsque moins de 24 milles séparent des terres appartenant à deux pays différents, auquel cas la limite passe à mi-chemin. C’est l’une des raisons pour lesquelles la France, par exemple, tient tant à des îles comme les Kerguelen, dont la valeur intrinsèque est faible, mais chaque îlot donne la souveraineté sur un vaste espace maritime. Tout cela pour dire que, comme la mer Égée est truffée d’îles grecques à moins de 44 kilomètres les unes des autres, sur notre trajet nous ne sortons jamais des eaux territoriales grecques, et à défaut de naviguer dans des eaux internationales on ne peut s’exempter de la TVA. C’est pourquoi il n’y a pas à bord de boutique hors taxe, laissant la place à ces vendeurs ambulants. Mais, tous vêtus de la même blouse blanche et portant le même panier d’osier blanc, ils ne sont pas des marchands individuels, ils appartiennent visiblement à une société qui a un contrat avec la compagnie maritime. Mais à quoi bon leur acheter au prix fort des produits que nous trouverons meilleur marché à terre ?
 
Nous voilà de retour sur le continent. Il est tard, mais nous récupérons le camping-car dans le parking gardé de l’hôtel où nous avons passé la nuit avant notre départ, et regagnons le camping d’Athènes, sur la route de Corinthe.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Jean-Marie LETIENNE 15/05/2011 06:08


Je sens chez vous un moral qui a quelques faiblesses. Si vous voulez, je m'occupe de la canonisation Monsieur Le Professeur !!!!!!!!!!!


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