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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 23:58

À Pompéi, nous voici plongés au cœur de la vie quotidienne de la province romaine au temps de l’apogée de l’Empire, en 79 après Jésus-Christ. Je suis conscient que je vais être trop long dans cet article, mais de cette ville engloutie que nous avons mis deux jours entiers à visiter, je ne vois pas comment ne pas publier de nombreuses photos. Quant à l’éruption et comment elle a détruit Pompéi, j’ai retrouvé sur Internet le texte latin de la lettre de Pline le Jeune à son ami l’historien Tacite, racontant la mort de son oncle Pline l’Ancien sur les lieux de la catastrophe. Et là, à la fois le plaisir de me jeter dans une version latine qui me rajeunit et l’intérêt de ce texte historique m’ont conduit à traduire ici de larges extraits de cette lettre.

 

Par la langue que parlent les peuples on peut identifier leur appartenance ethnique, et c’est ce qui m’a passionné dans mes études (lointaines) de linguistique. Le peuple indo-européen qui est arrivé sur le territoire de l’Italie appartenait à la branche italo-celtique. Les Celtes ont continué leur route vers l’ouest (Gaulois, Bretons, Gallois, Gaéliques, Galiciens), et les Italiques se sont sédentarisés et Italie. Les Italiques comportaient trois rameaux principaux, les Osques, les Ombriens et les Latins. La langue latine n’a réussi à étouffer les autres langues qu’au fur et à mesure des conquêtes et des assimilations. Or ce sont des Osques qui ont fondé Pompéi au huitième siècle avant notre ère, c’est-à-dire à l’époque où Romulus, selon la légende, a fondé Rome (en l’an 753). La ville était active, elle entretenait des contacts notamment avec les colonies grecques d’Italie, particulièrement Cumes, dont elle subit l’influence culturelle. Et puis en 80 avant Jésus-Christ les Romains sont arrivés et ont investi la cité, où des familles de diverses conditions se sont installées, tandis que des riches y avaient une résidence secondaire. Désormais il fallait parler latin, même si l’on descendait d’une vieille famille locale.

 

142 ans se sont écoulés depuis la conquête romaine. Nous sommes en 62 après Jésus-Christ, et voilà qu’un violent tremblement de terre jette à bas bien des édifices, endommage les rues et les équipements. On se met à l’ouvrage, on répare, on reconstruit. Ce n’est pas encore fini en 79, dans cette ville en effervescence qui compte environ vingt-cinq mille habitants (le nombre précis est difficile à déterminer, parce que seuls étaient recensés officiellement les citoyens, mais ni les étrangers, ni les esclaves, ni les affranchis). Et c’est alors que, le 24 août, le Vésuve se met à cracher des cendres qui vont recouvrir Pompéi, Herculanum, Stabies. À Pompéi, il y a près de sept mètres d’épaisseur. Humains comme animaux sont tués instantanément, intoxiqués d’abord, puis asphyxiés et ensevelis. Pompéi, Herculanum, Stabies, ces trois villes sont rayées de la carte, et même à tel point que l’on oublie totalement leur existence. Quand, creusant un canal à la fin du seizième siècle, on met au jour deux inscriptions en latin, on ne fait aucun lien avec la catastrophe de 79. En 1748, des fouilles sont entreprises mais, jusqu'à ce qu'une inscription très claire désigne la ville de Pompéi, on se demandait si ce n'était pas Stabies.

 

Vingt-sept ans après l’éruption, Tacite, le grand historien, s’adresse à une source sûre pour écrire son livre, il demande à Pline le Jeune de lui raconter la fin de son oncle, Pline l’Ancien, qui a péri victime du Vésuve. Voici la réponse du neveu au sujet de son oncle Pline l’Ancien : "Il était à l’époque à Misène, avec la flotte qu’il commandait. Le neuvième jour avant les Calendes de septembre [le 24 août] vers la septième heure [vers une heure de l’après-midi, heure légale française], ma mère souhaitait qu’il observe un nuage qui, lui semblait-il, était de taille et de forme très inhabituelles. Il venait de prendre un peu le soleil et, après un bain d’eau froide et un repas léger, il était retourné à ses livres. Il se lève aussitôt et monte sur une éminence d’où il pouvait avoir une meilleure vue de ce phénomène inhabituel. Un nuage s’élevait, mais à cette distance on ne pouvait dire de quelle montagne ; on sut par la suite que c’était du mont Vésuve. Quant à son apparence, la meilleure comparaison est avec un pin parasol, car il s’élevait comme un très haut tronc puis s’étalait au sommet comme des branches […]. Il était parfois brillant et parfois sombre et sale, selon qu’il était plus ou moins rempli de terre et de cendres. Un homme aussi instruit et savant que mon oncle trouvait que ce phénomène valait la peine d’être étudié. Il fit préparer une chaloupe et me proposa de l’accompagner. Je lui dis que je préférais travailler, et il est vrai que lui-même m’avait donné de quoi écrire. Il était en train de sortir, quand il reçoit un mot de Rectina, la femme de Cascus, effrayée par le danger qui menace (en effet, sa villa étant au pied du volcan, la seule issue était par la mer), elle le suppliait de l’arracher à un tel risque. Lui, alors, change son projet et, ce qu’il avait entrepris dans un but d’étude, il le poursuit par courage. Il fait appareiller des quadrirèmes [navires à quatre rangs de rameurs] où il embarque en personne pour porter secours, non pas seulement à Rectina mais à beaucoup de gens (car la côte, agréable, était très peuplée). Il met le cap en toute hâte vers le lieu d’où les autres s’enfuient, en droite ligne, si peu terrorisé qu’il dictait et notait tout ce qui se passait et tout ce qu’il voyait. Déjà la cendre tombait sur les navires, de plus en plus chaude et de plus en plus dense à mesure qu’ils approchaient, et aussi des pierres ponces et des cailloux noircis, brûlés, éclatés par le feu, déjà la mer se retirait et des morceaux de montagne obstruaient le rivage. Un moment, il s’est demandé s’il allait faire demi-tour, mais bien vite il dit à son pilote qui le lui conseillait : ‘Le sort sourit aux audacieux. Dirige-toi vers chez Pomponianus’. Celui-ci était à Stabies [aujourd’hui Castellamare di Stabia]".

 

Ce Pomponianus est effrayé et Pline, pour le rassurer, se baigne puis dîne en feignant la décontraction et va dormir. De la pièce voisine, on l’entend ronfler comme un sonneur. Finalement on va le réveiller parce que sa porte menace d’être bloquée par l’accumulation des cendres. Délibération : les tremblements de terre, violents et rapprochés, mettent à mal les maisons, mais en rase campagne les chutes de pierres sont également très dangereuses. Choix de la seconde solution, la tête protégée par des oreillers.

 

"Ailleurs, il fait déjà jour mais ici c’est une nuit plus noire et plus dense que toutes les nuits, cependant éclairée de nombreuses torches et autres feux. On décida d’aller vers le rivage et de voir de près la solution qu’offrirait la mer, mais elle continuait d’être agitée et hostile. Là, couché sur une toile étendue au sol, il réclame et boit de l’eau froide une fois puis une autre fois. Ensuite, des flammes, et une odeur de soufre annonciatrice d’autres flammes, font fuir les autres et l’obligent à se lever. S’appuyant sur deux esclaves, il se redresse et aussitôt tombe mort, suffoqué, je suppose, par une fumée trop épaisse car il avait par nature le souffle court et des problèmes respiratoires. Quand on recommença à voir clair –ce qui n’arriva que le troisième jour [deux jours après]–, on trouva son corps entier et intact, couvert des vêtements dont il s’était habillé : il avait plus l’air de se reposer que d’être mort. Pendant ce temps, ma mère et moi étions à Misène, mais cela n’a rien à voir avec cette histoire, et tu n’as pas demandé autre chose que comment il est mort".

 

492a Pompéi, forum

 

À partir du dix-huitième siècle, en 1748 comme je le disais tout à l’heure, on a commencé à dégager l’épaisse couche de cendres qui avait enseveli Pompéi, qui s’était solidifiée et finalement avait protégé ce qu’elle recouvrait. Ici, le forum, grande place publique qui constitue un lieu de rencontre, de promenade, de réunions publiques, et sur lequel ouvrent toutes sortes de bâtiments, temples, services publics, boutiques, etc. Ma photo, ici, est prise depuis le pied du temple de Jupiter qui se dresse au-dessus du forum à son extrémité nord.

 

492b1 Pompéi, temple d'Apollon

 

492b2 Pompéi, temple d'Apollon

 

Donnant sur le flanc ouest du forum, se trouve le temple d’Apollon. On y a replacé deux statues, copies dont les originaux sont au musée de Naples. Devant ce séduisant athlète, Apollon représenté en archer, je suppose que mademoiselle est célibataire ? Ce temple date de l’époque indépendante de Pompéi (575-550)et était alors le principal sanctuaire de la ville. Au deuxième siècle, avec les Romains, a été entrepris un grand renouvellement de l’urbanisme et le temple d’Apollon a été profondément remanié.

 

492c Pompéi, basilique

 

Également sur le côté ouest du forum, la basilique date du deuxième siècle avant Jésus-Christ, en tant qu’élément de la "monumentalisation" de la cité. Par basilique, du grec basileus, le roi, il ne faut pas comprendre un édifice religieux, mais un bâtiment de services publics. Les basiliques au sens chrétien ont pris ce nom parce qu’on les a construites sur ce plan à trois nefs. Dans la partie dont le toit s’est effondré, en premier plan, avaient lieu les tractations économiques, tandis qu’au fond siégeaient les juges, comme dans nos tribunaux.

 

492d1 Pompéi, le marché

 

492d2 Pompéi, le marché

 

Sur le flanc est, s’étend le marché et ses échoppes, dont on voit ici la façade sur le forum, mais qui s’ouvrait sur un espace carré bordé de boutiques.. Quelques unes des enseignes sont encore visibles, comme celle de ces porteurs d’eau, à moins qu’elle n’évoque une livraison de vin ou d’huile.

 

492e1 Pompéi, rue

 

En empruntant cette large rue, nous sortons du forum par le nord-ouest. Le bâtiment sur la droite est donc le temple de Jupiter. Cet arc a dû être construit en l’honneur de l’un des premiers empereurs (la dynastie des Julio-claudiens), antérieur à Néron dont l’arc était de l’autre côté mais avait été abattu à la mort de cet empereur dont la mémoire a été condamnée par le sénat.

 

492e2 Pompéi, rue

 

492e3 Pompéi, rue

 

Évidemment, toutes les rues n’étaient pas aussi larges et nobles. Mais pour que les piétons marchent à l’abri des voitures, il y avait systématiquement des trottoirs, et l’on pouvait repérer de loin où il y avait des carrefours parce qu’alors il y avait ces grosses pierres en travers de la route pour que les piétons n’aient pas à patauger dans l’eau lors des fortes pluies qui parfois s’abattent sur la région. Les chars respectant l’écartement standard de leurs roues, soit 1,432 mètre (mesure reprise par les chemins de fer d’Europe de l’ouest, sauf l’Espagne), franchissaient ces passages piétons sans problème. On voit qu’une rue était très fréquentée à la profondeur des ornières creusées dans la pierre. Sur l’autre photo, la petite rue zigzaguante sympathique, il est curieux que ce passage piéton soit d’un seul tenant, car si les roues du char passent de part et d’autre sans problème, où le cheval passe-t-il ? À moins qu’il n’enjambe, au pas, l’obstacle… Cette disposition est exceptionnelle.

 

492e4 Pompéi, fontaine de la rue de Mercure

 

De très nombreux angles de rues sont équipés de fontaines. Le robinet est moderne, bien sûr, mais la fontaine est ancienne. Toutes sont sculptées de motifs différents, pour indiquer le nom de la rue. Par conséquent, celle-ci est située à l’entrée de la rue de Mercure (le dieu est reconnaissable à son casque ailé et à son caducée).

 

492f1 Pompéi, le théâtre

 

À Pompéi il y a deux théâtres construits l’un près de l’autre, l’un grand, l’autre petit. Celui-ci est le petit théâtre, en fait un odéon, c’est-à-dire une salle de concert et de déclamations de poètes, ce qui explique que la cavea, l’espace semi-circulaire qui sert de scène, soit si petite. Pour en améliorer l’acoustique, il était couvert. Sa capacité était de 800 spectateurs.

 

492f2 Pompéi, l'amphithéâtre

 

L’amphithéâtre est situé non pas à l’extérieur de la ville, mais tout au bout, sous les murs. Les touristes ne le visitent pas beaucoup, ils y discutent, s’y reposent, y cassent la croûte. Dans l’Antiquité sa capacité était de vingt mille places. Les combats soulevaient les passions et entraînaient aussi des bagarres, un peu comme de nos jours avec les hooligans. En 59 de notre ère, une rencontre avait lieu entre l’équipe de Pompéi et celle de Nocera. À la simple rivalité sportive s’ajoutait la haine entre les deux villes, parce que Pompéi, de longue date province romaine, s’était vu amputer une partie de son territoire au bénéfice de Nocera quand celle-ci, peu avant cette fameuse rencontre, était à son tour devenue province romaine. Aussi, dans le feu de l’action, les supporters des deux équipes en sont-ils venus aux mains. Bagarre rangée, au terme de laquelle il y a eu des morts et des blessés. Une fresque transférée au musée de Naples représente l’événement. Du coup, Néron (54-68) décida la fermeture de l’amphithéâtre de Pompéi pour dix ans à titre de sanction. Mais la femme de Néron, Poppée, intervint, et à la suite du tremblement de terre de 62 l’empereur se laissa fléchir et les jeux reprirent dans l’amphithéâtre.

 

492g1 Pompéi, la Taverne de Phébus

 

Taverne de Phébus. Nous continuons, après les spectacles, à évoluer dans la vie quotidienne. Une taverne, avec sa table de consommation, nous dirions son "zinc", donne une allure très contemporaine à la ville.

 

492g2a Pompéi, thermopolium de Lucius Vetutius Placidus

 

Mais voici un thermopolium. Une inscription nous indique même le nom de son propriétaire, Lucius Vetutius Placidus. Les Romains, et donc au premier siècle après Jésus-Christ les Pompéiens, déjeunaient rarement à la maison, ils prenaient généralement un petit quelque chose sur le pouce, en ville. De nos jours, à Rome, un peu partout on voit "tavola calda", table chaude. C’est un genre de cafétéria où des plats préparés sont maintenus au chaud et servis à la demande. Le thermopolium fonctionne selon le même principe. Dans ces cuves on place des récipients en terre cuite contenant des plats cuisinés maintenus au chaud, et les clients consomment debout ici même ou en marchant dans la rue. Il y a aussi, derrière, une salle où l'on peut s'asseoir à une table. C’est l’un des meilleurs exemples de ce type d’établissement, avec le logement à l’arrière, que l’on ait retrouvé. La caisse a été abandonnée par le propriétaire qui s’est enfui, sans doute pensant revenir après l’éruption. Elle contenait 374 as et 1237 quadrants (l’as fait 9 grammes de bronze au début de l’Empire). Cela représente 170 sesterces.

 

492g2b Pompéi, thermopolium de Lucius Vetutius Placidus

 

Le lararium, en français le laraire, est consacré aux divinités protectrices du foyer, les dieux lares. Ici, il est surmonté de cette fresque, où deux serpents, censés apporter fertilité et prospérité, se rencontrent face à un autel de sacrifice. Au-dessus, le génie du foyer, entouré à droite et à gauche des lares, effectue un sacrifice, tandis qu’à l’extrême gauche on reconnaît Mercure et à l’extrême droite Bacchus. Ces dieux n’ont pas été choisis au hasard car nous sommes dans un restaurant, or Mercure est le dieu du commerce et Bacchus celui du vin…

 

492h1 Pompéi, boulangerie

 

492h2 Pompéi, meule à blé

 

492h3 Pompéi, four

 

Autre commerce de bouche, la boulangerie (les photos 2 et 3 n’ont pas été prises dans la même boulangerie que la photo n°1). On voit ici des meules. Dans les trous des côtés, on fixait une sangle dont l’extrémité était tirée par un âne pour faire tourner la partie supérieure sur la partie inférieure. Par l’ouverture du sommet on versait le grain et en bas on récupérait la farine. Et l’on cuisait le pain dans ces fours à bois qui sont strictement identiques à ceux que l’on utilise encore aujourd’hui dans les pizzerias napolitaines.

 

492i1 Pompéi, lupanar

 

Dans la vie quotidienne des Pompéiens, un autre "commerce" avait sa place. C’est le lupanar, composé de plusieurs petites cellules équipées chacune d’un lit en maçonnerie comme celui-ci. Il est évident qu’il était revêtu de plusieurs épaisseurs de tissu pour en améliorer quelque peu le confort.

 

492i2 Pompéi, lupanar

 

492i3 Pompéi, lupanar

 

492i4 Pompéi, lupanar

 

Pour les clients en mal d’imagination ou d’enthousiasme, des fresques étaient là pour leur donner des idées ou pour inciter leur ardeur. De nos jours, les touristes se pressent pour visiter ce bâtiment et ricanent en voyant ces fresques. Dans notre société pourtant libérée elles sont quelque peu choquantes même si l’on s’en amuse. Mais il ne faut pas oublier que cette morale concernant le corps est un apport du christianisme, et l’usage de ce lieu par des personnages respectables, la vue de ces images, n’étonnaient ni ne heurtaient personne. Ce lupanar est le plus grand et le mieux organisé de Pompéi, mais c’était loin d’être le seul, car on en compte 25 dans la ville. Une passe coûtait entre 2 et 8 as, c’est-à-dire trois fois rien car pour un as on pouvait se payer un verre de vin ordinaire. La femme, une esclave grecque ou orientale, ne recevait rien pour son service, tout était pour le patron. Il ne versait aucun salaire et se contentait d’assurer le vivre et le couvert à ses esclaves.

 

492i5 Pompéi, inscription électorale

 

Autre élément de la vie, les élections. Par exemple celle, annuelle, des deux juges "duoviri jure dicundo". On ne placardait pas d’affiches électorales, mais on achetait le droit d’utiliser des murs privés. Ici, on peut lire (mais, n’ayant pas déchiffré sans l’aide de mon livre ce qui est écrit, j’ai bêtement coupé la partie droite sur ma photo et ne me suis aperçu de mon erreur que ce soir, trop tard) : "Holconium Priscum II-vir[um] I[ure] D[icundo] D[ignum[ R[ei] P[ublicæ] O[ro] V[os] F[aciatis]". Je construis ma phrase : "Oro vos faciatis 2-virum jure dicundo Holconium Priscum, dignum rei publicæ", ce qui donne en français "Je vous demande de nommer duovir pour la juridiction Holconius Priscus, qui est digne de l’État".

 

492j1 Pompéi, nécropole de Porta Nocera

 

Hélas, il faut aussi penser à la fin de la vie. Passée la Porta Nocera, le long de la route qui mène à cette ville (dont j’ai parlé au sujet de l’amphithéâtre) il y a une nécropole puisqu’il était interdit d’ensevelir en ville et que l’usage était d’utiliser le bord des routes. Cette tombe comportait, dans chacune de ses niches, le portrait de l’un des membres de la famille enterré là. Les tombes pouvaient être de taille très variable, et celle-ci est très grande. Elle allaient aussi de la plus pauvre, une simple enceinte, à la plus riche, un monument sculpté et décoré.

 

492j2 Pompéi, nécropole de Porta Nocera

 

Celle-ci comporte une inscription intéressante. "Passant, s’il ne t’est pas déplaisant de t’attarder un peu sache que celui que j’avais espéré être un ami m’a jeté dans un procès avec des accusateurs mais je rends grâces aux dieux et je suis libéré de tout mal dans mon innocence. Que ni les dieux pénates, ni ceux des enfers ne reçoivent ce menteur".

 

493a1 Pompéi, fresque

 

Venons-en aux fresques. Nous sommes ici dans ce que l’on a appelé la Villa des Mystères parce que ces murs représentent une scène d’initiation à des mystères dionysiaques avec des personnages grandeur nature. Les spécialistes déduisent cela de la représentation du dieu sur le mur perpendiculaire, mais n’ont pas d’explication du détail de ce que font les participants. Cette fresque décorait le triclinium, c’est-à-dire la salle à manger. Le style en est de la fin de la République ou du début de l’Empire.

 

493a2 Pompéi, maison de la chasse antique

 

Dans la maison dite de la Chasse antique, on voit un chien s’attaquant à un gros animal qui ressemble à un bœuf, un autre qui poursuit un cerf. Ici, le chasseur affronte un ours. Il s’agit d’esquisses très simplifiées, mais pleines de vie, de mouvement.

 

493b Pompéi, fresque

 

493c Pompéi, fresque

 

493d Pompéi, fresque

 

J'ajoute quelques autres fresques dont je ne suis pas capable de donner le sujet, mais qui sont intéressantes pour la qualité du dessin, pour les coloris, pour l’expression des personnages, et qui sont suffisamment bien conservées pour donner une idée de la décoration des maisons. Dans ma collection de photos, je les ai également choisies parce qu’elles sont de styles différents.

 

493e Pompéi, fresque

 

Ce faune dansant est un type de décoration en forme de frise. En effet, le dessin est petit (ma photo, qui n’est pas bien grande, l’agrandit déjà un peu), et des cadres successifs délimitent des sujets sur fond uni, sans décor.

 

493f1 Pompéi, maison de Vénus dans une conque

 

493f2 Pompéi, maison de Vénus dans une conque

 

493f3 Pompéi, maison de Vénus dans une conque

 

Cette maison est celle de Vénus dans une coquille. Elle a été très endommagée par l’une des nombreuses bombes lâchées sur Pompéi en 1943. Pourtant, ces Pompéiens-là étaient morts depuis longtemps et ne se réclamaient ni du nazisme, ni du fascisme, ni de la Résistance. Cette très grande fresque, qui recouvre tout un mur et qui par chance a été épargnée, est surprenante. Vénus apparaît mollement allongée dans une conque, avec des bracelets aux chevilles et aux poignets, un collier, dans une pose alanguie peu naturelle au plan physique mais très évocatrice, et qui rappelle étrangement des dessins indiens. Une cape, gonflée par le vent comme une voile, l’entraîne vers la ville, dont elle est la protectrice. Elle est entourée d’Amours ailés chevauchant des dauphins, et de chaque côté de cette scène marine on trouve des jardins fleuris, où des oiseaux volent ou sont posés sur la barrière basse du premier plan, comme les deux ci-dessus. Ailleurs, d’autres oiseaux s’abreuvent à une fontaine. L’effet de cette peinture, sur le mur du péristyle au fond du jardin visible de partout dans la maison, est absolument splendide.

 

493g1 Pompéi, maison du Navire Europe

 

493g2 Pompéi, maison du Navire Europe

 

Nous voici dans la maison du Navire Europe. Avant de justifier ce nom, je dois dire que c’est une villa dotée d’un grand jardin sur deux niveaux. Les recherches ont fait trouver dans le sol les racines de 416 plantes tuées lors de l’éruption de 79. Ce sont pour la plupart des pieds de jeune vigne (on a aussi retrouvé un pressoir), mais il y a également des oliviers et des arbres fruitiers, noyers, amandiers, figuiers.

 

La maison s’organise tout entière autour d’un péristyle dont le mur du fond est recouvert d’un enduit sans fresque ni peinture. Et quelqu’un s’était amusé à y graver un dessin de grand navire marchand. L’auteur du graffiti était doué pour le dessin, car il est de qualité, net, précis, finement détaillé avec tous ses cordages. J’aurais voulu le montrer ici en entier, mais il est derrière une vitre réfléchissante, et puisque ce n’est pas de la couleur rien n’empêche d’utiliser le flash en ne se mettant pas en face pour éviter la réflexion, mais cela grille la partie la plus proche et laisse dans le noir l’autre extrémité. Comme on le voit par l'image de la proue, le dessin est fouillé. Et sur le flanc, vers la poupe, on peut lire EVROPA. Ce navire est donc nommé Europe, non pas pour évoquer le continent, mais plutôt du nom de l’héroïne grecque originaire de Tyr. Zeus, séduit par sa beauté, avait pris l’apparence d’un taureau blanc avec des cornes ressemblant à un croissant de lune. Europe, admirant ce taureau qui s’approchait d’elle avec un air engageant, osa monter sur son dos. Aussitôt, le taureau se jeta à la mer avec elle qui se cramponnait et hurlait de peur, et il nagea jusqu’en Crète où, sous des platanes, il s’unit à elle. De ces amours, elle donnera naissance à Minos, le roi de Crète. Sans doute est-ce à cette légende marine et à cette traversée mythique que fait référence le nom de ce bateau.

 

493g3 Pompéi, maison du Navire Europe

 

493g4 Pompéi, maison du Navire Europe

 

493g5 Pompéi, maison du Navire Europe

 

Une main malhabile, ou peut-être plusieurs mains, ont rajouté des petits personnages. Si petits que, pendant tout le temps que j’ai passé à examiner chaque centimètre carré du dessin, aucun des nombreux touristes qui ont défilé devant ne les a vus, et moi-même, malgré mon examen minutieux, j’ai mis longtemps à les distinguer. Le premier (désolé, ma photo est un peu floue) ressemble beaucoup à un shadok. Le visage du second est de même style, mais il a un corps comme en dessinent les très jeunes enfants. Le troisième, lui, est d’un style très différent. Il donne l’impression d’avoir été dessiné par un adulte, mais un adulte sans aucun talent. L’homme est étendu sur un lit, avec un oreiller non pas sous la nuque mais sous tout le buste et il repose dessus tout rigide, creusant un pont des pieds à la tête.

 

493h1 Pompéi, seuil de maison

 

Fresques et dessins, je m’en tiendrai là. Sur le seuil de cette maison dite du Faune, le propriétaire a fait inscrire en formule d’accueil l’équivalent de "bonjour" ou "salut". J’ai dit tout à l’heure qu’avec l’arrivée des Romains il a fallu parler latin. Oui, mais lorsque les vrais Pompéiens se retrouvaient entre eux, en famille, entre amis, et même avec les commerçants, ils parlaient encore osque ou grec. Le fait d’inscrire une formule de bienvenue en langue latine en avant de sa porte d’entrée, visible de la rue par tout passant, signifie que le propriétaire était un Romain, ou qu’il voulait manifester son amitié pour les Romains. Mais, même si l’on n’est pas latiniste et même si l’on n’est pas chrétien, on connaît les paroles "Je vous salue, Marie" en français et "Ave Maria" en latin. Ave, sans H.

 

493h2 Pompéi, mosaïque de sol

 

Cette maison dite de Méléagre comporte une partie ancienne dont le sol est d’époque républicaine, en mortier de chaux et de terre cuite pilée, et une partie plus récente, postérieure au séisme de 62, en mosaïque blanche et noire. Ces deux événements successifs, le tremblement de terre de 62 qui a entraîné beaucoup de travaux de rénovation, et l’éruption volcanique de 79 qui a figé soudainement et définitivement la ville, permettent d’avoir une idée des modes décoratives et des techniques à une époque précise, cet intervalle de dix-sept petites années.

 

493h3 Pompéi, volet de fenêtre

 

Souvent, on a tendance à rejeter l’Antiquité dans un passé où la vie était rudimentaire. Et puis lorsque l’on y regarde de plus près on se rend compte que si la voiture, l’électricité, les ordinateurs et le téléphone portable n’existaient évidemment pas, les structures mêmes des villes et des maisons n’ont que très peu changé. Ce volet de fenêtre pourrait avoir été posé la semaine dernière. Imaginons-le propre et en bon état, et l’on pourra trouver le même modèle chez Lapeyre.

 

493i Pompéi, lararium

 

J’ai peu parlé de la religion. Chez le tenancier du thermopolium, on a vu une fresque évoquant les dieux lares, protecteurs de la maison. La plupart du temps, ils étaient représentés par une statue placée dans un petit oratoire qui pouvait se situer dans l’atrium. En voici un exemple.

 

493j1 Pompéi, victime de l'éruption de 79

 

493j2 Pompéi, victime de l'éruption de 79

 

493j3 Pompéi, victime de l'éruption de 79

 

Les cendres sont tombées très rapidement en même temps que des gaz toxiques asphyxiaient les gens. On a vu comment Pline est mort subitement. D’autres ont pu être assommés par des pierres crachées par le volcan. Pline a été retrouvé intact, comme s’il dormait. Ceux qui, comme lui, sont morts subitement, mais qui ont été recouverts par les cendres ont franchi les siècles à l’endroit où ils étaient tombés et dans la même position. Les cendres chaudes ont consumé leurs corps sans les brûler, puis le temps a fait son œuvre, tandis que les cendres s’étaient solidifiées, gardant en creux les formes des corps et renfermant tout au plus les squelettes. Les fouilleurs ont, avant de dégager les cendres, injecté du plâtre dans ces cavités, ce qui nous permet aujourd’hui de voir des moulages parfaits de ces hommes et de ces femmes qui ont été victimes de la catastrophe. Du plâtre, émerge ici ou là un crâne ou quelque autre os.

 

Parce que, quelque passionnante que soit la reconstitution de la vie au premier siècle de notre ère dans le sud de l’Italie, on ne peut oublier le drame humain qu’a représenté cette éruption, c’est sur la mort de cette population que je souhaite terminer cet article. On voit deux hommes au sol, le premier se débat, le second suffoque. Quant au troisième, il est assis, recroquevillé, on voit qu’il étouffe et tente de se protéger le nez ou les yeux. La mort l’a saisi ainsi. Tout au long de ces deux journées de visite de Pompéi, en parcourant leurs rues, en visitant leurs maisons, j’ai été poursuivi par les fantômes de ces personnes dont la vie imprègne encore si fortement les lieux.

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Published by Thierry Jamard
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