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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 18:16
Dernière escale de notre petit périple dans les îles du golfe d’Argolide et du golfe Saronique, nous voici à Égine. En grec, Aigina, ce que le latin transcrit Ægina, forme choisie par l’anglais aujourd'hui. Cette île de 85 kilomètres carrés est au centre du golfe Saronique, à peu près à équidistance de l’Attique et de l’Argolide. C’est une île sans rivières, et la totalité de ses ressources en eau se trouve dans des puits. On ne s’étonnera pas que l’on trouve ici, comme presque partout en Grèce, des oliviers, des figuiers, de la vigne, mais ce qui est très particulier, ce sont les pistachiers, dont le produit bénéficie d’une appellation contrôlée.
 
Nous sommes arrivés à Égine vendredi à 15h10 et l’avons quittée dimanche à 17h45, ce qui nous a donné plus de deux jours sur place. La ville, deux monastères, deux sites antiques, deux musées, cela fait beaucoup de choses. Je scinderai donc mon compte-rendu en deux articles, dans le prochain je parlerai des antiquités d’Égine, et aujourd’hui mon article sera consacré à ce qui a suivi, essentiellement après le Moyen-Âge.
 
Parce que je n’évoquerai qu’en un mot Paul d’Égine, qui a écrit au septième siècle un remarquable traité de médecine et de chirurgie. Et je survolerai d’un coup d’aile le Moyen-Âge, disant que de 1204 à 1451 l’île a été le fief personnel de familles vénitiennes et catalanes, avant de passer sous la coupe de la Sérénissime. En 1537, le tristement célèbre Barberousse l’a prise pour le compte du sultan, l'a saccagée, en a anéanti la population, vendant les hommes comme esclaves, les femmes pour des harems, tuant ceux qui n’étaient pas monnayables, à la suite de quoi l’île a été repeuplée par des Albanais. En 1654 Venise parvient à la récupérer mais devra la rendre aux Ottomans en 1718. Quand, partiellement libérée, la Grèce s’est dotée d’un premier gouvernement, en 1826, c’est à Égine qu’il a siégé et qu’ont été frappées les premières pièces de monnaie grecques de l’époque moderne, jusqu’à la fin de la Guerre d’Indépendance, en 1828.
 
801a1 Egine, dans le golfe Saronique, voit tous les bateaux
 
801a2 Le Flying Dolphin
 
Du fait de sa position, Égine voit passer tous les navires quittant le Pirée. C’est un ballet incessant de navires de toutes tailles, les ferries comme celui qui nous a amenés, des bateaux rapides comme ce Flying Dolphin 19 qui, avec la vitesse, monte sur skis et surfe sur la mer (c’est lui qui nous a transportés d’Hydra à Poros), ou divers types de tankers parmi lesquels des pétroliers géants, mais aussi, comme sur ma première photo, des modèles plus réduits. Je crois bien que celui-ci va fournir en eau les îles qui en sont dépourvues ou trop peu pourvues, comme Poros.
 
801a3 Khoros Kryptou limena dans l'île d'Egine
 
Si nous quittons le port vers le nord, c’est-à-dire à droite, nous allons d’abord trouver à quelques centaines de mètres un site antique, Kolona, et au-delà une baie. C’était un crypto-port, un port caché, dès la plus haute Antiquité. Une chaîne en barrait l’entrée. Sur ma photo, on distingue une ligne plus sombre, dans la mer, parallèle à la côte au fond. C’est l’ancien môle du port caché d’époque classique, actuellement sous le niveau de la mer.
 
801a4 Agia Marina dans l'île d'Egine
 
Du fait de sa proximité d’Athènes, l’île attire un grand nombre d’Athéniens qui y ont une résidence secondaire, ainsi que des touristes étrangers. Sur la côte ouest, à l’opposé du port et non loin d’un grand site archéologique, le temple d’Aphaia, se trouve la plage la plus réputée de l’île. Certes il faudrait la voir en saison, mais je ne la trouve pas enthousiasmante. Heureusement, ce n’est pas pour le farniente que nous sommes venus, et le reste vaut bien la visite.
 
801a5 Paysage d'Aegina
 
Le reste, c’est-à-dire par exemple ce genre de paysage. Le centre de l’île est peu peuplé, et la nature y est donc intacte. En ce début de printemps, des fleurs viennent jeter des taches de couleurs vives sur d’austères vallonnements au-dessus de la mer.
 
801a6 Petit monument dédié à Agios Nektarios (île d'Egi
 
Traversant le Magne, le 16 mai dernier, j’avais vu dans une église d’Aréopoli une icône représentant saint Nektarios, un nom qui revient souvent dans les églises mais aussi sur les bateaux, l’un des plus prisés avec saint Nicolas, et cela m’avait servi de prétexte à raconter sa biographie. Je rappelle brièvement que ce prêtre né en 1846, devenu métropolite (évêque) en Égypte, est revenu en Grèce comme simple moine prêcheur et a fondé à Égine le monastère de la Sainte Trinité, un couvent de femmes dont il est le confesseur. Après sa mort en 1920 il a multiplié les miracles et son corps ne s’est pas corrompu, ce qui l’a fait canoniser par les orthodoxes en 1961. On comprend que, puisque c’est Égine qu’il a choisie pour y créer ce couvent, puisqu’il y a vécu, qu’il y est enterré, l’île lui voue un culte tout particulier. Plus que dans n’importe quel port, on y voit des bateaux Agios Nektarios I, II, III…, et sur les routes de petits monuments à sa gloire –ou à sa mémoire–, comme celui-ci, ne sont pas rares. Je vais parler tout à l’heure de la visite du monastère, mais revenons d’abord en ville.
 
801b1 La Tour de Markellos à Egine
 
801b2 La Tour de Markellos à Aegina
 
801b3 La Tour de Markellos à Aigina
 
Quand, dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, Égine est revenue dans le giron de Venise, un gouverneur avait renforcé les défenses de l’île dans l’espoir qu’elle ne serait pas reprise par les Turcs (ce qui arrivera pourtant bientôt). Ce gouverneur était de cette famille Morosini qui a donné à la Sérénissime plusieurs de ses doges, et aussi un chef de la résistance de Candie (Chania) en Crète contre les Ottomans. En 1802, Spyros Markelos, membre du Parlement, construit cette tour, dite Tour de Markelos, pour renforcer les défenses construites par Morosini. Lors de la révolution de 1821, Markelos prendra résolument le parti des insurgés grecs. On a vu que le gouvernement grec libre s’était tout d’abord implanté à Égine, aussi en 1826-1827 cette tour a-t-elle abrité les bureaux du gouvernement. Puis, de 1828 à 1830, quand Capodistrias a assumé ses fonctions de gouverneur de la Grèce libérée, ce sont plusieurs cabinets ministériels et le chef de la police qui ont établi ici leurs bureaux. Bien des hommes d’État et des chefs militaires y ont résidé, nous dit-on. Aujourd’hui, c’est le siège d’associations culturelles.
 
801c1 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
801c2 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
Un autre bâtiment qui mérite d’être signalé est cette maison aristocratique située juste derrière la Tour de Markelos. C’est devenu aujourd’hui un hôtel, l’Aeginitiko Archontiko. Quand, sur booking.com, nous y avons retenu notre chambre pour deux nuits, nous l’avions choisi pour son prix très attractif incluant le petit déjeuner, sans nous douter que pour un tel tarif nous pourrions avoir une chambre dans un bâtiment de cette qualité. Allons-y de notre pub gratuite, car cela vaut la peine. D’abord un accueil chaleureux, gentil, de Rena. Puis des chambres qui rebuteront celui qui recherche un hôtel aseptisé aux murs blancs et aux meubles fonctionnels, mais enchanteront ceux qui accepteront de prendre leur douche (bien chaude) dans un bac minuscule pour être hébergés dans une authentique maison aristocratique typique de l’île d’Égine. Sans compter le délicieux petit déjeuner pris dans la véranda de la photo ci-dessus. Pas de saucisses, de bacon, d’omelette, de muesli, mais des gâteaux salés ou sucrés cuisinés par Rena, des confitures de Rena, tout naturel, typiquement local, savoureux.
 
801c3 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
801c4 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
Et l’on vous fera visiter des pièces qui ne sont pas destinées à l’usage quotidien, comme ce salon avec sa fresque au plafond représentant, je suppose, Phébus menant le char du Soleil. Parce que, jusqu’à une époque récente, il n’y avait dans l’île aucun hôtel, les visiteurs de marque étaient reçus par cette famille de notables, et c’est ainsi que Nektarios, qui n’était pas encore saint, a été hébergé ici, comme l’avait été plusieurs décennies auparavant Capodistrias, ou comme le sera un peu plus tard Nikos Kazantzakis, ce philosophe et romancier auteur de Zorba.
 
801c5 Nikos Kazantzakis, l'auteur de Zorba
 
Au reste, ce Kazantzakis, né en Crète, s’est tellement plu à Égine lors de son passage dans cette maison qu’il s’est acheté une résidence dans l’île, et son séjour de quelques années ici lui a valu l’honneur de ce buste, à vrai dire bien peu en valeur dans un tout petit espace public mal entretenu que j’hésite à appeler square, du côté du site antique de Kolona.
 
801d1 Le monastère d'Agios Nektarios, à Egine
 
Puisque nous sommes sans notre camping-car, nous louons une petite voiture pour une journée pour nous déplacer dans l’île. Elle n’est pas bien chère, cette petite Fiat 600, mais elle est bien rustique et dans un état assez pitoyable. Le toit de toile ne cesse de me tomber sur la tête, et pour le Gaulois que je suis (pas très blond je le concède, mais je viens de Gaule, n’est-ce pas ?) il est toujours à craindre que le ciel, etc., etc. Bon. Avec notre guimbarde, nous arrivons au monastère d’Agios Nektarios.
 
801d2 Dans le monastère d'Agios Nektarios, à Egine
 
801d3 Dans le monastère d'Agios Nektarios, à Egine
 
Bien évidemment, il est représenté sur les murs du monastère, mais nous pouvons aussi entrer dans le mausolée, l’espèce de toute petite chapelle, où se trouve son tombeau de marbre blanc. Dans l’église du monastère, il n’est pas question de prendre des photos et un cerbère en gros jupons, d’âge rassis et à la tête de dogue, mordrait sans pitié si l’on ne se soumettait pas à la règle.
 
801d4 Nouvelle église du monastère d'Agios Nektarios (Egi
 
Les bâtiments conventuels sont très étendus, ce qui laisse supposer un grand nombre de religieuses. Et d’ailleurs, un tronc collecte des fonds pour la construction (ou, actuellement, pour l’achèvement) d’une grande église mieux adaptée. C’est celle que l’on voit sur ma photo. Mais je pense que, même si les religieuses sont très nombreuses, il s’agit aussi de pouvoir y accueillir la foule des fidèles.
 
801e1 Paysage d'Egine
 
Reprenons la route. Tout près du monastère on voit ces formes rocheuses curieuses dans la montagne, produites, je suppose, par l’érosion de ruissellement.
 
801e2 Paléochora à Egine
 
801e3 Paléochora à Egine
 
801e4 Paléochora à Egine
 
Et dans ce paysage étrange, autour de ce mont, s’est développé Paleochora, "l’Ancien Site". Pour s’éloigner de la côte et des dangers d’incursions de pirates sarrasins, l’ancienne capitale de l’île s’est développée ici dès le neuvième siècle. On a vu qu’en 1537, lorsque Barberousse a investi l’île, il a mis à sac cette capitale, en a abattu tout ce qu’il pouvait, et à emmené 6000 hommes, femmes, enfants en esclavage. Cela n’a pas empêché la capitale de se maintenir en ce lieu jusqu’en 1826 avec la première indépendance grecque. La ville a compté plus de 300 églises et chapelles. Il n’en reste que 24, dont quelques unes ont été restaurées.
 
801f1 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f2 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
Puis nous arrivons à l’autre grand monastère de l’île, celui de la Panagia Chrysoleontissa. La Panagia, la "Toute Sainte", on le sait, c’est le nom donné par les Orthodoxes grecs à la Vierge. Chryso- veut dire doré, ou en or. Et le monastère était précédemment installé sur la côte au lieudit Agios Leontios. Détruit par un raid de pirates, il s’est reconstruit dans les terres, en 1403, alors que les Vénitiens régnaient sur l’île, et un autre a été rebâti au même endroit entre 1600 et 1614, sept ou huit décennies après la prise en main par les Turcs.
 
801f3 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f4 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
Ci-dessus, la cour du monastère, et une tour qui est le seul vestige des bâtiments de 1403. Ce couvent de femmes n’héberge plus que 9 religieuses, mais accepte les visiteurs qui parfois –rarement– souhaitent y séjourner 24 heures.
 
801f5 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f6 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f7 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
Je montre ici quelques images prises en extérieur, saint Denis d’Égine, la Dormition de la Vierge et une Panagia, mais la photo est interdite à l’intérieur de l’église, décorée de superbes fresques, dotée d’une iconostase en bois finement, magnifiquement sculpté, et renfermant une icône de la Vierge considérée comme miraculeuse. Je me contenterai donc de commenter l’attitude de la dame, une laïque, préposée à la garde des lieux. Elle n’a pu nous autoriser à déclencher, parce que les ordres de l’higoumène (la Mère Supérieure) sont formels, mais sans que nous le lui demandions elle a tenu à nous montrer bien des choses intéressantes, à attirer notre attention sur tel ou tel détail, puis elle nous a servi a boire et nous a offert des loukoums. Et quand nous sommes partis, elle a pris un verre en plastique et l’a rempli de loukoums à notre intention. Pour la route. Un accueil qui vient du cœur et que je ne peux passer sous silence.
 
801g1 Propriétaire de la maison où est le musée municipa
 
801g2 Ancien habitrant d'Egine
 
Revenons en ville. On ne parle guère, dans les documentations que nous avions consultées, d’un musée que j’appelle d’Arts et traditions populaires. En fait, c’est la maison de cette dame sur la photo ci-dessus, une maison de famille où vivait déjà son grand-père sur l’autre photo. Au début des années 1980, un fort tremblement de terre l’a gravement endommagée, et l’on ne s’est plus occupé d’elle, si bien que sans scrupules quelques personnes se sont servies, emportant meubles et bibelots. Après bien des années, la Municipalité a pensé qu’il serait intéressant d’acquérir la maison et d’en faire un musée de la vie à Égine au dix-neuvième et au vingtième siècles. Ce qui était encore là a été maintenu en place, ce qui n’y était plus a laissé la place aux donations des habitants qui se défont bénévolement des objets d’époque qu’ils trouvent dans leurs greniers ou après la mort de leurs parents.
 
801h1 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
Les murs étaient, paraît-il, tous recouverts de fresques en lieu et place de papier peint, mais là, ce ne sont pas les voleurs qui sont responsables de leur quasi disparition, ce sont les intempéries et le temps dans une maison trop longtemps laissée à l’abandon après un séisme.
 
801h2 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
801h3 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
Il est intéressant de voir comment était meublée et décorée une maison d’Égine habitée par une famille aisée appartenant à une classe sociale élevée. Les gens, bien sûr, s’adaptaient au modernisme, ce qui fait qu’au-dessus d’un mobilier qui doit dater du dix-neuvième siècle est suspendu un lustre électrique plus récent. Cela n’a rien de choquant, c’est le décor naturel de la vie. Tous, sauf si nous décidons de faire table rase du passé et de nous équiper à cent pour cent de mobilier et d’accessoires contemporains, nous héritons des meubles de famille et nous complétons ou remplaçons ceci ou cela au gré de nos besoins, ce qui fait des décors composites.
 
801h4 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
Ces accessoires de faïence, aiguière et cuvette, j’en ai vu dans ma jeunesse chez de vieilles personnes. Ils reposaient sur une table de toilette. Forme, couleur, décor différaient, ceux-ci sont caractéristiques d’Égine. Ou de Grèce, je ne sais pas. Peut-être viennent-ils d’Athènes. Une petite remarque, ils seraient mieux à leur place dans la chambre à coucher et sur une table de toilette à dessus de marbre qu’ici, dans la salle à manger (on les aperçoit sur la droite de la photo de la pièce meublée d’une table ronde), posés sur un napperon, sur le buffet, et voisinant avec une théière et un sucrier…
 
801i1 Chemise de nuit d'homme (musée d'Egine)
 
Il y a aussi, suspendus ici ou là, ou présentés sur des mannequins, des vêtements du temps passé. Le vêtement ci-dessus est très amusant, c’est une chemise de nuit d’homme pour son mariage. Chacun sait que par le passé les hommes dormaient en chemise, mais cette dentelle au col et aux manches, ce jabot, cette chemise longue comme celle d’une femme, ce n’est pas courant.
 
801i2 Miss Grèce 1831
 
Cette photo représente miss Grèce 1931, Despoinis Chrysiïs Rodi, qui était une jeune fille d’Égine. Même si, sur la photo, on ne lui voit aucun vêtement, cela aussi est caractéristique d’une époque et d’un lieu, la coiffure, et les canons esthétiques qui ont présidé à son élection. Dire que cette jeune beauté, si elle avait une vingtaine d’années à l’époque, en aurait (en a?) cent aujourd’hui…
 
801i3 Contrat de plongeur pêcheur d'éponges
 
801i4 Plongeur pêcheur d'éponges
 
Ce que nous avons vu, c’était au premier étage. Au rez-de-chaussée, le musée présente des lieux appartenant à un autre milieu social. L’une des ressources qui ont longtemps fait la fortune d’Égine a. été la pêche aux éponges de mer. Ci-dessus, nous voyons le contrat proposé au pêcheur scaphandrier de la seconde photo à gauche, tandis qu’à droite c’est le bateau avec son équipage de plongeurs.
 
801i5a Lettre de Capodistrias en français
 
801i5b Lettre de Capodistrias en français
 
Après cette petite incursion en bas, je reviens en haut pour des choses qui ne font pas directement partie du mobilier. Ci-dessus, c’est une lettre rédigée en français, adressée par Capodistrias, le premier gouverneur de la Grèce libérée de l’Empire Ottoman, au banquier suisse genevois le Chevalier Jean-Gabriel Eynard, un philhellène auquel il est lié d’une amitié très forte et qu’il a connu lors de son exil en Suisse. Il n’est évidemment pas question de pouvoir lire sur cette première photo ce qu’écrit Capodistrias, c’est pourquoi je vais en retranscrire le texte ci-dessous, après avoir fait cependant une remarque. Le corps de la lettre est rédigé d’une plume légère et d’une écriture très lisible, sans aucune faute d’orthographe ou de français, tandis que la petite note en bas à gauche, et les deux lignes à droite au-dessus de la signature sont d’une plume plus lourde et appuyée, très peu lisibles (je suis d’ailleurs contraint de mettre des points de suspension là où il y a des mots que je ne peux déchiffrer, et je lis "plutôt" là où l’on attendrait "plus tôt". Je pense donc que la lettre a été dictée à un(e) secrétaire et que son auteur a seulement rajouté quelques mots avant de signer. Voici ce texte :
 
Ancône le 14/26 décembre 1827
Je reçois, mon cher Eynard, par la poste d’aujourd’hui votre lettre du 16, et je m’empresse de vous répondre en vous annonçant enfin que la frégate anglaise attendue depuis cinq longues semaines a jeté l’ancre à une heure dans ce port. Je n’ai pas encore reçu les lettres dont le capitaine est porteur. Mais le Consul me dit qu’elle vient de Corfou et qu’elle est à ma disposition. J’espère conséquemment être au terme de ma quarantaine. Si avant le départ de la poste j’ai à ajouter d’un seul mot quelque chose de plus positif sur le moment de mettre à la voile, je ne manquerai pas de le faire.
Je vous remercie des renseignements que vous me donnez quant au bienfait des pommes de terre. Je serai heureux de débuter par une fête dans laquelle je présiderai en personne aux travaux et à l’ensemencement de cette précieuse production. Soyez donc bien assuré que la cargaison dont vous me parlez sera bien reçue et qu’on ne la mangera pas en herbe. Veuillez faire agréer tous mes remerciements à Monsieur Pictet et à Monsieur Fary, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont contribué à cette œuvre de bien.
Si j’ai le temps, je vous écrirai encore par la poste de vendredi.
Mille hommages à vos Dames.
Tout à vous,
Capodistrias
Je viens chez… Et il ne me reste que… mon départ avec le Capitaine. Ce qui aura lieu le plutôt que faire se pourra… dès que le vent sera favorable.
 
à Monsieur le Chevalier Eynard-Lullin, à Genève
 
C’est dans les années 1770 que Parmentier a réussi à faire adopter la pomme de terre en France, alors qu’en 1748 le Parlement en avait fait interdire la culture, la croyant dangereuse. Ayant enfin obtenu l’autorisation d’en planter dans un champ à titre d’expérience, il a l’idée de faire étroitement garder le champ par des soldats dans la journée, mais la nuit de renvoyer les gardes chez eux. Pensant que ces tubercules si bien gardés le jour doivent avoir une grande valeur, les gens en volent la nuit, s’en régalent, et Parmentier gagne ainsi son pari. Cela n’est donc pas bien vieux quand Capodistrias accède au pouvoir. La Grèce ignore tout de la pomme de terre, et Capodistrias réussira à l’introduire dans son pays qui, après l’indépendance, était ravagé et incapable de fournir la nourriture de sa population. On voit aussi dans cette lettre qu’il est soumis à une quarantaine sanitaire à Ancône, en Italie, et par la suite c’est lui qui parviendra à enrayer les épidémies de typhoïde et de choléra en Grèce en y instaurant le système de la quarantaine, sur le modèle de celle que lui-même a subie, à laquelle est obligatoirement soumise toute personne, quel que soit son rang, qui vient d’une région infestée.
 
801j1 Gravure représentant le temple d'Aphaia à Egine
 
Je terminerai cette visite du musée en montrant deux des nombreuses gravures qui s’y trouvent. Toutes deux ont trait aux visites de sites archéologiques dont je parlerai dans mon prochain article. Cette première gravure représente le splendide temple d’Aphaia (prononcer A-FÉ-A) qui est proche de la grande plage d’Agia Marina dont je parlais au début de cet article.
 
801j2 Gravure représentant le temple d'Apollon à Kolona,
 
L’autre gravure, le temple d’Apollon à Kolona, présente un intérêt particulier. On y voit deux colonnes. Mais à la fin du dix-neuvième siècle une violente tempête a jeté à bas l’architrave et une colonne. Mes photos montreront le résultat.
 
801k1 Dina et Natacha au musée municipal d'Egine
 
Encore un mot en marge de notre visite du musée. Le week-end, la garde du musée, vente des billets, surveillance des visiteurs, est confiée à Dina, que l’on voit ici à gauche, en compagnie de Natacha. Cette jeune femme, qui a enseigné le français, ce qui pour moi simplifie grandement la conversation, n’est pas chargée officiellement d’être guide, mais avec une gentillesse, une patience, une compétence remarquables elle explique tout, est entièrement disponible, dans la mesure bien sûr où ne se présentent pas d’autres visiteurs. C’est pourquoi je veux dire ici un grand merci à cette personne aussi sympathique qu’efficace.
 
801k2 pistaches d'appellation contrôlée 'pistache d'Egine
 
Il est temps de terminer mon article. Brièvement, je voudrais montrer quelques images très particulières saisies sur l’île. D’abord, puisque l’on y produit d’excellentes pistaches d’un goût très doux et très fin d’appellation contrôlée, on devine qu’en divers endroits on en vend aux touristes. Elles sont toutes fraîches, grillées sur place dans cette machine que l’on voit sur ma photo. On peut en acheter des salées pour l’apéritif ou des non salées pour cuisiner (dans des salades, ou en pâtisserie).
 
801k3 Résistance grecque contre les produits chinois
 
Dans cette vitrine, on vous rassure sur l’origine grecque des produits. L’étiquette dit "Fabriqué en Chine…? Compagnies offshore…? NON MERCI!! Protégez l’économie européenne!!!"
 
801k4 Une Iphigénie très délurée
 
Quant à cette affiche, elle modifie en profondeur ma vision d’un personnage de l’Antiquité. ESÔROUKHA signifie sous-vêtements. Et le nom est IPHIGÉNIE. Chez Homère, chez les tragiques, partout, Iphigénie est présentée comme une jeune fille chaste et pudique quand son père Agamemnon la sacrifie pour obtenir des vents favorables au départ de la flotte grecque vers Troie. Pour qu’elle vienne, pour que Clytemnestre, sa mère, l’amène de Mycènes à Aulis, il convient qu’elles ne se doutent pas que c’est pour l’égorger sur l’autel. Aussi a-t-il imaginé de dire que c’est pour la marier à Achille qu’il lui demande de venir. Alors c’est peut-être pour séduire le vaillant Achille lors de leur nuit de noces qu’Iphigénie adopte ces sous-vêtements noirs.
 
801k5 Vagues dans le port d'Egine
 
Pendant toute la durée de notre petit tour dans les îles, nous avons joui d’un temps splendide, soleil, douce chaleur, pas un souffle de vent. Et voilà qu’au moment où nous nous dirigeons vers le port le temps se couvre, le vent se lève, la mer s’agite. Nous allons prendre un ferry vers Athènes. Les voitures qui doivent s’y embarquer restent au milieu du quai car, comme on le voit, les vagues bondissent sur le quai et l’inondent. 17h45-18h50, la traversée ne dure qu’une heure. Pas le temps de souffrir du mal de mer, et nous rentrons au Pirée, puis à Athènes, sans encombre. Et sans pluie.
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Published by Thierry Jamard
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 17:42
800a1 Ile de Poros, face à Galata en Argolide
 
800a2 Ile de Poros, face à Galata en Argolide
 
800a3 Les taxis collectifs vers le continent, à Poros
 
Nous voici dans l’île de Poros, tout au sud ouest du golfe Saronique, et séparée de la côte par un étroit chenal qui, à l’endroit le plus resserré, ne fait que 364 mètres de large. La capitale de l’île est si près de la côte qu’elle a construit son quartier moderne, Galata, sur le continent et qu’une armada de bateaux taxis collectifs prennent les passagers pour un petit Euro par personne. Aussi, l’île étant très prisée des Athéniens, nombreux sont ceux qui se rendent d’Athènes à Galata en voiture, laissent leur véhicule sur le continent, passent à Poros en taxi mais disposent ainsi de leur voiture à chaque fois qu’au cours de leurs vacances ils souhaitent faire une balade hors de la superficie très restreinte de l’île.
 
Depuis la prise de Constantinople en 1453, siège de l’Empire Byzantin porteur de la chrétienté, les puissances chrétiennes considèrent l’Empire Ottoman comme l’ennemi musulman. Il s’ajoute à cela l’image du Turc cruel, décapitant à tour de bras d’un coup de sabre recourbé, même parfois des émissaires diplomatiques insuffisamment compréhensifs, ou aimant empaler avec raffinement, ne dédaignant pas non plus d’écorcher vif pour le plaisir de la chose. De plus, ces barbares, ces gens de rien, ces infidèles, avaient le front de mépriser les Européens. Ainsi, Louis XIV avait-il durement ressenti l’offense d’un émissaire du sultan, même pas un ambassadeur, un sous-fifre, Soliman Aga Musta-Feraga, qu’il avait cru bon de recevoir fastueusement à Saint-Germain-en-Laye en 1669 et qui avait refusé de s’incliner devant lui, déclarant qu’un Turc ne se prosternerait que devant son Grand Seigneur (ce que La Gazette ne raconte pas). D’où la commande passée à Molière et à Lulli par le roi, à titre de vengeance, d’une "pièce de théâtre où l’on pût faire entrer quelque chose des habillements et des manières des Turcs", donnant ordre au chevalier d’Arvieux, qui avait vécu dix ans au Levant, de servir de conseiller technique. Ainsi est née la scène du Grand Mamamouchi dans le Bourgeois gentilhomme dès 1670. Aussi, après tant de siècles de luttes et de rivalités, de craintes et d’aigreurs, lorsque les Grecs ont commencé à se révolter contre l'occupant, les puissances européennes se sont-elles spontanément rangées du côté des insurgés et leur ont-elles prêté main forte. C’est à Poros qu’au moment de l’indépendance, en 1828, les plénipotentiaires de Grande-Bretagne, de France et de Russie se sont réunis pour élaborer le Protocole de Poros, établissant les bases du futur royaume de Grèce.
 
800b1 Ile de Poros
 
800b2 Ile de Poros
 
Mais, on l’a vu à propos d’Hydra et de l’amiral Miaoulis, Poros s’est associée à sa voisine pour s’opposer au gouvernement de Capodistrias jugé arbitraire et quand Capodistrias a voulu que la flotte basée dans l’arsenal de Poros prenne la mer, Miaoulis s’en est emparé et a préféré envoyer par le fond le vaisseau amiral Hellas et la corvette Hydra plutôt que de les livrer au nouveau gouverneur. De l’ancien arsenal, maintenu à Poros jusqu’en 1877, il ne reste que l’école des mousses de la Marine Nationale, et le croiseur école Averoff qui s’était illustré en 1912.
 
En 324 avant Jésus-Christ, Harpale, trésorier d’Alexandre, avait placé de l’argent d’Athènes sous séquestre. Démosthène, accusé d’en avoir détourné une partie, s’exile d’abord à Égine. De retour à Athènes en 323 à la mort d’Alexandre, il recommence à prononcer des discours violents contre la Macédoine, ce qui n’est pas du goût du régent macédonien Antipater. Cette fois c’est à Poros que Démosthène se réfugie, sous la protection de Poséidon qui a un temple en haut de l’île (il en reste de vagues traces, nous a-t-on dit). Cerné par les émissaires d’Antipater, il se suicide en s’empoisonnant et les habitants du lieu l’enterrent avec les honneurs dans l’enceinte sacrée où Pausanias, près d’un demi-millénaire plus tard, a pu voir sa tombe, aujourd’hui disparue.
 
800b3 Bateaux Jeanneau à louer à Poros
 
Le tourisme, ici, consiste également en navigation. Le port de plaisance offre ainsi le spectacle d’une grande ligne de bateaux identiques qui attendent les clients de l’été. Ce sont des Sun Odyssey de marque Jeanneau, ce constructeur français basé en Vendée. Cela a attiré mon attention sur les autres yachts, ceux de propriétaires privés. J’ai ainsi constaté que les clients britanniques, allemands ou néerlandais achetaient très souvent des Jeanneau ou des Beneteau, qui est je crois le premier constructeur mondial de voiliers, lui aussi vendéen, et qui a absorbé Jeanneau.
 
800c1 La ville, dans l'île de Poros
 
800c2 Sirène de l'île de Poros
 
J’ajoute ici une vue de la ville côté montagne, qui est aussi très belle. Mais je trouve que cette sirène, au demeurant très séduisante, est un peu kitsch…
 
800c3 La tour de l'horlloge, île de Poros
 
En montant par les ruelles vers la ville haute, on arrive à cette tour enfermée derrière son grillage. Une plaque indique que la ville de Poros l’a construite pour accueillir en 1927 une horloge. Je constate aussi qu’elle protège la ville qu’elle domine avec son paratonnerre. Paratonnerre… Notre amie Evgenia m’a appris à le dire en grec, alexikérauno. "Repousse foudre".
 
800d1 Petite église, île de Poros
 
800d2 Petite église, île de Poros
 
800d3 Petite église, île de Poros
 
Près de la tour de l’horloge, nous nous arrêtons quelques minutes pour voir cette vieille église bâtie directement sur la roche, comme on peut le constater sur la droite de ma première photo ci-dessus.
 
800e1 Le soir tombe sur Poros
 
800e2 Coucher de soleil sur l'île de Poros
 
Nous avons passé la nuit à Poros, dans un hôtel simple mais correctement confortable pour un prix plus que raisonnable, le Poros Town Hotel, situé sur le quai à quelques dizaines de mètres du débarcadère du bateau rapide qui nous amenait d’Hydra, et guère plus loin, de l’autre côté, du ferry qui nous a emmenés à Égine. De plus, l’accueil a été sympa. Et si je dis que nous avons passé une nuit, c’est aussi pour dire que nous avons pu regarder le soir tomber doucement sur la mer, puis le soleil se coucher derrière les montagnes du continent.
 
800f1 Départ de Poros vers Egine
 
800f2 Départ de Poros vers Egine
 
Pour quitter Poros vers Égine, comme je le disais, nous avons pris un ferry, ce qui a le gros avantage de nous avoir permis d’être sur le pont, de voir l’île s’éloigner, de la contempler depuis la mer.
 
800g1 Dans le sillage du ferry
 
800g2 Dans le sillage du ferry
 
800g3 Dans le sillage du ferry
 
Quant à ces trois photos, montrant la mer troublée dans le sillage du bateau et les remous provoqués par l’hélice, je ne les ai prises et je ne les place ici que pour me faire plaisir. Je sais, c’est égoïste, alors mieux vaut très vite mettre le point final.
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 15:59
799a1 Le port d'Hydra
 
799a2 Le port d'Hydra
 
799a3 Le port de l'île d'Hydra
 
Nous voici dans l’île d’Hydra pour quelques heures seulement. Nous n’y dormirons pas. La jeune femme qui nous a vendu nos billets de bateau nous a donné de précieux conseils, disant que le site d’Hydra est très beau, qu’il peut être fort agréable d’y séjourner, mais que si nous voulions seulement avoir une idée de l’île il suffisait d’admirer son panorama et de repartir.
 
Cette île, appelée Hydrea dans l’Antiquité, appartenait à Hermione (aujourd’hui Ermioni) sur la toute proche côte d’Argolide. Mais les habitants d’Hermione étant très près de leurs sous –Harpagon n’était qu’un amateur auprès d’eux–, ils l’ont vendue, dit-on, à des exilés de Samos. Juste un mot sur l’avarice d’Hermione, hors sujet puisque nous ne nous y rendrons pas. Il y avait autrefois sur son territoire une profonde crevasse, dont on supposait qu’elle menait droit au royaume d’Hadès, raccourci vers les Enfers qui évitait d’avoir à franchir le Styx. Or, pour traverser le Styx, Charon faisait le passeur avec son chien Cerbère en échange d’une pièce de monnaie que l’on plaçait dans la bouche des morts avant de les ensevelir, dépense dont les habitants d’Hermione s’exonéraient, pensant que leurs morts étaient assez judicieux pour emprunter le raccourci gratuit.
 
Le Flyingcat nous a déposés à Hydra à 14h05 et le Flying Dolphin, un hydroptère, bateau rapide qui avec la vitesse monte sur des skis et vogue à la surface, nous en emmène à 16h25. Nous avons écouté la jeune femme de l’agence et ne regrettons pas son conseil. Le port de cette île est magnifique.
 
799b1 L'île d'Hydra
 
Pas seulement le port, d’ailleurs. L’arrière-pays ne manque pas de charme non plus. Les collines plongeant directement dans la mer, la ville est construite en amphithéâtre et, lorsque l’on gagne le haut de la ville, on a de superbes vues plongeantes vers la mer comme vers la montagne, qui culmine à 690 mètres. Et puis cette île sans aucun engin à moteur autre que les bateaux est d’un grand calme, et a pu garder un aspect traditionnel qui attire les cinéastes à la recherche de lieux où tourner des films d’une autre époque. Voyant cela, les autorités de l’île en ont fait un lieu d’accueil d’artistes et d’intellectuels à la mode et l’École des Beaux-Arts d’Athènes y entretient un hôtel international pour artistes dans une maison historique.
 
799b2 L'île d'Hydra
 
Quant à la ville, c’est une classique île grecque avec ses ruelles en escaliers, ses maisons toutes blanches, ses persiennes bleues. Mais, chose fort curieuse, si ces caractères sont communs à presque toutes les îles, que ce soit dans ces deux golfes, que ce soit dans les Cyclades, que ce soient des îles Ioniennes, chaque île a cependant une forte personnalité qui lui est propre. Je ne peux me l’expliquer, mais je le ressens fortement et c’est remarquable. Indépendamment, d’ailleurs, de ces maisons blanches, l’île a vu construire dans la seconde moitié du dix-huitième siècle de riches demeures, œuvres d’architectes vénitiens ou génois.
 
799b3 L'île d'Hydra
 
Longeant la côte en allant vers la gauche lorsque l’on regarde la mer, le chemin monte et, très vite, on se retrouve entre la mer et une nature sauvage faite de rochers, de pins et de cactus. C’est très beau, très odorant et très dépaysant.
 
799c1 Monastère en ville dans l'île d'Hydra
 
799c2 Monastère en ville dans l'île d'Hydra
 
En ville, ouvrant sur le port, nous voyons un monastère. Il est ouvert, nous entrons. J’ignore s’il est encore habité, parce que nous ne voyons personne et qu’à l’entrée il n’y a pas ces grandes jupes de cotonnade destinées à dissimuler les mollets des visiteuses trop court vêtues, ni ces châles pour couvrir leurs indécentes épaules. J’ai lu quelque part qu’un monastère consacré à la Dormition de la Vierge était actuellement occupé par des services municipaux, peut-être est-ce celui-ci. Puisqu’on dit que la Grèce salarie un grand nombre de fonctionnaires peu ou pas utiles, ils disposent donc de loisirs, dans leurs bureaux, pour contempler les jambes et les épaules des jolies visiteuses.
 
799d1 Lazare Kountouriotis à Hydra
 
Dans la cour, il y a des bustes de personnages célèbres. Parmi eux, je remarque en toute priorité celui de Lazare Kountouriotis. Né en 1769 à Hydra, il a été très tôt associé aux affaires commerciales de son père puisqu’il n’avait que quatorze ans lorsque celui-ci partit pour Gênes, le chargeant de le représenter à Hydra. Après l’assassinat de son père en 1799, il a pris sa succession et a considérablement augmenté sa fortune. Lors de la Guerre d’Indépendance il a consacré au moins les trois quarts de cette fortune à son financement. Lorsque les révolutionnaires, d’accord contre l’occupant turc, s’opposèrent entre eux, il prit le parti de Mavrokordatos contre Kolokotronis. Après l’indépendance, en tant que sénateur il s’est opposé au premier gouverneur de la Grèce libre, Capodistrias, et a soutenu la révolte de l’amiral Miaoulis et sa mainmise sur l’arsenal de Poros. Au moment de sa mort, en 1852, le Gouvernement a décrété un deuil national de cinq jours.
 
799d2 Tombe de Lazare Kountouriotis à Hydra
 
799d3 Tombe de Lazare Kountouriotis à Hydra
 
 
Ce que j’ignorais, c’est qu’il a été enterré là, dans ce monastère, et ce n’est qu’en sortant que j’ai vu, sur le côté, une tombe. En m’approchant, j’ai lu "Ci-gît Lazare Kountouriotis".
 
799d4 Maison de Lazare Kountouriotis à Hydra
 
Dans la partie haute de la ville se trouve la maison où habitait Kountouriotis. Elle est transformée en musée. Il est nécessaire de coucher dans l’île pour la visiter, car elle ferme avant l’arrivée du bateau… Mais de toute façon, je n’ai pas pour lui le même intérêt qu’à Spetses pour la Bouboulina, et puis je suis plutôt du côté de Kolokotronis et de Capodistrias… Il n’empêche, sa maison est paraît-il un bel exemplaire de cette architecture civile d’Hydra au dix-huitième siècle que j’évoquais tout à l’heure.
 
799e L'amiral Andreas Miaoulis à Hydra
 
Et puis il ne pouvait manquer aussi ce buste d’Andreas Miaoulis. Andreas Vokos est né à Hydra un an avant Kountouriotis, en 1768. Négociant enrichi dans le commerce du blé, il achète un bateau nommé le Miaoul, ce qui lui vaut le sobriquet de Miaoulis. Mais c’est sous ce nom qu’il est devenu célèbre, et c’est ainsi que se nomment officiellement ses descendants. Lors de la Guerre d’Indépendance, il prend en 1821 le commandement de navires contre la flotte ottomane. Dès 1822, il est nommé navarque (quelque chose comme amiral) de la très puissante flotte d’Hydra, puis de toute la flotte grecque. Je ne détaillerai pas ici tous les lieux où il a combattu, Chio, Psara, Navarin, Missolonghi, etc. Après l’indépendance, il s’est violemment opposé à Capodistrias que soutenait le parti russe. Il a créé une union de Poros et d’Hydra contre le Gouvernement et, comme je l’évoquais tout à l’heure, il a mis la main sur l’arsenal de Poros, dont le navire amiral Hellas puis, parce que le Gouvernement risquait de lui reprendre la flotte, il a fait sauter l’Hellas et une frégate. Il a fait partie de la délégation chargée d’inviter Othon à accepter la couronne de roi de Grèce. Il est mort de la tuberculose en 1835.
 
799f un canon de la guerre d'indépendance dans l'île d'Hy
 
Pour conclure cet article sur Hydra, je montre ce canon de l’île libre pointé sur le continent qu’il imagine encore occupé par les Ottomans. On voit comme l’île est proche de la terre ferme.
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 14:28
798a0 Golfe Saronique et golfe d'Argolide
 
Nous voilà partis pour une rapide visite des îles du golfe Saronique et du golfe d’Argolide. Le premier s’enfonce entre l’Attique (où se trouve Athènes) et l’Argolide (province du Péloponnèse, où se trouve Épidaure), et le second tient son nom de cette Argolide, et se développe à l’ouest de cette péninsule, le "pouce" de ce Péloponnèse qui a un peu la forme d’une main à laquelle manque l’auriculaire. Nous commencerons par Spetses, objet du présent article, nous passerons seulement quelques heures à Hydra, au bout de l’Argolide, entre les deux golfes, puis nous nous rendrons à Poros et finirons ce petit voyage par Égine. C’est grâce à Google Earth que j’ai pu dresser la carte ci-dessus.
 
798a1 Le Flyingcat I du Pirée à Spetses
 
798a2 Le Flyingcat I du Pirée à Spetses
 
Pas de panique ce matin. Le bateau partant à 9 heures, nous quittons le camping à 7h30 pour prévoir les embouteillages du matin aux abords du port, pour chercher l’embarcadère n°8 au Pirée avec nos bagages qui n’ont pas su être assez raisonnables (mais des ordinateurs 17 pouces c’est, de toute façon, lourd et encombrant), et pour ne pas stresser en regardant nos montres. Ce voyage, nous le faisons sans camping-car. Et cela pour deux raisons. D’une part, lors des séjours courts, le prix du transport excède de beaucoup le prix des hôtels, qui est raisonnable en Grèce. D’autre part, pour ce voyage-ci précisément, il y a un argument de poids, les voitures sont toutes totalement interdites à Hydra et très limitées à Poros, réservées aux résidents munis d’un permis spécial, de sorte que les transports qui admettent des passagers sont des bateaux rapides et non des ferries. Impossibilité absolue, donc, d’emporter un véhicule. Inconvénient de ces bateaux, pour des raisons de sécurité il est interdit de voyager sur le pont, on est donc confiné dans le salon fermé, et l’écume soulevée couvre les vitres d’embruns ce qui empêche de profiter du paysage. Or on est si près des côtes et les îles sont si nombreuses qu’il y a toujours quelque chose à voir. Nous embarquons sur le Flyingcat I, un catamaran dont les Grecs transcrivent le nom phonétiquement dans leur alphabet, ce qui donne quelque chose comme Phlaïnkat. Le bateau a beau être rapide, il y a une bonne distance à parcourir et il fait plusieurs escales, de sorte que nous sommes à Spetses à midi.
 
798b1 Sotirios Anargyros, bienfaiteur de Spetses
 
L’île est petite, mais elle a ses célébrités. Par exemple ce Sotirios Anargyros né en 1849 et parti à 18 ans vers les États-Unis parce que le déclin des chantiers navals de l’île laissait beaucoup de jeunes au chômage. Revenu au bercail les poches bourrées de dollars, il s’est construit en 1904 une luxueuse maison dans le style égyptien, mais a aussi –surtout– été un bienfaiteur de son île natale et de la Grèce. Sur place, il a construit la route qui fait le tour de l’île, il a bâti l’hôtel Poséidon, un établissement de grande classe destiné à attirer les riches Athéniens car il comptait sur le tourisme pour donner vie et aisance à Spetses. De plus, il a acheté la moitié de l’île et y a planté plus de cent mille pins pour attirer les chasseurs. Au plan national, il a aussi pensé à sa patrie en achetant pour le Gouvernement des avions au moment des guerres balkaniques. Il est resté à Spetses et y a vécu jusqu’à sa mort en 1928. Voilà ce qui justifie la reconnaissance des habitants d’aujourd’hui et sa statue sur une place qui porte son nom face à sa maison. Pendant l’Occupation allemande de la Seconde Guerre Mondiale, sa maison a été utilisée comme hôtel de ville et les Allemands y ont aussi établi un lieu d’incarcération et une chambre de torture.
 
798b2 L'île de Spetses est toute proche du Péloponnèse (
 
Sur la vue satellite de Google Earth, on peut se rendre compte que le continent n’est pas loin. C’est la côte d’Argolide que l’on voit en face de cette plage.
 
798b3 Vue de l'île de Spetses
 
La population de Spetses s’est accrue et des constructions nouvelles se sont ajoutées aux anciennes, mais les paysages n’ont jamais été défigurés. Le développement a été modéré et bien intégré.
 
798b4 Vue de l'île de Spetses
 
C’est entre le port principal et le vieux port où se trouvaient les chantiers navals aujourd’hui restreints à de petits ateliers de réparation sans bassin de radoub, que se sont construites au début du vingtième siècle les plus riches villas.
 
798b5 Grand hôtel de Spetses
 
Le grand hôtel construit par Anargyros, le Poséidon, le voilà, en front de mer. Il faut reconnaître qu’il a fière allure. Par curiosité, je l’ai cherché sur Internet. Une chambre double n’est pas loin des 500 Euros la nuit, mais des sites discount proposent des chambres doubles pour un peu moins de 150 Euros. Et les photos de l’intérieur ne sont pas mal… De toute façon, ce n’est pas là que nous sommes descendus.
 
798b6 Une boutique (sans concurrence) à Spetses
 
Je trouve amusant de placer juste après les images de cet hôtel et des luxueuses villas cette photo d’une boutique qui ne fait pas dans le luxe, en conservant ses vieux stores en loques et sa marquise et ses enseignes de fer rongées par la rouille. Les enseignes, justement. Au milieu, c’est un nom. À gauche, KATASTÊMA signifie boutique. À droite, on voit ASYNAGÔNISTON, et le mot vaut qu’on en fasse l’analyse. AGÔNAS désigne la lutte, le combat (cf. protagoniste, par exemple). SYN veut dire avec. La première lettre, le A est privatif, c’est-à-dire qu’il exprime une valeur négative (comme dans apatride, asymétrique, atypique). La terminaison du mot en fait un adjectif. Ce mot veut donc dire que c’est une boutique avec laquelle on ne peut lutter, qui défie toute concurrence. Et en voyant le peu d’investissements dans l’apparence, je suis tout prêt à le croire !
 
798b7 Le sol de la promenade, île de Spetses
 
Toute la promenade de front de mer est pavée de ces petits galets assemblés de façon à représenter des sujets marins à la manière des mosaïques. L’accès en étant fermé aux voitures, même taxis, le voyageur débarquant au port et se rendant au grand hôtel n’a pas d’autre choix que de faire tressauter les roulettes de sa valise sur ce sol très joli mais très inégal. Cela doit te rappeler des souvenirs de Bruges, Vanessa, toi dont mes impitoyables enfants, ayant emporté des sacs à dos, riaient du boucan que faisait ta valise sur les pavés.
 
798c1 Souvenir de la guerre d'indépendance contre les Otto
 
798c2 Statue de la Bouboulina à Spetses
 
Partout, sur le front de mer, on voit des canons abandonnés (mais bien entretenus par la Municipalité). Ils rappellent la Guerre d’Indépendance menée contre l’Empire Ottoman, ainsi que la part qu’y a prise la célèbre Bouboulina qui a ici sa statue. Entre autres, le 8 septembre 1822, avec leurs bricks et leurs brûlots, les habitants de l’île ont réussi, grâce à leur courage et à leur détermination, à repousser une flotte ottomane bien plus nombreuse et mieux armée. Cette victoire glorieuse est célébrée chaque année ce jour-là par une régate.
 
798c3 La maison musée de Laskarina Bouboulina
 
798c4 La Bouboulina devant sa maison
 
D’ailleurs, si nous sommes venus jusqu’à cette petite île, certes jolie et agréable, c’était surtout parce que je désirais y venir sur les traces de cette femme exceptionnelle, voir sa maison et le musée qui l’évoque. J’ai longuement parlé d’elle dans mon article daté 21 et 28 mai 2011. Il convient de se reporter à cet article pour avoir plus de détails à son sujet, je ne rappellerai ici que les grandes lignes. Laskarina Pinotzis est née en 1771, dans une prison de Constantinople où ses parents avaient été enfermés par les Ottomans pour avoir pris le parti des Russes contre les Turcs. Après l’exécution de son père, Laskarina et sa mère se réfugient à Spetses. Mariée deux fois et deux fois veuve d’hommes tués par des pirates, Laskarina hérite d’une grande fortune et porte le nom de son second mari, Bouboulis, ce qui lui vaudra d’être surnommée la Bouboulina. Elle investit l’argent hérité dans quatre navires, armés comme pour le commerce mais en réalité équipés pour la guerre. Le plus grand s’appelle l’Agamemnon. En 1920, elle engage et finance des équipages, des troupes, des armes, elle commande elle-même ses hommes. Elle participe au siège de Monemvasia qui a duré quatre mois, première possession turque à être libérée. Elle participe au blocus de Nauplie, à la prise de Pylos. Au lieu de reconnaître tout ce qu’elle a fait, payant de sa personne, investissant tous ses biens, certains l’accusent d’avoir revendu à son profit quelques canons pris aux Ottomans. Elle se retire alors à Spetses. Il est à noter que ce n’est pas le feu de l’adolescence qui a mû cette femme, car elle avait largement passé la cinquantaine au moment des faits. Puis, son fils ayant –vrai ou faux– enlevé une jeune fille de Spetses, un assassin qui n’a jamais été identifié, mais participant à la vendetta familiale, lui placera en 1825 une balle en plein front. Le crâne de Laskarina est d’ailleurs visible à Spetses dans la maison du premier archonte de Spetses, Hadzi-Yannis Mexis, mais nous n’avons pas souhaité aller constater le macabre trou dans le front.
 
798d1 Maison musée de Laskarina Bouboulina à Spetses
 
798d2 Maison musée de Laskarina Bouboulina à Spetses
 
Comme je l’espérais, un musée est installé dans la maison de la Bouboulina. La visite se fait avec une dame qui sert de guide, qui est très bien renseignée sur chaque pièce, chaque meuble, chaque objet, chaque tableau, et qui (heureusement) parle anglais. Nous étions seuls pour cette visite et, parce que j’ai manifesté un grand intérêt et une grande admiration pour la Bouboulina, la guide est allée chercher, en fin de visite, un monsieur qui s’est présenté à nous sous le nom de Bouboulis. C’est en effet un descendant en ligne directe de l’héroïne, et c’était un grand honneur pour nous de lui être présentés.
 
798d3 Maison musée de Laskarina Bouboulina à Spetses
 
La visite permet de voir le cadre de vie dans lequel a vécu la Bouboulina, comme ce salon, et de comprendre les circuits officiels et les circuits privés et dérobés à l’intérieur de la maison, de voir les caches qui avaient permis de dissimuler les enfants en cas d’incursions de pirates et qui, plus tard, ont servi de caches d’armes.
 
798e1 Le coffre de la Bouboulina
 
798e2 Une malle italienne de Bouboulina
 
798e3 écritoire de Bouboulina
 
Il nous a été montré où se trouvaient plusieurs serrures dissimulées de ce coffre fort à l'épais blindage. Nous avons pu voir cette malle au beau cloutage extérieur fabriquée à Venise par Giovanni Visentini et intérieurement toute tapissée de représentations de Venise. Original et amusant est aussi cet objet contenant une plume dans son manche et comportant un petit encrier. Je ne peux tout montrer, mais cette visite regorge de souvenirs.
 
798f1 Laskarina Bouboulina
 
798f2 Gravure russe de Bouboulina
 
Sur ma photo du salon, on a pu voir qu’il y avait des cadres au mur. Il y en a dans toutes les pièces, et chacun est intéressant. Je me limiterai à deux images, un portrait de Laskarina et une gravure russe la représentant en pantalon bouffant et chapeau turcs, montée en amazone sur un cheval à la tête d’une nombreuse armée de cavaliers et de fantassins. En langue russe et en caractères cyrilliques, la légende dit "Bobelina héroïne de la Grèce". C’est très peu réaliste. D’abord, Bouboulina a surtout commandé des combats navals. Ensuite, sur les représentations grecques, c’est-à-dire par des artistes qui ont pu travailler d’après nature, elle ne s’habillait pas à la turque. Et enfin parce que monter à cheval en amazone ne signifie pas s’asseoir simplement en travers de la selle. Au galop, ou lors d’un écart du cheval, on aurait tôt fait d’être désarçonné. On est assis sur une selle spéciale, où la jambe droite passe derrière un support, et cette position ne se justifie que pour une cavalière en robe, pas avec les larges pantalons de la gravure. Mais l’intérêt de cette gravure, outre ses qualités esthétiques, réside dans le fait qu’elle montre la réputation de la Bouboulina en Russie.
 
798g1 Signature du sultan pour armement d'un navire
 
798g2 Description de navire à gréer
 
798g3 coût d'accastillage et équipement d'un navire
 
Nous avons aussi pu voir un document accréditant un navire, théoriquement pour le commerce, revêtu de la signature du sultan. Puis le dessin de ce bateau. Et cette liste détaillant le montant des diverses dépenses d’équipement. Je ne suis hélas pas capable de comprendre s’il s’agit de provisions pour l’entretien de l’équipage, d’articles d’accastillage, d’autres équipements…
 
798g4 Signature de Laskarina Bouboulina
 
Mais je ne peux manquer de montrer ici une lettre signée de sa main. Plutôt que de cadrer sur la page entière, qui serait illisible dans le format de ce blog, je préfère un gros plan sur quelques mots de l’écriture dans le texte et sur la signature, Laskarina D. Boubouli.
 
Arrivés mercredi à midi, repartis jeudi à 13h05, nous n’avons passé que 25 heures à Spetses. C’est peu, mais suffisant pour avoir un peu sillonné la ville, nous être promenés le long de la mer et avoir visité la maison musée de Laskarina Bouboulina. Nous reprenons le Flyingcat I pour nous rendre à Hydra.
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 13:03
797a1 Le Pirée, port de Zéa
 
797a2 Orangers au Pirée
 
Depuis longtemps nous projetons de visiter le musée archéologique du Pirée et toujours nous repoussons. Mais parce que cette fois-ci nous avons décidé d’aller acheter nos billets de bateau pour les îles du golfe Saronique au Pirée, dans l’agence qui nous a vendu les billets pour la Crête en août dernier, c’est l’occasion d’effectuer cette visite.
 
Nous descendons du bus 845 qui nous a pris juste devant le camping et nous dépose sur le port. Là, aucune indication. Les gens, très gentiment, tentent de nous aider mais, ne connaissant pas le musée de leur ville, nous envoient ici ou là, ce qui nous fait faire pas mal de marche à pied. Enfin, nous arrivons à proximité, sur le port de Zéa qui est aujourd’hui le port de plaisance mais qui était le port antique. Quoique les bâtiments qui le bordent soient de grands immeubles sans âme, le décor est très beau, mais le plus merveilleux ne peut être ressenti par écrit. C’est le merveilleux parfum de fleur d’oranger émané des arbres qui bordent le port. Mais nous en profiterons mieux après notre visite du musée (et sa fermeture à 13h). Et nous ne la regretterons pas, notre visite.
 
797b1 Lion de Moschato, 4e s. avant Jésus-Christ
 
Ce grand lion assis, plus grand que nature, nous accueille dans le hall du musée. Il vient d’une tombe collective de Moschato (sud-ouest d’Athènes, entre Athènes et le Pirée) du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Un autre lion semblable à celui-ci, le Lion du Pirée, a été volé par les Vénitiens. Il faut dire que le lion était le symbole de la Sérénissime. Il réside donc désormais sur la lagune…
 
797b2 Tombeau monumental, 330 avant Jésus-Christ
 
Une salle est occupée par le tombeau monumental de Nikeratos et de son fils Polyxenos, métèques d’Istros, sur la côte de la Mer Noire. Il date des environs de 330 avant Jésus-Christ et a été trouvé à Kallithea, banlieue sud-ouest d’Athènes. Il constitue l’unique exemple que l’on ait de tombe ressemblant à un temple, et a sans doute été influencé par le Mausolée d’Halicarnasse, l’une des sept merveilles du monde. Les deux hommes, en compagnie d’un petit serviteur, apparaissent tout en haut du monument, au-dessus d’une frise représentant une amazonomachie (combat des Amazones et des Athéniens). C’est sur le plateau que l’on peut lire les noms.
 
797b3 stèle funéraire peinte, 4e s. avant JC
 
On n’a conservé ici que la partie supérieure, avec palmette, d’une stèle funéraire. Le nom du défunt est indiqué, c’est Diogène fils d’Apollonidès, de Pyrrha sur l’île de Lesbos. Elle date de la première moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ et provient d'Eetioneia, au Pirée. Elle ne présenterait pas d’intérêt particulier et je n’aurais pas choisi de la montrer si le délicat travail de la palmette n’avait pas conservé une grande partie de sa peinture bleue. Les Grecs usaient de couleurs sur leurs monuments. Elles ont presque toutes disparu. J’en tiens ici un exemple, je le montre.
 
797b4 Stèle funéraire d'une prêtresse d'Isis
 
La femme représentée sur cette stèle funéraire et accompagnée d’une petite servante qui porte un panier, a dans la main gauche une poterie que l’on appelle une situle. Sur la photo, on ne voit pas bien que dans sa droite levée elle a un sistre, cet instrument de musique à cordes dont nous avons vu plusieurs exemplaires minoens au musée d’Agios Nikolaos, en Crète, le 5 août dernier (je les montre et j’en parle dans mon article de ce jour-là). Sistre et situle, ces deux accessoires la désignent comme une prêtresse d’Isis. La stèle étant datée de la fin du second siècle de notre ère ou du début du troisième, le culte de cette déesse d’origine égyptienne ne saurait surprendre puisque l’on sait qu’à cette époque il s’était très largement répandu dans tout le bassin méditerranéen. L’inscription nous renseigne même sur l’identité de cette prêtresse, elle se nomme Ammia Biboula, fille de Philokratès de Sounion.
 
797b5 Héraklès tue le centaure Nessos devant Déjanire
 
Sur ce relief funéraire, Héraklès est en train de tuer le Centaure Nessos et la personne sur la droite est sa femme Déjanire. La légende est connue. Nessos est passeur sur la rivière Evenos. Héraklès confie sa femme à Nessos et lui-même traverse la rivière à la nage. Mais pendant le franchissement, Nessos tente de violer Déjanire, et Héraklès le tue. Avant d’expirer, Nessos remet à Déjanire, en cachette d’Héraklès, un flacon où il a mêlé du sperme répandu lors de la tentative de viol et du sang de sa blessure mortelle, et lui dit que c’est un philtre qui lui rendra son mari s’il lui était infidèle à condition qu’elle lui fasse porter un vêtement qui y aura trempé. En fait, c’était un terrible poison qui a provoqué une mort atroce du héros, mais c’est une autre histoire, sans rapport avec ce que représente cette stèle trouvée à Troizen (Trézène), au sud d’Épidaure, et qui date de juste avant la moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
797c1 Amazone poursuivie par un Athénien, 2e s. après JC
 
Sous un mur de ville, Athènes bien sûr, un guerrier poursuit une Amazone qui s’enfuit, son bouclier en main. Tout, dans ce relief, est beau, la détermination de l’Athénien implacable, la sveltesse de la silhouette de l’Amazone et la détresse qu’exprime sa position. Cette plaque, trouvée pendant l’hiver 1930-1931 au fond du port du Pirée se trouvait à bord d’un bateau qui avait coulé là. Le musée présente une autre plaque presque identique, et divers autres couples de plaques identiques entre elles et toutes datant du milieu du second siècle après Jésus-Christ et provenant visiblement du même atelier athénien. Le fait qu’à Rome, insérées dans des bâtiments, on ait retrouvé des bas-reliefs semblables signifie deux choses. D’abord, qu’il s’agissait de productions en série et d’autre part que le navire avait pour destination l’Italie.
 
797c2 Scène de banquet, un homme et une femme
 
Scène de banquet. L’homme est étendu sur le lit de table, dans sa main droite il tient un fruit, dans la gauche un vase à libations, et il se tourne vers la jeune femme assise sur un tabouret. À ses pieds se tient le jeune esclave chargé de servir le vin.
 
797c3 Asclépios avec Hygieia guérit une patiente
 
Cette femme étendue et assoupie… Cet homme qui s’approche par derrière… En fait il s’agit d’une malade venue implorer d’Asclépios sa guérison. Elle est dans son sanctuaire, et c’est le dieu qui s’approche d’elle et lui impose les mains sur le cou et le dos. Il est accompagné de sa fille Hygieia, déesse préposée à la santé. Les quatre petits personnages, à gauche, trois adultes et un enfant, sont la famille de la patiente, ils joignent les mains en signe de supplication. Cette plaque votive en bas-relief des alentours de 350 avant Jésus-Christ provient de l’Asclépieion (sanctuaire d’Asclépios) du Pirée.
 
797c4 Zeus en taureau emportant Europe
 
Une grande vitrine présente de nombreuses figurines de terre cuite, dont le musée se contente de dire, globalement pour toutes, qu’elles proviennent d’Attique et entrent dans une fourchette entre le sixième et le quatrième siècle avant Jésus-Christ. Après avoir vu en Crète Matala où Zeus taureau a abordé avec Europe sur son dos et Gortyne où il s’est uni à elle sous un platane désormais toujours vert en remerciement d’avoir offert son ombre, je ne peux manquer de montrer cette figurine, même si, montrant à chaque fois ce sujet fort fréquent, mon blog devient une collection de Zeus portant Europe…
 
797d1 table à mesurer les liquides
 
797d2 table à mesurer les liquides
 
Cette table de pierre servait, nous dit-on, de mesure des liquides au marché du Pirée. On ne donne pas d’autres explications, mais je suppose que l’on bouchait le trou de la mesure choisie, on la remplissait, puis au-dessus du récipient de l’acheteur on débouchait le trou afin qu’il reçoive le volume acheté.
 
797d3 table de mesures étalon
 
797d4 Transcription de la table de mesures étalon
 
Cette pierre gravée au quatrième siècle, extrêmement intéressante, a été trouvée réutilisée dans le mur d’une chapelle de Salamine. Il s’agit d’une table de mesures, de même que nous conservons au Pavillon de Breteuil le mètre étalon en platine. On connaît l’unité de mesure utilisée aujourd’hui encore par les marins pour mesurer la profondeur d’eau, la brasse (1,8288 mètre), correspondant à l’envergure des bras ouverts en croix. Les Grecs utilisaient ce système de mesure (orgyia) basé sur la demi-brasse (moitié d’orgyia) gravée ici. Ils ont aussi représenté la coudée (0,487 mètre), la paume ouverte, entre l’extrémité du pouce et celle de l’auriculaire (0,242 mètre), le pied (0,302 mètre) ainsi que, sur une réglette, un autre standard pour le pied (0,322 mètre). Cette pierre de mesures est la seule qui nous soit parvenue avec une autre conservée à l’Ashmolean Museum d’Oxford, mais cette dernière était sans doute destinée à une consécration.
 
797e Oeil de proue de trière grecque
 
Les trières grecques, ces navires de guerre effilés à trois rangs de rames totalisant 170 rameurs, portaient de chaque côté de la proue un œil comme celui de ma photo, trouvé dans le port de Zéa au Pirée. On dit que c’était pour donner une personnalité humaine à leurs navires, ainsi dotés d’un regard, que les Grecs les ornaient ainsi. Après tout, les Anglais pour qui tout objet et même tout animal est neutre, parlent bien au féminin de leurs bateaux. Mais cette explication, dans la mentalité des Grecs de l’Antiquité, ne me convainc pas. Par ailleurs, il est notoire qu’ils redoutaient le "mauvais œil", le regard par lequel ils pouvaient recevoir un sort. Et pour conjurer ce mauvais œil, dans l’Antiquité, au Moyen-Âge et encore aujourd’hui dans certains pays, on use de talismans parmi lesquels un œil capable de repousser le regard de l’autre. Mon explication personnelle oscillerait donc plutôt entre la crainte que l’on veut inspirer à l’ennemi en lui jetant le mauvais œil et le talisman destiné à se protéger du sort jeté par l’œil du vaisseau ennemi et des dangers de la guerre navale. De même, sur les navires de commerce, on se protège des colères de la mer suscitées par Poséidon.
 
797f1 carapace de tortue faisant cithare
 
797f2 modèle de cithare avec une carapace de tortue
 
Cette carapace de tortue servait de caisse de résonance à une cithare, comme sur le schéma proposé ci-dessus par le musée, mais aussi comme j’en ai trouvé un exemple, dans une autre salle du même musée, sur une poterie du quatrième siècle que je montre face à la carapace.
 
797f3 Harpe grecque antique
 
797f4 reconstitution de harpe antique grecque
 
Ici, c’est une harpe, objet extrêmement rare (la deuxième photo en montre le dessin reconstitué par le musée). Elle se trouvait, avec la cithare, avec aussi une flûte, dans une tombe de Daphné, nous dit-on. Daphné, pour moi, c’est une ville qui se situait juste au creux de l’Asie Mineure, à l’extrême sud de la Turquie actuelle, près de la Syrie. Et dans cette tombe, il y avait aussi dans une boîte en bois un matériel d’écriture, plume, bouteille d’encre et raclette pour effacer la surface de la cire. À côté de la boîte se trouvaient cinq tablettes de bois enduites de cire, qui portaient encore des paroles de chanson. C’est donc avec de bonnes raisons que l’on a appelé cette tombe "la tombe du poète".
 
797f5 Miroir pliant, Aphrodite sur un bouc
 
Ce miroir pliant –on en voit la charnière en haut– date du dernier quart du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Il représente Aphrodite chevauchant un bouc. Cet animal, bouc ou chèvre, symbole de la fertilité dans bien des pays et encore de nos jours en Europe Centrale, a évidemment sa place auprès de la déesse qui préside à l’amour.
 
797g1 Masque tragique (4e siècle avant JC)
 
Ce grand masque tragique du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ, impressionnant par son aspect, a été interprété comme étant probablement une offrande votive. Le musée attire l’attention du visiteur sur le traitement des cheveux, qui permettrait de l’attribuer au grand sculpteur athénien Silanion.
 
797g2 Apollon du Pirée, bronze, vers 530 avant JC
 
797g3 Tête d'un grand Apollon de bronze
 
Les spécialistes divergent au sujet de la datation de cet Apollon du Pirée en bronze. Pour les uns, il est de 530-520 avant Jésus-Christ. D’autres le pensent un peu plus tardif, du début du cinquième siècle. Cela ne retire rien à cette exceptionnelle statue de culte. Il paraît que ce qu’il tient dans la main gauche est tout ce qui reste d’un arc, et que dans sa main droite tendue il portait un vase à libations.
 
797g4 Grande Artémis de bronze
 
797g5 Tête d'une grande Artémis de bronze (Le Pirée)
 
797g6 Pied d'une grande Artémis de bronze
 
La marque de fixation du carquois au dos de cette statue ainsi que la main gauche refermée sur quelque chose qui devait être un arc permettent d’identifier cette grande statue de bronze avec Artémis, contrairement à la tradition qui y voyait une poétesse ou une muse. Comme le masque tragique, elle est du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Si je montre son pied, ce n’est pas seulement parce qu’il est d’un remarquable réalisme avec son petit orteil un peu atrophié, mais parce que dans les caractéristiques du physique grec on parle souvent du nez dans le prolongement du front, sans cassure concave, mais il y a aussi le pied, dont les deux premiers orteils après le pouce sont sensiblement de même longueur.
 
797g7 Athéna du Pirée, grande statue de bronze
 
J’aime beaucoup moins cette statue de l’Athéna du Pirée que l’Apollon ou l’Artémis, aussi je préfère me concentrer sur sa tête, très expressive, avec ce casque orné de deux chouettes. Certains en font un original du quatrième siècle avant Jésus-Christ, d’autres en font une œuvre classicisante de l’époque hellénistique.
 
797h Artémis Kindyas, statuette colonne
 
Cette statuette en forme de colonne est caractéristique de l’est du domaine grec (Asie), caractère souligné par les bras enveloppés dans le manteau ceinturé. Il s’agit d’une Artémis Kindyas (Kindya est en Carie) sortie d’un atelier des îles à l’époque hellénistique. Elle a été trouvée avec les grandes statues de bronze.
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 12:27
Nous avons déjà visité le musée d’Art Cycladique d’Athènes le 27 mars 2011. Et nous avions vu, au troisième étage, l’art chypriote. Mais lorsque, l’autre jour, nous sommes allés voir notre amie Evgenia qui y travaille et que nous sommes allés prendre un pot avec elle, nous avons appris que la section chypriote du musée avait été transférée dans un nouveau bâtiment, qu’elle bénéficiait de plus d’espace et d’une muséographie toute nouvelle et moderne, et que l’inauguration aurait lieu cette semaine. Aussi sommes-nous venus aujourd’hui revoir les mêmes objets mais dans un nouveau cadre. Et il est vrai que c’est très beau, très aéré, les objets sont bien mis en valeur, et plutôt que des numéros se rapportant à des légendes, chaque légende est accompagnée de la photo de l’objet qu’elle décrit. C’est très agréable. Par ailleurs, de grands panneaux explicatifs bilingues donnent des explications générales. Un seul reproche, auprès de chaque objet les commentaires ne sont pas toujours très développés. Nature de l’objet, date, et c’est tout.
 
796a1a Figurine cruciforme (Chypre, 3900-2500 avant Jésus-
 
 
796a1b Figurine cruciforme (Chypre, 3900-2500 avant Jésus-
 
Si nous suivons grosso modo l’ordre chronologique, nous commençons très loin dans le passé avec ces figurines cruciformes, double ou simple, en picrolite que l’on situe dans une fourchette de 3900 à 2500 avant Jésus-Christ. Pour les spécialistes, disons que la picrolite, qui est une variété fibreuse d’antigorite principalement composée de lizardite et de chrysotile, ne se trouve à Chypre que sur le mont Olympe qui, avec ses 1951 mètres, est le point le plus élevé de l’île. Si je donne ces précisions c’est parce que, quoique je n’aie trouvé nulle part de commentaire à ce sujet, je me demande si dans ce choix d’une pierre rare qui ne se trouve que sur un mont très élevé, il n’y a pas une signification religieuse.
 
796a2 Femme accroupie (Chypre, 3900-2500 avant JC)
 
Il paraît que cette figurine, également en picrolite, également de 3900-2500 avant Jésus-Christ, représente une femme accroupie au travail. Une femme, c’est sûr, car même si les excroissances au niveau de son torse sont ses bras et non des seins, son sexe est nettement dessiné. Mais pour ma part je la vois plutôt agenouillée ou même debout puisque les membres ne sont, volontairement, qu'esquissés, et je ne sais pas ce qui permet de dire qu’elle travaille.
 
796a3 Idole de Zintilis (Chypre, 3900-2500 avant Jésus-Chr
 
Toujours dans la fourchette de 3900-2500 avant Jésus-Christ, cette statuette-ci est en calcaire tendre. Elle est superbe, c’est ma préférée. Les archéologues l’appellent l’Idole de Zintilis. Encore un point sur lequel j’aurais aimé quelques détails supplémentaires de la part du musée. Sur Internet j’ai pu trouver que Thanos Zintilis était un collectionneur passionné par l’archéologie chypriote. Cela ne me renseigne pas beaucoup sur cette statuette. Ailleurs, un site en anglais dit que la statuette fait partie d’un groupe de sculptures dont toutes ont la tête légèrement inclinée en arrière, des orbites profondes dans lesquelles il a pu y avoir un insert de pierre ou de coquillage, des seins en relief, les bras repliés sous la poitrine, des incisions superficielles pour marquer le pubis et pour séparer les jambes (détail pas très évident sur celle-ci), mais que le contexte archéologique de leur découverte, le village de Kidasi dans la région de Paphos, ne permet pas d’en donner une interprétation.
 
796b1 Cruche chypriote composite (2500-2075 avt JC)
 
Quoiqu’appartenant à la période suivante, 2500-2075 avant Jésus-Christ, cette cruche composite n’en est pas moins très ancienne pour un objet aussi élaboré et esthétique.
 
796b2 Reliefs sur cruche (Chypre, 2000-1800 avant JC)
 
Nous avançons encore dans le temps, 2000-1800 avant Jésus-Christ, pour cette cruche portant sur son ventre des reliefs représentant une stylisation d’hommes et de bucranes.
 
796b3 Rhytons, Chypre, 1450-1200 avant JC
 
Ces petits objets zoomorphes en terre cuite sont des rhytons, c’est-à-dire des vases à libations. C’est pourquoi on remarque sur le cou des animaux un trou rond qui permet le remplissage, une poignée qui permet la manipulation, et un petit trou au bout du mufle qui permet de verser la libation. Ils sont contemporains des Mycéniens du Péloponnèse et de Crète (1450-1200 avant Jésus-Christ).
 
796c Outils en cuivre (Chypre, 2000-1600 avant JC)
 
Ici je n’ai pas tout à fait respecté la chronologie, je reviens un peu en arrière (2000-1600 avant Jésus-Christ) parce que je n’ai pas voulu interrompre ma série de trois poteries. Ces outils sont en cuivre. On sait que c’est à Chypre que, pour la première fois au monde, on a exploité le cuivre (d’ailleurs, le nom du cuivre, kupros, est tiré du nom de l’île, et non l’inverse), et que c’est le cuivre chypriote qui a permis aux civilisations phénicienne, minoenne puis mycénienne d’asseoir leur puissance et leur richesse. On peut identifier ci-dessus un rasoir et une garde de poignard, plusieurs types de pinces, une sonde, une épingle, des clous.
 
796d1 Hochet de terre cuite (600-480 avant JC)
 
796d2 Scribe en terre cuite (600-480 avant JC)
 
796d3 Prêtresse de la Grande Déesse, Chypre, 600-480 avt
 
Ces trois objets de terre cuite s’inscrivent dans la fourchette de 600-480 avant Jésus-Christ. Le premier, en forme de porc ou de sanglier, renferme paraît-il une bille et sert de hochet. Le second est un scribe assis qui déplie sur ses genoux un rouleau de parchemin. Quant au troisième objet, cette figurine féminine en robe hiératique et couverte de bijoux, on suppose qu’il peut s’agir d’une prêtresse de la Grande Déesse.
 
796d4 Figurine chypriote souriante (fin 6e s. avant JC)
 
796d5 Figurine chypriote au tambourin (fin 6e s. avant JC)
 
Ces deux figurines sont datées de la fin du sixième siècle. La première représente une femme parée de deux colliers et portant chapeau. Je trouve que son sourire rappelle celui des sculptures grecques archaïques. La seconde statuette de femme, ornée d’un seul collier mais à la coiffure très élaborée, joue du tambourin. Là encore, aucune explication supplémentaire. Je pense que s’il s’agissait d’une musicienne, ce serait une esclave, elle ne serait pas ainsi parée et serait nue ou vêtue d’une simple tunique. Je suppose donc que cette femme prend part à une cérémonie religieuse.
 
796e Lampe à huile chypriote (480-400 avant JC)
 
Cette lampe à huile d’époque classique (480-400 avant Jésus-Christ) adopte une forme très originale, ouverte, comme une petite assiette ou une soucoupe dont on aurait replié le bord avant séchage et cuisson. Cela lui donne une apparence de coquillage.
 
796f1 Cruche à représentation humaine (480-310 avt JC)
 
796f2 Cruche avec décoration (Chypre, 480-310 avant JC)
 
Je regroupe ces deux objets de terre cuite parce que tous deux sont situés dans la même fourchette de 480-310 avant Jésus-Christ, mais aussi parce qu’il s’agit de deux cruches de même inspiration mais de réalisation opposée. Pour être plus clair, la première est une statuette de femme portant une cruche. La décoration est plus grande que l’objet utilitaire, qui en devient l’accessoire. La seconde serait au contraire une cruche classique, si au-dessus de son bec n’était représentée en ronde bosse une femme faisant le geste de verser. Ici, l’objet utilitaire reste le principal, et la décoration l’accessoire.
 
796f3 monument funéraire chypriote (400-310 avt JC)
 
Ce monument funéraire en terre cuite de 400-310 avant Jésus-Christ représente le défunt allongé dans la position d’un convive à table. Il prend part à son repas funèbre.
 
796f4 Figurine d'acteur (Chypre, 400-310 avant JC)
 
J’ai choisi de montrer également cette figurine vêtue d’un vaste manteau (himation) et le visage recouvert d’un masque parce que je la trouve amusante et originale. Elle date de 480-310 avant Jésus-Christ et la notice dit qu’il s’agit probablement d’un acteur. “Probablement"... mais si ce n'est pas le cas, je ne vois pas quelle pourrait être la signification de ce masque.
 
796g1 Pendentif de pèlerin, Chypre, 5e-6e siècles
 
Pour consacrer la plus grande part de sa surface et de ses vitrines à l’art chypriote antique, le musée ne s’y limite pourtant pas et poursuit sur l’art de Chypre aux siècles et millénaires suivants. Ainsi, nous sommes maintenant à l’époque paléochrétienne (cinquième ou sixième siècle de notre ère) avec ce pendentif de pèlerin en pierre représentant deux personnages qui semblent avoir été dessinés par des enfants avec leurs membres filiformes, leur corps circulaire, deux points pour les yeux, un trait souriant pour la bouche… Le musée n’aide pas à déchiffrer le texte, et dit seulement que les personnages sont accompagnés de symboles. Je pense que l’un de ces symboles, un soleil rayonnant qu’ils tiennent en main, doit être le Christ. Je n’ose pas dire une hostie, parce qu’à cette époque on doit encore utiliser pour l’Eucharistie du pain non moulé en forme circulaire.
 
796g2 Empreinte pour pain eucharistique (période byzantine
 
En revanche, cette pierre calcaire gravée sert de timbre pour imprimer sa marque dans le pain eucharistique avant cuisson, car nous avons atteint la période byzantine, entre le milieu du septième siècle et l’an 1191. Le musée donne cette date butoir de 1191 sans autre explication, ce qui est curieusement précis, à la fois par comparaison à la date de début, le septième siècle, ce qui est vague, et pour la datation d’une pierre. En fait, depuis 1184 Isaac Comnène s’était déclaré gouverneur byzantin de Chypre. En mars 1191, Richard Cœur de Lion en route pour la troisième Croisade se trouvant pris dans une tempête dut s’abriter à Chypre, ce qui n’eut pas l’heur de plaire à Isaac Comnène, lequel voulut s’y opposer par les armes. Et c’est Richard Cœur de Lion qui, sans mal, est venu a bout du Byzantin, a pris possession de l’île puis, ne sachant qu’en faire, l’a vendue aux Templiers. Voilà pourquoi on peut penser que ce timbre byzantin n’a pu être postérieur à l’arrivée des Templiers.
 
796h1 Coupe à motifs floraux (Chypre, 14e s.)
 
Encore deux objets pour nous rapprocher de l’époque contemporaine. Nous en sommes encore assez loin avec cette belle coupe à motifs floraux du quatorzième siècle.
 
796h2 Boucle de ceinture, Chypre, 18e siècle
 
Pour terminer, nous en arrivons au dix-huitième siècle. Ceci est une boucle de ceinture en argent sertie de nacre, et portant gravée une image de Vierge à l’Enfant, et un ange sur le côté, peut-être l’archange Gabriel puisque c’est lui qui avait annoncé la naissance. Initialement, puisque notre voyage n’était pas prévu aussi long et détaillé, nous ne pensions pas nous rendre à Chypre, mais cette exposition nous en donne une furieuse envie. Toutefois, ce n’est pas encore décidé. Nous verrons…
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 11:56
De France et de Biélorussie, nous voici enfin de retour à Athènes. Et nous allons y rester encore un certain temps et cela pour plusieurs raisons. D’abord, en France, on me refuse le renouvellement de mon passeport et de ma carte d’identité, parce que je ne réside pas. Je me fais donc inscrire comme résident français dans notre consulat à Athènes et je fais refaire mon passeport. D’autre part, nous avons vu qu’il y avait plusieurs expositions temporaires intéressantes. Et enfin nous nous plaisons bien dans cette ville. Je consacre donc un article un peu fourre-tout à notre vie de résidents.
 
795a1 fouilles antiques dans le métro à Monastiraki
 
795a2 Traces de l'Antiquité à la station Monastiraki du m
 
795a3 Legs de l'Antiquité dans le sous-sol au métro Monas
 
Partout à Athènes, et je devrais même dire partout en Grèce, dès qu’on creuse un peu le sol on trouve des vestiges de l’Antiquité. On ne compte plus les stations de métro comportant des vitrines avec un mini-musée où sont montrées des poteries découvertes en creusant les galeries, ou des parois protégeant d’une vitre quelques mètres de canalisations d’époque classique, ou diverses autres choses. Ici, nous sommes à la station de métro Monastiraki. Le creusement de la station a dû être mené en parallèle avec des fouilles archéologiques qui ont mis au jour des habitats du huitième siècle avant Jésus-Christ au dix-neuvième siècle de notre ère. La rivière Eridanos qui part des pentes du Lycabette coule à travers Athènes avant d’aller se jeter dans l’Ilissos. De nos jours il est à sec à certaines périodes mais dans l’Antiquité il était toujours alimenté, et plus abondamment lors des pluies abondantes. Son lit faisait 2,60 mètres de large, bordé d’un sentier sur chaque rive. À l’époque de l’empereur romain Hadrien (117-138 de notre ère) la partie de son cours qui traversait la ville a été couverte d’une voûte de briques reposant sur les sentiers, et il a été utilisé comme égout, l’eau claire entraînant les eaux usées. La voûte recouverte de terre a supporté une rue ou un portique, et de part et d’autre, à une distance de 4,50 mètres, des bâtiments la bordaient, maisons d’habitation, ateliers d’artisans, entrepôts. Innombrables sont les découvertes que l’on a faites ici, ruines d’architecture, sculptures de marbre, sols de mosaïque, peintures murales, poteries, pièces de monnaie, objets métalliques ou en os, chacun de ces éléments permettant de dater le lieu de la découverte.
 
795b1 Expo photo d'Eugenie Coumantaros au musée d'Art Cycl
 
Le musée d’Art cycladique présentait une exposition de photographies de Eugenie Coumantaros, une photographe grecque qui a étudié la littérature anglaise à Princeton avec une mineure en photographie. Je me rappelle avoir apprécié une exposition de ses œuvres à l’annexe de Sparte de la Galerie Nationale en juin dernier.
 
795b2 Expo photo d'Eugenie Coumantaros au Cycladique, à At
 
795b3 Expo photo d'Eugenie Coumantaros à Athènes
 
795b4 Expo photo d'Eugenie Coumantaros à Athènes
 
Celle-ci s’intitule Beyond White. C’est une vision très personnelle des petites églises orthodoxes toutes blanches qui parsèment les paysages des îles grecques. Elle a ce don d’isoler des formes, et de jouer avec les couleurs, ici le blanc.
 
795c1 Expo Destruction de Smyrne, au musée Benaki
 
795c2 Expo Destruction de Smyrne, au musée Benaki
 
Une autre exposition était proposée par le musée Benaki. Elle a, paraît-il, nécessité quatre années de travail. Elle se rapporte à la destruction de Smyrne par les Turcs en 1922 (sur ma photo, on lit "ê katastrophê", mais le français a modifié le sens de ce mot qui nous vient du grec, car dans cette langue il signifie "destruction"). J’avais le droit de prendre des photos dans le hall devant la porte de la salle (celles que je montre ci-dessus), mais pas dans l’exposition elle-même, hélas. Je dois donc parler des événements sans images. Smyrne était dans l’Empire Ottoman, mais c’était une ville très cosmopolite, comprenant des Turcs, bien sûr, mais exerçant généralement des métiers manuels, et puis des Grecs, des Arméniens, des Juifs, des Occidentaux, qui s’adonnaient au commerce et menaient une vie aisée. Tout cela a fini par un bain de sang, la ville incendiée, des milliers de Grecs obligés de rejoindre une patrie qu’ils ne connaissaient pas (cf. les Pieds Noirs en 1962) et de repartir à zéro, d’autres étrangers refusés sur les navires qui n’étaient pas sous pavillon de leur pays. Aujourd’hui, Izmir qui succède à Smyrne est rebâtie complètement neuve car il n’y avait plus rien sous les cendres fumantes. Le musée Benaki gère trois centres, celui qui est proche du sénat et qui héberge cette exposition, celui du quartier du Céramique (art islamique) et un centre culturel dans une zone industrielle reconvertie, où nous nous sommes rendus parce que l’exposition est complétée par un film qui dure près de deux heures et montre des documents d’époque et retrace les faits. Tout cela est à la fois passionnant sur le plan historique mais aussi et surtout poignant sur le plan humain. D’ailleurs, devant les photos, et plus encore à la sortie de la salle de cinéma, beaucoup ne retenaient pas leurs larmes.
 
795d1 L'agora d'Athènes, vue de l'Aréopage
 
795d2 Vue de l'Aréopage, l'agora d'Athènes
 
795d3 Vu de l'Aréopage, le Lycabette, à Athènes
 
795d4 Vue de l'Aréopage à Athènes, l'Acropole
 
Nous n’étions jamais montés sur l’abrupte colline de l’Aréopage, un gigantesque monolithe de marbre gris. Son nom signifie "colline d’Arès", nom donné depuis que, un fils de Poséidon ayant violé la fille d'Arès sur cette colline, Arès avait été jugé par les dieux pour avoir tué le coupable, et avait été acquitté. On avait conservé l'habitude de s'y réunir pour juger des affaires criminelles, les juges étant choisis pour leur probité, leur indépendance, leur réputation d’honnêteté. C’est un lieu d’autant plus important que pour soustraire Oreste aux Érinyes qui sont chargées de venger les crimes de sang, Athéna avait obtenu d’elles qu’après le meurtre de Clytemnestre il soit jugé sur l’Aréopage. De là, on a une vue imprenable sur l’agora ancienne (deux premières photos), sur le Lycabette (troisième photo) et sur la toute proche Acropole (dernière photo).
 
795e1 L'UE participe aux fouilles de l'Académie de Platon
 
Il est un lieu symbolique à Athènes, c’est celui où Platon a professé ses idées philosophiques, à savoir l’Académie, dont le nom vient de celui du héros Académos enterré dans les parages. Une rue toute droite partant du Céramique menait en une quinzaine ou une vingtaine de minutes à pied à cette banlieue d’Athènes. Platon avait acheté ce vaste terrain et y avait fait bâtir un gymnase, c’est-à-dire un lieu où l’on s’entraînait à des exercices physiques, auxquels sont liés les exercices intellectuels et donc salles de conférence, salles d’étude, bibliothèque, ainsi que les lieux nécessaires pour l’hébergement de ses disciples, le tout dans de vastes jardins avec un temple d’Athéna. Platon a fondé son Académie vers 388, soit onze ans après la mort de son maître Socrate en 399, et y a enseigné pendant une quarantaine d’années. Voilà pourquoi il était indispensable pour nous d’aller sur les lieux. L’Union Européenne participe au financement de travaux évalués à deux millions d’Euros selon ce panneau qui dit "Création d’entrepôts muséologiques et consolidation de sections du site archéologique de l’Académie de Platon".
 
795e2 Débris de poteries à l'Académie de Platon
 
Le long d’une petite rue, un espace bien gardé par une grille surmontée de barbelés et garni de baraques de travaux type Algeco accumule pierres, tuiles, fragments de poteries, tambours de colonnes, tout un tas de produits de fouilles peu compréhensibles. Mais il est sûr qu’après organisation, il y aura à voir, d’autant plus que la protection du site signifie qu’il y a risque de vol d’antiquités intéressantes.
 
795e3 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
795e4 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
795e5 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
Mais de l’autre côté de la rue, la grille est celle d’un jardin public, et les Athéniens y viennent faire leur jogging, lire sur un banc, jouer au ballon, promener la poussette de bébé, se laisser promener par leur chien qui les tient en laisse ou vaque seul à ses occupations sur les pelouses. Et là, épars dans ce vaste parc public, on trouve ici ou là des ruines qui, de toute évidence, datent de l’Antiquité et sont en accès tout à fait libre. Libre aussi de toute explication, hélas. Ce que sont les bâtiments de mes photos, je l’ignore. Le plan que laisse imaginer ma seconde photo, la construction de ce soubassement en gros blocs de pierre, pourrait évoquer le sanctuaire d’Athéna. Simple supposition que le premier archéologue venu démentirait peut-être avec vigueur…
 
795f1 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
Curieux, de ma part, de publier cette photo. Les deux mots, en bas, "kados perittômatôn" signifient "poubelle". On s’en serait douté. Mais ce qui a retenu mon attention et qui m’a amusé, c’est le nom de Crottinette qui révèle une importation française et manifeste le souci de propreté publique (même si la réserve de sacs destinés au ramassage d’excréments canins est épuisée).
 
795f2a Tortues d'eau dans les jardins du Sénat, à Athène
 
795f2b Tortues et pigeons, jardins du Sénat, Athènes
 
Lors de chacun de nos déplacements au consulat de France, nous avons préféré, au lieu de prendre la correspondance du tramway à la sortie du métro à Syntagma, nous y rendre à pied en traversant le très agréable jardin public du Sénat, autrefois jardin du palais royal. C’est en même temps un jardin botanique, où quelques espèces d’arbres rares portent une étiquette mentionnant leur nom courant en grec et en anglais et leur nom savant en latin. Et puis il y a un bassin où grouillent les tortues d’eau. Un jour que nous étions en train de les observer s’évertuant de s’escalader les unes les autres, une dame est arrivée avec une de leurs consœurs dans un sac plastique et l’a lâchée dans le bassin. C’est sûr, on achète une adorable bestiole dont la carapace mesure deux centimètres de diamètre, et au bout de quelque temps on a un monstre de trente centimètres. Si l’on n’a pas la cruauté de tuer la tortue on est bien embarrassé. On le voit, les pigeons prennent leurs carapaces pour des rochers. C’était l’inverse pour l’aigle qui, à Gela en Sicile, en 456 avant Jésus-Christ, ayant saisi dans ses serres une tortue et sachant bien ce qu’elle était, avait pris de l’altitude et l’avait lâchée pour que se brise sa carapace sur ce qu’il avait pris pour un rocher, à savoir le crâne chauve du poète tragique Eschyle, le tuant. Légende moqueuse évidemment inventée par ses détracteurs.
 
795f3 jars dans les jardins du Sénat à Athènes
 
795f4 Bouc (capra aegagrus), jardin du Sénat, Athènes
 
Il y a aussi des enclos regroupant des animaux, très amusants à regarder mais à vrai dire pas très exotiques. Des paons, des lapins, des oies (avec des jars qui cherchent à se faire remarquer de ces dames par trop indifférentes), et ce bouc dont une plaque fixée sur le tronc d’un arbre donne les caractéristiques. Nom latin, Capra aegagrus, taille 1,40 mètre, poids 75 kilogrammes, espérance de vie 15 ans, et puis les remarques particulières "La ligne noire sur la colonne vertébrale est la caractéristique de l'authenticité. Les nœuds dans ses cornes indiquent son âge", selon ma traduction personnelle. J’ai cherché le mot KOMPOS dans mon dictionnaire et sur Internet, toujours la même traduction "nœud". En regardant ma photo du bouc, je ne vois pas quels peuvent être les "nœuds" des cornes de cet animal qui en indiquent l’âge. S’il s’agissait des anneaux il y en aurait beaucoup plus que les quinze maximum que l’on pourrait attendre…
 
795f5 Chats dans les ruines de la bibliothèque d'Hadrien
 
Poursuivons nos promenades. Et puisque je parle d’animaux, voilà une confrérie de chats qui n’ont pas payé leur billet d’entrée sur le site de la Bibliothèque d’Hadrien et qui se prélassent insolemment sur les étagères où les archéologues ont religieusement amassé leurs trouvailles.
 
795g1 Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721
 
795g2 Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721
 
Lorsque nous avions visité l’agora romaine, le 30 octobre dernier, j’avais évoqué la Medrese, l’école théologique ottomane, datant de 1721 et seulement entrevue depuis le site romain. Puisque nous passons devant ce qui en reste, j’en profite pour montrer un peu mieux ce portail.
 
795h1 Athènes, tango dans la rue pour publicité
 
Je voudrais terminer cet article par quelques scènes de rue. Comme ce couple en costume esquissant au milieu de la rue et sous l’œil amusé des badauds (dont nous faisons partie, évidemment) quelques pas de tango dénotant des danseurs bien peu professionnels. C’est que ce sont plutôt des mannequins, et une photographe les mitraille tandis qu’une autre personne réclame tel ou tel mouvement. Nous sommes tombés sur une séance de prise de vues publicitaires.
 
795h2 Athènes, en route pour relève de la garde
 
Tant de fois nous avons vu la relève de la garde devant le Parlement que nous n’y assistons plus. Nous avons vu le costume d’été, le costume d’hiver, le costume de grandes cérémonies. Mais aujourd’hui, alors que nous nous promenons boulevard de la Reine Sophie, nous croisons ce petit détachement qui vient de la caserne et va prendre la relève. Je crois n’avoir pas encore montré ici la tenue d’hiver.
 
795h3 graffito athénien
 
En France, lors de notre séjour, les seules questions qui nous ont été posées sur la Grèce concernaient la situation économique, les manifestations, les violences. Oui, il y a une crise économique et politique grave. Oui, les mesures d’austérité sont extrêmement sévères, oui elles sont très douloureuses pour le plus grand nombre. Oui, les images de violences montrées à la télévision sont bien réelles. Mais elles sont circonscrites à la place de la Constitution (Syntagma, devant le Parlement) et aux rues avoisinantes, le touriste ne court aucun danger sauf celui d’aider le pays en y venant et, alors que pendant un an nous avons sillonné le pays et vu des merveilles, célèbres comme Delphes ou Cnossos, moins visitées des Français comme Ioannina, le Magne ou la Canée, ces sujets semblent ne pas intéresser grand monde. Alors puisque tel est l’unique centre d’intérêt, parlons des problèmes en montrant ce graffito dans la rue. Un ouvrier portant une pancarte "Je suis en grève" chasse d’un coup de pied dans le derrière un homme au ventre rebondi en complet et chapeau, politicien ou banquier, je ne sais. "Ouste!"
 
795h4 Métro d'Athènes. Non, il ne pleut pas dans les coul
 
Ce jour-là, il pleuvait sur Athènes. Mais cette dame est entrée dans le métro, oubliant de refermer son parapluie. Lorsque j’ai pris ma photo, cela faisait bien deux minutes qu’elle marchait ainsi. Il m’a fallu extirper mon appareil du fourre-tout où je l’avais protégé de la pluie tout en me débattant avec les diverses emplettes effectuées en ville, et malgré ce retard j’ai quand même réussi à déclencher avant que, se rendant enfin compte que les couloirs du métro étaient étanches, elle ne referme son inutile parapluie.
 
795i mes coiffeuses à Athènes
 
Je ne voudrais pas quitter Athènes sans un mot de publicité (gratuite!). À Melun, j’avais ma coiffeuse attitrée et chaque fois que j’allais faire tondre mes (rares) cheveux, la relation était amicale. Eh bien ici à Athènes, nous avons passé tant de temps que nous y avons pris nos habitudes. Et nous avons déniché un salon de coiffure sans prétention, aux tarifs plus que raisonnables, mais d’excellente qualité, tant pour Natacha que pour moi. Et, ce qui est aussi très important lorsque l’on confie sa tête à quelqu’un, les deux (charmantes) jeunes femmes qui y officient, Viki à droite sur ma photo, ainsi que son assistante à gauche, sont gentilles, attentionnées, sympathiques. Leur anglais étant limité, la conversation en grec est nécessairement basique, mais avec des gestes (modérés pour ne pas faire dévier les ciseaux), des mimiques et un peu de bonne volonté, on communique très bien. Pour qui, de passage à Athènes ou y résidant, voudrait une bonne adresse, c’est dans la galerie du n°56 de la rue Panepistimio.
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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 21:20

Il est temps de rejoindre notre camping-car. Notre chez nous, à Athènes. Lever à 3h30 (guère plus d’une heure de sommeil…), départ à 4h30, enregistrement à Orly à 5h30, décollage à 6h45.

 

794a Le jour se lève au-dessus des nuages

 

En ce début de mars, nous avons décollé depuis déjà une heure quand on voit le jour se lever au-dessus des nuages. En bas, la surface des nuages ondule, on dirait les rides de la mer, et dans l’obscurité c’est ce que je croyais, me demandant quelle route nous pouvions bien suivre. Mais au bout de quelques minutes de grosses protubérances ont apparu, et le jour s’est levé, dissipant tous les doutes.

 

794b Sommet enneigé vu d'avion entre Paris et Athènes

 

D’ailleurs, bien vite, les nuages ont disparu, laissant voir le sol. Lorsque nous survolons cette belle montagne, il est 7h30, je ne sais pas trop où nous sommes, parce que je ne sais pas quelle route nous suivons. Ce sont les Alpes, je pense. Il est trop tôt pour les Apennins si nous devons survoler l’Italie. Ou plutôt, comme je ne vois pas la mer alors que je suis à la gauche de l’avion, donc tourné vers l’est, ce seraient les Alpes Dinariques, en Croatie. J’irais bien voir au hublot de droite si la mer est à l’ouest de l’avion, Natacha près de moi est en train de lire, elle me laisserait passer, mais le passager, en bout de rangée, a sombré dans un profond sommeil, je ne veux pas le déranger. Mais de toute façon, à cette heure-ci, on est sûrement encore au nord de la mer.

 

794c Survols du Paris-Athènes

 

Il me vient une idée. S’il y a, plus tard, des endroits que je parviens à identifier d’en haut, je vais les prendre en photo, et puis pour rédiger mon article j’irai comparer mes images avec les vues satellites de Google Earth. J’ai placé, sur une vue Google Earth de la Grèce, dans des cercles jaunes, les endroits que j’ai reconnus. Il y manque, sur cette carte, une petite île, que je n’avais pas la place de marquer, entre Égine et l’aéroport. J’en parlerai tout à l’heure. On voit que l’on était au-dessus de l’Adriatique, et on s’est dirigé plus à l’est qu’Athènes pour ne pas survoler la capitale à basse altitude. On a contourné l’agglomération pour rejoindre l’aéroport international Eleftherios Venizelos par le sud.

 

794d1 La côte est de Corfou vue d'avion

 

794d2 La côte est de Corfou sur Google Earth

 

Systématiquement, je montrerai d’abord ma photo vue d’avion, suivie de la vue satellite de Google Earth. Il est 9h03, nous voyons la côte nord-est de Corfou, et en face c’est le continent, le sud de l’Albanie. La frontière avec la Grèce est un tout petit peu plus loin, en face du dernier quart sud de l’île. Très claire et transparente, la mer laisse croire, sur la vue satellite, qu’une étroite langue de terre relie Corfou à l’Albanie. Il n’en est rien, et la vue aérienne le montre.

 

794e1 lac de Limeni (Etolie Acarnanie) vu d'avion

 

794e2 lac de Limeni (Etolie Acarnanie) sur Google Earth

 

Ce très joli lac en forme de cœur dans son écrin de montagnes est le Limeni, en Étolie-Acarnanie. Nous sommes donc maintenant au-dessus de la Grèce continentale. J’ai avancé ma montre d’une heure, mais pour la France il est 9h13.

 

794f1 Pont de Rion et baie de Naupacte vus d'avion

 

794f2 Pont de Rion et baie de Naupacte sur Google Earth

 

9h19, heure de France. Nous voici devant l’endroit où le chenal est le plus étroit entre la Grèce du nord et le Péloponnèse. Dans l'article de ce blog où je parle de notre voyage aller vers la France, j'ai déjà montré une photo de cet endroit, mais de plus haut et dans l'autre sens. En 2004, à l’occasion des Jeux Olympiques, un superbe pont suspendu a été jeté entre les deux rives (Rion au sud et Antirion au nord), pont fort coûteux et hélas achevé un peu après la clôture des Jeux. À quelques kilomètres à l’est du pont (donc plus à droite sur ma photo), sur la rive nord (celle du haut sur la photo), se trouve la petite ville de Naupacte (Nafpaktos en grec), l’ancienne Lépante. C’est donc là, dans ce bassin que l’on voit sur ces deux images, que s’est déroulée la fameuse bataille navale le 7 octobre 1571 entre la flotte de la ligue chrétienne et la flotte ottomane du sultan. J’en ai longuement parlé ailleurs, je n’y reviens pas.

 

794g Montagnes du Péloponnèse vues d'avion

 

Seulement quatre minutes se sont écoulées. Nous longeons toujours ce golfe étroit et profond qui se creuse entre le continent et le Péloponnèse. Nous sommes un peu au sud, ces montagnes sont celles du Péloponnèse. Dans l’angle supérieur droit, on aperçoit le début d’une bien étroite plaine côtière, nous approchons de Corinthe et de son isthme.

 

794h1 Corinthe vue d'avion

 

794h2 Corinthe sur Google Earth

 

Il est 9h28 à Paris. Cette fois, nous sommes en vue de Corinthe. La ville moderne s’allonge le long de la mer. Sur ma vue d’avion, on remarque, sur la gauche, un énorme roc qui émerge de la plaine (et puis, en bas, près de la bordure de la photo, commence la montagne). Ce roc, c’est Acrocorinthe, la citadelle. Elle nous cache, à son pied vers le nord, la Corinthe antique, celle de saint Paul, reconstruite après avoir été rasée par les Romains lors de leur conquête. Mais de toute façon, de cette altitude, les ruines ne pourraient pas être distinguées.

 

794h3 l'isthme de Corinthe vu d'avion

 

794h4 l'isthme de Corinthe sur Google Earth

 

Tout de suite après, je déclenche de nouveau, mais en grand angle, pour voir les deux côtés de l’isthme. En bas, c’est le Péloponnèse. En haut, c’est l’Attique sur le continent. Un isthme vraiment très étroit. On comprend pourquoi, dès l’Antiquité, les hommes ont conçu le projet, parfois entamé, jamais réalisé jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, de percer un canal pour éviter aux navires de faire tout le tour du Péloponnèse, avec en prime une mer souvent mauvaise aux alentours du cap Ténare, tout là-bas, à la pointe sud. C’est à cause de ce grand détour et de la mer agitée que les Corfiotes, qui avaient construit spécialement une flotte pour aller en découdre avec les Perses aux côtés de tous les autres Grecs coalisés, sont arrivés à Salamine alors que la bataille était achevée…

 

794h5 le canal de Corinthe sur Google Earth

 

Parce que ce canal n’est pas visible sur mes photos prises d’avion et qu’il revêt une importance économique et historique énorme, j’ajoute ici une vue Google Earth très verticale qui permet de voir son tracé, une belle ligne plus sombre à l’endroit le plus étroit de l’isthme de Corinthe.

 

794i1 L'île d'Egine (golfe Saronique) vue d'avion

 

794i2 L'île d'Egine (golfe Saronique) sur Google Earth

 

Nous voici à présent, à 9h33, en vue de l’île d’Égine. Avec ses temples antiques et ses monastères, elle fait partie de notre programme de visites. Nous ne savons pas encore si nous ferons un tour par plusieurs îles du golfe Saronique et de la côte de l’Argolide ou si nous n’en verrons qu’une, mais s’il n’y en a qu’une ce sera celle-là.

 

794j1 L'île de Fleves (ouest Attique) vue d'avion

 

794j2 L'île de Fleves (ouest Attique) sur Google Earth

 

C’est elle, la toute petite île que je n’ai pu encercler de jaune sur ma carte. Elle est tout près de la côte ouest de l’Attique, à mi-chemin à peu près entre Le Pirée et le cap Sounion. Cette île, c’est Fleves (prononcer Flévès). Minuscule, sous l’aile blanche et orange de notre avion Easyjet, mais habitée. L’arrivée est prévue à 10h55 heure locale, soit à Paris 9h55, et il est 9h37. Le temps de prendre la piste, d’atterrir, de rouler au sol jusqu’au terminal, nous serons à l’heure.

 

794k L'arrivée à Athènes, aéroport Venizelos

 

Voilà, nous sommes presque arrivés. L’appareil a perdu de l’altitude, il a sorti le train, il a franchi l’autoroute. Quand, en voiture, on prend la bretelle qui sort de l’autoroute en direction de l’aéroport, on considère qu’on est arrivé. Alors en avion… Il est 9h41 au moment de la photo.

 

Athènes. Des lieux que nous connaissons. Nous y avons nos marques. Depuis si longtemps que nous y résidons, nous nous y sentons chez nous, nous sommes heureux de retrouver "notre" ville, la Grèce, notre camping-car. Mais tristes que nos familles, nos amis, soient si loin… Maintenant, nous allons poursuivre notre voyage.

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 20:19
Hier 29 février, nous avons fait escale quelques heures à Amsterdam et en avons profité pour faire un saut de l’aéroport au musée Van Gogh. Or en attendant de prendre très tôt demain matin l’avion pour Athènes, nous passons la journée d’aujourd’hui et les deux nuits qui l’encadrent chez mes très chers sœur et beau-frère à L’Isle-Adam. C’est-à-dire tout près d’Auvers-sur-Oise où est mort Van Gogh et où il est enterré. Nous nous devions donc, ce matin, de nous rendre sur les lieux.
 
793a1 L'Oise à Auvers
 
793a2 L'Oise à Auvers
 
Comme son nom l’indique, Auvers-sur-Oise s’est développée au-dessus de la rivière, juste après le pont qui l’enjambe. Ce sont de doux paysages que nous traversons en cette matinée ensoleillée de la fin de l’hiver.
 
793b1 Van Gogh, lien entre Zundert et Auvers-sur-Oise
 
Vincent Van Gogh constitue le lien culturel et charnel qui unit les villes jumelées de Zundert pour les Pays-Bas et d’Auvers pour la France, où le grand peintre a commencé et terminé sa vie. Deux pays dont il me plaît de parler de la frontière commune, pour me faire prendre pour un ignare en géographie. Selon mon humeur du moment, ou bien je laisse mon interlocuteur rire de moi, ou bien j’évoque, après un temps, la frontière entre les deux parties de l’Antille de Saint-Martin…
 
793b2 Les tombes de Vincent et Théo Van Gogh à Auvers
 
Au cimetière d’Auvers, on ne peut imaginer une tombe plus simple, plus modeste, pour le grand Vincent et pour son frère aimé et attentionné Théo.
 
793c1 L'escalier classé de l'église d'Auvers
 
793c2 L'escalier classé de l'église d'Auvers
 
Mais faisons un très bref tour en ville. L’escalier qui monte vers l’église, du côté du portail principal, à l’ouest (alors que l’accès simple et de plain pied par la rue qui monte vers le cimetière est du côté de l’abside) est un bel escalier ancien présenté comme accès d’honneur et classé, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1947.
 
793d1 L'église Notre-Dame d'Auvers-sur-Oise
 
Nous sommes au dixième siècle dans le Vexin français. Ces terres appartiennent au roi de France Philippe Premier, qui y fait construire ce qui ne doit être qu’une chapelle. Mais en 1131 son fils Louis VI le Gros en confie l’administration à l’abbaye Saint-Vincent, située dans le Valois, à Senlis. Elle restera six siècles et demi dans le giron de cette abbaye, jusqu’à la Révolution Française. Peu à peu, la chapelle devient église. En 1170, on en construit l’abside et le clocher, de 1190 à 1220 c’est la nef. En cette première moitié du treizième siècle, elle devient église paroissiale, et c’est un religieux de l’abbaye de Senlis qui, toujours, en sera le curé. Le pape Paul V, le 10 avril 1607, accorde à tous les fidèles qui auront visité dévotement cette église le jour de la Fête Dieu (60 jours après Pâques), une indulgence plénière pour la rémission de tous leurs péchés. Après des jours brillants où l’église a compté jusqu’à sept vicaires pour seconder le curé, c’est la décadence et, en 1771, alors qu’il n’y a plus qu’un seul vicaire, l’église doit vendre aux enchères ses bancs pour subvenir à ses frais d’entretien. La Révolution exige que les prêtres signent la Constitution Civile du Clergé. Il y eut beaucoup de prêtres réfractaires, mais à Auvers le curé et son vicaire signent docilement, en janvier 1791. Ainsi, après avoir été fermée, après avoir passé le temps de la Terreur, l’église peut reprendre cahin-caha son fonctionnement en lieu de culte.
 
793d2 L'église d'Auvers telle que sous l'œil de Van Gogh
 
Mais c’est évidemment grâce à l’un des plus célèbres tableaux de Van Gogh que cette église Notre-Dame d’Auvers est universellement connue. La Municipalité a eu l’excellente idée de placer un panneau représentant le tableau de l’artiste, là où Van Gogh avait installé son chevalet, ici devant l’abside gothique du douzième siècle (on le distingue vaguement en bas à droite de ma photo) et en d’autres endroits de la ville. On peut ainsi voir comment a été interprétée la réalité.
 
Dans le clocher, trois cloches : Madeleine-Marie date de 1733 et donne le mi. Van Gogh, mort en juillet 1890, n’a jamais eu l’occasion d’entendre les deux autres cloches, qui donnent le ré et le fa dièse, installées en 1891, quelques mois après sa mort.
 
793e Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
 
Sut le flanc droit de l’église, le portail s’orne d’un beau tympan représentant la Vierge emportée par des anges. Je suppose qu’il s’agit de l’Assomption.
 
793f1 Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
 
793f2 Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
 
793f3 Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
 
L’intérieur, la nef, les chapiteaux sont de style gothique classique. La grande rosace qui surmonte le portail, à l’ouest, a dû être entièrement refaite en 1876. Elle, Van Gogh l’a connue.
 
793f4 Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
 
La chapelle latérale gauche est consacrée à saint Joseph. On peut admirer, sur l’autel, le grand tabernacle de bois doré qui date du dix-septième siècle.
 
793g Ste Anne et la Vierge dans l'église d'Auvers-sur-Oise
 
Avant de quitter l’église et de quitter Auvers-sur-Oise, je remarque encore, dans cette chapelle Saint Joseph, cette statue de sainte Anne tenant avec affection Marie, sa fille, par l’épaule.
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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 19:02
Encore une grande exposition à Paris en ce début de 2012, "Exhibitions, l’invention du sauvage" au musée du quai Branly, qui démontre que le sauvage est une création due à un étonnement naïf face à l’inconnu, à l’étrange, mais aussi, surtout, à une intention politique consciente ou à un intérêt économique. Car on ne se limite pas ici à parler de l’indigène de pays lointains et peu explorés présenté comme le sauvage, mais il est question aussi de tous les individus présentant des particularités qui les rendent étranges, même s’ils ne viennent pas d’un autre continent.
 
792a1 Brigida del Rio, femme à barbe (1590)
 
L’Espagnole Brigida del Rio, "la femme à barbe de Peñaranda", est présentée comme curiosité. C’est bien une occidentale, puisque Peñaranda se trouve entre Salamanque et Avila. Nous voyons ici un tableau peint en 1590 par Juan Sánchez Cotán.
 
792a2a Procession américaine, Stuttgart, 1599
 
792a2b Procession américaine, Stuttgart, 1599
 
En 1599, au carnaval de Stuttgart, a été montré au public parmi les autres chars le "défilé de la Reine Amérique". L’exposition présente ici des reproductions d’aquarelles d’époque.
 
792a3 Inuit du Groenland montrés à Copenhague en 1654
 
Ces quatre Inuit (de gauche à droite Thiob, Cabelou 25 ans, Gunelle 45 ans et Sigjo, adolescente) ont été enlevés en 1654 dans l’ouest du Groenland pour être exhibés au Danemark. Mais l’homme, Thiob, meurt peu après son arrivée. Quand les trois femmes sont présentées au roi, il veut qu’elles soient instruites du christianisme, baptisées, et qu’elles apprennent la langue danoise, après quoi on devra les rendre à leur pays. Mais cela fait, on tarde à trouver un bateau vers le Groenland, et toutes trois meurent à Copenhague en 1659. La toile représentée sur ma photo est de 1654, donc lors de l’arrivée des Inuit (d’ailleurs, plus tard, l’homme était mort), et elle est attribuée à Salomon von Hager.
 
792b ambassadeurs, du Siam et de Guinée, fin 17e siècle
 
Ces deux estampes montrent des ambassadeurs étrangers venus en France à la fin du dix-septième siècle de ces pays qui suscitent la curiosité. Celui de gauche est Kosa Pan, ambassadeur du roi de Siam, venu pour rencontrer Louis XIV en 1786. Celui de droite est Dom Matheo Lopez, ambassadeur d’un roi de Guinée.
 
792c1 Femmes hottentotes, 19e siècle
 
L’anatomie de certaines femmes Hottentotes, peuple d’Afrique du Sud, dans la région du Cap, dont la forme des fesses très volumineuses est encore accentuée par une forte cambrure, a créé surprise, intérêt, curiosité en Europe. En effet, l’usage de certaines tribus voulait des femmes au postérieur et aux cuisses énormes, aussi les jeunes filles devaient-elles absorber d’énormes quantités de bouillie de céréales, de miel, d’huile d’arachide, et leur massait-on longuement chaque jour les fesses de beurre et d’onguents. Saartjie Baartman (à gauche ci-dessus), Hottentote née en 1789 dans la tribu des Khoekhoe, avait 14 ans lorsqu’elle est arrivée au Cap, où elle est devenue esclave. Elle a été amenée en Europe pour que l’on puisse exhiber, à Londres de 1810 à 1814, puis à Paris en 1814 et 1815, l’hypertrophie de ses fesses et de ses hanches. Mais aussi de son sexe car dans sa tribu l’usage était, lors de l’apparition des premières règles, de pratiquer sur la vulve deux incisions de chaque côté des petites lèvres et d’y insérer un caillou de plus en plus lourd, de façon à les étirer progressivement jusqu’à ce que le sexe atteigne quelquefois plus de 10 centimètres de long. C’est ce que l’on a appelé le tablier hottentot. Lors de la venue de Saartjie à Paris, une pièce de théâtre est créée, intitulée La Vénus hottentote. Fin 1815, au Muséum d’Histoire Naturelle, le zoologiste Cuvier l’examine, exhibée dans un amphithéâtre bondé (oui, zoologiste, mais il ne cherchait pas encore le chaînon manquant de Darwin entre le singe et l’homme, car né en 1809 Darwin n’avait encore que 6 ans et n’avait pas échafaudé sa théorie). Morte en décembre 1815 ou janvier 1816, elle va continuer à être objet d’étude, car son corps, acheté par Cuvier, va être moulé, mesuré, puis disséqué. Ses fesses dépassaient de son dos de 16,5 centimètres et ses hanches faisaient 45 centimètres de large.
 
Quarante ans plus tard, en 1855, on amène à Paris un groupe de Hottentots, parmi lesquels Stinée, à droite ci-dessus, photographiée par Louis Rousseau, le photographe du Muséum, en 1855. En effet, il a été chargé de tous les photographier, de face et de profil, tous vêtus sauf Stinée, la plus jeune, âgée de 32 ans.
 
792c2 Céphalomètre de Dumoutier (1842)
 
792c3 Tableau de l'évolution (vue raciste du 19e s.)
 
Darwin a publié sa théorie de l’évolutionnisme, mais entre les grands singes et l’homme blanc, doit se trouver un chaînon manquant. Il convient de le retrouver. Les scientifiques alors établissent un catalogue de races et de sous-races, cherchant à démontrer que l’homme noir est ce chaînon manquant. C’est une classification très utile pour justifier le colonialisme. C’est pour procéder à l’établissement de ce tableau hiérarchisé des races que l’on relève toutes les mesures possibles, par photographie, par moulage sur nature, et aussi avec le céphalomètre (appareil à mesurer la tête construit en 1842 par Gravel, photo ci-dessus) de Pierre Dumoutier, médecin spécialiste du moulage et des mesures. Les bustes moulés servent aussi de modèles aux artistes. La seconde photo ci-dessus présente un tableau destiné à prouver l’évolution darwinienne, mais situant l’homme noir entre le singe et l’homme blanc.
 
792c4 Singe assis sur le livre de Darwin et sur la Bible (1
 
Ce bronze de Hugo Rheinhold, fondu en 1893, représente un singe assis sur le livre de Darwin et sur la Genèse, premier livre de la Bible, et contemplant un crâne. Pour Darwin, l’homme est l’arrière-petit-fils du singe ou son cousin, fruit de l’évolution de l’espèce et de la sélection naturelle. Mais dans la Genèse c’est Dieu qui crée l’homme avec de la glaise. L’Église ne peut donc admettre, en cette fin du dix-neuvième siècle, la théorie évolutionniste qu’ont adoptée la majorité des scientifiques de l’époque. D’où l’air perplexe de ce petit singe devant un crâne d’homme. Il se demande s’il est de la même famille.
 
792d1 Danse funèbre siamoise (vers 1830)
 
Cette reproduction d’une lithographie des alentours de 1830 est intitulée Danse funèbre de jongleurs siamois. L’intention de son auteur est claire lorsque l’on voit le ridicule de la présentation, et qu’il annonce dans ces conditions une danse funèbre quand on considère le regard porté sur la mort en Occident.
 
792d2 Présentation d'Indiens Iowa à Louis-Philippe (1845)
 
Karl Girardet a peint en 1845 ce tableau qui représente le roi de France Louis-Philippe assistant à une danse d’Indiens Iowa dans le salon de la Paix au palais des Tuileries, le 21 avril 1845. Peut-être faut-il voir là moins une "exhibition de sauvages" qu’une curiosité folklorique. Toutefois, je suis très loin d’être sûr que ces Indiens soient venus de leur plein gré. Cela me rappelle pourtant un livre de ma bibliothèque, le journal de bord tenu par Bougainville lors de son tour du monde de 1766 à 1769. Lors de son escale longue à Tahiti, il a appris quelques mots de la langue locale, et a accepté d’emmener à son bord Aotourou, un indigène qui l’en priait. Il ne s’agit donc pas d’une capture. Ledit Aotourou, qui ne s’imaginait pas le monde si vaste, a été très déçu de voir que la France était si loin de son île, mais l’expédition ne pouvait pas faire demi-tour, et ainsi s’est-il retrouvé à Versailles, où il a été présenté à Louis XVI et dont il a sans mal pris tous les usages, raffolant de l’opéra, mais une seule chose lui est restée insupportable jusqu’au bout, le port de chaussures. Rien de commun, donc, entre le Tahitien Aotourou venu libre au temps des Lumières où la science découle de la philosophie, et les Indiens Iowa amenés au temps de scientifiques dont la recherche pure est détachée de la philosophie.
 
792e1 Noir présenté dans une ménagerie (1894)
 
792e2 Noirs exhibés comme sauvages (1899)
 
Le pire, ce sont les hommes et les femmes montrés comme des animaux. Non pas des êtres humains particuliers, mais carrément des bêtes en cages, ou dans des grottes. On voit ici (photo du haut) une ménagerie avec un buffle sur la droite, des perroquets sur des perchoirs, un éléphant à l’arrière-plan et sur scène un Noir portant un crocodile sur ses épaules, présenté au public par le "dompteur" blanc. Au premier plan, un petit garçon effrayé est rassuré par sa grande sœur (tableau de Paul Friedrich Meyerheim, 1894).
 
L’autre image est la reproduction d’un dessin de 1899 par William T. Maud réalisé dans le cadre de la présentation de "L’Afrique du Sud sauvage à Earl’s Court", dessin intitulé Un coup d’œil aux Indigènes. Au zoo de Vincennes, la fosse aux ours est meublée de rochers, et ici pour les sauvages d’Afrique du sud on a aménagé une hutte primitive. Les figurants, importés comme des fauves, sont priés de jouer le jeu et de se montrer tels que le public les souhaite. Fort heureusement, le regard sur certaines ethnies et certaines civilisations a changé aujourd’hui. Insuffisamment bien souvent, mais il y a progrès. Toutefois, il m’est arrivé de me dire, en lisant certains guides de voyage, que l’éditeur se doit, pour vendre sa marchandise, de montrer ce que le lecteur s’attend à trouver. Je ne parle pas ici dans le vide, je pense à quelques exemples précis. Par exemple, je connais un peu la Biélorussie, le pays de Natacha. Les paysans n’y ont sans doute pas, pour la plupart, le niveau d’instruction qui s’est répandu aujourd’hui dans les campagnes françaises, néanmoins ils ne sont pas analphabètes, leurs contacts avec la ville sont extrêmement fréquents, bref ils ressemblent à des agriculteurs de chez nous au vingt-et-unième siècle. Mais dans un certain guide de Gallimard, il y a une photo montrant des êtres auprès de qui ceux de L’Intérieur de paysans au vieux joueur de flageolet, de Le Nain, semblent des aristocrates et ceux des tableaux de Brueghel l’Ancien des intellectuels. Il convient de ne pas détromper ceux qui s’attendent à trouver dans cet état le produit des kolkhozes.
 
792e3a exhibition d'un homme-chien et son fils (1873)
 
792e3b exhibition d'un homme-chien et son fils (1873)
 
Cette affiche lithographiée de 1873 propose au public d’aller voir l’Homme Chien et son fils pour un franc par personne (deux francs le vendredi), tous les jours de 13h à 16h30 et de 20h30 à 23h au Tivoli Waux-Hall, place du Château d’Eau. On exhibe donc à l’égal les personnes d’ethnies peu connues ou inconnues du grand public français et celles qui, pour diverses raisons naturelles, sont difformes ou présentent des caractères particuliers.
 
792f1 Indiens Galibis exhibés à Paris (1882)
 
Présentant cette affiche lithographiée, œuvre de Jules Chéret en 1882, l’exposition lui adjoint un commentaire que je préfère retranscrire ici textuellement : "En 1882, des familles d’Indiens Galibis sont amenées de Guyane et du Surinam jusqu’au jardin zoologique d’Acclimatation à Paris. Elles attirent près de 400 000 visiteurs. En 1892, de nouveaux Galibis arrivent à Paris. Ils sont exhibés comme des sauvages à moitié nus, comme le suggère cette affiche, mais trois meurent de maladie lors de leur exhibition dans le Jardin d’acclimatation. Ils seront enterrés sur le lieu même de l’exhibition. Pourtant, le ’spectacle’ continue. De ce récit dramatique, Gérard Collomb a collecté en Guyane, au début des années 1990, des témoignages transmis de génération en génération parmi les Indiens : ‘Ils avaient été enfermés pour que les Blancs puissent les voir. Personne n’avait le droit de sortir. Chaque jour les Blancs se rassemblaient pour les regarder.’ …un voyage exceptionnel dans les mémoires".
 
Très, très loin de moi l’intention de minimiser l’horreur de ces captures, de ces transferts autoritaires, de ces exhibitions inhumaines avec mise en scène. Mais je mets seulement en doute ces témoignages, car les Blancs de Guyane, si c’est d’eux qu’il s’agit quand on dit qu’ils se rassemblaient pour les regarder, en voyaient quotidiennement, de ces Indiens qu’ils faisaient travailler pour eux, et s’il s’agit des Blancs de Paris, à une époque où les informations ne circulaient pas si bien à travers le monde, surtout chez les populations restées hors du développement technique des Occidentaux, les Indiens de Guyane ne devaient guère avoir les moyens d’apprendre que des centaines de milliers de badauds contemplaient leurs congénères comme des bêtes.
 
792f2 Pygmée congolais exhibé aux USA (1904-1906)
 
De plus en plus près de nous, en 1904 cette fois-ci, avait lieu à Saint-Louis, aux États-Unis, une exposition universelle. À cette occasion, on y a amené Ota Benga, un Pygmée du Congo. Puis on l’a transféré en 1906 au zoo du Bronx où, enfermé dans une cage voisine de celle d’un orang-outan, il n’était plus comparé à un animal, il ÉTAIT un animal sous les yeux des visiteurs. Tout le monde, cependant, ne le voyait pas de cet œil, et une partie de l’opinion publique, derrière le clergé, a élevé une protestation humanitaire, obtenant qu’il soit libéré et hébergé dans un orphelinat. Ce n’était pas la panacée, mais c’était plus humain. Puis il ira travailler dans une manufacture de tabac en Virginie. Mais en 1916, il apprend que jamais plus il ne pourra retourner en Afrique, et préfère se suicider. Il avait alors 32 ans.
 
792g1 Villages annamites à Lyon (1894)
 
Cette affiche lithographiée a été réalisée en 1894 par Francisco Tamagno pour l’exposition coloniale de Lyon. Présentant le village annamite, elle était montrée à côté d’une affiche de village africain que je ne publie pas (je ne peux tout montrer). Comme je l’ai fait tout à l’heure, je recopie textuellement ici le texte placé auprès des deux affiches. "Deux affiches furent réalisées pour l’Exposition coloniale de Lyon de 1894 proposant des ‘villages d’indigènes’, mais alors que l’affiche du village noir, avec cette femme aux seins nus, promet un voyage dans l’Afrique exotique et guerrière, celle du village annamite parle d’une civilisation à découvrir. Une hiérarchie des peuples est ainsi exposée aux visiteurs. Les premiers s’exhibent, les seconds ‘travaillent’ devant les visiteurs. Autant de signes qui suggèrent aux visiteurs qu’il existe une hiérarchie des cultures au sein de l’empire colonial français. D’autant plus qu’un enjeu politique est présent : le Dahomey vient juste d’être conquis par la France, dans un contexte où l’opinion est peu favorable à l’expansion coloniale, il faut désormais promouvoir cet empire africain en construction et vanter la ‘diversité’ des peuples placés sous l’autorité de la République". Je n’ai à ce sujet aucun doute, dans les exhibitions privées il s’agit de gagner le plus d’argent possible, dans les expositions publiques il y a toujours un arrière-plan politique. Mais je vois mal comment, pour justifier la conquête du Dahomey, on montre que les pays africains sont belliqueux et ne sont bons qu’à être exhibés, tandis qu’en Asie du Sud-est les indigènes sont travailleurs et productifs.
 
792g2 Assiette souvenir, expo universelle, Paris 1900a
 
À l’occasion de l’exposition universelle de 1900 qui avait lieu à Paris, avaient été éditées des assiettes souvenirs en faïence portant des dessins humoristiques imprimés. Leur humour est fortement teinté de racisme. Sur celle que je montre, un gamin dit à son copain "Regarde donc, c’qu’il a l’air triste, ce nègre", à quoi l’autre répond "Dame, un nègre, ça a les idées noires". Une autre assiette montre une femme africaine en boubou, assise à terre sur une natte dans une case, et des visiteurs blancs, en chapeau européen, se penchent pour la regarder à l’intérieur. "C’est la femme du chef soudanais, dit l’un. Il en a 4 comme ça. – Oh le malheureux!…" soupire l’autre. Pourtant, autant que je sache, bien des Blancs des colonies ont amplement profité des femmes africaines.
 
792g3 Village alsacien à Nancy (1909)
 
À côté de cette affiche du village alsacien à l’exposition de Nancy de 1909, dessinée par Splinder, un commentaire explique que dans une France régnant sur un Empire colonial et prônant l’uniformisation et la disparition des particularismes régionaux et coloniaux, il convenait de faire voisiner dans les expositions des minorités telles que les Bretons ou les Savoyards avec des villages africains. "Les cultures locales ou celles des populations colonisées sont amenées à disparaître et donc à être exhibées avant de se fondre dans une identité unique", peut-on lire. Soit. Je sais bien qu’en ce début de vingtième siècle on châtiait encore les gamins qui, à l’école, parlaient la langue bretonne, la langue occitane, les dialectes picard, bourguignon ou auvergnat. Ou la langue allemande dans la Lorraine de Nancy restée française. Mais depuis la défaite de 1871, la Lorraine de Metz et toute l’Alsace depuis Wissembourg jusqu’à Saint-Louis en passant par Strasbourg, Colmar et Mulhouse, avaient été annexées par l’Allemagne. Même si elle rêvait d’une revanche et de la récupération de ces provinces, la France de 1909 ne pouvait en envisager l’uniformisation dans le creuset français. Et moins encore la ville de Nancy que Paris, pour qui les us et coutumes lorrains ou alsaciens étaient plus chargés de signification que les usages parisiens. L’intention de ce village alsacien qui voisinait avec des villages africains était donc beaucoup plus folklorique que l’on ne veut bien nous le dire. À moins qu’il n’ait été souhaité de montrer qu’au-delà des particularismes régionaux, l’Alsace qui nous a été prise est beaucoup plus proche de nous (et des Lorrains de Nancy) que ces Africains que nous possédons encore.
 
Je terminerai là notre visite de cette exposition sur l’invention du sauvage. J’ai lu un jour un livre d’un auteur roumain, Mircea Eliade je crois (mais je n’en suis pas sûr, et je ne sais plus le titre de l’ouvrage) critiquant vertement les zoos humains des années 1930. Ces exhibitions ont continué jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Ensuite, elles n’ont plus été qu’épisodiques, la toute dernière ayant lieu à Bruxelles en 1958 mais, sous la pression des violentes critiques, les organisateurs seront contraints de fermer les villages congolais. S’ouvre à ce moment-là l’époque où les peuples colonisés vont accéder à l’indépendance. Mais ouvrons nos oreilles, nous comprendrons que le racisme n’a pas disparu, hélas.
 
Puisque cette exposition avait lieu au Musée des arts premiers du quai Branly, nous avons profité de notre présence sur place pour aller jeter un rapide coup d’œil, en désordre et au hasard, dans quelques salles des expositions permanentes. Je vais en montrer maintenant quelques images, mais à défaut d’avoir approfondi ce que j’ai vu elles ne sont guère porteuses de sens. Tant pis, j’ai au moins plaisir à les voir même sans toujours les comprendre bien.
 
792h1 Effigie masculine indonésienne (fin 19e s.)
 
Ce monsieur assez indécent vient, nous dit-on, du centre de Nias (qui est une île indonésienne à l’ouest de Sumatra) dans le cours moyen de la rivière Susuwa. Il date de la fin du dix-neuvième siècle.
 
792h2 Effigie masculine, Sumatra, fin 19e siècle
 
Cette effigie masculine en pierre date de la fin du dix-neuvième siècle ou du début du vingtième, et elle provient d’Indonésie, Sumatra, région du lac Toba, population Pakpak simsim.
 
792h3a Aristocrate de Sumatra chiquant (milieu 19e s.)
 
792h3b Aristocrate de Sumatra chiquant (milieu 19e s.)
 
J’aime beaucoup cette autre statue de pierre, un peu plus ancienne (milieu du dix-neuvième siècle), cette femme manifestement aristocratique avec sa chique dans la joue gauche. Elle aussi est indonésienne de Sumatra, mais de la région de Barus, population Toba. C’est son mari qui a commandité le portrait de Ronggur ni Ari boru Barutu (nom compliqué…) représentée avec une boîte rituelle dans chaque main, l’une pour les feuilles de bétel, l’autre pour la chaux. J’avais lu quelque part que l’usage de chiquer des feuilles de bétel avec de la chaux comme catalyseur était un usage très répandu dans beaucoup de pays asiatiques, avec des propriétés stimulantes et aphrodisiaques.
 
792i1 Couperet rituel du Tibet (14e ou 15e siècle)
 
Cet objet, qui remonte au quatorzième ou au quinzième siècle, est un couperet rituel originaire du Tibet.
 
792i2 Bure kalou des Fidji, édifice cérémoniel
 
Nous voici dans une des îles Fidji, peut-être Taveuni. Cette construction en fibre de coco tressée date du milieu du dix-neuvième siècle et représente fidèlement un bure kalou, ces édifices cérémoniels où demeuraient les prêtres. La fibre de coco est un matériau sacré en Polynésie. En tressant les fibres, hommes ou femmes récitaient les généalogies qui remontaient jusqu’aux dieux, ce qui avait pour effet de charger l’objet de pouvoirs. Je lis qu’en outre, lors des cérémonies, le bure kalou recevait le souffle divin par l’intermédiaire d’une écorce blanche ou d’une figure de bois, ou d’ivoire de cachalot, que l’on plaçait à l’intérieur.
 
792i2 Chapeau de mariée (nord Laos, 20e siècle)
 
Ce couvre-chef du vingtième siècle est une coiffe de femme mariée de la population Akha Loïmi du nord du Laos. Elle est faite d’argent, de bambou, de coton, de pièces de monnaie, de métal, de graines, de laine, de fourrure d’écureuil, de plastique…
 
792i4 Couverture du Vietnam représentant des avions
 
Cette couverture de la province de Lam Dong au Vietnam et datant de la seconde moitié du vingtième siècle servait de manteau à la saison froide. Sa décoration est faite de motifs figuratifs stylisés. À l’origine, les motifs étaient géométriques sur ces couvertures tissées sur un petit métier tenu par le dos et les pieds de la tisserande. Depuis qu’elles en sont venues aux motifs figuratifs, les femmes tirent leur inspiration de ce qu’elles voient au quotidien. Ainsi, avec la guerre dans les années 1960, les sujets sont souvent devenus des armes, des hélicoptères ou, comme ci-dessus, des avions.
 
792j1 Ex-voto d'Alep et d'Irak
 
Ici, j’ai regroupé sur une seule image trois séries d’ex-voto. Sur la première ligne, ils appartiennent à la population syriaque d’Alep, en Syrie. Ceux de la deuxième ligne proviennent de la communauté musulmane chiite de Kadhimain, en Irak. Enfin, c’est de la population arménienne d’Alep que viennent les ex-voto de la ligne du bas. Tous sont en argent, sauf un en or dans la série musulmane (le tout petit en quatrième position, on le reconnaît facilement à sa couleur).
 
792j2 Plaque d'agate juive d'Iran, allumage de menorah
 
Nous terminons notre rapide visite avec cette plaque d’agate de la communauté juive de Mashhad en Iran, représentant une scène d’allumage de bougies de menorah (le chandelier à sept branches).
 
Et voilà. Cette visite au quai Branly sera la dernière de notre séjour à Paris.
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Published by Thierry Jamard
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