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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 17:59

 

Comme je l’ai expliqué dans l’article précédent de mon blog, nous avons une foule de musées à voir, entre ce soir dimanche et après-demain mardi, sachant qu’ils sont fermés le lundi. Le plus riche, le plus beau, d’après tous les guides, est le Palazzo Massimo alle Terme, situé comme son nom l’indique auprès des thermes, alors que les autres sont disséminés loin de là. Nous décidons donc de nous y rendre dès ce soir.

 

Là, dès l’entrée, nous sommes accueillis par une statue de déesse (ci-contre), traitée de diverses couleurs, rappelant les statues chryséléphantines (or et ivoire) du grec Phidias. Parce qu’elle porte sur la poitrine une tête de Méduse, comme il en était représenté sur les cuirasses des soldats pour effrayer l’ennemi en l’hypnotisant, on peut voir en elle une déesse guerrière, c’est-à-dire Minerve, assimilée par les Romains à la grecque Athéna. Mais alors qu’Athéna porte un casque, Minerve est plus féminine. Elle porte pourtant des vêtements grecs, le chiton et l’himation. Cette statue impressionnante date de l’époque d’Auguste.

 

La photo ci-dessus représente quelqu’un qui a laissé une empreinte terrible dans l’histoire. C’est Agrippine, la mère de Néron, qui l’a fait assassiner à l’âge de 44 ans, en 59 de notre ère. Dix ans auparavant, elle avait épousé l’empereur Claude. Son nez autoritaire, sa bouche serrée, son regard ne sont pas ceux de n’importe qui, on sent une volonté de fer. Elle est pourtant belle.

 

 

Tout autre est cette tête en bronze. D’après le texte explicatif du musée, cette sculpture qui peut être du seizième ou du dix-huitième siècle (c’est peu précis) pourrait être une copie d’un modèle antique, ou bien une œuvre authentiquement antique, mais fortement retravaillée et repolie. Bref, contentons-nous de la contempler, sans chercher à savoir quoi que ce soit de son âge ou de son histoire. En revanche, sa coiffure (que je ne montre pas ici, parce que j’ai privilégié le gros plan) permet de l’identifier sans risque d’erreur à Sapho (612-580 avant Jésus-Christ), la poétesse grecque de Mytilène, sur l’île de Lesbos. Ce visage est beau, alors qu’un papyrus tardif (deuxième siècle après Jésus-Christ) disait qu’elle était sans intérêt physiquement et, probablement parce qu’elle a écrit d’elle-même qu’elle était petite et mate, ajoutait qu’elle était plutôt laide, trop brune de peau et très petite. Quelques vers d’elle :

          Heureux! qui près de toi, pour toi seule soupire,

          Qui jouit du plaisir de t'entendre parler,

          Qui te voit quelquefois doucement lui sourire.

          Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l'égaler ?

 

 

Après nos visites de musées, Natacha et moi discutons de ce que nous avons vu, et de ce qui nous a frappés. Dans la salle où est présenté ce pugiliste (ci-dessus et ci-contre), nous étions ensemble, et sommes longtemps restés en admiration. De toutes les statues vues ici, c’est peut-être celle qui m’a le plus frappé. C’est une œuvre de l’athénien Apollodore, au premier siècle avant Jésus-Christ. Les boxeurs se bandaient les avant-bras et s’entouraient les mains de lanières de cuir renforcées de métal dont le rôle était aussi bien de protéger la main que de rendre les coups plus violents. Ici, l’athlète est au repos après le combat, il porte la marque des coups reçus, ainsi que la marque des combats antérieurs : nez cassé, cicatrices. Beauté, réalisme, sensibilité humaniste. Comment ne resterait-on pas en contemplation devant une telle œuvre ?

 

Dans la même salle, un autre bronze représentant un prince hellénistique (deuxième siècle avant Jésus-Christ), debout, appuyé sur sa lance, est également très beau. Les rares visiteurs du musée semblent d’ailleurs davantage attirés par lui. Comme je ne peux pas tout montrer ici, je fais l’impasse sur lui parce que je le trouve moins original, sa position rappelle celle d’une Athéna que j’ai vue en photo et qui doit se trouver dans l’un des musées de Grèce que nous visiterons dans la suite de notre voyage, et la beauté très lisse de son visage, de son corps, de ses muscles me touchent moins que le rude réalisme de cet homme qui se repose après une épreuve violente et douloureuse.

 

 

Moins impressionnante, mais également expressive, est cette tête qu’au premier abord on prendrait pour Méduse, avec ses cheveux ébouriffés, mais ces cheveux ne sont pas des serpents et deux ailes apparaissent au sommet du crâne. Il s’agit donc sans doute du Soleil, quoique je m’interroge sur ce que l’on voit sur le cou. On dirait bien des écailles, mais plutôt des écailles de poisson, avec une queue de poisson sur la gauche. Je reste donc un peu perplexe. Ce que j’espère sûr, c’est ce que dit le musée, à savoir que c’est un bronze de l’époque de l’empereur Caligula le fou, 37-41 après Jésus-Christ), retrouvé dans l’épave d’un bateau qui gisait au fond du lac de Némi (ce lac est situé plein sud-est de Rome, à une trentaine de kilomètres du centre historique).

 

La tête que je présente maintenant, nous l’avons vue au début de notre visite, mais je n’en parle que maintenant parce qu’il va s’agir ensuite du cadre de vie de la personne représentée. Ce marbre a été retrouvé lors de travaux dans Rome, sur la boucle du Tibre. Il représente Livie (née en 58 avant Jésus-Christ et morte en 29 de notre ère à 87 ans si je calcule bien). Elle a épousé en 38, à 20 ans, un certain Octave qui allait devenir l’empereur Auguste en 27 au terme de la guerre qu’il a menée contre Antoine pendant plus de dix ans.

 

L’impératrice Livie disposait, à Prima Porta, d’une villa. À une époque située entre son mariage et le début de l’an 37, elle était assise là quand soudain elle reçut sur les genoux une poule blanche qu’un aigle volant au-dessus d’elle avait laissé tomber saine et sauve. Elle portait dans son bec une branche d’olivier chargée de fruits. Considérant ce prodige comme un signe, Livie planta la branche qui prit racine et donna un arbre vigoureux, et garda la poule qu’elle éleva. Depuis, on appela ce lieu "Ad Gallinas Albas", soit "Aux poules Blanches". C’est là qu’elle fit construire sa villa dont les siècles suivants ont réutilisé bien des matériaux, et qui fut redécouverte en 1863 mis pas sauvée pour autant. Ce n’est qu’en 1982 qu’enfin l’État put acquérir le terrain et récupérer la villa dont une salle à manger d’été a été retrouvée et transférée intacte dans ce musée. Les murs en sont intégralement peints et représentent un jardin. L’état de conservation est excellent, sauf dans la partie supérieure. Lorsque l’on entre dans la pièce reconstituée là, l’effet est saisissant.

 

 

Je n’ai pas été capable de rendre sur ma photo l’impression vécue. L’importance du plafond et du sol n’apparaît pas telle au naturel, on ne voit que les murs, on est ébahi. Nous étions dans la pièce avec un Japonais venu de Kyoto. Il riait de plaisir, admirait chaque détail. Comme nous. Nous sommes (lui et nous) restés longtemps, longtemps. Je ne saurais dire combien de temps, nous ne pouvions nous arracher à ce spectacle, à cette atmosphère. Je ne comprends pas : même en cette saison, le Colisée, le forum, la piazza di Spagna sont noirs de monde, alors que ce merveilleux Massimo est presque vide. La faute aux tour opérators, aux agences de voyages ? Toujours est-il que le Guide Vert Michelin lui attribue trois étoiles et lui consacre sept pages.

 

 

 

J’ai peur, avec mes photos, qui pour moi rappellent les originaux mais qui, ainsi présentées, risquent de ne plus être aussi significatives, de dégoûter les futurs visiteurs éventuels. Mais je ne résiste pas au plaisir de mettre ici deux images des oiseaux qui enchantent ce jardin.

 

 

Et puis il y a les arbres, les plantes, les fleurs, les fruits. Le réalisme est absolu. Les botanistes modernes ont ainsi pu lister les espèces plantées dans ce jardin. On ressort dans le couloir pour consulter ce tableau, et puis on retourne dans la pièce pour y chercher la plante décrite, parce que la peinture est à la fois un enchantement pour l’œil et un sujet d’étude intéressant.

 

 

 

Après mes exemplaires d’oiseaux, voici deux exemplaires de fleurs. Le premier figure sur le tableau, sous le nom de Rosa centifolia. Lorsque nous nous sommes enfin arrachés à cette villa de Livie, il était déjà tard et nous n’avons pu voir tout ce que le musée présente.

 

 

 

Nous avons quand même eu le temps de voir quelques mosaïques remarquables, comme ce sol de chambre à coucher, daté de la première moitié du troisième siècle après Jésus-Christ, trouvé dans la villa des Sévères, dans la localité de Baccano, sur la via Cassia. La mosaïque représente des auriges (conducteurs de chars) du cirque. J’y ajoute un gros plan ciblé sur le quart inférieur gauche. La seule façon pour moi de ne pas user, ici encore, de superlatifs est de me dispenser de tout commentaire.

 

Nous sommes partis rechercher notre camping-car dans sa rue près de la gare, et sommes allés passer la nuit sur un parking d’une zone résidentielle. Impossible, avec tout cela dans les yeux, d’aller sur le parking infesté de papiers, cartons, bouteilles, immondices en tous genres, du McDo.

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Published by Thierry Jamard
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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 01:37

Ce matin, nous nous dirigeons à pied vers la gare de Tivoli dans l’intention de prendre un train pour Rome. Mais là, quelle n’est pas notre surprise de constater qu’il n’y a pas de train le dimanche avant 12h45. Si l’on ajoute le retard habituel de dix minutes ou un quart d’heure, l’heure de trajet vers la gare de Rome, puis le métro, notre journée va être pas mal entamée. Nous retournons donc au camping-car et affrontons les importants embouteillages, tant sur la route que dans Rome. Heureusement, nous trouvons sans mal un stationnement gratuit à faible distance de la gare Termini. Un coup d’œil au plan de Rome pour savoir ce que nous pouvons voir dans ce coin : les Thermes de Dioclétien.

 

L’église Santa Maria degli Angeli e dei Martiri, représentée ci-dessus, a une histoire. L’empereur Dioclétien commanda la construction de ces bains, dont les travaux durèrent de 295 à 305 de notre ère. Et comme sa tendresse pour les chrétiens était limitée, il condamna quarante mille d’entre eux aux travaux forcés et les utilisa pour cette construction. Quarante mille chrétiens ! Rien que ce chiffre donne une idée de l’immensité de ces thermes, qui restèrent en usage jusqu’au sixième siècle. Mais les Goths, autres gens fort sympathiques, arrivèrent alors et détruisirent les aqueducs romains. Plus d’eau, plus de bains. Il faut dire que ces nomades ayant parcouru des distances considérables ne devaient pas être très habitués aux bains confortables.

 

 

Considérant ce gros édifice construit pour un païen par des chrétiens maltraités, le pape Pie IV décida, au milieu de seizième siècle, de racheter cette impiété et confia à Michel-Ange le soin de réutiliser ce qu’il pouvait, ou voulait, des thermes pour édifier une église. À l’époque (1561), l’artiste avait 86 ans, âge plus que respectable pour ce siècle. Il avait au maximum respecté le bâtiment de Dioclétien, mais il est mort en 1564, et ses successeurs ont été moins respectueux. Il n’empêche que le mur de façade concave en brique est celui des thermes. La photo ci-dessus montre l’un des bras de cette monumentale église en forme de croix grecque, c’est-à-dire dont le transept coupe la nef par son milieu. Les colonnes ont été conservées de l’antiquité, ce transept occupant la grande salle centrale du bâtiment de Dioclétien.

 

À droite, cet ange portant un bénitier est une sculpture baroque du dix-huitième siècle. J’aime particulièrement son visage. Il y a aussi bien d’autres choses à admirer dans cette église, et notamment d’immenses tableaux provenant du Vatican, lorsqu’à Saint-Pierre ils ont été remplacés par des mosaïques. Mais si je les mettais ici je n’en finirais plus : cette journée a été si riche que non seulement je dois en faire deux articles de blog, mais même ainsi j’ai eu un mal fou à décider de mon choix d’images, j’avais envie de tout mettre.

 

 

Malgré tout, je ne peux résister à montrer au moins l’une des curiosités de cette église. Au sol du bras droit du transept le dallage représente, sur une immense diagonale, le déroulement de l’année, avec des images des signes du zodiaque. Au début de cette diagonale, la représentation ci-dessus. Et puis, dans le plafond, un trou très petit laisse passer un rayon de soleil. Il s’agit d’une méridienne construite par Francesco Bianchini et inaugurée par le pape Clément XI le 6 octobre 1702. Selon l’endroit du sol que frappe le rayon de soleil à telle ou telle date, on peut déterminer l’heure exacte. On a utilisé ce système dans le passé pour régler les horloges de Rome.

 

 

J’en finirai avec Santa Maria degli Angeli e dei Martiri en montrant l’une des sculptures modernes décorant les portes de l’église. C’est sobre, original, évocateur. Je ne sais si mon jugement est personnel ou s’il est partagé…

 

 

Lorsque nous sommes arrivés devant cette église, nous n’avions absolument pas prévu qu’une estrade serait dressée sur son parvis, et qu’une femme réciterait des Ave Maria dans un micro, sur des haut-parleurs à puissance maximum. Nous nous approchons. Un grand calicot tendu par deux personnes informe qu’il s’agit d’honorer la "Santísima Virgen del Quinche", et que s’est rassemblée là l’Association des Familles Équatoriennes Résidant à Rome. Les familles équatoriennes ! Je me suis alors approché de l’homme qui tenait l'une des extrémités du calicot et, rassemblant mes souvenirs de langue espagnole en essayant de ne pas y mêler des mots de cet italien dont depuis près d’un mois j’essaie de m’imprégner, je lui ai dit que mon fils Raphaël avait vécu quelque temps en Équateur, que son amie Vanessa était de cette nationalité et qu’elle était très sympa, mais il n’était guère intéressé par mes propos. Je lui ai dit être étonné de voir ici tant d’Équatoriens, alors que l’on s’attendrait plutôt de leur part à une émigration vers l’Espagne, dont ils parlent la langue. Il m’a répondu que l’Italie était numériquement leur second pays d’émigration. Et comme sa réponse était laconique, j’en suis resté là de ma conversation.

 

Nous sommes restés après la fin des prières récitées sur le parvis, et avons vu l’entrée en procession dans l’église. Puis de très nombreux prêtres sont arrivés de la sacristie pour concélébrer une messe. Ils avançaient solennellement en rang par deux. Toutefois, l’un d’entre eux a sorti un petit appareil photo et a pris quelques images souvenir tout en s’avançant.

 

 

C’est dommage, je n’ai pas compris l’origine de cette cérémonie. Lors de son homélie, le prêtre l’a expliquée, mais à plusieurs reprises un larsen à vous arracher les oreilles a rétro alimenté le micro, et même sans larsen le son était si puissant que les haut-parleurs vibraient de toutes leurs membranes, rendant incompréhensible ce qui se disait. D’ailleurs, la foule était partagée entre une grande dévotion des uns, et pour d’autres, discutant à voix haute, se faisant des signes, ne cherchant nullement à écouter ou à participer, leur présence semblait plus folklorique qu’empreinte de foi.

 

 

Cette fois je quitte l’église Santa Maria degli Angeli. Elle a beau être immense, les thermes de Dioclétien étaient si gigantesques qu’elle laisse encore un espace lui aussi immense, et même bien plus, pour un musée. On peut y voir toutes sortes d’antiquités, dont cette Déméter d’argile reconnaissable aux épis de blé qu’elle tient négligemment dans sa main droite, et à sa couronne également en épis de blé. En effet, Déméter est la déesse maternelle de la Terre cultivée et du blé. À son sujet, la légende dit que sa fille Perséphone jouait avec les nymphes sans penser au mariage quand son oncle Hadès (elle a pour père Zeus, frère d’Hadès, dieu des Enfers) tomba amoureux d’elle et l’enleva. Déméter décida alors que tant que sa fille ne lui serait pas rendue elle ne retournerait pas sur l’Olympe, privant les hommes de récolte de blé. À la fin Zeus céda, et un compromis fut accepté. Perséphone serait rendue à sa mère six mois par an, et depuis elle revient au printemps, faisant apparaître les pousses de blé en même temps qu’elle remonte à la surface de la terre, mais retourne aux Enfers les six autres mois, laissant la terre improductive de blé.

 

 

Le sarcophage de Julius Achilleus (environ 270 après Jésus-Christ) porte la dédicace de sa femme Aurélia Maxima qui le qualifie de "vir perfectissimus", homme absolument parfait. Il a exercé des fonctions à la chancellerie de l’empereur, puis a été superintendant de la caserne des gladiateurs de Rome. Mais son sarcophage représente des scènes beaucoup plus paisibles et champêtres. Des bœufs, des chevaux, tout plein de moutons, deux chèvres, un pâtre qui rêvasse, un autre, son chien à côté de lui, qui coupe une branche avec sa faucille, je trouve cette scène sympa.

 

 

Après la visite de cette partie assez conventionnelle du musée, je veux dire des salles ou des allées avec des œuvres alignées le long des murs ou au centre des pièces, on ressort dans la cour et l’on pénètre dans une très vaste salle au plafond d’une hauteur vertigineuse, autre salle des bains, et là sont reconstituées trois chambres funéraires telles qu’elles ont été trouvées en 1951 lors de travaux d’urbanisme. Des photos d’époque permettent de les voir sur site, mais elles ont été transportées dans ce musée des thermes dans leur intégralité. L’une d’entre elles comporte de nombreuses niches destinées à recevoir les cendres de membres de la famille, mais au sol ont aussi été enterrées des personnes, et les murs sont recouverts de peintures. Une autre tombe, en face, comporte ce plafond décoré de stucs (ci-dessus).

 

Quant à la troisième tombe, plus vaste, elle a été décorée de statues des membres de la famille enterrés là. Le buste représenté ici serait celui d’une certaine Minatia Polla enterrée en 40 après Jésus-Christ. Je trouve émouvante cette tête de jeune fille, qui paraît tellement vivante dans sa tombe… Pour moi, ce genre de rencontre me plonge dans l’Antiquité comme s’il s’agissait de mon présent et comme si j’avais connu cette jeune fille. Mais je débloque sans doute !

 

Passons. Notre ticket regroupe le musée des thermes de Dioclétien dont je viens de parler, le Palazzo Massimo alle Terme –dont je vais parler dans mon prochain article de ce blog–, l’Aula Ottagona –planétarium des thermes, fermé pour travaux, mais dont les œuvres principales ont été transférées au Massimo–, la Palazzo Altemps ainsi que la Crypta Balbi –dont je parlerai plus tard encore. Nous avons théoriquement trois jours pour toutes ces visites, mais ces musées étant tous fermés le lundi, nous n’aurons qu’après-demain mardi pour voir ce que nous n’avons pas visité aujourd’hui. Rude programme.

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Published by Thierry Jamard
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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 22:35

 

 

 

Après une nuit de plus sur notre parking de Tivoli, nous prenons de nouveau le train pour Rome, puis le métro vers le Colisée. Nous avons prévu aujourd’hui de visiter le Marché de Trajan. Le forum républicain étant devenu trop petit, César, puis Auguste, puis Trajan ont chacun leur tour créé des extensions. De cette dernière il reste un champ de fûts de colonnes, des soubassements de murs, mais surtout cette immense colonne dont j’ai parlé précédemment et un remarquable ensemble de bâtiments appelé généralement "Marché de Trajan", mais comportant en réalité beaucoup plus qu’un marché. Il est constitué en bas d’un immense hémicycle de boutiques sur deux niveaux (photo 1), sur lequel court une rue pavée, la Via Biberatica, elle-même bordée de boutiques (photo 2). La photo ci-contre a été prise dans l’allée couverte du niveau haut du premier hémicycle.

 

Le modernisme de ce marché est surprenant. De nos jours, avec les moyens de transport modernes, on offre du poisson frais dans les poissonneries, c’est-à-dire pêché la veille, objet d’une criée sur le port le soir, transporté la nuit et arrivé à Paris le matin. Mais les Romains de l’antiquité mangeaient du poisson encore plus frais, parce qu’on le transportait vivant dans des jarres emplies d’eau de mer, et on le conservait dans des viviers de la poissonnerie. Il frétillait encore dans le panier de la ménagère.

 

 

Et il y avait de tout. Je parle des poissonneries parce que l’on y vend des produits qui ne supportent pas d’être défraîchis, mais il était possible d’y trouver des produits exotiques. Les fouilles ont permis d’identifier, par exemple, des traces de fruits et de légumes de pays tropicaux.

 

Assez pour la qualité de ce que l’on peut acheter. Sur le plan architectural aussi, ces bâtiments sont remarquables. On a vu plus haut l’allée couverte qui permettait d’aller d’un local à l’autre sans souffrir des intempéries en hiver ou du soleil d’été. Dans cette série de locaux ont été retrouvées des jarres ayant contenu du vin et de l’huile. Les boutiques du niveau bas étaient petites et fraîches, on y vendait fruits, légumes, fleurs. En bordure de la Via Biberatica, sur l’hémicycle supérieur, on vendait des épices. Puis le grand bâtiment (deuxième photo, au premier plan) comportait les grains et céréales. Au dernier étage, tout en haut, avaient lieu les distributions gratuites de blé pour les plus pauvres. Générosité sociale (socialiste ?) ou exploitation capitaliste pour s’assurer la fidélité des masses ? Chacun peut avoir son interprétation. Les deux sans doute se partagent la vérité parce que cette pratique, bien antérieure à Trajan et à son marché, était soutenue autant par les aristocrates que par les candidats populaires à l’époque républicaine. Mais évidemment, lorsqu’est venu le temps des empereurs, il n’y avait plus d’élections et par conséquent plus de candidats.

 

 

Nous sommes restés longtemps, tant pour visiter que pour paresser un peu au soleil. Mais nous avons aussi profité des quelques objets exposés dans la grande galerie, dont cette tête du philosophe Chrysippe, un bronze de 75 après Jésus-Christ découvert lors de fouilles dans le Temple de la Paix effectuées en 1998-2000. Hé oui, on trouve encore bien des choses de nos jours dans le sous-sol de Rome.

 

 

Après ce Marché de Trajan, nous sommes allés dans le bâtiment gigantesque (mais qu’est-ce qui n’est pas gigantesque à Rome ?) du Vittoriano, occupé par la Municipalité, qui y a installé des musées en entrée libre. Nous sommes passés assez rapidement au Musée National du Risorgimento, ce renouveau de l’esprit national italien au dix-neuvième siècle, qui a mené à la réunification et à l’indépendance de l’Italie. Dehors, les Autrichiens (avec l’aide de Napoléon III, aide prodiguée en échange de Nice et de la Savoie), et réduit au Vatican, le Pape. Cela, c’est l’œuvre de Cavour le diplomate et de Garibaldi le soldat.

 

Parmi tous les documents et le matériel présentés, j’ai choisi cet extrait de journal de l’époque, peu lisible sur ma photo parce que c’est trop petit, mais je ne peux résister au plaisir de le publier ici. Pour la France : Intelligence, courage, rapidité, élégance, spontanéité, explosivité, désinvolture. Pour l’Italie : Toutes les forces, toutes les faiblesses du GÉNIE. Pour l’Allemagne, la liste est longue, je choisis : Esprit grégaire, pesanteur, ruse, brutalité, pédantisme professionnel… et je finis, en italien parce que les mots sont savoureux, avec costipazione di camelote industriale. Gâtés, nos amis allemands.

 

 

 

Ensuite, nous sommes passés à une exposition temporaire sur Catherine de Médicis. Une présentation adroite, montrant son portrait (ici à deux âges différents), des témoignages de différents personnages sur son physique et sur son tempérament, des objets de son temps.

 

 

Également figurent dans cette exposition des livres et plusieurs lettres d’elle, manuscrites, ou des lettres adressées à elle. Cette lettre en italien traite de problèmes techniques, d’autres sont plus personnelles, comme une lettre en français s’inquiétant de la santé de ses enfants.

 

À un autre étage encore se trouve un Musée National de l’Émigration Italienne. On y voit de très nombreux documents depuis l’unité en 1870 jusqu’à 2005, journaux d’époque, livres, photos, affiches, statistiques. Pour attirer de la main d’œuvre dans des pays qui en manquaient, toutes sortes de pratiques ont été utilisées, notamment le mensonge publicitaire.

 

 

 

Les deux photos ci-dessus représentent des cartes postales envoyées des États-Unis présentés comme un pays de cocagne où les cornichons sont à la dimension d’un wagon de marchandises et où, dans l’Ohio, des saumons d’un mètre de long se pêchent par cinq en un coup de filet. On pourrait penser qu’il s’agit d’humour Mais il paraît que pas du tout, c’était fait pour tromper les candidats à l’émigration, et ça marchait parfois, la pauvreté rendant crédule.

 

De 1876 à 2005, 5 800 706 migrations vers les États-Unis ont été recensées, 4 436 965 vers la France, 3 007 361 vers l’Argentine, etc. 11 173 865 venaient du sud, Rome, Naples, Pouilles, Calabre, Sicile. J’arrête avec les chiffres, mais je les trouve faramineux.

 

Avant de conclure avec notre retour en train vers notre parking de Tivoli, j’ajoute encore une photo. Elle reproduit un dessin publié dans une revue du dix-neuvième siècle. C’est la représentation des locaux où la police des frontières entassait pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, les candidats à l’émigration. Cette page me rappelle des images de Sangatte montrées à la télévision française Ou les Africains parqués à Ceuta. Les années passent, mais les choses ne changent pas forcément radicalement.


 

 

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 22:40

 

 

 



 

 

Le programme d’aujourd’hui nous amène sur le Capitole. Que je le précise tout de suite, nous n’y avons pas vu d’oies, nous n’y avons pas entendu le moindre cacardement, l’arrivée du Gaulois que je suis (même si je n’en ai pas l’air) n’étant pas signalée aux Romains. J’ai eu plus de chance que Brennus, quoique pour mon ego l’anonymat ne soit pas la panacée. Bref, passons.

 

Ci-dessus, je donne quatre vues de la Place du Capitole (Piazza del Campidoglio). Sur la première on voit de face le Palazzo dei Conservatori, alors que dans mon dos une façade identique cache le Palazzo Nuovo, ces deux bâtiments reliés en souterrain présentant –dans ce qui s’appelle de façon originale et inattendue "Musées du Capitole"– des collections intéressantes ; sur la seconde, on voit la même chose… depuis la terrasse du Vittoriano, un énorme bâtiment dédié à Victor Emmanuel II, le premier roi d’Italie, dans lequel prennent place musées et services municipaux ; et la troisième est prise le soir, avant de rentrer au camping-car, mais cette fois-ci on a à droite le Palazzo dei Conservatori, à gauche le Palazzo Nuovo et en face, derrière une statue de Marc-Aurèle (copie, dont l’original est au musée, à quelques pas de là), le Palazzo Senatorio. Quant à l’esquisse que représente la quatrième, elle a été réalisé par Goethe le 17 août 1787. Heureusement que je suis en retard dans mon blog et que je peux ajouter en dernière minute une photo prise le 27 novembre dans la maison où il a vécu… Je parlerai de ce musée dans l’article du 27.

 

La photo de gauche, elle, ne présente strictement aucun intérêt graphique, j’en conviens, mais sur le plan historique elle est marquante : en effet, c’est la fameuse roche Tarpéienne d’où les traîtres à la patrie de l’ancienne Rome étaient précipités dans le vide et, comme le Capitole est une colline passablement escarpée, la peine capitale était exécutée à coup sûr. Aujourd’hui, de façon moins brutale, elle permet une belle vue sur Rome. À côté sur la piazza, et en bas, même en ce mois de novembre, les touristes grouillent, mais ici nous n’avons croisé qu’un homme d’affaires italien sa mallette à la main, et une brave dame avec un sac à provisions chargé.

 

 

 

Le dos du Vittoriano est constitué par un gigantesque monument intitulé Autel de la Patrie, où est honoré le soldat inconnu. C’est si grandiose, si mussolinien, que je préfère ne pas le représenter. En revanche, j’aime bien, au pied du Capitole du côté de la roche Tarpéienne, le théâtre de Marcellus. De façon curieuse, la base romaine a été conservée sur deux niveaux, et une construction du seizième siècle est venue ajouter deux étages pour en faire un palais. Cet immense théâtre de quinze mille places a été commencé par César et achevé par Auguste à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. Stendhal, paraît-il, l’aimait beaucoup. Moi aussi. Que honneur pour moi. Il a écrit plusieurs livres sur ses voyages en Italie, il faudrait quand même que je les lise.

 

 

Ne suivant aucun ordre logique, mais plutôt la séquence chronologique de notre promenade, j’en viens à une petite exposition photographique dont l’affiche nous a attiré l’œil : "Nudo per Stalin", ou le rôle du corps au temps du stalinisme. C’était à la fois l’apologie du sport, le corps glorifié, mais collectivement (on voit d’immenses foules de jeunes, en rangées et colonnes impeccables, effectuant les mêmes mouvements avec en ensemble parfait), et l’interdiction du nu en tant que tel, expression esthétique individuelle, qui faisait risquer très gros au photographe, mais dont bien des photos figuraient dans cette exposition. Ici, le titre dit "Parade sportive à Kiev, 1935". Jolies barboteuses.

 

 

 

Après cette exposition, nos pas nous ont ramenés vers la Via dei Fori Imperiali, et là nous nous sommes arrêtés un moment près de la colonne Trajane. L’empereur Trajan (le deuxième après les 12 César, au début du deuxième siècle de notre ère) avait voulu une colonne racontant par le menu et par ordre chronologique, en une gigantesque spirale de 200 mètres de long enroulée sur un fût de 38 mètres de haut, ses exploits guerriers. Et il souhaitait être enterré en-dessous. Son vœu a été exaucé, mais sans qu’il la voie terminée, parce qu’il est mort lors d’une campagne loin de Rome. À propos de son successeur Hadrien, j’ai eu l’occasion de dire que son architecte, Apollodore de Damas, celui qui a construit cette colonne, avait eu l’impudence de se moquer des goûts architecturaux du nouvel empereur, ce qui lui avait coûté la vie. On voit ici la colonne, ainsi qu’un gros plan sur un détail d’une scène.

 

 

Nous sommes remontés sur la colline du Capitole et avons jeté un coup d’œil sur l’église Santa Maria in Aracœli, très simple d’extérieur mais immense et magnifique à l’intérieur. Je me contente de cette photo de la nef, j’ai précédemment montré suffisamment de fresques et autres peintures (ici, il y a entre autres merveilles un tableau de Pintoricchio).

 

 
Les musées du Capitole fermant à 20 heures, nous avons choisi d’effectuer d’abord toutes ces promenades au jour et au soleil, pour nous y rendre quand il faisait sombre et plus froid. Ces musées sont d’abord des palais richement décorés. Je commence donc par cette peinture qui représente l’enlèvement des Sabines et qui décore un mur du palais. Ces Romains étaient de charmantes gens : ces soldats n’étant que des hommes, ils sont allés se servir en femmes chez leurs voisins les Sabins.

 

 

Comment n’aurais-je pas été ému en voyant l’original de la Louve du Capitole, que la Rome antique, suivie en cela par l’Italie de la Renaissance et par l’Italie moderne, a reproduite un peu partout, et que nos livres montrent en photo à profusion ? Eh bien c’est elle, elle est là, sous mes yeux.

 

 

 

Nous avons vu, bien sûr, l’original monumental de la statue de Marc-Aurèle dont la copie trône au centre de la Piazza del Campidoglio, mais aussi une multitude d’autres œuvres de l’Antiquité parmi lesquelles j’ai aimé particulièrement cette Aphrodite dite "de style pudique" en raison de son geste, et cette Amazone, marbre grec antique copiant un original en bronze de 440-430 avant Jésus-Christ.

 

Et voilà. Quand on nous a mis à la porte, nous sommes retournés faire un petit tour de photos de nuit, et avons regagné la gare, d’où le train nous a ramenés à Tivoli et au parking où nous attendait le camping-car.

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 21:12

 

 

 

Aujourd’hui, puisqu’hier lundi la villa d’Este n’était pas ouverte à la visite, nous sommes revenus à Tivoli pour voir cet endroit réputé. Au seizième siècle, le cardinal d’Este avait été comblé d’honneurs par François Premier à la cour de France, mais parce que le successeur Henri II ne l’avait pas à la bonne il a décidé de se consoler en s’aménageant une bicoque à Tivoli, avec un jardinet au pied. De la route, nous avons essayé de voir l’aspect du parc, mais rien n’est visible. En revanche, on peut entr’apercevoir la construction depuis une terrasse, place Garibaldi, en ville (première photo ci-dessus).

 

Bien sûr c’est un grand palais, mais en fait il ne paie pas tellement de mine vu de l’extérieur. Il est sobre et austère. L’entrée se situe sur une petite place, près de l’église Santa Croce. Sur la deuxième photo ci-dessus, on peut voir l’église et, sur la droite, la porte d’entrée de la villa. J’ai choisi cette photo pour montrer que je n’exagère pas quand je dis que l’aspect extérieur semble assez modeste pour ce genre de palais. Mais dès que l’on entre, on se rend compte que le blason (ci-contre et ci-dessous) est justifié. C’est l’habitation d’un grand seigneur.

 



 

Ce blason, on le retrouve partout. Sur les plafonds dorés des pièces d’apparat, et dans les jardins sur les fontaines il apparaît en mosaïque, ou sculpté dans la pierre, ou peint. Ses quatre quartiers comportent deux aigles et deux trios de fleurs de lys disposés en diagonale.

 

 

Les appartements sont répartis sur deux étages. On entre par l’étage supérieur, celui des appartements privés su cardinal d’Este. La photo ci-dessus est prise dans la chapelle. En l’absence de toute explication affichée, voyant une parturiente dans un lit et un petit bébé dont s’occupent des femmes, je peux supposer qu’il s’agit de sainte Anne donnant le jour à Marie. Dans une chapelle, une naissance : on ne peut imaginer que la naissance de Jésus, mais il n’y a pas de lit, c’est une crèche avec de la paille, ou bien c’est la naissance de Marie.

 

 

En descendant d’un étage, on trouve les pièces de réception, bien plus somptueusement décotées. Ici, on voit Moïse dans le désert, faisant jaillir de l’eau pour abreuver son peuple en frappant le rocher de sa baguette. On se rappelle l’épisode. Dieu lui avait dit de frapper le rocher, mais Moïse, pour plus de sûreté, a frappé trois fois. Pour ce manque de confiance en son Dieu, il a pu traverser le désert et arriver jusqu’à voir la Terre Promise, mais il est mort avant de pouvoir y pénétrer.

 

 

C’est beau, c’est riche, c’est intéressant, mais le plus spectaculaire, ce sont les jardins, non pour des parterres fleuris ou des ifs taillés, mais pour des fontaines. La rivière qui baigne Tivoli, l’Aniène, a été utilisée pour alimenter une foule de fontaines magnifiques et toutes différentes. C’est pourquoi le cardinal d’Este a choisi de faire peindre un Moïse, et pourquoi moi j’ai souhaité montrer cette photo : comme Moïse, il a fait jaillir l’eau dans cet endroit…

 

Nous commençons la visite en descendant encore un escalier qui mène à une première terrasse, puis on descend une allée et on débouche sur le première fontaine, celle du Bûcheron (Fontana del Bicchierone), ci-dessus. Tout près se situe la Rometta dont je parlerai plus tard, quand nous remonterons.

 

 

 

 

Nous parcourons ensuite l’allée des Cent Fontaines (Viale delle Cento Fontane), qui s’étage sur trois niveaux. La première image permet de voir qu’au niveau supérieur l’eau jaillit alternativement de jets verticaux ou de fins éventails, comme sur le détail de la seconde image. Au deuxième niveau, elle tombe en petites cascades plus conventionnelles, et en bas ce sont des têtes d’animaux divers ou des têtes humaines qui crachent l’eau. L’effet est surprenant. Il vaut la peine de s’arrêter à chacune de ces sculptures qui présentent des physionomies expressives amusantes.

 

 

À l’autre bout de cette allée des Cent Fontaines, se situe la Fontana dell’Ovato, qui reçoit directement les eaux de l’Aniène et à partir de laquelle sont construites toutes les conduites et toutes les machines qui alimentent la villa.

 

 

Encore plus loin, quelque chose de très extraordinaire a été créé par Claude Venard. C’est la Fontaine de l’Orgue (Fontana dell’Organo), conçue pour que l’eau, non seulement actionne le mécanisme qui envoie l’air dans les tuyaux, mais encore agisse sur les notes pour jouer automatiquement les mélodies. Hélas, dès le dix-septième siècle, le mécanisme ne fonctionnait plus et, au lieu de le réparer, il a été définitivement mis hors d’état de marcher un jour, par la création d’une nouvelle fontaine en cascade. De la terrasse de cette fontaine on a une vue splendide sur les trois bassins de viviers où étaient entretenus les poissons dont se nourrissaient le cardinal et ses hôtes.

 

 

Sur le côté des jardins, dans une allée derrière des haies, on trouve la Fontaine Mère Nature (Fontana Madre Natura) qui nous alimente généreusement à travers le symbole de ses nombreux seins déversant chacun un jet d’eau censé être le lait nourricier. Parlant de cette fontaine, j’ajoute une remarque toute personnelle. Certes ici c’est un symbole. Mais ailleurs des sphinx à la poitrine avantageuse déversent aussi de l’eau. Ici ou là, des déesses dévoilent leurs avantages. Déjà, à l’intérieur de la villa, les femmes, sur les tableaux, montraient sans retenue des formes qui ne permettaient pas de les prendre pour des hommes. D’où mon impression que cette partie de l’anatomie féminine préoccupait tout particulièrement le cardinal. Qu’a-t-il fait de cette préoccupation ? Ce mondain a-t-il assouvi ses fantasmes ? J’avoue tout ignorer de sa biographie et être parfaitement indifférent à ses pulsions. Ce n’était qu’une remarque en passant.

 

 

J’ai évoqué les viviers vus de la terrasse. À présent je suis en bas, et j’ai un vivier en premier plan, dans lequel se reflète, au fond, la Fontaine de l’Orgue, ainsi que la cascade qui l’a détruit et qui tombe depuis le niveau de cette terrasse. On aperçoit aussi, de chaque côté, des jeux d’eau, comme il y en aura à Versailles. Je sais, je sais, ma photo n’est pas belle parce que la lumière "grille" la fontaine en arrière plan. Mais au naturel le spectacle est beau, alors j’espère que l’on pourra en imagination se le représenter à partir de cette mauvaise photo. En voyant ces bassins, ces fontaines, ces jeux d’eau, je me suis dit qu’en France je n’en ai pas vu d’aussi grands, aussi riches, aussi multiples avant Versailles. Rien de comparable à Fontainebleau ou dans les parcs des châteaux de la Loire. D’où l’idée que peut-être l’inspiration de Versailles a-t-elle été prise à Tivoli.

 

 

 

Il y a tant et tant de fontaines que je ne peux toutes les citer, les montrer, les décrire. Alors, nous voilà de retour à la Rometta qui montre au sommet une figure allégorique de Rome ; en-dessous cette traditionnelle louve romaine, et plus bas encore, comme flottant sur un bassin, une barque de pierre symbolisant le Tibre crache aussi de l’eau.

 

Ayant vu l’essentiel de Tivoli, nous repartons sur Rome, et ce grand parking tranquille (et gratuit) du Ministère des Affaires Étrangères qui nous a déjà accueillis. Il est à huit ou dix minutes à pied du bus n°2 et du tramway qui arrivent au métro Flaminio et à la Piazza del Popolo. Nous y passons la nuit.

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 20:36

 

Aujourd’hui nous nous sommes rendus à Tivoli, à quelque trente kilomètres de Rome. Tivoli, c’est l’ancienne Tibur de l’Antiquité, dont la fondation remonte plus loin que celle de Rome, et où officiait une célèbre sibylle. La Strada Statale n°5 qui y conduit suit l’ancienne voie romaine, naturellement appelée Via Tiburtina, dont le nom est resté jusqu’à nos jours.

 

La légende veut que l’empereur Auguste, au faîte de sa puissance, ait fait venir cette sibylle au Capitole pour lui demander si un autre homme, un jour, serait plus puissant que lui. Et elle aurait fait apparaître aux yeux d’Auguste la Vierge et l’Enfant Jésus. Puis, elle prédit que le jour où cet homme naîtrait, une source d’huile sourdrait et, le jour de la naissance de Jésus, au Trastevere, de l’huile (du pétrole ?) aurait jailli.

 

Au deuxième siècle de notre ère, de 118 à 136, l’empereur Hadrien fit construire une luxueuse villa, qui constitue une vraie ville avec ses jardins et ses pièces d’eau. Le mot "villa" n’est évidemment pas à prendre dans son sens français, mais au sens latin d’ensemble d’habitation pour un propriétaire, ses esclaves, ses fermes, ses terres. On écrit aujourd’hui "Adriana" sans H, selon l’orthographe de l’italien. Ci-dessus et ci-dessous, des bâtiments des thermes. Il y avait ses thermes privés, puis les grands thermes destinés au personnel et enfin des thermes exposés au soleil pour être chauffés de façon écologique…

 

 


 

On peut voir le raffinement de la construction, sa légèreté esthétique. Pourtant, Hadrien se piquait d’architecture, et se mêlait d’imposer ses avis, en cela raillé par l’architecte de son prédécesseur Trajan, Apollodore de Damas, qui trouvait ridicules les choix de l’empereur. Une moquerie, deux moqueries, puis lorsque l’empereur a jugé que la coupe était pleine, il l’a fait exécuter.

 

 

Voici un petit bout de sol en mosaïque qui a été conservé. D’autres portions de sol dallées de marbre peuvent aussi être vus ici ou là.

 

 

Un espace magnifique, cerné de palais et dont subsistent des colonnes du portique est la Piazza d’Oro. On peut voir ici un chapiteau corinthien de bel effet. Mais de même que l’usage de la brique au lieu du marbre attendu est commun à tous ces bâtiments, de même les colonnes que l’on croit en marbre sont en fait, comme on peut le voir sur le pied de colonne brisé ci-dessous, en brique avec un enduit de ciment. Mais après tout, puisque l’impression est la même…

 

 

Un endroit impressionnant où je suis allé deux fois, la première au début, et puis l’autre juste avant de partir parce que je souhaitais le graver dans ma mémoire, c’est le théâtre maritime (Teatro Marittimo) qui en réalité n’a probablement jamais été un théâtre, mais cette pièce circulaire entourée d’eau comme une île a dû être une petite bibliothèque où Hadrien se retirait pour s’éloigner du monde et entretenir sa misanthropie.

 

 

 

Peu avant le coucher du soleil, lorsque la lumière favorise les effets de miroir, cet endroit ne manque pas de charme. Et puis le public n’étant pas admis à y pénétrer, les personnages en costume du vingt-et-unième siècle ne font pas tache dans le paysage. D’ailleurs, en cette saison, sans doute parce que les touristes de Rome ne sont là que pour quelques jours, débarqués d’avion, et que Tivoli n’est pas tout près, il n’y a pas grand monde aujourd’hui dans cette Villa Adriana.

 

 

 

L’un des endroits phares de cette villa, et cela malgré les barrières et grillages de travaux qui l’entourent, est le Canope. Ici, je cite mon guide Michelin : "Cette création d’Hadrien évoque le canal bordé de temples et de jardins qui reliait Alexandrie à la ville de Canope connue pour ses fêtes et son temple de Sérapis. La forme architecturale qu’alloua Hadrien au canal rappelle la physionomie de l’Égypte : un long couloir (la vallée du Nil) qui s’ouvre sur une exèdre (le delta du fleuve)". Merci Bibendum. Et puis j’ajoute quelques mots des explications offertes par le panneau placé là (qui ont le bon goût d’être données en quatre langues, dont le français) : "En guise de toile de fond au Canope […] se trouve le Serapeum (grec Serapeion) […]. Il s’agit d’une audacieuse réalisation architectonique de l’exèdre : la voûte, un aggloméré de ciment, a été édifiée au moyen de reliefs concaves et convexes". Puis le texte fait état "d’une certaine ressemblance de structure de plan avec les temples consacrés au culte de Sérapis et d’Isis". Voilà donc pour les explications. Je rédige moi-même quand je rappelle mes souvenirs ou que je donne mes propres interprétations, mais lorsque je ne sais pas et que je découvre, je dois "rendre à César ce qui est à César" et, s’agissant de l’Antiquité, l’expression est particulièrement bien adaptée. César n’est pas que Jules, tous ses successeurs ont pris ce titre, que l’on retrouve dans l’empire germanique (le Kaiser) et dans l’empire russe (le Csar, ou Tsar). Va pour Hadrien César.

 

 

Sur les bords du Canope, on peut voir de belles statues, mais aussi des sculptures amusantes comme ce crocodile. S’il convient d’illustrer l’Égypte et son Nil, mieux vaut un crocodile qu’un pingouin ou un élan… Mais tout comme les colonnes que j’ai évoquées plus haut à propos de la Piazza d’Oro, les sculptures du Canope ne sont pas en marbre ou en une autre pierre. C’est du ciment armé, comme on peut le voir dans la blessure de cette jambe. C’est une chance pour les Romains qu’ils aient hérité la connaissance du ciment de leurs prédécesseurs les Étrusques, ils peuvent ainsi faire de remarquables voûtes et mouler des statues. Les Grecs, eux, malgré leur génie inventif, ne connaissaient que les plafonds plats. Pour les statues, en revanche, ce n’est pas une tare qu’elles soient en marbre ou en bronze.

 

Hadrien voulait retrouver dans cette villa des évocations des différents pays constituant son empire, et qu’il avait voulu visiter, estimant qu’il ne pouvait gouverner des peuples qui lui étaient inconnus. De là cette allusion à l’Égypte, de là les statues grecques. Et ces bibliothèques étaient nécessaires à cet empereur cultivé, dont nous avons aussi vu la "salle des philosophes" ainsi nommée parce qu’elle fut décorée de statues de philosophes. Hélas, on ne peut plus voir aujourd’hui que leurs niches, la villa ayant été pillée par les grands musées du monde (mon guide cite Rome, Londres, Berlin, Dresde, Stockholm et Saint-Pétersbourg qui se sont approprié plus de 300 œuvres), jusqu’à ce que le gouvernement italien entreprenne des fouilles et la réhabilitation du site à partir de 1870.

 

L’entrée et la sortie du site font longer le Pécile (évocation d’un portique d’Athènes), dont le portique a disparu, qui était orienté de telle façon que quelle que soit l’heure de la journée l’un de ses côtés soit protégé du soleil ; mais il reste cette belle pièce d’eau (ci-dessous), encore plus belle à mon goût au coucher du soleil, c’est-à-dire quand les gardes nous ont aimablement mais fermement invités à quitter les lieux.

 

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:45

 

 

 

Du Palatin, on a une vue à la fois belle et très instructive sur le forum. Instructive parce qu’on peut situer les monuments les uns par rapport aux autres, et parce que la "vue d’avion" est différente de la vue d’en bas. Je commence par trois photos qui représentent la via Sacra, cette rue qui traverse tout le forum et que fréquentaient les Romains, pour se promener, pour se rencontrer, pour se montrer ou tout simplement pour se rendre dans l’un ou l’autre des lieux publics qui la bordent.

 

Elle a une valeur toute particulière pour moi, parce qu’elle me rappelle ces vers d’Horace que j’ai appris par cœur dans le passé, que je trouve amusants (on pourrait les intituler “Un casse-pieds”), que j’aime et que j’ai toujours gardés dans un coin de ma mémoire (je ne résiste pas à les citer en latin. La traduction qui suit est de moi) :

 

Ibam forte via Sacra sicut meus est mos,
nescio quid meditans nugarum, totus in illis.
Accurrit quidam notus mihi nomine tantum
arreptaque manu : "Quid agis, dulcissime rerum ?
– Suaviter, ut nunc est, inquam, et cupio omnia quae vis."
Cum adsectaretur : "Numquid vis ?" occupo. At ille :
"Noris nos, inquit, docti sumus." […]


[…] "Hinc quo nunc iter est tibi ? – Nil opus est te
circumagi : quemdam volo visere non tibi notum ;
trans Tiberim longe cubat is prope Caesaris hortos.
– Nil habeo quod agam et non sum piger ; usque sequar te."


Je marchais au hasard sur la Voie Sacrée comme j’en ai l’habitude,

Pensant à je ne sais quelles fadaises, tout entier dans mes réflexions.

Vient à moi un quidam que je ne connaissais que de nom.

Il me saisit la main, et : "Comment va, mon très cher ?

– Fort bien, pour l’instant, dis-je, et je te souhaite tout ce que tu désires".

Comme il me suivait je prends les devants : "Tu as besoin de quelque chose ?" Mais lui :

"Tu me connais, dit-il, je suis un homme cultivé…" […]


[…] "Et maintenant, où vas-tu ? – Il ne te sert à rien

D’insister : tu ne connais pas la personne que je vais voir ;

Il habite de l’autre côté du Tibre, loin, près des jardins de César.

– Je n’ai rien de spécial à faire et je suis courageux ; je vais t’accompagner jusque là"

 

Eh bien voilà, c’est sur cette rue, dans ce cadre, qu’avait l’habitude de se promener Horace (dont, à présent, je me rappelle qu’au sujet de l’abbaye de Lavaudieu en Auvergne j’ai déjà cité un vers. Impossible de cacher plus longtemps que j’aime cet auteur…).

 

 

À présent, voici une photo des rostres, d’où parlaient les orateurs, d’où les politiciens haranguaient le peuple. Hélas, on ne peut s’en approcher de face, si bien que cette photo de côté, et d’en bas, n’est guère évocatrice. Pourtant c’est là que Cicéron a prononcé ses Philippiques, et c’est là aussi qu’après l’avoir égorgé et lui avoir coupé la tête et les mains ses assassins ont exposé ces trophées. J’ignore pourquoi cet endroit est isolé du public par des barrières.

 

 

Ici, ce gros bâtiment rose, c’est la Curie, où se tenaient les séances du Sénat. Cette curie date de Dioclétien, qui l’a fait reconstruire au troisième siècle. Elle n’a donc d’importance que symbolique, puisque les sénateurs n’avaient plus le pouvoir de s’opposer aux décisions de l’empereur, alors que du temps de la République c’est eux qui détenaient une grande partie du pouvoir politique.

 

 

Cet édifice rond est le temple de Romulus, fils de l’empereur Maxence, mort en 307. Pas le fondateur de Rome, un millénaire avant. Il date du quatrième siècle et ses portes de bronze sont d’époque. Derrière, c’est l’église Saints Côme et Damien. J’ai lu quelque part qu’ils auraient habité dans la maison voisine ; d’après le guide Michelin, cette maison aurait été un lupanar. On interprétera donc ce que l’on voudra.

 

 

Il faut bien que j’en finisse avec les visites d’aujourd’hui. Je ne montrerai donc ni le temple de Saturne, ni le temple de Vesta, ni mille autres merveilles qui rappellent tant et tant de souvenirs de lectures et de traductions, et je me contenterai de cette photo de la prison Mamertine. Elle sert de base à l’église Saint Joseph des Charpentiers. C’est là que notre héros national Vercingétorix a été incarcéré lorsque Jules César l’a ramené dans son triomphe, puis qu’il a été étranglé quelques années plus tard. On dit aussi –mais c’est peut-être une légende– que saint Pierre et saint Paul y ont été enfermés avant leur exécution.

 

J’ai dit que j’arrêtais là. J’ai déjà été bien trop long. Nous reviendrons dans les parages pour les forums (les fora ?) impériaux, pour le Capitole, pour la chiesa del Gesù, etc.

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:33

Sortant du Colisée et de son exposition, nous nous sommes rendus au mont Palatin. Intéressante, cette visite aussi, mais bof ! elle ne valait pas la précédente, ni la suivante au forum. Ce "bof" est sincère, certes, mais il est là aussi pour justifier une cuistrerie. En effet, comment ne pas citer ici Du Bellay et son "Heureux qui, comme Ulysse" ?

 


Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,


Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin,

Plus mon petit Liré que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

 


 

Ce mont Palatin est chargé d’histoire et de splendides palais y ont été construits. Tout près de l’entrée du public sur la via degli Fori Imperiali, on commence la visite en rencontrant une monumentale arche de l’aqueduc de Rome. Le stade, ci-dessus, est impressionnant, par ses dimensions et par la vie qu’il évoque.

 

 

 

Les photos suivantes, qui montrent le palais d’Auguste et un fragment de son dallage, permettent de voir que l’état général des bâtiments ne laisse que difficilement imaginer la vie des Romains de l’Antiquité. Il n’empêche : on peut apprécier la richesse de la construction quand on voit les couleurs très variées des marbres employés pour le dallage.

 

 

J’ai également beaucoup aimé ces colonnes aux chapiteaux corinthiens se détachant sur le bleu du ciel. Il n’est peut-être pas intéressant de les montrer, mais je le fais parce que… ça me fait plaisir !

 

 

En revanche, la photo ci-dessus me paraît essentielle, grâce aux informations données par le Guide Vert Michelin. Ce que je savais, c’est que ce Mont Palatin est considéré comme la Rome primitive, puisque selon la légende, son fondateur Romulus l’aurait entourée d’un sillon pour délimiter symboliquement "sa" ville au milieu du huitième siècle avant Jésus-Christ, en 753, puis aurait tué son jumeau Rémus qui, par jeu, avait franchi le sillon. Or il se trouve que les archéologues, en 1949, ont découvert sur le Palatin, et précisément là où Romulus était censé avoir installé ses "cabanes" (de pierre), des blocs de pierre constituant des éléments de cabanes datant précisément du huitième siècle. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais elle est troublante. C’est pourquoi il est essentiel pour moi de montrer ces fouilles.

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:18

 


Il y a quelques jours, nous nous étions rendus de nuit au Colisée (Colosseo, en italien) parce que nous souhaitions en avoir une vue aux lumières. Aujourd’hui, nous y sommes retournés de jour afin de le voir à la lumière du jour et de pouvoir y pénétrer. De notre banlieue, par bus et métro, nous étions à pied d’œuvre à 9h30, par un beau soleil, un ciel pur, une température printanière. Nous avons été accueillis sur le parvis par des Romains, gladiateurs ou centurions, casqués, armés de terribles glaives en plastique, fumant (des Gauloises ?) et ayant revêtu des collants noirs par crainte d’un petit matin frisquet, qui nous proposaient moyennant finances (pas en sesterces, ils sont déjà passés à l’Euro) une photo en leur compagnie. Nous avons décliné leur offre et nous sommes agrégés à la queue pour prendre nos tickets groupant le Colisée, une exposition temporaire sur les trois empereurs flaviens, le mont Palatin et le forum. Un ticket à 12 Euros pour la jeune, un ticket gratuit pour le vieux.

 


 

 

C’est vrai qu’il est impressionnant, ce colosse. Gigantesque. Même en cette saison, il y a beaucoup de touristes. Ça fait curieux, sur les photos de ce bâtiment de l’Antiquité, une touriste en pantalon, son anorak rouge sur le bras, ce type en short bariolé, cet autre en T-shirt. Je propose que pour le prix du ticket d’entrée on fournisse à chaque touriste, selon le temps, une tunique, une toge ou un pallium avec obligation de le revêtir, ainsi les photos feraient plus couleur locale.

 

 

 


Il est émouvant aussi de penser à ce qui s’y est passé. Même si les sacrifiés n’avaient été que des animaux, que de sang versé ! Mais quand on imagine les humains… Des gladiateurs, dont beaucoup étaient des esclaves ou des prisonniers et n’avaient pas le choix de se battre ou non, ou des hommes libres qui y trouvaient gloire et argent, volontaires ou non, près de 50% des combattants périssaient là pour la plus grande joie des spectateurs. Pour se rasséréner, certains se disent –ou on leur dit– que la mort n’avait pas chez les Anciens la même signification que pour nous dans notre civilisation. Soit. Il n’empêche que si l’on condamnait à mort les criminels ou ceux qui étaient jugés comme tels, c’est bien que la mort n’était pas considérée comme une récompense ni comme une joie. Quant aux hommes et aux femmes livrés aux fauves, qui se faisaient déchiqueter et dévorer, leurs souffrances étaient atroces, et les spectateurs s’en repaissaient. Les dessins ci-dessus sont des graffiti gravés par des spectateurs pendant les combats. Les murs où ils se trouvent sont protégés du public qui, n’en doutons pas, ajouterait ses propres tags, "Chiara te amo" par exemple, ce ne sont donc ici, hélas, que des photos les reproduisant.

 

 

Les archéologues ont retrouvé des ossements variés, dont les deux ci-dessus, présentés dans l’exposition temporaire sur les trois empereurs flaviens, puisque c’est le premier, Vespasien, qui décida en 72, trois ans après son accession au pouvoir, de la construction du Colisée, et Titus, son successeur, qui l'inaugura en 80 par des jeux qui durèrent 100 jours, au cours desquels 5000 animaux périrent. À gauche, il s’agit d’une mâchoire inférieure de sanglier, et à droite d’un crâne d’ours. On voit donc quelle variété était offerte en spectacle, parfois c’était le combat de deux animaux d’espèces différentes, parfois le combat d’un homme contre un animal, parfois aussi un condamné livré sans défense, ou avec un minimum permettant de faire durer le supplice, à une bête sauvage.


Les gladiateurs professionnels jouissaient d’un grand prestige auprès des femmes. Ou de certaines femmes. Je me rappelle une satire de Juvénal qui était au programme de ma licence. Malheureusement, je ne la sais pas par cœur, mais j’en ai retrouvé sur Internet la traduction (par Henri Clouard) :

"La femme d'un sénateur, Eppia, a suivi une troupe de gladiateurs jusqu'à Pharos, jusqu'au Nil, jusqu'aux murailles de la trop fameuse Alexandrie ; les mœurs monstrueuses de Rome ont été scandaliser Canope. Sa maison, son mari, sa sœur, Eppia a tout oublié, elle ne se soucie plus de sa patrie ; elle a laissé ses enfants dans les pleurs, et je vais t'étonner plus encore, elle a renoncé aux Jeux et à Pâris. Elle avait pourtant grandi dans l'opulence familiale, dormi dans la plume d'un berceau passementé d'or ; elle n'en brava pas moins la mer ; elle avait déjà bravé l'honneur, qui est facile à balancer pour ces petites maîtresses. Les flots tyrrhéniens, les eaux ioniennes qu'on entend de loin retentir, toutes ces mers successives, elle les affronta intrépide. S'il faut courir un péril pour une juste cause, les femmes sont glacées de peur, leurs jambes tremblent et fléchissent : elles ne montrent une âme forte, elles n'ont de l'audace que pour se déshonorer. Pour obéir à son époux, une femme trouve dur de s'embarquer, elle ne supporte pas l'odeur de la sentine, elle voit tout tourner : mais une femme qui suit son amant a le cœur solide. Celle-là vomit sur son mari, celle-ci dîne avec les matelots, va et vient sur la poupe, s'amuse à tripoter les rudes cordages. Or quelle est la beauté qui fait brûler Eppia ? quelle jeunesse ? Qu'a-t-elle eu à contempler pour pouvoir endurer son surnom de gladiatrice ? Eh bien, c'est Sergiolus qui déjà se rasait le menton, qui avait le bras cassé, qui en était à l'espoir de la retraite ; en outre, sa figure ne manquait pas de défauts, grosse bosse en plein nez, meurtrissures du casque, œil chassieux. Mais c'était un gladiateur ; les gladiateurs sont des Hyacinthes ; ils passent avant enfants et patrie, avant une sœur et un mari. Le fer, voilà ce qu'elles aiment. Ce même Sergius, s'il avait reçu son congé, n'aurait plus été pour Eppia qu'un Veienton".

 


Cette exposition est très intéressante. Elle ne se limite pas à montrer des ossements d’animaux. Elle présente, à travers des statues, des maquettes, des dessins et des textes, les trois empereurs flaviens et la vie à leur époque. Et c’est plus particulièrement Vespasien qui est à l’honneur (ci-contre). Il faut dire que sa personnalité est intéressante. Il est issu du peuple mais son intelligence et son courage l’ont mené jusqu’au commandement suprême de l’armée au Moyen Orient, et c’est ainsi qu’à la suite de la période troublée qui a suivi Néron et son suicide, lors de "l’année des trois empereurs", 68-69, où en quelques mois se sont succédé Galba, Othon et Vitellius, il a été proclamé imperator. Ce travailleur infatigable, toujours resté fidèle à ses origines et toujours pensant à la condition des plus modestes, a été un empereur populaire. Je me rappelle que, dans ses Vies des douze César, Suétone raconte qu’il aimait toujours plaisanter, même quand il traitait des sujets sérieux. C’est ainsi que, cherchant à alimenter les finances de l’État, il institua une taxe sur les toilettes publiques. À un conseiller qui lui faisait remarquer qu’il était sans doute choquant de tirer des bénéfices d’endroits malodorants, il répondit pour trancher le débat mais avec humour : "L’argent n’a pas d’odeur". Après leur mort, les empereurs étaient divinisés, des temples leur étaient dédiés et un culte leur était rendu ; aussi Vespasien quand il sentit sa fin approcher, malade, alité, déclinant, eut-il ce mot fort spirituel pour dire qu’il se sentait mal : "Je sens que je suis en train de devenir un dieu…"

 

Je me limite ici à mes (vieux) souvenirs de lecture. Nous ne nous sommes pas attardés à lire les nombreux panneaux de l’exposition, nous les avons photographiés afin de pouvoir les lire au calme plus tard. Tant pis si je prive les lecteurs de mon blog de détails intéressants.

 

Mais avant de quitter le Colisée et les empereurs Vespasien et Titus qui l’ont bâti et inauguré, j’ajoute un autre souvenir littéraire. Il s’agit de vers de Lamartine :

 

Un jour, seul dans le Colisée,

Ruine de l’orgueil romain,

Sur l’herbe de sang arrosée

Je m’assis, Tacite à la main.


Je lisais les crimes de Rome,

Et l’empire à l’encan vendu,

Et, pour élever un seul homme,

L’univers si bas descendu. […]


Sur la muraille qui l’incruste,

Je recomposais lentement

Les lettres du nom de l’Auguste

Qui dédia le monument.


J’en épelais le premier signe

Mais, déconcertant mes regards,

Un lézard dormait sur la ligne

Où brillait le nom des Césars.


Seul héritier des sept collines,

Seul habitant de ces débris,

Il remplaçait sous ces ruines

Le grand flot des peuples taris. […]


Consul, César, maître du monde,

Pontife, Auguste, égal aux dieux,

L’ombre de ce reptile immonde

Éclipsait ta gloire à mes yeux !


La nature a son ironie.

Le livre échappa de ma main.

Ô Tacite, tout ton génie

Raille moins fort l’orgueil humain !

 

Eh bien, soit. Après avoir vu le Colisée, je ne prendrai plus Tacite en main (du moins tant que nous serons en camping-car, privé de ma bibliothèque et de mes Guillaume Budé). Mais ce matin je n’aurais pu dire, comme Lamartine "Un jour, seul dans le Colisée". Seul, mais avec un bon millier de touristes de toutes nationalités. Je préfère ne pas penser aux mois d’été.

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 22:56

Aujourd’hui, je ne vais pas parler de nos activités, qui n’ont rien de passionnant à raconter. Seulement quelques réflexions sans publication de photos.


Les Italiens sont des gens charmants. Oh certes on peut trouver des personnes extrêmement désagréables comme ce type du musée d’Orvieto, mais c’est l’exception, et une exception très rare. Presque toujours, on vous accueille avec le sourire, on cherche à vous aider, on va chercher quelqu’un qui pourra répondre en anglais ou en français, on téléphone pour vous, on vous rend service. C’est un pays où les relations interpersonnelles sont chaleureuses et agréables.


Mais prenez le plus charmant des Italiens, ou la plus charmante des Italiennes, posez-lui les fesses sur un siège de voiture et glissez-lui un volant entre les mains, vous en faites le prototype du goujat. Homme ou femme, jeune ou vieux, dans une élégante Alfa-Romeo ou dans une vieille Fiat Panda pourrie, dans un massif 4x4 Audi ou dans une petite crotte de camion type Smart, sur une moto ou dans un semi-remorque de 38 tonnes, c’est la même chose. Le conducteur italien ignore l’autre et ignore la loi.


Quelques exemples. Sur l’autoroute, des panneaux lumineux informent : "Retrait de permis en cas de conduite sur la bande d’arrêt d’urgence". Mais sans cesse vous êtes doublé par la droite par de grosses motos ou des voitures qui empruntent cette bande à 150 ou 180 kilomètres à l’heure. Tout à l’heure, j’ai vu une voiture de police qui l’empruntait à toute allure, suivie par voitures et motos sans intervention à leur encontre.


Les Italiens, c’est connu, adorent discuter. Seuls dans leur voiture, ils ne peuvent trouver d’interlocuteur que par téléphone. Ils sont donc tous (enfin, disons 75% d’entre eux) avec une main sur le volant et l’autre tenant le portable plaqué à leur oreille. Mais la main dédiée au volant se libère souvent pour effectuer tous les gestes qui ponctuent nécessairement les discussions des Italiens. Pourtant, des panneaux lumineux récurrents rappellent que l’on perd 5 points de permis si l’on téléphone sans utiliser l’oreillette.


Ce soir, je suivais à 110 kilomètres à l’heure une longue file de voitures, veillant un éventuel flash de radar pour l’un de mes prédécesseurs afin de rapidement me mettre en règle avec les panneaux de limitation à 50 kilomètres à l’heure, répétés tous les 500 mètres et assortis d’un avertissement "Contrôle électronique de la vitesse". Les panneaux de signalisation et les menaces de contrôle n’émeuvent personne.


Pas plus les bus publics que les véhicules particuliers ne respectent les panneaux de stop. On franchit ces carrefours sans marquer le moindre ralentissement et sans tenir compte de qui arrive. C’est au culot. Freine au dernier moment celui qui s’est laissé impressionner. Ce que je dis du stop est également vrai de l’insertion sur l’autoroute en venant d’une bretelle.


Les routes sont pour la plupart dans un état pitoyable, les lignes blanches sont souvent effacées, même sur les "SS" Strade Statali (routes nationales). Mais peu importe : que la ligne soit discontinue, continue, ou même double, qu’il y ait des panneaux d’interdiction ou non, on dépasse si on a envie de dépasser. Si une voiture débouche inopinément en sens inverse, on se rabat sous vos roues sans vergogne, c’est à vous de vous adapter.


Ce soir encore, une voiture me suivait depuis près d’un kilomètre sur une route étroite, et ne pouvait me doubler parce qu’en face le flot était indiscontinu. Arrivé à un rond-point, je le contourne par la droite, comme on le fait si l’on n’est pas britannique, mais la voiture qui me suivait, excédée de ne rouler qu’à la vitesse réglementaire de 90 kilomètres à l’heure, a contourné le rond-point par la gauche avec un grand coup d’accélérateur, pour se retrouver devant moi au débouché dans la voie en face.


Je n’exagère rien. C’est la jungle. Et quand on laisse s’insérer quelqu’un avec un geste et un sourire, le conducteur s’insère sans un regard et sans le moindre remerciement. Et puis tous ces gens laissent leur voiture le long du trottoir ou au garage, et instantanément redeviennent non seulement des gens civilisés mais les plus charmants du monde. Il faudrait ne jamais conduire en Italie, et ce serait le pays idyllique. Quoique... Quoique... Quand on n'est pas automobiliste on est piéton, à la merci des voitures. Il faut un vrai courage ou une bonne dose d'inconscience pour s'élancer à la traversée d'une rue.

Je ne voudrais pas que cet article laisse penser que je mésestime ce peuple. Au contraire. J’aime beaucoup les Italiens (les Italiennes). Le peuple, pas les conducteurs.

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